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La Bible en tutoriels - Le Deutéronome (père Alain DUMONT)

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Message par Gabuzo le Jeu 19 Mar 2020 - 9:03



Bonjour,

Nous ouvrons aujourd’hui un livre étonnant, non sans émotion puisqu’il s’agit du 5e et dernier livre de la TORâH : le Deutéronome. Alors déjà, que veut dire « Deutéronome » ? En fait, ce nom provient d’une expression qu’on trouve au ch. 17, v. 8 et qui parle de la MiSheNéH HaTTORâH, de la RÉPÉTITION, de la REPRISE de la TORâH imposée par HaShèM à tout Roi d’Israël : « Quand [le roi choisi par YHWH] siègera sur le trône de son Règne, il aura écrit pour lui une RÉPÉTITION de cette TORâH sur un rouleau » (Dt 17,18), ce que le grec traduira par : « Il écrira lui-même cette seconde Loi »τὸ δευτερονόμιον τοῦτοto deutéronomion touto, ce qui a donné par translittération en français : DEUTÉRONOME.

Nos frères Juifs, eux, désignent le livre du même nom, la MiSheNéH HaTTORâH, mais ils parlent cependant plus volontiers du livre de DeVaRîM, le livre des PAROLES — sous entendu de Moïse — à partir cette fois des tout premiers mots du livre en hébreu : ‘éLLèH HaDDeVâRîM ‘aShèR DiBèR MoShèH, litt. : « Voici les Paroles qu’a parlées Moïse », ce qui veut bien dire ce que ça veut dire : le Deutéronome se présente comme un long discours DE MOÏSE à l’aube d’une nouvelle étape de l’existence des Fils d’Israël : à savoir leur entrée COMME PEUPLE CONSTITUÉ sur le sol de KaNa”aN.

Alors rappelons très rapidement la mémoire que mettent en récit les livres précédents, chacun à leur manière : la Genèse raconte qu’une famille nomades de 70 membres est descendue de KaNa“aN en Égypte — MiTzeRaYîM — (Gn 46,27) ; ce nombre évidemment symbolique désigne un clan entier dont le patriarche est connu sous le nom de Ya”aQoV. Or quand ils en reviendront 430 ans plus tard selon le décompte biblique, ce sera cette fois en tant que peuple constitué, uni par le don de la TORâH divine reçue au désert, au MiDeBaR, le fameux lieu d’où surgit la Parole vivante qui donne la vie, vous vous souvenez. Le fameux MiDeBaR compose le cadre des livre de l’Exode, du Lévitique et des Nombres. Pour le Deutéronome en revanche, c’est un peu différent.

D’abord, posons-nous la question : d’où sort ce cinquième livre qui se présente comme un long, un très long discours de Moïse ? Les autres, on sait à peu près : ils ont été écrits par les scribes exilés à Babylone, suivis de ceux de la période Perse. Pas à partir de rien évidemment : il y avait divers récits fondateurs, diverses pratiques dispersées dans les différents sanctuaires répartis au Nord sur le territoire d’Israël, et au Sud sur le territoire de Juda. Or précisément, il se trouve qu’à l’occasion des assauts de l’Assyrie contre Israël dès le dernier tiers du ixe siècle — assauts qui aboutiront à des déportations vers 730 —, toute une part de la population du royaume du Nord, et en particulier les notables, va peu à peu aller se réfugier dans le royaume du Sud, c’est-à-dire de Juda ; et ces notables descendent évidemment avec leurs récits fondateurs, avec leurs lois, leurs pratiques religieuses, etc. Autant de données qu’il va falloir intégrer dans le Royaume de Juda pour unifier les populations qui deviennent très disparates !

Alors maintenant, quand on parle de “notables“, il faut entendre principalement des KoHaNîM/prêtres et des LeWiYîM/Lévites ; même si, on va le voir, la distinction entre les deux n’est pas évidente à l’époque. Ce sont en tout cas eux qui gardaient et qui enseignaient les traditions liées aux différents sanctuaires dont ils avaient la charge en Israël ; des sanctuaires qui n’étaient rien de moins que la mémoire identitaire des différents clans qui leurs étaient affiliés.

Il ne faut pas non plus oublier toujours parmi les notables, les SCRIBES, parce que si l’invasion assyrienne a été violente — et on a des documents qui montrent que les Assyriens étaient particulièrement redoutés pour leur cruauté —, ils sont néanmoins arrivés avec leur alphabet araméen, à partir du viiie siècle ; un alphabet consonantique qui n’est ni plus ni moins à l’origine de l’alphabet hébreu. Certains exégètes vont jusqu’à dire que sans cette invasion assyrienne, la Bible n’existerait tout simplement pas… Comme quoi « à quelque chose malheur est bon », comme on dit. Donc avec cet alphabet, c’est vrai que le métier de SCRIBE s’est singulièrement déployé à partir de cette époque.

Par ailleurs, il ne faut pas oublier que tous ces notables descendent aussi dans le Royaume du Nord avec leurs traditions PROPHÉTIQUES. Certains prophètes du Nord sont tellement essentiels que la TORâH ne pourra pas ne pas s’en faire l’écho, on le verra. Je pense notamment à 'ÉliYâHOu/Élie — allez, maintenant vous commencez à avoir l’habitude, je vous dis les noms en hébreu —, à ‘ÈLîShâ“/Élisée, à “ÂMOS/Amos ou HOShé“a/Osée…

Toujours est-il qu’au moment où l’empire Assyrien tombe en déclin, à la fin du viie siècle, Juda est devenue la tribu protectrice d’Israël, déjà sous le roi H.iZeQiYYâHOu/ Ézéchias, puis sous le roi MeNaShèH/Manassé, puis enfin à l’époque du roi Yo’ShiYâHOu/Josias. Et c’est alors qu’on va nous raconter qu’a été découvert dans le Temple de Jérusalem un livre — ou un rouleau — qui contenait le noyau autour duquel allait s’élaborer, avec le temps, notre DEUTÉRONOME. Et je vous rappelle qu’à cette époque, le livre de la Genèse n’existe pas, pas plus que celui de l’Exode, du Lévitique et des Nombres ! Ce qui veut dire que le dernier livre de la TORâH, le Deutéronome, est en fait le PREMIER des livres de la TORâH qui a commencé à s’écrire avec lui !

Là-dessus, parce que ce n’est pas fini, Babylone prend le dessus sur les Assyriens, devient un empire encore plus vaste, et comme de bien entendu, déferle sur Juda au siècle suivant ! Et cette fois, non seulement Juda est envahi, mais suite à des erreurs politiques majeures de la part du roi TsiDeQiYYâH/Sédécias — qui le paiera cher —, l’empereur NeVouKhaDeNè‘TsaR/Nabuchodonosor décide d’en finir avec Israël. En 587, il fait le siège de YeROuShâLaYiM, il détruit le Temple et il envoie tous les notables en Exil. Pas toute la population, évidemment ! Ça n’aurait servi à rien ! On déporte uniquement ceux dont la position dans le peuple pourrait susciter une opposition à l’administration impériale, ce qui représente en gros cinq milliers de personnes, ce qui n’est déjà pas si mal.

Le reste de la population, essentiellement les paysans, va entretenir les terres jusqu’au retour de quelques exilés, sous la houlette de NeH.èMeYâH/Néhémie et de ‘EZeRaH/Esdras, à l’époque où la Perse a avalé à son tour l’empire babylonien. On est au vie siècle. L’empereur Cyrus ii exerce une politique de tolérance en matière religieuse et politique ; il unifie son empire en imposant l’araméen comme langue administrative et véhiculaire, et puis il joue la carte de l’intégration des coutumes de chaque peuple qui est sous sa coupe. Un retour des Juifs est alors possible. On est en 538 avt J.-C., c’est-à-dire 50 ans après la déportation babylonienne, deux ou trois générations plus tard.

Sauf qu’entre temps, les élites ont travaillé comme des malades !!! Ils auraient pu se dire : bon, faisons notre vie là où on est planté et puis basta ! Mais non ! Et c’est là où on va assister à quelque chose de remarquable, qui ne peut être que le fruit d’une réelle inspiration puisque ce travail — si on ne craignait pas de faire un énorme anachronisme qu’on pourrait qualifier de “bénédictin” — va aboutir à l’édition de la TORâH, entre autres.

Je vous le fais en très rapide : tous ces notables, en particulier les KoHaNîM et les scribes — parce que les LeWiYîM, eux, avaient été les grands perdants de l’affaire : avant la période assyrienne, ils officiaient comme prêtres dans leurs sanctuaires respectifs, mais arrivés à Jérusalem, on leur a bien fait comprendre que HaShèM privilégiait le sacerdoce du seul Temple ; et c’est pour justifier cette nouvelle pratique qu’on va établir la lignée des prêtres et des grands prêtres de Jérusalem, fils de AHaRoN, comme élus de HaShèM pour être les KoHaNîM parmi les Fils de LéWî ; les autres, ma foi, qu’ils s’occupent des tâches subalternes ! Or comme par hasard, le Deutéronome qui rapporte essentiellement des traditions du Nord qui ne parle pas de ‘AHaRoN, alors qu’il était une figure majeure du livre de l’Exode et du Lévitique ! Ou devrai-je dire : alors qu’il SERA une figure majeure, avec l’interventions de l’écrivain sacerdotal qui éditera la TORâH telle qu’en gros on la connaît aujourd’hui.

Alors pour en revenir à la question de ces prêtres du Nord qui deviennent les subalternes de ceux du Temple de Jérusalem, c’est sûr que ça grince des dents, au point que le prophète YeH.èZeQé’èL/Ézéchiel va devoir sérieusement remonter les bretelles aux LeWiYîM ! Mais bon, on verra ça en son temps, si Dieu nous prête vie d’ici là.

Toujours est-il que ces notables, tous lettrés, montent à Babylone avec dans leur mémoire les traditions ancestrales des différents royaumes, mais aussi la mémoire des prophètes dont on s’aperçoit que leurs avertissements étaient loin d’être vains, sauf qu’on ne les a pas écoutés ! D’où la question : « Mais qu’est-ce qui est arrivé ? » « Pourquoi ce cataclysme est-il survenu ? » « Qu’est-ce qu’on a fait au Bon Dieu ? » ; et puis aussi, plus sournoisement : « Est-ce qu’on se serait fait avoir ? Est-ce que Marduk, la divinité majeure de Babylone, ne serait pas plus puissante que YHWH ? » Eh oui… quand vous avez une divinité tutélaire, elle est sensée vous protéger, sans quoi à quoi bon ? C’est le grand argument contemporain contre l’existence même de Dieu : « Si Dieu existait, on ne souffrirai pas autant ! » Or c’est là que, sous l’effet d’une inspiration sans équivalent, tout à coup, les choses vont basculer !

D’abord, on va commencer par se dire : « Non, HaShèM est vraiment le seul ‘ÈLoHîM, le seul Dieu parmi tous les dieux. Tous les autres ne sont que des faux dieux, des idoles. HaShèM est le DIEU UNIQUE, celui de Juda, celui de Jérusalem ! » comme le rouleau découvert dans le Temple le martèle. Non seulement le seul HaShèM parmi tous ceux qui étaient vénérés de-ci, de-là sur le territoire d’Israël et ailleurs, mais le DIEU absolument UNIQUE, UNIVERSEL.

D’où la conclusion : si les nations ont pu fondre sur Israël et Juda, c’est que très mystérieusement, HaShèM le leur a permis. Donc on doit se poser la question : « Pourquoi l’a-t-Il permis ? » Et c’est là qu’entrent en jeu la mémoire des prophètes, du Nord comme du Sud : « Vous n’avez pas ÉCOUTÉ YHWH ! »

Parce que dans le fond, il faut bien comprendre que ceux qui ont porté l’unité des deux Royaumes frères, ce sont les prophètes, depuis ‘ÉliYâHOu/Élie, jusqu’à YiReMeYaHOu/Jérémie, pour ne s’en tenir qu’aux prophètes d’avant l’Exil. Et ce sont les prophètes qui vont obliger les scribes à évaluer la période de la royauté —, ce qui donnera les livres de SheMOu’éL/Samuel et les livres des Rois. Les KoHaNîM feront le même travail à leur manière : ça donnera les Livres des Chroniques. Même histoire, mais racontée sous deux points de vue différents. En tous les cas, vous imaginez la somme de boulot qu’il y a en perspective à partir du moment où l’inspiration commence à habiter tout ce petit monde ? Parce qu’à partir de là, il va falloir rien de moins que tisser entre elles toutes ces traditions, du Nord comme du Sud !

Alors on se met au travail, on revisite cette mémoire qui est avant tout ORALE — aujourd’hui où on a exporté nos cerveaux dans nos Smartphones, où on ne sais même plus faire une addition sans avoir besoin de réfléchir dans nos caboches là où nos anciens vous sortaient le résultat de tête en moins de temps qu’il n’en faut pour taper l’opération sur une calculette ; quand on en est rendu à un tel niveau d’inculture, on n’imagine pas la puissance de la mémoire humaine, qui fonctionne dans une tout autre dimension que nos Big Data qui se la pètent outre Atlantique ! Ce ne sont que des archives passives, alors que la mémoire vivante, elle, est constamment active ; constamment prête à ressortir les fichiers donc vous avez besoin au moment où vous en avez besoin, alors même que le fichier en question a été classé 70 ans auparavant quelque part dans le crâne, vous ne savez pas où… mais la mémoire, elle, le sait ; et elle le sait d’autant mieux que la trace est CHARNELLE ! Or la mémoire de ces KoHaNîM et de ces scribes est on ne peut plus CHARNELLE ! Il portent leur histoire dans les tripes, au point que ce n’est pas parce qu’ils ont été déportés qu’ils vont oublier leur terre natale et tout ce qu’elle porte comme traditions. Demandez à un Breton parisien s’il en oublie sa Bretagne ? Ou à un Corse s’il en oublie son ile ? Ou à un Basque s’il en oublie sa Pelote ? C’est la même chose, avec les mêmes tripes.

Du coup, tous ces hommes vont se mettre à discuter, à rapporter leurs traditions respectives : qui, du Nord, se réfère à Ya”aQoV ou à YOSéPh, ou à Re’OuVéN, etc. ; qui, du Sud, se réfère à ‘AVeRâHâM, ou à YiTseRâQ, ou à BiNeYâMiN/Benjamin, à ShiMe”ON/Siméon, sans oublier DâWiD et son fils SheLoMoH/Salomon, etc. Sans oublier non plus, sans doute venant des traditions du Nord, la figure d’un certain MoShèH/Moïse dont on ne peut pas ne pas s’étonner qu’on n’en parle très peu dans les livres de Samuel ou des Rois — l’histoire de DâWiD parle de l’Arche, mais jamais de Moïse ! Le Patriarche reparaît avec Salomon, et encore… 4 fois dans le premier livre des Rois, 6 fois dans le second. Encore plus étonnant : les prophètes ne mentionnent JAMAIS la figure de Moïse, alors qu’on ne peut pas trouver plus acharnés défenseurs de la TORâH de HaShèM ! Pourtant, à en croire la TORâH, il est tout de même une figure incontournable ! Et là, voyez, on voit que tous ces scribes ne sont pas des tricheurs : ils reçoivent cette mémoire historique et prophétique sans que Moïse y soit mentionné, et ils ne vont pas chercher à le rajouter artificiellement ! Si on reconnaît cette honnêteté, on peut aussi la reconnaître pour le reste de leur grand-œuvre.

Reste que, concernant Moïse et son enracinement égyptien, ces scribes et ces KoHaNîM judéens en Exil vont se dire ce qu’on se dit souvent quand on rencontre un grand homme : « Mais son histoire, c’est la mienne ! » Du coup, un lien privilégié s’instaure entre lui et moi. Eh bien pour Moïse, c’est en gros la même chose. Il est bien évident qu’historiographiquement, Moïse n’est pas ce guide de 3 millions d’hommes et de femmes dans le désert. Sauf qu’une tradition — sans doute du Nord — témoigne de l’épopée d’un Moïse qui a guidé toute une population depuis l’Égypte jusqu’en KaNa“aN — on l’avait estimé, rappelez-vous, à environ 6000 personnes, ce qui n’est déjà pas si mal. Or les scribes s’aperçoivent que cette tradition parle en fait de l’histoire de tout leur peuple ! Alors ils vont se l’approprier et raconter LEUR HISTOIRE en prenant Moïse pour guide. Et pour la raconter, ils vont puiser dans leurs traditions, certes, mais ils vont aussi l’agrémenter de la culture babylonienne et perse dans laquelle ils vivent et qu’ils s’approprient de la même manière. C’est comme ça par exemple, que dans le livre de l’Exode, les habits du KoHéN GaDoL, le Grand-Prêtre vont reproduire les habits sacerdotaux perses. Un peu comme ces peintures flamandes qui représentent Jésus en habits du xve ou du xvie siècle ; ou les fresques de Jésus Mafa qui mettent en scène un Jésus négroïde ; ou encore ces images d’Épinal d’un Jésus blond aux yeux bleus… Le processus est le même. Et alors ? Il s’agit de s’approprier une figure, parce que son histoire, c’est MON histoire et celle d’innombrables frères et sœurs avec moi. Alors ceci dit, le mécanisme est très différent concernant la composition des évangiles qui ont été rédigés moins de deux décennies après la mort de Jésus, par ceux-là mêmes qui ont vécu avec Lui et à qui Il avait fait apprendre par cœur ses enseignements pour pouvoir ensuite les redonner à ceux vers qui ils seraient envoyés. Là je me base sur la tradition syriaque pour vous dire ça, une tradition araméenne totalement ignorée par l’Occident, mais qui a pourtant bien des choses à nous dévoiler. Mais bon, c’est un autre problème. Néanmoins, c’était important qu’on le précise.

Toujours est-il qu’avec tout ce matériel, les scribes et les KoHaNîM en Exil, qui ne veulent décidément pas perdre ce patrimoine, vont rassembler tout ça, d’une part pour mettre par écrit les paroles des prophètes ; d’autre part en mettant DâWiD en exergue pour raconter l’histoire des deux royaumes ; et puis surtout pour composer la TORâH autour de la figure tutélaire de Moïse ! Qu’est-ce qui est FONDAMENTAL, qu’est-ce qui fait partie des fondements de notre histoire, fondements auxquels se sont attachés les prophètes ?

Voilà ce que la TORâH se propose, pour ainsi dire, de synthétiser et d’offrir à ce petit peuple d’Israël qui, pourtant — dira le ch. 7 — est bien le moindre de tous les peuples ! Ce fut encore une fois un travail gigantesque, de longue haleine puisque tous les indices portent à croire que la TORâH, telle que nous la lisons aujourd’hui, ne sera pas disponible en l’état avant le ive siècle avant J.-C. Donc vraiment très tardivement. Et encore : la version qui est la nôtre est celle qu’ont fixée définitivement les Massorètes, les Ba“aLéY HaMaSORâH, les « Maîtres de la Tradition », au ixe siècle APRÈS J.-C. Et de fait, il y a des nuances avec la version qu’a connue Jésus — des nuances qu’on retrouve dans la traduction grecque de la TORâH faite deux siècles avant sa naissance, en Égypte.

Enfin voilà. Donc, pour résumer, comment tout ça a-t-il commencé ? Eh bien par la « découverte » — on va mettre ça entre guillemets, parce qu’on soupçonne, à bon droit, un effet de lobbying politique —Par la « découverte » donc d’un ROULEAU dans le Temple, à l’époque du roi Yo’ShiYâHOu/Josias ; on est au viie siècle avt J.-C. Il n’était évidemment pas aussi développé que le livre qu’on va scruter ensemble, mais on pense aujourd’hui qu’il était construit sur le modèle des procès d’Alliance dont on parlera d’ici peu, et comprenait ce qu’on appelle une “titulature” où HaShèM reçoit le titre de Dieu Unique, le fameux SheMa“ YiSheRâ’éL : « Écoute Israël, YHWH ton ‘ÈLoHîM est UN, tu aimeras HaShèM de tout ton cœur, etc. » ; Puis venaient les stipulations du ch. 12, v. 13 à 18 interdisant d’offrir des holocaustes dans un autre lieu que celui qu’aura choisi YHWH ; suivait les sanctions applicables aux contrevenants au ch. 13 ; les prescriptions des grandes fêtes de pèlerinage où toute la population était sensée se rassembler du ch. 16 au ch. 18 ; et enfin les bénédictions et les malédictions du ch. 28. On ne parlait même pas de Moïse dans ces passages : c’était un décret royal, c’est tout.

Reste que c’est à partir de ce début de Rouleau du Deutéronome que s’est façonné, par après, l’ensemble du Pentateuque. Donc vous voyez : on termine par le Deutéronome, mais en fait, c’est par le Deutéronome que tout a commencé ; qu’on a effectivement pu REPRENDRE, l’histoire de tout le peuple d’Israël et en décrypter le sens ! C’est à partir de là qu’on a composé les différents récits, en puisant dans des représentations de l’époque ; qu’on les a étoffés et qu’on a élaboré tout un système de lois pour permettre au peuple de s’élever, d’élever son âme, et d’avoir la fierté de transmettre à ses enfants un esprit de liberté et d’espérance. On est parti de pas grand chose : quelques versets composés à Jérusalem à l’époque du roi Yo’ShiYâHOu/Josias ; et on en a fait un trésor pour l’humanité. Un peu comme le minuscule grain de sable qui s’insinue dans une huître et qui devient, avec le temps, une magnifique perle de valeur inestimable. Ou comme la graine de moutarde de la parabole qui est la plus petite de toutes les semences, mais qui devient le plus grand des arbres du jardin, si bien que les petits oiseaux viennent sous son ombre pour y installer leur nid.

Alors tout ce que je vous dis là ne doit pas vous troubler ! On en reparlera, mais c’est bien le chemin qu’a choisi HaShèM pour se révéler de l’INTÉRIEUR de l’histoire des hommes, et non comme une dictée angélique qui serait tombée du ciel. Et c’est à nous, AUJOURD’HUI — voilà encore un mot que le Deutéronome nous fera entendre souvent — ; à nous AUJOURD’HUI donc de nous approprier cette histoire, de la recevoir en héritage, par le Christ ; et surtout à lui faire porter ses fruits de VIE dans la puissance de l’inspiration qui ne cesse pas de l’habiter !

Enfin voilà. Voyez, c’est ça, lire la Bible en adulte. C’est comprendre que l’INSPIRATION passe par ce processus de RELECTURE. Et Jésus ne dira pas autre chose à ses disciples : « Quand il viendra, lui, l’Esprit de la vérité, il vous guidera dans toute la vérité. En effet, il ne dira rien de lui-même ; mais c’est ce qu’Il aura écouté qu’Il dira ; et c’est alors ce qui va venir qu’Il annoncera. Lui Me glorifiera, car c’est ce qui vient de moi qu’Il prend et qu’il vous annoncera à son tour. Tout ce qu’a le Père est mien ; voilà pourquoi je vous ai parlé ainsi : C’est ce qui est mien qu’Il prend et qu’il vous annoncera à son tour. » (Jn 16,13-15)

Si on ne comprend pas ça, alors tous ces récits ne sont finalement que des fables ou des contes de Grimm : de belles histoires, avec de beaux sentiments — et Dieu sait si les enfants en ont besoin pour apprendre à gérer leurs émotions ; mais un conte n’est jamais qu’une fiction. Tout autre chose est l’HISTOIRE avec un grand H à partir de laquelle s’est élaborée la TORÂH. Elle tisse certes des mythes pour pouvoir se penser, mais pour les élaborer, elle passe par un vrai travail CHARNEL de MÉMOIRE ; un travail qui consiste à coudre ensemble des traditions pour se mettre à l’écoute et pouvoir choisir le chemin béni de la VIE. Et c’est bien sur ce thème que s’achèvera notre livre.

Alors je vous laisse pour le moment sur ces considérations générales. On commencera dès la prochaine vidéo à se mettre à l’écoute patiente de ce récit qui ne manquera pas de nous étonner et de nous émerveiller, je vous le promets !

Je vous remercie.


:copyright: Père Alain Dumont, La Bible en Tutoriel, http://www.bible-tutoriel.com/
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Message par Gabuzo le Jeu 19 Mar 2020 - 9:05

Une vidéo sensationnelle de nos frères évangéliques : le Deutéronome en format "draw my life" !
Dans le Deutéronome, Moïse donne aux Israélites ses derniers conseils de sagesse accompagnés de mises en garde avant leur entrée en terre promise, en les incitant à rester fidèles à Dieu.
Une excellente vue d'ensemble avant de se lancer dans la lecture.



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Message par Gabuzo le Lun 23 Mar 2020 - 11:10



Bonjour,

Après l’introduction de la dernière vidéo, nous commençons notre lecture du Deutéronome et d’emblée, quand on y fait attention, le style tranche complètement d’avec les livres qu’on a déjà étudiés !

D’abord, on ne nous dit plus : « YHWH parla à Moïse » comme on l’a entendu maintes et maintes fois depuis le livre de l’Exode mais, dès le premier verset : « Voici les paroles qu’a parlées Moïse », et c’est vrai que la quasi-totalité du livre va se présenter comme un vaste discours de Moïse. Et là, on peut déjà se poser une première question : pourquoi Moïse ressent-il le besoin de « parler » ?

Alors pour comprendre, il suffit d’aller écouter ce que raconte la fin du livre : « Moïse monta des steppes de MO’âV au Mont NeVO, au sommet du PiSheGâH qui fait face à YeRiH.O (Jéricho), et YHWH lui fit voir tout le sol : le GiLe“âD jusqu’à DâN, tout NaPheTâLî, le sol de 'ÈPheRaYîM et de MeNaShè, tout le sol de YeHOuDâH jusqu’à la mer occidentale (la Méditerranée), le NèGèV, le Cirque (c’est-à-dire le bassin du Jourdain  et de la Mer de Sel), la vallée de YeRiH.O, la ville des Dattier (c’est le surnom de YeRiH.O), jusqu’à Tso”aR. YHWH lui dit : “Voici le sol que J’ai promis par serment à AVeRâHâM, à YiTseRâQ et à Ya”aQoV en parlant ainsi : ‘C’est à ta semence que Je le donnerai.’ Je te l’ai fait voir de tes yeux, mais tu n’y passeras pas.” C’est là que mourut Moïse, le serviteur de YHWH, dans le sol de MO’âV, sur la bouche de YHWH. » (Dt 34,1-5) Alors on reviendra en son temps sur cette dernière expression énigmatique, mais en attendant, tout le discours, qui constitue ce dernier livre de la TORâH, se présente donc comme les ultimes paroles prononcées par Moïse, ALORS QU’IL S’APPRÊTE À MOURIR. Et là, Moïse fait en réalité ce que tout mourant voudrait pouvoir faire au moment de quitter ce monde : il livre à sa famille sa lecture, ou sa relecture des événements, depuis le départ du Mont Sinaï pour rejoindre KaNa“aN, sans oublier bien entendu l’épisode initial de la sortie d’Égypte dont il sera fait mention 45 fois au fil de ce long discours. Donc voyez, le Pentateuque est très bien construit : on a vu la dernière fois que le Deutéronome, en son noyau, est le premier livre qui ait été ÉCRIT, avant l’Exil à Babylone. Et à partir de là, en Exil cette fois, toute une histoire a été tissée par les scribes pour rassembler et fédérer les diverses traditions des différents clans qui, chacun à leur manière, reconnaissaient néanmoins YHWH comme leur divinité.

La figure de Moïse a pris alors la place centrale pour unifier cet ensemble et organiser la vie du peuple Juif — parce qu’à partir de là on peut vraiment parler du peuple Juif, c’est-à-dire le peuple qui vit désormais sur le territoire de Juda, qui est devenue la province perse de JUDÉE — Donc la figure de Moïse a pris la place centrale pour unifier cet ensemble de traditions et organiser la vie du peuple Juif, en accord avec l’espérance portée par l’événement de la libération de MiTseRaYîM/Égypte.

Ceci dit, vous vous souvenez : la question n’est pas seulement d’avoir, un jour, été libéré extérieurement de MiTseRaYîM ; mais de laisser YHWH — le seul, l’UNIQUE, autour de qui va pouvoir s’UNIFIER Israël — ; il s’agit donc de laisser YHWH libérer Israël de ses propres frontières INTÉRIEURES que constituent ses convoitises et qui l’entraînent à ignorer les commandements de VIE adressés au peuple tout entier. Cela même que n’ont cessé de dénoncer les prophètes. Et là évidemment, c’est une autre paire de manches. Or donc, on va raconter les conditions dans lesquelles YHWH a opéré la délivrance et comment, dès le début, YHWH a voulu vivre au milieu de son peuple : c’est le récit de l’Exode ; on va mettre en place tout un édifice rituel de sacrifices et de règlements de vie pour donner les moyens au peuple de se consacrer et s’élever vers YHWH : ce sont les prescriptions du livre du lévitique. On va aussi raconter comment Israël a multiplié les révoltes avant même d’entrer sur le sol de la promesse, jusqu’à refuser d’y entrer alors même que YHWH lui en ouvrait les portes par le Sud. Du coup, on fait mémoire d’une errance de 40 ans dans le désert ; c’est le livre des Nombres. Et derrière ça, il faut lire en filigranes l’histoire d’un Israël qui se retrouve en Exil, et qui vit lui aussi une errance ! Va-t-il lui aussi se révolter et refuser de rentrer quand le temps sera venu ? Va-t-il gaspiller le don de YHWH, lui signer une fin de non-recevoir, alors qu’il a en main tout ce qu’il faut pour se reprendre en main ?

Ceci dit, il reste tout de même une dernière question : qu’est-ce qui affilie à ce point Israël à ce sol ? Ne pourrait-il pas être lui-même en Exil ? Et c’est pour répondre à cette question qu’en préambule, les scribes vont composer le livre de la Genèse où sont présentés les principaux patriarches qui, eux, ont donné le premier élan. On va dire qu’il y en a en gros deux principaux : ‘AVeRâHâM qui était la figure patriarcale majeure de Juda, et Ya”aQoV qui était la figure majeure d’Israël, auquel on a adjoint celle de YOSéPh, la figure ancestrale des clans de ‘ÈPheRaYîM et de MeNaShèH. On les a cousus ensemble pour en faire la trame de l’histoire qui allait suivre, et qui n’est, dans le fond, qu’une vaste réflexion sur la FRATERNITÉ ! D’ailleurs, en hébreu contemporain, ‘aH., le frère, est de la même racine que ‘îH.aH qui veut dire coudre. Le frère, c’est celui avec qui je couds une histoire en quelque sorte. Ce qui signifie que la vie, si on ne veut pas en perdre le sens, est une affaire de tissage, ce qui est loin d’être idiot ! Parce que qui sait tisser, sait raconter !

Et à l’autre extrémité de cet ensemble de récits et de prescriptions, les rédacteurs ont étoffé le rouleau découvert dans le Temple de sorte qu’il puisse prendre la place conclusive. Comme pour dire : le rouleau qui a été découvert sous le roi Yo’ShiYâHOu/Josias, c’était l’âme de l’Alliance, à partir de laquelle toute l’histoire d’Israël jusqu’à AUJOURD’HUI peut être reprise, comprise et reçue, pour permettre au peuple de CHOISIR LIBREMENT, enfin (!) le chemin de la bénédiction. Parce que c’est de ça dont il est question en définitive, on le verra à la fin du livre.

Et là on comprend mieux : ce travail de REPRISE de la TORâH, mis sur la bouche de Moïse en personne avant l’entrée en KaNa“aN, ne pouvait se situer qu’au moment imminent de sa mort dans la mesure où il s’agit ici d’un véritable travail de MÉMOIRE. A contrario, dans un monde comme l’Occident de ce iiie millénaire qui dénie et tente d’effacer la mort par tous les moyens, ce genre de mémoire sous forme de REPRISE est désormais présentée comme inutile ; voire fâcheuse parce qu’elle détourne les individus de la valeur suprême du pur “progrès” : « Surtout ne faites mémoire de rien ; soyez uniquement tendus sur l’instant, nous nous chargeons de votre bien-être ! ». La mémoire longue est volontairement gommée au profit de la seule “mémoire” informatique qui n’est d’une part qu’un pur stockage passif de données — on l’a dit lors de la vidéo précédente — ; mais surtout, qui est une mémoire entièrement externalisée de notre cerveau dans un “cloud”, un nuage, un brouillard sur lequel personne ne sait rien… Ce n’est plus une mémoire vivante, encore moins une mémoire CHARNELLE ; c’est un pur archivage virtuel, mathématique et sans âme. L’histoire est enseignée comme du journalisme événementiel du passé. La gratitude due à nos pères ne se transmet plus — il suffit de compter les jeunes qui se rassemblent autour de nos monuments aux morts : on est proche du zéro, sauf exceptions, simplement parce que ça n’apporte rien dans l’instant. « J’ai autre chose à faire »… Et s’il nous arrive de prendre du temps en silence, c’est pour “méditer”, dit-on, c’est-à-dire : “ne penser qu’à la sensation du moment” ; et on va nous vendre ça sous l’étiquette alléchante de la “pleine conscience” ! Même les juifs et les chrétiens se font avoir, alors que c’est de la simple manipulation ! Mais c’est bien empaqueté, c’est sûr. Prier, ce n’est pas méditer. Prier, c’est FAIRE MÉMOIRE pour entrer dans la gratitude qui nous relie à nos pères et nous fait découvrir la fierté d’être des hommes et des femmes dans un monde qui nous attend comme tels. PRIER, c’est RELIRE à la lumière de l’Alliance notre histoire avec DIEU et avec nos frères ; RELIRE pour être RELIÉS à nos pères et à nos mères qui ont fait au mieux pour nous transmettre l’accès à la VIE. Eh bien c’est dans cette RELECTURE que Moïse veut, à la fin de la TORâH, nous initier en nous proposant SA relecture, qui deviendra le socle de toute relecture pour Israël, et donc pour Jésus, comme on le verra.

Alors maintenant, posons-nous la question : qu’est-ce que Moïse a-t-il donc de si essentiel à nous transmettre de la part de YHWH ? Eh bien encore une fois : Moïse, dans son acte même de mémoire qu’il nous invite à imiter, nous révèle que ce qui fait la grandeur de l’homme, c’est, précisément par l’exercice de la MÉMOIRE, de se découvrir capable de passer du seul rang d’ “espèce” animale à celui de NATURE humaine. Voyez : à partir d’un substrat organique — l’ancien biochimiste que je suis n’a aucun problème là-dessus : l’homme est un animal et c’est incontestable —, à partir d’un substrat organique donc, l’homme advient à sa dimension SPIRITUELLE, et c’est PAR LA MÉMOIRE que cette dimension se révèle ; une MÉMOIRE qui se reçoit et qui se transmet, de sorte que la NATURE HUMAINE se dévoile avant tout comme FILIALE pour pouvoir accéder, dans un second temps, à sa dimension PATERNELLE. Alors se construit un édifice solide, un Temple qui élève le genre humain vers YHWH ! Comment ça ? Eh bien pour entendre le message, il faut à nouveau passer par l’hébreu puisque ‘èVèN, la pierre — symbole d’éternité, si vous vous souvenez tout ce qu’on a dit à ce propos dans les vidéos sur le patriarche Joseph — ; ‘èVèN, donc, la pierre, associe deux racines en hébreu : ‘âV, le père, et BéN, le fils. Quand un Juif, par exemple, vient au Mur des Lamentations à Jérusalem et qu’il prie en touchant une pierre de l’édifice, il se connecte symboliquement à mes pères. ‘èVèN, c’est le père et le fils reliés entre eux pour construire une histoire comme un temple sacré, inviolable ! C’est très parlant ! Et c’est entre autres la raison pour laquelle saint Pierre et saint Paul parlent des chrétiens comme de « pierres vivantes » ; ou que Jésus se présente en parlant de lui comme d’un Temple : un édifice dont la pierre angulaire est précisément la relation d’amour entre Père et le Fils éternels ; une relation qui se transmet, par le Fils, à tout le genre humain, et d’une solidité à toute épreuve.

La paternité et la filiation sont ainsi deux dimensions par lesquelles l’homme se découvre à la ressemblance de DIEU. Retirez à l’homme cette dimension filiale ; retirez-lui tout accès à sa mémoire familiale et patriotique à coups de pubs, de bannières incessantes l’enjoignant à ne rechercher que son bien-être ; saoulez-le de jeux auxquels il va devoir se soumettre à longueur de temps à travers des dizaines de rappels par jours pour enraciner ses addictions, et c’en est fait de lui : il sera rendu aux lois de sa seule convoitise ; il deviendra un pur consommateur pour assouvir ses pulsions de bien-être qu’on lui vendra comme du “bonheur”, et ça suffira pour qu’il en oublie la NATURE humaine reçue de ses pères et qu’il se “dénature” ; qu’il se réduise au rang de sa seule animalité et là, c’est la dépression assurée qui peut le conduire jusqu’au suicide. Pourquoi ? Parce que l’homme d’aujourd’hui, rivé à ses écrans, n’a plus rien à RACONTER, plus rien à TRANSMETTRE. Son seul souci, pour lui et ses enfants, c’est de conserver son “pouvoir d’achat”. Enfin bref. Tout ça ne cesse d’être agaçant, dans la mesure où c’est orchestré par une intelligentsia qui travaille activement à effacer la mémoire de ses contemporains pour mieux manipuler les populations.

Alors peut-être que vous vous dites que j’exagère, que je me fais plaisir en vous disant tout ça à propos d’un seul verset du début du Deutéronome qui nous enjoint de faire mémoire de ce que nous recevons de nos pères… Laissez-moi vous lire le passage d’un ouvrage de M. Vincent Peillon paru en 2008 et qu’il n’a eu de cesse de mettre en œuvre une fois devenu ministre de l’Éducation nationale : « La révolution française est l’irruption dans le temps de quelque chose qui n’appartient pas au temps, c'est un commencement absolu, c’est la présence et l’incarnation d’un sens, d’une régénération et d’une expiation du peuple français. 1789, l’année sans pareille, est celle de l’engendrement par un brusque saut de l’histoire d’un homme nouveau — tu parles ! La révolution est un événement métahistorique, c’est-à-dire un événement religieux. La révolution implique L’OUBLI TOTAL DE CE QUI PRÉCÈDE LA REVOLUTION. Et donc l’école a un rôle fondamental, puisque l’école doit dépouiller l’enfant de toutes ses attaches prérépublicaines pour l’élever jusqu’à devenir citoyen. Et c'est bien une nouvelle naissance, une transsubstantiation qui opère dans l’école et par l’école, cette nouvelle église avec son nouveau clergé, sa nouvelle liturgie, ses nouvelles tables de la loi.» Vincent Peillon, La Révolution Française n'est pas terminée, Seuil (2008), p. 16.

C’est juste pervers, parce que ce que néglige de préciser Vincent Peillon, c’est que pour faire table rase du passé, il faut nécessairement faire table rase des populations. C’est ce qui s’est passé dans les années de terreur qui ont suivi l’ « année sans pareil » dont il parle. Et pour ce qui nous concerne, le paradoxe n’est pas mince puisque M. Peillon est juif ! Or il va aux antipodes de ce que propose Moïse et la TORâH reçue de YHWH. C’est de la folie pure, cette folie dont le livre des Proverbes au ch. 7 nous prévient qu’elle mène tout droit à la mort : « Avec tout son savoir-faire, [la femme folle] séduit [le jeune niais] et par ses lèvres enjôleuses, elle l’entraîne. Dans son trouble, le voilà qui la suit, comme le bœuf qu’on mène à l’abattoir, comme un cerf qui se prend au lacet, jusqu’à ce qu’une flèche lui transperce le foie ; comme l’oiseau se jette vers le filet sans savoir qu’il y va de sa vie. Et maintenant, mon fils, écoute-moi et sois attentif aux paroles de ma bouche : ne laisse pas ton cœur se détourner vers ses chemins, ne t’égare pas dans ses sentiers, car nombreuses sont les victimes qu’elle fait tomber, et ils étaient forts, tous ceux qu’elle a tués. Sa maison est le chemin du schéol qui descend aux chambres de la mort. » (Pr 7,21-27)

Comme quoi scruter la TORâH, ça n’est pas seulement se faire plaisir intellectuellement ou culturellement ! Elle nous est donnée pour ne pas nous laisser gruger par l’idéologie du serpent qui tente de nous séduire pour nous séparer de YHWH. Et donc nous entraîner dans le vortex de la mort.

Donc, j’espère qu’on voit bien à quel point il est essentiel d’ÉCOUTER MOÏSE, d’écouter cette TORâH qui ne vise rien de moins que d’élever l’homme ! Une TORâH qui prend pour ça, le temps de faire mémoire des Patriarches afin de nous initier nous-mêmes à cet exercice. Toute inspirée qu’elle soit, elle ne se considère pas orgueilleusement comme un commencement absolu, mais comme la gardienne d’une mémoire qu’elle exprime à travers sa propre expérience de libération : un jour, YHWH a libéré un peuple d’Égypte et l’a mis en marche dans le désert pour aller à la rencontre de la vrai liberté : à l’intérieur de soi, et élever ainsi l’homme de l’état d’esclave dans lequel le maintient sa dimension de pure “espèce”, à l’état de NATURE humaine qui lui ouvre son avenir charnel et spirituel . Un avenir qu’il lui reste néanmoins à conquérir au prix d’une obéissance à l’Alliance qui crée le lien nécessaire entre l’homme à son Dieu à l’image d’un fils à son Père.

Alors, maintenant que nous avons pris le temps de nous faire une petite idée de l’esprit dans lequel aborder le livre du Deutéronome, écoutons ce que Moïse veut RÉPÉTER à TOUT ISRAËL — une expression typique des auteurs deutéronomistes. Jusqu’à présent, on parlait uniquement des FILS D’ISRAËL. On n’a rencontré l’expression TOUT ISRAËL qu’une seule fois pour l’instant, en Ex 18,25, mais elle va de nombreuses fois revenir dans toute l’histoire qui va suivre, jusqu’aux livres des Rois. Et quoi qu’il en soit, on a là, dès les premiers mots du livre, un premier signe que nous changeons de style et donc de perspective.

Alors on reprendra la prochaine fois une lecture plus suivie du récit que le Deutéronome met en place. Mais j’espère que vous voyez tous les enjeux que posent d’emblée les quelques mots qui commencent ce livre dont le but est de nous entraîner, avec Moïse, à RELIRE une histoire qui est la nôtre jusqu’à AUJOURD’HUI ; à condition que nous sachions la recevoir de nos PÈRES ; à condition que nous sachions la recevoir comme des FILS pour construire un avenir édifiant qui, sans être facile facile, sera néanmoins un avenir de bénédiction.

Nous verrons la suite la prochaine fois.

Je vous remercie.
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La Bible en tutoriels - Le Deutéronome (père Alain DUMONT) Empty Re: La Bible en tutoriels - Le Deutéronome (père Alain DUMONT)

Message par jacques58fan le Lun 23 Mar 2020 - 22:31

@Gabuzo a écrit:Une vidéo sensationnelle de nos frères évangéliques : le Deutéronome en format "draw my life" !
Dans le Deutéronome, Moïse donne aux Israélites ses derniers conseils de sagesse accompagnés de mises en garde avant leur entrée en terre promise, en les incitant à rester fidèles à Dieu.
Une excellente vue d'ensemble avant de se lancer dans la lecture.




Merci!
A quand une video sur le prophétisme hébreu(Tresmontant?)
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La Bible en tutoriels - Le Deutéronome (père Alain DUMONT) Empty De la réprobation à la miséricorde

Message par Gabuzo le Ven 27 Mar 2020 - 10:08


Bonjour,

Nous allons aujourd’hui tenter de dépasser le v. 1 du premier chapitre ! N’ayez pas peur, on n’ira pas toujours à un rythme aussi lent, mais c’est vrai que si on veut commencer sérieusement, il y a des préliminaires qu’il ne faut pas manquer.

Donc, on l’a vu, le Deutéronome se présente d’emblée comme un discours, non plus de HaShèM mais de Moïse, or ce discours a lieu, nous dit-on, dans le désert, dans le fameux MiDeBaR, vous vous souvenez, le lieu d’où jaillit une PAROLE, évidemment pour celui qui veut bien ÉCOUTER ! Encore et toujours ce thème de l’Écoute qui définit le FILS, et donc le PÈRE par la même occasion. Les deux sont indissociables. Du coup, le lien avec le livre précédent est tout trouvé, puisqu’en hébreu, le Livre des Nombre s’intitule : BaMiDeBaR : « Et YHWH parla à Moïse dans le Désert » (Nb 1,1), à quoi répond le Deutéronome : « Voici les paroles que dit Moïse dans le désert » (Dt 1,1) Donc vraiment, le désert est un lieu où surgit une parole, qu’elle soit de HaShèM ou de son serviteur Moïse, sachant qu’écouter l’un, c’est toujours écouter l’autre, comme on l’a vu à propos du début du ch. 14 du livre de l’Exode.

Ceci dit, le v. 1, toujours lui, précise que le peuple est dans le désert qui est « au-delà du Jourdain », et là, il y a déjà un indice : si vous parlez depuis les steppes de MO’âV — la Transjordanie actuelle —, ce qui est « au-delà du Jourdain », c’est KaNa“aN ! Or précisément, ici, c’est l’inverse : l’« au-delà du Jourdain », pour le rédacteur, ce sont les steppes de MO’âV ! Ce qui veut dire que pour le rédacteur, le sol de KaNa“aN est le SOL DE RÉFÉRENCE. Alors ça peut aussi se comprendre fictivement, un peu comme si Moïse se disait avant de partir qu’il : « y est déjà »… mais plus sérieusement, le rédacteur écrit de là où il est, ou de là d’où il vient s’il est en Exil, et c’est donc au moins, dans son esprit, depuis la Judée qu’il rédige cette introduction. Sachant pertinemment qu’il s’adresse à ses pairs — p-a-i-r-s —, pour qui le sol de référence ne peut être effectivement que la Judée.

Suit alors une série de toponymes transjordaniens : on est dans la vallée de la ‘ARâVâH créée par ce qu’on appelle la Faille du Levant qui creuse une dépression depuis le Golfe d’Aqaba jusqu’à la chaîne montagneuse de l’Anti-Liban. Pour le reste, personne ne sait précisément ce que représentent ces lieux, ce qui n’a pas d’importance ! Pourquoi ? Parce que le but du rédacteur n’est pas de faire un relevé géographique mais de faire MÉMOIRE. Et encore une fois, faire mémoire ne consiste pas à référencer des archives, mais à TRANSMETTRE ce qui a un SENS pour les générations à venir.

Ceci dit, tous ces toponymes ne sont pas si surprenants que ça, parce qu’on reconnaît en fait la patte de l’écrivain sacerdotal qui affectionne tellement l’identification des lieux, des dates, des événements, etc. Or c’est lui — ou son école de scribes — qui a établi l’édition définitive de la TORâH, et qui s’est occupé de coudre les derniers raccords pour que l’histoire soit cohérente. Donc on va l’entendre se pointer quelques fois au fil du récit, pour le rendre cohérent. Tout le reste est de facture deutéronomiste, une autre école rédactionnelle proche des prophètes, très différente dans le style, on va le voir.

Ceci dit, si on a du mal à identifier ces lieux, n’allons pas imaginer qu’ils soient sortis de l’imagination d’un seul scribe ! Quand on connaît les lois de l’Oralité qui remontent bien au-delà du viiie siècle, qu’il s’agisse des lieux, des dates ou des généalogies, il faut que ces précisions aient été JURIDIQUEMENT authentifiées par au moins DEUX témoignages absolument IDENTIQUES. De cette manière, on est sûr que les longues listes généalogiques, par exemple, qu’on trouve de ci, de là dans la Bible, ne sont pas de faux documents. Et de fait, quand les exilés rentreront en Judée et qu’ils voudront recomposer le peuple à partir de ses racines, il faudra certes écouter les uns et les autres, mais surtout trouver chaque fois deux témoignages identiques et sans controverse pour prouver la véracité des lettres de noblesse présentées. C’est un travail très sérieux ! Eh bien ici, on peut appliquer la même règle : ces toponymes sont alignés suite au recueil de témoignages convergents, et on peut leur faire confiance. Alors maintenant, c’est vrai que ça ne correspond pas à des lieux que nous pouvons aujourd’hui identifier précisément, mais est-ce que ça veut dire pour autant que ces déterminations sont artificielles, sûrement pas ! On a les mêmes difficultés partout : il suffit de penser à la bataille d’Alésia entre Jules César et Vercingétorix ; impossible d’en connaître la localisation exacte, et pourtant, tout le monde sait qu’elle a eu lieu et qu’elle a été décisive. Et ce n’est qu’un exemple parmi tant d’autres.

À tout le moins, on peut remarquer que trois de ces toponymes évoquent des étapes connues de la marche dans le désert rapportée dans les livres précédents, ce que les targums — c’est-à-dire ces traductions explicatives en araméen élaborées à l’époque du Christ Jésus — ; ce que les targums, donc, n’ont pas manqué d’exploiter. Je vous lis l’un d’entre eux — je vous ai mis en rouge ce que le targum ajoute, mais qui n’est pas de l’invention ! Il y a derrière ces ajouts tout un travail de réflexion midrashique qui tente de mettre un sens sur les mots de la TORâH à partir des analogies entre les textes. Donc voici le Targum, avec en rouge les ajouts au texte biblique : « Voici les paroles de reproche — et de fait, le Deutéronome est beaucoup sur le mode de la réprobation — que Moïse dit à tout Israël. Il les rassembla autour de lui alors qu’ils se trouvaient au-delà du Jourdain. Il prit la parole et leur dit : “Vraiment, la TORâH vous a été donnée dans le désert, à la montagne du Sinaï et à vous expliquer dans les plaines de Moab. Que de signes et de prodiges le Saint — béni soit-Il — a accompli pour vous depuis le temps où vous êtes passés sur le rivage du YaM SOuPh — la Mer des Roseaux —, où Il avait fait pour vous une route pour chacune des tribus ! Mais vous, vous avez été infidèles à la Parole et, à PaRâN, vous avez provoqué sa colère à cause du rapport des explorateurs ; vous Lui avez attribué — à HaShèM — des paroles mensongères et vous avez murmuré au sujet de la manne blanche qu’il faisait descendre du ciel pour vous. Vous avez réclamé de la viande à HaTséRoT ; il vous revenait d’être exterminés du milieu du monde. Mais parce qu’il a fait mémoire en votre faveur du mérite de vos pères, les justes, de la Tente de la Rencontre, de l’arche d’alliance et des objets sacrés que vous aviez recouverts d’or pur, il vous a pardonné la faute du taurillon d’or. » (Targum Ps-Jonathan de Dt 1,1)

C’est sûr que c’est quand même pas mal développé — et encore, le Targum Neofiti est bien plus bavard —, mais il faut croire qu’à l’époque de l’élaboration des Targums — ou des Targumîm, devrait-on dire —, cette interprétation était commune. En tout cas, on entend bien qu’on a affaire, à travers cette évocation des étapes du désert, à des paroles de réprobation posées en exergue du livre, ce qui en donne d’emblée le ton. Les rabbins d’ailleurs ne manquent pas de le souligner.

Ceci dit, qui dit réprobation ne dit pas condamnation. La réprobation signifie qu’à la vue de tout ce qui s’est passé depuis la sortie d’Égypte, Tout Israël MÉRITE la colère de HaShèM ; de sorte que si la sanction ne tombe pas sur lui, le peuple réfléchisse et apprenne à discerner ! D’une part : peut-on se croire autorisé à faire n’importe quoi sous prétexte que HaShèM semble laisser couler les affaires — et la sagesse biblique s’interrogera souvent à ce propos : comment se fait-il que Dieu semble bénir les injustes ? — Certainement pas, répond le Deutéronome, et ce à la suite de tous les prophètes qui se sont succédé sur le sol d’Israël ! Et puis d’autre part, que nous apprend cette patience de HaShèM ? Pourquoi patiente-t-il ? Et c’est à partir de là que va peu à peu émerger l’idée d’un Dieu MISÉRICORDIEUX.

À Israël, donc, de discerner qu’à travers cette marche dans le désert ponctuée de révoltes impatientes qui méritent la colère divine, il ne doit son salut qu’à un pur effet de la Miséricorde de HaShèM. On retrouvera ce thème à la fin du Deutéronome : face à une colère méritée que HaShèM pourtant suspend, quel chemin prendre ? Le chemin de la bénédiction, ou celui de la malédiction ? Le chemin qui reconnaît cette miséricorde et qui agit en l’écoutant ; ou le chemin qui prend cette miséricorde pour un signe de mollesse, et donc : « Puisque Dieu ne réagit pas, ça signifie que je peux faire ce que je veux ! »

Alors le Deutéronome s’efforce de prévenir du danger et exhorte Israël à se mettre sous la lumière de la Miséricorde ; une Miséricorde qui se trouvera être à la source du renouvellement incessant de l’Alliance et que les prophètes déclineront comme le signe d’un amour NUPTIAL ! Ce qui veut dire que, dès les premiers versets qui font insensiblement gronder la colère divine, le Deutéronome se présente en fait — de manière voilée, c’est-à-dire accessible uniquement à celui qui se met à l’écoute — comme un moment de RENOUVELLEMENT D’ALLIANCE. C’est d’ailleurs ce que dira la fin du ch. 28 : « Voici les paroles de l’Alliance que YHWH a commandé à Moïse de trancher avec les Fils d’Israël sur le sol de MO’âV, en plus de l’Alliance qu’Il avait tranchée avec eux à l’HoRèV. » (Dt 28,69)

Par ailleurs, ce mouvement de Miséricorde offerte alors même que le peuple mérite la colère de HaShèM, est un thème qui introduit le mystère chrétien. Rappelons-nous le début du ministère de Jésus dans l’Évangile de Jean, lorsqu’il chasse les marchands du Temple. Les chrétiens sont mal à l’aise avec cet épisode. On en conclut souvent que ce jour-là, Jésus avait dû se lever du pied gauche ; ou alors que dans le fond, puisque lui aussi s’est mis en colère, ça peut bien légitimer les nôtres… Que nenni ! Ce que fait Jésus n’est rien d’autre que ce que fait Moïse au début du Deutéronome : il RÉPROUVE au Nom de son Père l’injustice que constituent des sacrifices purement extérieurs et mercantiles ! Mais une fois manifestée la colère de HaShèM, tout le ministère de Jésus, dans le droit fil de l’Alliance de Moïse, manifestera le choix de HaShèM de ne pas se laisser aller à sa colère et choisir de faire Miséricorde !

En d’autres termes, HaShèM n’est pas une “bonne pâte” ! Primitivement d’ailleurs, avant la révélation du Buisson-Ardent, il était perçu en MaDiâN comme une divinité guerrière, une divinité de l’orage, c’est vous dire ! Avec Moïse, Il reste ce dieu de colère, parce que légitimement, c’est la seule émotion qui vaille devant l’injustice. Maintenant, la question est celle-ci : que faire de cette colère ? Il y a deux possibilités : soit elle pousse à exterminer ceux qui en sont la cause — ça, c’est le marxisme de Lénine ou autres Khmers Rouges qui ont lancé les peuples les uns contre les autres pour un résultat plus que douteux — ; soit, sans renoncer à cette colère, faire néanmoins le choix de NE PAS s’en rendre prisonnier ; faire donc le choix de la LIBERTÉ, qui n’est autre que le choix de la MISÉRICORDE ! Et HaShèM témoigne précisément de sa souveraine LIBERTÉ en choisissant de faire MISÉRICORDE ! Alors pour comprendre ça, il faudra du temps à Israël, ce qui est normal, sauf que pour permettre à Israël de le comprendre, il faut unilatéralement que HaShèM fasse le premier pas ! Ce qu’a formidablement compris saint Jean : « Voici en quoi consiste l’amour de charité : ce n’est pas nous qui avons aimé DIEU de charité, mais c’est Lui qui nous a aimés de charité, et Il a envoyé son Fils en sacrifice de pardon pour nos péchés. Pour nous, aimons de charité parce que DIEU Lui-même nous a aimés de charité le PREMIER » (1Jn 4,10.19)

Ce que dévoile saint Jean est juste essentiel ! Il nous dit que la véritable MISÉRICORDE qui ne consiste pas en une simple générosité flegmatique qui nous prendrait de haut, mais dans le choix de se SACRIFIER SOI-MÊME plutôt que de sacrifier les autres… Eh oui : quand on se laisse aller à la colère, c’est toujours pour sacrifier les autres ! Pour les faire taire, les éliminer, ce que vous voulez ! Eh bien : le miséricordieux se reconnaît à ce qu’il refuse absolument une telle solution. Le miséricordieux refusera TOUJOURS de choisir le mal pour enrayer le mal ; il refusera toujours d’ajouter du mal au mal, et sera toujours prêt à AVOIR MAL plutôt que de FAIRE MAL. Je vous le tourne dans tous les sens. Et là croyez-moi, c’est plus fort que tous les films Marvell compilés ! Parce que là, il n’y a pas de “superpouvoir” à la noix : il y a en revanche une réelle toute-puissance, et elle est charnelle : c’est celle de la CHARITÉ qui travaille à donner la VIE dans le cadre — disons-le tout de suite parce que le Deutéronome y reviendra — dans le cadre, donc, d’une amitié : l’amitié de HaShèM pour son peuple est la clef de tout ce mouvement ! HaShèM aime Israël avec la ferveur de l’Époux ; un Époux qui convoque Tout Israël à CHOISIR D’AIMER HaShèM en retour, par GRATITUDE, en empruntant le chemin de la Vie qui donne la vie.

En tout état de cause, l’amour qui se révèle à travers cette miséricorde n’est en rien d’un amour passionnel. C’est d’un amour marqué par le don de soi POUR LE MEILLEUR ET POUR LE PIRE ; où l’une et l’autre parties travaillent à grandir dans une liberté où chacun abdique son égoïsme pour se recevoir entièrement de l’autre. Quand on pense qu’en Jésus, DIEU a accepté d’entrer dans ce jeu de cette LIBERTÉ jusqu’à se vider de soi-même, dira saint Paul, pour nous manifester charnellement son amitié, alors là, tous les super-héros de Marvell, les Thor, les Captain America et autre Docteur Strange peuvent aller se rhabiller !

La suite du texte biblique va bien dans ce sens : en substance, le v. 2 affirme qu’il ne faut normalement que 11 jours pour aller de l’HoRèV à KâdéSh-BaReNé”a, au sud de KaNa“aN. Or, dit le v. 3, c’est au cours de la 40e année seulement que Moïse prend la parole pour clore le séjour au désert et en tirer les leçons : c’est donc bien la faute de Tout Israël que ces versets évoquent en le réprouvant, ce sur quoi les targums vont justement insister : « Il y a onze jours depuis l’HoRèV, par la route de la montagne de GaBeLaH — c’est l’autre nom du Mont Ssé”îR — jusqu’à ReKhèM-Gé”aH. Mais parce que vous vous êtes détournés de HaShèM et que vous avez provoqué sa colère, vous avez été retenus pendant quarante ans ! » (Targum Ps-Jonathan de Dt 1,2).

Alors soit dit en passant, le v. 3 est nettement de facture sacerdotale, j’espère que vous le sentez. Il fournit par ailleurs la seule et unique date de tout le livre dans lequel l’on ne trouvera ni calendrier, ni généalogies comme les affectionne tant l’école sacerdotale qui, je vous le rappelle, a peu ou prou achevé l’écriture de la TORâH. D’ailleurs, le rédacteur sacerdotal se trahit en appelant ici le peuple : « Fils d’Israël », alors que pour tout le reste du livre, le texte parlera de TOUT ISRAËL. Mais qu’à cela ne tienne : l’ultime rédacteur sacerdotal de la TORâH fait son travail de scribe : il TISSE L’HISTOIRE encore une fois ! Il fait ce que n’importe quel cerveau humain ne cesse de faire dans sa propre vie, vous vous souvenez ; à cette différence près qu’il le fait pour ordonner la mémoire de son peuple, de sorte que ce beau travail inspiré offre à TOUT ISRAËL de se sentir un seul CORPS, un sentiment est encore performant 2 500 ans plus tard.

Le v. 4 ressaisit pour sa part deux victoires correspondant à l’arrivée dans le territoire de MO’âV qu’on nous a racontées en Nb 21 et 22 ; et le v. 5 nous replace « au-delà du Jourdain » comme au v. 1. On a donc une inclusion qui désigne le passage essentiel, au centre de ce petit ensemble introductif, à savoir le v. 3 : d’accord, il y a eu des victoires, mais nous n’en sommes pas moins à la 40e année de pérégrination dans le désert, une durée infligée au peuple comme la conséquence de son refus d’avancer en KaNa“aN alors même que HaShèM lui en ouvrait la porte. Et là, fut-elle sous-jacente, il y a une vraie réprobation.

Une dernière remarque avant de voir ce qu’on peut tirer de ces versets introductifs au discours de Moïse : le v. 5 ne dit pas que Moïse expose des lois, des TORoT — pluriel de TORâH — mais bien UNE TORâH ; ce qui veut dire que ce qui va suivre ne doit pas être reçu comme un simple catalogue de préceptes, comme une somme de directives se superposant les unes sur les autres au fil de la jurisprudence façon “code de droit français”, purement fonctionnel mais sans âme et sans histoire à la clef. Tout ce qui suit ne forme au contraire qu’UNE seule TORâH : la TORâH de Vie qu’il s’agit de choisir pour se mettre en marche, comme l’exprimera la fin du livre. Une TORâH de VIE que le peuple va être appelé à aimer, comme le signe qu’il aime et qu’il choisit de suivre HaShèM en se mettant à l’écoute de sa Parole.

Dit autrement, ce qu’apporte le Deutéronome, en définitive, c’est essentiellement ça : il récapitule LES LOIS pour montrer qu’elles répondent toutes en réalité à UNE LOI, UNE TORâH qu’on peut dès lors DÉSIRER, parce que derrière « cette » TORâH — et elle seule — se dévoile moins un “contrat” qu’une ALLIANCE ; moins un “code” qu’une PAROLE : la Parole de HaShèM, DONC HaShèM en Personne, puisque derrière une parole, il y a toujours quelqu’un : HaShèM en tant qu’il PARLE, donc en tant qu’Il est VIVANT, donc en tant qu’Il DONNE LA VIE indissociablement du fait qu’Il AIME ce peuple en se sacrifiant pour lui plutôt que de le sacrifier alors même qu’il le mériterait bien !

Là encore, Jésus s’inscrira dans cette ligne puisqu’il condensera cette TORâH en UN SEUL commandement : celui de la CHARITÉ, de sorte qu’à la manière des Targums, on pourrait gloser ce verset essentiel de l’Évangile selon saint Jean de la manière suivante : « C’est un commandement de renouvellement de la TORâH que Je vous donne afin que, comme je vous ai aimés de charité — c’est-à-dire comme je vous ai donné ma vie, je me suis sacrifié pour vous —, vous vous aimiez de charité les uns les autres — c’est-à-dire que vous donniez votre vie, que vous vous sacrifiiez les uns pour les autres. Et c’est sûr que ça, ça vous change le monde ! » (cf. Jn 13,34) On peut dire que dans la plus pure tradition du Deutéronome, ce verset de l’Évangile RELIT, REPREND toute la TORâH de Moïse en dévoilant l’âme ultime de l’histoire sainte : non seulement HaShèM est VIVANT au sens où Il DONNE LA VIE, mais plus encore : toujours dans le fil d’une colère qui s’enflamme contre l’injustice du péché des hommes, en Jésus, HaShèM restera souverainement LIBRE à travers l’exercice de la MISÉRICORDE : Il manifestera qu’Il est LE VIVANT au sens où choisira de donner non plus seulement LA VIE mais SA VIE, en Jésus donc, le Verbe Incarné, ce qu’Il ne pouvait pas faire en Moïse qui n’était qu’un homme. Un homme magnifique certes, mais seulement un homme, incapable d’engager HaShèM dans le don de Lui-même jusqu’à traverser la mort pour manifester qu’elle ne saurait retenir dans ses griffes ceux qui ont revêtu leur existence du vêtement de la CHARITÉ, c’est-à-dire ceux qui sont habités par la TORâH de VIE et qui répondent par la Miséricorde à la colère que suscite en eux l’injustice dans le monde.

Voilà. Étonnant tout ce qu’on peut dire à partir de quelques versets apparemment seulement topographiques, n’est-ce pas ? Ceci dit, et c’est le plus important, j’espère que vous sentez combien le Deutéronome ouvre des perspectives inattendues et paradoxalement divines ! Combien il tire véritablement vers le haut ! La colère qui est sous-tendue par ces versets n’est là que pour ouvrir à la Miséricorde ! Magnifique !

Alors on n’en dira pas plus aujourd’hui. La prochaine fois, comme nous y invite l’introduction de ces cinq premiers versets, nous ouvrirons le premier discours de Moïse.

Je vous souhaite une bonne lecture de ce court passage, certes, mais qui ne se présente pas moins comme essentiel. Je vous remercie.
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Message par Gabuzo le Mer 1 Avr 2020 - 14:14


Bonjour,

Nous continuons notre lecture du début du Deutéronome. Alors je sais, on ne peut pas dire qu’on aille à la vitesse TGV, mais comme toujours : patience ! Comme je vous l’ai déjà dit, tout ce que nous posons maintenant sera autant d’acquis pour la suite et nous permettra de ne pas nous perdre en route. Les v. 1 à 5 que nous avons vus lors de la dernière vidéo nous ont permis de réfléchir sur l’enjeu majeur du Deutéronome : manifester la paradoxale MISÉRICORDE de HaShèM. À présent, commence le premier discours de Moïse qui va nous emmener quasiment jusqu’à la fin du ch. 4, avec un récit de mémoire qui s’étend jusqu’au ch. 3. En termes rabbiniques, on pourrait parler ici d’une HaGGâDâH, c’est-à-dire d’un récit de mémoire — en hébreu, la racine NaGâD signifie RACONTER. Alors à strictement parler, une HaGGâDâH concerne avant tout le récit de la sortie d’Égypte, mais là, disons qu’on n’en est pas loin. Et comme toujours, la HaGGâDâH est suivie d’une HaLaKhaH, un autre terme hébreu tiré cette fois de la racine HaLâKh qui signifie aller ; LeKh leKha, c’est le verbe HaLâKh. La HaLaKhaH, c’est donc le chemin, la voie qu’il faut emprunter, mais toujours à la lumière d’un récit qui la fonde, de cette fameuse HaGGâDâH. Ceci d’une part pour que le récit ne reste pas lettre morte et qu’il porte du fruit concrètement dans les actes de la vie quotidienne. Et d’autre part pour que les actes de la vie quotidienne reçoivent un SENS ; qu’ils n’en restent pas au seul rang du « devoir » à la manière de la morale d’Emmanuel Kant, complètement anhistorique ! Donc imbuvable !

Or voyez, Israël a conscience, très profondément, d’être précisément un peuple en marche, donc un peuple nomade. Et normalement, un chrétien devrait être habité du même sentiment, d’autant que Jésus se présente clairement comme « le chemin » ; le chemin dont l’histoire fondatrice n’est autre que la HaGGâDâH de la sortie d’Égypte dont la TORâH est le déploiement. Et c’est bien la raison pour laquelle il dira qu’il n’est pas venu abolir mais accomplir cette TORâH : il est la HaLaKhaH la plus parfaite de la HaGGâDâH de Moïse. La HaLaKhaH de la Charité.

Ceci est important parce que les lois d’un peuple en chemin sont obligatoirement différentes de celles d’un peuple sédentaire : les lois nomades ouvrent un horizon, fixent des objectifs à atteindre, des défis à relever ; prenez la pureté : c’est un défi ! La justice, c’est un défi ! La sainteté, c’est un objectif, et non un état naturel. Alors que les lois sédentaires, elles, ne vont nulle part, ne visent aucun horizon autre que celui de se prémunir de ce qui pourrait troubler l’ordre public… et après ? Pour aller où ? Pour bâtir quoi ? Le « Meilleur des mondes », comme l’appelait Aldous Huxley ? Un monde sans remous, mais sans histoire et sans vie ? Nombre de hauts fonctionnaires en rêvent parce qu’ils ne sont habités par aucune histoire, et donc ne voient pas pourquoi la nation en aurait besoin ! Rappelons-nous ce pauvre M. Peillon.

C’est en tout cas ce qui fait que la TORâH est une TORâH de VIE : elle est fondée sur une HaGGâDâH, sur un récit qui fonde son chemin, sa HaLaKhaH. Du coup, on comprend mieux pourquoi, quand Moïse veut instaurer des préceptes spécifiques à l’entrée prochaine en KaNa“aN, il est impératif qu’il les fasse précéder par un RÉCIT de mémoire qui fonde ce qu’on appelle l’ALLIANCE. Et c’est là toute la différence entre un simple CONTRAT, — qui n’est qu’une simple transaction et n’a besoin d’aucun récit fédérateur — et l’ALLIANCE qui, elle, ne peut pas exister sans RÉCIT. C’est la différence essentielle par exemple entre la CONTRAT de mariage civil, qui n’a besoin d’aucune histoire, et l’ALLIANCE qui constitue le mariage sacramentel qui, lui, se fonde sur une histoire qui précède les époux et les accrédite pour en prolonger le récit du cœur de l’amitié qui les relie ; un récit sur lequel il faudra impérativement veiller, évidemment, ne serait-ce que pour en perpétuer la transmission !

La prière, c’est la même chose ! Toutes les oraisons de la prière commune de l’Église commencent TOUJOURS par faire mémoire : « Seigneur notre Dieu, toi qui as fait ceci, ou cela, en mémoire de ça, nous te demandons ceci ou cela… » Quand le Christ dit, à propos du pain et du vin de son dernier repas : « Faites ceci en MÉMOIRE de moi », c’est la même chose ! C’est la MÉMOIRE qui relie ce pain et ce vin à son sacrifice sur la croix ! C’est la MÉMOIRE, donc le récit qui autorise le sacrement, parce que c’est la MÉMOIRE qui fonde l’ALLIANCE en Jésus.

Alors pour en revenir à notre livre, on a là en fait le son schéma global : d’abord la mémoire, la HaGGâDâH de Moïse, sur laquelle pourront alors — et seulement alors — se greffer les préceptes, c’est-à-dire la HaLaKhaH. Bon, on reviendra sur ces questions d’ALLIANCE parce qu’on n’en a pas tout dit ici, mais l’idée principale est là.

Le discours de Moïse commence donc au v. 6 du ch. 1 par un prologue historiqueUE qui va jouer sur l'alternance FIDÉLITÉ / INFIDÉLITÉ liée à l’alternance succès / échec. Ça, c’est très caractéristique de l'histoire deutéronomiste — on retrouve ça tout au long des livres de Josué, des Juges, de Samuel et des Rois qui sont tous de la même école de rédaction.

Ceci dit, on se serait spontanément attendu à ce que le discours commence par l’évocation de la sortie d’Égypte, mais non ! Etonnamment, Moïse part du mont HoRèV : « HaShèM, notre ‘ÈLoHîM, nous a parlé à l’HoRèV » (Dt 1,6). Et ça doit nous interroger : pourquoi passer sous silence la sortie d’Égypte ? Sans doute parce que quand ils sortent d’Égypte, les Hébreux — pour parler comme Pharaon — ne constituent pas encore le « peuple » d’Israël à proprement parler. Comme le dit l’Exode au ch. 12, la foule qui prend le départ n’est encore qu’une sorte de conglomérat qu’unit certes une soif commune de liberté, mais ça ne suffit pas pour façonner un PEUPLE comme un CORPS.

Maintenant, pourquoi la constitution d’un peuple comme d’un CORPS est si essentiel ? Mais tout simplement déjà pour des raisons de survie ! Là, je laisse la parole au philosophe André Guigot qui peut nous éclairer à sa manière « Originellement, la survie nécessite de prendre soin de son corps et cela mobilise à l’état de nature les facultés de représentation et d’anticipation où l’autre joue un rôle d’allié objectif de cette survie avant d’être un ennemi. N’oublions jamais que nous faisons partie de la nature, que les lois sont faites pour compenser les souffrances qu’elle génère, qu’elles [ces lois] sont fragiles et qu’il est temps d’en finir avec l’idéologie du darwinisme social qui n’est qu’une fable sinistre. Non, le bonheur n’est pas un idéal moral autonome ; être heureux n’est pas en soi moral ; réussir seul, à tout prix contre les autres ne prouve pas que l’on ait raison. Dans la nature, ce sont les espèces les plus solidaires qui survivent, la “loi du plus fort” est une illusion stupide, une instrumentalisation individualiste des découvertes de Darwin sur l’origine des espèces. […] La solidarité est la vraie puissance ; la générosité compte plus que la performance intellectuelle ou physique — individuelle toujours. L’individu n’est donc qu’une abstraction du point de vue anthropologique. Les moins forts sont [ceux qui sont] les plus égoïstes, car personne ne sait survivre seul. » (André Guigot, Petite Spiritualité de l’Amitié, Bayard (2018), p. 33-34)

L’argument d’André Guigot, qui promeut ici la nécessaire amitié entre individus, peut s’entendre plus largement à la nécessité de la constitution d’un peuple. Définitivement, il ne peut jamais s’agir de construire uniquement une nation administratrice, purement fonctionnelle et impersonnelle. Pour que le monde ait un sens, il est incontournable qu’un PEUPLE se reconnaisse comme un CORPS, avec une histoire « solidaire » pour reprendre les termes d’André Guigot. Alors personnellement, je ne dirais pas que l’amitié serait ici à promouvoir, mais bien plutôt la FRATERNITÉ. Ce qui suppose de savoir déterminer qui est le PÈRE de ce peuple ; donc quelle est l’HISTOIRE qui façonne ce peuple de génération en génération et lui donne ainsi sa CHAIR. C’est bien parce que les frères s’appuient sur un même père, sur une même origine, donc sur une MÉMOIRE commune que le livre des Proverbe peut dire très justement qu’ « Un frère appuyé sur un autre frère est une forteresse ! » (Pr 18,19 (lxx)). Pas d’histoire ? Pas de fraternité, et pas de peuple ! On voit les dégâts en direct aujourd’hui où l’histoire comme récit a volontairement été effacée. Reste peut-être encore les manifestations sportives, et encore… beaucoup d’émotion, mais quelle histoire ?

Parce que c’est l’histoire, c’est la mémoire qui nous montre que toute fraternité a ses lois, et qui fait surtout naître le désir de les respecter. C’est précisément, entre autres, ce que gère la TORâH qui n’est décidément pas cette pure LOI, comme on traduit habituellement en français. Toutes les lois de la TORâH sont inscrites dans la trame d’un récit, et c’est alors qu’elles peuvent commander les liens spirituels qui cousent les frères les uns aux autres et les constituent comme des ALLIÉS CHARNELS, donc SPIRITUELS, par-delà les générations, donc comme un PEUPLE.

Ce que je veux dire, c’est que la fraternité entre les membres d’une même génération n’est possible qu’au sein d’une fraternité intergénérationnelle, qu’il s’agisse des générations précédentes comme des générations suivantes. Par la CHAIR, par l’histoire qui se tisse génération après génération, on vit ainsi une COMMUNION spirituelle qui inspire les décisions individuelles, au sens où l’on a charnellement conscience que toute détermination privée engage le corps du peuple tout entier, soit en vue de la bénédiction, soit en vue de la malédiction… Or c’est précisément sur ce thème que s’achèvera le discours de Moïse à la toute fin du livre.

Alors revenons au texte. La TORâH n’a pas été donnée pour que le peuple reste planté au pied du Mont HoRèV : « C’est assez pour vous d’habiter cette montagne. Faites face et partez ! » (Dt 1,6-7) PeNOu OuÇe“Ou LâKhèM, litt. : « Faites face et partez vers vous ! » Alors d’accord, le v. 7 est un décalque du v. 25 au ch. 14 du livre des Nombres, mais j’espère que vous entendez qu’il relaie surtout l’appel d’Abraham : LèKh LeKha, « Va vers toi ! » en le déployant cette fois à toute sa descendance : OuÇe“Ou LâKhèM, « Partez vers vous. ! » Allez ! Partez à l’intérieur de vous ! Mettez-vous en marche pour rejoindre le sol intérieur que la TORâH de HaShèM vous montrera.

Voyez, là, il y a toute la puissance de l’analogie entre la marche extérieure, horizontale pour ainsi dire, et la marche intérieure, verticale cette fois : la marche extérieure n’a pas pour seule finalité de décompresser ou de rester en bonne santé. Tous ceux qui pratiquent la marche le savent : on en revient toujours spirituellement plus serein, plus lumineux, plus enraciné en soi, mais pour mieux s’élever ; un peu par analogie avec les plantes qui montent par héliotropisme, sauf qu’ici, il s’agit — du moins quand on a la foi — de Théotropisme — Je viens d’inventer ce mot, mais je l’aime bien. Je le trouve très motivant et très réconfortant à la fois, parce que du coup, on sait que l’homme ne grandit pas dans n’importe quelle direction. Dit autrement, l’homme enraciné dans l’histoire de son peuple, de sa famille, peut alors s’élever en s’abreuvant de la Lumière de HaShèM. Qu’il s’agisse du LèKh LeKha ou du OuÇe“Ou LâKhèM, il s’agit dans les deux cas de s’enraciner pour ne pouvoir que mieux relier la terre et le Ciel, et ainsi donner CHAIR à l’ALLIANCE.

Reste néanmoins que la marche extérieure n’a pas qu’un rôle de faire-valoir ! Elle n’est rien de moins qu’indispensable pour vérifier charnellement que son élévation intérieure n’est pas un pur angélisme ou une pure idéologie. Rappelons-nous que toutes les idéologies partent d’un bon sentiment : la révolution française, le communisme, le capitalisme ou ce que vous voulez ; toutes ces belles idées partent d’un mouvement généreux et messianique : on va sauver le monde ! Ok ! Maintenant, charnellement : quand on met en place ces idées, il se passe quoi ? Si les peuples se jettent les uns contre les autres ; si les rapports entre eux ne sont plus que contractuels et financiers ; si leur histoire est sommée de disparaître, alors ces idées sont des malédictions : leurs chemins sont pourvoyeurs de mort ! Si au contraire, grâce à elles, les peuples s’allient comme s’allieront les tribus d’Israël ; si leur rapport devient fraternel — ce qui ne signifie pas que tout soit rose ; si leur histoire s’abreuve à la source des anciens pour construire un avenir valeureux alors ces idées sont pourvoyeuses de bénédiction ; et c’est là qu’on peut discerner leur véritable INSPIRATION. Voilà en tout cas tout l’objet du Deutéronome : fonder une savante alchimie entre le spirituel et le charnel qui rend la TORâH et la Bible absolument UNIQUES dans le concert de toutes les spiritualités de l’histoire.

Alors maintenant qu’on perçoit un peu mieux les conditions et les enjeux de la mise en route, pour l’heure, il s’agit concrètement de partir à la conquête du sol. Et là, le récit nous présente le territoire de la « montagne des Amorites ». En fait, c’est une expression connue par ailleurs : dans l'usage du Proche-Orient, le terme Amorites en est venu à désigner progressivement toute la population de Syrie et de KaNa“aN, ce que décrit en gros le v .7 en remontant jusqu'à l’Euphrate, un territoire qui correspond au royaume légendaire de David et de Salomon tel que la Bible nous le présente, sans pour autant avoir jamais atteint de telles frontières : ni David, ni Salomon ne sont montés jusqu’à l’Euphrate ; ils n’ont pas même vraiment conquis les rives de la Méditerranée qui sont restées aux mains des Philistins — en gros la bande de Gaza actuelle — et plus au Nord : aux mains des Phéniciens — c’est-à-dire le Liban. Alors ceci dit, l’évocation de l’Euphrate se comprend néanmoins si on s’attache aux « pères » qui sont désignés ici comme étant AVeRâHâM, YiTseRâQ et Ya”aQoV. AVeRâHâM vient du Mitanni ; YiTseRâQ représente la plaine philistine dans laquelle il a habité ; et Ya”aQoV par son séjour en HaRâN, évoque la frontière Nord de l’Euphrate. Un peu comme si, par leurs pérégrinations, les patriarches avaient tracé les limites du territoire donné par HaShèM, somme toute assez vaste.

Ceci dit, la question rebondit : quel est le sens d’une donation qui, dans les faits, ne sera jamais conquise totalement ? Eh bien encore une fois, si on entend le « Partez VERS VOUS », on s’aperçoit vite que cette conquête de soi est loin, elle aussi, d’être accomplie dans toute son étendue. Dit autrement, si la totalité de ce territoire extérieur n’a jamais été conquise, c’est peut-être bien le signe que le territoire intérieur des Fils d’Israël est loin de l’être, et c’est là où l’interprétation chrétienne répond à sa manière à ce paradoxe ! Dans la mesure en effet où le Christ Jésus est absolument lumineux intérieurement, l’étendue de son évangile s’étend, par-delà les rives de ces deux fleuves, au MONDE ENTIER ! Plus de limites, plus de MiTseRaYîM : la libération, la délivrance est totale et le projet de la TORâH est porté à son achèvement ; un achèvement qui dépasse de loin ce que Moïse était en passe d’imaginer, mais qui pourtant, dès le commencement, était inscrit dans la TORâH comme l’objectif à atteindre… toujours la marche.

Enfin bref, en tout cas, ce que nous dit de manière voilée le récit, c’est que les dimensions du territoire dépendent en définitive de l’écoute de HaShèM et de sa TORâH ; et de la JUSTICE qui en découle par GRATITUDE. Ce qui veut dire que ce qui aura pu être CONQUIS ne sera jamais pour autant un ACQUIS, au sens où ce territoire nous appartiendrait pour toujours quoi qu’il arrive… Les prophètes le diront et le rediront : si vous ne pratiquez pas la JUSTICE, le sol vous sera enlevé ! Il suffit de lire “ÂMOS, entre autres : « Ils vendent le juste contre de l’argent, le pauvre pour des sandales. Ils écrasent sur la poussière du sol la tête des faibles et font dévier la route des humbles. Fils et père vont vers la même fille pour profaner Mon saint Nom. Auprès de tous les autels, ils se couchent sur les vêtements pris en gage. Dans la maison de leurs ‘ÈLoHîM, ils boivent le vin de ceux qu’ils ont sanctionnés. Et Moi, j’ai détruit devant eux l’Amorite — on retrouve la Montagne des Amorite du v. 7 —, dont la hauteur égalait celle des cèdres et la vigueur, celle des chênes ! J’ai anéanti son fruit en haut e ses racines en bas. Moi qui vous ai fait monter du sol de MiTseRaYîM, Je vous ai fait aller dans le désert pendant quarante ans pour vous donner en héritage le sol de l’Amorite. J’ai suscité des prophètes parmi vos fils et, parmi vos jeunes gens, des nazirs — c’est-à-dire des hommes consacrés à YHWH —. N’est-ce pas cela, fils d’Israël ? — Oracle de YHWH. Mais vous avez fait boire du vin aux nazirs, et aux prophètes vous avez donné cet ordre : “Ne prophétisez pas !” Eh bien Moi, voici que Je vais vous entasser sur place comme on tasse un char plein de gerbes. L’homme agile ne pourra pas fuir, le fort ne déploiera pas sa force, le brave ne sauvera pas son âme. L’archer ne tiendra pas, l’homme aux pieds agiles n’échappera pas, le cavalier ne sauvera pas son âme. Le plus brave s’enfuira nu, ce jour-là, – oracle de YHWH ! » (Am 2,6-16) Autant dire que ça ne plaisante pas ! Alors “ÂMOS est un prophète du Nord, mais on trouve des passages tout aussi durs chez YeSha“eYâHOu/Isaïe et chez YiReMeYaHOu/Jérémie qui, eux, ont prophétisé dans le Sud. Et ce sont toutes ces prophéties qui travaillent les scribes deutéronomistes de l’intérieur alors qu’Israël est en Exil. Ce que vont comprendre et mettre en récit ces scribes, c’est que si Israël est en Exil, c’est qu’il s’est installé, et qu’il n’a pas vécu la GRATITUDE qui lui aurait fait faire mémoire du DON du sol comme un héritage à faire fructifier, et non comme un acquis, comme une appropriation. C’est toujours la même histoire : à partir du moment où on s’installe, où on devient sédentaire, on est tenté de croire que tout est acquis ; on s’endort, on ne fait plus mémoire — pour quoi faire ? — On se divertit, l’histoire, comme la culture, s’évanouit, et on se croit tout permis : puisque les méfaits me réussissent, c’est que HaShèM ne voit rien ! Pô pô pô pô !

Dieu merci, les scribes et les sages d’Israël en exil se rendent donc compte de l’importance essentielle de ne pas s’endormir ! De ne pas devenir esclaves des idoles qui détournent de YHWH, d’une part, et de sa JUSTICE d’autre part. On l’entendra souvent dans les chapitres qui suivent. Mais en attendant, le v. 8, implicitement, relance la MÉMOIRE à travers l’évocation des Patriarches : c’est à eux que HaShèM a juré de donner ce sol ; alors, ne serait-ce que par gratitude vis-à-vis de ces pères qui ont accepté de se mettre en marche, il s’agit d’emprunter le même chemin, à savoir le chemin intérieur que vient éclairer la TORâH de Moïse : LèKh LeKha / OuÇe“Ou LâKhèM ! « Va vers toi / Partez vers vous ! » C’est donc à ce voyage intérieur vers la JUSTICE que nous convoquent ainsi, de manière voilée, ces premiers versets du Deutéronome, en espérant qu’ils nous conduiront jusqu’au choix éclairé de la bénédiction, à la toute fin du livre. À condition évidemment de ne pas nous endormir en route pour devenir des rentiers de nos acquis…

Je vous en souhaite une lecture lumineuse. Nous verrons la suite la prochaine fois.

Je vous remercie.
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