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La Bible en tutoriels - Le Deutéronome (père Alain DUMONT)

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La Bible en tutoriels - Le Deutéronome (père Alain DUMONT) - Page 2 Empty La Bénédiction : savoir interpréter sa propre histoire

Message par Gabuzo Mar 6 Avr 2021 - 11:01


Bonjour,

Nous continuons notre lecture du Deutéronome ; mais alors même qu’on vient de lire l’injonction de la glorification du père et de la mère au ch. 5, 16, il m’est apparu qu’était venu le temps de réfléchir sur les enjeux de telles paroles dans le cadre de toute la TORâH, puisque le propre du Deutéronome dans sa facture finale, c’est de REPRENDRE l’ensemble de cette TORâH pour la déterminer comme cette histoire fondatrice à travers laquelle HaShèM dévoile l’existence d’un chemin ; un chemin qui répond à l’aspiration à la Vie et à la Bénédiction inscrite dans le cœur de tout homme !

Je vais donc vous emmener sur un nouveau terrain pendant quatre vidéos : celui de la THÉOLOGIE BIBLIQUE, c’est-à-dire d’une réflexion de la raison sur le socle des données bibliques. D’une part, on va parler de la nécessité de l’INTERPRÉTATION ; d’autre part, on parlera dans la deuxième vidéo du sens de la PATERNITÉ et de la FILIATION ; dans la troisième vidéo, il sera question de l’importance de la COMMUNAUTÉ ; et enfin, dans la quatrième, on parlera de l’analogie du Temple qui viendra synthétiser tout cet ensemble. Tout ça, évidemment, à propos de cette glorification du père et de la mère.

Alors allons-y.

Que fait l’auteur du Deutéronome lorsqu’il « reprend » la TORâH, c’est-à-dire les quatre livres précédents ? Alors je vous rappelle : le cœur de la TORâH, c’est le récit de l’EXODE auquel, pendant la période perse, on a ajouté le livre de la Genèse comme un préambule. Parallèlement à ces récits existaient des codes de lois qu’on a tissés ensemble pour former le Livre de l’Exode. Le livre du Lévitique, lui, très attaché au temple de Jérusalem, réduit les récits pour se concentrer sur la législation. Quant au livre des Nombres, il renoue avec le récit en même temps qu’il énonce à son tour de nouvelles lois ; sans que ces livres soient d’ailleurs réellement unifiés. Nous, on essaie de faire une lecture lisse de l’ensemble — et c’est le rôle propre du travail interprétatif —, mais dans les faits, on ne peut pas dire que ces livres aient été écrits en véritable concertation, tant s’en faut. MAIS ils sont présentés comme liés, ne serait-ce que par la trame de l’errance dans le désert. Donc on a le droit, et même le devoir de les écouter en polyphonie !

Quant au Deutéronome, eh bien il semble que ce soit justement à partir de lui que la TORâH a commencé à voir le jour. Son code de loi primitif, édité sous Josias d’après ce que disent les livres des Rois, a semble-t-il été le premier code digne de ce nom à partir duquel s’est articulé le reste de la TORâH au fil des siècles. Par après, d’autres lois sont venues alimenter le livre, ainsi qu’un récit reprenant les étapes à partir du départ du Mont HoRèV jusqu’à la frontière du Jourdain, et comme on le verra en son temps, un récit racontant la mort de Moïse. C’est cet ensemble qui se présente en définitive comme une MiSheNéH TORâH, dira le ch. 17, v. 18 ; une seconde TORâH — Deutéro – nomos en grec — ; non au sens numérique mais au sens d’une REPRISE de l’ensemble, d’une RELECTURE interprétative tout orientée vers l’avènement de la BÉNÉDICTION — on le verra particulièrement à propos du ch. 30 — ; une BÉNÉDICTION qui s’enracine sur les promesses de HaShèM à ‘AVeRâHâM dès le début du ch. 12 de la Genèse ; ce qui fait que, de Gn 12 à Dt 30, on a une vaste inclusion englobant tout le Pentateuque et qui nous présente le thème de la BÉNÉDICTION comme le fil conducteur, comme la trajectoire de toute la TORâH.

Dès lors, que nous dit le rédacteur deutéronomiste ? En substance, c’est assez clair : « Tu veux trouver pour toi-même et pour les tiens le chemin de la BÉNÉDICTION promise par HaShèM à ‘AVeRâHâM ? Alors LIS, étudie, plonge sans relâche dans les récits de tes pères ; grave-les en toi pour te donner, à partir de là, les moyens d’INTERPRÉTER TA PROPRE VIE, dans les deux sens : à savoir d’une part en déchiffrer le sens, et savoir d’autre part l’orchestrer, la mettre en œuvre, la mettre en jeu. Là est la BÉNÉDICTION de HaShèM à laquelle tu aspires ! »

Voilà : dans sa grande lucidité, la Bible nous enseigne ici quelque chose d’essentiel qui nous fait sortir de ces pseudo-bénédictions incantatoires façon StarWars : « Sois béni ! », « Que la force soit avec toi ! »… « Que la puissance de Dieu te protège », etc. Tout ça c’est du vent ! du Fantasme à la petite semaine ! « Riri, Fifi et Loulou font des incantations » ! Aucune bénédiction n’advient par ce type d’attitude ; bien plutôt la malédiction dans la mesure où ce genre de phrase malheureuse entretient des espoirs vains et encourage la démission de la volonté, tout ça à cause de contes de fées qui virent tous au cauchemar à force de promettre du vent !

Tout au contraire, l’étude à partir de laquelle se développe l’art de l’interprétation — ce que la Bible nomme par excellence la SAGESSE — : voilà le chemin de la BÉNÉDICTION. La Sagesse biblique vise en fait un seul objectif, très précis : être en permanence en capacité de mesurer l’azimut de la BÉNÉDICTION ; c’est-à-dire de discerner ce qui y mène — le fameux CHEMIN qui mène au BIEN, non pas au sens du “bien-être” qu’on se contente de recevoir, mais du BIEN à mettre en œuvre ; le bien qui produit du bien ; qui fait grandir et qui fait vivre, dans cette communion nécessaire qui allie l’homme à HaShèM : l’homme qui laboure son désir comme on laboure une terre — « Mon âme a soif du Dieu vivant ! », Ps 42(41) — et HaShèM qui sème à tout vent cette parole vivifiante comme une semence : « Comme la pluie et la neige descendent des cieux et n’y retournent pas sans avoir abreuvé la terre, sans l’avoir fécondée et l’avoir fait germer, donnant la semence au semeur et le pain au mangeur ; ainsi la parole qui sort de Ma bouche : elle ne retournera pas vers Moi à vide, sans avoir fait ce que Je désire, sans avoir accompli sa mission. » (Is 55,10-11). Or la mission de la parole de HaShèM, ce n’est rien d’autre que faire jaillir la BÉNÉDICTION, à condition néanmoins que la terre soit travaillée, qu’elle soit prête à accueillir la semence — et ça, c’est la part de l’homme — : « “Écoutez ! Voici que sortit le semeur pour semer, et comme il semait, des semences tombèrent sur le bord du chemin ; et les oiseaux maraudeurs sont venus et ils les ont mangées. D’autres tombèrent sur un sol rocailleux ; là, il n’y a pas beaucoup de terre, et aussitôt elles levèrent, puisqu’elles n’avaient pas épais de terre ; mais quand le soleil se mit à briller, elles se fanèrent ; et n’ayant pas de racines elles se sont desséchées. Et d’autres tombèrent en fourré de ronces ; et les ronces montèrent et elles les étouffèrent et elles n’ont pas donné de fruits. Mais d’autres tombèrent en bonne terre et elles montèrent et elles grandirent et elles fructifièrent ! Il y en eut à trente ; il y en eut à soixante ; il y en eut à cent pour un !” Et il leur disait : “Celui qui a des oreilles pour entendre, qu’il écoute !” » (Mc 5,3-9, trad. sur le texte Araméen). Là j’espère qu’on entend Jésus accomplir la TORâH — et les prophètes en l’occurrence : « Ne pensez pas que Je sois venu pour délier de la TORâH ou des Prophètes ; Je suis venu non pour délier, mais pour mener à la plénitude. » (Mt 5,17, trad. sur le texte Araméen).

Toujours est-il que la TORâH se présente donc tout entière comme un APPEL à trouver le chemin de cette BÉNÉDICTION. Elle ne l’ouvre pas : ça n’est pas son rôle. Son rôle est d’alimenter le DÉSIR d’en discerner le chemin pour pouvoir l’emprunter. Elle promet à celui qui ÉTUDIE — c’est-à-dire qui écoute — pour GARDER la TORâH, que ce chemin s’ouvrira devant lui comme une voie de DISCERNEMENT et d’INTERPRÉTATION qui illuminera sa propre vie et donnera de savoir y reconnaître la BÉNÉDICTION promise. En apprenant ces paroles, en les gravant dans le cœur pour les garder, on travaille et on retourne le champ spirituel nécessaire pour permettre aux paroles ensemencées par HaShèM de germer en nous, de grandir et de fructifier en sachant INTERPRÉTER notre existence au jour le jour pour pouvoir prendre les bonnes décisions ; celles qui nous gardent dans la trajectoire, dans l’histoire tissée par toute une famille, tout un peuple au sein duquel chacun se découvre capable de sortir de toute situation mortifère. Voilà la BÉNÉDICTION !

Alors maintenant on a compris : travailler et retourner la terre ne signifie pas faire des jeûnes à n’en plus finir et à se donner la discipline pour dompter la chair, comme on disait dans l’ancien temps ! Ça n’a rien ni de juif, ni de chrétien : c’est, platonicien, stoïcien ou ce que vous voudrez, mais encore une fois ça n’est ni juif, ni chrétien ! En revanche, s’il y a bien une “discipline” à observer, une MiTseVaH, c’est prioritairement de tout mettre en œuvre pour APPRENDRE et GARDER en soi la parole ensemencée comme une RESSOURCE — en quoi tient tout entière la BÉNÉDICTION —, d’une part pour rebondir dans les épreuves ; et d’autre part pour démultiplier la joie dans les moments de grâce. Et c’est cette parole inscrite sur le cœur — c’est-à-dire intégrée charnellement — qui nous fera discerner l’importance incontournable du jeûne, de l’aumône et de la prière. Mais c’est d’abord la parole.

Par ailleurs, n’oublions jamais qu’il s’agit d’une parole VIVANTE, c’est-à-dire une parole qui est faite non pas seulement pour être inscrite dans des bouquins, mais pour être PRONONCÉE, PROCLAMÉE et donc ENTENDUE, ÉCOUTÉE ; en particulier dans la liturgie qui rassemble le peuple. C’est essentiel de bien comprendre ça, parce que c’est par la VOIX entendue COMMUNAUTAIREMENT que la Parole est semée, qu’elle donne la vie en façonnant dans cette assemblée un seul cœur et un seul esprit, comme dit saint Luc dans les Actes des Apôtres. Isaïe le formule clairement de la part de HaShèM : « Prêtez l’oreille, et venez à Moi ! Écoutez et votre être vivra ! » (Is 55,3) Ce qui fait dire aux rabbins, non sans sagesse, que la vraie Vie entre… par les oreilles ! La Vie, non pas physiologique mais comme une MÉMOIRE CHARNELLE qui, au fil du temps, jour après jour, heure par heure, manifeste l’élaboration d’une HISTOIRE COMMUNE, partagée par tous ceux qui consentent à entrer dans le jeu de l’INTERPRÉTATION ; donc de l’étude et de la mise en pratique de la TORâH que vont interpréter les rabbins pour le peuple juif d’une part ; tout comme Jésus va interpréter cette TORâH pour le peuple chrétien d’autre part.

Et là j’espère qu’on le voit bien : MÉMOIRE et INTERPRÉTATION vont de pair. Quand une mémoire permet ainsi aux individus de prendre leur place dans le monde et de s’y tenir debout, fiers de leur propre histoire greffée sur celle de leurs pères, alors il faut le dire : l’INTERPRÉTATION EST L’ŒUVRE SPIRITUELLE LA PLUS GRANDIOSE QUE L’HOMME SOIT APPELER A ÉLABORER DANS SON EXISTENCE. C’est par l’INTERPRÉTATION que sa vie et celle des siens se met à composer une HISTOIRE qu’il va s’agir de RACONTER pour en transmettre l’âme, c’est-à-dire transmettre l’art et la joie d’interpréter encore et encore pour que subsiste la LIBERTÉ, quelles que soient les circonstances ! Chez l’homme libre, L’INTERPRÉTATION à partir de la TORâH et des Évangiles NE CESSE DONC JAMAIS, et doit constamment être alimentée par l’écoute communautaire avant tout !

La difficulté, c’est que la MÉMOIRE n’est définitivement jamais une simple accumulation de données. Raison pour laquelle greffer des puces électroniques dans le cerveau comme en rêvent certains n’aura pour effet que de formater des imbéciles ! Même cette soi-disant ‘IA’, Intelligence Artificielle, est un leurre : vous aurez beau mettre des milliards de données dans l’unité centrale d’un robot, il ne sera pas « intelligent » pour autant ! Tout simplement parce que la MÉMOIRE est une réalité vivante qui ne subsiste que par l’activité spécifiquement humaine de l’INTERPRÉTATION ; à tous les niveaux : personnel, bien sûr, mais en même temps COMMUNAUTAIRE ; ce à quoi s’attellent les nécessaires poètes, écrivains, peintres, musiciens, danseurs et artistes dignes de ce nom. Prenez l’église d’Auvers-sur-Oise. En soi, c’est déjà une très belle église du XIIe siècle comme tant d’autres ; pourtant, elle est plus célèbre que les autres dans son genre… pourquoi ? Parce que Vincent Van Gogh l’a peinte, et en a révélé l’âme singulière ! À travers l’œuvre de Van Gogh, voilà que cette église dévoile une âme qui appelle à la rencontre ; qui fait qu’en la regardant, on se sent appelé à venir y faire un pèlerinage en famille, avec des amis, que sais-je ? Parce que l’église d’Auvers-sur-Oise passe dans le patrimoine d’une MÉMOIRE COMMUNE ; d’une MÉMOIRE COMMUNAUTAIRE.

La MÉMOIRE COMMUNAUTAIRE passe par la poésie, le théâtre, etc. Elle passe aussi par des discours, mais c’est à la condition qu’ils soient CHARNELS, qu’ils engagent les tripes. Toujours est-il qu’un peuple qui n’a plus ni poète, ni dramaturge, ni écrivain ; un peuple sans culture donc, est un peuple mort. Or si on y fait attention, la BIBLE est un vivier incomparable de poésies et de drames — drame au sens littéraire, avec un PATHOS réel où les auditoires se sentent investis dans leur propre histoire personnelle et communautaire.

Tout ça pour permettre au peuple qui s’y abreuve de toujours savoir revenir à cette MÉMOIRE comme à un terrain de fondation ; non pas pour rester figé dans le passé mais pour se donner l’assise nécessaire qui permet d’INTERPRÉTER le présent, et donc de discerner les décisions justes à prendre pour envisager un avenir solide — pas forcément confortable, mais dans lequel on a de vraies raisons d’exister.

Or c’est là tout l’objet du DEUTÉRONOME. Si tu entres dans cette sagesse interprétative, alors tu seras un digne FILS DE LA TORâH, ou pour le dire autrement : tu seras un digne FILS DE MOÏSE, puisque le Deutéronome se donne précisément comme le modèle de toute RELECTURE, de toute INTERPRÉTATION.

Or le moment même de cette interprétation de Moïse est parlant : juste avant de traverser le Jourdain, qui va clore cette interminable errance dans le désert qui a commencé par le franchissement du YaM SOuPh, de la Mer des Roseaux, le moment est venu, nous dit Moïse, de faire une REPRISE, c’est-à-dire une RELECTURE de ce qui s’est passé. Et ce faisant, à ce moment précis où va se tourner une nouvelle page de l’histoire d’Israël, Moïse enclenche explicitement une tradition d’INTERPRÉTATION qui permet ici de décrypter cette sortie de MiTseRaYîM comme une MONTÉE, de sorte qu’à partir de là, la décision d’entrer en KaNa“aN puisse être vécue au titre d’une BÉNÉDICTION, et non pas seulement comme un soulagement ! Cette bénédiction ne signifie nullement que HaShèM soutiendra les actions guerrières en fermant les yeux sur les exactions d’Israël. Elle signifie que, tant qu’Israël gardera la TORâH dans le cœur, s’appuiera sur une MÉMOIRE fondatrice mise en récit — une HISTOIRE — Israël saura trouver dans cette mémoire les ressources nécessaires pour poursuivre cette MONTÉE une fois le Jourdain franchi, génération après génération.

Du coup, la guerre d’installation que va mener Israël — du moins si on suit ce que nous en disent les livres historiques qui sont eux-mêmes des interprétations, parce qu’archéologiquement, l’installation n’a manifestement pas été aussi lisse que la Bible le raconte — ; du coup donc, la guerre d’installation ne s’interprète pas comme une prise de pouvoir ou une extension de territoire, mais comme une GUERRE JUSTE ! Si Israël est fidèle à la TORâH, fidèle au récit mémoriel de sa fondation, de sa raison d’être, comme un peuple en MONTÉE qu’accompagne HaShèM, alors le peuple trouvera toujours en cette Parole, écoutée et gardée, l’énergie nécessaire pour se dresser et faire entendre fièrement sa voix dans le concert des nations ; pour leur communiquer la lumière de la Vie comme signe de la grandeur de la TORâH et de la glorification universelle de HaShèM.

Reste que pour ça, pour permettre à toutes les générations d’être fidèles à la TORâH, il faut en quelque sorte modéliser un process. Eh bien c’est le but de cette relecture interprétative du Deutéronome que de présenter le MODÈLE normatif à partir duquel, par le jeu de l’INTERPRÉTATION, Israël va pouvoir garder sa mémoire comme la source de toute BÉNÉDICTION. Une BÉNÉDICTION qui permettra à Israël de ne jamais s’effondrer même dans les situations les plus tragiques — pensons à la Shoah par exemple. C’est grâce à cette science, à cet art de l’interprétation, que chaque génération peut garder ainsi le cap de la bénédiction promise à ceux qui sont fidèles à la TORâH et qui sauront du même coup glorifier le courage et la sagesse de leurs pères par qui cette mémoire leur aura été transmise.

On pourrait dire que le Deutéronome se présente en définitive comme la première TORâH SheBè“âL PèH — la première TORâH sur la bouche, la première TORâH orale. Une TORâH orale qui a voulu se mettre elle-même par écrit pour “donner l’élan” ; et instituer encore une fois l’INTERPRÉTATION comme une NORME, pour qu’Israël sente à quel point la Parole de HaShèM qu’il doit garder est VIVANTE ; à quel point elle donne la VIE : « Allez-y ! Revisitez l’histoire des premiers pères ! Recevez cette histoire, étudiez-la pour la comprendre de l’intérieur ! Et à la lumière de cette REPRISE, à la lumière de HaShèM qui a tissé cette histoire avec vos pères, vous VIVREZ au sens fort du terme — et pas seulement biologique — parce que vous saurez interpréter VOTRE propre histoire, vous reconnaîtrez que HaShèM poursuit le tissage de votre histoire, de l’histoire de votre génération appuyée sur celle des pères ; et du cœur de cette histoire interprétée, vous vous découvrez charnellement frères et sœurs ; vous vous découvrirez de solides membres d’une seule et même COMMUNAUTÉ, d’un seul PEUPLE ; et là sera votre force face aux aléas de l’histoire. Vous saurez reconnaître comment HaShèM s’attache à vous, à votre famille, votre clan, votre peuple ; non pas en vous évitant les épreuves — tant s’en faut — mais en vous donnant la puissance de les traverser et de grandir à chaque victoire. Bref, vous saurez reconnaître, même au milieu des pires épreuves, le fameux chemin de la BÉNÉDICTION. »

Alors c’est sûr que cet appel touche les chrétiens en plein cœur dans la mesure où pour nous, celui qui OUVRE le chemin de la VIE et par qui advient la Bénédiction, c’est évidemment le Christ Jésus dans la puissance de sa Résurrection ! Or on l’a déjà dit, Jésus n’a jamais fait que RELIRE la TORâH de Moïse pour en livrer son INTERPRÉTATION à travers le commandement de la charité. Et les chrétiens évaluent la pertinence de cette INTERPRÉTATION au fait — complètement inattendu — que les griffes de la MORT n’ont pas su Le retenir quand il est entré dans le Shéol en s’offrant sur la Croix. Le raisonnement de base est le suivant : si c’est par le péché, qui marque toute chair, que la mort sait nous retenir dans ses crochets, cette victoire du Christ sur la mort ne peut signifier qu’une seule chose : il n’y a aucun péché en lui ! Jésus n’a pas péché contre la TORâH ; ce qui signifie que son interprétation est JUSTE, puisqu’en vivant jusqu’au bout cette interprétation, il n’a pas péché contre HaShèM. Il est « celui qui n’a pas connu le péché » comme dit saint Paul en 2Co 5, 21 ; ou encore saint Pierre : « Le Christ a souffert pour vous, vous laissant un exemple afin que vous marchiez sur ses traces — ah ! encore le chemin —, lui qui n’a pas commis de péché et dans la bouche de qui il n’a été trouvé aucune ruse ; lui qui insulté ne rendit pas l’insulte ; souffrant, n’a pas menacé mais s’en est remis à Celui qui juge avec justice ; lui qui, sur le gibet, a porté lui-même nos péchés dans son corps afin que, morts aux péchés, nous vivions pour la justice ; lui dont la meurtrissure vous a guéris. Etc. » (1Pi 2,21-24).

Oui, mais la Bible n’arrête pas de nous dire que nul ne peut vivre sans pécher sinon HaShèM ! Donc si la résurrection du Christ manifeste qu’il n’a pas péché, pas d’autre solution que de conclure que Jésus est HaShèM en personne ! HaShèM qui se soumet Lui-même aux paroles de la TORâH qu’Il a Lui-même inspirée, par quoi Il L’authentifie comme VRAIE, et ça c’est juste formidable ! HaShèM en personne valide la TORâH comme Parole de VIE et de BÉNÉDICTION. Une TORâH dont, en Jésus, HaShèM livre l’INTERPRÉTATION ultime, puisque passée au feu de la MORT et de la RÉSURRECTION. Ça, aucun prophète ne l’avait accompli avant Lui ! Dit autrement : si, en ayant accompli pleinement la TORâH, la mort n’a trouvé aucune prise en Jésus — si donc il n’a pas péché, encore une fois — c’est d’une part que son INTERPRÉTATION de la TORâH est parfaitement JUSTE et fidèle à l’esprit de Moïse ; et c’est que cette INTERPRÉTATION ouvre véritablement, charnellement, le chemin la BÉNÉDICTION promise — ce qu’on appelle en termes chrétiens la BÉATITUDE — ; une bénédiction ouverte désormais à tous ceux, GoYîM compris, qui voudront bien se mettre à son école pour s’élancer à sa suite : « Je suis le chemin, la vérité et la Vie. » (Jn 14,6). En se rappelant que marcher à la suite de Jésus, c’est INTERPRÉTER SA VIE à partir de l’Évangile ; c’est donc consentir à plonger avec le Christ dans la mort — c’est le Baptême : Baptismô veut dire PLONGER — ; y puiser la lumière qu’Il y a déposée et, dans le feu de cette lumière de VIE, consentir chaque jour à faire de son existence une OFFRANDE, une MONTÉE attachée à celle du Christ — c’est l’Eucharistie.

Dit encore autrement : si Jésus est ressuscité, s’Il est MONTÉ depuis les affres de la Mort, du Shéol, c’est qu’il est pleinement dans la dynamique de la BÉNÉDICTION invoquée dès les débuts de la TORâH avec ‘AVeRâHâM, de sorte qu’en suivant son chemin, c’est-à-dire en prenant le temps de LIRE, d’étudier et de plonger sans relâche dans les Évangiles ; en prenant le temps de graver ses paroles de VIE en nous, nous recevons les moyens d’INTERPRÉTER notre PROPRE VIE et de garder le cap de la BÉNÉDICTION. « Faites attention ! Ces paroles que vous entendez, c’est selon la mesure avec laquelle vous les recevez qu’elles seront, en vous, bien prises en compte ! Et elles s’accroîtront encore plus en vous, ces paroles que vous entendez ! Car à celui qui les a en lui, il sera donné encore — la BÉNÉDICTION par la capacité toujours plus grande d’interpréter et de discerner les actes à poser dans toutes les situations traversées, bonnes ou mauvaises —, mais à celui qui ne les a pas, même ce qu’il a lui sera enlevé — la MALÉDICTION : tout est vain parce que rien n’est interprété pour faire en sorte que la vie soit une MONTÉE dans la Lumière de la Vie. » (Mc 4,24-25).

Du coup, à nous d’apprendre à notre tour à garder l’azimut de la BÉNÉDICTION qui consiste, dès ici-bas, en puisant dans la Lumière de la Résurrection déposée par le Baptême dans nos ténèbres, dans notre Shéol ; à nous donc à ne pas donner prise au péché en GRAVANT en nous l’enseignement parfait du Christ qui nous confère la puissance de toujours nous relever de la mort quand nous retombons dans ses griffes. Or entrer dans ce TRAVAIL interprétatif — qui n’a rien d’intellectuel : c’est un travail de MÉMOIRE, d’APPRENTISSAGE offert à tous, et à tous âges ; rien à voir avec le QI ! C’est une question de VOLONTÉ et d’assiduité, point final ! Et voilà ce qu’on appelle la FOI ! Le reste vient ensuite par surcroît, c’est tout ! — ; entrer donc dans ce travail, donc, voilà la FOI qui fait de nous des Fils et des Filles de Moïse, des Fils et des Filles de ‘AVeRâHâM marchant sur le chemin de MONTÉE vers HaShèM qui a déjà Lui-même fait le premier pas pour venir à notre rencontre par la TORâH et par son Verbe incarné.

Sauf que là, on vient de toucher une question très importante qui relance l’interrogation : ça veut dire quoi, « être fils ou fille de ‘AVeRâHâM » ? C’est quoi, en définitive, ce rapport de FILIATION ? À quoi le cinquième commandement du Décalogue fait-il appel lorsqu’il dit : « Glorifie ton père et ta mère » ? D’autant que ça semble aussi toucher le cœur de la relation entre le Fils éternel et le Père éternel : « Père, je t’ai glorifié sur la terre. J’ai mené à l’achèvement l’œuvre que Tu m’as donnée de faire. » (Jn 17,4). De quoi parle-t-on exactement ?

Eh bien nous verrons ça la prochaine fois. Je nous souhaite d’ici là de laisser grandir en vous le désir de graver la TORâH et l’Évangile en nous pour découvrir à quel point ces Paroles fondatrices sont autant de lumières pour interpréter notre existence comme une MONTÉE, une ASCENSION à la suite du Christ Sauveur ; du Christ vivifiant ; du Christ par qui les chrétiens découvrent ce qu’être béni du Père signifie en vérité.

Je vous remercie.
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La Bible en tutoriels - Le Deutéronome (père Alain DUMONT) - Page 2 Empty Re: La Bible en tutoriels - Le Deutéronome (père Alain DUMONT)

Message par guy frechette Mer 14 Avr 2021 - 15:24

Bonjour Gabuzo
Merci du temps que vous prenez pour m'envoyer ces courriels mais ceux-ci ne me servent en rien car je ne suis plus sous la loi mais sous la grâce.
Si ceci vous intéresse de savoir ce que je pense de la loi, vous n'avez qu'aller voir mes sujets dont ' Le salut par grâce.
Vous pourrez peu être comprendre pourquoi ces messages du livre de Deutéronome ne me touche pas .
Il est important que vous lisiez les épitres de Paul car il explique très bien pourquoi la loi  surtout Romain et Galate.
Avec un esprit ouvert en demandant la grâce de Dieu afin de la saisir, je crois que si vous êtes sincère, vous pourrez saisir la grâce et être sauvé non par la loi, par vos propres œuvres mais par la grâce.

 ''Car c'est par la grâce que vous êtes sauvés, par le moyen de la foi. Et cela ne vient pas de vous, c'est le don de Dieu.  Ce n'est point par les oeuvres, afin que personne ne se glorifie.. Car nous sommes son ouvrage, ayant été créés en Jésus-Christ pour de bonnes oeuvres, que Dieu a préparées d'avance, afin que nous les pratiquions.'' Eph 2;8-10

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La Bible en tutoriels - Le Deutéronome (père Alain DUMONT) - Page 2 Empty De la place essentielle de la COMMUNAUTÉ

Message par Gabuzo Lun 26 Avr 2021 - 11:18


Bonjour,

Dans les deux vidéos précédentes, nous avons pris le temps de nous interroger sur l’importance de savoir INTERPRÉTER sa vie dans les deux sens du terme : d’une part en discerner le sens et d’autre part savoir l’orchestrer. Nous avons vu que cette interprétation suppose toujours la transmission — si possible ORALE — d’une histoire fondatrice dont le canal est en premier lieu celui qui va de la PATERNITÉ à la FILIATION. Mais il ne faut pas éluder pour autant le lieu de l’ÉLABORATION de cette interprétation, quelle que soit la génération, à savoir la COMMUNAUTÉ.

Posons-nous d’abord la question : quelle est la différence entre la Communauté et la Société ? Cette distinction a été établie par un sociologue allemand du nom de Ferdinand Tönnies dans un livre écrit en 1887 qui reste aujourd’hui encore une référence : Gemeinschaft und Gesellschaft, Communauté et Société « D’après la théorie de la société, celle-ci est un groupe d’êtres humains qui, comme dans la COMMUNAUTÉ, vivent et habitent paisiblement les uns à côté des autres, mais qui, au lieu d’être essentiellement liés — attachés viscéralement — sont bien plutôt essentiellement séparés. Et alors que dans la COMMUNAUTÉ, ils restent liés en dépit de tout ce qui les sépare, dans la société, ils restent séparés en dépit de tout ce qui les relie. » (Communauté et Société (1887), I, § 19)

Je trouve cette citation lumineuse ! Elle nous fait comprendre que derrière l’Alliance mosaïque que Jésus vient accomplir en faveur de la multitude, il y a un véritable choix politique, au beau sens du terme : soit il s’agit d’appartenir à un PEUPLE qui se définit comme une COMMUNAUTÉ : « Tout nous unit en dépit de ce qui peut nous séparer » — en l’occurrence, à la suite de leurs frères juifs, les chrétiens se reconnaissent tous, en Jésus, fils du Père, donc FRÈRES. Ce qui signifie que dans le cadre interprétatif qui est le nôtre, la PATERNITÉ est à la base de toute COMMUNAUTÉ, on va y revenir — ; soit il s’agit de faire simplement allégeance à une NATION dont la base se contente d’administrer une vie en SOCIÉTÉ, où « Tout sépare les individus en dépit de ce qui les unit. » — le fameux « vivre ensemble » dont on nous rebat les oreilles, mais qui ne fonctionne pas pour la simple raison que « vivre ensemble » comme des vaches dans un pré en déniant que quoi que ce soit d’autre que des contrats puissent relier les individus, n’est juste pas humain. Alors on invoque la liberté d’indépendance comme un progrès, sauf qu’il y a une contradiction absolue entre : - d’un côté revendiquer une liberté au nom d’une dignité qui interdit à quiconque de faire de qui que ce soit un esclave ; - et de l’autre côté revendiquer la licence de ne refréner aucune envie — le fameux “il est interdit d’interdire” — qui revient inéluctablement à revendiquer la licence de rendre les autres esclaves de nos pulsions ! C’est de l’injonction paradoxale ! De la perversité à l’état pur ! Si ne vouloir être l’esclave de personne revient à s’autoriser à rendre les autres esclaves de nos vices, où est le progrès humain ? Où est l’humanisation ? Où est la grandeur ?

Le résultat est que, dans un système unilatéralement sociétal, les hommes sont littéralement atomisés ; réduits, pour reprendre le titre du roman de Michel Houellebecq paru en 1998, à l’état non plus seulement d’“individus”, mais de « particules élémentaires » dispersées dans la nature. Pour illustration, je voudrais vous lire un passage qui décrit l’esprit des années soixante au cours desquelles s’est enflé ce mouvement de déshumanisation, dans un livre de Thibaut de Montaigu paru en 2020, La Grâce. Il parle de son père « [En 1960, mon père] quitte l’église pour ne plus y foutre les pieds. Toute une génération lui emboîtera le pas. Celle qui n’aura jamais connu la guerre. En une décennie, les offices se vident de moitié. Les prêtres ouvriers, la Jeunesse étudiante chrétienne : rien n’y fait… Tout ce qui ressemble à une forme d’autorité les rebute. Aux contraintes de la religion, ils préfèrent les plaisirs faciles. Et ceux-ci n’ont jamais été aussi nombreux. Le progrès technique soigne l’ennui. Les disques en vinyle font tourner les têtes, l’automobile donne la bougeotte, le cinéma met du Technicolor dans la vie. Brigitte Bardot se prélasse nue au soleil ; James Dean roule à tombeau ouvert vers la mort. Autres temps, autres idoles. Désormais, tout est séduc­tion, immédiateté, désir éperdu de liberté. Le vieux schnock cloué sur sa croix, avec sa gueule moribonde, ne fait plus rêver. Au rebut, toute cette bimbeloterie. Tous ces cierges et ces bondieuseries. Le paradis, pas besoin d’aller le chercher dans l’au-delà. Le paradis, il est sur terre à présent. Chacun veut être l’unique arti­san de son bonheur ici-bas. Lourde tâche. À partir de 68, la courbe des dépressions explose. Les cachets remplacent les hosties. On ne veut plus d’espérance, mais des résultats. Non que les jeunes soient plus malheureux qu’avant, mais ils trouvent toujours plus heureux qu’eux-mêmes, et ça les ronge. Au moins la liberté donne-t-elle du plaisir. Elle nous fait sentir unique au monde. Que la vie semblait ennuyeuse lorsqu’on la devait à d’autres qu’à soi-même. Lorsqu’il fallait admettre une autre loi que la sienne. Dix ans auparavant, Green notait dans son journal : “Le monde de 1959 n’en veut plus. La foi oblige.” Tout est là... ». (Thibault de Montaigu, La Grâce, Plon (2020), p. 86-87) — “oblige” au sens où la foi se sait en dette de reconnaissance, de gratitude ; comme quand on dit “je suis votre obligé”, pour dire : “j’ai une dette envers vous.” Avoir la foi, c’est dire : « J’ai besoin d’un autre que moi ! » Avoir la foi, c’est donc consentir à cette faiblesse inhérente à tout homme qui l’OBLIGE à s’ouvrir à un autre que soi, à YHWH en l’occurrence, et c’est une GRÂCE ! Reste que dire : « Je suis en dette envers YHWH et envers mes pères », dans la folie hystérique des années soixante, c’est juste inaudible !

Et pourtant ? Qu’avons-nous que nous n’ayons d’abord reçu, comme demande saint Paul dans la première épître aux Corinthiens ? Ce que nous dit la TORâH, c’est que la VIE se reçoit ; et que prétendre s’en saisir pour fanfaronner, c’est l’assassiner. Donc tout notre travail spirituel consiste à RENONCER à se saisir de cette VIE qui ne subsiste que lorsqu’elle est transmise et reçue ; lorsque je refuse de mettre la main dessus. Lorsque je consens à sa dimension TRANSCENDANTE. Or là, on touche à l’ordre de la contemplation, au sens où CONTEMPLER, c’est consentir à recevoir sans posséder : je suis devant un paysage, je le reçois, je m’en imprègne et si ce moment contemplatif tient sa promesse, je repars plus fort, je repars meilleur que je ne suis arrivé. C’est là ce qui caractérise ce qu’on appelle le GÉNIE : une œuvre géniale n’est pas seulement belle : elle est le canal d’une grâce, d’une INSPIRATION par laquelle on se découvre BÉNI. Mais c’est à la condition d’être accueillie. Aucune place pour l’égoïsme ou la consommation ici. Seulement pour la LIBERTÉ, de sorte qu’avec le goût de contempler, l’être humain s’ouvre à une joie et à une paix divines : il se découvre FILS : « Qu’ai-je donc que je n’ai d’abord reçu ? »

Or quand ce sentiment jaillit, il n’a de cesse que d’être partagé : naît alors la COMMUNAUTÉ, c’est-à-dire le lieu où se partage une COMMUNION dans la GRATITUDE. La GRATITUDE non comme un simple exercice de développement personnel à quoi on la réduit trop facilement aujourd’hui, mais la GRATITUDE comme une ILLUMINATION SPIRITUELLE au sens où à partir de là naît un élan de COMMUNION qui s’appelle l’Amour : celui qui ne sait pas être dans la GRATITUDE est juste incapable d’aimer ! Or ce qui relève de la COMMUNION procède toujours, selon le roc interprétatif de la TORâH, de l’ESPRIT. Donc oui : la GRATITUDE n’est pas un sentiment ; elle est le lieu où l’homme fait l’expérience spirituelle de sa LIBERTÉ face à la CONVOITISE — encore elle — qui consiste à tout ramener à soi, à se considérer comme seul souverain de son existence, ce qui fut le piège majuscule dans lequel, toujours à la même époque d’après guerre, Jean-Paul Sartre a entraîné toute sa génération. Or tout à l’inverse, ce que nous apprend la TORâH, c’est que la GRATITUDE n’est rien de moins que LA MARQUE DU FILS.

Celui qui en rend compte le plus profondément est sans doute l’Évangile selon saint Jean ! Il suffit de relire la Prière Sacerdotale de Jésus au ch. 17 pour s’en convaincre. Là, Jésus n’est pas dans sa zone de confort, comme on dit aujourd’hui, loin de là. Au moment le plus terrible de sa passion, c’est-à-dire au moment où Jésus doit CHOISIR d’aller jusqu’au bout de sa mission ; au moment où, humainement parlant, il se retrouve absolument seul, abandonné des siens, il fait le choix de les aimer jusqu’au bout. Or ce qui fait sa force, ce qui fait qu’il va vaincre le moment abominable de la Croix qui se profile, c’est la GRATITUDE qui habite ce FILS au plus profond de sa CHAIR et qui le maintient en communion avec le PÈRE.

Maintenant, une fois qu’on a dit ça, il faut aller plus loin dans la mesure où la VIE ne se résume pas, on l’a dit, à être transmise de père en fils. Une autre dimension vient se greffer inévitablement sur cet axe : celui de la FRATERNITÉ !

Sont FRÈRES ceux qui se reconnaissent issus d’une mémoire partagée ; une mémoire à laquelle le PÈRE prête sa FIGURE, c’est-à-dire son visage comme cette trame commune sur laquelle ses FILS vont pouvoir tisser leur histoire, et se découvrir ainsi être FRÈRES. Voilà : le FRÈRE, c’est ça : aussi différent de moi qu’il soit, mon frère est celui dont je découvre que l’histoire est tissée sur LA MÊME TRAME QUE LA MIENNE : voilà ce qui forge cette COMMUNAUTÉ qui fait de nous une FAMILLE. Alors a-t-on toujours besoin de cette figure paternelle ? Mais oui : un des messages les plus clairs de la Bible, c’est qu’il n’y a jamais de Communauté sans Père, n’en déplaise à notre pauvre France qui a décapité le sien voici quelques siècles. Ceci dit, pour des Juifs comme pour des chrétiens, ça n’a qu’une importance relative puisqu’ils ont YHWH pour Père ; mais pour le gros des troupes à qui on assène depuis la révolution qu’ils sont indépendants et libres de toute tutelle, qu’est-ce qui reste ? Il reste la Nation, administrée par des fonctionnaires qui font fonctionner dans l’ombre, anonymes… Et depuis l’industrialisation et la mondialisation, alors là, tout part en eau de boudin, toujours faute de figure paternelle… et nos jeunes aujourd’hui sont bien démunis ! En fait, sans cette figure, le groupe se retrouve sans chair ni tête ; sans patrimoine commun, et devient très vite violent, quand ce n’est pas meurtrier, parce que ne vivant plus la fraternité, il devient incapable de gérer l’altérité. Alors on pourra toujours me dire : oui mais Hitler, Lénine, Mao se sont présentés comme des pères ! Sauf que là on avait affaire à des pervers. Et ça n’est pas parce que la perversion est toujours possible que la figure du Père doit en être effacée pour autant, tout au contraire ! Il faut redonner toutes ses lettres de noblesse à ce jeu entre la PATERNITÉ, la FILIATION et la FRATERNITÉ dans toute la mesure où elles sont le SEUL lieu où l’homme reste apponté à sa grandeur ! Ce à quoi travailleront activement la TORâH et les Évangiles. Alors allons-y.

L’hébreu nous fait faire un parcours analogique tout à fait suggestif : le mot FRÈRE se construit sur la racine YOD H.éT, et se prononce ‘aH.. La sœur, ‘aH.OT, est juste la féminisation du terme, ce qui veut dire que tout ce qu’on va découvrir autour de la racine YOD H.éT la concerne de la même manière. Ceci dit, il faut entendre le FRÈRE au sens large : ‘aH. est aussi mon parent, mon allié, ou même plus globalement le concitoyen ; c’est-à-dire tous ceux qui peuvent prétendre à une origine commune, aussi lointaine soit-elle. Ceci dit, cette racine rassemble toute une famille de termes dont vous en connaissez déjà quelques uns : ‘aH. donne d’abord ‘èH.âD, c’est-à-dire UN : YOM ‘èH.âD, JOUR UN ; BâShâR ‘èH.âD : CHAIR UNE ; ADoNaï ‘èH.âD, le DIEU UN, etc. On a dit la dernière fois que ‘èH.âD n’était pas d’abord numérique, mais UNIFICATEUR ; et c’est ce qui fait que le verbe ‘âH.aD, bâti sur cette racine, signifie s’unir, se réunir, s’associer. Tout ça nous suggère déjà un premier sens significatif de la FRATERNITÉ : quand on est FRÈRES, on ne fait qu’UN ! On est SPIRITUELLEMENT attachés les uns aux autres par un lien de COMMUNION qui constitue le socle d’amour qui nous rend forts : « Un FRÈRE appuyé sur un autre FRÈRE est une forteresse. » (Pr 18,19, version LXX). C’est là un des éléments essentiels de toute bénédiction, on y reviendra.

En même temps, ‘aH., le FRÈRE, est aussi la racine qui va donner ‘aH.éR : l’AUTRE. L’AUTRE transcendant, celui qui ne peut jamais se confondre avec moi, ni être l’objet d’une quelconque convoitise de ma part. Ce qui signifie que l’UNION, la COMMUNION fraternelle n’est pas non plus sans maintenir une nécessaire DISTANCE : le FRÈRE, c’est celui qui est à la fois UN avec moi, du fait que nous tissons notre histoire sur la même trame mémorielle, paternelle ; et il est en même temps celui qui est AUTRE que moi, distinct de moi, avec son originalité propre que rien ne saurait réduire, et surtout pas ma convoitise ! C’est alors cette alchimie entre l’UNITÉ et l’ALTÉRITÉ, entre la COMMUNION et la TRANSCENDANCE qui constitue la grandeur de la FRATERNITÉ, au fondement de la naissance de la COMMUNAUTÉ — famille, clan, tribu, peuple, ce que vous voulez — dans la mesure où ce LIEN CHARNEL qui unit les FRÈRES est plus fort que ce qui les sépare : ils sont AUTRES, chacun avec ses spécificités personnelles ; mais ce n’est pas sans être avant tout spirituellement, charnellement UNIS les uns aux autres — et pas seulement reliés par des contrats établis entre de purs individus par une société purement marchande. Il est assez flagrant qu’un auteur comme Max Weber, dans un ouvrage majeur : Sociologie des Religions, écrive dès 1920 que l’État et le Capitalisme ont mis la modernité sous le signe de la « domination universelle de la non-fraternité » ! Je n’en dis pas plus. C’est p. 457 dans l’édition française Gallimard parue en 1996.

Ceci dit, ce que nous rappelle la Bible, au nom de la GRANDEUR humaine ; au nom du regard que YHWH pose sur ‘ÂDâM ; au nom de l’HONNEUR qui marque l’histoire d’élévation à laquelle les FRÈRES reconnaissent appartenir de concert, c’est que ceux-ci ne se contentent pas de « vivre ensemble » : ils puisent dans leur COMMUNAUTÉ leurs raisons de vivre, de se donner, de se dépasser, de s’élever parce qu’ils se savent pouvoir viscéralement compter les uns sur les autres. On n’est plus dans les questions mesquines de zones de confort ! Il s’agit bien plutôt de poursuivre le tissage patient d’une histoire sur la trame transmise par les pères qui se révèle être une MONTÉE vers la liberté et vers une créativité toujours renouvelées ! Mais c’est un tissage qui n’est possible que là où la FRATERNITÉ PRÉSIDE véritablement l’existence, et non pas seulement là où elle est réduite à un slogan muet apposé sur le fronton des mairies. Là où la FRATERNITÉ est vécue comme une réalité qu’on porte en soi, qui constitue la CHAIR de la culture commune : alors cette FRATERNITÉ a un goût d’ÉTERNITÉ bienheureuse !

TISSER l’histoire, tisser le temps... Je crois qu’on a vraiment là un des grands messages de la TORâH ! Ah mais… ‘aH.âH, le verbe bâti sur la racine ‘aH., signifie précisément COUDRE ! Dans la SOCIÉTÉ où tout sépare les individus en dépit de ce qui les unit, on cherche avant tout à en “découdre”. Eh bien : le pari de la TORâH, c’est d’inverser ce mouvement infernal en dévoilant la tâche première de l’humain : à savoir COUDRE des LIENS, ce qui signifie COUDRE le TEMPS pour y tisser, y bâtir une histoire. Je ne peux ici que vous renvoyer au magnifique petit ouvrage de Abraham Heschel, Les Bâtisseurs du Temps, paru en français aux éditions de Minuit en 1957. On n’a pas fait mieux depuis. En tout cas, l’idée est là : pas de PATERNITÉ, pas de FILIATION, pas de FRATERNITÉ, pas de TEMPS, pas de CHAIR, pas d’HISTOIRE ! Uniquement l’instant, l’instantané, l’immédiat ; l’événement qui fait le choux gras des minutes journalistiques quotidiennes, sans recul, sans saveur et qui n’entraîne que morosité et morbidité.

Reste que pour contrer cette morbidité, la TORâH, elle, va se mettre à RACONTER et elle a raison ! Elle a raison depuis plus de trois mille ans puisque ce qui tisse le LIEN SPIRITUEL, c’est le RÉCIT ! Tant qu’on n’a pas compris ça, on fonctionne, mais on ne vit pas ; et surtout, on ne donne pas la vie ! On formate et on manipule, c’est tout. Et la TORâH de commencer par poser quelques questions simples : entre l’époux et l’épouse, ça devrait marcher puisqu’ils sont faits l’un pour l’autre, or ça ne marche pas… Pourquoi ? Et entre frères, ça devrait marcher, mais non… Pourquoi ? Et c’est alors que la TORâH se met à raconter que la fraternité se trouve enrayée dès le départ par une tragédie : un meurtre entre QaYîN et HâVèL, les premiers FRÈRES de l’histoire selon le récit des origines.

Reste qu’à partir de là, la TORâH va se donner pour tâche de garder coûte que coûte ouverte la porte de la fraternité, au moins par ceux qui, génération après génération, voudront bien se mettre à l’écoute de YHWH, LE PÈRE par excellence en qui s’enracine cette fraternité.

On pourrait dire qu’à travers la multiplicité de ses récits, de ses relectures, la TORâH se présente comme une “thérapie” de la fraternité blessée par la convoitise — regarder les FRÈRES et sœurs dans une famille quand ils en sont encore au stade de devoir se prouver à eux-mêmes et aux autres qu’ils existent : ça se chamaille, ça veut gagner, ça veut exister ; quitte à se taper dessus comme QaYîN et HâVèL… Or il suffit juste, avec la TORâH, de leur révéler que cette énergie est celle d’un vrai désir : celui de grandir, d’entrer joyeusement dans le jeu du monde ; mais que ce désir ne peut s’épanouir que dans le consentement à cette FAIBLESSE inhérente à tout être spirituel, comme on l’a déjà dit : « Je ne suis pas tout », et c’est une GRÂCE ! « J’ai besoin de mon frère différent de moi » ; « j’ai besoin de l’autre EN TANT QU’AUTRE », c’est-à-dire TRANSCENDANT, sans pour autant que cet autre transcendant soit un ennemi avec qui il n’y aurait d’autre choix que d’en DÉCOUDRE ! Tout au contraire, l’AUTRE m’est un FRÈRE avec qui, en qui et par qui nous allons pouvoir RECOUDRE le temps déchiré par la convoitise et enfin tisser l’Histoire comme l’œuvre créatrice par excellence. Sans plus de peur d’être trahis, savoir tirer de cette COMMUNION FRATERNELLE la force et l’intelligence nécessaires pour tout vaincre ! Et de ce point de vue, il n’est pas anodin de voir la racine ‘aH. donner ‘èH., qui est l’un des termes par lesquels on désigne l’infirmier en hébreu : celui qui RECOUD, qui répare, qui soigne. Dès lors paraît le véritable réconfort dont nul ne peut dire qu’il n’en aurait pas besoin, qu’on pourrait appeler la CHALEUR HUMAINE, ce que suggère une dernière déclinaison de la racine ‘aH., puisque ‘âH., c’est l’âtre, le brasier auprès duquel on vient se réchauffer.

Voilà : en définitive, l’homme doit apprendre que l’AUTRE n’est donc pas d’abord un ennemi mais celui sur qui la convoitise n’a pas de prise, ce qui constitue ni plus ni moins que la condition d’apparition de l’AMOUR véritable, l’AMOUR de charité dont Jésus se fera le héraut, le promoteur, le prophète ! Tout simplement parce qu’AIMER en vérité, c’est d’abord refuser radicalement de convoiter l’autre transcendant et, dans le même temps, CHOISIR de me reconnaître son FRÈRE.

Alors le vieil homme en nous s’en révolte, comme QaYîN s’est révolté contre HâVèL, sauf que, nous dit le récit, la convoitise jalouse l’a saisi et l’a conduit au meurtre, exactement ce dit le Décalogue qui nous occupe. Mais il n’en reste pas moins que l’appel de YHWH a tout de même retenti : « YHWH dit à QaYîN : “Pourquoi brûles-tu [de colère] ? Pourquoi ta face est-elle abattue ? Fais le bien pour [le] porter ! Mais si tu ne fais pas le bien, voici qu’à l’ouverture est tapi le péché ! Vers toi se porte sa convoitise ! Toi, domine-le !” » (Gn 4,6-7). C’est le même appel qui retentira pour tout Israël en Dt 30 : « Vois, Je mets devant toi la Vie et la Mort, la Bénédiction et la Malédiction : choisis la vie ! » (Dt 30,15). Or voyez, cet appel n’est autre que celui de la FRATERNITÉ cousue sur la trame des paroles de YHWH, le DIEU UN, le Dieu qui UNIFIE, qui fait d’Israël une COMMUNAUTÉ de FRÈRES dont Il se présente comme le PÈRE ! Et l’Église se greffe sur cette réalité, étendue aux GoYîM : elle est une communauté de FRÈRES sur laquelle les forces de la mort ne peuvent rien, puisque la convoitise y est combattue comme la peste au nom de la CHARITÉ ensemencée par le PÈRE comme principe irréductible d’UNITÉ et de COMMUNION.

Raison pour laquelle Jésus répondra par ailleurs au scribe qui l’interroge sur le plus grand commandement de la TORâH : « Tu aimeras de charité YHWH ton ‘ÈLoHîM, de tout ton cœur, de tout ta vie — ton âme — et de toute ton intelligence. Tel est le grand et premier commandement. Cependant, un second lui est équivalent : tu aimeras de charité ton prochain — c’est-à-dire en définitive ton FRÈRE — comme toi-même. » En ces deux commandements est suspendue toute la TORâH, ainsi que les Prophètes. » (Mt 22,37-40). Dit autrement : nul ne peut aimer YHWH comme Père s’il n’aime pas ses frères dont YHWH est tout autant le Père. Ce que dira saint Jean dans sa première lettre : « Si quelqu’un dit : “J'aime ‘ÈLoHîM” de charité, et qu’il hait son frère, il est menteur ! En effet, celui qui n'aime pas de charité son frère qu’il voit, il n’a pas la puissance d’aimer de charité ‘ÈLoHîM qu'il ne voit pas ! Et voici le commandement que nous avons de sa part : celui qui aime de charité ‘ÈLoHîM, qu’il aime aussi de charité son frère. » (1Jn 4,20-21). Autrement dit : pas d’amour possible de YHWH, du Père, sans appartenir concrètement à une COMMUNAUTÉ de charité — c’est-à-dire une COMMUNAUTÉ d’amour où chacun s’offre à la suite du Christ pour combattre avec acharnement toute convoitise et travailler à l’édification d’une COMMUNAUTÉ où chacun se sent alors MONTER vers une plénitude de LIBERTÉ et de CRÉATIVITÉ.

Et tout ne s’arrête pas là : on est prêt maintenant à percevoir tout le poids des paroles du Christ RESSUSCITÉ lorsqu’il dit à Marie-Madeleine : « Va vers mes FRÈRES, et dis-leur :  “Je monte auprès de mon Père et votre Père, auprès de mon ‘ÈLoHîM et votre ‘ÈLoHîM.” » (Jn 20,17). Impossible de marquer plus profondément la COMMUNION qui l’unit charnellement aux disciples en leur donnant de tisser désormais leur histoire sur la trame du Père Éternel qui est la sienne. Quant à Paul, ses paroles sont tout aussi audacieuses : « Ceux qu'il a connus d'avance, il les a aussi prédestinés à être conformes à l'image de son Fils, afin d’être Lui-même premier-né parmi de nombreux FRÈRES. » (Rm 8,29) ; Et le pompon se trouve dans l’épître aux Hébreux : « Celui qui consacre et ceux qui sont consacrés sont tous issus de l’UNIQUE — ADoNaï ‘èH.âD, le PÈRE —. Raison pour laquelle [Jésus] n'a pas honte de les appeler FRÈRES. […] Il a dû être identifié en toutes choses à ses FRÈRES, afin de devenir un grand prêtre miséricordieux et digne de foi selon ‘ÈLoHîM, pour prendre en miséricorde les péchés du peuple. » (He 2,11.17). Quelle audace ! YHWH, en la personne de Jésus, sa MeMRaH faite CHAIR, son Verbe fait CHAIR, se fait FRÈRE — « Mon Père et votre Père » — pour renouveler la COMMUNAUTÉ des Fils de ‘ÈLoHîM et retisser, recoudre une histoire qui a primitivement tourné au tragique mais qui, par Lui, peut être réparée — en tant que FRÈRE, il est aussi l’infirmier — rappelons-nous l’environnement sémantique de la racine ‘aH. — la tradition chrétienne parlera de médecin, mais l’idée est la même. Tout ça plongé dans un mouvement de miséricorde et de GRATITUDE SPIRITUELLE portée désormais par l’OFFRANDE du véritable Grand-Prêtre devant YHWH !

Alors on ne va pas s’étendre, mais redisons-le : en recevant le Christ comme notre FRÈRE, comme cet AUTRE dont nous refusons de convoiter la place unique ; le Christ qui, le premier, est sans convoitise puisqu’il est YHWH, peut alors nous attacher à Lui sans peur d’être trahis, pour reprendre enfin la Création interrompue au 7e jour par l’irruption de la convoitise, désormais vaincue par la charité ! C’est là où, toujours en tant que FRÈRE, Jésus ressuscité accompli sa mission de Go’éL : Il nous rachète de l’esclavage de la mort, je vous renvoie à ce qu’on en a dit à propos du livre du Lévitique.

Du coup, faut-il se désoler de ce que la société a organisé sa mondialisation sur le seul ressort de la convoitise-consommation ? Oui, si aucun autre chemin ne s’ouvre. Mais si la TORâH constitue le ROC interprétatif sur lequel Juifs et Chrétiens savent encore bâtir leur histoire ; une histoire qui se tisse et se raconte auprès de l’âtre qui brûle dans les synagogues et les églises, soyons sûrs que notre solidité sera à toute épreuve, au point que « quand viendra l’inondation et qu’elle frappera cette maison, elle ne saura pas l’ébranler ! » (Lc 6,48).

Reste la question : faut-il opposer COMMUNAUTÉ et SOCIÉTÉ ? Non. Mais il faut avoir en tête cette distinction pour articuler la pertinence de l’un ET de l’autre. Une SOCIÉTÉ digne de ce nom ne se bâtit pas “sur le dos” de la COMMUNAUTÉ, mais au service de la COMMUNAUTÉ. Dit autrement : la SOCIÉTÉ est SECONDE par rapport à la COMMUNAUTÉ qui, elle, est toujours PREMIÈRE. Vous vous souvenez de ce qu’on a déjà dit : les bons seconds sont toujours de mauvais premiers. L’argent est un bon second, c’est un mauvais premier. Eh bien : la SOCIÉTÉ est bonne quand elle est en SECOND ; elle est mauvaise quand elle fait un coup d’État pour renverser la primauté de la COMMUNAUTÉ. Dit autrement, la SOCIÉTÉ n’est que le fruit d’une SUBSIDIARITÉ exercée par les COMMUNAUTÉS, et non l’inverse sans quoi c’est catastrophique — ce qu’on voit malheureusement s’accomplir sous nos yeux aujourd’hui au niveau mondial.

Alors peut-être certains peuvent se dire que tout ça est bien utopique… C’est sûr qu’en dehors de la trame biblique, ce genre d’INTERPRÉTATION peut prêter à rire. Mais pour qui veut entendre l’appel à INTERPRÉTER son histoire à la lumière de la TORâH et des Évangiles, c’est précisément dans cette INTERPRÉTATION que Juifs et chrétiens se savent BÉNIS et qu’ils peuvent apporter leur concours à la gouvernance des peuples : ils savent, grâce à la FOI qui est la vertu interprétative par excellence ; quoi qu’il arrive et même le pire comme les persécutions qui aujourd’hui font fureur contre eux de par le monde ; ils savent trouver les ressources, les points d’appuis et les points d’amour qui leur fera toujours ESPÉRER et offrir leur vie par l’amour de CHARITÉ qu’ils puisent dans leur COMMUNION avec YHWH. Et ce faisant, ils sont les gardiens de la CRÉATION RENOUVELÉE, dès ici-bas, au cœur d’une société malade d’une convoitise désormais compulsive — la fameuse « consommation » — qui justifie toutes les exploitations et les mensonges marketings sur laquelle elle s’est pourtant volontairement structurée, en particulier à partir du New-Deal de 1933, alors même que ce n’est que du vent… « Vanité des vanités, tout est vanité. » (Qo 1,2).

Dans le fond, un Yuval Harari, avec son best-seller Homo Sapiens, ne lance jamais, à sa manière, qu’un appel à ses FRÈRES juifs autant qu’aux chrétiens : « Face à la vacuité de l’histoire purement matérialiste que je raconte dans mon livre, racontez-moi la vôtre ! Défendez votre point de vue ! Quelle INTERPRÉTATION de l’histoire offre votre COMMUNAUTÉ, puisque vous vous souvenez : la COMMUNAUTÉ, la FRATERNITÉ est le lieu où s’élabore l’INTERPRÉTATION qui fait vivre ? Que racontez-vous à ce monde postmoderne sous emprise économique et technologique ? Présentez-nous une interprétation crédible que valident des fruits factuels d’ÉLÉVATION, d’HUMANISATION, ou pour aller jusqu’au bout : des fruits de DIVINISATION !

Reste que pour lui répondre, il faut déjà savoir pour nous-mêmes sur quelle trame s’enracine notre INTERPRÉTATION — en l’occurrence la TORâH et l’Évangile — j’espère que ça commence à être acquis — ; et nous rappeler que cette trame a un support analogique essentiel, à savoir celui du TEMPLE qui est le lieu de l’ÉLÉVATION par excellence, le lieu des MONTÉES ; une analogie centrale dans l’Ancien comme dans le Nouveau Testament puisque Jésus Lui-même se présente comme le renouvellement définitif, dans sa chair, du TEMPLE de pierres. C’est ce qu’il nous reste à voir pour conclure cette longue réflexion autour du 5ème commandement du Décalogue, mais nous verrons ça la prochaine fois.

Je vous remercie.
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La Bible en tutoriels - Le Deutéronome (père Alain DUMONT) - Page 2 Empty Le Cadre du Temple

Message par Gabuzo Ven 11 Juin 2021 - 12:53


Bonjour,

Nous achevons aujourd’hui notre réflexion à propos du 5e commandement — « Glorifie ton père et ta mère » —, émerveillé de voir comment, au fil de tout un parcours qui a commencé avec la lecture du récit d’Abraham dans la Genèse, la TORâH nous entraîne patiemment à des considérations essentielles, tant sur le plan anthropologique que sur le plan spirituel ! La plus importante étant la source paternelle de cette TORâH qui construit pour ceux qui la reçoivent un contexte fraternel et communautaire qui les sauve des affres de l’histoire, quelles que soient les époques.

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Alors on a déjà vu l’importance de la TRAME Paternelle qui permet aux FILS de tisser leur propre histoire ; qui leur donne les moyens d’INTERPRÉTER leur histoire pour être en capacité de prendre les bonnes décisions au bon moment, concernant leur génération — ce qu’on appelle la BÉNÉDICTION. Reste, et c’est le dernier point qu’on traitera à ce propos, que la TRAME n’est rien si elle n’est pas elle-même tendue par un CADRE — qu’on appelle encore un MÉTIER en tapisserie. D’où la question pour nous, puisque l’image du tissage nous permet de mieux comprendre comment se construit la mémoire d’un peuple, quelle que soit sa culture : quelle est la trame qui sous-tend la mémoire d’Israël ? Pour un chinois avant le déferlement de l’idéologie communiste, ça pouvait être le corps de l’Empereur de Chine, on l’avait évoqué à propos du livre du Lévitique ; pour un Grec de l’Antiquité, c’était l’harmonie du Cosmos ; dans les civilisations amérindiennes, c’était le Soleil ; et donc, puisqu’anthropologiquement ce Cadre Analogique est incontournable quelle que soit la culture, pour Israël, ce CADRE se trouve être le TEMPLE de Jérusalem. Dit autrement : si je veux comprendre ce qui sous-tend toute la TORâH, il faut que j’arrive à percevoir comment le TEMPLE représente le CADRE INTERPRÉTATIF majeur de toute l’histoire du Salut.

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Là, il faut écouter la tradition orale juive, la fameuse TORâH SheBè“âL PèH — la « TORâH sur la bouche » — qui remonte jusqu’à l’époque du Christ et dont les Targum sont les principaux témoins, avec aussi la MiSheNaH qui recueille les premiers commentaires de la TORâH qui remontent à cette même époque. Ce qui veut dire que Jésus a baigné dans cette tradition orale, tout comme saint Paul, saint Jacques, et tous les disciples. Alors attardons-nous, rapidement, à déceler les traits saillants de cette TORâH SheBè“âL PèH, précisément à partir du CADRE INTERPRÉTATIF du Temple de Jérusalem.

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Cette tradition orale présente le TEMPLE de Jérusalem comme le lieu à partir duquel YHWH a COMMENCÉ LA CRÉATION. La pierre d’affleurement au sommet du Mont MoRîYYâH — ce rocher recouvert aujourd’hui par le Dôme musulman — est aujourd’hui encore considéré comme la Pierre à partir de laquelle YHWH a créé tout l’Univers. Encore une fois, c’est une INTERPRÉTATION ! Pas la peine de lui opposer le Big Bang qui n’est jamais, toute scientifique que soit cette théorie, qu’un paradigme interprétatif pour expliquer l’émergence de l’Univers. L’important n’est pas ici de choisir une interprétation contre une autre, puisque leur objectif respectif n’est pas le même : le Big Bang se donne pour objectif d’expliquer l’origine physique de l’univers ; la Bible, elle, se donne pour objectif de mettre en lumière la vocation de l’homme dans ce Cosmos et la manière d’y tenir sa place au service de la vie, dans un rapport en quelque sorte “gagnant-gagnant” que la Bible appelle la BÉNÉDICTION. Ce n’est évidemment pas la même chose.

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Toujours est-il que, selon la TORâH SheBè“âL PèH, le rocher d’affleurement situé au sommet du Mont MoRîYYâH — ou du Mont Sion, c’est la même chose — est donc considéré comme le Promontoire à partir duquel YHWH a créé le Cosmos. Ce Rocher a pour nom : ‘èVèN HaSheTiYâH, אֶבֶן הַשְְׁתִיָּה, la PIERRE DE FONDATION. HaSheTiYâH étant bâti sur la racine שׁוּת, ShOuT, qui signifie placer, asseoir, établir, et donc fonder.

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Or, toujours selon cette tradition, c’est sur cette PIERRE DE FONDATION que ‘AVeRâHâM aurait préparé l’autel du sacrifice de son fils YiTseRaQ ; que Ya“aQoV aurait eu le songe de l’échelle reliant le Ciel au Sol sur lequel il dormait ; et que Salomon aurait choisi de bâtir le premier Temple de YHWH à Jérusalem. L’interprétation de la TORâH SheBè“âL PèH établit ainsi une continuité dans l’histoire du Salut concernant cet affleurement du rocher ; et c’est le dernier jalon de cette interprétation qui nous intéresse dans la mesure où Jésus va la reprendre à son compte.

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Pour ce qu’on peut en savoir d’après le second Livre des Rois et les Livres des Chroniques — Salomon a bâti le TEMPLE de Jérusalem le Rocher du Mont MoRîYYâH, et c’est sur cet affleurement en particulier qu’était bâti leקֹדֶשׁ הַקֳּדָשִׁים, le QoDèSh HaQQâDâShîM, le Saint des Saints, dans lequel reposait l’Arche d’Alliance. Cette Arche qui, on s’en souvient, était censée contenir les deux tables en pierre sur lesquelles était inscrit notre Décalogue qui constitue la substantifique moelle de la TORâH.

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Or toujours selon la tradition orale, non loin de cette PIERRE DE FONDATION, en direction de l’Est, était érigé le gigantesque autel des sacrifices ; ces fameux sacrifices par lesquels YHWH élève à Lui son peuple ; ce même peuple appelé à écouter et à garder la Parole représentée précisément par les deux tables contenues dans l’Arche. Eh bien : cette proximité traduit le lien intrinsèque qui relie les sacrifices offerts sur l’autel à la TORâH qui les prescrit. Dit autrement, ce voisinage signifie qu’offerts au plus près possible de ce Rocher, les sacrifices n’existent en définitive QUE pour accomplir la TORâH représentée par le Décalogue contenu dans l’Arche. Des sacrifices par lesquels, à l’appel de la TORâH, s’opère la réconciliation de l’Univers avec YHWH ; et c’est par ce biais que la TORâH se révèle comme la Lumière de la Création. Une lumière manifestée par les lampes de la MeNoRaH allumée jour et nuit, postée entre l’Arche et l’autel des sacrifices pour manifester que l’un et l’autre sont indissociables.

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Et comme de bien entendu, cette proximité était marquée rituellement : les rites sacrificiels demandaient à cet effet, une fois l’offrande consumée, de prendre du feu des sacrifices pour le porter sur le petit autel en or situé à l’intérieur du Sanctuaire, juste devant le rideau derrière lequel reposait l’arche, pour y faire monter l’encens — d’où son nom : l’Autel de l’encens. Et par analogie, ce petit brasier d’encens était considéré comme lié au sacrifice du Grand Autel extérieur qu’on portait ainsi devant YHWH ; et qui dégageait, grâce à l’encens, cette « agréable odeur » dont parlent les Psaumes, entre autres — agréable non pas au sens olfactif seulement, mais au sens où cette odeur, signifiant l’élévation du peuple, était « agréée » par YHWH — ; On faisait donc monter cette « agréable odeur » jusque dans les “narines de YHWH” — c’est encore une image qui vaudrait le coup qu’on s’y arrête si on n’avait le temps — en signe de Paix. Alors je vous renvoie à ce qu’on a dit de cet autel à propos du livre de l’Exode, mais en attendant, c’est cette image qui joue à plein par exemple quand Paul écrit : « Conduisez-vous avec charité, tout comme le Christ vous a aimés de charité et s’est livré pour nous, en offrande et sacrifice à ‘ÈLoHîM, en parfum d’agréable odeur » (Éph 5,2). Là il faut entendre que le sacrifice du Christ a été porté en présence de YHWH pour être agréé comme tel, ce qui veut bien dire que le cadre du TEMPLE joue à plein pour comprendre le mystère du Christ et de l’Église !

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Mais revenons à la symbolique du Temple qui a encore bien des choses à nous livrer. La TORâH SheBè“âL PèH enseigne que ‘ÂDâM a été façonné précisément à l’endroit où s’élevait le grand autel des Sacrifices. Ce qui signifie, dans le Cadre Analogique du Temple, que la plénitude de l’être de ‘ÂDâM se dévoile avant toute chose dans l’acte d’Offrande de soi à YHWH, en réponse au bienfait de la Création. Du coup, en élargissant cette considération, la TORâH SheBè“âL PèH en conclut que la proximité de la Création de ‘ÂDâM à l’endroit où allait être érigé le Grand Autel des sacrifices et de la ‘èVèN HaSheTiYâH, la PIERRE DE FONDATION à partir de laquelle a été initié la Création  ; cette proximité signifie que, dans cet univers, ‘ÂDâM a un rôle SACERDOTAL de premier ordre que la Création lui délègue. Eh bien, ici, réécoutons saint Paul dans l’épître aux Romains à propos de la vocation chrétienne : « Je vous convoque, frères, par les entrailles de compassion de ‘ÈLoHîM, à présenter vos corps en Offrande vivante, consacrée, que ‘ÈLoHîM puisse agréer : c’est là votre culte, [celui] qui convient à la Parole. Et ne vous conformez pas à ce monde-ci ! Laissez-vous transformer par le renouvellement de votre pensée — par l’écoute de cette Parole —, pour éprouver — c’est-à-dire savoir INTERPRÉTER — quelle est la volonté de ‘ÈLoHîM : [éprouver] ce qui est bien, ce qu’Il agrée, ce qui vous porte vers la Finalité [de Son dessein de Vie]. »  (Rm 12,1-2). Ça n’est ni plus ni moins que l’accomplissement de la vocation sacerdotale adamique selon la TORâH SheBè“âL PèH !

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Dit autrement : sur cette micro-planète au cœur d’une micro-galaxie dans un des innombrables amas et superamas qui habitent l’univers, de cet univers à l’homme existe un lien de subsidiarité SACERDOTAL tout à fait étonnant dont s’émerveille la Bible : « Qu’est-ce que l’Homme pour que Tu fasses mémoire de lui ? Le fils de ‘ÂDâM pour que Tu le visites ? Tu lui as fait manquer de peu d’être un ‘ÈLoHîM, le couronnant de gloire et de majesté. » (Ps 8,5). Selon cette vision, l’homme se voit donc revêtir d’une mission sacerdotale universelle : selon un plan de Vie dessiné dès le commencement, il s’agit pour lui d’élever l’Univers dans un retour d’offrande, dans l’action de grâce, jusqu’à YHWH. Malheureusement, l’esprit de convoitise a enrayé ce mouvement de gratitude, mais il n’empêche : toujours d’après la TORâH SheBè“âL PèH, l’Univers ne peut pas se substituer à ‘ÂDâM pour opérer ce retour, raison pour laquelle Paul, dans la conclusion du ch. 8 de sa lettre aux Romains, dans le cadre de cette tradition orale, pourra affirmer que : « La Création est à l’affût du dévoilement des fils de Dieu qu’elle attend depuis bien longtemps ! » (Rm 8,19). C’est le moins qu’on puisse dire !

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Alors prenons à présent un autre biais : on l’aura compris, parler de TEMPLE, pour la Bible, ce n’est jamais parler d’une simple bâtisse. Certes, la construction d’Hérode le Grand, à l’époque de Jésus, était magnifique au point que même le Talmud — pourtant hostiles à Hérode — affirme que « Celui qui n’a pas vu le Temple d’Hérode n’a jamais rien vu de merveilleux de sa vie ». Reste néanmoins cette parole troublante de Jésus, qui sera reprise comme chef d’accusation contre lui : « Quelques uns — des disciples, précise Mt — disant du Temple qu’il était orné de pierres admirables et de splendides offrandes votives, Jésus leur dit : “Viendront des jours où de ce que vous contemplez, ne sera pas laissé pierre sur pierre qui ne soit détruite. » (Lc 21,5-6). Alors Jésus ne dit évidemment pas que le Temple n’a pas d’importance, ni qu’Il abandonne le Cadre Analogique du Temple ; il dit en revanche que la véritable nature du Temple ne relève pas de l’espace ; ne relève pas de son architecture de pierres. Comme tout ce qui touche YHWH, le Temple qui Lui convient est nécessairement un Temple VIVANT qui relève de l’HISTOIRE, qui relève du TEMPS.

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Ceci dit, Jésus ici n’invente rien dans la mesure où cette notion de Temple VIVANT appartient déjà à la TORâH SheBè“âL PèH. Rappelons-nous : selon la tradition orale juive, chaque pierre du Temple est porteuse d’une mémoire de BÉNÉDICTION qui se transmet de père en fils — je vous renvoie à ce que nous en avons dit à propos du 1er verset du 1er ch. du Deutéronome : ‘âV, le père ; BéN, le fils qui, lorsqu’on conjoint les deux termes, donne ‘èVèN, la pierre —. Dans la mesure où le Temple est le cadre INTERPRÉTATIF, le Cadre Oblatif qui révèle la vocation de tout être humain créé à l’endroit même où seront effectuées les offrandes d’Israël ; le TEMPLE de pierres est déjà en lui-même, génération après génération, le MÉMORIAL de la TRANSMISSION de la CONSÉCRATION du peuple, qui se reconnaît ainsi tout entier SACERDOTAL. Une CONSÉCRATION qui, à travers l’écoute de la TORâH et l’offrande conjointe des sacrifices, rend les cœurs COMMUNAUTAIREMENT disponibles aux ressources de la grâce et permet ainsi d’expérimenter la BÉNÉDICTION de YHWH : ce qu’on appelle par ailleurs la SAINTETÉ, puisque CONSÉCRATION et SAINTETÉ ne sont jamais que deux traductions en français d’un seul et même terme hébreu : QaDoSh. La SAINTETÉ n’a en soi rien à voir avec une perfection morale philosophique à la mode d’Emmanuel Kant. La SAINTETÉ est intrinsèquement liée au Cadre Analogique du Temple et s’en trouve, par essence, être une catégorie SACERDOTALE. Dit autrement, la SAINTETÉ est une dynamique CONSÉCRATOIRE d’OFFRANDE LIBRE DE SOI à l’Autre Transcendant, pour briser le vortex infernal qui, en raison de la convoitise, considère spontanément cet Autre Transcendant comme un ennemi a priori. Ce qui éclaire d’une manière magnifique l’appel de YHWH qui retentit à plusieurs reprises dans la TORâH, et en particulier dans le livre du Lévitique où il est pleinement à sa place : « Soyez saints car moi, YHWH votre ‘ÈLoHîM, Je suis Saint. » (Lv 19,2) ; ce qui signifie : « Consacrez-­vous à Moi car Moi, YHWH votre ‘ÈLoHîM, Je Me consacre à vous ! » : « Offrez-­vous à Moi car Moi, YHWH votre ‘ÈLoHîM, Je M’offre à vous ! » Alors, et alors seulement, se révèle la raison d’être de toute la Création, de l’Univers et de ses 15 milliards d’années, à savoir les NOCES avec YHWH ! La Création délègue à l’HOMME SACERDOTAL de garder CHARNELLEMENT la COMMUNION avec YHWH, vécue dans cette offrande réciproque où YHWH le Premier s’offre à sa Création, et où la Création , purifiée de toute convoitise, s’offre à son tour à YHWH par ‘ÂDâM et les offrandes qu’il est chargé d’élever vers YHWH. Voilà ce que la Bible appelle les NOCES entre l’Époux royal — YHWH — et sa bien-aimée — son peuple, ou le genre humain réconcilié en Christ qui entraîne avec lui la Création tout entière qui retrouve son statut, pour ainsi dire, de Jardin de “ÉDèN. Là, on a la clef essentielle, SACERDOTALE donc, qui ouvre le porche du Cantique des Cantiques.

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À partir de là, si le christianisme est greffé sur l’Olivier franc d’Israël, comme dit saint Paul, le Cadre du TEMPLE ne peut pas disparaître, même en régime chrétien ! Il subsiste tout au contraire dans la mesure où précisément, le TEMPLE est le lieu de la réconciliation de toute la Création avec YHWH. Avec évidemment un glissement de sens majeur qui pose toute la différence avec le judaïsme ; un glissement qui passe résolument, avec le Christ Jésus, de la pierre à la CHAIR, dans le sens des annonces prophétiques de Jérémie et Ézéchiel : « Voici l’alliance que je trancherai avec la maison d’Israël après ces jours-là — oracle de YHWH — : Je donnerai ma TORâH dans leurs entrailles, Je l’écrirai sur leur cœur. Et je serai envers eux comme ‘ÈLoHîM, et ils seront envers moi comme peuple. » (Jr 31,33), associé à Ézéchiel : « Je donnerai pour eux un cœur UN — unique au sens d’unifié ; un cœur communautaire, fraternel qui s’abreuve à la source du DIEU Père —, et Je donnerai dans leurs entrailles un esprit renouvelé. J'ôterai de leur chair le cœur de pierre, et Je donnerai pour eux un cœur de chair. » (Éz 11,19).

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Or voici qu’avec l’avènement du Verbe de DIEU fait chair, on passe de façon radicale d’une TORâH écrite sur des tables de pierre à une TORâH écrite sur un cœur de chair dont la Vierge, toujours dans le Cadre Analogique du Temple, est alors elle-même reconnue comme l’Arche de chair.

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Alors allons encore un peu plus loin à propos de la PIERRE DE FONDATION qu’on trouve aussi appelée la PIERRE D’ANGLE en architecture, c’est-à-dire la première pierre sur laquelle est réglée toute la construction d’un édifice. Or, renseignements pris, il n’y a pas de différence entre la PIERRE DE FONDATION et la PIERRE D’ANGLE en architecture ; une assimilation qu’on trouve dès le Ps 118(117),22 : « La pierre qu’ont rejetée les bâtisseurs est devenue la fondation d’angle » (Ps 117,22) : רֹ֣אשׁ פִּנָּֽה, Ro‘Sh PiNNâH en hébreu. Or Ro‘Sh, en hébreu, c’est la tête, mais c’est surtout l’EN-tête, ce qui vient “en tête”, ce qui vient “d’abord”, ce qui est au “principe” ; c’est le mot utilisé au tout début de la Genèse : בְּרֵאשִׁ֖ית בָּרָ֣א אֱלֹהִ֑ים אֵ֥ת הַשָּׁמַ֖יִם וְאֵ֥ת הָאָֽרֶץ « Au commencement, au principe — BeRé‘ShîT, un mot bâti sur la racine Ro‘Sh — Dieu crée les ciels et le sol » (Gn 1,1). Et là, un cerveau juif se lance ipso facto dans les analogies : בְּרֵאשִׁ֖ית peut se comprendre aussi : « sur le Ro‘Sh, sur la FONDATION — c’est-à-dire sur le Rocher de Fondation qui affleure sur le sommet du Mont MoRîYYâH —, ÈLoHîM crée les ciels et le sol. » On retrouve là l’idée d’une Création qui commence par ce lieu du Rocher où se concentrent, pour ainsi dire, toutes les énergies divines pour donner naissance à l’Univers.

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Alors en quoi tout ça nous intéresse en tant que chrétiens ? Eh bien tout simplement parce que cette interprétation est reprise dans le Nouveau Testament, avec les mêmes jeux de mots en grec. En Mt 21,42, Jésus par exemple cite le Ps 118  : « La pierre qu’ont rejetée les bâtisseurs est devenue la tête d’angle » (Ps 117,22 LXX). On traduit toujours κεφαλὴ γωνίας, képhalè gônias par « tête d’angle », et c’est vrai que le plus souvent, képhalè désigne la “tête” ; mais tout comme en hébreu, képhalè signifie aussi le “principe”, le “fondement”. La képhalè gônias du Psaume est donc, dans le Cadre Analogique du Temple, bien plus la Ro‘Sh PiNNâH de l’hébreu, la fameuse FONDATION D’ANGLE à partir de laquelle est créé tout le Cosmos, et sur laquelle le sanctuaire de Jérusalem trouve son assise. Mais dans l’esprit de Matthieu — et de Jésus —, la FONDATION D’ANGLE, c’est le Christ en personne ! Ce qui explique les enluminures des plus anciennes traditions chrétiennes qui représentent le Verbe de DIEU comme l’Architecte de la Création.

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Sauf qu’il faut aller encore plus loin dans la mesure où Jésus va faire jouer l’analogie du TEMPLE et de son CORPS. Rappelons-nous saint Jean : « Détruisez ce Temple-ci, et en trois jours je le relèverai. Les Juifs lui ont parlé ainsi : “C’est en quarante-six ans qu’a été édifié ce Temple-ci, et toi, en trois jours tu le relèverais ?” Mais Lui parlait du Temple de son Corps. » (Jn 2,19-21). Difficile d’être plus radical dans le passage de la pierre à la CHAIR ! En disant ça, Jésus n’est pas en train de dire que le Cadre Analogique du Temple de Jérusalem disparaît, bien au contraire : il met en œuvre précieusement cette analogie, mais, dans la ligne prophétique, pour l’assumer en sa CHAIR : toute sa personne assume désormais tout ce que signifie le Temple de Jérusalem en termes de sacrifices, bien sûr — la tradition chrétienne parlera de l’autel de la Croix ; du Christ Grand Prêtre et victime à la fois, etc. —, mais aussi en termes d’Alliance : « Cette coupe est le renouvellement de l’Alliance en mon sang répandu pour vous.” » (Lc 22,20).

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Non seulement donc, Jésus n’abandonne pas la typologie du Temple, mais le Nouveau Testament la reprend à son compte, puisque le Corps du Christ, génération après génération, n’est autre que l’Église, à son tour conçue dans le Cadre Analogique du Temple, dont un des noms est le BéYT HaMiQeDDâSh, la “Maison de Sainteté”, la Maison “Consacrée” ! Il suffit d’écouter Pierre par exemple : « Approchez-vous de Lui, la Pierre Vivante — la pierre de fondation —, rejetée par les hommes mais choisie et précieuse auprès de Dieu. Et vous-mêmes, comme des pierres vivantes, édifiez-vous pour former une Maison Spirituelle, pour un sacerdoce consacré, afin d’offrir des sacrifices spirituels, agréés par Dieu, en Jésus-Christ. Car il est inscrit dans l’Écriture — Ah tiens ! — : “Voici que je place en Sion — le Mont MoRîYYâH — une pierre de fondation, choisie, précieuse ; et celui qui a foi en elle ne sera pas confondu” — c’est la définition même de la bénédiction —. » (1 P 2,4-6). Et là, on rejoint Paul dans l’épître aux Romains qu’on a citée plus haut : l’église, c’est le rassemblement SACERDOTAL par lesquels les chrétiens offrent leur vie pour élever toute la Création vers le Père, de sorte, comme on l’a dit par ailleurs, que la création interrompue le 7e jour par l’événement de la convoitise, puisse enfin reprendre et porter des fruits éternels, des fruits qui demeurent.

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On peut aussi penser à la lettre aux Colossiens, parlant aussi de l’Église comme le Corps du Christ — un Corps dont le Christ est la “fondation”, plus justement que la “tête” si on tient le Cadre Analogique du TEMPLE : « Il est la fondation — képhalè — de l’Église ; Il est de commencement, le premier-né d’entre les morts afin d’avoir en tout la primauté. » (Col 1,18). Autrement dit, il est Celui par qui toute l’Église éprouve sa solidité et contre laquelle toutes les inondations de l’histoire ne pourront rien ! Ce qui rejaillit par ailleurs sur l’épître aux Éphésiens : « Soyez subordonnés les uns aux autres dans la crainte du Christ. Que les femmes le soient à leurs maris comme à YHWH ; car le mari est la fondation de la femme, tout comme le Christ est la fondation de l’Église. » (Éph 5,21-22). On reste dans le Cadre Analogique du Temple, sans quoi on n’y comprend rien et on fait passer Paul pour un gros macho, alors même qu’il énonce quelque chose d’absolument essentiel et que je vérifie à chaque rendez-vous de Conseil Conjugal que j’ai le bonheur d’exercer depuis 20 ans : je ne connais pas une seule épouse qui n’attende pas de son époux qu’il soit son Roc, donc sa fondation, pour pouvoir grâce à lui donner ce qu’elle a de meilleur pour que leur foyer soit lumineux. Et inversement, je ne connais pas un époux qui n’attende pas de son épouse qu’elle l’illumine, qu’elle l’inspire pour être ce ROC dont elle a besoin. Raison pour laquelle, toujours dans le Cadre Analogique du Temple qui structure et donne sens à la pensée juive, la TORâH SheBè“âL PèH dit de l’épouse qu’elle est gardienne de la lumière, en lien avec la MeNoRaH dans le Temple, en particulier lors de l’ouverture du ShaBaT, ce qui est loin d’être secondaire. C’est là une manière très noble d’affirmer que l’homme et la femme ne sont rien l’un sans l’autre : toujours cette « faiblesse » inhérente à tout individu qui nous oblige à jouer le jeu de l’altérité comme une grâce, au lieu de la réduire à un perpétuel jeu de conflits pour de mesquins motifs de convoitise, encore et toujours.

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Toujours est-il qu’à travers cette analogie entre le Corps de Jésus, qui est l’Église, et le TEMPLE, nous est révélé l’être même de cette Église est tout entier SACERDOTAL, dans la ligne des prophètes du Premier Testament : « Vous serez pour moi un royaume de prêtres, une nation consacrée ! », avait dit YHWH par la voix de Moïse, en Ex 19,6. Or cet appel retentit de la même manière vis-à-vis de l’Église : « Vous êtes une descendance choisie, un sacerdoce royal, une nation consacrée, un peuple racheté, afin que vous proclamiez les louanges de Celui qui vous a appelés des ténèbres à son admirable Lumière. » (1P 2,9) ; on songe aussi à l’Apocalypse de saint Jean. « À Celui qui nous aime de charité et qui nous a déliés de nos péchés par son sang ; et qui a fait de nous un royaume et des prêtres pour son Dieu et Père. » (Ap 1,6) ; « Tu as fait d’eux un royaume et des prêtres pour notre Dieu, et ils régneront sur la terre ! » (Ap 5,10). Tout ça pour bien entendre que c’est à travers la figure du Temple que se construit le sens de la COMMUNAUTÉ chrétienne, la MAISON de l’Église dont parle souvent le pape François, comme réalité SACERDOTALE sur laquelle, n’en déplaise à certains, les presbytres, les prêtres, sont chargés de veiller.

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Toujours est-il qu’à travers cette CONSÉCRATION ; à travers l’offrande d’elle-même à la suite du Christ, son ROC et le Nouveau Grand Prêtre par qui advient définitivement le Pardon de YHWH, la COMMUNAUTÉ de l’Église se découvre en constante élévation vers le Père éternel, par le Christ dont le Corps constitue l’achèvement charnel du Temple de pierres qui demeure, qu’on le veuille ou non, comme le Cadre Analogique premier sur lequel se construit toute la dynamique du Salut. Génération après génération, paraît alors le sens d’une mémoire, d’une histoire qui marque l’identité et la vocation du peuple chrétien qui épouse la trajectoire CRÉATIVE à laquelle le convoque YHWH pour que la vie éternelle reprenne ses droits là où la convoitise, elle, ne conduit qu’à la mort.

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Donc vous l’aurez compris, toute l’histoire d’Israël s’articule sur le Temple, c’est-à-dire sur ce trait d’union qui relie Israël à YHWH, raison pour laquelle d’ailleurs l’Exode s’attarde sur plus de la moitié du livre à en décrire la construction à travers la figure du Sanctuaire du désert. Et pour nous chrétiens, toute notre histoire s’articule sur le Temple qui est le Christ, comme le fondement par qui s’opère la réconciliation de ‘ÂDâM avec YHWH ; de sorte que leur COMMUNION consommée permette enfin à la Création de reprendre. D’où l’importance de la dimension sacerdotale dont le baptême nous marque, puisque le Baptême nous fait prêtres, prophètes et rois. Cette dimension sacerdotale nous rappelle sans cesse notre attachement incontournable au Temple édifié sur la PIERRE DE FONDATION qui est le Christ, et à partir de laquelle est créé et sauvé tout l’Univers ! C’est parce que le sacerdoce baptismal est analogiquement attaché au Temple qu’il imprime en nous cette spiritualité de l’élévation, de la montée. C’est par cet attachement au Temple qui est le Christ que nous sommes habilités à célébrer l’Eucharistie qui nous unit au sacrifice de Jésus, Grand Prêtre et Victime à la fois.

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Le Cadre Analogique du TEMPLE est donc vraiment essentiel et ne peut pas être ignoré en régime chrétien. C’est lui qui motive le rassemblement dominical de la Communauté chrétienne : en se fondant sur l’écoute de l’Évangile, les chrétiens se savent partager un patrimoine commun qu’ils reçoivent du PÈRE par le Christ Jésus : ils se savent FILS, ils se savent FRÈRES, ils se savent UN pour participer à l’édification du Temple Vivant — le BéYT HaMiQeDDâSh, ma Maison de Sainteté ; la Demeure de YHWH — dont ils sont les pierres vivantes articulées sur la PIERRE DE FONDATION qui est le Christ. C’est dans cette communion que chacun trouve la force d’aller de l’avant dans une société qui, elle, cherche constamment à les dissocier les uns des autres pour les rendre esclaves de leur seule convoitise et les entraîner vers une mort programmée. Être une pierre vivante attachée à la Pierre de Fondation est le seul moyen pour les chrétiens de rester branchés sur la source de toute BÉNÉDICTION qui jaillit du Temple de YHWH : « Il me fit revenir à l’entrée de la Maison, et voici que des eaux sortaient de dessous le seuil de la Maison, au Levant — à l’Est, donc —, car la face de la Maison était au Levant, et les eaux descendaient sous le côté méridional de la Maison, au NèGèV de l’Autel — c’est-à-dire au Sud —. Il me fit sortir par la route de la porte du septentrion — au Nord cette fois — et me fit faire le tour par la route extérieure jusqu’à la porte qui fait face au Levant ; et voici les eaux s’écoulaient du côté Méridional. […]

Et il me dit : vois-tu, Fils de ‘ÂDâM ? Puis il me fit aller puis revenir sur le bord du torrent. Revenant, j’aperçus sur le bord du torrent des arbres de part et d’autre en très grand nombre. Et il me dit : Ces eaux s’en vont vers le district du Levant ; elles descendent vers la ‘ARâVâH et s’écoulent dans la Mer — la Mer de Sel, la Mer Morte — : elles sortent [donc] vers la Mer afin que [son] eau soit assainie. Tout être vivant qui foisonne, tout ce qui vient là, dans les deux torrents, vit ; et le poisson est très nombreux. Car ces eaux viennent là, et [les eaux de la Mer] sont assainies ; et tout ce qui vient là, vit.
Et  des pêcheurs se tiennent depuis En-Guédi jusqu’à En-Eglaïm ; et là où il y a des filets tendus, le poisson est selon son espèce, très nombreux, comme celui de la grande Mer
 — la Méditerranée —. Ses marais et ses lagunes n’étant pas assainies, elles sont abandonnées au sel. Et près du torrent, sur ses bords, de part et d’autre, monte tout arbre à manger — tout arbre fruitier —, dont le feuillage ne fane pas et dont le fruit ne s’épuise pas. Chaque mois il donne des primeurs parce que ses eaux sortent du Sanctuaire. Ses fruits sont une nourriture et ses feuilles un remède. » (Ez 47,1-2.6-12).

Voilà la fameuse BÉNÉDICTION offerte à ceux qui s’attachent au Temple de YHWH : on retrouve le contexte du jardin de “ÉDèN dans la mesure où il n’y a plus de convoitise qui tienne : les fruits ne sont plus arrachés mais reçus comme une DON, comme le signe d’une COMMUNION féconde pour que la Création reprenne son cours paisiblement dans la puissance des synergies divines et humaines réconciliées. Et saint Jean ira jusqu’au bout de cette logique en contemplant le Corps du Christ en Croix comme le Temple renouvelé de côté duquel jaillit la source de toute BÉNÉDICTION : « S’étant approchés de Jésus, et voyant qu’il était déjà mort, ils ne lui rompirent pas les jambes ; mais un des soldats lui perça le côté avec une lance, et aussitôt il sortit du sang et de l’eau. Celui qui a vu en rend témoignage, et son témoignage est vrai ; et il sait qu’il dit vrai, afin que vous croyiez, vous aussi. » (Jn 19,33-35).

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Alors avec tout ça, on comprend mieux j’espère les enjeux du Deutéronome qui invite à opérer depuis 2500 ans à une RELECTURE INTERPRÉTATIVE, vivante, COMMUNAUTAIRE, de la TORâH. Et qui va jusqu’à inscrire cette interprétation à l’INTÉRIEUR même de la TORâH pour l’établir comme une NORME ! Interpréter n’est pas facultatif ! Si tu veux vivre, il FAUT t’abreuver à la source de la TORâH et de l’Évangile. Alors ton cœur s’ouvrira et, attaché que tu seras de tes frères et sœurs, tu trouveras le chemin d’INTERPRÉTATION de ta propre vie, tu te découvriras BÉNI en restant branché sur la Source de la VIE éternelle qui jaillit du côté du Temple de YHWH !

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Ça n’est rien de moins que tout ça qui est condensé dans le Décalogue que nous étudions et que gardaient précieusement les KéROuVîM dans le Saint des Saint du Temple de Jérusalem. Et là, comment ne pas glorifier nos pères et nos mères qui ont conjointement porté et transmis cette mémoire de libération ? À travers une histoire souvent difficile mais marquée par la FOI et l’ESPÉRANCE ? Et pour ça, pour les glorifier, garder la convocation hebdomadaire du ShaBaT — ou du Dimanche pour les chrétiens — et celui des fêtes annuelles de pèlerinage pour se rassembler entre pairs — p-a-i-r-s — et célébrer cette mémoire charnelle qui, du cœur de notre vie COMMUNAUTAIRE, permet de rejeter tout ce qui relève de la réduction sociétale du genre humain à un simple troupeau animal ; rejeter cette idolâtrie mensongère qui abaisse, qui utilise, qui “emploie” l’homme au lieu de l’élever. Pour ça — on remonte dans les prescriptions du Décalogue —, veiller à ne pas dénigrer le Nom de YHWH en le prononçant comme s’il était une idole qu’on pourrait manipuler à sa guise ; et enfin professer l’attachement essentiel à YHWH seul, comme l’enfant professe l’attachement qui le lie à ses parents de manière unique : de la même manière qu’on n’a pas des dizaines de parents, on n’a pas des dizaines de dieux. Des dizaines d’idoles, peut-être ; mais pas des dizaines de dieux.

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Reste que tout ça se choisit. Un choix que YHWH ne peut pas faire à notre place. Il élabore patiemment le Cadre du Temple pour nous faire entrer dans la nature SACERDOTALE de notre être — qui va contrer en nous le chemin maudit de la convoitise —, mais c’est à nous de CHOISIR d’y entrer pour recevoir la BÉNÉDICTION et la VIE attachés à cette mémoire. « Vois, Je mets devant toi la Vie et la Mort, la Bénédiction et la Malédiction : choisis la vie ! » (Dt 30,15) Une BÉNÉDICTION qui ne se réduit décidément jamais à une simple incantation, mais qui se présente comme le fruit d’un process FILIAL, FRATERNEL et COMMUNAUTAIRE que déroule implicitement le Décalogue.

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On peut toujours essayer d’autres chemins ; YHWH n’est pas un despote. Il dit simplement que le chemin de la BÉNÉDICTION, c’est celui du Décalogue : « Je mets devant toi la bénédiction et la malédiction ; la vie et la mort ; choisis la vie ! » dira la fin du livre. « Choisis ! » YHWH ne le fera pas à ta place ! Le process est là ; il l’a toujours été, dès les origines. À quoi Jésus répondra en disant : « C’est moi la Lumière du monde. Qui me suit ne marchera pas dans les ténèbres mais aura la lumière de la vie. » (Jn 6,12) « Moi, Je suis le chemin, et la vérité, et la vie. Personne ne vient au Père sinon par moi. » (Jn 14,6) Vous voyez ? Saint Jean dira ainsi ; « La TORâH a été donnée par Moise, la grâce est advenue par Jésus Christ. » (Jn 1,17). Qu’on pourrait traduire par : « La TORâH a été donnée par Moïse, la BÉNÉDICTION promise par cette TORâH est advenue par Jésus-Christ. » Tout se tient et appartient en fait à la même dynamique SACERDOTALE : c’est bien parce que le Christ est le TEMPLE véritable que cette BÉNÉDICTION advient ; une BÉNÉDICTION qui, dans l’illumination du Baptême et notre participation au culte eucharistique dominical, nous entraîne, par le Christ, avec Lui et en Lui, à offrir nos vies enfin libérées de toute convoitise. Du coup, on comprend peut-être encore un peu plus profondément les paroles de Saint Jérôme : « Ignorer la TORâH, c’est ignorer le Christ. » ? C’est en tous les cas se priver du Cadre Interprétatif qui permet de puiser à la source du Temple, à la source de toute BÉNÉDICTION et de toute VIE. Avouez que c’est tout de même dommage !

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Voilà donc ce qu’on peut dire à propos du 5commandement du Décalogue. Pardon d’avoir été long pour ces entretiens, mais on touche là des notions tellement essentielles pour notre époque que je n’ai pas voulu en dire moins. Et croyez bien qu’on aurait pu en dire beaucoup plus !

Reste qu’il nous faut reprendre notre lecture pour avancer dans notre étude. Mais nous verrons ça la prochaine fois.

Je vous remercie.
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La Bible en tutoriels - Le Deutéronome (père Alain DUMONT) - Page 2 Empty Le Décalogue, Cœur très saint de la TORâH

Message par Gabuzo Ven 11 Juin 2021 - 12:56


Bonjour,

Nous nous sommes longuement attachés dans les dernières vidéos à déceler les enjeux des versets centraux du Décalogue : « Glorifie ton père et ta mère, selon ce que t’a commandé YHWH, ton ‘ÈLoHîM, afin que se prolongent tes jours pour ton bien sur la terre que YHWH, ton ÈLoHîM, te donne. » (Dt 5,16). Du coup en nous appuyant sur ce qu’on en a dit, on peut maintenant poursuivre la lecture.

Formellement, les v. 17 à 20 sont strictement les mêmes que les v. 13 à 16 d’Ex 20 ; sauf qu’ici, on peut les INTERPRÉTER — puisque maintenant, on sait qu’il n’y a pas de TORâH SheViKheTaW, TORâH écrite, sans TORâH SheBè“âL PèH, sans TORâH orale, c’est-à-dire sans INTERPRÉTATION — Donc si formellement parlant, les v. 17 à 20 de notre ch. 5 sont strictement les mêmes que les v. 13 à 16 d’Ex 20, le contexte, lui, nous invite à les INTERPRÉTER différemment. Et le contexte nous est imposé par les v. 12 à 15 qui justifient l’observance du ShaBaT.

On se souvient que dans la version de l’Exode, la motivation du ShaBaT est celle du 7e jour de la Création ; alors qu’ici, dans la version du Deutéronome, la motivation du ShaBaT est celle de la LIBÉRATION de MiTseRaYîM — la LIBÉRATION d’Égypte. Et c’est ce contexte de libération qui va précisément présider ici à l’interprétation de nos commandements. Dit autrement, sous cet angle, ces commandements se révèlent le lieu où se distingue l’homme libre de l’homme esclave, l’homme vivant de l’homme mort. Est LIBRE, est VIVANT celui qui REFUSE d’assassiner, d’adultérer, de voler, de mentir et de convoiter à chaque moment où il en aurait l’opportunité. Ce qui va très loin puisque si je choisis de REFUSER d’enfreindre ces interdits de manière non négociable — ce qu’a fait le Christ de manière incomparable —, alors quels que soient les actes que je pose dans ma vie, ce sont TOUS des actes LIBÉRATEURS ! Et l’inverse est tragique puisque ceux qui CHOISISSENT au contraire d’enfreindre ces cinq interdits, ces cinq actes se révèlent aussi despotiques que pervers puisqu’en tout état de cause, personne ne peut poser l’un de ces cinq actes sans, de facto, rendre l’autre esclave : que ce soit la convoitise, le mensonge, le vol, l’adultère ou l’assassinat. La résistance à ces cinq tentations : voilà les signes d’une LIBÉRATION en acte qui se donne les moyens d’agir à la ressemblance de YHWH, le DIEU LIBRE par excellence ; LIBRE parce que LIBÉRATEUR. Et de fait, si en YHWH il n’y a ni convoitise, ni faux témoignage, ni vol, ni adultère ni meurtre, ça signifie que si, à la suite de Moïse et de Jésus, nous écoutons ces paroles pour les garder, nous voilà alors rendus à la Ressemblance de YHWH, ce qui n’est pas rien puisque c’est de Salut, de restauration de la Création et de Vie éternelle qu’il est question !

Dit autrement : s’ils sont en plein accord avec ces cinq interdits, nos actes deviennent TOUS non seulement des actes LIBÉRATEURS, mais des actes d’AMOUR : et on voit bien ici combien le champ s’élargit à l’infini ! En revanche, si les actes que je pose librement ne libèrent pas mon prochain ; autrement dit, si les actes que je pose soi-disant au nom de ma “liberté individuelle” qui n’est en réalité que la revendication d’une licence à peine déguisée ; si ces actes donc, sont en fait inspirés par la convoitise, le faux témoignage, le vol, l’adultère ou le meurtre, alors je suis dans l’aveuglement le plus coupable : je deviens pervers dans la mesure où j’affirme “aimer” ce qu’en réalité je prends plaisir à détruire : appeler « amour » ce qui n’est en fait que « convoitise », voilà ce qui s’appelle PÉCHER, c’est-à-dire trahir la Ressemblance avec YHWH. Et là, j’espère que vous sentez que grâce à la TORâH, on a une lumière complètement actuelle pour comprendre les maux principaux de notre monde contemporain, mais surtout pour y répondre et ouvrir un chemin là où ce monde, bâti sur l’excitation incessante de la convoitise, sur la perversion de l’argent-roi, jette à chaque instant ses pas dans l’impasse ; une impasse que raconte très précisément le récit du premier péché de ‘ÂDâM et H.aWWâH, ‘ÂDâM et Ève !

Alors on va dire les choses encore autrement : la mémoire de la TORâH se souvient que dans l’histoire, le premier moment de la libération d’Israël a été EXTÉRIEUR : c’était la libération, la SORTIE de l’esclavage de MiTseRaYîM. Mais pour être effective, cette SORTIE doit être transformée — au sens où on transforme un essai en rugby —. Pour celui qui a été libéré de toute contrainte extérieure esclavagiste, il s’agit encore de CONSENTIR à cette libération, c’est-à-dire de choisir de VIVRE en cohérence avec cette première libération dont il a été l’objet afin de LIBÉRER à son tour, c’est-à-dire refuser de considérer comme des esclaves ceux qui lui sont confiés — c’est toute la parabole évangélique du Débiteur impitoyable. Or ce consentement intérieur ne consiste en rien d’autre qu’en notre ASCENSION jusqu’à la plénitude de notre identité Adamique, c’est-à-dire de notre identité d’HOMME — avec un grand H — créé à l’Image et à la Ressemblance de YHWH. C’est bien parce qu’il s’agit d’une ASCENSION que la TORâH, et en particulier le Deutéronome, parle de bout en bout de MONTER. Une fois SORTI, Il s’agit encore de MONTER pour aller jusqu’au bout de cette libération qui doit s’INCARNER pour être vivante, vivifiante. Et c’est cette MONTÉE que la TORâH désigne sous le nom de BÉNÉDICTION ; ce que Jésus développera dans tout son enseignement, particulier son fameux « discours sur la Montagne ». Et là encore : dans le cadre analogique qui est celui de Jésus et le nôtre, “montagne” résonne avec “HoRèV”, de sorte qu’on entende bien que dans son enseignement, Jésus ne fait rien d’autre, on l’a déjà dit souvent, qu’INTERPRÉTER la TORâH de Moïse pour l’accomplir en plénitude.

Alors très concrètement, à quoi est-ce que je vois que je consens, que j’adhère véritablement à la libération qu’a entreprise YHWH en ma faveur ; à quoi est-ce que je me reconnais en train de MONTER, en ASCENSION ? À quoi est-ce que je découvre, en définitive, que j’ai la Foi ?
– Au fait qu’au moment même où j’aurais toutes les raisons d’assassiner mon frère, fut-ce sous le couvert de la loi, je REFUSE de le faire au Nom de YHWH — voilà la Croix ! —, parce que ses Commandements constituent en moi la ressource grâce à laquelle je résiste à la tentation : LÀ, je suis LIBRE ! Là je me découvre BÉNI !
– Alors que j’aurais toutes les bonnes raisons de me taper la femme de mon prochain, je REFUSE de le faire au Nom de YHWH, grâce aux Paroles vivantes de YHWH ensemencées en moi au point de constituer la Ressource, le point d’appui de mon humanité véritable : LÀ, je suis LIBRE, là je me découvre BÉNI !
– Alors que j’aurais toutes les raisons de voler, je REFUSE de le faire au Nom de YHWH, grâce aux Paroles de YHWH gravées en moi comme ma ressource : LÀ, je suis LIBRE, là je me découvre BÉNI !
– Alors que j’aurais toutes les raisons de mentir à mon prochain, d’élaborer des stratégies ou de médire contre lui, je REFUSE de le faire au Nom de YHWH, grâce aux Paroles de YHWH en moi comme ma ressource : LÀ, je suis LIBRE, là je me découvre béni !
– Et enfin : alors que j’aurais toutes les raisons du monde de reluquer la femme de mon voisin et tout ce qui passe sous mes yeux ; je REFUSE de le faire au Nom de YHWH, grâce aux Paroles de YHWH plantées en moi comme ma ressource, mon point d’amour : LÀ, je suis LIBRE, là je me découvre béni !

Je ne suis donc pas libre du seul fait que je me donnerais le droit de revendiquer la liberté de tout faire au gré de mes pulsions, au seul titre d’une souveraineté individuelle autoproclamée. Je ne suis véritablement et pleinement libre qu’à partir du moment où je CONSENS à faire émerger en moi une LIBERTÉ INTÉRIEURE qui répond de la manière la plus conforme, la plus JUSTE à la libération initiale de YHWH. Un CONSENTEMENT dont la vertu n’est rien de moins que de me rendre la Ressemblance avec YHWH. Ce qui signifie que selon la TORâH — et là, on retrouve la fameuse dimension FILIALE inhérente à l’être même de l’homme, de tout homme —, TOUTE LIBERTÉ INTÉRIEURE se présente fondamentalement comme un acte de GRATITUDE : YHWH m’a libéré — Il m’a libéré de MiTseRaYîM par la traversée du YaM SOuPh — la Mer des Roseaux — si je suis Juif ; et des griffes de la mort par le Baptême en Christ Jésus si je suis chrétien — ; Il inscrit en moi sa Parole de Vie, sa Parole VIVANTE dont le DÉCALOGUE constitue le Process de base ; un Process grâce auquel, si j’y consens, s’inscrit en moi comme une ressource qui me permet de toujours choisir le chemin de la VIE, le chemin de la BÉNÉDICTION que tout seul, pas mes seules forces, je ne saurai tout simplement jamais trouver !

Pourquoi ? Parce que ce chemin ne s’ouvre qu’au sein d’une ALLIANCE. Il ne s’ouvre qu’au sein d’un ATTACHEMENT à un autre qui s’appelle YHWH ; et en définitive, c’est le CONSENTEMENT à cet ATTACHEMENT qui s’appelle la FOI. La FOI n’est pas « croire que Jésus est Dieu »… La FOI, c’est nouer par Jésus, donc par la TORâH, une AMITIÉ avec YHWH ; une AMITIÉ qui confirme qu’un lien est donc possible avec YHWH, ce qui n’est concevable que s’il existe, d’une manière ou d’une autre, une RESSEMBLANCE entre l’homme de Dieu ! Raison pour laquelle la Bible inscrit cette RESSEMBLANCE au fronton de la TORâH,  comme une FONDATION et non pas comme une récompense : « ‘ÈLoHîM dit : “Faisons l’homme à notre Image, selon notre Ressemblance”. » (Gn 1,26). Sans cette ressemblance, aucun lien ne serait envisageable entre l’Homme et DIEU, ce que le récit de ‘ÂDâM et H.aWWâH signifie négativement lorsqu’il met en scène le REFUS de l’homme de mettre sa foi en cette ALLIANCE : ce faisant, ‘ÂDâM nie la ressemblance qui le lie à YHWH et perd ipso facto la BÉNÉDICTION ; ce qui s’appelle en termes bibliques, prendre le chemin de la MALÉDICTION. Non pas la CONDAMNATION : YHWH ne condamne jamais. Mais si je me détache de la source de la BÉNÉDICTION qui consiste dans le consentement à l’ALLIANCE FILIALE qui m’attache YHWH ; dit autrement, si je choisis d’assouvir ma convoitise en affirmant mon autosuffisance plutôt que de me rendre disponible par la FOI à tout recevoir d’un autre, alors je choisis la MALÉDICTION qui consiste à me retrouver sans autre ressource que mes seules forces lorsque survient l’épreuve ! Et là, où est le scandale puisque ‘ÂDâM et H.aWWâH nient volontairement ce lien à travers le choix conjoint de la convoitise ? Ils ne cassent pas le lien — le péché n’a pas ce pouvoir —, mais ils le nient : ils choisissent de se mentir à eux-mêmes en se prétendant être à eux-mêmes leur propre source, autosuffisants, DONC ils choisissent eux-mêmes le chemin de la MALÉDICTION, qui n’est définitivement pas une punition de la part de YHWH. Maintenant s’ils reviennent, s’ils font leur TeShouVaH — leur conversion — ; autrement dit : s’ils reviennent à la Parole de YHWH pour répondre à nouveau favorablement à son appel de VIE — ce que fera Jésus en leur nom —, alors ils découvriront que la BÉNÉDICTION leur a toujours été disponible, comme aux premiers temps ! La Ressemblance avec YHWH sera retrouvée et la collaboration à la Création pourra reprendre, pour la plus grande joie de l’Univers !

Bref. Voyez combien ce choix d’écouter les paroles de YHWH constitue la bonne terre où peut germer la LIBERTÉ INTÉRIEURE qui illumine la volonté, et autorise l’ouverture à la BÉNÉDICTION promise, non seulement à mon profit mais au profit des miens, au profit de ma famille, de mon clan et de mon peuple. C’est là le fruit du TRAVAIL SPIRITUEL à proprement parler qui nous incombe et qui est loin d’être optionnel ! Travailler spirituellement ne consiste pas à entrer en soi pour méditer en pleine conscience — encore que je n’ai rien contre pour ceux à qui ça fait du bien, mais cet exercice-là nous fait aller de moi à moi, donc l’objectif est tout à fait différent ! Le SPIRITUEL tel que nous le présente la TORâH, est le lieu d’une COMMUNION avec un AUTRE que moi ; le SPIRITUEL me fait aller de moi à l’Autre que moi : rien à voir avec les techniques contemporaines de développement individuel !

En tout cas, d’un point de vue biblique, dans le Cadre Analogique du Temple, ce TRAVAIL SPIRITUEL prend sens dès lors qu’il s’inscrit volontairement et résolument dans l’ALLIANCE libératrice, pour la plus grande JOIE de YHWH : « Je vous ai dit cela pour que ma joie soit en vous et que votre joie soit pleine. » (Jn 15,11). Ce TRAVAIL, redisons-le tellement c’est important, pose comme principe le REFUS explicite de chacun des cinq actes meurtriers que dénonce le Décalogue — raison pour laquelle il faut les connaître par cœur — ; tout ça pour s’apercevoir que ce REFUS sans compromis, loin de faire de nous des mous ou des dégénérés comme notre monde de rapaces voudrait le faire croire ; ce REFUS sans compromis, donc, est AU CONTRAIRE la porte de la LIBERTÉ véritable ; une LIBERTÉ vivifiante par laquelle MONTE toute une COMMUNAUTÉ, jusqu’à l’accomplissement d’elle-même DANS L’AMOUR : voilà pourquoi Jésus poursuit : « Je vous ai dit cela pour que ma joie soit en vous et que votre joie soit pleine. Voici ma MiTseWâH : Aimez-vous de Charité les uns les autres, comme Je vous ai aimés de Charité. » (Jn 15,11-12). Om l’on apprend que la Charité, c’est précisément l’amour qui refuse consciemment et volontairement de transgresser l’un quelconque de ces interdits vis-à-vis de l’Autre, pour pouvoir l’accueillir, le rencontrer et partager avec lui une COMMUNION vivifiante.

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J’aime assez ce qu’écrit à ce propos le rabbin Philippe Haddad dans son livre Paroles de Rabbins « La rencontre avec l’Autre, quel qu’il soit, nous fait grandir — elle nous fait sortir de nos limites, de nos frontières, de MiTseRaYîM, et elle nous fait MONTER vers le sol de la liberté intérieure, de la liberté véritable —. Car cet Autre prolonge notre être, notre pensée, notre vision du monde. L’Autre représente une part d’humain que nous ne posséderons jamais, un regard sur la réalité que nous ne poserons jamais, les nuances d’une mélodie que nous ne percerons jamais. L’Autre nous rappelle certes notre limite, puisqu’il occupe l’espace que nous ne pourrons occuper ; pour autant, il peut nous inviter à le découvrir, comme nous pouvons l’inviter à découvrir notre univers, selon les lois de l’hospitalité. » (Philippe Haddad, Paroles de Rabbins, Seuil (2010), p. 79). C’est joliment dit. L’Autre, disait Emmanuel Levinas à la suite de Franz Rosenzweig et du Talmud, se rencontre dans le VISAGE. ShaMMaï, qui vivait à l’époque de Jésus, disait : « Reçois tout homme avec un beau visage. », au sens où la beauté du visage s’exprime dans la générosité d’un sourire pour l’Autre, quel qu’il soit. Le sourire est le signe que la Lumière vivifiante du Jour UN de la Création subsiste en nous, et irradie particulièrement de ceux qui travaillent à consentir à être créés à l’Image et à la Ressemblance avec YHWH. Voilà la plénitude de la JOIE dont parle Jésus ; une plénitude qui se reçoit donc dans l’ALLIANCE avec YHWH comme avec notre Père ; ce Père par qui naît la communion FRATERNELLE et, avec elle, la COMMUNAUTÉ. Pas seulement une société fonctionnelle, orpheline et morose, mais une COMMUNAUTÉ vivante et joyeuse.

Concrètement : quand on se sent MONTER en LIBERTÉ grâce à l’ALLIANCE, on se surprend à dire : « Là, c’est vraiment MOI ! » Voilà la BÉNÉDICTION par excellence. À l’inverse, la MALÉDICTION qui naît de la convoitise et du refus de la contrainte de l’Alliance, cette MALÉDICTION se révèle dès lors qu’on se surprend à dire : « C’est plus fort que moi ! ». Être BÉNI, c’est reconnaître que si je suis LIBRE, c’est d’abord en étant LIBÉRÉ par l’Autre à qui j’offre l’hospitalité et sur qui je refuse de mettre la main. Être MAUDIT, c’est tomber dans la perversité qui consiste à considérer l’autre comme mon esclave et à ne pas savoir l’envisager — au sens fort — autrement que comme un objet de manipulation à mon profit ; autrement qu’en l’enfermant dans les limites de mon MiTseRaYîM intérieur pour l’y exténuer et l’assassiner plutôt que de lui offrir de MONTER jusqu’à l’avènement de sa propre LIBERTÉ.

Ainsi donc, si je suis LIBRE INTÉRIEUREMENT, c’est parce que quelqu’un, un AUTRE, me LIBÈRE, ET de l’esclavage extérieur dont il me donne de SORTIR, ET de l’esclavage intérieur qui consiste à consentir à MONTER vers la liberté véritable au cœur d’une ALLIANCE incontournable. Et tout ça est loin d’être purement conceptuel ! Ça rejaillit très concrètement par exemple sur le rôle spirituel des parents : si la mission du père et de la mère est d’être, au Nom de YHWH, les maîtres d’œuvre de la libération extérieure de leurs enfants — « Je fais en sorte que tu ne manques de rien » —, c’est dans l’espérance que chaque enfant consentira d’une part à offrir l’hospitalité à ses frères et sœurs — c’est déjà un sacré combat ! — ; et du cœur de cette FRATERNITÉ, consentira à entreprendre sa propre MONTÉE jusqu’à la Ressemblance avec YHWH ; à entreprendre sa propre ASCENSION par laquelle il deviendra une LUMIÈRE pour le monde. Rappelons-nous à nouveau Saint Paul : « La Création est à l’affût du dévoilement des fils de Dieu qu’elle attend depuis bien longtemps ! » (Rm 8,19).

Bien. Ceci dit, attardons-nous un peu sur le v. 21 concernant la convoitise : « Et tu ne convoiteras pas la femme de ton prochain ; et tu ne brigueras pas sur la maison de ton prochain, son champ, son serviteur, sa servante, son bœuf, son âne, ni rien de ce qui est à ton prochain. »  (Dt 5,21). En mettant la « femme de ton prochain » à part des biens de la maison — contrairement à la version de l’Exode —, le propos cible plus précisément ce qui constitue le nerf du péché. Le v. 21 se place au niveau de l’AVIDITÉ par quoi s’enfile tout le reste : le mensonge, le vol, l’adultère et le meurtre ; mais il élargit le propos : refuser de convoiter la femme du prochain commence avant tout par le refus de convoiter ce qui est déjà d’ordre matériel comme le champ, le serviteur ou le bœuf du prochain ! Ce faisant, tu es gagnant parce que cette maîtrise large de ton avidité te préviendra de convoiter la femme de ton prochain et d’entrer dans le vortex pécheur qui te mènera à l’assassinat, sous quelque forme que ce soit… Ça n’est pas autre chose que vise Jésus lorsqu’il dit, à la suite de ShaMMaï qu’on vient d’évoquer précédemment : « Celui qui regarde une femme pour la convoiter a déjà commis l’adultère dans son cœur. » (Mt 5,28). Jésus ici ne fait rien d’autre que d’inscrire l’amour marital dans la dynamique du Décalogue qui dénonce la trajectoire pécheresse ; cette trajectoire qui envenime en particulier l’amour des époux en empruntant toujours la même séquence : celle qui va de la convoitise au meurtre en passant par l’adultère. Dans le fond, avec ce process, YHWH nous offre un critère de discernement spirituel somme toute assez simple, et bigrement efficace pour prévenir bien des embrouilles familiales ! Entre autres.

Le v. 22 poursuit : « Ces paroles, YHWH les a parlées sur toute votre Convocation — QâHâL en hébreu, de la racine QOL, la voix ; d’où le verbe QâHaL : convoquer, et le substantif : QâHâL, la Convocation, l’Assemblée convoquée, et pas seulement le ralliement ou l’attroupement — ;
Ces paroles, donc, YHWH les a parlées sur toute votre Convocation, sur la montagne, au milieu du feu, de la nuée, de la brume, à grande voix, sans rien ajouter.
Il les a écrites sur deux tables de pierre et me les a données. » (Dt 5,22). Quand on regarde bien, on s’aperçoit que ce verset encadre l’ensemble du Décalogue en formant une inclusion avec les v. 4-5 : « YHWH vous a parlé pour s’adresser à vous face à face,
dans la montagne, au milieu du feu.
Moi-même, je me tenais entre YHWH et vous,
en ce temps-là, pour vous rapporter la parole de YHWH. Car vous avez frémi en face du feu
et vous n’êtes pas montés sur la montagne. » (Dt 5,4-5). Comme si l’auteur tenait à garder le Décalogue charnellement à l’intérieur des frontières de l’HoRèV pour y convoquer chaque génération d’Israël ; de sorte qu’écouter le Décalogue revient irréductiblement à se tenir au pied de la Montagne l’HoRèV — ce qu’on appelle célébrer un MÉMORIAL. La notion de MÉMORIAL est ici très prégnante, raison pour laquelle le v. 3 disait que cette parole retentit AUJOURD’HUI : non seulement l’aujourd’hui de la première génération du désert, mais celui de la génération suivante à qui Moïse parle dans le cadre du Deutéronome ; et toutes les générations à venir ! Et ce passage est d’autant plus important qu’avec les v. 1 à 5 qui initient notre chapitre, on ne trouve rien de moins que le fondement de la notion de SACREMENT chrétien compris dans le cadre biblique. Prenons par exemple l’Eucharistie : la fraction du pain consacré nous CONVOQUE, par sa consommation, à nous attacher AUJOURD’HUI à l’unique sacrifice du Christ qui s’offre pour nous sur la Croix, de sorte que, par l’offrande conjointe de notre propre vie, nous soyons attachés à sa résurrection ; comme à son ASCENSION ! Dit autrement : de sorte que nous soit ainsi ouvert le chemin de la VIE qui nous fait MONTER avec Lui jusque dans le sein du Père. L’ensemble des v. 1 à 5 fait ainsi retentir la convocation AUJOURD’HUI à l’HoRèV pour entendre cette Parole de feu ; une convocation qui retentit analogiquement au nom de Moïse pour rassembler chaque génération à la Synagogue à l’occasion du ShaBaT ; un ShaBaT dont l’énoncé, comme par hasard, se trouve au centre de l’inclusion dessinée entre le v. 1 et le v. 22, à savoir les v. 12 à 15.

Et ici, tout est dit ! Vraiment, pour le Deutéronome, ce Décalogue forme un TOUT en soi, le socle de toute Parole sortant de la bouche de YHWH : « Ces paroles, YHWH les a parlées sur toute votre Convocation… et — précise le verset — Il n’a rien ajouté ! » (Dt 5,22a). Non seulement Il les a parlées mais, ajoute Moïse, Il les a ÉCRITES : « Il les a écrites sur deux tables de pierre et me les a données » (Dt 5,22b) ! Là, on rencontre ce qu’on appelle la CLÔTURE de la TORâH écrite la plus officielle qui soit et qui lui confère son autorité. C’est ce qui fera dire à Moïse, à la fin du livre : « Ce commandement que moi, je te commande AUJOURD’HUI — Ah tiens ! — n’est pas impossible pour toi, ni hors de ta portée. Il n’est pas dans les ciels pour que tu dises : “Qui montera pour nous aux ciels nous le prendre et nous le faire entendre pour que nous le fassions ?” Et il n’est pas par-delà la mer pour que tu dises : “Qui passera pour nous par-delà la mer nous le prendre et nous le faire entendre pour que nous le fassions ?” Non, tout près de toi est la Parole, sur ta bouche — la fameuse TORâH SheBè“âL PèH, orale, qui interprète la TORâH SheViKheTaW, écrite — et dans ton cœur pour que tu la fasses. » (Dt 30,11-14).

Cette parole, c’est essentiellement le DÉCALOGUE par lequel, dans le fond, tout a commencé et tout s’est structuré ; et dont tout le reste de la TORâH n’est jamais que le développement. On n’ajoute RIEN au Décalogue : on en développe en revanche tout le potentiel à partir de notre histoire de libération ; c’est ce qui légitime l’exercice de l’INTERPRÉTATION, dès Moïse. Quant à Jésus, il n’ajoute rien non plus à ces Dix Paroles : il les mène cependant à la plénitude de leur INTERPRÉTATION, dans la tradition de Moïse ; une plénitude qui donne à ces Dix Paroles d’être la BÉNÉDICTION par laquelle la MORT est VAINCUE ! Cela, Moïse ne pouvait pas le donner.

Raison pour laquelle Jésus dira : « Ne décrétez pas que je sois venu jeter à terre la TORâH ou les Prophètes. Je ne suis pas venu jeter à terre mais faire advenir en plénitude ! Amen, je vous parle ainsi : jusqu’à ce que passent les ciels et le sol, aucun YoD, ni un seul MaQQâPh — le tiret en hébreu — ne passera de la TORâH que tout ne soit advenu. » (Mt 5,17-18). Redisons-le : Jésus n’ajoute rien à la TORâH SheViKheTaW — la TORâH écrite — : Il l’INTERPRÈTE en vérité ; il élabore une TORâH SheBè“âL PèH — nos évangiles — que validera sa résurrection d’entre les morts puisque cette INTERPRÉTATION, il l’a portée dans sa CHAIR vivifiante, irradiant à ce point la Lumière de la VIE que les ténèbres n’ont pas su l’arrêter ! Là advient la plénitude que pointe la TORâH de Moïse.

Ouf ! Ainsi le noyau dur de la TORâH est donc livré, de sorte qu’on sent dans les versets qui suivent un véritable apaisement : dès le v. 23, c’est vers Moïse, spontanément, que se tourne le peuple. Pourquoi ? Parce que Moïse sait INTERPRÉTER la Voix qui s’exprime dans le feu. Alors certes, le peuple voit la Gloire et entend la Voix ; mais il connaît aussi cet avertissement qui veut que nul ne peut voir la Gloire de YHWH et vivre ! Il sait donc qu’il mourra de poursuivre cette contemplation, disent les v. 25 et 26. Reste qu’entre le peuple et ce qu’il entend, ou ce qu’il voit, il y a Moïse : ça ce sont les v. 27 à 31. Et s’il faut être précis dans les termes, disons que Moïse n’est pas présenté ici à proprement parler comme médiateur mais comme intermédiaire. Le MÉDIATEUR est un CONCILIATEUR, ce qui sera le rôle de Jésus, mais pas celui de Moïse dont la tâche n’est pas de concilier mais de rapporter les paroles d’un camp à l’autre.

Alors maintenant, pourquoi YHWH dit-Il au v. 28 que les paroles d’Israël sont « bonnes » ? Mais toujours pour la même raison ! Comme le dira encore et toujours le ch. 30, ces paroles sont celles d’un peuple qui choisit de VIVRE. Pour le Deutéronome, il y a synonymie absolue entre ce qui est BON et ce qui est VIVANT. Or c’est à Moïse que le peuple doit de pouvoir écouter la voix de YHWH sans mourir : ce qu’Israël entend, c’est la voix de Moïse ; et ce que dit Moïse, c’est la parole de YHWH. Raison pour laquelle AUJOURD’HUI, écouter la Parole de Moïse, c’est tout autant écouter la Parole de YHWH à l’HoRèV.

Et à bien y regarder, il y a ici tout un jeu de voilement et de dévoilement. D’un côté, le Sacré reste voilé, puisqu’il relève d’un LIEU interdit —le Mont HoRèV — et d’un SON interdit — la kabbale juive dit que l’homme ne sait pas entendre ce son : il n’en perçoit que l’écho. Mais dans le même temps ce même Sacré est dévoilé par l’intermédiaire de Moïse. Et dans la même trajectoire, pour nous chrétiens : en Jésus, YHWH est charnellement à la fois voilé et dévoilé. Dit autrement : c’est par la MÉDIATION de la CHAIR de l’homme Jésus que, dans l’irradiation spirituelle qui émane de Lui, nous pouvons ÉCOUTER le Verbe de YHWH et VOIR YHWH sans mourir — Rappelons-nous saint Jean : « Qui m’a vu a vu le Père. » (Jn 14,9) —.

Alors pour en rester à notre Deutéronome, ce jeu d’alternance entre le voilé et le dévoilé est figuré entre les v. 23 et 31 à travers une mise en scène d’approches et de retraits — Israël s’approche de YHWH, se retire, envoie Moïse s’approcher, de sorte qu’au centre de ces versets, Moïse se voit mandaté par le peuple pour permettre à ce dernier de s’engager dans l’Alliance : « Toi, approche et écoute tout ce que parlera YHWH notre ‘ÈLoHîM ; puis tu nous parleras, toi, selon tout ce qu’aura parlé vers toi YHWH, notre ‘ÈLoHîM : nous L’écouterons et nous le ferons. » (Dt 5,27). Ça veut dire quoi ? Ça veut dire simplement qu’Israël sait qu’il n’est pas prêt, dans l’immédiat, à recevoir sans médiation la plénitude de l’HÉRITAGE de YHWH. Du coup, pour Israël, s’engager dans l’Alliance, c’est s’engager à travailler cette ouverture de soi à l’AUTRE. Voilà le chemin dont le v. 32 exhorte à ne s’écarter ni à droite, ni à gauche. Les v. 32 et 33 reprennent les termes des deux premiers versets du chapitre pour signer une inclusion générale dont le centre — alors là il faut me croire sur parole, parce que ce serait un peu long à démontrer ­— se trouve être le v. 22 qui se présente décidément comme un verset essentiel : « Ces paroles, YHWH les a parlées sur toute votre Convocation, sur la Montagne, du milieu du feu, de la nuée et de la brume, à grande voix, sans rien ajouter. Il les a écrites sur deux tables de pierre et me les a données. » (Dt 5,22).

Toute l’histoire d’Israël sera désormais rythmée par cette convocation AUJOURD’HUI, et il faut croire que cette sagesse qui consiste non pas seulement à habiter le temps mais à le bâtir conjointement avec YHWH — et en cela goûter une restauration de la Ressemblance avec Lui ; il faut croire que cette sagesse, telle une route ouverte dans le MiDeBaR, est furieusement inspirante, puisque c’est elle qui prépare l’avènement du Messie par qui le Chemin de la Résurrection et de l’Élévation ultime vers YHWH pourra s’ouvrir. Là est le sommet de la BÉNÉDICTION !

Je vous laisse sur cette dernière considération. Nous ouvrirons le chapitre 6 la prochaine fois.

Je vous remercie.
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La Bible en tutoriels - Le Deutéronome (père Alain DUMONT) - Page 2 Empty YHWH est UN ! Aime YHWH !

Message par Gabuzo Ven 9 Juil 2021 - 14:14



Bonjour,

Nous ouvrons aujourd’hui certainement un des passages les plus célèbres de la TORâH, où se trouve le fameux : « SheMa“ YiSseRâ’éL, ADoNaï ‘ÈLoHéYNOu, ‘ADoNaï ‘èH.âD » : « Écoute YiSseRâ’éL, YHWH, notre ‘ÈLoHîM, YHWH est UN » (Dt 6,4).

Alors d’abord redisons-le : il ne faut pas oublier que le Décalogue précède immédiatement, ce qui a pour effet de placer toutes les paroles du livre sous le sceau de ce travail essentiel de libération intérieure ; sous le sceau de ce travail de MONTÉE jusqu’à la Ressemblance avec YHWH, pour reprendre les termes du rédacteur sacerdotal qui n’est jamais loin, les deux écoles étant intimement associées pour composer la TORâH.

Alors lisons déjà les v. 1 à 3 : « Voici le commandement, les décrets et les jugements que YHWH, votre ‘ÈLoHîM, commande de vous apprendre pour les faire sur le sol où vous passez pour en hériter, afin de CRAINDRE YHWH, ton ‘ÈLoHîM, de garder tous ses décrets que MOI, Je vous commande, à toi, à ton fils, au fils de ton fils, tous les jours de ta vie, afin de prolonger tes jours. Écoute YiSseRâ’éL, et garde ce qui est BIEN pour toi pour le faire, et pour que vous multipliiez beaucoup, comme a parlé YHWH, le ‘ÈLoHîM de tes pères ; sur un sol ruisselant de lait et de miel. » (Dt 6,1-3). Là, quand on est un peu habitué, on reconnaît des thèmes de la littérature biblique de sagesse — les livres SAPIENTIAUX, de sapiensia en latin qui signifie l’intelligence, le bon sens, et donc la Sagesse —. Ces écrits sont tardifs, autour du Ve siècle avt J.-C. Par exemple, on reconnaît ici l’idée de CRAINTE : « Commencement de la connaissance : la crainte de YHWH ! » (Pr 1,7). Et rappelons-nous : la crainte n’est pas la “peur que l’autre me fasse du mal”, mais plutôt la “peur de faire du mal à l’autre”, notamment par la convoitise. On reconnaît aussi dans ces versets l’idée de la transmission de père en fils, toujours dans le livre des Proverbes entre autres, un peu plus loin : « Écoute, mon fils, l’instruction de ton père ; ne rejette pas la TORâH de ta mère ! » (Pr 1,Cool. Et puis il y a cette notion de « bien » à garder, qui est elle aussi toute sapientielle et qui rejoint l’idée de BÉNÉDICTION que le Deutéronome exprimera dans des termes similaires à la fin du livre : « Je prends aujourd’hui à témoin contre vous les cieux et le sol : Je donne face à vous la vie et la mort, la bénédiction et la malédiction. Choisis la vie pour que tu vives, toi et ta descendance, en aimant YHWH ton ‘ÈLoHîM — on va entendre ces mêmes mots d’ici quelques versets —, pour écouter sa voix et t’attacher à Lui ; c’est Lui ta vie, la longévité de tes jours sur le sol que YHWH a juré de donner à tes pères, ‘AVeRâHâM, YiTseRâQ et Ya”aQoV. » (Dt 30,19-20). Là on comprend que le BIEN qui occupe nos versets n’est pas un bien-être qu’on s’octroie, mais les actes d’élévation, les décisions vivifiantes qui creusent l’écrin qui saura recevoir la BÉNÉDICTION de YHWH ; un écrin spirituel qui permet à YiSseRâ’éL d’ensemencer en lui les ressources nécessaires qui permettront au peuple de relever les défis de son histoire. Or l’acte de foi en ‘ADoNaï ‘èH.âD est au cœur de ce travail spirituel, raison pour laquelle il participe, avec le Décalogue, au noyau primitif du Deutéronome autour duquel tout le reste sera composé.

On considère en effet aujourd’hui que ce v. 4 fait partie du Deutéronome primitif “découvert” par le roi Yo’ShiYâHOu / Josias, dans le Temple de YeROuShâLaYiM / Jérusalem au cours du dernier tiers du VIIe siècle. Yo’ShiYâHOu a régné en YeHOuDâH  / Juda de 639 à 609 avant J.-C et sa réforme date de 621 : « La Dix-huitième année du roi Yo’ShiYâHOu, le roi envoya le scribe ShâPhâN, fils de ‘ATsaLeYaHOu, fils de MeShouLLâM, à la Maison de YHWH… H.iLeQiYYâHOu, le Grand Prêtre, dit à ShâPhâN, le scribe  : “J’ai trouvé le rouleau de la TORâH dans la Maison de YHWH !”. H.iLeQiYYâHOu donna le rouleau à ShâPhâN qui le lut… Et ShâPhâN, le scribe , informa le roi en ces termes : H.iLeQiYYâHOu, le prêtre, m’a donné un rouleau”, et ShâPhâN le lut devant le roi. » (2R 22,3.8.10). Les exégètes estiment pour la plupart que ce rouleau devait être constitué du Décalogue et de nos v. 4-5, introduisant quelques passages du Code législatif qu’on décèle à divers endroits du livre, classiquement — pour ceux que ça intéresse : Dt 12,13-18 et Dt 28. La recherche sur ce point est encore en discussion, mais quoi qu’il en soit, ce v. 4 affirme donc, à partir du VIIe siècle, que YHWH est UN, affirmation mise par le rédacteur deutéronomiste sous l’égide de Moïse. Reste néanmoins à savoir en quel sens.

Rappelons d’une part que jusqu’à Yo’ShiYâHOu, depuis vraisemblablement un millénaire, cette zone du Proche-Orient connaît plusieurs YHWH : il y a YHWH de MaDiâN, YHWH de TéYMâN, YHWH de ‘ÉDOM, etc. Mais on trouve aussi en KaNa“aN : YHWH de BéYT-‘ÉL ; YHWH de ShîLoH ; YHWH de ShoMeRON / Samarie, YHWH de YeROuShâLaYiM, etc. Chaque région le vénère à sa manière, en particulier ‘ÉDoM dont le culte de YHWH est réputé comme le plus profond et le plus sage de tous — Job en est le meilleur exemple que les compilateurs de l’Ancien Testament n’ont pas hésité à intégrer, alors même que Job n’est ni Juif, ni même plus largement israélite. Il ne faut pas être surpris de cette multiplicité : c’est un peu, par analogie, comme les catholiques qui parlent aujourd’hui du Sacré-Cœur de Montmartre ; du Sacré-Cœur d’Issoudun ou du Sacré-Cœur de Paray-le-Monial ; etc. En soi, c’est le même mystère du Salut par le Christ Jésus qu’on célèbre dans chacun de ces sanctuaires, mais avec des attachements et sous des aspects formels particuliers qui façonnent le caractère propre de chaque dévotion. Ceci dit, ce qui caractérise la dévotion de YHWH en KaNa“aN, en particulier le territoire qui correspond à ‘ÈPheRaYîM, BiNeYâMiN et MeNaShèH — les trois tribus issues de RâH.éL, la seconde femme de Ya”aQoV —. Ce qui caractérise donc la dévotion de YHWH en KaNa“aN, c’est la mémoire d’une sortie de MiTseRaYîM, possiblement associée à l’Arche d’Alliance longtemps conservée au sanctuaire de ShîLoH, au nord de BéYT-’ÉL, au cœur du territoire de ‘ÈPheRaYîM, avant d’être déposée à QiReYaT-Ye“âRîM, non loin de YeROuShâLaYiM, sur une colline de Abou-Gosh, à la frontière de BiNeYâMiN et de YeHOuDâH. Je dis que l’Arche est « possiblement » associée à une histoire de sortie de MiTseRaYîM, parce qu’à bien y regarder, on s’aperçoit en fait que Moïse n’est jamais mentionné dans l’histoire de DâWiD pour qui l’Arche jouera un rôle important ! Moïse ne sera d’ailleurs pas mentionné dans l’histoire royale avant 2R 14,6, deux fois à propos de H.iZeQiYYâHOu / Ézéchias, ainsi qu’au ch. 18 ; et deux fois à propos de Yo’ShiYâHOu en 2R 21,8 et 23,25… tout comme il n’apparaît jamais que deux fois chez les prophètes, en Is 63,11-12 et en Ba 2,28 : donc dans des textes postexiliques… Alors forcément, on s’interroge : comment une figure placée au fronton de la Bible peut-elle être autant ignorée dans les anales de l’histoire ? Et c’est là que ça commence à être vraiment intéressant, parce que c’est là qu’on sort d’une vision d’un livre “dicté” d’en-haut à la rédaction d’une TORâH qui allie l’inspiration à la raison humaine ; comme une première collaboration divino-humaine dont on va voir dans les vidéos suivantes qu’une telle collaboration est précisément le signe de l’avènement du Royaume : la MALÉDICTION, c’est le refus de cette collaboration ; la vie éternelle, la BÉNÉDICTION tient dans le consentement à cette collaboration. On y reviendra.

Tout ça pour dire qu’en définitive, cette histoire de Sortie de MiTseRaYîM n’est pas d’emblée associée à YHWH — je vous parlerai prochainement des récentes recherches concernant l’origine du culte de YHWH, vous verrez, c’est aussi passionnant que l’histoire du patriarche YOSéPh / Aménophis ! — ; donc cette histoire de Sortie de MiTseRaYîM n’est pas d’emblée associée à YHWH mais appartient primitivement en propre à la mémoire des tribus du CENTRE de KaNa“aN ; elle ne rejoindra la mémoire de YeHOuDâH qu’à l’occasion de l’invasion Assyrienne qui poussera les populations du Nord vers le Sud. Elle sera alors peu à peu intégrée à une mémoire unificatrice de TOUT YiSseRâ’éL pour composer un récit national  qui sera développé à partir de l’Exil pour composer les cinq livres de la TORâH, et dont le Décalogue et notre v. 4 pose les fondations ; une mémoire qu’on peut déjà, à partir de Yo’ShiYâHOu et de son code, qualifier proprement de ‘Juive’ puisque désormais, TOUT YiSseRâ’éL se rassemblera au BéYT HaMiQeDDâSh, litt. la Maison de Sainteté, c’est-à-dire au Sanctuaire de YeROuShâLaYiM, sur le territoire de BiNeYâMiN associé au royaume de YeHOuDâH.

Donc : jusqu’à l’invasion assyrienne, les sanctuaires dédiés à YHWH sont assez divers, attachés à des populations et des traditions différentes, y compris sur le sol de KaNa“aN entre d’une part YiSseRâ’éL, au Nord, sous l’égide principale de ShoMeRON / Samarie, et d’autre part YeHOuDâH / Juda, au Sud, sous l’égide de YeROuShâLaYiM / Jérusalem. Deux salves d’invasion par l’Assyrie auront raison de YiSseRâ’éL entre 745 et 722, de sorte qu’à l’époque de H.iZeQiYYâHOu / Ézéchias, roi de YeROuShâLaYiM, outre les déportations vers l’Est d’une partie de la population du Nord, on assiste à une émigration d’une autre partie de cette population vers la région Sud, en YeHOuDâH, qui abritera désormais le seul sanctuaire officiel de YHWH de KaNa“aN. Un siècle plus tard, vers 620, l’Assyrie en perte de puissance relâche la pression sur le pays à cause des soulèvements de sa province de Babylone. Yo’ShiYâHOu, le roi de YeHOuDâH à cette époque, va alors en profiter pour restaurer le Temple de SheLoMoH / Salomon et recentrer le culte à YeROuShâLaYiM autour du slogan de notre v. 4 : YHWH est UN dans le sentiment assuré que puisque le BéYT HaMiQeDDâSh de YeROuShâLaYiM est seul à subsister de tous les sanctuaires de YHWH en KaNa“aN, c’est bien la preuve que YHWH désire être vénéré selon la tradition de YeHOuDâH, à YeROuShâLaYiM où tout le peuple devra désormais MONTER — ça n’est pas pour rien que ce terme est utilisé — pour se rassembler et célébrer, entre autres, les fêtes mémoriales du calendrier.

Bref : la devise : « ADoNaï ‘èH.âD » = YHWH est UN, va donc présider dorénavant à l’unité du peuple rassemblé sur le territoire de YeHOuDâH. Désormais, YHWH est donc UN au sens où il UNIFIE, où Il fonde l’unité du peuple Juif.

Par la suite, en 587, les Babyloniens vont envahir cette fois YeHOuDâH, détruire YeROuShâLaYiM et le BéYT HaMiQeDDâSh ! Du coup : nouvel Exil des notables, à Babylone cette fois ; toujours la Mésopotamie donc, et il est vraisemblable que les notables nouvellement exilés y aient retrouvé des communautés de cousins israélites et se soient installés avec eux. Il y aura aussi des fuites depuis  YeROuShâLaYiM vers le Sud, c’est-à-dire en MiTseRaYîM, notamment avec Jérémie. Néanmoins, on peut dire que le slogan de Dt 6,4 est suffisamment ancré dans la chair du peuple Juif pour prendre, à l’occasion de cette dispersion babylonienne, une dimension universelle ; notamment grâce au prophète YeSha“eYâHOu / Isaïe sur l’œuvre de qui on va prendre le temps de s’arrêter rapidement.

En deux mots : le livre de YeSha“eYâHOu présente un itinéraire spirituel extraordinaire par lequel le prophète dévoile le secret de la fidélité de YHWH à la Maison de David ; une fidélité que le prophète NâTâN avait révélée au roi dans le second livre de SheMOu‘éL , au ch. 7. La première partie du livre de YeSha“eYâHOu court du ch. 1 au ch. 33 :

– Les 12 premiers ch. présentent le prophète comme un homme de visions attaché à la Maison de David — là, on est au VIIIe siècle, donc à l’époque du roi H.iZeQiYYâHOu / Ézéchias, une des plus grandes figures de la période royale telle que la rapporte la Bible. Au début du ch. 2 , on entend notamment YHWH exposer son dessein universel de Salut à partir du BéYT HaMiQeDDâSh de YeROuShâLaYiM — le Sanctuaire de Jérusalem — où les nations afflueront pour écouter sa TORâH.

– Les ch. 13 à 33 passent en revue les nations ennemies de YiSseRâ’éL — à commencer par Babylone — et annoncent le jugement de YHWH à leur encontre — sachant que YeROuShâLaYiM ne sera pas épargnée par ce jugement : de la même manière que dans la TORâH, la génération infidèle du désert devra laisser la place à une nouvelle génération dont le désir de servir YHWH motivera l’entrée sur le Sol promis, YiSseRâ’éL parti en exil à cause de son infidélité à YHWH devra attendre l’avènement d’une nouvelle génération de déportés dont le désir de servir YHWH motivera le retour à YeROuShâLaYiM. On voit bien comment ici, le discours de Moïse au fils du Deutéronome sert de figure pour exalter et légitimer le retour de toute génération exilée à YeROuShâLaYiM, quelle que soit l’époque — au moins pour une partie en tout cas. L e prophète annonce alors que YHWH pourra fonder Sa royauté universelle à partir de Sion, le fameux Mont MoRîYYâH dont on a parlé il n’y a pas si longtemps, c’est-à-dire la colline de YeROuShâLaYiM sur laquelle est édifié le BéYT HaMiQeDDâSh, le Sanctuaire qui abrite le trône de YHWH.

– La seconde partie du livre, qui va du ch. 34 au ch. 66, montre quant à elle comment YHWH va mettre en œuvre son dessein de Salut exprimé dans la vision du ch. 2 : en fait, selon le prophète YeSha“eYâHOu, il se trouve que même à travers ses meilleurs représentants comme notamment H.iZeQiYYâHOu/ Ézéchias, la Maison de David s’avère incapable de mettre en œuvre le dessein de YHWH. Ce dessein sera donc accompli par un mystérieux Serviteur ; un Serviteur Souffrant que YHWH glorifiera, et par qui sera engendrée une descendance de serviteurs qui prendront le relai de la Maison de David — sans pour autant que celle-ci soit rejetée. Toujours est-il que le BéYT HaMiQeDDâSh sera alors la source d’une ALLIANCE universelle renouvelée ; la joie sera redonnée en Sion pour toutes les nations ; une joie sur laquelle veilleront ensemble YHWH comme un Père à la fois créateur et sauveur, et YeROuShâLaYiM comme une Mère consolatrice.

Tout ça fait de YeSha“eYâHOu un prophète — ou à tout le moins une école prophétique dont YeSha“eYâHOu est le maître à penser, parce que le livre témoigne en fait d’une pensée qui s’étend sur au moins deux siècles — ; Tout ça, donc, fait de YeSha“eYâHOu un prophète essentiel pour YiSseRâ’éL en Exil qui va pouvoir, grâce à son école, travailler sur lui-même pour analyser les raisons de cette déportation dont la nation a fait l’objet. C’est en grande partie grâce à YeSha“eYâHOu que les Juifs en Exil vont pouvoir répondre à une question proprement existentielle : « Si nous sommes en Exil, cela voudrait-il dire que YHWH s’est fait battre par plus fort que Lui ? Mais qui alors ? Assur, le dieu tutélaire des Assyriens ? Marduk, le dieu des Babyloniens ? Ahura Mazda, le dieu des Perses ? Faudrait-il du coup se tourner vers eux au détriment de YHWH ?

Ou alors, si YHWH est vraiment ADoNaï ‘ÈLoHéYNOu, ADoNaï ‘èH.âD — vous voyez l’importance de cette parole inscrite dans la CHAIR de YiSseRâ’éL comme LA ressource par excellence dans l’épreuve — ; si YHWH, donc, est vraiment ADoNaï ‘ÈLoHéYNOu, ADoNaï ‘èH.âD, que veut-Il nous dire à travers cet Exil ? Que veut-Il nous apprendre ? Et c’est là que YeSha“eYâHOu se présente comme un maître pour permettre à YiSseRâ’éL de ne pas se laisser aller à une mauvaise INTERPRÉTATION qui lui eût inspiré le mauvais choix : Attention donc : YHWH est vraiment le seul VRAI DIEU, le DIEU VIVANT ; les dieux des nations, fussent-elles militairement et culturellement plus puissantes, ne sont que de vaines idoles ! « Le sol [du peuple de la Maison de Ya”aQoV] s’emplit de Néants — un terme méprisant qui désigne les idoles — ; ils se prosternent devant l’œuvre de leurs mains, devant ce qu’ont façonné leurs doigts ! […] Mais l’échine du terreux sera courbée ; la superbe des hommes sera abaissée ; et c’est YHWH qui sera élevé, Lui SEUL, en ce jour-là ; et les Néants disparaîtront en totalité. » (Is 2,8.17-18) ; et à l’autre extrémité du livre, s’adressant aux fils de YiSseRâ’éL : « Faites face vers Moi — c’est-à-dire « Tournez-vous vers Moi ! », ce qui est le propre d’une conversion — Faites face vers Moi — donc — et vous serez sauvés, tous les confins du sol ! Car c’est Moi, ‘ÈL, et aucun autre ! » (Is 45,22). On pourrait multiplier les citations.

Alors ? YHWH a-t-Il trouvé plus fort que Lui ou déploie-t-il une stratégie singulière ? Faut-il se tourner vers les dieux des nations, ou rester fidèle au dieu des pères ? Grâce entre autres au prophète YeSha“eYâHOu, c’est donc la seconde option qui sera retenue : YHWH est UN au sens où il est l’UNIQUE divinité régnant sur toutes les nations ; mais surtout au sens où, malgré la dispersion de YiSseRâ’éL à travers le monde, Lui seul l’UNIFIE et constitue sa Ressource fondamentale ! Dès lors, s’Il a sanctionné YeROuShâLaYiM, ce ne peut pas être parce que YHWH aurait été vaincu par une divinité supérieure, mais bien parce que les Fils de YiSseRâ’éL ont eux-mêmes été jusqu’au comble de la trahison de l’Alliance : ils ont préféré les Néants à YHWH, en conséquence de quoi ils se retrouvent sans ressource quand les nations déferlent sur eux en ennemies. YiSseRâ’éL fait ici l’expérience de la Malédiction DANS L’ALLIANCE qui n’en est aucunement brisée pour autant. Mais il n’en reste pas moins que YiSseRâ’éL, pour avoir oublié YHWH en n’en faisant qu’à sa tête à travers ses rois, se trouve dans l’incapacité de puiser dans les ressources de l’Alliance. Ça n’a donc rien à voir avec une quelconque condamnation de la part de YHWH — La Malédiction est la conséquence JUSTE de cette trahison par laquelle le peuple ne sait plus trouver le chemin qui mène à la source de Vie. YHWH n’y est pour rien. Reste que, dans l’Alliance qui demeure, YiSseRâ’éL garde la capacité de CHOISIR de revenir, de MONTER de nouveau vers Lui en consentant à nouveau d’être CONVOQUER spirituellement au Mont H.oRèV. Alors le Sol promis lui sera à nouveau accessible. Mais en aucun cas YHWH ne saurait manipuler la liberté de son peuple pour le contraindre à ce retour, à cette “aLîYaH, עֲלִיָּה en hébreu, c’est-à-dire à cette MONTÉE, encore et toujours ! Aujourd’hui encore, un Juif qui retourne sur le sol de YiSseRâ’éL accomplit sa “aLîYaH, son ASCENSION — comme quoi voyez, la TORâH est toujours vivante aujourd’hui —. Définitivement, rappelons-nous que YHWH laissera toujours son peuple libre et et ne fera jamais peser sur lui aucune convoitise ; Il ne met pas la main sur lui  ! En YHWH, il n’y a aucune perversité qui consisterait à faire faire à YiSseRâ’éL une “aLîYaH que le peuple n’aurait pas choisie librement ! Et c’est bien là, au demeurant, le signe de la toute-puissance de YHWH, de la toute-puissance de son AMOUR ! On va en reparler dans un instant à propos du v. 5.

Néanmoins, une fois que YiSseRâ’éL en Exil comprend sa faute, reste cette question tragique : « YHWH, le seul véritable ‘ÈLoHîM, nous aurait-il abandonnés ? » Et c’est là que le prophète YeSha“eYâHOu se fait consolateur, quand il se met à crier au nom de YHWH : « Sion — c’est-à-dire YeROuShâLaYiM qui est construite sur le Mont Sion — Sion parle ainsi : “YHWH m’a abandonnée, ‘ADoNaÏ m’a oubliée.” Mais une femme oublie-t-elle son nourrisson pour ne pas chérir le fils de ses entrailles ? Et même si elle l’oubliait, Moi, Je ne t’oublierai pas. Car Je t’ai gravée sur mes deux paumes, tes remparts sont toujours devant Moi. » (Is 49,14-16) Là en fait, il faudrait relire tout le grandiose ch. 49 du livre de YeSha“eYâHOu. Saint Paul ne dira pas autre chose : « Si nous sommes infidèles, Lui reste fidèle parce qu’il ne peut pas se renier lui-même ! » (2Tm 2,13). Ici, Paul est complètement disciple de Moïse ! Même s’il parle du Christ Jésus, c’est du cœur de l’ALLIANCE qu’il en parle. Toute sa théologie du Christ est fondée sur l’ALLIANCE de Moïse, par quoi Paul est fondamentalement en communion avec Jésus.

En attendant, pour en rester au Deutéronome, notre rédacteur, inspiré par l’écoute du prophète, inscrit AVANT l’entrée sur le Sol promis, c’est-à-dire comme une certitude ancestrale, que tant que YiSseRâ’éL sera fidèle à YHWH, la BÉNÉDICTION promise ne disparaîtra pas et le peuple pourra demeurer sur le sol promis aux pères pour servir YHWH ! Maintenant, s’il est infidèle, il pourra toujours revenir ! Voilà ce qui motive le travail des scribes pour éditer la TORâH de Moïse et la transmettre à tout le peuple. C’était le v. 3 : « Écoute YiSseRâ’éL, et garde ce qui est bien pour toi pour le faire, et pour que vous multipliiez beaucoup, comme a parlé YHWH, l’‘ÈLoHîM de tes pères ; sur un sol ruisselant de lait et de miel. » (Dt 6,3). Alors insistons : pourquoi est-ce si important que cette parole soit prononcée en amont de l’entrée en KaNa”aN ? Parce que si par malheur cette parole avait été édictée sur le SOL, une fois le Jourdain franchi, elle aurait été liée à ce SOL, tant et si bien qu’elle aurait été perdue avec lui au moment de la déportation ! Dit autrement, même si elle n’a pas été entendue en plénitude dès le début, il est raisonnable de dire avec les scribes deutéronomistes qu’elle appartenait néanmoins à la tradition de Moïse dès le début, c’est-à-dire indépendamment du fait qu’on soit sur le SOL de la promesse. Du coup, même si, par après, on se trouve loin du SOLà cause d’une infidélité caractérisée à l’Alliance ; même s’il semble que le SOL ait été perdu, le v. 4 demeure inscrit dans la mémoire et dévoile toute sa puissance fédératrice en même temps qu’elle maintient le peuple dans l’espérance : si nous voulons revenir à YHWH, nous le pourrons toujours ! Raison pour laquelle le rédacteur l’inscrit tout à fait légitimement à ce stade du récit qui précède le franchissement du Jourdain que racontera le livre de YeHOShOu“a, le livre de Josué qui suit.

Alors poursuivons en lisant le v. 5 : « Aime YHWH, ton ‘ÈLoHîM, de tout ton cœur, de toute ta gorge — ton souffle, ton âme, enfin traduisez comme vous voulez — et de toute ta puissance. » (Dt 6,5). Ces paroles sont célèbres. Notons cependant qu’en elles-mêmes, elles n’ont rien de très novateur : en fait, on a ici les paroles caractéristiques des traités de vassalité tel qu’on les énonçait au Moyen-Orient à l’époque assyrienne ! Dans les années 1980 on a retrouvé une stèle datée de l’an 672 déposée dans un sanctuaire assyrien, sur laquelle on trouve des paroles très semblables — ce qui laisse supposer qu’une version de ce même traité était déposée dans chaque sanctuaire de l’empire. Cette stèle comprend un Serment de Loyauté où l’empereur Assarhaddon s’adresse aux populations en parlant de son héritier Assurbanipal : « Aime Assurbanipal […], roi d’Assyrie, comme toi-même. […] Ne placez pas un autre roi ou un autre seigneur sur vous ! » Il est donc vraisemblable qu’un tel traité a été déposé dans les sanctuaires du Royaume du Nord, de sorte que les scribes du VIIe siècle, non seulement ne pouvaient pas l’ignorer mais s’en sont carrément inspiré, non pas pour affirmer l’autorité du roi de YeROuShâLaYiM, mais celle de YHWH ! De sorte qu’ici, on assiste à rien de moins que la formulation d’une THÉOCRATIE caractérisée, ce qui va sauver le peuple en Exil !!! Pourquoi ? Parce que si YiSseRâ’éL était une monarchie comme les autres, la dynastie royale ayant disparu avec TsiDeQiYYâHOu / Sédécias, le dernier roi de Juda, le peuple dispersé aurait tout bonnement disparu avec lui ! Mais grâce à la TORâH, qui n’est liée ni au sol de KaNa“aN, ni aux rois de YiSseRâ’éL, le peuple conserve son fondement en YHWH ; il conserve sa vocation — et jusqu’à sa CON-vocation —, ce qui lui permettra de subsister comme une COMMUNAUTÉ VIVANTE, jusqu’à aujourd’hui, malgré les émois de son histoire !

Arrêtons nous ici sur le verbe AIMER : « Aime YHWH, ton ‘ÈLoHîM » (Dt 6,5a). ‘âHaV en hébreu, ne signifie pas un sentiment — qui serait plutôt H.âVaV — mais un impératif de LOYAUTÉ absolue envers YHWH comme ROI. Ceci dit, le récit ne dit pas : « Sois loyal envers YHWH » mais bien : « Aime YHWH ! ». Quant au grec de la LXX — c’est toujours intéressant d’aller voir comment l’hébreu a été traduit, parce que le grec nous donne des indices quant à l’interprétation de la Bible environ deux siècles avant J.-C. —, Le grec, donc, traduit ‘âHaV par agapaôἀγαπάω, qui signifie aimer par choix, et non sous le coup d’une émotion. Donc en hébreu comme en grec, il ne s’agit pas de susciter un sentiment d’amour envers YHWH, mais de CHOISIR de l’aimer. Ce qu’en français on traduit par aimer de charité.

Or précisément, tout emprunté à la rhétorique assyrienne que soit cet impératif, l’auteur deutéronomiste connaît les prophètes, et en particulier HOShé“a / Osée pour qui le même verbe aimer, ‘âHaV, est endossé par YHWH. Par exemple au ch. 11 de HOShé“a : « Quand YiSseRâ’éL était jeune, Je l’AIMAIS ; et dès l’Égypte, Je l’ai appelé “mon fils” […] Moi, j’ai mis sur pied ‘ÈPheRaYîM, Je l’ai pris sur mon bras, mais ils n’ont pas compris que je prenais soin d’eux. C’est dans des cordages de terreux que Je les attirais, avec des liens d’AMOUR. » (Os 11,1.3-4). Entendons par là, comme le traduit à nouveau le grec : j’ai CHOISI de l’aimer de charité, et Je l’attirais avec des liens de CHARITÉ, c’est-à-dire LOYALEMENT, en refusant absolument d’assouvir à son égard quelque élan pervers de convoitise que ce soit. Et tant mieux qu’il ne s’agisse pas de sentiment ! Comme pour des amoureux : il est très dangereux de s’avouer qu’on s’aime passionnément, dans la mesure où quand la passion tombe, l’amour tombe avec lui ; alors qu’un amoureux qui ose dire à son amie : je choisis de t’aimer, alors là, oui : cet amour, lié à la volonté, se donne les moyens de ne pas s’effondrer à la moindre variation climatique du sentiment ! Je reconnais que c’est moins romantique, mais CHOISIR D’AIMER est INFINIMENT plus fort, infiniment plus sécurisant !

Du coup, pour en rester à notre verset, on assiste à un glissement de sens qui n’a rien d’anodin dans la mesure où l’on passe d’un impératif : « Aime ! », à ce qui se reconnaîtra avec le temps comme une SUPPLIQUE inattendue de la part de YHWH ; non seulement inattendue, mais paradoxale puisque sa toute-puissance va se dévoiler non pas à travers l'énoncé des commandements, mais à travers la supplique d'un amour dont l'intrigue ne sera nulle part plus magnifiquement représentée que dans le Cantique des Cantiques. Dans un passage de L’Étoile de la Rédemption, Franz Rosenzweig dit magnifiquement que le véritable amour ne dit pas tant « Je t’aime », que « Aime-moi ! » ; « Choisis de m’aimer ! ». Et c’est très fort quand on y réfléchit : la puissance de l’amour de charité n’est pas de se déclarer en force, mais de consentir à s’en remettre à la volonté de l’autre ; de choisir de s’accorder à la volonté de l’autre. Ça peut faire peur, mais en attendant, c’est vraiment là que se révèle la toute puissance de l’amour qui refuse de convoiter ! Or voilà précisément l’intrigue de tout le Cantique des Cantiques dont on vient de parler ; raison pour laquelle ce livre du Cantique, apparemment construit sur la sensualité, nous livre en réalité le secret le plus profond de l’AMOUR VRAI qui, tout habité de grands désirs qu’il soit, sans compromis, refuse tout esprit de convoitise.

Ce n’est pas autre chose qu’explicite la suite du verset — qui là se détache complètement des traités assyriens —, à propos de cet amour qui consiste à accorder la volonté humaine à celle de YHWH — de tout ton cœur, le cœur étant le lieu de la volonté dans l’anthropologie biblique — ; à Lui être redevable du moindre souffle de l’existence — de toute ta gorge, de toute ton âme — et à Lui offrir chacun des actes qui la composent — de toute ta puissance. Vaste programme de restauration SPIRITUELLE de la Ressemblance de ‘ÂDâM avec YHWH ; une restauration qui demandera du temps, de la patience, et qui ne s’accomplira véritablement que lors de la venue du MaShiaH., — du Messie — que Moïse désignera au ch. 18 sous le nom de Prophète : « Du milieu de toi, issu de tes frères, YHWH ton ‘ÈLoHîM suscitera un prophète comme moi. Et Lui, écoutez-le. » (Dt 18,15) Un MaShiaH. en qui YHWH et l’Homme se trouveront unis non seulement cœur à cœur — union des volontés —, mais SPIRITUELLEMENT, donc CHARNELLEMENT — puisque le support de l’esprit en l’homme n’est rien d’autre que la CHAIR ! Alors il est bien évident que l’auteur du Deutéronome est encore loin d’une telle perspective. Mais il n’en reste pas moins que tel est le chemin que YHWH emprunte, qui prend en compte la liberté de l’homme, sans la manipuler, pour mener à bien son projet créationnel !

J’espère qu’avec tout ça, on perçoit mieux à quel point la révélation n’est jamais donnée d’emblée explicitement, comme un gros paquet à décortiquer… Elle est toujours distillée peu à peu, pas à pas ; comme avec un enfant dont on perçoit tout le potentiel, mais qu’on accompagne au fil du temps, à son rythme, avec beaucoup de miséricorde pour tout ce qu’il fait encore maladroitement, y compris pour les relents de convoitise qu’il n’arrive pas encore à gérer. En tout cas, à ce stade de la rédaction du Deutéronome, on assiste à rien de moins qu’une révolution spirituelle qui fait véritablement de YiSseRâ’éL un peuple à part ! Ça, il ne faut pas le manquer !

Alors je vous laisse aujourd’hui sur ces considérations concernant les v. 1 à 5 du ch. 6 du Deutéronome. Je vous en souhaite une bonne lecture. Nous resterons sur les v. 4 & 5 la prochaine fois, tant ils ont encore bien des choses à nous dire.

Je vous remercie.
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Message par Gabuzo Ven 9 Juil 2021 - 14:15


Bonjour,

Je vous propose de poursuivre notre lecture des v. 4-5 du ch. 6, tant ces versets sont fameux, au point que Jésus les citera explicitement suite à la question du scribe, vous vous souvenez : « L’un d’entre [les Pharisiens], versé dans la TORâH, pressa Jésus de questions pour lui soumettre une épreuve : “Rabbi, quel est le grand commandement dans la TORâH ?” Jésus lui déclara : “Tu aimeras de charité YHWH, ton ‘ÈLoHîM, dans tout ton cœur, dans toute ton âme et dans tout ton discernement. Voilà le grand et le premier commandement. Cependant qu’un second lui est identique : Tu aimeras de charité ton prochain comme toi-même. À ces deux commandements sont suspendus toute la TORâH et les Prophètes.” » (Mt 22,35-40). Alors déjà, on entend que « de toute ta puissance », qu’on a dans le Deutéronome, est devenu : « de tout ton discernement ». Dans Marc et dans Luc, Jésus dit : « De tout ton discernement et de toute ta force. » (Mc 12,30), comme ça, pas de jaloux.

Toujours est-il que le scribe ne semble pas étonné ; ce qui tend à signifier que l’extrapolation de Jésus appartenait à l’interprétation commune. Rien de très étonnant à ça dans la mesure où depuis le milieu du Ve siècle où la tradition Prophétique s’est éteinte pour faire place peu à peu à la tradition « Sapientiale » — on en a déjà parlé dans la dernière vidéo —, c’est-à-dire une tradition où YHWH n’ajoute plus rien : la TORâH est en place, à l’homme d’exercer sa « sagesse » à partir de ce fondement. Dit autrement, par la tradition sapientiale, YHWH encourage désormais son peuple à exercer son DISCERNEMENT, autrement dit : à INTERPRÉTER concrètement son histoire à la lumière de la TORâH, ce qui l’objet propre des Écrits de Sagesse, et puis plus tard, sous une autre forme, les écrits rabbiniques comme la MiShNaH ou la GéMaRa‘ qui composent le Talmud.

Le terme grec qu’emploie l’Évangile est dianoia, διάνοιαἐν ὅλῃ τῇ διανοίᾳ σου, qu’on traduit habituellement par « intelligence ». Et de fait, dianoia, c’est effectivement l’intelligence, mais pas en tant que faculté, qui serait plutôt le noûs, νοςtrès rare dans la Bibleou la sunésis, σύνεσις. Dianoia, c’est plutôt l’intelligence en acte de réflexion, donc en acte de DISCERNEMENT, ce qui rejoint l’idée d’INTERPRÉTATION. On a ça par exemple dans la première lettre de saint Jean : « Nous savons que le Fils de ‘ÈLoHîM a surgi et qu’Il nous a donné un discernement pour pénétrer le vrai — c’est-à-dire le Père révélé en son Fils Jésus, le Christ —. » (1Jn 5,20). Ou dans le Siracide, écrit, à peine 200 ans avant J.-C. : « Un cœur affermi sur un discernement d’intelligence est comme l’harmonie marbrée d’un mur peaufiné. » (Si 22,17). C’est joliment dit : par le DISCERNEMENT, on atteint l’harmonie — le cosmos, κόσμος en grec, c’est-à-dire l’harmonie d’un univers organisé selon leλόγος, le Logos, la Raison organisatrice, disaient les philosophes grecs de l’Antiquité dont la pensée allait peu à peu acculturer tout le Moyen-Orient conquis par Alexandre à partir du IVe siècle.

Toujours est-il qu’en ajoutant : « de tout ton discernement » à la citation de Dt 6,5, Jésus assume une tradition pour laquelle aimer YHWH ne consiste pas à contraindre à aimer, mais à conjuguer l’amour de YHWH avec l’exercice de l’intelligence — entendons par là l’exercice du discernement au sens de la pratique de l’INTERPRÉTATION qui caractérise l’homme LIBRE — ; une intelligence indispensable pour éclairer le cœur, c’est-à-dire la volonté — c’est la dimension RAISONNABLE de l’homme — de sorte que l’énergie de l’âme — l’énergie vitale qui est la part divine déposée en l’homme — puisse être orientée vers le haut ! Toujours cette vision d’élévation qui imprègne définitivement toute la TORâH, les Prophètes et les Écrits de Sagesse.

Et c’est là que le commandement du Deutéronome se distingue définitivement des formulations de traités assyriens sur lesquelles il se base, sans aucun doute, mais qu’il REVISITE de manière absolue puisque là où la formulation assyrienne, tout en parlant d’aimer, rend ESCLAVES du souverain les populations auxquelles elle adresse ; le commandement du Deutéronome, lui, s’inscrit dans la dynamique de MONTÉE initiée par la Sortie de MiTseRaYîM, et donc vise la LIBERTÉ de ceux à qui il s’adresse. On est aux antipodes !

Dès lors, on comprend mieux le trajet que nous font prendre ces versets. On passe de la CRAINTE, au v. 2, à l’amour libérateur au v. 5, ce qui n’est pas rien ! La CRAINTE, on l’a déjà souvent dit, ce n’est pas la peur ; la CRAINTE, c’est une vertu ! La CRAINTE, c’est la conscience qu’un AUTRE que moi existe dont je suis DÉPENDANT, puisque c’est Lui qui me donne d’exister. Or la grande expérience de la Bible, c’est que cet Autre PARLE ! Il parle, et chacune de ses paroles donne la vie ! Il est bien évident que si cet Autre ne parlait pas, il générerait la peur, comme dans toutes les mythologies, sous toutes les latitudes ! Mais non : précisément, il parle ; et sa parole est VIVANTE, VIVIFIANTE ; et plus je me mets à son ÉCOUTE, plus je prends conscience de sa grandeur, de sa noblesse, et plus je le CRAINS ; Lui qui m’a donné cette âme qui imprime en moi l’élan d’une VIE dont les ressorts m’échappent complètement, mais qui est pourtant pleinement remise entre mes mains ! La CRAINTE de YHWH, d’un point de vue biblique, c’est avoir conscience que je reçois tout de Lui, et que c’est BON ! « Ki ToV ! », ça, c’est le refrain qui ponctue tout le ch. 1 de la Genèse.

Dit autrement, dans un premier temps, la CRAINTE me fait percevoir YHWH comme un ROI dont je suis le SERVITEUR et qui me libère des limites du péché — MiTseRaYîM désigne l’Égypte, mais étymologiquement, ce mot signifie la frontière, la limite — Donc YHWH est ce ROI à nul autre pareil dont l’objectif est de LIBÉRER ses serviteurs des limites, des frontières ENFER-mantes du péché ; un ROI qui fait son office en me rachetant de la convoitise à laquelle je me suis VENDU, à laquelle je me suis livré moi-même comme prisonnier, puisque la convoitise a cet effet pervers qu’à tout instant, elle se retourne contre celui qui l’invoque, contre qui la revendique, pour le garder comme esclave. Mais YHWH est aussi et surtout ce ROI qui me convoque à m’élever ; un ROI qui me dit : « Je t’ai créé à mon image et à ma ressemblance » — toujours le ch. 1 de la Genèse —, à quoi il convient d’apparier l’appel lancé en Dt 6,4 : « Écoute YiSseRâ’éL ! » (Dt 6,4). Or dans la mesure où l’écoute relève de la vocation du FILS — rappelez-vous, on en a longuement parlé dans la vidéo intitulée : L’Esprit comme Puissance de Communion —, j’entends alors le ROI dire à YiSseRâ’éL, et par conséquent à chacun de ceux qui se greffent sur la racine de ce peuple pour s’abreuver à la source de la TORâH par Jésus ; donc en entendant : « Écoute YiSseRâ’éL ! », j’entend le ROI me dire : Je t’ai créé comme MON FILS : « Quand YiSseRâ’éL était jeune, je l'aimais, et c’est dès MiTseRaYîM que je l’ai appelé Mon FILS. » (Os 11,1) ; « Parle ainsi à Pharaon : “Ainsi parle YHWH : ‘Mon FILS, mon premier-né, c’est YiSseRâ’éL ! […] Laisse aller mon FILS pour qu’il Me serve !‘” » (Ex 4,22). Et bien entendu, Matthieu ne pourra pas ne pas reprendre cette parole prophétique à propos de Jésus, LE FILS par excellence du point de vue chrétien : « [Joseph] fut [en MiTseRaYîM] jusqu’au terme [de la vie] de Hérode [le Grand], afin que soit mené à sa plénitude ce qui fut ainsi parlé sous l’égide de YHWH par le prophète [Osée] : « C’est dès MiTseRaYîM que je l’ai appelé Mon FILS”. » (Mt 2,15).

Tout ça, en définitive, pour dire une chose somme toute assez simple : l’image et la ressemblance dont parle le rédacteur sacerdotal en Gn 1 n’est dans le fond rien d’autre que la NATURE FILIALE de ‘ÂDâM ; ce qui pose dans le même moment : d’une part une distinction entre ÂDâM et ‘ÈLoHîM : l’un n’est pas l’autre, le FILS n’est pas le PÈRE ; et d’autre part un lien entre eux : celui de la filiation et de la paternité. Sauf que ce lien doit être entériné librement par ‘ÂDâM ! ‘ÂDâM doit CONSENTIR à sa nature filiale, c’est-à-dire CONSENTIR à ne pas être à lui seul son commencement et sa fin ; CONSENTIR à vivre en COMMUNION SPIRITUELLE avec YHWH qui reste, quoi qu’il en soit, la seule et unique SOURCE DE VIE. Alors on connaît la suite : ÂDâM se laissera tenter de convoiter le statut de paternité divine ; son discernement sera dès lors obscurci par la convoitise : « je suis seul maître à bord, quant à l’autre : qu’il soit mon esclave ou qu’il meure ! » C’est toute l’histoire des ch. 4 à 11 de la Genèse. Mais voilà qu’à partir de ‘AVeRâHâM, YHWH qui ne se laisse pas envahir par le désespoir, va appeler UN homme, et à partir de lui : UN peuple ; et à partir d’un fils de ce peuple, Jésus, tout homme ; YHWH, donc, va appeler tout le genre humain sur le chemin d’une filiation consentie, au cœur de laquelle chaque génération va d’ailleurs faire elle-même une certaine expérience paternelle ; mais évidemment jamais au sens absolu, ce que Jésus exprimera explicitement : « N'appelez personne votre Père sur la terre ; car un seul est votre Père : Celui qui est dans les cieux. » (Mt 23,9).

Voyez, quand je prends conscience de la nature filiale de ma création, de mon existence ; lorsque j’y CONSENS, je comprends alors que YHWH, mon ROI, est dans le même temps Mon PÈRE . Et là, je passe de la CRAINTE à l’AMOUR : « Aime YHWH ! ». Mais en étant PÈRE, YHWH ne cesse pas pour autant d’être ROI, ce qui signifie que l’amour filial ne fait pas disparaître la crainte !

Ceci dit, c’est vrai que saint Jean écrit : « La charité — entendons maintenant : l’amour filial — la charité achevée bannit la crainte. » (1Jn 4,18). Mais quand saint Jean écrit ça, c’est du cœur de la TORâH qui lui inspire ces propos ! Or un fils de la TORâH ne peut pas affirmer que la CRAINTE devient obsolète ! Elle ne peut pas disparaître, redisons-le, puisque c’est par elle, et par elle seulement, que peut naître l’AMOUR FILIAL. Il faut donc entendre saint Jean à la lumière de la TORâH, et en particulier de Dt 6,1-5 : l’amour de charité, l’amour FILIAL DÉPASSE la CRAINTE, en nous rappelant  qu’avant de dépasser, il faut toujours et d’abord ATTEINDRE ! Donc la Charité portée à sa perfection, comme en Jésus qui est LE FILS par excellence, ATTEINT la CRAINTE qui instaure un rapport prioritaire à DIEU comme ROI ; et la DÉPASSE en révélant qu’en YHWH, la PATERNITÉ est prioritaire sur la ROYAUTÉ. Or l’air de rien, Jean ne pose rien de moins ici que la ligne de démarcation entre l’interprétation juive et l’interprétation chrétienne de la nature divine : pour un Juif, YHWH est d’abord le ROI qu’il faut CRAINDRE en appliquant fondamentalement les MiTseWOT, suite de quoi il est PÈRE — et de ce point de vue, ce raisonnement suit la dynamique des v. 1 à 5 de Dt 6. Mais pour un chrétien, à l‘écoute de Jésus, YHWH est d’abord PÈRE ; un PÈRE dont il faut consentir à être le FILS en s’attachant au Christ ; sans oublier pour autant que YHWH est ROI — nombre de paraboles de Jésus y font expressément référence —, et donc sans oublier qu’il y a un CADRE à tenir que le DÉCALOGUE exprime de manière aussi magistrale que laconique.

À partir de là, on peut alors discourir sur l’AMOUR qui constitue l’essence même de YHWH ; un AMOUR qui conjugue paradoxalement une dimension PATERNELLE et une dimension FILIALE — ça c’est la grande révélation chrétienne. Une dimension de PAROLE VIVANTE donnée , et une dimension d’ÉCOUTE qui reçoit cette PAROLE dans une gratitude aussi libre qu’infinie. Dès lors, si le projet divin dans la création se manifeste à travers la convocation du peuple à ÉCOUTER, sans vouloir résorber le hiatus qui sépare le ROI du Serviteur autant qu’il sépare le Père du Fils ; le projet divin n’est autre que de réconcilier ‘âDâM avec sa dimension FILIALE initiale.  Raison pour laquelle cet appel à l’ÉCOUTE résonne précisément entre les v. 2 et 5 de Dt 6, au v. 4 : « Écoute YiSseRâ’éL ! », dans la mesure où cette ÉCOUTE est le porche qui fait passer de la crainte à l’amour.

L’ÉCOUTE se présente donc, pour le dire autrement, comme le nerf de la foi qui est L’ACTE FILIAL par excellence ! En effet, : « Comment invoquer le Seigneur si on n’a pas mis sa foi en Lui ? Mais comment mettre sa foi en Lui si on ne l’a pas écouté ? Et comment écouter si personne ne proclame ? […] Car la foi vient de ce qu’on écoute, et ce qu’on écoute, c’est la Parole du Christ. » (Rm 10,14.17). Ici, Paul n’élabore aucune théorie personnelle : il n’est ici rien d’autre qu’un digne disciple de la TORâH par laquelle il se sait d’autant plus en pleine COMMUNION avec Moïse qu’il est en COMMUNION avec Jésus. Lui qui, en tant que Juif, CRAINT YHWH comme ROI ; lui qui a une conscience éperdue de Son existence et de Sa présence vivifiantes ; Paul fait l’expérience que l’interprétation de la TORâH par Jésus lui donne d’accomplir ce à quoi convoque précisément toute la TORâH ; à savoir inverser le rapport de la CRAINTE à l’AMOUR FILIAL ; permettre à la crainte, par l’ÉCOUTE de YHWH à la lumière du Christ Jésus, d’ouvrir le chemin de l’amour de charité ; d’ouvrir définitivement le chemin de l’AMOUR FILIAL auquel Jésus conduit à travers tout son enseignement et sa vie dont la vérité sera signée par sa mort et sa résurrection. Voilà tout le sens de cette phrase essentielle du Christ : « Je suis le chemin, la vérité et la vie. » (Jn 14,6).

ÉCOUTER est à la racine de la FOI ; une FOI qui ne se départit pas de la CRAINTE de YHWH — avoir conscience de la primauté de son existence sur la mienne — ; mais qui s’accomplit pour les chrétiens dans l’attachement à la figure de Jésus qui se présente comme FILS du PÈRE éternel. Or le FILS n’est pas d’abord celui qui est engendré physiologiquement ! Le FILS, c’est celui qui se reçoit d’une figure paternelle ; qui se met à l’écoute d’un PÈRE en qui il trouve le soutènement qui lui offre de pouvoir développer en lui ce qu’il y a ce meilleur. C’est par l’ÉCOUTE du PÈRE que Jésus peut dire qu’il est LE FILS ; entendons par là qu’Il est Celui qui ÉCOUTE de toute éternité la Parole Source du PÈRE ; ce FILS dont la Parole, qui est directement le fruit de cette ÉCOUTE, est identiquement celle du Père ; au point que pour nous, écouter le Fils, c’est écouter le Père ; et du coup devenir fils à notre tour, « par le FILS éternel ». « C’est Moi qui suis le chemin, et la Vérité, et la Vie. Aucun ne vient vers le Père, sinon PAR Moi. » (Jn 14,6). Autrement dit : « Aucun ne devient FILS, sinon PAR MOI ; Moi qui vous initie à la véritable ÉCOUTE de YHWH, à la véritable ÉCOUTE du PÈRE.

Difficile d’exprimer plus clairement le fait que, par Jésus, nous nous trouvons réconciliés avec notre NATURE FILIALE — perdue par ‘ÂDâM qui a refusé d’écouter — ; autrement dit : c’est par Jésus que renaissent en nous l’image et la ressemblance dans lesquelles nous avons été créés : « Celui qui M'a envoyé est véridique, et ce que J'ai écouté de Lui, voilà ce que J’adresse au monde. […] Quand vous aurez élevé le Fils de l'homme, alors vous pénétrerez ce que Je suis ; que Je ne fais rien de moi-même, mais que Je parle selon ce que le Père M'a enseigné. » (Jn 8,26.28)

« Ne crois-tu pas que Je suis dans le Père, et que le Père est en Moi ? Les paroles que Je vous dis, Je ne les dis pas de Moi-même ; et le Père qui demeure en Moi, c'est Lui qui fait les œuvres. » (Jn 14,10)

« Celui qui ne M'aime pas ne garde pas mes paroles. — vous entendez le rapport entre aimer et ÉCOUTER ? — Et la parole que vous écoutez n'est pas de Moi, mais du Père qui M'a envoyé. » (Jn 14,24)

« Je leur ai donné les paroles que Tu M'as données — voilà le Fils et le Père — ; et ils les ont reçues — ils les ont écoutées —, et ils ont vraiment connu que Je suis sorti de Toi ; et ils ont eu foi en ce que c’est Toi qui M'as envoyé. » (Jn 17,Cool

Voilà : ÉCOUTER Jésus, c’est apprendre à écouter le PÈRE en pleine Lumière ; et c’est offrir à l’ESPRIT SAINT, qui ne cesse de SOUFFLER en nous les paroles vivifiantes du PÈRE rapportée par le FILS, de nous faire passer peu à peu de la Crainte à l’amour filial qui consent à ne pas se faire Père à la place du Père, pour tout recevoir de Lui dans la joie de la GRATITUDE : « Tous ceux qui sont menés par l’Esprit de ‘ÈLoHîM, ceux-là sont fils de ‘ÈLoHîM — c’est-à-dire que l’Esprit leur rappelle les mots du Christ qui sont les mots mêmes du Père —. Aussi bien n’avez-vous pas reçu un esprit de servitude pour retomber dans la crainte, mais vous avez reçu un Esprit d’adoption filiale par lequel nous crions : “‘âBa ! Père !” ». (Rm 8,14-16). Dit autrement, la CRAINTE est le premier rempart contre tout esprit de CONVOITISE ; mais quand la CONVOITISE disparaît, grâce à l’AMOUR FILIAL auquel la crainte nous a introduits ; quand on reconnaît en soi cette NATURE FILIALE qui nous fait reconnaître YHWH comme PÈRE, ‘aBa ; eh bien on s’aperçoit que cette NATURE FILIALE n’est rien d’autre que la PART DIVINE de notre être ! Depuis le commencement, quand nous avons été créés à l’image et à la ressemblance du FILS éternel ! Ça va quand même drôlement loin !

Voilà en tout cas comment les chrétiens entendent l’accomplissement de la promesse faite à Moïse au ch. 18 du Deutéronome : « Je leur susciterai du milieu de leurs frères un prophète comme toi, Je mettrai Mes paroles dans Sa bouche, et Il leur dira tout ce que Je Lui commanderai. » (Dt 18,18). Il n’est donc pas étonnant que Jésus ait enseigné ses disciples en mettant ses paroles dans leur bouche ; en leur faisant apprendre par cœur ses paroles, mot pour mot ; puisque dans Sa propre bouche, Ses paroles ne sont autres que celles du Père ; et que par ses paroles, après la résurrection qui allaient valider leur puissance vivifiante, les disciples se redécouvraient FILS du PÈRE.

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Voyez, c’est dans cette optique jubilatoire que le Deutéronome fait de la TRANSMISSION — puisque c’est de ça qu’il s’agit en définitive — une de ses thèses majeures, en promouvant cette ÉCOUTE qui conditionne la pérennité de l’Alliance de génération en génération, jusqu’à Jésus Christ et au-delà. Et c’est cette TRANSMISSION du Maître à son disciple comme du père à son fils que thématiseront, entre autres, les livres de Sagesse : « Écoute mon fils l’instruction de ton père… » (Pr 1,Cool ; « Mon fils, si tu reçois mes paroles et abrites en toi mes préceptes… » (Pr 2,1) ; « Mon fils, n’oublie pas mon enseignement et que ton cœur — Ah tiens ! — garde mes préceptes… » (Pr 3,1) ; « Mon fils, sache que faire beaucoup de livres n’a pas de fin […] Ayant tout écouté, crains YHWH et observe ses commandements : c’est là le tout de l’homme. » (Qo 12,12.13) ; « Moi, votre père, écoutez-moi, fils, et agissez de telle sorte que voyez sauvés ! » (Si 6,4) ; « Venez mes fils, écoutez-moi, je vous enseignerai la crainte de YHWH ! » (Ps 34(33),12), etc.

Alors allons jusqu’au bout, pour bien comprendre : aussi surprenant que ça puisse paraître, ce phénomène d’Écoute ne touche pas seulement l’homme, mais YHWH en son être le plus profond ! En YHWH subsiste ce qu’on appelait du temps de Jésus les « deux puissances dans le ciel » ; deux puissances que Jésus désignera précisément des noms de Père et de Fils éternels ; où le Fils reçoit, ÉCOUTE tout de son Père qui est la Source ; cette paternité et cette filiation éternelles étant le support de l’Amour qu’ils partagent l’un pour l’autre, dans une COMMUNION spirituelle d’où jaillit l’ESPRIT qui déborde d’Eux-mêmes pour opérer la Création sous la présidence du Fils qui accomplit la volonté du Père. Or dans cette Création, celui qui sera le support de cette COMMUNION, c’est l’Homme, ‘ÂDâM, créé pour ce faire « à l’image et à la ressemblance de ‘ÈLoHîM », c’est-à-dire créé comme FILS. La seule créature capable de se mettre à l’ÉCOUTE de la Parole vivifiante de YHWH comme de son PÈRE ; et en COMMUNIANT FILIALEMENT avec Lui, poursuivre la Création, la travailler de l’intérieur — être son âme — et l’élever sans fin.

Reste qu’il faudra néanmoins redécouvrir cette réalité peu à peu, péniblement, après le péché par lequel la convoitise est venue barrer cette transmission. Mais en tous les cas, voilà ce à quoi s’attelle la TORâH, et en particulier notre Deutéronome.

« Aime YHWH, ton ‘ÈLoHîM ! » signifie donc en dernier ressort : réconcilie-toi, consens à ta nature filiale ; sois un fils pour YHWH. Et c’est ce qu’accomplira Jésus, comme le chante Paul dans son hymne aux Éphésiens : « Béni soit ‘ÈLoHîM, le Père de notre Seigneur Jésus, le Christ ; qui nous a bénis en une totale bénédiction de l’Esprit aux Ciels, dans le Christ, quand Il nous a choisis en Lui avant la fondation du monde, pour être consacrés et sans reproche face à Lui, dans la Charité. Il nous a prédestinés pour Lui à une adoption filiale par Jésus, le Christ, selon le bon plaisir de sa volonté, à la louange de gloire de sa grâce dont Il nous a gratifiés dans le Bien-aimé. » (Éph 1,3-6). Vous entendez ? Jésus nous rétablit dans notre être FILIAL : voilà la BÉNÉDICTION des bénédictions, la ressource absolue qui nous rend victorieux de toutes les épreuves que nous pouvons traverser en étant FILS, et donc frères et sœurs, dans l’Église. Tout ça grâce à Jésus, le Bien-aimé, c’est-à-dire le FILS, Celui qui sait parfaitement et de toute éternité Écouter le Père et vivre avec Lui dans une COMMUNION SPIRITUELLE PARFAITE à laquelle tous deux nous convoquent pour y participer en entrant librement, FILIALEMENT dans cette Écoute vivifiante du PÈRE : ce que la tradition chrétienne appelle notre DIVINISATION.

Disons encore les choses autrement : cette dimension filiale dépose dans la Création la faculté d’y transmettre une MÉMOIRE. C’est par cette capacité de transmission que l’homme passe, pour ainsi dire, de la simple “espèce” à la “NATURE humaine” — le fameux : “On ne naît pas homme, on le devient.” de nos anciens — On peut toujours faire une “histoire de l’espèce humaine”, à la manière de Yuval Harari dans son best-seller Sapiens — on en a déjà parlé. Mais sa lecture bouddhiste de l’histoire de l’Homo Sapiens n’est jamais qu’une réduction matérialiste de la nature humaine au rand d’espèce animale. Alors ok, cette espèce est capable du pire ; mais pourquoi lui dénier ; pourquoi lui retirer par principe toute capacité au meilleur ? Sauf que ce meilleur passe par l’ÉCOUTE FILIALE, ce à quoi des auteurs comme Harari se refusent absolument au nom de leur science ; ce à quoi croient éperdument les auteurs bibliques en surmontant, grâce à la TORâH, la tentation du désespoir.

Quoi qu’il en soit, la révélation de l’unicité de YHWH : « Écoute Israël, YHWH notre ‘ÈLoHîM, YHWH est UN » (Dt 6,4) ne définit rien de moins que le mystère de l’élection qui nous illumine en nous rendant décidément notre nature FILIALE. Pour la Bible, la question n’est pas de déduire l’essence divine à partir d’une pur logique rationnelle, mais d’ouvrir à l’homme les voies de la sagesse — la RAISON RAISONNABLE — qui le prépareront à recevoir YHWH tel que LUI veut LIBREMENT se révéler. L’unicité divine qu’évoque le v. 4 surgit de la pénétration de cette sagesse ; une unicité qui ne s’impose pas conceptuellement à un monde qui refuse d’écouter, mais qui n’en demeure pas moins LÀ, comme une unicité objective qui s’offre à qui veut bien l’entendre RAISONNABLEMENT. Et finalement, nul ne peut dire « YHWH est UN » s’il ne dit pas auparavant : « YHWH notre ÈLoHîM » — non pas même “mon ÈLoHîM]” mais bien “notre ÈLoHîM” qui traduit la foi d’une COMMUNAUTÉ, d’un peuple UN qui consent à se recevoir comme un peuple de FILS ; tous FRÈRES lorsqu’ils se mettent à l’écoute du DIEU UN comme de leur DIEU PÈRE.

Donc vous voyez, il y a à partir de ces quelques mots un vrai travail d’assimilation sapientielle ; c’est-à-dire un vrai travail de sagesse où l’homme se trouve préparé à être élevé dans une COMMUNION SPIRITUELLE aux conséquences surnaturelles inattendues, puisque c’est d’amour filial, et donc de LIBERTÉ et donc de CHARITÉ qu’il est question : un AMOUR FILIAL envers YHWH d’où procède L’AMOUR FRATERNEL vécu entre tous ceux qui partagent ce même AMOUR FILIAL pour YHWH, dès ce monde-ci ; comme la préfiguration de la Vie éternelle à laquelle YHWH nous convoque. Pas seulement une relation de vassal à suzerain, de serviteur à seigneur ; mais une COMMUNION SPIRITUELLE de PÈRE à FILS, d’ÉPOUX à ÉPOUSE, c’est-à-dire au plus intime des liens qui peuvent exister entre des êtres RAISONNABLES, c’est-à-dire doués de discernement, hommes ou DIEU. Du coup, c’est toute l’histoire de l’Élection qui s’éclaire : une Élection de FILS, qui se structure dans l’Alliance, qui se discerne dans la Sagesse d’une tradition qui se développe de génération en génération et qui se concrétise, qui s’accomplit en plénitude dans le grand commandement de la Charité.

Cette charité répond donc à la CONVOCATION du PÈRE, à laquelle l’homme RÉPOND selon la totalité de son être filial, à savoir :
– TOUT son cœur comme lieu de la volonté ;
– TOUTE son âme comme le sujet qui agit à la lumière de la TORâH et de l’Évangile ;
– et TOUTE sa puissance comme la capacité charnelle mise en œuvre pour grandir et, dans cette communion renouée avec YHWH, porter un fruit surnaturel qui demeure.

La barre est évidemment placée très haut, et le drame de l’auteur deutéronomiste, au moment où il écrit ces lignes inspirées, est de savoir pertinemment que YiSseRâ’éL n’a pas su porter un tel commandement. Preuve en est : la malédiction de l’Exil où il se trouve. Dès lors, reprenant toute la tradition prophétique et l’inscrivant dans les fondements de la TORâH, le rédacteur, imprégné de Sagesse, dans la force de l’INSPIRATION DIVINE, exprime l’espérance de la conversion de YiSseRâ’éL qui lui donnera de revenir à la racine même de son Élection portée par la figure de Moïse. On ne saurait mieux exprimer la radicalité absolue de ce premier et si grand commandement que Jésus nous fera la grâce de porter à son accomplissement, pour nous ouvrir le chemin de la VIE et de la BÉNÉDICTION offertes aux Fils de YHWH dont la Création attend patiemment, au prix de bien des souffrances, c’est vrai, la manifestation : « La Création est à l’affût du dévoilement des fils de Dieu qu’elle attend depuis bien longtemps ! » (Rm 8,19).

Je vous laisse sur ces considérations. Vu l’importance de ces versets, il était indispensable d’y passer du temps. Nous verrons la suite la prochaine fois.

Je vous remercie.
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Message par Gabuzo Mar 4 Jan 2022 - 8:05



Bonjour,

Après nous être arrêtés un peu longuement sur les premiers versets du ch. 6 du Deutéronome, nous entendons à présent une parole étonnante au v. 6 : 
« Ces paroles que moi-même — c’est-à-dire Moïse, et à travers lui YHWH, puisqu’écouter Moïse, c’est écouter YHWH — ; Ces paroles, donc, que moi-même je te commande aujourd’hui, seront sur ton cœur ! » (Dt 6,6). En quelques mots, on a là une sorte de concentré de TOUT ce qui vient d’être énoncé depuis le ch. 5 qui commençait ainsi : « Écoute, Israël, les décrets et les jugements que moi, j’énonce aujourd’hui à vos oreilles. Apprenez-les et gardez-les pour les faire — pour les mettre en pratique — ! » (Dt 5,1). On est dans la même dynamique au ch. 6.

« Apprendre les commandements pour les garder » d’un côté / « Mets mes paroles sur ton cœur » de l’autre : pour la Bible, les deux sont strictement synonymes : si tu mets Mes paroles sur ton cœur, dit YHWH ; c’est-à-dire si tu Les APPRENDS par cœur, alors tu sauras Les garder et elles seront pour toi une Parole de vie ! Une parole qui saura te garder à son tour, en particulier dans les épreuves les plus ténébreuses de ton existence ! C’est dans ce sens que Jésus dira par exemple : « Heureux — ‘ASheRèY, en marche — ceux qui écoutent la Parole de Dieu et qui La GARDENT — qui l’apprennent par cœur ! » (Lc 11,28) ; quand il s’adressaient aux foules pour leur parler, Marc précise après la parabole de la graine de moutarde — selon le texte araméen : « Ce sont des paraboles comme celles-ci que Jésus leur parlait — au sens de leur faire répéter, leur faire apprendre — ; des paraboles qu’ils étaient capables d’entendre ; aucune paraboles qu’ils n’avaient la capacité d’épeler — c’est-à-dire : de comprendre les mots. — » (Mc 4,33-34). Ou encore dans l’Évangile de Jean : « Amen, amen, Je vous le dis : si quelqu’un garde Ma parole — c’est-à-dire s’il l’apprend pour qu’elle soit sur son cœur ­—, il ne verra pas la mort éternelle ! » (Jn 8,51) Là, Jésus y va fort ! Sa parole a le même poids que celle de Moïse, voire celle de YHWH si on en croit ce qu’il dit un peu plus loin au ch. 14 : « Si quelqu’un M’aime, Ma parole, il La gardera et Mon Père l’aimera — en clair : celui qui garde la parole de Jésus est aimé du Père comme Jésus est aimé du Père, c’est-à-dire comme son fils —. Nous viendrons vers lui et Nous ferons auprès de lui une demeure. » (Jn 14,23). Et quel compliment pour les disciples lorsque Jésus, avant d’entrer dans son agonie, dit au Père dans sa grande prière sacerdotale du ch. 17 : « J’ai manifesté Ton Nom — HaShèMKhâ, on retrouve YHWH, le Nom — aux hommes issus du monde que Tu M’as donnés. Ils étaient à Toi et Tu Me les as donnés ; et ils ont GARDÉ Ta Parole. — ils l’ont apprise par cœur ! — » (Jn 17,6) Comme quoi garder la parole de Jésus, c’est garder la Parole du Père, de YHWH, et par Jésus, c’est donc VIVRE en véritable Fils de Dieu. Ça va quand même assez loin ! Et encore une fois, pour bien comprendre les paroles de Jésus, j’espère que vous voyez à quel point on a besoin de connaître intimement la TORâH de Moïse ; sans quoi on fait dire à Jésus n’importe quoi…

J’en profite pour vous rappeler que d’après la TORâH, le fils, ce n’est pas l’enfant. Le moment venu, l’enfant disparaît au profit de l’adulte ; mais le FILS, lui, ne disparaît jamais : le FILS, c’est celui qui reçoit et qui garde les paroles de celui qu’il reconnaît comme son père ; un père qui lui transmet la TORâH de YHWH et lui apprend à y obéir au quotidien. En écoutant son père lui transmettre la TORâH, les interprétations qui en sont faites, les coutumes qui lui sont associées, toujours pour la GARDER, le FILS reçoit les moyens d’interpréter sa propre existence sur la base de cette TORâH qui s’avère éternelle. La TORâH sera son socle, son ROC, pour discerner et prendre au jour le jour les décisions qui détermineront d’une part son essor personnel, et d’autre part l’essor de son peuple auquel, par la TORâH toujours, il se sent charnellement lié. Par la suite, ayant éprouvé dans sa propre chair la puissance de vie contenue dans ces paroles, le FILS à son tour se fait père pour transmettre ce socle vital à sa descendance.

Mais ce faisant, il ne cesse pas pour autant d’être FILS. Il ne cesse jamais d’écouter et d’apprendre ! Ce qui signifie que le fils, ou la fille, n’est ni plus ni moins que celui ou celle qui ne cesse jamais d’APPRENDRE en se plongeant et en se replongeant avec délices dans la TORâH qu’il reçoit de ses pères et qui illumine son histoire ! C’est tout l’objet, par exemple, du long Ps 119(118) qui est le Psaume filial par excellence. Je vous en lis quelques versets :
« Comment, jeune, purifier son sentier ? En GARDANT Ta parole — au moins, c’est clair : en l’apprenant par cœur ! Et de fait, le psalmiste poursuit —.
De tout mon CŒUR, je Te cherche ; garde-moi de fuir Tes MiTseVOT / les commandements inscrits dans la TORâH.
Dans mon CŒUR, j’abrite Tes propos pour ne pas fauter contre Toi.
Béni soit YHWH : apprends-moi Tes H.ouQOT / tes décrets.
J’énumère sur mes lèvres tous les jugements de Ta bouche — c’est-à-dire : je les répète chaque jour pour ne pas les oublier —.
Sur la voie de Tes témoignages, je suis en joie plus qu’en toute richesse.
Je veux méditer sur Tes injonctions et contempler Tes sentiers.
Je me délecte en Tes H.ouQOT / tes décrets, je n'oublie pas Ta parole. — Bien sûr, puisque je la connais par cœur, je redis tous les jours les paroles de cette TORâH qui me vient de mes pères par mon père ! — » (Ps 119(118),9-16) Etc.
Du coup, le père n’est pas “celui qui sait”, mais celui qui se sait FILS et qui va apprendre à ses enfants à devenir FILS à leur tour. Le Père, c’est celui qui aime et qui sait APPRENDRE ; qui sait où CHERCHER, qui sait reconnaître les ressources qui lui permettent de garder le cap de la vie. En termes deutéronomiques, le père, c’est celui qui se sait BÉNI. Et c’est en voyant leur père apprendre avec délices, encore et encore, comme un FILS qu’il ne cesse pas d’être, que ses propres FILS goûteront la joie de leur FILIATION, la joie d’apprendre et de scruter la TORâH chaque jour à leur tour et de se ressourcer, toute leur vie adulte, à cette parole fondatrice.

Voilà donc pour ce qui concerne le fait de garder la Parole et la mettre sur son cœur, ce qui veut dire obéir à cette parole, puisque le cœur, dans la Bible, est le siège de la volonté.
Ceci dit, revenons à nos versets et attachons-nous à un mot qui peut passer inaperçu si l’on n’y prend pas garde : AUJOURD’HUI. « Ces paroles que moi-même, je te commande AUJOURD’HUI, seront sur ton cœur ! » (Dt 6,6). Alors là accrochez-vous un peu, parce que ça bouleverse assez notre manière spontanée de réfléchir.
On avait dit à propos de Dt 5,1 que cet AUJOURD’HUI — HaYYîOM, הַיּ֑וֹם, en hébreu, ce qui signifie littéralement : LE JOUR — était celui du lecteur ; mais là, il faut aller plus loin. Cet AUJOURD’HUI du lecteur, et avant lui du rédacteur, est surtout attaché à l’AUJOURD’HUI de Moïse comme à un AUJOURD’HUI FONDATEUR. Ce n’est pas : « aujourd’hui et on verra demain... » ! Cet AUJOURD’HUI est un SOCLE MÉMORIAL qui, d’après le Deutéronome, célèbre la Convocation de tout le peuple au Mont H.oRèV où est reçue la TORâH, comme le raconte Ex 19.
Ceci dit, on se souvient que le peuple a quitté le Mont H.oRèV depuis longtemps ! C’est à la génération d’après que Moïse s’adresse ! Mais précisément : cette nouvelle génération, qui va entrer en KaNa“aN, doit, la première, ne pas oublier ce JOUR fondateur où YHWH a donné sa TORâH sur le Mont H.oRèV. Et pour ça, Moïse institue ici la MiTsVaH — le commandement — de garder MÉMOIRE de ce Jour fondateur, à travers la convocation lancée à TOUTES les générations qui suivent, de se rassembler RITUELLEMENT au pied du Mont H.oRèV, LE JOUR — AUJOURD’HUI — où YHWH donne sa TORâH ! Alors on va voir comment ça peut se faire.

Alors d’abord, insistons : ce JOUR est vraiment le ROC sur lequel TOUT YiSseRâ’éL s’arrime au Mont H.oRèV. Pour comprendre, il suffit de se rappeler la parabole de Jésus dans l’évangile de Luc à propos bien sûr de ses propres paroles, mais n’oublions pas que de son point de vue, ses paroles sont dans la même veine que celles de Moïse : « Tout homme qui vient à Moi, qui écoute Mes paroles — c’est-à-dire qui les garde et donc les apprend par cœur — et fait ce que Je dis — ça, c’est vraiment la preuve que les paroles de Jésus sont inscrites dans le cœur pour y déployer leur vitalité —, à quoi est-il comparable ? Il est comparable à un homme qui bâtit une maison : et il creuse, et il va profond, et il pose ses fondations sur le ROC. Et quand vient l’inondation, et qu’elle frappe cette maison, elle ne peut l’ébranler car elle était fondée solidement sur le ROC. » (Lc 6,46-48).

Eh bien : du point de vue du judaïsme, l’AUJOURD’HUI où le peuple est convoqué au pied du Mont H.oRèV est le ROC sur lequel se fonde chaque Juif en prière : chaque jour, chaque ShaBaT, chaque fête commence invariablement par le MÉMORIAL qui permet à tout Juif d’entrer dans l’AUJOURD’HUI de cette convocation pour recevoir la TORâH des mains de YHWH. C’est là tout le sens du RITUEL qui précède la prière — notamment celui de l’imposition des TePhîLîN qu’on va voir, comme par hasard, d’ici quelques versets.

Comprenons bien : le MÉMORIAL, c’est le RITUEL qui anime la MÉMOIRE — et on va voir plus précisément ce que ça signifie dans un instant. C’est par le RITUEL que tout Juif entre en prière, en se rendant ainsi rituellement, spirituellement, charnellement, au pied du Mont H.oRèV pour encore une fois recevoir la TORâH — il est FILS — et s’autoriser dès lors à la scruter, à l’APPRENDRE pour la GARDER, et accéder ainsi à une ressource exceptionnelle qui va porter sa vie et celle de son peuple jusqu’à l’excellence ! Un chrétien, lui, aura un autre RITUEL qui sera le signe de croix : le signe de Croix est un MÉMORIAL qui transporte le chrétien au pied de la Croix de Jésus pour recevoir de Lui son sacrifice et illuminer toutes les paroles et tous les gestes qui suivront : soit pour prier, soit pour étudier, soit pour manger, soit pour célébrer les sacrements, etc. Le Signe de Croix est notre MÉMORIAL, de la même manière que mettre les TePhîLîN pour un Juif est le MÉMORIAL qui le transporte au pied du Mont H.oRèV.

Alors maintenant, en quoi cet AUJOURD’HUI nous bouleverse-t-il ? Eh bien en ce qu’il nous fait ni plus ni moins qu’entrer dans le mystère de la 4e dimension ! Cet AUJOURD’HUI est en fait un MOMENT singulier du TEMPS sans lequel aucune trajectoire de libération intérieure n’est possible. Le rôle du MÉMORIAL est donc, non pas de réveiller le souvenir du SiNaï qui, comme tel, n’appartient jamais qu’à la première génération ; mais de produire, pour chaque génération, L’ENRACINEMENT à ce MOMENT exceptionnel du don de la TORâH au Mont H.oRèV ; de telle sorte que tout Juif, et tout son peuple à travers lui, puisse y fonder son histoire comme on fonde sa maison sur le ROC. Plus qu’un lieu, plus qu’un espace, le Mont H.oRèV est bien plutôt ce MOMENT du TEMPS, ce MOMENT initial de l’histoire du Salut où chaque génération de YiSseRâ’éL est spirituellement convoquée pour se joindre au tout premier consentement des pères : « Toute parole de YHWH, nous la ferons ! » (Ex 19,Cool.

Du coup, à travers cet AUJOURD’HUI, on a une forme prodigieusement dynamique de COMMUNION des saints — ou plutôt, en termes bibliques, de COMMUNION des JUSTES ! C’est ce qui explique qu’aucun Juif n’éprouvera jamais le besoin de faire des pèlerinages au SîNaï, puisque le Mont H.oRèV n’est pas d’abord un lieu, mais un MOMENT du TEMPS ; ce moment que le MÉMORIAL permet de revisiter de père en fils, chaque fois que la prière commence, chaque fois que l’étude commence, que le ShaBaT commence et que les fêtes commencent. À chaque fois, TOUT YiSseRâ’éL, TOUTES les générations de YiSseRâ’éL se trouvent rassemblées dans cet AUJOURD’HUI qui les fonde comme PEUPLE de YHWH. C’est hyper-fort !!! C’est en particulier l’esprit de la fête de ShâVou”oT, la Pentecôte, où les Juifs pieux célèbrent le don de la TORâH à Moïse et à YiSseRâ’éL, au Mont H.oRèV.

De ce point de vue, le MÉMORIAL se présente comme la manière la plus puissante de recevoir le TEMPS comme une GRÂCE, comme un allié. De nos jours, on oublie — on VEUT oublier le TEMPS qui nous glisse du coup entre les doigts et semble œuvrer sans pitié à notre dégradation. Sauf que si la chose est vraie pour le règne minéral, végétal ou animal où la conscience n’émerge pas ; pour l’homme biblique, il en va tout autrement : YHWH remet le TEMPS entre ses mains comme une RESSOURCE. Nous apprenons de la TORâH que le TEMPS est à recevoir comme une BÉNÉDICTION ; et une BÉNÉDICTION divine, s’il vous plaît, puisque c’est toujours pour PLUS DE VIE ! MAIS c’est à condition évidemment que l’homme ne renie pas sa dimension MÉMORIALE qui est en fait au cœur de sa dimension SPIRITUELLE. L’ESPRIT est ce par quoi non seulement nous habitons le temps ; mais plus encore : par l’exercice du MÉMORIAL, l’ESPRIT est ce par quoi nous BÂTISSONS le TEMPS comme une HISTOIRE de LIBERTÉ, une HISTOIRE de CROISSANCE ; une HISTOIRE de VIE qui répond parfaitement au projet de YHWH dès le commencement.

Il faut lire à ce propos les pages impérissables du rabbin Abraham Heschel, dans son magnifique petit livre : Les Bâtisseurs du Temps : « La civilisation technique est la conquête de l’espace par l’homme. C’est un triomphe auquel on ne parvient, le plus souvent, qu’en sacrifiant l’une des composantes essentielles de l’existence : le temps. Dans la civilisation technique, nous gaspillons le temps pour gagner l’espace. Notre principal objectif devient la mise en valeur de notre pouvoir sur le monde de l’espace. Cependant, avoir davantage ne signifie pas être davantage. Le pouvoir que nous acquérons dans le domaine de l’espace s’arrête brusquement aux limites du temps. Et le temps est le cœur de l’existence. […]
Nous nous refusons à regarder le temps dans les yeux ; nous fuyons vers la sécurité des objets de l’espace. [Mais] la joie de posséder est-elle un antidote à la terreur du temps qui croît jusqu’à devenir la panique devant une mort inévitable ? Les objets, lorsque nous les glorifions, ne sont que des contrefaçons du bonheur, une menace pour notre vie véritable ; les objets spatiaux, ces Frankenstein, nous accablent plus qu’ils ne nous soutiennent.
Il est impossible à l’homme d’éluder le problème du temps. Plus nous y pensons, plus nous réalisons que nous ne pouvons pas conquérir le temps par l’espace. Nous ne pouvons dominer le temps que dans le temps.
La plus haute ambition d’une vie spirituelle n’est pas d’entasser des connaissances à profusion, mais d’affronter des instants de sacré. Dans l’expérience religieuse par exemple, ce n’est pas un objet qui s’impose à l’homme, mais une présence spirituelle […]. Ce qui conserve l’âme, c’est le MOMENT de la vision intérieure, bien plutôt que l’endroit où elle s’est produite. Un instant de vision intérieure est une grâce qui nous transporte au-delà des confins du temps mesurable. La vie spirituelle entre en décadence dès lors nous ne parvenons plus à ressentir la grandeur de ce que le temps contient d’éternel.

[Ainsi] la Bible s’intéresse-t-elle au temps plus qu’à l’espace. Elle voit le monde selon les dimensions du temps. Elle s’étend sur les générations, les événements, plus que sur les pays et sur les choses ; elle s’intéresse à l’histoire plus qu’à la géographie. Pour comprendre l’enseignement de la Bible, il faut admettre comme prémisse — c’est-à-dire comme fondement — que le temps possède sa signification propre et son autonomie. » (Abraham Heschel, Les Bâtisseurs du Temps, éditions de Minuit (1957), p. 97-98.101-102.103).

Il s’agit donc pour YiSseRâ’éL, et à sa suite pour le peuple chrétien, de regarder le TEMPS en face, non comme un ennemi mais encore une fois comme une GRÂCE. Et pour ce faire, entrer dans la dynamique spirituelle du MÉMORIAL grâce auquel nous est offerte la capacité de nous enraciner dans les MOMENTS fondateurs, les MOMENTS « sacrés », pour reprendre Abraham Heschel, que nous ne savons donc rejoindre que si la MÉMOIRE s’en empare ; que si la MÉMOIRE nous en est transmise fidèlement, génération après génération. C’est tellement vrai que le ch. 1 de la Genèse, de facture sacerdotale, n’hésitera pas à dire que ‘ÈLoHîM crée ‘ÂDâM, le Terreux, « ZâKhâR OuNeQéVâH », qu’on traduit souvent par « homme et femme », ou « mâle et femelle », mais qu’on aurait tout intérêt à traduire d’après les racines de ces termes : « Mémoire et Écrin ». Alors on ne va pas développer cette question, mais simplement retenir que la MÉMOIRE appartient à l’essence même de ‘ÂDâM, à l’essence de l’Homme que YHWH crée à Son image et à Sa ressemblance. Et le but de la TORâH, c’est de mettre en éveil cette faculté de la MÉMOIRE. Quant à Jésus, il se branche complètement sur cette dynamique : quand il dit : « Faites ceci en MÉMOIRE de Moi », il institue un MÉMORIAL qui arrime les chrétiens à l’AUJOURD’HUI de son dernier repas avec ses disciples ; et par là, il les arrime à Sa passion et à Sa résurrection comme le MOMENT fondateur de leur vie nouvelle dans le Christ. On pourrait dire la même chose pour le Baptême. Mais en tout cas, le rôle du Mémorial n’est pas d’amener Jésus à nous, mais de NOUS amener à Jésus en mettant en œuvre cette capacité SPIRITUELLE qui participe à notre essence humaine la plus profonde ! Les sacrements, pour ainsi dire, nous font traverser le temps pour que fondés en Jésus, toutes générations confondues, nous puissions embrasser le présent, l’illuminer pour prendre les décisions quotidiennes qui feront de notre histoire une histoire SAINTE, au sein d’une histoire des peuples qui sait ainsi traverser les siècles, quels que soient les défis à relever.

D’où l’importance vitale de cultiver en nous le désir de nous attacher à ces moments fondamentaux comme à autant de moments « sacrés » ; non pas pour les revivre comme s’il s’agissait d’une machine à remonter le temps — encore un fantasme occidental de convoitise, de maîtrise… — mais pour garder charnellement ces moments comme autant de repères inscrits en nous pour nous guider au fil de l’aventure de l’existence. Quand je suis fondé en de tels moments « sacrés » ; quand ces moments sont inscrits en moi grâce à l’exercice charnel du MÉMORIAL, ils s’avèrent devenir une BÉNÉDICTION, c’est-à-dire une ressource extraordinaire de courage, de droiture et de justice qui font de mon histoire une HISTOIRE ÉTERNELLE DE SALUT.

En termes deutéronomiques : le TEMPS m’est donc remis entre les mains, soit pour la mort et la malédiction si je le gaspille au profit de l’espace que je ne fais qu’exploiter pour le consommer ; soit pour la vie et la bénédiction si je l’habite pour construire mon histoire, celle de ma famille, celle de mon peuple à travers les commémorations qui vont rythmer mon existence et la leur : le ShaBaT ou le dimanche, ainsi que les fêtes annuelles. On pourrait résumer en disant : dis-moi ce que tu commémores, et je te dirai si tu es vivant ou mort, si tu es béni ou maudit.

Voilà pour cet AUJOURD’HUI que nous n’allons pas quitter tout de suite, puisqu’on va prendre le temps de réfléchir au sens de cette petite phrase que Jésus nous commande de redire plus souvent qu’à notre tour dans la prière du Notre Père : « Donne-nous AUJOURD’HUI le pain de notre besoin. »… Mais nous verrons ça la prochaine fois.


Je vous remercie.
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La Bible en tutoriels - Le Deutéronome (père Alain DUMONT) - Page 2 Empty Donne-nous AUJOURD'HUI le pain de notre besoin

Message par Gabuzo Mar 4 Jan 2022 - 8:06


Bonjour,

Nous avons vu la dernière fois tout ce qu’implique le fameux AUJOURD’HUI qu’on retrouve régulièrement dans la Bible à la suite du Deutéronome. Je vous rappelle que cet AUJOURD’HUI est un MOMENT du TEMPS auquel l’exercice du MÉMORIAL, qui est un exercice RITUEL, nous arrime spirituellement ; de sorte que fondés dans ce MOMENT SACRÉ comme on pose ses fondations sur un ROC, nous puissions bâtir une HISTOIRE et en transmettre la MÉMOIRE, génération après génération ; « bâtir le TEMPS » disait Abraham Heschel.

Alors une fois qu’on a compris ça, regardons jusqu’où ça nous mène, nous Chrétiens, en particulier dans cette toute petite demande inscrite au cœur du Notre Père que Jésus enseigne à ses disciples : « Donne-nous AUJOURD’HUI le pain dont nous avons besoin. » (Mt 6,11) — Je prends ici la tradition sur le syriaque qui est bien souvent plus simple et plus claire, comme ici, et qui est à la base du texte en grec. Donc : « Donne-nous AUJOURD’HUI le pain dont nous avons besoin. »

Sur la base de la TORâH qui est définitivement désormais notre fondement interprétatif, prenons le temps de contempler le cadre de cette prière. En fait, à bien la scruter, elle semble structurée sur le cadre du peuple réuni au Mont H.oRèV — on pourrait aussi montrer qu’elle s’articule sur la structure du Temple de Jérusalem, ce qui n’est pas étonnant dans le cadre de la pensée analogique juive ; mais les deux sont intimement liés, et en ce qui nous concerne, nous allons nous en tenir au fondement des fondements, à savoir le cadre de la TORâH !  Toujours est-il qu’à y regarder d’un peu près, on s’aperçoit que les trois premiers versets pourraient bien s’inscrire dans le cadre de la Nuée céleste qui couvre le Mont H.oRèV.

– « Notre Père… » Bon, il y aurait beaucoup à dire sur cette dénomination de YHWH, mais ça n’est pas notre objet. Ce qui nous importe, c’est d’entendre ici que « Notre Père » renvoie à une FILIATION COMMUNE — « NOTRE » Père — qui, comme telle, ne caractérise rien de moins que le PEUPLE — à la différence de la nation qui n’a pas de père et que la Bible rattache à la dispersion — ; dire « NOTRE Père », c’est donc affirmer d’emblée qu’on appartient à un PEUPLE. Or qui dit peuple dit, d’une part, le consentement à vivre sous une loi propre qui nous est commun. Et qui dit peuple, d’autre part, dit une aspiration à se rassembler ; et dans notre contexte, à se rassembler au pied du Mont H.oRèV comme va le suggérer la suite.

– « Notre Père qui es dans les cieux » : que contemple-t-on au sommet du Mont H.oRèV, sinon les cieux qui descendent sur la terre ? Rappelons-nous par exemple la vision des anciens qui entrent avec Moïse dans la Nuée, dans le livre de l’Exode : « Et à Moïse, [YHWH] dit : « Monte vers YHWH, toi et ‘AHaRoN, NaDaV et ‘AViHOu, et 70 des anciens de YiSseRâ’éL, et prosternez-vous de loin. […] Moïse monta, ainsi que ‘AHaRoN, NaDaV et ‘AViHOu et 70 des anciens de YiSseRâ’éL. Ils virent le ‘ÈLoHîM de YiSseRâ’éL ; sous ses pieds, c’était comme un ouvrage en plaques de saphir, comme la limpidité des cieux pour la pureté. Et sur les notables des fils de YiSseRâ’éL, Il ne porta pas la main ; ils contemplèrent le ‘ÈLoHîM, ils mangèrent et ils burent. »  (Ex 24,1.9-11). On est vraiment, dans cette Nuée, dans un environnement céleste que les mots peinent à décrire, comme dans les visions du prophète YeH.èZeQé’èL / Ézéchiel, ou celles de saint Jean dans l’Apocalypse. Reste qu’on y « mange » et qu’on y « boit ». Alors on y mange quoi ? Mystère… mais la suite va nous éclairer.

– « Que Ton Nom — HaShèMKha : c’est YHWH ! — soit sanctifié. » Alors c’est quoi, la « sanctification du Nom » ? Eh bien avant tout, c’est le QiDDouSh YHWH de la tradition juive : chaque fois qu’il accomplit une MiTseWâH sur la terre, tout Juif rend hommage à YHWH et sanctifie son Nom — ce qui sera le cœur de l’œuvre de Jésus.

Reste que pour l’instant, on est dans les cieux, tels que les voit le prophète YeSha“eYâHOu / Isaïe : « L’année de la mort du roi “ouZZiYYâHOu / Ozias — qui était roi de Juda jusqu’en l’an 740 avant J.-C. —, j’ai vu ‘ADoNaŸ assis sur un trône dressé et élevé, et ses pans remplissant le Temple. Des SseRâPhîM se tenaient au-dessus de Lui […] L’un criait vers l’autre et disait : Saint ! Saint ! Saint ! YHWH TseVâ‘OT — YHWH le Rassembleur — ! Toute la terre est pleine de Sa gloire ! » (Is 6,1-2a.3-4).

Alors c’est quoi, proclamer que dans les cieux, YHWH est SAINT ? Proclamer que YHWH est SAINT, c’est d’abord proclamer qu’Il est le TOUT AUTRE : il est à part ! QaDoSh, c’est ce qui est « à part » en hébreu. QâDaSh, c’est sortir de l’ordinaire ; c’est être pur de tout ce qui est commun, de tout ce qui est profane… Dit autrement, ce qui est QaDoSh, c’est tout ce qui échappe à l’emprise de l’homme — et ça, c’est très énervant pour l’homme qui déteste qu’on lui fasse sentir qu’il n’est pas tout puissant, qu’il n’est pas dieu en ce monde ! Et à en croire YeSha“eYâHOu, la chose est tout autant valable aussi pour les anges : YHWH échappe à toute possibilité de manipulation de leur part ! Du coup, consentir à SANCTIFIER le Nom de YHWH, c’est consentir à ce qu’Il se pose comme un vis-à-vis irréductible, souverainement et éternellement LIBRE. Il n’est définitivement pas une idole fabriquée de main d’homme — entendons par là qu’il n’est pas la projection de l’ego humain qui se laisse guider par la convoitise et qui rêve de pouvoir tout s’aliéner, Dieu y compris ! Et donc voilà… Sanctifier le Nom, c’est-à-dire littéralement, « sanctifier YHWH », c’est affirmer que ni les anges, ni les hommes ; ni au ciel, ni sur la terre ; absolument personne ne peut aliéner YHWH du seul fait qu’en Lui, rien ne prête à une quelconque convoitise ! Or c’est précisément à l’avènement d’un monde selon YHWH, où toute convoitise s’épuise, que l’homme aspire. D’où la demande qui suit :

– « Que ton Règne vienne ! ». C’est quoi, ce « Règne » ? Eh bien : quand on visite la culture de Jésus, ce ne peut être que le Règne de la TORâH de YHWH ! Une TORâH céleste, qui est la Sagesse même inscrite dans le cœur de YHWH dès avant la création du monde, dit le Talmud, d’après le passage du livre des Proverbes : « YHWH m’a acquise [dit la Sagesse] au commencement — « Au commencement ‘ÈLoHîM crée », dit le premier verset de la Genèse ; c’est le même terme — YHWH m’a acquise [donc] au commencement de son chemin, dès avant ses œuvres  — avant même l’œuvre de la création —. » (Pr 8,22). De là, à l’époque de Jésus, la tradition va associer cette Sagesse éternelle à la MèMeRaH / le Verbe qui possède en Elle la TORâH éternelle. Dès lors, dans la mesure où l’on accepte que Jésus soit la MèMeRaH de YHWH incarnée, le Verbe fait chair, eh bien Il porte en Lui le Règne de YHWH ; le Règne de la TORâH inscrit désormais dans un cœur de chair selon le vœu de la prophétie de YeH.èZeQé’èL / Ézéchiel ; et qui n’est autre que le Règne du Père qui a pénétré le cœur de sa création dans un mystère d’épousailles tout à fait inattendu.

C’est ce qui fait que quand Jésus répondra à Pilate qui lui demande s’il est roi, il peut dire en plénitude : « Mon règne n’est pas de ce monde-ci. » (Jn 18,36). Eh non : son Règne est céleste, il est dès avant la Création, il est tout intérieur, il est la matrice même du VIVANT — ce n’est pas un règne de mort, contrairement à celui de l’empereur romain ! Jésus est, en Sa personne, la TORâH faite chair en réponse à la supplique des justes, comme dans le Ps 119 : « Ta TORâH fait mes délices plus que tout autre richesse ! ». Par ailleurs, c’est la même attente du Règne qui conclut le livre de l’Apocalypse : « L’Esprit et l’Épouse disent : “Viens !” — Oui, je viens promptement ! — Amen ! Viens Seigneur Jésus ! » (Ap 22,17.20). Car ce Règne, redisons-le, est celui des épousailles de YHWH avec sa Création, à l’intime de sa Création ; et là, tout se tient : c’est le Règne de la sainteté au sens où la liberté divine absolue est la condition sine que non pour que YHWH puisse se donner à nous en vérité, sans que nous n’ayons à craindre aucune convoitise de sa part. Ce qui suppose aussi que je consente à mon tour à renoncer à convoiter YHWH ; que je consente à faire grandir en moi la vraie LIBERTÉ, épurée de toute convoitise ! C’est ça que vise l’avènement du Règne de YHWH dans la mesure où la liberté des deux parties est la condition pour qu’une véritable communion  NUPTIALE soit possible entre elles ! Et vivre en communion libre avec YHWH, c’est faire les délices de Sa volonté exprimée dans la TORâH ; une volonté de vie qui se dévoile , en vérité, répondre à MA volonté la plus profonde ! YHWH nous a créés à son Image : Il est fait pour nous et nous sommes faits pour Lui… D’où la demande suivante :

– « Que Ta volonté soit faite comme au Cieux sur le sol ! » Là, on demande vraiment que la TORâH des Cieux descende sur le sol, dans la ligne directe des prophètes et des psaumes : « Ah ! Si Tu déchirais les cieux ! Si Tu descendais ! » (Is 64,1). Or c’est précisément ce qui est décrit au Mont H.oRèV, comme l’a judicieusement relevé le Psalmiste : « Il abaissa les cieux, et Il descendit : Il y avait une épaisse nuée sous ses pieds. » (Ps 18(17),9) « YHWH, abaisse Tes cieux, et descends ! Touche les montagnes, et qu’elles soient fumantes ! » (Ps 144(143),5). On pourrait multiplier les citations.

C’est toujours la même dynamique : il ne suffit pas que YHWH descende DANS la Nuée ! Il faut encore qu’Il descende DE la Nuée, ce qui va se faire par sa Parole, par le don de sa MèMeRaH en qui réside la TORâH ; une “descente” qui relève proprement, dans un premier temps, de la mission de Moïse ; et puis dans un second temps de la mission de la MèMeRaH faite chair, de Jésus : « Écoute, YiSseRâ’éL, les décrets et les jugements que moi, j’énonce aujourd’hui à vos oreilles. Apprenez-les et gardez-les pour les faire — pour les mettre en pratique — ! » (Dt 5,1) « Ces paroles que moi-même je te commande AUJOURD’HUI, seront sur ton cœur ! » (Dt 6,6). C’est la communion des volontés. Encore faut-il connaître, garder, se nourrir de cette volonté exprimée dans la TORâH, ce qui nous amène à la supplique suivante :

– « Donne-nous AUJOURD’HUI le pain de notre besoin. » Alors c’est quoi ce pain, et pourquoi AUJOURD’HUI ? Si on a bien compris ce qu’on a essayé de dire dans la dernière vidéo, cet AUJOURD’HUI n’est rien de moins qu’une convocation de toute l’Église à faire MÉMOIRE que YHWH, et YHWH seul, sait donner le pain qui rassasie les fils de Dieu. Le pain se dit en hébreu LèH.èM. Or LèH.èM ne désigne pas seulement la pâte de farine cuite au four. La racine LâH.aM signifie « manger ». Donc LèH.èM, c’est tout ce qui se mange : le pain, bien sûr, mais plus largement : toute nourriture ; tout ce qui est nourrissant. C’est ce qui va faire par exemple que LeH.OuM, un mot bâti sur la même racine que LèH.èM, désigne… la CHAIR ! Entre parenthèse, ça explique pourquoi, en Jn ch. 6, Jésus puisse dire : « le pain que je vous donne, c’est ma chair. » Il s’appuie sur un sport proprement hébraïque où l’analogie des mots basée sur leur racine commune fait force de loi en matière d’Interprétation. Donc quand Jésus joue sur la correspondance sémantique entre LèH.èM, le pain et LeH.OuM, la chair, ce qui donne en hébreu : HaLèH.èM ‘aShèR ‘èTTeNèNNOu HOu‘ LeH.OuMî.    Ce passage de LèH.èM, le pain, à LeH.OuM, la chair, formellement parlant, ne surprend pas son auditoire. Maintenant, est-ce qu’ils ont compris, là c’est autre chose ; et s’ils ont perçu quelque sens, c’est tellement difficile à recevoir que nombre de disciples lâchent Jésus à ce moment-là.

Ceci dit, la question rebondit : que signifie dans le Notre Père ce LèH.èM, cette « nourriture de notre besoin » à recevoir AUJOURD’HUI ?

Eh bien : la TORâH me dit explicitement que ce LèH.èM, cette nourriture, ce pain, n’est autre que la Parole de YHWH, encore une fois sa MèMeRaH ! Dans quelques chapitres, on va entendre Moïse nous dire : « Le terreux ne vit pas que de pain seul — LèH.èM — ; le terreux vit de toute parole — toute MèMeRaH, traduit le Targum — qui sort de la bouche de YHWH. » (Dt 8,3). Ça, c’est de veine très prophétique ! On retrouve la même idée chez YiReMeYaHOu / Jérémie : « Tes paroles trouvées, je les mangeais — entendons : les paroles du Deutéronome qui commence à s’édifier à l’époque du roi Josias, je les APPRENAIS PAR CŒUR — ; Ta parole, pour moi : une jubilation, la joie de mon cœur, parce que Ton nom a été invoqué sur moi, YHWH, ‘ÈLoHîM TseVâ‘OT — Dieu rassembleur. » (Jr 15,16). Dans la même veine, on entend YeH.èZeQé’èL / Ézéchiel  nous dire : « YHWH me dit : “Fils de terreux, ce que tu trouves, mange-le — rappelons-nous Jérémie : « tes paroles TROUVÉES, je les mangeais » —. Mange ce rouleau — apprends-le par cœur ! — et va : parle à la maison de YiSseRâ’éL.” J’ouvris ma bouche, et il me fit manger le rouleau. Il me dit : “Fils de terreux, nourris ton ventre, rassasie tes entrailles avec ce rouleau que Moi-même, Je te donne.” Je mangeai, et dans ma bouche fut comme une douceur de miel. Il me dit alors : “Fils de terreux, va ! Viens-t’en vers la Maison de YiSseRâ’éL et parle-leur avec Mes paroles”. » (Ez 3,1-4). Vous entendez ? Le prophète est envoyé, non pas pour haranguer les foules avec son propre verbiage, mais avec les paroles mêmes dont il a été nourri, qu’il a apprises dans le Rouleau qu’il a « mangé » ; et c’est à partir de ce qu’il a ainsi appris qu’il peut ensuite transmettre cette parole en la proclamant et en entraînant le peuple à manger à son tour ces paroles pour arrimer son histoire à la MèMeRaH de YHWH.

Donc, pour en revenir à la prière de Jésus, pour celui qui fonde son intelligence dans la TORâH, manger « le pain de notre besoin », ce ne peut être que le LèH.èM dont nous avons un besoin vital ; c’est-à-dire la PAROLE du Père. Et parce qu’en Christ, le LèH.èM — le pain, donc la parole qu’Il est en Personne, Lui qui est le VERBE de YHWH — ; parce qu’en Christ donc, le LèH.èM se fait LeH.OuM : le pain se fait CHAIR à MANGER, eh bien Jésus nous fait rejoindre YiReMeYaHOu / Jérémie et YeH.èZeQé’èL / Ézéchiel lorsqu’ils sont appelés à MANGER le rouleau pour faire d’eux des témoins lumineux du DIEU VIVANT ! Sauf que là, Jésus nous fait franchir un cap que les prophètes ne pouvaient pas imaginer, puisqu’Il inscrit cette assimilation dans un REPAS MÉMORIAL qui signifie qu’en mangeant, en mâchant ce LeH.OuM, nous entrons dans une COMMUNION SPIRITUELLE qui nous fait épouser CHARNELLEMENT le Verbe même de YHWH, la MèMeRaH du DIEU VIVANT ! Mais vous avez bien compris : se nourrir de l’Eucharistie va de pair avec manger la Parole de Jésus, l’apprendre par cœur ! Sinon, on tombe dans de la magie ! Et une fois sérieusement nourris de cette chair ; imprégnés de la MèMeRaH de Vie, les ténèbres ne pourront pas garder ceux qui auront épousé cette MèMeRaH ; ceux qui auront su se rendre disponibles pour participer au Festin des Noces de l’Agneau venu nous racheter de la mort éternelle en nous convoquant à manger, à assimiler sa chair. Du coup, on peut effectivement interpréter ce verset du Notre Père comme désignant l’Eucharistie.

Du coup, difficile d’imaginer une meilleure introduction à la communion eucharistique que la prière du Notre Père, qui exprime le MÉMORIAL qu’on est en train de vivre ; un MÉMORIAL qui nous attache temporellement au moment sacré de la Passion et nous fait entrer rituellement dans la bénédiction du temps : « Donne-nous AUJOURD’HUI le pain dont nous avons besoin. » (Mt 6,11) qui rejoint la convocation de Moïse :  « Ces paroles — donc le LéH.èM dont Israël a besoin — que Moi-même, Je te commande AUJOURD’HUI — c’est-à-dire que Je te donne AUJOURD’HUI —, seront sur ton cœur ! » (Dt 6,6). Allez, depuis le temps, j’espère qu’on commence à s’habituer avec ces jeux analogiques qui nous font passer d’un plan à l’autre et ouvrent des horizons toujours aussi riches qu’inattendus.

Dès lors, les dernières demandes du Notre Père s’enfilent assez logiquement : cette Parole, ce LèH.èM devenu le LeH.OuM de Jésus qui donne la VIE ; cette Parole donc, il s’agit de la GARDER, de l’assimiler parce que c’est d’elle et d’elle seule que procède la puissance de la MISÉRICORDE de YHWH qui peut enfin travailler en nous : non seulement pour nous remettre nos dettes, mais nous retenir dans la tentation, de sorte que cette puissance de VIE proprement divine, spirituelle, charnelle, ne nous quitte jamais.

Et puis surtout, surtout, illuminés de l’intérieur par cette Parole, nourris, vitalisés et donc BÉNIS — il ne faut pas perdre cette nomenclature deutéronomiste — ; BÉNIS donc par cette Parole inscrite dans notre chair, les ténèbres du Malin perdent toute prise sur nous ! « Retire-nous du Mauvais ! » Et là YHWH a déjà anticipé cette demande à travers son commandement. La réponse n’est pas une assistance, mais une convocation à CHOISIR : ou YHWH, ou le Mal. Et comment s’opère ce choix ? Par le travail qui consiste à inscrire sa Parole en nous, ou pas ! « Ce commandement — de garder ma Parole — que Moi, Je te commande aujourd’hui n’est ni impossible pour toi, ni lointain. Il n’est pas dans les cieux pour que tu dises : qui montera pour nous aux cieux et le prendra pour nous ? Qui nous le fera écouter afin que nous le fassions ? Il n’est pas de l’autre côté de la mer pour que tu dises : qui passera pour nous de l’autre côté de la mer et qui le prendra pour nous ? Qui nous le fera écouter afin que nous le fassions ? Car la Parole est proche de toi : sur ta bouche et dans ton cœur — à condition que tu choisisses de la GARDER comme Je te le commande — afin que la faire. Vois, Je mets devant toi la Vie et la Mort, la Bénédiction et la Malédiction : choisis la vie ! » (Dt 30,11-15)

Dit autrement, là où est reçue la Parole mangée comme un pain, incarnée qui plus est en Christ — une CHAIR non pas faite pour être adorée de l’extérieur, mais pour être assimilée de sorte que s’enracine en NOTRE CHAIR, en notre HISTOIRE, en notre MÉMOIRE, la Parole de Jésus apprise par cœur — ; là donc où est reçue la Parole mangée en MÉMORIAL, là est le Règne du Père que le Christ nous donne de rejoindre en nous associant à sa Passion. Là où Règne le Père, règne le Fils ; et là où règne le Fils, le Mauvais passe derrière : « Derrière Moi, Satan ! » (Mt 4,10). Pas plus la tentation que le diable qui en est à l’origine, n’a plus de prise sur nous ! Rappelons-nous que tout le combat de Jésus au désert se joue sur l’interprétation de la TORâH, ce qui ne doit plus nous étonner.

Du coup, revenons à la question essentielle : quel est mon besoin ? Pour le savoir, il faut scruter la TORâH ! Or la TORâH m’enseigne qu’il me faut consentir à vivre en m’appuyant sur le MÉMORIAL, c’est-à-dire pour nous le SACREMENT. Il me faut régulièrement faire mémoire rituellement de l’AUJOURD’HUI de YHWH pour m’y transférer spirituellement — la 4e dimension spiritualo-temporelle, vous vous souvenez — ; consentir à vivre charnellement ce moment sacré où, avec mes frères et sœurs, toutes générations confondues, je me place rituellement d’une part face à la Montagne où YHWH a commencé à nourrir son peuple par Sa parole. Et comme pour bien montrer qu’il ne s’agit décidément pas d’un lieu, d’un espace, mais d’un MOMENT du TEMPS à rejoindre par la mémoire, voici que cette montagne se déplace avec le peuple : d’abord le Mont H.oRèV, puis le Mont Sion à Jérusalem ; puis le Mont Thabor de la transfiguration, le Mont du Golgotha auquel est associée l’Eucharistie, et enfin le Mont des Oliviers — le Mont de l’Ascension. Autant de points d’appuis temporels, de points d’arrimages spirituels pour ma MÉMOIRE, qui ont la capacité de faire de mon histoire, de l’histoire de mon peuple, une BÉNÉDICTION qui m’entraîne vers toujours plus de VIE, quelles que soient les épreuves traversées.

Et bien sûr, la liturgie chrétienne reprendra le même appel, par exemple la nuit de la Nativité, à la suite de saint Luc : « AUJOURD’HUI nous est né un sauveur, le Christ, le Seigneur ! » Ou alors à Pâques : « AUJOURD’HUI, Christ est ressuscité des morts, Alléluia ! » : on va même redire cet aujourd’hui pendant huit jours d’affilée, on appelle ça l’octave — une octave = une huitaine — de Noël et l’octave de Pâques : l’AUJOURD’HUI du Salut dure huit jours... Or que fait ici la liturgie ? Elle fonde le peuple de YHWH en le convoquant, toutes générations confondues, à faire MÉMOIRE de cet AUJOURD’HUI, de ce MOMENT SACRÉ où en Jésus, le Père ouvre à tous les hommes le chemin de la victoire de la Vie sur la mort. AUJOURD’HUI est donc, en régime chrétien greffé sur la racine de YiSseRâ’éL, une CONVOCATION rituelle à vivre la communion des saints qui ne peut exister que dans notre rassemblement commun au jour où le Christ offre sa vie en sacrifice pour le Salut du monde.

Comme quoi les paroles de Moïse sont vraiment grosses d’un potentiel époustouflant. Et c’est bien pourquoi elles méritent d’être apprises par cœur, comme le demande encore une fois YHWH par la bouche de Moïse : « Ces paroles que moi-même, je te commande AUJOURD’HUI, seront sur ton cœur ! » (Dt 6,6) !

Voilà. On pourrait encore en dire beaucoup plus, mais on va déjà s’en tenir là. Je vous souhaite une belle méditation de ce v. 6, et si possible, prenez le temps d’apprendre les versets 4 à 6 par cœur : ce sont des versets de vie, le LèH.èM de YHWH, mais qui ne peut transmettre la vie qu’à ceux qui le mangent en se laissant convoquer dans l’AUJOURD’HUI où cette parole a été donnée, où chacun se trouve joyeusement en communion avec le peuple qui lui a donné le jour…

Nous verrons la suite la prochaine fois.

Je vous remercie. Et merci pour ceux d’entre vous qui avez fait quelques dons ! N’oubliez pas : c’est en bas à gauche de la page d’accueil du site de La Bible en Tutoriel. Si vous voulez bien sûr qu’on puisse continuer à pouvoir éditer des vidéos !
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Message par Gabuzo Mar 4 Jan 2022 - 8:07


Bonjour,

Vous vous souvenez que le v. 6 de notre ch. 6 du Dt nous a introduit à la pratique du MÉMORIAL — le fameux « AUJOURD’HUI —, et pour ne pas rester dans la pure exhortation formelle, les v. 8 et 9 vont très logiquement nous indiquer comment mettre en œuvre ce MÉMORIAL qui, je vous le rappelle, a pour tâche de maintenir le peuple fondé sur le socle temporel de son histoire. C’est là qu’il puise son unité ; c’est là qu’il se découvre BÉNI, VIVANT, au point de savoir traverser les épreuves de l’histoire, mais surtout de savoir stimuler ses plus grands esprits à travailler de concert en faveur de l’élévation de leur peuple ! Et c’est exactement ce que vise l’auteur Deutéronomiste !

Le v. 7 poursuit dans le même sens que le v. 6 : « Instille-les — c’est-à-dire les MiTseWOT, les commandements — à tes fils, que tes paroles soient en eux, assis dans ta maison et marchant sur le chemin, en te couchant et en te levant. » (Dt 6,7). Magnifique verset ! La parole est transmise en toute occasion, à temps et à contretemps, du coucher jusqu’au lever, ce qui veut dire que la nuit même appartient à YHWH qui œuvre dans le secret pour déposer sa lumière au plus profond des ténèbres humaines : « YHWH, Tu me scrutes et tu me connais ; Tu sais quand je m’assieds, quand je me lève ; de loin Tu discernes ma pensée… » (Ps 139,1-2). Voyez, YHWH est partout — du moins pour celui qui veut bien s’éveiller à sa présence, une présence qui n’est décelable QUE dans l’ordre du MÉMORIAL ! C’est parce que je mets en pratique le MÉMORIAL que je deviens capable de discerner la présence de YHWH en toutes choses et à tout moment. De nos jours, on pense assez communément que le mémorial est de trop ; que la « pratique », comme on dit, n’est pas nécessaire : « je suis croyant, pas pratiquant » ; sauf que le Deutéronome nous dit bien que ça ne marche pas comme ça ! Anthropologiquement, aucun peuple ne subsiste sans une pratique mémoriale, ce qu’on appelle parfois avec dédain le « folklore ». Sauf que le folklore, fût-il liturgique dans les traditions religieuses, est précisément ce qui soutient les structures profondes des peuples ! Il constitue leur colonne vertébrale ! Et redisons-le : si les nations sont utiles pour administrer les peuples qu’elles rassemblent, elles ne peuvent pas effacer ce qui fait la spécificité de ces peuples sans en éradiquer du même coup les populations… Ce qui est le propre des idéologies, quelles qu’elles soient et de quelque bord qu’elles se situent.

Ceci dit, en soi, ce v. 7 devrait nous inspirer pour le mettre en œuvre dans nos propres familles et dans nos communautés respectives. D’autant plus en ce qui nous concerne en tant que chrétiens, puisque Jésus n’est pas passé par un autre chemin que celui du MÉMORIAL pour transmettre sa parole à ses disciples et faire en sorte qu’ils la gardent : assis dans la synagogue, marchant sur les routes de Galilée, se couchant dans la mort et se relevant dans sa résurrection… « Instille-les à tes fils, que tes paroles soient en eux, assis dans ta maison et marchant sur le chemin, en te couchant et en te levant. »… Voilà donc, me semble-t-il, de quoi nous inspirer et faire de nous, en Christ, un PEUPLE de DIEU actif dans la transmission de la parole à l’image même de Jésus !

Alors la suite, au v. 8, est spécifiquement juive : « Attache [ces paroles] en signe sur ta main et elles seront en fronteau entre tes yeux. » (Dt 6,Cool. On a là l’origine de la pratique des TePhîLîN — un mot qui vient de TePhîLaH, la prière. Alors on en a peut-être déjà parlé, mais ça ne fait rien. En français, les TePhîLîN sont appelés les PHYLACTÈRES, du grec phylaktèrion, φυλακτήριον qui désigne un lieu de garde, comme ces petites boîtes dans lesquelles on garde des objets auxquels on tient. Concrètement, ce sont aujourd’hui de petits cubes en cuir qu’enfile chaque Juif pieux le matin pour la prière — il peut les garder toute la journée, mais doit les enlever pour la nuit —, et qui contiennent des parchemins sur lesquels quatre passages de la TORâH, inscrits en mi-nus-cu-le, citent plus ou moins ce commandement du v. 8. On compte deux passages du ch. 13 de l’Exode, les v. 1-10 et 11-16 ; Le SheMa“ YiSseRâ’éL que nous lisons, c’est-à-dire Dt 6, verset 4 à 9 ; et la bénédiction de Dt 11, v. 13-21.

Pour ce qu’on peut en juger, les premiers échos concrets de cette pratique des TePhîLîN ne remontent au-delà d’un siècle avant J.-C., ce qui signifie à tout le moins que Jésus les a portés chaque jour, d’une manière ou d’une autre ! Il est vraisemblable qu’une pratique plus ancienne était reliée à ces versets qui remontent au Ve siècle, mais on n’en a pas de trace. On pense généralement qu’elle est née au sein du parti des Pharisiens.

Toujours est-il qu’aujourd’hui, un Juif pieu, chaque matin, attache un boîtier à son biceps gauche par une longue lanière de cuir qui s’entoure autour du bras gauche. Un autre boîtier est attaché sur le front entre les deux yeux, toujours par un jeu de lanières.

Ce qu’il faut comprendre, c’est que le sens de ces boîtiers est quasiment d’ordre sacramentel : avec la lettre ShîN gravée sur chaque boîtier, les nœuds formés en forme de DaLèT sur l’arrière du crâne et de YoD sur bras forment le nom ShaDDaï, le Tout-Puissant, qui est l’un des Nom de YHWH ; de sorte que celui qui porte les TePhîLîN porte le Nom divin et se trouve ainsi charnellement attaché à Lui.

Du coup, par la pratique de ce MÉMORIAL, encore et toujours, le Juif prend les moyens de ne jamais oublier qu’il a pour vocation de consacrer à YHWH toute sa vie : les bénédictions qui sont récitées en les enfilant rejaillissent sur les moindres détails, les moindres gestes et, bien entendu, sur les moindres paroles de sa journée. Je vous mets une vidéo très pédagogique juste après, sur le site de la Bible en Tutoriel, où le Rav Yoel Bennarouch explique le sens de cette pratique juive essentielle.

Le v. 9 poursuit  : « Tu écriras (ces paroles) sur les poteaux de ta maison et sur tes portes. » (Dt 6,9) ; ce v. 9 est à l’origine d’un autre usage juif, celui de la MeZOuZâH, un mot qui désigne tout simplement le poteau d’une porte et qui, par extension, en est venu à désigner cet étui que chaque famille juive fixe à la porte d’entrée de sa maison. Cette MeZOuZâH contient à son tour les textes du SheMa“ YiSseRâ’éL et la bénédiction de Dt 11,13-21. En passant la porte, chaque Juif pieux touche cet étui du doigt en récitant le v. 8 du Ps 121 : « YHWH te gardera au départ et au retour, maintenant et à jamais. » (Ps 121,Cool.

« Au départ et au retour », « sortir et entrer »… Alors oui : une porte, c’est fait pour entrer et sortir, pour partir et revenir. Nous, on ne voit pas trop ce que ça a d’extraordinaire ! Mais pas si vite ! Parce que si on fait mémoire de l’histoire biblique, si on la prend comme fondement interprétatif de ce qui nous est donné de vivre quotidiennement, « sortir et entrer » s’avère en fait relever de rien de moins que la condition des hommes LIBRES, et non des esclaves à qui l’on peut interdire, soit de sortir, soit d’entrer. Ce qui fait que dans la Bible, la porte — qui pour nous est d’une banalité affligeante — est en fait dévoilée comme un signe fort de LIBERTÉ ; et c’est cette dimension que précisément, la MeZOuZâH va marquer, comme un MÉMORIAL. Alors évidemment, si l’histoire biblique ne constitue pas la trame de notre pensée, ce genre de pratique paraît juste superstitieux ! Mais si au contraire les figures bibliques nous habitent jusque dans notre chair ; si l’histoire biblique, et en particulier la TORâH, nous a été transmise par notre père comme le trésor essentiel à côté duquel tout le reste n’est que peccadille ; alors on va savoir interpréter, à chaque franchissement de la porte de votre foyer, ou pour sortir, ou pour entrer, qu’on est LIBRE, et que c’est une grâce ! Voyez, cette porte même, si effacée soit-elle dans le monde utilitaire où les aveugles sont rois ; cette porte même, pour celui qui sait s’appuyer sur la TORâH pour interpréter le sens de sa propre histoire ; cette porte même donc, marquée par la MeZOuZâH,  devient un signe quotidien du DON de la LIBERTÉ qu’octroie YHWH à ses fils. Où qu’ils soient, à quelque génération qu’ils appartiennent.

Disons les choses plus explicitement : quand YHWH demande d’écrire entre autres le SheMa“ YiSseRâ’éL sur les poteaux des portes, c’est encore et toujours pour établir un MÉMORIAL, donc un RITE par lequel mémoire est faite de la LIBERTÉ qui a été octroyée par YHWH à son peuple alors qu’il était esclave en MiTseRaYîM et voué à une mort programmée ; MiTseRaYîM d’où les Hébreux ne pouvaient « ni sortir, ni entrer ». Dès lors, dès qu’une MeZOuZâH lui est accolée, la porte devient le MÉMORIAL de la LIBERTÉ qui caractérise la vie du peuple élu depuis son origine et dont il est appelé à faire mémoire de sorte que ce geste on ne peut plus quotidien — mais ritualisé — éveille la conscience à la bénédiction ! Franchir le seuil d’une porte, ou d’une frontière, n’est pas anodin ; ce franchissement PARLE grâce au MÉMORIAL ! Il dit à tout Juif que la capacité de cet acte, aussi futile qu’il paraisse, a été payé cher ; qu’il la doit à YHWH comme un signe — un sacrement de l’élection qui libère ceux qui lui sont fidèles de toute emprise, quelle qu’elle soit ; et le protège ainsi au départ et au retour. Fort de cette ressource, toute la journée du Juif en est forcément illuminée, puisqu’il se sait BÉNI de YHWH, et avec lui son peuple tout entier.

Cette notion de LIBERTÉ est vraiment au cœur de la TORâH, au point qu’on va retrouver cette idée de SORTIR et ENTRER aux moments clef de l’histoire sainte. Au ch. 31 du Deutéronome, par exemple, quand Moïse annonce qu’il va mourir, il s’adresse à YiSseRâ’éL en ces termes : « J’ai 120 ans, moi, aujourd’hui, et je ne pourrai plus sortir et entrer. » (Dt 31,2). Voilà : la mort, dans l’esprit de l’époque, désigne ce séjour où la liberté n’est plus de mise, où la mort dans laquelle on entre semble poser inexorablement son emprise. D’où l’idée qui viendra plus tard de pouvoir un jour SORTIR de cette mort par une intervention de YHWH, ce qu’on appelle la résurrection.

C’est à l’époque de la révolte de la famille des Maccabées au IIe siècle avant J.-C. que paraît explicitement cette espérance. Alors que sept frères juifs et leur mère ont été arrêtés pour les contraindre à abjurer la TORâH, écoutons ce que le second fils lance à son tortionnaire : « Toi, scélérat, tu nous fais sortir de la vie présente, mais le Roi du Monde nous relèvera, nous qui mourrons pour sa TORâH, et nous fera entrer dans la vie éternelle ! » (2Mc 7,9) Vous entendez ? Sous un mode légèrement adapté, on retrouve bien la notion de « sortir et entrer » : le criminel fait SORTIR violemment de la vie, mais YHWH n’en fait que plus magistralement ENTRER dans une surabondance de vie ! C’est une exaltation de la LIBERTÉ des enfants d’Israël garantie par YHWH et que nul, même les pires antisémites de l’histoire, ne pourra jamais retirer à leurs victimes désignées !

Dans la même ligne, quand Jésus voudra exprimer la liberté des disciples qui le suivent, c’est la porte qu’il prendra spontanément comme image : « Je suis la porte : si quelqu’un entre par moi, il vivra. Il sortira et il entrera, et il trouvera une pâture. » (Jn 10,9). Entendons par là : « Il sera pleinement LIBRE ». C’est une manière originale d’exprimer, en quelque sorte, qu’Il est en personne la MeZOuZâH de tout homme qui met en Lui sa foi !

Alors maintenant, pour les chrétiens, c’est plutôt aujourd’hui la croix pendue au-dessus du chambranle de la porte d’entrée qui fait cet office. Mais elle aussi tient son rôle de MÉMORIAL de la LIBERTÉ dans la mesure où elle rappelle quotidiennement qu’en passant par la porte du Christ — la porte étroite —, le baptisé qui se fait disciple peut LIBREMENT « entrer et sortir » à la suite du ressuscité : ENTRER dans les situations mortifères — les fameuses croix de l’existence — pour les affronter courageusement, virilement, dans la puissance et la sagesse que confère la communion avec le Christ ; et savoir en SORTIR, toujours grâce à l’attachement au Christ, plus vivant qu’avant d’y être entré ! Tout ça, en définitive, pour ENTRER ultimement et sans peur excessive dans la mort véritable, sachant que Jésus l’en fera SORTIR tout comme Il l’a fait sortir de toutes les situations de mort affrontées au cours de son existence. Là, on a une vraie sagesse, qui se greffe remarquablement sur la sagesse biblique issue de la tradition mosaïque, de la TORâH. Non pas une sagesse conçue comme une simple construction intellectuelle, mais une sagesse construite comme la fondation d’une VIE. Une sagesse qui nous ouvre à la consistance charnelle de notre existence ; qui nous permet de toujours, TOUJOURS savoir interpréter les événements que nous traversons, les meilleurs comme les pires, pour aller de l’avant sans jamais baisser les bras. Au pire, on peut tomber, mais cette sagesse CHARNELLE, APPUYÉE SUR LES MÉMORIAUX — j’insiste ! — inspirés par YHWH ; cette sagesse charnelle, donc, à travers les mémoriaux qu’elle a institués, nous donne accès aux ressources nécessaires pour toujours nous relever. C’st donc une sagesse en forme de BÉNÉDICTION.

C’est cette vie concrète, CHARNELLE, accrochée à ces SIGNES qui nous plongent et nous replongent dans l’Alliance et l’Élection pour l’amarrer solidement à la mémoire qui rassemble dans la communion toutes les générations qui nous ont précédés ; c’est cette vie concrète, donc, qui fait de nous de dignes fils de ‘AVeRâHâM. Ces signes, ces MÉMORIAUX — qu’il s’agisse des mémoriaux juifs ou chrétiens — nous rappellent quotidiennement, charnellement, d’agir selon la Justice prescrite par la TORâH — les fameuses 613 MiTseWOT juives que Jésus résume dans les deux grands commandements de l’amour de YHWH et du prochain, auquel il ajoute celui de nous aimer les uns les autres comme Lui nous a aimés ; ces Signes, donc, ces MÉMORIAUX ne sont pas de simples petits “plus” dans une existence déjà trop remplie : ils en sont l’amarrage au ROC de l’histoire ; ils sont la mèche qui va permettre à la LUMIÈRE de la vie de briller dans notre existence et de se transmettre sans jamais perdre sa flamme ! Ces signes mémoriaux sont indispensables pour soutenir et relancer CHARNELLEMENT la JUSTICE qui impacte notre peuple, toutes générations confondues. Ils sont autant de points d’appuis, autant de points ressources pour qu’à travers chacun d’entre nous, en tant que chrétiens greffés sur l’Olivier Franc de YiSseRâ’éL, l’Église n’oublie jamais le chemin de la BÉNÉDICTION et mette toute sa fierté dans cette sagesse qu’elle tient de Jésus, et par Lui de Moïse et des Patriarches.

Alors pour finir, j’aimerais que nous écoutions la parole du Christ qui va dans le sens de cette inscription de la Parole de YHWH non seulement sur le cœur, mais dans la CHAIR, dans une traduction sur l’araméen qui est en fait la langue native des évangiles : « Il leur disait : “Faites attention ! Ces paroles que vous écoutez, c’est selon la mesure avec laquelle vous les recevez qu’elles seront en vous, bien prises en compte. Et elles s’accroîtront encore plus en vous, ces paroles que vous écoutez ! Car à celui qui les a en lui — c’est-à-dire gravées sur le cœur, inscrits dans la chair grâce, d’une part à l’apprentissage de ces paroles par cœur ; et d’autre part grâce aux mémoriaux qui en élargissent la portée en les inscrivant dans la communion des saints —, à celui qui les a en lui, donc, il lui sera donné encore ; mais à celui qui ne les a pas — celui qui néglige les mémoriaux, et qui loupe le chemin de la bénédiction qui leur est attaché —, même ce qu’il a lui sera enlevé.” — au sens où tout ce qui est construit sans ce fondement et sans ces appuis de la mémoire, est tellement fragile, tellement vain, qu’à la moindre inondation, tout s’effondre, fut-ce un empire financier ! On perd tout ! — » (Mc 4,21-23).

Il me semble qu’on a là le motif profond de l’impératif qui est le nôtre en tant que chrétiens d’inscrire, à la suite des Fils d’Israël, ces paroles sur notre cœur :
– En premier lieu, par le travail de mémoire, constituer cette fondation ; ce ROC à partir duquel YHWH nous donne de pouvoir INTERPRÉTER de manière VIVIFIANTE notre existence.
– En second lieu, vivre COMMUNAUTAIREMENT ces paroles grâce aux MÉMORIAUX que proposent les traditions — quelles qu’elles soient, pour peu qu’elles soient éprouvées par le temps comme de véritables balises, de véritables ressources sur le chemin de la bénédiction et de la vie qu’évoque le Deutéronome.

On pourrait aussi évoquer la notion de Trésor, comme quand Jésus parle du scribe véritable : « Tout scribe — c’est-à-dire ayant appris la TORâH par cœur, sans quoi il ne sera scribe que de nom — devenu disciple du Règne des Cieux est semblable à un Maître de Maison — entendons par là le Rabbin d’une synagogue — qui tire de son trésor — rappelons-nous : « Là où est ton trésor, là aussi sera ton cœur. » (Mt 6,21) — qui tire de son trésor, donc — et du nouveau et de l’ancien. » (Mt 13,52) : ce scribe est donc maître de TORâH dans la mesure où, la TORâH étant sur son cœur non seulement parce qu’il la scrute chaque jour, mais parce qu’il pratique les mémoriaux des TePhîLîN et de la MeZOuZâH, parce qu’il porte les TsîTsiT dont parlait déjà le livre des Nombres (Nb 15,38) et qu’on retrouvera en Dt 22,12 ; parce qu’il vit les mémoriaux du ShaBaT et des fêtes annuelles, etc. Alors un tel scribe est capable de RENOUVELER fidèlement l'INTERPRÉTATION de ses pères, sans négliger ni trahir un seul mot, un seul YoD, un seul MaQQâPh de la TORâH ! En termes chrétiens : si nous avons les Évangiles gravés sur le cœur ; si nous sommes fidèles aux mémoriaux de notre Église, quelle que soit sa tradition, alors aucune hérésie n’est à craindre  ! C’est ce que disait saint Irénée de Lyon en parlant des pères de la foi qu’il a connus : en eux, disait-il, on n’a jamais trouvé d’hérésie parce qu’ils connaissaient les Évangiles par cœur ! On pouvait donc entendre leurs INTERPRÉTATIONS, leurs enseignements, sans crainte d’être égaré. Or cet apprentissage par cœur, était soutenu par une pratique mémoriale sérieuse.

Bien. Comme la suite reprend le fil de l’installation sur le sol que YHWH a juré de donner aux pères d’Israël, on va s’arrêter là en rendant grâce à Dieu pour ce passage inspiré une nouvelle fois si infiniment riche, au cœur de la TORâH. Je vous en souhaite une lecture féconde. Et n’oubliez pas : le bouton pour les dons, si le cœur vous en dit, c’est en bas, à gauche sur la page d’accueil du site !

Je vous remercie.
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La Bible en tutoriels - Le Deutéronome (père Alain DUMONT) - Page 2 Empty Dette d'Honneur et Gratitude

Message par Gabuzo Ven 4 Fév 2022 - 10:00


Bonjour,

Nous terminons aujourd’hui notre lecture du ch. 6 du Deutéronome, à partir du v. 10. Après neuf versets d’exhortation générale, pour donner le sens et les moyens de rester fidèle à la TORâH de YHWH, retour au concret, mais à la lumière de ce qui vient d’être dit, évidemment : désormais, EN QUOI CONSISTE AIMER YHWH ? En habitant en vérité sur le SOL, en faisant fructifier le don du SOL de KaNa“aN sur lequel le peuple se prépare à habiter.

Formellement, tout le reste du chapitre va maintenant être un rappel de la libération d’Égypte, mais sous l’angle particulier désormais de la DETTE de YiSseRâ’éL vis-à-vis de YHWH qui a libéré son peuple. Eh oui : YiSseRâ’éL a été racheté par YHWH, et ce rachat fait partie de son histoire ; fait partie de son être, de ses gènes, au point qu’oublier cet épisode revient à perdre sa raison d’être, à devenir une nation parmi d’autres — la plus petite de toutes les nations de la terre, rappelons-nous — et donc d’être l’objet possible d’éradication par toute nation plus puissante qui se présenterait pour l’avaler ! Et Dieu sait si cette menace est concrète pour un sol qui se trouve être le lieu de jonction entre les empires égyptiens et mésopotamiens ! D’où l’importance VITALE de garder cette MÉMOIRE qui constitue le fondement même du peuple de YiSseRâ’éL, et en même temps la condition de sa survie.

Or cette MÉMOIRE est celle d’une DETTE : à jamais, YiSseRâ’éL est redevable à YHWH d’être là ; en vue, non pas d’être à nouveau esclave que quelque puissance divine, ce qui serait l’enfer, mais en vue d’être une LUMIÈRE pour le monde ; pour élever le monde.

Ce qui importe ici, c’est que toute la pratique des MÉMORIAUX sur laquelle on s’est largement étendu dans les dernières vidéos, se révèle être le moyen très efficace de NE JAMAIS OUBLIER cette dimension de DETTE. C’est d’ailleurs là l’enjeu de tout MÉMORIAL, juif ou chrétien : nous sommes, vous et moi, en DETTE d’une histoire qui s’est tissée sur la trame du TEMPS ; une DETTE qui ne nous déprécie nullement, puisque tout au contraire, c’est grâce à elle qu’on va pouvoir comprendre en quoi consiste la LIBERTÉ véritable.

Dit autrement, l’âme de la vie de YiSseRâ’éL, une fois installé sur le SOL, va consister à cultiver, grâce précisément aux mémoriaux, un espace vital de GRATITUDE ! Alors ici précisons : la gratitude n’a jamais consisté à « dire merci », comme on l’entend aujourd’hui dans les livres de psychologie positive, même chrétiens. La GRATITUDE, c’est très précisément le sentiment bienheureux de se sentir en DETTE. En DETTE d’un DON qui nous a été prodigué comme une GRÂCE. Je répète : La GRATITUDE, c’est le sentiment bienheureux de se sentir en DETTE d’un DON qui nous a été prodigué comme une GRÂCE — quel que soit ce DON : la vie, un SOL comme pour YiSseRâ’éL, une parole, un secours, ce que vous voulez. Et là, il faut oublier la notion purement pécuniaire de la dette. Il ne s’agit pas de rembourser ce genre de dette. Il s’agit d’HONORER cette DETTE en faisant fructifier le DON qui l’a générée — ce qu’on appelle une DETTE D’HONNEUR. Alors, et alors seulement, paraît la véritable GRATITUDE ! Et si une culpabilité subsiste, associée à cette DETTE, elle ne consiste pas dans le fait de ne pas l’avoir remboursée, mais de NE PAS AVOIR FAIT FRUCTIFIER ce qui a précisément été donné POUR PORTER DU FRUIT.

Pourquoi est-ce si important ? Parce qu’on est là à la porte d’entrée de la CULTURE qui n’a rien à voir avec une banque de données consultable, mais avec la transmission vivante, vivifiante, d’un BIEN COMMUN qui élève les peuples, génération après génération. De ce point de vue, une tirade bien connue de Michel Serres sur les ondes de France-Info en 2007 est éclairante :

« Si vous avez du pain, et si moi j’ai un euro, si je vous achète le pain, j’aurai le pain et vous aurez l’euro et vous voyez dans cet échange un équilibre, c’est-à-dire: A a un euro, B a un pain. Et dans l’autre cas B a le pain et A a l’euro. Donc, c’est un équilibre parfait.
Mais, si vous avez un sonnet de Verlaine, ou le théorème de Pythagore, et que moi je n’ai rien, et si vous me les enseignez, à la fin de cet échange-là, j’aurai le sonnet et le théorème, mais vous les aurez gardés.
Dans le premier cas, il y a un équilibre, c’est la marchandise ; dans le second, il y a un accroissement, c’est la culture.
 » (Michel Serres, interview sur France Info, 25 février 2007)

Michel Serres nous dit une chose juste sensée : nos anciens n’ont rien perdu en nous transmettant ce qui fait l’âme de notre peuple, tout au contraire. En revanche, si nous ne transmettons pas à notre tour ce que nous avons reçu ; si nous oublions la dette d’honneur que nous avons à l’égard de nos pères, alors nous perdons tout, et nos anciens perdent tout avec nous… Gardons ça en tête pour lire notre passage.

Donc : on voit mieux comment, en réalité, les v. 10 à 12 posent en fait le principe de la GRATITUDE : le SOL est bel et bien DONNÉ en accomplissement, dit notre rédacteur deutéronomiste, de la promesse faite aux Patriarches. Et on entend l’insistance du discours : « Quand YHWH, ton ‘ÈLoHîM, te fera venir vers le Sol qu’il a juré à tes pères ‘AVeRâHâM, YiTseRâQ et Ya”aQoV de te donner, avec de grandes et belles villes que tu n’as pas bâties ; des maisons pleines de tous biens que tu n’as pas remplies ; des citernes creusées que tu n’as pas creusées ; des vignobles et des oliviers que tu n’as pas plantés, mange et rassasie-toi. » (Dt 6,10-11).

Il s’agit donc de ne pas s’approprier ces biens du seul fait qu’on serait dans la place : « C’est moi le plus fort, donc c’est moi qui en profite ! » Sûrement pas, dit le texte, sans quoi, quelle serait la différence entre YiSseRâ’éL et les nations ? Donc pour ne pas tomber dans ce travers, YiSseRâ’éL est appelé à transmettre à toute sa descendance cette conscience d’être en DETTE ; en dette d’une histoire qui le précède et dont il hérite comme des fils héritent, non pas tant des biens en eux-mêmes, mais à travers eux, de l’HISTOIRE de leurs pères inscrite dans ces biens. Voilà ce à quoi travaillent les MÉMORIAUX quotidiens, mensuels et annuels : « Garde-toi d’oublier YHWH qui t’a fait sortir — qui t’a libéré — du sol de MiTseRaYîM, de la maison des esclaves. » (Dt 6,12).

Tout ça, en fait, c’est très fort, parce que cette conscience de la DETTE est en définitive le moyen pour YiSseRâ’éL de se recevoir ultimement de YHWH comme FILS, c’est-à-dire comme HÉRITIER. Tout héritier digne de ce nom se sait en DETTE ; une dette qu’il honore en prenant soin de l’héritage, sans se l’approprier, pour le faire fructifier. Dans le fond, c’est encore une différence essentielle avec le monde gouverné par l’argent : l’appropriation par les plus forts de biens dont ils ne sont en fait que les gérants. La parabole de Jésus à propos du riche va tout à fait dans ce sens : « Du milieu de la foule, quelqu’un demanda à Jésus : “Maître, dis à mon frère de partager avec moi notre héritage.” — Ah tiens : il est question d’héritage… — Jésus lui répondit : “Homme, qui donc m’a établi pour être votre juge ou l’arbitre de vos partages ?” Puis, s’adressant à tous : “Gardez-vous bien de toute avidité, car la vie de quelqu’un, même dans l’abondance, ne dépend pas de ce qu’il possède.” Et il leur dit cette parabole : “Il y avait un homme riche, dont le domaine avait bien rapporté. Il se demandait : ‘Que vais-je faire ? Car je n’ai pas de place pour mettre ma récolte.’ Puis il se dit : ‘Voici ce que je vais faire : je vais démolir mes greniers, j’en construirai de plus grands et j’y mettrai tout mon blé et tous mes biens. Alors je me dirai à moi-même : Te voilà donc avec de nombreux biens à ta disposition, pour de nombreuses années. Repose-toi, mange, bois, jouis l’existence.’ Mais Dieu lui dit : ‘Tu es fou : cette nuit même, on va te redemander ta vie. Et ce que tu auras accumulé, qui l’aura ?’ Voilà ce qui arrive à celui qui amasse pour lui-même, au lieu d’être riche en vue de Dieu.” » (Lc 12,13-20).

Voyez comment une telle parabole s’enracine dans le ch. 6 du Deutéronome qu’on pourrait gloser ainsi : « Garde-toi de toute avidité aux biens lorsque tu entreras sur le sol que J’ai promis à vos pères de leur donner ! » Tout le Deutéronome est habité par cette hantise de l’avidité, de la convoitise. On la retrouvera ciblée spécifiquement aux ch. 8,12-18 et 32,15-18. Mais évidemment, derrière tout ça, c’est la voix du prophète Osée qui résonne : « Oui, leur mère — c’est-à-dire YiSseRâ’éL, l’épouse que YHWH s’est attachée à Lui par l’Alliance — leur mère s’est prostituée, celle qui les a conçus s’est déshonorée quand elle a dit : “J’irai derrière mes amants qui me donnent mon pain, mon eau, ma laine et mon lin, mon huile et ma boisson.” — voilà : elle oublie de qui elle est en dette, du coup, elle s’amuse, elle va d’idole en idole ; ses biens lui semblent acquis et elle devient insouciante ! Du coup, YHWH réagit : — Aussi, Me voici : Je vais obstruer son chemin avec des ronces, enclore sa clôture : elle ne trouvera plus ses sentiers. Elle poursuivra ses amants mais ne les atteindra pas, elle les désirera mais ne les trouvera pas. […] Elle ne reconnaît pas que c’est Moi qui lui ai donné le froment, le vin nouveau et l’huile fraîche, Moi qui ai multiplié pour elle l’argent et l’or, et ils en ont fait un Baal ! — c’est-à-dire une idole — Aussi, Je retourne — ça c’est le vocabulaire de la conversion : son ingratitude mérite que je me repente de tout ce que Je lui ai donné —, Je reprends Mon froment en sa saison et Mon vin nouveau en son temps ; J’arrache Ma laine et Mon lin dont elle couvrait sa nudité. Etc. » (Os 2,7-11) Alors par après, YHWH, qui aime son peuple comme un époux aime son épouse, lui redonnera tout ; mais en attendant, ça ne rigole pas !

Alors que faire pour que YiSseRâ’éL évite ce piège ? — n’oublions pas que le rédacteur sait que YiSseRâ’éL y est tombé ! — Eh bien on inscrit dans la TORâH, c’est-à-dire dans l’être même de YiSseRâ’éL, dans ses fibres les plus intimes, la nécessité de se convertir, de faire TeShOuVaH, de renoncer aux chemins de l’illusion pour revenir à la source du DON. Pour ça : faire MÉMOIRE à temps et à contre temps de la sortie de MiTseRaYîM ; et à travers cette libération, faire mémoire de YHWH sans qui cette libération n’aurait jamais eu lieu, comme le rappellent les v. 12-13.

Autrement dit : « Fais mémoire de la DETTE contractée en MiTseRaYîM lorsque YHWH t’a racheté de ta mort programmée ; pour ne pas imaginer que tu arrives en petit conquérant sur un sol sur lequel tu pourras mettre la main comme le font les nations idolâtres qui s’imaginent les plus fortes en s’appropriant des territoires toujours plus vastes pour s’enivrer de pouvoir et oublier leur condition mortelle.

Et bien entendu, tout ça nous affecte au plus haut point, parce que ce genre de texte nous permet de reprendre conscience que CHACUN DE NOUS est en DETTE vis-à-vis de YHWH ; en dette de la VIE et de la LIBERTÉ ; une DETTE que l’Alliance avec YHWH — en Christ en ce qui nous concerne — et elle seule, nous conduit à HONORER en portant du fruit AU NOM DE YHWH qui en est la Source. Sans l’Alliance, l’homme ne peut rien faire ! Ce que Jésus réaffirmera en disant : « Sans Moi, vous ne pouvez rien faire ! » (Jn 15,15) C’est-à-dire : sans Moi, vous vous approprierez le monde, vous le gâcherez ; et pour reprendre une expression du linguiste américain Noam Chomsky : vous ferez passer le profit avant l’homme ! « Nul ne peut servir deux maîtres : ou bien en effet il haïra l’un et aimera l’autre ; ou bien il s’attachera à l’un et méprisera l’autre. Vous ne pouvez pas servir Dieu et MâMON. » (Mt 6,24)HaMON, en hébreu, c’est l’opulence qui agite l’âme, comme dans le Qohélet : « Qui aime l’argent ne se rassasie pas d’argent, ni celui qui aime l’opulence — HaMON — du profit. Cela aussi est vanité ! » (Qo 5,9) MâMON est la contraction de MîN HaMON, ce qui est « issu de l’opulence », à savoir le trouble que provoque l’argent roi, l’argent déifié, dont on fait une idole pour pouvoir s’approprier ce qui ne vient pas de soi. Enfin bref. Tout ça pour dire que le Deutéronome, et Jésus à sa suite, s’attaque là à une problématique de toujours — cette appropriation compulsive pour avoir l’impression d’exister — ; une problématique qui s’agrippe au cœur de l’homme, toujours tenté de ne vivre que pour soi et qui constitue le nerf de ce qu’on appelle le « péché », toujours associée à la convoitise.

Dès lors comment combattre cet esprit de MiTseRaYîM qui susurre paradoxalement à l’oreille de YiSseRâ’éL d’assujettir les populations en place au moment de recevoir l’héritage de KaNa“aN ? Eh bien, encore une fois, par l’exercice du MÉMORIAL qui lui rappelle sans cesse la DETTE sur laquelle se fonde son existence filiale : il reçoit un trésor de la part de YHWH ; un trésor — le fameux SOL — sur lequel s’est enracinée l’histoire des pères ; à lui et aux générations qui suivent de faire fructifier CE SOL qui constituait l’espérance des patriarches, et RIEN D’AUTRE ! Pas de conquête en vue à la manière des nations ! Alors se dévoilera la BÉNÉDICTION qui y est attachée. Et la mémoire de cette DETTE passe par la crainte de YHWH dans la mesure où perdre YHWH, c’est perdre l’héritage ! Décidément, YiSseRâ’éL ne possède rien ! Il reçoit tout, mais c’est à la condition de le faire fructifier !

Du coup, les v. 14 à 19, tout en détaillant une TORâH spécifique pour Israël, n’en ont pas moins pour autant une dimension universelle ! Les v. 14-15 reprennent le thème de la jalousie de YHWH, un thème qu’on a déjà vu à propos du Décalogue, en Ex 20, v. 5 et en Dt 5, v. 9. Rappelons-nous que cette “jalousie” n’a rien de la jalousie pécheresse qui pollue nos relations — jusqu’au meurtre parfois. Il s’agit de la passion de YHWH pour la VIE et de sa tristesse proportionnelle chaque fois que YiSseRâ’éL le renie et programme sa propre mort en choisissant le chemin des idoles.

Alors quand le v. 15 nous dit que cette folie mortifère appelle la colère de YHWH contre YiSseRâ’éL, ça signifie que dans la mesure où il ne se distingue en rien des nations, en toute justice, YiSseRâ’éL n’a pas lieu d’exister ! C’est plutôt brutal comme style, mais au moins, ça dit bien les choses ! Sauf que l’extermination, évidemment, ne vient pas — et le rédacteur inspiré ne le sait que trop bien, lui qui connaît l’histoire de son peuple, qui se met à l’écoute des prophètes —, mais YiSseRâ’éL aurait tort de penser qu’il s’agirait pour autant d’une défaillance de YHWH ! Il s’agit tout au contraire d’une DÉCISION puissante de YHWH, au nom de la VIE et du potentiel qu’elle ne cesse de porter ; il s’agit donc de pardonner l’impardonnable, c’est-à-dire de faire MISÉRICORDE ! Et pour ça, eh bien il faut être YHWH. « Combien de fois dois-je pardonner à mon frère ? Jusqu’à 7 fois ? Je ne te dis pas sept fois, mais soixante dix sept fois sept fois ! » répondra Jésus à Pierre, c’est en Mt 18,21-22. Autrement dit : exercer la miséricorde, ce n’est pas pardonner quand on en a envie, mais pardonner toujours, à l’image de YHWH ; parce que précisément, exercer la miséricorde à l’image de YHWH, c’est SAUVER LE MONDE ! Chacun à sa mesure, évidemment. Il n’empêche que c’est là qu’on commence à se sentir bien faible, mais rappelons-nous : la faiblesse n’est pas une défaillance : elle est le signe qu’on a besoin du secours d’un autre que soi. En l’occurrence ici, du secours de YHWH, c’est-à-dire  de Sa grâce.

Le v. 16 quant à lui rappelle forcément aux chrétiens quelque chose de connu : « Vous ne mettrez pas à l’épreuve YHWH votre ‘ÈLoHîM ! » (Dt 6,16) C’est évidemment la réplique de Jésus à Satan lors de la tentation au désert. Ici, la référence est celle de l’épreuve de Massa, c’est-à-dire quand le peuple, mourant de soif, se met à murmurer contre YHWH, de sorte qu’Il ordonne à Moïse de frapper un rocher pour qu’en jaillisse une source. C’est en Ex 17, v. 2 à 7.

Remarquons que dans les deux cas, c’est à partir de la pierre que naît l’épreuve : celle de l’eau pour Israël, celle du pain pour Jésus ; mais ce sont dans le fond les mêmes réalités si l’on n’oublie pas Osée qui est complètement présent ici. L’idée est toujours la même : ne murmure pas contre YHWH quand tu es en manque pour trouver un prétexte et te tourner vers les idoles ! L’eau est là, il faudra peut-être forer des puits, aménager des citernes etc., mais l’eau est bien là, par la grâce de YHWH. Si tu attends que tout te tombe tout cuit dans le bec ; et si, en étant contrarié que cela n’advienne pas tout seul, tu te mets à invoquer d’autres idoles qui n’auront pour seul but que de t’asservir, fais attention ! Ça ne fera qu’exalter la jalousie de YHWH, et tu vas sentir rougir tes fesses !

Encore une fois, c’est d’un HÉRITAGE qu’il s’agit — mieux que de “possession”, comme on traduit souvent en français —, et d’un héritage de VIE. Donc tout est donné : l’eau, le pain et toute autre sustentation nécessaires pour que YiSseRâ’éL puisse habiter ce sol. Mais il n’empêche : AU TRAVAIL, c’est-à-dire : écoute YHWH, « fais ce qui est droit », ravive toujours ton amour pour YHWH à travers les mémoriaux ; réponds à Son amour pour toi : alors tu connaîtras la BÉNÉDICTION inscrite au cœur de l’Alliance ! Et aucun ennemi, si puissant soit-il par les armes, ne pourra rien contre toi, dit le v. 19. Autrement dit, tu seras absolument LIBRE, toi et toutes les générations qui suivront !

Et là s’ouvrent les v. 20 à 25 parlant de la transmission de cette mémoire de père en fils, pour que cette LIBERTÉ ne soit jamais confisquée par une génération — comme ça l’a été dans notre histoire récente par la génération d’après guerre, et on en voit les dégâts aujourd’hui —, mais que la gratitude, la LOUANGE, soit le sentiment prioritaire qui attache les fils à leurs pères dans la succession — c’est le cas de le dire — ininterrompue des générations qui élève, qui fait monter YiSseRâ’éL jusque vers YHWH.

C’est cet exercice de mémoire qui fonde la pertinence de l’ÉCOUTE ! Une écoute qui ne cherche qu’à cultiver cette liberté charnelle pour illuminer toute action des fils de YiSseRâ’éL pour les faire hériter AUJOURD’HUI du SOL promis lors de la sortie de MiTseRaYîM ; et dans la continuité chrétienne, l’écoute de l’Évangile illumine à son tour toute action du chrétien qui se sait, par le Christ, libéré de la convoitise sur laquelle s’édifie le monde post-moderne, la MiTseRaYîM post-moderne ; ce qui lui permet dès aujourd’hui , grâce aux mémoriaux chrétiens, d’entrer dans le Règne du Père de qui il apprend à ne pas donner prise au monde de la convoitise et de la consommation ; à se désapproprier de soi pour toujours TOUT transmettre aux générations qui suivent pour que la vraie liberté n’élève rien de moins que le monde entier, et entrave sa descente aux enfers lorsqu’il s’enlise dans la convoitise ! Qu’on le veuille ou non, celui qui, grâce au Christ, est libre de toute convoitise, non seulement le monde est impuissant contre lui, mais il contribue à SAUVER le monde.

Encore une fois, ça ne veut pas dire que le chrétien ne peut rien avoir matériellement parlant ; mais ce qu’il a, il sait qu’il l’a en dépôt, en héritage. Il ne le possède pas : il doit le transmettre comme le support de cette mémoire absolument essentielle, à travers les mémoriaux qui en sont les clefs. voilà ce qui fait de l’homme un être vraiment à part dans la création. Enlevez-lui ces mémoriaux, et il n’est plus qu’un animal pompeux, un prédateur pitoyable, dont l’extermination sera le destin inéluctable !

Ceci dit, quoi qu’il en soit, la TORâH et l’Évangile gardent toujours l’espérance. Ne serait-ce que grâce au petit reste, comme l’appelle le prophète YeSha“eYâHOu / Isaïe : tant qu’il y aura des JUSTES, tant qu’il y aura des SAGES sachant puiser la vie dans la célébration des MÉMORIAUX instaurés par YHWH, la libération des premiers jours ne tombera pas dans l’oubli ! Mieux : elle donnera son fruit en ajustant toujours plus finement la volonté de ces JUSTES à celle de YHWH : « Père, non pas ma volonté, mais la tienne ! » (Mt 26,39). C’est là le centre du chapitre 6, aux v. 10-13.

Je vous souhaite une lecture libérante de ces versets. Nous verrons la suite la prochaine fois. Je vous remercie.
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Message par Gabuzo Jeu 17 Fév 2022 - 8:35


Bonjour,

Après le magnifique ch. 6, nous poursuivons notre lecture avec le ch. 7 du Deutéronome pour en revenir à la question de l’HÉRITAGE du SOL. Là, on ne peut pas ne pas être surpris d’entendre le discours de Moïse renouer avec une violence sans compromis. Ceci dit, le centre du ch. 6 le disait bien : le sol est donné, certes, mais ça n’est pas le Club-Med ! Il va s’agir de CONQUÉRIR ce SOL, alors même qu’en face de lui, YiSseRâ’éL n’a pas affaire à des anges ! Alors maintenant, il faut aussi replacer les choses dans leur contexte, puisqu’aucune frontière n’était figée, pour personne, à cette époque ! On l’a déjà dit un certain nombre de fois : il était monnaie courante que les rois s’affrontent ; et au moins chaque année, on partait en campagne, ou pour affermir, ou pour agrandir les confins des territoires ! Du coup, voir un peuple débouler pour tenter de déloger ceux qui sont en place peut paraître choquant aujourd’hui, mais en fait, ça n’a rien de surprenant dans le contexte.

Alors la série des peuples à refouler qu’on trouve au v. 1 est somme toute classique : elle reprend en gros celle qu’on a au début du ch. 4 : sept nations, dont les GiReGGâShî — les Girgashites — qu’on a du mal à déterminer, que des documents égyptiens présentent comme une peuplade vassale des Hittites.

Est-ce que le chiffre 7 est important ici ? On sait qu’il est essentiel au rédacteur sacerdotal pour signifier une plénitude, mais il ne l’est pas autant au deutéronomiste. Ceci dit, on est dans des rédactions tardives où les auteurs de l’une et l’autre école travaillent de concert pour fournir un document final cohérent. On estime aujourd’hui que c’est le rédacteur sacerdotal qui a finalisé la TORâH quelques siècles à peine avant J.-C., et il n’est pas impossible, dans le fond, que ce soit lui qui ait attaché ce chiffre au nombre de nations à déloger.

Du coup, le chiffre 7 peut effectivement signifier ici une totalité, comme pour exprimer que toutes les nations qui sont sur le sol sont livrées par YHWH à YiSseRâ’éL. Mais derrière tout ça, il y a un message somme toute assez clair, dont Jésus à sa manière fera les frais et que tout chrétien, un jour ou l’autre, expérimente : c’est que le monde, en fait, N’ATTEND PAS la Révélation ! Alors bien sûr, on peut citer saint Paul : « La création tout entière attend la révélation des Fils de Dieu. » (Rm 8,19), ce qui est vrai en son tréfonds, mais avant que cette attente ne vienne au jour, que de combats ! Du moins entre les hommes ! Alors fallait-il que YiSseRâ’éL, porteur de l’ÉLECTION, envoie à chaque nation un diplomate pour demander l’autorisation de s’installer ? Et dans le cas d’une fin de non-recevoir, aurait-il fallu qu’il vire de bord ? Mais pour aller où ? Accessoirement, c’est ce qui s’est passé en 1948 avec la création de l’État de YiSseRâ’éL : toutes les nations arabes de la région voulaient les rejeter à la mer — et c’est encore le cas plus de 70 ans plus tard. Après, on est d’accord ou pas avec la politique qui s’est ensuivie, mais en tous les cas, un peuple qui s’installe sur une terre habitée, c’est toujours violent ! Maintenant, le Deutéronome dit bien que YiSseRâ’éL n’a pas pour tâche de conquérir le monde entier pour le convertir au fil de l’épée à la mode de l’Islam du premier millénaire, et au moins jusqu’au XIVe siècle. Il s’agit, selon la TORâH, de s’installer sur ce SOL pour y vénérer YHWH et vivre selon sa Justice. Point final.

Encore une fois, il faut vraiment sortir d’une vision d’un monde peace and love façon hippies des années 1960 ! Le monde est dur, et s’il « attend la révélation », pour reprendre saint Paul, ça n’est certainement pas en lui déroulant le tapis rouge ! Il faut donc savoir aussi se battre, avec les armes de la JUSTICE nous dit la TORâH, pour prendre sa place et pour la garder. Cette JUSTICE a pour cœur les paroles du Décalogue : si tu te bats selon ces armes-là — en particulier le refus de toute convoitise qui te pousserait à désirer conquérir le monde —, alors ton combat sera JUSTE, et il t’ouvrira la BÉNÉDICTION et la VIE, de sorte que les forces de la mort ne pourront rien contre toi.

Voyez, c’est là où la mémoire des chapitres précédents travaille à plein : si on oublie les chapitres au fil de la lecture ; si chaque nouveau chapitre chasse le précédent pour l’effacer, on ne peut qu’être choqué par l’injonction prise en elle-même de déloger les royaumes installés en KaNa“aN avant l’arrivée des Hébreux. Mais si le peuple de YiSseRâ’éL vient et combat avec les armes de la JUSTICE selon YHWH que les chapitres précédents ont eu la sagesse de mettre en place, à ce moment-là, ça change tout ! Il y a derrière cette vérité une exigence optimale dont le Christ Jésus a porté les couleurs, et tous les martyrs à sa suite. La foi chrétienne est un combat, mais pas pour écraser le monde ! Pour lui apporter son expertise — qui est ce qu’elle est : le véritable moteur de l’homme, c’est la justice illuminée par l’amour de Dieu et du prochain. C’est la base chrétienne. On peut la contester, mais c’est celle-là. — Donc : la foi chrétienne est un combat pour apporter son expertise au monde et lui offrir de SORTIR de son MiTseRaYîM intérieur en extirpant de lui toutes les racines du péché mortifère. Or cette notion de combat intérieur, de combat SPIRITUEL, s’enracine là, dans ce passage du Deutéronome : redisons-le : YiSseRâ’éL n’a pas pour mission de conquérir le monde, mais d’habiter une terre qu’il reçoit en héritage ; un héritage néanmoins dont il devra montrer qu’il est digne en ne prétendant pas à un assistanat de la part de YHWH. Le SOL lui est donné comme un POTENTIEL qu’il va falloir faire émerger en se mettant au travail pour découvrir à quel point ce SOL est une véritable BÉNÉDICTION. La vraie conquête passe sans doute par une entrée en possession de l’héritage promis, mais une fois dans la place, la conquête ne s’arrête pas là ! À YiSseRâ’éL d’apprendre à DONNER DE SOI, à SE DONNER, pour une mission qui dépasse largement les mesquineries des royaumes qu’il faudra affronter sur le terrain. « Montre-toi fort ! » C’est ce que dit en substance la fin du v. 1 : les nations se croient les plus fortes, mais toi : manifeste où est la vraie force !

C’est très important parce qu’à l’autre extrémité de la Bible, arrivera le moment où Jésus, dans la même ligne, devra se positionner devant Pilate qui lui demande : « Alors, tu es roi ? » — c’est-à-dire : es-tu plus fort que l’empereur que je représente ? — Et le Christ de répondre : « Le Règne qui est le Mien n’est pas de ce monde-ci ; si le Règne qui est le Mien était de ce monde-ci, J’aurais des gens qui se seraient battus pour que Je ne sois pas livré aux Juifs. Mais non, le Règne qui est le Mien n’est pas d’ici. » (Jn 18,36) Et on pourrait prendre le verset suivant comme l’explicitation de l’injonction lancée à YiSseRâ’éL au moment d’entrer sur le sol promis : « C’est pour cela que J’ai été engendré ; et c’est pour cela que Je suis venu dans le monde : afin de témoigner pour la vérité ; tout [être] qui est de la vérité écoute Ma voix. » (Jn 18,37) Eh bien voyez : c’est grâce à l’injonction du ch. 7 du Deutéronome : « Montre-toi fort ! », que Jésus peut affirmer son axiome devant Pilate. Il ne dit pas : « Moi, je suis le plus fort et le moment venu, j’envahirai le monde à ma manière ! » ; il dit : « Dans la tradition de Moïse que j’accomplis, tu as déjà perdu la place ! Le projet des nations que tu sers n’est pas celui que YHWH a assigné à mon peuple, donc ça n’est pas le mien non plus ! »

Alors reste qu’ici, l’injonction de Moïse a un sens assez précis : pas de compromis avec les idoles associées aux populations autochtones que les fils de YiSseRâ’éL seraient tentés de servir pour s’intégrer dans la masse. Et là, le v. 3 trahit son époque, qui est clairement celle du retour d’Exil. Il suffit d’entendre le ch. 9 du livre d’Esdras pour s’en convaincre. Je vous en lis un passage : « Quand cela fut achevé, les chefs s’approchèrent de moi [Esdras], pour parler ainsi : “Le peuple de YiSseRâ’éL, les prêtres et les LeWiYîM — les lévites — ne se sont pas séparés des peuples des sols et de leurs abominations : le KeNa“aNî /Cananéen/, le H.iTTî /Hittite/le PéRiZî /Périzzite/, le YeVOuSî /Jébuséen/, le “AMMoNî /Ammonite/, le MO‘âVî /Moabite/, le MiTseRî /Égyptien/ et le ‘ÈMoRî /Amorite/— là, on reconnaît bien le même genre de liste que dans nos versets du Deutéronome (5 noms sont les mêmes), signe que ces textes sont de la même facture rédactionnelle — Car ils ont pris leurs filles, pour eux et leurs fils. La semence sainte s’est mêlée aux peuples des sols. Les chefs et les notables ont été les premiers à prêter la main à cette infidélité.” Quand j’entendis cette parole, je déchirai mon vêtement et mon manteau, je rasais les cheveux de ma tête et ma barbe, et je m’assis, accablé. » (Esd 9,1-3) Manifestement, l’auteur deutéronomiste connaît le texte d’Esdras. Ce qu’il fait, c’est inscrire au moment même de la naissance de YiSseRâ’éL, cette nécessité de ne pas dissoudre l’ÉLECTION parmi les nations ; une ÉLECTION qui fait partie prenante de son identité. Autrement dit : soit YiSseRâ’éL est le peuple de l’ÉLECTION, soit il n’existe pas. L’ÉLECTION fait partie de sa raison d’être, dans le droit fil du Décalogue qu’on vient de voir au ch. 5.

Or de quelle dynamique relève une telle ÉLECTION ? De la dynamique des ÉPOUSAILLES, ce que vont exprimer explicitement les v. 7-8 : « YHWH s’est épris de vous et vous a élus — non que vous soyez nombreux parmi tous les peuples, car vous êtes le moindre de tous les peuples — C‘est parce que YHWH vous aime — il ne s’agit pas de sentiment ici / le sentiment est toujours velléitaire — mais d’un amour d’élection — d’un amour agapè dira Jésus, de charité donc — qui s’allie à la volonté et qui choisit de se donner fidèlement, de façon pure, et qui attend donc cette même pureté en réponse ; ce don de YHWH par amour a donné ses gages comme l’exprime la suite du verset : c’est donc parce que YHWH a choisi de vous aimer — et garde le serment qu’il a juré à vos pères, que YHWH vous a fait sortir à main forte et qu’il t’a libéré de la maison des esclaves, de la main de PaRe“oH, roi de MiTseRaYîM. » (Dt 7,7-Cool.

Là on est complètement dans la veine prophétique de HOShé“a / Osée. Il faudrait ici relire en particulier les deux premiers chapitres de son livre. C’est un prophète essentiel, un des plus anciens, dès le viiie siècle avant J.-C., dans le Nord, par qui YHWH dévoile pour la première fois son amour d’élection pour YiSseRâ’éL comme un amour d’ÉPOUX. YiSseRâ’éL est donc l’épouse qu’Il a choisie, qu’Il a élue. Du coup, s’allier aux idoles, c’est pour YiSseRâ’éL trahir l’Alliance proprement maritale conclue avec YHWH au Mont H.oRèV ; s’allier aux divinités des nations en s’imaginant qu’elles seraient plus efficaces est non seulement un leurre, mais un acte adultère ! Et c’est surtout sortir du chemin de montée que la sortie de MiTseRaYîM a inauguré et c’est perdre la BÉNÉDICTION en imaginant que n’importe quelle divinité pourrait la fournir. Alors dans la mesure où un tel danger touche à la raison d’être même de YiSseRâ’éL, le rédacteur du Deutéronome se saisit du cadre et le pose à la racine : en Moïse ; dans la TORâH !

Alors attardons-nous un peu plus sur cette courte formule : si « YHWH s’est épris de vous et vous a élus, ce n’est pas que vous soyez nombreux parmi tous les peuples, car vous êtes le moindre de tous les peuples ! » (Dt 7,7).

On a là la base de la pédagogie divine qui prend à contre-pied la logique humaine : YHWH ne choisit jamais les plus forts ; Il ne choisit pas les aînés — on le verra souvent dans l’histoire sainte —, mais leur préfère toujours leurs cadets. YHWH préfère les petits, tout simplement parce qu’eux seuls sont suffisamment humbles pour se laisser élever par un autre qu’eux-mêmes. Eux seuls savent se reconnaître FAIBLES — la faiblesse n’étant pas une défaillance, on l’a déjà dit, mais le signe que j’ai toujours besoin du secours d’un autre que moi : c’est le cœur de l’instauration de la COMMUNAUTÉ, du PEUPLE, du CLAN, de la FAMILLE —. Seuls les petits, donc, peuvent s’ouvrir à une ÉLECTION, à une Alliance NUPTIALE que YHWH leur offre. Une Alliance qui leur offre d’être libérés de la convoitise qui les tente tout autant que les autres, pour pouvoir tout recevoir de YHWH sans mettre la main dessus. C’est tout le cantique de Marie dans l’Évangile de Luc : « La Miséricorde de YHWH s’étend de génération en génération pour ceux qui Le craignent.
Déployant la force de Son bras, il disperse ceux que la pensée de leur cœur rend prétentieux.
Il renverse les puissants de leurs trônes, Il élève les humbles.
Il comble de biens les affamés, renvoie les riches les mains vides.
Il relève YiSseRâ’éL Son serviteur, faisant mémoire de Sa Miséricorde,
selon qu’Il l’a annoncé à nos pères, en faveur de ‘
AVeRâHâM et de sa semence à jamais. » (Lc 1,50-55)

Donc déclarer à YiSseRâ’éL : « Vous êtes le moindre de tous les peuples », ce n’est aucunement le rabaisser, tout au contraire ! Aujourd’hui, les “coaches” développent des techniques d’estime de soi par soi et pour soi : « Il faut que tu aies foi en toi ! » comme on dit… Sauf que c’est une perversion de la foi ! La foi en soi, c’est le Surhomme, l’übermensch de Nietzsche ! Alors qu’on l’a vu dans la dernière vidéo : il n’y a PAS DE FOI HORS DE LA CONSCIENCE D’UNE DETTE et de la gratitude qui s’ensuit ! Et le v. 8 de ce point de vue est magnifique : Sois fort, disait les v. 3 à 6 ; mais ta force ne vient pas de toi : par toi-même, tu es tout petit, disait le v. 7. Ta force, ta véritable force, dit le v. 8, est dans le pur amour d’élection — la fameuse charité, ou l’agapè en grec — et de miséricorde que YHWH a pour toi. C’est cet amour qu’Il a pour toi qui te tient debout et te donne ta force ; rien d’autre ! En tout cas rien qui vienne exclusivement de toi. Jésus sera exactement dans la même veine lorsqu’il affirmera : « Je suis la vigne et vous êtes les sarments. Celui qui demeure en Moi, et Moi en lui, porte un fruit abondant parce que sans Moi, vous ne pouvez rien faire ! » (Jn 15,5)

Voyez, cette mention de l’amour d’élection — la deuxième du livre du Deutéronome —, marque la spécificité de ce dernier livre de la TORâH. Quand on dit que l’injonction « Tu aimeras YHWH de tout ton cœur, etc. », s’inspire des traités assyriens, on n’a pas tort formellement. Mais là où la TORâH fait opérer un revirement spécifique, c’est en associant à ce commandement l’affirmation première de l’Élection de YiSseRâ’éL. Des documents parlant de l’amour du roi assyrien pour les peuples qu’il asservit, là, pour le coup, on n’en trouve aucun et on n’en trouvera jamais !

Pour la TORâH, cet amour premier d’ÉLECTION pour YiSseRâ’éL est précisément ce qui appelle, en réponse, l’amour du peuple pour son Dieu. Et c’est là qu’on peut mieux comprendre la formule de Jésus : « Sans Moi vous ne pouvez rien faire. » Saint Paul l’exprime mieux que personne : « Sans la charité, je ne suis qu’un cuivre qui résonne ! » (1Co 13,1), sous-entendu : « Sans l’amour d’ÉLECTION de YHWH, je ne suis qu’un cuivre qui résonne ! » Je suis vain parce que je suis trop rempli de moi-même pour entendre une parole d’ÉLECTION, et je suis livré aux sirènes de la convoitise.

Et là où vraiment, ça change tout, c’est que cet amour d’ÉLECTION est gros d’un prodigieux potentiel d’amitié que tout le travail de Jésus va consister à faire germer. Aux mêmes à qui il vient de dire que, sans Lui, ils ne peuvent rien faire, il dit dans l’enfilade : « Je ne vous appelle plus serviteurs, mais amis. » (Jn 15,15) Pourquoi ? Parce qu’au nom du Père, le Christ les aime d’élection et qu’ils sont, dans leur humilité, ouverts à cette ÉLECTION par un autre qu’eux-mêmes : « Ce n’est pas vous qui M’avez choisi — élu —, mais c’est Moi qui vous ai choisis — élus —. » (Jn 15,16) Et parce que cet amour d’ÉLECTION conduit à l’amitié, alors oui : il s’agit d’un amour d’épousailles et de joie pour lequel il est essentiel que quelqu’un d’autre que nous, YHWH en l’occurrence, ait fait le premier pas. Rappelons-nous toujours : « Quelqu’un m’appelle, donc j’existe ! ». Jamais, au grand jamais, le vaniteux « Je pense donc je suis » ne conduit à l’amitié… du moins tel qu’on le comprend de nos jours.

La fin du verset 8 confirme à nouveau, si nécessaire, la référence fondatrice de la pensée deutéronomiste qui s’enracine définitivement dans l’acte de libération de MiTseRaYîM, comme témoin historique de l’ÉLECTION dont YiSseRâ’éL fait l’objet de la part de YHWH. Ce qui maintient la conscience de la DETTE dans la mémoire quotidienne du peuple ; une dette d’amour qu’il est tenu de ne pas oublier — par l’exercice des mémoriaux, on n’y revient pas — pour pouvoir l’honorer, c’est-à-dire la faire fructifier, s’il veut pouvoir rester sur le SOL qu’il s’apprête à conquérir.

Voilà. Je vous laisse lire ces quelques versets et goûter leur richesse infinie. N’oubliez pas éventuellement de faire un don à l’association qui gère le site de La Bible en Tutoriels, en bas à gauche de la page d’accueil. Nous verrons la suite la prochaine fois. Je vous remercie.



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La Bible en tutoriels - Le Deutéronome (père Alain DUMONT) - Page 2 Empty Une Révélation bouleversante

Message par Gabuzo Lun 28 Mar 2022 - 12:29


Bonjour,

Nous poursuivons notre lecture du ch. 7 du livre du Deutéronome, à partir du v. 9. Littéralement, on lit : « Tu connais que YHWH, ton ‘ÈLoHîM, c’est Lui l’‘ÈLoHîM, le ‘ÈL véritable » qui garde l’Alliance et la Miséricorde pour ceux qui L’aiment d’élection, pour ceux qui gardent ses commandements pour mille générations. » (Dt 7,9) Véritable au sens de « digne de foi », de la racine ‘âMaN. Un peu comme Jésus qui, dans l’Apocalypse de saint Jean, déclare : « Voici ce que dit le ‘ÂMéN, [c’est-à-dire] le témoin digne de foi et véritable, le Principe de la création d’‘ÈLoHîM ! » (Ap 3,14) On reconnaît les mêmes intonations.

Alors posons-nous la question : quelle est cette CONNAISSANCE à laquelle accède YiSseRâ’éL, de l’intérieur de l’Élection ? Eh bien ce n’est rien de moins que la CONNAISSANCE qui préside au Décalogue. Maintenant on sait qu’il ne s’agit pas pour YiSseRâ’éL d’aimer YHWH “pour” être aimé de Lui, mais bien l’inverse ! Il s’agit de choisir d’aimer YHWH PARCE QUE YiSseRâ’éL est aimé de Lui, est CHOISI, ÉLU par Lui ; appelons-ça come on veut. YHWH s’est ÉPRIS de YiSseRâ’éL, disait le v. 7. Voilà la CONNAISSANCE dont il est question. Et c’est une connaissance prodigieuse ! Il suffit pour s’en rendre compte de se référer à notre propre expérience : qu’y a-t-il de plus gratifiant, de DIRE à l’autre « je t’aime », ou de nous ENTENDRE DIRE, en réponse à notre amour, « je t’aime » ? De s’entendre dire « Je t’aime », évidemment ! Parce que ce « Je t’aime » nous introduit à une CONNAISSANCE que nous ne savons pas produire pour nous-mêmes ! Chaque fois que l’être aimé répond à notre amour par ces mots : « je t’aime ! », se produit un miracle : on se sent pousser des ailes ! À chaque fois, c’est nouveau et on ne s’en lasse jamais ! Dit autrement, quand celui ou celle que j’appelle à m’aimer prononce ces mots à mon égard : « Je suis épris de toi », c’est CHAQUE FOIS une RÉVÉLATION, dont j’ai tellement besoin dans la mesure, encore une fois, où je ne sais pas me dire ces mots à moi-même. Ainsi en va-t-il, en ce sens, de ce qu’on appelle la RÉVÉLATION biblique, donc la RÉVÉLATION divine.

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Mais allons plus loin : Franz Rosenzweig, dans L’Étoile de la Rédemption dont je vous ai déjà parlé plusieurs fois tellement son ouvrage a inspiré la philosophie du XXe et du XXIe siècle ; Franz Rosenzweig donc disait que les véritables mots de l’amour ne consistent pas en l’affirmation « Je t’aime », mais en la supplique : « Aime-moi ! » C’est une merveilleuse intuition ! Dire : « Je me suis épris de toi », ce n’est pas dire : « Je t’aime », mais « Aime-moi ! », « Est-ce que tu veux bien répondre à mon amour ? » ; c’est dire : « Mon amour pour toi me rend vulnérable devant toi puisque je ne sais pas, par moi-même, donner de réponse à ma supplique ! » Autrement dit, l’amour d’élection, le vrai, ne consiste pas à affirmer l’élan que j’ai vers l’autre, mais à lancer vers l’autre un APPEL qui, s’il y répond, nous fait trouver à tous les deux, du cœur de la communion singulière qui dès lors nous unit, les ressources dont nous avons besoin pour exister à plein, ensemble ! C’est absolument fantastique, mais quelque part, c’est terrible, parce qu’on s’aperçoit que l’individualisme n’existe juste pas ! Et nombreux sont ceux qui ne supportent plus l’idée de devoir en passer PAR UN AUTRE qu’eux-mêmes pour exister !

Enfin quoi qu’il en soit, ce qui est encore plus surprenant, c’est la RÉVÉLATION que cet appel, de manière totalement improbable, constitue l’ÊTRE MÊME de YHWH ! — « Aime-moi ! » — Voilà ce qui revêt le nom de RÉVÉLATION, de DÉVOILEMENT, c’est-à-dire en fait : d’APOCALYPSE. YHWH ne se révèle pas tant dans l’affirmation qu’il nous aime, que dans la FAIBLESSE dans laquelle Le plonge cet amour d’élection ! Wow ! Voilà l’APOCALYPSE !

Donc dès l’Ancien Testament, la RÉVÉLATION manifeste un DIEU qui se rend vulnérable au point de DÉPENDRE de la réponse d’amour de l’homme ; et plus précisément ici de DÉPENDRE de la réponse d’amour de YiSseRâ’éL. YHWH, dans la TORâH, se révèle d’emblée MENDIANT, et c’est cet état de MENDIANT qui confère à cet Être sa TOUTE-PUISSANCE. La toute-puissance révélée par la TORâH est celle d’une LIBERTÉ ABSOLUE qui refuse de manipuler qui que ce soit, en n’étant elle-même qu’un pur élan d’amour ; qu’un pur CRI lancé comme un trait à travers toute la création : « Aime moi ! », et auquel seul l’homme sait potentiellement répondre, parce que créé à l’Image de YHWH, il est la seule créature douée de Parole, capable de RÉPONDRE. Or dès que la réponse favorable est donnée, voilà que la Création est renouvelée : renouvelée dans son élan pour porter des fruits d’éternité, dans la puissance d’une Alliance par laquelle YHWH s’est attaché à l’homme pour lui confier de porter la Création jusqu’à ses sommets les plus élevés.

Alors poursuivons encore sur ce chemin, parce que nous sommes vraiment là sur une question essentielle : La TORâH nous enseigne que prononcer ces mots : « je t’aime » sera pour nous TOUJOURS une RÉPONSE à l’espérance d’un autre, et jamais une injonction première ! Et allons ici jusqu’au bout : si jamais ces mots devenaient une injonction première, ils trahiraient potentiellement un amour pervers qui se donne pour objectif de mettre la main sur celui ou celle qu’il désignent comme objet de cet amour ! Par peur d’une réponse négative à sa supplique, le pervers devance toute réponse possible en se saisissant de l’être aimé, et en en faisant son esclave, tout en lui disant « Je t’aime » ! C’est terrible !

Seule donc la supplique « Aime-moi, parce que je me suis épris de toi, parce que je t’ai élu(e) », seule cette supplique qui s’en remet intégralement à la réponse LIBRE de l’aimé(e) est donc digne de foi ! Et dès lors que la réponse positive est formulée, voilà que LES DEUX, le fiancé et la fiancée, YHWH et YiSseRâ’éL, s’en trouvent grandis, confortés, apaisés, fortifiés pour aller de l’avant, partir ENSEMBLE à l’aventure.

Alors certains pourront s’effaroucher : YHWH ne peut pas être grandi de la réponse de l’homme, puisqu’il est Dieu et qu’en tant que tel, il est parfait ! Oui, du point de vue de la théodicée, de la Philosophie qui tente d’expliquer ce que dieu peut signifier pour la RAISON humaine, comme ce fantasme de perfection au regard d’un monde qui, lui, est ressenti comme imparfait à cause du mal qui semble y régner. Et c’est une vraie question, que vient précisément bousculer la TORâH : YHWH n’est pas “parfait” au sens où il serait tout-puissant façon philosophique ! C’est en tant qu’il n’est qu’AMOUR qu’il est tout-puissant ! Or la Toute-Puissance de l’amour ne consiste pas a avoir tout cadré d’avance, mais à être ouvert à TOUS LES POSSIBLES. Il y a une ouverture en YHWH qui est infinie, et pour qui veut bien s’attacher à Lui en répondant à son appel d’amour, tous ces possibles composent des milliards de milliards de combinaisons de BÉNÉDICTION virtuelles que YHWH se réjouit de voir germer au fil d’une histoire sur laquelle Il refuse définitivement de mettre la main !

Voilà donc LA RÉVÉLATION, offerte à tous ceux qui acceptent de rentrer dans le jeu de l’amour d’élection ; YHWH, le DIEU LIBÉRATEUR, se présente à eux comme un MENDIANT, le cœur battant, dans l’espérance de leur réponse positive pour que s’ouvre enfin l’aventure que seule autorise la COMMUNION entre deux amours parvenus à l’unisson. Dans l’autre cas, celui d’une réponse négative, eh bien c’est la Croix… la Croix comme l’accomplissement ultime, absolu de ce positionnement d’un amour d’élection qui REFUSE irréductiblement de tomber dans la perversion de la convoitise qui consiste à obliger l’autre à aimer.

Rien de tout ça, donc, en YHWH, et c’est là, je pense, qu’on touche du doigt l’importance cruciale de la RÉVÉLATION. Il ne s’agit en rien d’une connaissance ésotérique, mais d’une mise en lumière POUR TOUS d’un AMOUR dont le mot ultime, face au refus de l’homme de le considérer, va s’exprimer en Jésus sur la Croix où YHWH en personne va monter librement pour nous rejoindre ultimement sur le chemin de la malédiction pour nous dire : « Allez, relève-toi ! Aime-moi ! Tout est encore possible ! » C’est ce qu’on appelle la MISÉRICORDE, on va le voir dans un instant.

Quand on a compris ça, mais comment peut-on encore croire que YHWH veuille nous “punir” en nous envoyant des tuiles en représailles ? Les effets de nos fautes, en retombant immanquablement sur nous, se suffisent amplement à eux-mêmes ! Ils témoignent par eux-mêmes du chemin de malédiction sur lequel nous nous sommes témérairement engagés… et sur lequel, parce qu’Il ne cesse de faire retentir sa supplique, YHWH vient planter la Croix ! Wow !

J’espère en tout cas qu’on comprend mieux comment l’épisode de la Passion du Christ ne peut en fait s’exprimer que parce que la TORâH lui aura préparé le chemin en manifestant que la RÉVÉLATION divine est la mise au jour d’un AMOUR d’élection, pur de toute perversion, et dont la seule expression est : « Aime YHWH de tout ton cœur ! », « Aime-Moi ! ». Non comme un ordre mais comme une supplique ! Une supplique divine qui fait toute la différence entre YHWH, le DIEU de la TORâH, et les idoles ; entre YHWH et le dieu des philosophes, quels qu’ils soient.

En tout cas, voyez, revenir aux paroles de la TORâH, c’est toujours se mettre en position d’entendre la voix de YHWH comme une RÉVÉLATION. C’est donc se mettre en position pour une part FILIALE, et d’autre part NUPTIALE ! Dans un cas comme dans l’autre, que je le veuille ou non, je consens à ne pas tout savoir ; je consens à ne pas être à l’origine de tout, ne serait-ce qu’en amour puisque redisons-le : je ne sais pas me donner à moi-même les paroles qui m’apprennent que je suis attendu. Et si par malheur nous nous avisons de nous blaser de cette RÉVÉLATION par laquelle YHWH nous fait CONNAÎTRE cet Amour mendiant, alors c’en est fini de l’espérance, parce que c’en est fini de la foi ! Le danger est terrible pour celui qui répond sans arrêt : « je sais, je sais ! » ; parce qu’arrivera immanquablement le moment terrifiant où il se verra obligé de dire : « Si j’avais su… » !

C’est précisément en ce sens que le v. 10 avertit de malédiction ceux qui « haïssent » YHWH. Alors comme tel, le propos peut choquer, mais regardons l’hébreu : on a ici le verbe ShâLaM, qu’on traduit par ‘rétribuer’, ‘payer de retour’, ‘riposter’, voire même ‘user de représailles’…  Mais ce verbe dit d’abord ‘mener à son accomplissement’, ‘mener jusqu’au bout’. Donc Moïse ne parle pas ici d’un Dieu qui punirait : il dit que YHWH validera jusqu’au bout la démarche des haïsseurs ; et si c’est leur choix, in fine, après avoir mis tout en branle pour les appeler, Il les laissera se rendre définitivement prisonnier de la mort. Ce n’est donc pas qu’il les fasse périr, mais YHWH laisse celui qui s’enferme dans le refus d’être aimé, aller sur le chemin de la malédiction et de la mort si tel est son choix. Ses actes mortifères rejailliront en toute justice sur lui : où est le problème ? Saint-Augustin disait qu’une manière pour Dieu de punir le pécheur, c’est de lui accorder ce qu’il demande… C’est un peu ça ! Maintenant, le texte fonctionne comme une alarme : un pécheur averti en vaut deux : nous connaissons les conséquences d’un choix mortifère, mais sachant ça, le v. 11 va néanmoins exhorter à suivre le chemin de la bénédiction et de la vie ! Comme dira le ch. 30 : les deux chemins sont devant toi, et il n’y a pas de chemin médian. À l’homme de choisir. Et Jésus ne dira pas autre chose, à sa manière : « Nul ne peut servir deux maîtres : ou bien en effet il haïra l’un et aimera l’autre ; ou bien il s’attachera à l’un et méprisera l’autre. Vous ne pouvez pas servir Dieu et MâMON. » (Mt 6,24).

Alors pour comprendre la suite, on va faire un peu d’exégèse. Début du v. 12, sans crier gare, apparaît la seconde personne du pluriel… « Tu garderas le commandement que Je te donne aujourd’hui. Et il arrivera, après que vous aurez écouté ces jugements, les aurez gardés et les aurez faits, que YHWH gardera l’Alliance et la Miséricorde qu’Il a jurées à tes pères ! » (Dt 7,11-12) On pourrait très bien passer du v. 11 à la seconde moitié du v. 12 : « Tu garderas le commandement que Je te donne aujourd’hui […] et YHWH, ton ‘ÈLoHîM, gardera pour toi l’alliance et la fidélité qu’Il a jurée à tes pères. » (Dt 7,11.12b). Ça fonctionne. Ce qui suggère qu’un rédacteur a tenu à intercaler la première partie du v. 12 : « Et il arrivera etc. », non pas tant pour expliciter la dimension conditionnelle de la rétribution que pour allumer un éclair prophétique. Il n’a pas inventé ce bout de phrase ; elle était sûrement disponible dans la mémoire, et il l’a inséré sans se donner le droit d’harmoniser le singulier et le pluriel d’une proposition à l’autre. Voilà : cette parole existe ; elle trouve ici sa vraie place ; on l’insère telle qu’on l’a apprise. Point. C’est comme ça à l’époque, et ça ne manque pas d’intérêt !

Ceci dit, cette incise commence par : WeHâYâH, « Et il arrivera ». Voilà une expression que les prophètes utilisent assez souvent pour signifier l’accomplissement de ce qu’ils annoncent. Par exemple chez HOShé“a / Osée : « וְהָיָ֤ה בַיּוֹם־הַהוּא » — WeHâYâH BaYOM HaHOu : « Et il arrivera en ce jour-là — oracle de YHWH — que tu M’invoqueras comme “mon Époux” et tu ne M’invoqueras plus comme “mon Ba“al” — c’est-à-dire mon Maître —. » (Os 2,18). On pourrait trouver des dizaines d’autres exemples, mais en attendant, tout à coup, on découvre que ce verset n’est pas une sentence conditionnelle : « Si tu fais ceci, tu auras ça ! », mais une PROPHÉTIE : « Si tu gardes les commandements, TU VERRAS — et voilà la prophétie — Tu verras que YHWH garde l’Alliance ; tu entendras Son appel : « Aime-moi ! » et tu sauras comment répondre et tu découvriras que tu es béni ! Et cette bénédiction rejaillira sur tes pères, on va le voir dans un instant.

C’est sûr que ça colore différemment ce qui suit, parce que ça ne place plus les bénédictions de l’Alliance comme une récompense, mais comme le canal par lequel YHWH fait fructifier l’Alliance. C’est la parabole du semeur, si vous préférez. Les commandements sont essaimés un partout comme autant d’APPELS — « Aime Moi ! » —, et là où ils sont reçus par une bonne terre, une terre travaillée, rendue disponible à la RÉVÉLATION de YHWH, alors Moïse le promet au nom de YHWH : les fruits surabonderont !

Du coup, alors que suite à la faute des pères, le peuple a fait l’expérience de la malédiction dans l’Alliance — 40 ans dans le désert, c’est-à-dire une génération entière —, par la fidélité des fils, aujourd’hui, voilà que les bénédictions sont redonnées et, on vient de le dire, rejaillissent sur les pères ! On est là au cœur de toute la prophétie biblique, et de l’âme juive, avec ce sens de l’observance inscrit au plus profond de l’être. Écouter YHWH ne consiste pas seulement à observer le droit, mais à faire en sorte que la vie reçue, la bénédiction ne concerne pas uniquement l’individu, mais tous ceux que cet individu porte avec lui, : sa descendance bien sûr, mais aussi son ascendance, toute infidèle qu’elle eut pu être vis-à-vis de la TORâH. Alors là évidemment, ça fonde la conception catholique de la prière pour les défunts. Il ne s’agit pas d’une incantation : « Aie pitié de nos défunts ! », mais de l’assurance qu’en vivant dans la fidélité à YHWH, en répondant à sa supplique d’amour qui a résonné singulièrement en Jésus Christ, cette réponse rejaillit sur nos défunts, quand bien même ils auraient été infidèles. Parce que ces défunts sont nos pères, ils sont en attente — dans le Shéol, tout simplement, qu’on peut appeler le purgatoire si on veut, mais attention à tous les fantasmes qui sont associés à ce terme — Donc parce que ces défunts sont nos pères, parce qu’ils nous sont charnellement liés, ils sont en attente de NOTRE RÉPONSE d’amour, de sorte que la bénédiction rejaillisse sur eux, grâce à la MISÉRICORDE d’un Dieu qui ne se dédie jamais tant qu’il est encore temps ; et qu’ENSEMBLE, nous entrions dans le royaume éternel au dernier jour.

Autre point : cette vision de l’appel lancé par YHWH illumine une morale qui consiste, en se fondant sur la Bible, non pas à « faire le bien », mais à RÉPONDRE positivement jusqu’au bout à l’amour d’élection dont nous sommes l’objet et qui fait de nous des êtres RESPONSABLES ; des hommes et des femmes QUI RÉPONDENT et DONT l’Église RÉPOND devant YHWH : « Voilà, il est des nôtres ! C’est un vrai fils d’Israël qui se met au service de la justice ! » ; ou « C’est un vrai chrétien qui se met au service de la charité ».

Là, on est vraiment au cœur du cœur de l’HUMILITÉ ! « Je ne suis pas celui qui décide par lui-même ce qui est bien ou mal, selon mon point de vue. Je suis un homme ou une femme qui se met à l’écoute de la TORâH et des Évangiles pour répondre à un APPEL qui me précède, un APPEL vivant qui me met au service de la VIE ! Et grâce aux prophètes, on sait que l’observance de la TORâH, par la RÉPONSE qu’elle constitue, mène à la COMMUNION avec YHWH, de sorte que se déploie sa Miséricorde dans le concret de l’existence. La Miséricorde, c’est ce regard que pose YHWH sur moi ; un regard qui ME PARLE et qui me RELÈVE si je suis tombé : « Je sais que tu es tombé, mais est-ce que tu veux bien m’aimer malgré tout ? — voyez ? l’amour de YHWH ne se détourne pas : il s’offre toujours à aimer, voilà la Miséricorde ! — Ta RÉPONSE d’amour est toujours possible, et c’est elle qui te relèvera ! ». Là, quand cet appel résonne, ça “parle” en moi : quelqu’un m’appelle, et ça me relève, je sens que je suis BÉNI, je sens que J’EXISTE !

Et c’est là tout l’enjeu des MÉMORIAUX qu’évoquent les v. 13 à 15. Les offrandes à partir desquelles l’homme s’élève vers YHWH ne sont efficaces que si elles sont la MÉMOIRE de l’amour premier de YHWH — « Aime-moi ! » — auquel l’homme se fait fort de RÉPONDRE et à travers quoi s’ouvre pour lui le chemin de la vie et de la bénédiction.

Seulement là encore, attention : ces v. 13 à 15 ne parlent pas de magie ! YHWH n’est pas ce petit chef qui, parce qu’il est content de l’amour qu’on lui rend, claque des doigts pour octroyer des croquettes à ses toutous ! Sur le sol que tu vas conquérir, dans l’énergie que procure ta RÉPONSE à Mon amour, tu vas te mettre au travail ! Tu vas exploiter le potentiel du sol dont tu vas hériter, et tu verras tout ce dont cette terre est prometteuse ! Tu vas travailler et tu trouveras les remèdes qui guériront tes maladies — c’est dans le texte —, alors que les autres peuples, eux, seront emportés par n’importe quelle plaie dans la mesure où ils ne sauront pas où trouver l’énergie de se relever ; alors que toi, si !

C’est valable jusqu’à aujourd’hui, on l’a déjà évoqué par ailleurs : Vous mettez des Bédouins sur ce sol, et deux millénaires plus tard, rien n’a changé ; le sol s’est même détérioré à force de n’être pas travaillé. Vous y plantez une communauté juive, et dix ans plus tard, ce même sol devient un coin de paradis parce qu’il y a cet APPEL, cette ÉLECTION inscrite dans sa chair à laquelle nos frères Juifs se font forts de RÉPONDRE ! On peut aussi penser aux moines du Moyen-Âge qui, toujours pour répondre à l’Appel de YHWH par la médiation du Christ Jésus, ont assaini des millions d’hectares marécageux pour offrir à l’Europe ses sols parmi les plus fertiles ! Tout était là, potentiellement, mais il y fallait le travail de l’homme dont l’élan s’enracine dans la TORâH, dans l’Appel de YHWH à l’aimer et à obéir à sa parole de vie, bref à sa RÉVÉLATION ! Et la bénédiction a été surabondante !

Allez, pour terminer par un sourire : les Chinois ont quelque part compris cette dynamique. Il n’est rien de dire que la Chine compte les esprits les plus laborieux de l’humanité, et ils ne comprennent pas pourquoi YiSseRâ’éL, le plus petit de tous les peuples, leur dame le pion dans tous les domaines ! Du coup, que fait la Chine, la plus grande de toutes les nations ? Elle rend visite à YiSseRâ’éL, comprend que son ressort le plus puissant est l’étude du Talmud — qui réfléchit aux moyens, pour YiSseRâ’éL, de RÉPONDRE à l’appel de la TORâH — Ces Chinois décident alors de revenir chez eux et de monter des centres d’études juives pour avoir leur part de bénédiction ! D’où ces Talmud Business Hotel qui fleurissent un peu partout, comme à Taichung, qui se décrivent ainsi sur leurs sites : « Dans chaque chambre, vous trouverez une copie du Talmud-Business Success Bible pour que chacun puisse faire l’expérience de la voie du Talmud vers le succès. » Et peut-être que certains rencontreront YHWH par ce biais… pourquoi pas ? Comme quoi on n’a pas fini de rigoler !

Enfin voilà. On s’arrête là pour cette fois. Prenez le temps de relire ces quelques versets et de les laisser vous convaincre d’écouter l’appel de YHWH ; d’inscrire cet appel dans votre cœur pour choisir d’y RÉPONDRE en vérité et découvrir à quel point vous êtes BÉNI(E)S, vous et votre famille, vous et votre peuple — l’Église pour les chrétiens.

Je vous remercie.
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La Bible en tutoriels - Le Deutéronome (père Alain DUMONT) - Page 2 Empty Mange les peuples ?!?

Message par Gabuzo Dim 24 Avr 2022 - 15:44


Bonjour,

Nous terminons aujourd’hui la lecture du ch. 7 du Deutéronome, qui surprend un peu quand même. Suite à un passage uniquement centré sur les bénédictions, le v. 16 renoue avec une violence assez radicale. Du moins dans une première lecture, parce qu’il faut lire très précisément ce verset pour l’entendre en vérité.

Littéralement : « Mange tous les peuples que YHWH, ton ‘ÈLoHîM, te donne ! » (Dt 7,16). Là, c’est vraiment très malencontreux de traduire « manger » par « dévorer » ou pire : « supprimer ». Dévorer, c’est détruire. Manger, c’est assimiler. Ça n’est pas la même chose. Du coup, on peut entendre ce verset de manière déjà bien différente : « Assimile tous les peuples que YHWH te donne ! » (Dt 7,16). On est donc dans la ligne du ch. 6 : « Lorsque YHWH ton ‘ÈLoHîM te fera venir vers le Sol qu’Il a juré à tes pères, ‘AVeRâHâM, YTseRâQ et Ya”aQoV, de te donner, avec des villes grandes et bonnes que tu n’as pas bâties, avec des maisons pleines de tous biens que tu n’as pas remplies, avec des puits que tu n’as pas creusés, avec des vignes et des oliviers que tu n’as pas plantés, mange — Ah ! même verbe qu’en 7,16 — et rassasie-toi, mais garde-toi d’oublier YHWH qui t’a fait sortir du sol de MiTseRaYîM, de la maison des esclaves ! » (Dt 6,10-11)

Donc on entend mieux le commandement : « Assimile tous les peuples ! », mais reste la question : qu’est-ce que ça veut dire ? Rien d’autre en définitive que : « Ne te laisse pas assimiler par eux », c’est-à-dire : « ne te laisse pas séduire, ne te prosterne pas devant leurs divinités. » Raison pour laquelle le verset poursuit : « Ton œil ne sera pas complaisant pour eux : tu ne serviras pas leurs ‘ÈLoHîM, car c’est un piège pour toi ! » (Dt 7,16). Alors évidemment, si on traduit par “dévorer” ou “supprimer”, le texte pousse au génocide sans compassion ! Sauf que la fin du verset nous interdit justement d’aller dans cette direction : l’objectif n’est pas d’anéantir les peuples du Sol, mais de ne pas adorer leurs idoles !

Alors relisons maintenant ce verset avec une traduction qui prend en compte ce qu’on vient de dire : « Assimile tous les peuples que YHWH te donne ! Ton œil ne sera pas complaisant pour eux : tu ne serviras pas leurs ‘ÈLoHîM, car c’est un piège pour toi ! » (Dt 7,16). C’est exactement en ce sens que Jésus dira : « Quiconque regarde une femme en brûlant de désir pour elle, a déjà commis l’adultère dans son cœur. » (Mt 5,28). Même chose : pas de complaisance pour ne pas tomber pas dans le piège ! Et la comparaison avec Jésus n’a rien d’incongru ici concernant la fidélité dans le mariage, puisqu’on sait, depuis le v. 7, que YHWH s’est épris de son peuple qu’Il a choisi pour Épouse. En termes prophétiques : tu ne commettras pas l’adultère avec leurs Ba“aL ! Dit autrement : Assimile les peuples pour ne pas te laisser assimiler par leurs croyances. Grâce à la TORâH de vie, tu es en capacité de le faire !

Et de fait : concrètement, Israël s’est bien construit en assimilant les peuples du Sol. Vous vous souvenez qu’on a vu que YHWH était déjà vénéré par un certain nombre de peuples, dont beaucoup étaient sur le Sol de KaNa“aN. Ce qui s’est passé au fil de l’histoire, c’est dans un premier temps une sorte d’harmonisation de ce culte sous la férule des Roi du Nord et sous l’inspiration de prophètes comme “ÂMOS ou HOShé“a / Osée. Cette harmonisation va passer la vitesse supérieure sous les coups de l’invasion assyrienne qui va générer la première vague de réfugiés dans le Royaume de Juda. Et puisqu’à quelque chose malheur est toujours bon, à partir de ce moment-là, au VIIIe siècle, grâce à l’écriture alphabétique linéaire qu’apporte la culture assyrienne, vont pouvoir être édités les premiers linéaments du Deutéronome. Grâce à ce début de mise par écrit de la TORâH, le roi Yo’ShiYâHOu /Josias va commencer à imposer la centralisation du culte à Jérusalem de sorte que tout un travail d’assimilation se met en branle.

Là-dessus, invasion babylonienne qui descend cette fois jusqu’en Juda : destruction de Jérusalem et du Temple, exil des notables, etc. Ce qui ne doit pas nous faire oublier ceux qui, au travers de tous ces événements, vont RESTER sur le Sol. Parce qu’eux aussi, à leur manière, sont marqués par l’histoire ! Eux aussi à leur manière, sans le Temple, vont chercher à pérenniser le culte de YHWH sur place ! Du coup, quand, un demi-siècle plus tard, les exilés sionistes reviennent, évidemment que l’évolution n’a pas été la même entre ces deux groupes juifs, d’où les conflits internes d’autant plus violents qu’il n’y a désormais plus de roi comme figure unificatrice !

C’est un certain NeH.èMeYâH / Néhémie, au milieu du Ve siècle alors que l’empire Perse vient de renverser Babylone, qui est envoyé à Jérusalem comme plénipotentiaire du roi pour rebâtir Jérusalem et stabiliser politiquement la province de Judée. Or comment va-t-il s’y prendre ? En réorganisant le culte et en relançant l’assimilation ! Une assimilation à partir de laquelle vont être rassemblées toutes les traditions du Sol liées aux anciens sanctuaires voués à YHWH, au Nord et au Sud, et chacun attaché à diverses figures patriarcales comme ‘AVeRâHâM, YiTseRâQ et Ya”aQoV, mais aussi YOSéPh ; quatre figures fondatrices, donc, qui vont s’articuler sur une cinquième qui n’est pas à proprement parler « patriarcale » au sens où il n’a pas eu de descendance active dans l’histoire ; je veux parler bien évidemment de Moïse. Toujours est-il que c’est à partir de ce retour d’Exil, donc, que vont être fédérées, assimilées en une seule famille toutes ces traditions, sous l’égide de ce qu’on désignera sous le nom des « Tribus d’Israël ». Voilà, dans ses grandes lignes, la fameuse ASSIMILATION que notre v. 16 rend légitime en la plaçant sous l’approbation de la TORâH.

Donc c’est un travail de longue haleine, qui ne s’est évidemment pas fait sans accrocs ; et si on va bientôt faire le récit de la conquête du Sol avec YeHOShOu“a / Josué, c’est bien sûr pour fonder dans les tout débuts l’unité des fameuses “tribus” ; même si dans les faits, cette unité ne sera effective qu’à partir de l’assimilation judéenne du Ve siècle. Mais c’est aussi pour garder en mémoire que le Sol de l’héritage ne se résume pas à la seule province de Judée : cet héritage dans le Nord jusqu’aux Montagnes du Liban, et dans le sud jusqu’à l’Oued de MiTseRaYîM dans le désert du NèGèV. Alors on ne va pas parler ici des batailles que rapporte le livre de YeHOShOu“a / Josué, ça n’est pas notre objet. Disons simplement que ces récits guerriers s’inspirent semble-t-il assez largement des chroniques assyriennes. Pour asseoir leur pouvoir, les Assyriens avaient cette habitude de placarder dans tous les hauts lieux de l’empire les récits des batailles qui leur avaient valu leur légitimité impériale au nom du dieu ASsuR. Or on retrouve le même genre de propagande dans le livre de YeHOShOu“a qui va suivre : on peint un tableau de guerre idyllique où sont bien marquées les frontières du Sol qui constitue l’héritage de YHWH. Mais quoi qu’il en soit, en mettant cet impératif d’assimilation sous l’égide de Moïse — avant, donc, de pénétrer sur le Sol promis —, le rédacteur du Deutéronome est en train ici de valider, de légitimer cette assimilation qui, dans les faits, a demandé du temps — il ne le sait que trop bien, lui qui vit plus de cinq siècles après le récit qu’il met en scène. Bon, j’espère que vous ne vous perdez pas trop dans toutes ces allées venues dans le temps…

Ceci dit, maintenant, notre récit pose une autre question : si ce Sol constitue précisément l’héritage des Fils de YiSseRâ‘éL, ça suppose par conséquent que les nations en face sont déshéritées. Et c’est ce que dit explicitement le v. 17 : « Comment pourrai-je les déshériter ? » (Dt 7,17) — on traduit le plus souvent par “déposséder”, mais c’est beaucoup plus subtil que ça — Ça veut dire quoi ? Ça veut dire que ce Sol a une destination singulière, qui est d’être le lieu où est honoré YHWH par l’observance de la TORâH ! Donc si les nations qui l’occupent n’observent pas cette TORâH, c’est que ce Sol ne leur est pas destiné, tout simplement. Sauf qu’attention : l’argument vaut évidemment pour YiSseRâ‘éL ! Accepter ce Sol en héritage suppose pour le peuple de se mettre en travail sur lui-même pour soulever le Joug de la TORâH ! Il ne s’agit surtout pas, à la manière des empires conquérants, de se considérer comme une nation qui jouirait de se sentir toute-puissante sous prétexte qu’elle aurait l’appui de YHWH ! Il ne s’agit pas de prendre le pouvoir. Il s’agit de répondre à l’exigence de YHWH qui veut que, sur CE Sol, et pas un autre, un culte véritable Lui soit rendu. Ce qui par ailleurs est une manière de dire aux Fils de YiSseRâ‘éL : Je vous interdis de conquérir d’autres sols, d’autres pays. Installez-vous LÀ, et à partir de là, faites rayonner la lumière de la TORâH pour tous les peuples de la terre ! Il y a donc une véritable VISION derrière cette installation ; et donc une exigence, on vient de le dire ; une exigence qui, si elle n’est pas tenue, aura pour conséquence que l’héritage sera perdu par YiSseRâ‘éL, et que le Sol sera restitué aux nations. L’auteur du Deutéronome ne le sait que trop bien ! Ce fut la grande angoisse de l’Exil : YHWH nous aurait-Il déshérités ??? Non, répondent les prophètes : revenez à YHWH, et vous retrouverez l’héritage ! Et le but premier de la rédaction de la TORâH n’est pas ailleurs que de tout faire pour que l’héritage ne soit pas perdu : l’Exil a été un avertissement suffisamment cuisant pour qu’on ne tergiverse plus en la demeure !

Reste que le piège guette YiSseRâ‘éL, et c’est précisément ce que racontent les livres de SheMOu‘éL / Samuel et des Rois : « Tous les anciens de YiSseRâ‘éL se rassemblent et viennent auprès de SheMOu‘éL à Rama. Ils lui disent : “Voilà que tu as vieilli et tes fils ne vont pas sur tes chemins ; maintenant donc, établis sur nous un roi pour nous juger comme toutes les nations ! » (1S 8,4-5) Wouaille ! Maintenant, j’espère qu’on voit bien le danger ! D’autant que la Bible nous dit bien que ce piège mènera à la division et à la déportation ! La royauté en YiSseRâ’éL, c’est un échec cuisant, qui reste inscrit comme tel dans la chair de YiSseRâ’éL ! La seule royauté qui vaille, c’est celle de YHWH, dont Jésus, qui est Roi, dira qu’elle n’est pas de ce monde ! « Pilate appela Jésus et lui dit : “C’est toi, le roi des Juifs ?” […] Jésus répondit : « Mon règne, le mien, n’est pas de ce monde-ci. Si mon règne à moi était de ce monde-ci, mes gens à moi auraient combattu pour que je ne sois pas livré aux Juifs ; mais non, mon Règne à moi n’est pas d’ici.” » (Jn 8,33.36). Vous entendez ? Jésus est dans le droit fil du Deutéronome. Ce qui est d’autant plus nécessaire, dira la tradition chrétienne, qu’a posteriori, en tant que Jésus est la MèMeRaH de YHWH, le Verbe du Père, Il n’est donc rien de moins que l’inspirateur divin de toute la TORâH… Alors évidemment, ce point-là est une pierre d’achoppement pour nos frères Juifs, mais en attendant, si la tradition chrétienne perd ce fondement, elle se met à son tour à fonctionner comme les nations ; elle se réduit à une simple communauté morale et là, elle perd inévitablement l’héritage offert par l’Évangile !

Alors pour en revenir à notre texte, c’est exactement pour prévenir ce piège mortel que les v. 18 à 20 s’érigent comme un rempart : face à l’entreprise que demande YHWH et qui te dépasse ; qui semble être complètement fou humainement parlant et t’entraîner vers la mort, mets ta peur dans ta poche et FAIS MÉMOIRE ! « Si tu dis en ton cœur : “Ces nations sont plus nombreuses que moi ; comment pourrais-je les déshériter ?”, n’en aie pas peur ! Pour faire mémoire, fais mémoire de ce qu’a fait YHWH, ton ‘ÈLoHîM, à Pharaon et à tout MiTseRaYîM, les grandes épreuves qu’on t vues tes yeux, les signes, les prodiges, la main forte et le bras étendu par lesquels YHWH, ton ‘ÈLoHîM, t’a fait sortir. » (Dt 7,18-19). Etc. Le rempart contre toute peur vis-à-vis du projet de YHWH — et pour nous du projet chrétien inspiré par le Christ Jésus —, c’est donc LA MÉMOIRE ! On ne peut pas être plus clair ! Mais c’est vrai que c’est déroutant, et là, on entend saint Paul : « Ce qu’il y a de fou dans le monde, voilà ce que DIEU a choisi afin de couvrir de honte les sages ; et ce qu’il y a de faible dans le monde, voilà ce que DIEU a choisi afin de couvrir de honte ce qui est fort. » (1Co 1,27). Comme quoi la connaissance de la TORâH confère tout leur relief à des phrases qui, sorties de leur contexte, en sont réduites à de petits slogans de consolation… Alors que la dynamique est bien plus puissante dès lors qu’on en saisit les racines.

Notons bien de ce point de vue la forme intensive de l’hébreu : « N’aie pas peur ! Pour faire mémoire, fais mémoire ! ». De la même manière qu’en Gn 2 concernant la manducation de l’arbre de Connaissance du Bien et du Mal, YHWH dit : « Le jour où tu en mangeras — le jour où tu l’assimileras —, pour mourir, tu mourras ! » (Gn 2,17) Ah tiens ! Donc d’un côté, on a “assimiler pour ne pas mourir”, et de l’autre : “ne pas assimiler sous peine de mort”… Quelle est la différence ? La TORâH tout simplement ! Eh oui : pour Adam et Ève, la TORâH se résume à son essentiel, en deux commandements qu’ils REFUSENT ! D’un côté un commandement positif qui invite à assimiler tous les fruits du jardin porteur de bien, de bénédiction ; de l’autre, un commandement négatif qui interdit l’assimilation d’un seul arbre : celui de la connaissance du Bien et du Mal, c’est-à-dire l’Arbre de la légitimation du mal sous le couvert du bien ! Pour la Bible, le mal consiste à préférer donner la mort et refuser d’obéir au commandement de vie, au commandement attaché à l’arbre de Vie. Bref, le mal, c’est de désobéir à la TORâH, ce que vont faire Adam et Ève ! Or quelle est la conséquence ? Dieu les déshérite du Jardin ! C’est la même dynamique, et il n’est pas surprenant de voir que l’auteur de ce passage de la Genèse est de la même école que l’auteur deutéronomiste ! Ce qui donne le discernement pour ne pas tomber dans le piège de la mort, c’est la TORâH, fut-elle réduite à sa plus petite expression comme ici, ou déployée magnifiquement comme en Dt 30, encore et encore : « J’en prends aujourd’hui à témoin contre vous les cieux et le Sol : Je donne face à vous la vie et la mort, la bénédiction et la malédiction. Choisis la vie pour que tu vives, toi et ta descendance, en aimant YHWH ton ‘ÈLoHîM, pour écouter sa voix et t’attacher à Lui ; c’est Lui ta vie, la longévité de tes jours sur le Sol que YHWH a juré de donner à tes pères, ‘AVeRâHâM, YiTseRâQ et Ya”aQoV. » (Dt 30,19-20). Toute la TORâH consiste en cette vaste inclusion qui va du Jardin de ‘ÈDèN au Sol de KaNa“aN, avec au centre l’appel du Lévitique à la sainteté : « Soyez saints car Je suis saint, Moi, YHWH, votre ‘ÈLoHîM. » (Lv 19,2). Dit en termes deutéronomistes : détachez-vous de toute convoitise car Je suis détaché de toute convoitise, Moi, YHWH, votre ‘ÈLoHîM. Soyez libres car Je suis libre, Moi, YHWH, votre ‘ÈLoHîM. Mais pour ça, vous avez besoin de Ma TORâH, dit YHWH, sans quoi, « pour mourir, tu mourras ! ». Enfin bref : tout ça pour dire que l’expression intensive : « Pour faire mémoire, fais mémoire », comme « pour mourir, tu mourras » ; cette expression, donc, est une affirmation non négociable. On pourrait traduire : « Sois victorieux de tes peurs ! Pour sûr, fais mémoire ! »

Et là, c’est absolument génial : on est en train de nous dire que faire mémoire de la TORâH — ce qui suppose de la connaître — est LE moyen le plus excellent pour trouver le courage d’entreprendre ce que YHWH nous inspire. Et de fait : pourquoi, quel est l’intérêt de faire mémoire ? Sinon POUR ENTREPRENDRE, pour prendre virilement sa place dans le monde au nom de YHWH ; et dans la même ligne au nom de Jésus pour les chrétiens. Or redisons-le, bis repetita, one more time, le meilleur moyen de faire mémoire, c’est de RACONTER, avec ce fruit ô combien essentiel qui veut que L’HISTOIRE RACONTÉE FAIT LA COMMUNAUTÉ ! L’histoire racontée fonde ce qui unit une communauté en dépit de tout ce qui peut en séparer les membres, qui ont chacun leur tempérament, c’est-à-dire leur manière de vivre cette réalité communautaire. Et la communauté, quand elle est saine, n’a pas d’autre but que de favoriser la vie ; donc de favoriser l’entreprise, favoriser la croissance ; tout ça est synonyme. C’est d’ailleurs vrai pour n’importe quelle communauté, n’importe quelle culture ; mais c’est éminemment vrai en ce qui concerne le peuple de la TORâH et celui de l’Évangile qui lui est greffé.

Dit autrement, si je sais faire mémoire des générations qui ont précédé et qui ont su relever, à la lumière de la TORâH, les défis qui étaient les leurs, grâce à cette histoire que je porte dans ma chair, je vais être en mesure de considérer que la TORâH et l’Évangile m’ouvrent à la même capacité de relever les défis qui sont les miens ! Pourquoi apprendre PAR CŒUR la Parole de Dieu, les Psaumes ou l’Évangile ? Parce que cette parole assimilée RACONTE UNE HISTOIRE ; raconte MON histoire, celle de mes pères que je porte en ma chair ; une histoire qui a su porter des générations entières pour leur donner l’énergie d’entreprendre, de faire croître l’héritage de YHWH, là où, laissées à elles-mêmes, les événements les auraient tout simplement submergés. Pensons une nouvelle fois ici à la parabole de la maison bâtie sur le ROC.

Alors voilà : donc si nous faisons mémoire, comme nous y invite avec insistance la TORâH, pas de problème pour comprendre le v. 20 qui, sans ça, reste insupportable de violence. Mais à la lumière de la mémoire, si on se souvient de la violence et de la mort invoquée par Pharaon contre Israël qu’il veut faire disparaître ; si on se souvient de la leçon qui veut que celui qui invoque la mort contre un ennemi verra cette mort retomber sur lui-même et sur les siens — rappelons-nous de la dixième plaie, de la mort des premiers-nés —, alors on comprend que les guêpes que YHWH est prêt à lâcher sur les ennemis d’Israël le seront si ces ennemis se comportent avec la même prétention que Pharaon à éradiquer Israël de la surface de la terre.

Alors maintenant, approfondissons la question : Pourquoi YHWH veut-Il qu’Israël s’installe, et qu’il s’installe LÀ ? Certainement pas pour se vanter au nez et à la barbe des autres nations ! Non pas pour fanfaronner à l’instar des rois assyriens, babyloniens ou perses. Encore une fois, notre ch. 7 a explicitement posé qu’Israël est le plus petit d’entre les peuples. YHWH veut qu’Israël s’installe sur ce sol pour avoir son QG, pour ainsi dire, à Jérusalem — pourquoi là et pas ailleurs ? Là, vous irez le Lui demander quand vous vous présenterez devant Lui —. Toujours est-il que YHWH veut qu’Israël s’installe sur ce Sol pour qu’à partir de là, les hommes s’ouvrent peu à peu au véritable sacrifice qui ne consiste pas à acheter les bienfaits ou à nourrir une pseudo-divinité, mais à poursuivre la Montée vers Lui que la sortie de MiTseRaYîM a amorcée. Il s’agit d’apprendre peu à peu à renoncer à l’égo meurtrier pour se recevoir d’un autre et, à la lumière de la TORâH qu’il s’agit de scruter et de célébrer à travers le culte, découvrir ce qu’EXISTER pleinement signifie. Or c’est là que l’homme a besoin de YHWH.

Par conséquent, au regard de cet enjeu qui va avoir un retentissement sur tout le genre humain, s’opposer à l’installation d’Israël, c’est s’opposer à ce projet divin qu’Israël portera certes courageusement, mais pas sans peine. Être élu ne garantit pas la belle vie. Être élu, c’est recevoir une mission d’élévation en ce monde pour qu’advienne le Règne de YHWH dont la puissance ne relève pas de ce monde où le mal prend les rennes sous couvert d’un bien mensonger. Ceci dit, puisque dans un premier temps, ce monde ne reconnaît que la force armée, eh bien : à YiSseRâ‘éL de montrer où est la véritable force ; à YiSseRâ‘éL de prendre les moyens de s’installer ; de rester lui-même grâce à l’observance des commandements de YHWH en veillant à ne pas se compromettre avec les idoles qui corrompent les nations. Encore une fois, aucune vanterie derrière tout ça, mais la conscience naissante d’une mission d’élévation qui s’inscrit au cœur d’une existence digne de ce nom, là où n’importe quelle autre nation ne se perçoit exister, elle, qu’en écrasant les voisins.

Ceci dit, désormais, face à la volonté des nations d’exterminer ce dernier “petit venu” pour ainsi dire, plus question pour les Fils d’Israël de se contenter de prendre la fuite comme à l’époque de la sortie de MiTseRaYîM. Il faut affronter les problèmes en face, entrer sur le Sol et faire son nid ! Et face à « ceux qui veulent t’exterminer, extermine-les ! » dit YHWH au v. 24 ! Entendons par là : Défends-toi !

Alors oui : venant de la bouche de YHWH, on est surpris par la violence des mots. En fait, la lumière est dans les v. 25 et 26 : extermine LEURS IDOLES ! C’est-à-dire, encore une fois : « assimile-les ! » LÀ est la véritable conquête : anéantir LES IDOLES des nations, ce qui, en raccourci, donne : « Anéantis les nations » qui s’identifient à ces idoles. Et là, on comprend mieux. C’est violent, évidemment. Mais rappelons-nous toujours que la TORâH, tout comme les Évangiles n’est pas pour les mollassons qui veulent bien des fruits mais refusent de se salir les mains en allant les cueillir !

Quant à la question de l’Abomination, on touche là un thème prophétique et sapientiel. Et à nouveau, nous dit le récit, il faut FAIRE MÉMOIRES. Ici, le prophète Isaïe est le plus clair : « Les façonneurs de statues sont tous un Tohu — le “néant” si vous voulez ; ils défont la création : ils sont au niveau du Tohu-Bohu primordial du premier ch. de la Genèse — : celles qu’ils convoitent sont sans aucun profit ; leurs témoins ne voient ni ne connaissent rien, de sorte qu’ils sont dans la confusion. Quelqu’un a-t-il formé un ‘ÉL ou fondu une statue sans aucun profit ? Voici que tous ses adeptes sont dans la confusion et ses artisans rougissent ! Ils se rassemblent tous, ils se tiennent là, ils tremblent et ensemble, ils sont dans la confusion. […] Ils ne connaissent pas, ne discernent pas car un crépi empêche leurs yeux de voir et leur cœur de comprendre. Nul ne réfléchit en son cœur, nulle connaissance ni discernement pour se dire : “J’en ai brûlé la moitié au feu, j’ai aussi panifié du pain sur les braises, j’ai rôti de la viande et je l’ai mangée. Et de l’excédent, voilà que j’en fais une abomination pour me prosterner devant un bout de bois !” Pasteur de cendre ! Cœur abusé, dévoyé. Il ne sauve pas sa gorge — son âme — car il ne sait pas dire : “Assurément, c’est une imposture que j’ai dans la main !”. » (Is 44,9-11.18-20).

Donc là, quand Israël entrera — ou reviendra après l’Exil en KaNa“aN —, pas question d’être assimilé pour se dissoudre dans la masse des nations en vénérant leurs idoles mortes puisqu’elles ne donnent pas la vie ! La fidélité à l’Alliance avant tout, pour que par l’Élection, le témoignage de l’amour de YHWH porte ses fruits de vie ! C’est ce que commencera à nous dire le ch. suivant que nous verrons la prochaine fois. Je vous souhaite une lecture féconde de tout ce ch. 7 qui nous dit en son centre : « Garde les commandements, les décrets et les règles ! » (v. 11), parce que YHWH s’est épris de vous, le plus petit de tous les peuples (v. 7), et qu’il n’attend qu’une chose : partager à ceux qui montent vers Lui en étant fidèles à la TORâH la vie inscrite dans la bénédiction de l’Alliance (v. 13-14) ; une vie promise dès la fondation du monde, nous dit à sa manière le récit d’Adam et Ève. Mais en tout état de cause, ne deviens pas tiède en vénérant les vaines idoles (v. 25-26).

Il me semble qu’à sa manière, Jésus n’a pas donné un autre enseignement que celui-ci, lui que Jean-Baptiste présentait comme l’ÉPOUX par qui allait advenir la bénédiction des bénédictions dans l’Alliance, à savoir le Salut de toutes les nations.
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Message par Gabuzo Mer 1 Juin 2022 - 7:50


Bonjour,

Nous ouvrons aujourd’hui le ch. 8 du Deutéronome, qui commence en résumant les v. 12 à 15 du ch. 7 : s’il faut écouter le commandement, c’est-à-dire le faire, le mettre en pratique, c’est qui n’en dépend rien de moins que la VIE : « Tout le commandement que Moi, Je te commande AUJOURD’HUI, vous le garderez pour le faire afin que vous viviez, que vous vous multipliiez, que vous entriez pour hériter du Sol que YHWH a juré à vos pères. » (Dt 8,1). Au sens littéral, c’est donc déjà un commandement VITAL.

Maintenant, écoutons bien la séquence : vivre – multiplier – entrer. Est-ce que la logique n’aurait pas dû être : entrer d’abord, puis vivre de la TORâH et multiplier ? Eh bien non, parce que la TORâH ne dépend en rien du Sol. C’est même exactement le contraire : c’est le Sol qui dépend de la TORâH. Pourquoi ? Parce que ce qui est attaché à la TORâH, ce qui procède de la TORâH, c’est LA VIE ; de sorte qu’avec YHWH, il faut D’ABORD recevoir la TORâH afin de VIVRE par elle, c’est-à-dire apprendre à y puiser les ressources nécessaires pour mettre cette vie en œuvre. Ceci en place, tout peut commencer : on peut ENTRER sur le Sol promis par YHWH pour y injecter la puissance de vie puisée dans la TORâH, génération après génération ; pour faire fructifier ce Sol dans la vigueur du NOM de YHWH, c’est-à-dire le faire passer de la fécondité potentielle que YHWH a inscrite dans ce Sol, à une fécondité réelle. Et c’est là que se révèle la mission de l’homme à collaborer à l’accomplissement de la Création.

En fait, nous dit la TORâH, cette collaboration, YHWH l’espère depuis le 7e jour de la Création. C’est ce que la TORâH nomme l’ALLIANCE. Et de ce point de vue, le cœur du péché, le « péché originel », c’est le refus de cette Alliance pourtant vitale. Ça nous est raconté de manière magistrale au ch. 3 de la Genèse. ‘ÂDâM et H.aWWâH refusent d’écouter le commandement de YHWH. Ils dénoncent toute collaboration possible avec Lui pour faire un putsch, pour se rendre les maîtres du jardin. Un jardin qu’on pourrait tout à fait décrire avec les termes des v. 7 à 10 : « Un bon Sol, un sol d’eaux courantes, de puits et de nappes profondes qui sortent dans la vallée et dans la montagne, sol à blé, à orge, à vigne, à figue, à grenade ; sol olive, à huile et à miel ; sols où tu mangeras ton pain sans pénurie, où tu ne manqueras de rien ; un sol aux pierres de fer et aux montagnes dont tu extrairas le bronze. Tu mangeras, tu te rassasieras et tu béniras YHWH, ton ‘ÈLoHîM, sur le bon Sol qu’Il t’a donné. » (Dt 8,7-10). Vous pourrez aller lire le récit de Gn 2 pour comparer. Mais quoi qu’il en soit, ce que nous permet de comprendre le Deutéronome ici, c'est que le sol du Jardin d’ÈDèN a dès le départ été offert à ‘ÂDâM et H.aWWâH pour être travaillé EN COLLABORATION, en ALLIANCE avec YHWH. Mais voilà qu’ils n’ont pas voulu de cette alliance, de sorte qu’ils portent la main sur le fruit défendu : à savoir le fruit de la CONVOITISE qu’on pourrait résumer ainsi : « Tout pour ma pomme ! ». Comme quoi la pomme, dans cette histoire, n’est pas forcément là où on croit !

Du coup, la sentence est inévitable, qu’on comprend complètement à la lumière de la TORâH : YHWH fait partir ‘ÂDâM et H.aWWâH en EXIL. Pas pour toujours, puisque le jour où leur descendance consentira à cette collaboration, ils seront à nouveau les bienvenus dans ce jardin pour le travailler en Alliance avec YHWH, d’autant qu’avec eux, ce retour rejaillira sur toutes les générations qui les auront précédés ! Un jour, il faudra qu’on parle de ça, c’est une part de ce qu’on appelle la communion des saints en christianisme. Mais ça n’est pas l’objet aujourd’hui. Ce qui est dit dans notre chapitre, c’est que la TORâH travaille le peuple de YiSseRâ‘éL pour qu’il soit le premier à opérer ce retour, cette TeShOuVaH. On peut dire de ce point de vue que la TORâH travaille à réparer l’ingratitude des premiers jours, l’ingratitude de tout le genre humain vis-à-vis de YHWH, en choisissant YiSseRâ‘éL comme son peuple et en appelant chaque génération à faire mémoire de cette Élection, à retrouver le chemin de l’Alliance. YiSseRâ‘éL ici nous précède, il nous dessille la route en ne craignant pas d’essuyer les plâtres ! Ce qui devrait susciter de notre part un minimum de reconnaissance, de gratitude.

Tout ça pour dire que le Sol sur lequel va entrer YiSseRâ‘éL, en soi, n’est pas premier. Ce qui l’est, c’est la puissance de la VIE qui, grâce à l’obéissance à la TORâH et jamais sans elle, habite YiSseRâ‘éL dès AVANT de passer sur le Sol ; une VIE qui s’avèrera capable de faire de ce Sol le SIGNE de l’exubérance qui jaillit dès lors que les hommes s’allient à YHWH, trouvent en sa Parole la ressource qui leur donne la vigueur nécessaire pour faire fleurir la vie dans une Création qui n’attend que ça. Rappelons-nous encore une fois : « La Création est à l’affût du dévoilement des fils de Dieu qu’elle attend depuis bien longtemps ! » (Rm 8,19). Sans cette collaboration des hommes avec YHWH, la Création reste en suspens ; elle reste un pur potentiel qui ne sait pas, par elle-même, passer à l’état d’accomplissement.

Et là comprenons bien : il ne s’agit pas d’entrer sur le Sol pour y cultiver des carottes jusqu’au jugement dernier ! Il y a une montée, une croissance inscrite au cœur de ce projet de YHWH. Or cette puissance est puisée dans l’étude de la TORâH, dans la vigilance de la mémoire à travers la prière, la louange et l'offrande des sacrifices. Elle concerne chaque génération qui, pour ce qui lui revient, donne au potentiel inscrit dans le Sol de se déployer toujours plus. Ce faisant, l’héritage fructifie et se développe de génération en génération. À charge pour chacune d’entre elles de se rappeler l’avertissement des v. 11 à 20 : « Garde-toi d’oublier YHWH, ton ‘ÈLoHîM, en ne faisant pas ses commandements, ses jugements et ses décrets que je te commande aujourd’hui ! […] Si pour oublier, tu oublies YHWH, ton ‘ÈLoHîM ; suivant d’autres ‘ÈLoHîM en les servant et en te prosternant devant eux, je l’atteste aujourd’hui contre vous : pour mourir, vous mourrez ! » (Dt 8,11.19) — Tiens : même avertissement que pour ‘ÂDâM, j'espère que ça ne surprend personne, puisqu’il s’agit de la même dynamique. Dit autrement, vu qu’il n’y a aucune vie dans les divinités faites de mains d'hommes, il n'y a rien à y puiser pour faire fructifier la création, et c'est la mort assurée !

Parce qu’on le veuille ou non, la tentation de l’oubli sera toujours là : quand tout semble progresser naturellement, quand les richesses semblent proliférer aisément, on se dit toujours spontanément : « C’est ma vigueur et la force de ma main qui m’ont acquis cette richesse ! (Dt 8,17). Ben voyons ! Donc plus besoin de Dieu ! Tout ça, c’est de la superstition ! Et sans qu’on s’en aperçoive, on oublie le chemin d’élévation qui est la marque de l’Alliance ; on oublie ce chemin par lequel, dans l’obéissance aux lois de YHWH, l’homme se découvre béni, grandit et s’affermit en entraînant la création dans ce mouvement d’élévation. Et on tombe dans le détournement, dans l’exploitation du potentiel pour la seule jouissance du profit… L’accumulation des richesses devient le seul objectif ; on explique aux hommes qu’il n’y a pas d’alternative et les voilà peu à peu rabaissés au rang d’esclaves des lois du marché… avec leur disparition programmée, exactement à l’opposé de tout le projet divin qui fait paradoxalement office d’irréalisme. Enfin bref. Tout ça c’est dans notre chapitre, je n’invente rien !

-

Toujours est-il que pour prévenir ce danger, même s’il n’en est pas formellement question dans notre chapitre, il va être indispensable de bâtir un lieu sur ce Sol pour y abriter l’arche dont on va reparler d’ici quelques chapitres : précisément pour signifier que la fécondité du Sol est en lien irréductible avec l’attachement de YiSseRâ‘éL à sa TORâH, donc à YHWH. Et bien entendu, cette mémoire n’est possible qu’à travers l’établissement de rituels charnels, de signes concrets qu’il s’agira de vivre régulièrement à l’occasion des grandes fêtes de pèlerinage où le peuple tout entier se rassemble pour reprendre toujours plus profondément conscience de lui-même et de son lien vivant avec YHWH dont procède toute bénédiction.

Alors précisément, petit exercice de mémoire : au ch. 16 de l’Exode, au v. 33, YHWH demande qu’une jarre de manne soit déposée auprès de l’arche, dans le sanctuaire. Ceci pour signifier certes que la nourriture vient bien de YHWH, mais qu’en définitive, la véritable nourriture n’est pas la manne en elle-même : c’est la Parole de Dieu ! C’est le signe charnel de ce qu’exprime le v. 3 : « Ce n’est pas de pain seul que vit le Terreux — ‘ÂDâM, c’est-à-dire tout homme ! Là, la visée ne touche pas que YiSseRâ’éL, mais à travers lui, tout le genre humain ! C’est déjà la dimension universelle de la TORâH qui pointe. — Le Terreux vit de tout ce qui sort de la Bouche de YHWH ! — c’est-à-dire de sa Parole, de sa TORâH. » (Dt 8,3). C’est ce qu’explicite encore plus profondément le Targum de ce passage : « Le fils de l’homme ne vit pas de pain seul ; le fils de l’homme vit de tout ce qui sort de la bouche, des décrets du Verbe de YHWH. » (Targum Neofiti) ; ou alors, dans un autre targum : « Le fils de l’homme ne vit pas de pain seul, mais le fils de l’homme vit de tout ce qui a été créé par le Verbe de YHWH. » (Targum du Pseudo-Jonathan). On entend ici la citation de Jésus quand il répond au Satan, dans le désert.

Pour comprendre la logique, il faut se souvenir d’un principe important qu’on a déjà évoqué à une ou deux occasions : tout législateur n’est légitime que s’il assure la subsistance de sa population. C’est ce qui se passe dans le désert : YHWH donne sa TORâH sans oublier de nourrir son peuple avec la manne. Mais maintenant qu’on entre sur le Sol, on passe à une autre dynamique : il ne s’agit plus de nourrir le peuple comme on nourrit un enfant en lui donnant la béquée chaque jour. Il s’agit dorénavant pour le peuple de mettre en œuvre la TORâH de YHWH pour y puiser la vigueur qui donnera au Sol d’assurer la subsistance du peuple des Fils de YiSseRâ‘éL génération après génération ! Avec la traversée du Jourdain, on passe donc au régime adulte, non pas en laissant la TORâH derrière soi au désert mais en la gardant précieusement tout au contraire, puisque sans elle, le peuple oubliera la dimension d’héritage, détournera le Sol et pervertira le projet de VIE de YHWH pour retomber dans la mort dont précisément YHWH l’a délivré en le faisant sortir de MiTseRaYîM. En termes deutéronomiques : YiSseRâ‘éL perdra la bénédiction.

Dit autrement, la TORâH va à présent pouvoir entrer en œuvre sur le Sol pour que YiSseRâ‘éL, travaillé par cette Parole, fasse germer le fruit que le Sol contient en potentiel. Et là, redisons-le : nous sommes au cœur du projet divin, depuis le commencement : la Création est donnée avec tout le potentiel qu’y inscrit le Verbe de YHWH ; à l’homme de faire passer ce potentiel au réel — de le faire passer de la puissance à l’acte, diraient les aristotéliciens —, dans la lumière de cette Parole qui lui rappelle qu’il a entre les mains, non pas un pur produit de consommation pour satisfaire ses convoitises, mais un héritage qu’une seule génération ne suffit pas pour en explorer toute la richesse. À chaque génération donc de sonder ce potentiel pour ce qui lui revient avant de laisser la main à la génération suivante qui, à son tour, s’appuiera sur les découvertes de ses pères et repérera d’autres potentiels qu’il lui faudra déployer avant de transmettre, le moment venu, ce patrimoine aux ressources décidément infinies à la génération suivante, etc.

Si vous voulez, c’est une manière de dire que si la Parole de YHWH est nourrissante, c’est parce qu’elle donne à l’homme la vigueur nécessaire pour faire en sorte que le Sol donne la nourriture nécessaire à sa subsistance, et qu’à partir de là, l’homme déploie sa compétence au service de la Création dont il va peu à peu déployer le potentiel — les prophètes diront : l’homme va faire en sorte qu’adviennent, selon la volonté même de YHWH, « un ciel nouveau et une terre nouvelle » ! On trouve ça à la fin du ch. 65 d’Isaïe, au ch. 66 aussi, repris dans l’Apocalypse de saint Jean. Mais attention de ne pas brûler les étapes ! Tout passe d’abord par le don d’une nourriture qui n’est pas simplement de la bouffe en rayon dans les supermarchés, mais le fruit d’une écoute de la Création dont le déploiement de la richesse est confié à l’homme par la Parole même de YHWH ; au cœur d’une Alliance censée prévenir les débordements qui, sans cette collaboration intime, ne manqueront pas d’attirer l’homme dans leurs filets séducteurs, et surtout destructeurs.

De sorte qu’à l’inverse, dans ce qu’elle a de plus simple comme de la farine et du vin, fruits premiers de la terre couplé au travail de l’homme, la nourriture devient le signe premier et irremplaçable de la vitalité source de la TORâH ; son SACREMENT si vous préférez. Alors bien sûr : la TORâH est spirituellement nourrissante — on est nourri par une parole divine qui met debout, qui relève intérieurement, etc. — Mais ce relèvement n’a aucun intérêt s’il n’a pas de conséquence concrète, charnelle dans un premier temps sur la nourriture nécessaire pour qu’aucun peuple ne soit prisonnier de la misère — auquel cas il ne peut pas grandir ; et dans un second temps sur l’ensemble d’une Création au potentiel infini qui attend la révélation des Fils de Dieu pour advenir à son plein accomplissement !

C’est ce lien irréductible entre la puissance source de la TORâH et le renouvellement de la création que signifiera la pratique des sacrifices. Les sacrifices sont pour la Bible le signe du consentement des hommes à recevoir la création en gérance et non de se l’approprier comme s’ils en étaient l’origine et la fin. Pour éviter ce piège, un seul moyen, très charnel : prendre une part de ses biens pour le faire monter vers YHWH. Ce peut être une tête de troupeau, des colombes, de la fleur de farine ou du vin, ce que vous voulez. Mais une part dont l’homme consent à se défaire pour la faire monter vers Dieu ! Une manière de conscientiser une verticalité qui est la marque de l’homme à l’image de YHWH croisé à l’horizontalité de l’existence qui, sans cette verticalité, menace de noyer l’homme dans une dimension purement animale. D’où encore une fois la nécessité du Sanctuaire, du MiSheKâN comme de ce rappel que toute vie vient de YHWH et retourne à YHWH pour le plus grand bien de d’une liberté offerte à chaque génération qui consent à épouser ce mouvement d’élévation. Et ça, voyez, c’est déjà l’éternité en acte, dès ici-bas !

Donc l’enjeu, on le voit, est déterminant au moment de traverser AUJOURD’HUI le Jourdain pour recevoir l’héritage promis aux patriarches. C’est pour prévenir un tel piège que le v. 2 disait : « Fais mémoire de tout le chemin par où YHWH, ton ‘ÈLoHîM, t’a fait aller ; de ces quarante ans dans le désert pour te houspiller, t’éprouver, pour connaître ce qu’il y a dans ton cœur — le désir vers lequel te porte ta volonté —, si tu gardes ou non ses commandements. » (Dt 8,2).

Que veut dire que YHWH a houspillé son peuple, qu’Il l’a éprouvé ? C’est le début du v. 3 qui nous l’explique : « Il t’a houspillé et t’a fait avoir faim — Là, c’est le prophète Osée qu’il faut avoir à l’oreille, en particulier les deux premiers chapitres : le désert, c’est le lieu où le peuple fait l’expérience de l’inexistence des faux dieux, puisqu’ils ne le nourrissent pas. Donc : Il t’a houspillé et t’a fait avoir faim, puis c’est Lui qui t’a nourri de la manne — signe que YHWH est le seul et véritable Dieu, Celui qui donne la vie là où, sans Lui, ne règne que la mort ; « C’est lui, donc, qui t’a nourri de la manne — que tu ne connaissais pas et que n’avait connue aucun de tes pères afin de te faire savoir que ce n’est pas de pain seul que vit le Terreux. Le Terreux vit de tout ce qui sort de la Bouche de YHWH ! » On ne revient pas sur ce verset.

En tout cas, la suite le montre combien : même si elle constitue une épreuve — être nourri au jour le jour, ça n’a rien de drôle ! On l’a dit, c’est la marque du petit enfant qui dépend de la béquée des parents — Donc même si elle constitue une épreuve, la manne n’en est pas moins la marque attentive d’un Père qui participe à la croissance de ses enfants, comme l’explicitent les v. 4 à 6 qui sont d’une facture sapientielle assez flagrante. Pour ne prendre que le livre des Proverbes :  « Quand il y a de l'espoir, corrige ton fils, n'emporte pas ton âme jusqu'à le faire mourir. » (Pr 19,18) ; « Corrige ton fils, il sera ton repos et fera les délices de ton âme. » (Pro 29,17), etc. En précisant évidemment que la correction n’est pas la punition, mais le CADRE toujours redonné à un enfant qui en a besoin pour grandir et connaître les lois qui lui permettront, une fois adulte, de donner le meilleur de soi. L’idée est la même que l’émondage de la vigne utilisée par Jésus dans l’Évangile de Jean.

Au demeurant, le verbe YâSaR — corriger — a bien le sens d’instruire, de corriger par la parole comme au ch. 4 : « Des cieux Il t’a fait entendre Sa voix pour te corriger, et sur la terre, Il t’a fait voir Son grand feu, et c’est du milieu du feu que tu as entendu Ses paroles. » (Dt 4,36) Du coup, cette « correction » ou cette « instruction », liée à la garde des commandements et à la sagesse du cheminement, donne à l’épreuve de la manne une dimension pédagogique qui a pour finalité, comme dit le v. 6, la crainte de YHWH, c’est-à-dire le consentement, devant Lui, à n’être ni le commencement, ni la fin de toute chose.

Là, on est à nouveau dans la veine prophétique. Il suffit pour s’en convaincre de lire encore une fois Osée : « Quand Israël était jeune, je l’ai aimé de charité, et depuis l’Égypte, Je l’ai appelé ‘Mon fils’. [Les prophètes] les ont appelés — je traduis selon le targum, parce que le texte, sinon, est difficile à comprendre —mais ils ont détourné leurs faces, sacrifiant aux Ba”aLîM et encensant des idoles. Mais c’est Moi qui ai mis sur pied ÈPheRaYîM ! Je l’ai pris sur mes épaules, et ils n’ont pas compris que Je prenais soin d’eux ! Des cordages des terreux, Je les ai tirés dans des torsades de charité — le texte est très difficile à traduire : en s’aidant du targum, on peut comprendre que YHWH a libéré son fils de l’esclavage (les cordages d’Adam, humains) pour le prendre dans les torsades de son amour — ; J’étais pour eux comme ceux qui lèvent un joug sur leur bajoue — l’image est celle des soins qu’on donne aux bêtes de somme en leur retirant le joug de la mâchoire. En corrigeant légèrement l’hébreu “oL, וֹל, le joug, on peut lire “OL, עוֵֹל, le nourrisson, ce que choisissent nombre de traductions : comme ceux qui lèvent un nourrisson sur leur joue. — Tendu vers lui, Je le nourrissais. » (Os 11,1-4) L’image est très belle et inspire sans doute notre passage du Deutéronome qui inscrit cet amour divin paternel dans la TORâH, et lui confère ainsi tout son poids dans la révélation. À partir de là, on ne peut plus simplement regarder YHWH comme un pur chef de guerre ou un Zeus à la manière des Grecs ! Et c’est évidemment à partir de là que Jésus peut lui-même légitimement parler de YHWH comme son propre Père.

Enfin voilà pour ce chapitre. Je vous laisse à sa lecture. Laissez-les vous inspirer pour inscrire en vous un vrai désir de vous mettre à l’école de la TORâH et des évangiles qui l’interprètent ; une TORâH qui nous rappelle l’importance de prendre les moyens de ne jamais oublier la mission qui nous est confiée dans l’Alliance : injecter dans la Création la puissance de Vie dont la Source est en YHWH, pour élever cette création jusqu’à Lui. On est là au cœur de l’encyclique du pape François Laudato si.

Nous verrons la suite la prochaine fois.

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La Bible en tutoriels - Le Deutéronome (père Alain DUMONT) - Page 2 Empty Quand Israël affronte ses propres démons

Message par Gabuzo Lun 6 Juin 2022 - 10:11


Bonjour,

Nous lisons aujourd’hui le ch. 9 du Deutéronome, et d’emblée on est en terrain connu puisque pour la 3e fois retentit l’annonce solennelle : « SheMa YiSseRâ‘éL  — en 5,1, cette convocation introduisait le Décalogue et en 6,4, elle faisait partie intégrante du premier et plus grand commandement de la TORâH. Donc on peut s’attendre à ce qu’un élément essentiel du discours de Moïse soit livré dans les versets qui suivent, même si c’est de manière un peu moins évidente que les deux premières séquences.

Alors bien sûr, les v. 1 à 3 sont choquants dans la mesure où Moïse ordonne à YiSseRâ‘éL  de déshériter à son profit les “ANâQîM, qu’on a déjà rencontrés aux ch. 1 et 2 du Deutéronome. Les  “ANâQîM, ou les Fils de  “ANâQ, sont les anciens habitant du Sud de KaNa“aN, autour de Hébron. Quand les Hébreux montaient du désert, Moïse avait envoyé des explorateurs qui étaient revenus en disant : « Qu’il est puissant, le peuple qui habite le sol ! Les villes sont fortifiées, très grandes ; et nous y avons même vu des descendants de  “ANâQ ! » (Nb 13,28). Dans l’imaginaire, ces “ANâQîM étaient devenus des géants invincibles ; rien que l’évocation de cette population avait suffi pour décourager les Hébreux, ce qui leur avait valu d’errer quarante ans — c’est-à-dire le temps d’une génération — dans le désert. Ce qui fait que, dans ce passage, on assiste donc à rien de moins qu’à la conjuration de cet échec : « Tu vas aujourd’hui passer le Jourdain pour hériter de nations plus grandes et plus fortes que toi, de grandes villes fortifiées jusqu’aux cieux ! » (Dt 9,1).

Alors ne soyons pas surpris : comme toujours quand on lit la Bible, il ne faut pas sortir les versets de leur contexte. On l’a déjà relevé plusieurs fois : à cette époque, les mouvements guerriers  de toutes les petites royautés qui constituent le paysage sont monnaie courante ! Les frontières n’existent que mouvantes. L’archéologie montre bien qu’à cette époque, sur ce sol comme partout ailleurs, les populations ne cessent de lutter pour leur vie, pour leurs sources, pour leurs territoires, etc. D’autre part, on peut comprendre que les Fils de “ANâQ voyant déferler un groupe de nomades vindicatifs, soient eux-mêmes sur les dents. Maintenant, en insistant sur la fascination que provoquent des descendants de “ANâQ, l’auteur est en train de dire que si YiSseRâ‘éL ne les assimile pas — souvenez-vous ce qu’on a dit à propos de la fin du ch. 7 —, c’est inévitablement l’inverse qui se produira : ce sont les “ANâQîM qui les assimileront !

Maintenant attention : ce que dirent les v. 4 à 6, c’est que YiSseRâ‘éL, dans le fond, part en guerre contre ses propres démons — ce que le rédacteur deutéronomiste ne sait que trop bien à l’époque où il rédige le livre au nom de Moïse, c’est-à-dire après la terrible épreuve de l’Exil — ou des Exils, devrait-on dire, parce qu’il n’y a pas eu qu’une seule vague. En se mettant à l’écoute des grands prophètes comme HOShé“a / Osée, YeSha“eYâHOu / Isaïe ou YiReMeYaHOu / Jérémie, pour les plus incontournables, le rédacteur sait très bien que, dans l’histoire, YiSseRâ‘éL s’est laissé assimiler ! Il a reproduit dans ses propres rangs ce qui a valu aux fils de “ANâQ d’être déshérités par YHWH. Voilà précisément, selon sa lecture des événements, ce qui a entraîné l’Exil. Alors Dieu merci, toujours grâce aux prophètes, notre rédacteur sait aussi que l’élection de YiSseRâ’éL demeure ! Si en Exil, le peuple fait l’expérience de la malédiction, il ne sort pas pour autant de l’Alliance. Il sait que le chemin de la bénédiction n’est jamais fermé et qu’un retour, une TeShOuVaH est toujours possible, ce à quoi travaille d’arrache-pied toute la TORâH.

Dit autrement : si, d’après notre passage, YHWH envoie le peuple de YiSseRâ‘éL déshériter les descendants des “ANâQîM, c’est que ces ennemis refusent que ce Sol soit celui sur lequel YHWH puisse être glorifié exclusivement selon le rituel de la TORâH de Moïse. Seulement attention : affirmer ça, c’est mettre YiSseRâ‘éL sous la lame du même couperet : s’il ne glorifie pas YHWH en accomplissant les commandements qu’il a déjà été par deux fois sommé d’ÉCOUTER, alors il sera chassé du Sol de la même manière, sans cependant en être déshérité, ce qui est bien évidemment une différence majeure.

En filigranes, il faut entendre que si les Fils de “ANâQ disparaissent, ce n’est pas tant parce que YiSseRâ‘éL les aura vaincus par les armes, mais parce qu’ils refusent que la TORâH s’impose sur le Sol comme la seule ressource qui leur permettrait d’y demeurer ! En disant ça, comprenons bien qu’on touche à l’enjeu même du salut des nations ! Le jour où les nations consentiront à prendre le chemin de la Bénédiction — et évidemment, je pense ici au Christ qui se présente explicitement comme le vrai Chemin de vie —, alors il n’y aura aucune raison qu’elles n’aient pas elles-mêmes accès au Sol promis. Non pas pour en refouler YiSseRâ‘éL, ni même pour y résider ; mais pour, en Christ, bénir ‘AVeRâHâM selon la promesse faite au tout début du ch. 12 de la Genèse : « YHWH dit à ‘AVeRâHâM : “Va vers toi, hors du sol de ta parenté et de la maison de ton père, vers le Sol que Je te ferai voir. Je fais de toi une nation grande. Je te bénis, je rends grand ton nom. Sois une bénédiction : Je bénis ceux qui te bénisse, et celui qui te maudit, Je le réprouve. C’est en toi que sont bénis tous les clans de la Terre. » (Gn 12,1-3). Du coup, on comprend qu’en maudissant YiSseRâ‘éL, c’est ‘AVeRâHâM que maudissent les fils de “ANâQ, et donc YHWH les réprouve. Tout comme Il réprouve les chrétiens qui négligent le Christ, qui négligent sa Parole : Il les réprouve non au sens où il les condamne, mais au sens où eux-mêmes, par leur négligence, ne bénissant pas ‘AVeRâHâM, ils perdent par conséquent l’accès à la bénédiction qui ne vient que par lui. Du coup, les chrétiens font l’expérience de la malédiction, qui n’est pas, je le rappelle, une condamnation ! La malédiction n’est jamais que l’accès perdu à la bénédiction sous prétexte qu’on pourrait, sans le Dieu de la TORâH, donc sans le Christ, se sortir par ses propres force des combats de l’existence et déclarer qu’on est des surhommes, des fils de “ANâQ, en quelque sorte… Et ça, il faut vraiment le déshériter du Sol de notre cœur !

Comme quoi voyez, faire partie du peuple élu n’a rien d’évident ! Ce n’est jamais un acquis, ni pour un Juif, ni pour un Chrétien qui doivent constamment relancer en eux le processus de mémoire par lequel se révèle le chemin de la Vie, en Alliance avec YHWH. Ce que va très logiquement rappeler la suite, à partir du v. 7. On va y lire l’appel à faire mémoire des rébellions qui, dès avant d’entrer en KaNa“aN, ont pollué l’élection en prétendant dénoncer l’Alliance, jusqu’à la révolte du fameux Veau D’or, ou du Taurillon d’or comme on l’a appelé quand on a étudié Ex 32. YiSseRâ‘éL, dit Moïse, a irrité YHWH par le façonnage du Taurillon d’or, au moment même où étaient gravées les Tables de pierre ! Quelle ironie !

Alors à propos de ces Tables, vous remarquerez que le récit parle des « Tables de l’Alliance » aux v. 9, 11 et 15. C’est le seul endroit de la Bible qui les appelle comme ça. On trouve dans la TORâH :
– les « Tables » tout court (Ex 31,18 ; 32,16.19 ; 34,1.28 ; Dt 9,17 ; 10,2.3.4.5) ;
– les « Tables de pierre » (Ex 24,12 ; Ex 31,18 ; 34,1. ; Dt 4,13 ; Dt 5,22 ; 9,9.10.11 ; 10,1.3) ;
– quelques fois les « Tables du Témoignage » dans le livre de l’Exode (Ex 31,18 ; 32,15 ; 34,1.29),
Mais en tous les cas, jamais les « Tables de la TORâH », bien qu’elles en soient le symbole.

Et en dehors de la TORâH, dans le reste de la Bible, les Tables sont encore plus rarement évoquées :
– rien chez les prophètes ou chez les sages qui, eux, préfèrent parler des « Tables du cœur » (Jr 17,1 ; Pr 3,3 ; 7,3), en particulier YiReMeYaHOu / Jérémie.
– Quant aux livres historiques, on ne trouve qu’une seule mention de ces tables — les « tables de pierre » — quand Salomon transfère l’Arche pour la déposer dans le Temple (1R 8,9 // 1Ch 5,10). Et c’est tout.

Alors attention : distinguons bien les Tables de l’Arche d’Alliance qui est censée les contenir. La Bible évoque souvent l’Arche, mais paradoxalement, elle évoque très rarement ce qu’elle contient, à savoir les tables, le bâton de ‘AHaRoN et la jarre de manne. On a sans doute là un silence évocateur du malaise qu’on a évoqué, si vous vous souvenez, à propos de Dt 4 : ces deux tables ont possiblement été des représentations de YHWH et de son ‘AShéRaH — ce qui n’empêche pas qu’y ait été inscrit au dos quelque chose comme le Décalogue, là n’est pas la question —. Mais si c’est le cas, ça pouvait constituer un signe avéré d’idolâtrie selon les critères de la TORâH qui impose de ne pas faire de représentation de YHWH ; de ne pas représenter l’invisible.

Avec le temps, choix a donc été fait de minimiser ce support en pierres au seul profit des paroles qui y étaient gravées. C’est particulièrement clair chez des prophètes comme YiReMeYaHOu / Jérémie ou YeH.èZeQé’èL / Ézéchiel : pour eux, l’enregistrement des paroles sur la pierre s’avère absolument TEMPORAIRE dans la mesure où il faut viser leur inscription SUR LE CŒUR ! Ce qui n’est dans le fond possible que si elles disparaissent, un peu comme quand on assiste au décès d’un être proche. Au moment même où il meurt, c’est automatique : on passe au mode « mémoire » et sa présence devient beaucoup plus intérieure, ne serait-ce que dans les secondes qui présidaient son décès. Donc au moment où l’Arche, et donc les tables de l’Alliance disparaissent, les paroles qu’elles contiennent se gravent sur le cœur. Alors rappelons-nous, ne serait-ce que YiReMeYaHOu : « Voici l'Alliance que Je trancherai avec la Maison de YiSseRâ‘éL, après ces jours — Oracle de YHWH : Je donnerai ma TORâH dans leurs entrailles, Je l'écrirai sur leur cœur. Je serai à eux pour ‘ÈLoHîM ; ils seront à Moi pour peuple. Ils n'enseigneront plus, un homme à son prochain, ni un homme à son frère, en disant : “Pénétrez YHWH !” Car tous Me pénétreront, du plus petit au plus grand — Oracle de YHWH. » (Jr 31,33-34)

Dit autrement, toutes gravées des paroles de YHWH qu’elles aient été, les Tables en tant que tel n’ont de valeur que de support et ne doivent en aucun cas faire l’objet d’une vénération pour elles-mêmes ! C’est YHWH et sa Parole qu’il faut adorer, et non les Tables, ni même l’Arche, toutes déposées qu’elles soient dans le sanctuaire. D’ailleurs à bien y penser, le sanctuaire où l’Arche est entreposée est appelé en hébreu le DeVîR — bâti sur la même racine que DâVâR, la Parole. Le DeVîR, c’est donc le Sanctuaire, non pas au sens d’un lieu où YHWH siégerait comme un roi sur son trône, que comme un lieu — HaMMâQOM, LE LIEU, en hb, le terme qui désigne métaphoriquement le Temple de Jérusalem — LE LIEU, donc, d’où retentit sa PAROLE. La puissance du Sanctuaire, c’est qu’en sort la parole vivante de YHWH ; la parole qui donne la vie, au point que la tradition rabbinique enseignera que c’est à partir de CE LIEU, à partir du rocher sur lequel repose le Temple, que YHWH a commencé de créer le monde pour que la vie y émerge ; c’est de CE Lieu-là qu’ont retenti les Paroles qui ont fait que la Création est entrée dans le temps : Jour 1, deuxième jour, troisième jour, etc. On s’en souviendra quand on lira le premier chapitre de la Genèse.

Enfin bref, c’est en tout cas bien en tant que LIEU DE LA PAROLE de YHWH qu’on parle du sanctuaire, du DeVîR, comme du QoDèSh HaQQâDâShîM, le Saint des Saints. Raison pour laquelle, pendant longtemps, ce seront les prêtres, c’est-à-dire ceux qui peuvent aller au plus proche du DeVîR, qui seront chargés d’enseigner cette Parole. Par ailleurs, d’où a surgi le Décalogue ? De l’HoRèV qui est le tout premier DeVîR, le premier Sanctuaire du peuple d’Israël, avant même que ne soit construite la tente du désert. Et de montagne en montagne, au fil de la marche, on arrive à celle de Sion qui est la plus déterminante, puisque c’est là, d’après la tradition juive, où YHWH veut être honoré. Je dis d’après la tradition juive parce que sur ce plan, les Samaritains ont raison : ni Sion, ni Jérusalem ne sont mentionnées explicitement dans la TORâH ! Raison pour laquelle Jésus pourra répondre à la Samaritaine qui l’interroge : « La femme lui dit : « Seigneur, je vois que tu es un prophète !... Eh bien ! Nos pères ont adoré sur la montagne qui est là, et vous, les Juifs, vous dites que LE LIEU où il faut adorer est à Jérusalem. » Jésus lui dit : « Femme, crois-moi : l’heure vient où vous n’irez plus ni sur cette montagne ni à Jérusalem pour adorer le Père. » (Jn 4,19-21). Or en disant ça, Jésus ne récuse en rien la TORâH qui ne connaît même pas le nom de Jérusalem. Par ailleurs, au ch. 14, il dira à ses disciples : « Que votre cœur ne soit pas bouleversé : vous avez foi en Dieu, ayez foi aussi en Moi. Dans la Maison de mon Père — dans son Sanctuaire, le BéYT HaMiQeDDâSh —, il y a de nombreuses demeures ; sinon, vous aurais-Je dit que Je pars vous préparer un LIEU — pour adorer en vérité, évidemment ! Un Lieu d’où jaillit sa Parole comme une parole de vie, une parole créatrice, une parole divine ! Jésus ne parle pas ici d’une chambre d’hôtel ! — ? Quand je serai parti vous préparer un LIEU, Je reviendrai et Je vous emmènerai auprès de Moi — toujours pour adorer, pour entendre la Parole en vérité et que s’accomplisse la vocation même de YiSseRâ’éL qui est de servir YHWH, d’étudier la TORâH, la Parole dans la paix et être la Lumière des nations —, afin que là où Je suis, vous soyez, vous aussi. » (Jn 14,1-3). Évidemment, éclairé par la TORâH, cette parole de Jésus prend une toute autre dimension !

Enfin bref. Alors maintenant, jusqu’au v. 21, Moïse va s’attarder à faire mémoire du Taurillon d’or et de la colère de YHWH qu’il a eu bien du mal à apaiser. On retrouve l’épisode raconté en Ex 32 — en y ajoutant l’intercession de Moïse pour ‘AHâRoN en passant, une des rares fois où le grand-prêtre est nommé dans le Deutéronome, que le rédacteur prend bien soin de le positionner comme subordonné à Moïse ! — Par ailleurs, le texte nous raconte que Moïse a méticuleusement réduit ce taurillon en poussière — rappelons-nous l’art de la pierre moulée qui s’était transmise de génération en génération depuis Joseph. La pierre qui était symbole d’éternité, qui avait à voir avec les dieux, contrairement à la brique… C’est de cette façon que le Taurillon avait été fabriqué. Comment voulez vous sinon qu’une statue d’or soit réduite en poussière ? Je vous renvoie à tout ce que nous en avons dit dans l’introduction au livre de l’Exode.

Et comprenons bien ce qu’est véritablement en jeu derrière ce rappel. On va revoir une Nième fois l’histoire de YiSseRâ’éL, parce que sinon on n’y entend rien. On a dit, au commencement de l’histoire de Moïse, qu’il y avait eu au moins deux grandes vagues de migration depuis MiTseRaYîM jusque vers la frontière Nord de l’Empire. Une première juste après la mort de AKhéNaTôN, la seconde après RaMSèS IX, conduite celle-là par Moïse. On sait que la première vague s’est installée principalement au Nord de KaNa“aN : ce sont ceux que la tradition rattache aux héritiers de ‘ÈPheRaYîM et MeNaShèH, les fils de Joseph. Du coup, cette tradition n’a aucune raison de faire mémoire d’une arche quelconque. Sur ce territoire du Nord de KaNa“aN, on va vénérer YHWH qui est sans doute le Dieu secret adoré par Joseph, mais en lui rattachant la figure du Patriarche dont le nom égyptien était associé au taurillon — là je vous renvoie encore aux premières vidéos sur le livre de l’Exode. Et si de la même manière que, pour l’Exode, écouter Moïse, c’était écouter YHWH, alors on peut tout à fait imaginer qu’à travers le taurillon, les Israélites reconnaissaient en Joseph l’intermédiaire privilégié de YHWH. Du coup, on a deux façons de vénérer YHWH par une même famille : dans le Nord, on organise son culte autour du Taurillon, et dans le Sud, suite à la seconde vague de migration, on l’organise autour de l’Arche.

Alors maintenant on connaît la suite : invasion assyrienne, descente d’une part de la population du Nord dans le Sud pour se réfugier et assimilation des deux formes de vénération en une seule, avec ce raisonnement somme toute assez simple de la part des Judéens vis-à-vis de leurs frères du Royaume de YiSseRâ‘éL  : si votre culte de YHWH n’a pas su retenir l’invasion assyrienne, c’est que la seule manière dont YHWH veuille être vénéré est celle de Jérusalem ! Il a horreur du taurillon, et cette aversion va être posée au cœur même de la TORâH pour décourager toute velléité d’y revenir !

Là-dessus, nouvel Exil provoqué cette fois par Babylone, qui touche la Judée de plein fouet ! Du coup, à son tour, la forme de vénération assise sur l’Arche disparaît ! Donc plus de taurillon, mais plus d’Arche non plus, et évidemment plus de tables ! Et c’est comme ça que, dit très rapidement, toute cette histoire a peu à peu amené les Fils de YiSseRâ‘éL à épurer leur culte de YHWH. Désormais, au retour d’Exil, plus rien ne reste à vénérer d’extérieur : l’histoire a fait son chemin, consignée encore une fois dans la TORâH dont le but est de prémunir chaque génération des dérives qui menacent de faire perdre l’accès à la bénédiction, et donc de se faire un jour ou l’autre assimiler par les nations dont on ne sera plus différent !

Alors la fin du chapitre poursuit en évoquant les différents moments de rébellion racontées en Ex 17 et en Nb 11, mais surtout le refus de YiSseRâ’éL d’entrer sur le Sol par le Sud suite au retour des explorateurs qui racontent qu’ils ont vu les descendants de ‘ANâQ, les géants aux villes imprenables. Ça, c’était en Nb 14. On a déjà retrouvé le thème du début de chapitre où il s’agissait cette fois d’aller les affronter, on n’y revient pas. Ce qui importe ici, c’est l’insistance, comme aux v. 18 et 19, sur l’intercession de Moïse. Non pas une intercession qui apaiserait la fulmination de YHWH, qui n’est jamais que l’interprétation humaine d’un acte de pure justice : je veux dire par là : si YiSseRâ’éL ne veut pas suivre les commandements de YHWH, eh bien qu’il en supporte les conséquences ! Et comme ça conduit toujours à la catastrophe, le peuple en déduit que YHWH les a punis, mais non ! Il a respecté leur choix, en toute justice ! Or ce que nous apprennent nos versets, c’est que si on ne se base QUE sur la justice pour faire avancer les affaires, ça conduit tout autant à la catastrophe, comme nous le raconte l’histoire du Déluge avec Noé ! La justice est certes nécessaire, mais elle n’est pas suffisante. Il faut autre chose pour que l’homme puisse, non pas purement et simplement subir et assumer les effets mortifères de ses rébellions, mais grandir à travers ses échecs, à savoir la MISÉRICORDE. Bien sûr que ce peuple est insupportable ! Bien sûr qu’il ne vaut pas mieux que les Français ! Sauf que l’objectif n’est pas de le dédaigner, mais de le sauver, de le relever, toujours, encore et encore. Et ça, ça suppose une demande de sa part, et c’est cette demande, que Moïse est appelé à porter dans son intercession. Celui qui a donné la TORâH, qui est à la fois loi-cadre, enseignement et prière ; celui-là même va au-delà et en appelle à la Miséricorde. Et c’est là son épreuve : YHWH éprouve Moïse pour qu’il aille plus loin que la simple justice, de sorte que YHWH puisse La manifester. On est ici dans l’ordre de la maïeutique, et de ce point de vue, le récit est complètement dans la ligne de ‘AVeRâHâM devant Sodome et Gomorrhe, je vous renvoie à la vidéo qui commente cet épisode des ch. 18 & 19 de la Genèse. Mais il annonce aussi la mission du Christ Jésus, en passant par la figure du Serviteur souffrant de Yo’ShiYâHOu qui intercède, seul, en faveur du peuple de YHWH, et c’est encore de justice et de miséricorde qu’il s’agit : « Méprisé, abandonné des hommes, homme de douleurs, pénétré de souffrance, [le Serviteur de YHWH] comme celui qui voile de nous ses faces — comme un lépreux — ; méprisé, nous l’avons compté pour rien — Mais en fait à travers lui, c’est contre YHWH qu’Israël se rebelle —. Ainsi portait-il nos souffrances, était-il chargé de nos douleurs. Et nous, nous le comptions pour frappé, meurtri par ‘ÈLoHîM, affligé — vous entendez ? Dieu qui paraît punir ! Mais il faut aller plus loin —. Mais c’est à cause de nos rébellions — ah tiens ! — qu’il a été transpercé, à cause de nos fautes qu’il a été meurtri. La sanction de paix était sur lui : c’est dans ses blessures, que nous voilà guéris. » (Is 53,3-5). Voyez : le Serviteur, et lui seul, intercède en sa chair devant YHWH pour que Miséricorde soit faite à YiSseRâ’éL infidèle… or c’est Moïse ici ! La TORâH est en train de nous dire qu’ultimement, il faudra toujours un Serviteur qui intercède pour YiSseRâ’éL, mais aussi qui  intercède pour tous les hommes, et c’est le Christ en qui nous, chrétiens, nous reconnaissons ce Serviteur, cet intercesseur de Miséricorde. Comme quoi voyez, d’une figure à l’autre, tout se tient, tout se construit..

Enfin quoi qu’il en soit, je vous laisse à présent lire ce chapitre et en tirer quelques-uns des enseignements qu’il contient. Il y en aurait tellement à dire encore ! Nous verrons la suite la prochaine fois.

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Message par Gabuzo Mer 29 Juin 2022 - 12:50


Bonjour,

Nous ouvrons aujourd’hui le ch. 10 du Deutéronome qui constitue la réponse MISÉRICORDIEUSE de YHWH à l’intercession de Moïse qu’on a évoquée à propos du ch. précédent. Il est essentiel de comprendre l’importance de cette intercession qui veut que, même si tout le peuple, si TOUT YiSseRâ‘éL se détourne de YHWH, il suffit d’UN SEUL juste pour que YHWH ne détruise pas ce peuple qui pourtant, en toute justice, l’aurait mérité. Rappelons-nous Sodome et Gomorrhe : ‘AVeRâHâM avait marchandé avec YHWH et n’était pas allé au-dessous de 10 justes nécessaires pour intercéder en faveur de ces villes de GoYîM. Ici, concernant Israël, un seul juste suffit pour intercéder en la personne de son Serviteur Moïse.

Ceci dit, réfléchissons sur la question de la MISÉRICORDE. La MISÉRICORDE ne signifie pas que הַקָּדוֹשׁ בָּרוּךְ הוּא

HaQQâDOSh BaROuKh HOu‘, le Saint Béni soit-Il, un autre nom de YHWH, pour varier un peu — La MISÉRICORDE ne signifie pas, donc, que HaQQâDOSh BaROuKh HOu‘ serait une simple « bonne pâte » qui passerait à son peuple tous ses caprices ! Ce serait proprement injuste, dans la mesure où le propre du caprice est d’entraîner des conséquences néfastes, que ce soit sur les hommes ou plus largement dans le monde. Donc admettons que sous prétexte de bonté, YHWH pardonne les caprices : et les victimes, on en fait quoi ? Or c’est précisément ça qui agace YHWH ! Il ne s’agit pas pour Lui de se faire obéir pour se faire obéir, ou de faire comme si rien ne s’était passé. Ça s’est passé ! Et ça n’a pas passé, puisque les conséquences sont désastreuses et qu’il y a eu des victimes collatérales. Donc pas question d’oublier ! Mais vu les enjeux, pas question non plus de tout condamner sur un coup de tête… Alors quoi ? Alors la vision de HaQQâDOSh BaROuKh HOu‘ est celle-ci : tant que UN juste intercédera en faveur de YiSseRâ‘éL, rien ne sera jamais perdu. En revanche, quand il n’y aura plus de juste, « pas même un seul » comme s’effraye le Ps 14 ; alors le comble du mal sera atteint et la justice stricte fera son office. Enfin bref. Toujours est-il que Moïse tient sa place : il intercède pour qu’advienne la MISÉRICORDE de YHWH en faveur de YiSseRâ’éL.

Pour en revenir aux v. 1 à 5, YHWH répond donc à l’intercession de Moïse en lui donnant de tailler cette fois lui-même les deux tables de pierre qui remplaceront celles qui viennent d’être brisées. Ici, le texte reprend Ex 34,1-4, en ajoutant néanmoins l’ordre de faire une arche de bois ; alors que dans le livre de l’Exode, l’arche était déjà dans les cartons dès le ch. 25. Je ne reviens pas sur ce qu’on a déjà dit à propos de ces tables au chapitre précédent dans la dernière vidéo, mais retenons à tout le moins que ces nouvelles Tables, en plus d’être le support d’une Parole divine — c’est tout de même YHWH qui écrit, redit le v. 4 —, sont désormais aussi la marque de la MISÉRICORDE de HaQQâDOSh BaROuKh HOu‘, le Saint Béni soit-Il ; puisqu’elles sont le fruit de l’intercession de Moïse. Grâce à lui, malgré la faute du peuple, l’héritage est maintenu comme tel, signe que l’Alliance n’a pas été dénoncée par YHWH.

Le v. 6 évoque pour sa part la mort de ‘AHaRoN, le frère aîné de Moïse dans la tradition biblique ; mais bon, on l’a dit à propos du ch. 9 au v. 20 : autant il avait une importance majeure dans les livres de l’Exode du Lévitique et des Nombres, autant ici, il est réduit à la portion congrue : au ch. 9, YHWH est en colère contre lui, et ici, il meurt. Point final. C’est assez court, et ça révèle assez bien que l’inspiration deutéronomiste est une tradition opposée à celle qui met ‘AHaRoN en exergue, c’est-à-dire la tradition sacerdotale. Elle reste peu présente dans le Deutéronome pour qui ‘AHaRoN reste une figure secondaire. Non que le sacerdoce soit rejeté, puisque les fils de Lévi sont convoqués pour servir le culte de l’Arche. Mais la lignée de ‘AHaRoN est à tout le moins suspecte : c’est tout de même lui qui a présidé à la confection du Taurillon d’Or et qui a suscité la colère de YHWH contre le peuple ! Ce qui veut dire que dès la TORâH voyez, on veut bien que YHWH institue un sacerdoce, mais en même temps, on en dit d’emblée les limites : il suffit que Moïse sorte des mémoires avec le temps, et c’est en fini de l’orthodoxie ! Les prêtres prennent le pouvoir et mettent le peuple sous l’obédience d’une idole ! Ce sont les grands reproches que leur feront les prophètes comme Michée ou Jérémie, entre autres. Écoutons Michée : « Écoutez donc ceci, chefs de la maison de Jacob, dirigeants de la maison de YiSseRâ‘éL, vous qui avez la justice en abomination, qui tordez tout ce qui est droit, bâtissant Sion dans le sang et YeROuShâLaYiM dans la perfidie ! Ses chefs jugent pour un cadeau, ses prêtres enseignent pour un salaire, ses prophètes pratiquent la divination pour de l’argent. Et ils s’appuient sur le Seigneur en disant : “Le Seigneur n’est-il pas au milieu de nous ? Aucun malheur ne peut nous atteindre !” — le fameux : « Gott mit uns ! » — C’est pourquoi, à cause de vous, Sion sera un champ qu’on laboure, YeROuShâLaYiM, un monceau de décombres, et la montagne du Temple, des lieux sacrés envahis par la forêt. » (Mi 3,9-12) ;

« Ainsi parle YHWH TseVâ’OT — le Seigneur rassembleur —, le ‘ÈLoHîM d’YiSseRâ‘éL : “Ajoutez donc vos holocaustes à vos sacrifices et mangez-en la viande, mais le jour où Je les ai fait sortir du sol de MiTseRaYîM, Je n’ai pas parlé ni commandé de paroles à vos pères à propos de l’holocauste et du sacrifice. Voici la parole que Je leur ai commandée : ‘Écoutez Ma voix : je serai votre ‘ÈLoHîM, et vous, vous serez Mon peuple ; vous suivrez la totalité du chemin que Je vous commande pour votre bien.’ Mais ils n’ont pas écouté, ils n’ont pas tendu l’oreille, ils ont marché suivant leurs conseils, suivant l'entêtement de leur cœur mauvais ; ils ont tourné le dos et n’ont pas été en face. Depuis le jour où vos pères sont sortis du sol de MiTseRaYîM jusqu’à ce jour, j’ai envoyé vers vous tous mes serviteurs, les prophètes, envoyés au lever du jour. Mais ils ne m’ont pas écouté, ils n’ont pas tendu l’oreille, ils ont raidi leur nuque, ils ont fait le mal plus que leurs pères.” Tu leur parleras avec toutes ces paroles mais ils ne t’écouteront pas. Tu les proclameras vers eux mais ils ne te répondront pas. Alors, tu leur parleras ainsi : “Voilà la nation qui n’a pas écouté la voix de YHWH son ‘ÈLoHîM et n’a pas accepté la leçon ! La fidélité s’est perdue, elle a été retranchée de leur bouche. » (Jr 7,21-28). Je vous rappelle que Jérémie est l’un des inspirateurs principaux de la pensée deutéronomiste.

Donc voilà. Et c’est vrai qu’en définitive, le sacerdoce en YiSseRâ‘éL a marché cahin-caha, un peu comme la royauté du reste ! Ils ont tous les deux eu leurs bons moments, mais l’Exil a clairement montré qu’ils ont manqué l’appel de HaQQâDOSh BaROuKh HOu‘… Raison pour laquelle d’ailleurs l’auteur deutéronomiste n’aime guère ces deux institutions qui, pour lui, ont trahi la TORâH et sont au principe de la déportation du peuple. Seule subsiste la prophétie — la vraie, évidemment, parce que là encore, YiSseRâ‘éL a eu son lot de faux prophètes, mais la tradition refuse de faire mémoire, et elle a raison. Les vrais prophètes se reconnaissent à ce qu’ils ne se sont pas détournés de leur mission et qu’ils ont été des ressources infiniment précieuses pour le relèvement de YiSseRâ‘éL. Et en définitive, c’est tout ce qui compte.

Quoi qu’il en soit, à l’époque du Christ, sacerdoce et royauté seront tous les deux en crise, ça n’est rien de le dire ! Raison pour laquelle, en Jésus, reconnaissent les Chrétiens, ces deux institutions ne sont pas éradiquées mais renouvelées : d’une part par le dernier roi de la généalogie de Juda — c’est ce que nous dit Matthieu : si Jésus est roi, ça n’est pas seulement spirituel — ; d’autre part par le véritable Grand-Prêtre, dira l’épître aux Hébreux qui présente Jésus comme le Grand Prêtre véritable de l’Alliance Renouvelée par le sacrifice de son propre corps et de son propre sang sur l’autel de la Croix. De ce point de vue, Jésus s’inscrit bel et bien dans la ligne du Moïse deutéronomique dont il porte la TORâH à son accomplissement. Rappelons-nous : « Ne décrétez pas que je suis venu jeter à terre la TORâH ou les prophètes ! Je ne suis pas venu jeter à terre mais porter à la plénitude. Amen, je vous parle ainsi : jusqu’à ce que passent le ciel et la terre, pas un seul YOD, pas un seul tiret de la TORâH ne passera d’ici à ce que tout soit advenu. Donc celui qui rejette un seul de ces commandements, [ne serait-ce que] le moindre [d’entre eux], et enseigne ainsi aux hommes, sera appelé moindre dans le Règne des cieux. Cependant, celui qui les fait et les enseigne, celui-ci sera appelé grand dans le Règne des cieux. » (Mt 5,17-19).

Alors si on en revient à notre texte, les v. 8 et 9 entérinent quant à eux l’institution des LeWiYîM, et là pour le coup, on est dans le droit fil de YeH.èZeQé‘èL — Ézéchiel —. Je vous renvoie à ce qu’on en a dit à propos du ch. 1 du livre des Nombres. Le Deutéronome entérine sans difficulté leur mission de service et de bénédiction, et l’institution se pérennisera puisqu’on les retrouvera officiant fidèlement dans le Temple jusqu’à l’époque du Christ, donc jusqu’à la destruction du Temple d’Hérode en 70.

Et hop, aux v. 10-11, on retrouve les 40 jours et les 40 nuits d’intercession de Moïse — je n’y reviens pas —. Le rédacteur aurait pu les reprendre dès le v. 29 du chapitre précédent, mais assez logiquement : si on ne veut pas que la seconde version des pierres soit elle-même suspecte d’idolâtrie, il ne fallait pas que l’intercession intervienne avant, mais bien après qu’elles aient été refaites !

« Et maintenant », dit le v. 12 — We“aTtâH en hébreux, une expression qu’on trouve souvent chez les prophètes, qu’on entend souvent dans la TORâH et que reprendra saint Paul : c’est une expression prophétique qui traduit le moment déterminant d’un oracle où YHWH reprend les choses en main et recadre les affaires. Är ailleurs, on peut lire les v. 12-13 comme une très belle définition de la CRAINTE de YHWH, qui ne réside définitivement pas dans la peur à son encontre, mais dans le fait de marcher sur ses chemins, dans cet amour de charité qui consiste à refuser de mettre la main sur YHWH en n’en faisant qu’à sa tête comme les ch. précédents viennent de l’évoquer ; un amour de charité qui consiste avant tout à servir YHWH en écoutant ses commandements de tout son cœur — la volonté — et de toute sa « gorge », c’est-à-dire sa vie, son âme, de tout son être ; dit autrement, viscéralement, passionnément et sans compromis. Je vous renvoie à ce qu’on a déjà dit à propos du ch. 6. Comme le dit Saadia Gaon, un grand penseur juif espagnol du xe siècle : « Quand un homme contemple les œuvres merveilleuses et immenses de la Création de YHWH et admire Sa sagesse infinie, sans pareille à l’échelle humaine, il aimera YHWH aussitôt, Le glorifiera et Le célèbrera en éprouvant la nostalgie de YHWH comme le chantait David : « Mon âme — mon être, ma vie — a soif de YHWH ! » (Ps 42(41),3). » On trouve ce propos dans Le Guide des Égarés de Maïmonide au ch. xii, qui écrit, lui, deux siècles plus tard.

Dit autrement, à ce stade de notre lecture, la CRAINTE s’avère être cette secousse d’être qu’on éprouve devant le Mystère, parce que quelque part, ÇA PARLE ! Ça nous parle, et ça nous ébranle au plus profond de l’être parce que ça signifie que QUELQU’UN APPELLE ! Quelqu’un appelle à une rencontre, une ALLIANCE, qui va peu à peu se révéler comme un appel à la COMMUNION. Du coup, on ne peut pas seulement résumer la crainte au respect : le respect tient à distance, alors que la CRAINTE, elle, relève de la RÉPONSE à cet appel qui nous précède et dans la considération de la LIBERTÉ inaliénable de l’ÊTRE qui appelle. La Bible entend son Nom : “aNî YHWH, je suis l’ÊTRE, c’est-à-dire « Je suis celui qui appelle à Être », qui instaure donc un ENTRE-DEUX qui met en mouvement un autre que Lui et, ce faisant, l’amène à l’existence, le plonge dans le TEMPS, ce qui fait qu’à partir du moment où cet appel résonne, une Création commence ; elle commence à avoir du poids, à compter ; or précisément, créer, à en croire le ch. 1 de la Genèse, ça consiste à COMPTER : « Jour UN, deuxième Jour, troisième Jour, etc. ». Seulement il y a un corolaire : cette réalité créée n’existe que si elle RÉPOND à l’appel qui lui est lancé, et c’est l’homme, ‘âDâM, qui est chargé de la réponse. Et du fait que la parole lui soit confiée, à lui, de la part de YHWH en vue d’assurer une réponse à son Appel, c’est là qu’on reconnaît que ÂDâM est la seule créature qui soit vraiment créée à l’image et à la ressemblance de YHWH, de l’ÊTRE qui fait être… Parce que ÂDâM parle, comme HaQQâDOSh BaROuKh HOu‘. Et parlant, non seulement il répond — là on est vraiment au fondement de toute parole —, mais il fait ÊTRE à son tour, toujours par cette parole dont il est doué et qu’il adresse aux autres ; aux autres qui lui sont confiés d’une manière ou d’une autre. Tout ça c’est très concret ! Comme quoi décidément, la Bible, ça n’est pas seulement un bloc d’historiettes et de commandements gratuits ! C’est un écrit INSPIRÉ, qui porte une PAROLE VIVANTE qui FAIT VIVRE ! Une parole qui est celle de YHWH et de l’homme, dans un jeu, dans un ENTRE-DEUX incessant où n’émerge rien de moins que la VIE…

Donc la CRAINTE, pour revenir à elle, n’est jamais en définitive que le CONSENTEMENT à ce que notre parole d’homme — qui est déjà un partage divin incommensurable ! — ne subsiste, en son fond, QUE comme RÉPONSE ! Et ça c’est TRÈS DIFFICILE à admettre pour un être qui est hanté par la convoitise ; qui veut être premier en tout, sans rien devoir à personne ; qui veut, comme disait Jean-Paul Sartres, que son existence précède son essence !!! Mais non, dit la Bible : l’homme est un être de RÉPONSE, non seulement en son nom propre, mais au nom de toute la création ! Allez, encore une fois pour que ça rentre : « La Création est à l’affût du dévoilement des fils de Dieu qu’elle attend depuis des lustres ! » (Rm 8,19). Donc la CRAINTE, en définitive, c’est la conscience de ne pas être premier, mais en même temps la conscience de la mission essentielle dont l’homme est revêtu en tant qu’image de YHWH au sein même de la Création ! Une mission qui consiste à FAIRE ÊTRE, à AMENER À L’ÊTRE ce qui n’est encore qu’en POTENTIEL D’ÊTRE.

Ça c’est vraiment très difficile pour l’homme ! Ne pas avoir la main, ne pas pouvoir ne serait-ce que revendiquer cet appel initial… Admettre que l’Être créateur est fondamentalement et inaliénablement LIBRE de toute convoitise humaine ! Ce qui l’oblige à comprendre que cette liberté, que TOUTE liberté, y compris celle de ‘ÂDâM, est donnée non pas pour se préserver de l’autre, mais pour se donner à l’autre au contraire ; ou plus exactement pour se PARTAGER à l’autre — divin ou humain — en vérité ! Dit autrement, la liberté est faite pour pouvoir se LIVRER en HÉRITAGE d’ÊTRE ; un héritage sur lequel, au nom de la Création tout entière, ‘ÂDâM est chargé de veiller en répondant de cet Héritage devant YHWH et devant ses frères, mais aussi devant ses pères qui l’ont précédé, et ses fils à qui il va léguer l’héritage — qui est d’abord un héritage de PAROLE, il faut vraiment y insister. Répondre de cet héritage, ça signifie lui faire porter ses fruits. Si on enlève cette dimension de RÉPONSE, on tombe dans l’exploitation pure et simple, à la convoitise qui refuse de rendre des comptes à qui que ce soit d’autre qu’à soi ! Et c’est pour ça que RÉPONDRE — ce qui est le nerf de la vie spirituelle —, ça met du mouvement, ça secoue ; parce que comme le disent les v. 14-15, ça fait d’abord aller de YHWH vers YiSseRâ‘éL et de YiSseRâ‘éL vers YHWH, de sorte qu’entre eux deux naisse peu à peu une AMITIÉ vivante, vivifiante dont YHWH est le garant, par l’Alliance ! Et là, on touche du doigt le BIEN vers lequel dirige le chemin prescrit par YHWH, comme dit la fin du v. 13.

Les v. 14-15 par ailleurs, reprennent le thème du ch. 7 au v. 7 : « YHWH s’est épris de vous et vous a élus — non que vous soyez nombreux parmi tous les peuples, car vous êtes le moindre de tous les peuples — C’est parce que YHWH vous aime et garde le serment qu’il a juré à vos pères » (Dt 7,7), avec cette précision de nos versets : YHWH s’est épris DES PÈRES — entendons par là ‘AVeRâHâM, YTseRâQ et Ya”aQoV, comme déjà en Dt 9, v. 5 et 27 entre autres — ; et c’est en vertu de cette fidélité sans retour envers LES PÈRES qu’Il a choisis, qu’Il a élus, que YHWH garde sa fidélité à un YiSseRâ‘éL qui lui, s’est illustré par son infidélité. Mais un peuple infidèle que HaQQâDOSh BaROuKh HOu‘, dans sa MISÉRICORDE, relance dans l’ÊTRE ! Qu’Il continue d’APPELER, comme si la fidélité des Patriarches tenait lieu d’intercession ; une intercession dont Moïse serait le relais nécessaire, puisque l’homme est ainsi fait qu’il lui faut toujours une figure de proue pour pouvoir avancer. Et c’est par cet ENTRE-DEUX qui oscille non seulement de YHWH à l’homme et de l’homme à YHWH, mais aussi d’un homme à l’autre à l’intérieur de la même génération comme entre les générations, que la Bible témoigne de la puissance de cette VIE qui nous relie dynamiquement les uns aux autres : on n’est rien sans les pères, et nos fils ne sont rien sans nous. Par ailleurs, quand une génération se distingue par sa fidélité, elle fait honneur aux pères, et va même jusqu’à intercéder en faveur de ceux d’entre eux qui n’auraient pas vraiment tenu leur place… C’est ce que les chrétiens nomment la COMMUNION DES SAINTS.

Le v. 16, quant à lui, est un peu surprenant à première vue, en tout cas dans la TORâH. Il parle de la circoncision du cœur si chère au prophète Jérémie — encore lui : « Circoncisez-vous pour YHWH, ôtez le prépuce de votre cœur, hommes de YeHOuDâH, habitants de YeROuShâLaYiM ! » (Jr 4,4) Ce qui ne signifie pas que Jérémie, ou notre rédacteur deutéronomiste, méprisent pour autant la circoncision corporelle : ok donc pour circoncire le corps, mais attention : dès la TORâH, c’est-à-dire au principe de cette pratique, c’est la circoncision du CŒUR qui est visée ; autrement dit : la circoncision du corps n’a de sens que comme SIGNE d’une circoncision intérieure, qui est la circoncision véritable qu’appelle YHWH de ses vœux ; et là voyez, on touche vraiment la dimension CHARNELLE qui fait que le corps en lui-même, pris pour lui-même, opaque à toute dimension spirituelle, n’est jamais que de la matière : un squelette mis en mouvement par différents systèmes, physiologiques… Tout ça est utile, on est d’accord ! Ne serait-ce que quand il faut réparer, c’est bien sur la matière du corps qu’on travaille — Mais une fois qu’on a dit ça, est-ce qu’on a tout dit de l’homme ? Eh bien la Bible nous dit que non. Elle nous dit que le corps est fait pour être traversé par l’ÊTRE ; le corps est fait pour écouter la voix de l’ÊTRE et lui répondre. Et c’est cette aptitude à répondre qui lui permet de se découvrir non pas seulement comme un pur système biochimique mais comme CHAIR. Une CHAIR qui a un CŒUR, non pas au sens physiologique évidemment, ni même au sens contemporain de sensibilité, mais au sens de la VOLONTÉ, de la DÉTERMINATION à répondre. Circoncire le cœur, c’est circoncire la VOLONTÉ pour qu’elle ne se laisse pas aller à la folie de la toute-puissance. Parce qu’alors là, on retombe dans le péché du Taurillon d’Or ; on retombe dans cette prétention meurtrière à vouloir se faire Dieu à la place de Dieu, ou plus subtilement à décider par soi qui doit être Dieu pour convenir aux revendications de l’homme maladivement rivé sur son narcissisme.

Du coup, de l’intérieur de cette circoncision du cœur jaillit alors une hymne qui va nous entraîner jusqu’à la fin du chapitre. Alors on retrouve la même articulation entre les v. 17 et 18 qu’entre les v. 14 et 15 : la transcendance divine reste charnellement attachée aux plus petits ! Pourquoi ? Parce que le petit, c’est celui qui a viscéralement besoin qu’on lui parle pour exister… qui a viscéralement besoin de répondre, là où le riche, lui, croit qu’il n’a de compte à rendre à personne d’autre que lui-même. Et de la même manière que les v. 14-15 étaient suivis d’un commandement, à son tour pour le v. 19 : d’un côté, un  commandement tourné vers YHWH : « Circoncisez le prépuce de votre cœur ! » (Dt 10,16) ; et de l’autre vers les petits : « Aimez de charité le résident ! » (Dt 10,19), c’est-à-dire mettez-vous au service de celui qui n’est pas comme vous mais qui réside au milieu de vous et qui a besoin de la parole vivifiante dont vous avez la garde au nom de YHWH.

Alors poursuivons : le v. 20 reprend le v. 12, l’un et l’autre se rattachant au commandement de la charité. Et là, ne passons pas trop vite sur le thème de l’attachement, du lien, qui appartient au vocabulaire nuptial : « C’est pourquoi l’homme quitte son père et sa mère et SE LIE à sa femme, et ils deviennent une seule chair. » (Gn 2,24), c’est le même verbe, somme toute assez rare dans la Bible ; donc il faut le prendre ici au sérieux. Du coup, quand on entend : « C’est YHWH, ton ‘ÈLoHîM, que tu craindras, Lui que tu serviras, Lui à qui tu te lieras… » (Dt 10,20), forcément le verset prend un certain relief, qui répond à l’affirmation de YHWH : « Je me suis épris de tes pères et de toi ! » d’après le v. 15 ! C’est quasiment le Cantique des Cantiques qui appelle YiSseRâ‘éL aux Noces avec son DIEU ! Des Noces qui, d’un point de vue chrétien, s’accomplissent dans la Personne de Jésus en qui sont unis nuptialement le Verbe de YHWH et la nature humaine, pour ne faire, précisément, qu’une seule CHAIR. En la personne du Verbe Incarné, du Christ Jésus, YHWH et l’homme sont désormais inaliénablement ATTACHÉS, LIÉS l’un à l’autre. Et ma foi, ce v. 20 se présente comme la première ouverture à cette bouleversante rencontre qui allie indéfectiblement YiSseRâ‘éL au Nom de YHWH, et que Jésus mènera jusqu’à son accomplissement.

Du coup, une telle perspective ne peut que faire entrer dans la louange des v. 21-22, qui à leur tour articulent la dimension cosmique, universelle, et la dimension particulière. Là, on est dans le même ton que le cantique de Marie : « YHWH fit pour moi des merveilles, Saint est son Nom ! ».

Voilà. Alors on pourrait dire beaucoup d’autres choses concernant ce chapitre, mais bon. Si déjà on intègre tout ça pour le mettre en œuvre dans la foi, ce ne sera déjà pas si mal. Je vous souhaite donc une lecture féconde de ce chapitre.

Encore merci pour ceux d’entre vous qui avez fait ou envisagez de faire quelques dons à l’association Va vers Toi qui gère le site de La Bible en Tutoriels ! N’oubliez pas : c’est en bas à gauche de la page d’accueil du site.

Nous verrons la suite la prochaine fois. Je vous remercie.
Gabuzo
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