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Saints et Bienheureux!! (Ordre Alphabétique)

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Re: Saints et Bienheureux!! (Ordre Alphabétique)

Message par Marie du 65 le Lun 23 Oct 2017 - 19:19

BIENHEUREUSE
CATHERINE DE MATTEI DE RACCONIGI
Religieuse du Tiers-Ordre séculier
(1486-1547)
fêtée le 5 septembre








I - II - III - IV - V - VI - VII

Catherine de Racconigi est une des vierges les plus illustres du Tiers-Ordre de la  Pénitence de Saint-Dominique, Sa vie est toute merveilleuse, sa sainteté extraordinaire et ses vertus vraiment héroïques : prophéties, extases, visions, grâces, miracles de toutes sortes remplirent son existence.

Les Anges, les Saints, spécialement saint Dominique, saint Pierre martyr et sainte Catherine de Sienne, qu'elle considérait comme son père, sa mère et ses maîtres, lui apparaissaient fréquemment.

L'Esprit Saint descendit visiblement sur elle : la Reine des Anges la réjouit souvent de sa douce présence ; Notre-Seigneur en fit son épouse bien-aimée.

Il la combla de présents, lui donna des anneaux, des croix, et même lui plaça sur la tête une couronne d'épines, la favorisa des sacrés stigmates ; enfin, par une faveur toute spéciale, il lui enleva son cœur et le lui rendit ensuite avec ces mots écrits en lettres d'or :

« Jesus, spes mea : Jésus, mon espérance. »

Un grand nombre d'auteurs, surtout dans l'Ordre des Frères Prêcheurs, ont écrit sur cette sainte Tertiaire ; mais tous ont puisé à une source commune, dans l'histoire qu'en a donnée Jean-François Pic, prince de la Mirandole, neveu du fameux savant du même nom.

C'est là qu'il faut recourir pour connaître à fond cette illustre Dominicaine, dont la sainte Église, répétant le mot d'un ancien auteur, a fait un si grand éloge, en disant :

« Entre la vierge de Racconigi et la vierge de Sienne, il n'y a de différence que la canonisation. »

Dans cette notice, nous ne ferons qu'abréger l'ouvrage composé pat Pic de la Mirandole et revu par le Père Pierre Martyr Morelli, Dominicain, dernier confesseur de la Bienheureuse.

Le vénérable Religieux le compléta en y ajoutant des choses que ce savant avait ignorées, ou n'avait pu savoir, puisqu'il était mort quinze ans avant le départ de Catherine pour le ciel.

Ainsi s'est accomplie la prophétie où la vierge annonçait que les grâces qu'elle avait reçues du Seigneur seraient rendues publiques dans l'Église par deux personnes différentes qu'elle connaissait bien.

Voilà pourquoi, en lisant cet ouvrage, on y trouve avec surprise des chapitres, les uns de Pic de la Mirandole, les autres de Morelli, et plusieurs de l'un et de l'autre[1].

I

Racconigi, délicieuse localité du Piémont, reçut du ciel l'honneur de donner le jour à notre Bienheureuse, en l’an du Seigneur 1486.

Ses parents, Grégoire Georges de Mattei et Billia Ferrari, étaient tombés dans une grande gêne à la suite des guerres qui depuis longtemps désolaient l'Italie.

La mère, ne pouvant plus allaiter sa fille, la faisait porter tous les jours à quelques nourrices du voisinage qui en prenaient soin par charité.

Dieu se plut à répandre sur l'âme candide de l'enfant ses miséricordieuses prévenances.

A cinq ans, l'aimable fillette n'éprouvait pas de plus grand bonheur que de rester agenouillée devant une statue de la Sainte Vierge ou de se retirer à l'écart pour vaquer tranquillement à la prière.

Elle était là, un matin, dans sa petite chambre, quand une blanche colombe vint se poser sur son épaule.

Catherine, effrayée, s'écria :

« Jésus, Jésus ! »

Aussitôt un rayon de lumière, partant du bec de la colombe, s'en alla mourir sur ses lèvres.

En même temps, une belle dame revêtue de lumière apparut et dit :

« Que le nom de Jésus soit toujours dans ton cœur, ma fille.

Qui êtes-vous, Madame, demanda Catherine, et comment êtes-vous entrée sans ouvrir la porte ?

Je suis la Mère de Jésus-Christ, et je veux que tu te donnes tout entière à mon Fils.

 Où donc est-il, votre Fils ?

Bientôt tu le verras ; mais il faut te donner à lui avec tout ce que tu as de plus cher.

Hélas ! moi si pauvre, que pourrai-je bien lui offrir ?

Mon Fils ne veut que ton cœur !

Mon cœur, où est-il ?

Si vous le trouvez, bien volontiers je le lui donnerai ! »

La Reine des vierges, avec un sourire, mit la main sur la poitrine de Catherine et lui dit :

« Là est ton cœur, tu le donneras à mon Fils, chaque fois que tu obéiras à ses commandements et souffriras quelque chose pour son amour. »

A ce moment parut un enfant merveilleusement beau, vêtu d'une robe immaculée et entouré d'un chœur d'Anges :

« Voici mon Fils, dit Marie, voici Jésus, ton Rédempteur, Celui que tu dois choisir pour Époux.

Non, jamais, répondit l'humble petite, je n'oserais faire une si grande chose.

Ne crains rien, je veux qu'il en soit ainsi et que tu gardes à Jésus ta virginité.

Hé bien, je suis prête à faire tout ce qui vous plaira.

» Notre-Dame présentant à son Fils la nouvelle fiancée, Jésus dit aussitôt :

« Je l'épouse avec joie, parce qu'elle est une perle précieuse que j'ai acquise de mon Sang. »

Alors la divine Mère prit la main de son Fils et celle de Catherine, en disant :

« Ma fille, je t'unis présentement à Jésus dans la foi, l'espérance et la chanté. »

Puis elle tira de son doigt un magnifique anneau et le passa au doigt de Catherine.

Jésus, de son côté, chargea un séraphin de veiller désormais sur son épouse, de concert avec l'Ange gardien qu'elle avait reçu en naissant, et il donna pour maîtres à l'heureuse vierge saint Pierre martyr et sainte Catherine de Sienne.

Une autre vision, qu'eut notre vierge à l'âge de sept ans, fut la marque des tribulations dont son âme serait abreuvée. Elle priait, dans l'église des Pères Servites, devant l'image de saint Pierre martyr.

Le Saint lui apparut, tenant en main une coupe pleine de sang.

« Prends ma fille, lui dit-il, prends cette coupe, et goûte le précieux sang de Jésus-Christ : sache qu'un jour tu boiras au calice de son amère Passion. »

II achevait à peine que l'Enfant divin se montra, portant une croix sur l'épaule et s'adressant à Catherine :[4]

« Pierre, mon fidèle Serviteur, que je t'ai donné pour maître, a souffert le martyre pour mon amour ; afin que tu puisses lui ressembler, je te laisse cette croix.

Au début, elle te paraîtra dure et pesante, mais, par l'accroissement de mon amour en toi, tu la trouveras bientôt douce et légère. »

Dès ce moment Catherine éprouva une merveilleuse ardeur de souffrir pour son Bien-Aimé, à ce point qu'elle souhaitait vivement d'aller en pays infidèle dans l'espoir d'y cueillir la palme du martyre.

Le démon, jaloux des dons parfaits que cette enfant recevait du Seigneur, chercha par tous les moyens en son pouvoir à la détourner du droit chemin.

Vains efforts : une jeune fille de dix à douze ans le couvrait de confusion par des réponses pleines d'à-propos qui démasquaient sa malice et déconcertaient sa fierté.

Un jour Satan, transformé en ange de lumière, réclamait ses hommages.

« Si tu étais vraiment Celui que tu oses représenter, dit Catherine, tu ne demanderais pas de moi l'adoration, tu la voudrais pour Dieu seul. Inutile de feindre, tu es le déchu du ciel, puisque tu t'obstines dans ton antique orgueil : rentre dans l'abîme. »

Un autre jour, deux malins esprits apparurent à Catherine avec les insignes du martyre, lui offrant leurs blessures à vénérer.

La pieuse enfant comprit tout de suite à qui elle avait affaire.

« Vous êtes martyrs! dites-vous; oui martyrs non de la foi, mais de l'enfer, et vous pouvez bien vous glorifier de vos peines, parce que votre orgueil les a méritées. »

Une autre fois encore, c'était vers la fin de sa vie, le démon chercha à la jeter dans le désespoir par le raisonnement suivant :

« A quoi bon te fatiguer en vain !

Tu serais mieux inspirée de songer à ton repos, car après la mort tu ne pourras jouir d'aucun bien : l’âme meurt en même temps que le corps, nous en avons la certitude.

De tant de milliers de personnes qui ont vécu saintement, aucune n'est jamais revenue porter des nouvelles d'au-delà du tombeau, et consoler ses amis : ce qu'elles n'auraient pas manqué de faire, si les âmes étaient véritablement immortelles. »

« Mensonge ! Mensonge ! répondit Catherine, sous le coup d'une sainte indignation.

Comment oses-tu me tenir un pareil langage, toi qui as éprouvé à ta honte que plusieurs âmes bienheureuses, unies autrefois à un corps mortel, sont venues à mon aide lorsque tu m'outrageais ?

Tu ne peux mourir, toi : il en est de même de toute âme humaine créée à l'image de Dieu.

Mais tu es banni pour toujours de cette paix que goûtent les élus, et si grande est l'envie qui te ronge que tu mets en œuvre toutes les ruses pour priver nos âmes de la gloire céleste.

Quant au retour des âmes en ce monde, la chose n'est pas comme tu dis, puisque de temps en temps, selon qu'il plaît à Dieu, elles viennent fortifier notre foi et nous consoler ; et de mes propres yeux j'en ai vu plusieurs, revêtues d'un corps, apparaître à mes yeux. »





II

Déjà le Seigneur manifestait au dehors la sainteté de Catherine.

Un matin, un vertueux prêtre de la ville était en prières : tout à coup son Ange gardien l'invita à quitter pour un moment les hauteurs de la contemplation, afin de voir une admirable créature.

« Il m'est pénible de laisser Dieu pour une créature, répondit le saint homme; toutefois si telle est la volonté du Seigneur, je n'ai qu'à obéir. »

Revenant donc à ses sens, il aperçut près de lui une enfant de dix ans, revêtue d'une robe tout éblouissante.

« Qui êtes-vous ? » lui demanda-t-il.

« Je suis Catherine de Racconigi, pauvre des biens temporels, mais, par la grâce du Dieu tout-puissant, riche en biens spirituels.

Je vous prie de vous souvenir de moi dans vos oraisons, afin que j'obtienne du Ciel tous les secours qui me sont nécessaires. C'est pour ce motif que j'ai été amenée ici. »

A ces mots, elle disparut.

Un ami de ce bon prêtre, ayant su le fait, vint trouver Catherine et lui demanda comment elle s'était introduite à une heure si matinale chez le serviteur de Dieu.

Malgré sa vive répugnance, elle finit par répondre :

« Je ne saurais vous l'expliquer ; tout ce que je puis dire, c'est qu'un Ange m'y a conduite. »

A treize ans notre Bienheureuse fit vœu de virginité.

La nuit suivante, sainte Catherine de Sienne lui apparut et l'assura que son vœu avait été fort agréable à Jésus et à Marie.

Puis elle lui présenta deux belles roses, l'une rouge, l’autre blanche, que lui envoya son divin Époux, la rouge pour lui rappeler l'amour ardent que Jésus a montré aux hommes en répandant son sang afin de les sauver ; la blanche, pour marquer l'innocence de vie qui seule la rendrait digne de l'Agneau sans tache.

Catherine ressentit dès lors de plus vifs désirs de la retraite et de la solitude.

La conversation lui était devenue si insupportable qu'elle fuyait le monde autant qu'il lui était possible, excepté lorsque l'honneur de Dieu et le bien du prochain étaient en cause.

Nous n'entrerons pas dans le détail des assauts qui lui furent livrés par les hommes et les démons pour l'induire en tentation et au mal.

La lutte dépassa en violence ce qu'on pourrait imaginer et dura de longues années.

Mais soutenue par la force d'en haut, l'intrépide vierge remporta une victoire éclatante sur ses ennemis et mérita comme récompense d'insignes faveurs.

Rapportons-en quelques-unes.

Le jour de la fête de saint Etienne, la Bienheureuse demandait avec larmes au premier martyr de lui obtenir la grâce de rester pure de cœur, de corps et d'esprit, comme lui-même l'avait été, une fois élu par les Apôtres pour remplir le ministère du diaconat.

Saint Etienne se montra entouré d'une splendeur céleste :

« Ô ma sœur, dit-il, sèche tes larmes, car Dieu a exaucé tes prières.

Oui, bientôt tu seras délivrée de toute tentation.

Prépare-toi à recevoir le Saint-Esprit. »

En même temps le Séraphin chargé de sa conduite lui dit à son tour :

« Oui, prépare-toi, car la vertu du Tout-Puissant va descendre ! »

A l'instant même une lumière merveilleuse vint se poser sur la tête de Catherine.

Une douceur inexprimable envahit son âme avec une chaleur si vive qu'il lui semblait être toute en feu, et elle entendit distinctement ces paroles :

« Je viens habiter en toi afin de purifier, d'illuminer, d'embraser ton cœur et de te donner la vie. »

Depuis ce jour, il resta sur les traits de la jeune vierge un reflet visible de la grâce reçue.

Les voisins très étonnés, soupçonnant Catherine de recourir à quelque essence pour colorer son teint, lui demandèrent ce qu'elle mettait ainsi sur son visage.

La jeune fille répondit en souriant que sa recette n'était autre qu'un peu de pain, voulant parler de la sainte Eucharistie.

La surprise de ses parents fut plus grande encore, car ils savaient bien qu'elle n'usait d'aucune industrie, mais qu'au contraire, elle jeûnait fréquemment au pain et à l'eau et différait souvent son repas jusqu'au soir.

Pendant nombre d'années, Catherine pratiqua cette austérité tout le temps de l'Avent et du Carême, et il n'était pas rare qu'elle restât un jour entier sans boire ni manger.

Plus tard, elle ne prenait de nourriture que trois fois par semaine ; et cela dans l'unique but de perdre sa beauté naturelle, de crainte qu'elle ne lui devînt une occasion de péché.

Non contente de ces jeûnes rigoureux, la servante de Dieu se serrait la taille d'une grosse corde qu'elle changea contre une ceinture de fer très aiguë.

Elle portait en outre un cilice qu'elle ne quitta qu'au déclin de sa vie, lorsque l'âge eut sensiblement diminué ses forces.

Le démon, sans cesse repoussé et vaincu, revenait toujours à la charge, amenant avec lui les esprits les plus immondes pour livrer à cette âme angélique de nouveaux combats.

La plus grande épreuve que la Bienheureuse eut à endurer lui advint en l'année 1512, au mois d'avril.

Pendant sept jours consécutifs, elle se vit harcelée de tentations horribles sans un instant de répit.

Ses larmes coulèrent en abondance mais n'apportèrent point d'allégement à son état.

Le Ciel semblait sourd à la voix de ses gémissements.

Dans cette cruelle angoisse, elle alla trouver son confesseur.

L'homme de Dieu lui conseilla de se jeter en posture de suppliante devant son crucifix et d'attendre de lui seul le secours dont elle avait besoin.

Catherine obéit ; retirée dans sa chambre, elle supplie, elle conjure son Sauveur bien-aimé de la traiter selon sa grande miséricorde et les mérites infinis de sa Rédemption :

« Ô Jésus, mon espérance, s'écrie-t-elle, envoyez-moi la mort ou telle affliction qu'il vous plaira, plutôt que de me laisser exposée au danger d'une tentation si importune. »

Jésus-Christ parut alors et dit:

« Ne crains rien, puisque je suis avec toi. Moi qui me fais appeler ton espérance, je ne t'ai jamais abandonnée ; pendant l'épreuve, j'habitais au fond de ton cœur et j'affermissais ta volonté dans la résolution de demeurer toujours vierge. »

Pendant qu'il parlait de la sorte, deux Anges se présentèrent et ceignirent les reins de Catherine avec un cordon d'une blancheur céleste.

« Au nom du Seigneur, lui dirent-ils, nous te ceignons de la ceinture de la chasteté, qui ne se déliera jamais. »

Depuis lors et jusqu'à la fin de sa vie, Catherine ne fut plus molestée ni par les aiguillons de la chair, ni par les troubles de l'esprit : au contraire, on eût dit qu'elle infusait le don de pureté à tous ceux qui avaient le bonheur de l'entretenir.





III

Cependant le bruit de sa sainteté se répandait de plus en plus ; on venait la consulter  de fort loin, ce qui alarmait grandement son humilité.

Pour échapper aux sollicitations des foules, il lui vint en pensée de prendre la fuite et de chercher dans un petit coin des Alpes le moyen de mener la vie érémitique.

On était au mois de novembre, la neige couvrait tous les chemins.

N'importe, la sainte fille, encore mal remise d'une longue maladie, se leva dès quatre heures du matin, à l'insu de sa mère, pour mettre son projet à exécution.

Au moment de franchir le seuil de la maison, elle entendit une voix qui disait :

« Arrête : où veux-tu aller ! »

C'était un ordre du Ciel, devant lequel elle dut s'incliner.

Quelques jours après, Notre-Seigneur lui apparut et lui remit un étendard blanc et rouge dont la hampe était surmontée de la croix.

« Prends, ma fille, lui dit-il, quiconque demeurera sous cet étendard sera sauvé. »

Et dans une vision subséquente, Catherine fut transportée au ciel, et vit clairement rangés sous son étendard une foule de chrétiens qui, par son entremise, devaient se sauver.

« Vois, ajouta Jésus, combien de pécheurs et de pécheresses te doivent le salut. Si je t'avais laissée entrer dans un monastère ou vivre en recluse, ils se seraient perdus. »

Paroles qui la remplirent d'une douce consolation.

Pressée de plus en plus par l'ardeur de son amour, la Bienheureuse demandait au divin Maître la grâce de lui ressembler dans ses souffrances.

Un mardi de Pâques, l'an 1509, tandis qu'elle repassait dans son âme les souvenirs de la Passion, elle vit paraître Jésus-Christ vêtu d'une robe d'un rouge enflammé, et tout resplendissant de rayons lumineux qui s'échappaient de ses plaies sacrées :

« Mon épouse, dit-il, tu désires souffrir, mais connais-tu bien ta faiblesse ?

 Ô mon Espérance, répondit la pieuse fille, mes forces sont moins que rien ; de moi-même je suis incapable de tout, il me faut absolument votre puissant secours.

Ta grande foi, reprit Jésus, mérite d'être exaltée, c'est pourquoi je me fais une joie de te rendre participante des douleurs que j'ai endurées aux pieds et aux mains. »

A ces mots le Sauveur étendit ses divines mains vers celles de Catherine, et il jaillit de ses plaies comme un dard de sang qui traversa les mains de l'épouse bien-aimée.

La même merveille eut lieu aux pieds ; elle était accompagnée d'une souffrance telle que la Bienheureuse sentait ses forces l'abandonner sous la violence du tourment

Longtemps ses membres gardèrent la trace des blessures : grand nombre de témoins affirmèrent avoir vu ses stigmates, entre autres Pic de la Mirandole, qui l'attesta sous la foi du serment.

Sur la requête de l'humble vierge, Dieu rendit ces signes cachés au dehors, mais les mains restèrent faibles et endolories; à grande peine Catherine pouvait s'occuper de son métier et vaquer aux divers services de la maison.

En outre, elle portait la plaie du côté et la couronne d'épines. Parfois ses vêtements demeuraient trempés du sang qui coulait de ses stigmates, et sa tête paraissait entourée d'un cercle si profondément creusé, qu'on eût pu y insérer le petit doigt d'un enfant.

Le Seigneur gratifia d'autres libéralités sa fidèle épouse. A diverses reprises, il lui posa lourdement la croix sur l'épaule, en lui rappelant que sa vie serait un portement de croix continuel.

Un jour qu'elle avait de nouveau médité sur la Passion, elle vit deux Anges tenant en mains une robe blanche parsemée de croix.

Ils dirent à Catherine :

« C'est de la part de Dieu que nous t'apportons ce vêtement.

Tu seras toujours dans une grande amertume jusqu'à la mort. »

Catherine prit la robe et répondit :

« Que la volonté de Dieu soit faite ! »

Il ne lui restait plus qu'une faveur à recevoir, pour être complètement l'émule de sa sainte patronne : elle l'obtint bientôt.

Le 3 août 1512, dans la vingt-sixième année de son âge, s'étant levée de très bon matin pour prier Dieu, la Bienheureuse aperçut Jésus, accompagné d'un cortège de Saints, parmi lesquels se trouvaient saint Dominique, sainte Catherine de Sienne et saint Pierre martyr.

Ce dernier lui ouvrit le côté gauche, et lui retira son cœur. Elle en ressentit des douleurs si vives qu'elle pensa mourir.

Un peu revenue à elle-même, elle vit le saint martyr, tenant à la main ce cœur, le lui montrer tout livide, souillé de terre, un endroit excepté, où était écrit en caractères d'argent :

Jésus spes mea : « Jésus mon espérance ! » Puis, se tournant vers le Sauveur, il le pria de vouloir bien purifier ce cœur de toute tache.

Jésus, avec un visage serein, y consentit, et, ayant rendu clair et vermeil le cœur de son épouse, le lui remit en la bénissant.

Alors Catherine éprouva une souffrance telle qu'elle paraissait sur le point d'expirer.

Ses parents envoyèrent chercher le prêtre. Celui-ci, voyant le teint de Catherine frais et coloré comme de coutume, fut saisi d'étonnement et soupçonna que la cause de cette maladie n'était pas ordinaire.

Il lui ordonna de parler sans rien cacher. Contrainte par l'obéissance, mais humiliée profondément, Catherine dut raconter son merveilleux secret.





IV

Pour mieux conserver les grâces de choix dont elle était favorisée, la Bienheureuse désirait ardemment revêtir l'habit de la Pénitence de Saint-Dominique.

La Très Sainte Vierge lui avait annoncé d'ailleurs, dès sa plus tendre enfance, qu'elle le porterait un jour. Mais des obstacles de tout genre semblaient devoir entraver ce dessein.

Catherine avait alors pour confesseur un Père Servite, lequel, connaissant son désir de prendre le vêtement religieux tout en restant dans sa famille, lui proposa celui des Sœurs de son institut.

« Non, répondit-elle, ce n'est pas celui-là que je dois revêtir, mais celui de saint Dominique.

Vous savez bien, répartit le Père, qu'il n'existe ici aucun couvent de Frères Prêcheurs.  Dieu fera en sorte qu'il y en ait un », reprit Catherine.

Sa prophétie se réalisa, et la servante de Dieu prit solennellement le saint habit, en présence du seigneur de Racconigi, Claude de Savoie, et d'un grand nombre de personnages marquants, ecclésiastiques ou laïques, qui avaient Catherine en profonde vénération.

A quelque temps de là, une vision symbolique la confirma dans l'estime qu'elle avait pour sa famille religieuse.

II lui semblait voir une fontaine très limpide, disposée en forme de puits. L'eau de cette fontaine paraissait profonde, mais en même temps si claire et si transparente qu'il n'était objet si petit qu'elle ne distinguât, et bien que des feuilles et des paillettes surnageassent à la surface, sa vue ne laissait pas d'aller jusqu'au fond et d'y reconnaître une réunion variée de pierres précieuses, aux couleurs et aux qualités différentes.

« Maintenant lève les yeux au ciel », lui dit une voix.

A cette invitation Catherine aperçut dans une lumière surnaturelle la très sainte Trinité, qui lui semblait une réunion de trois visages en un seul et de trois soleils en un soleil.

Il en descendait dans la fontaine une si merveilleuse splendeur que jamais son œil ne vit rien de plus beau.

Tout à coup se montrèrent une troupe d'esprits malins. Les uns avaient la forme de loups, de lions, de sangliers ; d'autres la forme humaine avec des mains hérissées d'ongles longs et crochus.

Ils cherchaient à tarir la fontaine ou du moins à troubler la limpidité de son onde. Trois jeunes hommes, armés de la tête aux pieds, et portant au front une petite croix d'or, se présentèrent aussitôt et chassèrent au loin les esprits malins.

L'un des jeunes gens découvrit à Catherine le sens de la vision.

« Cette fontaine, lui dit-il, représente la famille des Frères Prêcheurs à laquelle tu appartiens. De même que le fond de ce puits laisse sourdre sans interruption une eau très limpide, de même de cette famille dominicaine découlent les vraies et saines doctrines, où les peuples peuvent connaître ce qui est utile à leurs âmes.

Les feuilles et les pailles qui nagent à la surface marquent les manquements légers qui ne sont pas de nature à obscurcir tout à fait le cristal de cette mystérieuse fontaine, grâce à la vigilance des supérieurs.

Les pierres précieuses placées au fond représentent les bons et vertueux sujets qui, par humilité, se tiennent au rang le plus bas. Différentes de nuance et de grandeur, ces pierres indiquent la diversité des mérites et des dons accordés à chacun, et aussi les degrés distincts de leur amour pour Dieu et de leur gloire future.

Que ces vertus cachées les rendent odieux aux démons, et à leurs suppôts, les voluptueux, les hypocrites, les orgueilleux, il n'y a pas lieu de s'en étonner.

Mais sois sans crainte, ma fille, la foi et la lumière surnaturelle préserveront si bien cette famille dominicaine que le trouble et la confusion ne pourront s'y établir. En outre, la Vierge Marie et les Anges l'environneront toujours d'une spéciale protection. »

Fidèle à l'esprit de son Ordre, Catherine s'offrit en victime pour le salut des pécheurs, et l'on peut dire que ses vœux furent satisfaits, en partie par ses grandes et continuelles souffrances.

A dater surtout de son entrée dans le Tiers-Ordre, sa vie ne devint plus qu'un long martyre. Rien ne l'affligeait autant que l'offense de Dieu et la perte des âmes.

A la nouvelle que tel homme venait de tomber dans une grave faute, elle répandait un torrent de larmes, et souvent sa douleur la rendait malade. Alors naquit en elle le désir de porter les peines dues aux pécheurs, afin de fermer ainsi la porte de l'enfer.

Une fois, le Sauveur lui apparut armé d'une épée sanglante avec laquelle il se préparait à frapper ses ennemis. A cette vue, Catherine redoubla ses prières.

Mais Jésus lui déclara que le nombre et la gravité des crimes l'empêchaient de se laisser fléchir.

« Ômon espérance, reprit Catherine à genoux, je confesse que mes péchés me rendent indigne d'être exaucée, mais j'espère tout de votre clémence infinie. »

Se levant alors, elle va droit au Sauveur : « Il est convenable, s'écrie-t-elle, que l'épouse retire l'arme des mains de l'époux irrité. Je veux cette épée. » Et Dieu fit grâce aux coupables, à sa considération.

Au carnaval de 1519, tandis que de malheureux chrétiens se livraient à tout le débordement des passions, Catherine s'établissait en état de victime jour et nuit au profit des pécheurs

. Jésus lui fit cette réponse : « J'accepte ton offre, mais tu auras à endurer des douleurs si violentes qu'à peine échapperas-tu à la mort. »

En effet, peu de jours après, une recrudescence de maux l'obligèrent à garder le lit pendant onze semaines.

Ce n'était pas seulement pour tous les hommes en général, ou pour le salut de sa patrie, théâtre de guerres incessantes, mais encore pour ceux dont les besoins particuliers lui étaient connus, qu'elle offrait ses prières et sa personne même à Notre-Seigneur.

Ainsi ayant appris, par une lumière divine, qu'à trois jours de là on devait pendre trois malfaiteurs, l'un à Carmagnole, l'autre à Montalto, et le troisième à Albe, elle demanda leur salut éternel avec toute l'ardeur dont son âme charitable était capable.

Vers la même époque se trouvait dans la prison de la ville un jeune homme fort peu soucieux de ses intérêts éternels. Il fut condamné à mort et recommandé à Catherine. Pendant un mois, elle conjura Dieu de toucher son cœur.

Au jour fixé pour le supplice, elle entendit une voix qui lui dit :

« Je te fais don de cette âme selon ta demande. »

Elle apprit ensuite que l'infortuné s'était montré repentant. On peut dire que jamais personne ne recourut à ses suffrages, sans en recevoir quelque secours. Un noble habitant de Racconigi étant sur le point de mourir, sa mère vint le recommander aux prières de Catherine.

Sans délai, la servante de Dieu se transporte au lit du malade, puis fait le signe de la croix sur la poitrine du moribond, où était le siège du mal, et le guérit entièrement.

Une dame venue d'une ville voisine visiter Claude, seigneur de Racconigi, fut atteinte subitement d'une maladie grave et conduite aux portes du tombeau.

Le noble seigneur, fort affligé, vint supplier Catherine de demander à Dieu la guérison de cette dame. Lorsqu'il fut sorti, la Bienheureuse se tourna vers les personnes de sa maison et leur dit :

« Vous savez combien nous avons d'obligations au seigneur Claude pour ses grands bienfaits à notre égard, prions avec ferveur pour que ses désirs soient exaucés. »

Chose admirable! la malade commença incontinent à aller mieux, et en peu de jours se vit complètement rétablie.

Pic de la Mirandole raconte que dans le courant de l'année 1521, un jour que la Sainte était en oraison, deux Anges lui apparurent : ils placèrent devant elle un cercueil où se trouvait un cadavre en putréfaction.

Elle comprit aussitôt que sa patrie devait être ravagée par la peste, qui sévissait déjà à Turin et dans les contrées environnantes.

Émue de pitié, Catherine pria le Seigneur de la frapper elle-même, mais d'épargner son pays natal. Dieu écouta sa prière. Autour de Racconigi les morts se succédaient sans interruption, mais il en fut autrement pour la ville ; et bien qu'une foule de malades, atteints de la peste, vinssent se réfugier dans les murs de Racconigi, la ville n'eut pourtant à pleurer aucune victime[2].

Le pouvoir de la Bienheureuse sur la nature n'est pas moins admirable.

Un violent orage, accompagné de coups de tonnerre et de grêle, s'était déchaîné sur les campagnes.

Sitôt que le péril fut annoncé à Catherine, alors malade, elle se leva, et arrivée à la fenêtre, fit un signe de croix sur les nuages.

En un instant, d'après l'attestation d'un témoin, ils se dispersèrent ; la ville et ses environs furent épargnés.

Une autre fois que la servante de Dieu gisait sur sa couche, en proie à une fièvre violente, elle entendit que le feu avait pris à une maison voisin!

Elle se lève, comme si elle n'eût plus eu de mal, et s'acheminant vers le lieu du sinistre : « J'espère, dit-elle, que le Seigneur nous aidera. » Comme elle arrivait, les flammes gagnaient déjà les planchers; elle fit le signe de la croix et le feu s'éteignit.





V

Malgré l'estime profonde dont elle jouissait, notre Tertiaire ne manqua ni de censeurs ni d'ennemis. Le divin Maître permit ce trait de ressemblance avec lui-même.

Calomnies, persécutions, délaissements, elle connut toutes ces épreuves. Les Religieux de son Ordre, traîtreusement circonvenus, en vinrent à se tourner contre elle.

Les choses s'envenimèrent au point qu'on la chassa de la ville, sous les huées et les insultes des libertins, avec défense aux couvents de la région de s'occuper de sa direction spirituelle.

Catherine se retira à Caramagna, bourgade éloignée d'environ deux milles de Racconigi.

Son bannissement dura plus de deux ans, jusqu'à sa mort. En ces douloureuses circonstances, la charitable vierge ne cessait de prier pour ses ennemis.

Elle obtint ce qu'elle demandait : Dieu fit même un miracle de grâce pour ramener l'un deux à de meilleurs sentiments. C'était un prédicateur très en vogue, qui la poursuivait, on ne sait pourquoi, de ses attaques méchantes et passionnées.

Or, une nuit, Catherine lui apparut et lui dit d'un ton sévère :

« Vous devriez au moins respecter Dieu, qui peut faire de sa servante ce qu'il plaît à sa divine Majesté. »

Ce prêtre n'avait jamais vu la Bienheureuse ; mais, s'étant présenté chez elle le lendemain, il reconnut parfaitement celle qui s'était montrée en songe, et dès lors il devint l'un de ses meilleurs amis et de ses plus constants apologistes.

Rien ne devait être aussi fréquent dans la vie de la servante de Dieu que ce don d'apparaître auprès de ceux qu'elle pouvait instruire, reprendre ou sauver. La merveille était de notoriété publique, si bien que les habitants de la région lui avaient donné un surnom qui dans le patois du pays signifiait « Sorcière de Dieu ».

On l'invoquait de toute part ; elle répondait à l'appel, apportant toujours par sa présence visible, bénédiction et salut. Quelquefois, elle se trouvait transportée tout d'un coup à de grandes distances toujours dans un but de miséricordieuse charité. En voici des exemples.

Un certain Antonio de Montaperto, naviguant au-dessus du port de Pise, courait risque d'être submergé. Il se souvint de Catherine et la pria avec grande confiance de venir à son aide.

Il achevait à peine que Catherine lui apparut et le tira du danger. Un secours aussi prompt accrut sa confiance envers la Sainte, en sorte que depuis il l'invoquait dans tous ses périls.

L'an 1527, il se trouvait sur la flotte génoise, quand s'éleva une bourrasque furieuse, menaçant de tout engloutir.

Antonio persuade au capitaine de se recommander à Catherine de Racconigi. Au même instant, il la voit apparaître en l'air au-dessus du vaisseau ; la fureur des vents s'apaise et peu à peu le ciel redevient serein.

Deux mois après, Antonio venait remercier sa libératrice qu'il ne connaissait encore que par ses miraculeuses apparitions.

Pendant le feu des guerres dont la péninsule fut le théâtre entre les Italiens, les Français, les Espagnols et les Allemands, la servante de Dieu multipliait ses prières en faveur de la paix.

Notre-Seigneur lui apparut un jour et lui dit:

« Je suis venu du ciel en terre pour y apporter les semences de la paix ; mais les hommes les rejettent et provoquent mes châtiments par leur inconduite, leur orgueil et leur obstination.

Ô mon espérance, reprit l'humble fille, vous pourriez les convertir et les ramener à vous.

Ce que tu dis est vrai, mais ce procédé ne convient pas à ma justice, et je respecte leur libre arbitre. Résistant à toutes mes avances, ils se rendent indignes de recevoir la plénitude de ma miséricorde. Et pour que tu reconnaisses la vérité de ma parole, je veux que tu reprennes de ma part tel prince et que tu lui annonces sa mort prochaine et sa damnation, s'il n'a hâte de changer de vie. »

A l'instant même, une main invisible la souleva et lui fit franchir avec la rapidité de l'éclair un espace de cent soixante milles. Le prince se promenait seul dans une salle, quand la Sainte parut devant lui.

« Au nom du Sauveur Jésus, lui dit-elle, cessez, je vous en prie, d'entretenir le feu de la discorde et de la guerre dans la république chrétienne. »

En voyant une femme entrer tout à coup et lui parler de la sorte, le prince se troubla, et pensant qu'il avait affaire à un esprit surnaturel :

« Ne serais-tu pas le diable, venu pour me tenter ? » lui dit-il.

« Ni le diable, ni aucun esprit, reprit Catherine, mais une simple fille envoyée de Dieu pour vous avertir de votre perte éternelle, si vous ne vous arrêtez sur le chemin où vous courez. »

Là-dessus elle disparut, le laissant rempli d'épouvante. Loin de profiter de l'avertissement, le prince persévéra dans ses mauvaises dispositions et mourut impénitent.

Il fut donné à la Sainte d'être témoin des opérations de la justice divine sur ce damné. Transportée auprès de ce malheureux, elle le vit dans les tourments de l'enfer.

« Me reconnaissez-vous ? » lui dit-elle.

« Oui, tu es Catherine de Racconigi : c'est toi qui m'as annoncé ma mort prochaine et la damnation que je subis en punition de mon impénitence.

Ô infortuné, reprit-elle, si vous aviez fait ce que je vous disais au nom de Jésus-Christ, vous seriez maintenant dans le royaume des élus ! »







VI

Citons encore quelques-uns des miracles que le Ciel opéra en elle ou par son intercession. Dieu daigna accorder à Catherine le don de prédire des événements futurs et de connaître les secrets des cœurs.

Le comte Pic de la Mirandole, qui ressentait une grande joie de la conversation de la pieuse fille, avait obtenu à force d'instances qu'elle vînt passer quelques jours à son château.

Avant d'arriver, Catherine se mit à pleurer abondamment. Interrogée sur le sujet de ses larmes, elle répondit : « Je pleure la ruine qui va fondre sur ce pauvre pays. » L'événement vérifia sa prédiction.

Elle annonça au comte que lui et son fils Albert seraient tués dans l'année 1533, et les engagea à se tenir prêts pour paraître devant Dieu.

Après leur tragique fin, elle se vit accablée de souffrances extraordinaires pendant quatre mois, après quoi le comte et son fils lui apparurent, le front orné d'une couronne, et la remercièrent d'avoir abrégé leur purgatoire, en se chargeant elle-même d'une partie de leur expiation.

Parmi ceux qui venaient converser avec Catherine, il y en avait fort peu à qui elle ne dévoilât, en totalité ou en partie, la raison de leur visite, et d'autres secrets dont personne n'avait pu l'instruire.

Le Père Morelli, Dominicain, qui fut son confesseur vers la fin de sa vie, a rapporté qu'elle savait lorsqu'il devait venir la voir, et annonçait son arrivée avant qu'il entrât. Elle lui manifestait les désirs ou les peines qu'il éprouvait dans son âme, lui révélait même certaines imperfections secrètes que le vénérable Père cherchait à détruire.

Plusieurs fois il arriva à la Sainte de signaler à tels de ses visiteurs des fautes cachées qu'une fausse honte les avait empêchés d'avouer en confession.

L'an 1544 eut lieu la bataille de Cérisoles, dans laquelle restèrent sur le terrain dix mille hommes entre les deux armées. Catherine vit les morts de l'un des partis presque tous aller en enfer, et au contraire, ceux de l'autre parti presque tous sauvés.

On en devina la cause, quand on sut que les premiers étaient pour la plupart infectés de l'hérésie luthérienne, et les seconds bons catholiques, purifiés depuis peu par la confession et la communion pascales.

Non seulement elle savait les secrets des vivants, mais parfois aussi le sort des trépassés. On l'entendit nommer telles ou telles personnes jouissant de la gloire du Paradis, et d'autres retenues encore, dans les flammes expiatrices.

La Bienheureuse employait ainsi pour la gloire de Dieu et le bien des âmes les dons merveilleux qu'elle avait reçus d'en haut. Son action sur les corps, n'était pas moins puissante.

La comtesse Francesca de Cacconato fut guérie de cruelles douleurs de côté, sitôt qu'elle eut fait à Dieu cette prière : « Seigneur, si ce qu'on dit de Sœur Catherine de Racconigi est vrai, je vous supplie humblement de me rendre la santé par ses mérites. »

La même prière eut un effet semblable sur un Religieux de Saint-Augustin et le délivra d'une fièvre qui résistait à tout remède. Une autre personne, nommée Véronique, fut guérie d'hémorragies de longue date, dès que l'exprès qu'elle envoya à la Sainte, alors éloignée de vingt lieues, se fut acquitté de son message.

Depuis nombre d'années, un brave homme tombait du haut mal. En vain avait-il employé tous les remèdes connus pour se guérir : son état ne faisait qu'empirer. Il alla trouver Catherine et se recommanda à ses suffrages avec une pleine confiance. A partir de ce moment, il ne ressentit jamais plus la moindre attaque, ni aucune des crises qui se renouvelaient jusqu'alors à de fréquents intervalles.

Mentionnons encore ce trait charmant.

Le 5 du mois de juin 1519, un bon prêtre, venu de loin à Racconigi pour jouir d'un entretien avec la servante de Dieu, l'accosta en plein midi sur la grande place. Pendant qu'ils conversaient, un petit nuage fit ombre sur eux deux seulement et ne disparut qu'au moment où ils se séparèrent.

Dieu accomplissait ainsi à la lettre, en leur faveur, les promesses spirituelles qu'il a faites à ceux qui le craignent, de les mettre à couvert des brûlantes ardeurs du soleil.

Mais de toutes les merveilles dont fut remplie la vie de cette fille de saint Dominique, la plus extraordinaire peut-être, et à coup sûr l'une des plus remarquables, a été la haute estime et la profonde vénération que les grands du monde, ecclésiastiques et séculiers, professaient pour cette humble enfant du peuple, née dans l'obscurité, élevée avec le pain de l'aumône, destituée de tout ce que la nature peut offrir pour attirer les yeux et les cœurs.

Le seigneur de Racconigi, de la royale maison de Savoie, lui avait voué un sincère et respectueux attachement. Il aimait à la visiter et se donnait volontiers le plaisir de procurer le même avantage aux personnages illustres de passage à Racconigi.

C'est ainsi qu'il put faire admirer à l'évêque de Marseille, en le conduisant chez la Sainte, l'esprit de grâce qui parlait par sa bouche.

Un moine de Saint-Benoît s'imposa la fatigue d'une marche de soixante lieues, uniquement pour la voir et pour contracter avec elle une liaison de prières qui ne finit qu'à leur mort. Dieu, il est vrai, avait révélé à ce vénérable Religieux la grande conformité que cette vierge devait avoir avec Jésus-Christ, son divin Fils, et son intime participation à toutes les douleurs de la Passion.





VII

La vie de la Bienheureuse touchait à son terme, et, comme pour combler ses mérites, Dieu lui envoya des angoisses spirituelles qui, au témoignage du Père Morelli, remplissaient son âme d'une affliction sans pareille.

En même temps se déclara une grave maladie qui devait être la dernière. Un jour que le médecin lui proposait divers remèdes, elle répondit : « Tout remède est inutile, je n'ai plus que quatre mois à vivre. » On était alors aux premiers jours de mai.

Il faut renoncer à peindre la patience, la résignation, la sainte joie avec lesquelles Catherine supporta ses cruelles douleurs, ainsi que les élans de son âme vers Dieu. Elle ne paraissait plus être une créature de la terre, mais un Ange du ciel.

Son état s'aggravant, on lui administra les Sacrements de l'Église.

Elle les reçut avec de grands sentiments de dévotion. Après la communion, son cœur fut inondé d'un tel amour qu'elle fut contrainte de s'écrier : « II me semble avoir une fournaise dans la poitrine.

Ah ! pourquoi tarde tant le moment où je volerai dans les bras de mon céleste Époux ? »

Ses enfants spirituels entouraient sa couche. Après avoir doucement reposé ses yeux sur chacun d'eux, elle leur adressa quelques paroles pour les engager à fuir le monde et ses maximes, à aimer Dieu de tout leur cœur, à mettre leur unique confiance en Jésus et Marie.

Elle promit de les protéger et de veiller sur eux avec la tendresse d'une mère : puis élevant son regard vers le ciel, elle remit dans un angélique sourire son âme à son Créateur, le dimanche 4 septembre 1547.

Le corps de Catherine exhala, après sa mort, un parfum des plus suaves. Tout le peuple de Caramagna accourut pour le vénérer et l'escorter ensuite au cimetière public, où se fit l'inhumation.

Cependant la dépouille mortelle de la servante de Dieu ne devait point rester dans cette localité. Pendant l'un de ses séjours à Garessio, notre Bienheureuse avait fait son testament. Après avoir écrit en tête ces paroles qui lui étaient si familières :

« Jésus, Marie, ma ferme espérance et mon repos », elle ordonne qu'on ensevelisse son corps dans l'église de son Ordre de Garessio, et non pas dans la chapelle du Rosaire des Frères Prêcheurs de Racconigi, comme elle l'avait demandé antérieurement dans un acte testamentaire daté de 1535.

Sa volonté fut religieusement exécutée, au grand regret assurément des habitants de Caramagna.

La translation eut lieu cinq mois après sa mort. Tout le peuple, le clergé, les Dominicains, allèrent hors des murs de Garessio recevoir sous un baldaquin la précieuse relique. Le corps était parfaitement conservé et répandait une odeur céleste.

Au son joyeux des cloches, à la lueur des flambeaux et au chant des hymnes, il fut porté à l'église et déposé sous un autel. Dès lors, il devint l'objet d'une vénération qu'autorisaient les nombreux miracles obtenus par l'intercession de la Sainte.

Son culte se répandit rapidement dans les provinces de Piémont, de Naples et jusqu'en Espagne.

Les reliques de Catherine furent exposées publiquement, sa statue, ses images portaient l'auréole avec la couronne d'épines et les stigmates. Enfin, tous les ans, les fidèles célébraient sa mémoire par des fêtes solennelles.

En présence de ces faits, dûment constatés, le Rme Père Pie-Joseph Gaddi, Maître général des Frères Prêcheurs, sollicita du Saint-Siège la reconnaissance du culte public. Pie VII, faisant droit à sa requête, permit à l'Ordre entier, ainsi qu'aux différents diocèses de Turin, de Saluées et de Mondovi, de célébrer chaque année, à la date du 5 septembre, la Messe et l'Office en l'honneur de l'illustre Tertiaire dominicaine. Le décret est du 9 avril 1808[3].

Ajoutons à cette biographie un épilogue.

Quiconque me glorifiera, je le glorifierai moi aussi.

Voilà déjà bien des années que cette parole du Seigneur est vérifiée, même sur la terre, pour la Bienheureuse Catherine de Mattei. Par l’exercice des plus sublimes vertus, par ses souffrances extraordinaires et continuelles pour l'Église, pour les pécheurs, les âmes du Purgatoire, pour ses amis et ses fils spirituels, par ses salutaires conseils donnés à tous, cette humble fille a procuré une grande .gloire à Dieu : Dieu, à son tour, l'a comblée d'honneur et de gloire.

Le Sauveur, toujours généreux à l'égard de ses Saints, a voulu que cette âme d'élite jouît sur la terre d'un culte étendu et constamment vivant.

Sa ville natale fut la première à payer à la Bienheureuse le tribut de ses respectueuses vénérations.

On voit encore aujourd'hui la maison de Catherine, au centre même de la ville, et depuis longtemps une rue porte son nom. Une antique et constante tradition indique dans cette demeure privilégiée une chambre assez grande, de forme irrégulière, lambrissée en bois, respirant la pauvreté la plus absolue. C'est là que l'illustre vierge reçut le jour et vécut pendant trente-huit ans.

Cette chambre a été, de temps immémorial, convertie en oratoire. Au-dessus de l'autel est représenté le Rédempteur rendant à l'épouse bien-aimée son cœur enrichi de rayons en forme de croix, avec ces mots écrits :

Jésus, mon espérance. Sur l'autel, on voit exposé, dans un élégant reliquaire, don de l'archevêque de Turin, Mgr Fran-soni, un os de la Bienheureuse ; c'est un fémur tout entier et parfaitement conservé.

Cette relique était un présent fait, en 1751, par les Dominicains de Garessio à là cité municipale de Racconigi, et on venait visiter ces précieux restes dans l'église des Frères Prêcheurs de celte ville.

Claude de Savoie était, comme nous l'avons dit au cours du récit, un ami et un bienfaiteur de la Sainte ; il l'appelait sa chère petite fille et vivait dans un château voisin.

Souvent il aperçut au-dessus de la chambre de Catherine une grande lumière, semblable à un incendie. Ce phénomène se produisait quand le Sauveur, la Reine du Ciel, les Anges et les Saints descendaient pour visiter la Bienheureuse.

Lorsqu'une souffrance publique vient frapper la contrée, les habitants de Racconigi, même ceux de provinces éloignées, se rendent aussitôt en pèlerinage à cette sainte demeure. Là, ils entendent la Messe, accomplissent des vœux, demandent des grâces et remercient la Sainte des bienfaits obtenus par son intercession.

De nombreux ex-voto, laisses par les fidèles reconnaissants, prouvent que la servante de Dieu prête toujours une oreille attentive aux prières de ses compatriotes. Attiré par la sainteté du lieu, le Révérendissime P. Alexandre Vincent Jandel, Maître général, de 1851 à 1873, voulut donner à sa piété la consolation de visiter ce sanctuaire^ si riche pour tous en bénédictions.

Cependant Racconigi n'avait pas encore d'église en l'honneur de son illustre enfant. Depuis longtemps, il est vrai, on parlait d'ériger un temple sous le vocable de la Bienheureuse, mais la Providence réservait cette œuvre à notre époque.


En 1835, le choléra vint s'abattre dans les murs de la cité. Pleins d'effroi, les habitants recourent à Catherine avec confiance; ils portent processionnellement son image, promettent de jeûner, la veille de sa fête, pendant vingt ans, et de lui donner un riche calice : bientôt le mal cessa de faire des victimes.

En reconnaissance d'un si grand bienfait, on résolut d'ériger près de la demeure de la Bienheureuse le temple anciennement projeté. La pieuse reine Marie-Thérèse obtint de son auguste époux, le roi Charles-Albert, la cession gratuite d'une maison voisine pour faire place à une église. L'année suivante, on en jeta les fondements, et l'on mit une inscription latine dont voici la traduction :

« A la Bienheureuse Catherine de Mattei, en reconnaissance de leur délivrance du fléau asiatique, avec l'aide du roi Charles-Albert et de Marie-Thérèse Aura, avec l'assistance du Prieur D. Piasco et du prévôt Sacco, en présence du clergé, tant séculier que régulier, du municipe et du peuple, ses concitoyens, pour accomplir le vœu fait par la ville, ont posé la première pierre de ce temple, la veille des Nones de septembre 1836. »

L'édifice s'éleva aux frais des fidèles, et fut construit de manière à ce que de l'intérieur on pût apercevoir la chambre de la Sainte et y monter par un petit escalier.

L'église paroissiale de Saint-Jean-Baptiste, rebâtie, il y a deux siècles, à la place même de l'ancienne église où Catherine fut baptisée, renferme une chapelle qui lui est consacrée. Chaque année, le premier dimanche de septembre, diverses confréries s'y rassemblent pour célébrer solennellement la fête de la Bienheureuse.

A Caramagna, la maison de Catherine existe encore, et porte ces mots au-dessus de l'entrée :

« Maison où a vécu et est morte saintement la Bienheureuse Catherine de Racconigi. »

Sa petite chambre est devenue une chapelle, visitée par grand nombre de prélats, de prêtres, de hauts personnages et de fidèles de toute condition.

Le Père François Josa, des Frères Prêcheurs, ancien professeur de théologie à l'Université de Turin, et plus tard recteur du séminaire pontifical à Rome, composa jadis, pour être placée dans la chapelle, l'inscription suivante qui en rappelle l'histoire :

« La Bienheureuse Catherine de Mattei de Racconigi, tertiaire de Saint-Dominique, a, dans cette maison, mené pendant de longues années une sainte et merveilleuse vie ; et de cette petite cellule, changée plus tard en oratoire, la Sainte est partie pour le ciel, le 4 septembre 1547.

Cette demeure, après plusieurs siècles, fut achetée par le théologien Jacques Gallo de Caramagna, chanoine archidiacre de la cathédrale d'Ivrea. Il en fit son presbytère, et y ajouta la chapelle actuelle et l'enrichit d'or, de marbre et de peintures. Cela était bien juste; car dans un lieu témoin des mystères d'une si haute sainteté, la cité de Caramagna ne pouvait offrir ni moins de reconnaissance, ni moins de piété, à la mémoire de l'épouse de Jésus-Christ. »

Le peuple de Caramagna est plein de dévotion pour sa céleste patronne et célèbre annuellement sa fête avec une solennité touchante ; il lui donnait naguère un nouveau témoignage d'amour en chargeant des Tertiaires dominicaines de la Congrégation de Mondovi de diriger un Asile établi pour les enfants pauvres.

Garessio, nous le savons, devait posséder la tombe de Catherine.

Lors de la suppression des Réguliers en Piémont, au commencement du XIXe siècle, notre couvent et son église furent vendus, et détruits en partie. On transporta les restes de la Bienheureuse dans l'église paroissiale du faubourg supérieur ; on les revêtit d'un corps en cire, suivant l'usage italien, et des vêtements du Tiers-Ordre. C'est là qu'ils demeurent exposés à la vénération publique, dans une chapelle dédiée à la Sainte.

Mentionnons encore les honneurs rendus dans la capitale du Piémont à notre illustre Sœur.

Un saint Religieux, le Père Bernard Sapelli, mort en 1823, gouvernait le couvent et l'église de Saint-Dominique de Turin, au commencement de ce siècle. A la publication du décret apostolique approuvant le culte de la Bienheureuse, il fit célébrer un triduum solennel, et érigea, dans son église, une chapelle à Catherine de Racconigi. L'empereur Napoléon donna l'autel, qui fut consacré par l'archevêque, Mgr Costa de la Tour, sénateur de l'empire.

Catherine est encore vénérée dans d'autres églises de Turin.

Les fabricants et les ouvriers en rubans l'ont choisie pour patronne ; car, d'après l'usage des jeunes filles de Racconigi, la Bienheureuse, durant sa vie, exerçait leur métier.

A Chieri, son culte est très florissant. Notre Ordre possédait autrefois deux couvents dans cette ville. On y remarquait surtout celui de Sainte-Marguerite, dont il ne reste plus que l'église.

Les Dominicaines qui l'habitaient professaient pour Catherine de Racconigi une extraordinaire dévotion. Son image, mise en une place d'honneur, la représentait entourée de l'auréole, couronnée d'épines, portant une grande croix sur l'épaule, une petite sur le cœur, les stigmates et un lis dans les mains. Au-dessus de sa tête planait le Saint-Esprit en forme de colombe.

L'autre couvent est actuellement encore celui de nos Pères. L'une des plus belles chapelles de leur vaste église est dédiée à la Bienheureuse, devenue l'aimable Patronne des Tertiaires de la localité.

Plus loin, vers l'orient, à cinq lieues de Racconigi, on rencontre la petite ville de Poirino, habitée par une population très sympathique à notre Ordre. Nos Pères y desservent une paroisse.

Là encore, la fidèle amante de Jésus reçoit des honneurs et une vénération que rien ne peut interrompre. La chapelle, où se réunissent les confrères du Saint-Nom de Jésus, est décorée d'une riche peinture représentant le Seigneur Jésus et deux enfants de saint Dominique agenouillés devant lui. L'un est Henri Suso, qui se découvre un peu la poitrine et montre au Sauveur son Nom adorable qu'il y a gravé avec un stylet ; l'autre est Catherine de Racconigi, tournée avec amour vers Notre-Seigneur et lui présentant son cœur, sur lequel on lit ces mots : Jesus spes mea.

L'une des dernières œuvres de Dom Bosco, celle qui couronna sa sainte vie et qu'il eut le rare bonheur de conduire à terme, fut l'érection sur le Mont Esquilin, à Rome, d'une magnifique basilique dédiée au Cœur de Jésus.

La coupole, d'une hardiesse pleine de grâce et de majesté, retrace un sujet merveilleusement traité par le peintre Monti : la glorification du Sacré-Cœur. Dans cette peinture, le Sauveur montre son Cœur à Marguerite Alacoque et à Catherine de Racconigi : les deux Bienheureuses, le visage resplendissant, le contemplent en extase[4].


NOTES

[1] L'ouvrage a pour titre : Compendium des choses admirables faites par la Bienheureuse Catherine de Racconigi, vierge très pure de l'Ordre de la Pénitence de Saint-Dominique, divisé en dix livres, et composé par Jean-François Pic, prince de la Mirandole et comte de la Concorde, et terminé par le Père Pierre-Martyr Morelli de Garessio, de l'Ordre des Frères Prêcheurs, avec notes. — Chieri et Turin, 1858. — Une tertiaire de Turin a généreusement fait les frais de l'édition de cette précieuse en outre les deux testaments delà Bienheureuse Catherine, et Massoli, Maître en sacrée théologie.


[2] La commune, sans doute, pour accomplir un vœu et perpétuer le souvenir de cette grâce, avait construit une chapelle dans l'église des Frères Prêcheurs. Mais en 1600, l'on éleva un autre temple plus grand et plus cher à la place même du premier et la peste menaçant de nouveau Racconigi, le Conseil y établit une autre chapelle avec cette inscription :

D.  O.  M,
Epidemicae lue
Toto Pedemonte invalescente
Racconisii populus
Incolumitati suae consulens
Antiqui voli non immemor
Catharinae de Matteis
Sacellum extruxit et dicat
Anno Domini
MDCXXX

« Menacé par l'épidémie qui ravageait le Piémont, le peuple de Racconigi, pour détourner ce danger, et instruit par le vœu qu'il avait fait autrefois, a élevé ce sanctuaire à Catherine de Mattei, en l'an du Seigneur 1630. »

La chapelle est élégante, enrichie de dorures, de statues et de fresques. Le tableau placé au-dessus de l'autel représente la Sainte Vierge, la Bse Catherine et quelques-uns des Saints qui lui apparaissaient pendant sa vie. Sur le côté, on voit un cœur entouré de rayons et environné d'Anges. Le conseil municipal se rend à cet autel le 29 août, y fait une offrande et entend la Messe.


[3] Le Père Pie Antoine Molinieri, de Chieri, fut l'un des plus ardents promoteurs de la cause de Catherine. Avant lui, certainement, d'autres avaient travaillé efficacement à sa gloire.

Catherine d'Autriche, duchesse de Savoie, les princes, ses enfants, le vénérable Jean d'Ancina, évêque de Saluces, demandaient depuis longtemps que notre Sœur fût déclarée Bienheureuse.

La mort de tous ces personnages, les guerres qui eurent lieu de leur temps, les empêchèrent de conduire à terme cette sainte entreprise. Le Père Molinieri fut plus heureux. Il porta la cause devant le Siège apostolique et obtint une glorieuse victoire.

La nouvelle lui en avait été donnée ; il apprenait que de grandes solennités se célébraient en l'honneur de la Bienheureuse; lui-même avait composé les belles leçons et les oraisons de l'Office et de la Messe; mais alors il passa au repos éternel, la veille de la fête de la Bienheureuse, l'an 1811, au milieu des regrets de son Père et ami, le Rme Père Gaddi, Maître général de l'Ordre.


[4] Les détails qu'on vient de lire sur la gloire posthume de la servante de Dieu furent communiqués jadis par le Père Jean-Dominici Vaccarino, du couvent de Racconigi, à L’Année Dominicaine de Paris, qui les a publiés en 1861.





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Re: Saints et Bienheureux!! (Ordre Alphabétique)

Message par Marie du 65 le Mar 24 Oct 2017 - 10:39

BIENHEUREUSE
CATHERINE DE RICCI
Religieuse dominicaine du Couvent de Prato,
près Florence  (1522-1589)








I

La B. Catherine vit le jour à Florence, le 23 du mois d'avril 1522.

Elle appartenait à l'illustre famille patricienne des Ricci, qui n'a cessé, jusqu'à nos jours, de produire des personnages recommandables par la sainteté, par  les hautes dignités exercées dans l'Église, et par les charges publiques, ou la célébrité dans les lettres.

Le père de Catherine, Pierre-François de Ricci, était un homme fort distingué, remplissant les plus hauts emplois de son pays, la noble cité de Florence ; sa mère se nommait Catherine et sortait de la famille célèbre de Panzano, branche de la maison Ricasoli.

Au baptême, on donna à l'enfant prédestinée le nom d'Alexandrine Lucrèce Romola ; et comme Notre-Seigneur voulait déjà l'admettre au nombre de ses épouses, il commença de bonne heure à l'enrichir de ses grâces ; c'est pourquoi, dès ses plus tendres années, elle eut des ravissements, des visions, et put jouir d'entretiens familiers avec son Ange gardien.

Cet esprit céleste fut son maître dans la connaissance des choses divines, et, en particulier, pour la manière de faire oraison, de réciter le saint Rosaire ; de telle sorte que, toute petite enfant, Alexandrine ayant perdu sa mère selon la nature, mérita l'affection et la protection spéciale de la Mère de Celui dont elle devait être un jour l'Épouse.

Ce fut aussi dès son plus jeune âge qu'elle conçut une dévotion si grande, une tendresse si vive à l'égard de la Passion du divin Sauveur.

Ayant été placée pour son éducation dans le monastère de Saint-Pierre de Monticelli, hors la porte de Florence, où une de ses tantes était abbesse, on la voyait sans cesse en méditation devant une touchante image de Jésus en croix.

Quand les autres pensionnaires allaient en récréation, tout le délassement de leur jeune compagne était de rester à genoux devant le Crucifix et d'y exhaler de nombreux soupirs.

La pieuse enfant récitait chaque jour devant cette image trente-cinq Pater, en mémoire des principaux mystères de la Passion de Notre-Seigneur: l'Oraison du Jardin des Oliviers, l'Arrestation, la Flagellation, le Couronnement d'épines, le Portement de Croix, le Crucifiement et la Sépulture.

A chaque mystère, elle cherchait à représenter en sa personne l'attitude du Sauveur souffrant ; c'est pourquoi elle récitait les mains ferles au ciel cinq Pater en l'honneur de l'Oraison du Jardin des Oliviers ; elle récitait cinq autres Pater en l'honneur de l'Arrestation de Jésus, se tenant alors les mains comme liées sur la poitrine ; pour rappeler la flagellation elle prenait la position et les traits du divin Supplicié, attaché à la colonne.

Le spectacle de cette petite fille s'efforçant de reproduire à sa manière tous les états de victime par où l'Homme-Dieu avait passé, faisait fondre en larmes ceux qui en étaient les témoins ; et l'on rapporte que l'image du Christ s'anima plus d'une fois pour s'entretenir avec l'enfant.

Le bruit du prodige se répandit bientôt dans le monastère et perça au dehors.

A partir de ce moment, l'image ne fut plus connue que sous le nom de Crucifix d'Alexandrine ; pour satisfaire la piété des fidèles les Sœurs durent la transférer dans un endroit plus en évidence : à la mort de la Sainte, on la plaça dans la chapelle de saint Antonin, où on la vénère encore aujourd'hui.

II








Ainsi favorisée, la jeune enfant aurait pu paraître au comble de ses vœux ; il n'en était rien pourtant. Dieu qui lui mettait au cœur la ferme volonté de ne se consacrer à lui que dans une maison d'exacte observance, lui inspira de quitter le monastère de Monticelli où l'on menait une vie un peu relâchée.

La pieuse enfant s'éloigna donc de ces pauvres religieuses qui auraient voulu la garder au milieu d'elles, et porta ses vues ailleurs.

Ayant fait providentiellement connaissance des Sœurs de Saint-Vincent de Prato, du Tiers-Ordre de saint Dominique, qui formaient pour lors une réunion de vierges très pieuses, elle demanda à son père la permission d'aller s'enfermer avec ces chastes épouses de Jésus crucifié.

Son père répondit d'abord par un refus inexorable ; il fut néanmoins vaincu par la fervente prière de sa chère Alexandrine, et consentit à son entrée au monastère, mais pour dix jours seulement.

Ces dix jours suffirent pour inspirer à l'enfant un si vif attachement à cette sainte retraité, que son père étant venu pour l'emmener après le délai convenu, elle ne voulut jamais consentira le suivre, nonobstant prières et menaces ; elle ne céda à la fin, qu'après avoir obtenu l'assurance, donnée avec serment, qu'on l'y ramènerait bientôt.

Elle fit paraître à cette occasion une portée d'esprit et une force d'âme supérieures à son âge, et on pouvait déjà admirer la puissance souveraine de la grâce qui possédait son cœur.

Après être sortie du couvent, la douleur d'en être éloignée causa à Alexandrine une grave maladie.

Comme elle craignait que par là sa rentrée ne fût trop retardée, elle s'en affligeait grandement et portait sa plainte jusqu'aux pieds de Jésus.

Pour la consoler, le Sauveur lui apparut une nuit, accompagné de sa très sainte Mère, de sainte Cécile et de sainte Thècle.

Il portait à la main un précieux et resplendissant anneau, et lui faisant un signe de croix sur le front, il la guérit et lui donna l'assurance que, dans peu de temps, elle serait ramenée au monastère.

Il ajouta qu'elle devait se préparer à souffrir un grand nombre d'infirmités et d'angoisses ; mais, lui montrant l'anneau qu'il avait à la main, il lui promit de la rendre un jour une de ses épouses chéries ; cette assurance lui fut confirmée par la Bienheureuse Vierge.

Quand elle eut relevé de maladie, son père, fidèle à sa promesse et surmontant sa douleur, la reconduisit dans le monastère, où commençaient à affluer de nombreux sujets, attirés par la sainteté des religieuses.

La nouvelle venue se prépara à la réception du saint habit par des oraisons assidues et de grandes mortifications.

La cérémonie de vêture eut lieu le 18 mai 1535.

Elle fut faite par le R. P. Timothée de Ricci, son oncle, religieux d'une vie exemplaire et confesseur du couvent.

Son nom d'Alexandrine fut remplacé par celui de Sœur Catherine : elle avait atteint depuis peu la treizième année de son âge.

La nouvelle fiancée de Jésus-Christ, pendant qu'on donnait l'habit à une autre postulante, demeura à genoux, abîmée en Dieu ; ravie hors d'elle-même, elle fut conduite dans un jardin délicieux où elle trouva le Seigneur Jésus et sa sainte Mère qui lui firent mille caresses.

Pendant l'année de son noviciat elle eut beaucoup d'extases de ce genre. Les Sœurs qui ne connaissaient de la jeune novice que ce qui paraissait au dehors, et qui ignoraient les grâces exceptionnelles et les visions dont le Seigneur la favorisait depuis son premier âge, crurent d'abord à des évanouissements produits par certaines indispositions.

Mais bientôt les avis furent partagés ; sa conduite parut si extraordinaire qu'on ne semblait voir en elle qu'infidélités et désobéissances.

Si la règle l'appelait à un exercice, elle n'en avait pas conscience, perdue qu'elle était dans ses visions célestes.

Avait-elle à répondre à ses Supérieures, elle ressemblait à une personne qui parle à moitié endormie, car à force de converser intérieurement avec Jésus-Christ, son âme s'était tellement concentrée au dedans d'elle-même qu'elle semblait tout à fait étrangère aux choses extérieures.

Son goût pour la prière semblait aux yeux de ses Maîtresses entaché d'esprit personnel, de volonté propre.

Toutes ces choses avaient fini par lui ôter toute considération dans le monastère ; on la regarda bientôt comme un sujet moins que médiocre qui allait être un embarras.

La pauvre novice ainsi méprisée se vit menacée d'être renvoyée définitivement.

Ce fut l'épreuve la plus pénible de sa vie : alors on la vit se jeter aux genoux des religieuses, se prosterner à leurs pieds.

Ses larmes et ses sanglots provoquèrent leur compassion ; et en dépit de tout signe d'incapacité, elle fut reçue à la profession.

Quand elle eut accompli ce grand acte, Sœur Catherine eut des extases encore plus fréquentes ; elle s'efforçait de tenir ces faveurs cachées, afin que les religieuses ne fissent aucune attention à elle.

Toutefois, malgré ses précautions, on soupçonna la vérité, et elle reçut ordre du confesseur, Frère Timothée de Ricci, son oncle, de lui faire connaître ainsi qu'à la Mère Marie Madeleine Strozzi tout ce qui lui arriverait d'extraordinaire. Sœur Catherine obéit simplement.

C'est à cette époque de sa vie qu'on doit placer une des plus grandes et plus rudes épreuves que le Seigneur lui envoya ; ce fut un martyr secret qui dura deux années entières.

On dit que pour soutenir la douce victime, la Sainte Vierge lui révéla le cantique de la Passion, formé exclusivement des paroles de la Sainte Ecriture, cantique qui est entré depuis dans les pratiques de dévotion particulières à l'Ordre de Saint Dominique.

Sœur Catherine fut donc accablée par une maladie des plus graves, que les médecins déclarèrent incurable.

Et, chose admirable, au milieu des plus vives souffrances, notre Sœur était si douce, si patiente, que le moindre murmure ne venait trahir son courage.

Les religieuses voyant l'impuissance des secours humains, songèrent aux moyens surnaturels.

Une date célèbre dans leur monastère leur donna la pensée de faire un vœu à certains Bienheureux de l'Ordre : c'était l'anniversaire delà mort de Jérôme Savonarole et de ses compagnons.

Ce grand homme, vénéré par un bon nombre comme un saint pendant sa vie, l'était davantage depuis sa mort tragique.

Sa mémoire était toujours l'objet d'un culte pieux et enthousiaste, mais nulle part elle ne l'était davantage que parmi les Sœurs de Saint-Vincent.

Savonarole était pour elles un ancêtre, ayant prophétisé l'érection de leur monastère, et indiqué de la main le lieu prédestiné.

Sa parole apostolique avait semé les germes de vocation dans l'âme de ses fondatrices.

Avec sa mémoire, celles-ci gardaient avec le plus grand soin des objets qui lui avaient appartenu.

Catherine fit, de concert avec ses Sœurs, un vœu au Frère Jérôme et à ses compagnons pour obtenir sa guérison avant sa fête, qui arrivait dans trois jours.

Or, le 23 mai, veille du dernier jour, elle avait demandé à rester seule dans sa cellule pour prier avec plus de ferveur ceux dont elle avait sur l'autel les reliques.

Vers quatre heures du matin, appuyée sur le petit autel elle s'endormit ; alors trois Frères revêtus de l'habit de saint Dominique lui apparurent, environnés d'une grande splendeur ; celui du milieu était porté sur un nuage éclatant.

«  Qui êtes-vous ? s'écria Catherine

Quoi, répondit le Frère, tu ne me connais pas ?

Non, Père, dit-elle

A qui demandes-tu ta guérison ?

Au Frère Jérôme, répartit la Bienheureuse.

C'est moi qui suis Frère Jérôme, et je viens te guérir. »

Il lui recommande l'obéissance, fait sur elle un grand signe de croix, et Catherine se trouve instantanément guérie.

Six mois après cette guérison, vers la fin d'octobre 1540, elle fût atteinte de la petite vérole, qui la conduisit encore aux portes du tombeau.

Elle était dans les angoisses de l'agonie, lorsque le premier jour de novembre, vers deux heures du matin, elle sentit une main la secouer et entendit une voix qui l'appelait.

Elle vit devant elle les trois mêmes Saints qui l'avaient guérie une première fois.

Elle veut appeler la Sœur qui reposait près d'elle, mais Frère Jérôme lui fait signe de la main de se tenir en repos, et lui demande ce qu'elle désire :

« Père, la santé, si c'est le bon plaisir de Dieu !

La santé te sera rendue, » dit le Saint. Et faisant alors sur elle plusieurs fois le signe de la croix, ses douleurs disparurent entièrement.

Le Bienheureux Jérôme lui ordonna pour pratique d'obéissance de ne pas sortir sans la permission de la Sœur infirmière.

Ce nouveau miracle excita une plus grande admiration et la Sainte, pour traduire sa reconnaissance, composa un Lauda ou chant d'action de grâces aux martyrs, les BB. Jérôme, Dominique et Sylvestre.

Il se trouve dans ses écrits.

En éprouvant sa fidèle servante par la maladie et la douleur, Dieu d'un autre côté ne cessait de la récréer par des visions plus fréquentes que jamais.

Après les deux guérisons que nous venons de mentionner, la pieuse novice eut la consolation de voir se multiplier en sa faveur, pendant près d'une année entière, d'autres apparitions du même B. Père Jérôme, de la Très Sainte Vierge et du saint Enfant Jésus.

Par moment, Dieu usait à son égard de prévenances vraiment singulières.

Un jour que la Sœur désirait se confesser et se tenait à l'église, elle aperçut le P. Timothée Ricci au confessionnal ; elle lui fit sa confession ordinaire et vint ensuite avertir une autre religieuse désireuse, elle aussi, de s'approcher du saint tribunal.

A sa grande surprise, elle apprit que le Père confesseur était parti le matin même pour Florence et Dieu lui révéla aussitôt qu'il lui avait envoyé le V. Père Jérôme pour satisfaire son désir.

D'autres fois, c'était pour lui donner certains avertissements que ces apparitions avaient lieu.

Le bon Maître semblait prendre plaisir à lui prouver qu'il se plaisait à faire la volonté de ceux qui le craignent.

Mais au milieu de ces visions merveilleuses, Sœur Catherine avait à essuyer les plus grandes douleurs.

Ce fut durant trois années une alternative continue de souffrances sans nom et de consolations célestes.

Il eut pourtant manqué quelque chose à ces épreuves, si les persécutions du démon n'y eussent apporté leurs angoisses.

L'obéissance l'avait toujours rassurée dans ces apparitions extraordinaires qui la laissaient toujours en pleine santé, sans la moindre trace des horribles douleurs qu'elle avait endurées; mais l'ennemi de tout bien ne pouvait voir sans dépit celle qui devait servir si puissamment à détruire son empire.

Alors commença une lutte à outrance.

Sœur Catherine cherchait-elle un lieu propice pour y faire oraison, le démon lui fermait le passage par mille obstacles qui l'empêchaient d'y entrer ; ces obstacles vaincus, il lui en suscitait de nouveaux pour l'empêcher de se mettre à genoux, et si elle y parvenait, il la jetait à terre, la poussait de côté et d'autre, la tirait par son voile, ou bien encore il lui apparaissait sous les formes les plus menaçantes, poussait des cris horribles; puis changeant de tactique, il se transformait en ange de lumière pour lui faire perdre sa paix et son recueillement.

Catherine, simple et douce, supporta tous ces assauts avec une force héroïque, et le Seigneur, touché de ses prières, l'assura pour la réconforter que jamais elle ne serait la victime des illusions de Satan.

III





Aimable envers tout le monde, de la plus grande douceur et affabilité, c'était surtout à l'égard des malades que sainte Catherine montrait une charité attentive.

Elle demeurait toujours à leurs côtés pour les consoler, leur venir en aide, se mettre à leur disposition pour les services les plus abjects et les plus rebutants. Si le mal allait s'aggravant et, qu'on dût garder la malade jour et nuit, elle se levait deux ou trois heures avant Matines, allait à l'infirmerie pour envoyer se reposer les Sœurs qui avaient veillé jusqu'à ce moment.

Dès que le mal présentait un caractère désespérant, elle multipliait encore ses visites, et, avec une grande sollicitude, elle allait et venait si souvent, que les religieuses, voyant son assiduité, en concluaient que la mort de là malade était proche.

Le moment de l'agonie venu, elle ne se retirait plus, et bientôt ravie en extase, elle ne revenait à elle qu'après que la moribonde avait expiré, l'accompagnant, disait-on, dans le lieu du repos éternel. Son réveil après l'extase était la preuve manifeste que la malade avait rendu le dernier soupir.

Durant les nombreuses et très cruelles infirmités dont elle fut atteinte elle-même, elle montra une force si héroïque, une patience telle, qu'elle remplissait de stupeur les médecins.

Elle ne prononçait aucun mot, ne donnait aucun signe, ne faisait le moindre mouvement qui pût dénoter la moindre impatience.

C'était une conviction bien arrêtée dans l'esprit des religieuses, qu'elle demandait au Seigneur de souffrir toutes ces peines, à l'effet d'obtenir la conversion de certains pécheurs qu'elle connaissait, ou bien celle d'autres âmes qu'on avait recommandées à ses prières.

Elle supporta avec une égale résignation les reproches, que lui adressèrent pendant longtemps plusieurs personnes qui l'accusaient d'être une sorcière, une hypocrite.

La Bienheureuse ne se plaignait alors de rien et n'éprouvait qu'une peine, celle devoir à son occasion quelque trouble dans le monastère.

Très fidèle elle-même à l'observance de la Règle, sans cesse elle y exhortait ses Sœurs ; quand elle s'apercevait que quelqu'une venait à y manquer elle en éprouvait une vive douleur et avertissait la délinquante avec la plus grande charité.

Cette Bienheureuse pénitente avait un grand nombre d'industries pour châtier son corps.

Chaque nuit, elle prenait très peu de sommeil, employant de longues heures à la prière ; elle portait un rude cilice et une chaîne qui la meurtrissait cruellement, se flagellait très souvent avec une discipline de fer, jeûnait bien des fois au pain et à l'eau, gardait l'abstinence de viande et d'œufs, abstinence qu'elle observa l'espace de quarante huit ans, c'est-à-dire de 1542 où elle reçut cet ordre du Sauveur Jésus, jusqu'à sa mort.

Elle se nourrissait seulement d'herbes, de légumes, et acceptait quelquefois un peu de laitage ; elle suivait ce régime même en temps de maladie, et si alors on lui donnait à manger delà viande ou des œufs, ou même si on lui faisait prendre du bouillon gras, elle ressentait aussitôt de cruelles douleurs d'estomac.

Notre Sainte montrait une obéissance très exacte et très prompte, et quoique l'ordre donné fût parfois de nature à découvrir ses extases, ses visions où autres grades extraordinaires qu'elle recevait de la bonté de Dieu, elle obéissait toujours fidèlement, malgré là répugnance qu'elle ressentait à cause de sa grande humilité.

Durant le temps qu'elle s'abstenait de viande, quoique malade, ayant reçu ordre de prendre un bouillon gras, elle fit sur-le-champ, bien qu'il dût en résulter pour elle de vives souffrances.

Quand elle était élue Prieure ou Sous-Prieure de son couvent, ce n'était que par obéissance qu'elle consentait à accepter cette charge.

Elle excellait dans la pratique de cette vertu, et Dieu se plut à l'en récompenser par le don du -miracle.

Un jour on s'aperçut de la fermentation de toute la provision de blé de la communauté

. La supérieure commanda, à Catherine de marcher pieds nus sur le grain ; l'humble Sœur obéit sans hésiter, et le blé reprit sa qualité première sous les pas de cette vierge obéissante.

On peut déjà conclure de tout ce qui a été dit, et de ce que nous dirons dans la suite, combien fut grande l'humilité de notre Sainte.

Or, qui ne sait que cette vertu est la pierre de touche de toutes les autres et la conservatrice des faveurs célestes.

Sa compagne, Sœur Marie-Magdeleine Strozzi, qui resta toujours près d'elle, attestait qu'au milieu des dons extraordinaires dont le Ciel la favorisait, elle n'avait jamais pu découvrir dans sa personne la plus petite marque, l'ombre même de l'orgueil.

Sœur Catherine redoutait à un si haut point d'être estimée et d'être considérée comme une sainte, qu'un jour ayant eu l'occasion de dire quelques mots qui pouvaient tourner à sa louange ou à celle de sa conduite, elle en conçut un si grand chagrin, qu'elle fuyait les regards et se cachait quand des personnes venaient au couvent lui rendre visite.

Elle se regardait, suivant une expression qu'elle employa souvent, comme la plus grande pécheresse du monde, le scandale et le désordre du monastère.

Aussi, comme à diverses époques, des religieuses de ce couvent, sur l'ordre des supérieures, avaient écrit une foule de relations qui renfermaient le détail de sa vie, ses extases, les miracles qu'elle avait opérés, elle eut soin pendant son Priorat de faire recueillir ces écrits épars pour les brûler, rie voulant pas qu'on pût conserver d'elle aucun souvenir.

Une Sœur nommée Timothée Bonciani, en ayant retrouvé quelques fragments, les tenait soigneusement cachés.

La Bienheureuse Catherine se rendit une nuit dans sa cellule, et bien que ces papiers fussent très habilement enfouis, elle les découvrit et s'en empara, disant à Sœur Timothée qu'en échange elle lui donnerait quelque chose de mieux: elle lui offrit un Traité spirituel de saint Bernard.

Enfin, la pureté virginale de notre Sainte fut tellement extraordinaire et merveilleuse, que celui qui la dirigeait a affirmé qu'elle n'avait jamais eu, d'aucune façon, la moindre tentation contre la sainte vertu.

Comment s'étonner, après cela, des faveurs singulières du Sauveur Jésus qui se plaît parmi les lis ?

Aussi avait-elle souvent à la bouche ces paroles de l'Epouse des cantiques :

Dilectus meus mihi et ego illi qui pascitur inter lilia.

« Mon Bien-Aimé est à moi, et moi je suis à Lui, à Lui qui se plaît parmi les lis. »

IV






Pendant que la Bienheureuse Catherine faisait de jour en jour de plus grands progrès dans la pratique des vertus, ayant atteint sa dix-neuvième année, elle commença à recevoir de Dieu des grâces spéciales et beaucoup plus extraordinaires.

S'adressant à la Très Sainte Vierge, elle la suppliait instamment de lui obtenir de son Fils Jésus un cœur nouveau, tout divin et tout céleste; cette faveur devait lui être accordée le jour de la fête du Saint Sacrement.

Le matin de ce jour, après avoir communié, elle fut ravie en esprit dans le Ciel, et il lui semblait que la glorieuse Reine des Anges priait Notre-Seigneur en la lui présentant, de lui accorder la grâce de changer son cœur.

Le Fils de Dieu s'empressa d'exaucer la prière de son auguste Mère. Catherine sentit alors Quelque chose de mystérieux s'accomplir en elle ; le divin Rédempteur venait de lui ôter son cœur et de lui en donner un nouveau, formé sur le modèle de celui de sa très sainte Mère.

Cette faveur si extraordinaire était une préparation à une autre grâce plus étonnante encore.

Au mois de février de l'année 1542, huit mois après la transformation de son cœur, Catherine eut pour la première fois cette mémorable extase qui devait se renouveler toutes les semaines jusqu'en l'année 1554.

Commencée le jeudi, à midi; elle se prolongeait jusqu'au vendredi à quatre heures du soir, et durait ainsi vingt-huit heures.

Dans ce ravissement, elle contemplait les mystères de la Passion, et elle expérimentait dans sa propre personne les mêmes douleurs qui faisaient l'objet de ses méditations.

Mais tandis que, dans les extases ordinaires, elle demeurait privée de l'usage de ses sens, le corps immobile, les yeux fixes, ne trahissant ses émotions que par la couleur de son visage; dans l'extase de la Passion, au contraire, son corps sortait de son immobilité pour se conformer aux gestes, aux attitudes, aux mouvements divers du corps de Jésus-Christ, dans le cours de ses douleurs.

Elle présentait ses mains comme lui quand on le chargeait de liens, se tenait majestueusement debout comme lui quand on l'attachait à la colonne. Pendant le couronnement d'épines, elle portait doucement sa tête, tantôt sur une épaule et tantôt sur l'autre, selon que les exécuteurs poussaient celle de Jésus ; à la scène dit crucifiement, elle présentait ses mains et ses pieds comme le Sauveur au moment où on le clouait à la croix.

Quand l'extase était terminée, elle en sortait le corps couvert des blessures qu'elle avait reçues dans ce combat tout d'amour et de souffrance; chacun pouvait contempler en sa personne les traits sanglants de sa ressemblance avec le divin Crucifié, les marques sensibles de sa flagellation, de son crucifiement, et jusqu'à celles qu'avaient imprimées sur son corps les cordes avec lesquelles on l'avait descendu de la Croix.

Pendant ce même ravissement de la Passion, on entendait la Sainte s'entretenir de temps en temps avec le Sauveur Jésus, et tenir aux religieuses des discours vraiment célestes, dans lesquels elle les exhortait à la pratique des vertus et à l'obéissance aux saintes Règles.

Durant cet espace de vingt-huit heures que se prolongeait d’ordinaire son extase, elle ne se réveillait jamais que dans le cas où le Seigneur lui accordait la grâce de pouvoir faire là sainte communion.

Elle continua de jouir de cette faveur chaque semaine, aux jours indiqués, pendant douze années consécutives, et elle n!en fut privée qu'après l'avoir demandé avec instance au Seigneur Jésus.

Elle avait fait prier à la même intention les religieuses de son couvent, où elle croyait porter le désordre, à cause des foules, qui accouraient de tout pays pour être témoins de ce prodige.

Pour les autres extases, qu'elle éprouvait aussi fort souvent, elle priait Dieu d'en faire disparaître toute apparence extérieure, afin qu'elle pût cacher, ensevelir au dedans d'elle-même tant de grâces si exceptionnelles.


A suivre...
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Re: Saints et Bienheureux!! (Ordre Alphabétique)

Message par Marie du 65 le Mer 25 Oct 2017 - 9:56


V

Ce ravissement, que la Bienheureuse Catherine commença d'éprouver au mois de février 1541 ou 1542, et dans lequel elle voyait et souffrait les douleurs de la Passion de Notre-Seigneur, fut le prélude d'une autre faveur que Jésus lui accorda, le 9 du mois d'avril de cette même année, au matin du jour de Pâques.

Il lui apparut tout glorieux, accompagné de la Sainte Vierge et de saint Thomas, et lui mit à l'index de la main gauche que tenait la Bienheureuse Vierge, un anneau très précieux, lui déclarant qu'il relevait ainsi à la dignité d'épouse; Sœur Catherine achevait alors la dix-neuvième année de son âge.

Cet anneau était de l'or le plus pur, émaillé de rouge, avec un diamant d'un vif éclat.

On le voyait parfois répandre une splendeur si grande que les yeux en étaient éblouis; il s'en exhalait aussi une odeur très suave.

Comme Philippe Salviati, riche habitant de Florence et fils spirituel de la Sainte[3], doutait de l'existence de cet anneau, Catherine lui apparut et, le lui ayant montré, elle lui dit qu'elle allait lui donner une preuve de sa réalité : lui touchant alors la lèvre supérieure avec la pointe du diamant, elle fit éprouver à Philippe une vive douleur et lui imprima une marque que tout le monde put voir dans la suite.

Notre-Seigneur ayant déjà donné à notre Bienheureuse le titre d'épouse; voulut, peu de jours après, la rendre encore participante de ses plaies sacrées, et ce fut le quatorzième jour de ce même mois d'avril, c'est-à-dire le vendredi suivant, qu'il imprima en elle les sacrés stigmates.

Ceux des mains et des pieds, qu'elle avait coutume de sentir auparavant tous les vendredis dans le ravissement de la Passion, furent dès ce moment toujours visibles ; le fait fut constaté bien des fois par les religieuses du couvent, par des prélats et des religieux de son Ordre et d'autres personnes.

Les stigmates des mains paraissaient à certaines heures répandre des rayons de lumière si éclatants qu'ils éblouissaient tous ceux qui en étaient témoins.

La plaie du côté lui causait une telle douleur, que la Sainte semblait parfois sur le point de rendre le dernier soupir; elle fut aperçue au moins dix fois par Sœur Marie-Magdeleine Strozzi, qui restait près d'elle pour la soigner dans ses diverses maladies, et cette plaie était alors d'une ravissante beauté, tout environnée de rayons.

Outre les sacrés stigmates. Sœur Catherine reçut encore la couronne d'épines : ses compagnes ont vu plusieurs fois des épines fort longues lui percer la tête et faire jaillir le sang; elles ont remarqué aussi comme Un cercle de pointes qui lui environnait le front où ruisselait un sang vermeil.

La religieuse qui la soignait a pu voir encore sur son épaule gauche une cavité d'une largeur de trois doigts environ, comme si réellement elle eût porté la croix, à l'exemple de son divin Maître, sur la route du Calvaire.

VI





Le 24 août de cette même année 1542, le Sauveur Jésus voulut donnera la B. Catherine une attestation toute  spéciale de son amour pour elle.

La Sainte avait dans sa cellule un petit autel où se trouvait un crucifix de bois ; le Christ, qui était en relief et de la hauteur d'une coudée, se détacha de la croix au moment où elle entrait dans sa cellule et vint l'embrasser en l'appelant son épouse.

Notre-Seigneur lui donna en même temps l'assurance que ses oraisons lui étaient agréables, et lui dit de prier avec ses Sœurs pour la conversion des pécheurs, ajoutant qu'on devrait faire dans le couvent trois processions à cet effet : les deux premières pendant les deux jours qui précèdent la fête de saint Barthélemy, et la dernière le jour même de la fête.

La Sainte, voyant ce Christ s'approcher, lui ouvre aussitôt les bras, et, le pressant sur son cœur, elle est prise d'un ravissement qui dure une heure[4].

Sur ces entrefaites, sa compagne étant survenue, appelle toutes les religieuses qui sentent une odeur des plus suaves, et, à l'envie, s'empressent de baiser ce Christ merveilleux.

Ce jour-là, fête de saint Barthélemy, on fit la première procession ordonnée par le Sauveur Jésus, pendant laquelle la B. Catherine, toujours en extase, marchait en tête, portant le crucifix.

Or, chose admirable, bien que la procession fût assez longue et qu'on dût aller .dans les endroits principaux du monastère, la Sainte, bien que privée de ses sens, ne fit aucun faux pas, ne dévia nullement de sa route ; on l'aurait crue guidée et même portée par la main des Anges.

Il fut réglé que chaque année on ferait les trois processions mentionnées, et depuis cette époque elles se sont continuées jusqu'à nos jours.

Mais un prodige qui dépasse tous les autres, c'est le témoignage que le Sauveur voulut donner du séjour qu'il faisait en sainte Catherine et de la vérité de tout ce qu'on lui voyait opérer en elle.

Sœur Marie Gabrielle Mascalzoni se trouvait étrangement préoccupée par la pensée de savoir si les choses extraordinaires qui se passaient en la B. Catherine étaient véritablement des faveurs célestes.

Continuellement, elle suppliait le Seigneur de vouloir bien dissiper ses doutes à cet égard.

Or, un jour, en passant près de l'oratoire où se trouvait Catherine, elle y entre et la trouve en extase. S'étant elle-même mise à genoux, elle reste à l'observer, quand tout à coup elle voit le visage de notre Sainte se transfigurer en celui du Sauveur Jésus, et la Bienheureuse se tourner de son côté, l'attirer à elle et la presser sur son cœur, lui demandant par trois fois si elle croyait être près de Catherine ou de Jésus.

La Sœur, saisie de stupeur, lui répond d'une voix assez haute pour être entendue de la plus grande partie de la communauté, que c'était bien Jésus qui lui parlait.

En racontant ce fait dans la suite, elle affirmait avoir réellement vu, sous le voile de Catherine, la face auguste du Sauveur Jésus, mais avec une beauté si ravissante qu'elle ne pouvait plus même la reproduire dans son imagination, bien loin de pouvoir en donner une idée à personne au monde.

En parlant d'un phénomène si merveilleux, Benoît XIV s'exprime ainsi dans la bulle de canonisation de la Sainte :

« Jésus-Christ voulant montrer à quel point il y avait unité de pensées et de volontés entre lui et Catherine, en plaça un signe éclatant sur son visage, en le transformant en une vive image et une parfaite ressemblance de son propre visage, de telle sorte que quiconque eût vu Catherine, eût pensé qu'il voyait le Fils de Dieu et en même temps le Fils de l'homme. »





VII

Le doute qui avait préoccupé Sœur Marie Gabrielle Mascalzoni avait aussi pénétré dans l'esprit des supérieurs ou prélats de l'Ordre de saint Dominique ; c'est pourquoi ils voulurent, chacun de leur Côté, en faire l'examen le plus rigoureux.

Le premier fut le P. François Roméo de Castiglione, alors Provincial de la Province romaine, et en même temps Vicaire général de tout l'Ordre, dont il devint ensuite Maître général.

Homme distingué par sa rare piété et sa science, il avait assisté au Concile de Trente où il se fit remarquer .par un traité contre Luther, intitulé : De la liberté des œuvres.

Ayant été appelé par son ministère à visiter le couvent, et sachant tout ce qu'on racontait au sujet de Catherine qui atteignait alors sa vingt-septième année, il se montra fortement contrarié et adressa des réprimandes au Prieur du couvent de Prato qui gouvernait ce monastère, au Père confesseur et à toutes les Sœurs, pour avoir beaucoup trop répandu ce qu'il appelait des sornettes de communauté.

Il fit ensuite venir la Bienheureuse et lui reprocha sévèrement de mettre le désordre dans tout le couvent avec ses scènes nombreuses d'extase, qui n'étaient que singeries ou opérations diaboliques ; il la menaça si elle ne cessait aussitôt, de la faire punir rigoureusement.

Catherine répondit qu'elle méritait sans doute les plus dures peines, mais que pour les choses qu'elle éprouvait, n'étant pas maîtresse d'elle-même, elle ne pouvait promettre de s'en abstenir.

Le Père répliqua qu'elle devait supplier le Seigneur et qu'il la délivrerait.

L'humble vierge ajouta que déjà elle le priait tous les jours de ne pas permettre ces états extraordinaires, s'ils venaient du démon ; si, au contraire, ils venaient du ciel, de vouloir bien les lui continuer, ne croyant pas devoir rejeter ce qui lui était accordé pour le salut de son âme ; mais je demande, dit la Sainte, que ces dons ne paraissent pas à l'extérieur, parce qu'il ne convient pas qu'on remarque, dans une créature vile comme moi, la manifestation de si grandes grâces.

Le Provincial, sans se départir de sa sévérité, posa encore à la Bienheureuse nombre de questions auxquelles celle-ci répondit avec tant d'humilité, que le Père, désarmé, lui parla ensuite avec bienveillance, et l'exhorta à continuer tous ses exercices spirituels avec humilité, obéissant toujours à ses supérieurs, et ayant soin de redire fidèlement à son confesseur tout ce qui lui arrivait.

Avant son départ de Prato, il eut l'avantage d'être plusieurs fois témoin des extases de la Bienheureuse, soit après la sainte communion, soit le jeudi et le vendredi pour le ravissement de la Passion, et il en exprima toute son admiration.

Arrivé à Rome, il parla de Catherine avec tant d'éloges au Maître général de l'Ordre, le P. Fr. Albert de Las Casas, que celui-ci conçut le projet d'aller visiter cette même année le couvent de Prato.

Il y arriva précisément un vendredi, au moment de l'extase ordinaire, et vit la représentation du mystère de la Passion. Quand la Sainte eut repris ses sens, le Général lui parla longuement et se retira pleinement satisfait de son entretien.

Le P. Ange Diaceti, qui fut cinq fois Provincial de la Province romaine, devint Vicaire général de tout l'Ordre de saint Dominique, et fut dans la suite nommé par S. Pie V, évêque de Fiesole, vint à son tour visiter le couvent de Saint-Vincent de Prato : il était bien éloigné d'ajouter foi à la prétendue sainteté de Catherine, dont cependant il était le parent.

Mais à peine fut-il arrivé, qu'il changea d'avis, ayant vu les stigmates des pieds et des mains.

Le P. Nicolas Michelozzi fit aussi la visite du couvent en qualité de Provincial, et ayant appris que la B. Catherine était en extase, il ordonna à Sœur Euphrasie Mascalzoni d'aller voir dans quel état la Sainte se trouvait à ce moment même, et de revenir au plus vite l'en informer.

Cette religieuse étant allée dans l'oratoire de Catherine, se place à genoux devant elle ; celle-ci lui fait trois signes de croix sur le front, l'embrasse autant de fois, en lui donnant une triple bénédiction.

Sœur Euphrasie retourne aussitôt vers le Provincial et lui raconte ce qui lui est arrivé.

Celui-ci demeure stupéfait, et dit que c'est justement là le témoignage qu'il avait lui-même demandé à Dieu, pour être assuré de la sainteté de Catherine.

Le P. François Gratien de Sermoneta, devant, comme Vicaire général, faire à son tour la visite du monastère, méditait tout ce qu'il se proposait de faire pour connaître d'une manière indubitable, si tout ce qu'on racontait d'extraordinaire touchant Catherine était vrai ou faux.

En franchissant le seuil du couvent, il s'en voit ouvrir la porte par la Sainte elle-même qu'il trouve environnée d'une lumière éblouissante.

Il reste tellement saisi, qu'il a seulement la force de tomber à ses pieds en lui demandant pardon.

Les supérieurs de l'Ordre qui visitèrent successivement le monastère, voulurent ainsi tous expérimenter quel esprit animait l'âme de Catherine.

Plusieurs prélats, distingués par leur sagesse et leur doctrine, firent de même. Signalons Monseigneur Jacques Nachianti, évêque de Chioggia, de l'Ordre de saint Dominique, homme célèbre par les savants ouvrages qu'il a publiés et par la rare prudence qu'il a fait paraître dans plusieurs négociations qu'il dut poursuivre par ordre du Souverain Pontife Paul III.

Entendant un jour parler des choses extraordinaires qui arrivaient à Catherine, il dit que c'était quelque démon qui agissait en elle ; mais que, s'il avait l'occasion de lui parler, il se faisait fort de démontrer l'erreur.

Comme il était étroitement lié de parenté avec le Père Julien Mazzei, alors Prieur du couvent de Prato, il conçut le projet d'aller le voir et de profiter de cette circonstance pour parler avec la Bienheureuse.

Il vint donc, causa longuement avec elle, et protesta en présence d'un grand nombre de personnes, que non seulement il était demeuré satisfait de son entrevue, mais encore qu'il avait entendu des choses que, seul, le Saint-Esprit pouvait révéler; aussi, plus tard, quand il parlait de Catherine, la nommait-il toujours: un vase choisi du Saint-Esprit.

Le Souverain Pontife Paul III voulut lui-même acquérir la certitude des faits qu'on racontait, et aussi connaître la conduite du Père qui dirigeait la Sainte et celles des religieuses qui se trouvaient autour d'elle, afin de découvrir si l'ostentation ou le désir du gain n'auraient pas contribué à attirer ce concours de peuple.

C'est pourquoi, il donna commission au cardinal Robert Pucci de profiter de son titre d'évêque de Pistoie, pour faire en apparence la visite du monastère, mais, en réalité, pour observer avec le plus grand soin tout ce qui avait lieu à Prato, afin que les hérétiques ne puissent trouver là un motif plausible de tourner en ridicule l'excessive crédulité des catholiques.

Le cardinal vint au couvent avec les évêques de Vasona, de Pandolfini, suivis de quelques autres prélats.

Ayant fait une perquisition des plus minutieuses, il trouva que le Père et les religieuses étaient fort en règle, et que tous agissaient avec beaucoup de prudence et de circonspection, ne permettant qu'à peu de monde de voir Catherine et de lui parler; que pour elle, quand elle apprenait l'arrivée de quelque personnage qui désirait une entrevue., elle avait soin de se cacher, et que la faveur de son entretien n'était accordée qu'aux Princes, auxquels on ne pouvait refuser, ou aux Supérieurs de l'Ordre.





VIII

Parmi les preuves nombreuses au véritable esprit et de la réelle sainteté de la Bienheureuse Catherine, le trait suivant n'est pas le moins remarquable.

Saint Philippe de Néri, doué d'une lumière spéciale pour le discernement des esprits, lui écrivit de Rome pour se  recommander à ses prières et, comme le rapportent le procès et la bulle de sa canonisation, pendant que le saint demeurait à Rome et Catherine à Prato, ils se virent et eurent ensemble une longue conversation.

Or, ce qu'attesta saint Philippe lui-même, c'est que, de son vivant, il l'avait réellement vue quoiqu'il n'eût fait aucune visite à Prato et que Catherine ne fût allée à Rome dans aucune occasion.

Saint Philippe, après la .mort de la Sainte, affirma de nouveau le fait, décrivant avec beaucoup de précision les traits de son visage; et, comme on venait de reproduire une gravure qui avait la prétention d'être le portrait de Catherine, il dit que cette gravure n'était point ressemblante et que la physionomie de la Sainte était tout autre.

Notre Bienheureuse entretenait aussi une correspondance suivie avec sainte Marie-Magdeleine de Pazzi.

Vincent Puzzini, l'auteur de la vie de cette dernière, parle d'une lettre qu'elle dicta étant en extase pour l'envoyer à Catherine, et de la réponse que celle-ci lui adressa.

Bientôt le flot des visiteurs ne s'arrêta plus.

Parmi les personnes distinguées qui affluèrent, on vit arriver au couvent Marie Salviati, mère du grand-duc Cosme Ier, qui trouva Catherine dans son ravissement de la Passion.

Cette dame pria la Sainte, revenue à elle-même, de vouloir bien lui écrire de sa propre main quelques prières sur un petit livre qu'elle conserva précieusement; à l'heure de sa mort, arrivée quelque temps après, cette dame recommanda qu'on gardât avec beaucoup de soins ce petit livre, ajoutant qu'un jour le Seigneur ferait des miracles par son moyen, à cause des lignes tracées par la main de la Bienheureuse.

Un autre jour, ce fut la femme du grand-duc Cosme, Eléonore de Tolède, qui se présenta au monastère.

Elle trouva la Sainte en extase et, voulant se rendre compte de cet état extraordinaire, elle lui serra les mains et lui pressa fortement le cou, sans que Catherine laissât paraître la moindre impression: ce ne fut qu'après avoir repris ses sens qu'elle éprouva au cou une vive douleur.

Elle reçut aussi la visite de Jeanne d'Autriche, épouse du grand-duc François Ier.

Elle vint accompagnée de ses deux filles, Marie et Eléonore, dont l'une fut plus tard femme d'Henri IV, roi de France, et l'autre de Vincent de Gonzague, duc de Mantoue.

Plusieurs cardinaux voulurent aussi la voir, parmi lesquels on peut citer Hippolyte Aldobrandini, Alexandre de Médicis et Marcel Cervini, qui furent tous les trois, dans la suite, revêtus du souverain Pontificat.

Le cardinal Michel Bonelli, dit cardinal Alexandrin, et neveu de S. Pie V, ne voulut pas aller en Espagne remplir l'emploi de Légat du Saint-Siège que son oncle lui confiait, avant d'avoir été près de Catherine recevoir plusieurs bons conseils, et obtenir la promesse qu'elle l'aiderait du secours de ses prières pour ce voyage ; à son retour il la revit encore.

Le couvent de Catherine vit pareillement les ducs de Mantoue, de Ferrare, l'ambassadeur d'Espagne, le fils du duc de Bavière.

Tous ces princes se retirèrent remplis d'étonnement et pleinement édifiés.

Quand le fils du duc de Bavière entra au monastère, ce fut juste par la Bienheureuse elle-même qu'il fut reçu ; on le mena visiter la Crèche et autres endroits que la piété savait rendre chers au couvent ; pour la Sainte, sa pensée était tellement fixée dans la méditation de l'Adoration des mages (on se trouvait à la fête de l'Epiphanie), qu'après le départ du jeune comte, elle n'eut aucun souvenir de l'entretien qu'elle avait eu avec lui.





IX

La Bienheureuse montrait assez que ces continuelles visites lui causaient une très vive peine ; bien souvent il lui arrivait de fuir, de se cacher, afin qu'on ne pût la découvrir.

C'est pourquoi il vint à l'idée de ses supérieurs de la nommer Sous-Prieure, quoiqu'elle n'eût atteint que la vingt-sixième année de son âge ; car alors, devant par son emploi servir de compagne à la Mère Prieure, quand des étrangers viendraient à la grille, elle pourrait tout naturellement satisfaire au désir et à la piété de ceux qui se présenteraient.

Ayant donc été élevée à cette charge, Catherine s'en acquitta avec tant et de si grands avantages spirituels pour toutes les religieuses, que, dès lors, elle dut longtemps remplir l'emploi ou de Prieure ou de Sous-Prieure, nonobstant sa répugnance extrême.

Après s'être plainte et lamentée longtemps, elle finit par obtenir des supérieurs la faculté de pouvoir ne pas accepter ces charges.

Pendant qu'elle était Sous-Prieure, on ne saurait dire le bon exemple qu'elle donnait à toute la communauté, pour la stricte observance de la Règle, étant toujours la plus exacte à se rendre aux divers exercices.

Pourtant, elle ne pouvait assister à la table commune, par la raison qu'à peine commençait-on la lecture, elle était subitement ravie en extase.

On avait cru devoir pour ce motif la dispenser d'y assister ; mais Sœur Catherine supplia si ardemment le Seigneur de pouvoir encore observer ce point de la Règle, qu'elle fut privée de ces ravissements, comme elle l'avait été de celui de la Passion.

Admirables étaient le zèle en même temps que la douceur qu'elle mettait à amener à la fidèle observance toutes les religieuses.

Lorsqu'elle les reprenait, elle avait coutume de leur dire qu'en agissant ainsi elle voulait leur faire éviter les expiations terribles du purgatoire.

Le soir, elle n'allait jamais se reposer sans avoir auparavant calmé par quelques paroles de consolation celles qui, durant la journée, avaient pu être reprises ou avaient subi quelques pénitences.

Une chose qui contribuait beaucoup, quand elle agissait de la sorte, à rendre prompte l'obéissance de toutes les Sœurs, c'était le privilège dont elle jouissait de lire dans l'intérieur des consciences.

Etant à l'église pour dire l'Office ou faire ses prières, si quelques religieuses venaient à se distraire pour penser à des choses étrangères, Catherine se levait de sa place, allait vers elles, les reprenait d'avoir ces pensées, qu'elle leur spécifiait.

C'est ainsi qu'elle fit un jour à l'égard de Sœur Marie-Vincent Pollini, de Sœur Marie-Constance Riva, de Sœur Marie Séraphine Baroncini et de Sœur Marie-Perpétue Cini.

Elle agissait encore de même en d'autres circonstances.

Sœur Marie Modesta Giacchinotti, se trouvant un soir au dortoir, s'arrêtait à une pensée amère, Catherine l'aborde et lui dit :

« Une religieuse ne devrait jamais avoir de telles pensées », et elle lui découvre la sienne.

Sœur Euphémie Lépattini, encore novice, vit entrer la Bienheureuse au noviciat pour lui parler d'une action très secrète, mais avec une telle précision qu'on eût pu supposer qu'elle l'avait vue réellement.

Sœur Foi-Victoire Salviati étant à prendre son repas avec sa mère qui était venue lui rendre visite au monastère, Catherine survint tout à coup, et, après quelques mots échangés, s'approchant de la Sœur, elle lui dit à voix basse que telles ou telles pensées qu'elle avait en ce moment n'étaient pas convenables.

Tous ces faits rendaient les Sœurs de plus en plus vigilantes et attentives, ayant bien la certitude que telles pensées ou tels faits quelle venait leur découvrir, ne pouvaient lui être révélés que par Dieu seul.

Sœur Raphaël Cini, trouvant la Bienheureuse en extase, se plaça devant elle à genoux, et la pria en secret de vouloir bien lui obtenir la grâce qu'elle avait en vue à ce moment.

Catherine, ayant connu ses intentions, lui dit, à la fin de son extase, qu'elle avait prié pour elle, et elle lui fit connaître quels étaient ses devoirs.

Trois religieux, également de son Ordre : le P. Matthieu Strozzi, le P. Nicolas Michelozzi, le P. Santo Cini, l'ayant un jour trouvée en extase, demandèrent au Seigneur quelques grâces par son intervention.

Or, sans sortir de son ravissement, la Sainte fit connaître qu'ils étaient exaucés ; elle donna au P. Strozzi et au P. Michelozzi une bénédiction parce qu'ils avaient demandé chacun une grâce seulement ; mais elle en donna deux au P. Cini parce qu'il avait demandé deux grâces.





X

Au don de pénétrer le secret des cœurs, la B. Catherine joignait encore celui de prophétie.

Elle annonça au P. Sixte Fabri, Maître général de l'Ordre de saint Dominique, que s'il s'ingérait dans une certaine affaire, il aurait à souffrir bien des ennuis: ce qui se réalisa, car les épreuves arrivèrent, et le P. Fabri finit par être déposé de sa charge de Général.

La Sainte avait aussi donné à une jeune fille le conseil de se faire religieuse, lui disant qu'en se mariant elle serait la plus malheureuse des femmes ; mais celle-ci n'écouta point Catherine.

Or, le jour qui suivit ses noces, son mari fut arrêté, mis en prison pour huit mois, dut vendre tout ce qu'il possédait et souffrit beaucoup d'infirmités.

Marc-Antoine Ubaldini avait résolu d'épouser une femme de Rome, contrairement à la volonté de sa mère qui désirait le faire marier à Florence avec la fille du comte Hugues de Gherardesca ; or, la Bienheureuse lui prédit qu'il ne quitterait pas Florence sans avoir donné cette consolation à sa mère ; et, en effet, au moment où il allait monter à cheval pour se rendre à Rome, il fut saisi par une maladie très grave qui l'obligea à se mettre au lit ; il n'en sortit qu'après s'être déterminé, suivant la prédiction de Catherine, à faire la volonté de sa mère.

Elle prédit encore à Magdeleine Ridolphi, épouse de Robert Ubaldini, et à Marguerite Strozzi, femme de Ristori Serristori, qu'elles deviendraient veuves, que l'une d'elles se ferait religieuse dans son couvent, et que plus tard l'autre à son tour s'y retirerait pour y finir ses jours.

Elle annonça à Philippe Salviati que parmi ses nombreuses filles trois seulement se feraient religieuses et qu'elles choisiraient son monastère Tout s'accomplit de la manière la plus exacte.

Elle prophétisa à son frère le sénateur Vincent de Ricci, qu'il' éprouverait de grandes infortunes, mais qu'il s'en relèverait plus puissant que jamais ; ce qui se vérifia de point en point.

Comme elle prévoyait qu'une des religieuses gravement malade  Sœur Marie-Beniqua dont on attendait à chaque instant le dernier soupir causerait par sa mort un grand trouble dans le couvent où ce jour même on devait donner l'habit de religieuse à Sœur Marie-Félicie Ricasoli et à Sœur Marie-Gratienne Capponi, elle lui ordonna de ne pas mourir encore et d'attendre la fin de la cérémonie.

Quand tout fut terminé, elle lui dit qu'elle avait la permission d'expirer, ce que la moribonde fit à l'heure même.

Catherine prédit aussi à Marie Barducci qu'elle se ferait religieuse dans son monastère, ce qui eut lieu effectivement, bien qu'à ce moment-là elle eût une volonté contraire et que son père fût loin de donner son consentement ; du reste, elle avait déjà fait des démarches pour son entrée dans un autre couvent. La même chose arriva à Sœur Marie-Perpétue Cini.

Une autre fois, Sœur Dominique Poccetti se désolait, sachant que sa mère était sur le point de mourir.

La Bienheureuse en ce moment malade elle-même et en danger, fit dire à Sœur Dominique que ni elle ni sa mère ne mourraient de cette maladie, et la prédiction se vérifia.

Sœur Marguerite Ricasoli l'ayant priée de lui enseigner ce qu'était l'amour de Dieu, avait eu pour réponse d'aller en paix et que bientôt elle l'éprouverait.

Peu de jours après, cette dernière sentit son âme s'embraser pour Dieu, au point qu'elle aurait voulu tout souffrir sans croire encore avoir rien fait.

Cet état de ferveur lui dura quelques semaines.

De même un certain Frère Dominique Bigio Reomito qui était très lié avec elle, lui avait bien souvent demandé des conseils à l'occasion d'une affaire importante et n'avait jamais obtenu d'autre réponse, sinon qu'il serait éclairé en temps opportun.

Or, en partant de Prato, il fut en effet saisi d'une lumière soudaine qui donna à son esprit les plus vives clartés et lui fit comprendre la conduite qu'il devait tenir.

A l'esprit de prophétie s'unissait en Catherine celui de voir les choses éloignées comme si elles eussent été sous ses yeux.

Le Père Timothée Ricci, son oncle, qui avait été son confesseur et celui de la communauté en même temps que Prieur du couvent de Prato, mourut à Pérouse ; sans avoir reçu aucun avis, la Bienheureuse à l'instant même de cette mort, l'annonça à toutes ses religieuses, afin que, le plus promptement possible, elles priassent pour le repos de l'âme du défunt.

Un jour elle vit venir à elle des hommes de Prato appelés Frères de la Miséricorde, parce qu'ils assistent ceux que la justice a condamnés ; ces Frères la supplièrent de prier pour un malheureux qui ne voulait pas se disposer à la mort, refusant avec obstination de se convertir.

Après avoir fait pour lui une courte prière, elle leur dit de partir, que la conversion du condamné était déjà opérée, et qu'à leur arrivée ils le trouveraient dans les meilleures dispositions : ce qui fut vrai.



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Re: Saints et Bienheureux!! (Ordre Alphabétique)

Message par Marie du 65 le Jeu 26 Oct 2017 - 10:57




XI

Indépendamment des dons particuliers que nous avons déjà mentionnés, la B. Catherine avait un regard si gracieux, empreint d'une si vive piété et exprimant je ne sais quoi de si divin que, sans dire un mot, elle touchait le cœur de tous ceux qui la voyaient, et quand ils auraient été profondément plongés dans le vice, elles les amenaient à changer de vie.

C'est ce qui eut lieu pour Ludovic Capponi, Baccio Lanfredini et Nicolas Altoviti, qui devint évêque. Un autre prélat, venant au monastère pour y donner la Confirmation à Catherine et à plusieurs religieuses, fut si touché à son seul aspect que la plus vive componction pénétra son cœur.

Devant célébrer la sainte Messe avant la cérémonie, il ne fît durant tout ce temps que pleurer ses péchés ; et étant venu à mourir quelque temps après, la Sainte sut par révélation qu'il avait échappé aux flammes éternelles.

Un certain Baccio, cribleur de grains, homme déjà avancé en âge et pourtant de mœurs déréglées, se trouvant au couvent à l'heure où les religieuses faisaient une procession, eut à peine fixé les yeux sur le visage de Catherine, qu'il se sentit couvert d'une grande confusion et éprouva une vive douleur de ses péchés.

Dès ce moment, il les pleura amèrement et résolut de changer de vie.

Un jeune libertin au service de Biagio Menochini Luchesi l'ayant vue seulement de loin, pendant qu'elle était à la grille, fut tellement captivé par je ne sais quel charme surnaturel, qu'il sentit s'opérer en lui un changement profond, et ce changement fut si réel et si durable, qu'étant de retour à Lucques où il avait été jadis une cause de scandale, il devint un modèle d'édification.

François Maringhi de Florence menait une vie très licencieuse et se faisait gloire dé ses désordres.

Dès qu'il eut vu Catherine et qu'il lui eut parlé, il se sentit tellement enflammé de l'amour de Dieu que, dès ce moment, il se livra aux exercices de piété et devint exemplaire, se rendant chaque jour aux Matines de la cathédrale de Florence, et demeurant après l'Office pour continuer son oraison.

Une personne noble et lettrée, pour avoir entretenue la Sainte une seule fois, avait jour et nuit présent à son esprit le souvenir de Notre-Seigneur et partout où elle allait il lui semblait voir le Sauveur attaché à la croix.

Les conversions de très grands pécheurs furent encore opérées par les prières de Catherine, qui demandait à Dieu, pour obtenir leur salut, de supporter les douleurs les plus atroces et les infirmités les plus graves.

Ainsi, pour le voleur condamné à mort dont nous avons parlé, elle accepta de la part de Dieu et souffrit pendant longtemps de violents maux de tête.

Elle supporta également de cruelles douleurs de côté pour la Sœur Louise Nicolini, affaiblie par une longue maladie, sans qu'on pût trouver aucun moyen d'améliorer son état.

Cette pauvre malade s'était livrée au découragement le plus profond et ne voulait plus rien entendre, renvoyant toutes les Sœurs qui la venaient voir et jusqu'à Catherine elle-même.

Mais, dès que celle-ci eut fait sur la malade un signe dé croix avec l'anneau que lui avait donné le Sauveur Jésus, elle se remit aussitôt, reprit son calme et demanda pardon à toutes les religieuses du scandale qu'elle leur avait donné ; puis, se recommandant à leurs prières, elle reçut avec une grande piété la sainte Communion et se disposa à la mort avec une résignation admirable.

Peu de jours après elle expira, et la Bienheureuse vit son âme, après quatre jours de purgatoire, portée dans le Ciel par la main des Anges.

Dans plusieurs autres circonstances, Catherine endura pour le prochain d'inexprimables souffrances ; une fois, entre autres, elle offrit grand nombre de prières et de pénitences pour un personnage important.

Après qu'il fut mort, ayant obtenu de faire une partie -de son purgatoire, elle eut une maladie que tous les médecins regardèrent comme extraordinaire.

Ses chairs s'embrasèrent, et, en se tuméfiant, devinrent rouges et blanches ; des étincelles s'en échappaient, de sorte qu'il semblait à Catherine comme à tous ceux qui l'approchaient qu'elle brûlait.

Sa langue était devenue noire comme un charbon.

Pas une religieuse ne pouvait lui tenir la main.

Sa cellule même était si échauffée de son haleine brûlante qu'on n'osait presque y entrer.

Cet état de combustion lui dura quarante jours consécutifs.





XII

L'ardente charité que la B. Catherine faisait paraître pour obtenir la conversion des pécheurs, elle la montra pareillement en se procurant, par tous les moyens possibles, des aumônes considérables qu'elle savait fort bien employer, soit au soulagement des pauvres, soit à doter des jeunes personnes qui voulaient se marier ou entrer au couvent, et qui, sans cette aide, auraient couru de vrais dangers dans le monde.

Elle avait de la sorte fait prendre l'habit à plusieurs religieuses de son monastère, avec les secours dus à la libéralité du sénateur Frédéric de Ricci, son oncle, d'Albert de Bardi, des comtes de Vernio et de plusieurs autres gentilshommes florentins, qui rivalisaient de zèle dans l'exercice de la charité et lui donnaient toute latitude pour employer à son gré leurs aumônes.

Toutefois, pour recevoir comme pour donner, en tout ou en partie, ce qu'on lui offrait, elle se mettait toujours sous la dépendance des supérieurs.

Catherine obtint par ses prières des grâces nombreuses et signalées, non seulement pour l'âme, mais aussi pour le corps; c'est ainsi que grand nombre de personnes l'ayant invoquée dans le péril ou la maladie, se virent exaucées par sa puissante intercession.

Une grave maladie venait d'atteindre Marie Gualterotti, épouse de Philippe Salviati ; celui-ci eut soin de recommander sa femme à la Bienheureuse.

La malade s'étant endormie, il lui sembla être au couvent de Prato, dans la cellule même de Catherine.

Or, à son réveil, elle sentit un mieux sensible et se trouva guérie. Etant ensuite allée faire une visite au monastère, à peine eut-elle aperçu la Sainte qu'elle la reconnut, bien qu'elle la vît pour là première fois ; elle lui dit que c'était elle qui l'avait guérie et lui en témoigna toute sa reconnaissance.

Le chevalier Bernard Ricasoli, venant d'être nommé ambassadeur du grand duc de Toscane auprès du duc de Bavière, se fit recommander par sa mère à la B. Catherine, afin que Dieu lui accordât par ses prières un heureux voyage pour aller comme pour revenir.

En sortant de la porte de Florence, il vit marcher devant lui une religieuse vêtue de blanc comme les Sœurs du couvent de Saint-Vincent de Prato ; cette religieuse l'accompagna jusqu'aux portes de Monaco, d'où il partit pour aller remplir sa mission diplomatique ; il la retrouva au retour pour parcourir le même trajet de Monaco à Florence.

Le chevalier voulut ensuite se rendre à Prato et, bien qu'il n'eût jamais vu Catherine auparavant, il la reconnut au milieu d'une foule de Sœurs, et dit avec assurance que c'était elle-même qui lui était apparue durant son voyage.

Une jeune personne ayant eu le malheur de tomber dans un précipice, s'empressa d'invoquer le secours de la Sainte qu'elle connaissait, et il lui parut qu'elle la retirait du fond de l'abîme.

Elle en sortit, en effet, sans aucun mal ; ses habits déchirés et quelques marques à la joue droite restèrent les seules preuves de sa chute.

Une jeune villageoise, atteinte d'hydropisie, était allée au couvent demander la sainte religieuse, Catherine qui gardait la porte ne daignant pas la regarder et, lui fermant le guichet, se contenta de dire :

« Ici on ne parle pas de sainte ou non sainte : les saints ne sont qu'au Ciel ! »

Cependant, à la prière de quelques Sœurs, témoins du fait, elle consentit à ouvrir la porte de nouveau pour consoler cette malheureuse, fit sur elle le signe de la Croix et la guérison de la malade fut complète.





XIII

Les grands sentiments d'humilité et de dévotion à l'égard de la Passion de Notre Seigneur qui brillaient dans la vie de la B. Catherine, se manifestèrent jusqu'à sa mort.

Après avoir vécu en religion cinquante quatre ans, ayant rempli la charge de Prieure ou de Sous-Prieure l'espace de quarante-deux ans, donnant des exemples éclatants de sainteté, elle fut assaillie du mal qui devait l'emporter au bout de neuf jours.

Quand elle en ressentit les premières atteintes elle s'empressa de demander pardon à toutes les religieuses, leur assurant qu'elle n'était pas celle que l'on pensait, mais plutôt une pécheresse, le fardeau et l'ennui du couvent ; puis, s'étant fait administrer le très saint Viatique, elle continua ses méditations jusqu'au dernier soupir, exprimant dans son corps les divers mystères de la Passion du Sauveur Jésus, son Epoux, comme elle avait coutume de le faire quand elle était en santé.

Elle plaça les mains et les pieds comme les avait le Sauveur crucifié ; après avoir demandé à boire, elle prit une potion amère que le médecin avait ordonnée.

Elle pria ensuite le Seigneur de hâter sa mort, non à cause des souffrances qu'elle endurait, mais pour ne pas accabler davantage ses pauvres religieuses qui demeuraient constamment autour d'elle, sans qu'une seule voulût aller se reposer.

C'est ainsi qu'elle rendit paisiblement son âme à Dieu vers les huit heures du soir, la veille de la fête de la Purification de la Très Sainte Vierge, le 1er février, l'an 1590.

Elle avait atteint sa soixantième année.

Avant comme après sa mort, des concerts et des mélodies angéliques furent entendus par un grand nombre de religieuses, et si la plupart ne pouvaient pas bien distinguer les paroles de ces chants, quelques-unes pourtant crurent saisir ces mots :

Veni, sponsa Christi, accipe coronam, etc. — Veni, electa mea, etc.

Du reste, elles s'accordaient toutes pour affirmer que ces voix étaient surhumaines, d'autant qu'à cette heure les Sœurs ne chantaient pas, étant toutes plongées dans la douleur, et qu'en outre, ces chants ne venaient pas du dehors, mais qu'on les entendait dans les airs, au-dessus du couvent.

A peine morte, et avant même de rendre le dernier soupir, la Sainte resplendit d'un tel éclat qu'on ne pouvait fixer sur elle les regards.

La beauté de son visage surpassait toute beauté humaine et paraissait vraiment angélique.

Son corps répandait une odeur très embaumée, odeur que l'on sentit longtemps autour de son tombeau.

Ce parfum était si agréable, si extraordinaire, qu'on ne pouvait rien lui comparer ; il s'exhalait des petites feuilles sur lesquelles, avec son sang, quand on fit l'ouverture du corps, plusieurs Religieuses avaient gravé des croix, des cœurs ou le saint Nom de Jésus.

Pendant que ces précieuses dépouilles étaient au chœur, on observa que la main qui était posée sur l'autre parut, à un moment donné, brillante comme un rayon de soleil.

Le corps de la Bienheureuse resta ainsi exposé dans l'église pendant deux jours, pour donner satisfaction à la piété des fidèles qui venaient en très grand nombre à Prato, de Florence et de tous les lieux circonvoisins.

Ce même concours continua longtemps au tombeau de Catherine, tant à cause de la renommée de sa sainteté que par l'espoir que chacun nourrissait d'obtenir de nombreuses grâces par son intercession.

On sait aussi qu'au moment de sa mort, comme plus tard en plusieurs autres occasions, la Bienheureuse apparut à un grand nombre de personnes, toute environnée de gloire.

Au moment de son trépas, une pieuse personne de Prato vit une procession composée de saints et de saintes, dans la compagnie desquels était le Sauveur Jésus qui conduisait son épouse au Ciel ; comme elle entendit bientôt après sonner au couvent de Saint-Vincent la mort d'une Sœur, elle comprit que cette épouse placée près du Sauveur était la B. Catherine.

C'est également à Prato que Baccio Verzoni, au moment même où la Sainte expirait, commença à se désoler et à gémir; comme on lui demandait la cause de ses cris douloureux, il répondit que la B. Catherine venait de mourir, et qu'il l'avait vue environnée d'une grande lumière; peu après on entendit le son de la cloche qui annonçait sa mort.

Sœur Philippine Dardinelli, priant une nuit près de son tombeau sentit tout à coup une odeur très suave, et, se tournant, elle vit la Bienheureuse toute resplendissante ; c'est ce qui arriva encore cette même nuit à Sœur Anastasie Marchi. Sœur Foy-Victoire Salviati se rendant un jour au chœur, l'aperçut dans une nuée, vêtue de blanc, et comme elle voulait s'approcher, la Sainte disparut.

La Marquise Euridice Malespina était allée quelque temps après la mort de la B. Catherine à Prato, pour y visiter quelques religieuses ; ayant entendu que parfois la Sainte faisait des apparitions, elle manifesta le désir de la voir. Or, durant une nuit où elle était éveillée, Catherine lui apparut resplendissante.

Sœur Catherine, filleule de cette marquise, assistant à une procession que les religieuses font de la chapelle au jardin, vit la bienheureuse à une fenêtre du dortoir qui donnait sur ce jardin ; elle était avec son habit ordinaire, mais avait autour de la tête une brillante auréole en guise de diadème et elle bénissait les Sœurs.

La Bienheureuse apparut encore à d'autres religieuses de différents couvents, mais la vision que nous signalons par dessus toutes les autres, est celle de sainte Marie-Madeleine de Pazzi qui, ravie en extase, aperçut Catherine au milieu des élus dans toute l'ivresse du triomphe.





XIV

Outre les miracles que la B. Catherine avait obtenus du Seigneur pendant sa vie, on en compte plusieurs autres après sa mort.

Il arriva à une époque que le vin du couvent de Saint-Vincent qui devait servir pour les religieuses vint à se gâter entièrement.

Comme celles-ci, du vivant de Catherine, se recommandaient à elles pour tous leurs besoins, et en obtenaient ce qui leur était nécessaire, en cette circonstance elles eurent encore recours à son intercession : on fit une procession solennelle où était porté en tête le manteau de la Sainte ; on entra dans la cave pour y bénir toutes les barriques, et, subitement, il se répandit de tous côtés une odeur des plus suaves, semblable à celle qu'on avait sentie à la sépulture.

Dès ce moment, le vin qui s'était gâté reprit toute sa vertu, et on trouva même qu'il était de meilleure qualité qu'avant son altération.

Sœur Véronique de Ricci, nièce de la B. Catherine, se trouvait atteinte d'une fièvre aiguë très intense, qui l'avait déjà fait condamner par tous les médecins ; la mère Prieure voulut employer comme déjeuner remède la protection de la Sainte, qu'elle fit implorer en portant en procession, à la malade, le manteau de sa vénérable tante.

L'effet fut immédiat ; car, après avoir touché ce manteau, la moribonde tomba dans un profond, mais très paisible sommeil, et, s'étant réveillée, elle se trouva fort soulagée et le lendemain, dès l'aube, elle était entièrement guérie.

Pareille grâce fut accordée à Bernard Céparelli, chirurgien de Prato ; étant dans un état désespéré, on alla chercher un bandeau de la B. Catherine qu'on lui appliqua dans la soirée et qu'on laissa sous son chevet : il s'endormit aussitôt, et, vers minuit, se réveillant, il se trouva mieux; le jour suivant il n'avait plus de mal.

Catherine Blasini, jeune enfant de sept ans, était obsédée par le démon et on avait employé à son égard, sans aucun succès, tous les exorcismes ordinaires de l'Eglise ; mais à peine sa mère eut-elle apporté quelques-unes des reliques de la B. Catherine, que l'enfant se vit entièrement délivrée.

Sœur Catherine-Alexandra Bonzi, religieuse de Saint-Vincent de Prato, fut guérie trois fois par notre Sainte d'une manière miraculeuse.

La première fois, sa guérison fut instantanée. Une inflammation de l'artère qui l'avait fait souffrir pendant plusieurs années d'une manière notable, en était venue à la réduire à l'extrémité, au point qu'on ne cessait de la veiller, et son confesseur dans les moments de crise était là pour l'administrer, tant était périlleux son état.

Or, sa guérison eut lieu le 4 du mois de mai 1726, par la seule application du bâton dont se servait la B. Catherine.

La seconde fois, elle fut encore guérie instantanément; car reprise de la même maladie, elle avait déjà reçu le Viatique et on était sur le point de lui faire les onctions de l'huile sainte, quand le même remède produisit une nouvelle guérison.

La troisième fois elle fut délivrée d'une hydropisie qui la tourmenta pendant deux mois ; elle avait les jambes et les mains enflées, mais en peu de jours l'enflure disparut, car, s'étant recommandée de nouveau à l'intercession de la B. Catherine, elle obtint une parfaite santé sans l'aide d'aucun médicament.

Les deux premiers miracles opérés sur la personne de cette religieuse ont reçu la haute approbation de la Congrégation des Rites.

Sœur Elisabeth Chérubina, religieuse converse du couvent de Sainte-Claire de Prato, ayant été tourmentée pendant cinq ans et plus d'une forte sciatique, se trouvait depuis quatre mois clouée sur son lit sans pouvoir se remuer.

Quand elle apprit la grâce obtenue par Sœur Catherine Bonsi, au moyen du bâton dont se servait la B. Catherine, elle demanda ce même bâton ; l'ayant obtenu, elle l'appliqua dévotement sur l'endroit malade.

S'étant endormie, après deux heures, elle reposa tranquillement toute la nuit, ne s'éveillant que deux ou trois fois, et sentant chaque fois un soulagement progressif ; elle voulut ensuite se tourner commodément dans son lit et le fit sans difficulté.

Peu de jours après, elle était en complète santé. Ce miracle porte le n° 11 dans la série mentionnée des douze, soumis à l'examen de la Congrégation générale des Rites, et y reçut, à son tour, la même approbation.

Si l'on ne craignait de dépasser les limités d'un simple aperçu, on pourrait citer encore un grand nombre de grâces obtenues de Dieu par notre B. Catherine de Ricci.

Même de nos jours, la Sainte continue à exaucer ceux qui ont recours à elle, et invoquent son intercession avec cette foi vive dont parle l'Apôtre, foi qui opère par la charité, et qui est unie à un vrai et sincère désir de plaire à Dieu et de le servir avec fidélité.





XV

Comme on vient de le voir, les, miracles opérés par sainte Catherine après sa mort allaient se multipliant et tout se préparait pour faire entrer sa cause dans la voie qui devait la conduire aux honneurs suprêmes de l'Eglise.

La première procédure eut lieu tout de suite après la mort de la Sainte, et quand cette instruction du procès fut terminée devant le tribunal de l'Evêque, le Pape Urbain VIII appela la cause en Cour de Rome.

En 1624, furent nommés des juges commissaires, dont la procédure arriva au tribunal de la Rote. Là commission nommée pour l'examen des vertus, des extases et des miracles de la servante de Dieu, concluait, par le vœu présenté au Souverain Pontife, qu'on pouvait procéder en sûreté à la Béatification.

Sur ces entrefaites, Urbain VIII ayant publié les nouveaux décrets qui modifiaient la procédure pour la canonisation des Saints, tout ce qui avait été fait pour la cause de Catherine fut annulé de plein droit, et l'on dut remettre à plus tard les nouvelles instructions.

Après un jugement favorable, obtenu selon les règles d'Urbain VIII, soit au tribunal de l'ordinaire en 1675, soit à celui de la Congrégation des Rites en 1679, on vint au troisième et dernier examen des vertus de la Servante de Dieu.

Le premier décret en faveur de l'héroïcité des vertus de la Vénérable, eut lieu sous le Pape Benoît XIII, le 7 mai 1727 ; le second, en faveur de l'authenticité des miracles, sous le Souverain Pontife Clément XlI, le 30 avril 1732. Enfin la Béatification solennelle fut célébrée à Saint-Pierre par le même Pape, le 23 novembre suivant.

A Florence la joie fut immense et remplit toute la ville, où de brillantes fêtes furent célébrées, dans les couvents dominicains de Saint-Marc et de Santa-Maria-Novella.

L'illustre famille de Ricci s'entendit avec les religieux de l'Ordre pour déployer une grande pompe à l'occasion du Triduum, célébré au milieu d'un grand concours de peuple.

Les membres de la famille Ducale et les magistrats de la ville voulurent rendre hommage à leur illustre compatriote, devenue au ciel leur puissante protectrice.

L'année suivante, 1733, eurent lieu les fêtes spéciales du monastère de Saint-Vincent de Prato ; l'on terminait la construction d'une église splendide. C'est le 26 du mois de septembre qu'on ouvrit le tombeau de la Bienheureuse, en présence d'une foule de personnages appelés comme témoins.

Après 142 ans de sépulture, les restes sacrés de celle qui fut l'épouse de Jésus Crucifié, apparurent aux yeux des générations nouvelles.

Au premier aspect, on fut étonné de voir qu'une partie de son corps eût conservé ses chairs, tandis que les autres ne présentaient plus que des ossements desséchés.

Mais on fut surtout saisi d'admiration quand on -put constater que les parties respectées par la mort étaient celles qui portaient les marques du crucifiement mystérieux de la Sainte avec Jésus-Christ.

Tous les ornements funèbres étaient tombés en poussière, excepté la petite croix de bois qu'on place dans la main de chaque religieuse partant pour l'éternité.

Tout était prêt pour que ce corps sacré fût désormais en spectacle au monde. Retiré de sa tombe par des mains sacerdotales, il fut religieusement déposé dans une belle châsse dorée, ouverte et protégée par des glaces des quatre côtés.

Quand les fêtes triomphales s'ouvrirent et qu'on put voir la Sainte apparaître sur une estrade élevée, il y eut dans cette immense assemblée un tressaillement universel de joie, d'amour et de vénération. Pendant ces trois jours, on ne se lassait pas de contempler ces reliques vénérées.

Aussitôt après la béatification, de nouveaux miracles non moins éclatants que les autres, provoquèrent la reprise delà procédure, autorisée en 1734 par Clément XII.

L'examen de ces miracles soumis à la Congrégation des Rites, ne fut terminé que dix ans après.

Le Pape Benoît XIV pour leur donner sa solennelle approbation, en 1744, choisit le jour de la fête de saint Philippe de Néri ; enfin, deux ans après, le 29 juin 1746, à la grande solennité de saint Pierre et de saint Paul, il inscrivait le nom de la B. Catherine de Ricci dans le Catalogue des Saints, la proclamant. sainte à la face de l'Eglise universelle.

La bulle de canonisation est le plus admirable résumé de cette vie merveilleuse.

Dans : Année dominicaine ou vies des saints, des bienheureux, des martyrs et autres personnes illustres ou recommandables par leur piété de l’un ou l’autre sexe de l’Ordre des Frères-Prêcheurs distibuées suivant les jours de l’année. Nouvelle édition revue et annotée par des religieux du même Ordre, Février t. II, Lyon,Jevaix imprimeur-éditeur, 1884.


[1] Abrégé de la vie de la B. Catherine de Ricci, d'après les pièces du procès de béatification, par le P. Virginio Valsechi (Florence, 1738); Vie de Sainte Catherine de Ricci par le P. Ceslas Bayonne (Paris 1873).

[2] Actuellement sainte Catherine de Ricci est fêtée le 4 février.

[3] Catherine, par l'ascendant de sa sainteté, avait attiré et conduisait à Jésus-Christ non seulement une multitude de filles ou de femmes pieuses vivant dans le monde mais encore bon nombre de prêtres, séculiers ou religieux, plusieurs nobles citoyens, de Florence, qui gardaient pour la mémoire de Savonarole un culte ; enthousiaste, culte que la Sainte pratiquait elle-même.

[4] Ce Christ est encore aujourd'hui conservé et vénéré au monastère de Prato, dans la cellule de la Sainte.




NOTA :

Nous remercions soeur Ancilla Marie pour l'envoi de cet extrait biographique de Sainte Catherine de Ricci.



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Re: Saints et Bienheureux!! (Ordre Alphabétique)

Message par Marie du 65 le Sam 28 Oct 2017 - 9:58

SAINTE
CATHERINE DE SIENNE
dominicaine, auteur mystique
et Docteur de l'Église
(1347-1380)




BIOGRAPHIE

Catherine Benincasa naquit à Sienne le 25 mars 1347 qui était à la fois le dimanche des Rameaux et le jour de l'Annonciation.

En 1352, elle eut une vision du Christ-Pontife et fit vœu de virginité.

A l'âge de quinze ans, Sainte Catherine revêtit l'habit des sœurs de la Pénitence de Saint Dominique (les mantellata).

Après la mort de sa sœur Bonaventura, elle commença une vie d’ascèse.

En 1368, après le retour à Dieu de son père et son mariage mystique avec le Christ, Catherine sauva ses frères pendant un coup d’état à Sienne. Deux ans après, elle donna son cœur à Jésus pour l’Église.

De la même année datent ses premières lettres et les premières conversions.

La jeune mystique provoqua quelques émotions dans sa cité et dans l’Ordre des dominicains.

Elle dut comparaître devant le Chapitre général des dominicains à Florence en 1374. C'est alors qu'elle rencontra le Bienheureux Raymond de Capoue qui deviendra son directeur spirituel.

A partir de 1375 commence une période de sa vie durant laquelle elle prend de manière plus publique, la défense des intérêts du Pape et manifeste son souci de l’unité et de l’indépendance de l’Église, ainsi que du retour du Pape d’Avignon à Rome.

Elle rencontre le pape Grégoire XI à Avignon. En septembre 1376, elle retourne à Sienne et Grégoire XI prend le chemin de Rome.

Catherine continue son service d’ambassadrice du pape auprès des villes italiennes toujours en pleine ébullition.

En 1378, après le décès de Grégoire XI, Urbain VI est élu pape. 5 mois après cette élection tumultueuse et les maladresses de l’élu, malgré les appels à la patience et les mises en garde de Catherine de Sienne, survient le Grand Schisme d’Occident et l’élection de l'antipape Clément VII (Robert de Genève).

Catherine se bat pour que soit reconnu Urbain VI.

La même année 1378, elle commence la rédaction de ses Dialogues, qui, rapporte une tradition, auraient été composés en cinq jours d’extase, du 9 au 14 octobre.

Catherine vient s’établir définitivement à Rome. Deux ans après, après avoir reçu dans une vision, la nef de l’Église sur ses épaules, dans l’église du Vatican, Catherine meurt à Rome à l’âge de 33 ans.

Bien que ne sachant pas écrire et ne connaissant pas le latin, elle laisse derrière elle une œuvre considérable. L’importance de son œuvre pour la langue italienne moderne est reconnue.

Appartenant au tiers-ordre dominicain, cette fille de Saint Dominique canonisé en 1461 par le pape Pie II est patronne de l’Italie et a été déclarée docteur de l’Église par le pape Paul VI, le 4 octobre 1970 en même temps que Sainte Thérèse d’Avila.

Discours de Paul VI

Le dimanche 4 Octobre 1970, Paul VI a présidé dans la Basilique Vaticane la cérémonie solennelle de la proclamation de Sainte Catherine de Sienne comme Docteur de l'Église.

Voici le texte du discours prononcé par le Pape en la basilique Saint Pierre :

La joie spirituelle qui a rempli notre âme en proclamant Docteur de l'Église  l'humble et sage vierge dominicaine, Catherine de Sienne, trouve sa référence la plus haute et, dirons-nous, sa justification dans la joie très pure éprouvée par le Seigneur Jésus lorsque, comme le rapporte le saint évangéliste Luc, « il tressaillit de joie sous l'action du Saint Esprit » et dit :

« Je te bénis Père, Seigneur du ciel et de la terre, d'avoir caché cela aux sages et aux habiles et de l'avoir révélé aux tout petits.

Oui, Père, car tel a été ton bon plaisir.[1] »

En vérité, en remerciant le Père d'avoir révélé les secrets de sa sagesse divine aux humbles, Jésus ne pensait pas seulement aux Douze qu'il avait choisis dans un peuple sans culture et qu'il enverrait un jour comme ses apôtres pour instruire toutes les nations et pour leur enseigner ce qu'il leur avait prescrit[2], mais aussi à tous ceux qui croiraient en lui, parmi lesquels seraient innombrables ceux qui seraient les moins doués aux yeux du monde.

Et l'Apôtre des gentils se plaisait à observer cela en écrivant à la communauté de Corinthe la grecque, ville où pullulaient les gens infatués de sagesse humaine :

« Considérez votre appel.

Il n'y a pas beaucoup de sages, selon la chair, ni beaucoup de puissants, ni beaucoup de gens bien nés. Mais ce qu'il y a de fou dans le monde, voilà ce que Dieu a choisi pour confondre les sages; ce qu'il y a de faible dans le monde, voilà ce que Dieu a choisi pour confondre la force ; ce qui dans le monde est sans naissance et ce que l'on méprise, voilà ce que Dieu a choisi ; ce qui n'est pas, pour réduire à rien ce qui est, afin qu'aucune chair n'aille se glorifier devant Dieu.[3]

Ce choix préférentiel de Dieu, dans la mesure où il est insignifiant ou même méprisable aux yeux du monde, avait déjà été annoncé par le Maître lorsqu'il avait appelé, en nette contradiction avec les estimations terrestres, heureux et candidats à son Royaume les pauvres, les affligés, les doux, les affamés de justice, les purs de cœur, les artisans de la paix[4].

Il n'est certes pas dans notre intention d'hésiter à mettre en relief comment, dans la vie et dans l'activité extérieure de Catherine, les Béatitudes évangéliques ont eu modèle de vérité et de beauté exceptionnelles.

Tous, d'ailleurs, vous vous rappelez combien elle a été libre en esprit de toute convoitise terrestre, combien elle a été affamée de justice et envahie jusqu'aux entrailles de miséricorde dans sa recherche de porter la paix au sein des familles et dans les villes déchirées par des rivalités et des haines atroces, combien elle s'est prodiguée pour réconcilier la république de Florence avec le Souverain Pontife Grégoire XI, jusqu'à exposer sa propre vie à la vengeance des rebelles.

Nous ne nous arrêterons pas à regarder les grâces mystiques exceptionnelles dont le Seigneur a voulu la gratifier, parmi lesquelles le mariage mystique et les saints stigmates.

Nous croyons aussi que ce n'est pas, en la présente circonstance, le moment de rappeler l'histoire des magnanimes efforts accomplis par la sainte pour persuader le Pape de revenir à Rome, son siège légitime.

Le succès qu'elle a finalement obtenu fut vraiment le chef-d'œuvre de son intense activité qui restera dans les siècles sa grande gloire et constituera un titre tout spécial à l'éternelle reconnaissance de l'Église.

Nous croyons par contre opportun en ce moment de mettre brièvement en lumière le second titre qui justifie, en conformité avec le jugement de l'Église, l'accord du titre de Docteur à la fille de l'illustre ville de Sienne, et c'est l'excellence particulière de la doctrine.

Quant au premier titre, celui de la sainteté, son approbation solennelle fut exprimée amplement et dans un style unique d'humaniste par le Pontifie Pie II, son compatriote, dans la bulle de canonisation « Misericordias Domini », dont il fut lui-même l'auteur.

La cérémonie liturgique spéciale eut lieu dans la Basilique Saint-Pierre le 29 juin 1461.

Que dirons-nous donc de l'éminence de la doctrine de sainte Catherine

Certainement nous ne trouverons pas dans les écrits de la sainte, c'est-à-dire dans les Lettres, conservées en nombre assez considérable, dans le « Dialogue de la divine Providence » ou « Livre de la doctrine divine » et dans les « orationes », la vigueur apologétique et les hardiesses théologiques qui distinguent les œuvres des grandes lumières de l'Église ancienne de l'Orient et de l'Occident.

Nous ne pouvons pas non plus exiger de la vierge peu cultivée de Fontebranda les hautes spéculations propres à la théologie systématique, qui ont rendu immortels les docteurs du Moyen Age scolastique.

Et, s'il est vrai que se reflète dans ses écrits, et d'une manière surprenante, la théologie du Docteur angélique, celle-ci y apparaît dépouillée de tout revêtement scientifique.

Ce qui frappe plus que tout au contraire dans la sainte, c'est la science infuse, c'est-à-dire l'assimilation brillante, profonde et enivrante de la vérité divine et des mystères de la foi contenus dans les livres de l'Ancien et du Nouveau Testaments : une assimilation favorisée, oui, par des dons naturels très particuliers mais évidemment prodigieux, due à un charisme de sagesse du Saint Esprit, un charisme mystique.

Catherine de Sienne offre dans ses écrits un des plus brillants modèles de ces charismes d'exhortation, de parole de sagesse et de parole de science que saint Paul nous a montrés agissant dans chaque fidèle dans les communautés chrétiennes primitives et dont il voulait que l'usage fût bien réglé, faisant remarquer que ces dons ne sont pas tant à l'avantage de ceux qui en sont favorisés que plutôt à celui du Corps tout entier de l'Église : comme en lui, en effet, explique l'Apôtre, « c'est le seul et même Esprit qui distribue ses dons à chacun comme il l'entend »,[5] de même sur tous les membres de l'organisme mystique du Christ doit retomber le bénéfice des trésors spirituels que son Esprit prodigue[6].

« Doctrina ejus (scilicet Catharinæ) non acquisita fuit ; prius magistra visa quam est quam discipula » ; c'est ce qu'a déclaré le même Pie II dans la Bulle de canonisation.

Et, en vérité, que de rayons de sagesse surhumaine, que d'appels pressants à l'imitation du Christ dans tous les mystères de sa vie et de sa Passion, que d'invitations à la pratique propre des vertus propres aux divers états de vie sont épars dans les œuvres de la sainte !

Ses lettres sont comme autant d'étincelles d'un feu mystérieux allumé dans son cœur brûlant de l'Amour infini qui est le Saint-Esprit.

Mais quelles sont les lignes caractéristiques, les thèmes principaux de son enseignement ascétique et mystique ?

Il nous semble qu'à l'imitation du « glorieux Paul [7] » dont elle reflète parfois le style vigoureux et impétueux, Catherine soit la mystique du Verbe incarné et surtout du Christ crucifié.

Elle a exalté la vertu rédemptrice du sang adorable du Fils de Dieu, répandu sur le bois de la croix avec la prodigalité de l'amour pour le salut de toutes les générations humaines[8].

Ce sang du Sauveur, la sainte le voit couler d'une manière continuelle au sacrifice de la messe et dans les sacrements, grâce au ministère des ministres sacrés, pour la purification et l'embellissement du Corps mystique du Christ tout entier.

Nous pouvons donc dire que Catherine est la mystique du Corps mystique du Christ, c'est-à-dire de l'Église.





D'autre part, pour elle, l'Église est la mère authentique à laquelle il est juste de se soumettre et d'accorder révérence et assistance.

Elle ose dire : « L'Église n'est rien d'autre que le Christ lui-même.[9] »

Quels ne furent donc pas le respect et l'amour passionné que la sainte nourrissait pour le Pontife romain !

Aujourd'hui, nous personnellement, serviteur des serviteurs de Dieu, nous devons à Catherine une immense reconnaissance, non certes pour l'honneur qui peut retomber sur notre humble personne, mais pour l'apologie mystique de la charge apostolique du successeur de Pierre. Qui ne se rappelle?

Elle contemple en lui « le doux Christ sur la terre[10] », auquel on doit un amour filial et l'obéissance parce que : « qui sera désobéissant au Christ sur la terre, qui tient la place du Christ qui est au ciel, ne participe pas au fruit du sang du Fils de Dieu.[11] »

Et, comme anticipant non seulement sur la doctrine, mais sur le langage même du Concile Vatican II[12], la sainte écrit au Pape Urbain VI : « Père très saint… sachez la grande nécessité, qui est la vôtre et celle de la sainte Église, de garder ce peuple [de Florence] dans l'obéissance et le respect envers votre Sainteté parce que c'est là qu'est le chef et le principe de notre foi.[13] »

Aux cardinaux ensuite, à beaucoup d'évêques et de prêtres, elle adresse de pressantes exhortations et n'épargne pas de sévères reproches, mais toujours en toute humilité et tout respect pour leur dignité de ministres du sang du Christ.

Et Catherine ne pouvait pas oublier qu'elle était la fille d'un Ordre religieux, un des plus glorieux et des plus actifs dans l'Église.

Elle nourrissait donc une singulière estime pour ce qu'elle appelle « les saintes religions » qu'elle considère comme un lien d'union dans le Corps mystique, constitué par les représentants du Christ (selon une qualification qui lui est propre) et le corps universel de la religion chrétienne, c'est-à-dire les simples fidèles.

Elle exige des religieux la fidélité à leur sublime vocation par l'exercice généreux des vertus et l'observation de leur règles respectives. Dans sa maternelle sollicitude, les laïcs ne sont pas les derniers.

Elle leur adresse de nombreuses et vives lettres, les voulant prompts dans la pratique des vertus chrétiennes et des devoirs de leur état, animés d'une ardente charité pour Dieu et pour le prochain puisque eux aussi sont des membres vivants du Corps mystique.

Or, dit-elle, « elle [c'est-à-dire l'Église] est fondée dans l'amour et elle est même l'amour.[14] »

Comment ensuite ne pas rappeler l'action intense développée par la sainte pour la réforme de l'Église ?

C'est principalement aux Pasteurs de l'Église qu'elle adresse ses exhortations, dégoûtée et saintement indignée de l'indolence de beaucoup d'entre eux, frémissante de leur silence tandis que le troupeau qui leur était confié s'égarait et tombait en ruine.

« Hélas, ne plus se taire ! Criez avec cent mille voix, écrit-elle à un haut prélat. Je vois que, parce qu'on se tait, le monde est détraqué, l'Épouse du Christ est pâle, on lui a enlevé sa couleur parce qu'on lui suce le sang par derrière c'est-à-dire le sang du Christ.[15] »

Et qu'est-ce qu'elle entendait par le renouvellement et la réforme de l'Église ?

Certainement pas le renversement de ses structures essentielles, ni la rébellion contre les Pasteurs, ni la voie libre aux charismes personnels, ni les innovations arbitraires dans le culte et dans la discipline, comme certains le voudraient de nos jours.

Au contraire, elle affirme maintes fois que la beauté sera rendue à l'Épouse du Christ et qu'on devra faire la réforme « non par la guerre, mais dans la paix et le calme, par des prières humbles et continuelles, dans les sueurs et les larmes des serviteurs de Dieu.[16] »

Il s'agit donc pour la sainte d'une réforme avant tout intérieure puis extérieure, mais toujours dans la communion et l'obéissance filiale envers les représentants légitimes du Christ.

Fut-elle aussi politique notre très pieuse Vierge ?

Oui, sans aucun doute, et d'une manière exceptionnelle, mais dans un sens tout spirituel du mot.

En effet elle repoussait avec dédain l'accusation de politicienne que lui adressaient certains de ses concitoyens, en écrivant à l'un d'eux : « …

Et mes concitoyens croient que par moi ou par la compagnie que j'ai avec moi il se fait des traités: ils disent la vérité, mais ils ne la connaissent pas et ils prophétisent, puisque je ne veux pas faire autre chose et je ne veux pas que qui est avec moi fasse autre chose que de vaincre le démon et de lui enlever la domination de l'homme qu'il a prise par le péché mortel et d'arracher la haine du cœur humain et de le mettre en paix avec le Christ crucifié et avec son prochain.[17] »

Donc la leçon de cette femme politique « sui generis » conserve encore son sens et sa valeur, bien qu'aujourd'hui on sente davantage le besoin de faire la distinction entre les choses de César et celles de Dieu.

L'enseignement politique de la sainte trouve sa plus authentique et parfaite expression dans ce jugement lapidaire qu'elle a porté :

« Aucun État ne peut se conserver en état de grâce dans la loi civile et dans la loi divine sans la sainte justice.[18] »

Non contente d'avoir développée un enseignement intense et très vaste de vérité et de bonté par la parole et par les écrits, Catherine voulait le sceller par l'offrande finale de sa vie pour le Corps mystique du Christ, qui est l'Église, alors, qu'elle n'avait que 33 ans.

De son lit de mort, entourée de fidèles disciples, dans une petite cellule voisine de l'église de Sainte Marie sopra Minerva à Rome, elle adressa au Seigneur cette émouvante prière, vrai testament de foi et d'amour reconnaissant très ardent :

« Ô Dieu éternel, reçois le sacrifice de ma vie [en faveur de] ce Corps mystique de la sainte Église. Je n'ai rien d'autre à donner que ce que tu m'as donné. Prends donc le cœur et tiens-le sur la face de cette épouse.[19] »

C'est donc le message d'une foi très pure, d'un amour ardent, d'une consécration humble et généreuse à l'Église catholique en tant que Corps mystique et Épouse du divin Rédempteur : c'est le message typique du nouveau Docteur de l'Église, Catherine de Sienne, pour l'illumination et l'exemple de tous ceux qui se glorifient de lui appartenir. Recueillons-le, ce message, avec un esprit reconnaissant et généreux pour qu'il soit la lumière de notre vie terrestre et le gage d'une appartenance future assurée à l'Église triomphante du ciel.

Amen !



[1] Évangile selon saint Luc, X 21; évangile selon saint Matthieu, XI 25-26.
[2] Évangile selon saint Matthieu, XXVIII 19-20.
[3] Première épître de saint Paul aux Corinthiens, I 26-29.
[4] Évangile selon saint Matthieu, V 3-10.
[5] Première épître de saint Paul aux Corinthiens, XII 11.
[6] Première épître de saint Paul aux Corinthiens, XI 5 ; épître de saint Paul aux Romains, XII 8 ; première épître de saint Paul à Timothée, VI 2 ; épître de saint Paul à Tite, II 15.
[7] Sainte Catherine de Sienne : « Dialogues de la divine Providence », chapitre XI.
[8] Sainte Catherine de Sienne : « Dialogues de la divine Providence », chapitre CXXVII.
[9] Sainte Catherine de Sienne : Lettre CLXXI.
[10] Sainte Catherine de Sienne : Lettre CXCVI.
[11] Sainte Catherine de Sienne : Lettre CCVII.
[12] Vatican II : Constitution dogmatique « Lumen gentium »n° 23.
[13] Sainte Catherine de Sienne : Lettre XVII.
[14] Sainte Catherine de Sienne : Lettre CIII.
[15] Sainte Catherine de Sienne : Lettre XVI, au Cardinal d'Ostie.
[16] Sainte Catherine de Sienne : « Dialogues de la divine Providence », chapitre XV.
[17] Sainte Catherine de Sienne : Lettre CXXII.
[18] Sainte Catherine de Sienne : « Dialogues de la divine Providence », chapitre CXIX.
[19] Sainte Catherine de Sienne : « Dialogues de la divine Providence », chapitre CCCLXI.
SOURCE : "Missel"



A suivre....Dialogue et Lettres
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Re: Saints et Bienheureux!! (Ordre Alphabétique)

Message par Marie du 65 le Dim 29 Oct 2017 - 17:56

PREMIERE PARTIE

AU NOM DE JÉSUS CRUCIFIÉ, DE LA DOUCE VIERGE MARIE,
DU GLORIEUX PATRIARCHE DOMINIQUE.






I

Une âme, avide de la gloire de Dieu et du prochain, s'applique humblement à la prière ; elle adresse quatre demandes à Dieu, lorsqu'elle lui est unie par la charité.





1.     Une âme qui désire ardemment l'honneur de Dieu et le salut du prochain s'applique d'abord aux exercices ordinaires et se renferme dans l'étude de sa propre fragilité, afin de mieux connaître la bonté de Dieu à son égard. Cette connaissance fait naître l'amour, et l'amour cherche à suivre et à revêtir la vérité.

2.      Rien ne donne plus la douceur et la lumière de la vérité qu'une prière humble et continuelle, qui a pour fondement la connaissance de Dieu et de soi-même.

Cette prière unit l'âme à en lui faisant suivre les traces de Jésus crucifié, et en la rendant un autre lui-même par la tendresse du désir et par l'intimité de l'amour.

Notre-Seigneur n'a-t-il pas dit :

“Si quelqu'un m'aime, il gardera mes commandements” ; et ailleurs : “Celui qui m'aime est aimé de mon Père : je l'aimerai et je me manifesterai à lui ; il sera une même chose avec moi, et moi avec lui” (S. Jean, XIV, 21).

3.     Nous trouvons dans l'Écriture plusieurs paroles semblables, qui nous prouvent que l'âme, par l'effet de l'amour de Dieu, devient un autre lui-même ; et pour nous en convaincre, voici ce qu'une servante de Dieu, étroitement unie à lui dans la prière, avait appris de son bon Maître au sujet de l'amour infini qu'il porte à ceux qui le servent :

4.      “Ouvre l’œil de ton intelligence, lui disait-il, regarde en moi, et tu verras la dignité et la beauté de ma créature raisonnable.

Entre toutes les grâces dont j'ai embelli l'âme en la créant à mon image et ressemblance, admire le vêtement nuptial de la charité et l'ornement des vertus que portent ceux qui me sont continuellement unis par l'amour.

Si tu me demandes qui sont ceux-là, je te répondrai, ajoutait le très doux et très aimable Verbe de Dieu, ceux-là sont d'autres moi-même qui ont voulu perdre et détruire leur volonté pour se conformer à la mienne, et l'âme s'unit à moi en toute choses”.

Il est donc bien vrai que l'âme s'unit à Dieu par l'amour.

5.     Lorsque cette âme voulut connaître plus clairement la vérité, afin de pouvoir la suivre davantage, elle fit à Dieu le Père quatre demandes humbles et ferventes : la première était pour elle, parce qu'elle comprenait qu'on ne peut être utile au prochain par son enseignement, ses exemples et ses prières, si l'on n'acquiert pas la vertu soi-même ; la seconde demande était pour la réforme de la sainte Église ; la troisième demande était pour l'univers entier, afin d'obtenir surtout le salut et la paix de ces chrétiens qui insultent et persécutent l'Église avec tant d'acharnement ; par la quatrième demande, elle implorait le secours de la divine Providence pour tous les hommes et pour un cas particulier.





II

Dieu augmente le désir de l'âme en lui montrant la misère du monde

1.     Ce désir de l'honneur de Dieu et du salut des hommes était grand et continuel ; mais il s'accrut bien davantage lorsque la Vérité suprême lui eut montré la misère du monde, les périls et les vices où il est plongé ; elle le comprit aussi en recevant une lettre dans laquelle son père spirituel lui expliquait la peine et la douleur immense que doivent causer l'outrage fait à Dieu, la perte des âmes et les persécutions contre la sainte Église.

2.      L'ardeur de son désir augmentait alors ; elle pleurait l'offense de Dieu, mais elle se réjouissait aussi dans l'espérance que la miséricorde infinie voudrait bien arrêter de semblables malheurs.

Et parce que, dans la sainte communion, l'âme s'unit plus doucement à Dieu et connaît davantage la. vérité, puisque alors elle est en Dieu, et Dieu est en elle, comme les poissons qui sont dans la mer en sont eux-mêmes pénétrés, cette âme avait hâte d'arriver au lendemain matin, afin de pouvoir entendre la messe.

3.     C'était une fête de la Sainte Vierge : dès que le jour eut paru et que la messe fut sonnée, elle y courut avec tous les désirs qui l'agitaient ; elle avait une telle connaissance de sa faiblesse et de ses imperfections, qu'elle croyait être la principale cause de tout le mal qui se faisait dans le monde, et cette connaissance lui inspirait une horreur d'elle-même et une soif de la justice qui la purifiaient de toutes les taches qu'elle apercevait en elle.

Elle disait :

Ô Père éternel, je m'accuse moi-même devant vous, punissez-moi de mes offenses ; et puisque je suis la cause principale des peines que supporte mon prochain, faites-les moi souffrir, je vous en conjure.





III

Les œuvres de l'homme sont insuffisantes pour expier et mériter dès qu'elles sont séparées de la charité.

1.     L'éternelle Vérité acceptait le désir de cette âme et l'attirait en haut comme l'offrande des sacrifices de l'Ancien Testament, lorsque le feu du ciel descendait et prenait ce qui était agréable à Dieu.

La douce Vérité faisait de même en cette âme ; elle lui envoyait le feu de l'Esprit Saint qui consumait le sacrifice du désir qu'elle lui avait offert, et elle lui disait :

Ne sais-tu pas, ma fille, que toutes les peines que souffre et que peut souffrir une âme dans cette vie, sont incapables d'expier la faute la plus légère ? L'offense faite à moi, qui suis le Bien infini, demande une satisfaction infinie.

2.      Je veux que tu saches que toutes les peines ne sont pas données en cette vie pour expier, mais pour corriger. Ce sont les moyens que prend un père pour changer un enfant qui l'offense.


La satisfaction est dans l'ardeur d'une âme qui se repent véritablement, et qui hait le péché.

La contrition parfaite satisfait à la faute et à la peiné, non par la douleur qu'on éprouve, mais par le désir infini qu'on ressent.

3.     Celui qui est infini veut un amour et une douleur infinis. Il veut la douleur infinie de l'âme, d'abord pour les offenses qu'elle a faites à son Créateur, et ensuite pour celles qu'elle voit commettre par le prochain.

Ceux qui ont ce désir infini, et qui me sont par conséquent unis par l'amour, gémissent amèrement : lorsqu'ils m'offensent ou qu'ils me voient offenser, Leurs peines, spirituelles ou corporelles, de quelque côté qu'elles viennent, acquièrent un mérite infini et satisfont à la faute qui méritait une peine infinie, quoique ces œuvres elles-mêmes soient finies et accomplies dans le temps qui est fini.

Ils ont agi avec un désir infini et leurs peines ont été supportées avec une contrition, un regret de l'offense infinis, et c'est pour cela que la satisfaction est parfaite.

4.     C'est ce qu'explique saint Paul lorsqu'il dit “J'aurais beau parler la langue des anges et des hommes, prophétiser, donner tout mon bien aux pauvres, et livrer mon corps aux flammes, si je n'ai pas la charité, tout cela ne me servira de rien” (I Co., XIII, 1-3).

L'Apôtre prouve par là que les œuvres finies sont incapables d'expier et de mériter sans le concours de la charité.





IV

Le désir et la contrition du cœur satisfont à la faute et à la peine pour soi et pour les autres, quelquefois à la faute seulement et non à la peine.

1.     Je t'ai montré, ma fille bien-aimée, que la faute n'est pas punie par la seule peine qu'on souffre dans le temps comme expiation, mais par la peine qui vient de l'amour et de la contrition du cœur.

Ainsi l'efficacité n'est pas dans la peine, mais dans le désir de l'âme ; et ce désir, comme toutes les autres vertus, n'a de valeur et de force qu'en Jésus-Christ, mon Fils unique ; sa mesure est l'amour que l'âme a pour lui et sa fidélité à suivre ses traces. C'est là le seul et véritable moyen.

2.      Les peines ne satisfont à la faute que par ce doux et intime amour qui naît de la connaissance de ma bonté, et par cette amère et profonde contrition du cœur qui vient de la connaissance de soi-même et de ses fautes.

Cette connaissance produit la haine et la fuite du péché et de la sensualité. Elle fait comprendre qu'on est digne de toutes sortes de châtiments et qu'on ne mérite aucune consolation.

3.     La très douce Vérité disait encore :

Oui, la contrition du cœur et les sentiments d'une patience sincère et d'une humilité véritable, font que l'âme se trouve digne de peines et indigne de récompenses ; l'humilité porte à tout souffrir avec patience, et c'est en cela que consiste la satisfaction.

4.      Tu me demandes des peines pour satisfaire aux offenses que commettent contre moi les créatures, et tu désires me connaître et m'aimer, moi qui suis la Vérité suprême et la Source de la vie.

Le moyen d'acquérir ma connaissance et de goûter ma vérité éternelle, c'est de ne jamais sortir de la connaissance de toi-même. En t'abaissant dans la vallée de l'humilité, tu me connaîtras en toi, et tu trouveras dans cette connaissance tout ce qui te sera nécessaire.

5.     Aucune vertu ne peut exister sans la charité et sans l'humilité, qui est la gouvernante et la nourrice de la charité. La connaissance de toi-même te donnera l'humilité, parce que tu verras que tu n'as pas l'être par toi-même, mais par moi, qui vous aimais jusque dans les profondeurs du néant ; et cet amour ineffable que j'ai eu pour vous a voulu vous renouveler dans la grâce en vous lavant et vous recréant par ce sang que mon Fils unique a répandu avec tant d'ardeur.

C'est ce sang qui enseigne la vérité à celui qui a dissipé le nuage de l'amour-propre par la connaissance de soi-même ; et ce sang est l'unique maître.

6.      L'âme, en recevant ces leçons, éprouve un amour immense, et cet amour lui cause une peine continuelle, non pas une peine qui l'afflige et la dessèche, mais qui l'engraisse au contraire.

Elle a connu ma vertu, et ses fautes, l'ingratitude et l'aveuglement des hommes ; elle en ressent une peine inexprimable, mais elle souffre parce qu'elle aime ; sans l'amour elle ne souffrirait pas ainsi.

Dès que vous aurez connu ma vérité, il faudra supporter jusqu'à la mort les tribulations, les injures et les affronts de toutes sortes, en l'honneur et à la gloire de mon nom.

7.     Souffrez ces épreuves avec une vraie patience, avec une douleur sincère de tout ce qui m'offense, avec un amour ardent de tout ce qui peut glorifier mon nom.

Vous satisferez ainsi à vos fautes et à celles de mes autres serviteurs.

Vos peines, rendues efficaces par la puissance de la charité, pourront. expier et mériter pour vous et. pour les autres. Pour vous, vous recevrez le fruit de la vie ; les fautes qui vous sont échappées seront effacées, et je ne me rappellerai pas que vous les avez commises pour les autres, je prendrai votre charité en considération, et je leur donnerai selon les dispositions avec lesquelles ils les recevront.

A ceux qui écouteront avec respect et humilité mes serviteurs, je remettrai la faute et la peine, parce qu'ils parviendront à la connaissance et à la contrition de leurs péchés.

8.      Les prières et les ardents désirs de mes serviteurs seront pour eux des semences de grâces ; en les recevant humblement ils en profiteront à des degrés différents, selon les efforts de leur volonté.

Oui, ils seront pardonnés à cause de vos saints désirs, à moins que leur obstination soit telle, qu'ils veuillent être séparés de moi par le désespoir et qu'ils méprisent le sang de mon Fils, qui les a rachetés avec tant d'amour.

9.     Quel fruit en retireront-ils ? Le fruit qu'ils en retireront, c'est que, contraint par les prières de mes serviteurs, je les éclairerai ; j'exciterai les aboiements de leur conscience, et je leur ferai sentir la bonne odeur de la vertu, en leur rendant douce et profitable la société de mes amis.

10.    Quelquefois je permettrai que le monde leur laisse entrevoir ses misères, les passions qui l'agitent et le peu de stabilité qu'il présente, afin que leurs désirs s'élèvent aux choses supérieures et qu'ils se dirigent vers le ciel, leur patrie.

J'emploierai mille moyens ; l’œil ne saurait voir, la langue raconter, et le cœur imaginer toutes les ruses qu'invente mon amour pour leur donner ma grâce et les remplir de ma vérité.

J'y suis poussé par cette inépuisable charité qui me les a fait créer, et aussi par les prières, les désirs et les angoisses de mes serviteurs. Je ne puis rester insensible à leurs larmes, à leurs sueurs et à leurs humbles demandes ; car c'est moi-même qui leur fais aimer ainsi leur prochain et qui leur inspire cette douleur de la perte des âmes.

11.   Je ne puis cependant pas remettre la peine, mais seulement la faute, à ceux qui, de leur côté, ne sont pas disposés à partager mon amour et l'amour de mes serviteurs.

Leur contrition est parfaite comme leur amour, et ils n'obtiennent pas comme les autres la satisfaction de la peine, mais seulement le pardon de la faute ; car il faut qu'il y ait rapport entre celui qui donne et celui qui reçoit. Ils sont imparfaits, et ils reçoivent imparfaitement la perfection des désirs et des peines qui me sont offerts pour eux.

12.    Je t'ai dit qu'ils recevaient avec le pardon encore d'autres grâces, et c'est la vérité ; car, lorsque la lumière de la conscience et les autres moyens que je viens d'indiquer leur ont fait remettre leur faute, ils commencent à connaître leur intérieur et à vomir la corruption de leur péché ; ils se purifient et obtiennent de moi des grâces particulières.

13.   Ceux-là sont dans la charité commune, qui acceptent en expiation les peines que je leur envoie ; et s'ils ne font point résistance à la clémence du Saint-Esprit, ils quittent le péché et reçoivent la vie de la grâce.

Mais par ignorance et par ingratitude, ils méconnaissent ma bonté et les fatigues de mes serviteurs ; tout ce qu'ils ont reçu de ma miséricorde leur tourne en ruine et en condamnation.

Ce n'est pas la miséricorde qui leur fait défaut, ni le secours de ceux qui l'ont humblement obtenue pour eux, mais c'est leur libre arbitre qui a malheureusement rendu leur cœur dur comme le diamant.

Cette dureté, ils peuvent la vaincre tant qu'ils sont maîtres de leur libre arbitre, ils peuvent réclamer le sang de mon Fils et l'appliquer sur leur cœur pour l'attendrir, et ils recevront le bénéfice de ce sang qui a payé pour eux.

14.    Mais s'ils laissent passer le délai du temps, il n'y aura plus de remède, parce qu'ils n'auront point fait fructifier le trésor que je leur avais confié en leur donnant la mémoire pour se rappeler mes bienfaits, l'intelligence pour voir et connaître la vérité, et l'amour pour les attacher à moi, qui suis cette Vérité éternelle que l'intelligence leur avait fait connaître !

C'est là le trésor que je vous ai donné et qui doit me rapporter ; ils le vendent et l'aliènent au démon, qui devient leur maître et le propriétaire de tout ce qu'ils ont acquis pendant la vie.

Ils ont rempli leur mémoire de plaisirs et de souvenirs déshonnêtes ; ils sont souillés par l'orgueil, l'avarice, l'amour-propre et la haine du prochain, qui leur devient insupportable ; ils ont même persécuté mes serviteurs, et toutes ces fautes ont égaré leur intelligence dans le désordre de la volonté. Ils tomberont avec le démon dans les peines de l'enfer, parce qu'ils n'auront pas satisfait à leurs fautes par la contrition et la haine du péché.

15.   Ainsi tu vois que l'expiation de la faute est dans la parfaite contrition du cœur, et non dans les souffrances temporelles ; non seulement la faute, mais la peine qui en est la suite, est remise à ceux qui ont cette contrition parfaite, et en général, comme je te l'ai dit, ceux qui sont purifiés de la faute, c'est-à-dire qui sont exempts de péchés mortels, reçoivent la grâce ; mais s'ils n'ont pas une contrition suffisante et un amour capable de satisfaire la peine, ils vont souffrir dans le purgatoire.

16.    Tu vois que la satisfaction est dans le désir de l'âme unie à moi, le Bien Infini, et qu'elle est petite ou grande selon la mesure de l'amour de celui qui fait la prière et du désir de celui qui reçoit.

C'est cette mesure de celui qui m'offre et de celui qui reçoit qui est la mesure de ma bonté. Ainsi, travaille à augmenter les flammes de ton désir, et ne te lasse pas un instant de crier humblement vers moi et de m'offrir pour ton prochain d'infatigables prières. Je le dis pur toi et pour le père spirituel que je t'ai donné sur terre, afin que vous agissiez avec courage et que vous mouriez à toutes sortes de sensualités.





V

Combien plaît à Dieu le désir de souffrir pour lui.

1.     Rien ne m'est plus agréable que le désir de souffrir jusqu'à la mort des peines et des épreuves pour le salut des âmes ; plus on souffre, plus on prouve qu'on m'aime ; l'amour fait connaître davantage ma vérité ; et plus on la connaît, plus on ressent de douleur des fautes qui m'offensait.

Ainsi, en me demandant de punir sur toi les péchés des autres, tu me demandes l'amour, la lumière, la connaissance de la vérité ; car l'amour se proportionne à la douleur, et augmente avec elle.

2.      Je vous ai dit :

Demandez, et vous recevrez ; je ne refuserai jamais celui qui me demandera dans la vérité. L'ardeur de la divine charité est si unie dans l'âme avec la patience parfaite, que l'une, ne peut y subsister sans l'autre.

Dès que l'âme veut m'aimer, elle doit vouloir aussi supporter, par amour pour moi, toutes les peines que je lui accorderai, quelles que soient leur mesure et leur forme. La patience ne vit que de peines et la patience est la compagne inséparable de la charité. Ainsi donc supportez tout avec courage ; sans cela vous ne sauriez être les époux de ma vérité, les amis de mon Fils, et vous ne pourriez montrer le désir que vous avez de mon honneur et du salut des âmes.





VI

Toute vertu et tout défaut se développent par le moyen du prochain.

1.     Je veux que tu saches que toute vertu et tout défaut se développent par le moyen du prochain. Celui qui est dans ma disgrâce fait tort au prochain et à lui-même, qui est son principal prochain. Ce tort est général et particulier ; il est général parce que vous êtes obligé d'aimer votre prochain comme vous-même, et qu'en l'aimant, vous devez lui être utile spirituellement par vos prières et vos paroles ; vous devez le Conseiller et l'aider dans son âme et dans son corps, selon ses nécessités, au moins de désir, si vous ne pouvez le faire autrement.

2.      Celui qui ne m'aime pas, n'aime pas son prochain, et ne l'aimant pas il ne peut lui être utile. II se fait tort, puisqu'il se prive de la grâce ; il fait tort au prochain, puisqu'il le prive des prières et des saints désirs qu'il devait m'offrir pour lui, et dont la source est mon amour et l'honneur de mon nom.

3.     Ainsi tout mal vient à l'occasion du, prochain qu'on n'aime pas, dès qu'on ne m'aime pas ; et quand on n'a plus cette double charité, on fait le mal puisqu'on n'accomplit plus le bien. A qui fait, ou le mal, si ce n'est à soi-même ou au prochain ? Ce n'est pas à moi, car le mal ne saurait m'atteindre, et je ne regarde fait à moi que celui qui est fait aux autres.

4.      On fait le mal contre soi-même, puisqu'on se prive de ma grâce, et qu'on ne peut par conséquent se nuire davantage. On fait le mal contre le prochain, puisqu'on ne lui donne pas ce qui lui est dû au nom de l'amour, et qu'on ne m'offre pas pour lui les prières et les saints désirs de la charité.

5.     C'est là une dette générale envers toute créature raisonnable ; mais elle est plus sacrée à l'égard de tous ceux qui vous entourent parce que vous êtes obligés de vous soutenir les uns les autres par vos paroles et vos bons, exemples, recherchant en toutes choses l'utilité de votre prochain, comme celle de votre âme, sans passion et sans intérêt.

Celui qui n'agit pas ainsi manque de charité fraternelle, et fait par conséquent tort à son prochain ; non seulement il lui fait tort en ne lui faisant pas le bien qu'il pourrait lui faire, mais encore en le portant au mal.

6.      Le péché est actuel ou mental dans l'homme : il se commet mentalement lorsqu'on se délecte dans la pensée du péché, et lorsqu'on déteste la vertu par un effet de l'amour sensitif, qui détruit la charité qu'on doit avoir pour moi et pour le prochain.

Dès qu'on a conçu ainsi le péché, on l'enfante contre le prochain de diverses manières, selon la perversité de la volonté sensitive.

C'est quelquefois une cruauté spirituelle et corporelle : elle est spirituelle, lorsqu'on se voit ou qu'on voit les créatures en danger de mort et de damnation par la perte de la grâce, et qu'on est assez cruel pour ne pas recourir à l'amour de la vertu et à la haine du vice.

7.     Quelquefois on pousse cette cruauté jusqu'à vouloir la communiquer aux autres : non seulement on ne lui donne pas l'exemple de la vertu, mais on fait l'office du démon, en retirant les autres de la vertu autant qu'on le peut, et en les conduisant au vice.

Quelle cruauté plus grande peut-on exercer envers l'âme que de lui ôter ainsi la vie de la grâce et de lui donner la mort éternelle ?

La cruauté envers le corps a sa Source dans la cupidité. Non seulement on néglige d'assister son prochain, mais encore on le dépouille jusque dans sa pauvreté, soit par force, soit par fraude, en lui faisant racheter son bien et sa vie.

8.      Ô cruauté impitoyable, pour laquelle je serai sans miséricorde, si elle n'est pas rachetée par la compassion et la bienveillance envers le prochain !

Elle enfante des paroles que suivent souvent la violence et le meurtre, ou bien des impuretés qui souillent et changent. les autres cri animaux immondes ; et ce n'est pas une personne ou deux qui sont infectées, ce sont tous ceux qui fréquentent et approchent seulement ce cruel corrupteur.

9.     Que n'enfante pas aussi l'orgueil, si avide de réputation et d'honneur! On méprise le prochain, on s'élève au dessus de lui et on lui fait injure. Si l'on est dans une position supérieure, on commet l'injustice, et on devient le bourreau des autres.

10.    Ô ma fille bien-aimée, gémis sur toutes ces offenses et pleure sur tous ces morts, afin que tes prières les ressuscitent.

Tu vois quand et comment les hommes commettent le péché contre le prochain et par son moyen. Sans le prochain, il n'y aurait pas de péchés secrets ou publics. Le péché secret, c'est de ne pas l'assister comme on doit le faire ; le péché public, c'est cette génération de vices dont je viens de parler. Il est donc vrai que toutes les offenses me sont faites par le moyen du prochain.





VII

Les vertus s'accomplissent par le moyen du prochain. Pourquoi elles sont si différentes dans les créatures.

1.     Je t'ai dit que tous les péchés se font par le moyen du prochain ; leur cause est dans le défaut de la charité, qui seule fait naître, vivifie et développe toute vertu. L'amour-propre qui détruit la charité et l'amour du prochain, est le principe et le fondement de tout mal. Le scandale, la haine, les cruautés, toutes les fautes viennent de cette racine mauvaise, qui empoisonne le monde entier, et qui trouble le corps de la sainte Église et toute la chrétienté.

2.      Je t'ai dit que les vertus avaient leur fondement dans l'amour du prochain, parce que c'est la charité qui donne la vie à toutes les vertus ; il est impossible d'acquérir aucune vertu sans la charité, c'est-à-dire sans mon amour.

3.     Dès que l'âme se connaît, elle trouve l'humilité et la haine de la passion sensitive, parce qu'elle connaît la loi mauvaise, qui captive la chair et combat sans cesse l'esprit. Elle conçoit alors de la haine et de l'horreur contre la sensualité, et elle s'applique avec zèle à la soumettre à la raison.

4.      Tous les bienfaits qu'elle a reçus de moi lui font comprendre la grandeur de ma bonté, et l'intelligence qu'elle en a lui donne l'humilité, parce qu'elle sait que c'est ma grâce seule qui l'a tirée des ténèbres et lui procure la clarté de cette lumière.

Dès qu'elle a reconnu ma bonté, elle aime d'une manière désintéressée, et d'une manière intéressée d'une manière désintéressée, quant à son utilité particulière ; d'une manière intéressée quant à la vertu qu'elle a embrassée pour moi, parce qu'elle sait qu'elle ne me serait point agréable Si elle n'avait pas la haine du péché et l'amour de la vertu.

5.     Dès qu'elle m'aime, elle aime le prochain, sans cela son amour ne serait pas véritable ; car mon amour et l'amour du prochain ne font qu'un. Plus une âme m'aime, plus elle aime le prochain, parce que l'amour qu'on a pour lui procède de mon amour.

6.      C'est là le moyen que je vous ai donné pour que vous exerciez et cultiviez en vous la vertu. Votre vertu ne peut m'être utile, mais elle, doit profiter au prochain. Vous montrez que vous avez ma grâce en m'offrant pour lui de saintes prières et les désirs ardents que vous avez de mon bonheur et du salut des âmes.

7.     L'âme qui est amoureuse de ma vérité ne cesse jamais d'être utile aux autres en général et en particulier, peu ou beaucoup, selon la disposition de celui qui reçoit, et selon l'ardent désir de celui qui demande et me force de donner. Je te l'ai dit, en t'expliquant que, sans l'ardent désir, la peine ne pouvait suffire, à expier la faute.

8.      Lorsque l'âme possède cet amour qu'elle puise en moi et qu'elle étend au prochain et au salut du monde entier, elle cherche à faire partager aux autres les avantages et la vie de la grâce qu’elle en retire.

Elle s'applique à satisfaire aux besoins particuliers de ceux qui l’entourent.

Elle montre la charité générale pour toutes les créatures. Elle veut servir ses proches en leur communiquant, selon leur nombre et leur mesure, les grâces dont je l'ai faite dépositaire et ministre Car j'ai charge les uns de faire le bien dans l'enseignement de la doctrine, sans avoir égard à leurs intérêts, et j'ai chargé les autres de le faire par les saints exemples que vous étés tous obliges de leur donner pour l'édification du prochain.

9.     Ces vertus et bien d'autres, qu'il serait trop long de nommer, sont les fruits de l'amour véritable du prochain, je les donne à chacun d'une manière différente, afin qu'étant partagées entre tous, la vertu et la charité naissent de leur harmonieux ensemble.

10.    J'ai donné une vertu à celui-ci, et une autre vertu à celui-là ; mais aucune vertu ne peut être parfaite sans qu'on ait à un certain degré les autres ; car toutes les vertus sont liées ensemble, et chaque vertu est le commencement et le principe des autres.

A l'un je donne la charité, à l'autre la justice, l'humilité ou une foi vive, la prudence, la tempérance, la patience ou la force. Je diversifie ainsi mes dons dans les âmes, distribuant à toutes des grâces spéciales.

Mais dès que l'âme possède une vertu qu'elle pratique et qu'elle développe de préférence, cette vertu entraîne naturellement les autres ; car, comme je l'ai dit, toutes les vertus sont liées par les liens de la charité.

11.   Mes dons sont temporels ou spirituels. J'appelle temporels toutes les choses nécessaires à la vie de l'homme, et ces choses je les dispense avec une grande inégalité.

Je ne les donne pas toutes à un seul, afin que des besoins réciproques deviennent une occasion de vertu et un moyen d'exercer la charité.

II m'était très facile de donner à chacun ce qui est utile à son corps et à son âme ; mais j'ai voulu que tous les hommes eussent besoin les uns des autres pour devenir ainsi les ministres et les dispensateurs des dons qu'ils ont reçus de moi.

Que l'homme le veuille ou non, il est forcé d'exercer la charité envers son prochain : seulement, si cette charité ne s'exerce pas par amour pour moi, elle ne sert de rien dans l'ordre de la grâce.

12.    Ainsi tu vois que c'est pour organiser la charité que j'ai rendu les hommes mes ministres, et que je les ai placés dans des états et des rapports si différents. Il y a bien des manières d'être dans ma maison, et l'amour est la seule chose que je vous demande ; car c'est en m'aimant qu'on aime le prochain, et celui qui aime le prochain accomplit la loi ; quiconque possède l'amour rend avec bonheur à son prochain tous les services qu'il peut lui rendre.





VIII

Les vertus s'éprouvent et se fortifient par leurs contraires.

1.     Je t'ai dit que l'homme, en servant son prochain, prouve l'amour qu'il a pour moi. J'ajoute que c'est par le prochain qu'on pratique les vertus et surtout la patience, quand il en reçoit des injures.

II exerce son humilité avec le superbe, sa foi avec l'incrédule, son espérance avec celui qui désespère, sa justice avec l'injuste, sa bonté avec le méchant, sa douceur avec celui qui est en colère.

2.      Le prochain est l'occasion de toutes les vertus, comme il est aussi celle de tous les vices. L'humilité brille par l'orgueil, car l'humilité détruit l'orgueil et en triomphe. Le superbe ne peut nuire à celui qui est humble, et l'infidélité de celui qui ne m'aime pas et n'espère pas en moi ne peut nuire à celui qui m'est fidèle, ni affaiblir la foi et l'espérance que lui donne mon amour.

Elle les fortifie au contraire et les montre dans la charité qu'il a pour le prochain ; car, lorsque mon serviteur fidèle voit quelqu'un qui n'espère plus en lui et en moi, il ne cesse pas pour cela de l'aimer, et il demande au contraire son salut avec plus d'ardeur.

Celui qui ne m'aime pas ne peut avoir foi en moi ; son espérance est dans la sensualité qui captive son cœur. Tu vois donc que c'est par l'infidélité et par le défaut d'espérance des autres que la foi s'exerce ; c'est là qu'elle trouve les occasions d'agir et de se développer.

3.     La justice aussi n'est pas détruite par l'injustice ; la patience de celui qui souffre montre au contraire la justice, comme la douceur et la résignation brillent d'un plus grand éclat dans les orages de la colère : l'envie, le mépris et la haine sont aussi vaincus par la charité par le désir et la faim du salut des âmes.

4.      Non seulement ceux qui rendent le bien pour le mal montrent leur vertu, mais ils la communiquent souvent. Ils mettent les charbons ardents de la charité sur la tête de leur prochain ; ils chassent la haine qui s'était emparée de son cœur, et la colère se charge tout à coup en bienveillance c'est un miracle que produit l'affectueuse patience de celui qui supporte la colère du méchant et qui lui pardon ne. La force et la persévérance ont leurs aliments dans l'injure et dans la calomnie des hommes qui, par la violence ou la séduction, veulent détourner mes serviteurs du chemin de la vérité. Celui qui est fort et persévérant le montre, dans sa conduite envers le prochain ; celui qui succombe alors prouve que sa vertu n'est rien.





IX

On doit s'attacher plus aux vertus qu'à la pénitence. - La discrétion tire sa vie de l'humilité ; elle rend à chacun ce qui lui est dû.



1.     Les œuvres douces et saintes que je réclame de mes serviteurs sont les vertus intérieures d'une âme éprouvée, plutôt que les vertus qui s'accomplissent au moyen du corps, par les abstinences et les mortifications : ce sont là les instruments de la vertu plutôt que la vertu.

Celui qui les emploie sans la vertu me sera peu agréable, et même, s'il les emploie sans discrétion en s'attachant d'une manière exagérée à la pénitence, il nuira véritablement à la perfection.

2.      Le fondement de la perfection est l'ardeur de mon amour, une sainte haine de soi-même, une humilité vraie, une patience parfaite, et toutes ces vertus intérieures de l'âme qui s'unissent à un désir insatiable de ma gloire et du salut des âmes.

Ces vertus prouvent que la volonté est morte, et que la sensualité est vaincue par l'amour. C'est avec cette discrétion qu'on doit faire pénitence : la vertu est le but principal ; la pénitence n'est qu'un moyen pour l'atteindre, et il faut toujours l'employer dans la seule mesure du possible.

3.     En s'appuyant trop sur la pénitence, on nuit à sa perfection, parce qu'on ne suit pas la lumière de la connaissance de soi-même et de ma souveraine bonté, et qu'on n'obéit pas à la vérité en dépassant les bornes de ma haine ou de mon amour.

4.      La discrétion n'est autre chose qu'une connaissance vraie que l'âme doit avoir d'elle-même et de moi, et c'est dans cette connaissance qu'elle prend racine ; elle a un rejeton qui est lié et uni à la charité.

Elle en a beaucoup d'autres, comme un arbre a beaucoup de rameaux, mais ce qui donne la vie à l'arbre et aux rameaux, c'est la racine ; cette racine doit être plantée dans la terre de l'humilité, qui porte et nourrit la charité, où est enté le rejeton et l'arbre de la discrétion.

5.     La discrétion ne serait plus une vertu et ne produirait pas de fruits de vie si elle n'était plantée dans l'humilité, parce que l'humilité vient de la connaissance que l'âme a d'elle-même.

Aussi t'ai-je dit que la racine de la discrétion était une connaissance vraie de soi-même et de ma bonté, qui fait rendre à chacun ce qui lui est du le plus justement possible.

6.      L'âme me rend ce qui m'est dû en rendant gloire et louange à mon nom, en m'attribuant les grâces et les dons qu'elle sait avoir reçus de moi ; elle se rend à elle-même ce qui lui est dû en reconnaissant qu'elle n'est pas, que son être lui vient uniquement de ma grâce, et tout ce qu'elle a de plus vient de moi et non pas d'elle.

Il lui semble qu'elle est ingrate pour tant de bienfaits, qu'elle est coupable d'avoir si peu profité du temps et des grâces reçues, et qu'elle mérite d'en être sévèrement punie. Elle conçoit alors un regret violent et une profonde haine de ses défauts.

7.     Voici ce que fait la discrétion fondée sur la connaissance de soi-même et sur une humilité vraie. Sans l'humilité l'âme ne serait pas juste, et son défaut de discrétion aurait sa source dans l'orgueil, comme la discrétion a la sienne clans l'humilité.

Elle me déroberait mon honneur en se l'attribuant à elle-même, et elle m'attribuerait ce qui lui appartient en se plaignant et en murmurant injustement de ce que j'ai fait pour elle et pour mes autres créatures. Elle se scandaliserait également de moi et du prochain.

8.      Ceux qui ont la discrétion n'agissent point ainsi. Lorsqu'ils m'ont rendu et qu'ils se sont rendu justice, ils accomplissent aussi leur devoir envers le prochain en l'aimant d'une charité sincère, en priant pour lui avec une humble persévérance, comme il faut le faire les uns pour les autres ; en lui donnant tous les enseignements et les bons exemples, les conseils et les secours qui sont nécessaires à son salut.

Quelle que soit la position de l'homme, qu'il commande ou qu'il obéisse, s'il a cette vertu, tout ce qu'il fera pour le prochain sera fait avec discrétion et charité, car ces deux choses sont inséparables : elles reposent sur une humilité sincère, qui vient de la connaissance de soi-même.

X

La charité, l'humilité et la discrétion sont inséparables, et l'âme doit les posséder.


1.     Sais-tu dans quel rapport sont ces trois vertus ?

Suppose un cercle tracé sur la terre, et au milieu un arbre avec un rejeton qui lui serait uni ; l'arbre se nourrit de la terre contenue dans la largeur du cercle ; s'il en était arraché, il mourrait et ne pourrait donner de fruits tant qu'il n'y serait pas replanté.

L'âme aussi est un arbre fait pour l'amour et qui ne peut vivre que d'amour.

Si l'âme n'a pas l'amour divin d'une parfaite charité, elle ne donnera pas de fruits de vie, mails des fruits de mort.

Il faut que sa racine se nourrisse dans le cercle d'une véritable connaissance d'elle-même, et cette connaissance la fixe en moi, qui n'ai ni commencement ni fin. Quand tu tournes dans un cercle, tu n'en trouves ni le commencement ni la fin, et cependant tu t'y vois renfermée.

2.      Cette connaissance que l'âme a de moi et d'elle-même repose sur la terre d'une véritable humilité, dont l'étendue est proportionnée à celle du cercle de cette connaissance qu'elle a de moi en elle.

Sans cela, le cercle ne serait pas sans commencement et sans fin ; il aurait un commencement, puisqu'il commencerait à la connaissance d'elle-même, et finirait dans la confusion, parce que cette connaissance serait séparée de moi.

3.     L'arbre de la charité se nourrit de l'humilité et produit le rejeton d'une véritable discrétion, ainsi que je te l'ai montré.

La moelle de l'arbre, c'est-à-dire de la charité dans l'âme, est la patience qui prouve que je suis dans l'âme et que l'âme est en moi.

Quand cet arbre est ainsi planté, il porte des fleurs d'une éclatante vertu et les parfums les plus délicieux ; il donne des fruits excellents à tous ceux qui désirent suivre et imiter mes serviteurs ; il rend ainsi honneur et gloire à mon nom et il accomplit le but de la création. Il arrive à son terme, à moi qui suis la vie véritable, et rien ne peut le dépouiller s'il n'y consent pas.

Tous les fruits de cet arbre sont inséparables, et ils viennent de la discrétion.






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Marie du 65
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Re: Saints et Bienheureux!! (Ordre Alphabétique)

Message par Marie du 65 le Ven 3 Nov 2017 - 11:32



XI

La pénitence doit être le moyen d'acquérir la vertu et non le but principal de l'âme.

Des lumières de la discrétion en diverses circonstances.


1.     Les fruits que je demande d'une âme doivent prouver la réalité de la vertu au temps de l'épreuve.

Souviens-toi de ce que je t'enseignais autrefois, lorsque tu désirais faire de grandes pénitences ; tu me disais :

“Que pourrais-je faire, que pourrais-je endurer pour vous ?”

Je te répondais intérieurement :

“J'aime peu de paroles, mais beaucoup d’œuvres” afin de te faire comprendre que je m'attache peu à celui dont la bouche me dit :

“Seigneur, Seigneur, que puis-je faire pour vous ?” et qui désire par amour pour moi mortifier son corps par la pénitence, sans vaincre et tuer sa volonté.

Ce que je préfère, ce sont les actes d'une courageuse patience et les oeuvres d'une vertu intérieure, qui agit toujours sous' l'influence de la grâce ; tout ce qu'on fait en dehors de ce principe, je le regarde comme de simples paroles, parce que ce sont des actes bornés, et moi, qui suis l'infini, je veux des actes et un amour sans borne.

2.      Je veux que les œuvres de pénitence et les autres pratiques corporelles soient le moyen et non pas le but de l'âme ; si c'était le but, ce serait un acte borné, comme la parole qui sort des lèvres et qui n'existe plus, quand elle ne sort pas avec l'amour de l'âme qui conçoit et enfante véritablement la vertu.

Si ce que j'appelle une parole est uni à l'ardeur de la charité, alors cette parole me devient agréable, parce qu'elle n'est pas seule, mais qu'elle est accompagnée d'une discrétion véritable, et que l'acte du corps est un moyen et non pas le but principal.

3.     Il ne convient pas que le but principal de l'âme soit dans la pénitence et dans les autres œuvres extérieures, car ces oeuvres sont finies et s'accomplissent dans le temps ; il faut quelquefois que la créature les abandonne ou qu'on les lui défende.

Les circonstances et l'ordre des supérieurs peuvent l'exiger : les accomplir alors serait, non pas un mérite, mais une grande offense. Tu vois donc que ce sont des œuvres bornées, qu'il faut prendre pour moyen et non pour but ; car, en les prenant pour but, l'âme serait vide lorsqu'il faudrait les laisser.

4.      Aussi mon Apôtre, le glorieux saint Paul, dit dans son Épître, de mortifier le corps et de tuer. la volonté, c'est-à-dire de dompter le corps en macérant la chair lorsqu'elle veut se révolter contra l'esprit.

Mais la volonté a besoin d'être entièrement vaincue, détruite et soumise à ma volonté.

On triomphe ainsi de la volonté par le moyen de la vertu de discrétion, qui fait que l'âme déteste ses fautes et sa sensualité en acquérant la connaissance d'elle-même ; c'est là l'arme victorieuse qui tue l'amour-propre né de la volonté.

5.     Ceux qui agissent ainsi m'offrent non seulement des paroles, mais encore beaucoup d'œuvres, et en disant beaucoup, je n'en fixe pas le nombre, parce que la charité fait naître toutes les vertus, et l'âme qui y est affermie ne doit pas connaître de limites.

Je n'exclus pas non plus les paroles, mais je dis qu'elles doivent être peu nombreuses, parce que les œuvres extérieures sont bornées.

Elles me sont agréables cependant, lorsqu'elles sont le moyen de la vertu et non pas le but principal.

6.      Il faut bien se garder de mesurer la perfection sur la pénitence.

Celui qui tue son corps par la mortification peut être moins parfait que celui qui le traite plus doucement. La vertu et le mérite ne consistent pas dans l'acte ; car que deviendrait celui qui, pour une cause légitime, ne pourrait l'accomplir ? La vertu et le mérite sont dans la charité unie à la discrétion, et la discrétion ne met pas de bornes à la charité, parce que je suis la souveraine et éternelle Vérité.

7.     Il ne peut y avoir de mesure à mon amour, mais il y en a à l'amour du prochain : c'est la lumière de la discrétion, née de la charité, qui le règle ; car il n'est jamais permis de commettre une faute dans l'intérêt même du prochain.

Si l'on pouvait par un seul péché retirer le monde entier de l'enfer ou produire un grand bien, il ne faudrait pas commettre ce péché, parce que la charité ne serait pas discrète, et qu'on ne doit pas faire le mal pour le bien et l'utilité du prochain.

8.      Une sainte discrétion apprend aux puissances de l'âme à me servir avec courage ; elle enseigne à aimer le prochain avec ardeur et à donner la vie du corps pour le salut des âmes, si l'occasion s'en présente.

Elle fait souffrir mille tourments pour procurer aux autres la vie de la grâce, et elle sacrifie le nécessaire même pour les assister et les secourir dans leurs nécessités corporelles.

9.     C'est ainsi qu'agit la discrétion dans la lumière que lui donne la charité.

Toute âme qui veut vivre de ma grâce doit avoir pour moi un amour sans borne et sans mesure, et avec cet amour aimer le prochain selon les règles de la charité, sans jamais commettre de faute pour lui être utile.

10.    C'est l'enseignement de saint Paul lorsqu'il dit que la charité bien ordonnée est de commencer par soi-même ; autrement on ne servirait pas parfaitement le prochain ; car lorsque la perfection n'est pas dans l'âme, tout ce qu'elle fait pour elle et pour les autres est imparfait.

Serait-il convenable que, pour sauver des créatures qui sont finies et créées, on m'offensât, moi qui sais le Bien éternel et infini ? La faute ne pourrait jamais être compensée par le bien qu'elle procurerait ; ainsi on ne doit jamais la commettre.

11.   La véritable charité le comprend, parce qu'elle porte avec elle la lumière d'une sainte discrétion.

Cette lumière dissipe les ténèbres, détruit l'ignorance, prépare toutes les vertus et devient le principal moyen.

Elle est une prudence qui ne peut s'égarer, une force qui est invincible, une persévérance qui unit les extrêmes, le ciel à la terre, parce qu'elle conduit de ma connaissance à la connaissance de soi-même, et de mon amour à l'amour du prochain.

12.    Elle échappe par l'humilité à tous les pièges du tentateur, et par la prudence à toutes les séductions des créatures.

Sa main, qui n'a d'autre arme que la patience, triomphe du démon et de la chair avec l'aide de cette douce et bonne lumière, parce qu'elle connaît sa fragilité, et que, la connaissant, elle a pour elle la haine qu'elle mérite.

Dès lors elle dédaigne, méprise et foule aux pieds le monde ; elle en reste maîtresse.

13.   Tous les tyrans de la terre ne peuvent ôter la vertu d'une âme ; leurs persécutions, au contraire, la fortifient et l'augmentent.

Cette vertu que mon amour a fait naître s'éprouve et se développe par le prochain ; car si elle ne se manifestait pas dans l'occasion, si elle ne répandait pas ses clartés sur les créatures, ce serait une preuve qu'elle ne viendrait pas de la vérité. La vertu ne peut être parfaite et utile que par l'intermédiaire du prochain.

14.    L'âme est comme une femme qui conçoit un fils si elle ne le met pas au monde, si elle ne le montre pas aux hommes, son époux ne peut pas dire qu'il a un fils.

Et moi qui suis l'époux de l'âme, si elle n'enfante pas ce fils de la vertu dans la charité du prochain, si elle ne le montre pas .quand l'occasion le demande, ne peut-on pas dire qu'elle est stérile ?

Ce que j'ai dit des vertus, on peut le dire des vices ; ils s'exercent tous par l'intermédiaire du prochain.

XII

Dieu promet aux souffrances de ses serviteurs le repos et la réforme de l'Église.

1.     Ma souveraine bonté t'a montré la vérité et la doctrine par laquelle tu peux acquérir une grande perfection et la conserver. Je t'ai dit comment tu devais satisfaire à la faute et à la peine, en toi et en ton prochain.

La souffrance que supporte une créature attachée à un corps mortel ne peut satisfaire à la faute et à la peine, si elle n'est pas unie à une charité sincère, à une contrition véritable et à une haine profonde du péché.

La souffrance, lorsqu'elle est unie à la charité, ne satisfait pas par sa propre vertu, mais par la vertu de la charité et du regret qu'on a de ses péchés.

La charité s'acquiert par la lumière de l'intelligence et par la sincérité du cœur qui se fixe en moi, qui suis la Charité. Je t'ai expliqué ces choses lorsque tu m'as demandé de souffrir.

2.      Je t'ai enseigné comment mes serviteurs doivent s'offrir à moi en sacrifice ; ce sacrifice doit être à la fois et corporel et spirituel.

Le vase n'est pas séparé de l'eau quand on la présente au maître. L'eau sans le vase ne pourrait lui être présentée, et le vase sans l'eau lui serait inutile

. Vous devez donc m'offrir le vase de toutes les peines que je vous envoie, sans en choisir le lieu, le temps et la mesure, qui dépendent de mon bon plaisir.

Mais ce vase doit être plein, c'est-à-dire que vous devez endurer les peines avec amour, avec résignation, et supporter avec patience les défauts du prochain, ne haïssant que le péché.

Votre vase alors est plein de l'eau de ma grâce qui donne la vie, et je reçois avec délices ce présent que me font mes épouses, les âmes fidèles.

J'accepte leurs ardents désirs, leurs larmes, leurs soupirs, leurs ferventes prières et ces preuves de leur amour apaisent ma colère contre mes ennemis et les hommes pervers, qui commettent contre moi tant d'offenses.

3.     Ainsi donc, souffrez avec courage jusqu'à la mort ; œ sera le signe évident de votre amour pour moi.

Après avoir mis la main à la charrue, ne regardez pas en arrière par crainte de quelque créature ou de quelque tribulation.

Réjouissez-vous au contraire dans vos épreuves ; le monde se complaît dans ses injustices ; pleurez-les, et celles qui m'offensent vous offensent, et celles qui vous offensent m'offensent.

Ne suis-je pas .devenu une seule chose avec vous ?

4.      Je vous ai donné mon image et ma ressemblance. Lorsque vous avez perdit la grâce par le péché, pour vous rendre la vie, j'ai uni ma nature à la vôtre en revêtant votre humanité.

Vous avez mon image, et j'ai pris la vôtre en me faisant homme.

Je suis donc une même chose avec vous, et si l'âme veut bien m'aimer, si elle ne me quitte pas par le péché mortel, elle est en moi, et moi en elle.

C'est pour cela que le monde la persécute, parce que le monde n'a pas ma ressemblance et qu'il a persécuté mon Fils unique jusqu'à la mort ignominieuse de la Croix.

Il agit de même envers vous ; il vous poursuit et vous poursuivra jusqu'à la mort, parce qu'il ne m'aime pas ; si le monde m'avait aimé, il vous aimerait ; mais réjouissez-vous, car votre joie sera grande dans le ciel.

5.     En vérité, je vous le dis, plus la tribulation abondera dans le corps mystique de la sainte Église, plus aussi abondera la douceur de la consolation.

Et quelle sera cette douceur ?

Ce sera la réforme et la sainteté de ses ministres qui fleuriront pour la gloire et l'honneur de mon nom, et qui élèveront vers moi le parfum de toutes les vertus.

Ce sont les ministres de mon Église qui seront réformés, et non pas mon Église, car la pureté de mon épouse ne peut être diminuée et détruite par les fautes de ses serviteurs.

6.      Réjouis-toi donc, ma fille, avec le directeur de ton âme et avec mes autres serviteurs ; réjouissez-vous dans votre douleur.

Moi qui suis la Vérité éternelle, je vous promets de vous soulager. Après la douleur viendra la consolation, parce que vous aurez beaucoup souffert pour la réforme de la sainte Église.

XIII

L'âme consolée dans sa peine, et fortifiée dans ses espérances par les paroles de Dieu, prie pour la sainte Église et pour tous les hommes.

1.     Alors cette âme se sentit embrasée d'un ardent désir et d'un amour ineffable pour la bonté infinie de Dieu. Elle voyait et connaissait l'étendue de cette charité, qui avait bien voulu répondre avec tant de douceur à ses demandes et les exaucer, en adoucissant par l'espérance la douleur que lui avaient causée les offenses contre Dieu, le malheur de l'Église et la connaissance de sa propre misère.

Elle cessait ses larmes, mais elle en versait bientôt de nouvelles lorsque Dieu lui montrait la voie de la perfection, les péchés commis contre lui, et le danger que couraient les âmes.

2.      La connaissance que cette âme avait d'elle-même lui faisait mieux connaître Dieu, parce qu'elle lui montrait sa bonté ; et elle voyait dans la douce connaissance de Dieu, comme dans un miroir, sa dignité et son indignité sa dignité, car la création l'avait faite à l'image de Dieu, et cela par grâce et non par mérite ; son indignité, car elle était tombée d'elle-même dans le péché.

L'âme apercevait ses souillures dans la pureté divine, et elle désirait les effacer.

Plus cette lumière et cette connaissance augmentaient, plus sa douleur augmentait ; mais plus aussi elle diminuait par l'espérance que lui donnait la vérité.

3.     Ainsi que le feu s'accroît à mesure qu'on l'alimente, l'ardeur de cette âme grandissait au point qu'il eût été impossible au corps de la supporter, et que la mort serait venue, si elle n'avait puisé sa force en celui qui est la force suprême.

Purifiée par les flammes de la charité qu'elle trouvait dans la connaissance de Dieu et d'elle-même, de plus en plus excitée par l'espérance du salut du monde et de la réforme de l'Église, dont elle voyait la lèpre et les misères, elle s'éleva avec confiance devant le Seigneur, et lui dit comme autrefois Moïse :

Seigneur, jetez les regards de votre miséricorde sur votre peuple et sur le corps mystique de la sainte Église. Si vous pardonnez à tant de créatures, si votre bonté infinie les retire du péché mortel et de l'éternelle damnation, vous serez plus glorifié que si vous ne pardonnez qu'à moi, misérable, qui vous ai tant offensé, qui suis l'occasion et l'instrument de tant de mal.

4.      Je vous en conjure, ineffable Charité, vengez-vous sur moi et faites miséricorde à votre peuple.

Je gémirai en votre présence jusqu'à ce que vous m'ayez exaucée. A quoi me sert d'avoir la vie, si votre peuple est dans la mort, si votre épouse, qui doit être la lumière, reste dans les ténèbres, et cela par ma faute plutôt que par celle des autres créatures ?

Aussi je vous en conjure, faites miséricorde à votre peuple, au nom de cet amour qui vous a porté à créer l'homme à votre image et à votre ressemblance.

5.     En disant cette ineffable parole :

“Faisons l'homme à notre image et à notre ressemblance”, et en l'accomplissant, vous avez voulu faire participer l'homme à votre adorable Trinité.

Vous lui avez donné la mémoire, pour qu'il retînt vos bienfaits et qu'il participât à votre puissance.

Ô Père éternel, vous lui avez donné l'intelligence, pour qu'il comprit votre bonté et qu'il participât à la sagesse de votre Fils unique ; vous lui avez donné la volonté, pour qu'il aimât ce que l'intelligence verrait et connaîtrait de la vérité, et qu'il participât à l'ardeur du Saint-Esprit.

Et qu'est-ce qui vous a fait élever l'homme à une si haute dignité ? C'est cet amour, incompréhensible avec lequel vous avez regardé en vous-même votre créature ; vous, vous êtes passionné pour elle, ,vous l'avez créée, vous lui avez donné l'être, afin de la faire jouir de vous, qui êtes le Bien suprême.

6.      Le péché qu'elle a commis l'a fait déchoir du rang où vous l'aviez placée ; sa révolte l'a mise en opposition avec votre bonté, et nous sommes devenus vos ennemis.

Alors le même amour qui vous avait porté à nous créer, vous a porté à relever le genre humain de l'abîme où il était tombé.

La paix a remplacé la guerre ; vous nous avez donné le Verbe, votre Fils unique, qui nous a réconciliés avec vous. Il a été notre justice, parce qu'Il a pris sur lui nos injustices ; il s'est fait obéissant pour nous, en revêtant, lorsque vous le lui avez ordonné, la chair de notre humanité.

7.    Ô abîme de charité, comment le cœur ne se brise-t-il pas en voyant tant de grandeur unie à tant de bassesse ? Nous étions faits à votre image, et vous vous faites à la nôtre, en vous unissant à l'homme, en cachant votre divinité sous la chair misérable et corrompue d'Adam ; et pourquoi ? par amour.

Dieu se fait homme, et l'homme devient Dieu. Au nom de cet amour qui vous presse, faites miséricorde, je vous en supplie, à toutes vos créatures.

XIV

Dieu se plaint des péchés des chrétiens, et particulièrement de ceux de ses ministres. - Du sacrement de l'Eucharistie et des bienfaits de l'Incarnation.

1.     Alors Dieu jeta un regard miséricordieux sur cette âme qui l'invoquait avec des larmes si ferventes ; il se laissa vaincre par l'ardeur de ses désirs, et il lui dit :

Ma bien douce fille, tes larmes sont toutes puissantes, parce qu'elles sont unies à ma charité et qu'elles sont répandues par amour pour moi.

Je ne puis résister à tes désirs. Mais regarde les souillures qui déshonorent le visage de mon épouse. Elle porte comme une lèpre affreuse l'impureté, l'amour-propre, l'orgueil et l'avarice de ceux qui vivent dans leurs péchés. Tous les chrétiens en sont infectés, et le corps mystique de la sainte Église n'en est point exempt !

2.      Oui, mes ministres, qui se nourrissent du lait de son sein, ne songent pas qu'ils doivent le distribuer à tous les fidèles et à ceux qui veulent quitter les ténèbres de l'erreur et s'attacher à I'Église. Vois avec quelle ignorance, avec quelle ingratitude ils me servent.

Combien sont indignes et irrespectueuses les mains qui reçoivent le lait de mon Épouse et le sang de mon Fils ! Ce qui donne la vie leur cause la mort, parce qu'ils abusent de ce sang, qui doit vaincre les ténèbres, répandre la lumière et confondre le mensonge.

3.     Ce sang précieux est la source de tout bien ; il sauve et rend parfait tout homme qui s'applique à le recevoir ; il donne la vie et la grâce avec plus ou moins d'abondance, selon les dispositions de l'âme ; mais il n'apporte que la mort à celui qui vit dans le péché.

C'est la faute de celui qui vit dans le péché. C'est la faute de celui qui reçoit, et non pas la faute du sang ou la faute de ceux qui l'administrent ; ils pourraient être plus coupables sans en altérer la vertu ; leur péché ne peut nuire à celui qui reçoit, mais à eux seulement, s'ils ne se purifient pas dans la contrition et le repentir.

4.      Oui, c'est un grand malheur de recevoir indignement le sang de mon Fils ; c'est souiller son âme et son corps ; c'est être bien cruel envers soi-même et envers le prochain ; car c'est se priver de la grâce ; c'est fouler aux pieds le bénéfice du sang reçu dans le baptême qui a lavé la tache originelle.

Je vous ai donné le Verbe, mon Fils unique, parce que le genre humain tout entier était corrompu par le péché du premier homme, et que, sortis de la chair viciée d'Adam, vous ne pouviez plus acquérir la vie éternelle.

5.     J'ai voulu unir ma grandeur infinie à la bassesse de votre humanité, afin de guérir votre corruption et votre mort, et de vous rendre la grâce qu'avait détruite le péché. Je ne pouvais souffrir comme Dieu la peine que ma justice réclamait pour le péché, et l'homme était incapable d'y satisfaire.

S'il le pouvait dans une certaine mesure pour lui, il ne le pouvait pas pour les autres créatures raisonnables ; et d'ailleurs sa satisfaction ne pouvait être complète, puisque l'offense était commise contre moi, qui suis la bonté infinie.

6.      Il fallait racheter l'homme malgré sa faiblesse et sa misère, et c'est pour cela que j'ai envoyé le Verbe mon Fils, revêtu de votre nature déchue, afin qu'il souffrît dans la chair même qui m'avait offensé, et qu'il apaisât ma colère en endurant la douleur jusqu'à la mort ignominieuse de la croix.

Il satisfit ainsi à ma justice, et ma miséricorde put pardonner à l'homme, et lui rendre encore accessible la félicité suprême pour laquelle il avait été créé.

La nature humaine unie à la nature divine racheta le genre humain, non seulement par la peine qu'elle supporta dans la chair d'Adam, mais par la vertu de la Divinité, dont la puissance est infinie.

7.     Cette union des deux natures m'a rendu agréable le sacrifice de mon Fils, et j'ai accepté son sang, mêlé à la Divinité et tout embrasé du feu de cette charité, qui l'attachait et le clouait à la croix.

La nature humaine satisfit au péché par le mérite de la nature divine : la tache originelle d'Adam disparut, et il n'en resta qu'un penchant au mal, et une faiblesse des sens qui est dans l'homme comme la cicatrice d'une plaie.

8.      La chute d'Adam vous avait mortellement blessés ; mais le grand médecin, mon Fils unique, est venu pour vous guérir ; il a bu le breuvage amer que l'homme ne pouvait boire à cause de sa faiblesse ; il a fait comme la nourrice qui prend une médecine pour guérir son enfant, parce qu'elle est grande et forte, et que son enfant ne peut en supporter l'amertume.

Mon Fils a pris aussi, dans la grandeur et la force de la Divinité unie à votre nature, l'amère médecine du Calvaire, la mort douloureuse de la croix, pour guérir ses enfants et leur rendre la vie que le péché avait détruite.

9.     Il reste seulement une trace du péché originel que vous a donné la naissance ; cette trace même est effacée presque entièrement par le baptême, qui contient et donne la vie de la grâce que lui communique le glorieux et précieux sang de mon Fils.

Dès que l'âme reçoit le saint baptême, le péché originel disparaît, et la grâce y entre. Le penchant au mal, qui est la cicatrice du péché originel, s'affaiblit même, et l'âme peut le vaincre si elle le veut.

Elle peut recevoir et augmenter la grâce dans la mesure du désir qu'elle aura de m'aimer et de me servir.

10.    La grâce du saint baptême lui laisse toute sa liberté pour le bien et pour le mal... Quand vient le moment de jouir du libre arbitre, elle peut en user dans toute la plénitude de sa volonté ; et cette liberté, conquise par le sang glorieux de mon Fils, est si grande, que ni le démon ni les créatures ne peuvent lui faire commettre la moindre faute sans son consentement.

La servitude du péché est détruite, et l'homme peut dominer ses sens et acquérir le bonheur pour lequel il a été créé.

11.   Ô homme misérable, qui te délectes dans la boue comme le fait l'animal, et qui méconnais la grandeur du bienfait que tu as reçu de ma bonté ! O malheureuse créature, tu ne pouvais recevoir davantage au milieu des ténèbres épaisses de ton ignorance.

XV

Le péché est plus gravement puni depuis la Passion de Jésus-Christ. Dieu promet de faire miséricorde, en considération des prières et des souffrances de ses serviteurs.



1.     Tu le vois, ma fille bien-aimée, les hommes ont été régénérés dans le sang de mon Fils et rétablis dans la grâce, mais ils la méconnaissent et s'enfoncent de plus en plus dans le mal ; ils me poursuivent de leurs outrages et méprisent mes bienfaits.

Non seulement ils repoussent ma grâce, mais ils me la reprochent, comme si j'avais d'autre but que leur sanctification.

Plus ils s'endurciront, et plus ils seront punis ; et leur châtiment sera plus terrible qu'il ne l'aurait été avant la Rédemption, qui a effacé la tache du péché originel. N'est-il pas juste que celui qui a beaucoup reçu doive beaucoup ?

2.      L'homme a reçu beaucoup. Il a reçu l'être, il a été fait à mon image et à ma ressemblance, il devait m'en rendre gloire, et il ne l'a pas fait pour se glorifier lui-même.

Il a violé les ordres que je lui avais donnés, et il est devenu mon ennemi. J'ai détruit par l'humilité son orgueil ; j'ai abaissé ma divinité jusqu'à revêtir votre humanité ; je vous ai délivrés de l'esclavage du démon ; je vous ai rendus libres. Non seulement je vous ai donné la liberté, mais j'ai fait l'homme Dieu, comme j'ai fait Dieu homme, en unissant la nature divine à la nature humaine.

3.     Ne me doivent-ils donc rien, ceux qui ont reçu le trésor de ce sang précieux qui les a rachetés, et la dette n'est-elle pas plus grande après la Rédemption qu'avant ?

       Les hommes sont obligés de me rendre gloire et honneur en suivant la parole incarnée de mon Fils : ils me doivent l'amour envers moi et envers le prochain. Ils me doivent des vertus sincères et véritables, et s'ils ne s'acquittent pas, plus ils me doivent et plus ils m'offensent.

4.      Ma justice alors demande que je proportionne la peine à l'offense et que je les frappe d'une damnation éternelle. Aussi le mauvais chrétien est-il beaucoup plus puni que le païen.

Le feu terrible de ma vengeance, qui brûle sans consumer, le torture davantage, et le ver rongeur de la conscience le dévore plus profondément.

Quels que soient leurs tourments, les damnés ne peuvent perdre l'être ; ils demandent la mort sans pouvoir l'obtenir, le péché ne leur ôte que la vie de la grâce.

Oui, le péché est plus puni depuis la Rédemption qu'avant, parce que les hommes ont plus reçu. Les malheureux n'y pensent pas, et se font mes ennemis après avoir été réconciliés dans le sang précieux de mon Fils.

5.     Il y a cependant un moyen d'apaiser ma colère ; mes serviteurs peuvent l'arrêter par leurs larmes et la vaincre par l'ardeur de leurs désirs : c'est ainsi que tu en as triomphé, parce que je t'en ai donné la puissance, afin de pouvoir faire miséricorde au monde.

Oui, j'excite moi-même dans mes serviteurs une faim et une soif dévorantes du salut des âmes, parce que leurs larmes tempèrent les rigueurs de ma Justice.

Versez donc des larmes abondantes ; puisez-les dans l'océan de ma charité, et lavez avec des larmes la face de mon épouse bien-aimée.

Vous lui rendrez cette beauté que ne donnent pas la guerre et la violence, mais que procurent les humbles et douces prières de mes serviteurs et les larmes qu'ils répandent dans l'ardeur de leurs désirs.

Oui, je satisferai ces désirs ; j'éclairerai avec la lumière de votre patience les ténèbres des méchants. Ne craignez pas les persécutions du monde ; je serai toujours avec vous, et ma providence ne vous manquera jamais.

XVI

L'âme, à la vue de la bonté divine, prie pour l'Église et pour le monde.

1.     Alors cette âme, excitée par ces paroles qui l'éclairaient, se présenta pleine de joie devant la Majesté divine.

Elle se confiait dans sa miséricorde, et l'amour ineffable qu'elle ressentait lui faisait comprendre que Dieu désirait pardonner aux hommes, malgré tous leurs outrages.

C'était pour le pouvoir qu'il demandait à ses amis de lui faire une sainte violence, et qu'il leur apprenait le moyen d'apaiser les rigueurs de sa justice.

2.      Alors toute crainte se dissipait ; elle ne redoutait plus les persécutions du monde, puisque le Seigneur devait l'assister et combattre pour elle.

L'ardeur de ses désirs augmentait, et ses prières s'étendaient au monde tout entier. Non seulement elle priait pour le salut des chrétiens et des infidèles qui tiennent à l'Église, mais encore comme Dieu l'y poussait pour la conversion de tous les hommes.

Miséricorde, criait-elle, ô Père éternel ! miséricorde pour ces pauvres brebis dont vous êtes le bon pasteur. Ne tardez pas à faire miséricorde au monde ; hâtez-vous, car il se meurt, parce que les hommes n'ont pas l'union de la charité envers vous ni envers eux-mêmes ; ils ne s'aiment pas d'un amour fondé sur vous, ô éternelle Vérité !

XVII

Dieu se plaint de ses créatures raisonnables et surtout de leur amour-propre.

1.     Dieu, tout embrasé d'amour pour notre salut, excitait de plus en plus l'amour et la douleur dans cette âme, en lui montrant avec quelle passion il avait cherché l'homme, et il lui disait :

Ma fille, ne vois-tu pas que l'homme me frappe et m'offense, moi qui l'ai créé avec tant d'amour, moi qui l'ai comblé de dons presque infinis, que je lui ai accordés par grâce et non par mérite.

Tu vois combien de péchés différents il commet contre moi et combien il m'offense surtout par ce misérable et abominable amour-propre d'où vient tout le mal.

2.      C'est cet amour qui empoisonne le monde entier ; car si mon amour produit toutes les vertus qui s'appliquent au prochain, l'amour-propre renferme en lui tout mal, parce qu'il vient de l'orgueil, comme le mien vient de la charité.

Ce mal s'accomplit par le moyen de la créature et détruit la charité du prochain, parce que celui qui ne m'aime pas, n'aime pas le prochain : ces deux amours sont unis ensemble.

Je t'ai dit que tout bien et tout mal se faisaient par le prochain.

3.     N'ai-je pas raison de me plaindre de l'homme, qui n'a reçu de moi que des bienfaits, et qui ne me rend que de la haine et des offenses?

Cependant, je te l'ai dit et je- te le répète, les larmes de mes serviteurs peuvent apaiser ma colère ; oui, vous tous qui me servez, répandez sans cesse en ma présence Vos ferventes prières et vos ardents désirs : pleurez amèrement les offenses qui me sont faites et le malheur des âmes qui se perdent, et vous adoucirez la rigueur de mes divins jugements.

XVIII

Personne ne peut échapper aux mains de Dieu : tous éprouvent sa miséricorde ou sa justice.

1.     Apprends, ma fille, que personne ne peut échapper à mes mains, parce que je suis celui qui suis.

Vous n'avez pas l'être par vous-mêmes, mais vous êtes faits par moi, qui suis le créateur de toutes les choses qui participent à l'être, excepté du péché, qui n'est pas, car il n'à pas été fait par moi, et comme il n'est pas en moi, il n'est pas digne d'être aimé.

2.      La créature se rend coupable parce qu'elle aime le péché, qu'elle ne devrait pas aimer, et parce qu'elle me hait, moi qu'elle devrait tant aimer, puisque je suis le souverain Bien, et que je lui ai donné l'être avec tant d'amour.

Mais elle ne peut m'échapper : ou elle est punie par ma justice pour ses fautes, ou elle est sauvée par ma miséricorde. Ouvre donc l’œil de ton intelligence et regarde ma main, et tu verras la vérité de ce que je te dis.

3.     Cette âme, pour obéir à l'ordre du Père suprême, regarda, et vit dans sa main l'univers tout entier.

Et Dieu lui disait :

Ma fille, vois et comprends que personne ne peut m'échapper ; tous sont les sujets de ma justice ou de ma miséricorde, car tous ont été créés par moi, et je les aime d'un amour ineffable ; malgré toutes leurs iniquités, je leur ferai miséricorde, et je t'accorderai ce que tu m'as demandé avec tant de larmes et d'ardeur.

XIX

L'âme, de plus en plus embrasée d'amour, désire répandre son sang.

Elle s'accuse elle-même, et prie particulièrement pour son père spirituel.


1.     Alors cette âme, ivre d'amour et tout hors d'elle-même, dans l'ardeur toujours croissante de ses saints désirs, était à la fois heureuse et pleine de douleur.

Elle était heureuse parce qu'elle était unie à Dieu, jouissant des largesses de sa bonté et tout anéantie dans sa miséricorde ; elle était pleine de douleur parce qu'elle voyait offenser cette bonté infinie.

Elle rendait grâces à la Majesté divine en comprenant que Dieu lui avait manifesté les défauts de ses créatures pour la contraindre à s'adresser à lui avec plus de zèle et de désir.

2.      Elle sentait son amour se renouveler au sein de Dieu, et cette sainte flamme de l'amour devenait si ardente, qu'elle désirait changer en sueurs de sang ces sueurs que causaient à son corps les violences de son âme, parce que l'union de son âme avec Dieu était plus grande que l'union de son âme et de son corps.

La force de l'amour la baignait de sueurs, mais elle en avait honte, car c'était son sang qu'elle aurait voulu voir couler. Elle se disait à elle-même :

Ô ma pauvre âme, tu as perdu tous les instants de ta vie ; il y a tant de péchés dans le monde et dans l'Église, tant de malheurs généraux et particuliers !

Je voudrais te les voir réparer par une sueur de sang.

3.     C'est que cette âme avait bien compris les enseignements de l'éternelle Vérité, le besoin de se connaître, la bonté de Dieu à son égard, et le moyen de réparer le mal dans le monde et d'apaiser la justice irritée du Ciel par d'humbles et continuelles prières.

Elle excitait de plus en plus ses désirs et appliquait davantage son intelligence à la contemplation de la charité divine ; elle voyait et sentait combien nous sommes tenus d'aimer et de chercher la gloire et la louange du nom de Dieu dans le salut des âmes.

Elle comprenait que c'était la vocation des serviteurs de Dieu. C'était surtout celle à laquelle la Vérité éternelle appelait le père de son âme, et elle l'offrait à la bonté divine, demandant avec ferveur pour lui la lumière de la grâce, afin qu'il accomplit véritablement la volonté de Dieu en toutes choses.




A suivre...
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Re: Saints et Bienheureux!! (Ordre Alphabétique)

Message par Marie du 65 le Dim 5 Nov 2017 - 9:57



XX

On ne peut plaire à Dieu qu'en supportant les tribulations avec patience.

1.     Alors Dieu répondit à cette demande que lui inspirait l'ardent désir qu'elle avait du salut de son père spirituel.

Il lui disait :

Ma fille, ma volonté est qu'il cherche à me plaire par sa faim et son zèle pour le salut des âmes ; mais ni toi ni lui ne pourrez y parvenir sans souffrir les nombreuses persécutions que je jugerai utile de vous accorder.

2.      Si vous désirez me voir honorer dans l'Église, vous devez vouloir et aimer souffrir avec patience : ce sera la preuve que toi, ton père spirituel, et mes autres serviteurs, vous cherchez véritablement ma gloire.

Vous mériterez ainsi ma tendresse paternelle ; vous reposerez sur la poitrine de mon Fils bien-aimé, que je vous ai donné comme un pont, pour que tous vous puissiez atteindre votre fin dernière, et recevoir le fruit des peines que vous aurez supportées courageusement par amour pour moi.

XXI

Le chemin du ciel ayant été Interrompu par la désobéissance d'Adam, Dieu a fait de son Fils un pont par lequel on peut passer.

1.     Je t'ai dit que j'avais fait du Verbe, mon Fils unique, un pont, et c'est la vérité. Je veux que vous sachiez, vous qui êtes mes enfants, que la route a été rompue par le péché et la désobéissance d'Adam.

Personne ne pouvait arriver à la vie éternelle, l'homme ne rendait plus la gloire qu'il me devait et ne recevait plus le bien pour lequel je l'avais créé à mon image et ressemblance, et dès lors ma vérité ne s'accomplissait pas.

2.      Cette vérité était que je l'avais créé pour qu'il eût la vie éternelle, et qu'en participant à moi, il goûtât les ineffables douceurs de ma bonté suprême. Le péché l'empêchait d'arriver à ce but, et ainsi ma vérité n'était pas accomplie, parce que la faute avait fermé le ciel et la porte de la miséricorde.

Cette faute produisit pour l'homme les épines, les souffrances et les tribulations.

3.     La créature trouva la révolte en elle-même, dès qu'elle se fut révoltée contre moi : la chair combattit l'esprit.

L'homme, en perdant l'état d'innocence, devint un être immonde contre lequel toutes les choses créées se révoltèrent, tandis qu'elles lui auraient été toujours soumises, s'il se fût conservé dans l'état où je l'avais placé.

En ne s'y conservant pas, il a violé l'obéissance et mérité la mort éternelle de l'âme et du corps.

Dès qu'il eut péché ; un fleuve plein de tempêtes se précipita sur lui et l'inonda de peines et de persécutions qui venaient de lui-même, du démon et du monde.

4.      Vous périssiez tous dans ce fleuve, car personne, par son propre mérite, ne pouvait atteindre la vie éternelle.

Pour vous préserver de ce malheur, je vous ai donné mon Fils comme un pont sur lequel vous pouvez passer sans danger le fleuve et les orages de cette vie.

Vois combien la créature me doit, et combien elle est aveugle en voulant toujours se noyer dans ce fleuve et en ne prenant pas le remède que je lui ai donné.

XXII

Dieu invite l'âme à regarder la grandeur de ce pont, et comment il va de la terre au Ciel.

1.     Ouvre l’œil de ton intelligence, ma fille, et tu verras les pauvres aveugles, tu verras aussi les imparfaits et les parfaits qui me suivent dans la vérité ; tu pleureras sur la perte des aveugles, et tu te réjouiras de la perfection de mes enfants bien-aimés.

Tu verras comment font ceux qui marchent dans la lumière et ceux qui marchent dans les ténèbres ; mais avant, je veux que tu regardes ce pont de mon Fils unique, et que tu voies sa grandeur qui s'étend du ciel à la terre, car il comble la distance qui est entre l'infini et votre humanité, il unit le ciel et la terre par l'union que j'ai faite des deux natures.

2.      Il fallait bien rétablir la route qui était rompue, comme je te l'ai dit, afin que vous arriviez à la vie, et que vous traversiez les flots amers du monde.

La terre ne pouvait suffire à ce grand travail, qui devait vous faire passer le fleuve et vous procurer la vie éternelle.

La nature de l'homme était incapable de satisfaire à la faute, et d'effacer la souillure du péché d'Adam qui corrompait et infectait tout le genre humain ; il fallait l'unir à la grandeur de ma nature divine, afin qu'elle pût satisfaire pour tous les hommes ; il fallait que la nature humaine souffrît la peine, et que la nature divine unie à cette nature humaine acceptât le sacrifice de mon Fils qui m'était offert pour vous, pour vous délivrer de la mort et vous donner la vie.

3.     La grandeur de la Divinité s'abaissa jusqu'à la terre de votre humanité, et c'est cette union qui fit ce pont et rétablit la route. Pourquoi mon Fils s'est-il fait lui-même le chemin ?

C'est pour que vous puissiez jouir de la vie éternelle avec les anges.

Mais pour acquérir le bonheur, il ne suffit pas que mon Fils soit devenu un pont, il faut encore vous en servir.

XXIII

Tous sont des travailleurs que Dieu envoie travailler à la vigne de la sainte Église.

1.     L'éternelle Vérité montrait à cette âme qu'elle nous avait créés sans nous, mais qu'elle ne pouvait nous sauver sans nous.

Il faut pour cela faire un bon usage du libre arbitre et employer le temps à la pratique des vertus.

Elle ajoutait :

Vous devez tous passer sur ce pont ; en cherchant sans cesse la gloire de mon nom dans le salut des âmes et en supportant toutes sortes de fatigues, à la suite du doux et tendre Verbe ; sans cela vous ne pourrez jamais venir à moi.

2.      Vous êtes les ouvriers que j'ai envoyés travailler à la vigne de la sainte Église.

Vous travaillez dans le corps universel de la religion chrétienne.

Je vous y ai conduits par ma grâce lorsque je vous ai donné la lumière du saint baptême.

Vous recevez ce baptême dans le corps mystique de l'Église, par les mains de ses ministres que j'ai envoyés travailler avec vous.

3.     Vous êtes dans le corps universel, et eux sont dans le corps mystique pour nourrir vos âmes et vous administrer le sang de mon Fils dans les sacrements que vous recevez d'eux, lorsqu'ils vous délivrent des épines du péché mortel et qu'ils sèment en vous la grâce.

Ce sont les ouvriers qui travaillent à la vigne de vos âmes unie à la vigne de la sainte Église.

4.      Toute créature qui a la raison possède une vigne en elle-même : c'est la vigne de son âme, dont le libre arbitre est le vigneron tant que dure la vie.

Dès que le temps est plissé, personne ne peut travailler ni bien ni mal ; mais tant qu'il vit, il peut cultiver la vigne que je lui ai confiée.

Chaque vigneron a reçu une force si grande, que le démon ni aucune créature ne peut le dépouiller sans son consentement.

Il est devenu fort par le saint baptême, et il a reçu comme instruments l'amour de la vertu et la haine du péché.

Cet amour et cette haine, il les trouve dans le sang, parce que, par amour pour vous et par haine pour le péché, mon Fils unique est mort et vous a donné son sang, qui vous communique la vie dans le baptême.

5.     Puisque vous êtes armés, votre libre arbitre doit se servir de ce fer, pendant qu'il est temps, pour arracher les épines du péché mortel et pour cultiver la vertu ; sans cela vous ne recevriez pas le fruit du sang que doivent vous donner les ouvriers que j'ai mis dans la sainte Église pour ôter le péché mortel de la vigne de l'âme, et distribuer la grâce en administrant le sang dans les Sacrements établis par l'Église.

6.      Il faut donc exciter d'abord en vous la contrition du cœur, l'horreur du péché, l'amour de la vertu ; et alors vous recevrez le fruit du sang. Mais vous ne le pouvez recevoir, si de votre côté vous n'êtes pas comme les rameaux de mon Fils unique, qui est Fa vigne ; car il a dit :

“Je suis la vigne véritable, mon Père est le vigneron et vous êtes les rameaux” (S. Jean, XV, 1-5) ; et cela est vrai.

7.     Je suis le vigneron, car tout ce qui a l'être est venu ou vient par moi.

Ma puissance est infinie, c'est elle qui gouverne l'univers, et rien n'est fait ni ordonné sans moi.

Je suis le vigneron qui ai mis mon Fils unique, la vigne véritable, dans la terre de votre humanité, afin que vous en soyez les rameaux qui portent le fruit.

8.      Celui qui ne portera pas le fruit de saintes et bonnes œuvres sera retranché de la vigne et se dessèchera ; car, dès qu'il est séparé de la vigne, il perd la vie de la grâce et est jeté au feu éternel.

Ainsi le rameau qui ne porte pas de fruit est retranché de la vigne et mise au feu ; il ne peut servir à autre chose.

Ceux qui sont retranchés par leur faute, et qui meurent dans le péché mortel, sont jetés par la justice divine, parce qu'ils sont inutiles, dans le feu qui dure éternellement.

9.     Ceux-là n'ont pas cultivé leur vigne ; ils l'ont au contraire détruite ainsi que celle des autres.

Non seulement ils ont négligé de produire des rejetons de vertus, mais encore ils ont ôté la semence de la grâce qu'ils avaient reçue dans la lumière du saint baptême, en participant au sang de mon Fils, qui est le vin que porte cette vigne vérItable, ils ont enlevé cette semence, et ils l'ont donnée en pâture aux animaux, c'est-à-dire à leurs nombreuses iniquités. Ils l'ont foulée aux pieds de I'amour déréglé avec lequel ils m'ont offensé, et ils ont nui à eux-mêmes et à leur prochain.

10.    Mes serviteurs n'agissent pas ainsi, et vous devez faire comme eux, c'est-à-dire être unis et greffés sur la vigne véritable, et alors vous porterez des fruits abondants, parce que vous participerez à la sève de la vigne.

11.   Si vous êtes dans mon Fils bien-aimé, vous êtes en moi, parce que je suis une même chose avec lui, et lui avec moi.

En étant avec lui, vous suivrez sa doctrine, et en suivant sa doctrine, vous participerez à la substance du Verbe ; c'est-à-dire vous participerez à la divinité unie à l'humanité, et vous puiserez un amour divin qui enivre l'âme fidèle. En vérité, je vous le dis, vous participerez à la substance de la vigne véritable.

XXIV

Dieu taille les rameaux unis à la vigne véritable.

La vigne de chacun est tellement unie à celle du prochain, que personne ne peut cultiver ou endommager la sienne sans cultiver ou endommager celle du prochains

1.     Apprends, ma fille, ma conduite envers mes serviteurs qui sont unis à mon Fils bien-aimé par leur fidélité à suivre sa doctrine.

Je les taille pour qu'ils portent beaucoup de fruits, et que ce fruit soit excellent et non pas sauvage.

Les rameaux de la vigne sont coupés par le vigneron, pour que le vin soit meilleur et plus abondant ; et les branches qui ne portent pas de fruits sont retranchées et mises au feu.

Je ferai de même, moi qui suis le vigneron véritable ; je taille par la tribulation les serviteurs qui sont en moi, afin que leur vertu soit éprouvée et donne des fruits plus abondants et plus parfaits.

Ceux qui sont stériles sont retranchés et jetés au feu.

2.      Les vrais ouvriers sont ceux qui cultivent bien leurs âmes ; ils en arrachent l'amour-propre et retournent en moi la terre de leur cœur, pour y nourrir et y développer la semence de la grâce qu'ils ont reçue au saint baptême.

En, cultivant leur vigne, ils cultivent celle du prochain ; et ils ne peuvent cultiver l'une sans l'autre ; car, je l'ai dit, tout le bien et le mal se fait par le moyen du prochain.

Vous êtes mes ouvriers ; je vous ai choisis ; moi, je suis l'ouvrier éternel et suprême ; et je vous ai unis et greffés à la vigne véritable par l'union que j'ai faite avec vous.

3.     Remarque, ma fille, que toutes les créatures raisonnables ont en elles une vigne naturellement unie à la vigne de leur prochain.

Ces vignes sont tellement unies, qu'elles ne peuvent agir sans que le bien ou le mal qu'elles font ne leur soit commun.

Vous formez tous la vigne universelle, qui est la société des fidèles unie à la vigne mystique de la sainte Église, où vous puisez la vie.

4.      Dans cette vigne est plantée la vigne de mon Fils unique, sur lequel vous devez être greffés.

Si vous ne l'êtes pas, vous êtes rebelles à la sainte Église, et vous êtes comme les membres retranchés qui se corrompent sur-le-champ.

Vous avez, il est vrai, le temps pour détruire cette corruption du péché par une contrition véritable et par le secours de mes ministres, qui sont les ouvriers chargés de distribuer le vin, c'est-à-dire le sang sorti de la vigne véritable. Ce sang est si pur et si parfait, qu'aucun défaut de celui qui l'administre ne peut en altérer la vertu.

5.     C'est la charité qui lie les rameaux avec les liens d'une humilité sincère, acquise par la connaissance de soi-même et de moi.

Tu vois que je vous ai tous envoyés travailler, et je vous y invite de nouveau, parce que le monde décline, et que les épines s'y sont tellement multipliées, qu'elles étouffent la semence, et que les hommes ne veulent plus porter les fruits de la grâce.

6.      Je veux donc que vous soyez mes ouvriers, et que vous alliez avec zèle travailler aux âmes dans le corps mystique de la sainte Église.

Je vous ai choisis pour cela, parce que je veux faire miséricorde au monde, pour lequel tu m'adresses de si ferventes prières.

XXV

L'âme rend grâces à Dieu, et le prie de lui montrer ceux qui passent sur le pont et ceux qui n'y passent pas.



1.     Alors cette âme, dans son ardent amour, s'écriait :

Ô douce et ineffable Charité, qui ne s'enflammerait pas à tant d'amour ?

Quel cœur pourrait se défendre d'en être consumé ?

Ô abîme de charité, vous aimez si éperdument vos créatures, qu'il semble que vous ne pouvez vivre sans elles ; et cependant vous êtes notre Dieu, qui n'a pas besoin de nous.

Notre bien n'ajoute rien à votre grandeur, car vous êtes immuable ; notre mal ne peut vous atteindre, car vous êtes l'éternelle et souveraine bonté. Qui vous porte donc à tant de miséricorde ?

L'amour, et non pas le devoir, ni le besoin que vous avez de nous. Nous ne sommes que des enfants coupables et de mauvais débiteurs.

2.      Oui, je ne m'aveugle pas, ô souveraine Vérité, j'ai fait le mal, et vous êtes puni pour moi ; je vois le Verbe, votre Fils, attaché et cloué à la croix, et vous m'en avez fait un pont, ainsi que vous me l'avez montré à moi votre misérable servante.

C'est pour cela que mon cœur se brise, et il ne se brise pas autant que le voudrait l'ardent désir qui m'enflamme pour vous.

Je me rappelle que vous vouliez me montrer quels sont ceux qui passent sur ce pont et ceux qui n'y passent pas.

Qu'il plaise à votre bonté de le faire.

Je serai bienheureuse de le voir et de l'entendre.




A suivre...
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Re: Saints et Bienheureux!! (Ordre Alphabétique)

Message par Marie du 65 le Mar 7 Nov 2017 - 11:19




XXVI

Le pont a trois degrés, qui sont trois états de l'âme. – Explication de cette parole :

« Si je suis élevé de terre, j'attirerai tout à moi ».


1.     Alors le Dieu éternel, afin d'exciter et d'enflammer de plus en plus cette âme pour le salut des hommes, lui répondit : Avant de te montrer ce que je veux te montrer et ce que tu me demandes, je vais te dire comme est fait ce pont. Je t'ai dit qu'il tient du ciel à la terre par l'union que j'ai faite avec l'homme, qui est formé du limon de la terre. Ce pont, qui est mon Fils unique, a trois degrés.

Deux furent faits sur le bois de la sainte croix, et le troisième est dans la grande amertume qu'il ressentit lorsqu'il fut abreuvé de fiel et de vinaigre. A ces trois degrés correspondent trois états de l'âme que je t'expliquerai bientôt.

2.      Le premier degré c'est ses pieds, qui signifient I'affection ; les pieds portent le corps, comme l'affection porte l'âme. Ces pieds percés doivent te servir de degrés pour arriver au côté, qui est le second degré où te sera révélé le secret du cœur. car, dès que l'âme s'est élevée à l'affection des pieds, elle commence à goûter l'affection du cœur ; elle fixe l’œil de l'intelligence dans le cœur entrouvert de mon Fils, où elle trouve la perfection de l'amour.

Son amour est parfait, car ce n'est pas l'intérêt qui l'inspire. En quoi pouvez-vous lui être utile, puisqu'il est une même chose avec moi ?

3.     Alors l'âme s'emplit d'amour en voyant qu'elle est tant aimée. Elle monte du second degré au troisième, c'est-à-dire à cette bouche pleine de douceur où elle trouve la paix, après la grande guerre qu'avaient causée ses fautes. Le premier degré la détache des affections de la terre et la dépouille du vice ; le second degré la remplit d'amour pour la vertu ; le troisième lui fait goûter la paix.

4.      Ce pont a trois degrés, afin qu'en montant le premier et le second vous puissiez arriver au dernier. Il est élevé, pour que l'eau qui passe ne puisse vous nuire, et qu'il n'y ait en vous aucun poison du péché.

Ce pont touche au ciel, et il n'est pourtant pas séparé de la terre. Sais-tu quand il a été élevé ? Au moment où mon Fils a été sur le bois de la très sainte croix, sans que sa nature divine fût séparée de la bassesse de votre humanité.

C'est ainsi que, malgré son élévation, il n'a pas été séparé de la terre ; car ses deux natures étaient unies et mêlées ensemble. Personne ne pouvait passer sur ce pont avant qu'il fût élevé en haut ; et c'est pourquoi mon Fils a dit : “Si je suis élevé de terre, j'attirerai tout à moi” (Jn, XII, 32).

5.     Lorsque ma bonté vit que vous ne pouviez être attirés d'une autre manière, j'ordonnai qu'il fût élevé sur l'arbre de la Croix, et que l'humanité fût battue sur cette enclume, pour qu'elle fût délivrée de la mort et revêtue de la vie de la grâce.

Mon Fils a attiré toute chose en montrant l'amour ineffable qu'il avait pour vous ; car le cœur de l'homme est toujours attiré par l'amour. Il ne pouvait vous montrer un plus grand amour qu'en donnant sa vie pour vous.

Cet amour doit donc faire violence à l'homme, si son aveuglement et son ingratitude n'y mettent pas obstacle. Il a dit que quand il serait élevé de terre il attirerait toute chose à lui, et c'est la vérité.

6.      Ceci doit s'entendre de deux manières. Premièrement, si l'amour attire le cœur de l'homme, avec lui sont attirées toutes les puissances de l'âme, la mémoire, l'intelligence et la volonté.

Dès que ces trois puissances sont unies et assemblées en mon nom, toutes les autres opérations, actuelles et mentales, se fixent et s'unissent en moi par l'effet de l'amour.

L'âme s'élève à la suite de l'amour crucifié. Ainsi ma Vérité s'est donc bien exprimée en disant : “Si je suis élevé de terre, j'attirerai tout à moi” ; car, dès qu'il attire le cœur et les puissances de l'âme, il attire tous leurs actes.

7.     Secondement, tout a été créé pour le service de l'homme.

Les choses créées ont été faites pour lui être utiles et fournir à ses besoins.

La créature raisonnable n'est pas faite pour les choses créées, mais pour moi, afin qu'elle me serve de tout son cœur et de toutes ses forces. Dès que l'homme est attiré, tout est attiré, puisque tout est fait pour lui. Il fallait donc que le pont fût élevé et qu'il eût des degrés, pour que vous puissiez monter plus facilement.

XXVII

Ce pont est bâti de pierres qui signifient les véritables vertus. Ceux qui passent sur le pont vont à la vie, ceux qui passent dessous vont à la mort.

1.     Ce pont est bâti avec des pierres, pour que la pluie n'en intercepte pas le passage.

Et quelles sont- ces pierres ? ce sont les vertus sincères et véritables.

Ces pierres n'étaient pas réunies avant la Passion de mon Fils ; aussi personne ne pouvait parvenir à sa fin, même en suivant la bonne route.

Le ciel n'était pas encore ouvert avec la clef du sang, et la pluie de la justice empêchait de passer. Mais les pierres furent taillées et posées, sur le corps de mon Fils bien-aimé qui est le pont : il les réunit, et, pour les cimenter, il détrempa la chaux avec son sang, c'est-à-dire que le sang fut mêlé à la chaux de la Divinité par-la force et le feu de la charité.

2.      Ma puissance posa les pierres des vertus sur mon Fils, parce que toute vertu est éprouvée en lui ; c'est de lui qu'elle reçoit la vie.

Personne ne peut acquérir la vertu qui manifeste la vie de la grâce, si ce n'est par lui, c'est-à-dire s'il ne suit ses traces et sa doctrine.

Il a posé les vertus comme les pierres vives de l'édifice ; il les a fortement cimentées avec son sang, afin que tous les fidèles pussent passer sûrement et sans craindre servilement la pluie de la justice divine, parce qu'ils sont abrités par la miséricorde.

La miséricorde est descendue du ciel dans l'incarnation de mon Fils. Et comment a-t-elle ouvert le ciel ? avec la clef de son sang.

3.     Ainsi, tu le vois, le pont est construit de pierres ; il est abrité par .la miséricorde, et dessus se trouve l'hôtellerie et le jardin de la sainte Église qui distribue le pain de vie et donne à boire le sang précieux, afin que mes créatures qui passent ne défaillent pas dans leur pèlerinage.

C'est ma charité qui vous fait distribuer ainsi le sang et le corps de mon Fils bien-aimé, homme et Dieu tout ensemble.

4.      Quand le pont est passé ; on arrive à la porte qui en fait aussi partie ; c'est par elle que tous doivent entrer, car il a dit :

“Je suis la voie, la vérité, la vie”. (Jn, XIV, 6).

“Qui va par moi ne marche pas dans les ténèbres, mais il aura la lumière de la vie”. (Jn, VIII, 12).

Personne ne peut venir à moi si ce n'est par lui. C'est la vérité. Et si tu te le rappelles, je te l'ai montré en te faisant voir la voie. Il a dit qu'il était la voie, et c'est la vérité ; je t'ai fait voir cette voie sous la forme d'un pont.

Il a dit qu'il est la vérité, et cela est, car il est uni à moi qui suis la vérité. Celui qui le suit marche par la vérité et la vie ; et celui qui suit cette vérité reçoit la vie de la grâce et ne peut mourir de faim, car la vérité devient sa nourriture.

5.     Il ne peut tomber dans les ténèbres, parce qu'il est la lumière sans aucune erreur. La vérité confond et détruit le mensonge du démon, par qui Ève fut trompée.

C'est ce mensonge qui a rompu la voie du ciel, et la vérité l'a réparée et consolidée avec son précieux sang. Ceux qui suivent cette voie sont les fils de la vérité, parce qu'ils suivent la Vérité, et ils passent par la porte de la vérité, et se trouvent unis en moi par mon Fils, qui est la porte, la voie, l'éternelle vérité, la paix infinie.

6.      Celui qui ne suit pas cette voie passe sous le pont, par la route du fleuve, qui n'est pas garnie de pierres et qui est tout inondée ; et parce que l'eau n'a aucune consistance, personne ne peut y marcher sans périr.

Cette eau dangereuse est le monde, avec ses plaisirs et ses honneurs.

7.     L'âme n'y place pas ses affections sur la pierre solide, car elle aime d'un amour déréglé les créatures ; elle les aime et les possède hors de moi.

Ces choses créées ressemblent à des eaux courantes, l'homme est entraîné comme elles ; il croit que ce sont les choses qu'il aime qui passent, et c'est lui qui va sans cesse vers la mort. Il voudrait se retenir et fixer sa vie dans les choses qu'il aime, mais tout lui échappe par la mort ou par ma providence.

8.      Ceux qui suivent la voie du mensonge sont les fils du démon, qui est, le père du mensonge ; et parce qu'ils passent par la porte du mensonge, ils tombent dans la damnation éternelle.

Mais je t'ai montré la vérité et je t'ai montré le mensonge ; ma voie est la vérité, la voie du démon est le mensonge.

XXVIII

Du bonheur de l'âme qui passe sur le pont.

1.     Ce sont les deux voies ; dans l'une et dans l'autre on marche péniblement. Regarde combien l'homme est ignorant et aveugle : il veut passer par le fleuve, et il a une autre route où tout ce qui est amer devient doux, et tout ce qui est pesant devient léger.

Au milieu des ténèbres du corps on y trouve la lumière, et ceux qui meurent y acquièrent la vie immortelle, car ils goûtent par l'amour et la lumière de la foi l'éternelle vérité, qui a promis le repos à ceux qui se fatiguent pour moi.

2.      Je suis fidèle, reconnaissant et juste ; je donne à chacun selon ses mérites ; tout bien est récompensé, et tout mal est puni. Le bonheur que possède celui qui suit la voie véritable, la langue ne pourra jamais le raconter, l'oreille l'entendre, et l’œil le contempler, car celui-là possède et goûte déjà le bien qui est préparé pour la vie du ciel.

3.     Qu'il est insensé celui qui méprise un si grand bien et préfère avoir, dés cette vie, un avant-goût de l'enfer, puisqu'il passe par le chemin du monde, où il ne trouve que des fatigues sans repos et sans jouissance, car ses péchés le privent de moi, qui suis le bien éternel et suprême.

4.      Tu as donc bien raison de gémir, et je veux que toi et mes autres serviteurs, vous pleuriez amèrement l'offense qui m'est faite, et que vous ayez compassion de ces pauvres aveugles qui perdent leurs âmes. Tu as vu et entendu comment est fait ce pont, car je t'ai expliqué que mon Fils unique était le moyen qui unit la grandeur de Dieu à la bassesse de l'homme.

XXIX

Ce pont s'est élevé jusqu'au ciel le jour de l'Ascension, sans quitter cependant la terre.



1.     Lorsque mon Fils retourna vers moi, quarante jours après sa résurrection, le pont s'éleva de la terre, c'est-à-dire de la société des hommes. Il monta jusqu'au ciel par la vertu de ma nature divine et se fixa à ma droite, ainsi que l'ange le dit aux disciples le jour de l'Ascension, lorsqu'ils étaient comme morts, parce que leurs cœurs avaient quitté la terre pour le ciel avec la sagesse de mon Fils. Il ne faut pas vous arrêter davantage, leur dit-il, parce que le Seigneur Jésus est monté au ciel, où il est assis à la droite du Père.

2.      Lorsqu'il fut monté vers moi, avec son corps qui ne se sépara jamais de la divinité, j'envoyai aux hommes le grand maître, le Saint-Esprit, qui vint avec ma puissance, avec la sagesse du Fils, et avec sa clémence ; car il est une même chose avec moi le Père et avec mon Fils ; il complète la voie de la doctrine que ma vérité avait laissée dans le monde.

Mon Fils n'était pas visible, mais sa doctrine y restait avec les vertus, qui sont les pierres vives fondées sur la doctrine pour former la voie de ce pont doux et glorieux. Il avait travaillé le premier, et ses œuvres avaient tracé la voie ; car il vous a donné sa doctrine plutôt par ses exemples que par ses paroles ; il agit avant de parler.

3.     La clémence du Saint-Esprit confirma cette doctrine en donnant aux disciples la force de confesser la vérité et d'enseigner la voie véritable, c'est-à-dire la doctrine de Jésus crucifié. Il convainquit par leur moyen le monde d'injustices et de faux jugements. Je t'expliquerai bientôt quels sont ces injustices et ces faux jugements.

4.      Je t'ai dit tout ceci afin qu'aucune erreur ne puisse obscurcir l'esprit, et qu'on ne dise pas : Le corps de Jésus-Christ est bien un pont par l'union de la nature divine avec la nature humaine, c'est la vérité ; mais ce pont s'est séparé de nous en montant au ciel.

Il était vraiment le chemin, du salut, et il nous enseignait la vérité par ses paroles et ses exemples ; maintenant, que nous est-il resté ?

Où trouver la voie ?

Je te le dirai pour ceux qui sont tombés dans cet aveuglement. La doctrine de mon Fils a été confirmée par les apôtres, prouvée par le sang des martyrs, illuminée par les docteurs, reconnue par les confesseurs, écrite par les évangélistes ; et tous ces témoins en ont confessé la vérité dans le corps mystique de la sainte Église.

5.     Ils sont comme le flambeau placé sur le chandelier, pour montrer la voie de la vérité qui conduit à la vie dans une parfaite lumière.

Non seulement ils l'ont enseignée, mais ils l'ont montrée en eux-mêmes, Chacun est assez éclairé pour connaître la vérité, s'il le veut, et s'il n'étouffe pas la lumière de sa raison par l'amour déréglé de soi-même.

Oui, la doctrine de mon Fils, qui est la vérité, est restée dans le monde, comme une barque pour, sauver l'âme des tempêtes de la mer et la conduire au port du salut.

6.      Ainsi j'ai fait d'abord de mon Fils un pont pour le salut du monde, lorsqu'il conversait parmi les hommes ; et lorsque le pont s'est élevé de la terre, il y est cependant resté, car c'est la voie de la doctrine inséparablement unie à ma puissance, à la sagesse du Fils et à la clémence du Saint-Esprit.

La puissance donne la vertu de force à celui qui suit la voie ; la sagesse donne la lumière pour connaître la vérité l'Esprit Saint donne l'amour qui chasse l'amour-propre sensuel de l'âme, et n'y laisse que l'amour de la vertu.

7.     Ainsi de toute manière, par lui-même ou par sa doctrine, mon Fils est la voie, la vérité, la vie, le pont qui vous conduit jusqu'au ciel.

C'est ce qu'il voulait dire par ces paroles :

“Je suis sorti du Père, et je suis venu d'ans le monde, et maintenant je quitte le monde, et je retourne vers le Père” (Jn, XVI, 28), et je viendrai vers vous ; c'est-à-dire, mon Père m'a envoyé vers vous ; et je me suis fait votre pont pour que vous passiez le fleuve, et que vous puissiez arriver à la vie.

Et il ajoute :

“Je reviendrai vers vous, je ne vous laisserai pas orphelins ; mais je vous enverrai le Consolateur” ; c'est-à-dire, je retourne vers mon Père, et je reviendrai quand le Saint-Esprit, qui est appelé le Consolateur, viendra plus clairement vous montrer que je suis la voie de la vérité, et vous confirmer la doctrine que je vous ai donnée.

8.      II dit qu'il reviendra, et il revient ; car le Saint-Esprit ne vient pas seul, mais il vient avec la puissance du Père, avec la sagesse du Fils, et avec la clémence du Saint-Esprit. Tu vois donc qu'il revient, non pas visiblement, mais par sa vertu.

Il fortifie la route de la doctrine, et cette route ne peut être détruite ou fermée à celui qui veut la suivre, parce qu'elle est sûre et solide, et qu'elle vient de moi, qui suis immuable. Vous devez donc suivre cette route avec courage et sans hésitation, puisque vous êtes éclairés par la lumière de la foi, dont vous a revêtus le saint baptême.

9.     Ainsi je t'ai clairement montré que le pont et la doctrine sont une même chose ; et j'ai fait connaître aux ignorants Celui qui a ouvert cette voie de vérité et ceux qui l'enseignent.

J'ai dit que c'étaient les apôtres, les évangélistes, les martyrs, les confesseurs, les saints docteurs, placés comme des lampes dans l'Église.

Je t'ai expliqué comment mon Fils, en venant à moi, est retourné à vous, non pas visiblement, mais virtuellement, lorsque le Saint-Esprit descendit sur les disciples.

Il ne retournera visiblement qu'au dernier jour du jugement, lorsqu'il viendra avec ma majesté et ma puissance pour juger le monde, lorsqu'il glorifiera les bons et récompensera les fatigues de leur âme et de leur corps, tandis qu'il punira d'une peine éternelle ceux qui auront commis le mal pendant leur vie.

10.    Maintenant je veux remplir ma promesse et te montrer ceux qui marchent imparfaitement, ceux qui marchent parfaitement et ceux qui avancent avec une plus grande perfection ; comment ils marchent, et comment les méchants se noient dans le fleuve et tombent par leur faute dans les supplices et les tourments.

11.   Je vous conjure, mes fils bien-aimés, de passer sur le pont et non pas dessous, car ce n'est pas la voie de la vérité, mais celle du mensonge, que suivent les pécheurs dont je te parlerai ; c'est pour les pécheurs que je vous conjure de m'adresser des prières, c'est pour eux que je réclame vos larmes et vos sueurs, afin qu'ils reçoivent de moi miséricorde.

XXX

L'âme, pleine d'admiration pour la miséricorde de Dieu, célèbre les dons et les grâces qu'en a reçu le genre humain.

1.     Alors cette âme, ivre d'amour, ne pouvait plus se contenir, et elle disait en présence de Dieu :

Ô éternelle Miséricorde, qui couvrez toutes les fautes de vos créatures, je ne m'étonne plus si vous dites à ceux qui sortent du péché mortel et qui retournent à vous : Je ne me rappellerai pas vos offenses.

Ô Miséricorde ineffable, je ne m'étonne plus si vous dites à ceux qui sortent du péché, puisque vous dites de ceux qui vous persécutent : Je veux que vous me priiez pour eux afin de pouvoir leur faire miséricorde.

2.     Ô  Miséricorde, qui venez du Père, et qui gouvernez par votre puissance l'univers tout entier !

Ô Dieu, c'est votre miséricorde qui nous a créés, qui nous a régénérés dans le sang de votre Fils ; c'est votre miséricorde qui nous conserve ; votre miséricorde a fait lutter votre Fils sur le bois de la croix. Oui, la mort a lutté contre la vie, la vie contre la mort.

La vie a vaincu la mort du péché, et la mort du péché a ravi la vie corporelle de l'innocent Agneau.

Qui est resté vaincu ? la mort.

Et quelle en fut la cause ? votre miséricorde.

3.     Votre miséricorde donne la vie ; elle donne la lumière qui fait connaître votre clémence en toute créature, dans les justes et dans les pécheurs. Votre miséricorde brille au plus haut des cieux, dans vos saints ; et si je regarde sur la terre, votre miséricorde y abonde. Votre miséricorde luit même dans les ténèbres de l'enfer, car vous ne donnez pas aux damnés tous les tourments qu'ils méritent.

4.      Votre miséricorde adoucit votre justice ; par miséricorde, vous nous avez purifiés dans le sang de votre Fils ; par miséricorde, vous avez voulu habiter avec vos créatures à force d'amour.

Ce n'était pas assez de vous incarner, vous avez voulu mourir ; ce n'était pas assez de mourir, vous avez voulu descendre aux enfers et délivrer les saints, pour accomplir en eux votre vérité et votre miséricorde. Votre bonté a promis de récompenser ceux qui vous servaient fidèlement, et vous êtes descendu aux limbes pour tirer de peine ceux qui vous avaient servi, et leur rendre le fruit de leurs travaux.

5.     Votre miséricorde vous a forcé à faire encore davantage pour l'homme : vous vous êtes donné en nourriture, afin que nous ayons un secours dans notre faiblesse, et que, malgré notre oublieuse ignorance, nous ne perdions pas le souvenir de vos bienfaits ; tous les jours vous vous offrez à l'homme dans le Sacrement de l'autel, dans le corps mystique de la sainte Église. Et qui a fait cela ? votre miséricorde.

Ô Miséricorde, le cœur s'enflamme en pensant à vous ; de quelque côté que je me tourne, je ne trouve que miséricorde, Ô  Père éternel, pardonnez à mon ignorance qui ose parler devant vous ; mais l'amour de votre miséricorde me servira d'excuse auprès de votre bonté.

XXXI

De l'indignité de ceux qui passent par le fleuve. L'âme qui suit cette route est un arbre de mort, dont les racines tiennent à quatre vices principaux.

1.- Lorsque cette âme eut un peu, par ces paroles, dilaté son cœur dans la miséricorde divine, elle attendit humblement l'accomplissement de la promesse qui lui avait été faite, et Dieu continua de la sorte :

Ma fille bien-aimée, tu as parlé devant moi de ma miséricorde, parce que je te l'ai fait goûter et voir en te disant :

“C'est pour ceux qui m'offensent que je vous demande de m'adresser vos prières”.

Mais sois persuadée que, sans aucune comparaison, ma miséricorde est beaucoup plus grande envers vous que tu ne peux le voir ; car ta vue est imparfaite et finie, tandis que ma miséricorde est infinie et parfaite.

Il y a donc entre ton appréciation et la réalité toute la distance du fini à l'infini.

2.      J'ai voulu te faire connaître cette miséricorde et aussi la dignité de l'homme, que je t'ai déjà expliquée, afin de te faire mieux comprendre la méchanceté et l'indignité des pécheurs qui passent par la route inférieure. Ouvre donc l’œil de ton intelligence, et regarde ceux qui se noient volontairement dans le fleuve du monde ; vois l'abîme où ils tombent par leur faute.

3.     Ils sont devenus d'abord infirmes et malades, parce que, dès qu'ils conçoivent le péché mortel dans leur âme et qu'ils l'enfantent par leurs oeuvres, ils perdent la vie de la grâce : et comme les morts sont insensibles et n'ont d'autre mouvement que ceux qui leur viennent de l'extérieur, ceux qui sont noyés dans le fleuve de l'amour déréglé du monde sont morts à la grâce ; et parce qu'ils sont morts, leur mémoire perd le souvenir de ma miséricorde ; l’œil de leur intelligence ne voit plus, ne reconnaît plus ma vérité ; car la sensibilité est détruite, et l'intelligence est livrée à la mort de l'amour des sens.

Leur volonté aussi est morte à ma volonté, parce qu'elle n'aime que des choses mortes, Les trois puissances de l'âme étant mortes, toutes leurs opérations actuelles et mentales sont mortes, quant à la grâce ; l'âme ne peut se défendre de ses ennemis et n'échappe qu'autant que je la secoure moi-même.

4.      Toutes les fois, il est vrai, que ce mort, en qui reste encore le libre arbitre, demandera mon secours pendant sa vie mortelle, il pourra l'obtenir, mais il ne pourra rien par lui-même.

Il est cause de son impuissance ; il a voulu asservir le monde, et il a été asservi, par une chose qui n'est pas, c'est-à-dire par le péché ; car le péché n'est rien que la privation de la grâce, comme l'aveuglement est la privation de la lumière.

Ceux qui le commettent sont esclaves du péché. Je les avais faits des arbres d'amour par la vie de la grâce, et ils se sont faits des arbres de mort ; car ils sont morts, comme je te l'ai dit.

5.     Sais-tu où est la racine de cet arbre ?

Dans l'élévation de l'orgueil, qu'entretient l'amour-propre.

La moelle est l'impatience, dont le fils est l'aveuglement.

Ce sont ces quatre vices qui tuent l'âme de celui qui est devenu un arbre de mort, parce qu'il n'a pas puisé la vie dans la grâce ; à l'intérieur de l'arbre se nourrit le ver de la conscience, que l'homme vivant dans le péché sent bien peu, parce qu'il est aveuglé par l'amour-propre. Les fruits de cet arbre sont mortels, car ils ont tiré la sève de la racine empoisonnée de l'orgueil.

6.      La pauvre âme est pleine d'ingratitude, et de là vient tout le mal. Si elle était reconnaissante des bienfaits reçus, elle me connaîtrait ; si elle me connaissait, elle se connaîtrait elle-même et resterait dans mon amour ; mais elle est si aveugle, qu'elle veut se fixer sur ce fleuve, sans s'apercevoir que cette eau qui passe ne peut la soutenir.

XXXII

Les fruits de cet arbre sont aussi variés que les péchés ; et d'abord du péché de la chair.


1.     Cet arbre donne autant de fruits empoisonnés qu'il y a de sortes de péchés.

Il y en a qui servent de pâture aux animaux immondes : ce sont ceux que commettent ces hommes qui abusent de leur esprit et de leur corps ; ils se vautrent dans la boue de la chair, comme les pourceaux dans la fange.

Ô âme abrutie, qu'as-tu fait de ta dignité ?

tu as été faite la sœur des anges, et tu es devenue une brute grossière !

Ces pécheurs sont tombés si bas, que non seulement moi, qui suis la pureté suprême, je ne puis les souffrir, mais que les démons, dont ils se sont faits les amis et les serviteurs, ne peuvent les regarder commettre leur impureté.

2.      Aucun péché n'est plus abominable et ne détruit plus la lumière de l'intelligence.

Les philosophes eux-mêmes le savaient, non par la lumière de la grâce qu'ils n'avaient pas, mais par celle que la nature leur donnait ; et comme ils comprenaient que ce péché obscurcissait l'intelligence, ils gardaient la continence afin de pouvoir mieux étudier. Ils jetaient aussi les richesses loin d'eux, pour que le souci des richesses ne troublât pas leur cœur. Ce n'est pas ce que fait l'aveugle et faux chrétien, qui a perdu la grâce par sa faute.

XXXIII

De l'avarice et des maux qui en procèdent.

1.     Le fruit de quelques autres pécheurs est de terre : c'est celui des avides et des avares, qui, comme la taupe, vivent dans la terre jusqu'à la mort, et n'ont aucun secours quand ils sont arrivés à leur dernier instant ; leur avarice insulte ma richesse en vendant au prochain le temps qui ne leur appartient pas.

Ces usuriers tourmentent et volent leur prochain, parce que leur mémoire ne garde pas le souvenir de ma miséricorde : ils ne seraient pas sans cela si cruels envers eux et envers les autres ; ils auraient de la compassion et de la miséricorde pour eux-mêmes en pratiquant la vertu, et pour le prochain en le secourant par l'aumône.

Oh ! combien de maux viennent de ce péché maudit ! combien d'homicides, de vols, de fourberies, de gains illicites, de coups mortels et d'injustices !

Ce péché tue l'âme, et la rend tellement esclave des richesses, qu'elle ne songe plus à observer mes commandements ; l'avare n'aime personne, si ce n'est par intérêt.

2.      Ce vice procède de l'orgueil et nourrit l'orgueil ; l'un vient de l'autre, parce que l'avarice entraîne toujours le désir de paraître, qui s'unit sur-le-champ à l'orgueil ; et le mal augmente, parce que l'orgueil est plein d'estime de lui-même.

Alors s'allume un feu qui donne la fumée de la vaine gloire et la vanité du cœur qui se glorifie de ce qui ne lui appartient pas.

C'est une racine qui a plusieurs rameaux : le principal est l'estime de soi, d'où sort l'ambition d'être plus grand que les autres ; et alors le cœur, au lieu d'être sincère et généreux, devient hypocrite et menteur.

La langue dit autre chose que ce qu'il renferme ; elle cache la vérité et invente le mensonge quand son intérêt le demande.

Ce vice produit aussi l'envie, ce ver qui ronge toujours et que ne peuvent rassasier les biens de l'avare et les biens des autres.

3.     Comment ces méchants tombés si bas donneraient-ils leurs richesses aux pauvres, puisqu'ils volent leur prochain ? Comment sauveraient-ils leur âme souillée, puisqu'ils la traînent dans la fange ?

Quelquefois ils s'abrutissent tellement, qu'ils ne regardent plus leurs enfants et leurs familles qu'ils laissent dans la misère.

Cependant ma miséricorde les supporte et ne commande pas à la terre de les engloutir, pour qu'ils puissent reconnaître leurs fautes.

Comment donneraient-ils leur vie pour le salut des âmes, puisqu'ils ne donnent pas même leur argent ? Comment aimeraient-ils leurs frères, puisqu'ils sont rongés d'envie ?

4.      Ô vice misérable qui abaisse et détruit le ciel de l'âme! oui, je dis le ciel, car j'ai fait de l'âme un ciel où j'habite par ma grâce, où je me cache, où je me plais à résider par l'amour ; et l'âme se sépare de moi comme une adultère ; elle s'aime, elle aime les créatures et les choses créées plus que moi ; elle fait d'elle un dieu et me poursuit de ses nombreux péchés, et tout cela parce qu'elle oublie le bienfait de ce sang de mon Fils répandu avec tant d'amour.

XXXIV

De ceux qui ont la puissance, et des injustices qu'ils commettent.


1.     Il y en a qui sont fiers de leur puissance et qui affichent l'injustice.

Ils sont injustes envers moi, envers le prochain, envers eux-mêmes : injustes envers eux, car ils n'acquièrent pas la vertu qu'ils devraient avoir ; injustes envers moi, car ils ne me rendent pas l'honneur qui m'est dû en ne louant pas, ne glorifiant pas mon nom comme ils devraient le faire.

Ils prennent comme des voleurs ce qui m'appartient pour le donner aux sens, qui sont faits pour les servir. Ils commettent l'injustice envers moi et envers eux-mêmes, parce qu'ils ne me connaissent pas en eux, tant ils sont aveuglés par leur ignorance et leur amour-propre.

2.      Ainsi firent les Juifs et les Pharisiens, qu'aveuglèrent tellement l'amour-propre et l'envie, qu'ils méconnurent mon Fils unique, et qu'ils ne rendirent pas hommage à l'éternelle Vérité descendue parmi eux, comme elle disait elle-même :

Le royaume de Dieu est au milieu de vous (Lc, XVII, 21). Ils ne le reconnaissent pas parce qu'ils avaient perdu la lumière de la raison ; et alors ils ne rendaient pas l'honneur et la gloire qui sont dus à moi et à mon Fils qui est avec moi une même chose. Dans leur aveuglement ils furent injustes, en poursuivant d'opprobres mon Fils jusqu'à la mort ignominieuse de la croix.

De même ces hommes sont injustes envers eux, envers moi, et aussi envers le prochain, en vendant le sang de ceux qui sont soumis à leur puissance.

XXXV

Les vices conduisent aux faux jugements.

1.     Leur égarement les fait tomber dans, de faux jugements, comme je te l'expliquerai bientôt.

Ils se scandalisent de mes œuvres, qui toutes sont justes et véritablement inspirées par l'amour et la miséricorde.

Ce sont ces faux jugements et le venin de l'orgueil et de l'envie, qui firent calomnier et juger injustement les œuvres de mon Fils bien-aimé.

Ces Juifs menteurs disaient :

“Celui-ci agit par la puissance de Béelzébut” (Mt., XII, 24) ; de même les méchants égarés dans l'amour-propre, l'impureté, l'orgueil, l'avarice et l'envie, perdus par l'ignorance, par l'impatience et par tous les péchés qu'ils commettent, se scandalisent de moi et de mes serviteurs. Ils jugent la vertu une hypocrisie, parce que leur cœur est corrompu et leur goût vicié. Ils trouvent mauvaises les choses bonnes, et bonnes les choses mauvaises, c'est-à-dire, les dérèglements de la vie.

2.      Ô aveuglement de l'homme, qui ne voit pas sa dignité !

De grand tu te fais petit ; de maître, tu deviens esclave de la plus vile puissance qu'on puisse trouver, puisque tu te fais serviteur et esclave du péché, et que tu deviens semblable à ce que tu sers.

Le pêché est un néant ; tu retournes au néant, tu quittes la vie, tu te donnes la mort.

3.     La vie et la puissance vous ont été données par le Verbe, mon Fils unique : vous étiez les esclaves du démon, et il vous a délivrés de sa servitude.

Il s'est fait esclave pour vous affranchir ; il a embrassé l'obéissance d'Adam, et il s'est humilié jusqu'à l'opprobre de la croix pour confondre l'orgueil ; il a vaincu tous les vices par sa mort, et personne ne peut dire :

Ce vice est resté impuni ; car tout vice a été frappé sur son corps, qui a servi d'enclume à ma justice.

4.      Tous les remèdes sont donnés à ces hommes pour éviter la mort éternelle, et ils méprisent ce sang précieux ; ils le foulent aux pieds de leur amour déréglé.

C'est là l'injustice et le faux jugement dont le monde sera convaincu au dernier jour du jugement. C'est ce que signifiait cette parole de ma Vérité :

“J'enverrai le Consolateur, qui convaincra le monde d'injustice et de faux jugement” ; et il en fut en effet convaincu, lorsque j'envoyai le Saint-Esprit sur les Apôtres.

XXXVI

Explication de cette parole de Jésus-Christ :

“J'enverrai le Consolateur, qui convaincra le monde d'injustice et de faux jugements”


1.     Il y a trois condamnations qui confondent le monde.

La première fut portée quand le Saint-Esprit descendit sur les Apôtres, et qu'ils le reçurent dans sa plénitude, fortifiés par ma puissance et illuminés par la sagesse de mon Fils bien-aimé.

Alors le Saint-Esprit, qui est une même chose avec moi et avec mon Fils, accusa le monde par la bouche des disciples avec la doctrine de ma Vérité.

Les disciples et ceux qui leur ont succédé, en suivant la vérité qu'ils en avaient reçue, accusèrent aussi le monde ; et cette accusation est permanente. J'accuse le monde par le moyen de la sainte Écriture et de mes serviteurs, sur la langue desquels je mets l'Esprit Saint lorsqu'ils annoncent ma vérité, comme le démon se met sur la langue de ses serviteurs qui suivent les flots du monde. Mais cette accusation n'est qu'un doux reproche, inspiré par l'ardent amour que j'ai pour le salut des âmes.

2.      Personne ne peut dire :

Je n'ai pas été enseigné et repris, car la vérité a fait discerner le vice et la vertu. J'ai révélé la récompense de la vertu et le châtiment du vice, pour inspirer de bons désirs et une crainte salutaire, pour faire aimer la vertu et détester le vice.

La vérité n'a pas été enseignée par un ange, pour qu'on ne dise pas : Un ange est un esprit bienheureux qui ne peut pécher, et qui ne sent pas comme nous les attaques de la chair, et le fardeau du corps.

3.     Cette excuse n'est pas possible, car ma Vérité s'est revêtue d'une chair comme la vôtre.

Et voyez ceux qui ont suivi mon Verbe, n'étaient-ils pas des hommes mortels et passibles comme vous ? n'éprouvaient-ils pas des révoltes de la chair contre l'esprit ?

Mon héros , le glorieux saint Paul, et tant d'autres saints, n'ont-ils pas eu à combattre ainsi d'une manière ou d'une autre ?

4.      J'ai permis, et je permets ces passions, pour accroître la grâce et augmenter la vertu dans les âmes. Les saints sont nés sous la loi du péché comme vous ; ils se sont nourris de la même nourriture, et je suis le même Dieu que j'étais alors.

Ma puissance n'a pas faibli et ne peut faiblir ; je puis et je veux assister ceux qui réclament mon assistance. L'homme veut que je l'assiste, quand il quitte le fleuve du monde et va sur le pont de ma Vérité en suivant ma doctrine.

5.     Il n'y a donc pas d'excuse, puisque l'homme est prévenu et que la vérité lui est continuellement montrée.

S'il ne se corrige pas quand il est temps encore, il sera condamné au second jugement. Au moment de la mort, lorsque ma justice criera :

“Levez-vous, morts, venez au jugement”, c'est-à-dire :

Vous qui êtes morts à la grâce et qui allez mourir à la vie, levez-vous, et venez devant le Juge suprême avec vos injustices et vos faux jugements, avec cette lumière éteinte de la foi, qu'avait allumée en vous le baptême, et qu'ont étouffée l'orgueil et les vanités, du cœur. Vous avez tendu votre voile à tous les vents contraires à votre salut ; le souffle de la flatterie a enflé le voile de l'amour-propre et vous avez descendu le fleuve des délices et des honneurs du monde, en suivant volontairement les faiblesses de la chair et les tentations du démon.

Le démon, aidé par votre volonté, vous a menés par sa route d'en bas dans les eaux courantes, qui vous ont entraînés avec lui dans la damnation éternelle.

XXXVII

De la seconde condamnation, où l'homme est convaincu d'injustice et de faux jugements.

1.     Cette seconde condamnation a lieu, ma très chère fille, dans le moment suprême, où il n'y a plus de ressource.

Quand paraît la mort, et que l'homme voit qu'il ne peut m'échapper, le ver de la conscience, engourdi par l'amour-propre, commence à se réveiller et à ronger l'âme, en la jugeant et en lui montrant l'abîme où elle va tomber par sa faute.

Si l'âme alors avait assez de lumières pour connaître et pleurer sa faute, non pas à cause de la peine de l'enfer qui la menace, mais à cause de moi qu'elle a offensé, moi qui suis l'éternelle et souveraine bonté, l'âme trouverait encore miséricorde.

Mais si elle passe cette limite de la mort sans ouvrir les yeux, sans espérer dans le sang de mon Fils, avec le seul remords de la conscience et le regret de son malheur, et non pas celui de mon offense, elle tombe dans la damnation éternelle.

2.      Alors elle est jugée rigoureusement par ma justice, et convaincue d'injustice et d'erreur : non seulement d'injustice et d'erreur générales parce qu'elle a suivi les-sentiers coupables du monde, mais d'injustice et d'erreur particulières, parce qu'à son dernier moment, elle aura jugé sa misère plus grande que ma miséricorde.

C'est là le péché qui ne se pardonne ni en ce monde ni en l'autre. Elle a repoussé, méprisé ma miséricorde ; et ce péché est plus grand que tous ceux qu'elle a commis.

Le désespoir de Judas m'a plus offensé et a été plus pénible à mon Fils que sa trahison même. L'homme est surtout condamné pour avoir faussement jugé son péché plus grand que ma miséricorde ; c'est pour cela qu'il est puni et torturé avec les démons éternellement.

3.     L'homme est convaincu d'injustice parce qu'il regrette plus son malheur que mon offense, car il est injuste en ne faisant pas ce qu'il me doit et ce qu'il se doit à lui-même.

Il me doit l'amour et les larmes amères de son cœur pour l'injure qu'il m'a faite, et loin de me les offrir, il pleure, seulement par amour pour lui-même, la peine qu'il a méritée. Tu vois donc qu'il est coupable d'injustice et d'erreur, et qu'il est puni de l'une et de l'autre.

Il a méprisé ma miséricorde, et ma justice le livre aux supplices avec ses sens et avec le démon, le cruel tyran dont il s'est rendu l'esclave par ces sens, qui devaient le servir, Ils seront tourmentés ensemble comme ils ont péché ensemble l'homme sera tourmenté par mes ministres, les démons, que ma justice a chargés de torturer ceux qui font le mal.

XXXVIII

Des quatre principaux supplices des damnés, auxquels se rapportent tous les autres.


1.     Ma fille, ma langue ne pourra jamais dire ce que souffrent ces pauvres âmes.

Il y a trois vices principaux l'amour-propre, l'estime de soi-même et l'orgueil, qui en découle, avec toutes ses injustices, ses cruautés, ses débauches et ses excès ; il y a aussi dans l'enfer quatre supplices qui surpassent tous les autres : le damné est d'abord privé de ma vision, et cette peine est si grande, que, s'il était possible, il aimerait mieux souffrir le feu et les autres tourments, et me voir, qu'être exempt de toute souffrance et ne pas me voir.

2.      Cette peine en produit une seconde, qui est le ver de la conscience qui la ronge sans cesse. Le damné voit que, par sa faute, il s'est privé de ma vue et de la société des anges, et qu'il s'est rendu digne de la société et de la vue du démon.

3.     Cette vue du démon est la troisième peine, et cette peine double son malheur.

Les saints trouvent leur bonheur éternel dans ma vision ; ils y goûtent dans la joie la récompense des épreuves qu'ils ont supportées avec tant d'amour pour moi et tant de mépris pour eux-mêmes.

Ces infortunés, au contraire, trouvent sans cesse leur supplice dans la vision du démon, parce qu'en le voyant ils se connaissent et comprennent ce qu'ils ont mérité par leurs fautes.

Alors le ver de la conscience les ronge plus cruellement et les dévore comme un feu insatiable.

Ce qui rend cette peine terrible, c'est qu'ils voient le démon dans sa réalité ; et sa figure est si affreuse, que l'imagination de l'homme ne pourrait jamais le concevoir.

4.      Tu dois te rappeler que je te le montrai un seul instant au milieu des flammes, et que cet instant fut si pénible, que tu aurais préféré, en revenant à toi, marcher dans le feu jusqu'au jugement dernier plutôt que de le revoir ; et cependant ce que tu en as vu ne peut te faire comprendre combien il est horrible, car la justice divine le montre bien plus horrible encore à l'âme qui est séparée de moi, et cette peine est proportionnée à la grandeur de sa faute.

5.     Le quatrième supplice de l'enfer est le feu. Ce feu brûle et ne consume pas, parce que l'âme, qui est incorporelle, ne peut être consumée par le feu comme la matière ; ma justice veut que ce feu la brûle et la torture sans la détruire, et ce supplice est en rapport avec la diversité et la gravité de ses fautes.

6.      Ces quatre principaux tourments sont accompagnés de beaucoup d'autres, tels que le froid, le chaud et les grincements de dents. Voilà comment seront punis ceux qui, après avoir été convaincus d'injustice et d'erreur pendant, leur vie, ne se seront pas convertis et n'auront pas voulu, à l'heure de leur mort, espérer en moi et pleurer l'offense qu'ils m'avaient faite plus que la peine qu'ils avaient méritée.

XXXIX

De la troisième condamnation, qui aura lieu au jour du jugement.

1.     Il me reste à te parler de la troisième condamnation, qui aura lieu au dernier jour du jugement.

Je t'ai parlé des deux autres, mais tu verras mieux, en connaissant la troisième, à quel point l'homme se trompe. Le jugement général renouvellera et augmentera le supplice de cette pauvre âme par la réunion de son corps, qui lui causera une confusion, une honte insupportable.

Lorsqu'au dernier jour, le Verbe, mon Fils, viendra dans ma majesté juger le monde avec sa justice divine, il n'apparaîtra pas dans sa faiblesse, comme quand il naquit dans le sein d'une vierge, dans une étable, parmi des animaux, et mourut entre deux voleurs.

2.      Alors je cachais ma puissance en lui ; je le laissai souffrir et mourir comme homme, sans que la nature divine fût séparée de la nature humaine, afin qu'il pût satisfaire pour vous.

Il ne viendra pas ainsi au dernier jour ; il viendra juger dans toute sa puissance et sa personnalité ; toute créature sera dans l'épouvante, et il rendra à chacun ce qui lui est dû.

3.     Les malheureux damnés éprouveront à son aspect un tel supplice, une si grande terreur, que des paroles ne pourraient jamais l'exprimer ; les justes éprouveront une crainte respectueuse mêlée d'une grande joie, Le visage du juge ne changera pas, parce qu'il est immuable ; selon la nature divine, il est une même chose avec moi ; et selon la nature humaine, il est immuable encore, car il a revêtu la gloire de la résurrection.

Mais le réprouvé ne le verra que d'un œil ténébreux et vicié. L’œil malade qui regarde la lumière du soleil n'y voit que ténèbres, tandis que l’œil sain en admire la splendeur.

Ce n'est pas la faute du soleil, qui ne change pas plus pour l'aveugle que pour celui qui voit, mais c'est la faute de l’œil qui est malade.

De même les damnés verront mon Fils dans les ténèbres, la confusion et la haine. Ce sera leur faute et non celle de la majesté divine avec laquelle il viendra juger le monde.

XL

Les damnés ne peuvent vouloir ni désirer aucun bien.


1.     La haine des damnés est telle, qu'ils ne peuvent vouloir ni désirer aucun bien, mais ils blasphèment sans cesse contre moi. Pourquoi ne peuvent-ils désirer aucun bien ? parce qu'avec la vie de l'homme finit l'usage de son libre arbitre ; il a perdu le temps qu'il avait pour pouvoir mériter. Quand, par le péché mortel, on meurt dans la haine, la justice divine enchaîne pour toujours à la haine l'âme, qui reste éternellement obstinée dans le mal qu'elle a commis, se dévorant elle-même et augmentant sa peine des peines de ceux dont elle a causé la damnation.

2.      Le mauvais riche demandait en grâce que Lazare allât trouver ses frères qui étaient restés dans Je monde pour leur annoncer son supplice (Lc, XVI, 27-28).

Ce n'était pas par charité qu'il le faisait, ni par compassion pour ses frères, puisqu'il était privé de charité et qu'il ne pouvait. désirer rien d'utile à mon honneur et au salut des autres.

Je t'ai dit que les damnés ne peuvent vouloir aucun bien à leur prochain, et qu'ils me blasphèment, parce que leur vie a fini dans la haine de Dieu et de la vertu.

3.     Pourquoi la demande du mauvais riche ?

Il la faisait parce qu'il avait été le plus grand parmi ses frères et qu'il leur avait fait partager les iniquités de sa vie.

Il était ainsi cause de leur damnation, et il craignait de voir augmenter sa peine, leurs tourments devant s'ajouter aux siens ; car ceux qui meurent dans la haine se dévorent éternellement entre eux dans la haine.






A suivre...
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Marie du 65
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Re: Saints et Bienheureux!! (Ordre Alphabétique)

Message par Marie du 65 le Sam 18 Nov 2017 - 11:25


XLI

De la gloire des Bienheureux.

1.     De même l'âme juste qui termine sa vie dans la charité est éternellement liée à l'amour. Elle ne peut plus croître en vertu parce que le temps est passé, mais elle peut toujours aimer avec l'ardeur qu'elle a eue pour venir à moi, et c'est cette ardeur qui est la mesure de sa félicité. Toujours elle me désire, toujours elle aime, et son désir n'est pas trompé : elle a faim et elle est rassasiée, elle est rassasiée et elle a faim, sans jamais éprouver l'ennui de- la satiété ni la peine de la faim.

2.      Les élus de l'amour jouissent de mon éternelle vision ; ils participent au bien que j'ai en moi-même, chacun selon sa mesure, et cette mesure est l'amour qu'ils avaient en venant à moi. Parce qu'ils ont eu ma charité et celle du prochain, et qu'ils sont unis ensemble par une charité générale et particulière qui vient du même principe, ils jouissent et participent par la charité au- bien de chacun, et ce bonheur s'ajoute au bonheur universel qu'ils ont tous ensemble ; ils jouissent avec les anges, parmi lesquels les saints sont placés selon les différentes vertus qu'ils ont eues dans le monde avant d'être liés dans les liens de la charité.

3.     Ils participent surtout d'une manière particulière au bonheur de ceux qu'ils aimaient plus étroitement sur terre. Cet amour était un moyen d'augmenter en eux la vertu ; ils étaient les uns pour les autres des occasions de glorifier mon nom en eux et dans leur prochain, et comme l'amour qui les unissait n'est pas détruit dans le ciel, ils en jouissent avec plus d'abondance, et cet amour augmente leur bonheur.

4.      Ne crois pas que les élus jouissent seuls, de leur bonheur particulier ; il est partagé par tous les heureux habitants du ciel, par les anges et par mes enfants bien-aimés. Dès qu'une âme parvient à la vie éternelle, tous participent au bonheur de cette âme, et cette âme participe au bonheur de tous. La coupe de leur bonheur ne s'agrandit pas et elle n'a pas besoin d'être remplie, car elle est pleine et ne peut plus dilater ses bords ; mais leur joie, leur félicité, leur ivresse s'augmentent à la vue de cette âme ; ils voient que ma miséricorde l'a sauvée de la terre par la plénitude de la grâce, et ils se réjouissent en moi du bonheur que cette âme a reçu de ma bonté.

5.     Cette âme est heureuse en moi, dans les âmes et dans les esprits bienheureux, parce qu'elle voit et goûte en eux la bonté et la douceur de ma charité. Leurs désirs s'élèvent toujours vers moi pour le salut du monde ; leur vie a fini dans l'amour du prochain, et cet amour ne les a pas quittés ; ils ont passé avec lui par la porte de mon Fils Bien-aimé, en prenant le moyen dont je te parlerai bientôt. Remarque qu'ils conservent et conserveront ce lien de l'amour, que n'a pas brisé la mort.

6.      Ils sont unis à ma volonté, et ils ne peuvent vouloir que ce que je veux, parce que leur libre arbitre est enchaîné par la charité, de sorte que la créature raisonnable qui se sépare du temps et meurt en état de grâce un peut plus pécher. Sa volonté est si unie à la mienne, qu'en voyant un père, une mère, un fils dans l'enfer, — elle ne peut en souffrir : elle est même heureuse de les voir punis, parce que ce sont mes ennemis ; elle ne peut être en désaccord avec moi en la moindre chose, et tous ses désirs sont satisfaits.

7.     Le désir des bienheureux est de me voir honoré en vous, pèlerins voyageurs qui précipitez sans cesse vos pas vers la mort. Le désir de ma gloire leur fait désirer votre salut, qu'ils me demandent toujours pour vous. Je satisfais ce désir, pourvu que dans votre aveuglement vous ne résistiez pas à ma miséricorde. Ils désirent aussi avoir la récompense de leurs corps, et ce désir n'est pas une peine quoiqu'il ne soit pas satisfait sur-le-champ, parce qu'ils jouissent de la certitude qu'il le sera un jour ; et ils ne souffrent pas d'attendre, car rien ne manque à leur félicité.

8.      Ne crois pas que la béatitude du corps, après la résurrection, ajoute à la béatitude de l'âme ; car il s'ensuivrait que tant qu'elle n'aurait pas son corps, l'âme n'aurait qu'une béatitude imparfaite, ce qui ne peut être, parce que rien ne manque à sa perfection. Ce n'est pas le corps qui donne la béatitude à l'âme, mais c'est l'âme qui donne la béatitude au corps ; elle l'enrichira de son abondance, lorsqu'au jour du jugement, elle se revêtira de la chair dont elle s'était séparée.

9.     L'âme est devenue immortelle et immuable en moi ; le corps, par cette union, deviendra immortel ; il perdra sa pesanteur et sera subtil et léger. Le corps glorifié passera à travers tous les obstacles et ne craindra ni l'eau ni le feu, non par sa vertu, mais par la vertu de l'âme, qui est ma vertu communiquée par la grâce et par cet amour ineffable avec lequel je l'ai créée à mon image et à ma ressemblance. Non, l’œil de ton intelligence ne peut voir, l'oreille entendre, la langue raconter et le cœur comprendre la félicité des bienheureux.

10.    Quel bonheur ils ont de me voir, moi qui suis le souverain bien ! Quel bonheur ils auront quand leur corps sera glorifié ! Ils n'en jouiront qu'au jugement dernier, mais ils ne souffrent pas d'attendre, parce que rien ne manque à la béatitude dont l'âme déborde et qu'elle épanchera sur son corps.

11.   Que te dire de cette joie ineffable des corps glorifiés dans l'humanité glorifiée de mon Fils unique, qui vous a donné la certitude de votre résurrection ! Ils tressailliront dans ses plaies, qui sont restées fraîches et ouvertes sur son corps, afin de crier sans cesse miséricorde pour vous, vers moi le Père éternel et souverain ; et tous seront conformes à lui dans la joie et l'allégresse. Oui, par vos yeux, vos mains, votre corps tout entier, vous serez unis aux yeux, aux mains, au corps de l'aimable Verbe, mon Fils bien-aimé. Étant en moi, vous serez en lui, parce qu'il est une même chose avec moi. L’œil de votre corps se dilatera dans l'humanité glorifiée du Verbe mon Fils unique : pourquoi ? parce que la vie qui finit dans les liens de ma charité durera éternellement.

12.    Les bienheureux ne peuvent faire aucun bien, mais ils jouissent de celui qu'ils ont fait ; le temps de mériter est passé pour eux, car c'est sur la terre seulement qu'on mérite ou qu'on pèche, selon l'usage que la volonté fait du libre arbitre. Les bienheureux attendent le jugement général, non dans la crainte, mais dans la joie. Le visage de mon Fils ne leur paraîtra pas terrible et plein de haine, parce qu'ils sont morts dans mon- amour et dans l'amour du prochain. Le visage du juge qui viendra dans ma majesté ne changera pas, mais il sera différent pour ceux qui seront jugés : ceux qui seront damnés le verront dans la haine et la justice, ceux qui seront sauvés le contempleront dans l'amour et la miséricorde.

XLII

Le jugement général augmentera la peine des damnés.

1.     Je t'ai parlé de la gloire des justes pour te faire mieux comprendre le malheur des damnés. Une de leurs peines sera de voir la béatitude des justes ; ce spectacle augmentera leurs tourments, comme la vue des damnés augmentera, dans les justes, la jouissance de ma honte : car la lumière se connaît mieux par les ténèbres et les ténèbres par la lumière. La vue du bonheur sera un supplice pour les damnés, et ils attendent avec effroi le jugement -dernier, parce qu'ils comprennent qu'il augmentera leur malheur.

2.      En effet, à cette parole terrible : Levez-vous, morts ; venez au jugement ! l'âme se réunira au corps pour le glorifier dans les justes et le torturer éternellement dans les méchants. Les damnés seront couverts de honte et de confusion en présence de ma Vérité et de tous les bienheureux.

3.     Alors le ver de la conscience rongera la moelle de l'arbre, c'est-à-dire l'âme, et sort écorce, c'est-à-dire le corps. Contre eux s'élèvera le sang précieux répandu pour les racheter et leur acquérir les miséricordes spirituelles et temporelles que je leur ai faites par mon Fils. Il leur sera demandé compte des obligations que l'Évangile leur imposait envers le prochain ; ils seront convaincus de cruauté pour les autres, d'orgueil, d'amour-propre et de débauche. La vue de la miséricorde dont ils étaient l'objet rendra leur condamnation plus terrible. Au moment de la mort, elle n'attaquait, que leur âme ; mais au jugement dernier, elle frappera à la fois leur âme et leur corps. Car le corps est le compagnon, l'instrument de l'âme pour le bien ou le mal, selon le bon plaisir de sa volonté.

4.      Tout acte, bon ou mauvais, s'accomplit par l'intermédiaire du corps. Il est donc juste, ma chère fille, que mes élus jouissent de la gloire et du souverain bien avec leur corps glorifié, pour que le corps et l'âme soient récompensés tous les deux des fatigues qu'ils ont supportées ensemble pour moi. De même, le corps des méchants partagera leurs peines éternelles, parce qu'il a été l'instrument du mal leur supplice se renouvellera et augmentera lorsqu ils reprendront leur corps en présence de mon Fils.

5.     Leur misérable sensualité et leurs débauches seront condamnées en voyant la nature humaine unie en Jésus-Christ à la pureté de la Divinité, en apercevant la chair d'Adam au dessus de tous les chœurs des anges, tandis qu'eux, par leur faute, sont plongés dans les profondeurs de l'enfer, ils verront la grandeur de ma miséricorde briller dans les bienheureux qui ont profité du sang de l'Agneau, et ils reconnaîtront que les peines souffertes par amour pour moi sont devenues pour le corps comme une belle frange sur un vêtement ; et cela non par la vertu du corps, mais par l'exubérance de l'âme qui donne aux corps le prix de sa peine, parce qu'il l'a aidée à pratiquer la vertu. Cette récompense est visible ; elle apparaît sur le corps comme le visage de l'homme se reflète dans un miroir.

6.      En présence de tant de gloire dont ils sont privés, les damnés sentiront augmenter leur peine et leur confusion. Dans leur corps apparaîtront les marques des péchés qu'ils ont commis, et les supplices qu'ils ont mérités. Quand retentira pour eux cette parole épouvantable : Allez, maudits, au feu éternel, l'âme et le corps iront demeurer avec les démons, sans aucune lueur d'espérance, dans cette sentine du monde, où chacun apportera l'infection de ses iniquités.

7.     L'avare y brûlera, avec les trésors de la terre qu'il a tant aimés ; le cruel y sera avec ses cruautés, le débauché avec ses excès, l'envieux avec son envie, et celui qui hait son prochain avec sa haine. Ceux qui se seront aimés de cet amour déréglé qui cause tous les maux, parce qu'il est avec l'orgueil le principe de tous les vices, ceux-là seront dévorés par un feu insupportable ; tous, selon leurs fautes, seront punis à la fois dans leur âme et dans leur corps.

8.      Voilà la fin déplorable de ceux qui .vont par la route inférieure, et qui suivent le fleuve du monde, sans vouloir se reconnaître et recourir à la miséricorde. Ainsi que je te l'ai dit, ils arrivent à la porte du mensonge, parce qu'ils suivent la doctrine du démon, qui est le père du mensonge ; et le démon est la porte par laquelle ils arrivent à la damnation éternelle.

9.     Mes élus, mes enfants bien-aimés, prennent la route supérieure, celle du pont ; ils suivent la voie de la vérité, et la vérité est la porte de ,la vie ; car mon Fils a dit : “Personne ne peut aller à mon Père, si ce n'est par moi” ; il est la porte et la voie qu'il faut prendre pour entrer en moi, l'Océan de la paix.

10.    Les réprouvés, au contraire, qui suivent la voie ténébreuse du mensonge, n'arrivent qu'à une eau morte ; le démon les y appelle, comme s'il disait : Que celui qui a soif d'eau morte vienne à moi, et je lui en donnerai. Les aveugles et les insensés ne s'en aperçoivent pas, car ils ont perdu la lumière de la foi.

XLIII

L'utilité des tentations.

L'âme, au moment de la mort, voit la peine
ou la gloire qui lui est destinée, même avant d'être séparée de son corps.


1.     Le démon est le bourreau que ma justice a chargé de tourmenter les âmes qui m'ont misérablement offensé. Je lui permets pendant cette vie de tenter et d'inquiéter mes créatures, non pas pour qu'elles soient vaincues, mais au contraire pour qu'elles triomphent et qu'elles reçoivent de moi la palme de la victoire qu'elles auront gagnée par la vertu. Personne ne doit craindre de combattre et d'être vaincu par les tentations du démon, parce que j'ai fait l'homme fort, en lui donnant la force de la volonté fortifiée dans le sang de mon Fils.

2.      Cette volonté, ni le démon, ni la créature ne peuvent la changer, parce qu'elle est à vous et que je vous l'ai donnée. Vous pouvez donc, avec le libre arbitre, résister ou céder, selon votre bon plaisir. La volonté est une arme que vous livrez au démon pour vous frapper et vous tuer. Mais si l'homme ne met pas cette arme entre les mains du démon, c'est-à-dire s'il ne cède pas à ses tentations et à ses attaques, il ne sera jamais blessé par le péché dans aucune tentation ; il sera fortifié, au contraire, parce que l’œil de son intelligence verra que ma charité permet la tentation pour éprouver et augmenter la vertu.

3.     L'homme acquiert la vertu en connaissant sa faiblesse et ma bonté. Cette connaissance est plus parfaite au temps de la tentation, parce qu'alors il comprend qu'il n'a pas l'être par lui-même, puisqu'il ne peut éviter les peines et les tentations qu'il voudrait fuir. Il me connaît dans sa volonté, à laquelle ma bonté donne la force de résister à ses tentations. Il comprend pourquoi ma charité les envoie. Le démon est impuissant ; il ne peut rien sans mon consentement, et si je le donne, c'est par amour, non par haine ; c'est pour que vous soyez vainqueur et non vaincu ; c'est pour que vous parveniez à une connaissance plus parfaite de vous-même et de moi, et que votre vertu soit éprouvée, car elle n'est éprouvée que par son contraire.

4.      Tu vois donc que les démons sont mes ministres chargés de tourmenter les damnés en enfer, et d'exercer, d'éprouver la vertu des âmes en cette vie. Leur intention n'est certainement pas d'éprouver la vertu, car ils n'ont pas la charité ; ils veulent la détruire en vous, mais ils ne pourront jamais le faire, si vous ne voulez pas y consentir.

5.     Maintenant, considère la folie de l'homme qui se rend faible par le moyen que je lui avais donné pour être fort, et qui se livre lui-même aux mains du démon. Aussi je veux que tu saches ce qui arrive au moment de la mort à ceux qui, pendant leur vie, ont volontairement accepté le joug du démon qui ne pouvait les y contraindre. Quand la mort les surprend dans ce honteux esclavage, ils n'ont d'autres juges qu'eux-mêmes ; l'arrêt de leur conscience suffit, et ils se précipitent avec désespoir dans l'éternelle damnation. Avant d'en passer les limites, ils l'acceptent par haine de la vertu et choisissent l'enfer pour le partager avec les démons, leurs maîtres.

6.      Les justes, au contraire, qui ont vécu dans la charité meurent dans l'amour. Quand vient leur dernier instant, s'ils ont pratiqué parfaitement la vertu, éclairés par la lumière de la foi et soutenus par l'espérance du sang de l'Agneau, ils voient le bien que je leur ai préparé ; ils l'embrassent avec amour et m'attirent à eux avec tendresse, moi, l'éternel et souverain Bonheur. Ils jouissent ainsi du ciel même avant que leur âme se sépare de leur corps.

7.     Pour ceux qui ont passe leur vie dans une charité moins parfaite, lorsqu'ils arrivent à la mort, ils se jettent dans les bras de ma miséricorde avec la même lumière de la foi et la même espérance qu ils ont eue a un degré inférieur. Malgré leur imperfection, ils embrassent ma miséricorde, parce qu'ils la trouvent plus grande que leurs fautes. Les pécheurs font le contraire : ils voient avec désespoir la place qui les attend, et ils l'acceptent avec haine.

8.      Les uns et les autres n'attendent pas leur jugement. Chacun, au sortir de la vie, prend lui-même possession de son sort ; il l'éprouve même avant de quitter son corps. Les damnés suivent la haine et le désespoir ; les parfaits suivent l'amour, la lumière de la foi, l'espérance du sang de l'Agneau ; les imparfaits se confient à ma miséricorde et vont en purgatoire.

XLIV

Le démon trompe toujours l'âme sous l'apparence de quelque bien.

1.     Je t'ai dit que le démon invite les hommes à boire l'eau morte qui est son partage ; il les trompe avec les délices et les honneurs du monde, il les séduit par l'apparence de quelque bien. Il ne pourrait réussir autrement, car ils ne se laisseraient pas attirer s'ils ne trouvaient quelque avantage personnel, quelque jouissance.

2.      L'âme, par sa nature, recherche toujours le bien ; mais comme elle est aveuglée par l'amour-propre, elle ne connaît et ne discerne pas le vrai bien, ce qui est utile à l'âme et au corps. Et alors le démon, dans sa méchanceté, voyant l'homme aveuglé par l'amour-propre sensitif, lui propose des fautes qui sont colorées de quelque utilité et de quelque bien, il les propose selon l'état de chacun et selon les vices auxquels il paraît le plus enclin. Il tente diversement le séculier, le religieux et ceux qui ont des dignités spirituelles ou temporelles.

3.     Je t'ai déjà parlé de ceux qui se noient dans le fleuve, parce qu'ils ne pensent qu'à eux et m'outragent par leur coupable amour-propre. Tu verras combien ils se trompent. En voulant fuir la peine, ils tombent en de plus grandes. Il leur semble qu'il est bien dur de me suivre par la voie que mon Fils vous a tracée ; ils reculent devant quelques épines. Qu'ils sont aveugles! ils ne voient pas la vérité et la méconnaissent. Je te l'ai expliquée au commencement de ta vie, quand tu me priais de faire, miséricorde ,au monde et de le retirer des ténèbres du péché mortel.

4.      Tu sais que je me suis révélé à toi sous la figure d'un arbre dont tu n'apercevais pas le principe et la fin ; tu voyais seulement que sa racine s'unissait à la terre. C'était la nature divine unie à la terre de votre humanité. Au pied de l'arbre, s'il t'en souvient, il y avait quelques épines qui éloignaient tous ceux qui aiment leur sensualité ; ceux-là couraient à une montagne d'épis battus, qui représentait tous les plaisirs du monde. Ces épis paraissaient contenir du bon grain, mais ils étaient vides ; et les pauvres âmes périssaient de faim. Beaucoup reconnaissaient les tromperies du monde ; ils retournaient à l'arbre et traversaient les épines, c'est-à-dire les résolutions de la volonté.

5.     Ces résolutions, avant d'être prises, semblent des épices qui embarrassent le chemin de la vérité, parce qu'il y a un combat entre la conscience et la sensualité ; mais dès que la haine et le mépris de soi-même font dire avec courage : Je veux suivre Jésus crucifié, aussitôt ces épines s'émoussent et deviennent d'une douceur extrême. Chacun les sent plus ou moins, selon ses dispositions particulières.

6.      Je te disais alors : Je suis votre Dieu immuable ; je ne change pas, et je ne me retire jamais de la créature qui veut venir à moi. Je montre à tous la vérité ; je me rends visible, quoique je sois invisible ; et je fais voir ce que c'est que d'aimer quelque chose sans moi. Mais ceux qu'aveuglent les ténèbres de l'amour-propre ne me connaissent pas et ne se connaissent pas. Vois combien ils sont dans l'erreur, puisqu'ils aiment mieux mourir de faim que de traverser quelques épines. Et pourtant, ils ne peuvent éviter de souffrir des peines ; car, en cette vie, personne ne peut vivre sans souffrir, excepté ceux qui suivent le chemin d'en haut ; ceux-là rencontrent aussi la souffrance, mais cette souffrance leur devient une consolation.

7.     C'est le péché d'Adam qui a fait naître dans le monde les épines et les ronces ; c'est lui qui est la source de ce fleuve qui se précipite comme une mer orageuse ; et je vous ai donné un pont pour que vous n'y soyez pas engloutis. Ainsi, tu vois combien se trompent ceux qui craignent sans raison. Je suis votre Dieu, et je ne change pas ; je ne m'arrête pas aux personnes, mais aux saints désirs. C'est ce que je t'ai fait comprendre par la figure de cet arbre.

XLV

Quels sont ceux que ne blessent pas les épines du monde, quoique personne, en cette vie, ne puisse éviter la souffrance.

1.     Je veux maintenant te montrer ceux que blessent ou que ne blessent pas les épines et les ronces que la terre produit à cause du péché. Je t'ai fait voir jusqu'à présent ma bonté et la damnation des méchants qui sont trompés par leurs sens ; je te dis maintenant qu'eux seuls sont blessés par les épines du monde.

2.      Quiconque naît à la vie ne peut être exempt de peines corporelles ou spirituelles. Mes serviteurs ont des peines corporelles, mais leur âme est toujours libre. ils ne souffrent pas de la souffrance, parce que leur volonté est unie à la mienne ; et c'est par la volonté que l'homme souffre. Ils souffrent au contraire de l'esprit et du corps, ceux qui ont, dès cette vie, un avant-goût de l'enfer, comme mes serviteurs ont un avant-goût de la vie éternelle. Tu sais que le bonheur principal des bienheureux est d'avoir leur volonté pleine de ce qu'ils désirent. Ils me désirent ; en me désirant, ils me possèdent et me goûtent sans aucun obstacle, car ils ont laissé le poids de leur corps, qui était une force opposée à l'esprit.

3.     Le corps était un intermédiaire qui les empêchait de connaître la vérité ; ils ne pouvaient me voir face à face parce que le corps ne leur permettait pas de me contempler. Mais dès que l'âme est délivrée du corps, sa volonté est satisfaite ; elle désirait me voir, elle me voit, et c'est cette vision qui fait sa béatitude. Qui me voit me connaît, qui me connaît m'aime, et qui m'aime me possède, moi le bien suprême, éternel. Cette possession apaise et remplit sa volonté, qui était le désir de me voir et de me connaître. Dès lors il me désire et il me possède ; il me possède et il me désire ; et, comme je te l'ai dit, ce désir est sans peine et cette possession sans satiété.

4.      Ainsi, tu le vois, la grande cause de la béatitude de mes serviteurs est de me voir et de rue connaître. Cette vision et cette connaissance remplissent la volonté de ce qu'elle désire ; elle est donc heureuse. Jouir de la vie éternelle, c'est surtout posséder ce que la volonté désire. Me voir, me connaître et m'aimer, donne la félicité parfaite.

5.     Ceux qui, dans cette vie, ont un avant-goût de la vie éternelle, jouissent de ce qui fait le bonheur des bienheureux. Comment ont-ils cet avant-goût ? Par la vue de ma bonté envers eux et par la connaissance de ma vérité. Cette connaissance est dans l'entendement qui est l’œil de l'âme éclairé par moi. La pupille de cet oeil est la sainte foi, dont la lumière fait discerner, connaître et suivre la voie et la doctrine de ma Vérité, le Verbe incarné. Sans la foi, l'âme ne saurait voir : elle est comme celui dont un voile obscurcit la pupille, qui est la partie lumineuse de l’œil. La pupille de l’œil de l'âme ,est la foi. Si l'amour-propre la couvre du voile de l'infidélité, elle ne peut plus voir. Elle possède bien un oeil, mais non pas la lumière, dont elle s'est elle-même privée.

6.      Ainsi, tu le comprends, mes serviteurs en me voyant me connaissent, en me connaissant m'aiment, en m'aimant s'anéantissent et perdent toute volonté propre. Dès qu'ils ont perdu leur volonté, ils revêtent la mienne ; et moi, je ne veux que votre sanctification. Ils quittent aussitôt le chemin d'en bas et commencent à gravir le pont ; ils ne craignent plus les épines. Leurs pieds ne peuvent pas en être blessés, car ils sont garantis par l'amour de ma volonté. Ils souffrent du corps et non de l'esprit, parce que leur volonté sensitive est morte ; et c'est celle qui afflige et tourmente l'âme de la créature. Dès que la volonté n'existe plus, la peine disparaît ; ils supportent tout avec reconnaissance et se réjouissent d'être éprouvés pour moi, parce qu'ils ne désirent que ce que je veux.

7.     Je permets que le démon les tourmente et que les tentations éprouvent leur vertu ; ils résistent par leur volonté qui est affermie en moi. Ils s'humilient et se reconnaissent indignes de la paix, du repos de l'âme ; ils pensent qu'ils méritent la tribulation, et ils vivent ainsi dans la joie et la connaissance d'eux-mêmes, sans éprouver de véritables afflictions. Si l'épreuve leur vient des hommes, de la maladie, de la pauvreté, d'un revers de fortune, de la privation de leurs enfants ou des personnes qui leur sont chères, ils supportent ces épines que le péché a fait naître sur la terre, avec, la lumière de la raison et de la sainte foi. Leurs yeux sont fixés sur moi, qui suis la bonté suprême et qui ne peux vouloir que leur bien ; tout ce qui leur arrive, c'est l'amour et non la haine qui le leur envoie.

8.      Dès qu'ils voient que je les aime, ils s'examinent et reconnaissent leurs défauts ; ils voient à la lumière de la foi que tout bien doit être récompensé et toute faute punie. Ils comprennent que la moindre faute mérite une peine infinie, parce qu'elle est faite contre moi, qui suis le bien infini. Ils regardent comme une faveur d'en être punis pendant cette vie, qui passe si rapidement. Ils se purifient ainsi du péché par la contrition du cœur, et acquièrent des mérites par la perfection de leur patience. Leurs peines sont récompensées par un bien sans mesure ; ils savent que toute souffrance dans cette vie est fugitive comme le temps.

9.     Le temps n'est qu'un point ; le temps passe comme un éclair ; la souffrance passe avec lui, elle est donc bien petite. Ils la supportent avec patience et marchent sur les épines de la terre sans être blessés ; elles n'atteignent pas leur cœur, parce que leur cœur n'est plus à eux ; il en a été ôté avec l'amour sensitif pour m'être étroitement uni par les liens de l'amour, Il est donc bien vrai qu'il jouissent de la vie éternelle, qu'ils en ont un avant-goût dès cette vie ; ils traversent l'eau sans être mouillés ; ils marchent sur les épines sans être blessés, parce qu'ils me connaissent, moi le souverain bien, parce qu'ils le cherchent là où il se trouve, c'est-à-dire dans le Verbe, mon Fils bien-aimé.

XLVI

Des maux qui procèdent de l'aveuglement de l'intelligence. Le bien qui n'est pas fait en état de grâce ne sert pas à la vie éternelle.


1.     Je t'ai dit ces choses pour que tu comprennes mieux comment ceux dont je t'ai fait connaître l'erreur ont un avant-goût de l'enfer. Je te dirai maintenant d'où vient leur erreur et comment ils reçoivent cet avant-goût de l'enfer. C'est parce qu'ils ont aveuglé leur intelligence par l'infidélité de leur amour-propre. La vérité s'acquiert par la lumière de la foi et le mensonge par l'infidélité. Je parle de l'infidélité de ceux qui ont reçu le saine baptême, dans lequel la pupille de la foi est donnée à l’œil de l'intelligence.

2.      Lorsque vient l'âge de raison, ceux qui s'exercent à la vertu conservent la lumière de la foi et enfantent des vertus vivantes qui profitent au prochain. De même qu'une femme qui donne le jour à un enfant le présente avec joie à son époux, ils m'offrent leurs vertus vivantes, à moi qui suis l'époux de leur âme. Mais au contraire, les malheureux qui, à l'âge de raison, ne profitent pas de la lumière de la foi, n'enfantent pas les vertus de la vie de la grâce, et ne produisent que des œuvres mortes. Elles sont mortes, parce qu'elles sont faites dans la mort du péché, et sans la lumière de la foi. Ils ont. la forme du baptême, mais ils n'en ont plus la lumière, parce qu'ils en sont privés par les ténèbres de la faute que fait commettre l'amour-propre, qui couvre entièrement leur vue.

3.     On dit que ceux-là ont la foi sans les œuvres et que leur foi est morte. De même qu'un mort ne voit pas, de même l’œil de l'intelligence dont la pupille est obscurcie ne voit pas. L'âme ne se connaît pas et ne connaît pas les péchés qu'elle a commis ; elle ne connaît. pas ma bonté envers elle en lui donnant l'être et les grâces que j'y ai ajoutées. M'ignorant et s'ignorant elle-même, elle ne hait pas sa propre sensualité, mais elle l'aime et cherche à satisfaire ses désirs. Elle enfante ainsi les oeuvres mortes du péché. Elle ne m'aime pas, et ne m'aimant pas, elle n'aime pas ce que j'aime, c'est-à-dire le prochain, et elle ne se plaît point à faire ce qui peut m'être agréable.

4.      Ce sont les vraies et solides vertus qu'il m'est agréable de voir en vous, et ce n'est pas à cause de moi. De quelle utilité pouvez-vous être polir moi ? Je suis Celui qui agit, et rien ne se fait sans moi, excepté le péché, qui n'est que néant, puisqu'il prive l'âme de moi, qui suis le bien suprême, en la privant de la grâce. Les vertus me plaisent à cause de vous, parce que je puis les récompenser en moi, qui suis la vie éternelle.

5.     Tu vois que leur foi est morte, puisqu'elle est sans les oeuvres : les œuvres qu'ils font ne servent point pour la vie éternelle, puisqu'ils n'ont pas la vie de la grâce. Cependant on ne doit jamais cesser de faire le bien, qu'on soit en état de grâce ou qu'on n'y soit pas, parce que le bien est toujours récompensé comme la faute est toujours punie. Le bien qui se fait en état de grâce sert à la vie éternelle ; le bien qui se fait en état de péché mortel ne sert pas à la vie éternelle, mais il est récompensé de différentes manières, comme je te l'ai expliqué.

6.      Je le récompense quelquefois en accordant le temps nécessaire pour se reconnaître ; quelquefois en mettant au cœur, de mes serviteurs de ferventes prières qui retirent les coupables du mal et les sauvent de leur misère. D'autres fois je ne leur accorde ni temps ni prières, mais je les récompense par l'abondance des choses temporelles. Ils sont comme les animaux qu'on engraisse pour les mener à la boucherie, et cela arrive à ceux qui résistent de toute manière à ma bonté, et qui font cependant quelque bien en dehors de la grâce et dans le péché. Ils n'ont pas voulu profiter du temps qui leur était accordé, des prières qu'on faisait pour eux, et de tous les moyens que j'employais pour les attirer. Je les repousse à cause de leurs vices, mais ma bonté veut récompenser ce. qu'ils peuvent avoir fait d'utile ; je leur accorde des biens temporels qui les engraissent, et, s'ils ne se convertissent pas, ils vont ainsi au supplice de l'enfer.

7.     Tu vois quelle est leur erreur ; mais, s'ils y tombent, n'est-ce pas leur faute ? Ils se sont privés de la lumière de la foi, et ils marchent à tâtons comme des aveugles, s'attachant à tout, ce qu'ils touchent. Parce que leur vue est obscurcie, ils ne placent leur affection que dans des choses transitoires ; ils se trompent comme ces fous que séduit l'or, sans prendre garde au poison qu'il cache. Toutes les choses du monde, ses joies, ses plaisirs, si on les possède, si on les goûte sans moi, avec un amour déréglé, sont comme ces scorpions que je te montrais dans les commencements,, après la figure de l'arbre : ils portaient de l'or devant eux et du poison par derrière ; il n'y avait pas de poison sans or ni d'or sans poison ; mais c'était l'or qu'on voyait le premier, et personne n'évitait le poison, à moins d'être éclairé par la lumière de la foi.

XLVII

On ne peut observer les commandements, si on n'observe pas aussi les conseils.


1.     Je t'ai dit que ceux qui sont éclairés par la lumière de la foi, retranchaient le poison des sens avec le glaive à deux tranchants de la haine du vice et de l'amour de la vertu ; ceux qu'éclaire seulement la lumière de la raison acquièrent et possèdent l'or des choses terrestres qu'ils veulent conserver ; mais ceux qui veulent atteindre la perfection méprisent ces biens réellement et spirituellement, ils observent les conseils de ma Vérité.

2.      Les autres possèdent et observent les commandements et ne suivent les conseils que spirituellement ; mais comme les conseils sont liés aux commandements, personne ne peut observer les commandements sans observer les conseils, non pas réellement, mais spirituellement. En possédant les richesses du monde, on doit les posséder avec humilité, et non pas avec orgueil ; on doit les posséder comme une chose prêtée, car ma bonté ne vous les donne que pour votre usage. Vous ne les avez qu'autant que je vous les donne ; vous ne les conservez qu'autant que je vous les laisse, et je ne vous les laisse qu'autant que je vois qu'elles servent à votre salut. C'est ainsi que vous devez en user.

3.     Si l'homme en use de la sorte, il observe les commandements, puisqu'il m'aime par-dessus toutes choses et qu'il aime le prochain comme lui-même. Il vit avec un cœur libre, il ne s'attache pas aux richesses par le désir, il ne les aime pas et ne les tient que de ma volonté ; et, s'il les possède matériellement, il n'en observe pas moins le conseil dans son cœur, parce qu'il s'est purifié du poison de l'amour déréglé.

4.      Ceux qui agissent ainsi sont dans la charité commune, mais ceux qui observent les commandements et les conseils spirituellement et réellement sont dans la charité parfaite ; ils observent dans toute sa simplicité le conseil que ma Vérité, le Verbe incarné, donnait, à ce jeune homme qui lui demandait : Maître, que puis-je faire pour avoir la vie éternelle ? Mon Fils lui dit : Observez les commandements de la loi. Le jeune homme répondit : Je les observe ; et mon Fils lui dit : C'est bien. Si vous voulez être parfait, allez, vendez ce que vous avez et donnez-le aux pauvres (Mt, XIX, 16-21). Alors ce jeune homme devint triste, parce que les richesses qu'il avait, il les possédait encore avec trop d'amour : c'est ce qui causait sa peine. Mais les parfaits suivent le conseil ; ils abandonnent le monde et ses délices ; ils affligent leur corps par la pénitence, par les veilles, par d'humbles et continuelles prières.

5.     Ceux qui restent dans la charité commune ne perdent pas la vie éternelle en ne se séparant pas matériellement des richesses, parce qu'ils n'y sont pas obligés ; mais, s'ils veulent garder les choses du monde, ils doivent le faire comme je te l'ai enseigné. En les possédant ils ne pèchent pas ; car toutes ces choses sont bonnes, excellentes, parfaites et créées par moi, qui suis la bonté souveraine, elles sont faites pour servir à mes créatures raisonnables, mais non pas pour que mes créatures deviennent les esclaves des délices du monde. Ceux qui veulent les garder renoncent à la perfection ; ils doivent s'en servir, non pas comme des maîtres, mais comme des serviteurs. Tous leurs désirs doivent être pour moi ; il faut aimer et posséder le reste comme des choses qui leur sont prêtées et qui ne leur appartiennent pas.

6.      Je ne tiens aucun compte des personnes et des positions, je ne m'arrête qu'aux saints désirs. Dans tout état que l'homme choisit, qu'il ait une volonté bonne et sainte, et il me sera agréable. Qui pourra réussir ? Ceux qui détruiront le venin de l'amour-propre par la haine des sens et l'amour de la vertu. Dès que la volonté est purifiée de ce venin et réglée par l'amour et la sainte crainte de Dieu, l'homme peut choisir l'état qui lui plaît et y gagner la vie éternelle.

7.     Quoique la plus grande perfection, celle qui m'est le plus agréable, soit de se détacher spirituellement et matériellement de toutes les choses du monde, celui qui ne se sent pas capable d'atteindre cette perfection à cause de sa fragilité, peut rester dans la charité commune selon son état. Ma bonté l'a décidé, afin que personne ne puisse excuser son péché dans aucune condition. Y a-t-il en effet une excuse possible, puisque j'accorde aux passions et à la faiblesse de l'homme de pouvoir rester dans le monde, posséder la richesse, tenir un rang, vivre dans le mariage et travailler à établir ses enfants ? L'homme peut choisir l'état qu'il veut, pourvu qu'il se purifie du venin de la sensualité, qui donne la mort éternelle.

8.      La sensualité tue l'âme comme un poison qui tourmente le corps et le fait enfin mourir, si on ne le rejette pas et si on ne prend aucune médecine. Le monde est un scorpion qui empoisonne par ses jouissances. Ce ne sont pas les choses temporelles qui tuent par elles-mêmes, car elles sont bonnes et faites par moi, qui suis la bonté suprême ; on peut en user avec amour et crainte : le poison vient de la volonté perverse de l'homme. Il empoisonne l'âme et lui donne la mort, si elle ne le rejette par une sainte confession qui délivre le cœur. La confession est une médecine qui guérit de ce poison, mais ce remède paraît amer à la sensualité.

9.     Tu vois donc combien sont dans l'erreur ceux qui pourraient me posséder, fuir la tristesse et goûter la joie, la consolation. Ceux-là veulent le mal qui a l'apparence du bien, et ils s'attachent à l'or avec un amour déréglés Parce qu'ils sont aveuglés par de nombreuses infidélités, ils, ne reconnaissent pas le poison ; ils voient qu'ils sont empoisonnés, et ne prennent pas de remède ; ils portent la croix du démon et ils ont un avant-goût de l'enfer.

XLVIII

Les serviteurs du monde ne sont pas rassasiés de leurs biens. Du supplice que leur cause leur volonté perverse.


1.     Je t'ai dit que de la volonté venaient les peines de l'homme. Comme mes serviteurs se sont dépouillés de leur volonté et revêtus de la mienne, ils n'éprouvent aucune affliction ; ils sont toujours satisfaits, parce qu'ils sentent que je suis dans leur âme par la grâce. Ceux qui ne m'ont pas ne peuvent être satisfaits, lors même qu'ils possèderaient le monde tout entier car les choses créées sont moindres que l'homme, puisqu'elles sont faites pour l'homme, et non l'homme pour elles. L'homme ne peut s'en contenter ; moi seul je puis le satisfaire ; et pourtant ces malheureux sont si aveugles qu'ils se fatiguent inutilement à poursuivre ce qu'ils ne peuvent avoir, parce qu'ils ne s'adressent point à moi qui pourrais tout leur donner.

2.      Veux-tu connaître leur tourment ? Tu sais que l'amour souffre quand il perd la chose à laquelle il s'est identifié. Ceux qui s'identifient à la terre par l'amour deviennent semblables à la terre : les autres s'identifient à leurs richesses, à leurs honneurs, à leurs enfants ; les autres me perdent pour se donner aux créatures, d'autres font de leur corps un animal immonde ; tous ainsi désirent la terre et s'en repaissent. Ils voudraient que ces choses fussent durables, mais elles ne le sont pas ; elles passent comme le vent. La mort leur enlève ce qu'ils aiment, ou ma volonté les en prive.

3.     Cette privation est pour eux une peine intolérable ; leur douleur est aussi grande que leur amour avait été déréglé. S'ils avaient possédé ces choses comme des choses prêtées et qui ne leur appartenaient pas, ils les ,auraient quittées sans regret. Ils les regrettent, parce qu'ils n'ont plus ce qu'ils désirent ; car le monde, je te l'ai dit, ne peut les rassasier, et ils souffrent de ne pas l'être.

4.      Quel supplice cause les remords de la conscience ! quelle torture éprouve celui qui a soif de vengeance ! Il se dévore lui-même et tue son âme avant de tuer son ennemi, il se suicide avec le poignard de la haine. Que ne souffre pas l'avare qui par avarice se réduit à l'extrémité ? et l'envieux dont le cœur se ronge à la vue du bonheur d'autrui ? Toutes les choses qu'on aime d'un amour déréglé engendrent des peines et des frayeurs sans nombre. Ces infortunés portent la croix du démon et ont un avant-goût de l'enfer ; cette vie est pour eux pleine d'infirmités et de malheurs, et, s'ils ne se convertissent, ils n'ont à attendre que la mort éternelle.

5.     Ce sont ceux-là qui sont blessés par les épines de la tribulation, et qui se tourmentent eux-mêmes par leur volonté déréglée. Ils souffrent à l'intérieur et à l'extérieur ; leur âme et leur corps endurent des peines sans aucun mérite, parce qu'ils les reçoivent sans patience et avec colère. Ils possèdent l'or des délices du monde avec un amour déréglé ; ils sont privés de la vie de la grâce et de l'ardeur rie la charité. Ils deviennent des arbres de mort, toutes leurs actions sont mortes et ils s'en vont péniblement se noyer dans le fleuve, dont les eaux empoisonnées les engloutissent. Ils passent pleins de haine par la porte du démon, et reçoivent la damnation éternelle. Tu vois donc quelle est leur erreur, avec quelle peine ils arrivent à l'enfer et se font les martyrs du démon ; ce qui les aveugle, c'est le nuage de l'amour-propre qui intercepte la lumière de la foi.

6.      Les tribulations du monde qui entourent de toute part mes serviteurs, ne les atteignent qu'extérieurement. Ils sont persécutés, mais leur âme est tranquille parce qu'ils sont unis à ma volonté et qu'ils sont contents de souffrir pour moi. Les serviteurs du monde au contraire sont frappés au dedans et au dehors ; ils sont surtout tourmentés intérieurement par la crainte de perdre ce qu'ils possèdent, et par l'amour de ce qu'ils ne peuvent avoir. Les autres peines qui sont causées par ces deux peines principales sont innombrables, et ta langue ne pourrait les dire. Ainsi donc, même en cette vie, il vaut mieux être juste que pécheur ; tu connais maintenant la route et la fin des uns et des autres.

XLIX
La crainte servile ne suffit pas pour acquérir la vie éternelle, mais elle peut conduire à l'amour de la vertu.




1.     Quelques-uns se sentent éprouvés par les tribulations du monde, que j'envoie pour apprendre à l'âme que sa fin n'est pas en cette vie, que toutes ces choses étant imparfaites et transitoires, elle doit les prendre comme telles, et ne désirer que moi, qui suis sa fin véritable. Ils commencent à écarter le nuage de leurs yeux, à cause des peines qu'ils souffrent, et à cause de celles qui doivent punir leur péché. Cette crainte servile les fait sortir du fleuve et vomir le venin que le scorpion leur avait communiqué par l'appât de l'or qu'ils aimaient sans mesure. Ils aperçoivent ce qui donne la mort, et ils commencent à faire des efforts pour gagner la rive et atteindre le pont ; mais la crainte servile ne suffit pas pour arriver.

2.      Purifier du péché mortel sa demeure, sans la remplir des vertus fondées sur l'amour et non sur la crainte, ce n'est pas mériter la vie éternelle ; il faut placer les deux pieds sur le premier degré du pont, c'est-à-dire y parvenir par l'amour et le désir, qui sont les pieds de l'âme, pour atteindre la Vérité, dont je vous ai fait un pont. Il faut monter le premier degré que je t'ai fait voir, en te présentant comme un pont le corps de mon Fils.

3.     Il est vrai que presque toujours les serviteurs du monde commencent à se convertir par la crainte de la punition : les tribulations leur rendent souvent la vie insupportable et les détachent du monde. Si la lumière de la foi éclaire leur crainte, ils peuvent arriver à l'amour des vertus ; mais il y en a qui marchent avec tant de tiédeur, qu'ils retombent souvent dans leurs fautes. Lorsqu'ils sont sur la rive, ils rencontrent des vents contraires et sont battus par les flots orageux de cette vie ténébreuse.

4.      Le vent de la prospérité surtout les éprouve avant qu'ils aient monté le premier degré par l'amour ,des vertus ; ils retournent en arrière et s'attachent encore d'une manière déréglée aux jouissances du monde. Si c'est, le vent de l'adversité qui souffle, ils reculent par l'impatience, parce qu'ils ne détestent pas leurs fautes comme une offense qui m'est faite, mais par crainte de la punition qu'elle mérite. Sans cette crainte ils ne sel-aient pas convertis ; mais toute vertu veut la persévérance, et dès qu'ils ne persévèrent pas, ils ne peuvent atteindre le but de leurs désirs, ils abandonnent ce qu'ils avaient commencé ; la persévérance seule obtiendrait la récompense de leurs efforts.

5.     Ainsi les rechutes viennent de causes différentes : les uns succombent dans les combats de la chair contre l'esprit ; les autres sont vaincus par les créatures qu'ils aiment hors de moi, ou par l'impatience que leur cause les injures reçues ; d'autres par les attaques variées et nombreuses du démon, qui les décourage en dépréciant leurs œuvres. Ce bien que vous entreprenez, leur dit-il, ne sert à rien, à cause de vos fautes et de vos vices ; et il les fait ainsi retourner en arrière et abandonner le peu qu'ils avaient entrepris.

6.      Quelquefois il les abuse en leur donnant une fausse confiance dans ma miséricorde. Pourquoi, leur dit-il, tant vous fatiguer? Jouissez de la vie, et au dernier moment vous vous reconnaîtrez et vous obtiendrez miséricorde. Par ce moyen le démon leur fait perdre cette crainte par laquelle ils avaient commencé. Toutes ces ruses, ces attaques les empochent de persévérer, et cela arrive parce que la racine de l'amour-propre n'est pas arrachée de leur cœur ; c'est ce qui cause leur chute. Ils présument de ma miséricorde ; ils n'ont qu'une injuste et coupable espérance, puisqu'ils comptent sur ma miséricorde pour m'outrager sans cesse.

7.     La miséricorde ne leur est pas donnée pour m'offenser, mais pour les défendre de la malice du démon et les préserver du désespoir. ils font tout le contraire, puisqu'ils m'offensent en s'appuyant sur ma miséricorde elle-même. Il en est ainsi, parce qu'ils n'ont pas complété ce premier changement, qu'ils avaient opéré en se retirant du péché mortel par crainte du châtiment, lorsqu'ils avaient senti l'aiguillon de la tribulation. En s'arrêtant, ils n'arrivent pas à l'amour de la vertu et ils manquent de persévérance. L'âme ne peut rester immobile, il faut qu'elle avance ou qu'elle recule. Quand on avance dans la vertu, on abandonne l'imperfection de la crainte ; quand on n'arrive pas à l'amour, on retourne en arrière.

L

L'âme déplore l'aveuglement de ceux qui se noient dans le fleuve.


1.     Alors cette âme tourmentée de désirs considérait son imperfection et celle des autres ; elle souffrait d'entendre et de voir tant d'aveuglement dans les créatures, parce qu'elle savait combien grande était la bonté de Dieu, qui n'a rien mis dans cette vie qui puisse empêcher le salut et qui ne serve au contraire à exercer et à éprouver la vertu. Et malgré cela, elle voyait que l'amour-propre et les affections déréglées entraînent les hommes dans le fleuve, et causent, quand ils ne s'en corrigent pas, leur damnation éternelle.

2.      Beaucoup de ceux qui avaient bien commencé retournaient en arrière pour les raisons que l'ineffable bonté de Dieu avait daigné lui révéler, et cette vue la plongeait dans une douleur profonde ; elle fixait ses regards en Dieu le Père, et, elle lui disait : O amour inexprimable, combien grande est l'erreur de vos créatures ! Qu'il plaise à votre bonté de m'expliquer plus particulièrement les trois degrés figurés sur le corps de votre Fils bien-aimé, comment on doit faire pour sortir entièrement de ces flots et pour suivre la voie de votre vérité, et quels sont ceux qui montent ces degrés.



A suivre...
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Re: Saints et Bienheureux!! (Ordre Alphabétique)

Message par Marie du 65 le Dim 26 Nov 2017 - 19:46


LI

Les trois degrés figurés sur le pont signifient les trois puissances de l'âme.

1.     Alors la divine Bonté, abaissant le regard de sa miséricorde sur le désir qui tourmentait cette âme, lui disait : Ma fille bien-aimée, je ne méprise pas les saints désirs, et je me plais à les satisfaire. Aussi je vais te montrer ce que tu me demandes. Tu me demandes que je t'explique la figure des trois degrés, et comment on peut sortir du fleuve et monter sur le pont. Je t'ai déjà dit l'erreur et l'aveuglement de ces hommes, qui, pendant leur vie, sont les martyrs du démon et acquièrent la damnation éternelle pour prix de leurs iniquités. Et en te disant ces choses, je t'ai indiqué par quels moyens ils doivent éviter ces malheurs. Mais maintenant je m'étendrai davantage, pour satisfaire ton désir.

2.      Tu sais que tout mal est fondé sur l'amour-propre. Cet amour est un nuage qui obscurcit la lumière de la raison, et la raison a en elle la lumière de la foi ; on ne perd pas l'une sans perdre I'autre. J'ai créé l'âme à mon image et ressemblance, en lui donnant la mémoire, l'intelligence et la volonté. L'intelligence est la plus noble partie de l'âme. L'intelligence est excitée par l'affection, et l'affection est nourrie par l'intelligence. C'est la main de l'amour, c'est-à-dire l'affection, qui remplit la mémoire de mon souvenir et du souvenir de mes bienfaits. Ce souvenir tend l'âme active et reconnaissante ; elle la préserve de négligence et d'ingratitude ; chaque puissance aide l'autre : ainsi se nourrit l'âme dans la vie de la grâce.

3.     L'âme ne peut vivre sans amour ; elle veut toujours aimer quelque chose, car elle est faite d'amour, et je l'ai créée par amour. L'affection excite l'intelligence elle lui dit : “Je veux aimer, parce que l'aliment dont je me nourris est l'amour”. Alors l'intelligence, éveillée par l'affection, se lève et lui dit : “Si tu veux aimer, je te donnerai un bien que tu puisses aimer”. Aussitôt elle se met à considérer la dignité que l'âme a reçue par la création, et l'indignité où elle est tombée par le péché, Dans la dignité de son être, elle admire mon ineffable bonté et la charité incréée avec laquelle je l'ai créée ; et dans la profondeur de sa misère, elle trouve et contemple ma miséricorde, qui lui a donné le temps du repentir et qui l'a sauvée des ténèbres.

4.      Alors l'affection se nourrit d'amour ; elle se rassasie par ses saints désirs de la haine des sens, et elle savoure dans cette haine l'humilité véritable et la parfaite patience. Une fois que les vertus ont germé, elles se développent parfaitement ou imparfaitement, selon que l'âme s'exerce à la perfection, comme je te le dirai bientôt.

5.     Mais au contraire, si l'affection est inclinée vers les choses sensibles, le regard de l'intelligence se tourne de ce côté, et n'offre plus pour objet que des choses transitoires, qui entretiennent l'amour-propre, le dégoût de la vertu et l'attrait du vice, ce qui fait naître l'orgueil et l'impatience. La mémoire ne se remplit que de ce que lui présente l'affection. Cet amour obscurcit la vue, qui ne distingue et ne voit qu'une fausse lumière. C'est cette lumière que l'intelligence voit en toute chose, et que l'affection aime à cause de son apparence de bien et de plaisir. Sans cette apparence l'homme ne pêcherait pas ; car, par sa nature, il ne peut désirer autre chose que le bien. Le vice est coloré d'une apparence de bien personnel qui fait pécher l'âme. Mais, parce que l’œil ne distingue plus rien dans son aveuglement, il méconnaît la vérité ; il s'égare en cherchant le bien et le plaisir où ils ne sont pas.

6.      Je t'ai dit que les plaisirs du monde sans moi sont des épines empoisonnées. Dès que l'intelligence se trompe dans ce qu'elle voit, la volonté se trompe dans son amour, puisqu'elle aime ce qu'elle ne devrait pas aimer. La mémoire s'abuse de ce qu'elle retient. L'intelligence fait comme un voleur qui dépouille les autres. La mémoire retient aussi continuellement des choses qui sont hors de moi, et l'âme est ainsi privée de la grâce.

7.     L'une de ces trois puissances de l'âme est si grande, que je ne puis être offensé par l'une sans que toutes les trois ne m'offensent ; car l'une communique à l'autre, ainsi que je te l'ai dit, le bien ou le mal, selon le bon plaisir du libre arbitre. Ce libre arbitre est uni à l'affection et l'excite selon qu'il lui plaît, avec ou sans la lumière de la raison. Vous avez votre raison unie à moi tant que le libre arbitre ne la sépare pas par un amour déréglé, et vous avez une loi perverse qui combat sans cesse contre l'esprit. Vous avez donc deux partis, la sensualité et la raison. La sensualité est servante, elle est faite pour obéir à l'âme ; c'est par le corps que s'éprouvent et s'exercent les vertus.

8.      L'âme est libre ; elle est affranchie du péché dans le sang de mon Fils ; elle ne peut être opprimée si elle n'y consent par la volonté. La volonté est unie au libre arbitre, et le libre arbitre ne fait qu'une chose avec la volonté en s'accordant avec elle. Il est placé entre la sensualité et la raison, et il peut se tourner du côté qu'il choisit. Il est vrai que quand l'âme veut, par l'intermédiaire du libre arbitre, réunir ses puissances en mon nom, comme je te l'ai dit, alors toutes ses opérations spirituelles et temporelles sont bien ordonnées. Le libre arbitre se détache de la sensualité et s'unit à la raison. Alors, par ma grâce, je me repose au milieu d'elles.

9.     Mon Verbe incarné a dit : “Quand deux ou trois seront réunis en mon nom, je serai au milieu d'eux” (Mt., XVIII, 20), et c'est la vérité. Car je te l'ai déjà dit : Personne ne peut venir à moi, si ce n'est par lui. Aussi est-il devenu pour le genre humain un pont à trois degrés, et ces trois degrés figurent également les trois états de l'âme, comme je te l'expliquerai bientôt.

LII

Si les trois puissances de l'Âme ne sont pas unies ensemble, il lui est impossible d'avoir la persévérance nécessaire pour arriver à sa fin.

1.     Je t'ai expliqué que les trois degrés figuraient en général les trois puissances de l'âme. Ces degrés ne peuvent être montés séparément, si l'on veut passer par la doctrine le pont de ma Vérité. Si l'âme n'accorde pas ces trois puissances, elle ne peut avoir la persévérance dont je t'ai parlé, lorsque tu me demandais comment ces voyageurs devaient sortir du fleuve. Je te disais que, sans la persévérance, personne ne peut atteindre le but. Il y a deux buts qu'atteint la persévérance, le vice ou ta vertu. Si tu veux arriver à la vie, il faut persévérer dans la vertu ; celui qui veut arriver à la mort éternelle persévère dans le vice. La persévérance conduit à moi, qui suis la vie, ou au démon, qui fait boire la mort.

LIII

Explication de ces paroles de Jésus-Christ : “Qui a soif vienne à moi et boive”.

1.     Ma vérité vous a tous généralement et particulièrement appelés, lorsque mon Fils, plein d'un ardent désir, criait dans le temple : “Que celui qui a soif vienne à moi et boive (Jn, VII, 37), car je suis la fontaine d'eau vive”. Il ne dit pas, qu'il aille à mon Père et boive ; mais il dit : “qu'il vienne à moi”, parce que la peine ne peut être en moi le Père, mais bien en mon Fils unique. Vous qui êtes voyageurs et pèlerins dans cette vie mortelle ; vous ne pouvez être sans peine, parce que le péché fait naître les épines sur la terre.

2.      Pourquoi dit-il : “Venez à moi et buvez” ? Parce qu'en suivant sa doctrine, ou par la voie des commandements et l'amour des conseils, ou par la pratique réelle des commandements et des conseils, c'est-à-dire par la charité parfaite ou par la vie commune, quelle que soit la route que vous preniez pour aller à lui en suivant sa doctrine, vous trouverez de quoi vous désaltérer, en trouvant et goûtant le fruit du sang par l'union de la nature divine à la nature humaine. En vous trouvant en lui, vous vous trouvez en moi qui suis l'océan pacifique, parce que je suis une même chose avec lui, et lui une même chose avec moi.

3.     Ainsi vous êtes invités à la fontaine d'eau vive de la grâce, mais c'est par mon Fils qu'il faut y aller avec persévérance, sans vous laisser arrêter par les épines, les vents contraires ; la prospérité, l'adversité et toutes les peines que vous rencontrerez. Vous devez persévérer jusqu'à ce que vous me trouviez, moi qui vous donne l'eau vive ; et je vous la donne par le moyen du doux Verbe, mon Fils unique et bien-aimé.

4.      Mais pourquoi dit-il : “Je suis la fontaine d'eau vive” ? Parce qu'il est la fontaine qui me contient, moi qui donne l'eau vive par l'union de la nature divine à la nature humaine. Pourquoi dit-il : “Qu'il vienne à moi et qu'il boive” ? Parce que vous ne pouvez éviter la peine, et que la peine ne peut se trouver en moi, mais en lui. C'est pour cela que je vous ai fait de mon Fils un pont, et personne ne peut venir à moi que par lui. Il l'a déclaré : “Personne ne peut aller au Père, si ce n'est par moi” ; et ma Vérité est la vérité même.

5.     Ainsi, tu as vu la voie qu'il faut prendre et suivre avec persévérance. Vous ne pourriez boire autrement de l'eau vive ; car la persévérance est la vertu qui reçoit la gloire et la couronne en moi, qui suis le bien suprême.

LIV

Quel moyen doit prendre toute créature raisonnable pour pouvoir sortir des flots du monde et passer par le pont divin.


1.     Je reviens aux trois degrés par lesquels il faut aller pour ne pas périr dans ce fleuve, pour atteindre l'eau vive à laquelle vous êtes appelés, et pour que je sois continuellement en vous ; car pendant votre pèlerinage, je suis en vous, et je me repose par la grâce au milieu de vos âmes. Il faut d'abord avoir soif ; il n'y a d'invités que ceux qui ont soif, puisqu'il est dit : “Qui a soif vienne à moi et boive”.

2.      Celui qui n'a pas soif ne saurait persévérer ; il se laissera arrêter par la fatigue ou le plaisir. Il ne prendra ni vase pour puiser, ni compagnon pour ne pas aller seul ; il retournera en arrière dès qu'il rencontrera la persécution, parce qu'il l'a en horreur. Il craint parce qu'il est seul, mais s'il était accompagné, rien ne l'effraierait. S'il avait monté les trois degrés, il serait en sûreté, parce qu'il ne serait pas seul.

3.     Il faut donc que vous ayez soif et que vous vous réunissiez ensemble, comme je vous l'ai dit, deux ou trois, ou davantage. Pourquoi deux ou trois ? Parce que deux ne sont pas sans trois, trois sans deux, ni trois et deux sans davantage. Celui qui est seul ne peut pas m'avoir en lui, parce qu'il n'a pas de compagnon, et je ne puis me tenir au milieu de lui. Il n'est rien parce qu'il est seul dans son amour-propre, et qu'il est séparé de ma grâce et privé de la charité du prochain. Dès qu'il est exclu de moi par sa faute, il est dans le néant, parce que je suis seul Celui qui suis ; il est isolé dans son amour-propre, et il n'est compté pour rien dans ma Vérité ; il est rejeté de moi.

4.      Il est dit : Quand ils seront deux ou trois, ou davantage, assemblés en mon nom, je serai au milieu d'eux. Je t'ai dit que deux n'étaient pas sans trois ni trois sans deux, et c'est la vérité. Tu sais que les commandements se réduisent à deux, sans lesquels toute la loi ne peut être observée : il faut m'aimer par-dessus toute chose et aimer le prochain comme soi-même ; c'est là le commencement, le milieu et la fin des commandements de la loi.

5.     Ces deux commandements ne peuvent être réunis en mon nom sans la réunion des trois puissances de l'âme, à savoir : la mémoire, l'intelligence et la volonté. La mémoire doit retenir ma bonté et mes bienfaits, l'intelligence doit contempler l'amour ineffable que je vous ai montré par le moyen de mon Fils unique : je l'ai donné pour objet à votre intelligence, pour qu'elle y voie le foyer de ma charité. La volonté alors s'unit à la mémoire et à l'intelligence, en m'aimant et me désirant comme sa fin.

6.      Quand ces trois puissances sont ainsi saintement assemblées, je suis au milieu d'elles par la grâce ; et alors, parce que l'homme se trouve plein de ma charité et de celle du prochain, il se trouve sur-le-champ dans la compagnie de nombreuses et solides vertus. Le désir de l'âme lui donne soif de la vertu, de mon honneur, du salut des âmes ; toute autre soif est éteinte et morte en elle. Elle marche en assurance et sans aucune crainte servile ; elle monte le premier degré de l'affection, parce qu'elle s'est dépouillée de l'amour-propre ; elle s'est élevée au-dessus d'elle-même et au-dessus des choses passagères ; elle les aime et les conserve si elle veut, mais par moi et jamais sans moi, avec une sainte et véritable crainte, avec l'amour de la vertu.

7.     Elle monte le second degré ; elle arrive à la lumière de l'intelligence et contemple l'amour infini, que je vous ai montré dans mon Fils crucifié. Alors elle trouve la paix et le repos, parce que la mémoire s'emplit jusqu'aux bords de ma charité. Tu sais qu'une chose vide résonne quand on la frappe, mais il n'en est pas de même quand elle est pleine. Quand la mémoire est pleine de la lumière de l'intelligence et des sentiments de l'amour, si elle est frappée par les tribulations ou par les plaisirs du monde, l'âme ne fait entendre ni les éclats de la joie, ni les cris de l'impatience, parce qu'elle est pleine de moi, qui suis le bien véritable.

8.      Dès qu'elle a monté ces degrés, elle se trouve en sainte compagnie ; elle possède la raison et les trois puissances de l'âme, qu'elle a réunies en mon nom : elle est avec l'amour de moi et du prochain, avec la mémoire pour retenir, l'intelligence pour voir, la volonté pour aimer. L'âme est avec moi, qui suis sa force et sa sûreté ; elle est entourée de vertus, et elle s'avance paisiblement, parce que je suis au milieu d'elles.

9.     Elle est poussée par un ardent désir, car elle a soif de suivre la voie de la Vérité, où se trouve la fontaine d'eau vive. Cette soif de mon honneur, de son salut et du salut du prochain lui fait désirer la voie, parce que sans cette voie elle ne pourrait y parvenir. Elle avance, et porte le vase de son cœur vide de tout désir et de tout amour déréglé du monde ; et aussitôt que son cœur est vide, il se remplit, parce que rien ne peut rester vide.

10.    Il ne se remplit pas de choses matérielles, mais d'un air pur. Le cœur est un vase qui ne peut rester vide ; dès que l'amour déréglé des choses terrestres, en est ôté, il se remplit des choses célestes, des douceurs de l'amour divin, qui conduit aux eaux de la grâce. Quand l'âme est arrivée, elle passe par la porte de Jésus crucifié, et elle goûte l'eau vive qui se trouve en moi, l'océan de la paix.

LV

Résumé de plusieurs choses qui ont été déjà dites.


1.     Je t'ai montré comment toute créature raisonnable peut sortir de la mer du monde et éviter la mort et la damnation éternelle : je t'ai montré trois degrés principaux qui sont les trois puissances de l'âme, et personne n'en peut monter un sans monter les autres. Je t'ai expliqué cette parole de mon Fils : Quand ils seront deux ou trois, ou plusieurs, réunis en mon nom. Cette réunion est celle des trois puissances de l'âme, qui s'accordent avec les deux principaux commandements de la loi : m'aimer par-dessus toutes choses et aimer le prochain comme soi-même. Dès que l'homme a fait cette réunion et monté ces degrés, il a soif de l'eau vive ; il avance ; il passe sur le pont en suivant la doctrine de ma Vérité.

2.      Et alors vous accourez à la voix qui vous crie comme dans le temple : Que celui qui a soif vienne à moi et boive, car je suis la fontaine d'eau vive. Je t'ai expliqué cette parole et comment il fallait l'entendre, afin que tu connaisses mieux l'abondance de ma charité et le honteux aveuglement de ceux qui se plaisent à courir par la route du démon, qui leur offre une eau empoisonnée.

3.     Tu me demandais les moyens de ne pas périr dans le fleuve ; je te les ai montrés, et je t'ai dit qu'il fallait monter sur le pont en unissant les deux commandements de la loi dans la charité du prochain et en m'apportant son cœur et son amour comme un vase ; car je donne à boire à qui m'en demande. Il faut suivre la voie de Jésus crucifié et y persévérer jusqu'à la mort ; voilà ce que doit faire l'homme, quel que soit son état, car l'état n'est jamais une excuse ; on peut et on doit toujours remplir cette obligation de toute créature raisonnable.

4.      Personne ne peut s'en défendre en disant : J'ai une position, des enfants et d'autres embarras du monde, et il m'est impossible de suivre cette route. On ne peut alléguer ces obstacles ; car je te l'ai dit, tout état m'est agréable, pourvu qu'on y apporte une bonne et sainte volonté. Toute chose est bonne et parfaite, puisqu'elle a été faite par moi, qui suis la souveraine bonté. Les créatures ne vous ont pas été données pour vous causer la mort, mais pour que vous ayez la vie. Ce que je vous demande est bien facile, car quoi de plus facile et de plus doux que l'amour ? Je ne réclame qu'une chose, l'amour ; m'aimer et aimer le prochain.

5.     En tout temps, en tout lieu, en tout état, l'homme peut aimer et se servir de tout, pour l'honneur et la gloire de mon nom. Mais, tu le sais, les aveugles ne suivent pas la lumière ; ils se couvrent de leur amour-propre ; ils aiment et possèdent les créatures en dehors de moi ; ils passent cette vie dans des peines insupportables qu'ils se causent ; et, s'ils ne changent de route, ils tombent dans la damnation éternelle. Ainsi je t'ai fait connaître ce que tout homme doit faire.

LVI

Les trois degrés du pont correspondent à trois états de l'âme.


1.     Je t'ai dit la route que doivent suivre et que suivent ceux qui sont dans la charité commune, c'est-à-dire ceux qui observent les commandements et qui acceptent les conseils spirituellement ; maintenant je veux te parler de ceux qui ont commencé à monter ces degrés, et qui veulent suivre la voie parfaite et observer complètement les commandements et les conseils dans les trois états que je vais t'expliquer plus particulièrement.

2.      L'âme a trois états auxquels s'appliquent ses trois puissances : le premier est imparfait, le second parfait, le troisième très parfait. Dans le premier, l'homme est pour moi un mercenaire, dans le second un serviteur fidèle, et. dans le troisième un fils qui m'aime sans songer à lui. Ces trois états peuvent se rencontrer en diverses créatures, et quelquefois se trouver dans une même personne. Ils se trouvent en une même personne lorsqu'elle court avec une ardeur parfaite dans la voie, employant son temps de manière qu'elle arrive de l'état servile à l'état généreux, et de l'état généreux à l'état filial.

3.     Élève-toi au-dessus de toi-même ; ouvre l’œil de ton intelligence et vois comment tous ces voyageurs s'avancent ; les uns marchent imparfaitement, les autres parfaitement dans la voie des commandements, d'autres très parfaitement dans la voie des conseils. Tu verras d'où vient l'imperfection, d'où vient la perfection, et quel est l'aveuglement de l'âme qui n'arrache pas d'elle-même la racine de l'amour-propre. En quelque état que se trouve l'homme, il a besoin de tuer en lui l'amour-propre.

LVII

L'âme, en regardant dans le divin miroir, voit les créatures marcher de différentes manières.


1.     Alors cette âme, embrasée d'un saint désir, contemplait dans le doux miroir de la Divinité les créatures qu'elle voyait prendre différentes routes et différents moyens pour arriver à leur fin. Beaucoup commençaient à monter en étant tourmentés par la crainte servile, c'est-à-dire en redoutant leur propre peine ; beaucoup d'autres triomphaient de cette crainte et parvenaient à la perfection, mais bien peu arrivaient à la grande et véritable perfection.

LVIII

La crainte servile ne suffit pas sans l'amour de la vertu. La loi de crainte et la loi d'amour sont unies ensemble.


1.     Alors la bonté de Dieu, voulant satisfaire le désir de cette âme, lui disait : Remarque ceux que la crainte servile à détachés de la corruption du péché mortel s'ils n'avancent pas avec l'amour de la vertu, la crainte servile ne leur suffira pas pour obtenir la vie bienheureuse ; mais I'amour uni à la crainte suffit, parce que la loi est fondée sur l'amour et la crainte.

2.      La loi de crainte est la loi ancienne que j'ai donnée à Moïse, et qui était fondée sur la crainte, parce que la peine punissait la faute commise. La loi d'amour est la loi nouvelle donnée par le Verbe, mon Fils unique ; elle est fondée sur l'amour. Mais cette loi nouvelle ne détruit pas l'ancienne : elle l'accomplit au contraire. Ma vérité a dit : “Je ne suis pas venu détruire la loi, mais l'accomplir” (Mt., V, 17).

3.     Il a uni la loi de crainte à la loi d'amour. L'amour a ôté l'imperfection de la crainte de la peine, mais il a laissé la perfection de la bonne crainte, c'est-à-dire la crainte de m'offenser, non pas à cause de la punition, mais à cause de moi, qui suis la bonté suprême. Ainsi la loi imparfaite est devenue parfaite par la loi d'amour.

4.      Mon Fils unique est Venu comme un char de feu, et il a répandu les flammes de ma charité dans votre humanité. L'abondance de ma miséricorde a éloigné la peine des fautes qui se commettent. Celui qui m'offense n'est pas puni sur-le-champ dès cette vie, comme le voulait autrefois la loi de Moïse. La punition est maintenant différée, et la crainte servile est inutile. La faute n'est pas pour cela impunie ; elle sera punie quand l'âme sera séparée du corps, si celui qui commet la faute ne la punit pas, dès cette vie, par une contrition parfaite.

5.     La vie est le temps de ma miséricorde, et la mort le temps de la justice. Il faut donc quitter la crainte servile et embrasser mon amour et ma sainte crainte. Sans cela l'homme retombe dans le fleuve, dès qu'il rencontre les flots de la tribulation, et les épines des consolations qui blessent l'âme qui les aime et les possède d'une manière déréglée.

LIX

Comment de la crainte servile, qui est l'état d'imperfection, on parvient à l'état de perfection.


1.     Je t'ai dit que personne ne pouvait sortir du fleuve et passer le pont sans monter trois degrés. On les monte imparfaitement, parfaitement et très parfaitement. Ceux qui sont conduits par la crainte servile montent et réunissent imparfaitement les puissances de leur âme. L'âme voit la peine qui suit la faute ; elle se lève et appelle la mémoire pour chasser la pensée du vice, l'intelligence pour voir la punition de la faute, afin que la volonté puisse la détester. Ce premier acte, ce premier effort doit être fait avec la vue de l'intelligence éclairée par la sainte foi.

2.      Elle doit non seulement regarder la peine, mais la récompense de la vertu et l'amour que je lui porte, afin qu'elle puisse monter par amour, avec une affection dégagée de toute crainte servile. On devient ainsi serviteur fidèle et non mercenaire, en me servant par amour et non par crainte, en s'efforçant d'arracher avec une sainte haine la racine de l'amour-propre, en agissant avec prudence, courage et persévérance. Mais il y en a beaucoup qui montent si lentement et qui me rendent ce qu'ils me doivent avec tant de mollesse et d'ignorance, qu'ils s'arrêtent bientôt et retournent en arrière au moindre vent qu'ils rencontrent. Et parce qu'ils ont monté si imparfaitement le premier degré de Jésus crucifié, ils n'arrivent pas au second, qui est son cœur.

LX

De l'imperfection de ceux qui aiment et servent Dieu pour leur utilité, leur plaisir et leur consolation.


1.     Il y en a qui deviennent mes serviteurs fidèles en me servant sans crainte de la punition et par amour. Mais cet amour est imparfait, parce qu'il vient de l'utilité, du plaisir et de la douceur qu'ils trouvent en moi. Sais-tu-ce qui montre que cet amour est imparfait ? C'est que, quand ils sont privés de la consolation qu'ils trouvent en moi, leur amour se refroidit et disparaît souvent. ils aiment le prochain avec la même imperfection.

2.      Si je veux éprouver mon serviteur dans son intérêt, pour le retirer de l'imperfection et l'exercer à la vertu, j'éloigne de lui la consolation qu'il goûtait en moi, et je le laisse attaquer par la tribulation : c'est le moyen de lui donner une connaissance plus parfaite de lui-même, et de lui montrer qu'il reçoit de moi seul l'être et la grâce. Ces combats le portent à se réfugier en moi, à reconnaître mes bienfaits et à me chercher seul avec une humilité sincère. C'est pour cela que je lui donne et que je lui retire la consolation, mais jamais la grâce.

3.     Beaucoup alors se refroidissent et reculent par défaut de patience. Ils abandonnent leurs pieux exercices et croient se justifier en disant : ces actes ne me profitent pas; puisque je n'en retire aucune consolation pour mon âme.

4.      C'est agir comme l'imparfait qui n'a pas encore dégagé la lumière de la foi du voile de son amour-propre spirituel ; car si ce voile était levé, l'âme verrait bien que toute chose vient de moi, et qu'une feuille d'arbre ne tombe pas sans ma providence. Tout ce que je donne, ou permets, arrive pour la sanctification de mes serviteurs, afin qu'ils possèdent le bien et la fin pour laquelle je les ai créés.

5.     Ils doivent voir et reconnaître que je ne veux autre chose que leur bonheur dans le sang de mon Fils unique, qui les purifie de leurs iniquités. Dans ce sang ils peuvent connaître ma vérité et voir que je les ai créés à mon image et à ma ressemblance, que je les ai créés de nouveau à la grâce par le sang de mon propre Fils, pour les rendre nies enfants adoptifs ; mais, parce qu'ils sont imparfaits, ils me servent par intérêt et n'aiment le prochain qu'avec tiédeur.

6.      Les uns perdent courage pour éviter la peine les autres se ralentissent dans le service de leur prochain et se refroidissent dans leur charité, parce qu'ils n'ont plus les avantages et les consolations qu'ils y trouvaient. Il ma est ainsi, parce que leur amour n'est pas pur, et qu'ils aiment leur prochain avec la même imperfection qu'ils m'aiment, c'est-à-dire par intérêt. S'ils ne reconnaissent pas leur imperfection, s'ils ne désirent pas s'en corriger, ils retournent nécessairement en arrière.

7.     Il faut que ceux qui veulent la vie éternelle aiment sans intérêt, parce qu'il ne suffit pas de fuir le péché par crainte du châtiment, ou d'embrasser la vertu par amour de ses avantages, il faut encore fuir le péché parce qu'il me déplaît, et aimer la vertu par amour pour moi.

8.      Il est vrai qu'ordinairement la crainte est le premier pas des pécheurs vers la pénitence. L'âme est imparfaite avant d'être parfaite ; mais de l'imperfection elle doit aller à la perfection, ou pendant la vie en pratiquant la vertu et en m'aimant d'un cœur libre, généreux et détaché, ou à la mort en reconnaissant son imperfection et en se promettant que si elle eu avait le temps, elle me servirait sans penser à elle.

9.     C'était cet amour imparfait que ressentait saint Pierre pour le doux et bon Jésus, mou Fils unique, lorsqu'il jouissait des délices de son intimité. Mais quand vint le temps de la tribulation, il l'abandonna ,et changea tellement, qu'au lieu de mourir pour lui, comme il avait dit, il le renia par peur et déclara qu'il ne l'avait jamais connu.

10.    L'âme succombe ainsi lorsqu' elle monte ces degrés par crainte servile ou par amour mercenaire. Il faut donc sortir de cette imperfection, m'aimer d'un amour filial et me servir sans intérêt ; car je sais récompenser toute peine, et je rends à chacun selon son état et ses efforts.

11.   Ceux qui n'abandonnent pas leurs prières et leurs bonnes œuvres, mais qui travaillent avec persévérance à augmenter leurs vertus, arriveront à l'amour des enfants. Je les aimerai avec cet amour, car je rends toujours l'amour qu'on me donne. Si quelqu'un m'aime comme le serviteur aime son maître, je le récompense comme un maître paie son serviteur, mais je ne me livre pas à lui, parce que les secrets ne se confient qu'à l'amitié : on ne fait qu'un avec son ami, mais non pas avec son serviteur. Il est vrai que le serviteur peut ‘augmenter tellement sa vertu et l'amour qu'il a pour son maître, qu'il deviendra son plus cher ami.

12.    Il en arrive ainsi à mes serviteurs : tant qu'ils restent dans l'amour mercenaire, je ne me manifeste point à eux. Mais s'ils rougissent de leur imperfection et s'ils aiment la vertu, s'ils arrachent avec une sainte haine la racine de l'amour-propre spirituel qui est en eux, si, montant sur le tribunal de leur conscience, ils font justice de la crainte servile et de l'amour mercenaire que n'a pas encore détruits dans leur cœur la lumière de la foi, alors ils me sont si agréables, que je les' aime comme des amis, je me manifesterai à eux, puisque nia Vérité a dit : “Celui qui m'aimera sera aimé de mon Père, et je l'aimerai ; je me manifesterai à lui, et nous demeurerons ensemble” (Jn, XIV, 21-35). C'est la condition des vrais amis d'être deux corps et une seule âme par l'amour, car l'amour transforme dans la chose aimée. S'ils n'ont qu'une âme, comment peuvent-ils avoir des secrets l'un pour l'autre ? Aussi mon Fils l'a dit : “Je viendrai, et nous demeurerons ensemble” ; et c'est la vérité.





     





A suivre...
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Re: Saints et Bienheureux!! (Ordre Alphabétique)

Message par Marie du 65 le Mar 12 Déc 2017 - 9:59



XXI

Comment Dieu se manifeste à l'âme qui l'aime.


1.     Sais-tu comment je me manifeste dans l'âme qui m'aime en vérité et qui suit la doctrine de mon doux et bien-aimé Verbe ?

Je manifeste de différentes manières ma vérité dans l'âme, selon son désir, et j'ai trois sortes de manifestations.

2.      Je manifeste premièrement dans l'âme mon amour et ma charité par le moyen du Verbe, mon Fils ; et cet amour, cette charité se voit dans son sang répandu avec tant d'ardeur.


La charité se montre de deux manières l'une est générale et commune à tous ceux qui vivent dans la charité ordinaire.

Ils la voient et l'éprouvent dans les nombreux bienfaits qu'ils reçoivent de moi l'autre manière est réservée à ceux qui sont devenus mes amis ; ils connaissent la charité plus que les autres, parce qu'ils la connaissent, la goûtent et l'éprouvent sensiblement dans leurs âmes.

3.     La seconde manifestation est pour ceux auxquels je me révèle par le sentiment de l'amour.

Je ne regarde pas la créature, mais les saints désirs, et je me montre à l'âme avec la même perfection qu'elle me recherche.

Quelquefois je me révèle, dans cette seconde manifestation, en dominant l'esprit de prophétie et cri montrant les choses futures : et cela de beaucoup de manières, selon les besoins de cette âme ou des autres créatures.

4.      D'autres fois, et c'est la troisième manifestation, je forme dans leur esprit la présence de ma Vérité, mon Fils unique, par plusieurs moyens, selon que l'âme le désire et le veut.

Tantôt elle une cherche dans la prière en voulant connaître ma puissance, et je la satisfais en lui faisant goûter et sentir ma vertu ; tantôt elle me cherche dans la sagesse de mon Fils, et je la satisfais en l'offrant aux regards de son intelligence ; tantôt elle nie cherche dans la clémence de l'Esprit saint, et alors ma bonté lui fait goûter le feu de la divine charité, qui enfante les vraies et solides vertus, fondées sur la charité pure du prochain.

XXII


Pourquoi Jésus-Christ ne dit pas :

“Je manifesterai mon Père”, mais :

“Je me manifesterai”.


1.     Tu vois que mon Fils a dit la vérité dans cette parole :

“Celui qui m'aimera sera une même chose avec moi” ; car en suivant sa doctrine avec amour vous êtes unis lui, et étant unis à lui vous êtes unis à moi, parce que nous sommes une même chose, et puisque nous sommes une même chose, je me manifesterai aussi à vous.

2.      Ainsi mon Fils a dit la vérité en disant :

“Je me manifesterai à vous”, parce qu'en se manifestant il me manifeste, et en me manifestant il se manifeste.

Mais pourquoi ne dit-il pas :

Je vous manifesterai mon Père ?

Pour trois raisons.

La première est qu'il veut montrer que je ne suis pas séparé de lui, ni lui de moi ; et quand saint Philippe lui dit :

“Montrez-nous le Père, et cela nous suffira”, il répond : “Qui me voit, voit le Père ; et qui voit le Père, me voit” (Jn, XIV, 8-9).

Il le dit parce qu'il est une même chose avec moi ; et ce qu'il avait, il l'avait de moi, et non pas moi de lui.

Aussi dit-il aux Juifs :

“Ma doctrine n'est pas de moi, mais de mon Père, qui m'a envoyé”.

Parce que mon Fils procède de moi, et non pas moi de lui.

Mais comme je suis une même chose avec lui et lui avec moi, il ne dit pas ; Je manifesterai le Père, mais je me manifesterai ; parce que je suis une même chose avec le Père.

3.     La seconde raison, c'est qu'en se manifestant à vous il ne montrait que ce qu'il avait de moi, le Père ; comme s'il eût voulu dire :

Le Père s'est manifesté entièrement en moi, puisque je suis une même chose avec lui. Je me manifesterai et je le manifesterai à vous par mon moyen.

4.      La troisième raison est, qu'étant invisible, je ne puis être vu de vous tant que vous ne serez pas séparés de vos corps.

Alors vous verrez ma divinité face à face, et vous verrez aussi le Verbe, mon Fils intellectuellement jusqu'au temps de la résurrection générale, lorsque votre humanité se conformera et se réjouira dans l'humanité du Verbe, comme je te l'ai dit en te parlant de la résurrection (Le texte dit :

nel Trattato della resurrettione. Ces mots semblent indiquer un ouvrage de sainte Catherine de Sienne qui ne nous est pas parvenu).

5.     Vous ne pouvez me voir maintenant dans mon essence, et alors j'ai voilé la nature divine avec le voile de votre humanité, afin que vous pussiez me voir.

Moi, l'invisible, je me suis fait pour ainsi dire visible en vous donnant le verbe, mon Fils, revêtu de votre nature ; Il m'a manifesté à vous.

Il ne dit pas :

Je manifesterai mon Père, mais :

Je me manifesterai à vous ; comme s'il disait :

Selon ce que m'a donné mon Père, je me manifesterai à vous.

Tu vois que dans cette manifestation, en se manifestant il me manifeste.

Tu ne lui a pas entendu dire :

Je vous manifesterai le Père, car tant que vous êtes dans un corps mortel, vous ne pouvez me voir ; mais mon Fils est une même chose avec moi.

XXIII

Comment l'âme monte sur le second degré du pont.



1.     Tu as pu comprendre l'excellence de celui qui est parvenu à l'amour de l'ami ; il a monté par les pieds de l'affection, et il est arrivé au secret du cœur, c'est-à-dire au second degré, figuré sur le corps de mon Fils.

Je t'ai dit que ces trois, degrés correspondaient aux trois puissances de l'âme ; et maintenant je les appliquerai aux trois états de l'âme.

Avant de te conduire au troisième degré, je veux te montrer comment on parvient à être ami, et quand on est ami, comment on devient enfant par l'amour filial ; ce que fait celui qui est ami, et à quel signe on reconnaît l'ami.

2.      Premièrement, comment parvient-on à être ami ?

L'homme était d'abord imparfait par la crainte servile ; mais avec l'exercice et la persévérance il parvient à l'amour de la jouissance et de l'utilité qu'il trouve en moi.

Telle est la voie par laquelle passe celui qui désire arriver à l'amour parfait, c'est-à-dire à l'amour des amis et des enfants.

3.     Je dis que l'amour filial est parfait, parce que, dans l'amour du Fils, l'homme reçoit mon héritage, l'héritage du Père éternel ; et parce que l'amour du Fils comprend toujours l'amour de l'ami, je t'ai dit que l'ami était devenu fils. Quel est le moyen de parvenir à l'amour filial ?

Le voici.

Toute perfection et toute vertu procède de la charité, et la charité est nourrie par l'humilité ; l'humilité vient de la connaissance et de la haine de soi-même, c'est-à-dire de sa sensualité.

Pour y arriver, il faut persévérer et rester dans la cellule de la connaissance de soi-même, où on connaîtra ma miséricorde dans le sang de mon Fils unique, en attirant par son amour ma charité divine, en s'exerçant à détruire toute mauvaise volonté spirituelle et temporelle, et en se cachant humblement dans son intérieur.

4.      C'est ce que fit Pierre avec les autres disciples : il gémit amèrement après avoir eu le malheur de renier mon Fils.

Sa douleur était encore imparfaite, et elle fut imparfaite pendant quarante jours et jusqu'après l'Ascension ; car, mon Fils étant retourné vers moi quant à son humanité, Pierre et les autres disciples se cachèrent dans le cénacle pour attendre la venue du Saint-Esprit, que ma Vérité leur avait promis. Ils étaient renfermés par crainte, car l'âme craint toujours jusqu'à ce qu'elle soit arrivée à l'amour véritable ; mais en persévérant dans leurs veilles et dans leurs humbles prières jusqu'à ce qu'ils eussent reçu l'abondance de l'Esprit Saint, ils perdirent la crainte ; ils suivirent et prêchèrent Jésus crucifié.

5.     Ainsi, après s'être purifiée du péché mortel et s'être reconnue coupable, l'âme qui veut parvenir à la perfection commence à pleurer par crainte du châtiment ; puis elle s'élève à la considération de ma miséricorde, où elle trouve son bien-être et son avantage.

Elle est encore imparfaite, et pour la faire arriver à la perfection, après quarante jours, c'est-à-dire après ces deux états, je me retire d'elle de temps en temps, non par grâce, mais par sentiment.

6.      C'est ce que mon Fils annonçait lorsqu'il disait aux disciples :

“Je m'en vais, et je reviendrai vers vous”.

Tout ce qu'il disait en particulier à ses disciples était dit en général à tous les hommes présents et futurs.

Il dit :

Je m'en vais, et je reviendrai vers vous ; et il en fut ainsi : car lorsque l'Esprit Saint fut descendu sur les disciples, il revint lui-même. Le Saint-Esprit ne vint pas seul, mais il vint avec ma puissance, avec la sagesse du Fils, qui est un avec moi, et avec la clémence du Saint-Esprit, qui procède du Père et du Fils.

7.     Or, je te le dis de même :

Pour faire sortir l'âme de son imperfection, je me retire d'elle d'une manière sensible et je la prive de la consolation qu'elle avait d'abord.

Lorsqu'elle était dans la souillure du péché mortel, elle s'est éloignée de moi, et je l'ai privée de ma grâce par sa faute ; parce qu'elle m'avait fermé la porte de son désir.

Le soleil de la grâce ne brille plus au-dedans, non par la faute du soleil, mais par la faute de la créature, qui ne lui ouvre pas par le désir ; mais dès qu'elle reconnaît les ténèbres, elle ouvre la fenêtre et nettoie sa demeure par une sainte confession.

Alors, par ma grâce, je retourne dans l'âme, et si je m'en retire quelquefois, elle ne perd pas la grâce, elle n'en perd que le sentiment.

8.      Je le fais pour la rendre humble, pour l'exercer âme chercher véritablement, pour l'éprouver à la lumière de la foi et lui faire acquérir la prudence.

Alors, si elle aime d'une manière désintéressée, avec une foi vive et avec la haine d'elle-même, elle se réjouit dans la peine, parce qu'elle se trouve indigne de la paix et du repos de l'esprit.

C'est la seconde des trois choses que je t'annonçais en te promettant de t'expliquer comment l'âme arrive à le perfection, et ce qu'elle fait quand elle y est arrivée.

Voici ce qu'elle fait.

Quand elle sent que je me suis retiré, elle ne retourne pas en arrière, mais elle persévère humblement dans ses exercices, et se renferme avec soin dans la connaissance d'elle-même.

9.     Elle y attend avec une foi vive l'avènement de l'Esprit Saint ; elle m'attend, moi, le feu de la charité.

Comment m'attend-elle ?

Elle m'attend, non dans l'oisiveté, mais dans les veilles et dans la prière continuelle ; non seulement dans les veilles du corps, mais dans les veilles de l'intelligence.

L’œil de son intelligence ne se ferme jamais ; elle veille à la lumière de la foi pour arracher par la haine les pensées inutiles de son cœur ; elle attend l'ardeur de ma charité, car elle sait que je ne veux pas autre chose que la sanctification des âmes : le sang de mon Fils l'a bien prouvé.

10.    Pendant que son intelligence veille ainsi dans ma connaissance et dans la connaissance d'elle-même, l'âme prie toujours par une sainte et ferme volonté : c'est la prière continuelle.

Elle prie aussi par la prière actuelle, c'est-à-dire qu'elle fait dans leur temps les prières ordonnées par l'Église.

Voici ce que fait l'âme qui a quitté l'imperfection pour arriver à la perfection.

11.   C'est pour qu'elle y arrive que je me retire d'elle, non par la grâce, mais par le sentiment.

Je m'en éloigne pour qu'elle voie et connaisse ses défauts, parce que, dès qu'elle se sent privée de la consolation, elle éprouve sa faiblesse ; elle comprend que seule elle ne peut être ferme et persévérante, et par là elle découvre la racine de l'amour-propre spirituel.

Elle se connaît ainsi, elle s'élève au-dessus d'elle-même, et s'asseyant sur le tribunal de sa conscience, elle ne fait grâce à aucun sentiment blâmable en arrachant la racine de l'amour-propre avec la haine de cet amour et avec l'amour de la vertu.

XXIV

En aimant Jésus imparfaitement, on aime imparfaitement le prochain. Signes de cet amour imparfait.


1.     Je veux que tu saches que toute imperfection et toute perfection qui se manifestent et s'acquièrent en moi, se manifestent et s'acquièrent par le moyen du prochain.

C'est ce qu'éprouvent les âmes simples qui aiment les créatures d'un amour spirituel. Si l'on m'aime d'un amour pur et désintéressé, on aime de même le prochain.

2.      Quand on remplit un vase à une fontaine, si on le retire de la fontaine pour boire, le vase est bientôt vide, mais si l'on boit en tenant le vase dans la fontaine, il ne se vide pas, mais il est toujours plein.

Il en est de même de l'amour spirituel ou temporel du prochain, il faut y boire en moi, sans le tirer à soi.

3.     Je vous demande que vous m'aimiez comme je vous aime.

Vous ne pouvez le faire complètement, puisque je vous ai aimés sans être aimé.

L'amour que vous ayez pour moi est une dette que vous acquittez, et non pas une grâce que vous m'accordez.

L'amour que j'ai pour vous au contraire est une grâce, et non une dette.

4.      Vous ne pouvez donner me rendre l'amour que je réclame, et cependant je vous en offre le moyen dans votre prochain faites pour lui ce que vous ne pouvez faire pour moi.

Mon Fils l'a montré lorsqu'il disait a Paul qui me persécutait “Saul, Saul, pourquoi me persécutes tu ?” (Ac IX, 4).

Il le disait parce que Paul me persécutait en persécutant mes fidèles.

5.     Il faut que votre amour soit pur et qu'avec cet amour dont vous m'aimez, vous aimiez les autres.

Sais-tu, ma fille, comment on reconnaît que l'amour spirituel dont on aime n'est pas parfait ?

Il est imparfait si l'âme souffre quand il lui semble que la créature qu'elle aime ne répond pas à son amour ou qu'elle n'en est pas aimée autant qu'elle croit l'aimer.

Si elle souffre de la perte de sa présence, de ses consolations, ou de la préférence qu'elle donne à un autre.

6.      C'est à cela et à beaucoup d'autres choses semblables qu'on voit l'imperfection de l'amour que l'âme a pour moi et pour le prochain.

Elle boit alors dans le vase hors de la fontaine, quoique l'amour l'ait rempli de moi. Mais parce qu'elle m'aime encore imparfaitement, elle montre qu'elle aime imparfaitement aussi le prochain.

Cela vient de la racine de l'amour-propre spirituel, qui n'est pas encore arrachée.

7.     Je permets souvent ces épreuves de l'amour pour que l'âme se connaisse dans son imperfection.

Je lui retire ma présence sensible pour qu'elle se renferme dans la connaissance d'elle-même, et qu'elle acquière ainsi la perfection.

Je reviens ensuite avec une plus abondante lumière, avec une connaissance plus grande de ma vérité, pourvu qu'elle soit persuadée que c'est par ma grâce seulement qu'elle pourra tuer sa volonté.

8.     Qu'elle ne cesse jamais de travailler à sa vigne, d'en arracher les épines des pensées inutiles, et d'y mettre les pierres des vertus affermies dans le sang de Jésus crucifié, qu'elle a trouvées en allant par le pont de mon Fils bien-aimé.

Car je te l'ai dit, si tu te le rappelles bien, sur ce pont de la doctrine de ma Vérité sont les pierres fondées sur la vertu de son sang, et les vertus vous donnent la vie par la vertu du sang.





 




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Re: Saints et Bienheureux!! (Ordre Alphabétique)

Message par Marie du 65 le Ven 29 Déc 2017 - 19:51


CATHERINE LABOURÉ
vierge, religieuse des Filles de la Charité, sainte
(1806-1876)


Neuvième enfant d'une famille de dix-sept, Zoé Labouré vint au monde le 2 mai 1806, à Fain-les-Moutiers, petit village de la Côte d’Or.

A neuf ans, Zoé perdit sa mère.

On la vit alors monter sur une chaise, saisir la statue de Notre-Dame, l'embrasser longuement et la presser sur son coeur en disant:

«Je n'ai plus de maman; soyez Vous-même ma maman, bonne Sainte Vierge!»

A onze ans, la fillette dût remplir l'office de mère au foyer domestique.

Prenant la direction intérieure de la ferme paternelle, elle devenait responsable des travaux domestiques.

Malgré son peu d'instruction, Zoé s'occupa de former à la piété sa petite soeur et son petit frère.

Après son travail, elle se rendait souvent à l'église et priait devant l'autel de la Vierge.

En 1830, après un séjour de deux ans chez deux de ses frères qui demeuraient près de Paris, Zoé Labouré fit trois mois de postulat à Châtillon-sur-Seine et entra au Séminaire des Filles de la Charité, rue du Bac, toujours à Paris.

Soeur Catherine fut favorisée de grâces exceptionnelles durant les six mois de son noviciat.

Au moment de la messe, Notre-Seigneur Se manifestait à Sa petite servante. Dans sa ferveur, elle désirait voir la Très Sainte Vierge et demanda cette faveur par l'intermédiaire de son ange gardien.

Dans la nuit du 18 au 19 juillet 1830, veille de la fête de saint Vincent de Paul, le coeur de ce Saint lui apparut dans la chapelle du couvent. La Sainte Vierge lui apparut et lui prédit des souffrances à venir tout en l'assurant du soutien de Ses grâces maternelles.

Lors de la deuxième apparition de la Reine du ciel, sainte Catherine Labouré reçoit la mission de répandre la médaille miraculeuse par le monde et de faire éclore sur des milliers de lèvres l'invocation:

"Ô Marie conçue sans péché, priez pour nous qui avons recours à Vous!"

La prière fut le premier moyen qu'employa la voyante pour remplir sa mission.

Soeur Catherine Labouré disait le chapelet avec tant d'onction et de grâce que les anciennes religieuses se faisaient un plaisir d'aller le réciter en sa compagnie.

«Aimez bien votre Mère du ciel, avait-elle coutume de dire, prenez-La pour modèle; c'est la plus sûre garantie du ciel.»

Son deuxième moyen pour accomplir infailliblement sa mission de faire glorifier Marie et de sauver les âmes fut la pénitence qu'elle accomplit tout bonnement dans les emplois manuels les plus modestes dans lesquels elle se plaisait: service de la cuisine, soin de la basse-cour, garde de la porte.

Son carnet de retraite de 1839 nous révèle son désir de souffrir:

«Ô Coeur Immaculé de Marie, sollicitez pour moi la foi et l'amour qui Vous attacha au pied de la croix de Jésus.

Ô doux objet de mes affections, Jésus et Marie, que je souffre pour Vous, que je meure pour Vous, que je sois toute à Vous, que je ne sois plus à moi!»

En janvier 1831, Catherine Labouré fut transférée à l'hospice d'Enghien, au faubourg Saint-Antoine, à Paris.

Employée d'abord à la cuisine, puis à la lingerie, elle demeura ensuite affectée pendant près de quarante ans à la salle des vieillards, ajoutant le soin de la basse-cour à cet office.

C'est dans cet obscur et généreux dévouement que la mort trouva cette fidèle servante de Dieu, le 31 décembre 1876.

Elle trépassa à l'âge de soixante-dix ans. Cinquante-six ans après son décès, lors de l'ouverture de son tombeau, son corps fut trouvé dans un état de parfaite conservation.







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Re: Saints et Bienheureux!! (Ordre Alphabétique)

Message par Marie du 65 le Mer 3 Jan 2018 - 10:19



SAINTE
CATHERINE MARIE DREXEL
religieuse, fondatrice, sainte
1858-1955




Katharine Drexel naît à Philadelphie (Pennsylvanie) en 1858.

Son père, catholique, est banquier;  c'est un millionnaire philanthrope.

Sa mère, protestante, meurt peu après sa naissance, et son père se remarie.

Dans sa famille, on lui enseigne que les biens dont ils disposent ne sont pas seulement pour eux, mais doivent être partagés avec les moins chanceux.

Au cours d'un voyage en famille dans l'Ouest de Etats-Unis, elle est profondément émue par la pauvreté et les conditions dégradantes de vie des Peaux-Rouges et des Noirs (Afro-américains).

Elle utilise alors sa fortune pour financer des œuvres et aider des missionnaires.

En 1887, elle crée l'école Sainte Catherine, sa première école, à Santa Fe (Nouveau-Mexique).

Elle est bien effleurée parfois par l'idée d'une vocation religieuse, mais la pensée de prendre l'habit et de renoncer au monde à jamais lui fait horreur.

Au cours de l'un de ses voyages en Europe, elle va à Rome et expose la situation sociale à Léon XIII en lui demandant d'envoyer des missionnaires.

Quelle n'est pas sa surprise quand le Pape lui demande doucement:

"Et pourquoi, mon enfant, ne vous feriez-vous pas missionnaire vous-même?"

La première réaction, après l'audience, est la colère.

Sur le bateau du retour, son émotion n'est pas encore calmée.

Elle projette d'en parler à l'arrivée à son directeur spirituel, l'évêque James O'Connor.

Cet événement constitue sûrement un tournant dans la vie de la bienheureuse Katharine.

Avec un grand courage, elle place sa confiance dans le Seigneur et elle choisit de donner entièrement non seulement sa fortune, mais toute sa vie au Seigneur.

En 1890, elle entre au Noviciat des Sœurs de la Miséricorde à Pittsburgh avec l'intention de pouvoir fonder, par la suite, une communauté religieuse qui aurait pour finalité l'adoration du Saint Sacrement et l'évangélisation des Américains de couleur et des Indiens.

En 1891, au terme d'une année de noviciat, elle prononce ses vœux simples qui font d'elle la première Sœur et la supérieure de la communauté du Saint-Sacrement.

L'année suivante, les Sœurs achèvent de s'installer dans le couvent Sainte-Elizabeth à Cornwells Heights (Pennsylvanie).

Leur spiritualité est basée sur l'union avec le Seigneur-Eucharistie et le service des pauvres et des victimes de discriminations raciales.

Son apostolat contribue à diffuser la conscience qu'il faut combattre toutes les formes de racisme au moyen de l'éducation et des services sociaux.

En effet, dans les plantations, les gens de couleur sont très mal payés et les enfants ne sont pas scolarisés.

Elle crée une soixantaine d'écoles.

Sa plus grande œuvre est l'érection en 1925, à la Nouvelle-Orléans, de la "Xavier University" pour les Noirs.
Lorsqu'en 1954 la Cour suprême abolira la séparation des races dans les écoles, cette université ouvrira ses portes à tous les étudiants sans distinction de couleur ou de religion.

En 1935, malade et plus que septuagénaire, une crise cardiaque l'affaiblit beaucoup, et voilà vingt ans qu'elle n'est plus à la tête de sa communauté.

Les 18 dernières années de sa vie, devenue presque totalement immobile, elle consacre son temps à une prière intense.

Elle meurt en 1955, à 96 ans.

Ses dernières paroles sont:

"Ô Esprit Saint, je voudrait être une plume, afin que votre souffle m'emporte où bon vous semble."

Entre l'ardente jeune fille qui regimbait quelque peu contre l'aiguillon — épisode romain qu'elle aimait à rappeler en souriant —, et la femme très âgée livrée sans résistance au souffle de l'Esprit, quel chemin parcouru!

"Puisse son exemple aider les jeunes en particulier à reconnaître que l'on ne peut pas trouver de plus grand trésor que de suivre le Christ avec un cœur sans partage en utilisant généreusement les dons que nous avons reçus au service des autres afin de collaborer ainsi à l'édifice d'un monde plus juste et plus fraternel."

(Jean Paul II)

Canonisée le 1° octobre 2000, place Saint-Pierre, par le Pape Jean-Paul II.



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Re: Saints et Bienheureux!! (Ordre Alphabétique)

Message par Marie du 65 le Ven 5 Jan 2018 - 11:21

CATHERINE VOLPICELLI
Fondatrice des Servantes du Sacré-Coeur, bienheureuse
(1839 - 1894)


Catherine Volpicelli, Fondatrice de la Congrégation des Servantes du Sacré-Coeur, figure au nombre des "apôtres des pauvres et des marginalisés" qui, au XIXe s., furent pour Naples un signe lumineux de la présence du Christ "Bon Samaritain" que secourt chaque homme blessé dans son corps et dans son esprit, versant sur ses plaies l'huile de la Consolation et le vin de l'espérance (cf. Missel Romain, 2, éd. Italienne, Rome 1983, Préface Commune VIII, page 375)


Née à Naples le 21 janvier 1839, Catherine eut au sein de sa famille, une famille de haute bourgeoisie, une formation humaine et religieuse conséquente.

Sous l'encadrement éducatif de Saint Marcelin, et avec la direction sage de Margherite Salatino (future Cofondatrice, avec le Bienheureux Ludovic de Casoria, de la Congrégation des Soeurs Franciscaines Elisabethines Bigie), elle apprit les lettres, les langues et la musique, qui la distingue vraissemblablement des femmes de son époque.

Guidée par l'Esprit du Seigneur, qui lui révélait le projet de Dieu moyennant la collaboration des Sages et des Saints directeurs spirituels, Catherine, qui en effet pouvait rivaliser avec sa soeur et chercher à briller dans la société en fréquentant divers théâtres et spectacles de danse, renonça avec promptitude aux éphémères valeurs d'une vie élégante et exhubérante, pour adhérer avec une généreuse décision à une vocation de perfection et de Sainteté.

La rencontre opportune avec le Bienheureux Ludovic de Casoria, le 19 Septembre 1854, à "Palma" à Naples, fut comme aimait à l'affirmer la bienheureuse elle-même:

"un traité singulier de grâce prévenante, de charité et de prédilection au Sacré-Coeur amoureux des misères de sa servante".

Le Bienheureux l'associa à l'ordre Franciscain Séculier et lui indiqua comme l'unique découverte de sa vie, le culte au Sacré-Coeur de Jésus, l'invitant à rester au milieu de la société, dans laquelle elle devait être "pêcheuse des âmes".

Soutenue par son confesseur, le Père Barnabite Léonard Matera, le 28 mai 1869 Catherine entra dans le groupe des adoratrices perpétuelles de Jésus Sacrement.

Cependant elle en sortit précipitemment à cause de graves problèmes de santé.

Le dessein de Dieu sur Catherine était autre.

Comme le lui avait bien prédit le Bienheureux Ludovic et le lui répétait souvent "Catherine, le Coeur de Jésus, c'est ton oeuvre'".

C'est aussi par l'entremise de son confesseur que Catherine Volpicelli découvre le feuillet mensuel de l'Apostolat de la Prière "Le Messager du Coeur de Jésus".

Elle écrit alors au Père Henri Ramière, Directeur Général de l'Apostolat de la Prière en France et reçut de lui les explications détaillées de la naissante association, avec le diplôme de zélatrice, le premier parvenu en Italie.

En juillet 1867, le Père Ramière visite la place "Largo Petrone alla Salute", à Naples, où Catherine rêvait d'établir le Siège de ses activités apostoliques "pour faire renaître dans les Coeurs, dans les farnilles et dans la société l'amour pour Jésus-Christ".

L'apostolat de la Prière sera le coeur de l'entier édifice spirituel de Catherine, qui la propulsera à cultiver son ardent amour pour l'Eucharistie et deviendra l'instrument d'une action pastorale aux dimensions du Coeur du Christ et donc ouverte à chaque homme, toujours au service de l'Eglise, des marginalisés et des souffrants.

Avec les premières Zélatrices, le 1er juillet 1874 Catherine fonda le nouvel Institut des "Servantes du Sacré-Coeur" d'abord approuvé par le Cardinal Archevêque de Naples, le Serviteur de Dieu "Siste Riario Sforza", et, ensuite, le 13 juin 1890, par le pape Léon XIII qui lui accorda "Le Décret de Louange".

Préoccupée de l'avenir de la Jeunesse, elle ouvrit une Ecole pour les orphelins dénommée "orfanatrofio delle "Margherite", fonda une bibliothèque circulante et institua l'Association des filles de Marie, avec le suivi sage de la Vénérable M. Rose Carafa Traetto (morte en 1890).

En un temps record, elle ouvrit d'autres maisons, à Naples (Palazzo Sansevero et près de l'Eglise de la Sagesse), à Ponticelli, où les Servantes du Sacré-Coeur se distinguent dans l'assistance des victimes du choléra en l884, à Minturno, à Meta di Sorrento et à Rome.

Le 16 mai 1884, le nouvel Archevêque de Naples, le Cardinal Julien Sanfelice, o.s.b. consacra le sanctuaire dédié au Sacré-Coeur de Jésus, que Catherine Volpicelli fit ériger à côté de la maison généralice de ses oeuvres , le destinant particulièrement à l'adoration réparatrice demandée par le Pape pour le soutien de l'Eglise, dans une période difficile pour la liberté religieuse et pour l'annonce de l'Evangile.

La participation de Catherine au premier Congrès Eucharistique National célébré à Naples en 1891, du 19 au 22 novembre, fut l'acte culminant de l'apostolat de la Fondatrice des Servantes du Sacré-Coeur.

A cette occasion, elle offrit une riche exposition d'objets sacrés destinés aux Eglises pauvres, elle organisa l'Adoration eucharistique dans la cathédrale et fut l'animatrice de ce grand mouvement d'âmes qui se termina par l'impressionnante "confession et communion générale".

Catherine Volpicelli s'éteignit à Naples le 28 décembre 1894, offrant ainsi sa vie pour l'Eglise et pour le Saint Père.

La cause de béatification et de canonisation de l'insigne témoignage de la charité du Coeur du Christ, après l'instruction du Procès ordinaire pendant les années 1896-1902 à la Curie Ecclésiastique de Naples, fut officiellement introduite près la Sainte Congrégation des Rites le 11 janvier 1911.

Le 25 mars 1945 le Pape Pie XII en déclarant l'héroïcité des vertus, lui attribua le titre de Vénérable.

Le 28 juin 1999 le Pape Jean Paul II approuva la lecture du Décret de Béatification.




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Re: Saints et Bienheureux!! (Ordre Alphabétique)

Message par Marie du 65 le Dim 7 Jan 2018 - 8:50

CÉSAR DE BUS
prêtre, fondateur, bienheureux 1544-160









Fils de Jean-Baptiste de Bus, consul de la ville, et d’Anne de la Marche, César de Bus naît le 3  février 1544 à Cavaillon.

Sa piété et sa charité se manifestent dès son jeune âge.

Après ses études au collège des Jésuites d'Avignon et un engagement dans l'armée du Comte de Tende, il part rejoindre son frère à la cour de Charles IX en 1565.

Malheureusement, il ne parvient pas à résister aux attraits des plaisirs de la vie mondaine. Il quitte Paris en 1568 et revient à Cavaillon puis à Avignon, où il continue de mener une existence frivole et dissipée.

En l'an jubilaire 1575, il se convertit après une rencontre intérieure avec Jésus crucifié et avec le soutien spirituel d'une humble servante et du sacristain de la cathédrale.

Dégoûté de la vie mondaine, il décide de se consacrer à Dieu.

En août 1582, à l'âge de 38 ans, il est ordonné prêtre par Mgr Scotti, évêque de Cavaillon, dans la cathédrale.

Chanoine de celle-ci, il quitte la maison paternelle pour se loger dans le cloître et se livrer à l'étude, à la méditation et aux privations, tout en visitant les malades, les pauvres et les malheureux.

De 1586 à 1592, il vit en ermite à côté de la chapelle Saint-Jacques, sur la colline qui domine la ville.

La lecture du catéchisme du Concile de Trente lui donne alors l'idée de créer une société de prêtres qui se feraient catéchistes, en particulier pour les gens sans instruction et les habitants des campagnes.

Le 29 septembre 1592 il fonde à l'lsle-sur-la-Sorgue la Congrégation des Prêtres de la Doctrine Chrétienne avec l'approbation de Mgr Bordini, évêque de Cavaillon, puis celle du pape Clément VIII en 1598.

Il l'installe à Avignon, dans le couvent de Sainte-Praxède, puis dans celui de Saint-Jean-le-Vieux (sur l'actuelle place Pie).

Élu supérieur général de sa congrégation, de graves épreuves de santé l'obligent bientôt à renoncer à cette charge.

Devenu aveugle, il continue de prêcher et de confesser; il répète souvent:

« Je n'ai vu ni lu rien en comparaison de ce que Dieu m'a fait voir depuis mon aveuglement ».

Il meurt le 15 avril 1607 à Avignon, au matin de Pâques, comme il l'avait prédit:

« Ce sera pour moi doublement Pâques, c'est-à-dire le passage du Seigneur et le mien près de Lui ».

Son corps est enseveli à Saint-Jean-le-Vieux puis, quand cette église est démolie en 1817, transféré à l'église voisine de Saint Pierre jusqu'en 1836 où ses fils l'accueillent dans leur église romaine de Santa-Maria-in-Monticelli.

Constatant l'ignorance et le manque d'éducation ménagère de beaucoup de femmes, il avait fondé avec Françoise de Bermond, en 1594 à l'lsle-sur-la-Sorgue, l'Institut des Filles de la Doctrine Chrétienne destiné à cette instruction mais qui ne continuera pas dans ce sens après sa mort.

En 1789, la Congrégation des Doctrinaires comptait 64 maisons, collèges ou séminaires.

Elle est présente aujourd'hui en Italie, en Suisse, en Espagne, au Brésil et dans le diocèse d Avignon qui l'a vue naître.

Son fondateur, César de Bus, a été béatifié par le pape Paul VI, le 27 avril 1975.

Sa gloire est celle des précurseurs de notre catéchisme moderne et des inventeurs de l'enseignement populaire de la doctrine chrétienne.




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Re: Saints et Bienheureux!! (Ordre Alphabétique)

Message par Marie du 65 le Mer 10 Jan 2018 - 9:42

CHARLES D'AUTRICHE
empereur d'Autriche
(1887-1922)








Au coeur de la Grande Guerre, en 1917, l'écrivain Anatole France, peu suspect de sympathies  catholiques, écrivait:

«L'empereur Charles d'Autriche a offert la paix, c'est le seul honnête homme qui ait paru au cours de la guerre; on ne l'a pas écouté».

Pour expliquer sa recherche obstinée de la paix, l'empereur avait confié à son chef de cabinet:

«Il y va de la sécurité et du calme de l'Église, ainsi que du salut éternel de beaucoup d'âmes en péril».

Charles Ier a été béatifié le 21 octobre 2004 par le Pape Jean-Paul II.

Charles de Habsbourg, fils aîné de l'archiduc Otto et de Maria-Josèphe de Saxe, est né le 17 août 1887 à Persenbeug, non loin de Vienne (Autriche).

L'enfant est le petit-neveu de l'empereur d'Autriche François-Joseph.

Il grandit sous la vigilance aimante mais sans faiblesse de sa mère, femme très chrétienne.

Son père, lui, mène une vie scandaleuse.

Charles est confié à des précepteurs chrétiens qui entretiennent ses excellentes dispositions.

Il n'a qu'un défaut: la timidité.

Charles fait sa première communion en 1898, à Vienne:

«Si l'on ne savait pas prier, c'est par ce jeune monsieur qu'on l'apprendrait», commente l'un des assistants.

L'enfant fréquente le lycée public des Bénédictins écossais où se développent ses qualités: franchise, charité, ténacité, modestie.

Si sa santé donne quelques inquiétudes, l'archiduc Charles ne cesse de progresser dans les domaines intellectuel et spirituel.

Irréprochable dans sa conduite, il n'en est pas moins gai et aime beaucoup la musique. En 1905, il inaugure la carrière militaire, de règle pour un Habsbourg.

L'année suivante, il perd son père, qui meurt dans une piété et une sérénité inattendues.

Il devient alors le second dans l'ordre de la succession au trône, après son oncle, François-Ferdinand, qui l'initie aux affaires de l'État.

Nous aider mutuellement à gagner le Ciel

En 1908, Charles est nommé chef d'escadron en Bohême.

Un de ses proches dira de lui:

«L'amour sincère du jeune archiduc pour toutes les beautés de la nature révélait un être foncièrement bon qui adorait le Créateur à travers toutes ses oeuvres et laissait deviner un homme totalement dépourvu de méfiance et de haine, qui accueillait chacun à coeur ouvert».

Charles rencontre, en 1909, la princesse Zita de Bourbon-Parme, de cinq ans plus jeune que lui; elle avait été élève des Bénédictines de Solesmes.

Il obtient de l'empereur François-Joseph l'autorisation de demander sa main.


Après la Messe des fiançailles, Charles glisse à Zita:

«Maintenant, il nous faut nous aider mutuellement à gagner le Ciel».

Préparé par une retraite spirituelle, le mariage a lieu le 21 octobre 1911.

Quelque temps avant, au cours d'une audience accordée à Zita, le Pape saint Pie X prédit aux fiancés leur prochaine accession au trône. La princesse lui ayant rappelé que l'héritier direct du trône est François-Ferdinand et non pas Charles, le Pape maintient son étonnante affirmation.

En 1912, Charles sert en Galicie comme capitaine; il s'occupe activement de ses troupes afin d'améliorer leur bien-être matériel et moral.

Le 20 novembre, Zita donne naissance à un fils, Otto; six ans plus tard, le jour de la première communion de cet aîné, Charles consacrera sa famille au Sacré-Coeur.

En février 1913, la petite famille s'établit au château de Hetzendorf, près de Vienne.

Charles y mène une vie ascétique; il travaille jusque tard dans la nuit.

Il s'assujettit à toutes les contraintes de la vie d'officier, sans jamais se servir de son rang pour obtenir des passe-droits.

Au début de 1914, l'archiduc héritier François-Ferdinand confie à Charles:

«Je suis convaincu que je mourrai assassiné; la police est au courant».

De fait, la franc-maçonnerie a condamné à mort François-Ferdinand, obstacle à son dessein de détruire l'empire catholique d'Autriche-Hongrie.

L'acharnement mis par les milieux maçonniques à détruire le dernier empire catholique d'Europe ne peut surprendre.

Les groupes maçonniques, même lorsqu'ils se disent spiritualistes, ont une vision du monde fermée au surnaturel et ils rejettent la notion de révélation divine comme celle de dogme; c'est pourquoi la franc-maçonnerie s'est constamment opposée à l'Église catholique.

Un franc-maçon de haut grade reconnaissait, en 1990, cet antagonisme fondamental:
«Le combat qui se livre actuellement conditionne l'avenir de la société.

Il oppose deux cultures: l'une fondée sur l'Évangile et l'autre sur la tradition de l'humanisme républicain.

Et ces deux cultures sont fondamentalement opposées.

Ou la vérité est révélée et intangible, d'un Dieu à l'origine de toutes choses, ou elle trouve son fondement dans les constructions de l'Homme, toujours remises en question parce que perfectibles à l'infini» (Paul Gourdeau).

Le 26 novembre 1983, le Cardinal Ratzinger, Préfet de la Congrégation pour la Doctrine de la Foi, a précisé:

«Le jugement négatif de l'Église sur les associations maçonniques demeure inchangé, parce que leurs principes ont toujours été considérés comme inconciliables avec la doctrine de l'Église, et l'inscription à ces associations reste interdite par l'Église.

Les fidèles qui appartiennent aux associations maçonniques sont en état de péché grave et ne peuvent accéder à la Sainte Communion».

«Sous votre protection...»


François-Ferdinand a des vues larges, pleinement partagées par son neveu Charles: il veut réformer l'empire dans le sens du fédéralisme, pour donner à chacun des peuples qui en font partie une plus large autonomie.

Mais le 28 juin 1914, il est assassiné à Sarajevo, par un conspirateur serbe.

Charles devient l'héritier direct de la double monarchie dont son grand-oncle François-Joseph est encore l'empereur

Le 19 juillet 1914, le Conseil austro-hongrois de la Couronne adresse à la Serbie un ultimatum exigeant une enquête pour trouver les coupables de l'attentat.

Le rejet partiel de cet ultimatum entraîne le déclenchement d'une guerre européenne.

Charles pressent que ce conflit sera terriblement meurtrier.

Mais il exécute loyalement les ordres de son grand-oncle et part pour le front.

Sur son sabre, il fait graver l'invocation suivante à Marie:

«Sub tuum præsidium confugimus, sancta Dei Genitrix» («Sous votre protection, nous nous réfugions, ô sainte Mère de Dieu»).

L'Italie déclare la guerre à l'Autriche en mai 1915. Nommé colonel, Charles est envoyé dans le Trentin où il remporte une série de victoires.

Ce n'est pas de gaieté de coeur qu'il combat des Italiens, lui dont l'épouse est une princesse italienne.

En juin 1916, nommé colonel-général, il parvient à arrêter une offensive russe en Galicie.

Ses rapports avec certains officiers allemands servant sur le même front, sont difficiles.

Révolté par l'usage des gaz toxiques, devenu courant sur le front français, Charles obtient, après avoir parlementé avec les Russes, qu'aucun des deux camps n'y aurait recours.

Il refuse aussi de laisser bombarder les villes.

En novembre 1916, François-Joseph meurt pieusement, après un règne de 68 ans.

Charles de Habsbourg devient empereur d'Autriche et roi apostolique de Hongrie. Il a vingt-neuf ans.

Dans un manifeste publié le jour même, il déclare:

«Je ferai tout ce qui sera en mon pouvoir pour bannir dans le plus bref délai les horreurs et les sacrifices qu'entraîne la guerre, et pour procurer à mon peuple les bienfaits de la paix».

Le 22 décembre, Charles fait rédiger par son ministre Czernin des propositions de paix, acceptées du bout des lèvres par son allié, l'empereur d'Allemagne, Guillaume II: elles seront rejetées par les puissances de l'Entente (France, Grande-Bretagne, Russie, Italie).

Le 30 décembre 1916, à Budapest, Charles ceint la couronne que saint Étienne reçut du Pape Sylvestre II, en 1001.

Cependant, il confie:

«Être roi, ce n'est pas satisfaire une ambition, mais se sacrifier pour le bien du peuple tout entier».

Peu après, Guillaume II donne l'ordre de déclencher la guerre sous-marine à outrance.

Le souverain autrichien refuse de donner son soutien à cette offensive qui, dirigée contre des navires de commerce, provoquera la mort de nombreux civils
Il ne peut supporter la pensée des combats effroyables qui, dans toute l'Europe, ont déjà causé des millions de morts, et cela pour des objectifs dérisoires.

Charles remarque:

«Il ne suffit pas que je sois seul à vouloir la paix.

Il faut que j'aie le peuple entier et tous les ministres à mes côtés!»

Or, la presse ne cesse d'exciter le bellicisme du peuple par des communiqués triomphants, tandis qu'elle cache la vérité sur la situation de l'empire où la misère du peuple est chaque jour plus grande.

Acharnement pour la paix

En mars 1917, Charles demande à ses beaux-frères Sixte et Xavier de Bourbon-Parme, qui combattent dans l'armée belge, de se mettre en rapport avec les gouvernements de l'Entente.

L'empereur leur confie une lettre, dans laquelle il déclare que l'Autriche est prête à renoncer à diverses exigences formulées en 1914, concernant notamment la Serbie.

De même, il propose d'abandonner la Galicie à l'Allemagne en compensation de la restitution à la France de l'Alsace-Lorraine.

Une transaction avec l'Italie est aussi envisagée. Mais l'intransigeance des différentes parties en présence fait échouer cette tentative de paix.

Une seconde proposition de Charles à l'Entente échoue, de même que celle du Pape Benoît XV, soutenue avec enthousiasme par Charles.

Les ministres franc-maçons français et italiens d'une part, et les officiers d'état-major allemands d'autre part, ont voulu la guerre à tout prix.

Dans la seule armée française, ce refus aura causé la mort de 300 000 soldats.

Dès l'avènement de l'empereur, des campagnes de calomnies sont orchestrées contre lui, même au sujet de ses moeurs, alors qu'il est d'un sérieux et d'une tempérance incontestables.

À l'inverse, il est traité de bigot.

De fait, l'empereur assiste quotidiennement à la Messe et y communie; il récite assidûment le chapelet et aime à visiter les sanctuaires dédiés à la Sainte Vierge.

Dans son intense vie spirituelle, il trouve la force dont il a besoin pour assumer ses lourdes responsabilités.

On fait aussi passer Charles pour incapable, alors qu'il s'est montré un officier remarquable.

Il parle sept langues; sa puissance de travail est extraordinaire et il possède à un rare degré l'esprit de synthèse.

Bien mieux que son entourage, il discerne le mortel danger où se trouve son empire. Au printemps 1917, il refuse énergiquement de laisser Lénine, qui vit exilé en Suisse, traverser ses États pour aller semer la révolution en Russie, plan machiavélique conçu par l'état-major allemand.

Charles a compris que Lénine est potentiellement dangereux pour toute l'Europe; le bolchevisme, il le pressent, ne se contentera pas de ruiner la Russie, mais s'étendra partout.

Cependant, Lénine parviendra à regagner la Russie en passant par l'Allemagne dans un train spécial.

Dans le chaos de la défaite

Dans l'impossibilité de conclure la paix avec les pays de l'Entente, Charles est obligé de continuer une guerre abhorrée, afin d'éviter autant que possible le malheur que causerait à ses peuples l'effondrement de l'empire.

En octobre 1917, l'Autriche remporte sur l'Italie la victoire de Caporetto.

L'empereur ne se laisse pas griser par ce succès, conquis au prix du sang versé, et qui ne règle rien.

Ses pouvoirs constitutionnels, qui ne sont pas illimités, l'obligent à laisser les mains libres aux parlements bellicistes et à son déloyal ministre, Czernin, qui joue la carte de la «paix par la victoire», c'est-à-dire par la guerre.

L'empereur mène, à Baden, dans une simple maison, une vie de labeur. Sa table est des plus maigres, tant il a en horreur le marché noir qui sévit partout.

Zita, de son côté, se dévoue corps et âme aux blessés et aux orphelins, créant des oeuvres d'assistance.

Le peuple, dans sa grande majorité, ne s'y trompe pas et acclame le couple impérial au cours de ses voyages.

En janvier 1918, par ses «quatorze points», inspirés des objectifs de la franc-maçonnerie, Wilson, le président des États-Unis, proclame la nécessité pour la paix future, de réorganiser l'Europe centrale et balkanique selon le «principe des nationalités».

Cela signifie le démantèlement de l'empire austro-hongrois au profit de petits États-nations.

Cette conception utopique, inspirée par les socialistes tchèques Bénès et Masaryk, est à l'origine des conflits qui vont déchirer l'Europe centrale jusqu'à nos jours.

Charles essaie vainement de faire entendre raison à la Maison Blanche.

À l'ouest, les dernières offensives allemandes de mai et juin 1918 sont arrêtées et suivies, en juillet, d'une contre-offensive de l'Entente.

L'Allemagne, dans les semaines qui suivent, se replie et doit, après le déclenchement de la révolution à Berlin, demander l'armistice, qui sera signé le 11 novembre

La défaite allemande provoque par contrecoup la sécession des nationalités slaves de l'empire austro-hongrois.

Le parlement hongrois proclame la déchéance des Habsbourg. Le 2 novembre, l'empereur est contraint de demander l'armistice à l'Italie.

Les milieux politiques le poussent à l'abdication, mais il ne se reconnaît pas le droit de disposer d'une autorité reçue de Dieu.
Soumis à de harcelantes pressions, le 12, à Vienne, il abandonne l'exercice du pouvoir, sans avoir abdiqué. Puis il se retire au château d'Eckartsau, où il est aussitôt mis sous surveillance policière.

En mars 1919, la «république autrichienne» proscrit Charles Ier, qui proteste contre la violence qui lui est faite et réaffirme sa légitimité en face d'un pouvoir né de l'insurrection.

L'empereur et sa famille s'installent à Prangins, près de Genève, en Suisse. De là, encouragé par le Pape Benoît XV, Charles va s'efforcer de remonter sur le trône de Hongrie.

Peut-être pourra-t-il alors – c'est l'espoir du Saint-Père – reformer une fédération d'États catholiques en Europe centrale.

Le 25 mars 1921, Charles quitte la Suisse et se rend clandestinement en Hongrie.

L'amiral Horthy, chef de l'État depuis 1920, s'est intitulé régent et se dit loyal envers son roi.

D'origine calviniste, il est en réalité athée et déteste la tradition catholique des Habsbourg.

Le jour de Pâques, à Budapest, Charles est reçu par Horthy qui tergiverse, prétexte mille difficultés et fait tout pour ameuter les puissances étrangères afin d'empêcher la restauration monarchique. Charles, entre-temps, est tombé malade; ses partisans lui proposent de reprendre le pouvoir par les armes, mais il refuse, pour éviter l'effusion du sang.

À bord d'un train spécial, il est ramené en Suisse manu militari.

Un noble et ferme refus

Il se rend plusieurs fois au monastère bénédictin de Disentis, où il cherche dans l'oraison la force dont il a besoin.

À l'occasion de ce séjour, l'empereur révèle à deux moines que des personnalités haut placées en France et en Hongrie lui ont promis de faciliter la restauration de la monarchie en Hongrie, et même en Autriche, à condition qu'il «consente à introduire dans ses États l'école neutre et le mariage civil avec son corollaire, le divorce». Charles s'y est catégoriquement refusé.

L'empereur n'a aucune ambition personnelle mais, le jour de son sacre, il a fait le serment devant Dieu et le peuple hongrois, de se dévouer au bien de ceux dont la divine Providence lui a confié la direction.

Il ne supporte pas de voir ce pays livré à une coterie, tandis que le peuple vit dans la misère.

Le 21 octobre 1921, en compagnie de l'impératrice Zita, Charles s'échappe et prend un avion à Zurich.

Il atterrit à l'ouest de la Hongrie et marche vers Budapest, ralliant à sa cause les régiments qu'il rencontre.

Mais l'amiral Horthy, en faisant croire à l'armée que Charles est l'otage de communistes tchèques, attaque les forces impériales.

Charles ordonne alors le cessez-le-feu. Séquestré, il refuse d'abdiquer, par fidélité à son serment de roi couronné.

Les pays de l'Entente jugent le Habsbourg indésirable et s'occupent eux-mêmes de son expulsion.

Le 31 octobre, Charles et Zita sont embarqués sur un bateau britannique qui descend le cours du Danube jusqu'à la Mer Noire. Puis un navire roumain les conduit à Constantinople.

Ils ignorent ce que sont devenus leurs enfants, restés en Suisse.

Quand le capitaine du vaisseau lui avoue qu'il est question de le transférer à Asunción, îlot perdu au milieu de l'Atlantique-sud, Charles frémit et s'écrie:

«Mais alors, nous ne pourrions jamais revoir les enfants!»

Cependant, il sourit bientôt et dit d'une voix rassérénée:

«Que je suis pusillanime! Ils ne peuvent nous envoyer qu'à l'endroit choisi par Dieu».

Le 19 novembre 1921, le navire aborde à Funchal, capitale de l'île portugaise de Madère, qui sera – les Anglais en ont décidé ainsi – le lieu d'exil de l'empereur déchu.

Une dotation annuelle a été prévue par les «Nations alliées» pour les besoins de l'exilé, mais elle ne sera jamais versée

On croit Charles riche, mais il est pauvre. Aussi doit-il chercher un logement peu onéreux.

Il choisit la villa Quinta, située à 600 mètres d'altitude, mais ce choix s'avère malheureux: l'hiver, le climat y est insalubre à cause du brouillard.

Le 2 février 1922, après bien des difficultés, Zita peut amener ses enfants à Madère.

«Le Seigneur fera ce qu'il voudra»

Le Pape Benoît XV donne à Charles la faculté d'avoir une chapelle domestique où demeure le Saint-Sacrement, et d'y faire célébrer la Messe, précieuse consolation pour lui.

Dans les semaines qui suivent, l'ascension spirituelle de Charles suscite l'admiration de son épouse.

Apprenant que des bruits malveillants courent sur sa mauvaise santé, l'empereur s'écrie:

«Je ne voudrais pas mourir ici»; mais aussitôt, il sourit et se reprend: «Le Seigneur fera ce qu'il voudra».

Il a de plus en plus le sentiment que Dieu va lui demander d'offrir sa vie pour le salut de ses peuples et il confie cette pensée à Zita, en ajoutant:

«...et je le ferai!»

Il n'y a en lui aucune révolte contre les événements ou contre les personnes.

Un témoin dira:

«Jamais il ne voulait apparaître martyr; jamais il n'a condamné ceux qui l'ont trahi et si, devant lui, on en médisait, il prenait leur défense».

Le 9 mars, l'empereur prend froid après être monté à pied de Funchal à sa villa. Le 17, sa température atteint 39° et il tousse.

Le 21, il a 40° de fièvre et une bronchite généralisée, qui dégénère en congestion pulmonaire.

Charles n'a pas encore 35 ans, mais il est moralement et physiquement affaibli par les lourdes épreuves des années qui viennent de s'écouler.

Au cours des jours suivants, la pneumonie s'aggrave. Les derniers jours de l'empereur sont ceux d'un saint.

Malgré son extrême fatigue, il assiste à la Messe célébrée quotidiennement dans sa chambre.

Le 27 mars, il demande à recevoir l'Extrême-Onction et fait une confession générale en pleine lucidité. Il fait venir son fils aîné, Otto, qui n'a que neuf ans:

«Je veux qu'il soit témoin.

Ce sera un exemple pour toute sa vie; il faut qu'il sache ce que doit faire en pareil cas un roi, un catholique, un homme».

Le 29, Charles est victime de deux crises cardiaques; en privé, il confie:

«N'est-ce pas excellent d'avoir une confiance illimitée dans le Sacré-Coeur? Sinon mon état serait insupportable».

Un peu plus tard, il déclare:

«Je dois beaucoup souffrir, afin que mes peuples puissent se retrouver tous ensemble».

Le samedi 1er avril, il veut prier, mais sa garde-malade lui conseille de dormir.
Il répond: «J'ai tant à prier!»

Dans la matinée, son état devient désespéré. Il peut cependant recevoir la Sainte Communion en viatique.

Le Saint-Sacrement est exposé dans la chambre du mourant qui murmure:

«J'offre ma vie en sacrifice pour mon peuple», puis: «Mon Sauveur, que votre volonté soit faite!»

À midi vingt-cinq, après avoir dit «Jésus, Marie, Joseph», il rend le dernier soupir.

L'empereur-roi laisse derrière lui une veuve qui attend son huitième enfant.

Malgré l'échec apparent de sa vie, Charles Ier a rendu un témoignage admirable de conformité à la divine Providence dans le malheur.

C'est pourquoi l'Église l'a proposé en exemple par la béatification.

On peut lui appliquer ce passage du livre de la Sagesse:

Les âmes des justes sont dans la main de Dieu, et le tourment ne les atteindra pas. Aux yeux des insensés, ils paraissent être morts; leur sortie de ce monde semble un malheur, et leur départ du milieu de nous un anéantissement; mais ils sont dans la paix.

Après une légère peine, ils recevront une grande récompense; car Dieu les a éprouvés, et les a trouvés dignes de lui (Sg 3, 1-5).

«Dès le début, l'empereur Charles conçut sa charge comme un service saint de ses peuples.

Sa préoccupation principale était de suivre l'appel du chrétien à la sainteté même dans son action politique... Qu'il soit un exemple pour nous tous, surtout pour ceux qui ont aujourd'hui en Europe la responsabilité politique» (Jean-Paul II).

Dom Antoine Marie osb








Prière

Père céleste, en la personne du Bienheureux Charles, empereur d’Autriche, Vous avez donné à Votre Église et au peuple de Dieu l’exemple d’une vie de discernement et de spiritualité sur un chemin de courage convaincant.

Ses actions publiques comme empereur et roi, ses actions personnelles comme chef de famille, étaient fermement assises sur les enseignements de la foi catholique.

Son amour pour l’Eucharistie crût dans le temps des épreuves et l’aida à s’unir au Sacrifice du Christ dans le sacrifice de sa propre vie pour ses peuples.

L’empereur Charles honora la Mère de Dieu et aima prier le Rosaire tout au long de sa vie.

Qu’il nous fortifie par son intercession quand le découragement, la pusillanimité, la solitude, l’amertume et la dépression nous troublent.

Permettez-nous de suivre l’exemple de votre fidèle serviteur, et de servir sans égoïsme nos frères et nos sœurs suivant Votre volonté.

Entendez et accédez à notre demande d’accueillir des enfants dans notre famille et de devenir de bons parents.

Accordez au Bienheureux Charles d’Autriche l’honneur de la canonisation, pour la gloire de Votre Nom, celle de la Bienheureuse Vierge Marie et que soit bénie Votre Église.

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Re: Saints et Bienheureux!! (Ordre Alphabétique)

Message par Marie du 65 le Jeu 11 Jan 2018 - 9:22

CHARLES DE FOUCAULD
prêtre, missionnaire, bienheureux
1858-1916






Un jeune homme entre dans un confessionnal de l'église Saint-Augustin, à Paris, se  penche vers le prêtre et dit:

«Monsieur l'abbé, je n'ai pas la foi; je viens vous demander de m'instruire».

Le prêtre le dévisage...

«Mettez-vous à genoux, confessez-vous à Dieu: vous croirez.

Mais, je ne suis pas venu pour cela...

Confessez-vous!»

Celui qui voulait croire, sentit que le pardon était pour lui la condition de la lumière. Il s'agenouille, et confesse toute sa vie.

Quand le pénitent eut reçu l'absolution de ses péchés, l'abbé reprend:

«Vous êtes à jeun? Oui.

Allez communier!»

Le jeune homme s'approche aussitôt de la table sainte; ce fut sa «seconde première Communion»...

Nous sommes à la fin d'octobre 1886.

Ce prêtre, renommé pour son art de diriger les âmes, est l'abbé Huvelin; ce jeune homme, âgé de 28 ans, se nomme Charles de Foucauld.

Né le 15 septembre 1858 à Strasbourg, dans une famille très chrétienne, Charles perd sa mère puis son père, dans la même année 1864.

Il est alors confié, avec son unique soeur, Marie, à son grand-père, M. de Morlet, colonel en retraite.

Affectueux, ardent, studieux, Charles devient l'objet des gâteries de ce grand-père, chez qui les colères du garçon rencontrent une indulgence secrète et passent pour un signe de caractère.

M. de Morlet et les deux enfants s'établissent à Nancy en 1872.

Dès lors, Charles prend l'habitude de mêler à ses études une foule de lectures choisies sans discernement.

À la fin de ses années de scolarité, il perd toute foi, «et ce n'était pas le seul mal, confiera-t-il plus tard...

On jette les enfants dans le monde sans leur donner les armes indispensables pour combattre les ennemis qu'ils trouvent en eux et hors d'eux, et qui les attendent en foule.

Les philosophes chrétiens ont résolu depuis si longtemps, si clairement, tant de questions que chaque jeune homme se pose fiévreusement sans se douter que la réponse existe, lumineuse et limpide, à deux pas de lui!»

Il demandera instamment que ses neveux soient élevés par des maîtres chrétiens: «Je n'ai eu aucun maître mauvais; mais la jeunesse a besoin d'être instruite non par des neutres, mais par des âmes croyantes et saintes, et en outre par des hommes sachant rendre raison de leurs croyances et inspirant aux jeunes gens une ferme confiance dans la vérité de leur foi...»

Tout impiété, tout désir du mal

Bachelier, curieux de tout, décidé à jouir et cependant triste, Charles part à Paris pour préparer l'école militaire de Saint-Cyr.

Il dira de lui-même qu'il était tout égoïsme, tout vanité, tout impiété, tout désir du mal...

Sa paresse est telle qu'au cours de la deuxième année, on le renvoie...

Pourtant, il est admis à l'école en 1876, l'un des derniers de la promotion.

En 1878, il passe à l'école de cavalerie de Saumur, où il vit, dit un ami, «une existence de doux philosophe épicurien»:

Charles mène grand train, s'habille avec une recherche extrême, organise fêtes sur fêtes.

Son oncle s'en émeut et le dote d'un conseil judiciaire, à la grande colère du neveu.

En 1880, le sous-lieutenant de Foucauld part avec son régiment pour l'Algérie.

Une jeune femme le rejoint là-bas, en se présentant comme son épouse légitime.

Lorsque ses supérieurs s'aperçoivent de la vérité, ils le prient de renvoyer sa compagne en France. Charles oppose un refus absolu.

La sanction ne se fait pas attendre: mise en non-activité pour indiscipline et inconduite. Survient, en Algérie, l'insurrection du chef musulman Bou-Amama. Foucauld ne peut supporter la pensée que ses camarades vont se battre, seront à l'honneur et au danger, sans lui.

Il obtient de rejoindre le régiment.

«Au milieu des dangers et des privations des colonnes expéditionnaires, dira un de ses amis, le général Laperrine, il se révéla un soldat et un chef...»

Il a vingt-quatre ans. Il est séduit par le silence habituel des pays d'Afrique du nord, l'espace, l'imprévu et le primitif de la vie, le mystère des habitants...

Il donne sa démission de l'armée et se lance dans une expédition des plus difficiles: explorer le Maroc, pays alors très fermé, surtout aux Chrétiens.

En compagnie d'un rabbin juif né dans ce pays, Charles, qui se fait passer lui-même pour un rabbin, franchit la frontière en juin 1883.

Pendant onze mois, il parcourt le Maroc; plusieurs instruments de mesures, dissimulés dans les plis de ses vêtements, lui permettent, au risque continuel d'être surpris, de faire des observations et de prendre des notes sur ce pays encore inconnu.

En mai 1884, il rentre en France, chargé de données scientifiques qu'il consigne dans sa Reconnaissance au Maroc, livre qui le fait bientôt estimer des milieux scientifiques.

Sa famille l'accueille avec joie et affection. Les siens connaissent ses débordements et son état d'esprit.

Aucun reproche, pourtant; ils le félicitent au contraire du succès de son aventure et le mettent en contact avec la société la plus choisie pour ses qualités d'esprit et ses convictions chrétiennes.

Charles reste remué par ce qu'il a vu en Afrique du nord et spécialement la perpétuelle invocation de Dieu.

Tout l'appareil religieux de la vie musulmane l'amène à se dire:

«Et moi qui suis sans religion!»

Il songe même à se faire musulman; mais, au premier examen, il lui apparaît que la religion de Mahomet ne peut être la véritable, «étant trop matérielle».

Malgré la vie agréable qu'il mène, sa tristesse ne fait que s'accroître.

Il ouvre, à ses heures libres, les livres des philosophes païens: leurs réponses lui semblent pauvres...

Personne n'a pu la lui ravir...

Et voici que, providentiellement, un soir de 1886, Charles rencontre l'abbé Huvelin, chez sa tante Moytessier.

La tendresse de cet homme de Dieu pour les pécheurs touche les plus indifférents; il pense pour eux à l'heure définitive où ils seront jugés, condamnés pour toujours.

Ce soir-là, les échanges des deux hommes sont banals; mais la Providence en fait la cause prochaine de la confession qui opérera un changement total dans la vie de Foucauld.

En novembre 1888, Charles s'embarque pour la Terre Sainte qu'il parcourt pendant quatre mois. Nazareth surtout le séduit: elle lui inspire un amour qui ne s'éteindra plus pour la vie cachée, l'obéissance, l'humble condition volontairement choisie.

Car il pense à Celui qui y a vécu trente ans, et dont l'abbé Huvelin disait:

«Notre-Seigneur a tellement pris la dernière place, que jamais personne n'a pu la lui ravir».

Après son retour, trois retraites l'aident à discerner sa vocation: Dieu l'appelle à être moine trappiste.

Il abandonne ses biens et part, à la fin de 1889, à la Trappe de Notre-Dame des Neiges, en Ardèche.

Le 26 janvier 1890, le Père Abbé lui donne l'habit, avec le nom de Frère Albéric.

Ses trente-deux ans s'adaptent sans effort au régime du monastère; la seule chose difficile pour sa nature fière, c'est l'obéissance.

Dans ses combats, il est soutenu par son intention initiale:

«Je voulais entrer dans la vie religieuse pour tenir compagnie à Notre-Seigneur dans ses peines...

Jésus me tient dans sa main, me mettant dans sa paix, chassant la tristesse dès qu'elle veut approcher».


Le 27 juin 1890, Frère Albéric réalise un projet dont il avait parlé à son Abbé dès son arrivée: rejoindre un monastère très pauvre situé en Syrie, la Trappe d'Akbès, afin d'y vivre inconnu, plus pauvre encore, et d'y être près de la Terre Sainte où le Fils de Dieu a souffert et travaillé.

Là-bas, les religieux vivent au milieu d'une population composée de Kurdes, de Syriens, de Turcs, d'Arméniens, qui feraient, écrit-il, «un peuple brave, laborieux et honnête, s'il était instruit, gouverné, converti surtout...

C'est à nous à faire l'avenir de ces peuples. L'avenir, le seul vrai avenir, c'est la vie éternelle: cette vie n'est que la courte épreuve qui prépare l'autre...

La prédication dans les pays musulmans est difficile, mais les missionnaires de tant de siècles passés ont vaincu bien d'autres difficultés...

Donnons-leur l'exemple d'une vie parfaite, d'une vie supérieure et divine».

En 1892, quelques mois après avoir prononcé ses voeux, frère Albéric reçoit l'ordre de commencer des études théologiques en vue du sacerdoce.

Malgré la «répugnance extrême» qu'il éprouve pour tout ce qui l'éloigne de la dernière place qu'il est venu chercher, il se met au travail.

En même temps, il expose au Père Abbé général l'attrait persistant qu'il éprouve pour un genre de vie encore plus humble, hors de l'ordre cistercien.

Le Père Abbé le fait venir à Rome pour deux années d'études.

Obéissant, frère Albéric y arrive en octobre 1896.

Pourtant, dès le mois de janvier suivant, l'Abbé général, lui donne la faculté de quitter la Trappe et de suivre l'appel de Dieu.

«Je jouis à l'infini»

Frère Charles de Jésus – c'est le nom qu'il se donnera désormais – retourne alors à Nazareth.

Les Religieuses clarisses l'acceptent comme domestique: «Je jouis à l'infini d'être pauvre, vêtu en ouvrier, dans cette basse condition qui fut celle de Jésus...»

Il passe de longues heures en adoration devant le Très Saint-Sacrement.

Un jour, il laisse échapper de son coeur ces accents de reconnaissance:

«Mon Dieu, nous avons tous à chanter vos miséricordes, nous tous créés pour la gloire éternelle et rachetés par le Sang de Jésus, par votre Sang, mon Seigneur Jésus, qui êtes à côté de moi dans ce tabernacle; mais si tous nous le devons, combien moi! moi qui ai été dès mon enfance entouré de tant de grâces, Šls d'une sainte mère, ayant appris d'elle à vous connaître, à vous aimer et à vous prier aussitôt que j'ai pu comprendre une parole!

Et les catéchismes, les premières confessions... ces exemples de piété reçus dans ma famille... et après une longue et bonne préparation, cette première Communion!...

«Lorsque, malgré tant de grâces, je commençais à m'écarter de vous, avec quelle douceur vous me rappeliez à vous par la voix de mon grand-père, avec quelle miséricorde vous m'empêchiez de tomber dans les derniers excès en conservant dans mon coeur ma tendresse pour lui!...

Mais malgré tout cela, hélas, je m'éloignais, je m'éloignais de plus en plus de vous, de vous mon Seigneur et ma vie... et aussi ma vie commençait à être une mort, ou plutôt c'était déjà une mort à vos yeux...

Et dans cet état de mort, vous me conserviez encore: toute foi avait disparu, mais le respect et l'estime de la religion étaient demeurés intacts...

«Par la force des choses, vous m'obligeâtes à être chaste, et bientôt, m'ayant, à la Šn de l'hiver 1886, ramené dans ma famille, à Paris, la chasteté me devint une douceur et un besoin du coeur.

C'est vous qui fîtes cela, mon Dieu, vous seul; je n'y étais pour rien, hélas!

C'était nécessaire pour préparer mon âme à la Vérité; le démon est trop maître d'une âme qui n'est pas chaste, pour y laisser entrer la Vérité...

Vous ne pouviez pas entrer, mon Dieu, dans une âme où le démon des passions immondes régnait en maître... Mon Dieu, comment chanterai-je vos miséricordes!...

«Une belle âme vous secondait, mais par son silence, sa douceur, sa perfection; elle se laissait voir, elle était bonne et répandait son parfum attirant, mais elle n'agissait pas.

Vous, mon Jésus, mon Sauveur, vous faisiez tout au-dedans comme au-dehors. Vous me fîtes alors quatre grâces.

La première fut de m'inspirer cette pensée: puisque cette âme est si intelligente, la Religion qu'elle croit si fermement ne saurait être une folie comme je le pense.

La deuxième fut de m'inspirer cette autre pensée: puisque la Religion n'est pas une folie, peut-être la Vérité qui n'est sur la terre en aucune autre, ni dans aucun système philosophique, est-elle là?

La troisième fut de me dire: étudions donc cette Religion; prenons un professeur de Religion catholique, un prêtre instruit, et voyons ce qu'il en est.

La quatrième fut la grâce incomparable de m'adresser à l'abbé Huvelin...

Et depuis, mon Dieu, ce n'a été qu'un enchaînement de grâces... Une marée montant, montant toujours!»

Une Messe de plus, chaque jour

La réputation de sainteté de frère Charles se propage à son insu.

L'Abbesse des Clarisses de Jérusalem l'exhorte à se préparer à la prêtrise.

Pour vaincre ses résistances, elle lui fait observer que s'il acceptait, il y aurait chaque jour dans le monde une Messe de plus sur la terre.

S'il a reçu des dons, est-ce pour lui seul?

Cet argument l'ébranle; une réponse de l'abbé Huvelin fait le reste. Frère Charles rentre en France, à Notre-Dame des Neiges, où il se prépare à l'ordination qui a lieu le 9 juin 1900. Que fera-t-il maintenant?

Avec l'assentiment de l'évêque de Viviers et de l'abbé Huvelin, il ira porter l'Évangile aux peuples du Sahara, qui comptent parmi les plus abandonnés...

La vie du Père Charles de Jésus se déroule désormais dans le désert: à Beni-Abbès d'abord, dans le Sud oranais, puis à Tamanrasset, dans le massif du Hoggar, à 1500 km au sud d'Alger.

Il a conscience d'être sans doute le premier prêtre de l'histoire à résider et à célébrer la sainte Messe dans ces lieux.

Son but est d'ouvrir le coeur des musulmans – Arabes, puis Touaregs – en leur ménageant le contact avec la civilisation chrétienne et avec un prêtre, afin de permettre, plus tard, leur évangélisation par des missionnaires au plein sens du terme.

Il exerce à leur égard une charité généreuse et désintéressée, leur parle de Dieu et leur enseigne les préceptes de la religion naturelle.

On a prétendu que le Père de Foucauld ne prêchait aucunement la foi et se bornait à une présence muette au milieu des Musulmans.

Le général Laperrine, déjà, en était agacé:

«Et ses conversations! Et son costume!» a-t-il noté dans son journal.

Lorsque quelqu'un se présente à la porte de l'ermitage, frère Charles apparaît, les yeux pleins de sérénité, la main tendue, enveloppé dans une gandourah blanche, sur laquelle est appliqué un coeur rouge surmonté d'une croix.

Cette image du Sacré-Coeur proclame la foi de cet homme blanc; et toute sa vie manifeste l'Évangile.
Les indigènes ne s'y trompent pas. Dans un rapport au Préfet apostolique du Sahara, frère Charles note:

«Pour les esclaves (l'esclavage était de pratique courante dans le désert), j'ai une petite chambre où je les réunis...; peu à peu, je leur apprends à prier Jésus...

Les voyageurs pauvres trouvent aussi à la Fraternité un humble asile et un pauvre repas, avec bon accueil et quelques paroles pour les porter au bien et à Jésus...»

Il écrit à un ami:

«Je suis navré quand je vois les enfants du bourg vaquer à l'aventure, sans occupation, sans instruction, sans éducation religieuse...

Quelques bonnes soeurs de Charité donneraient en peu de temps, avec l'aide de Dieu, tout ce pays à Jésus».

Une recette contre la tristesse

Depuis longtemps, il rêve de rassembler autour de lui une communauté: les «Petits Frères du Sacré-Coeur de Jésus», missionnaires qui feraient connaître et aimer Jésus par une vie de prière, de charité et de pauvreté, menée parmi ces peuples immenses qui ne connaissent pas l'unique Sauveur.

Il écrit pourtant:

«En ce moment, je suis dans une grande paix. Cela durera ce que voudra Jésus.

J'ai le Saint-Sacrement, l'amour de Jésus; d'autres ont la terre, j'ai le bon Dieu...

Quand je suis triste, voici ma recette: je récite les mystères glorieux du Rosaire, et je me dis: qu'importe après tout que moi je sois misérable, et que rien n'arrive du bien que je souhaite?

Tout cela n'empêche pas le bien-aimé Jésus – qui veut le bien mille fois plus que moi – d'être bienheureux, éternellement et infiniment bienheureux!...»

Lorsque la guerre de 1914-18 éclate en Europe, le Père est établi dans le Hoggar depuis neuf ans.

Parmi les six tribus touaregs au milieu desquelles il vit, trois ont fait leur soumission à la France et lui demeurent fidèles; mais les autres profitent du conflit européen pour leur insuffler l'esprit de révolte.

Elles savent l'influence prépondérante de l'ermite sur les Touaregs-Hoggar:

«Le grand intérêt de Tamanrasset, écrit en janvier 1914 un médecin français, est la présence du Père de Foucauld.

Il a acquis par sa bonté, sa sainteté et sa science, une grande renommée parmi la population».

Le Père devient la cible des révoltés, qui organisent un coup de main.

Le 1er décembre 1916, ils s'approchent sans bruit du fortin où celui-ci réside, et frappent à la porte que l'ermite, sans méfiance, entrouvre: il est alors saisi et ligoté.

Comprenant tout, il s'attend à la mort. Enfin le moment tant désiré de rejoindre le Bien-Aimé est arrivé!

«Supportons toutes les insultes, avait-il écrit, les coups, les blessures, la mort, en priant pour ceux qui nous haïssent... à l'exemple de Jésus, sans autre motif ni autre utilité que de déclarer à Jésus que nous l'aimons».

Surpris par deux soldats fidèles à la France, les conjurés s'affolent.

Celui qui a la garde du Père lui tire à bout portant une balle dans la tête.

Le Père Charles de Foucauld glisse lentement le long du mur et s'effondre: il est mort... victime de son zèle d'amour pour ces peuples dans lesquels la lumière de la foi n'avait jamais brillé.

Il a voué sa vie à leur faire connaître le vrai Dieu incarné en Jésus-Christ, à leur faire expérimenter la miséricorde dont lui-même a bénéficié de manière si manifeste et dont il a voulu, par gratitude, être le héraut!

Le 21 décembre seulement, le capitaine de La Roche, commandant le secteur du Hoggar, peut se rendre à Tamanrasset.

Sur la tombe du Père, il plante une croix de bois.

Puis il pénètre dans l'ermitage fortifié que les bandits ont mis au pillage.

Il retrouve le chapelet du Père, un chemin de croix qu'il a finement dessiné à la plume sur des planchettes, une croix de bois portant aussi une très belle image du Christ...

Ostensoir dans le sable

En remuant du pied le sol, le jeune officier découvre dans le sable un tout petit ostensoir où est encore enfermée l'Hostie sainte.

Il le ramasse avec respect, l'essuie et l'enveloppe dans un linge.

Lorsque le moment est venu de quitter Tamanrasset, il le met devant lui, sur la selle de son méhari, et fait ainsi les 50 km qui séparent Tamanrasset de Fort-Motylinski: c'est, dans le Sahara, la première procession du Saint-Sacrement!

En chemin, M. de La Roche s'est souvenu d'une conversation qu'il a eue avec le Père de Foucauld:

«S'il vous arrivait malheur, demandait-il, que faudrait-il faire du Saint-Sacrement?

Il y a deux solutions: faire un acte de contrition parfaite, et vous communier vous-même; ou bien envoyer par la poste l'Hostie consacrée aux Pères Blancs».

Il ne peut se résoudre à ce second parti. Ayant alors appelé un sous-officier, ancien séminariste et chrétien fervent, l'officier met des gants blancs qui ne lui ont jamais servi pour ouvrir la custode de l'ostensoir.

L'Hostie est bien là, telle que le prêtre l'a consacrée et adorée. Les deux jeunes hommes se demandent l'un à l'autre:

«Est-ce vous qui la recevrez? est-ce moi?» Finalement, le sous-officier s'agenouille et se communie.

À Beni-Abbès, Charles avait établi un règlement de vie où la prière occupait la première place:

Sainte Messe et action de grâces, Bréviaire, Chemin de Croix, Chapelet...

Mais l'adoration de la Très Sainte Eucharistie l'emporte sur tout: il y consacre trois heures et demie chaque jour, réparties en trois moments de silence. On lit dans son journal: «Mai 1903 –

Aujourd'hui, trente ans que j'ai fait ma première Communion, que j'ai reçu le Bon Dieu pour la première fois...

Et voici que je tiens Jésus en mes misérables mains! Lui, se mettre dans mes mains!

Et voici que, nuit et jour, je jouis du saint tabernacle, que je possède Jésus pour ainsi dire à moi seul!

Voici que chaque matin je consacre la Sainte Eucharistie, que chaque soir je donne, avec elle, la bénédiction!»

Par son amour brûlant de Jésus-Hostie, frère Charles devançait l'appel qu'un siècle plus tard, le Serviteur de Dieu Jean-Paul II lançait à toute l'Église:

«Frères et soeurs très chers, ici se trouve le trésor de l'Église...

Dans l'Eucharistie, nous avons Jésus, nous avons son Sacrifice rédempteur, nous avons sa résurrection, nous avons le don de l'Esprit-Saint, nous avons l'adoration, l'obéissance et l'amour envers le Père!

Si nous négligions l'Eucharistie, comment pourrions-nous porter remède à notre indigence?

Sous les humbles espèces du pain et du vin, transsubstantiés en son Corps et en son Sang, le Christ marche avec nous, étant pour nous force et viatique, et il fait de nous, pour tous nos frères, des témoins d'espérance» (Ecclesia de Eucharistia, 17 avril 2003, nn. 59, 60, 62).

Charles de Foucauld, qui sera béatifié à Rome, si Dieu veut, le 13 novembre prochain, a aimé l'Eucharistie comme s'il voyait en elle, de ses yeux, le Christ présent

Demandons-lui d'allumer dans nos âmes un amour de plus en plus ardent envers Celui qui veut rester au milieu de nous pour être notre confident, notre soutien, notre Ami véritable et fidèle.

Dom Antoine Marie osb, abbé







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Re: Saints et Bienheureux!! (Ordre Alphabétique)

Message par Marie du 65 le Ven 12 Jan 2018 - 10:54

BIENHEUREUSE
CHIARA GAMBACORTI
Patronne de Pise
(1362-1419)








EXTRAIT BIOGRAPHIQUE

Claire Gambacorti, fille d'illustre famille, vint au monde à Pise.

Jeune encore, elle voulut n'avoir d'autre époux que Dieu.

Chaque jour on la voyait s'acheminer vers une humble maison où gisait une pauvre malade abandonnée, dont le corps n'était qu'une plaie; son visage fétide et repoussant, dévoré par un affreux ulcère, n'était plus reconnaissable.

L'enfant consolait la pauvre affligée, préparait sa nourriture, faisait son lit, pansait ses plaies et ne s'éloignait jamais sans avoir approché son beau et frais visage de ce visage souillé et infect pour y déposer un baiser affectueux.

La jeune fille, n'ayant pu obtenir le consentement de son père, entre à son insu chez les Clarisses et y prend le voile sous le nom de Claire.

Mais aussitôt son frère, furieux, va l'y saisir avec des hommes d'armes et la ramène au palais paternel, où elle est enfermée et abandonnée pendant trois jours.

Joyeuse dans son épreuve, elle se livre à la contemplation et goûte en Dieu une paix profonde:

"Que mon corps périsse, s'écrie-t-elle, avant qu'il plaise à d'autres yeux qu'à ceux de mon Jésus."

Après de longues et inutiles vexations, sa famille consent enfin à la laisser partir, non au couvent des Clarisses, mais au couvent des sœurs de Saint-Dominique.

Ses exemples ranimèrent la ferveur dans la communauté: elle était la plus humble et la plus pauvre; elle ne voulait porter que les vêtements abandonnés par ses sœurs comme trop usés; elle se contentait souvent, pour nourriture, des restes de ses sœurs.

Devenue prieure, elle fut davantage encore le modèle de ses religieuses.

Le sacrifice le plus héroïque de sa vie fut de voir son frère, poursuivi par des assassins, frapper à la porte de son couvent, et de ne pouvoir pas lui ouvrir; elle dut se résigner à le voir tomber sous les coups de ses ennemis.

Elle ne fut pas moins héroïque à pardonner à celui qui avait massacré son père et ses frères.

Près de mourir, elle disait dans ses souffrances:

"Seigneur, me voici en Croix avec Vous!"



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Re: Saints et Bienheureux!! (Ordre Alphabétique)

Message par Marie du 65 le Dim 14 Jan 2018 - 9:49

BIENHEUREUSE
CHRISTINE DE STOMMELEN
mystique
1242-1312








La bienheureuse Christine naquit en 1242, à Stommelen, près de Cologne.

Après avoir eue en 1247 — à l’âge de 5 ans — une vision de Jésus Enfant, la bienheureuse Christine, née à Stommelen, près de Cologne, en 1242, refusa un mariage arrangé et entra dans un couvent de Béguines ; elle avait alors 13 ans.

Le béguinage — qui avait eu son origine en Belgique, vers 1170 — était un ensemble de maisonnettes où étaient accueillies les béguines, lesquelles faisaient — temporairement — le vœu de pauvreté, de chasteté et d’obéissance.

Certaines finissaient par sortir et se marier.

Toutefois, pendant leur séjour, elles menaient une vie bien réglée :


Prière, visites aux malades et assistance aux personnes âgées, n’ayant pas de famille.

Ces institutions étaient très nombreuses, au XIIIe siècle, non seulement en Belgique, mais aussi aux Pays-Bas, en Allemagne et en France, où on les retrouve assez nombreuses à Reims, par exemple.

A quinze ans elle reçut les stigmates sur les mains, les pieds et les marques — sur le front —, de la couronne d’épines.

Elle fut très souvent tenté et tourmentée par le démon qui lui suggérait le suicide.

Les signes extérieurs de telles manifestations inquiétèrent fortement les béguines qui finirent par l’éloigner de leur maison.

Le 20 décembre 1267 elle fit la connaissance d’un jeune dominicain, Pierre de Dacia († 1289) — disciple d’Albert le Grand — lequel devint bientôt son guide spirituel, et avec lequel elle maintint une relation épistolaire régulière.

Ce même dominicain écrivit une « Vie » de la bienheureuse qui s’arrête à 1286.

L’année de la mort de Pierre — 1289 —, les assauts du démon cessèrent et Christine vécut en paix jusqu’en 1312, tout en gardant toujours l’habit des béguines.

La grande mystique eut des extases et des apparitions et, depuis 1269 ses stigmates étaient visibles à certaines périodes de l’année.

Éprouvée par une vie de grandes souffrances, toujours supportées généreusement les yeux fixés sur la Croix rédemptrice, elle rendit son âme à Dieu le 6 novembre 1312, à Stommelen, là où elle était née.

En 1342 — trente années après sa mort —, ses reliques furent transportées à Nideggen et, depuis 1568, celles-ci reposent dans l’église de Jülich.

Son culte fut approuvé par le pape Pie X, le 22 août 1908 et sa fête fixée au 6 novembre.

Remi de Rheims


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