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Le poète désabusé

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Le poète désabusé

Message par saint-michel le Ven 8 Sep 2017 - 9:34



Un Poète alla un jour à la Chartreuse, voir un Chartreux son parent. Après avoir parlé de plusieurs choses, il lui dit :


« Je viens de finir un Poème, qui, je crois, me fera quelque honneur dans le monde. J’y ai apporté tous mes soins, et je vais prendre encore deux ans pour achever de le polir, et le mettre en état de paraître au jour. Il vaut mieux, continua-t-il, différer un peu pour s’assurer du suffrage du public.
– Je crois, dit le Chartreux, que vous différeriez encore deux autres années, si on vous assurait que votre Poème, aussitôt qu’il paraîtrait, serait lu et admiré de tout Paris, de toute la cour et de toute la France.
– Assurément, dit le Poète, et je croirais ces quatre années bien employées.
– Mais, continua le Chartreux, si on vous assurait qu’en différant quatre autres années, votre Poème serait recherché de toute l’Europe, traduit en toutes les langues, et admiré partout, ne consentiriez-vous pas à attendre à le donner jusqu’à ce temps-là ?
– Très-volontiers, répondit le Poète ; une si grande gloire mériterait bien d’être achetée au prix de huit années de travail.
– Mais, continua encore le père, si, en différant huit autres années, vous étiez sûr que l’estime qu’aurait l’Europe pour votre ouvrage se maintiendrait, s’augmenterait même dans la postérité et irait croissant jusqu’à la fin du monde, consentiriez-vous encore à attendre ces huit ans ?
– Sans difficulté, répliqua le poète.
– Cependant, dit le père, cela fait seize ans : et, à l’âge où vous êtes, espérez-vous de vivre assez au-delà de seize ans, pour jouir de cette gloire ?
– Non, répartit le poète, mais qu’importe ? La gloire qui ne dure que la vie de l’homme n’est rien : c’est celle qu’on laisse après soi qui mérite d’être ambitionnée.
– Vous consentiriez donc, dit le Chartreux, à travailler toute votre vie pour une grande gloire qui ne vous viendrait qu’après votre mort ?
– Sans doute, répliqua le Poète, et c’est le sentiment de toute âme bien née, et de tout homme qui pense.
– Et, si cela est, mon cher cousin, répliqua le père, qui vous empêche d’acquérir cette grande gloire et une plus grande gloire encore qui vous viendra après la mort, une gloire que vous ne laisserez pas après vous, mais qui vous suivra, et dont vous jouirez éternellement après votre mort ? Vous n’avez pour cela qu’à employer le reste de vos jours, non à corriger votre Poème, mais à corriger vos mœurs et à servir Dieu avec ferveur. Et ce que personne ne peut vous promettre pour votre Poème, quelque corrigé qu’il soit, la foi et la religion vous le promettent pour la correction de vos mœurs et votre fidélité à servir Dieu.
– Oh ! s’écria le Poète, je m’imaginais bien que c’était là que vous me meniez, mais ce n’est pas là de quoi il s’agit. Vous autres, Chartreux, vous n’avez que des idées sombres et funestes. Nous sommes dans cette vie, et nous ne devons parler que de la gloire de cette vie, car pour la gloire de l’autre vie, nous ne la voyons point. »


« Mais, reprit le Chartreux, verrez-vous la gloire de cette vie, lorsque vous n’y serez plus ? Et, puisque vous devez quitter cette vie et entrer dans l’autre y n’est-il pas plus sage d’acquérir une gloire qui vous suivra, et dont vous jouirez, qu’une gloire qui vous survivra et dont vous ne jouirez point ? Mais qu’est-ce que cette gloire que peut vous procurer votre Poème ? Qu’est-ce que toute la gloire du monde, en comparaison de celle que peut vous procurer une sainte vie ? La première est très-incertaine, et personne n’oserait vous la garantir : au lieu que la seconde vous est assurée par la parole de Dieu, par la religion, par la foi. La première sera toujours très-petite et très-bornée. Quand bien même votre nom deviendrait célèbre dans toute la France, dans toute l’Europe, dans toute la postérité, combien d’individus, parmi tous ces peuples qui ne le connaîtront pas ! Au lieu que la seconde sera universelle : en sorte qu’au dernier jour, non-seulement tous ceux qui habitent maintenant la France, l’Europe, l’Asie, l’Afrique et l’Amérique ; non-seulement ceux qui vivront après eux jusqu’à la fin du monde, mais encore tous ceux qui y ont vécu depuis le commencement du monde, tous, sans en excepter un seul, vous connaîtront vous estimeront, vous loueront, vous admireront, vous respecteront : enfin la gloire de votre Poème sera toujours de courte durée et périssable, et ne peut aller tout au plus, que jusqu’à la fin du monde. Après quoi il ne s’agira plus de poésie, ni de tout ce qui nous occupe ici-bas, et toute gloire mondaine disparaîtra : il ne restera plus que la vraie gloire, que la solide gloire qui vient de Dieu, dont le jugement, fondé sur la vérité et l’équité, entraînera le suffrage de toutes les intelligences créées, et cette gloire sera éternelle. Le désir et l’espérance de cette gloire, sont-ce donc des idées si sombres et si funestes ? Y en a-t-il de plus consolantes, de plus brillantes, de plus ravissantes ? Qu’en dites-vous ?
– Je dis, mon cousin, que voilà un très beau sermon, mais un peu long. »

« Eh bien ; dit le Chartreux, laissons tout cela, et revenons à votre Poème : vous comptez donc le donner au public dans deux ans ?
– Oui, si Dieu me conserve.
– Quand une fois vous y aurez mis la dernière main, et qu’il paraîtra, comptez-vous qu’il ne se trouvera ni critiques, ni censures ?
– Oh ! S’il s’en trouvera ! Et combien ? Un bon ouvrage n’est jamais sans critique, souvent même il y a de la cabale et des jaloux ; mais je ne les crains point, et si l’on m’attaque, je me défendrai.
– Mais, dit le Chartreux, si en prenant quatre ans pour le retoucher vous étiez sûr de le mettre au-dessus de toute critique, en sorte que ceux qui vous portent le plus d’envie n’osassent souffler, et fussent contraints eux-mêmes de vous louer, n’attendriez-vous pas ces quatre ans à le donner au public ?
– Où est-ce, dit le Poète, que vous prétendez encore me mener, avec vos supputations ?
– À la vraie gloire, reprit le père ; à cette gloire que personne ne vous disputera, que l’univers entier vous accordera, et qui, au dernier jour et pendant l’éternité, forcera tous vos ennemis à vous louer, à confesser que vous avez bien fait, et à se désespérer de n’avoir pas fait comme vous.
– J’avoue bien, dit le Poète, que ce serait le meilleur ; que la gloire que nous recherchons dans ce monde, et après laquelle nous nous épuisons, n’est au fond qu’une chimère, qu’un fantôme qui nous séduit. Mais que voulez-vous ? On est homme ; on vit avec les hommes ; on est fou avec les fous.
– Et qui vous empêche, répliqua le père, d’être sage avec les sages ? Combien y en a-t-il pour qui la gloire de ce monde n’est rien, et qui ne sont occupés que du soin de mériter la gloire éternelle ? Vous vivez avec les hommes ; mais en moins de rien, vous et tous les hommes qui vivent avec vous, serez dans l’autre monde avec tous ceux qui nous ont précédés, et avec tous ceux qui nous suivront ; et enfin, au dernier jour, nous paraîtrons tous devant le tribunal de Jésus-Christ. Que n’imitez-vous ceux qui pleins de ces pensées, ne travaillent que pour acquérir la vraie gloire de l’autre monde, qui sera solide, universelle, éternelle. »


« Mon cousin, dit le Poète, si je n’avais que vingt ans je me ferais Chartreux.
– Il ne s’agit pas, dit le père, de vous faire Chartreux : Il s’agit de vous faire bon Chrétien, fervent Chrétien. Et que faut-il faire pour cela, dit le Poète ? II faut, dit le père, mettre ordre à votre conscience, faire une bonne confession, vous adonner à la prière, aux bonnes œuvres, à la fréquentation des Sacrements, oublier le monde, et ne songer qu’à vous disposer à paraître avec honneur et avec gloire au jugement dernier.
– Et mon Poème, qu’en ferons-nous ?
– Il faut le jeter au feu et n’y plus penser.
– Je vous assure, dit le Poète, que si je l’avais ici, je le ferais brûler tout-à-l’heure devant vous : mais je m’en vais à la maison, et ce sera, en arrivant, la première chose que je ferai.
– Je ne m’y fie pas, reprit le Chartreux : envoyez-le-moi plutôt, et revenez me voir demain, nous le ferons brûler ensemble.
– Dans le moment, dit le Poète, vous allez le recevoir : il me semble qu’on m’a ôté une montagne de dessus les épaules, depuis que j’ai pris la résolution de me donner tout à Dieu, et de ne plus penser qu’à mon salut. Adieu, jusqu’à demain. »


Le Poète tint parole : dès le soir même il envoya le Poème, revint le lendemain le faire brûler et se confirmer dans ses bonnes résolutions, et ne s’occupa plus depuis que des exercices de piété. Sa pénitence fut austère, mais elle ne fut pas longue : il mourut six mois après, plein d’espérance et de consolation, et remerciant Dieu de l’avoir désabusé assez à temps pour lui demander pardon de son erreur. Il fut enterré aux Chartreux, comme il l’avait souhaité.


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