Forum catholique LE PEUPLE DE LA PAIX

L'Eglise de Jean Bannie10

Bienvenue sur le Forum catholique Le Peuple de la Paix!
Les sujets de ce forum sont: La Foi, la vie spirituelle, la théologie, la prière, les pèlerinages, la Fin des temps, le Nouvel ordre mondial, la puce électronique (implants sur l`homme), les sociétés secrètes, et bien d'autres thèmes...

Pour pouvoir écrire sur le forum, vous devez:
1- Être un membre enregistré
2- Posséder le droit d`écriture

Pour vous connecter ou vous enregistrer, cliquez sur «Connexion» ou «S`enregistrer» ci-dessous.

Pour obtenir le droit d`écriture, présentez-vous en cliquant sur un des liens "droit d`écriture" apparaissant sur le portail, sur l'index du forum ou encore sur la barre de navigation visible au haut du forum. Notre mail : moderateurlepeupledelapaix@yahoo.com
Forum catholique LE PEUPLE DE LA PAIX
Vous souhaitez réagir à ce message ? Créez un compte en quelques clics ou connectez-vous pour continuer.
Le Deal du moment : -45%
Baskets Nike Air Max Tailwind IV à 94€ au ...
Voir le deal
94 €

L'Eglise de Jean

Aller en bas

L'Eglise de Jean Empty L'Eglise de Jean

Message par Gaëlle le Mer 16 Sep 2009 - 11:36

Le johannisme

À l’origine de l’évangile et des trois épîtres johanniques, ce mouvement présente des différences importantes avec les traditions pauliniennes et synoptiques quant au langage et à la conceptualité. Il semble que les milieux porteurs de cette tradition aient eu peu de contacts avec les autres mouvements du christianisme. De plus, l’évangile de Jean est le résultat de plus de soixante années d’élaboration théologique.

Nous avons donc affaire à une théologie de 3e, voire de 4e génération. Avec les épîtres c’est encore une ou plusieurs décennies de conflits d’interprétation qui s’ajoutent. Relevons quelques unes des particularités de ce mouvement.

Rivalité polémique avec les baptistes

Si le ministère de Jean-Baptiste (JB) est un thème commun à l’évangile de Jean et aux synoptiques, il y a plusieurs différences :

• Les passages sur JB ou le baptême y sont plus nombreux que dans les synoptiques. Ces passages affirment systématiquement la supériorité de Jésus sur le Baptiste (3,23-30 ; 5,33-36 ; 10,40-42).

• Chez Jean, le ministère de JB n’est pas d’appeler à un baptême de repentance, mais de témoigner de Jésus qui vient (Jn 1,6-8 ; 15 ; 19-39).

Par « gnose », on désigne une spiritualité qui voit dans la connaissance (gnosis en grec) de mystères célestes la voie du salut. La pensée gnostique est fondamentalement dualiste. Dans ce monde livré aux ténèbres, l’homme est aliéné de sa véritable nature qui le destinait au monde divin.

• Pour le 4e évangile, certains des premiers disciples de Jésus avaient été des disciples de JB (1,35-37).

• Enfin, pour cet évangile, Jean-Baptiste a continué de baptiser de son côté, alors même que Jésus avait déjà commencé son ministère (3,22-24).

Autant d’indices que le judéo-christianisme johannique eut sans doute en ces origines une certaine proximité, voire une concurrence, avec les mouvements baptistes.
Les milieux samaritains

Une autre spécificité de l’évangile de Jean est son intérêt particulier pour la Samarie :

• Le récit de la longue rencontre entre Jésus et la Samaritaine en Jn 4 contient à lui seul deux fois plus les mots Samarie/Samaritain que les trois autres évangiles réunis.

• D’après Jean, cette rencontre provoque non seulement sa conversion, mais celle de son village où Jésus reste deux jours.

• Plus loin, Jésus est accusé par les juifs d’être « un Samaritain et un possédé » (8,48).

Pourquoi cette insistance sur un milieu juif marginal et hétérodoxe ? D’autant que l’évangile de Jean présente des convergences avec la théologie samaritaine concernant la critique radicale du temple de Jérusalem (2,19 ; 4,21-23), les titres messianiques de prophète (4,19 ; 6,14 ; 7,40 ; 9,17) et de roi d’Israël (1,49 ; 12,13), ou la conception de Taheb (= celui qui revient ; Jn 4,25), le « messie » samaritain.

Faute de documentation suffisante, il est difficile d’avoir des certitudes, mais les liens entre le mouvement johannique naissant et le terreau samaritain semblent profonds.
Le johannisme et la gnose

Par « gnose », on désigne une spiritualité qui voit dans la connaissance (gnosis en grec) de mystères célestes la voie du salut. La pensée gnostique est fondamentalement dualiste. Dans ce monde livré aux ténèbres, l’homme est aliéné de sa véritable nature qui le destinait au monde divin. Seule, la « connaissance de la lumière d’en-haut » peut libérer l’homme afin qu’il retrouve sa patrie divine.

Or le johannisme présente bien un certain dualisme : Dieu et le monde (cosmos dans un sens déprécié) ; lumière et ténèbres (1,5 ; 8,12 ; 1 Jn 1,5) ; en-haut et en-bas / céleste et terrestre (3,12) ; vérité et mensonge (8,44 ; 1 Jn 2,21.27) ; etc.

On trouve même chez Jean le thème de la « connaissance de la vérité d’en haut comme nouvelle naissance », un motif qui a de nombreux parallèles dans l’Évangile de vérité et d’autres textes de la bibliothèque gnostique de Nag Hammadi.

Ces différents thèmes se retrouvent ici ou là dans la littérature paulinienne et les évangiles synoptiques, mais Jean va bien plus loin dans l’utilisation de ces concepts pré-gnostiques : son Christ est un Christ cosmique et pré-existant qui a pour nom logos, et apporte vie, lumière et vérité aux hommes. C’est donc une représentation très proche de ce qui deviendra le mythe gnostique du révélateur divin qui sous-tend la christologie johannique. De même, comme dans la gnose, le Révélateur et le monde ne peuvent pas se comprendre, ils parlent en effet un langage différent (1,5.9-10 ; 8,43).

L’utilisation de ces concepts permet au 4e évangile de développer une Christologie originale (dite « haute ») : Jésus est la manifestation du logos préexistant qui vient du Père et retourne au Père.

Pourtant, si l’évangile de Jean utilise le vocabulaire, et certains concepts gnostiques ou pré-gnostiques, il se distingue aussi radicalement de cette pensée sur plusieurs points essentiels :

• Alors que le gnosticisme affirme que le monde est la création d’un démiurge mauvais, le prologue de Jean affirme au contraire que le logos rédempteur est aussi le logos créateur du monde (1,1-18), et que celui-ci aime le monde (3,16).

La tendance gnostique l’emporte au début du 2e s. Plus tard, la grande Église se ressaisira de l’évangile de Jean pour l’utiliser contre la gnose. L’en-semble des traditions johanniques est alors recadré et labellisé par son insertion dans le canon qui vient domestiquer cette pensée originale. La théologie johannique survit ainsi à la disparition de sa communauté d’origine.

• Bien que le prologue de Jean fasse penser à un discours de révélation gnostique, la notion d’incarnation du logos dans le monde (1,14 ; 6,42 s. 53 s.) est opposée à la gnose. C’est même, pour Jean, un événement essentiel de l’histoire du salut. L’évangile ne permet aucun docétisme : même s’il maîtrise sa Passion avant de retourner au Père, Jésus est bien un être de chair et de sang qui meurt crucifié.

• Enfin, en Jean, toutes les dénominations gnostiques appli-quées aux figures célestes censées donner accès à cette connais-sance salvatrice qu’est la gnose, sont concentrées sur la seule personne de Jésus (1,18 ; 5,37 ; 6,46).

Ces remarques ont amené certains à voir dans le quatrième évangile un écrit anti-gnostique. Mais Jean ne polémique pas contre des mouvements gnostiques, il utilise simplement le matériel lexical et conceptuel de la gnose en gestation dans son milieu.

Trajectoire du johannisme

Après ce rapide examen des racines du judéo-christianisme johannique, constatons que nous sommes sans cesse renvoyés à des tendances juives hétérodoxes. C’est que le johannisme a connu un développement original au sein de la diversité des judaïsmes d’avant 70, séparé des autres grands courants du christianisme naissant. De fait, il semble bien que dans les années 80, les judéo-chrétiens johanniques vivaient encore leur foi dans le cadre de la synagogue. En effet, le Jésus de Jean est le seul à annoncer à ses disciples leur exclusion des synagogues. Ce thème revient 3 fois (9,22 ; 12,42 ; 16,2). Que s’est-il passé ?

• En réaction à la destruction du temple de Jérusalem en 70, le judaïsme se structure autour de son pôle pharisien donnant naissance au judaïsme rabbinique. Ce recentrage passe par l’exclusion de toutes les tendances hétérodoxes (du point de vue rabbinique). Avec d’autres, les judéo-chrétiens johanniques sont donc exclus. Ils se trouvent privés du réseau de solidarité que constituait la synagogue, et ils ne peuvent plus bénéficier du statut de religion licite accordé au judaïsme par Rome.

Ils doivent donc se soumettre au culte de l’empereur. Cette exclusion est durement ressentie et explique largement les paroles très dures à l’égard des juifs que l’on trouve dans l’évangile de Jean. Il s’agit bien sûr d’un conflit entre judéo-chrétiens johanniques et juifs rabbiniques.

• Une première version du quatrième évangile fut sans doute écrite dans les années 90, au lendemain de l’exclusion des chrétiens johanniques de la synagogue, pour conforter ces judéo-chrétiens johanniques désemparés en rassemblant leur patrimoine. Cette communauté déboussolée est aussi en proie à un conflit interne comme le montre les appels constants à l’amour entre les disciples. L’évangile veut donc sceller l’unité de la foi de cette communauté johannique.

• Cependant, la 1re épître de Jean montre que ce but n’a pas été atteint et qu’il en est résulté une nouvelle crise. Elle porte sur l’interprétation de l’évangile de Jean, et l’épître vise à en contrer une lecture gnosticisante.

• Les tentatives de 2 et 3 Jean montrent que 1 Jean n’a pas suffit à résoudre la crise. De même, 2 et 3 Jean ont aussi vraisemblablement été des échecs comme en témoignent les lectures gnostiques qui ont été faites de l’évangile. Lectures contre lesquelles, ou en faveur desquelles (?), 2 ou 3 Jean militent.

• Toujours est-il qu’après cette seconde crise, c’est la tendance gnostique qui l’emporte au début du 2e s. Plus tard, la grande Église se ressaisira de l’évangile de Jean pour l’utiliser contre la gnose. L’ensemble des traditions johanniques est alors recadré et labellisé par son insertion dans le canon qui vient domestiquer cette pensée originale. La théologie johannique survit ainsi à la disparition de sa communauté d’origine.

Questions ouvertes …

Ce rapide panorama de la variété des christianismes au 1er siècle propose un certain nombre d’hypothèses plus ou moins plausibles, mais il laisse dans l’ombre de nombreuses questions. Citons en quelques unes pour relativiser une présentation qui pourrait paraître indûment exhaustive :

• Si Pierre est bien mort martyr à Rome, comme l’affirme de façon vraisemblable la tradition ultérieure, comment et pourquoi est-il arrivé là ? Que faisait-il à Rome ?

• Que se passe-t-il en Égypte ? Est-il imaginable que le judaïsme Alexandrin ait été tenu à l’écart de ces débats d’interprétation de « l’événement Jésus » ? Si c’était le cas, comment expliquer, dès le début du 2e siècle, la présence d’un christianisme gnostique florissant. La même question pourrait être posée pour la Mésopotamie.

• Quel est le devenir de la communauté de Jérusalem après la catastrophe de 70 ? Abandon de sa spécificité judaïque en intégrant le christianisme hellénistique, ou réintégration dans le judaïsme rabbinique ? Eusèbe parle d’un exode vers Pella (à l’est de la mer Morte), et dès le milieu du 2e siècle, Justin Martyr atteste de l’existence de mouvements judéo-chrétiens appelés les Ébionites. Ceux que, plus tard, Irénée et Épiphane considéreront comme hérétiques, sont-ils les descendants de la communauté dispersée de Jérusalem ?

Cette diversité, sans doute encore incomplète du fait des lacunes de notre documentation, pose bien sûr la question essentielle de la définition du christianisme.

Patrice Rolin

Cette présentation est redevable, entre autres, aux travaux de François Vouga (« Les premiers pas du christianisme », Labor et Fides, 1997 ; pour une brève introduction : « Le christianisme à l’école de la diversité », Éditions du Moulin, 2005).

Source : http://www.evangile-et-liberte.net/elements/numeros/192/article9.html

-------------------------------------------------------------------

Lilia non laborant neque nent.
Gaëlle
Gaëlle
Combat avec l'Archange Michel

Féminin Messages : 1003
Age : 67
Localisation : Beauraing - Belgique
Inscription : 26/09/2007

Revenir en haut Aller en bas

L'Eglise de Jean Empty Re: L'Eglise de Jean

Message par Gaëlle le Mer 16 Sep 2009 - 11:51

Ainsi les principales dissidences nous apparaîtraient-elles comme représentant un développement unilatéral, et par suite faux, d'une intuition spirituelle originellement juste. Ceci mérite qu'on s'y arrête quelque peu.

Rien de plus normal qu'une âme ait, selon sa grâce, son tempérament, sa prédestination, une expérience spécialement vive d'un élément particulier du christianisme (ajout - note). Cela est même nécessaire, comme nous le verrons bientôt; les Apôtres eux-mêmes en ont été là, ce qui permet aux critiques de parler d'un « paulinisme » ou d'un « johannisme »; de même y a-t-il, dans l'Église, diversité de familles spirituelles, chaque « spiritualité » étant caractérisée par la prédominance et l'organisation de traits particuliers d'une même vie chrétienne. (ajout)

Mais si l'on passe à l'ordre des affirmations doctrinales, au plan d'une dogmatique d'Église, on doit évidemment confronter la vérité particuliére si vivement sentie avec les autres vérités de la foi, l'accorder à l'ensemble des autres vérités dont on n'a pas une aussi personnelle perception, l'équilibrer avec elles; bref, réincorporer l'expérience dans le corps total de l'Église universelle. On corrige ce qu'une expérience particulière pourrait avoir de partiel et d'exclusif, par l'expérience des autres dont on reconnaît la grâce et dont la communion nous rectifie et nous complète.

Ainsi, dans les familles et les groupes humains, s'opère-t-il une réduction de nos angles trop accusés, par le contact éducatif et enrichissant des uns avec les autres : si bien qu'on reconnaît, au caractère unilinéaire, irréductible et excessivement personnel de ses points de vue et de ses manières, le fils unique ou l'inadapté social : par sa faute ou par la faute des autres, il souffre d'une espèce d'état de schisme ou d'isolement, d'incomplétude ou d'unilatéralisme.

Le développement incroyable des plus grandes diversités au sein de l'unité est le propre de l'Église catholique : parce que Église (une) et parce que catholique (diversité). Telle est la marque de la fécondité de l'Una Sponsa Christi : une variété presque infinie d'expériences religieuses et un magnifique équilibre de tous les aspects de la vérité.

Source : http://www.editionsducerf.fr/site_congar/pages/ChrDes_0052.htm

---------------------------------------------

Lilia non laborant neque nent.
Gaëlle
Gaëlle
Combat avec l'Archange Michel

Féminin Messages : 1003
Age : 67
Localisation : Beauraing - Belgique
Inscription : 26/09/2007

Revenir en haut Aller en bas

L'Eglise de Jean Empty Re: L'Eglise de Jean

Message par Gaëlle le Mer 16 Sep 2009 - 11:56

Montanus de Carthage (-259) est un martyr chrétien et un disciple de Cyprien de Carthage, mort lors de la persécution de Valérien. Il est à ne pas confondre avec Montanus de Phrygie, le fondateur du montanisme.

Né en Afrique, mort décapité en 259 à Carthage, on est en droit de penser que ce "Saint Montanus" traduit surtout la force de la tradition montaniste dans la région où prêcha Tertullien.
Quand la révolte de 259 éclata à Carthage, sous la persécution de Valérien, le procurateur Solon mit le blâme sur les chrétiens, et commença à les opprimer. Ce St Montanus fut alors arrêté, torturé et martyrisé avec St-Julien, St-Lucius, St-Victor, St-Flavien et cinq autres de leurs compagnons qui moururent, selon l'Église, tous en odeur de sainteté.

La date de 240 est la dernière citée dans l'Antiquité comme une de celles où des chrétiens attendirent la parousie millénariste et c'est précisément à cette date que se déclenche la révélation des manichéens... L'odeur de sainteté autour du "Montanus" africain de 259 ouvrit-il cette période où la grande persécution romaine des années 250 et la concurrence des manichéens poussa les derniers rescapés du "montanisme", ce johannisme radical, à se réfugier dans l'Église romaine.

Il est fêté le 24 février.

Source : http://fr.wikipedia.org/wiki/Montanus_de_Carthage

----------------------------------------------------

Lilia non laborant neque nent.
Gaëlle
Gaëlle
Combat avec l'Archange Michel

Féminin Messages : 1003
Age : 67
Localisation : Beauraing - Belgique
Inscription : 26/09/2007

Revenir en haut Aller en bas

L'Eglise de Jean Empty Re: L'Eglise de Jean

Message par Gaëlle le Mer 16 Sep 2009 - 12:09

Libérez Barabbas !

Une autre histoire de la Passion


Publié le 09 avril 2009 à 11h24

Le serviteur se tient en retrait. Un geste et il apportera à son maître une coupe pleine d’eau. Sale métier que de servir un homme aussi à cheval sur l’hygiène.

On ne le retiendrait pas qu’il passerait ses journées en ablutions multiples, apportant plus de soins à ses mains qu’à sa procurature, rendant par trois fois à Esculape ce qu’exige César. Ça tarde à venir. Il éructe, moitié grec, moitié latin, et ponctue ses phrases des trois mots qu’il connaît d’araméen. Parler peuple, lui ressembler et faire ce qu’il réclame, voilà la politique. Ça n’en finit pas. Il fait venir sa femme. Elle chante, vous savez ? Le peuple s’impatiente. On n’est pas monté de la ville basse pour mater Claudia. Ce qu’on veut, c’est la peau de Joshua. Lequel ? Pilate en a deux sous la main. L’un est surnommé bar ’abb’a, l’autre se dit lui-même bar ’abb’a. C’est à n’y rien comprendre. Et personne n’y comprend rien. Va pour Joshua donc, qu’on le crucifie et qu’on libère Joshua ! De l’eau, vite.

Jusqu’à Origène et son Commentaire sur Matthieu, dans lequel il juge indécent d’attribuer à un impie un nom aussi saint, de nombreux manuscrits du récit de la Passion faisaient mention du prénom de Barabbas : Jésus. Ajoutez à cela qu’en araméen – langue supposée de rédaction de l’évangile de Matthieu –, bar’abb’a signifie “le fils du père”, la confusion grandit. Et Pilate répète sa question : “Voulez-vous que je libère Jésus le Messie ou Jésus le Fils du Père ?” (Matthieu 27,17.)

Pourquoi autant de similitudes entre deux hommes que la tradition nous présente, depuis le IIIe siècle, comme absolument dissemblables ? Serait-ce là un complot ourdi par l’Eglise, une vérité passée sous silence ? Les choses sont plus simples, c’est-à-dire beaucoup plus complexes.

Une hypothèse. Barrabas n’est pas le nom d’un personnage historique, mais une figure rhétorique : l’allégorie d’une idée théologique. Quand les évangiles synoptiques insistent sur la messianité de Jésus, le quatrième évangile, celui de Jean, insiste sur la divinité du Christ. L’idée de “Jésus messie d’Israël” est recevable par les juifs du Ier siècle ; celle de “Jésus fils du Père” coince en revanche aux entournures. Elle est même inacceptable : un peu rigolards, ils regardent les empereurs romains se prétendre fils de Vénus ou de Mars, mais pour ce qui est du Dieu d’Israël, e finita la comedia ! Comment pourrait-Il, Lui dont le nom est imprononçable, avoir un fils ? C’est proprement inconcevable et inadmissible.

Ce bar’abb’a que Luc, Matthieu et Marc nous font passer pour un “fameux brigand” n’est pas un personnage, mais le johannisme lui-même, c’est-à-dire l’idée que le Christ dépasse sa propre messianité pour n’être plus que fils de Dieu. C’est une hypothèse d’autant plus vraisemblable que l’exégèse nous apprend que, dans l’évangile de Jean, l’épisode de Barabbas est une pièce visiblement rapportée et que le texte original n’en fait nullement mention.

Dès lors, Barrabas ne serait donc que l’un des innombrables motifs de débats et de discussions qui animent l’Eglise des premiers siècles et que les évangiles ont recueillis au long du temps en strates imbriquées. Une borne témoin rappelant que l’idée de divinité du Christ n’était pas du tout évidente pour les premiers chrétiens (à l’exception des gnostiques, qui ne font pas la fine bouche quand il s’agit de rompre avec la référence vétérotestamentaire) et qu’il aura fallu attendre le concile de Nicée pour réconcilier ceux qui, à l’instar des trois premiers évangélistes, insistent sur la messianité du Christ et ceux qui, avec Jean, mettent en avant sa divinité.

Mais ce n’est là qu’une hypothèse : l’exégèse nous apprend qu’un texte ne se laisse jamais enfermer dans l’univocité. Aucun commentaire, fût-il délivré par Gérard Mordillat en personne, n’épuise le sens ni le séquestre : l’infinitude du texte, c’est ce que le christianisme a reçu en partage du judaïsme.

Source : http://www.causeur.fr/liberez-barabbas,2245

-------------------------------------------------------------

Lilia non laborant neque nent.
Gaëlle
Gaëlle
Combat avec l'Archange Michel

Féminin Messages : 1003
Age : 67
Localisation : Beauraing - Belgique
Inscription : 26/09/2007

Revenir en haut Aller en bas

L'Eglise de Jean Empty Re: L'Eglise de Jean

Message par Contenu sponsorisé


Contenu sponsorisé


Revenir en haut Aller en bas

Revenir en haut


 
Permission de ce forum:
Vous ne pouvez pas répondre aux sujets dans ce forum