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Liturgie et tradition  Bannie10

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Liturgie et tradition

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Message par Zamie le Ven 1 Juil 2016 - 18:12

Les dictionnaires nous enseignent que la “tradition” désigne la transmission continue d’un contenu culturel ou spirituel à travers l’histoire, depuis un événement fondateur ou un passé immémorial. Son origine étymologique provient du latin “traditio, tradere”, de “trans” - à travers - et “dare” - donner, faire passer à un autre, remettre -.

On est donc en présence d’un héritage qui constitue le vecteur d’identité d’une communauté humaine. Mais au-delà de cette notion d’identité, dans son sens absolu, la “tradition” est surtout et avant tout à la fois une mémoire et un projet, en un mot, une conscience collective : le souvenir de ce qui a été, avec le devoir de le transmettre et de l’enrichir. La véritable “tradition” concerne donc davantage l’avenir que le passé ; en ce sens, elle ne saurait être une habitude sclérosée, un refuge pour ceux qui craignent le futur.
Nous pourrions ajouter que la “tradition” procède d’un esprit : un esprit porté par des gestes et des paroles s’enracinant dans les profondeurs de l’histoire, là où réside le Principe qui préside à l’Eglise et à la foi qu’elle porte, à savoir l’irruption de Dieu dans l’Histoire des hommes et en même temps la mémoire qui nous en est parvenue par la liturgie.
En vertu de cette définition, la “tradition” qui nous parvient par la liturgie apparaît très clairement comme étant au cœur de la notion de transmission. Mieux encore : vécue dans son authenticité, elle est la condition sine qua non de la transmission de la Foi. Tous les discours actuels entendus lors de “synodes diocésains” ou lus dans les bulletins paroissiaux évoquant la nécessité d’inventer de nouvelles méthodes pour “transmettre la foi” resteront des coquilles vides de tout contenu tant que ceux qui les émettent continueront de faire l’impasse sur cette notion fondamentale de tradition liturgique. L'expérience des quarante dernières années nous démontre que lorsque les clercs choisissent, consciemment ou non, de rompre avec la tradition liturgique, la foi ne se transmet plus. Pire : elle se dénature là où elle subsiste encore à l’état de vestiges (un peu d’encens, un peu de grégorien, une belle chasuble...), au point de devenir méconnaissable.
Quel rapport y a-t-il entre certaines célébrations eucharistiques auxquelles on peut assister de nos jours - célébrations fades, sans odeur ni saveur, célébrées sur de simples tables, copieusement arrosées d'un verbiage inconsistant - et le rite romain tel qu’il s’est développé depuis plus de quinze siècles ?
Quelle Eglise, quelle religion pourrait accepter de voir son cérémonial ou ses rites bouleversés autant qu’ils l’ont été lors des quarante dernières décennies dans leur identité la plus profonde en un aussi court laps de temps ?
Malheureusement, peu de gens en Europe occidentale, et en particulier au sein de l’Eglise, semblent conscients que cet incroyable bouleversement, par son ampleur comme par sa nature, constitue un cas unique dans l'histoire universelle.
Aucune autre religion au monde n’a envisagé ou n’envisage de jeter aux orties, comme l’a fait de larges parties de l’Eglise d’Occident, des pans entiers de son patrimoine rituel et symbolique.
Qui en Europe de l’ouest ne s’est jamais émerveillé, en regardant un reportage diffusé par une quelconque chaîne culturelle, sur la beauté et la splendeur des liturgies orientales exprimant ainsi un goût pour la tradition sacrée plus ou moins conscient et assumé ?
Hélas ! Nous savons admirer chez les autres ce que nous avons détruit chez nous, dans nos églises.
Que resterait-il aujourd’hui des splendides liturgies orientales si ceux qui les célèbrent leur avait appliqué le même traitement dissolvant que celui que nous avons appliqué à la liturgie latine ?
Que resterait-il si les airs de rock ou de guitare avaient remplacé la profondeur des chants byzantins ?
Il est frappant de voir à quel point, en Occident, la liturgie est un sujet qui divise et qui fait couler beaucoup d’encre, mais qui fait rarement l’objet d’une réflexion en profondeur.
Pourtant, une telle réflexion menée par des gens compétents et non par des personnes bien en vue dans les sphères épiscopales permettrait pourtant de jeter sur notre patrimoine liturgique aujourd’hui menacé de disparition un regard très différend de celui que lui portent de nombreux clercs et fidèles actuellement.

Car quiconque a étudié, par exemple, le chant grégorien, plonge ses racines jusque dans la spiritualité vétéro-testamentaire telle que nous la rapporte le livre des Psaumes.
Quiconque a étudié un tant soit peu sérieusement l’histoire de la liturgie chrétienne sait que celle-ci tire une grande partie des éléments qui la composent - sens du sacré, de la transcendance divine, orientation de la prière vers ce Saint des saints qu’est le tabernacle, splendeur du rituel porté par la beauté des ornements, encens et agencement du sanctuaire - de la liturgie hébraïque telle qu’elle était célébrée dans le Temple de Salomon sous l’ancienne Alliance.
La disparition de ces connaissances, même chez les clercs - surtout chez eux ! - consacre par conséquent non seulement une rupture avec la “tradition” proprement chrétienne, mais encore avec toute la spiritualité biblique depuis les origines les plus immémoriales.
Déjà, de toute évidence, porteuse de conséquences catastrophiques pour la Foi, il semble toutefois que la crise radicale que traverse la spiritualité occidentale et qui conduit à perdre le sens de la liturgie, soit en réalité encore plus profonde et radicale qu’elle n'y paraît. Au delà de l’identité profondément judéo-chrétienne de la liturgie, c’est la notion et la légitimité même du rite qui est remise en cause.
Considéré comme un ensemble de prescriptions archaïques et contraignantes dans une société valorisant à l’excès la liberté individuelle et l’innovation, le rite n’apparaît plus que comme une aliénation dont il convient de se libérer. Particulièrement révélateur de cette mentalité est le fait qu’il est courant au cours des célébrations eucharistiques, de voir des célébrants omettant ou modifiant volontairement certains rites pourtant particulièrement expressifs de la liturgie, et qu’il devient de plus en plus habituel de voir des évêques célébrer l’Eucharistie dans des stades, des salles de spectacle, des cirques... Le problème n’est pas tant dans le fait que tel ou tel rite soit omis ou modifié alors qu’il est expressément prescrit par les livres liturgiques ; le problème n’est pas qu’on veuille célébrer une messe ailleurs que dans une église. Le problème est qu’en agissant de cette façon, c’est l’ensemble de la célébration liturgique qui se trouve affaibli puisque privée de la symbolique et de la puissance signifiante dont le rite doit être porteur ; par là même, la liturgie devient moins capable de répondre aux besoins spirituels de l’homme, puisque la prescription de faire ainsi et pas autrement n’est en réalité qu’une réponse à un besoin anthropologique fondamental et originellement exprimé, parvenu jusqu'à nous par l'intermédiaire de la “tradition”. C’est justement le génie du christianisme d’avoir su assumer la nature profonde de l’humanité en reprenant à son compte la ritualité immémoriale tout en la spiritualisant, c’est-à-dire en en faisant le support matériel d’une conversion intérieure.
La même idée pourrait être exprimée au sujet des rites des funérailles, dont la puissance signifiante est aujourd’hui en pratique systématiquement édulcorée, voire carrément remplacée par une sorte d’hommage déritualisé au défunt, hommage vaguement teinté de religiosité, mais en tout cas parfaitement incapable de répondre aux questionnements fondamentaux de l’homme quant à la mort et au sens de son existence.
Rupture avec la tradition spirituelle vétéro et néo-testamentaire, la crise actuelle de la tradition liturgique constitue donc aussi - et c'est ce qui en fait son caractère absolument inédit - une rupture anthropologique d’une ampleur sans précédent dont nous n’avons pas fini de mesurer toutes les funestes conséquences.

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Message par Fortunatus le Ven 1 Juil 2016 - 19:46

La plus belle définition de ce concept de "tradition" que j'ai jamais lu est la suivante: la tradition, c'est la démocratie des morts". C'est parce que pour nous, les catholiques traditionnalistes, les morts sont bien vivants et pleinement dans l'Église.
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Message par Fortunatus le Jeu 7 Juil 2016 - 12:07

Je pense que la chose qui manque le plus au Peuple Élu est la catéchèse liturgique. Si la Messe est le centre de la vie catholique, alors il faut puiser dans ses richesses latentes pour être vivant. Car dire que la liturgie c'est quelque chose qui tient du culte c'est voir seulement le sommet du glacier. La liturgie est une source de la foi, au même statut que la Bible. Un trésor qui demande, tout comme la Bible, à être déchiffré. La caté, là où on fait encore, c'est à dire plutôt dans les milieux intégristes, est beaucoup orientée vers la Bible. Ce qui est une bonne chose. Mais moins orientée vers la Liturgie, ce qui est une mauvaise chose. C'est pourquoi j'ai vu même chez le intégristes, censés à avoir une formation à la foi largement au delà de la moyenne, des fortes carences et confusions en matière liturgique.

J'avais ouvert un fil qui n'a suscité aucun intérêt sur les richesses de la Messe en rite byzantin. Espérons qu'au moins ce fil, destiné aux richesses de la Messe en rite latin traditionnel, aura un meilleur sort. Avancer dans l'exégèse liturgique, tout comme avancer dans l'exégèse biblique est un travail d'une vie que jamais on ne peut finir, car c'est comme on voudrait pomper l'eau de l'océan. Cependant, c'est ça une vie pleine, une vie gangnée!

Heureux l'homme (...) qui trouve son plaisir dans la loi de l'Éternel, et qui la médite jour et nuit!

Il est comme un arbre planté près d'un courant d'eau, Qui donne son fruit en sa saison, Et dont le feuillage ne se flétrit point: Tout ce qu'il fait lui réussit.


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Message par M1234 le Jeu 7 Juil 2016 - 12:22

Bonjour Fortunatus,
Je vous met ci-dessous le lien que vous aviez posté sur le Rite Byzantin


https://lepeupledelapaix.forumactif.com/t35844-la-sainte-messe-en-rite-byzantin?highlight=Messe+en+rite+bizantin+par+fortunatus
Amicalement
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Message par Fortunatus le Ven 8 Juil 2016 - 22:19

Marie du 65 a écrit:Bonjour Fortunatus,
Je vous met ci-dessous le lien que vous aviez posté sur le Rite Byzantin


https://lepeupledelapaix.forumactif.com/t35844-la-sainte-messe-en-rite-byzantin?highlight=Messe+en+rite+bizantin+par+fortunatus
Amicalement

Merci, Marie!

Ceux qui côtoient les deux formes de la Messe en rite romain ont, peut-être, noté une différence entre l'endroit du chœur où on fait les lectures.
Ainsi, dans la Messe pauline la place du pupitre ne change pas: il reste au même côté de l'autel (normalement côté droit).
Par contre, dans la Messe tridentine, l'Épitre est lu au pupitre côté gauche. Puis, un enfant de chœur l'amène au côté droit et là on lit l'Evangile (sauf les cas où le prêtre/diacre monte dans la chaire).
Pourquoi on fait ainsi à la Messe en usus antiquior ?

La raison liturgique réside de la différence entre les destinataire de l'Epitre et de l'Evangile. L'Épitre, c'est surtout pour les chrétiens confirmés. Pour le Peuple Elu. L'Évangile est surtout pour les peuples. Supposant que l'autel est "orienté vers...l'orient" (quand il n'est pas ainsi on parle d'un «Est liturgique»), alors l'Épitre est lue vers le Sud, tendis que l'Évangile est lue vers le Nord, car c'est ainsi que l'Église s'est rependue.
C'est ici, sans doute, un petit détail liturgique, il y a des choses beaucoup plus importantes. Mais j'ai évoqué celui-ci parce qu'il nous montre que chaque geste, chaque mouvement, même apparemment sans signification, a une raison liturgique, correspond à quelque chose. Vraiment, le trésor de la tradition liturgique se laisse dévoiler petit à petit.
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Message par Zamie le Ven 8 Juil 2016 - 22:38

@ fortunatus 
Dans la messe  tridentine ou forme extraordinaire ,l'épître est lue au côté droit de l'autel,puis un enfant de chœur déplace le livre et le met sur le côté gauche ou se dit l'Evangile .
Le prêtre qui lit l'épître se tourne " côté sud " pour lire.
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Message par Fortunatus le Ven 8 Juil 2016 - 23:33

@Zamie a écrit:@ fortunatus 
Dans la messe  tridentine ou forme extraordinaire ,l'épître est lue au côté droit de l'autel,puis un enfant de chœur déplace le livre et le met sur le côté gauche ou se dit l'Evangile .
Le prêtre qui lit l'épître se tourne " côté sud " pour lire.

Exactement, droite ou gauche est en fonction du repère pris. L'Épitre est à notre main droite. Moi j'appelle ça le coté gauche de l'autel, il se peut que je me trompe, question de perspective. Vers le sud en tout cas, car nous regardons vers l'orient. Ex oriente lux.
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