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Marie d'Agreda "La Cité Mystique de Dieu" livre version numérisée

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Marie d'Agreda "La Cité Mystique de Dieu" livre version numérisée - Page 8 Empty Re: Marie d'Agreda "La Cité Mystique de Dieu" livre version numérisée

Message par sga Ven 7 Aoû 2020 - 13:01

CHAPITRE 6


La Très Sainte Marie visite les Saints Lieux; Elle gagne de mystérieux triomphes sur les démons; Elle voit dans le Ciel la Divinité par une Vision Béatifique; les Apôtres célèbrent un Concile, et les secrets qui arrivèrent en tout cela.


8, 6, 480. Les efforts de notre capacité défaillent glorieusement en expliquant la plénitude de perfection qu'avaient toutes les oeuvres de la Très Sainte Marie; parce que toujours nous demeurons vaincus par la grandeur de la moindre petite vertu, si quelqu'une fut petite du côté de la matière en laquelle la grande Reine opérait. Mais toujours la lutte de notre côté sera très heureuse, pourvu qu'elle ne soit pas présomptueuse en sondant l'océan de la grâce; mais humiliée pour glorifier et exalter en Elle son Auteur, et pour découvrir toujours de
quoi imiter avec admiration. Je me tiendrai pour très heureuse si je donne à connaître aux enfants de l'Église, manifestant les faveurs que Dieu fit à notre grande Reine, quelque chose de ce que je ne peux expliquer avec des termes propres et adéquats, parce que je n'en trouve point; quoique je fasse le tout comme lente, balbutiante et sans esprit de dévotion. Les événements qui m'ont été données à connaître pour ce chapitre et les suivants furent admirables. Je dirai dans ces chapitres ce que je pourrai pour donner quelques indices de ce que peuvent entendre la foi et la piété Chrétiennes.

8, 6, 481. Après que la Très Sainte Marie eut accompli l'obédience de saint Pierre, comme je l'ai dit dans le chapitre précédent, il lui sembla qu'Elle devait accomplir sa pieuse dévotion, visitant les Lieux Sacrés de notre Rédemption [a]. Elle dispensait toutes les oeuvres de vertu avec tant de prudence qu'Elle n'en omettait aucune, donnant son lieu à chacune, afin que toutes les circonstances avec lesquelles elles arrivaient à la plénitude de perfection possible, ne leur manquassent point. Selon cette Sagesse Elle faisait d'abord ce qui était le plus urgent et le premier dans l'ordre, et ensuite ce qui paraissait moindre, mais l'un et l'autre avec toute la plénitude que chaque chose demandait dans ses opérations. Elle sortit du saint Cénacle pour visiter tous les Lieux Saints, accompagnée de ses Anges, Lucifer et les démons la suivant, continuant leur combat. La batterie de ces dragons était terrible en démonstration; se servant de menaces diverses et de figures épouvantables; et ses tentations et ses suggestions se faisaient aussi de cette manière. Mais lorsque la grande Souveraine venait à vénérer quelqu'un des Lieux de notre Rédemption, les démons demeuraient loin, parce que la Vertu divine les retenait: et aussi ils sentaient que leurs forces étaient écrasées par celle que le Rédempteur avait communiquée à ces Lieux dans les Mystères de notre Rédemption. Lucifer avait envie de s'en approcher, animé par la témérité de son propre orgueil; parce qu'avec la permission qu'il avait de persécuter et de tenter la Maîtresse des Vertus il désirait, s'il pouvait, gagner sur Elle cette victoire dans ces mêmes Lieux où il était demeuré vaincu, ou au moins l'empêcher afin qu'Elle ne les vénérât point avec la révérence et le culte qu'Elle pratiquait dans ces exercices.

8, 6, 482. Mais le Très-Haut ordonna que la Vertu de Son Bras tout-puissant opérât contre Lucifer et ses démons, par le moyen de la Reine, et que les mêmes actions qu'ils prétendaient détourner en Elle fussent le glaive avec lequel Elle les décollât et les vainquît. Et il arriva ainsi, parce que la dévotion et la vénération avec lesquelles la divine Mère adora son Très Saint Fils et renouvela les souvenirs et les actions de grâces de la Rédemption causèrent une si grande terreur pour les démons qu'ils ne purent les tolérer, et ils sentirent contre eux une force du côté de la Très Sainte Marie qui les opprima, les tourmenta, et les obligea à se retirer plus loin de la présence de cette invincible Reine. Ils jetaient des hurlements épouvantables qu'Elle seule entendait, et ils disaient: «Éloignons-nous de cette Femme, notre ennemie, qui nous confond et nous opprime tant par ses Vertus. Nous prétendions effacer la mémoire et la vénération de ces Lieux dans lesquels les hommes furent rachetés, et nous dépouillés de notre domaine; et cette Femme, étant pure Créature, empêche nos intentions et renouvelle le triomphe que son Fils et son Dieu remporta contre nous sur la Croix.»

8, 6, 483. La Très Sainte Marie poursuivit les Stations de tous les Lieux Saints en compagnie de ses Anges; et en arrivant au Mont des Oliviers, qui était le dernier, étant dans le Lieu où son Très Saint Fils monta aux Cieux, Sa Majesté en descendit avec une beauté et une gloire ineffables pour consoler et visiter Sa Très Pure Mère [b]. Il Se manifesta avec des caresses et des tendresses de Fils, mais comme Dieu infini et Puissant; Il la déifia et l'éleva tellement au-dessus de l'être terrestre par les faveurs qu'Il lui fit dans cette occasion, que pendant longtemps Elle demeura comme abstraite de tout le visible; et quoiqu'Elle ne laissât point d'accourir à toutes les oeuvres extérieures, il lui fut nécessaire de faire plus d'efforts que d'autres fois pour s'y appliquer, parce qu'Elle demeura toute spiritualisée et transformée en son Très Saint Fils. La grande Reine connut, parce que le même Seigneur le lui dit, que ces Bienfaits étaient quelque partie de la récompense de son humilité et de l'obéissance qu'Elle avait eue envers saint Pierre, exécutant aussitôt ses commandements et les mettant non seulement avant sa dévotion, mais avant sa commodité. Il lui donna aussi Sa Parole de l'assister dans son combat avec les démons; et cette promesse s'exécutant aussitôt, le même Seigneur ordonna que Lucifer et ses ministres reconnussent dans la Très Sainte Marie quelque nouveauté de plus grande excellence contre eux.

8, 6, 484. La Reine revint au Cénacle, et lorsque les démons intentèrent de revenir à leurs tentations ils sentirent la même chose que si une boule d'air venait frapper avec une grande impétuosité contre un mur d'airain, car elle rebondirait avec une promptitude et une vélocité très grandes vers l'endroit d'où elle serait venue; ainsi il arrivait à ces ennemis présomptueux qui rétrogradaient de la vue de la Très Sainte Marie avec plus de fureur contre eux-mêmes qu'ils en avaient contre Elle. Ils multiplièrent leurs mugissements et leurs lamentations désespérées; et confessant par force plusieurs vérités ils disaient: «O malheureux que nous sommes à la vue de la félicité de la nature humaine! A quelle excellence et quelle dignité si grande est-elle monté dans cette pure Créature! Que les hommes seraient ingrats et insensés s'ils ne profitaient point des Biens qu'ils reçoivent dans cette Fille d'Adam! Elle est leur remède et notre destruction. Son Fils est magnifique avec Elle mais Elle n'en est point déméritante. Cruel fléau pour nous qui nous oblige à confesser ces vérités. Oh! si Dieu nous cachait cette Femme dont la vue ajoute ainsi tant de tourments à notre envie! Comment la vaincrons-nous si sa vue seule est pour nous insupportable. Mais consolons-nous de ce que les hommes perdront tout ce que leur gagne cette Femme et de ce qu'ils la mépriseront follement. En eux nous vengerons nos torts et nous exécuterons notre courroux, nous les remplirons d'illusions et d'erreurs, parce que s'ils considèrent cet Exemple, tous se prévaudront de cette Femme et ils suivront ses Vertus. Mais cela ne suffit pas pour ma consolation,» ajoute Lucifer, «car seulement de Celle-ci Sa Mère, Dieu Se laissera obliger, plus que ne Le désobligent les péchés de ceux que nous pervertissons; et quand cela ne serait pas ainsi, ma condition ne souffre pas que la nature humaine soit si élevée en une pure Créature et une faible Femme. Ce tort est insupportable; retournons la persécuter, ranimons notre envie et notre fureur pour affronter l'acerbité de la peine de nous approcher d'Elle: et quoique nous la souffrions tous, que notre orgueil ne se décourage pas, car il sera possible de remporter quelques triomphes sur cette Ennemie.»

8, 6, 485. La Très Sainte Marie connaissait toutes ces furieuses menaces et Elle les entendait; mais Elle les méprisait toutes comme Reine des Vertus et sans changer d'air Elle se recueillit à cette occasion à son oratoire, pour conférer seule avec sa très sublime prudence sur les Mystères du Seigneur dans cette bataille avec le dragon, et sur les affaires ardues dans lesquelles l'Église se trouvait occupée sur ce qu'elle devait mettre fin à la circoncision et aux cérémonies de l'ancienne Loi. Pour tout cela la Reine des Anges travailla quelques jours, s'occupant très retirée en de continuels exercices, oraisons, prières, larmes et protestations. Et pour ce qui la regardait Elle demandait au Seigneur d'étendre le Bras de Sa Toute-Puissance contre Lucifer et de lui donner la victoire contre lui et ses démons. Quoique la grande Souveraine sût qu'Elle avait le Très-Haut de son côté et qu'Il ne la laisserait point dans la tribulation, Elle ne cessait point dans ses prières; bien au contraire Elle opérait de sa part comme si elle eût été la plus fragile des créatures dans le temps de la tentation, pour nous enseigner ce que nous devons y faire, nous qui sommes si sujets à y tomber et à être vaincus. Elle demanda pour la Sainte Église au Seigneur d'asseoir la Loi Évangélique, pure, nette et sans rouille, libre des anciennes cérémonies.

8, 6, 486. La Très Sainte Marie fit cette prière avec une ferveur très ardente; parce qu'Elle connut que Lucifer et tout l'enfer prétendaient, par le moyen des Juifs, conserver la loi de la circoncision avec le Baptême, et les rites de Moïse avec la Vérité de l'Évangile, et avec cette erreur plusieurs Juifs auraient été opiniâtres dans leur vieille Loi pendant les siècles futurs de l'Église. Et l'un des fruits et des triomphes que notre grande Reine obtint dans ce combat qu'Elle eut avec le dragon fut qu'aussitôt on commençât à prohiber la circoncision dans le Concile que je dirai ensuite, et que pour l'avenir on séparât le Grain Pur de la Vérité Évangélique de toutes les pailles et les arètes sèches et sans fruit des cérémonies mosaïque dans le cours des siècles comme le fait aujourd'hui notre Mère l'Église. La Bienheureuse Mère disposait tout cela avec ses mérites et ses oraisons pendant que saint Paul et saint Barnabé arrivaient à Jérusalem, car Elle savait déjà qu'ils venaient d'Antioche envoyés par les fidèles pour résoudre avec saint Pierre et les autres les questions que les Juifs avaient excitées sur cela, comme le raconte saint Luc dans le chapitre 15 des Actes des Apôtres (Act. 15: 2).

8, 6, 487. Saint Paul et saint Barnabé arrivèrent, sachant que déjà la Reine du Ciel était à Jérusalem; et avec le désir que saint Paul avait de la voir, ils allèrent droit où Elle était, et ils se prosternèrent en sa présence avec d'abondantes larmes de la joie qu'ils éprouvèrent de sa vue. Celle que reçut la divine Mère des Apôtres ne fut pas moindre, car Elle les aimait dans le Seigneur avec une affection spéciale, parce qu'ils travaillaient à l'exaltation de Son Nom et à l'extension de la Foi. La Maîtresse des humbles désirait que les deux Apôtres se présentassent d'abord à saint Pierre et aux autres, et à Elle la dernière se jugeant la moindre entre les créatures. Mais ceux-ci ordonnèrent bien la vénération et la charité, discernant avec justesse qu'aucun ne devait être mis avant Celle qui était Mère de Dieu, Maîtresse de toutes les créatures et principe de tout notre bien. La grande Dame se prosterna aussi aux pieds de saint Paul et de saint Barnabé, leur baisa la main, et leur demanda la bénédiction. Saint Paul eut dans cette occasion une abstraction extatique merveilleuse dans laquelle lui furent révélés de nouveau de grands Mystères et de grandes prérogatives de cette Mystique Cité de Dieu, la Très Sainte Marie, et il la vit comme vêtue tout entière de la Divinité même.

8, 6, 488. Avec cette vision saint Paul demeura rempli d'admiration, d'amour et de vénération incomparables pour la Très Sainte Marie. Et revenant un peu à lui-même il lui dit: «Mère de Pitié et de Clémence, pardonnez à cet homme pécheur et vil d'avoir persécuté Votre Très Saint Fils mon Seigneur et Sa Sainte Église.» La Vierge-Mère répondit et lui dit: «Paul, serviteur du Très-Haut, si Le Même qui vous a élevé et racheté vous a appelé à Son Amitié et vous a fait vase d'élection (Act. 9: 15), comment moi Son Esclave manquerai-je de vous pardonner. Mon Âme Le magnifie et L'exalte, de ce qu'Il a voulu Se manifester si Puissant, si Saint et si libéral à votre égard.» Saint Paul rendit grâces à la divine Mère pour le Bienfait de sa conversion, et pour les faveurs qu'Elle lui avait faites à ce sujet, le préservant de tant de dangers. Saint Barnabé fit aussi la même chose et de nouveau ils lui demandèrent sa protection et son Refuge; et la Très Sainte Marie leur promit tout.

8, 6, 489. Sainte Pierre comme Chef de l'Église avait appelé les Apôtres et les disciples qui étaient près de Jérusalem et il les réunit un jour avec ceux qui y étaient, en présence de la grande Souveraine du Monde, interposant pour cela l'autorité de Vicaire de Jésus-Christ afin que la prudente Vierge ne se retirât point de l'assemblée par sa profonde humilité [c]. Étant tous ensemble saint Pierre leur parla et leur dit: «Mes Frères et mes Fils en Notre-Seigneur Jésus-Christ, il a été nécessaire de nous réunir tous pour résoudre les doutes et les affaires dont nos très chers Frères Paul et Barnabé nous ont informé et d'autres choses qui touchent à l'accroissement de la sainte Foi. Pour cela il convient que l'oraison précède pour demander que l'Esprit-Saint nous assiste, et nous y persévérerons dix jours comme nous avons coutume. Le premier et le dernier jour nous célébrerons le Saint Sacrifice de la Messe, avec lequel nous préparerons nos coeurs pour recevoir la divine Lumière.» Tous approuvèrent ce moyen. Et pour célébrer la première Messe le lendemain, la Reine prépara la salle du Cénacle, la nettoyant et l'ornant décemment de ses mains, et Elle prépara tout le nécessaire pour communier à ces Messes, Elle, les autres Apôtres et les disciples. Saint Pierre célébra seul gardant en ces Messes les mêmes rites ou cérémonies que dans les autres que j'ai déjà dites [d].

8, 6, 490. Les autres Apôtres et les disciples communièrent de la main de saint Pierre et après tous, la Très Sainte Marie qui prenait toujours la dernière place. Au moment de la consécration, plusieurs Anges descendirent à la vue de tous au Cénacle, qui fut rempli d'une splendeur et d'une odeur admirable avec des Effets divins que le Seigneur communiqua à leurs âmes. La première Messe étant dite, ils destinèrent les heures auxquelles ils devaient persévérer dans l'oraison étant tous ensemble réunis, sans qu'ils manquassent au ministère des âmes en ce qui serait nécessaire pour revenir aussitôt à leur oraison. La grande Reine se retira en un endroit où Elle demeura seule sans se mouvoir, ni manger, ni parler durant ces dix jours. Pendant ce temps il arriva tant de secrets et de mystères occultes à la Maîtresse du Monde que ce fut un sujet de nouvelle admiration pour les Anges et ce qui m'en a été manifesté est ineffable pour moi. J'en dirai brièvement quelque chose si je puis, car tout ne sera pas possible. Après avoir communié à la première Messe de ces dix jours la divine Mère se recueillit seule, comme je l'ai dit, et ensuite par le commandement du Seigneur, ses Anges qui étaient là l'élevèrent pour la porter en corps et en âme au Ciel empirée [e], un Ange restant à sa place avec sa figure, afin que dans le Cénacle les Apôtres qui y étaient ne s'aperçussent point qu'Elle manquait. Ils la portèrent avec la grandeur et la majesté que j'ai dites dans d'autres occasions [f] et en celle-ci ce fut quelque chose de plus, vu l'intention du Seigneur qui l'ordonnait. Lorsque Sa Très Sainte Mère arriva à la région de l'air, très élevé de la terre, le Seigneur tout-puissant commanda que Lucifer avec tous ses démons de l'enfer vinssent en la présence de la Reine du Ciel dans cette même région où Elle était. A l'instant ils parurent tous, et se présentèrent devant Elle qui les vit et les connut tels qu'ils sont et aussi l'état où ils se trouvent. Cette vue lui aurait été de quelque peine, parce qu'ils sont abominables et offensifs; mais Elle était fortifiée par la Vertu divine, afin qu'Elle ne fût pas offensée de cette vision de créatures si laides et si exécrables. Il n'en arriva pas ainsi aux démons, parce que le Seigneur leur donna à connaître d'une manière particulière et par espèces, la grandeur et la supériorité qu'avait sur eux cette Femme qu'ils poursuivaient comme ennemie, et que c'était une folle audace ce qu'ils avaient présumé et intenté contre Elle. Et outre cela ils connurent, pour une plus grande terreur, qu'Elle avait dans son Coeur le Christ Sacramenté, et que toute la Divinité la tenait comme enfermée sous la protection de Sa Toute-Puissance; afin que par la participation de Ses divins Attributs, Elle les détruisît, les humiliât et les écrasât.

8, 6, 491. Les démons entendirent ensemble avec cela une Voix qu'ils connurent sortir de l'Être même de Dieu qui disait: «Avec ce bouclier de Mon Bras puissant si Invincible et si Fort je défendrai toujours Mon Église, et cette Femme écrasera la tête de l'antique serpent (Gen. 3: 15) et triomphera toujours de son orgueil altier pour la gloire de Mon Saint Nom.» La douleur, l'oppression et le désespoir qu'ils éprouvèrent furent tels qu'ils dirent avec de grands cris: «Que le Pouvoir de Dieu nous précipite immédiatement en enfer, et qu'Il ne nous tienne pas en présence de cette Femme qui nous tourmente plus que le feu. O Femme invincible et forte, éloigne-toi de nous, puisque nous ne pouvons fuir de ta présence, où nous tient attachés la chaîne de la Puissance infinie. Pourquoi toi aussi nous tourmentes-tu (Matt. 8: 29) avant le temps? Toi seule dans la nature humaine es l'Instrument de la Toute-Puissance contre nous; et par toi les hommes peuvent conquérir les Biens Éternels que nous avons perdus. Et lorsque nous n'espérons pas voir Dieu éternellement, ta vue, qui pour nous est un châtiment et un tourment parce que nous t'abhorrons, sera pour eux la récompense pour les bonnes oeuvres qu'ils doivent à leur Dieu et Rédempteur. Laisse-nous, Seigneur et Dieu Tout-Puissant, que s'achève désormais ce nouveau tourment dans lequel Tu nous renouvelles celui qui nous vint quand Tu nous précipitas du Ciel; puisqu'ici Tu exécutes les menaces que Tu nous fis là par cette Merveille de Ton Bras puissant.»

8, 6, 492. Avec ces désespoirs lamentables et d'autres les démons furent détenus pendant un grand espace de temps en présence de l'invincible Reine, et quoiqu'ils fussent des efforts pour fuir et se retirer, cela ne leur fut pas accordé aussitôt que leur fureur le désirait. Et afin que la terreur que la Très Sainte Marie leur causait leur fût plus notoire et leur demeurât plus imprimée, le même Seigneur ordonna qu'Elle le leur permît avec une autorité de Reine et d'Impératrice; et c'est ce qu'Elle fit. A l'instant ils se précipitèrent tous de la région de l'air jusqu'au profond de l'abîme avec toute la vélocité que leurs puissances avaient pour se mouvoir, et jetant d'épouvantables hurlements ils troublèrent tous les damnés, leur causant de nouvelles peines, confessant en leur présence la Puissance de Dieu et de Sa Mère, quoiqu'ils la connussent déjà à leur désespoir, et qu'ils éprouvassent des peines très violentes de ne pouvoir le nier. Par ce triomphe la sérénissime Impératrice poursuivit son chemin jusqu'au Ciel empiré, où Elle fut reçue avec une admirable et nouvelle jubilation de ses courtisans, et Elle y demeura vingt-quatre heures.

8, 6, 493. Elle se prosterna devant le souverain trône de la Bienheureuse Trinité, et Elle adora Dieu dans l'unité d'une Nature et d'une Majesté indivisée. Ensuite Elle pria pour l'Église, afin que les Apôtres entendissent et déterminassent ce qui convenait pour établir la Loi Évangélique et la fin de la Loi de Moïse. A ces demandes Elle entendit une Voix du trône dans laquelle les trois Personnes divines, chacune en particulier et par Son ordre, lui promettait d'assister les Apôtres et les disciples, afin qu'ils déclarassent et établissent la Vérité divine, le Père Éternel gouvernant par Sa Toute-Puissance, le Fils par Sa Sagesse et comme Chef, et l'Esprit-Saint comme Époux avec Son Amour et l'illustration de Ses Dons. Ensuite la divine Mère vit que l'Humanité très Sainte de son Fils présentait au Père les oraisons et les prières qu'Elle-même avait faites pour l'Église, et les approuvant toutes, Elle demandait ou proposait les raisons pour lesquelles il était dû qu'elles s'accomplissent ainsi, afin que la foi de l'Évangile et toute sa sainte Loi fussent plantées dans le monde conformément à la détermination éternelle de l'Entendement et de la Volonté de Dieu.

8, 6, 494. Et ensuite, en exécution de cette Volonté et de cette proposition de notre Sauveur Jésus-Christ la grande Reine vit que de la Divinité et de l'Être Immuable de Dieu il sortit une forme de Temple ou d'Église, très pure, très belle et très resplendissante, comme si elle eût été fabriquée d'un diamant ou d'un cristal très clair, ornée de plusieurs émaux et reliefs qui la rendaient plus belle et plus précieuse. Les Anges et les Saints la virent et dirent avec admiration: «Seigneur, Vous êtes Puissant et trois fois Saint (Apoc. 4: Cool dans Vos Oeuvres.» La Bienheureuse Trinité livra cette Église ou ce Temple à l'Humanité très Sainte du Christ, et Sa Majesté l'unit avec Lui-même d'une manière admirable que je ne puis expliquer par des termes propres. Et ensuite le Fils la livra aux mains de Sa Très Sainte Mère. Au moment où Marie reçut l'Église Elle fut remplie d'une nouvelle splendeur qui l'absorba toute en Elle-même et Elle vit la Divinité intuitivement et clairement avec une Vision Béatifique très éminente.

8, 6, 495. La grande Reine demeura plusieurs heures dans cette joie, véritablement introduite par le suprême Roi dans le cellier et dans l'officine du vin aromatique (Cant. 8: 2) qu'il dit dans les Cantiques. Et comme ce qu'Elle reçut et ce qui lui arriva là excède toute pensée et toute capacité, il me suffit de dire que la Charité fut de nouveau ordonnée (Cant. 2: 4) en Elle, afin qu'Elle l'exerçât dans la Sainte Église qui lui était livrée sous ce symbole. Avec ces faveurs les Anges la ramenèrent au Cénacle, portant toujours dans leurs mains ce Temple mystérieux qu'Elle avait reçu de son Très Saint Fils. Elle demeura en oraison les neuf jours suivants sans se mouvoir ni interrompre les actes dans lesquels la laissa la Vision Béatifique, et ces actes ne peuvent venir en pensée humaine ni les paroles ne peuvent les manifester. Entre autres choses qu'Elle fit, l'une fut de distribuer les Trésors de la Rédemption parmi les enfants de cette Église, commençant par les Apôtres, et parcourant les temps futurs, Elle les appliquait à divers justes et saints selon les secrets cachés de la prédestination éternelle. Et parce que l'exécution de ces Décrets fut commise à la Très Sainte Marie par Son Très Pur Fils, Il Lui donna le domaine de toute l'Église et l'usage de la dispensation de la grâce que chacun obtiendrait des mérites de la Rédemption. Dans un Mystère si élevé et si caché je ne peux donner à entendre davantage.

8, 6, 496. Le dernier des dix jours saint Pierre célébra une autre Messe et les mêmes personnes que la première fois y communièrent. Ensuite étant tous réunis, au Nom du Seigneur ils invoquèrent l'Esprit-Saint, et ils commencèrent à conférer et à définir les doutes qui se présentaient dans la Saint Église. Saint Pierre comme Chef et Pontife parla le premier, ensuite saint Paul et saint Barnabé, et après eux Jacques le Mineur, comme le rapporte saint Luc dans le Chapitre 15 des actes (Act. 15: 7). La première chose qui fut déterminée dans ce Concile fut que l'on imposerait pas aux baptisés la présente loi de la circoncision et de la Loi Mosaïque, puisque désormais le Salut Éternel était donné par le Baptême et la Foi de Jésus-Christ. Et quoique ce soit ce que rapporte principalement saint Luc, néanmoins il s'y détermina aussi d'autres choses qui touchaient au gouvernement et aux cérémonies ecclésiastiques, pour arrêter quelques abus que certains fidèles commençaient à introduire avec une dévotion indiscrète. Ce Concile est jugé le premier des Apôtres, nonobstant qu'ils se réunirent aussi pour ordonner le Credo et d'autres choses, comme je l'ai dit plus haut. Mais pour le Credo les douze Apôtres seuls concoururent [g], et dans cette assemblé furent convoqués les disciples qui purent y prendre part; et les cérémonies de conférer et de déterminer furent différentes et en forme propre de détermination comme il appert par celle que rapporte saint Luc: «Il a semblé bon à l'Esprit-Saint et à nous réunis, etc. (Act. 15: 28).

8, 6, 497. Ce Concile fut écrit aux fidèles et aux Églises d'Antioche, de Syrie, de Silicie, selon cette forme et ces paroles, ainsi que ce qui y avait été déterminé; et ils remirent les lettres aux mains de saint Paul, saint Barnabé et d'autres disciples. Et le Seigneur voulant approuver cette définition, il arriva que dans le Cénacle quand les Apôtres la firent, et à Antioche quand ils lurent les lettres en présence de l'Église, l'Esprit-Saint descendit en forme de Feu visible, avec lequel tous les fidèles demeurèrent consolés et confirmés dans la Vérité Catholique. La Très Sainte Marie rendit grâce au Seigneur pour le Bienfait que la Sainte Église avait reçue par cette détermination. Ensuite Elle prit congé de saint Paul et de saint Barnabé ainsi que des autres, et pour leur consolation Elle leur donna une partie des vêtements de Jésus-Christ notre Sauveur qu'Elle avait, et des reliques de la Passion; puis leur promettant sa protection et ses prières Elle les renvoya remplis de consolation, d'un esprit nouveau et de courage pour les travaux qui les attendaient. Pendant tous les jours que se tint ce Concile, ni le prince des ténèbres, ni ses ministres ne purent approcher du Cénacle, à cause de la crainte que la Très Sainte Marie leur avait imposée; et quoiqu'ils se tinssent au loin pour l'épier, néanmoins ils ne purent rien contre ceux qui y étaient réunis. Heureux siècle et heureuse Congrégation!

8, 6, 498. Mais comme il rôdait toujours autour de la grande Reine, rugissant contre Elle comme un lion, voyant que par lui-même il n'obtenait rien, il chercha à Jérusalem des femmes magiciennes avec lesquelles il avait un pacte exprès, et il leur persuada de lui ôter la vie par maléfices. Ces malheureuses femmes trompées l'intentèrent par divers moyens; mais leurs sortilèges ne purent rien opérer. Et dans ce dessin elles se mirent plusieurs fois en présence de la grande Souveraine, mais elles demeurèrent muettes et comme mortes. La pitié sans mesure de la Très Douce Mère travailla beaucoup pour les convertir et les détromper par les paroles et les bienfaits qu'Elle leur fit; mais une seule de ces quatre dont le démon se servit pour cela se convertit et reçut le Baptême. Comme toutes ces tentatives ne réussissaient à rien à Lucifer, l'astucieux dragon était si troublé et si confus, que plusieurs fois il eut abandonné de tenter la Très Sainte Marie; mais il ne pouvait en finir avec son irréparable orgueil, et le Seigneur tout-puissant donnait lieu à cela, afin que le triomphe et les victoires de Sa Mère fussent plus glorieuses, comme nous le verrons dans le chapitre suivant.

DOCTRINE QUE ME DONNA LA REINE DES ANGES
LA TRÈS SAINTE MARIE.

8, 6, 499. Ma fille, dans la constance et la force invincible avec lesquelles je vainquis la dure envie des démons, tu as l'un des documents les plus importants pour persévérer dans la grâce et acquérir de grandes couronnes. La nature humaine et l'angélique qui est aussi dans les démons, ont des conditions très opposées et inégales; parce que la nature spirituelle est infatigable, et celle des mortels est fragile et si fatigable qu'aussitôt elle se lasse et elle défaille dans ses opérations, et si elle trouve quelque difficulté dans la vertu elle se décourage et abandonne ce qu'elle a commencé: ce qu'un jour elle fait avec goût, l'autre jour elle le trouve ennuyeux; ce qui aujourd'hui lui paraît facile, demain elle le trouvera difficile; tantôt elle veut, tantôt elle ne veut pas; tantôt elle est fervente, tantôt elle est tiède. Mais le démon ne se donne jamais pour las ni fatigué en la poursuivant et en la tentant. Néanmoins dans cette Providence le Très-Haut n'est pas en défaut: Il limite et retient les démons par Son Pouvoir afin qu'ils ne passent point la ligne de la permission divine, ni qu'ils mettent en oeuvre toutes leurs forces infatigables à poursuivre les âmes; Il aide les hommes dans leur faiblesse, et Il leur donne grâce et vertu afin qu'ils puissent résister à leurs ennemis et les vaincre chacun dans leur sphère, et tout le temps que les démons ont permission de les tenter.

8, 6, 500. Ainsi demeure inexcusable l'inconstance des âmes qui défaillent dans la vertu et la tentation, ne voulant pas souffrir avec force et patience la courte amertume qu'ils trouvent présentement à opérer le bien et à résister au démon. L'inclination des passions qui cherchent le plaisir présent et sensible se met immédiatement de travers, et le démon le leur représente fortement, et avec une astuce diabolique il leur exagère l'ennui et la difficulté de la mortification, et s'il peut il la leur fait voir comme dangereuse à la santé et à la vie. Avec ces tromperies il renverse d'innombrables âmes, jusqu'à les précipiter d'un abîme dans un autre. Et tu verras, ma fille, en cela une erreur très ordinaire parmi les mondains, mais très horribles aux yeux du débiles, inconstants et faibles pour faire une oeuvre de vertu et de mortification ou de pénitence pour leurs péchés, au service de Dieu; et ceux-là mêmes qui pour le bien sont faibles, sont forts pour pécher, et dans le service du démon ils sont constants, ils entreprennent et font en cela des oeuvres plus ardues et plus laborieuses que toutes celles que leur commande la Loi de Dieu; de manière que pour sauver leurs âmes ils sont faibles et sans forces et pour gagner leur damnation éternelle ils sont forts et robustes.

8, 6, 501. Ce dommage a coutume d'arriver en partie à ceux qui professent la vie parfaite; ils écoutent leurs souffrances plus qu'il n'est convenable, et avec cette erreur, ou ils se retardent beaucoup dans la perfection, ou le démon remporte plusieurs victoires de leurs tentations. Afin que toi, ma fille, tu ne tombes point dans ces dangers, il te servira d'avertissement de prêter attention à la force et à la constance avec lesquelles je résistait à Lucifer et à tout l'enfer, et la supériorité avec laquelle je méprisais ses fausses illusions et ses tentations sans trouble et sans y faire attention, car c'est le meilleur moyen de vaincre son orgueil altier. Je ne fus pas non plus négligente à opérer à cause des tentations, ni à omettre mes exercices, au contraire je les augmentai avec plus d'oraisons, de prières et de larmes, comme on doit faire dans le temps des combats contre ces ennemis. C'est ce que Je t'avertis de pratiquer avec dévouement; parce que tes tentations ne sont pas ordinaires mais elles ont une malice et une astuce souveraines, comme je te l'ai manifesté plusieurs fois et l'expérience te l'enseigne.

8, 6, 502. Et comme tu as beaucoup songé à la terreur qu'éprouvèrent les démons de connaître que j'avais dans mon Coeur mon Très Saint Fils Sacramenté, je veux t'avertir de deux choses. L'une est que pour détruire l'enfer et imposer de la crainte à tous les démons, tous les Sacrements sont dans la Sainte Église des armes puissantes, et au-dessus de tous celui de la Sainte Eucharistie. Ce fut l'une des fins cachées que mon Très Saint Fils eut dans l'institution de cet Auguste Mystère et des autres. Et si les âmes ne sentent point aujourd'hui cette Vertu et ces Effets avec une expérience ordinaire, cela arrive parce qu'avec la routine de recevoir ces Sacrements sans disposition elles ont perdu beaucoup la vénération et l'estime avec lesquelles on doit les traiter et les recevoir. Mais les âmes qui les fréquentent avec révérence et dévotion ne doutent point qu'elles sont formidables aux démons et qu'elles ont sur eux un grand et puissant empire de manière que tu l'as connu de moi en ce que tu as écrit. La raison de cela est que lorsque l'âme est pure, ce Feu divin est en elle comme dans sa sphère naturelle; en moi il fut avec toute l'activité qui était possible en une pure Créature et c'est pour cela que je fus si terrible à l'enfer.

8, 6, 503. La seconde, en preuve de cette vérité que je te dis, est que ce Bienfait que je reçus ne se termina point en moi seule; parce que Dieu l'a fait respectivement à d'autres âmes. Et en ces temps il est arrivé dans l'Église, que Dieu, pour vaincre le dragon infernal, lui manifesta et mit devant lui une âme avec Jésus-Christ Sacramenté dans sa poitrine, et avec cela il l'humilia et le ruina de telle manière que pendant plusieurs jours Lucifer n'osa point se mettre en présence de cette âme, et il demanda au Tout-Puissant de ne la lui point manifester dans cet état avec la Communion dans son coeur. En cette occasion il arriva que le même Lucifer, avec l'intervention de quelques hérétiques et d'autres mauvais Chrétiens, intenta un très grave dommage contre ce royaume Catholique d'Espagne; et si Dieu ne l'eût point arrêté par le moyen de cette même personne, déjà l'Espagne serait aujourd'hui perdue de toute manière et au pouvoir de ses ennemis. Mais la divine Clémence se servit pour l'arrêter de la personne que je te dis, la manifestant au démon et à ses ministres, après qu'elle avait communiée. Et avec la terreur qu'il leur causa, ceux-ci se désistèrent de la méchanceté qu'ils avaient inventée pour en finir une bonne fois avec l'Espagne. Je ne te déclare pas qui est cette personne, parce que cela n'est pas nécessaire; je t'ai fait connaître ce secret seulement afin que tu comprennes l'estime que Dieu fait d'une âme qui se dispose à mériter Ses faveurs et qui Le reçoit dignement dans le Saint Sacrement; et ce n'est pas avec moi seule, à cause de la dignité et de la sainteté de Mère qu'Il se montre libéral et puissant, mais aussi avec d'autres âmes Ses épouses Il veut être reconnu et glorifié, subvenant aux nécessités de Son Église selon que le temps et les occasions le demandent.

8, 6, 504. De là tu comprendras que les démons craignent beaucoup les âmes qui reçoivent dignement la Sainte Communion et d'autres Sacrements avec lesquels elles se rendent invincibles pour eux; et c'est pour cela même qu'ils travaillent tant contre ces âmes pour les renverser ou pour les empêcher de prendre contre eux une si grande puissance que celle que le Seigneur leur communique. Travaille donc contre des ennemis si astucieux et si infatigables et tâche de m'imiter dans cette force. Je veux aussi que tu aies en grande vénération les Conciles de la Sainte Église et toutes les assemblées qui se font en elle, ainsi que pour ce que l'on y ordonne et détermine; parce que l'Esprit-Saint assiste aux Conciles et aux assemblées qui se réunissent (Matt. 18: 20) au Nom du Seigneur, et c'est une de Ses promesses qu'Il sera aussi avec eux. Pour cela on doit obéir à ce qu'elles ordonnent et à ce qu'elles commandent. Et quoique l'on ne voie pas aujourd'hui de signes visibles de l'assistance de l'Esprit-Saint dans les Conciles il ne laisse pas pour cela de les gouverner secrètement, et les prodiges et les miracles ne sont pas maintenant si nécessaires en cela que dans les commencements de l'Église, et ceux qui sont nécessaires Il ne les refuse pas non plus. Pour tous ces Bienfaits, bénis et loue Sa piété et Sa Miséricorde libérale, et surtout pour ceux qu'il fit envers moi lorsque je vivais en chair mortelle.

NOTES EXPLICATIVES

Extraites de celles de Don Creseto, à l'usage des prêtres.

8, 6, [a]. Il n'est pas croyable que la Très Sainte Vierge tant qu'Elle vécut sur la terre, n'ait pas eu une très spéciale dévotion pour les Lieux Saints, et qu'Elle n'ait pas pris un grand plaisir à y fouler de nouveau les traces de son très aimé Fils. S'il n'en avait pas été ainsi, il conviendrait de dire que l'affection des Chrétiens envers Jésus-Christ, eux qui visitent avec tant de transports les Saints Lieux, aurait été plus grande que l'affection de Sa Très Sainte Mère, ce qui serait une très grave injure et une hérésie. C'est pourquoi la visite à ces Lieux Sacrés dont parle ici la Vénérable est pleinement vraisemblable; et même Elle se trouve confirmée par la tradition; car saint Jérôme qui plus que tout autre examina les
Saints Lieux et qui consulta les traditions qui s'y rapportent, atteste justement que la Très Sainte Vierge, tant qu'Elle vécut se faisait une joie de visiter très souvent ces Lieux sanctifiés par les Mystères de son divin Fils.

8, 6, [b]. Il est certain par la Sainte Écriture que Jésus-Christ apparut plusieurs fois à ses Saints sur la terre après Son Ascension, comme à saint Étienne, à saint Paul, à Ananie [Actes 7 et 9]. Combien plus doit-on admettre qu'Il apparut à Sa Très Sainte Mère et bien plus souvent qu'à tout autre Saint ou Sainte. Et saint Thomas en donne la raison [III P. q. 27, a. 1]: «On croit raisonnablement que Celle qui engendra le Fils Unique du Père plein de grâce et de vérité, reçut de plus grands privilèges de grâces que tous les autres.»

8, 6, [c]. Que la Très Sainte Marie ait assisté à ce Concile des Apôtres c'est une chose validement prouvée par le docte bénédictin Georges Sedlmayr dans sa Scholastica Mariana, [P. IV, Sess. I, Ar. 3]. Lucius Dexter écrit «Le Collège des Apôtres ne faisait rien de grave sans le conseil de la Vierge.» [Ap. Mign. .Sum. Aurea tom. VIII, a princ.].
8, 6, [d]. Livre 7, Nos. 112, 217, 227.
8, 6, [e]. Si cela fut accordé à saint Paul [2 Cor. 12] pourquoi non à la Très Sainte Mère de Dieu. Saint Bernard dit: [Serm. 2 de Virg.] «On doit croire que Jésus-Christ éleva souvent Sa Mère à la montagne de la myrrhe et à la colline de l'encens, qu'Il la cacha dans Son cellier à vin et qu'Il lui révéla Sa gloire déifique et supracéleste.» Sont du même sentiment tous les Saints et les Docteurs qui tiennent que la Très Sainte Marie fut admise plusieurs fois à la vision intuitive se trouvant encore en vie.
8, 6, [f]. Livre 8, No. 399.
8, 6, [g]. Livre 7, No. 215.
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Combat avec l'Archange Michel

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Message par sga Ven 11 Sep 2020 - 13:56

CHAPITRE 7


La Très Sainte Marie conclut les combats, triomphant glorieusement des démons, comme il est contenu dans saint Jean au chapitre 12 de son Apocalypse.


8, 7, 505. Pour mieux comprendre les mystères cachés de ce chapitre il est nécessaire de supposer ceux que j'ai écrits dans la première partie, livre premier, depuis le chapitre 8 jusqu'au 10, ou par ces trois chapitres j'ai déclaré le chapitre 12 de l'Apocalypse, comme il m'a été donné là à l'entendre. Et non seulement alors, mais dans le cours de toute cette divine Histoire [a], j'ai remis à cette troisième partie pour manifester en son propre lieu les combats que la Très Sainte Marie soutint contre Lucifer et ses démons, les triomphes qu'Elle remporta sur eux et l'état dans lequel le Très-Haut la laissa pour le temps qu'Elle vécut en chair mortelle après ces victoires mystérieuses. L'Évangéliste saint Jean eut connaissance de tous ces secrets vénérables et il les écrivit dans son Apocalypse, comme je l'ai dit d'autres fois, particulièrement dans le chapitre 12 et dans le 21, dont je répète les explications dans cette Histoire, y étant forcée pour deux raisons.

8, 7, 506. L'une parce que ces secrets sont si nombreux, si grandioses et si élevés, que personne ne peut les pénétrer ni les manifester adéquatement, et surtout parce que l'Évangéliste les renferma, comme sacrement intime du Roi et de la Reine, en tant d'énigmes et de métaphores si obscures, afin que le Seigneur seul pût les déclarer dans le temps et la manière conforme à Sa divine Volonté; car la Très Sainte Marie le commanda ainsi à l'Évangéliste. La seconde raison est parce que, bien que la rébellion et l'orgueil de Lucifer consistassent à s'élever contre la Volonté et les ordres du Dieu Très-Haut et Tout-Puissant, néanmoins la matière principale sur laquelle tomba cette résistance obstinée fut Notre-Seigneur Jésus-Christ et Sa Très Sainte Mère, à la dignité et à l'excellence desquels les Anges apostats et rebelles ne voulurent point s'assujettir. Et bien que pour une telle résistance arrivât le premier combat que les démons eurent entre saint Michel et ses Anges dans le Ciel; toutefois ils ne purent l'avoir alors avec le Verbe Incarné et Sa Mère-Vierge en personne, mais seulement dans ce signe ou représentation de la mystérieuse Femme qui leur fut proposée et manifestée dans le Ciel, avec les Mystères renfermés en Elle comme Mère du Verbe Éternel qui prendrait en Elle forme humaine. Et lorsqu'arriva le temps où s'exécutèrent ces admirables sacrements et que le Verbe S'Incarna dans le sein Virginal de Marie, il fut convenable que ce combat fût renouvelé entre les démons et Jésus-Christ et Sa Mère dans leurs personnes, et qu'ils triomphassent par eux-mêmes des démons comme le Seigneur même les avait menacés, tant dans le Ciel qu'ensuite dans le Paradis, qu'Il mettrait des inimitiés entre la femme et le serpent (3: 15), et entre la semence de la Femme et la sienne afin qu'Elle lui écrasât la tête.

8, 7, 507. Tout cela s'accomplit à la lettre en Jésus-Christ et en Marie; parce que saint Paul dit de notre grand Pontife et Sauveur, qu'Il fut tenté (Héb. 4: 15) en toute chose par similitude et en exemple, mais sans péché; et la même chose arriva à la Très Sainte Marie. Lucifer avait la permission de les tenter depuis qu'il était tombé du Ciel comme je l'ai dit dans le chapitre 10 de la première partie. Et parce que ces combats de la Très Sainte Marie correspondaient au premier qui se passa dans le Ciel, et qu'ils furent pour les démons l'exécution de la menace qu'ils eurent là avec le Signe qui la représentait, pour cela saint Jean les écrivit et les renferma sous les même paroles et les mêmes énigmes. Et j'ai déjà expliqué ce qui touche au premier combat, il est nécessaire de manifester ce qui se passa dans le second. Quoique Lucifer et ses démons dans cette première révolte fussent châtiés par la privation éternelle de la Vision Béatifique et précipités dans l'enfer, toutefois dans cette second bataille ils furent de nouveau châtiés par des peines accidentelles correspondantes aux désirs et aux efforts avec lesquels ils poursuivaient et tentaient la Très Sainte Marie. La raison de cela est qu'il est naturel aux puissances de la créature d'avoir de la délectation et du contentement quand elles obtiennent ce qu'elles désirent, selon la force avec laquelle elles le désiraient; et au contraire elles reçoivent de la douleur et de la peine avec le déplaisir qu'elles sentent lorsqu'elles ne l'obtiennent point ou qu'il leur arrive au rebours de ce qu'elles désiraient et espéraient; et les démons depuis leur chute n'avaient désiré aucune chose d'une manière plus véhémente que de renverser de la grâce Celle qui avait été donnée comme Médiatrice aux enfants d'Adam afin qu'ils obtinssent cette grâce. Pour cela, le tourment des dragons infernaux fut incomparable de se voir vaincus, assujettis et désespérés, ne pouvant obtenir ce qu'ils avaient machiné, espéré et souhaité pendant tant de siècles.

8, 7, 508. Pour les mêmes raisons et pour plusieurs autres ce triomphe cause une joie singulière à la divine Mère de voir l'antique serpent écrasé. Et pour terme du combat et principe du nouvel état qu'Elle devait avoir après ces victoires, son Très Saint Fils lui avait préparé de si grandes et si magnifiques faveurs qu'elles excèdent toute capacité humaine et angélique. Et moi pour expliquer quelque chose de ce qui m'a été donné de connaître, il est nécessaire que j'avertisse celui qui lira ceci, que nos termes et nos paroles, à cause de notre capacité et de nos puissances limitées, sont toujours les mêmes pour déclarer ces mystères et d'autres surnaturels, tant les plus hauts que ceux qui ne sont pas si distants de nous; mais dans l'objet dont je parle il y a une capacité ou une habitude infinie avec laquelle la Toute-Puissance de Dieu put l'élever d'un état qui nous paraît très sublime à un autre plus haut, et de celui-ci à un autre nouveau et meilleur, et la confirmer dans le même genre de grâces, de Dons et de faveur, parce qu'arrivant comme la Très Sainte Marie arriva à tout ce qui est, hors être Dieu, renferme une immense latitude, et fait pour Elle seule une hiérarchie plus grande et plus élevée que tout le reste des autres créatures humaines et angéliques.

8, 7, 509. Ayant donc averti de tout cela, je dirai le mieux qu'il me sera possible, ce qui arriva à Lucifer, jusqu'à ce qu'il fût définitivement vaincu par la Très Sainte Marie et par son Fils notre Sauveur. Le dragon et ses démons ne demeurèrent point du tout détrompés par les triomphes que j'ai rapportés dans le chapitre précédent, dans lesquels la grande Reine le lança et le précipita dans l'abîme depuis la région de l'air, ni par les maléfices qu'il intenta par ces femmes de Jérusalem quoique tout fût inutile. Bien au contraire, cet implacable ennemi présumant qu'il lui restait peu de temps de la permission qu'il avait de tenter et de persécuter la Très Sainte Marie, intenta de nouveau de compenser le court intervalle qu'il imaginait en ajoutant plus de force et de témérité contre Elle. Pour cela il chercha d'abord d'autres hommes plus grands sorciers qui étaient très versés dans l'art magique et les maléfices [b]; et leur donnant de nouvelles instructions, il les chargea d'ôter la vie à Celle qu'ils avaient pour ennemie. Ces malfaisants ministres l'intentèrent plusieurs fois par divers moyens de sorcellerie, de grande cruauté et de grande efficace. Mais aucun ne peut offenser ni peu ni beaucoup la santé ni la Vie de la Bienheureuse Mère; parce que les effets du péché n'avaient point de juridiction sur Celle qui n'y eut point de part et qui par d'autres titres était privilégiée et supérieure à toutes les causes naturelles. Le dragon voyant cela et ses intentions étant frustrées en ce point où il avait été si vigilant, châtia avec une cruauté impie les sorciers dont il s'était servi, le Seigneur le permettant et eux le méritant par leur témérité, afin qu'ils connussent quel maître ils servaient.

8, 7, 510. Lucifer s'irritant lui-même avec une nouvelle indignation, convoqua tous les princes des ténèbres, et leur pondérant beaucoup les raisons qu'ils avaient, depuis qu'ils avaient été rejetés du Ciel, d'employer toutes leurs forces et leur malice à renverser cette Femme leur ennemie, que désormais ils connaissaient être Celle qui leur avait été montrée là; ils en convinrent tous, et ils déterminèrent d'aller tous ensemble la prendre seule, présumant que dans cette occasion Elle serait moins prévenue ou non accompagnée de Celui qui la défendait. Ils profitèrent ensuite de la circonstance qui leur parut la plus opportune, et l'enfer se dépeuplant pour cette entreprise, ils l'assaillirent tous ensemble avec confusion, la Très Sainte Marie étant seule dans son oratoire. Le combat fut le plus grand qui se soit jamais vu et qui ne se verra jamais avec une pure Créature, depuis le premier combat dans le Ciel empirée jusqu'à la fin du monde; parce que celui-ci fut très semblable à celui-là. Et afin que l'on voie quelle devait être la fureur de Lucifer et de ses démons, on doit peser le tourment qu'ils éprouvèrent de s'approcher où était la Très Sainte Marie et de la regarder, tant à cause de la Vertu divine qu'ils sentaient en Elle qu'à cause du grand nombre de fois qu'Elle les avait vaincus et opprimés. L'indignation et l'envie des démons prévalurent contre cette douleur et cette peine; elle les obligèrent à continuer malgré le tourment qu'ils sentaient et à se mettre comme à travers les piques et les lances, afin d'exécuter leur vengeance contre la divine Souveraine; parce que l'acte de ne le point intenter était un plus grand tourment pour Lucifer que toute autre peine.

8, 7, 511. La première impétuosité de cet assaut s'attaqua principalement aux sens extérieurs de la Très Sainte Marie avec des bruits de hurlements, de cris, de terreurs et de confusion; et formant dans l'air par espèces un vacarme et un tremblement très épouvantable comme si toute la machine du monde allait être détruite; et pour causer une plus grande épouvante ils prirent diverses figures visibles, les unes de démons hideux, abominables, en différentes formes, d'autres d'Anges de Lumière; et entre les uns et les autres ils feignirent une rixe ou bataille ténébreuse et formidable, sans que l'on pût connaître la cause ni que l'on entendît plus que le bruit confus et très terrible. Cette tentation était pour causer de la
terreur et du trouble à cette invincible Reine. Et véritablement elle en eût donné une très grande à toute autre créature humaine, même sainte, si elle eût été laissée dans l'ordre commun de la grâce, et elle n'eût pas pu la supporter sans perdre la vie; parce que cette batterie dura douze heures entières.

8, 7, 512. Mais notre grande Reine fut immobile, tranquille et sereine au milieu de tout cela, et avec le même calme que si Elle n'avait rien vu ni entendu; Elle ne se troubla point ni ne s'altéra, ni ne changea d'air, ni Elle n'eut de tristesse ni aucun mouvement pour tout ce trouble infernal. Ensuite les démons dirigèrent d'autres tentations vers les puissances intérieurs de l'invincible Mère; et en ces tentations ils répandirent le fleuve de leurs venins diaboliques plus que je ne le peux dire, parce qu'ils mirent en oeuvre tout ce qu'ils purent faire par de fausses révélations, des lumières, des suggestions, des promesses et des menaces, sans laisser de vertu qu'ils n'aient tentée de tous les vices contraires, par tous les moyens et les manières que peut fabriquer l'astuce de tant de démons. Je ne m'arrête pas à particulariser ces tentations, parce qu'il n'est pas nécessaire ni convenable. Mais notre Reine et notre Maîtresse les vainquît si glorieusement qu'en toutes les matières des vices Elle fit des actes contraires et aussi héroïques que l'on peut imaginer, sachant qu'Elle opérait avec tout l'effort et la force de la grâce, des Vertus et des Dons qu'Elle avait dans l'état de sainteté dans lequel Elle se trouvait alors.

8, 7, 513. Elle pria en cette occasion pour tous ceux qui seraient tentés et affligés du démon, pendant qu'Elle expérimentait la force de sa malice et la nécessité du secours divin pour la vaincre. Le Seigneur lui accorda que tous ceux qui seraient affligés de tentations et qui l'invoqueraient alors, seraient défendus par son intercession. Les démons persévérèrent dans cette bataille jusqu'à ce qu'enfin ils n'eussent plus de nouvelle malice à essayer contre la très Pure entre les créatures. Et alors la justice cria de son côté afin que Dieu Se levât pour juger Sa cause, comme dit David (Ps. 73: 22), que Ses ennemis fussent dissipés (Ps. 67: 1), et que ceux qui L'abhorraient s'enfuissent de Sa Présence. Pour faire ce jugement le Verbe Incarné descendit du Ciel dans le Cénacle et à la retraite où était Sa Mère-Vierge, pour Elle comme Fils très doux et plein d'Amour, et pour les ennemis comme Juge très sévère sur un trône de majesté suprême. D'innombrable Anges l'accompagnaient et des saints Anciens, Adam et Ève avec plusieurs Patriarches et Prophètes, Saint Joachim et Sainte Anne; et tous se présentèrent et se manifestèrent à la Très Sainte Marie dans son oratoire.

8, 7, 514. L'Auguste Marie adora son Fils et son Dieu véritable prosternée en terre avec la vénération et le culte qu'Elle avait accoutumés. Les démons ne virent point le Seigneur, mais ils sentirent et connurent d'une autre manière Sa Présence réelle; et à cause de la terreur qu'Il leur causa ils essayèrent de fuir pour s'éloigner de là, car ils craignaient. Mais le Pouvoir divin les retint, les liant comme avec de fortes chaînes, de la manière que l'on doit entendre qu'il se peut faire avec les natures spirituelles; et le Seigneur mit l'extrémité de ces chaînes dans les mains de Sa Très Sainte Mère.

8, 7, 515. Il sortit ensuite une Voix du trône qui disait contre eux: «Aujourd'hui viendra sur vous l'indignation du Tout-Puissant et une Femme descendante d'Ève vous écrasera la tête et l'antique sentence qui fut fulminée dans les Hauteurs et ensuite dans le Paradis (Gen. 3: 15) s'exécutera; parce que désobéissants et orgueilleux vous avez méprisé l'Humanité du Verbe et Celle qui L'en revêtit dans son sein Virginal.» Ensuite la Très Sainte Marie fut élevée de la terre où Elle était par les mains des six Séraphins des plus sublimes qui assistent au trône royal; et l'ayant mise dans une nuée luisante ils la colloquèrent à côté du trône même de son Très Saint Fils. Et de son propre être et de sa divinité il sortit une splendeur ineffable et excessive qui l'entoura et la revêtit tout entière, comme si Elle eût été le globe même du soleil. La lune parut aussi sous ses pieds (Apoc, 12: 1) comme foulant toutes les choses inférieures, terrestres et variables que ses déclins manifestent. Ils lui mirent sur la tête un diadème ou couronne royale de douze étoiles, symbole des Perfections divines qui lui avaient été communiquées dans le degré possible à une pure Créature. Le fait d'être enceinte manifestait aussi le concept qu'Elle avait en soi de l'Être de Dieu et l'Amour qui y correspondait proportionnellement. Elle jetait des cris (Apoc. 12: 2) comme avec des douleurs d'enfantement de ce qu'Elle avait conçu, afin que toutes les créatures y participassent, et celles-ci y résistaient, bien qu'Elle désirât avec larmes et soupirs les engendrer tous à la grâce.

8, 7, 516. Ce signe si grand, comme ayant été fabriqué dans l'Entendement divin, fut proposé dans ce Ciel à Lucifer qui était en forme de dragon, grand et roux, avec sept têtes (Apoc. 12: 3) couronnées de sept diadèmes, et de dix cornes, manifestant en cette horrible figure qu'il était l'auteur de tous les sept péchés capitaux et qu'il voulait les couronner dans le monde par ses hérésies imaginées lesquelles se réduisent pour cela à sept diadèmes, et que par l'acuité et la force de son astuce et de sa méchanceté il avait détruit dans les mortels la divine Loi réduite aux Dix Commandements, s'armant de dix cornes contre eux. Il renversait aussi avec le cercle de sa queue la troisième partie des étoiles (Apoc. 12: 4) du Ciel, non seulement par les milliers d'Anges apostats qui de là le suivirent dans sa désobéissance, mais aussi parce qu'il a renversé du Ciel de cette Église plusieurs de ceux qui paraissaient s'élever au-dessus des étoiles, ou par leur dignité ou par leur sainteté.

8, 7, 517. Lucifer était avec cette figure si laide et si épouvantable, et ses démons persistaient dans ce combat avec d'autres figures différentes mais toutes effroyables, en présence de la Très Sainte Marie, qui était pour produire l'enfantement spirituel de l'Église, laquelle par cet enfantement devait être perpétuée et enrichie. Et le dragon attendait qu'Elle enfantât de fils pour le dévorer, détruisant la nouvelle Église s'il pouvait, à cause de l'envie démesurée avec laquelle il s'indignait et s'enrageait de ce que cette Femme fût si puissante pour établir l'Église et pour la remplir de tant d'enfants; et par ses mérites, son exemple et ses intercessions la féconder de tant de grâces et mener après Elle tant de prédestinées pour la Félicité Éternelle. Et nonobstant l'envie du dragon, Elle enfanta un fils qui devait gouverner toutes les nations avec une forte verge de fer. Ce fils fut l'esprit très droit et très fort de la même Église, et qui avec la Rectitude et la Puissance de Jésus-Christ notre Bien, dirige toutes les nations dans la Justice; et de même sont aussi tous les hommes apostoliques qui avec Lui doivent juger au jugement avec la verge de fer de la Justice divine. Tout cela fut l'enfantement de la Très Sainte Marie, non seulement parce qu'Elle enfanta le Christ même, mais aussi parce que par ses mérites et sa diligence Elle enfanta l'Église elle-même avec cette sainteté et cette rectitude, Elle la nourrit le temps qu'Elle vécut dans le monde, et maintenant et toujours Elle la conserve avec le même esprit viril dans lequel Elle naquit, quant à la rectitude de la Vérité Catholique et quant à la Doctrine, contre laquelle ne prévaudront point les portes de l'enfer (Matt. 16: 18).

8, 7, 518. Et saint Jean dit que (Apoc. 12: 5) ce fils fut élevé au trône de Dieu, et la Femme s'enfuit dans la solitude (Apoc. 12: 6) où Elle avait un lieu préparé, afin qu'Elle y fut alimentée mille deux cent soixante jours. Et cela signifie que tout l'enfantement légitime de cette Auguste Femme, tant dans la sainteté commune de l'esprit de l'Église, comme dans les âmes particulières qu'Elle engendra et qu'Elle engendre comme son propre enfantement spirituel, tout arrive au trône où est l'enfantement naturel qui est le Christ, en Qui et pour Qui Elle les engendre et les nourrit. Ensuite la solitude à laquelle fut élevée après cette bataille la Très Sainte Marie fut un état très haut et plein de mystères, dont je dirai quelque chose plus loin: et il s'appelle solitude parce qu'Elle y fut seule entre les créatures, et aucune autre ne put l'obtenir ni y arriver. Et là Elle fut seule de créature, comme nous le dirons; et plus seule pour le démon, qui plus que tous ignorait ce sacrement, et il ne put la tenter ni la persécuter davantage en sa personne. Et là le Seigneur l'alimenta mille deux cent soixante jours, qui furent ceux qu'Elle vécut dans cet état avant de passer à un autre.

8, 7, 519. Lucifer connut tout cela, et ce lui fut intimé avant que lui fut cachée cette divine Femme et ce signe vivant qu'il regardait avec ses démons. Par cette connaissance il perdit la confiance en laquelle son grand orgueil l'avait maintenu pendant plus de cinq mille ans, de vaincre Celle qui serait Mère du Verbe Incarné. Par là on comprendra quelque chose de ce que devait être le désespoir et le tourment de ce grand dragon et de ses démons, et surtout de se voir attachés et assujettis par la Femme qu'ils avaient désiré et tâché de renverser de la grâce avec tant de soin et de rage furieuse, voulant l'empêcher d'obtenir ses mérites et les fruits de l'Église. Le dragon forçait pour se retirer et il disait: «O Femme, donne-moi permission de me précipiter aux enfers, car je ne peux demeurer en Ta présence, ni je ne m'y mettrai plus, pendant que Tu vivras dans ce monde. Tu as vaincu, ô Femme, Tu as vaincu, et je Te connais pour Puissante dans la Vertu de Celui qui Te fit Sa Mère. Dieu Tout-Puissant, châtie-nous par Toi-même, car à Toi nous ne pouvons résister, mais que ce ne soit pas par l'instrument d'une Femme d'une nature si inférieure. Sa Charité nous consume, son humilité nous écrase, et en tout c'est une démonstration de Ta Miséricorde pour les hommes, et cela nous tourmente plus que beaucoup de peines. Or, sus! démons, aidez-moi; mais que pouvons-nous tous contre cette Femme, puisque nos forces n'arrivent point à nous retirer d'Elle, tant qu'Elle ne veut point nous précipiter de son intolérable présence? O insensés enfants d'Adam, pourquoi me
suivez-vous, moi, et laissez vous la Vie pour la mort, la Vérité pour le mensonge? Quel procédé insensé et absurde est le vôtre, ainsi je le confesse à mon désespoir, puisque vous avez de votre côté et en votre nature le Verbe Incarné et cette Femme! Votre ingratitude est plus grande que la mienne, et cette Femme m'oblige à confesser les Vérités que j'abhorre de tout mon coeur. Maudite soit la détermination que j'eus de persécuter cette Fille d'Adam qui me tourmente et m'écrase de la sorte.»

8, 7, 520. Pendant que le dragon confessait ses désespoirs, saint Michel, le Prince des armées célestes, se manifesta pour défendre la cause de la Très Sainte Marie et celle du Verbe Incarné, et avec les armes de leurs entendements s'engagea une autre bataille (Apoc. 12: 7) avec le dragon et ses sectateurs. Saint Michel et ses Anges contestèrent avec eux, les reprenant et les convainquant de l'antique orgueil et de la désobéissance qu'ils avaient commis dans le Ciel, et de la témérité avec laquelle ils avaient persécuté et tenté le Verbe Incarné et Sa Mère, en qui ils n'avaient point de part ni aucun droit, parce qu'ils n'avaient aucun péché, aucun artifice ni aucun défaut. Saint Michel justifia les Oeuvres de la Justice divine, les déclarant très droites, ne se trouvant point de raison de plainte d'avoir châtié la désobéissance de l'apostasie de Lucifer et de ses démons, et ils les anathématisèrent lui et ses Anges, leur intimèrent de nouveau la sentence de leur châtiment, et confessèrent le Tout-Puissant Saint et Juste en toute Ses Oeuvres. Le dragon et les siens défendaient aussi la rébellion et l'audace de leur orgueil, mais toutes leurs raisons étaient fausses, vaines et pleines de présomption et d'erreur diaboliques.

8, 7, 521. Il se fit un silence dans cette altercation, le Seigneur des armées parla à la Très Sainte Marie et lui dit: «Ma Mère et Mon Amie, élue entre les créatures par Ma Sagesse Éternelle pour Mon Habitation et Mon Temple Saint; Vous êtes Celle qui Me donna la forme d'homme et qui restaura la perte du genre humain; Celle qui M'a suivi et imité, et qui a mérité la grâce et les Dons que Je vous ai communiqués au-dessus de toutes Mes créatures, et jamais ils ne furent en vous oisifs ni vides. Vous êtes digne Objet de Mon Amour infini, le Refuge de Mon Église, sa Reine, sa Maîtresse et sa Directrice. Vous avez Ma commission et Ma Puissance que J'ai mise, comme Dieu Tout-Puissant, à votre très fidèle volonté; commandez avec elle à l'infernal dragon que tant que vous vivrez dans l'Église, il n'y sème point la zizanie des erreurs et des hérésies qu'il a préparées, décollez sa dure cervelle et écrasez-lui la tête (Gen. 3: 15); parce que Je veux que pendant votre Vie et par votre présence l'Église jouisse de cette faveur.»

8, 7, 522. La Très Sainte Marie exécuta cet ordre du Seigneur, et avec la puissance de Reine et de Maîtresse Elle commanda aux dragons infernaux de se taire et de devenir muets, sans répandre parmi les fidèles les fausses sectes qu'ils avaient préparées; et que pendant qu'Elle était dans le monde, qu'ils n'osassent point tromper aucun des mortels par leurs dogmes et leurs doctrines hérétiques. Cela arriva ainsi, quoique la rage du serpent, en vengeance de la grande Reine eût l'intention de répandre ce venin dans l'Église; et afin qu'il ne le fît point tant que la divine Mère y vivrait, le Seigneur même l'empêcha, à cause de l'Amour qu'Il lui portait. Apres sa glorieuse transition il fut permis au démon de le faire en punition des péchés des hommes pesés dans les justes Jugements de Dieu.

8, 7, 523. Aussitôt le grand dragon (Apoc. 12: 9), l'antique serpent qui s'appelle diable et Satan fut précipité, comme dit saint Jean, et il se retira avec ses anges de la présence de la Reine et il tomba sur la terre, où il lui fut permis d'aller, comme élargissant un peu la chaîne avec laquelle il était pris. A l'instant on entendit dans le Cénacle une voix qui fut celle de l'Archange et il disait: «Maintenant a été opéré le Salut (Apoc. 12: 10-12) et la Vertu, et le royaume de Dieu et la Puissance de Son Christ; parce que l'accusateur de nos frères qui les accusait jour et nuit a été rejeté; et ils l'ont vaincu par le Sang de l'Agneau, et par les Paroles de Son témoignage, et ils se sont livrés à la mort. Que les Cieux et ceux qui y vivent s'en réjouissent. Malheur à vous terre et mer, parce que le diable descend vers vous avec une grande rage sachant qu'il a peu de temps!» L'Ange déclara dans ces paroles qu'en vertu des victoires et des triomphes de la Très Sainte Marie, avec ceux de son Fils et notre Sauveur, le royaume de Dieu qui est l'Église demeurait assuré, ainsi que les effets de la Rédemption humaine, pour les justes. Et il appela tout cela Salut, Vertu et Puissance du Christ. Parce que si la Très Sainte Marie n'avait pas vaincu le dragon infernal, sans doute cet impie et puissant ennemi eût empêché les Effets de la Rédemption; pour cela cette voix sortit de l'Ange lorsque se conclut cette bataille, et que le dragon fut vaincu et précipité sur la terre et dans la mer: et il en donna la bonne nouvelle aux saints, parce que désormais demeuraient écrasées la tête et les pensées du démon qui calomniait les hommes, que l'Ange appela frères à cause de la parenté de l'âme, de la grâce, et de la gloire.

8, 7, 524. Et les calomnies avec lesquelles le dragon persécutait et accusait les mortels étaient les illusions et les tromperies avec lesquelles il prétendaient pervertir les principes de l'Église de l'Évangile, et les raisons de justice qu'il alléguait devant le Seigneur, de ce que les hommes à cause de leur ignorance et de leurs péchés, et pour avoir ôté la vie à notre Sauveur ne méritaient point le Fruit de la Rédemption ni la Miséricorde du Rédempteur, mais le châtiment de les laisser dans leurs ténèbres et leurs péchés pour leur éternelle damnation. Mais contre tout cela la Très Sainte Marie protestait comme Mère très douce et très clémente, et nous méritait la Foi et sa propagation, et l'abondance des Miséricordes et des Dons qui nous ont été accordée en vertu de la Mort de son Fils; et tous ces Trésors que les pécheurs ne méritaient point, ni ceux qui l'avaient crucifié, ni non plus les autres qui ne L'on point reçu pour leur Rédempteur. Mais l'Ange avertit les habitants de la terre avec cette douloureuse compassion, afin qu'ils fussent prévenus contre ce serpent qui descendait à eux avec une grande rage, parce que sans doute il jugeait qu'il lui restait peu de temps pour l'exécuter après qu'il eut connu les Mystères de la Rédemption, la Puissance de la Très Sainte Marie, et l'abondance de grâces, de merveilles et de faveurs avec lesquelles se fondait la primitive Église; parce que de tous ces événements il eut le soupçon que le monde finirait bientôt, ou que tous les hommes suivraient Jésus-Christ notre Bien et se prévaudraient de l'intercession de Sa Mère pour obtenir la Vie Éternelle. Mais, ô douleur! que les hommes ont été plus insensés, plus stupides et plus ingrats que ne le pensait le démon même!

8, 7, 525. Et déclarant davantage ces Mystères, l'Évangéliste dit que (Apoc. 12: 13-15) lorsqu'il vit le grand dragon précipité en terre, celui-ci essaya de poursuivre la Femme mystérieuse qui avait enfanté un Fils. Mais deux ailes d'un grand aigle lui furent données afin qu'Elle volât à la solitude ou désert, où Elle fut alimentée un temps et des temps et la moitié d'un temps, hors de la face du serpent. Et pour cela le même serpent lança de sa bouche après la Femme, un fleuve abondant, afin qu'il l'entraînât s'il était possible. Dans ces paroles on déclare davantage l'indignation de Lucifer contre dieu et Sa Mère et contre l'Église; puisqu'autant qu'il dépend de ce dragon, son envie brûle toujours et son
orgueil s'élève, et la malice lui demeurait encore pour tenter de nouveau la Reine s'il en avait eu les forces et la permission. Mais cette permission de la tenter ne lui fut plus accordée; et pour cela saint Jean dit qu'il lui fut donnée deux ailes d'aigle, afin qu'Elle volât au désert où Elle fut alimentée, pendant les temps qu'il signale là. Ces ailes mystérieuses furent la Puissance ou la Vertu divine que le Seigneur donna à la Très Sainte Marie pour voler et monter à la vue de la Divinité, et de là descendre vers l'Église pour distribuer les Trésors de la grâce dans les hommes, de quoi nous parlerons dans le chapitre suivant.

8, 7, 526. Et parce que dès lors le démon n'eut point de permission pour la tenter davantage en sa personne, il dit que dans cette solitude ou désert Elle était éloigné de la face du serpent. Et les temps, le temps et la moitié du temps sont trois ans et demi qui font les mille deux cent soixante jours que j'ai déjà dits, moins quelque jours. La très Sainte Marie demeura dans cet état et d'autres que je dirai le reste de sa Vie mortelle. Mais comme le dragon demeura sans espoir de la tenter Elle-même, il lança le fleuve de sa malice vénéneuse après cette divine Femme, parce qu'après la victoire qu'Elle remporta sur lui il tâcha de tenter astucieusement les fidèles, et de les poursuivre par le moyen des Juifs et des Gentils; et il lâcha spécialement le fleuve des hérésies et des fausses sectes qu'il tenait comme réprimées dans son coeur après la glorieuse transition de la grande Reine. Et les menaces qu'il avait faites contre la Très Sainte Marie, après qu'Elle l'eût vaincu, fut la guerre qu'il intenta de lui faire en se vengeant dans les hommes, que l'Auguste Mère aimait d'un si grand amour, car désormais il ne pouvait exécuter sa colère dans la personne de la Reine Elle-même.

8, 7, 527. Pour cela saint Jean dit immédiatement que (Apoc. 12: 17-18) le dragon indigné s'en alla faire la guerre aux autres qui étaient de sa génération et de sa race, qui gardaient la Loi de Dieu, et qui ont le témoignage du Christ. Et ce dragon demeura sur le sable de la mer qui sont les innombrables infidèles, idolâtres, Juifs et païens, où il a fait et fait encore la guerre à la Sainte Église, outre celle qu'il continue secrètement en tentant les fidèles. Mais la terre ferme et stable qui est l'immutabilité de la Sainte Église et son infaillible Vérité Catholique, aida la mystérieuse Femme, parce qu'elle ouvrit la bouche (Apoc. 12: 16) et elle absorba le fleuve que le serpent répandit contre Elle. Et cela arriva ainsi puisque la Sainte Église, qui est l'organe et la bouche de l'Esprit-Saint, a
condamné, convaincu et confondu toutes les erreurs, les fausses sectes et les doctrines par les paroles de l'enseignement qui de cette bouche sortent par les divines Écritures, les Conciles, les déterminations, les Docteurs, les Théologiens et les Prédicateurs de l'Évangile.

8, 7, 528. L'Évangile renferme tous ces mystères et beaucoup d'autres, déclarant ou rapportant cette bataille et ces triomphes de la Très Sainte Marie. Et pour y donner fin dans le Cénacle, quoique Lucifer en fût déjà rejeté et qu'il fût comme lié par la chaîne que tenait la victorieuse Reine, la grande Dame connut que c'était l'heure et la Volonté de son Très Saint Fils de le laisser et de le précipiter dans les cavernes infernales. En cette force et cette Vertu divine Elle les lâcha et avec empire Elle leur commanda de descendre à l'instant dans l'abîme. Aussitôt que la Très Sainte Marie le prononça, tous les démons tombèrent dans les cavernes les plus distantes de l'enfer, où ils demeurèrent quelque temps jetant des hurlements formidables et désespérés. Ensuite les saints Anges chantèrent de nouveaux cantiques au Verbe Incarné pour Ses victoires et celles de Son invincible Mère. Les premiers parents Adam et Ève Lui firent des actions de grâce d'avoir élu leur Fille pour être Mère et Réparatrice de la ruine qu'ils avaient causée dans leur postérité; les Patriarches de ce qu'ils voyaient leurs grands désirs et leurs prophéties accomplis si heureusement et si glorieusement. Saint Joachim, sainte Anne et saint Joseph glorifièrent le Tout-Puissant avec une plus grande jubilation pour la Fille et l'Épouse qu'Il leur avait donnée; et tous ensemble chantèrent la gloire et les louanges du Très-Haut, saint et admirable dans Ses Conseils. La Très Sainte Marie se prosterna devant le trône royal et adora le Verbe Incarné, et Elle s'offrit de nouveau à travailler pour l'Église et demanda la bénédiction, et son Très Saint Fils la lui donna avec des Effets admirables. Elle la demanda aussi à ses parents et à son époux; Elle leur recommanda la Sainte Église, et Elle les supplia de prier pour tous ses fidèles. Sur cela elle prit congé de toute cette céleste Compagnie qui retourna aux Cieux.


DOCTRINE QUE ME DONNA LA REINE DES ANGES
LA TRÈS SAINTE MARIE.

8, 7, 529. Ma fille, par la révolte de Lucifer et de ses démons furent commencés dans le Ciel les combats qui ne s'achèveront qu'à la fin du monde, entre le Royaume de la Lumière et celui des ténèbres, entre Jérusalem et Babylone. Le Verbe Incarné S'est constitué le Capitaine et le Chef des enfants de la Lumière comme Auteur de la sainteté et de la grâce; et Lucifer, chef des enfants des ténèbres, comme auteur du péché et de la perdition. Chacun des Princes défends son parti et tâche d'augmenter son Royaume et d'accroître ses sectateurs, Jésus-Christ avec la Vérité de Sa Foi divine, les faveurs de Sa grâce, la sainteté de la Vertu, les soulagements des travaux, et l'espérance certaine de la gloire qu'Il leur promit; et Il commanda à Ses Anges (Ps. 90: 11), de les accompagner, de les consoler et de les défendre jusqu'à les amener à Son propre Royaume. Lucifer gagne les siens par des faussetés, des mensonges et des trahisons, des vices honteux et abominables, des ténèbres et des confusions, et il les traite maintenant comme un maître tyrannique, les affligeant sans soulagement, les désespérant sans consolation véritable; et ensuite il leur prépare d'éternels et lamentables tourments; qu'il leur donnera par lui-même et par ses démons avec une cruauté inhumaine tant que Dieu sera Dieu.

8, 7, 530. Mais, ô douleur! Ma fille! malgré que cette Vérité soit si infaillible et si bien sue des mortels, le salaire étant si différent et la récompense si infiniment inégale, combien il y a peu de soldats qui suivent Jésus-Christ, leur Seigneur légitime, leur Roi, leur Chef et leur Exemplaire, et combien il y en a du côté de Lucifer, lui qui ne les a pas créés, ni donné la vie, ni l'aliment, ni aucune récompense et qui ne leur a rien mérité ni ne les a obligés comme l'a fait et le fait toujours mon Très Saint Fils l'Auteur de la Vie et de la grâce. Telle est l'ingratitude des hommes, leur infidélité très insensée et leur aveuglement malheureux. Et comme ils ont reçu une volonté libre seulement pour suivre leur Capitaine et leur Chef, et pour être reconnaissants, ils se sont mis de la bande de Lucifer, le servent gratuitement et lui ouvrent l'entrée de leur coeur qui est la maison et le temple de Dieu, afin qu'il le viole et le profane comme tyran, et il amène après lui aux tourments éternels la plus grande partie du monde.

8, 7, 531. Cette lutte dure toujours, parce que le Prince des éternités ne cessera point dans Sa Bonté infinie, de défendre Ses âmes qu'Il a crées et rachetées de Son Sang (Act. 20: 28). Mais Il ne doit pas combattre avec le démon par Lui seul, ni non plus par Ses Anges; parce qu'il résulte à Sa plus grande gloire et à l'exaltation de Son Saint Nom de vaincre Ses ennemis et de confondre leur dur orgueil par le moyen des créatures humaines elles-mêmes dans lesquelles ils prétendent tirer vengeance du Seigneur. Moi qui suis pure Créature, je fus Capitaine et Maîtresse de ces combats, après mon Fils qui était vrai Dieu et vrai homme. Et quoique Sa Majesté vainquît dans Sa Vie et Sa Mort les démons dont l'orgueil était très gonflé par l'empire que les mortels lui avaient donné dès le péché d'Adam, après Sa Majesté je les vainquis en Son Nom; et par ces victoires l'Église fut fondée dans une perfection et une sainteté aussi hautes; et elle eût persévéré ainsi, Lucifer demeurant débilité et faible, comme d'autres fois je l'ai manifesté [c], si l'ingratitude et l'oubli des hommes ne lui eussent point donné de nouvelles forces avec lesquelles il maintient aujourd'hui tout l'univers si ruiné et si renversé.

8, 7, 532. Néanmoins mon Très Saint Fils n'abandonne point Son Église qu'Il a acquise par Son Sang, ni moi qui la regarde comme Mère et Protectrice; et nous voulons toujours y avoir des âmes qui défendent l'honneur et la gloire de Dieu et qui combattent Ses combats avec l'enfer pour la confusion et l'abattement de ses démons. Pour cela je veux que tu te disposes avec la faveur de la grâce divine; et ne sois pas étonné de la force du dragon; ne te décourage pas à cause de ta misère et de ta pauvreté. Déjà tu sais que la colère de Lucifer contre moi fut plus grande que contre aucune créature, et plus que contre toutes ensemble; et par la Vertu du Seigneur je le vainquis glorieusement: avec cette Vertu tu pourras, toi, lui résister dans de moindres combats. Et quoique tu sois si faible et sans les conditions qui te paraissent nécessaires, je veux que tu entendes que mon Très Saint Fils procède maintenant en cela comme un roi qui, lorsqu'Il lui manque des soldats et des vassaux, accepte quiconque veut Le servir dans Sa milice. Anime-toi donc à vaincre le démon en ce qui te regarde, car ensuite le Seigneur t'armera pour d'autres combats. Et je te fais savoir que l'Église Catholique ne serait pas arrivée aux angoisses dans lesquelles tu la vois aujourd'hui, s'il y eût eu en elle plusieurs âmes qui eussent pris pour leur compte de défendre la cause de Dieu et
de Son honneur; mais elle est très délaissée et très abandonnée des enfants mêmes que la Sainte Église a élevés.

NOTES EXPLICATIVES
Extraites de celles de Don Creseto, à l'usage des prêtres.
8, 7, [a]. Livre 3, Nos. 327, 363.
8, 7, [b]. Qu'il ait existé de ces magiciens et de ces sorciers cela est prouvé par l'Écriture Sainte où Dieu ordonna de les punir de mort [Lév. 20: 27]. «Qu'un homme ou une femme dans lesquels se trouvent un esprit de python ou de divination, meurent de mort; on les lapidera; que leur sang soit sur eux.» L'histoire ecclésiastique le prouve aussi en plusieurs endroits, et spécialement dans la vie de saint Cyprien, auparavant magicien, gentil, et ensuite il se fit Chrétien justement parce que ses artifices diaboliques lui avaient failli contre sainte Justine, avec laquelle il subit plus tard le martyre. [Vie des Saints, 26 sept.].
8, 7, [c]. Livre 3, No. 370; Livre 5, No. 999, Livre 6, Nos. 1415, 1434; Livre 7, No. 138.
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Combat avec l'Archange Michel

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Message par sga Ven 18 Sep 2020 - 12:48

CHAPITRE 8


On déclare l'état dans lequel Dieu favorisa Sa Très Sainte Mère de la vision de la Divinité, abstractive mais continuelle, après qu'Elle eût vaincu les démons, et la manière d'opérer qu'Elle y avait.


8, 8, 533. A mesure que les Mystères de la Sagesse Infinie et Éternelle s'accomplissait en la Très Sainte Marie, la grande Dame allait aussi en s'élevant au-dessus de la sphère de toutes les pensées et de la sainteté des autres créatures. Et comme les triomphes qu'Elle remporta sur le dragon infernal et ses démons eurent lieu avec les conditions, les circonstances et les faveurs que j'ai dites, et que tout cela se passait après les Mystères de l'Incarnation, de la Rédemption et des autres où Elle avait été Coadjutrice de son Très Saint Fils, il n'est pas possible à notre bassesse d'arriver à la considération des Effets que tout cela produisait dans le Coeur très pur de cette divine Mère. Elle conférait en Elle-même de ces Oeuvres du Seigneur et Elle les pondérait avec le poids de sa très sublime Sagesse. La Flamme et l'Incendie de l'Amour divin croissaient avec l'admiration des Anges et des courtisans du Ciel; et sa Vie naturelle n'aurait pas toléré les vols impétueux avec lesquels Elle s'élevait pour s'absorber toute entière dans l'abîme de la Divinité, si cette même Divinité ne l'eût conservée par miracle. Et comme la Charité de la Très pieuse Mère l'attirait en même temps vers ses enfants les fidèles, car tous dépendaient d'Elle, comme les plantes du soleil qui les alimente et les vivifie; Elle arriva à un état tel qu'Elle vivait dans une très douce mais forte violence pour unir le tout dans son Coeur.

8, 8, 534. La Très Sainte Marie se trouva dans cette disposition après les victoires qu'Elle avait remportées sur le dragon. Et quoique pendant tout le cours se sa Vie Elle avait opéré en tout temps respectivement le plus pur, le plus saint et le plus élevé, sans être embarrassée par les voyages, les travaux et les soins de son Très Saint Fils et du prochain, néanmoins dans cette occasion, la force de l'Amour de Dieu et des âmes arrivèrent comme à compétition dans son Coeur très ardent. En chacune de ces oeuvres de la Charité Elle sentait la violence et la sainte émulation avec lesquelles elles aspiraient à des Dons et des Effets de la grâce nouveaux et plus sublimes. D'un autre côté Elle désirait se retirer de toutes les choses sensibles pour élever son vol vers la suprême et continuelle union avec la Divinité, sans empêchement ni moyen des créatures, imitant les Compréhenseurs, et beaucoup plus l'état de son Très Saint Fils, quand Il vivait dans le monde, en tout ce qui n'était point jouir de la Vision Béatifique; et quoique cela ne fût pas possible à la divine Mère, néanmoins la sublimité de sa sainteté et de son amour semblait demander tout ce qui était immédiat à l'état de Compréhenseur quoique moindre. D'un autre côté l'amour de l'Église et le soin de subvenir à toutes le nécessités des fidèles l'appelaient; parce que sans cet office de Mère de famille,
les caresses et les faveurs du Très-Haut ne la satisfaisaient pas entièrement. Et comme il fallait du temps pour s'appliquer à ces actions de Marthe, Elle conférait comment Elle ajusterait le tout sans manquer aux unes et aux autres.

8, 8, 535. Le Très-Haut donna lieu à ce souci de Sa Bienheureuse Mère, afin que la faveur nouvelle et l'état qu'Il lui avait préparé par Son Bras tout-puissant fussent plus opportuns. Et pour cela Sa Majesté lui parla et lui dit: «Mon Épouse et Mon Amie, les soucis et les pensées de ton Amour très ardent ont blessé Mon Coeur, et par la Vertu de Ma droite Je veux faire en toi une Oeuvre qui n'a jamais été faite ni ne se fera jamais en faveur d'aucune génération; parce que tu es Unique et Choisie pour Mes délices entre toutes mes créatures. J'ai préparé pour toi seule un état et un lieu solitaires où je t'alimenterai de Ma Divinité comme le Bienheureux, quoique par des moyens différents, toutefois tu y jouiras de Ma vue continuelle et de Mes embrassements dans la solitude, le repos et la tranquillité sans que les créatures ni ton état de Voyageuse ne puissent t'embarrasser. Dans cette habitation tu élèveras librement ton vol, tu trouveras les espaces infinis que demande ton Amour excessif, pour s'étendre sans mesure et sans limite; et de là tu voleras aussi à ma Sainte Église dont tu es Mère: et chargée de mes Trésors tu les répartiras à tes frères, les distribuant à ta disposition et à ta volonté dans leurs nécessités et leurs travaux, afin qu'ils reçoivent le remède de toi.»

8, 8, 536. Tel est le Bienfait que j'ai touché dans le chapitre précédant et l'Évangéliste saint Jean le renferma dans ces paroles qu'il dit (Apoc. 12: 6): «Et la Femme s'enfuit dans la solitude, où Elle avait un lieu préparé par Dieu pour être nourrie mille deux cent soixante jours,» ensuite il dit plus loin (Apoc. 12: 14): «Que deux ailes d'un grand aigle lui furent données pour voler au désert où Elle était alimentée,» etc. Il n'est pas facile à mon ignorance de me faire comprendre en expliquant ce Mystère; parce qu'il contient plusieurs Effets surnaturels qui se trouvèrent sans exemplaire en aucune autre créature, dans les puissances de la Très Sainte Marie seule, pour qui Dieu réserva cette Merveille; et puis la Foi nous enseigne que nous ne pouvons mesurer Sa Tout-Puissance incompréhensible, il est raisonnable de confesser qu'Il put faire avec Elle beaucoup plus que nous pouvons comprendre, et qu'Il ne devait lui refuser seulement ce qui a une contradiction évidente et manifeste en soi-même. Et en ce qui m'a été donnée à entendre, pour
l'écrire, supposé que je l'entends bien, il ne se trouve point de répugnance qu'il en soit ainsi, quoique les termes propres me manquent pour le manifester.

8, 8, 537. Je dis donc qu'après les combats et les victoires que notre grande Capitaine et Maîtresse remporta contre le grand dragon et ses démons, Dieu l'éleva à un état où la Divinité lui fut manifestée, non par une vision intuitive comme aux Bienheureux, mais par une autre vision claire et par espèces créées, ce que j'ai appelé vision abstractive en tout le cours de cette Histoire, parce qu'elle ne dépend pas de la présence réelle de l'objet, ni il ne meut l'entendement comme présent, mais par d'autres espèces qui le représentent comme il est en lui-même quoiqu'il soit absent: de la manière que Dieu pourrait répandre en moi toutes les espèces et les ressemblances de Rome et que ces espèces me la représenteraient comme elle est en elle-même. La Très Sainte Marie eut cette vision de la Divinité dans le cours de sa Vie, comme je l'ai répété plusieurs fois; et quoiqu'en substance ce ne fut pas nouveau pour Elle, puisqu'Elle l'eut dès l'instant de sa Conception, comme je l'ai dit [a] en d'autres endroits, néanmoins cette vision fut nouvelle en cette époque de sa Vie par deux conditions. L'une qu'elle fut dès ce jour continuelle et permanente, jusqu'à ce qu'Elle mourût et qu'Elle passât à la Vision Béatifique; et les autres fois cette vision abstractive n'avait été que de passage. La seconde différence fut que depuis cette occasion, Elle croissait chaque jour dans ce Bienfait, et ainsi il fut plus haut, plus admirable et plus excellent au-dessus de toute règle et de toute pensée créée.

8, 8, 538. Pour cette nouvelle faveur toutes ses puissances furent retouchés avec le Feu du Sanctuaire, c'est-à-dire par de nouveaux Effets de la Divinité, avec lesquels Elle fut illuminée et élevée au-dessus d'Elle-même; et parce que ce nouvel état était une participation de celui qu'ont les Compréhenseurs et les Bienheureux et qu'il en était aussi différent, il est nécessaire d'avertir en quoi était la similitude et en quoi la différence. La similitude était que la Très Sainte Marie regardait l'Objet même de la Divinité et des Attributs divins dont ils jouissent avec une possession assurée, et de cela Elle connaissait plus qu'eux [b]. La différence était en trois choses: la première, que les Bienheureux voient Dieu face à Face et par la vision intuitive, et celle de la Très Sainte Marie était abstractive, comme je l'ai dit. La seconde que les Saints dans la Patrie ne peuvent croître davantage dans la Vision Béatifique, ni dans la fruition essentielle, en laquelle consiste la gloire de l'entendement et de la volonté mais la Très Sainte Marie dans la vision abstractive qu'Elle avait comme Voyageuse n'eut point de terme ni de bornes, au contraire chaque jour Elle croissait dans la connaissance des Attributs infinis et de l'Être de Dieu; et pour cela les ailes de l'aigle lui furent données avec lesquelles Elle volait toujours dans cette mer interminable de la Divinité où il y a toujours infiniment plus à connaître, sans aucun confins qui le comprenne.

8, 8, 539. La troisième différence était que les Saints ne peuvent souffrir ni mériter, car cela n'est pas compatible avec leur état; mais dans celui où était notre Reine Elle souffrait et méritait comme Voyageuse. Et sans cela le Bienfait n'aurait pas été si grand et si estimable ni pour Elle ni pour l'Église; parce que les oeuvres et les mérites de la grande Dame dans cet état d'une grâce et d'une sainteté si éminentes, furent d'une valeur et d'un prix inestimables pour tous. Elle était un spectacle nouveau et admirable pour les Anges et les Saints, et comme un Portrait de son Très Saint Fils; parce que comme Reine et Maîtresse Elle avait le pouvoir de dispenser et de distribuer les Trésors de la grâce, et d'un autre côté Elle les augmentait par ses mérites ineffables. Et quoiqu'Elle ne fût pas Compréhenseur et Bienheureuse, néanmoins dans l'état de Voyageuse Elle avait un lieu si voisin et si semblable à celui de notre Sauveur quand Il vivait sur la terre, que bien qu'en la comparant avec Lui Elle fût Voyageuse dans l'Âme comme dans le corps, néanmoins comparée avec les autres voyageurs Elle paraissait Compréhenseur et Bienheureuse.

8, 8, 540. Cet état demandait que dans l'harmonie des sens et des puissances naturelles il y eût un nouvel ordre et une nouvelle manière d'opérer proportionnée en tout; et pour cela celui qu'Elle avait eu jusqu'alors fut changé et de cette manière. Toutes les espèces et images des créatures que l'entendement de la Très Sainte Marie avait reçues par les sens furent finies et rayées de l'âme; et quoique la grande Reine n'admettait point plus d'espèces ou images sensitives que celles qui étaient précisément nécessaires pour l'usage de la Charité et des vertus, comme je l'ai déjà dit dans la troisième partie [c], néanmoins, pour ce qu'elles avaient de terrestre et parce qu'elles étaient entrées dans l'entendement par les organes sensitifs du corps, le Seigneur les lui ôta, et il la dépouilla et la purifia de toutes ces images et espèces. Et au lieu de celles-ci qu'Elle aurait reçu par l'ordre naturel des puissances sensitives et intellectuelles le Seigneur répandit dans son entendement d'autres espèces plus pures et immatérielles avec lesquelles Elle entendait et connaissait d'une façon plus sublime.

8, 8, 541. Cette merveille ne sera pas difficile à comprendre pour les Docteurs. Et pour plus d'explication j'avertis que lorsque nous opérons avec les cinq sens corporels extérieurs avec lesquels nous entendons, voyons et goûtons, nous recevons certaines espèces de l'objet que nous sentons, lesquelles passent à une autre puissance intérieure et corporelle que l'on appelle sens commun, imaginative, fantaisie ou estimative; et là ces espèces se recueillent afin que ce sens commun connaisse ou sente tout ce qui entre par les cinq sens extérieurs et qui se dépose et se garde là comme dans une officine commune pour tous; et jusqu'ici nous sommes en cela semblables aux animaux sensitifs, quoiqu'avec quelque différence. Après que ces espèces sont entrées et conservées dans le sens commun et la fantaisie, en nous qui sommes raisonnables, notre entendement opère avec elles selon l'ordre naturel de nos puissances et il tire d'autres espèces spirituelles ou immatérielles, et pour cette action il s'appelle intellect agent: et par le moyen de ces espèces qu'il produit en soi, il connaît et entend naturellement ce qui entre par les sens. Et pour cela les philosophes disent que pour que notre entendement puisse comprendre, il convient qu'il se tourne à regarder la fantaisie pour prendre de là les espèces de ce qu'il doit comprendre, selon l'ordre naturel des puissances; parce que l'âme est unie au corps dont elle dépend dans ses opérations.

8, 8, 542. Mais dans l'état que je dis cet ordre ne se gardait pas en tout dans la Très Sainte Marie; parce que le Seigneur ordonna miraculeusement en Elle un autre mode d'opération pour l'entendement, sans dépendance de la fantaisie et du sens commun. Et au lieu des espèces que son entendement devait naturellement tirer des objets sensibles qui entrent par les sens, il lui en fournissaient d'autres qui les représentaient d'une manière plus haute; et celles qu'Elle acquérait par les sens demeuraient sans sortir de l'officine de l'imaginative, et sans que l'intellect agent opérât avec elles, car en même temps il était illustré par les espèces surnaturelles qui lui étaient infuses; mais avec celles qu'Elle recevait dans le sens commun, Elle opérait là ce qui était nécessaire pour éprouver et souffrir la douleur, les afflictions et les peines sensibles. Il arrivait en effet dans ce Temple de la Très Sainte Marie ce qui arriva en celui qui la figurait, que les pierres étaient taillées au dehors, et au dedans (3 Rois 6: 7) l'on entendait ni marteau, ni coup, ni aucun autre bruit. Et aussi les animaux étaient tués et offerts en sacrifice sur l'autel qui était au dehors du sanctuaire; et dans ce sanctuaire (Ex. 40: 27) n'était offert que l'holocauste de l'encens et des arômes brûlés dans le feu sacré

8, 8, 543. Ce mystère s'exécutait dans notre grande Reine et Dame, parce que dans la partie inférieure des sens de l'âme étaient travaillées les pierres des vertus qui regardaient l'extérieur et dans le vestibule des sens communs se faisait le sacrifice des peines, des douleurs et des tristesses qu'Elle souffrait pour les enfants de l'Eglise et pour leurs afflictions. Et dans le Saint des Saints des puissances de l'entendement et de la volonté, n'étaient offerts que le parfum de sa contemplation et de sa vision de la Divinité, et le feu de son incomparable amour. Et pour cela les espèces qui entraient par les sens n'étaient point proportionnées, représentant les objets d'une manière plus terrestre, et avec le bruit qu'ils faisaient: c'est pourquoi la Puissance divine les exclut et en donna d'autres infuses et surnaturelles des mêmes objets, mais plus pures pour servir à la contemplation de la vision abstractive de la Divinité et accompagner dans l'entendement celles qu'Elle avait de l'Être de Dieu, qu'Elle regardait et aimait incessamment dans le silence, la tranquillité et la sérénité de la paix inviolable.

8, 8, 544. Ces espèces infuses dépendaient de l'Être de Dieu, parce qu'en Lui elles représentaient à l'entendement de la Très Sainte Marie toutes les choses, comme le miroir représente aux yeux tout ce qui est mis devant lui et ils les connaissent sans se tourner pour les regarder en elles-mêmes. Et ainsi l'Auguste Marie connaissait en Dieu toutes les choses; les demandes et les nécessités des enfants de l'Église; ce qu'Elle devait faire pour eux conformément aux afflictions qu'ils enduraient; tout ce que la Volonté divine voulait en cela, afin qu'elle se fît sur la terre comme dans le Ciel, et dans cette vue Elle demandait et obtenait tout du Seigneur. Le Tout-Puissant excepta de cette manière d'entendre et d'opérer les oeuvres que la divine Mère devait faire par obéissance à saint Pierre et à saint Jean et parfois si les autres Apôtres lui ordonnaient quelque chose. L'Auguste Souveraine Elle-même demanda cela au Seigneur, pour ne point interrompre l'obéissance qu'Elle aimait tant, et afin que l'on entendit que par cette vertu on connaît la Volonté divine avec tant de certitude et de sécurité que l'obéissant n'a pas besoin de recourir à d'autres moyens ni détours pour la connaître, si ce n'est de savoir si celui qui le commande en a le pouvoir et qu'il est son supérieur; parce qu'alors sans nul doute c'est Dieu qui commande ce qui lui convient et ce que veut Sa Majesté.

8, 8, 545. Mais pour tout le reste, hors de cette obéissance en laquelle était contenue l'usage de la Sainte Communion, l'entendement de la Très Sainte Marie ne dépendait pas du commerce des créatures sensibles ni des images qu'Elle pouvait recevoir d'elles par les sens. Mais Elle demeurait libre et en solitude intérieure, jouissant de la vue abstractive de la Divinité, sans l'interrompre jamais dans le sommeil ou les veilles, occupée ou oisive, dans le travail ou le repos, sans discourir ni raisonner pour connaître le plus haut de la perfection, le plus agréable au Seigneur, les nécessités de l'Église, le temps et la manière d'y apporter remède. Tout cela Elle le connaissait par la Vue de la Divinité, comme les Bienheureux avec celle qu'ils ont. Et comme en eux ce qu'ils connaissent le moins est ce qui touche au créatures, de même aussi notre grande Reine et Maîtresse, hors de ce qui touchait à l'état de la Sainte Église, à son gouvernement et à toutes les âmes, connaissait comme principal objet les Mystères incompréhensibles de la Divinité, plus que les suprêmes Séraphins et les Saints. Dans cette solitude que lui avait préparée le Seigneur, Elle fut nourrie de cet aliment de Vie Éternelle. Là Elle était soigneuse de l'Église sans se troubler, officieuse sans inquiétude, vigilante sans se divertir, et en tout Elle était remplie de Dieu au dedans et au dehors, vêtue de l'Or très pur de la Divinité, submergée et absorbée dans cet Océan incompréhensible, et joint à cela attentive à tous ses enfants et à leur remède, parce que sans ce soin sa maternelle Charité n'aurait point reposé du tout.

8, 8, 546. Pour tout cela lui furent données les deux ailes de grand aigle, avec lesquelles Elle éleva tant son vol qu'Elle put arriver à la solitude et à l'état où n'arrive point aucune pensée ni humaine ni angélique, et afin qu'Elle descendît de cette sublime habitation et qu'Elle volât au secours des mortels, non pas à pas, mais avec un vol léger et accélérée. O prodige de la Toute-Puissance de Dieu! Ô merveille inouïe qui manifeste ainsi Sa Grandeur infini! Les raisons me manquent, le raisonnement se suspend, et notre capacité demeure épuisée dans la considération d'un sacrement si occulte. Heureux siècles d'or de la primitive Église qui a joui de tant de Biens, et fortunés serons-nous si nous arrivons à mériter que dans ces siècles malheureux le Seigneur renouvelle ces prodiges et ces merveilles par Sa Bienheureuse Mère dans le degré possible et celui que demande notre nécessité et notre misère.

8, 8, 547. On comprendra mieux la félicité de ce siècle, et la manière d'opérer qu'avait la Très Sainte Marie dans l'état que je dis, si nous le considérons dans la pratique en rapportant quelques événements en faveur des âmes qu'Elle gagna au Seigneur. L'une fût celle d'un homme qui vivait à Jérusalem très connu parmi les Juifs, parce qu'il était noble et d'un esprit avantagé et il avait quelques vertus morales; mais du reste il était très zélé pour sa Loi antique à la manière de saint Paul, et très opposé à la Doctrine et à la Loi de Jésus-Christ notre Sauveur. La Très Sainte Marie connut cela dans le Seigneur, car la conversion de cet homme était préparée à raison des prières de la divine Mère. A cause de l'influence dont il jouissait, la Très Pure Reine désirait sa conversion et son Salut. Elle la demanda au Très-Haut avec une Charité et une ferveur très ardentes, de manière que Sa Majesté la lui accorda. Avant que la Très Sainte Marie eut l'état que j'ai dit, Elle eût discouru par la prudence et la Lumière très sublime qu'Elle avait, pour chercher les moyens opportuns avec quoi réduire cette âme; Elle n'avait pas besoin maintenant de ce discours, mais seulement de considérer le même Seigneur dans lequel à son instance tout ce qu'Elle avait à faire lui était manifesté.

8, 8, 548. Elle connut que cet homme viendrait en sa présence par le moyen de la prédication de saint Jean, et qu'Elle devait commander à l'Apôtre de prêcher où ce Juif pût l'entendre. L'Évangéliste fit de même; et en même temps l'Ange gardien de cette âme lui inspira d'aller voir la Mère du Crucifié, que tous louaient comme charitable, modeste et pieuse. Cet homme ne comprit point alors le bien spirituel qui pouvait s'ensuivre pour lui de cette visite, parce que la Lumière divine pour le connaître lui manquait; mais sans considérer cette fin il se mut pour aller voir la grande Reine par curiosité politique, avec le désir de connaître qui était cette Femme si célébrée de tous. Il arriva en la présence de la Très Sainte Marie; rien qu'à la voir et à entendre les paroles qu'Elle lui dit avec une prudence divine il fut tout renouvelé et converti en un nouvel homme. Il se prosterna aussitôt aux pieds de la grande Reine, confessant le Christ Réparateur du monde et demandant son Baptême. Il le reçut aussitôt de la main de saint Jean et à la prononciation de la forme de ce Sacrement, l'Esprit-Saint vint en forme
visible sur le baptisé, qui ensuite fut un homme de grande sainteté. La divine Mère fit un cantique de louange au Seigneur pour ce Bienfait.

8, 8, 549. Une autre femme de Jérusalem déjà baptisée apostasia sa Foi, trompée par le démon qui s'était servi d'une sorcière sa parente. Notre grande Reine eut connaissance de la chute de cette âme, parce qu'Elle connaissait tout dans la Vue du Seigneur. Et affligée de cet événement, Elle travailla par beaucoup d'exercices, de larmes et de prières pour son retour, ce qui est toujours plus difficile en ceux qui s'éloignent volontairement du Chemin un fois commencé vers la Vie Éternelle. Mais les prières de la Très Sainte Marie obtinrent le remède de cette âme trompée par le serpent. La Reine connut ensuite qu'il convenait que l'Évangéliste l'admonestât et l'exhortât pour l'amener à reconnaître son péché. Saint Jean le fit; la femme l'écoutât, se confessa à lui, et fut restituée à la grâce. La Très Sainte Marie l'exhorta ensuite à persévérer et à résister au démon.

8, 8, 550. Lucifer et ses démons n'avaient point, pendant ce temps, l'audace d'inquiéter l'Église à Jérusalem; parce que la puissante Reine étant là, ils craignaient de s'approcher si près, et sa Vertu les épouvantait et les mettait en fuite. Avec cela ils prétendirent faire prisonniers quelques fidèles baptisés vers la partie de l'Asie où saint Paul et d'autres Apôtres prêchaient; et ils en pervertirent quelques-uns les faisant apostasier et se servant d'eux pour troubler ou empêcher la prédication. La Très Zélée Princesse connut en Dieu ces machinations du dragon, et Elle demanda à Sa Majesté le remède qu'il convenait d'apporter à ce dommage. Elle eut pour réponse d'agir comme Mère, comme Reine et Maîtresse de toutes les créatures puisqu'Elle avait trouvé grâce aux yeux du Très-Haut. Avec cette permission du Seigneur Elle se vêtit d'une force invincible; et comme la fidèle épouse qui se lève du tabernacle et du trône de son époux, et qui prend ses propres armes pour le défendre, de celui qui prétend l'injurier, de même la vaillante Vierge avec les armes de la Puissance divine se leva contre le dragon, et lui ôta la proie de la bouche, le blessant avec son Empire et ses Vertus, lui commandant de tomber de nouveau dans l'abîme. Et tout fut fait comme la Très Sainte Marie l'avait commandé. On pourrait rapporter d'autres événements innombrables de cette nature, parmi les merveilles qu'opéra notre Reine; mais ceux-ci suffisent pour que l'on connaisse l'état qu'elle avait, et la manière avec laquelle Elle y opérait.

8, 8, 551. Le comput des années dans lesquelles l'Impératrice du Ciel et de la terre reçut ce Bienfait doit être fait pour un plus grand ornement de cette Histoire, résumant ce que j'ai déjà dit en d'autres chapitres. Lorsqu'Elle alla de Jérusalem à Éphèse, Elle avait cinquante-quatre ans, trois mois et vingt-six jours; et ce fut l'an 40 de la naissance de Jésus-Christ le six janvier. Elle demeura à Éphèse deux ans et demi, et Elle revint à Jérusalem le six juillet l'an quarante-deux; et de son âge cinquante-six et dix mois. Les Apôtres célébrèrent le premier Concile que nous avons déjà dit, deux mois après que la Reine fut revenu d'Éphèse, de manière que dans le temps de ce Concile la Très Sainte Marie accomplit ses cinquante-sept ans. Ensuite arrivèrent ses combats, ses triomphes et son passage à l'état qui a été dit lorsqu'Elle entrait dans sa cinquante-huitième année, et de Jésus-Christ notre Sauveur l'an quarante-deux et neuf mois. Cet état lui dura les mille deux cent soixante jours que dit saint Jean dans le chapitre 12 et Elle passa à celui que je dirai plus loin [d].

DOCTRINE QUE ME DONNA LA REINE DU CIEL
LA TRÈS SAINTE MARIE.

8, 8, 552. Ma fille, aucun des mortels n'a d'excuse pour ne point composer sa vie à l'imitation de celle de mon Très Saint Fils et de la mienne, puisque Nous fûmes un Exemple et un Miroir où tous pussent trouver à imiter chacun dans son état, et en cela personne ne peut se disculper s'il n'est parfait à la vue de son Dieu Incarné qui S'est fait Maître de la sainteté pour tous. Mais Sa divine Volonté choisit quelques âmes et les éloigne de l'ordre commun, afin que le fruit de Son Sang profite davantage en elles, que l'imitation de Sa Vie et de la mienne se conserve plus parfaite et que la Bonté, la Toute-Puissance et la Miséricorde divines resplendissent dans la Sainte Église. Et quand ces âmes choisies pour de telles fins correspondent au Seigneur avec fidélité, c'est une ignorance très terrestre que les autres s'étonnent de ce que le Très-Haut se montre envers elles si libéral et si puissant en leur faisant des Bienfaits et des faveurs au-dessus de la pensée humaine. Qui met cela en doute, veut empêcher à Dieu la gloire que Lui- même prétend obtenir dans Ses Oeuvres, et les veut mesurer à l'insuffisance et à la bassesse de la capacité humaine qui en de tels incrédules est d'ordinaire plus obscurcie et plus dépravée par les péchés.

8, 8, 553. Et si ces âmes elles-mêmes élues par Dieu sont si grossières qu'elles mettent en doute Ses Bienfaits ou ne se disposent point à les recevoir, à en user avec prudence et avec le poids et l'estime que demandent les Oeuvres du Très-Haut sans doute Sa Majesté Se donne pour plus offensé de ces âmes que des autres, à qui Il n'a point distribué autant de Dons ni de Talents. Le Seigneur ne veut pas que l'on méprise et que l'on jette aux chiens (Matt. 15: 26) le pain des enfants, ni les perles à ceux qui les foulent aux pieds et qui les négligent (Matt. 7: 6); parce que ces Bienfaits de grâce particulière sont le choisi et le réservé par Sa très sublime Providence, et le principal du prix de la Rédemption des hommes. Sache-donc, ma très chère, que les âmes qui par méfiance se laissent défaillir dans les événements contraires ou plus ardus, commettent cette faute, ainsi que celles qui s'intimident ou qui empêchent le Seigneur de Se servir d'elles comme d'instruments de Sa Puissance pour tout ce qu'Il veut. Cette faute est plus répréhensible quand elles ne veulent point confesser Jésus-Christ dans Ses Oeuvres par la crainte humaine de la peine qui peut s'en suivre pour elles et de ce que dira le monde de ces nouveautés. De manière qu'elles veulent seulement servir le Seigneur et faire Sa Volonté quand elle s'ajuste avec la leur: si elles doivent opérer quelque acte de vertu, ce doit être avec telles et telles commodités; si elles doivent aimer, ce doit être en les laissant dans la tranquillité qu'elles désirent; si elles doivent croire et estimer les Bienfaits, ce doit être en jouissant des caresses. Mais arrivant l'adversité ou le travail pour le souffrir pour Dieu, aussitôt entrent le mécontentement, la tristesse, le découragement et l'impatience, avec quoi le Seigneur se trouve frustré dans Ses désirs, et elles, incapables du parfait des vertus.

8, 8, 554. Tout cela est un défaut de prudence, de science et d'amour véritable, qui rend ces âmes inhabiles et sans profit pour elles et pour les autres, parce qu'elles se regardent elles-mêmes avant Dieu; elles se gouvernent pour leur amour plus que pour l'amour et la charité divine; et elles commettent tacitement une grande audace, parce qu'elles veulent gouverner Dieu et même Le reprendre; puisqu'elles disent qu'elles feraient pour Lui beaucoup de choses, si c'était avec telles et telles conditions, mais que sans cela elles ne le peuvent, parce qu'elles ne veulent pas aventurer leur crédit et leur quiétude, quoique ce soit pour le bien commun et pour la plus grande gloire de Dieu. Et parce qu'elles ne disent pas cela si clairement, elles pensent qu'elles ne commettent point cette faute si audacieuse que le démon leur cache, afin qu'elles l'ignorent quand elles la font.

8, 8, 555. Ma fille, pour ne point commettre cette monstruosité, pèse avec discrétion ce que tu écris et entends de moi, et comment je veux que tu L'imites. Je ne pouvais tomber en ces fautes, et avec tout cela mon soin continuel et mes prières étaient pour obliger le Seigneur à gouverner toutes mes actions par Sa seule Volonté Agréable et Sainte, et de ne me laisser aucune liberté que pour exécuter Son plus grand bon plaisir; et pour cela je demeurais de mon côté dans l'oubli et la retraite de toutes les créatures. Tu es sujette à pécher et tu sais combien le dragon t'a tendu de pièges par lui-même et par les créatures terrestres afin de te faire tomber; il est donc raisonnable que tu ne cesses jamais de demander au Tout-Puissant de te gouverner dans tes actions, et qu'Il ferme les portes de tes sens de manière qu'il ne passe en ton intérieur aucune image ni aucune figure de chose mondaine ou visible. Renonce donc au droit de ta volonté libre pour te soumettre à la Divine et cède au goût de ton Seigneur et au mien. Et lorsque la Loi divine et la Charité t'obligeront à traiter avec les créatures n'accepte que ce qui est indispensable; et ensuite demande que toutes les espèces de ce qui n'est point nécessaire soient effacées de ton intérieur. Examine toutes tes pensées, tes paroles et tes oeuvres, si tu peux avec ton confesseur, et surtout avec Dieu, avec moi et avec tes Anges, car nous sommes toujours avec toi; sans cela tiens pour dangereux et suspect tout ce que tu fais et détermines; et ajustant le tout avec ma Doctrine, tu connaîtras s'il discorde ou s'il se conforme avec elle.

8, 8, 556. Surtout et pour tout ne perds jamais de vue l'Être de Dieu, puisque la Foi et la Lumière que tu as reçues te servent pour cela. Et parce que ceci doit être la dernière fin, je veux que dès cette vie mortelle tu commences à l'obtenir de la manière qu'il t'est possible avec la divine grâce. Pour cela il est temps désormais que tu secoues tes craintes et les vaines fables avec lesquelles l'ennemi a prétendu t'embarrasser et te retenir, afin que tu ne donnasses pas un constant crédit aux Bienfaits et aux Faveurs du Seigneur. Sois donc désormais forte et prudente dans cette Foi et cette confiance et livre-toi tout à fait au bon plaisir de Sa Majesté, afin qu'Il fasse ce qui Lui plaira en toi et de toi.

NOTES EXPLICATIVES
Extraites de celles de Don Creseto, à l'usage des prêtres.
8, 8, [a]. Livre 1, No. 228.
8, 8, [b]. Déjà on a averti ailleurs qu'en toute vision on doit distinguer la manière dont on voit de la quantité que l'on voit. Par la "vision intuitive" on voit plus clairement les choses, mais on peut en voir moins en quantité et en nombre. Par la "vision abstractive" on voit moins clairement les choses, mais on peut en voir plus en quantité et en nombre. Avec nos yeux nous voyons intuitivement les étoiles; mais nous en voyons moins en nombre que les astronomes qui les voient par image dans le miroir du télescope. Dieu est un Objet infini dans les Perfections. Les Bienheureux Le voient tel qu'Il est, mais non autant qu'Il est; et chacun d'eux plus ou moins selon le degré de gloire qu'il mérita: et cela par vision intuitive, c'est-à-dire face à face --directement avec leurs propres yeux. Les voyageurs qui sont favorisés de vision abstractive, c'est-à-dire qui voient Dieu seulement par miroir et en énigmes [1 Cor. 12] par le moyen d'images comme dans un miroir le voient moins parfaitement, dans la manière de Le voir, parce que l'image n'est jamais parfaitement adéquate à l'Original, mais on peut parfois Le voir plus extensivement dans la quantité, c'est-à-dire voir en Lui plusieurs choses, bien que moins clairement.
8, 8, [c]. Livre 7, No. 126.
8, 8, [d]. Livre 8, Nos. 601, 607.
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Message par sga Ven 25 Sep 2020 - 12:25

CHAPITRE 9


Le commencement qu'eurent les Évangélistes et leurs Évangiles et ce que la Très Sainte Marie fit en cela; Elle apparaît à saint Pierre à Antioche et à Rome, et autres faveurs semblables avec les autres Apôtres.


8, 9, 557. J'ai déclaré autant qu'il m'a été permis l'état dans lequel notre Reine demeura après le premier Concile des Apôtres et les victoires qu'Elle remporta sur le dragon infernal et ses démons. Et quoique les oeuvres merveilleuses qu'Elle fît dans ces temps et toujours ne peuvent se réduire à une histoire ni à un bref sommaire, entre toutes il m'a été donné lumière pour écrire le principe qu'eurent les quatre Évangélistes et leurs Évangiles, ce que la Très Sainte Marie fit à ce sujet, le soin avec lequel Elle gouvernait les Apôtres absents et la manière miraculeuse avec laquelle Elle le faisait. J'ai écrit [a] dans la seconde partie et en plusieurs occasions de cette Histoire, que la divine Mère eut connaissance de tous les Mystères de la Loi de grâce, et des Évangiles et des Écritures Saintes qui devaient être écrits pour la fonder et l'établir. Elle fut plusieurs fois confirmée dans cette Science spécialement quand Elle monta aux Cieux le jour de l'Ascension avec son Très Saint Fils. Et dès ce jour sans en omettre aucun, Elle fit une prière particulière prosternée en terre afin que le Seigneur donnât Sa divine Lumière aux saints Apôtres et aux Écrivains et qu'Il leur ordonnât d'écrire quand ce serait le temps le plus opportun.

8, 9, 558. Ensuite, lorsque l'Auguste Reine avait été élevée dans le Ciel et en était descendue avec l'Église qui lui avait été consignée, comme je l'ai dit dans le chapitre 6 de ce livre, le Seigneur lui manifesta que c'était désormais le temps de commencer à écrire les Saints Évangiles, afin qu'Elle le disposât comme Mère et Maîtresse de l'Église. Mais avec sa profonde humilité et sa discrétion Elle obtint du Seigneur que cela fût déterminé par saint Pierre, Son Vicaire et le Chef de l'Église, et que Sa divine Lumière l'assistât pour une affaire d'aussi grand poids. Le Très-Haut lui concéda le tout, et lorsque les Apôtres se réunirent dans ce Concile que saint Luc rapporte dans le chapitre 15 (Act. 15: 6), après qu'ils eurent résolu les doutes de la circoncision, comme je l'ai dit dans le chapitre 6, saint Pierre proposa à tous qu'il était nécessaire d'écrire les Mystères de la Vie de Jésus-Christ notre Sauveur et notre Maître , afin que tous sans distinction, ni divergence les enseignassent dans l'Église, et que par cette Lumière la Loi antique fut dissipée et la Nouvelle instituée.

8, 9, 559. Saint Pierre avait communiqué cette intention à la Mère de la Sagesse. Et tout le Concile l'ayant approuvée, ils invoquèrent l'Esprit-Saint afin qu'Il désignât auquel des Apôtres et des disciples Il confierait le soin d'écrire la Vie du Sauveur. Ensuite une Voix descendit du Ciel sur l'Apôtre saint Pierre, et l'on entendit qu'elle disait: «Que le Pontife le Chef de l'Église en signale quatre qui écriront les Oeuvres et la Doctrine du Sauveur du monde.» L'Apôtre se prosterna en terre et les autres suivirent, et ils rendirent au Seigneur des actions de grâces pour cette faveur; et se levant tous, saint Pierre parla et dit: «Notre cher frère Matthieu commencera et écrira son Évangile au Nom du Père et du Fils et du Saint-Esprit. Marc sera le second qui écrira aussi l'Évangile au Nom du Père et du Fils et du Saint-Esprit. Luc sera le troisième qui écrira au Nom du Père et du Fils et du Saint-Esprit. Notre très cher frère Jean sera le quatrième et dernier qui écriera les Mystères de notre Sauveur et Maître, au Nom du Père et du Fils et du Saint-Esprit.» Le Seigneur confirma cette nomination avec la même Lumière divine qui demeura sur saint Pierre jusqu'à ce que celui-ci eût fini de l'énoncer et elle fut acceptée de tous ceux qui avaient été nommés.

8, 9, 560. Dans l'intervalle de quelques jours saint Matthieu détermina d'écrire son Évangile qui fut le premier. Et étant une nuit en oraison dans un appartement retiré de la maison du Cénacle, demandant Lumière au Seigneur pour commencer son Histoire, la Très Sainte Marie lui apparut dans un trône d'une majesté et d'une splendeur très grandes, sans que les portes de l'appartement où l'Apôtre priait eussent été ouvertes. Lorsqu'il vit la Reine du Ciel, il se prosterna en terre avec une révérence et une crainte admirables. l'Auguste Vierge lui commanda de se lever et c'est ce qu'il fit, lui demandant de le bénir; ensuite la Très Sainte Marie lui parla et lui dit: «Matthieu, mon serviteur, le Tout-Puissant m'envoie avec Sa bénédiction, afin qu'avec elle vous commenciez le Saint Évangile que par un heureux sort vous devez écrire. Pour cela Son Divin Esprit vous assistera et je le Lui demanderai avec toute l'affection de mon âme. Mais il convient que vous n'écriviez de moi que ce qui est indispensable pour manifester l'Incarnation et les Mystères du Verbe fait chair et implanter Sa Sainte Foi dans le monde comme fondement de l'Église. Et cette Foi étant assise, viendront d'autres siècles où le Très-Haut donnera connaissance aux fidèles des Mystères et des faveurs que Son Bras puissant opéra avec moi, quand il sera nécessaire de les manifester.» Saint Matthieu promit d'obéir à ce commandement de la Reine et pendant qu'il la consultait sur l'ordre de son Évangile l'Esprit-Saint descendit sur lui en forme visible; et en présence de la divine Mère il commença à l'écrire dans l'ordre qu'il a suivi. La Très Sainte Marie disparut et saint Matthieu poursuivit l'Histoire, quoiqu'il l'achevât ensuite en Judée [c], et il l'écrivit en langue hébraïque [d], l'an du Seigneur quarante-deux [e].

8, 9, 561. L'Évangéliste saint Marc écrivit son Évangile en Palestine, quatre ans après, ce qui fut l'an quarante-six de la Naissance du Christ, et il l'écrivit aussi en hébreu. Et pour commencer à l'écrire il demanda à son Ange gardien de donner connaissance à la Reine du Ciel de son intention, de lui demander sa faveur et de lui obtenir la Lumière divine pour ce qu'il devait écrire. La pieuse Mère fit cette demande, et aussitôt le Seigneur commanda aux Anges de la porter en la présence de l'Évangéliste qui persévérait dans son oraison, avec la majesté et l'ordre qu'ils avaient coutume de garder. La grande Reine du Ciel lui apparut dans un trône de grande beauté et de grande splendeur; et l'Évangéliste se prosternant, lui dit: «Mère du Sauveur du monde et Maîtresse de toutes les créatures je suis indigne de cette faveur, quoique serviteur de Votre Très Saint Fils et le Vôtre.» La divine Mère répondit: «Le Très-Haut que vous servez et que vous aimez m'envoie afin que je vous assure qu'Il écoute vos prières, et que Son Divin Esprit vous gouvernera pour écrire l'Évangile qu'Il vous a commandé.» Ensuite Elle lui ordonna de ne point écrire les Mystères qui la touchaient, comme Elle l'avait fait à saint Matthieu. Et à l'instant l'Esprit-Saint descendit en forme visible et éclatante entourant extérieurement l'Évangéliste et le comblant d'une nouvelle Lumière intérieure. La Princesse du Ciel avait dans cette occasion soixante et un an. Saint Jérôme dit que saint Marc écrivit à Rome son court Évangile à l'instance des fidèles qui étaient là, mais j'avertis que celui-ci fut transcrit ou copié de celui qu'il avait écrit en Palestine; et parce que les Chrétiens ne l'avaient point à Rome, ni non plus il n'en avait point d'autre, il l'écrivit de nouveau en langue latine, qui était la romaine.

8, 9, 562. Deux ans après qui fut l'an quarante-huit et de la Vierge la soixante-troisième année, saint Luc écrivit son Évangile en langue grecque. Et pour commencer à l'écrire, la Très Sainte Marie lui apparut comme aux deux autres Évangélistes; et ayant conféré avec la divine Mère que pour manifester les Mystères de l'Incarnation et la Vie de son Très Saint Fils il était nécessaire de déclarer la manière et l'ordre de la Conception du Verbe Humanisé et d'autres choses concernant la Vérité qui touchait son Altesse d'être Mère naturelle de Jésus-Christ; pour cela saint Luc s'étendit plus que les autres Évangélistes en ce qu'il écrivit de la Très Sainte Marie, réservant lui aussi les secrets et les merveilles qui la regardaient en tant que Mère de Dieu, comme Elle-même l'ordonna à l'Évangéliste. Ensuite l'Esprit-Saint descendit sur lui; et en présence de la grande Reine il commença son Évangile, comme son Altesse l'avait informé en particulier. Saint Luc demeura très dévot à la Reine du Ciel, et les espèces ou images qui lui demeurèrent imprimées d'avoir vu cette Très Douce Mère dans le trône et la Majesté avec lesquels Elle lui apparut en cette occasion ne s'effacèrent jamais de son intérieur; et ainsi il l'eut présente à l'esprit toute sa vie. Saint Luc était en Achaïe lorsqu'il écrivit son Évangile et que lui arriva cette apparition.

8, 9, 563. Le dernier des quatre qui écrivirent l'Évangile fut l'Apôtre saint Jean, l'an du Seigneur cinquante-huit. Il écrivit en langue grecque étant dans l'Asie Mineure, après la glorieuse Transition et l'Assomption de la Très Sainte Marie, contre les erreurs et les hérésies que le démon commença aussitôt à semer, comme je l'ai déjà dit [f], lesquelles furent principalement pour détruire la foi de l'Incarnation du Verbe divin par laquelle il avait été humilié et vaincu, et il prétendit ensuite faire la batterie des hérésies contre ce Mystère. C'est pour cette raison que l'Évangéliste saint Jean écrivit d'une façon si sublime et avec tant d'arguments pour prouver la Divinité réelle et véritable de Notre Sauveur Jésus-Christ, surpassant en cela les autres Évangélistes.

8, 9, 564. Et pour donner principe à son Évangile, quoique la Très Sainte Marie fût déjà glorieuse dans les Cieux, Elle en descendit personnellement avec une majesté et une gloire ineffables, accompagnée de milliers d'Anges de toutes les Hiérarchies et de tous les Choeurs, et Elle apparut à saint Jean et lui dit: «Jean, mon fils et serviteur du Très-Haut, c'est maintenant le temps opportun pour écrire la Vie et les Mystères de mon Très Saint Fils, et donner au monde une connaissance très expresse de Sa Divinité, afin que tous les mortels Le connaissent comme vrai Dieu et vrai homme, Fils du Père Éternel. Mais ce n'est pas le temps d'écrire maintenant les Mystères et les secrets que vous avez connus de moi, ni que vous les manifestiez au monde si accoutumé à l'idolâtrie, afin que Lucifer ne trouble pas maintenant ceux qui doivent recevoir la Sainte Foi du Rédempteur et de la Bienheureuse Trinité. Pour cela l'Esprit-Saint vous assistera et en ma présence je veux que vous commenciez à l'écrire.» L'Évangéliste adora la grande Reine du Ciel et fut rempli de l'Esprit Divin comme les autres. Ensuite il commença son Évangile, étant favorisé de la pieuse Mère; et ayant demandé sa bénédiction et sa protection Elle la lui donna et la lui promit pour tout le reste de la vie de l'Apôtre, et sur ce Elle retourna à la droite de son Très Saint Fils. Tel fut le principe qu'eurent les saints Évangiles par le moyen et l'intervention de la Très Sainte Marie afin que l'Église reconnaisse avoir reçu tous ces Bienfaits de sa main. Et pour continuer cette Histoire il a été nécessaire d'anticiper la relation des Évangélistes.

8, 9, 565. Mais dans l'état que l'Auguste Reine avait depuis le Concile des Apôtres, comme Elle vivait plus élevée dans la Science et la vue abstractive de la Divinité de même aussi Elle s'avança dans le soin et la sollicitude de l'Église qui allait chaque jour croissant en tout le globe. Elle était spécialement attentive, comme véritable Mère et Maîtresse à tous les Apôtres qui étaient comme une partie de son Coeur, où Elle les avait écrits. Et parce qu'aussitôt qu'ils eurent célébré ce Concile ils s'éloignèrent de Jérusalem, saint Jean et saint Jacques le Mineur demeurant là seuls, à cause de cette absence la pieuse Mère eut pour eux une compassion naturelle des travaux et des peines qu'ils souffraient dans la prédication. Elle les regardait avec cette compassion dans leurs voyages et avec une vénération souveraine à cause de la sainteté et de la dignité qu'ils avaient comme prêtres, Apôtres de son Très Saint Fils, fondateurs de Son Église, prédicateurs de Sa Doctrine et élus par la divine Sagesse pour de si hauts ministères de la gloire du Très-Haut. Et il fut véritablement nécessaire que Dieu élevât l'Auguste Maîtresse à l'état qu'Elle avait pour être attentive à tant de choses et en prendre soin dans toute la sphère de la Sainte Église; parce que dans un autre plus inférieur Elle n'aurait pas pu aussi convenablement et commodément renfermer dans son Coeur tant de soucis et jouir de la tranquillité, de la paix et du repos intérieur qu'Elle avait.

8, 9, 566. Outre la connaissance que la grande Reine avait en Dieu de l'état de l'Église, Elle chargea de nouveau ses Anges de prendre soin de tous les Apôtres et des disciples qui prêchaient, d'accourir avec promptitude à leur aide, de les consoler dans leurs tribulations, puisqu'ils pouvaient bien faire tout cela avec l'activité de leur nature et que rien ne les empêchait de voir conjointement la Face de Dieu et d'en jouir; et la fondation de l'Église était d'une si grande importance qu'ils devaient l'aider elle aussi comme ministres du Très-Haut et Oeuvres de Ses mains. Elle leur ordonna de même de lui donner avis de tout ce que les Apôtres faisaient, et singulièrement lorsqu'ils auraient besoin de vêtements, parce que la vigilante Mère voulut prendre soin de cela, afin qu'ils allassent vêtus uniformément, comme Elle le fit quand Elle les congédia de Jérusalem, ce dont j'ai parlé en son lieu [g]. Avec cette très prudente attention, tout le temps que la grande Reine vécut Elle eut soin que les Apôtres n'allassent point vêtus, différemment quand à l'habit extérieur; mais qu'ils eussent tous des vêtements de même forme et de même couleur, semblables à celui qu'avait son Très Saint Fils. Et pour cela Elle leur filait et leur tissait des soutanes de ses mains, les Anges l'aidant en cela par le ministère desquels Elle les envoyait aux Apôtres; elles étaient toutes semblables à celle de Notre-Seigneur Jésus-Christ duquel l'Auguste Mère voulait que la Doctrine et la Très Sainte Vie fussent prêchée par les Apôtres même par l'habit extérieur. Le reste du nécessaire pour le manger et l'entretien de la vie, Elle le laissa à la mendicité, au travail de leurs mains et aux aumônes qu'on leur offrait.

8, 9, 567. Par le ministère des Anges et l'ordre de leur Reine les Apôtres furent secourus plusieurs fois dans leur pérégrinations, les tribulations et les angoisses qu'ils souffraient à cause des persécutions des Gentils et des Juifs, et les démons qui les irritaient contre les prédicateurs de l'Évangile. Ils les visitaient souvent visiblement, leur parlant et les consolant de la part de la Très Sainte Marie. Parfois ils le faisaient intérieurement sans se manifester; d'autres fois ils les tiraient des prisons, leur donnaient avis des périls et des embûches; les dirigeaient par les chemins, les portaient d'un lieu à un autre où il convenait qu'ils prêchassent et ils les informaient de ce qu'ils devaient faire, conformément aux temps, aux lieux et aux nations. Les Anges donnaient avis de tout cela à l'Auguste Maîtresse, car seule Elle prenait soin de tous, Elle travaillait en tous et plus que tous. Il n'est pas possible de rapporter en détail les soins, les diligences et la sollicitude de cette pieuse Mère; parce qu'Elle ne passait point de jour ni de nuit dans lesquels Elle n'opérât plusieurs merveilles au bénéfice des Apôtres et de l'Église. En outre Elle leur écrivait souvent, pour leur donner des avertissements et des Doctrines divines par lesquelles Elle les animait, les exhortait, et les remplissait de consolation et de nouveau courage.

8, 9, 568. Mais ce que j'admire le plus est que non seulement Elle les visitait par le moyen des saints Anges et par lettres, mais quelquefois Elle leur apparaissait Elle-même quand ils l'invoquaient ou qu'ils étaient en quelque grande tribulation ou nécessité. Et quoique cela arriva à l'égard de plusieurs des Apôtres, hors des Évangélistes dont j'ai déjà parlé, je ferai seulement ici la relation des apparitions qu'Elle fit à saint Pierre, qui comme Chef de l'Église eut un plus grand besoin de l'assistance et des conseils de la Très Sainte Marie. Pour cette raison, Elle lui envoyait très souvent ses Anges, et le Saint lui envoyait aussi ceux qu'il avait comme Pontife de l'Église, et il lui écrivait et il communiquait avec Elle plus que les autres Apôtres. Immédiatement après le Concile de Jérusalem saint Pierre s'en alla en Asie Mineure et il s'arrêta à Antioche où il établit pour la première fois son siège pontifical. Et pour vaincre les difficultés qui se présentèrent à ce sujet, le Vicaire de Jésus-Christ se trouva dans l'angoisse et l'affliction, ce dont la Très Sainte Marie eut connaissance, et il eut besoin de la faveur de l'Auguste Reine. Et pour la lui donner comme il convenait à l'importance de cette affaire, les Anges la portèrent en la présence de saint Pierre dans un trône majestueux, comme je l'ai déjà dit d'autres fois [h]. Elle apparut à l'Apôtre qui était en oraison, et quand il la vit si resplendissante, il se prosterna en terre avec les ferveurs qui lui étaient accoutumées. Et s'adressant à la grande Reine il lui dit baigné de larmes: «D'où me vient à moi pécheur, que la Mère de mon Rédempteur et mon Seigneur vienne vers moi?» La grande Maîtresse des humbles descendit du trône dans lequel Elle était et tempérant ses splendeurs Elle se mit à genoux et demanda la bénédiction au Pontife de l'Église. Et Elle fit cette action seulement avec lui, car avec aucun des autres Apôtres Elle ne l'avait fait lorsqu'Elle leur apparaissait; quoiqu'hors des apparitions lorsqu'Elle leur parlait naturellement Elle leur demandait la bénédiction à genoux.

8, 9, 569. Mais comme saint Pierre était Vicaire de Jésus-Christ et Chef de l'Église, Elle procéda avec lui différemment, Elle descendit du trône de majesté où Elle se trouvait, et Elle le respecta comme Voyageuse pendant qu'Elle vivait dans l'Église en chair mortelle. Et parlant ensuite familièrement avec le saint Apôtre ils traitèrent des affaires ardues qu'il convenait de résoudre. L'une d'elles fut que dès lors on commencerait à célébrer dans l'Église quelques fêtes du Seigneur. Après quoi les Anges ramenèrent la Très Sainte Marie d'Antioche à Jérusalem. Et lorsque saint Pierre eut passé à Rome pour y transférer le siège apostolique, comme notre Sauveur l'avait ordonné, Elle apparut une autre fois au même Apôtre; et là ils déterminèrent que dans l'Église Romaine on commandât de célébrer la fête de la Naissance de son Très Saint Fils [i], la Passion et l'institution du Très Saint Sacrement tout ensemble comme l'Église le fait le Jeudi-Saint. La Fête-Dieu ou Corpus Christi y fut ordonné plusieurs années après, lui marquant un jour seul le premier jeudi après l'octave de la Pentecôte comme nous le célébrons maintenant. Mais la première du Jeudi-Saint provient de saint Pierre, et aussi la fête de la Résurrection, les Dimanches et l'Ascension, avec la Pâques et d'autres coutumes que l'Église romaine a depuis ce temps jusqu'à maintenant, et toutes ces fêtes furent instituées par l'ordre et le conseil de la Très Sainte Marie. Après cela saint Pierre vint en Espagne [j], et il visita quelques églises fondées par Jacques, puis il revint à Rome en ayant fondé lui-même quelques autres.

8, 9, 570. Dans une autre occasion, peu de temps avant la glorieuse transition de la divine Mère, saint Pierre étant aussi à Rome, il se souleva une altercation contre les Chrétiens, où les fidèles et saint Pierre avec eux se trouvèrent très affligés et angoissés. L'Apôtre se souvenait des faveurs qu'il avait reçues de la grande Reine du Monde dans ses tribulations; et en celle-ci il se trouvait privé de son conseil et de l'encouragement qu'il avait coutume d'en recevoir. Il demanda aux Anges de sa garde et de son Office de manifester son affliction et sa nécessité à la Bienheureuse Mère, afin qu'Elle le favorisât dans cette occasion par son intercession efficace auprès de son Très Saint Fils; mais Sa Majesté qui connaissait la ferveur et l'humilité de Son Vicaire saint Pierre, ne voulut point frustrer ses désirs. Pour cela Il commanda aux saints Anges de l'Apôtre de le porter à Jérusalem où était la Très Sainte Marie. Ils exécutèrent aussitôt ce commandement et le portèrent au Cénacle en présence de leur Reine. Les ferventes affections de l'Apôtre s'accrurent par ce Bienfait singulier; et il se prosterna en terre en présence de la Très Sainte Marie, plein de joie et de larmes de voir que tout ce que son coeur avait désiré s'était accompli. La Maîtresse de l'Église lui commanda de se lever, et se prosternant Elle dit: «Mon seigneur, donnez la bénédiction à votre Servante comme Vicaire de Jésus-Christ, mon Très Saint Fils.» Saint Pierre obéit et lui donna sa bénédiction, et ensuite ils rendirent grâces pour le Bienfait du Tout-Puissant de lui avoir accordé ce qu'il désirait; et quoique l'humble Maîtresse des Vertus n'ignorât point la tribulation de saint Pierre
et des fidèles de Rome, Elle écouta pendant qu'il la lui racontait comme elle était arrivée.

8, 9, 571. La Très Sainte Marie lui répondit tout ce qu'il lui convenait de savoir et de faire pour calmer cette émeute et pacifier l'Église de Rome. Elle parla à saint Pierre avec tant de Sagesse que bien qu'il eût un très haut concept de la Très Prudente Mère, il la connut dans cette occasion avec une nouvelle expérience et une nouvelle Lumière; il demeura hors de lui-même d'admiration et de jubilation, et il lui rendit d'humbles actions de grâces pour cette faveur. La Mère de la Sagesse le laissant instruit de plusieurs avis pour fonder l'Église de Rome, lui demanda la bénédiction une autre fois et prit congé de lui. Les Anges ramenèrent saint Pierre à Rome, et la Très Sainte Marie demeura prosternée en terre en forme de Croix comme Elle avait accoutumée, demandant au Seigneur de calmer cette persécution. Et Elle l'obtint; parce qu'en revenant saint Pierre trouva les choses en meilleur état; et ensuite les Consuls donnèrent permission à ceux qui professaient la Loi de Jésus-Christ de la garder librement. Avec ces merveilles que j'ai rapportées on comprendra quelque chose de celles que faisait la Très Sainte Marie dans le gouvernement des Apôtres et de l'Église; parce que si on devait les écrire toutes il serait nécessaire de faire plus de volumes que j'écris ici de lignes. Et ainsi je m'excuse de ne point me rallonger en cela pour dire dans le reste de cette Histoire les Bienfaits inouïs et admirables que notre Rédempteur Jésus-Christ fit à Sa divine Mère dans les dernières années de sa Vie; bien que je confesse que comparé à ce que j'ai compris, tout ce que je puis dire n'arrivera à donner que quelques indices, desquels la piété Chrétienne peut prendre occasion de former son jugement sur le reste et de louer le Tout-Puissant, Auteur de si vénérables sacrements.

DOCTRINE QUE ME DONNA LA REINE DES ANGES.


8, 9, 572. Ma très chère fille, en d'autres occasions je t'ai manifesté une plainte que j'ai entre autres, contre les enfants de la Sainte Église, et en particulier contre les femmes en qui la faute est plus grande, et pour moi plus odieuse, à cause de l'opposition qu'elle a avec tout ce que j'ai fait en chair mortelle, et je veux le répéter dans ce chapitre, afin que tu m'imites et que tu t'éloignes de ce que font d'autres femmes folles et filles de Bélial. C'est qu'elles traitent les prêtres du Très-Haut sans révérence, sans estime ni respect. Cette faute croît chaque jour dans l'Église et pour cela je renouvelle cet avis que tu as écrit d'autres fois. Dis-moi, ma fille, où est le jugement de ceux qui permettent que les prêtres oints du Seigneur, consacrés et élus pour sanctifier le monde, pour représenter Jésus-Christ et consacrer Son Corps et Son Sang, servent des femmes viles, impures et terrestres? Qu'ils soient debout et découverts et qu'ils témoignent du respect à une femme superbe et misérable, seulement parce qu'elle est riche et que lui est pauvre? Je vous demande si le prêtre pauvre a une moindre dignité que le riche? Est-ce que les richesses donnent une dignité, une puissance ou une excellence plus grandes ou égales que celle que donne mon Très Saint Fils à Ses prêtres et Ses ministres? Les Anges ne révèrent point les riches pour leur fortune; mais ils respectent les prêtres pour leur très sublime dignité. Comment donc admet-on cet abus et cette perversité dans l'Église que les christs du Seigneur soient outragés et méprisés même des fidèles qui les confessent et les connaissent pour sanctifiés par le Christ Lui-même?

8, 9, 573. Il est vrai que les prêtres eux-mêmes sont très coupables et très répréhensibles de s'assujettir au mépris de leur dignité au service des autres hommes et beaucoup plus des femmes. Mais si les prêtres ont quelque excuse dans leur pauvreté, les riches n'en ont point dans leur orgueil, si trouvant des prêtres pauvres ils les obligent à être leurs serviteurs, lorsqu'en fait de vérité ils sont seigneurs. Cette monstruosité est d'une grande horreur pour les Saints et très désagréable à mes yeux à cause de la vénération que j'eus pour les prêtres. Ma dignité de Mère de Dieu même était grande, cependant je me prosternais à leurs pieds, souvent je baisais le sol qu'ils avaient foulé, et je le tenais pour une grande fortune. Mais l'aveuglement du monde a obscurci la dignité sacerdotale, confondant le précieux avec le vil (Jér. 15: 19); il a fait que dans les lois et les désordres le prêtre est comme le reste du peuple (Is. 24: 2); ils se laissent servir par les uns et les autres sans distinction: et le même ministre qui est maintenant à l'autel offrant au Très-Haut le redoutable Sacrifice de Son Corps Sacré et de Son Sang, celui-là même sort aussitôt de là pour servir et accompagner comme serviteur jusqu'aux femmes qui par nature et condition sont si inférieures, et parfois plus indignes à cause de leurs péchés.

8, 9, 574. Je veux donc, ma fille que tu tâches de compenser cette faute et cet abus des enfants de l'Église en autant qu'il te sera possible. Et je te fais savoir que pour cela du trône de la gloire que j'ai dans le Ciel, je regarde avec vénération et respect les prêtres qui sont sur la terre. Tu dois les regarder toujours avec autant de respect que lorsqu'ils sont à l'autel ou avec le Saint Sacrement dans leurs mains; tu dois tenir en grande révérence jusqu'aux ornements et tout vêtement des prêtres, et c'était dans cet esprit que je faisais les tuniques pour les Apôtres. Et outre les raisons que tu as entendues et écrites des Saints Évangiles et de toutes les divines Écritures, tu connaîtras quelle estime tu dois en faire par ce qu'elles renferment et contiennent en elle-mêmes et par la manière dont le Très-Haut ordonna qu'ils fussent écrits; car le Saint-Esprit assista les Évangélistes et les Écrivains sacrés afin que l'Église demeurât riche et prospère avec une abondance de Doctrine, de Science et de Lumière des Mystères du Seigneur et de Ses Oeuvres. Tu dois avoir pour le Pontife romain une obéissance et une vénération souveraines, au-dessus de tous les hommes, et lorsque tu l'entendras nommer tu marqueras ta révérence en inclinant la tête, comme lorsque tu entends le nom de mon Fils et le mien; parce qu'il est sur la terre à la place de Jésus-Christ; et moi quand je vivais dans le monde et que je nommais saint Pierre je faisais la même chose. Je veux que tu sois attentive à tout cela, ma parfaite imitatrice et celle qui suit mes pas fidèlement, afin que tu pratiques ma Doctrine et que tu trouves grâces aux yeux du Très-Haut qui est beaucoup obligé de toutes ces oeuvres, et aucune n'est petite en Sa Présence si elle se fait pour Son Amour.

NOTES EXPLICATIVES
Extraites de celles de Don Creseto, à l'usage des prêtres.
8, 9, [a]. Livre 5, Nos. 790, 797, 846; Livre 7, Nos. 210, 214.
8, 9, . Saint Jean Chrysostôme et saint Jérôme disent que saint Luc, dans les Actes des Apôtres, laisse d'écrire plusieurs choses dites, faites et ordonnées par les Apôtres, ne s'étant proposé d'écrire que ce qui convenait à son but.
8, 9, [c]. Eusèbe, [Démonst. Évangé lib. III, c. 24].
8, 9, [d]. Saint Jérôme, [lib. III adv. Pelag. c. I]: L'Évangile saint Matthieu fut écrit en Syro chaldéen ou langue hébraïque.
8, 9, [e]. Athanase [in Synops.]; Euthyme [in Matt.].
8, 9, [f]. Livre 8, No. 522.
8, 9, [g]. Livre 7, No. 237.
8, 9, [h]. Livre 7, No. 193; Livre 8, No. 399.
8, 9, [i]. «Il y a un accord entre les auteurs Catholiques qui disent que ces fêtes dont parle ici la Vénérable Marie d'Agreda nous viennent de la plus haute antiquité et qu'elles sont même d'institution Apostolique.» Le Père Séraphin, [Apost. de Marie]. Saint Augustin écrit que la fête de l'Ascension fut instituée par
les Apôtres. Il n'a point de doute quand au dimanche et de même aussi de Noël et de la Pentecôte, comme écrit Bergier.
8, 9, [j]. On voit dans Lucius Dexter [In chron. an. Chr. 50]; Saint Innocent I, pape [Epis. ad Decent.]; les Bollandistes disent [29 juin] que saint Pierre visita l'Espagne; et saint Bède écrit qu'il visita l'Angleterre et qu'il érigea une église à Londres [Baron. ad an. 61].
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Combat avec l'Archange Michel

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Message par sga Ven 2 Oct 2020 - 13:56

CHAPITRE 10


Le souvenir et les exercices de la Passion qu'avait la Très Sainte Marie, la révérence avec laquelle Elle recevait la Sainte Communion, et d'autres oeuvres de sa Vie très parfaite.


8, 10, 575. Sans manquer au gouvernement extérieur de l'Église comme je l'ai déjà dit, la grande Reine du Ciel avait seule d'autres exercices et des oeuvres cachées par lesquelles Elle méritait et gagnait des Dons et des Bienfaits innombrables auprès du Très-Haut, tant en commun pour tous les fidèles, que pour des milliers d'âmes qu'Elle gagna par ces moyens pour la Vie Éternelle. De ces oeuvres et de ces secrets ignorés j'écrirai ce que je pourrai dans ces derniers chapitres pour notre enseignement, l'admiration et la gloire de cette Bienheureuse Mère. Pour cela j'avertis qu'à raison de plusieurs privilèges dont jouissait la grande Reine du Ciel, Elle avait toujours présents à sa mémoire tout la Vie, les Oeuvres et les Mystères de son Très Saint Fils, car outre la vision abstractive continuelle qu'Elle avait toujours de la Divinité dans ces dernières années, et qu'Elle connaissait toutes les choses en cette même Divinité, le Seigneur lui concéda dès sa Conception de ne point oublier ce qu'Elle avait une fois connu et appris; parce qu'en cela Elle jouissait d'un privilège de la nature angélique comme je l'ai écrit dans la première partie [a].

8, 10, 576. J'ai dit aussi dans la seconde partie [b], en écrivant la passion que la divine Mère sentit dans son corps et dans son Âme très pure toutes les douleurs des tourments que notre Sauveur Jésus-Christ reçut et souffrit, sans que rien ne lui fût caché, et Elle souffrit tous ces tourments avec le même Seigneur. Et ces images sensibles ne lui furent point effacées pour la vision de la Divinité avec les autres comme je l'ai déjà dit [c], au contraire Dieu les améliora, afin qu'en Elle, il lui fut miraculeusement compatible de jouir de cette vue et de sentir conjointement des douleurs, comme l'Auguste Mère le désirait le temps qu'Elle était Voyageuse en chair mortelle; parce qu'Elle se dédia tout entière à cet exercice, autant qu'il dépendait de sa volonté. Son très fidèle et très ardent amour ne lui permettait point de vivre sans souffrir avec son Très Doux Fils, depuis qu'Elle L'avait vu et accompagné dans Sa Passion. Et quoique Sa Majesté lui fit des Bienfaits et des faveurs si rares, comme on peut l'entendre de toute cette Histoire, néanmoins ces faveurs furent des gages et des démonstrations de l'Amour réciproque de son Très Saint Fils, qui selon notre manière de concevoir ne pouvait se contenir, ni manquer de traiter Sa Très Pure Mère comme Dieu d'Amour, Tout-Puissant et riche en Miséricordes infinies. Mais la Très Prudente Vierge ne les demandait ni ne les désirait point; parce qu'Elle appréciait la vie seulement pour être crucifiée avec Jésus-Christ, continuer en Elle-même Ses douleurs, renouveler Sa Passion, et sans cela il lui semblait oisif et sans fruit de vivre dans une chair passible.

8, 10, 577. Pour cela Elle ordonna ses occupations de telle manière qu'Elle eût toujours dans son intérieur l'Image de son Très Saint Fils endolori, affligé, couvert de plaies, frappé et défiguré par les tourments de Sa Passion, et au-dedans d'Elle-même Elle Le regardait dans cette forme comme dans un très clair miroir. Elle entendit les injures, les opprobres, les reproches et les blasphèmes qu'Il souffrit, se rappelant les Lieux, les temps et les circonstances où tout arriva, et Elle contemplait le tout ensemble d'un regard vif et pénétrant. Et quoiqu'à la vue de ce douloureux spectacle, pendant tout le cours du jour Elle continuât à faire des actes héroïques de vertu et qu'Elle sentît une grande douleur et une grande compassion, néanmoins son amour très prudent ne se contenta pas de ces exercices. A certaines heures et à certains moments déterminés où Elle était seule, Elle en ordonna d'autres avec ses Anges, particulièrement avec ceux que j'ai dits dans la première partie [d] qui portaient sur eux les signes et les devises des instruments de la Passion. Avec ceux-ci en premier lieu, et ensuite avec les autres Anges, Elle avait disposé qu'ils l'aidassent et l'assistassent dans les exercices suivants.

8, 10, 578. Pour chaque espèce de plaies et de douleurs que souffrit notre Sauveur Jésus-Christ Elle fit des oraisons particulières et des salutations avec lesquelles Elle les adorait, et Elle leur rendait une vénération et une adoration spéciales. Pour les paroles injurieuses d'affront et de mépris que les Juifs et les autres ennemis de Jésus-Christ lui avaient dites, pendant Sa Vie et Sa Très Sainte Passion, tant par l'envie qu'ils avaient conçue de Ses miracles que par leur vengeance et leur fureur, pour chacune de ces injures et chacun de ces blasphèmes Elle fit un cantique particulier dans lequel Elle rendait au Seigneur la vénération et l'honneur que les ennemis avaient prétendu obscurcir et Lui refuser. Pour chacun des gestes, des mépris et des dérisions qu'ils Lui avaient adressés, son Altesse faisait des génuflexions, des humiliations, des prosternations profondes et de cette manière Elle compensait et Elle défaisait pour ainsi dire les opprobres et les insultes que son Très Saint Fils avait reçus dans Sa Vie et Sa passion; et Elle confessait Sa Divinité, Son Humanité, Sa Sainteté, Ses Miracles, Ses Oeuvres et Sa Doctrine. Pour tout cela Elle Lui rendait gloire, vertu et magnificence; et en tout les saints Anges l'accompagnaient et ils lui répondaient, étant dans l'admiration de tant de sagesse, de fidélité et d'amour dans une pure Créature.

8, 10, 579. Et quand la Très Sainte Marie n'eût pas eu d'autre occupation en toute sa Vie que ces exercices de la Passion, Elle eût travaillé et mérité en cela plus que tous les Saints en tout ce qu'ils ont fait et souffert pour Dieu. Et par la force de l'amour et des douleurs qu'Elle sentait dans ces exercices Elle fut plusieurs fois martyre, puisqu'Elle y serait morte autant de fois, si par la Vertu divine Elle n'avait été préservée pour de plus grands mérites et une plus grande gloire. Et si Elle offrait toutes ces oeuvres pour l'Église, comme Elle le faisait avec une Charité ineffable, considérons la dette que nous ses enfants, les fidèles, avons envers cette Mère de Clémence qui accrut tant le Trésor dont nous sommes secourus, nous misérables enfants d'Ève. Et pour que notre méditation ne soit pas si lâche et si tiède, je dis que les Effets de celle qu'avait la Très Sainte Marie furent inouïs; parce que plusieurs fois Elle répandait des larmes de sang jusqu'à en avoir tout le Visage baigné; d'autres fois Elle suait avec agonie non seulement de l'eau mais du sang jusqu'à couler sur le sol. Et ce qui plus est, son Coeur se déracina et se déplaça quelquefois de son lieu naturel [e] par la force de la douleur; et lorsqu'Elle arrivait à une telle extrémité, son Très Saint Fils descendait du Ciel pour lui donner des forces et la vie, et guérir cette douleur et cette blessure que son amour lui causait, ou que Sa Très Douce Mère avait soufferte pour Lui; et le même Seigneur la confortait et la renouvelait pour continuer ses douleurs et ses exercices.

8, 10, 580. Dans ces affections et ces sentiments le Seigneur exceptait seulement les jours que la divine Mère célébrait le Mystère de la Résurrection, comme je le dirai plus loin [f], afin que les effets correspondissent à la cause. Quelques-unes de ces douleurs et de ces peines n'étaient pas non plus compatibles avec les faveurs dont les effets redondaient dans son corps Virginal, parce que la joie excluait la peine. Mais Elle ne perdit jamais de vue l'Objet de la Passion, et Elle mêlait la reconnaissance de ce que son Très Saint Fils avait souffert. De sorte que dans ces Bienfaits où Elle jouissait, la Passion du Seigneur entrait toujours pour tempérer en quelque façon par cette aigreur la douceur de ses autres jouissances. Elle disposa aussi avec l'Évangéliste saint Jean qu'il lui donnât permission de se recueillir pour célébrer la Mort et les obsèques de son Très Saint Fils le vendredi de chaque semaine, et ce jour là Elle ne sortait point de son oratoire. Saint Jean demeurait dans le Cénacle pour répondre à ceux qui la chercheraient, afin qu'aucun n'arrivât à Elle; et si l'Évangéliste manquait, un autre disciple assistait. La Très Sainte Marie se retirait pour cet exercice à cinq heures du soir, et Elle ne sortait que le dimanche vers midi. Et afin qu'en ces trois jours Elle ne manquât point au gouvernement et aux nécessités graves s'il s'en présentait quelqu'une, la divine Mère ordonna que pour cela une Ange sortît avec sa forme corporelle, et qu'il dépêchât ce qui était nécessaire si le cas ne permettait point de délai. Si prévoyante et si attentive Elle était en toutes les oeuvres de charité à l'égard de ses enfants et de ses domestiques.

8, 10, 581. Notre capacité n'arrive point à dire ni à penser ce qui se passait dans cet exercice pour la divine Mère durant ces trois jours; seul le Seigneur qui le faisait le manifestera en Son temps dans la lumière des Saints. Ce que j'ai connu je ne peux pas non plus l'expliquer, et je dis seulement que commençant par le lavement des pieds, la Très Sainte Marie poursuivait jusqu'à arriver au Mystère de la Résurrection; et en chaque heure et en chaque temps Elle renouvelait en Elle-même tous les mouvements, toutes les oeuvres, toutes les actions et les passions comme elle s'étaient exécutées en son Très Saint Fils. Elle faisait les mêmes oraisons et les mêmes demandes que Lui, comme nous l'avons dit en son lieu [g]. La Très Pure Mère sentait de nouveau dans son corps Virginal toutes les douleurs, dans les mêmes parties et au même temps que le Christ, notre Sauveur les avait souffertes. Elle portait la Croix et s'y mettait. Et pour comprendre tout, je dis que tant que la divine Mère vécut, toute la Passion de son Très Saint Fils se renouvelait en Elle chaque semaine. Dans cet exercice, elle obtint de grandes faveurs et de grands Bienfaits du Seigneur pour ceux qui seraient dévots à Sa Très Sainte Passion [h]. Et l'Auguste Dame comme puissante Reine leur promit une protection spéciale et une participation des Trésors de la Passion; parce qu'Elle désirait avec une intime affection que ce souvenir se continuât et se conservât dans l'Église. Et en vertu de ces désirs et de ces demandes, le même Seigneur a ordonné qu'ensuite dans la Sainte Église plusieurs personnes aient suivi ces exercices de la Passion, imitant en cela Sa Très Sainte Mère qui fut la première Maîtresse et l'Auteur d'une occupation si estimable.

8, 10, 582. La grande Reine se signalait dans la célébration de l'institution du Très Saint Sacrement par de nouveaux cantiques de louanges, de remerciements et d'actes d'amour fervents. Et pour cela Elle conviait singulièrement ses Anges et beaucoup d'autres qui descendaient du Ciel empirée pour l'assister et l'accompagner dans ces louanges du Seigneur. Et ce fut une merveille digne de Sa Toute-Puissance, que comme la divine Mère et Maîtresse avait dans son Coeur le même Jésus-Christ Sacramenté, qui y demeurait, comme je l'ai dit plus haut, d'une Communion à l'autre, Sa Majesté envoyait plusieurs Anges des hauteurs, afin qu'ils vissent ce prodige dans Sa Très Sainte Mère et qu'ils Lui rendissent louange et gloire pour les Effets qu'il produisait dans cette Créature plus Pure et plus Sainte que les Anges mêmes et les Séraphins, car ni avant ni après ils ne virent une autre Oeuvre semblable en tout le reste de l'univers.

8, 10, 583. Ce n'était pas un moindre sujet d'admiration pour eux, comme ce le sera pour nous, de savoir que la grande Reine du Ciel quoiqu'Elle fut déjà disposée d'une façon si ineffable qu'Elle pouvait conserver dignement d'une manière permanente Jésus-Christ Sacramenté dans son Coeur, se disposât et se préparât de nouveau par des ferveurs, des oeuvres et des dévotions nouvelles quand Elle était pour communier, ce qui était presque chaque jour, hors les jours qu'Elle ne sortait pas de son oratoire. Elle offrait d'abord pour ces Communions tout l'exercice de la Passion de chaque semaine; ensuite, quand Elle se retirait dans les commencements de la nuit précédent le jour de la Communion, Elle commençait d'autres exercices de prosternations en terre, se mettant en forme de Croix et faisant d'autres génuflexions ou oraisons, adorant l'Etre immuable de Dieu. Elle demandait permission au Seigneur pour Lui parler et avec cette permission Elle Le suppliait de ne point regarder sa bassesse terrestre et de lui concéder la Communion de son Très Saint Fils Sacramenté; et que pour lui faire ce Bienfait, Il s'obligeât de Sa propre Bonté infinie et de la Charité qu'avait eue le même Dieu fait homme en demeurant Sacramenté dans la Sainte Église. Elle Lui offrait Sa propre Passion et Sa Mort, la dignité avec laquelle Il Se communia Lui-même, l'union de la Nature humaine avec la Divine dans la Personne du même Jésus-Christ, toutes Ses Oeuvres dès l'instant qu'Il S'Incarna dans son propre sein Virginal, toute la sainteté et la pureté de la nature angélique et ses oeuvres, et toutes celles des justes passés, présents et futurs dans tous les siècles.

8, 10, 584. Ensuite elle faisait des actes très intenses de profonde humilité, se considérant poussière et de nature terrestre en comparaison de l'Etre infini de Dieu à qui nous, les créatures, sommes si inférieures et si inégales. Dans cette contemplation de son infériorité, et de la grandeur de Dieu qu'elle devait recevoir Sacramenté, Elle faisait tant de pondération et de si prudentes affections qu'il n'y a point de termes pour le manifester; parce qu'Elle s'élevait et Elle montait au-dessus des suprêmes Choeurs des Chérubins et des Séraphins: et comme entre les créatures Elle prenait la dernière place dans sa propre estime, elle conviait aussitôt ses Anges et tous les autres; et avec une affection d'humilité incomparable Elle leur demandait de supplier avec Elle le Seigneur de la disposer et de la préparer pour Le recevoir dignement, parce qu'Elle était une Créature inférieure et terrestre. Les Anges lui obéissaient en cela, et avec joie et admiration ils l'assistaient et l'accompagnaient dans ces prières en quoi Elle occupait la plus grande partie de la nuit qui précédait la Communion.

8, 10, 585. Et comme la sagesse de la grande Reine, quoique finie en soi, est pour nous incompréhensible, jamais on ne pourra comprendre dignement où
arrivaient les oeuvres et les vertus qu'Elle exerçait, et les affections d'amour qu'Elle avait dans ces occasions. Mais c'était ordinairement de manière qu'Elle obligeait souvent le Seigneur à la visiter ou à lui répondre, donnant à entendre l'agrément avec lequel Il viendrait Sacramenté dans sa poitrine et dans son Coeur, et qu'il y renouvellerait les gages de Son Amour infini. Lorsqu'arrivait l'heure de communier Elle entendait d'abord la Messe que l'Évangéliste disait d'ordinaire; et quoiqu'alors il n'y avait point d'Épître ni d'Évangile, qui n'étaient pas écrits comme maintenant, il la disait avec d'autres rites et d'autres cérémonies, plusieurs Psaumes et certaines oraisons; néanmoins la Consécration fut toujours la même. La Messe s'achevant, la divine Mère s'approchait pour communier en faisant trois génuflexions très profondes; et toute embrasée Elle recevait dans son Coeur Très Pur, son propre Fils Sacramenté, à qui dans son tabernacle Virginal Elle avait donné cette Humanité très Sainte. Ayant communié Elle se retirait; et s'il n'était pas très nécessaire de sortir pour quelque grande nécessité du prochain, Elle persévérait pendant trois heures dans son recueillement. Et dans ce temps l'Évangéliste mérita de la voir plusieurs fois environnée d'une splendeur qui émettait des rayons de lumière comme le soleil.

8, 10, 586. Et pour célébrer le Sacrifice non-sanglant de la Messe, la prudente Mère connut qu'il convenait que les Apôtres et les prêtres eussent différents ornements et des vêtements mystérieux en plus de leurs vêtements ordinaires. Avec cet esprit, Elle fit de ses mains des vêtements et des ornements sacerdotaux pour célébrer la Messe, donnant Elle-même principe à cette coutume et cette sainte cérémonie de l'Église. Et quoique ces ornements ne fussent point de la même forme que l'Église romaine les a maintenant, ils n'étaient néanmoins pas très différents, et ensuite ils ont été réduits à la forme qu'ils ont maintenant. Cependant la matière fut plus semblable, parce qu'Elle les fit de lin et de soie riche, se servant pour cela des aumônes et des dons qu'on lui offrait. Quand Elle travaillait à ces ornements, Elle les cousait et les disposait, étant toujours à genoux ou debout et Elle ne les confiait pas à d'autres sacristains, si ce n'est aux Anges qui l'assistaient et l'aidaient en tout cela; et Elle tenait ainsi avec un ordre et une propreté admirables tous les ornements et les autres choses qui servaient à l'autel; et le tout sortait de telles mains avec un parfum céleste qui enflammait l'esprit des ministres de Dieu.

8, 10, 587. Plusieurs fidèles convertis venaient à Jérusalem des royaumes ou des provinces différentes où prêchaient les Apôtres, pour visiter et connaître la Mère du Rédempteur du monde et ils lui offraient de riches dons. Entre autres, quatre grands princes vinrent la visiter, et ils lui apportèrent plusieurs choses de valeur, afin qu'Elle s'en servît et qu'Elle les donnât aux Apôtres et aux disciples. La grande Reine répondit qu'Elle était pauvre comme son Fils, et que les Apôtres l'étaient comme leur Maître et que ces richesse ne leur convenaient point pour la vie qu'ils professaient. Ils lui répliquèrent de les recevoir pour leur consolation et de les donner aux pauvres ou de s'en servir pour le Culte divin. Et à cause de l'instance qu'ils lui firent, Elle accepta une partie de ce qu'ils lui offraient, et de quelques riches toiles Elle fit des ornements pour l'autel; le reste Elle le répartit aux pauvres et aux hôpitaux qu'Elle visitait d'ordinaire où Elle lavait et servait les pauvres de ses mains; et c'était à genoux qu'Elle accomplissait ces ministères et qu'Elle leur donnait l'aumône. Elle consolait tous les nécessiteux, Elle aidait tous les agonisants qu'Elle pouvait assister à bien mourir et Elle ne reposait jamais dans les oeuvres de charité soit en les exerçant extérieurement, en sollicitant et en priant quand Elle était retiré dans sons recueillement.

8, 10, 588. Elle donna à ces rois ou princes qui la visitèrent de salutaires conseils, des admonestations et des instructions pour gouverner leurs États; et Elle les chargea de garder et d'administrer la justice avec égalité, sans acception de personnes; qu'ils se reconnussent pour hommes mortels comme les autres, et qu'ils craignissent le jugement du suprême Juge, par qui tous doivent être jugés pour leurs propres oeuvres; et surtout qu'ils procurassent l'exaltation du Nom de Jésus-Christ, la propagation et la sécurité de la Sainte Foi, dans la fermeté de laquelle s'établissent les vrais empires et les monarchies les plus affermis, parce que sans cela régner est une lamentable et très malheureuse servitude des démons; et Dieu ne la permet point sinon pour le châtiment de ceux qui règnent et de leurs vassaux, par Ses jugements secrets et occultes. Ces heureux princes lui promirent d'exécuter toutes ses instructions et ensuite ils conservèrent des communications avec la divine Reine par lettres et autres correspondances. La même chose arriva à tous ceux qui la visitèrent respectivement; parce que tous se retiraient de sa vue et de sa présence améliorés et remplis de Lumière, d'allégresse et de consolation, ce qu'ils ne pouvait s'expliquer. Et plusieurs qui n'avaient point été fidèles jusqu'alors, en la voyant confessaient à haute voix la foi du Dieu véritable, sans
pouvoir se contenir par la force qu'ils ressentaient intérieurement en arrivant en la présence de la Bienheureuse Mère.

8, 10, 589. Et ce n'était pas merveille que cela arrivât quand cette Auguste Souveraine tout entière était un Instrument très efficace du Pouvoir de Dieu et de Sa grâce pour les mortels. Non seulement ses paroles pleines d'une très sublime Sagesse les mettaient dans l'admiration et les convainquaient tous, leur communiquant une nouvelle Lumière; mais comme la grâce était répandue sur ses lèvres (Ps. 44: 3) pour la communiquer par ses paroles, de même aussi par la grâce et la beauté de son Visage, la majesté affable de sa personne, la modestie de son air très honnête, très grave et très agréable et la Vertu cachée qui sortait d'Elle, comme l'Évangéliste le dit de son Très Saint Fils (Luc 6: 19), Elle attirait les coeurs et les renouvelait. Les uns demeuraient en suspens, d'autres fondaient en larmes, d'autres éclataient en paroles et en louanges admirables, confessant que grand était le Dieu des Chrétiens qui avait formé une telle Créature. Et véritablement ils pouvaient affirmer ce que quelques Saints ont proclamé [i], que Marie était un Prodige divin de toute sainteté. Qu'Elle soit éternellement louée et connue de toutes les générations (Luc 1: 48) pour Mère véritable du même Dieu qui la fit si agréable à Ses yeux, si douce Mère pour les pécheurs et si aimable pour tous les Anges et les hommes.

8, 10, 590. Dans ces dernières années l'Impératrice de l'Univers ne mangeait et ne buvait que très peu, et Elle prenait cela par obéissance à saint Jean qui lui demanda aussi de se coucher la nuit et de reposer quelque temps. Mais son sommeil n'était qu'une légère suspension des sens, et ne durait qu'à peu près une demi-heure, tout au plus une heure et sans perdre la vision de la Divinité de la manière qui a été dite plus haut [j]. Sa nourriture consistait d'ordinaire en quelques bouchées de pain; quelquefois Elle mangeait un peu de poisson à l'instance de l'Évangéliste et pour l'accompagner; car le Saint fut aussi heureux en cela que dans les autres privilèges de fils de la Très Sainte Marie; puisque non seulement il mangeait avec Elle à une même table, mais la grande Dame lui préparait ses repas, Elle les lui servait comme une mère à son fils, et Elle lui obéissait comme prêtre et substitut de Jésus-Christ. L'Auguste Reine aurait bien pu se passer de ce sommeil et de cet aliment, qui paraissaient plutôt une cérémonie qu'un soutien de la vie; Elle ne les prenait point par nécessité, mais pour exercer l'obéissance envers l'Apôtre et l'humilité, reconnaissant et payant en quelque chose la dépendance de la nature humaine, parce qu'en tout Elle était très prudente.

DOCTRINE QUE ME DONNA LA REINE DES ANGES
LA TRÈS SAINTE MARIE.

8, 10, 591. Ma fille, les mortels connaîtront le souvenir et la reconnaissance que j'eus, dans tout le cours de ma Vie, des Oeuvres de la Rédemption humaine, de la Passion et de la Mort de mon Très Saint Fils, spécialement après qu'Il Se fût offert sur la Croix pour le Salut Éternel des hommes. Mais dans ce chapitre j'ai voulu particulièrement te donner connaissance du soin et des exercices répétés avec lesquels je renouvelais en moi non seulement le souvenir, mais les douleurs de la Passion; afin que le monstrueux oubli que les hommes rachetés ont de cet incompréhensible Bienfait demeure repris et confus avec cette connaissance. Oh! que l'ingratitude des hommes est lourde, horrible et dangereuse. L'oubli est le clair indice du mépris; parce que l'on n'oublie pas tant ce que l'on estime beaucoup. Donc avec quelle raison et quel jugement les hommes méprisent-ils et oublient-ils le Bien Éternel qu'ils ont reçu? l'Amour avec lequel le Père Éternel livra Son Fils Unique à la Mort? la Charité et la patience avec lesquelles Son propre Fils (Jean 3: 16) et le mien la souffrit pour eux? La terre insensible est reconnaissante envers celui qui la cultive et qui la bénéficie. Les animaux féroces se domptent et s'adoucissent en reconnaissant le bienfait qu'ils reçoivent. Les hommes eux-mêmes les uns envers les autres se montrent obligés envers leurs bienfaiteurs; et lorsque cette reconnaissance manque en eux, ils le sentent, le condamnent et l'envisagent pour une grande offense.

8, 10, 592. Quelle raison y a-t-il donc pour qu'ils soient ingrats seulement envers leur Dieu et leur Rédempteur et qu'ils oublient ce qu'Il a souffert pour les racheter de leur éternelle damnation? Et outre ce mauvais retour ils se plaignent s'Il n'accourt pas à les contenter en tout ce qu'ils désirent. Afin qu'ils comprennent combien cette ingratitude s'élève contre eux, je t'avertis, ma fille, que Lucifer et ses démons la connaissant en tant d'âmes tirent cette conséquence, et ils disent de chacune: «Cette âme ne se souvient ni ne fait d'estime du Bienfait que Dieu lui accorda en la rachetant, nous sommes donc assurés de l'avoir, car celle qui est si insensée en cet oubli ne comprendra pas plus nos erreurs. Approchons-nous pour la tenter et la détruire, puisqu'il lui manque la plus grande défense contre nous.» Et avec la longue expérience qui a prouvé que cette conséquence était infaillible, ils prétendent avec soin effacer des hommes le souvenir de la Rédemption et de la Mort de Jésus-Christ, et qu'il devienne méprisable d'en parler et de la prêcher; et ainsi ils l'ont obtenue en grande partie avec une ruine lamentable des âmes. Et au contraire ils se méfient et ils craignent de tenter ceux qui s'accoutument à la méditation et au souvenir de la Passion; parce que de ce souvenir, les démons sentent contre eux une force et une Vertu qui souvent ne les laissent point approcher de ceux qui renouvellent dans leur mémoire ces Mystères avec dévotion.

8, 10, 593. Je veux donc de toi, mon amie, que tu n'éloignes point de ton coeur ce bouquet de myrrhe, et que tu me suives de toutes tes forces dans la mémoire et les exercices que je faisais pour imiter mon Très Saint Fils dans Ses douleurs et pour réparer les outrages que Sa divine Personne reçut avec les injures et les blasphèmes des ennemis qui Le crucifièrent. Tâche donc maintenant dans le monde de Lui donner quelque compensation de la honteuse ingratitude et de l'oubli des mortels. Et pour le faire comme je le veux de toi, n'interromps jamais le souvenir de Jésus-Christ crucifié, affligé et blasphémé. Persévère à en faire les exercices sans les omettre, si ce n'est par obéissance ou une juste cause qui t'empêche; car si tu m'imites en cela, je te ferai participante des Effets que je sentais dans ces oeuvres.

8, 10, 594. Pour te disposer chaque jour pour la Communion, tu appliqueras en premier lieu ce que je faisais en cela; et ensuite tu m'imiteras dans les autres oeuvres et les diligences que tu as connu que j'opérais, considérant que si moi, étant Mère de même Seigneur que je devais recevoir, je ne me jugeais pas digne de la sainte Communion, et je sollicitais par tant de moyens la pureté digne d'un si grand Sacrement, que dois-tu faire toi, pauvre et sujette à tant de misères, d'imperfections et de péchés? Purifie le temple de ton intérieur, l'examinant à la Lumière divine et l'ornant de Vertus excellentes, parce que c'est Dieu Éternel que
tu reçois; et Lui seul fut digne par Soi de Se recevoir Sacramenté. Demande l'intercession des Anges et des Saints, afin qu'ils t'obtiennent la grâce de Sa Majesté. Et surtout je t'avertis de m'invoquer et de me prier pour ce Bienfait, parce que je te fais savoir que je suis l'Avocate spéciale et la Protectrice de ceux qui désirent s'approcher avec une grande pureté de la Sainte Communion. Et quand ils me prient pour cela, je me présente dans le Ciel devant le trône du Très-Haut, et je sollicite Sa faveur et Sa grâce pour ceux qui désirent Le recevoir Sacramenté, comme celle qui connaît la disposition que demande le lieu où Dieu même doit entrer. Et je n'ai point perdu dans le Ciel, ce souci et ce zèle de Sa gloire que je procurais avec tant de dévouement lorsque j'étais sur la terre. Ensuite après mon intercession demande celle des Anges, qui eux aussi désirent ardemment que les âmes s'approchent de la Sainte Eucharistie avec une grande dévotion et une grande pureté

NOTES EXPLICATIVES
Extraites de celles de Don Creseto, à l'usage des prêtres.
8, 10, [a]. Livre 2, Nos. 537, 601.
8, 10, [b]. Livre 6, Nos. 1246, 1274, 1287, 1341.
8, 10, [c]. Livre 8, No. 540.
8, 10, [d]. Livre 1, Nos. 208, 373.
8, 10, [e]. Pour celui qui est entré dans les voies mystiques, le coeur qui est toujours en mouvement peut devenir l'organe spécial de l'action surnaturelle de Dieu, ou sortir de sa place, ou croître en dimension, comme il arriva à plusieurs
Saints, à saint Philippe de Néri, à saint Paul de la Croix et à d'autres. Il peu même être marqué de signes ou caractères mystérieux, comme il arriva à sainte Véronique Juliani et à d'autres Saintes.
8, 10, [f]. Livre 8, No. 674.
8, 10, [g]. Livre 6, Nos. 1162, 1184, 1212, etc.
8, 10, [h]. On ne pourrait jamais assez recommander aux fidèles la dévotion et la méditation quotidienne de la Passion de Jésus-Christ qui donne tant de complaisance à la Très Sainte Marie et encore plus à Jésus-Christ même, qui ne désire rien de plus que de trouver quelqu'un qui pense à Ses douleurs et qui se montre reconnaissant envers Son immense Amour qui Le fit mourir pour nous. D'ailleurs cette méditation est d'un souverain avantage pour nous-mêmes, amortissant le feu des passions, allumant la flamme de l'Amour divin et nous attirant une vraie pluie de grâce de la part de Dieu. Saint Bernard écrit: «C'est dans cette méditation que j'ai mis la perfection de la sainteté, la plénitude de la science, les richesses du salut, l'abondance des mérites. C'est une pareille méditation qui me relève dans l'adversité, me retient du péché dans la prospérité et me fait marcher assuré entre les biens et les maux de cette vie, évitant les dangers qui me menacent à droite et à gauche.» [Serm. 42 in Cant.].
8, 10, [i]. Sainte Ignace, martyr [Ep. I]; saint Éphrem [in laud. Virg.], et ailleurs.
8, 10, [j]. Livre 8, No. 535.
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Combat avec l'Archange Michel

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Message par sga Ven 9 Oct 2020 - 12:15

CHAPITRE 11


Le Seigneur éleva par de nouveaux Bienfaits la Très Sainte Marie au-dessus de l'état que j'ai dit plus haut dans le chapitre huit de ce livre.


8, 11, 595. Dans ce chapitre se trouve écrit que la grande Reine du Ciel fut alimentée avec cette nourriture que lui fournit le Seigneur, dans cet état et cette disposition que j'ai déclarés [a], pour les mille deux cent soixante jours que dit l'Évangéliste dans le chapitre 12 (Apoc. 12: 6) de l'Apocalypse. Ces jours font trois ans et demi plus ou moins, avec lesquels la Très Pure Marie accomplie les soixante ans de son âge plus deux mois et quelques jours, en l'année du Seigneur quarante-cinq. Et comme la pierre dans son mouvement naturel avec lequel elle descend à son centre, prend une plus grande vélocité quand elle s'en approche davantage, de même lorsque notre Reine, l'Impératrice de l'Univers, s'approchait de sa fin et du terme de sa très Sainte Vie, les vols de son très Pur esprit étaient plus prompts, et les ardeurs de ses désirs d'arriver au centre de son Repos Éternel étaient plus vives. Dès l'instant de son Immaculée Conception Elle était sortie comme un riche fleuve de l'Océan de la Divinité où Elle fut idéalisée dans les siècles éternels; et par le cours impétueux de tant de Dons, de grâces, de faveurs, de vertus, de sainteté et de mérites Elle avait crû de telle sorte que désormais toute la sphère des créatures lui devenait étroite; et avec un mouvement rapide et presque impatient de la sagesse et de l'amour, Elle se pressait pour s'unir à la Mer d'où Elle était sortie (Eccl. 1: 7), afin d'y retourner et de répandre de là de nouveau sa Clémence maternelle sur l'Église.

8, 11, 596. La grande Reine vivait déjà en ces dernières années dans la douce violence de l'amour qui lui était un genre de martyre continuel; et c'est une philosophie vraie que dans ces mouvements de l'esprit, lorsque le centre est plus voisin il attire avec une plus grande force ce qui s'en approche; et en la Très Sainte Marie il était dans une si grande proximité du côté du Bien infini et Souverain que seule la muraille ou paroi de la mortalité l'en séparait comme il est dit dans les Cantiques (Cant. 2: 9); cela n'empêchait point qu'ils se vissent et se regardassent avec un amour et une vue réciproques, et du côté des deux militait l'amour si impatient des milieux qui empêchaient l'union de ce qui était aimé, qu'il ne désirait rien de plus que de les vaincre et de les éloigner pour arriver à obtenir cette union. Son Très Saint Fils le désirait, et la nécessité que l'Église avait toujours d'une telle Maîtresse le retenait. La Très Douce Mère le souhaitait également, et quoiqu'Elle se retînt pour ne point demander la mort; Elle ne pouvait néanmoins empêcher la force de l'amour de sentir la violence de la vie mortelle et de ses liens qui arrêtaient son vol.

8, 11, 597. Mais tant que n'arrivait point l'heure déterminée par la Sagesse Éternelle, Elle souffrait les douleurs de l'amour qui est fort (Cant. 8: 6) comme la mort. Par elles Elle appelait son Bien-Aimé afin qu'Il sortît de Ses cabinets secrets (Cant. 7: 11), qu'Il descendît au champ, qu'Il s'arrêtât dans cette villa, qu'Il vît les fleurs (Cant. 7: 12) et les fruits si odoriférants et si suaves de Sa vigne. Avec ces flèches de ses yeux et de ses désirs Elle blessa (Cant. 4: 9) le Coeur du Bien-Aimé, Elle Le fit voler des Hauteurs et descendre en sa présence. Il arriva donc qu'un jour dans le temps dont je parle, les anxiétés amoureuses de la Bienheureuse Mère s'accrurent de manière qu'on peut dire véritablement qu'Elle était malade d'amour (Cant. 2: 5), parce que sans avoir les défauts de nos passions terrestres, Elle souffrait des ardeurs du Coeur qui se mouvait de son lieu, le Seigneur le permettant, afin que comme Il était la Cause de la maladie, Il le fût glorieusement de la Cure et du Remède. Les saints Anges qui l'assistaient, dans l'admiration de la force et des effets de l'amour de leur Reine, lui parlaient comme Anges, afin qu'Elle reçut quelque soulagement par l'espérance si certaine de sa possession désirée; mais ces remèdes n'apaisaient point la flamme, au contraire ils l'embrasaient, et la grande Dame ne leur répondait qu'en les conjurant de dire (Cant. 5: Cool à son Bien-Aimé qu'Elle était malade d'amour; et eux lui répliquaient lui donnant les signes qu'Elle désirait. Dans cette occasion et d'autres de ces dernières années, j'avertis que tous les mystères occultes et cachés des Cantiques de Salomon s'exécutèrent spécialement en cette Unique et digne Épouse. Il fut nécessaire que les suprêmes Princes qui l'assistaient en forme visible la reçussent dans leurs bras à cause des douleurs qu'Elle sentait.

8, 11, 598. Son Très Saint Fils descendit du Ciel en cette occasion pour la visiter, dans un trône de gloire et accompagné de milliers d'Anges qui Lui rendaient louanges et magnificence. Et s'approchant de Sa Très Pure Mère, Il la renouvela, la conforta dans sa langueur et lui dit en même temps: «Ma Mère, Notre Bien-Aimée et Notre Élue pour Notre bon plaisir, les clameurs et les soupirs de votre Coeur (Cant. 4: 9) amoureux ont blessé Mon Coeur. Venez Ma Colombe, à Ma céleste Patrie, où votre douleur se convertira en joie, vos larmes en allégresse, et là, vous vous reposerez de vos peines.» Aussitôt les saints Anges par commandement du même Seigneur mirent la Reine dans le trône au côté de son Très Saint Fils, et avec une musique céleste, ils montèrent tous au Ciel empirée. Et la Très Sainte Marie adora la Bienheureuse Trinité. L'Humanité de Jésus-Christ notre Sauveur l'avait toujours à Son côté, causant une joie accidentelle à tous les courtisans du Ciel; et le Seigneur manifestant de vouloir parler, comme si à notre manière de concevoir Il eût imposé une nouvelle attention aux Saints, Il S'adressa au Père Éternel et dit:

8, 11, 599. «Mon Père Éternel, cette Femme est Celle qui Me donna la forme humaine dans son sein Virginal; Celle qui M'alimenta à son sein et me sustenta de son travail; Celle qui M'accompagna dans Mes travaux et qui coopéra avec Moi dans les Oeuvres de la Rédemption des hommes; Celle qui fut toujours très fidèle et qui exécuta en tout Notre Volonté avec plénitude de Notre Agrément: Elle est comme Ma digne Mère, Immaculée et Pure, et par ses oeuvres Elle est arrivée au comble de toute sainteté et de tous les Dons que Notre Puissance infinie lui a communiquées; et lorsqu'Elle avait mérité la récompense et qu'Elle aurait pu en jouir pour ne point la quitter, Elle s'en est privée pour Notre seule gloire et Elle est retournée à l'Église militante pour travailler à sa fondation, à son gouvernement et à son magistère; et parce qu'Elle y vivait pour le secours des fidèles, Nous lui avons retardé le Repos Éternel, qu'Elle a mérité plusieurs fois. Dans la Souveraine Bonté et Équité de Notre Providence il y a raison pour que Ma Mère soit rémunérée pour l'amour et les oeuvres avec lesquelles Elle nous oblige au-dessus de toutes les créatures; et la loi commune aux autres ne doit point s'étendre à Elle. Et si Moi J'ai mérité pour tous des récompenses infinies et une grâce sans mesure, il est juste que Ma Mère les reçoive au-dessus de tout le reste des âmes qui lui sont si inférieures; puisque par ses oeuvres Elle correspond à Notre Grandeur libérale, et il n'y a point d'empêchement ni d'obstacle pour que se manifeste en Elle le Pouvoir infini de Notre Bras et qu'Elle participe de Nos Trésors comme Reine et Maîtresse de tout ce qui a l'être créé.»

8, 11, 600. À cette proposition de la Très Sainte Humanité de Jésus-Christ le Père Éternel répondit: «Mon Fils bien-aimé, en qui (Matt. 17: 5) J'ai mis la
plénitude de Mon Agrément et de ma Complaisance. Vous êtes le Premier-Né (Rom. 8: 29) et le Chef des prédestinés, et J'ai mis toues les choses entre Vos mains (Jean 3: 35), afin que Vous jugiez avec Équité (Jean 5: 22) toutes les tribus et les générations et toutes Mes créatures. Distribuez Mes Trésors infinis, et faites-en participante à Votre Volonté, Notre Bien-Aimée, conformément à sa dignité et à son mérite si estimables en Notre Acceptation, puisqu'Elle Vous a vêtue de chair passible.»

8, 11, 601. Avec cet Agrément du Père Eternel, Notre Sauveur Jésus-Christ détermina en présence des Saints, et comme le promettant à Sa Très Sainte Mère, que depuis ce jour tant qu'Elle vivrait dans la chair mortelle, Elle serait élevée par les Anges au Ciel empirée tous les jours de dimanche qui donnait fin aux exercices qu'Elle faisait sur la terre et qui correspondait en ce jour à la Résurrection du Seigneur, afin qu'étant en Présence du Très-Haut en corps et en Âme, Elle y célébrât la joie de ce Mystère. Le Seigneur détermina aussi que Sa Très Sainte Humanité unie à la Divinité lui serait manifestée d'une autre manière nouvelle et admirable mais différente de celle qu'Elle avait eue dans cette Lumière jusqu'à ce jour, afin que ce Bienfait fût comme des arrhes et de riches gages de la gloire qu'Il avait préparée pour Sa Mère dès Son Éternité. Les Bienheureux connurent combien il était juste de faire ces faveurs à la Mère de Dieu, pour la gloire du Tout-Puissant et la démonstration de Sa Grandeur, et pour la dignité et la sainteté de la grande Reine à cause de la digne rétribution qu'Elle seule donnait à de telles Oeuvres; et tous firent de nouveaux cantiques de gloire et de louange au Très-Haut, Saint, Juste et Admirable en toutes ses Oeuvres.

8, 11, 602. Jésus-Christ notre Bien adressa ensuite la parole à Sa Très Pure Mère, et Il lui dit: «Ma Mère très Aimante, Je serai toujours avec vous en ce qui vous reste de votre Vie mortelle, et ce sera par un nouveau mode si admirable que jusqu'à présent ni les Anges ni les hommes ne l'ont point connu. Avec Ma Présence vous n'aurez point de solitude et où Je suis là sera votre Patrie; en Moi vous vous reposerez de vos anxiétés; Je récompenserai votre exil, quoiqu'il sera court; les liens du corps mortel ne seront point pénibles pour vous; car vous en serez bientôt libre. Et en attendant que ce jour arrive, Je serai le terme de vos afflictions et quelquefois Je tirerai le voile qui empêche vos désirs amoureux et pour tout Je vous donne Ma Royale Parole.» Au milieu de ces promesses et de ces
faveurs la Très Sainte Marie était dans l'abîme de son ineffable humilité, louant, exaltant et remerciant le Tout-Puissant pour la libéralité d'un si grand Bienfait et s'anéantissant Elle-même dans sa propre estime. Ce spectacle ne peut être expliqué ni compris en cette vie. Voir Dieu même élever Sa digne Mère à une excellence et une estime si hautes de Sa Sagesse et de Sa Volonté divines, et la voir conjointement se mettre en compétition avec la Puissance divine, s'humilier, s'abaisser et s'anéantir, méritant en cela l'exaltation même qu'Elle recevait.

8, 11, 603. Après tout cela Elle fut illuminée et ses puissances furent retouchées, comme je l'ai déclaré d'autres fois [b], pour la Vision Béatifique. Et étant ainsi préparée le voile s'ouvrit et Elle vit Dieu intuitivement, jouissant au-dessus de tous les Saints pendant quelques heures de la fruition et de la gloire essentielle: Elle buvait des Eaux de la Vie dans leur propre Source, Elle rassasiait ses ardents désirs, Elle arrivait à son centre et ce mouvement très rapide cessait pour recommencer de nouveau. Après cette vision Elle rendit grâces à la Bienheureuse Trinité et Elle pria de nouveau pour l'Église; et toute renouvelée et confortée les mêmes Anges la ramenèrent à l'oratoire, où son corps était demeuré de la manière que j'ai dites d'autres fois [c], afin que son absence ne fût point remarquée. En descendant de la nuée dans laquelle ils la ramenèrent, Elle se prosterna en terre comme Elle avait coutume, et ainsi Elle s'humilia après cette faveur et ces Bienfaits plus que tous les enfants d'Adam ne se sont jamais reconnus et humiliés après leurs péchés et leurs misères. Depuis ce jour tant qu'Elle vécut sur la terre la promesse du Seigneur s'accomplit en Elle; parce que tous les dimanches, quand Elle achevait les exercices de la Passion, après minuit, lorsqu'approchait l'heure de la Résurrection, tous ses Anges l'élevaient dans un trône de nuée et la portaient au Ciel empirée, où Jésus-Christ son Très Saint Fils sortait pour la recevoir, et avec un genre d'embrassement ineffable Il l'unissait à Lui. Et quoique la Divinité ne lui fût pas toujours manifestée intuitivement, toutefois bien que cette vision ne fût point glorieuse, elle était avec tant d'Effets et de participation de Dons de la gloire, qu'elle excède toute capacité humaine. Et dans ces occasions les Anges lui chantaient ce cantique: "Regina caeli laetare, alleluia"; et c'était un jour de très grande fête pour tous les Saints, spécialement pour saint Joseph, sainte Anne et saint Joachim et tous ses plus proches et ses Anges gardiens. Ensuite Elle consultait le Seigneur sur les affaires difficiles de l'Église, Elle priait pour elle, et singulièrement pour les Apôtres et Elle revenait à la terre chargée de richesses, comme le navire du marchand que dit Salomon dans le chapitre 31 de ses Proverbes (Prov. 31: 14).

8, 11, 604. Quoique ce Bienfait fût une grâce singulière du Très-Haut, il était néanmoins dû en quelque manière à sa Bienheureuse Mère pour deux titres; l'un parce qu'Elle-même manquait volontairement de la Vision Béatifique qui lui était due pour ses mérites, et Elle se privait de cette joie pour assister au gouvernement de l'Église; et s'y trouvant, Elle arrivait si souvent au termes de la vie par la violence de l'amour et des désirs de voir Dieu, que pour la lui conserver c'était un moyen très congru de la porter quelquefois en Sa divine Présence, et ce qui était possible et convenable était comme un devoir de Fils envers Sa Mère. L'autre titre était parce que renouvelant chaque semaine en Elle-même la Passion de son Très Saint Fils Elle venait à l'éprouver et comme à mourir de nouveau avec le même Seigneur, et par conséquent Elle devait ressusciter avec Lui. Et comme Sa Majesté était déjà glorieuse dans le Ciel, il était raisonnable qu'Il prît Sa Mère en Sa Présence et qu'Il la fît participante et imitatrice de la joie de Sa Résurrection, afin qu'avec une semblable allégresse Elle cueillit le fruit des douleurs et des larmes qu'elle avait semées (Ps. 125: 5).

8, 11, 605. Dans le Bienfait que son Très Saint Fils lui promit de la Communion, j'avertis que jusqu'à l'âge et au temps dont je parle, la grande Reine laissait quelques jours la Sainte Communion comme ce fut dans le voyage d'Éphèse et en quelques absences de saint Jean, ou pour d'autres incidents qui se présentaient. La profonde humilité l'obligeait à s'accommoder à tout cela, sans le demander aux Apôtres; s'abandonnant à leur obéissance; parce qu'en tout l'Auguste Souveraine fut Miroir et Maîtresse de Perfection, nous enseignant la soumission que nous devons imiter, même en ce qui nous paraît très saint et très convenable. Mais le Seigneur qui repose dans les coeur humbles, et surtout qui voulait vivre et reposer en celui de Sa Mère, et y renouveler plusieurs fois Ses merveilles, ordonna que depuis ce Bienfait dont je parle, Elle communiât chaque jour pendant les années qui lui restaient de Vie. Son Altesse connut dans le Ciel cette Volonté du Très-Haut; mais comme très prudente en toute ses actions Elle ordonna que la Volonté divine s'exécutât par le moyen de l'obéissance à saint Jean, afin qu'Elle agît en tout, Elle-même, comme inférieure, humble et sujette à celui qui la gouvernait en toutes ses actions.

8, 11, 606. Pour cela Elle ne voulut pas manifester par Elle-même à l'Évangéliste ce qu'Elle savait être de la Volonté du Seigneur. Et il arriva qu'un jour le saint Apôtre fut très occupé dans la prédication et l'heure de la Communion se passait. Elle parla aux saints Anges, les consultant sur ce qu'Elle devait faire: et ils lui répondirent que ce que son Très Saint Fils avait commandé s'accomplît, qu'ils aviseraient saint Jean et lui intimeraient cet ordre de leur Maître. Aussitôt l'un des Anges alla où il prêchait et se manifestant à lui, il lui dit: «Jean, le Très-Haut veut que Sa Mère et notre Reine le reçoive Sacramenté chaque jour, tant qu'Elle vivra dans le monde.» Avec cet avis, l'Évangéliste revint aussitôt au Cénacle, où la Très Sainte Marie était recueillie pour la Communion, et il lui dit: «Ma Mère et ma Maîtresse, l'Ange du Seigneur m'a manifesté l'ordre de notre Dieu et notre Maître, afin que je vous administre Son Corps sacré Sacramenté tous les jours sans en omettre aucun.» La Bienheureuse Mère lui répondit: «Et vous, seigneur, que m'ordonnez-vous en cela?» Saint Jean répliqua: «Que ce que commande Votre Fils et mon Seigneur se fasse.» Et la Reine dit: «Voici Son Esclave prête à Lui obéir.» Dès lors Elle le reçut chaque jour sans jamais y manquer tout le reste de sa Vie. Et les jours des exercices Elle communiait, vendredi et samedi, parce que le dimanche Elle était élevée au Ciel empirée, comme il a été dit, et ce Bienfait remplaçait la Communion.

8, 11, 607. Depuis ce jour, au moment qu'Elle recevait les Espèces sacramentelles dans son Coeur, l'Humanité de Jésus-Christ Se manifestait sous ces mêmes Espèces à l'âge où Il institua le Très Saint Sacrement. Et quoiqu'Elle ne découvrît point dans cette vision la Divinité plus que par la vision abstractive qu'Elle avait toujours; néanmoins l'Humanité très Sainte Se manifestait à Elle glorieuse, beaucoup plus resplendissante et plus admirable que lorsqu'Il Se manifesta sur le Thabor. Et Elle jouissait de cette vision trois heures continues après Sa Communion, avec des Effets qui ne peuvent être manifestés par des paroles. Tel fut le second Bienfait que lui promit son Très Saint Fils pour lui compenser en quelque chose le délai de la Gloire Éternelle qu'Il lui avait préparée. Outre cette raison le Seigneur en eut une autre dans cette merveille, qui fut de compenser d'avance et de Se donner satisfaction pour l'ingratitude, la tiédeur, et la mauvaise disposition avec lesquelles nous, les enfants d'Adam, traiterions et recevrions le Mystère sacré de l'Eucharistie, dans les siècles postérieurs de
l'Église. Et si la Très Sainte Marie n'avait point suppléé à ce manquement de toutes les créatures, ce Bienfait du côté de l'Église n'aurait point été dignement remercié et le Seigneur ne serait point demeuré satisfait du retour que Lui doivent les hommes pour S'être donné à eux dans ce Sacrement.

DOCTRINE QUE ME DONNA LA GRANDE REINE DES ANGES.

8, 11, 608. Ma fille, quand les mortels après leur vie si courte, arrivent au terme que Dieu leur a posé pour mériter la Vie Éternelle, alors finissent aussi toutes leurs erreurs par l'expérience de l'éternité en laquelle ils commencent à entrer, pour la gloire ou pour la peine qui n'aura jamais de fin. Là les Justes connaissent en quoi consista leur félicité et leur remède, et les réprouvés leur lamentable et éternelle perdition. O ma fille, combien est heureuse la créature qui dans le court moment de sa vie tâche de s'avancer dans la Science divine de ce qu'elle doit connaître si tôt, par expérience! Telle est la véritable Sagesse, de ne point attendre de connaître le but à la fin de la carrière, mais au commencement, pour la parcourir avec moins de doutes de l'obtenir, mais avec quelque sécurité. Considère-toi donc, maintenant, comme seraient ceux qui au commencement d'une carrière regarderaient un prix inestimable (1 Cor. 9: 24) mis au terme et à la fin de cet espace et qui devraient le gagner en courant avec toute diligence. Il est certain qu'ils partiraient et courraient avec toute légèreté sans se divertir ni s'embarrasser en aucune chose qui pût les détenir. Et s'ils ne couraient et s'ils laissaient de regarder la récompense et la fin de leur chemin, ou ils seraient jugés insensés, ou ignorants de ce qu'ils perdent.

8, 11, 609. Telle est la vie mortelle des hommes, au bref cours de laquelle est préparée pour récompense ou pour châtiment, l'Éternité de Gloire ou de tourment qui met fin à la carrière. Tous naissent dans le principe pour la parcourir par l'usage de la raison et de la liberté de la volonté; et en cette vérité personne ne peut alléguer l'ignorance, et encore moins les enfants de l'Église. Où est donc le jugement et le sens de ceux qui ont la Foi Catholique? Pourquoi se laissent-ils embarrasser par la vanité? Pourquoi se laissent-ils envelopper dans l'amour des
choses apparentes et trompeuses? Pourquoi ignorent-ils la fin où ils arriveront si tôt? Comment ne se donnent-ils pas pour entendus de ce qui les attend là? Ignorent-ils par aventure qu'ils naissent (Ps. 88: 49) pour mourir et que la vie est momentanée (2 Cor. 4: 17), la mort infaillible, la récompense ou le châtiment inévitable et éternel? Que répondent à cela les amateurs du monde? ceux qui consument toute leur courte vie, parce que toutes les vies sont courtes, à acquérir de la fortune, à accumuler des honneurs, à dépenser leurs forces et leurs puissances à jouir des plaisirs corruptibles et très vils.

8, 11, 610. Or, mon amie, considère combien le monde dans lequel tu es née et que tu as à la vue est faux et déloyal. Je veux que tu y sois ma disciple, mon imitatrice, l'enfantement de mes désirs et le fruit de mes prières. Oublie le tout avec une haine intime; ne perds point de vue le terme où tu chemines si vite, la fin pour laquelle ton Créateur t'a formée de rien; pour cela soupire toujours, qu'en cela soient occupés toutes tes sollicitudes et tous tes soupirs, ne te détourne point vers les choses transitoires, vaines et mensongères, que le seul Amour divin vive en toi et consume toutes tes forces, car ce n'est pas un véritable amour que celui qui laisse les forces et les puissances libres pour aimer autre chose, qui n'a pas le courage de les assujettir, de les mortifier, et de leur ravir tout amour qui n'est pas de Dieu. Que cet amour de Dieu soit en toi fort (Cant. 8: 6) comme la mort, afin que tu sois renouvelée comme je le désire. N'empêche point la Volonté de mon Très Saint Fils en ce qu'Il veut opérer avec toi et rassure-toi de Sa fidélité qui rémunère plus que cent pour un (Matt. 19: 29). Considère avec une humble vénération ce qu'Il a manifesté par toi jusqu'à présent; je t'exhorte à faire encore expérience de Sa Vérité et c'est ce que je te recommande. Pour tout cela tu continueras mes exercices avec un nouveau soin en achevant cette Histoire. Remercie le Seigneur pour le grand et estimable Bienfait d'avoir ordonnée et disposé par tes prélats que tu Le reçoive chaque jour Sacramenté; et en te disposant à mon imitation, continue les prières que je t'ai recommandées et enseignées.

NOTES EXPLICATIVES
Extraites de celles de Don Creseto, à l'usage des prêtres.
8, 11, [a]. Livre 8, No. 536.
8, 11, [b]. Livre 2, No. 626.
8, 11, [c]. Livre 8, Nos. 400, 490.
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Combat avec l'Archange Michel

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Marie d'Agreda "La Cité Mystique de Dieu" livre version numérisée - Page 8 Empty Re: Marie d'Agreda "La Cité Mystique de Dieu" livre version numérisée

Message par sga Ven 16 Oct 2020 - 13:25

CHAPITRE 12


Comment la Très Sainte Marie célébrait son Immaculée Conception et sa Nativité; et les Bienfaits qu'Elle recevait en ces jours de son Fils notre Sauveur Jésus.


8, 12, 611. Tous les offices et les titres honorifiques que la Très Sainte Marie avait dans la Sainte Église, de Reine, de Dame, de Mère, de Directrice, de Maîtresse et tous les autres, le Tout-Puissant les lui donna non vides, comme les donnent les hommes; mais avec une plénitude et une grâce surabondante, que chacun d'eux requérait et que le même Dieu pouvait lui communiquer. Ce comble était de manière que comme Reine Elle connaissait toute sa monarchie et ce à quoi Elle s'étendait; comme Dame Elle savait où arrivait son domaine; comme Mère Elle connaissait tous ses enfants et les familiers de sa maison, sans qu'aucun ne lui fût caché pendant aucun des siècles qui devaient se succéder dans l'Église; comme Directrice Elle connaissait tous ceux qui étaient confiés à ses soins; et comme Maîtresse pleine de toute Sagesse Elle était très capable dans toute la Science avec laquelle la Sainte Église devait être gouvernée et enseignée, moyennant son intercession, dans tous les temps et tous les âges par l'Esprit-Saint qui devait la diriger et la gouverner jusqu'à la fin du monde.

8, 12, 612. Pour cette cause notre grande Reine eut non seulement une claire connaissance de tous les Saints qui la précédèrent et qui lui succédèrent dans l'Église, de leurs oeuvres, de leur mort et des récompenses qu'ils auraient dans le Ciel; mais joint à cela Elle eut aussi la connaissance de tous les rites, les cérémonies, les déterminations et les fêtes que dans la succession des temps l'Église ordonnerait, des raisons, des motifs, de la nécessité et des temps opportuns en quoi toutes ces choses s'établiraient par l'assistance de l'Esprit-Saint, qui nous donne l'aliment dans le temps convenable pour la gloire du Seigneur et l'augmentation de l'Église. Et parce que j'ai dit quelque chose de tout cela dans le cours de cette divine Histoire particulièrement dans la seconde partie [a], il n'est pas nécessaire de le répéter en celle-ci. De cette plénitude de Science, et de Sainteté qui y correspondait dans la divine Maîtresse, naquit en Elle une sainte émulation de la reconnaissance, du Culte, de la vénération et de la mémoire que les Anges et les Saints avaient dans la Jérusalem triomphante, pour introduire le tout dans l'Église militante, en autant que celle-ci pouvait imiter celle-là où tant de fois Elle avait vu tout ce qui s'y faisait à la louange et à la gloire du Très-Haut.

8, 12, 613. Avec cet esprit plus que séraphique Elle commença à pratiquer Elle-même plusieurs des cérémonies, des rites et des exercices que l'Église a imités ensuite, et Elle les proposa et les enseigna aux Apôtres, pour qu'ils les introduisissent selon qu'il était possible alors. Et non seulement Elle inventa les exercices de la Passion que j'ai déjà dits, mais plusieurs autres coutumes et exercices, qui se sont ensuite renouvelées dans les Églises, dans les Congrégations et les Ordres religieux. Parce que tout ce qu'Elle connaissait être du Culte du Seigneur ou de l'exercice de la Vertu, Elle l'exécutait; et comme Elle était si Sage Elle n'ignorait rien de ce qu'Elle devait savoir. Parmi les exercices et les rites qu'Elle inventa, les principaux furent de célébrer plusieurs des fêtes du Seigneur [b] et des siennes, pour renouveler la mémoire des Bienfaits dont Elle se trouvait obligée, tant les Bienfaits communs à tout le genre humain que les siens particuliers, et rendre grâces et adoration à l'Auteur de tous. Et quoiqu'Elle occupât toute sa Vie en cela sans omission ni oubli, néanmoins quand arrivaient les jours de ces Mystères Elle se disposait et se signalait en les célébrant avec de nouveaux exercices et une nouvelle reconnaissance. Et parce que je parlerai des autres fêtes dans les chapitres suivants, je veux seulement dire en celui-ci comment Elle célébrait son Immaculée Conception et sa Nativité, qui étaient les premiers Mystères de sa Vie. Et quoiqu'Elle commença ces commémorations et ces fêtes dès l'Incarnation du Verbe; néanmoins Elle les célébrait d'une façon plus particulière depuis l'Ascension et surtout dans les dernières années de sa Vie.

8, 12, 614. Chaque année le huitième jour de décembre, Elle célébrait son Immaculée Conception avec une jubilation et une reconnaissance singulières, et au-dessus de toute imagination; parce que ce Bienfait fut pour la grande Reine d'une estime et d'une appréciation souveraine; et Elle se croyait insuffisante pour y correspondre avec la due reconnaissance. Elle commençait dès la veille au soir, et Elle passait toute la nuit en exercices admirables: larmes de joie, humiliations, prosternations, cantiques de louanges et bénédictions du Seigneur. Elle se considérait formée du limon commun, et descendante d'Adam par l'ordre ordinaire de la nature, mais élue, choisie et préservée entre tous de la loi commune, exempte du lourd tribut du péché, et conçue avec tant de plénitude de Dons et de grâces. Elle conviait les Anges, afin qu'ils l'aidassent à être reconnaissante; et avec eux Elle alternait les nouveaux cantiques qu'Elle faisait. Ensuite Elle demandait la même chose aux autres Anges et aux Saints qui étaient dans le Ciel; néanmoins Elle s'enflammait de telle manière dans l'Amour divin, que toujours il était nécessaire que le Seigneur la confortât, afin qu'Elle ne mourût point et que son tempérament naturel ne fût point consumé.

8, 12, 615. Après avoir passé ainsi tout la nuit dans ces exercices, notre Sauveur Jésus-Christ descendait du Ciel, et les Anges l'élevaient à Son trône Royal et la portaient au Ciel empirée [c] où se continuait la célébration de la fête avec une nouvelle jubilation et une gloire accidentelle pour les courtisans de la céleste Jérusalem. Là la Bienheureuse Mère se prosternait et adorait la Très Sainte Trinité et de nouveau Elle rendait grâces pour le Bienfait de son immunité et de sa Conception Immaculée. Ensuite ils la ramenaient à la droite de son Très Saint Fils. Et là, le Seigneur faisait un genre de confession et de louange au Père, parce qu'il Lui avait été donné une Mère si digne, si pleine de grâce, et exempte de la faute commune des enfants d'Adam. Les trois divines Personnes confirmaient de nouveau ce privilège comme s'Ils l'eussent ratifié et approuvé et qu'Ils en eussent confirmé la possession dans la grande Dame; se complaisant de l'avoir tant favorisé entre toutes les créatures. Et pour testifier de nouveau cette vérité aux Bienheureux, il sortait une Voix du trône au Nom de la Personne du Père qui disait: «Tes pas sont beaux (Cant. 7: 1) Fille du Prince, et tu es conçue sans tache de péché.» Une autre Voix du Fils disait: «Très pure et sans contagion du péché est Ma Mère qui Me donna la forme dans laquelle J'ai racheté les hommes.» Et l'Esprit-Saint disait: «Mon Épouse est toute belle (Cant. 4: 7), Elle est toute belle et sans tache du péché commun.»

8, 12, 616. Parmi ces Voix on entendait celles de tous les Choeurs des Anges et des Saints, qui disaient avec une très douce harmonie. «La Très Sainte Marie est conçue sans péché originel.» La Très Prudente Mère répondait à toutes ces faveurs avec reconnaissance, adoration et louange au Très-Haut, et avec une humilité si profonde qu'Elle surpassait toute pensée angélique. Et ensuite pour conclure la solennité Elle était élevée à la Vision Intuitive et Béatifique de la Très Sainte Trinité, et Elle jouissait pendant quelques heures de cette gloire, puis les Anges la ramenaient au Cénacle. De cette manière se continua la célébration de son Immaculée Conception après l'Ascension de son Très Saint Fils aux Cieux. Et maintenant Elle s'y célèbre le même jour d'une manière différente que je dirai dans un autre livre que j'ai ordre d'écrire, de l'Église et de la Jérusalem triomphante, si le Seigneur me concède la faveur de l'écrire. Depuis l'Incarnation du Verbe, Elle célébra cette fête et d'autres parce que se trouvant Mère de Dieu, Elle commença à renouveler les Bienfaits qu'Elle avait reçus pour cette dignité: et alors Elle faisait ces fêtes accompagnée de ses saints Anges et avec le culte de la reconnaissance qu'Elle donnait à son propre Fils de qui Elle avait reçu tant de grâces et de faveurs. Ce qu'Elle faisait dans son oratoire quand Elle descendait du Ciel est la même chose que j'ai dite d'autres fois, après d'autres Bienfaits semblables [d]; parce que son humilité admirable croissait en tous.

8, 12, 617. Elle célébrait la fête et la mémoire de sa Nativité le 8 septembre où Elle naquit; et Elle la commençait dès la nuit précédente avec les mêmes exercices, les mêmes prosternations et les mêmes cantiques que dans sa Conception. Elle rendait grâce d'être née avec la vie à la lumière de ce monde, et pour le Bienfait qu'Elle reçut ensuite en naissant d'avoir été élevée au Ciel et d'avoir vue la Divinité intuitivement, comme je l'ai dit en son lieu [e] dans la première partie. Elle se proposait de nouveau d'employer toute sa Vie au plus grand service et au plus grand Agrément du Seigneur que son Altesse parviendrait à connaître, puisqu'Elle savait qu'Elle lui était donnée pour cela. Et Celle qui dès ses premiers pas et sa première entrée dans la vie surpassa en mérites les Saints et
les Séraphins suprêmes, se proposait encore, rendue au terme, de commencer de nouveau ce jour-là à travailler, comme si c'eût été le premier qu'Elle employât à la pratique de la Vertu; et Elle demandait encore au Seigneur de l'aider, de gouverner toutes ses actions et de les diriger à la fin de Sa gloire la plus haute.

8, 12, 618. Pour le reste qu'Elle faisait dans cette fête, quoiqu'Elle ne fût point élevée au Ciel comme le jour de sa Conception, toutefois son Très Saint Fils en descendait à son oratoire avec plusieurs Choeurs d'Anges, avec les anciens Patriarches et Prophètes, et en particulier avec saint Joachim, sainte Anne et saint Joseph. Avec cette Compagnie notre Sauveur Jésus-Christ descendait célébrer la Nativité de Sa Bienheureuse Mère sur la terre. Et la très Pure entre les créatures, en présence de cette Compagnie céleste, L'adorait avec une révérence et un Culte admirables et de nouveau Elle Lui rendait grâces de l'avoir mise au monde et des Bienfaits qu'Il lui avait accordés pour cela. Ensuite les Anges faisaient la même chose et ils la chantaient disant: "Nativitas tua Dei Genitrix Virgo, etc.," qui veut dire: «Ta naissance, ô Mère de Dieu annonça à tout l'univers une grande joie; parce que de Toi naquit le Soleil de Justice, Jésus-Christ notre Dieu.» Les Patriarches et les Prophètes aussi faisaient leurs cantiques de gloire et d'actions de grâces: Adam et Ève parce qu'était née la Réparatrice de leur dommage; les parents et l'époux de la Reine, parce qu'Il leur avait donné une telle Fille et Épouse. Et ensuite le même Seigneur élevait la divine Mère de la terre où Elle était prosternée, et Il la colloquait à Sa droite; et en ce lieu Il lui manifestait d'autres Mystères avec la vue de la Divinité, laquelle bien qu'Elle ne fût pas intuitive et glorieuse, était abstractive avec une plus grande clarté et des accroissements de la Lumière divine.

8, 12, 619. Par des faveurs si ineffables Elle demeurait de nouveau transformée en son Très Saint Fils, embrasée et spiritualisée pour travailler dans l'Église, comme si Elle n'eût fait que commencer. Dans ces occasions le saint Évangéliste Jean mérita de participer à quelque joie d'une telle fête, entendant la musique avec laquelle les Anges la célébraient. Et le Seigneur étant dans l'oratoire avec les Anges et les Saints qui L'assistaient, l'Évangéliste disait la Messe et la grande Reine communiait, assistant à la droite de son propre Fils, qu'Elle recevait Sacramenté dans son Coeur. Tous ces Mystères étaient un spectacle de joie nouvelle pour les Saints, qui aussi servaient comme de parrains dans la Communion la plus digne qui après celle de Jésus-Christ ne s'est jamais vue et ne se verra jamais dans le monde. Et lorsque la Reine du Ciel recevait son Fils Sacramenté, Celui-ci la laissait, recueillie avec Lui-même, sous cette forme; et en celle qu'Il avait glorieuse et naturelle, Il s'en retournait aux Cieux. O merveilles cachées de la Toute-Puissance divine! Si Dieu Se manifeste grand et admirable envers tous les Saints (Ps. 67: 36), qu'était-ce envers Sa divine Mère, qu'Il aimait au-dessus de tous, et pour qui Il réserva le grand et l'exquis de Sa Sagesse et de Sa Puissance. Que toutes les créatures Le confessent et Lui donnent gloire, vertu et magnificence.

DOCTRINE QUE ME DONNA LA REINE DES ANGES
LA TRÈS SAINTE MARIE.

8, 12, 620. Ma fille, je veux que la première Doctrine de ce chapitre soit la réponse à un doute que je connais dans ton coeur sur les Mystères si hauts et si singuliers de ma Vie, que tu écris dans cette Histoire. Deux soucis ont assailli ton coeur, l'un est si tu es un instrument convenable pour écrire ces secrets, ou s'il serait mieux qu'ils fussent écrits par une personne plus savante et plus parfaite dans la vertu, ce qui leur aurait donné plus d'autorité, parce que tu es la moindre de toutes, la plus inutile et la plus ignorante. Secondement tu doutes si ceux qui liront ces Mystères leur donneront crédit étant inouïs et très rares, particulièrement les Visions Béatifique et Intuitives de la Divinité, que j'eus tant de fois dans la vie mortelle. Je te réponds au premier de ces doutes, t'accordant que tu es la moindre et la plus inutile de tous; car puisque tu l'as entendu de la bouche du Seigneur et que moi je te le confirme, ainsi tu dois le croire. Mais sache que la créance de cette Histoire et de tout ce qui y est contenu ne dépend point de l'instrument mais de l'Auteur, qui est la Souveraine Vérité, et de Celle qui contient en soi tout ce que tu écris; et en cela le plus haut Séraphin ne pourrait rien ajouter, s'il l'écrivait, ni toi tu ne peux rien ôter ni diminuer.

8, 12, 621. Il n'était pas convenable qu'un Ange L'écrivit; et aussi les incrédules et les tardifs de coeur trouveraient encore moyen de la calomnier. Il était nécessaire que l'instrument fût humain, mais il n'était pas convenable qu'il fût le plus docte ni le plus sage, à la science duquel cette Histoire eût été attribuée ou la Lumière divine aurait équivoqué avec cette science, et elle aurait été moins connue ou bien on l'aurait attribuée à l'industrie et à la pensée humaines. Il est de la plus grande gloire de Dieu que ce soit une femme qui ne peut être aidée ni par la science ni par sa propre industrie; et aussi j'ai une gloire et un agrément spécial en cela, et que tu sois l'instrument; parce que toi et tous les autres vous connaîtrez qu'il n'y a rien de toi en cette Histoire, et tu ne dois pas plus te l'attribuer qu'à la plume avec laquelle tu l'écris; puisque tu n'es que l'instrument de la Main du Seigneur et la manifestation de mes paroles. Et parce que tu es si vile et si pécheresse ne crains point que les mortels me refusent l'honneur qu'ils me doivent puisque si quelqu'un n'ajoute point foi à ce que tu écris, ce ne sera pas toi qu'il offensera, mais moi et mes paroles. Et quoique tes fautes et tes péchés soient nombreux, la Charité du Seigneur et Son immense Miséricorde peuvent les éteindre tous, car pour cela Il n'a pas voulu choisir un autre instrument plus grand, mais t'élever de la poussière et manifester en toi Sa libérale Puissance, employant cette Doctrine en faveur de celui en qui la vérité et l'efficace qu'elle a en soi se fait mieux connaître; et ainsi je veux que tu l'imites et l'exécutes en toi-même, et que tu sois telle que je te désires.

8, 12, 622. J'ai répondu beaucoup en tout le cours de cette Histoire au second doute et souci que tu as, s'ils donneront créance à ce que tu écris, à cause de la grandeur de ces Mystères. Celui qui fera de moi un digne concept et une digne appréciation ne trouvera point de difficulté à croire ce que je te fais écrire, parce qu'il comprendra la proportion et la correspondance qu'on tous ces Bienfaits avec celui de la dignité de Mère de Dieu, auquel tous correspondent; parce que Sa Majesté fait les Oeuvres parfaites; et si quelqu'un doute de cela, il est certain qu'il ignore ce que Dieu est et ce que je suis. Si Dieu S'est manifesté si Puissant et si libéral envers les autres Saints; et il y a opinion dans l'Église que plusieurs ont vu la Divinité dans cette vie mortelle, et il est certain qu'ils la virent; comment et avec quel fondement doit-on me nier à moi ce qui est concédé à d'autres si inférieurs? Tout ce que leur mérita mon Très Saint Fils et les faveurs qu'Il leur fit furent ordonnées à Sa gloire et ensuite à la mienne; et l'on estime et l'on aime plus la fin que les moyens qui sont aimés pour cette fin; ensuite l'Amour qui inclina la Volonté divine à me favoriser fut plus grand que celui qui Le porta à favoriser tous les autres qu'Il a bénéficiés à cause de moi: et ce qu'Il fit une fois envers eux, il n'est pas merveille qu'Il l'ait fait plusieurs fois avec Celle qu'Il choisit pour Mère.

8, 12, 623. Ceux qui sont pieux et prudents le savaient déjà et aussi ils l'ont enseigné dans mon Église, que la règle avec laquelle on mesure les faveurs que j'ai reçues de la Droite de mon Très Saint Fils est Sa Tout-Puissance et ma capacité; parce qu'Il m'accorda toutes les grâces qu'Il put m'accorder et que je fus capable de recevoir. Ces grâces ne furent point oisives en moi; au contraire elles fructifièrent toujours autant qu'il était possible en une pure Créature. Le Seigneur était mon Fils et Puissant à opérer, où la créature ne met point d'obstacle; puis je n'en mis point; or qui osera Lui limiter Ses Oeuvres et l'Amour qu'Il a pour moi comme Mère que Lui-même fit digne de Ses Bienfaits et de Ses faveurs au-dessus de tout le reste des Saints? car aucun ne se priva de jouir de Lui une heure pour aider Son Église comme je l'ai fait. Et si tout ce qu'Il a opéré en ma faveur semble beaucoup, je veux que tu entendes et qu'ils entendent tous que Ses Bienfaits étaient fondés et renfermés en ce que j'étais conçue sans péché: parce que ce fut plus de me rendre digne de Sa gloire quand je ne pouvais la mériter que de me la manifester quand je l'avais méritée et que j'étais sans empêchement pour la recevoir.

8, 12, 624. Avec ces considérations tes doutes demeureront vaincus et le reste me regarde, quant à toi suis-moi et imite-moi, car c'est pour toi la fin de tout ce que tu entends et écris. Ta vigilance doit être telle que tu te proposes de n'omettre aucune vertu que tu connaîtras, mais de travailler sans cesse pour les mettre toutes en pratique. Et pour cela je veux que tu t'appliques aussi à ce qu'opéraient les autres Saints qui ont suivi mon Très Saint Fils et moi, puisque tu ne dois pas moins qu'eux à Sa miséricorde, et envers aucun je n'ai été plus miséricordieuse et plus libérale qu'envers toi. Je veux que tu apprennes à mon École l'amour, la reconnaissance et l'humilité de ma véritable disciple; parce qu'en ces vertus je veux que tu te signales et que tu t'avances beaucoup. Tu dois célébrer toutes mes fêtes avec une intime dévotion, et convier les Saints et les Anges à t'aider en cela; et spécialement la fête de mon Immaculée Conception, en laquelle je fus si favorisée de la Puissance divine et j'eus tant de joie de ce Bienfait; et maintenant j'en ai une très particulière de ce que les hommes le reconnaissent et de ce qu'ils louent la Très-Haut pour ce rare miracle. Le jour que
tu vins au monde tu rendra des actions de grâces particulières au Seigneur à mon imitation et tu feras quelque chose signalée pour ton service; et surtout tu dois te proposer dès ce jour d'améliorer ta vie, et commencer de nouveau à y travailler; ainsi doivent faire tous les mortels, et ne point employer ce jour mémorable en vaines démonstrations de joies terrestres pour fêter leur naissance.

NOTES EXPLICATIVES
Extraites de celles de Don Creseto, à l'usage des prêtres.

8, 12, [a]. Livre 5, Nos. 734, 789.
8, 12, [b]. Le Père Séraphin emploie une longue note pour démontrer la convenance de cette célébration des Mystères et en particulier de ceux de la Très Sainte Vierge, [Grandeurs et Apostolat de Marie]. Il nous suffit à nous d'observer qu'Elle, en fêtant ses propres Mystères, Elle ne faisait qu'exercer un acte de reconnaissance à Dieu qui l'avait tant favorisée et accomplir un devoir de reconnaissance non seulement pour Elle, mais aussi pour toute la famille humaine dont Elle était la Mère et pour qui Elle suppléait en exerçant ces actes de religion que l'Église encore à l'état d'enfant, ne pouvait exercer complètement par elle-même. Elle faisait aussi l'office de Mère Véritable et Universelle comme Celle qui sur le berceau de son propre Fils, incapable encore de louer et de remercier Dieu convenablement, priait et remerciait en sa place.
8, 12, [c]. Nous avons déjà démontré ailleurs, en parlant de la Naissance de la Très Sainte Marie, la convenance qu'il y avait qu'Elle fût ravie plusieurs fois à l'Empirée encore vivante, chose assurée par les Saints et les Docteurs, ce qui n'est pas nié de saint Paul, et aussi d'autres de bien loin inférieurs à la Mère de Dieu.
8, 12, [d]. Livre 7, Nos. 4, 168; Livre 8, No. 388, 400 et fréquemment.
8, 12, [e]. Livre 1, Nos. 331, 333.
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Message par sga Dim 8 Nov 2020 - 15:08

CHAPITRE 13


La Très Sainte Marie célèbre d'autres Bienfaits et d'autres fêtes avec ses Anges, spécialement sa Présentation, et les fêtes de saint Joachim, de sainte Anne et de saint Joseph.


8, 13, 625. La reconnaissance pour les Bienfaits que la créature reçoit du Seigneur est une vertu si noble, qu'avec elle nous conservons le commerce et la correspondance avec Dieu même, Lui, en nous donnant comme Riche, Libéral et Puissant, et nous, en remerciant comme pauvres, humbles et reconnaissants. C'est la condition de celui qui donne comme libéral et généreux de se contenter avec le seul remerciement de celui qui comme nécessiteux a besoin de recevoir; et le remerciement est un retour bref, facile et agréable, qui satisfait le libéral et l'oblige à l'être de nouveau envers celui qui est reconnaissant. Et si cela arrive même parmi les hommes de coeur magnanime et généreux, il est beaucoup plus certain qu'il en sera ainsi entre Dieu et les hommes; parce que nous sommes la misère et la pauvreté même; et Lui il est riche (Rom. 10: 12), très libéral et si nous pouvions imaginer quelque nécessité en Lui, ce ne serait pas de recevoir mais de donner. Mais ce grand Seigneur est si Sage, si Juste et si Droit, qu'il nous rejette non parce que nous sommes pauvres, mais ingrats. Il veut nous donner beaucoup, mais Il veut que nous soyons reconnaissants et que nous Lui rendions la gloire, l'honneur et la louange qui est renfermée dans la gratitude. Cette correspondance dans les moindres Bienfaits L'oblige pour d'autres plus grands, et si nous sommes reconnaissants pour tous, il les multiplie, et il n'y a que celui qui est humble qui se les assure en étant reconnaissant.

8, 13, 626. La Maîtresse de cette science fut la Très Sainte Marie; parce qu'Elle seule ayant reçu le comble et la plénitude des Bienfaits que la Toute-Puissance peut communiquer à une pure Créature, Elle n'en oublia aucun, ni Elle ne laissa de reconnaître et de remercier avec toute la plénitude et la perfection qui pouvait être demandée à une pure Créature. Pour chacun des Dons de nature et de grâce qu'Elle reconnaissait avoir reçu, et Elle ne manquait point d'en reconnaître aucun, Elle avait ses cantiques particuliers de reconnaissance et de remerciement et d'autres exercices admirables, dans lesquels Elle en faisait mémoire avec quelque retour spécial. Mais Elle avait pour cela en tout le cours de l'année des jours marqués, et dans les jours des heures où Elle renouvelait le souvenir de ces Bienfaits et Elle en rendait grâces. A toutes ces oeuvres et cette sollicitude s'ajoutait celle qu'Elle avait du gouvernement de l'Église, de l'enseignement des Apôtres et des disciples, des conseils qu'Elle donnait aux fidèles qui venaient sans nombre la consulter; et Elle ne se refusait à aucun, ni Elle ne manquait point de secourir aucun des fidèles dans la nécessité.

8, 13, 627. Et si la digne reconnaissance oblige et incline tant le Seigneur à renouveler et à accroître Ses Bienfaits, qui pourra s'imaginer combien obligeait et inclinait Son Coeur Celle que lui rendait Sa Très Prudente Mère pour tant de faveurs si sublimes, et cela avec plénitude, humilité, amour et louanges qu'Elle offrait pour toutes ces faveurs et pour chacune. Nous autres enfants d'Adam, nous sommes tous en sa comparaison, lents, ingrats et si pesants de coeur que le peu, si nous faisons quelque chose nous paraît beaucoup; mais à l'officieuse et reconnaissante Reine le beaucoup paraissait peu, et opérant le suprême du possible, Elle se jugeait lente et peu diligente. En une autre occasion [a] j'ai dit que l'activité de la Très Sainte Marie était semblable à celle de Dieu même, Lui qui est une Acte pur, opérant par Son propre Être ou essence, sans qu'il puisse cesser dans Ses opérations infinies. Notre grande Reine eut une participation ineffable de cette condition et de cette excellence de la Divinité, parce qu'Elle semblait toute entière une opération infatigable et continuelle: si en tous la grâce est impatiente de se voir oisive, étant sans limitation en Marie et à notre manière de concevoir au-dessus de la mesure commune, ce n'est pas étonnant qu'il lui fût donnée une si haute participation de l'Être de Dieu et de Ses qualités.

8, 13, 628. Je ne peux expliquer ni manifester ce secret mieux qu'avec l'admiration des saints Anges à qui il était plus manifeste. Souvent il arrivait qu'émerveillés de ce qu'ils contemplaient en leur grande Reine et Souveraine, parfois parlant avec Sa Majesté et d'autres fois entre eux ils disaient: «Dieu est Puissant, magnifiques et admirable en cette Créature au-dessus de toutes Ses Oeuvres. En Elle la nature humaine nous surpasse grandement. Que Ton Auteur soit éternellement béni et exalté, ôMarie. Tu es le décor et la beauté de tout le genre humain. Tu es l'émulation sainte des esprits divins angéliques et l'admiration des habitants du Ciel. Tu es la merveille de la Puissance de Dieu, l'ostentation de Sa Droite, l'épilogue des Oeuvres du Verbe Incarné, le portrait ressemblant de Ses Perfections, l'effigie de tous Ses pas, Celle qui s'assimile en tout à Celui-là même à qui Tu donnas forme humaine dans ton sein. Tu es la digne Maîtresse de l'Église militante et la gloire spéciale de la triomphante, l'honneur de notre peuple et la Réparatrice du tien propre. Que toutes les nations connaissent Ta vertu et Ta grandeur, et que toutes les générations Te louent et Te bénissent. Amen.»

8, 13, 629. Avec ces Princes célestes la Très Sainte Marie célébrait les mémoires de ses Bienfaits et des Dons du Seigneur. Sa profonde humilité opérant en cela, Elle se reconnaissait obligée au-dessus de toutes les créature, et ainsi Elle les conviait toutes à l'aider à se dégager de cette dette, quoique personne sinon Elle-même ne pouvait la payer dignement. Et avec cette Sagesse Elle transférait sur la terre dans son oratoire la cour du suprême Roi, et Elle faisait du monde un nouveau Ciel. Et son très ardent et très fervent amour qui méritait et sollicitait tous ces Bienfaits, à cause de la soif insatiable que cause le feu de la charité où il brûle, la pressait de convier spécialement les esprits célestes afin qu'ils l'assistassent et l'aidassent dans ces incessantes actions de grâces.

8, 13, 630. Le jour qui correspondait à sa Présentation dans le Temple Elle célébrait tous les ans ce Bienfait, commençant dès la veille au soir et passant toute la nuit en exercices et en actions de grâces, comme il a été dit pour sa Conception et sa Nativité. Elle connaissait le Bienfait du Seigneur de l'avoir conduite à Son Temple et à Sa Maison de Prière dans un âge si tendre ainsi que toutes les faveurs qu'Elle avait reçues pendant qu'Elle y demeurait. Mais le plus admirable de cette fête est que l'Auguste Reine des Vertus étant remplie de Sagesse divine, renouvelait dans sa mémoire les instructions et la Doctrine que le prêtre et sa
maîtresse lui avaient données pendant son enfance dans le Temple. Elle avait le même soin de ce que ses saints parents Joachim et Anne lui avaient enseigné, et ensuite tout ce qu'Elle avait remarqué dans les Apôtres. Et tout cela Elle l'exécutait de nouveau dans le degré qui convenait pour cet âge plus avancé. Et quoique pour toutes ses oeuvres, et au-dessus de tout enseignement celui de son Très Saint Fils suffit; néanmoins Elle renouvelait celui que son humilité avait su retirer de tous; parce qu'en matière d'humilité et d'obéissance comme inférieure et de se laisser enseigner, Elle ne perdait aucun moment ni aucun secret ingénieux de ces vertus qu'elle n'exécutât. Oh! combien Elle exalta ces documents des sages! «Ne t'appuie point sur ta prudence (Prov. 3: 5), ne sois point sage avec toi-même (Prov. 3: 5). Ne méprise point les avis et la doctrine des anciens et vis toujours conformément à leurs proverbes (Eccli. 8: 9). Ne veuilles point savoir hautement de toi-même; mais conforme-toi aux humbles (Rom. 12: 16).»

8, 13, 631. Lorsqu'Elle célébrait cette fête, l'Auguste Souveraine ressentait quelque tendresse naturelle de la retraite qu'Elle avait eue dans le Temple, quoiqu'Elle obéît promptement au Seigneur en le quittant, et pour toutes les fins très sublimes pour lesquelles Il l'en tira; mais néanmoins la divine Libéralité le lui compensait par quelques faveurs qu'Il lui faisait dans cette fête. Sa Majesté descendait du Ciel ce jour-là avec Sa Grandeur magnifique et la Compagnie des Anges qu'Il avait en d'autres occasions et appelant Sa Bienheureuse Mère dans son oratoire, Il lui dit: «Ma Mère et Ma Colombe, venez à Moi qui suis votre Dieu et votre Fils. Je veux vous donner un Temple et une Habitation plus haute, plus sûre et plus Divine qui sera dans mon Être propre; venez, Ma très chère et Mon Amie, à votre légitime Demeure.» Avec ces très douces paroles les Séraphins élevaient leur Reine du sol, parce qu'en la Présence de son Fils Elle était toujours prosternée, jusqu'à ce qu'Il lui commandât de se lever, et avec une musique céleste ils la plaçaient à la droite du même Seigneur. Elle sentait aussitôt ou Elle connaissait que le Divinité de Jésus-Christ l'appelait tout entière comme au Temple de Sa gloire, et la vêtait et l'entourait comme la mer environne le poisson qu'elle a en soi, et avec ce genre d'union et comme de contact Divin, Elle sentait des Effets nouveaux et indicibles; parce qu'il lui était donné un genre de possession de la Divinité que je ne peux expliquer: et la divine Mère y éprouvait une satisfaction et une jubilation très grandes, bien qu'Elle ne vît pas Dieu face à Face.

8, 13, 632. La Prudente Mère appelait cette grande faveur "mon Refuge et ma Demeure très sublimes", et Elle donnait à la solennité le nom de "Fête de l'Être de Dieu"; et Elle faisait des cantiques admirables pour signifier ce Bienfait et pour L'en remercier. La fin de ce jour était de rendre grâces au Tout-Puissant pour les Patriarches et les anciens Prophètes, depuis Adam jusqu'à ses parents naturels en qui elles se concluaient. Elle remerciait pour tous les Dons de grâce et de nature que la Puissance divine leur avait donnés, pour tout ce qu'ils prophétisèrent et ce que les Saintes Écritures racontent d'eux. Elle se tournait ensuite vers ses parents saint Joachim et sainte Anne, et Elle leur rendait grâces de l'avoir offerte si jeune enfant à Dieu dans le Temple; Elle leur demandait de remercier à sa place pour ce Bienfait dans la céleste Jérusalem où ils jouissaient de la Vision Béatifique, et de prier le Très-Haut de lui enseigner à être reconnaissante et de la gouverner en toutes ses oeuvres. Et surtout et par-dessus tout Elle revenait à leur demander de rendre grâces au Seigneur Tout-Puissant de l'avoir exemptée du péché originel parce qu'Il l'avait élue pour Sa Mère; car Elle regardait toujours ces deux Bienfaits comme inséparables [b].

8, 13, 633. Elle célébrait presque avec les mêmes cérémonies les fêtes de saint Joachim et de sainte Anne; les deux Saints descendaient à l'oratoire avec notre Sauveur Jésus-Christ et une multitude innombrables d'Anges; et avec eux Elle rendait grâces pour lui avoir donné des parents si saints et si conformes à la Volonté Divine, et pour la gloire avec laquelle Il les avait récompensés. Pour toutes ces oeuvres du Seigneur Elle faisait de nouveaux cantiques avec les Anges, et Elle les répétait avec une musique très douce et très sonore. Outre cela il arrivait une autre chose dans ces fêtes de ses parents, car les Anges de la même Reine et d'autres qui descendaient des Hauteurs, chaque ordre et chaque Choeur expliquait à l'Auguste Souveraine un Attribut ou une Perfection de l'Être de Dieu, et ensuite une autre du Verbe Incarné. Ce colloque si Divin était pour Elle d'une jubilation incomparable et servait de nouveaux stimulants à ses amoureuses affections. Saint Joachim et sainte Anne en recevaient une grande joie accidentelle: et à la fin de tous ces mystères la grande Reine demandait la bénédiction à ses parents, et ils retournaient au Ciel, Elle-même demeurant prosternée en terre, remerciant de nouveau pour ces Bienfaits.

8, 13, 634. A la fête de son Très Chaste et Très Saint Époux Joseph, Elle célébrait les épousailles dans lesquelles le Seigneur le lui donna pour compagnie très fidèle, afin de cacher les Mystères de l'Incarnation du Verbe, et d'exécuter avec une aussi haute Sagesse les secrets et les Oeuvres de la Rédemption des hommes. Et comme toutes ces choses et ces Oeuvres du Très-Haut et du Conseil Éternel étaient déposées dans le Coeur très prudent de Marie et qu'Elle leur donnait la digne pondération qu'ils demandaient, la joie et la reconnaissance avec lesquelles Elle célébrait ces mémoires étaient ineffables. Le Très Saint Époux Joseph descendait à la fête avec des splendeurs de gloire et des milliers d'Anges qui l'accompagnaient, et avec leur musique ils célébraient la solennité avec une grande jubilation et une grande autorité, et ils chantaient les hymnes et les nouveaux cantiques que faisait la divine Mère en remerciement des Bienfaits que son saint Époux et Elle-même avaient reçus de la Main du Très-Haut.

8, 13, 635. Et après avoir employé à cela plusieurs heures, Elle en passait d'autres de ce jour à parler avec le glorieux Époux Joseph sur les Perfections et les Attributs Divins; parce qu'en l'absence du Seigneur tels étaient leurs entretiens et leurs conférences dans lesquelles la Très Aimante Mère se réjouissait davantage. Et pour prendre congé de son saint Époux, elle lui demandait de prier pour Elle en la Présence de la Divinité et de La louer en son Nom. Elle lui recommandait aussi les nécessités de la Sainte Église et des Apôtres afin de prier pour tous; outre cela Elle lui demandait la bénédiction [c] avec quoi le glorieux Saint retournait aux Cieux, et son Altesse continuait ses actes d'humilité et d'actions de grâces accoutumés. Mais j'avertis de deux choses: le première que dans ces fêtes, quand son Fils vivait dans le monde, et qu'Il s'y trouvait présent, Il avait coutume d'assister Sa Bienheureuse Mère et de Se montrer à Elle transfigurée comme sur le Thabor. Il lui fit plusieurs fois cette faveur à Elle seule, et le plus souvent c'était dans ces occasions; car avec cette faveur Il lui payait en quelque récompense son intime dévotion et son humilité, et Il la renouvelait tout entière par les Effets divins qui lui résultaient de cette merveille. J'avertis secondement que pour célébrer ces faveurs et ces Bienfaits, outre ce que j'ai dit, la grande Reine ajoutait une autre diligence digne de sa piété et de notre attention. C'est qu'en ces jours marqués ci-dessus et en d'autres que je dirai plus loin, Elle donnait à manger à plusieurs pauvres, leur préparant les repas, les servant de ses mains et se mettant à genoux en leur présence pour les servir. Et pour cela Elle ordonnait à l'Évangéliste de lui amener les pauvres les plus abandonnés et les plus nécessiteux; et le Saint l'exécutait comme sa Reine le commandait. En outre, Elle préparait un autre repas plus délicat pour envoyer aux hôpitaux et aux malades pauvres qu'on ne pouvait amener à sa maison; et ensuite Elle allait Elle-même les consoler et leur porter remède par sa présence. Telle était la manière avec laquelle la Très Sainte Marie célébrait ses fêtes et celle qu'Elle montra aux fidèles à imiter pour être reconnaissants en tout et pour tout ce qui leur serait possible avec des sacrifices de louanges et de bonnes oeuvres

DOCTRINE QUE ME DONNA LA REINE DES ANGES
LA TRÈS SAINTE MARIE.

8, 13, 636. Ma fille, le péché de l'ingratitude envers Dieu est l'un des plus laids que les hommes commettent, et avec lequel ils se rendent le plus indignes et le plus horribles aux yeux du Seigneur et des saints Anges, qui ont une espèce d'horreur de cette très honteuse grossièreté des mortels. Et quoiqu'elle soit si pernicieuse pour eux, ils ne commettent aucune autre faute avec une plus grande négligence et une plus grande fréquence, chacun en particulier. Il est vrai que pour n'être point si désobligé par cet oubli très ingrat et général de Ses Bienfaits, le Seigneur a voulu que la Sainte Église en commun compensât en quelque chose pour le défaut de Ses enfants, et tous les hommes doivent en être reconnaissants à Dieu. C'est pour reconnaître ces Bienfaits que l'Église fait tant d'oraisons, de prières et de sacrifices à Sa louange et à Sa gloire comme ceux qui sont ordonnés dans la même Église. Mais comme les faveurs et les grâces de Sa Providence libérale et attentive touchent non-seulement le commun des fidèles, mais aussi chacun en particulier qui reçoit le Bienfait, ils ne sont point dégagés de cette dette par le remerciement commun; parce que chacun le doit singulièrement, pour ce qui le touche de la largesse divine.

8, 13, 637. Combien y a-t-il de mortels qui en toute leur vie n'ont point fait un acte de véritable action de grâces à Dieu, parce qu'Il leur a donné la vie, la leur conserve, leur donne la santé, les forces, les aliments, l'honneur et la fortune et d'autres bien temporels et naturels. Il y en a d'autres qui, bien qu'ils remercient quelquefois pour ces Bienfaits, ne le font pas parce qu'ils aiment véritablement Dieu qui les leur a donnés; mais pour l'amour qu'ils ont pour eux-mêmes et parce qu'ils se complaisent dans ces choses temporelles et terrestres et qu'ils se réjouissent de les posséder. On connaîtra cette erreur par deux marques: l'une est que lorsqu'ils perdent ces biens terrestres et transitoires ils se contristent, se découragent, se désolent, et ils ne savent ni penser, ni demander, ni estimer autre chose, car ils n'aiment que ce qui est apparent et passager. Et quoique ce soit souvent un Bienfait du Seigneur de les priver de la santé, de l'honneur et d'autres faveur semblables afin qu'ils ne se livrent point désordonnément et aveuglément à elles; cependant ils le tiennent pour une infortune et un tort, et toujours ils veulent que leur coeur s'attache à ce qui périt et s'achève, pour périr avec lui.

8, 13, 638. L'autre indice de cette erreur est qu'avec l'appétit aveugle du transitoire ils ne se souviennent point des Bienfaits spirituels, ni se savent les connaître, ni remercier pour les avoir reçus. Cette faute est très honteuse et formidable parmi les enfants de l'Église que la Miséricorde infinie voulut attirer aux Chemin assuré de la Vie Éternelle, sans que personne ne L'eût obligé ni ne l'eût mérité, leur appliquant d'une manière spéciale les mérites de la Passion et de la Mort de mon Très Saint Fils. Chacun de ceux qui sont aujourd'hui dans la Sainte Église eût pu naître en d'autres temps et en d'autres siècles, avant que Dieu vînt au monde; et aussi il eût pu les créer parmi les païens, les idolâtres, les hérétiques et d'autres infidèles où leur damnation éternelle eût été inévitable. Sans qu'ils l'aient mérité Il les a appelés à la Foi, leur donnant connaissance de la Vérité assurée; il les a justifiés par le Baptême; Il leur a donné des Sacrements, des prêtres, la Doctrine et la Lumière de la Vie Éternelle. Il les a mis dans un Chemin certain, Il les aide par des secours, Il les pardonne quand ils ont péché, Il les relève quand ils sont tombés, Il les attend à la pénitence, Il les convie avec miséricorde et Il les récompense d'une Main très libérale. Il les défend par les Anges, Il Se donne Lui-même en gage et en Aliment de Vie spirituelle; et pour cela Il accumule tant de Bienfaits qu'il n'y a point de nombre ni de mesure et il ne se passe pas un jour ni une heure en laquelle ne croisse cette dette.

8, 13, 639. Dis-moi donc, ma fille, quelle reconnaissance ne doit-on pas à une Clémence si libérale et si paternelle? Et combien y en a-t-il qui ont dignement cette reconnaissance? Le Bienfait le plus estimable est qu'avec cette ingratitude les Portes de cette Miséricorde ne se soient point fermées, que Ses Sources ne se soient point desséchées, parce qu'Elle est infinie. La racine d'où s'origine principalement ce défaut de reconnaissance si formidable dans les hommes est l'ambition démesurée et la cupidité qu'ils ont pour les biens temporels apparents et transitoires. Leur ingratitude naît de cette soif insatiable, parce que comme ils désirent tant le temporel, ce qu'ils reçoivent leur paraît peu et ils ne remercient point pour ces Bienfaits, ni ils ne se souviennent des spirituels; et avec cela ils sont très ingrats dans les uns et dans les autres. Et outre cette lourde folie ils ont coutume d'en ajouter une autre plus grande, qui est de demander à Dieu non-seulement ce dont ils ont besoin, mais les choses qui leur sont nuisibles et qui doivent être pour leur propre perdition. Parmi les hommes, c'est une chose laide que l'on demande à un autre quelque bienfait quand on l'a offensé, et beaucoup plus si on le demande pour l'offenser davantage avec cela. Quelle raison y a-t-il donc qu'un homme vil et terrestre, ennemi de Dieu, lui demande la vie, la santé, l'honneur, la fortune et d'autres choses pour lesquelles il ne sut jamais remercier, ni il n'en usa autrement que contre le même Dieu?

8, 13, 640. Et si à cela on ajoute qu'il ne remercie jamais pour le Bienfait de l'avoir créé, racheté, appelé, attendu, justifié et de lui avoir préparé la même gloire dont Dieu jouit; et s'il veut l'acquérir, il est clair que ce sera une témérité et une audace démesurée de demander ce dont il se rendit si indigne par son ingratitude, s'il ne demande d'abord la connaissance et la douleur d'une telle offense. Sois assuré, ma très chère, que ce péché si souvent répété de l'ingratitude envers Dieu est l'un des plus grand signes de réprobation en ceux qui le commettent avec tant d'oubli et de négligence. C'est aussi un mauvais indice que le juste Juge concède des biens temporels à ceux qui les demandent avec l'oubli du Bienfait de la Rédemption et de la justification, parce que tous ceux-là, oubliant le moyen de leur Vie Éternelle, demandent l'instrument de leur mort, et ce n'est pas un Bienfait que ce leur soit accordé, mais le châtiment de leur aveuglement.

8, 13, 641. Je te manifeste tous ces dommages, afin que tu les craignes et que tu t'éloignes de leur danger. Mais sache que ta reconnaissance ne doit pas être commune et ordinaire; parce que tes Bienfaits excèdent ta connaissance et ta pondération. Ne te laisse pas entraîner ni intimider à titre d'humilité à ne point les connaître et à ne point en rendre grâces comme tu le dois. N'ignore point le soin que le démon a pris à ton sujet afin que les Oeuvres et les faveurs du Seigneur et les miennes te soient inutiles, tâchant de te faire voir comme incompatibles les Biens et les Vertus que tu as reçus avec tes péchés et tes misères. Achève donc de secouer cette erreur, connaissant que tu t'anéantis et que tu d'humilies lorsque tu attribues davantage à Dieu les Biens que tu reçois de Sa large Main; et quand tu Lui dois le plus, tu te trouveras plus pauvre pour ce retour de la plus grande dette, si tu ne peux satisfaire pour la moindre que tu as. Reconnaître cette Vérité n'est pas présomption mais prudence; et vouloir l'ignorer n'est pas de l'humilité, mais c'est une stupidité très répréhensible; parce que tu ne peux remercier pour ce que tu ignores, et tu ne peux pas aimer autant si tu ne te reconnais obligée et stimulée par les Bienfaits qui t'obligent. Tes craintes sont de perdre la grâce et l'Amitié du Seigneur; et tu dois craindre avec raison de n'en point profiter, parce qu'Il a fait envers toi ce qui suffit pour justifier plusieurs âmes. C'est donc une chose très différente de craindre avec prudence de la perdre, ou de la mettre en doute pour ne pas Lui donner crédit: et l'ennemi avec son astuce prétend t'équivoquer en cela, et qu'en guise de la sainte crainte il introduise en toi une opiniâtreté très incrédule, la couvrant avec le manteau de la bonne intention et de la sainte crainte. Celle-ci doit être en gardant ton trésor, tâchant d'avoir une pureté angélique, m'imitant avec dévouement et exécutant toute la Doctrine que je te donne pour cela dans cette Histoire

NOTES EXPLICATIVES
Extraites de celles de Don Creseto, à l'usage des prêtres.
8, 13, [a]. Livre 7, No. 308.
8, 13, [b]. La Maternité divine de Marie est inséparable de son Immaculée Conception; parce que lorsqu'Elle fut conçue, fut aussi conçue en Elle la chair du Christ, étant que "la Chair du Christ est la Chair de Marie", comme dit saint Augustin. Caro Christi, Caro Mariae
8, 13, [c]. Si la Très Sainte Marie demandait la bénédiction à son Époux, Elle le faisait non seulement par humilité, mais parce que ce glorieux Saint était déjà fixé dans l'état de "Compréhenseur", pendant que bien qu'Elle lui fût supérieure, Elle était encore dans l'état de Voyageuse.
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Message par sga Ven 20 Nov 2020 - 15:00

CHAPITRE 14


Manière admirable avec laquelle la Très Sainte Marie célébrait les Mystères de l'Incarnation, et de la Nativité du Verbe Incarné et comment Elle remerciait pour ces grands Bienfaits.


8, 14, 642. Il n'y a point de doute que Celle qui était si fidèle dans les petites choses comme la Très Sainte Marie, devait l'être aussi dans les grandes. Et si Elle fut si diligente, si officieuse et si remplie de sollicitude en remerciant pour les moindres Bienfaits, il est certain qu'Elle devait l'être avec toute plénitude dans les plus grandes Oeuvres et les plus grands Bienfaits qu'Elle reçut de la Main du Très-Haut pour Elle et tout le genre humain. Entre tous ces Bienfaits, l'Oeuvre de l'Incarnation du Verbe Éternel dans les entrailles de Sa Bienheureuse et Très Pure Mère a le premier rang; parce que ce fut l'Oeuvre la plus excellente, et la plus grande de toutes les grâces auxquelles purent s'étendre la Puissance et la Sagesse infinies envers les hommes, joignant l'Être divin avec l'être humain dans la Personne du Verbe par l'union hypostatique qui fut le principe de tous les Dons et de tous les Bienfaits que fit le Tout-Puissant à la nature des hommes et des Anges. Avec cette merveille non imaginée, Dieu Se mit dans un tel engagement que, à notre manière de concevoir, Il n'en serait pas sorti avec tant de gloire s'Il n'eût pas eu dans la nature humaine quelque caution de sainteté et de reconnaissance qui profiterait d'un si rare Bienfait en toute plénitude, conformément à ce que j'ai dit dans la première partie [a]. Cette vérité devient plus intelligible, supposant ce que la foi nous enseigne, que la divine Sagesse prévit dans Son Éternité l'ingratitude des réprouvés et combien ils abuseraient d'une faveur si admirable et si singulière que celle par laquelle Dieu Se fit homme véritable, Maître, Rédempteur, et Exemplaire de tous les mortels.

8, 14, 643. Pour cela la même Sagesse infinie ordonna cette merveille, de manière que parmi les hommes, il y en aurait qui pourraient compenser cette injure et réparer cette offense des ingrats envers un si haut Bienfait, et avec une digne reconnaissance s'interposer entre eux et le même Dieu pour L'apaiser et Lui satisfaire en autant qu'il était possible du côté de la nature humaine. L'Humanité très Sainte de notre Rédempteur et Maître qui fut le Médiateur auprès du Père Éternel (1 Tim. 2: 5) fit cela en premier lieu, réconciliant avec Lui tout le genre humain, et satisfaisant pour ses péchés avec un excès surabondant de mérites et de paiement de notre dette. Mais comme ce Seigneur était vrai Dieu et vrai Homme, il semble encore que la nature humaine lui fût demeurée débitrice envers Lui-même, si parmi les pures créatures il n'y en eût pas eu quelqu'une qui Lui eût payé cette dette tout autant qu'il était possible de son côté avec la grâce divine. Sa propre Mère et notre Reine Lui donna ce retour; parce que seule Elle fut la Secrétaire du Grand Conseil et les Archives de Ses Mystères et de Ses sacrements. Seule Elle les connut, les estima à leur juste valeur et en remercia si dignement qu'il ne pouvait être demandé davantage à la nature humaine sans la divinité. Seule Elle compensa et suppléa pour notre ingratitude, pour l'insuffisance et la grossièreté avec lesquelles en sa comparaison le font les enfants d'Adam. Seule Elle sut et put apaiser son propre Fils de l'offense qu'Il reçut de tous les mortels pour ne L'avoir point reçu pour leur Rédempteur et Maître, ni pour vrai Dieu Incarné pour le salut de tous.

8, 14, 644. La grande Reine eut ce sacrement incompréhensible si présent à sa mémoire qu'Elle ne l'oublia jamais un seul instant. Elle connaissait toujours aussi l'ignorance qu'avaient tant d'enfants d'Adam de ce Bienfait; et pour le reconnaître pour elle-même et pour tous, chaque jour Elle faisait plusieurs fois des génuflexions, des prosternations et d'autres actes d'adoration; et Elle répétait continuellement par divers moyens cette oraison: «Seigneur, Dieu Très-Haut, je me prosterne en Votre royale Présence et je me présente en mon Nom et en celui de tout le genre humain; je Vous loue, je Vous bénis et je Vous magnifie pour l'admirable Bienfait de Votre Incarnation, je Vous confesse et Vous adore dans le Mystère de l'union hypostatique de la nature Divine et de la nature humaine en la Personne divine du Verbe Éternel. Si les misérables enfants d'Adam ignorent ce Bienfait et si ceux qui le connaissent ne Vous en remercient pas dignement, souvenez-Vous, ô Très Pieux Seigneur et Notre Père, qu'ils vivent dans une chair faible, pleine d'ignorance et de passion, et qu'ils ne peuvent (Jean 6: 44) venir à Vous, si Votre très clémente Bonté ne les attire. Pardonnez, mon Dieu, ce défaut d'une condition et d'une nature si fragiles. Moi, Votre Esclave et vil vermisseau de terre, je Vous rends grâces de ce Bienfait pour moi et pour chacun des mortels avec tous les courtisans de Votre gloire. Et Vous, mon Fils et mon Seigneur, je Vous supplie de l'intime de mon Âme de prendre pour Votre compte cette cause de Vos frères les hommes, et d'obtenir pour eux le pardon de Votre Père Éternel. Favorisez avec Votre piété immense les misérables et conçus en péché qui ignorent leur propre perte et qui ne savent pas ce qu'ils font ni ce qu'ils doivent faire. Je prie pour Votre peuple et le mien: puisqu'en tant que Vous êtes hommes nous sommes tous de Votre nature, ne la méprisez pas, et en tant que Dieu, donnez une Valeur infinie à vos Oeuvres. Qu'elles soient le retour et le remerciement dignes de notre dette; puisque Vous seul pouvez payer ce que nous tous avons reçu et devons au Père Éternel, qui pour le remède des pauvres (Luc 4: 18) et le rachat des captifs voulut Vous envoyer des Cieux sur la terre. Donnez la Vie au morts, enrichissez les pauvres, éclairez (Matt. 11: 5) les aveugles; Vous êtes notre Salut, notre Bien et tout notre Remède.»

8, 14, 645. Cette oraison et d'autres étaient ordinaires en la grande Reine du Monde. Mais outre ce remerciement continuel et quotidien, Elle ajoutait d'autres exercices pour célébrer l'Auguste Mystère de l'Incarnation, quand arrivaient les jours où le Verbe prit chair humaine dans ses entrailles très pures; et en ces jours-là Elle était plus favorisée du Seigneur que dans les autres fêtes qu'Elle célébrait; parce que ce n'était pas seulement un jour mais les neuf jours continus qui précédaient immédiatement le vingt-cinq mars, dans lequel s'exécuta ce sacrement avec la préparation que j'ai dite dans le commencement de la seconde partie [b]. Là j'ai déclaré par neuf chapitres les merveilles qui précédèrent l'Incarnation, pour disposer dignement la divine Mère qui devait concevoir le Verbe Incarné en son Âme et en son sein Virginal. Il est nécessaire ici de le supposer et de le répéter brièvement pour manifester la manière avec laquelle Elle célébrait et renouvelait la reconnaissance de ce Bienfait, ce miracle suprême.

8, 14, 646. Elle commençait cette solennité le seize mars au soir et les neuf jours suivants jusqu'au vingt-cinq Elle était renfermée sans manger et sans dormir;
et l'Évangéliste l'assistait seulement pour la Sainte Communion et il La lui administrait pendant ces neuf jours. Le Tout-Puissant renouvelait toutes les faveurs et tous les Bienfaits qu'Il fit à la Très Sainte Marie dans les neuf autres qui précédèrent l'Incarnation, quoiqu'en ceux-là Il en ajoutait de nouveau de Son Fils et notre Rédempteur; parce que Sa Majesté, comme étant né de Sa Très Pieuse et Très digne Mère, prenait pour Son compte de l'assister, de la consoler et de la favoriser en cette fête. Les six premiers jours de cette neuvaine il en arrivait ainsi: après quelques heures de la nuit quand la digne Mère continuait ses exercices accoutumés, le Verbe Incarné descendait des Cieux à son oratoire dans la majesté et la gloire qu'Il a dans le Paradis, accompagné de milliers d'Anges. Avec cette grandeur Il entrait dans l'oratoire en la présence de la Très Sainte Marie.

8, 14, 647. La Très Prudente et Très Religieuse Mère adorait son Fils et son Dieu véritable avec l'humilité, la vénération et le culte que seule sa très haute Sagesse savait faire dignement. Ensuite par le ministère des saints Anges Elle était élevée de la terre et colloquée à la droite du Seigneur sur Son trône, où Elle sentait une intime et ineffable union avec la même Humanité et la Divinité qui la transformaient et la remplissaient de gloire et de nouvelles influences qui ne se peuvent expliquer par aucune parole. Dans cet état et ce poste le Seigneur renouvelait en Elle les merveilles qu'Il opéra les neuf jours avant l'Incarnation, le premier de ceux-ci correspondant au premier de ceux-là, le second au second et ainsi du reste. Et de nouveau Il ajoutait d'autres faveurs et des effets admirables, conformément à l'état qu'avaient le Seigneur et Sa Bienheureuse Mère. Et quoique la Science habituelle de toutes les choses qu'Elle avait connues jusqu'alors se conservât toujours en Elle, pourtant en cette occasion, son entendement était appliqué, avec une nouvelle intelligence et une Lumière divine, à l'usage et à l'exercice de cette Science avec une plus grande clarté et de plus grands Effets.

8, 14, 648. Le premier de ces neuf jours, toutes les oeuvres que Dieu fit dans le premier jour de la création du monde lui étaient manifestées, ainsi que l'ordre et la manière avec lesquelles toutes les choses qui touchent à ce jour furent créées: le Ciel, la terre et les abîmes, avec leur longueur, leur latitude et leur profondeur; la lumière, les ténèbres et leur séparation, avec toutes les conditions, les qualités et les propriétés de ces choses matérielles et visibles. Et des invisibles
Elle connaissait la création des Anges et toutes leurs espèces et leurs qualités, leur persévérance dans la grâce, la discorde entre les obéissants et les apostats, la chute de ceux-là, la confirmation en grâce des autres, et tout le reste que Moïse renferma mystérieusement dans les oeuvres du premier jour. Elle connaissait de même les fins que le Tout-Puissant eut dans la création de ces choses et des autres, pour communiquer Sa Divinité et la manifester par elles, afin que tous les Anges et les hommes fussent capables de Le connaître et de Le louer par elles. Et afin que le renouvellement de cette science ne fût pas oisif en la Très Prudente Mère, son Très Saint Fils lui disait: «Ma Mère et Ma Colombe, Je vous ai donné connaissance de toutes ces Oeuvres de Ma Puissance infinie afin de vous manifester ma Grandeur avant de prendre chaire en votre sein Virginal, et maintenant je la renouvelle pour vous donner de nouveau la possession et le domaine de toutes ces choses, comme à ma véritable Mère, et Je veux que les Anges, les Cieux, la terre, la lumière et les ténèbres vous servent et vous obéissent, afin que vous rendiez de dignes actions de grâces et vous louiez le Père Éternel pour le Bienfait de la création que les mortels ne savent point reconnaître.»

8, 14, 649. A cette volonté du Seigneur et à cette dette des hommes notre grande Reine répondait et satisfaisait avec plénitude, remerciant pour Elle et pour toutes les créatures de ces Bienfaits incomparables. Elle passait tout le jour en ces exercices et d'autres plus mystérieux encore, jusqu'à ce que son Très Saint Fils retournât aux Cieux. Le second jour, Sa Majesté descendait à minuit de la même manière, et il rappelait en Sa divine Mère la connaissance de toutes les Oeuvres du second jour de la création, comment le firmament fut formé au milieu des eaux, divisant les unes des autres, le nombre et la disposition des Cieux, toute leur composition et leur harmonie, leurs qualités et leur nature, leur grandeur et leur beauté. Elle connaissait toutes ces choses comme elles arrivèrent avec une vérité infaillible et sans opinion; quoiqu'Elle connût celles que les Docteurs et les Écrivains ont sur cela. Le troisième jour, ce que l'Écriture en rapporte, lui était manifesté de nouveau, que le Seigneur rassembla les eaux qui étaient sur la terre et qu'Il forma la mer, découvrant la terre pour qu'elle donnât des fruits; comme elle le fit ensuite à l'ordre de son Créateur, produisant des plante, des herbes, des arbres et d'autres choses qui l'embellissaient et l'ornaient. Elle connut la nature, les qualités et les propriétés de toutes ces plantes et la manière avec laquelle elles pouvaient être utiles ou nuisibles pour le service des hommes. Le quatrième jour
Elle connut en particulier la formation du soleil, de la lune et des étoiles des cieux, leur matière, leur forme, leurs qualités, leurs influences et tous les mouvements avec lesquels ils opèrent et distinguent les temps, les années et les jours. Le cinquième jour la création ou génération des oiseaux du ciel, des poissons de la mer qui furent tous formés des eaux, lui fut manifesté, et la manière avec laquelle se succédèrent ces productions dans leur principe et celle qu'ils avaient ensuite pour leur conservation et leur propagation et toutes les espèces, les conditions et les qualités des animaux de la terre et des poissons de la mer. Le sixième jour il lui était donné une nouvelle Lumière ou connaissance de la création de l'homme, comme fin de toute les autres créatures matérielles, et outre qu'Elle comprît sa composition et son harmonie en laquelle Il les renferme toutes d'une manière merveilleuse, Elle connaissait le Mystère de l'Incarnation auquel s'ordonnait cette création de l'homme, et tous les autres secrets de la Sagesse divine qui étaient renfermés en cette Oeuvre et en celles de toute la création, testifiant Sa Grandeur et Sa Majesté infinies.

8, 14, 650. En chacun de ces jours, la grande Reine faisait son cantique particulier à la louange du Créateur, pour les Oeuvres qui correspondaient à la création de ce jour, et pour les Mystères qu'Elle y connaissait. Elle faisait ensuite de grandes prières pour tous les hommes, en particulier pour les fidèles, afin qu'ils fussent réconciliés avec Dieu, et que la Lumière de la Divinité et de Ses Oeuvres leur fût donnée, afin qu'en elles et par elles, ils Le connussent, L'aimassent et Le louassent. Et comme Elle parvenait à connaître l'ignorance de tant d'infidèles qui n'arriveraient point à cette connaissance ni à la vraie Foi qui pouvait leur être communiquée, et que plusieurs fidèles, quoiqu'ils confesseraient ces Oeuvres du Très-Haut, seraient lents et négligents dans la reconnaissance qu'ils doivent; en compensation de ces défauts des enfants d'Adam la Très Sainte Marie faisait des oeuvres héroïques et admirables. Dans cette correspondance, son Très Saint Fils la favorisait et l'élevait à de nouveaux Dons et à une nouvelle participation de Sa Divinité et de Ses Attributs, accumulant en Elle ce que les mortels ne méritaient pas à cause de leur oubli très ingrat. Et en chacune des Oeuvres de ce jour, Il lui donnait un nouveau pouvoir et un nouveau domaine, afin que toutes la reconnussent et la servissent, comme Mère de leur Créateur, qui la constituait pour Reine Suprême de tout ce qu'Il avait créé au Ciel et sur la terre.

8, 14, 651. Au septième jour ces divines faveurs se renouvelaient et s'avançaient, parce qu'en ces trois jours son divin Fils descendait point du Ciel, mais la divine Mère y était élevée et portée, comme il arriva dans les jours qui correspondaient à ceux de la neuvaine avant l'Incarnation. Pour cela au milieu de la nuit, par le commandement du Seigneur, les Anges la portaient au Ciel empirée, où en adorant l'Être de Dieu, les suprêmes Séraphins l'ornaient d'un vêtement plus pur et plus blanc que la neige, et plus resplendissant que le soleil. Ils la ceignaient d'une ceinture de pierres si riches et si belles qu'il n'y a rien dans la nature à quoi les comparer; parce que chacune excédait en splendeur le globe du soleil même et de plusieurs s'ils avaient été ensemble. Ensuite ils l'ornaient de bracelets et de colliers; et d'autres ornements proportionnés à la Personne qui les recevait et à Celui qui les donnait; parce que les Séraphins descendaient tous ces joyaux avec une admirable révérence du trône même de la Bienheureuse Trinité, la participation de laquelle était manifestée par chacun de ces joyaux d'une manière différente. Et non seulement ces ornements signifiaient la participation et la communication nouvelles des Perfections divines qui étaient données à leur Reine; mais les Séraphins eux-mêmes qui l'ornaient, et ils étaient au nombre de six, représentaient aussi le Mystère de leur ministère.

8, 1, 652. A ces Séraphins succédaient six autres qui donnaient un nouvel ornement à la Reine, comme retouchant toutes ses puissances et leur donnant une facilité, une beauté et une grâce qui ne se peuvent manifester par des paroles. Outre cet ornement arrivaient encore six autres Séraphins et par leur ministère ils lui donnaient les qualités et la Lumière par lesquelles son entendement et sa volonté étaient élevés pour la Vision et la Fruition Béatifiques. Et la grande Reine étant ainsi ornée et remplie de beauté, tous ces Séraphins qui étaient au nombre de dix-huit l'élevaient au trône de la Bienheureuse Trinité et ils la colloquaient à la droite de son Fils unique notre Sauveur. Là ils l'interrogeaient sur ce qu'Elle demandait, ce qu'Elle voulait et ce qu'Elle désirait. Et la véritable Esther répondait: «Je demande, Seigneur, miséricorde (Esth. 7: 3) pour mon peuple, et en son nom et au mien, je désire et veux remercier pour la faveur que fit Votre miséricordieuse Toute-Puissance en donnant forme humaine au Verbe Éternel dans mes entrailles pour le racheter.» A ces raisons et ces pétitions Elle en ajoutait d'autres d'une Charité et d'une Sagesse incomparables, priant pour tout le genre humain, et spécialement pour la Sainte Église.

8, 14, 653. Ensuite son Très Saint Fils S'adressait au Père Éternel et disait: «Je Te confesse et Te loue, Mon Père, et Je T'offre cette Créature Fille d'Adam, agréable en Ton Acceptation, comme élue entre les autres créatures pour Ma Mère, et pour le témoignage de Vos Attributs infinis. Elle seule sait estimer et connaître avec dignité et plénitude et avec un Coeur reconnaissant la faveur que Je fis aux hommes en Me revêtant de leur nature pour leur enseigner le Chemin du Salut Éternel et les racheter de la mort. Nous l'avons choisie pour apaiser Notre indignation contre l'ingratitude et la mauvaise correspondance des mortels. Elle Nous donne le retour que les autres ou ne peuvent ou ne veulent Nous donner; mais Nous ne pouvons mépriser les prières de Notre Bien-Aimée, qu'Elle Nous offre pour eux avec la plénitude de sa sainteté et de Notre Agrément.»

8, 14, 654. Toutes ces merveilles se répétaient pendant les trois derniers jours de la neuvaine; et le dernier qui était le vingt-cinq mars, à l'heure de l'Incarnation, la Divinité lui était manifestée intuitivement avec une gloire plus grande que celle de tous les Bienheureux. Et quoiqu'en tous ces jours les Saints reçussent une nouvelle joie accidentelle, ce dernier était plus solennel et d'une allégresse extraordinaire pour toute cette Jérusalem triomphante. Les faveurs que la Bienheureuse Mère recevait en ces jours excèdent sans mesure toute pensée humaine; parce que tous les privilèges, les grâces et les Dons lui étaient ratifiés et augmentés par le Tout-Puissant d'une manière ineffable. Et comme Elle était Voyageuse pour mériter, et qu'Elle connaissait tout les états de la Sainte Église dans les siècles présents et futurs, Elle demanda et mérita pour tous les temps de grands Bienfaits, ou pour mieux dire, tous ceux que le Pouvoir divin a opérés et qu'il opérera jusqu'à la fin du monde envers les hommes.

8, 14, 655. Dans toutes les fêtes que célébrait l'Auguste Souveraine, Elle obtenait la conversion d'innombrables âmes qui venaient alors et ensuite à la Foi Catholique. Ce jour de l'Incarnation, cette indulgence était plus grande; parce qu'Elle mérita pour plusieurs royaumes, provinces et nations les Bienfaits et les faveurs qu'ils ont reçus en ayant été appelés à la Sainte Église. Et ceux en qui la Foi Catholique a persévéré davantage sont plus redevables aux prières et aux mérites de la divine Mère. Mais il m'a été singulièrement donné à entendre que dans les jours qu'Elle célébrait le Mystère de l'Incarnation, Elle tirait toutes les âmes qui étaient dans le Purgatoire; et du Ciel où cette faveur lui était concédée comme Reine de toutes les créatures et Mère du Réparateur du Monde, Elle envoyait les Anges qui les lui apportaient, et Elle les offrait au Père Éternel comme Fruit de l'Incarnation, par laquelle Il envoya au monde Son Fils Unique, pour Lui gagner les âmes que Son ennemi avait tyrannisées, et pour toutes ces âmes Elle faisait de nouveaux cantiques de louanges. Et avec la joie qu'Elle éprouvait de voir s'augmenter cette cour du Ciel Elle revenait sur la terre où Elle faisait de nouvelles actions de grâces pour ces Bienfaits avec son humilité accoutumée. Et que l'on ne trouve pas cette merveille incroyable; puisque le jour que la Très Sainte Marie fut élevée à la dignité immense de Mère de Dieu même et Maîtresse de toutes les créatures, ce n'est pas beaucoup que les Trésors de la Divinité lui fussent ouverts en faveur des enfants d'Adam ses frères et ses enfants même, quand ils furent affranchis pour Elle en La recevant dans ses entrailles, unie hypostatiquement avec sa propre substance; et seule sa Sagesse arrivait à pondérer ce Bienfait, particulier pour Elle et commun pour tous.

8, 14, 656. Elle célébrait la solennité de la Naissance de son Fils d'une autre manière et avec d'autres faveurs. Elle commençait le soir par les exercices, les cantiques et les dispositions qu'Elle faisait dans les autres fêtes; et à l'heure de la Naissance son Très Saint Fils descendait du Ciel avec des milliers d'Anges et une glorieuse majesté avec lesquels Il venait d'autres fois. Les Patriarches L'accompagnaient aussi, saint Joachim, sainte Anne, saint Joseph et sainte Élisabeth, mère du Baptiste et d'autres Saints. Ensuite, par le commandement du Seigneur, les Anges l'élevaient du sol, et la plaçaient à Sa droite, et ils chantaient avec une céleste harmonie le cantique du Gloria qu'ils chantèrent le jour de la Naissance, et d'autres que l'Auguste Reine avait faits en reconnaissance de ce Mystère et de ce Bienfait, et en bénédiction de la Divinité et de Ses Perfections infinies. Et après avoir été dans ces louanges pendant un assez long temps, la divine Mère demandait permission à son Fils Jésus, et Elle descendait du trône et se prosternait de nouveau. Et dans cette posture Elle L'adorait au nom de tout le genre humain et Elle Lui rendait grâces parce qu'Il était né au monde pour son Remède. Outre cette reconnaissance Elle faisait une fervente pétition pour tous et singulièrement pour les enfants de l'Église, représentant la fragilité de la condition humaine et la nécessité qu'elle avait de la grâce et du secours de la divine Droite pour se relever et pour venir à la connaissance du Seigneur et mériter la Vie Éternelle. Elle alléguait pour cela la Miséricorde d'avoir voulu naître Lui, le même Seigneur, de son sein Virginal pour le remède des enfants d'Adam, la pauvreté dans laquelle Il naquit, les travaux et les peines qu'Il accepta, et de ce qu'Elle L'avait nourri et élevé comme Mère et tous les Mystères qui lui arrivèrent en ces Oeuvres. Son Fils notre Sauveur acceptait cette oraison, et en présence de tous les Anges et de tous les Saints qui L'assistaient Il Se donnait pour obligé de la Charité et des raisons avec lesquelles Sa Très Heureuse Mère priait pour son peuple; et de nouveau Il lui accordait que comme Souveraine et Dispensatrice de tous les Trésors de Sa grâce, Elle les appliquât et les distribuât parmi les hommes selon sa volonté. La Très Prudente Reine faisait cela avec une Sagesse et un Fruit admirables pour l'Église. Et pour terminer cette solennité Elle demandait aux Saints de louer le Seigneur dans le Mystère de Sa Nativité en son Nom et en celui des autres mortels. Et Elle demandait la bénédiction à son Fils, et la lui donnant, Sa Majesté retournait aux Cieux.

DOCTRINE QUE ME DONNA LA GRANDE REINE DES ANGES
LA TRÈS SAINTE MARIE.

8, 14, 657. Ma fille et ma disciple, l'admiration avec laquelle tu écris les secrets que je te manifeste de ma Vie et de ma sainteté, je veux que tu la changes tout entière en louange au Tout-Puissant qui fut si libéral envers moi, et à t'élever au-dessus de toi-même avec la confiance avec laquelle tu dois demander ma puissante intercession et ma protection. Mais si tu es émerveillée de ce que mon Très Saint Fils ait ajouté en moi grâces sur grâces, Dons sur Dons, et qu'Il m'ait visitée et élevée si souvent au Cieux en Sa Présence, souviens-toi de ce que tu as écrit, que je me privai de la Vision Béatifique pour gouverner l'Église. Et lors même que cette Charité n'eût pas mérité auprès du Très-Haut la récompense qu'Il me donna vivant en chair mortelle; parce que j'étais Sa Mère et Lui mon Fils, Il eût envers moi des Oeuvres et des Merveilles telles qu'elles ne peuvent entrer en pensée créée et qui ne conviendrait pas à une autre créature. La dignité de Mère de Dieu excède tant toute la sphère des autres, que ce serait une honteuse ignorance de me nier à moi les faveurs qui ne se trouvent point dans les autres Saints. Ce fut un engagement de tant de poids pour Dieu même, que le Verbe Éternel ait pris chair humaine de ma substance que, à ta manière de concevoir, Il n'en serait pas sorti, s'Il n'eût pas fait conséquemment envers moi tout ce que Sa Toute-Puissance pouvait faire et que j'étais capable de recevoir. Cette Puissance de Dieu est infinie et ne se peut épuiser, Elle demeure toujours infinie; et ce qu'Elle communique hors d'Elle-même est toujours finie et en comparaison de l'Être de Dieu, tout le créé n'est rien.

8, 14, 658. Mais joint à cela je ne mis point d'empêchement de mon côté, au contraire je méritais que la Toute-Puissance opérât en moi sans limite et sans mesure tous les Dons, toutes les grâces et toutes les faveurs auxquelles Elle pouvait dûment s'étendre. Et comme tous ces Bienfaits étaient toujours finis, quelque grands et admirables qu'ils fussent, et la Puissance de l'Être de Dieu est infini et sans terme, d'ici on comprend qu'Il put accumuler en moi grâces sur grâces et Bienfaits sur Bienfaits. Et non seulement Il put le faire, mais il convenait qu'Il le fît ainsi pour opérer avec toute perfection cette Oeuvre et cette Merveille de me faire Sa digne Mère; puisqu'aucune de Ses Oeuvres demeure en son genre imparfaite, ni avec quelque manque. Et parce que dans cette dignité de me faire Sa Mère sont contenues toutes mes grâces comme dans leur origine et le principe où elles correspondent; pour cela le jour que les hommes me connurent pour Mère de Dieu, ils connurent implicitement et comme dans leur cause les conditions qui m'appartenaient pour une telle excellence; laissant à la dévotion, à la piété et à la courtoisie des fidèles, que pour obliger mon Très Saint Fils et mériter ma protection ils discourussent dignement de ma Sainteté et mes Dons, qu'ils les recueillissent et les confessassent conformément à leur dévotion et à ma dignité. Pour cela, il a été donné une Science et une Lumière particulières à plusieurs Saints, aux auteurs et aux écrivains, ainsi que d'autres révélations qu'ils ont eues de certaines faveurs et de plusieurs privilèges que m'accorda le Très-Haut.

8, 14, 659. Et comme en cela plusieurs mortels ont été, les uns timides avec un bon zèle, d'autres avec indévotion plus tardifs qu'ils devaient, mon Très Saint Fils a voulu dans Sa Bonté paternelle et dans le temps le plus opportun pour Sa Sainte Église, leur manifester ces sacrements cachés sans confier une telle manifestation au discours humain ni à la science à laquelle elle s'étend, mais à Sa propre Lumière et Vérité divine, afin que les mortels reçussent une allégresse et une espérance nouvelles sachant combien je peux les favoriser et qu'ils rendissent au Tout-Puissant la gloire et la louange qu'ils doivent en moi et dans les Oeuvres de la Rédemption des hommes.

8, 14, 660. Je veux, ma fille, que tu te juges la première dans cette obligation, et plus endettée que les autres, puisque je t'ai choisie pour ma fille et ma disciple spéciale, afin qu'en écrivant ma Vie ton coeur s'élève avec un amour plus ardent et des désirs de me suivre par l'imitation à laquelle je te convie et t'appelle. Et la Doctrine de ce chapitre est que tu me suives dans la reconnaissance ineffable que j'eus du Bienfait et du Mystère de l'Incarnation du Verbe Éternel dans mes entrailles. Écris dans ton coeur cette Merveille du Tout-Puissant, afin de ne l'oublier jamais, et signale-toi davantage en cette mémoire les jours qui correspondent aux Mystères que tu as écrits de moi. En ces jours, je veux que tu célèbres en mon Nom sur la terre cette fête avec une disposition singulière et avec jubilation de ton âme, remerciant pour tous les mortels de ce que Dieu S'est Incarné en moi pour leur Remède; et aussi loue-Le pour la dignité à laquelle Il m'éleva en me faisant Sa Mère. Et sache qu'après la connaissance que les Anges et les Saints dans le Ciel ont de l'Être de Dieu infini, aucune autre chose ne leur cause une plus grande admiration que de Le voir uni à la nature humaine, et quoiqu'ils connaissent plus et plus de ce Mystère, il leur reste toujours davantage à connaître pendant tous les siècles des siècles.

8, 14, 661. Et enfin que tu célèbres et que tu renouvelles en toi ces Bienfaits de l'Incarnation et de la Naissance de mon Très Saint Fils, je veux que tu tâches d'obtenir une humilité et une pureté angéliques; car avec ces vertus la reconnaissance que tu dois au Seigneur Lui sera agréable et avec ce retour tu paieras quelque chose de la dette que tu as de ce que Dieu S'est fait de ta nature. Considère et médite combien pèsent les fautes des hommes, après qu'ils ont Jésus-Christ pour leur Frère et qu'ils dégénèrent de cette excellence et de cette obligation. Regarde-toi comme le portrait ou l'image de l'Homme-Dieu et que tu méprises et effaces cette image par tout péché que tu commets. Les enfants d'Adam ont beaucoup oublié cette nouvelle dignité à laquelle la nature humaine fut élevée, et ils ne veulent point se dépouiller de leurs anciennes coutumes et misères pour se vêtir de Jésus-Christ. Mais toi, ma fille, oublie la maison de ton ancien père (Ps. 44: 11), et de ton peuple, et tâche de te renouveler avec la Beauté de ton Réparateur, afin que tu sois agréable aux yeux du suprême Roi.

NOTES EXPLICATIVES
Extraites de celles de Don Creseto, à l'usage des prêtres.
8, 14, [a]. Livre 1, No. 58.
8, 14, [b]. Livre 3, No. 5.
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Message par sga Ven 27 Nov 2020 - 13:39

CHAPITRE 15


Des autres fêtes que la Très Sainte Marie célébrait de la Circoncision, de l'Adoration des Rois, de sa Purification, du Baptême, du Jeûne, de l'institution du Très Saint Sacrement, de la Passion et de la Résurrection.


8, 15, 662. En renouvelant la mémoire des Mystères ce la Vie et de la Mort de notre Sauveur Jésus-Christ notre grande Reine prétendait non seulement Lui donner la due reconnaissance pour Elle et pour tout le genre humain, et enseigner à l'Église cette Science divine comme Maîtresse de toute Sainteté et de toute Sagesse; mais outre la satisfaction de cette dette Elle prétendait obliger le Seigneur, inclinant Sa Bonté infinie à la miséricorde et à la clémence dont Elle connaissait que la fragilité et la misère des hommes avait besoin. La Très Prudente Mère connaissait que les péchés des mortels désobligeaient beaucoup son Très Saint Fils et le Père Éternel, et qu'au Tribunal de Leur Miséricorde Ils n'avaient rien de plus à alléguer en leur faveur que la Charité Infinie avec laquelle Ils les ont aimés et réconciliés avec Eux-mêmes, lorsqu'ils étaient pécheurs et ennemis (Rom. 5: 9). Comme Jésus-Christ notre Réparateur fit cette réconciliation par Ses Oeuvres, sa Vie, Sa Mort et Ses Mystères, pour cette raison les jours qui succédèrent tous ces Bienfaits, la divine Dame les jugeait convenables pour multiplier ses prières, et pour incliner le Tout-Puissant, Lui demandant d'aimer les hommes parce qu'Il les avait aimés, de les appeler à Sa Foi et à Sa Charité parce qu'Il les leur avait méritées, et de les justifier effectivement parce qu'Il leur avait gagné la justification et la Vie Éternel.

8, 15, 663. Ni les hommes ni les anges n'arriveront jamais à pondérer dignement la dette qu'a le monde envers la maternelle piété de cette Reine et Maîtresse. Et les nombreuses faveurs qu'Elle reçut de la Droite du Tout-Puissant, ainsi que la Vision Béatifique qui lui fut tant de fois manifestée en chair mortelle, ne furent pas des bénéfices pour Elle seule mais aussi pour nous; parce que dans ces occasions sa Science et sa Charité divines arrivèrent au suprême degré qui peut se trouver en une pure Créature; et conformément à une telle mesure Elle désirait la gloire du Très-Haut dans le salut des créatures raisonnables. Et comme Elle demeurait conjointement dans l'état de Voyageuse pour la mériter et la gagner, l'incendie d'amour qui brûlait dans son Coeur très pur excédait toute capacité, et Elle désirait qu'aucun ne se damnât de ceux qui pouvaient arriver à jouir de Dieu. De là lui résulta un martyre prolongé qu'Elle souffrit dans sa Vie et qui l'eut consumée à chaque heure et à chaque moment si la Puissance de Dieu ne l'eût gardée et soutenue. Ce martyre fut la pensée qu'il y aurait des âmes qui se damneraient et qui demeureraient éternellement privées de voir Dieu et d'en jouir; et outre cela qu'ils souffriraient les tourments éternels de l'enfer, sans espérance du Remède qu'ils auront méprisé.

8, 15, 664. La Très Douce Mère sentait avec une douleur immense cette infortune si lamentable, parce qu'Elle la connaissait, la pesait et la pondérait avec une égale Sagesse. Et comme à cette Sagesse correspondait Sa très ardente Charité, Elle n'eut point eu de consolation dans ces peines si Elle avait été laissée à la force de son amour et à la considération de ce que notre Sauveur fit et souffrit pour racheter les hommes de la perdition éternelle. Mais le Seigneur prévenait dans Sa Mère très Fidèle les effets de cette douleur mortelle et quelquefois Il lui conservait la Vie miraculeusement; d'autres fois Il la détournait de cette douleur par des intelligences différentes, et d'autres fois Il lui découvrait les secrets jugements de la prédestination éternelle, afin que connaissant les raisons de l'Équité de Sa Justice divine son Coeur se reposât. Notre Sauveur Jésus-Christ prenait tous ces expédients et d'autres, afin que Sa Très Sainte Mère ne mourût pas à la vue des péchés et de la damnation éternelle des réprouvés. Si ce malheureux et infortuné sort prévu par la divine Mère put tant affliger son Coeur très candide, et s'il fit tant d'effets dans son Fils et son Dieu véritable, qu'Il s'offrit à la Passion et à la mort de la Croix pour remédier à la perdition des hommes, par quelles paroles peut-on exprimer l'aveugle stupidité de ces mêmes hommes qui se livrent avec une telle impétuosité et des coeurs si insensibles à une ruine d'eux-mêmes si irréparable et jamais trop exagérée?

8, 15, 665. Mais notre Sauveur et Maître Jésus allégeait beaucoup cette douleur de Sa Très Aimante Mère, en écoutant ses prières et ses pétitions pour les mortels, en Se donnant pour obligé de son amour, en lui offrant Ses trésors et Ses mérites infinis, en la faisant Sa grande Aumônière et en laissant à sa pieuse volonté la distribution des richesses de Sa Miséricorde et de Ses grâces, afin qu'Elle les appliquât aux âmes qu'Elle connaissait par Sa Science être plus convenables. Ces promesses du Seigneur à Sa Bienheureuse Mère étaient aussi ordinaires que l'étaient les soucis et les oraisons de la pieuse Reine qui les sollicitait, et tout croissait davantage aux jours de fête qu'Elle célébrait des Mystères de Son Très Saint Fils. Quand arrivait le jour de la Circoncision, Elle commençait les exercices accoutumés à l'heure qu'Elle le faisait aux autres fêtes; et en celle-ci le Verbe Incarné descendait aussi à son oratoire avec la Majesté et l'accompagnement des autres fois des Anges et des Saints. Et comme ce Mystère fut celui où notre Rédempteur commença à répandre son Sang pour les hommes et qu'Il S'humilia à la loi des pécheurs comme s'Il eut été l'un d'eux, les actes que Sa Très Pur Mère faisait en commémoration d'une telle Bonté et d'une telle Clémence de son Très Saint Fils étaient ineffables.

8, 15, 666. L'Auguste Mère s'humiliait jusqu'au profond de cette vertu, se plaignant tendrement de ce que l'Enfant-Dieu souffrît en cet âge si tendre; Elle Le remerciait de ce Bienfait pour tous les enfants d'Adam; Elle pleurait l'oubli commun et l'ingratitude de ne point estimer ce Sang répandu si à bonne heure pour le rachat de tous. Et comme si Elle se fût trouvée confuse en Présence de son propre Fils de ne point payer ce Bienfait, Elle s'offrit Elle-même à mourir et à répandre son sang en retour de cette dette, à l'imitation de son Maître et son Exemplaire. Sur ces désirs et ces pétitions Elle avait de très doux colloques avec le Seigneur en tout ce jour. Mais quoique Sa Majesté acceptât ce sacrifice, comme il n'était pas convenable de réduire à exécution les désirs enflammées de la Très Aimante Mère, Elle ajoutait de nouvelles inventions de Charité envers les mortels. Elle demanda à son Très Saint Fils de répartir entre tous les enfants des hommes les délices, les caresses et les faveurs qu'Elle recevait de Sa puissante Droite; et que dans la souffrance pour Son Amour et par cet instrument Elle fut singulière; mais que tous eussent leur part du retour et que tous goûtassent de la suavité et de la douceur de Son Divin Esprit, afin qu'obligés et attirés par cette douceur ils vinssent tous au Chemin de la Vie Éternelle, et qu'aucun ne fût perdu à la mort, après que le Seigneur s'était fait homme et avait souffert pour attirer toutes choses à Lui-même (Jean 12: 32). Elle offrait ensuite au Père Éternel, le Sang que son Fils Jésus avait répandu dans Sa Circoncision et l'humilité de S'être laissé circoncire étant impeccable. Elle L'adorait comme Dieu et homme véritable; et avec ces oeuvres et d'autres d'une perfection incomparable, son Très Saint Fils la bénissait et Il retournait aux Cieux à la droite de son Père Éternel.

8, 15, 667. Pour l'Adoration des Rois Elle se préparait quelques jours avant qu'arrivât la fête, comme réunissant quelques dons à offrir au Verbe Incarné. La principale offrande que la Très Prudente Reine appelait "Or", était les âmes qu'Elle ramenait à l'état de grâce; et pour cela Elle se servait beaucoup auparavant du ministère des Anges, Elle leur donnait ordre de l'aider à préparer ce don, sollicitant plusieurs âmes par de grandes et plus spéciales inspirations de venir à la connaissance du vrai Dieu et de se convertir la Lui. Tout cela s'exécutait par le ministère des Anges, et beaucoup plus par les oraisons et les demandes qu'Elle faisait, par lesquelles Elle en tirait plusieurs du péché, Elle en réduisait d'autres à la Foi et au Baptême, et d'autres qu'Elle arrachait à l'heure de la mort des griffes du dragon infernal. A ce don Elle ajoutait celui de la "Myrrhe" qui étaient les prosternations en Croix, les humiliations et d'autres exercices pénibles qu'Elle faisait pour se préparer et pour avoir quelque chose à offrir à son propre Fils. La troisième offrande qu'Elle appelait "Encens", étaient les incendies et les vols de l'amour, les paroles et les oraisons jaculatoires, et d'autres affections très douces et pleines de Sagesse.

8, 15, 668. Pour recevoir cette offrande, le jour et l'heure de la fête étant arrivés, son Très Saint Fils descendait du Ciel accompagnés d'Anges et de Saints innombrables, et en présence de tous conviant les courtisans du Ciel à l'aider, Elle la Lui offrait avec un culte, une adoration et un amour admirables; et avec cette offrande Elle faisait pour les mortels une fervente oraison. Ensuite Elle était élevée au trône de son Fils et son Humanité très Sainte d'une manière admirable, Lui demeurant divinement unie et comme transfigurée par Ses splendeurs et Sa clarté. Quelquefois le Seigneur Lui-même l'inclinait dans Ses Bras afin qu'Elle reposât de ses affections très ardentes. Ces faveurs étaient de nature telle qu'il n'y a point de termes pour les expliquer; parce que le Tout-Puissant tirait chaque jour de Ses Trésors des Bienfaits anciens et nouveaux.

8, 15, 669. Après ces faveurs, Elle descendait du trône et Elle demandait miséricorde pour les hommes. Elle concluait ces pétitions par un cantique de louange pour tous et Elle demandait aux Saints de l'accompagner en tout cela. Il arrivait en ce jour une chose merveilleuse: c'était que pour mettre fin à cette solennité, Elle demandait à tous les Patriarches et les Saints qui étaient présents, de prier le Tout-Puissant de l'assister et de la gouverner en toutes ses oeuvres. Et pour cela Elle allait de l'un à l'autre continuant cette demande et s'humiliant devant eux comme s'approchant pour leur baiser la main. Et afin que la Maîtresse de l'humilité exerçât cette vertu envers ses parents, les Patriarches et les Prophètes qui étaient de sa propre nature, son Très Saint Fils y donnait lieu avec un Agrément incomparable. Néanmoins Elle ne faisait point cette humiliation envers les Anges, parce que ceux-ci étaient ses ministres et ils n'avaient point avec la grande Reine la parenté de la nature qu'avaient les saints Pères; et ainsi les esprits divins l'assistaient et l'accompagnaient d'une autre manière de service qu'ils montraient envers Elle dans cet exercice.

8, 15, 670. Ensuite Elle célébrait le Baptême de Jésus-Christ notre Sauveur avec une reconnaissance grandiose de ce Sacrement et de ce que le même Seigneur l'avait reçu pour lui donner principe dans la Loi de grâce. Après les prières qu'Elle faisait pour l'Église, Elle se recueillait pour les quarante jours continus afin de célébrer le Jeûne de notre Sauveur, le répétant comme Sa Majesté et Elle-même le firent, ce dont j'ai parlé dans la seconde partie en son lieu [b]. Dans ces quarante jours Elle ne mangeait, ni ne dormait, ni ne sortait de sa retraite, s'il n'arrivait quelque grande nécessité qui demandait sa présence. Elle communiquait seulement avec l'Évangéliste saint Jean pour recevoir de sa main la Sainte Communion et dépêcher les affaires où il fallait qu'Elle prît part pour le gouvernement de l'Église. Dans ces jours le Disciple bien-aimé assistait plus assidûment et ne s'absentait que rarement de la maison du Cénacle. Et quoiqu'il vînt plusieurs nécessiteux et plusieurs infirmes, il leur portait remède et il les guérissait leur appliquant quelque gage de la puissante Reine. Il venait plusieurs possédés du démon et quelques-uns avant d'arriver demeuraient libres; parce que les démons n'osaient point attendre ni s'approcher du lieu où était la Très Sainte Marie. D'autres fois lorsque le malade touchait le manteau ou le voile, ou autre chose de la Reine, les démons se précipitaient dans l'abîme. Et si quelques-uns étaient rebelles, l'Évangéliste l'appelait et à l'instant qu'Elle approchait en la présence des patients, les démons sortaient sans autre commandement.

8, 15, 671. Il faudrait écrire plusieurs livres si l'on devait rapporter les oeuvres et les merveilles qui lui arrivaient dans ces quarante jours, car Elle ne dormait point, ni ne mangeait, ni ne se reposait; qui pourra raconter ce que son activité et sa sollicitude si officieuse opérait en tant de temps? Il suffit de savoir qu'Elle appliquait et offrait le tout pour l'accroissement de l'Église, la justification des âmes et la conversion du monde, et pour secourir les Apôtres et les disciples qui le parcouraient en prêchant. Ce carême accompli, son Très Saint Fils la régalait par un festin semblable à celui de Son Jeûne, comme il a été dit en son lieu [c]. Il y avait seulement cela de plus grande joie que le même Seigneur glorieux et plein de Majesté Se trouvait présent avec plusieurs milliers d'Anges, les uns qui servaient, d'autres qui chantaient avec une céleste et divine harmonie; mais le Seigneur donnait de Sa main ce que la Très Aimante Mère mangeait. Ce jour était très doux pour Elle, plus pour la Présence de son Fils que pour la suavité de ces aliments et de ces nectars souverains. Et en action de grâces de tout Elle se prosternait en terre et Elle demandait la bénédiction, adorant le Seigneur; et Sa Majesté la lui donnait et retournait aux Cieux. En toutes ces apparitions de Notre-Seigneur Jésus-Christ la religieuse Mère faisait de grands et héroïques actes d'humilité, de soumission et de vénération, baisant les pieds de son Fils, se reconnaissant pour non digne de ces faveurs, et demandant une nouvelle grâce pour Le mieux servir à l'avenir avec Sa protection.

8, 15, 672. Il serait possible que quelqu'un jugeât avec une prudence humaine que les apparitions du Seigneur que j'écris ici en des occasions si fréquentes et si réitérées, sont nombreuses, comme j'ai dit qu'Il les faisait. Mais celui qui pensera cela est obligé de mesurer la sainteté de la Maîtresse des Vertus, la grâce et l'Amour réciproque d'une telle Mère et d'un tel Fils, et nous dire combien ces faveurs s'élèvent au-dessus de la règle avec laquelle il mesure cette cause, que la Foi et la raison tiennent pour incommensurable au jugement humain. La Lumière avec laquelle je la connais me suffit à moi, pour ne point trouver de doute en ce que je dis, et de savoir que chaque jour, chaque heure et chaque instant notre Sauveur Jésus-Christ descend du Ciel consacré dans les mains du prêtre qui Le consacre légitimement en quelque partie du monde que ce soit. Et je dis qu'Il descend, non avec un mouvement corporel, mais par la Consécration du pain et du vin et Son Corps Sacré et en Son Sang. Et quoique ce soit par une manière différente que je ne déclare ni ne dispute maintenant, néanmoins la vérité Catholique m'enseigne que le même Jésus-Christ par une manière ineffable se rend présent et est dans l'Hostie consacrée. Le Seigneur opère tant de fois cette merveille en faveur des hommes et pour leur remède; quoiqu'il y en ait tant d'indignes; et quelques-uns de ceux qui Le consacre le sont aussi. Et si quelqu'un a pu L'incliner de manière à ce qu'Il voulût nous continuer ce Bienfait, ce fut bien la Très Sainte Marie seule, pour qui principalement Il l'avait fait et ordonné, comme je l'ai déclaré en d'autres endroits [d]. Il ne paraît donc pas que ce soit beaucoup qu'Il la visitât tant de fois, si Elle seule put et sut le mériter pour Elle et pour nous.

8, 15, 673. Après ce jeûne l'Auguste Souveraine célébrait la fête de sa Purification et de la Présentation de l'Enfant-Dieu au Temple. Et pour l'offrande de cette Hostie qui était le Seigneur même qui l'acceptait, la Bienheureuse Trinité lui apparaissait dans son oratoire avec les courtisans de la gloire. Et lorsqu'Elle offrait le Verbe Incarné, les Anges la vêtaient et l'ornaient avec les mêmes galas et les mêmes joyaux si riches que j'ai dits dans la fête de l'Incarnation [e]. Ensuite Elle faisait une longue oraison dans laquelle Elle priait pour tout le genre humain et en particulier pour l'Église. La récompense de cette oraison et de l'humilité
avec laquelle Elle s'assujettit à la Loi de la purification et des exercices qu'Elle faisait était pour Elle de nouveaux accroissements de grâce, de nouveaux Dons et de nouvelles faveurs; et pour les autres Elle obtenait de grands secours et de grands Bienfaits.

8, 15, 674. Elle célébrait la mémoire de la Passion de son Très Saint Fils, de l'institution du Très Saint Sacrement et de la Résurrection non seulement chaque semaine, comme je l'ai déjà écrit [f], mais surtout quand arrivaient les jours anniversaires de ces fêtes. Chaque année Elle faisait une autre mémoire particulière, comme la fait maintenant l'Église dans la Semaine Sainte. Et outre les exercices ordinaires de chaque semaine Elle en ajoutait plusieurs autres; et à l'heure que Jésus-Christ fut crucifiée, Elle se mettait en Croix et Elle y demeurait trois heures. Elle renouvelait toutes les demandes que fit le même Seigneur, ainsi que toutes les douleurs et tous les Mystères qui arrivèrent en ce jour. Mais le dimanche suivant qui correspondait à la Résurrection Elle était élevée au Ciel empirée, pour célébrer cette solennité, où Elle jouissait de la Vision Béatifique, laquelle vision dans les autres dimanches de l'année n'était qu'abstractive.

DOCTRINE QUE ME DONNA LA GRANDE REINE DES ANGES.

8, 15, 675. Ma fille, l'Esprit Divin, dont la Sagesse et la Prudence gouvernent la Sainte Église, a ordonné par mon intercession qu'il s'y célébrerait tant de fêtes différentes, non seulement afin qu'on renouvelât la mémoire des Mystères divins, des Oeuvres de la Rédemption des hommes, de ma Très Sainte Vie et de celle des autres Saints, et que les mortels fussent reconnaissants envers leur Créateur et leur Rédempteur et qu'ils n'oubliassent point ces Bienfaits qu'ils ne pourront jamais dignement reconnaître; mais aussi ces solennités furent ordonnées afin qu'en ces jours ils pussent vaquer aux saints exercices et se recueillir intérieurement, pour compenser par l'exercice des vertus et le bon usage des Sacrements ce qu'ils avaient perdu dans les distractions les autres jours, où il se répandent dans la sollicitude des choses temporelles; aussi afin d'imiter les vertus et les vies des Saints, solliciter mon intercession, et mériter la rémission de leurs péchés, la grâce et les Bienfaits que la divine Miséricorde leur a préparés par ces moyens.

8, 15, 676. Tel est l'esprit de la Sainte Église, avec lequel elle désire gouverner et alimenter ses enfants comme pieuse Mère. Et moi qui suis la Mère de tous, j'ai prétendu les obliger et les attirer par ce chemin à la sécurité de leur Salut. Mais le conseil du serpent infernal a toujours essayé et surtout dans les malheureux siècles où tu vis, d'empêcher ces saintes fin du Seigneur et les miennes; et quand il ne peut pervertir l'ordre de la Sainte Église, il fait que pour le moins il ne profite pas pour la plus grande partie des fidèles, et que pour plusieurs ce Bienfait se change en une plus grande charge pour leur damnation. Et le même démon le leur opposera au tribunal de la divine Justice; parce que non seulement dans les jours les plus saints et les plus solennels ils ne suivirent point l'esprit de la Sainte Église en les employant en oeuvres de vertu et de culte du Seigneur, mais qu'en de pareils jours ils commirent des fautes très graves, comme il arrive d'ordinaire aux hommes charnels et mondains. L'oubli et le mépris que font communément de cette vérité les enfants de l'Église est certainement très grand et très répréhensible, puisqu'ils profanent les jours saints et sacrés qu'ils emploient ordinairement aux jeux, aux plaisirs, aux excès du boire et du manger avec un plus grand désordre; et lorsqu'ils devraient apaiser le Tout-Puissant ils irritent alors beaucoup plus Sa Justice et au lieu de vaincre leurs ennemis invisibles, ils demeurent vaincus par eux, donnant ce triomphe à leur superbe et à leur malice hautaines.

8, 15, 677. O ma fille, pleure cette perte, puisque je ne peux le faire maintenant comme je le fis et le ferais dans la vie mortelle; tâche de la compenser en autant qu'il te sera concédé par la grâce divine; et travaille à aider tes frères dans cette négligence si générale. Et quoique la vie des ecclésiastiques doive être différente de celle des séculiers, en ne faisant point distinction des jours, pour les employer tous au culte divin, à l'oraison et aux saints exercices, comme je veux que tu l'enseignes à tes sujettes; néanmoins je veux singulièrement que tu te signales à célébrer avec elles les fêtes, et surtout celles du Seigneur et les miennes avec une plus grande préparation et une plus grande pureté de conscience. Je veux que tu remplisses tous les jours et les nuits d'oeuvres saintes et agréables au Seigneur; mais dans les jours de fêtes tu ajouteras de nouveaux exercices intérieurs et extérieurs. Enflamme ton coeur, recueille-toi toute à l'intérieur, et s'il te semble que tu fais beaucoup, travaille plus pour rendre ta vocation et ton élection certaines (2 Pet. 1: 10), et ne laisse jamais aucun exercice par négligence. Considère que les jours sont mauvais (Éph. 5: 16) et que la vie disparaît comme l'ombre (Ps. 143: 4). Vis très soigneuse pour ne pas te trouver vide de mérites, d'oeuvres saintes et parfaites. Donne à chaque heure sa légitime occupation, comme tu entends que je le faisais et comme plusieurs fois je te l'ai admonesté et enseigné.
8, 15, 678. Pour tout cela je t'avertis de vivre très attentive aux saintes inspirations du Seigneur; et outre les autres Bienfaits ne méprise pas celui que tu reçois en cette Doctrine. Et que ce soin soit de manière que tu ne manques point d'exécuter, de la façon qu'il te sera possible, aucune oeuvre de vertu ou de plus grande perfection qui te viendra à la pensée. Et je t'assure, ma très chère, que par cet oubli et ce mépris, les mortels perdent d'immenses Trésors de la grâce et de la gloire. Tout ce que je connus et vis que mon Très Saint Fils faisait quand je vivais avec Lui, je L'imitais, et tout le plus saint que m'inspirait l'Esprit Divin, je l'exécutais comme tu l'as entendu. Et dans cette avide sollicitude je vivais, comme avec la respiration naturelle; et avec ces affections j'obligeais mon Très Saint Fils aux faveurs et aux visites qu'Il me fit tant de fois dans la vie mortelle.

8, 15, 679. Je veux aussi que toi et tes religieuses pour m'imiter dans les retraites et les solitudes que j'avais, tu établisses dans ton couvent la manière dont elles doivent garder les exercices que tu as accoutumés; et celles qui les font demeureront retirées pendant les jours que l'obéissance leur concédera. Tu as l'expérience du fruit que l'on cueille dans cette solitude puisque tu y as écrit presque toute ma Vie; et le Seigneur t'a visitée avec de plus grands Bienfaits et de plus grandes faveurs pour améliorer la tienne et vaincre tes ennemis. Et afin qu'en ces exercices tes religieuses entendent comment elles se doivent gouverner avec un plus grand fruit et un plus grand profit, je veux que tu les écrives dans un traité particulier, leur signalant toutes les occupations, les heures et les temps dans lesquels elles doivent les répartir. Et que ce soit de manière que celle qui fera ces exercices ne manque pas aux heures de la Communauté, parce que cette obéissance et cette obligation doivent passer avant toutes les particulières. Du reste elles garderont un silence inviolable et elles iront couvertes d'un voile ces jours-là afin qu'elles soient reconnues comme retraitantes et qu'aucune ne leur dise un mot. Celles qui auraient des offices ne seraient pas privées pour cela de ce bien, et ainsi l'obéissance les confiera à d'autres qui les feront pendant ce temps. Demande au Seigneur la Lumière pour écrire cela, et je t'assisterai afin qu'alors tu comprennes plus en particulier ce que je faisais et que tu l'imposes pour leur enseignement.

NOTES EXPLICATIVES
Extraites de celles de Don Creseto, à l'usage des prêtres.

8, 15, [a]. Les saints Pères ont à l'envi appelé la Très Sainte Vierge la Trésorière, l'Aumônière, la Dispensatrice des Trésors de Dieu. -- "Tu es le Trésor du Seigneur, et la Trésorière de Ses grâces". [Idiot. Prol. Cant. B. V.]. "Vous êtes la Trésorière des grâces du Seigneur, donnant copieusement les Dons spirituels à ceux qui Le servent". Richard de S. Laurent, [De Laud. Virg. c. 11]. "Trésorière de Jésus-Christ". Albert-le-Grand, [Ser. 2. in Nat]. "Trésorière de Dieu, à qui le Père commit le Trésor de Sa Puissance et l'Esprit-Saint le Trésor de Ses Miséricordes". Jacques de Voragine. "Trésorière de la grâce". Gerson, [Serm. de Conc.]. "Trésorière de l'Esprit-Saint". S. Bernard, [Sen. Tom. I. Serm. 52]. "Trésorière du Très-Haut". Bernard de Bust. [Serm. de Cor. B. V.]. "Aumônière de Dieu, car toutes les grâces et les Aumônes que Dieu envoie du Ciel sur la terre, Il les confie à Sa Mère". Jacques de Voragine, [In Marial. Ser. 4 c.]. "Aumônière de toute la Trinité". [Id. Ser. 2 pro Sabb. Sanct.]. "La Bienheureuse Vierge est l'Aumônière de Dieu, par laquelle Dieu nous a donné à nous, pauvres et affamés, le Pain du Ciel". Bern. de Bust. [Serm. I, de Nom. Mar.]. "Dispensatrice de la joie à toute créature". S. Grégoire le Thaumaturge, [Orat. 2 in Annunc. B. V.]. "Dispensatrice des grâces divines car son béni Fils ne nous accorde rien à nous que ce ne passe par ses mains très pieuses". [Idiot. de B. V. 9, Contempl. 54].
"Libérale Dispensatrice de tous les Trésors célestes, à cause de la complaisance de sa volonté". Saint Bernard, [Sen. 5. I, Serm. de Assumpt.].
8, 15, [b]. Livre 5, Nos. 988, 990.
8, 15, [c]. Livre 5, No. 1000.
8, 15, [d]. Livre 7, No. 19.
8, 15, [e]. Livre 8, No. 652.
8, 15, [f]. Livre 8, No. 577.
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Message par sga Ven 4 Déc 2020 - 14:01

CHAPITRE 15


Des autres fêtes que la Très Sainte Marie célébrait de la Circoncision, de l'Adoration des Rois, de sa Purification, du Baptême, du Jeûne, de l'institution du Très Saint Sacrement, de la Passion et de la Résurrection.


8, 15, 662. En renouvelant la mémoire des Mystères ce la Vie et de la Mort de notre Sauveur Jésus-Christ notre grande Reine prétendait non seulement Lui donner la due reconnaissance pour Elle et pour tout le genre humain, et enseigner à l'Église cette Science divine comme Maîtresse de toute Sainteté et de toute Sagesse; mais outre la satisfaction de cette dette Elle prétendait obliger le Seigneur, inclinant Sa Bonté infinie à la miséricorde et à la clémence dont Elle connaissait que la fragilité et la misère des hommes avait besoin. La Très Prudente Mère connaissait que les péchés des mortels désobligeaient beaucoup son Très Saint Fils et le Père Éternel, et qu'au Tribunal de Leur Miséricorde Ils n'avaient rien de plus à alléguer en leur faveur que la Charité Infinie avec laquelle Ils les ont aimés et réconciliés avec Eux-mêmes, lorsqu'ils étaient pécheurs et ennemis (Rom. 5: 9). Comme Jésus-Christ notre Réparateur fit cette réconciliation par Ses Oeuvres, sa Vie, Sa Mort et Ses Mystères, pour cette raison les jours qui succédèrent tous ces Bienfaits, la divine Dame les jugeait convenables pour multiplier ses prières, et pour incliner le Tout-Puissant, Lui demandant d'aimer les hommes parce qu'Il les avait aimés, de les appeler à Sa Foi et à Sa Charité parce qu'Il les leur avait méritées, et de les justifier effectivement parce qu'Il leur avait gagné la justification et la Vie Éternel.

8, 15, 663. Ni les hommes ni les anges n'arriveront jamais à pondérer dignement la dette qu'a le monde envers la maternelle piété de cette Reine et Maîtresse. Et les nombreuses faveurs qu'Elle reçut de la Droite du Tout-Puissant, ainsi que la Vision Béatifique qui lui fut tant de fois manifestée en chair mortelle, ne furent pas des bénéfices pour Elle seule mais aussi pour nous; parce que dans ces occasions sa Science et sa Charité divines arrivèrent au suprême degré qui peut se trouver en une pure Créature; et conformément à une telle mesure Elle désirait la gloire du Très-Haut dans le salut des créatures raisonnables. Et comme Elle demeurait conjointement dans l'état de Voyageuse pour la mériter et la gagner, l'incendie d'amour qui brûlait dans son Coeur très pur excédait toute capacité, et Elle désirait qu'aucun ne se damnât de ceux qui pouvaient arriver à jouir de Dieu. De là lui résulta un martyre prolongé qu'Elle souffrit dans sa Vie et qui l'eut consumée à chaque heure et à chaque moment si la Puissance de Dieu ne l'eût gardée et soutenue. Ce martyre fut la pensée qu'il y aurait des âmes qui se damneraient et qui demeureraient éternellement privées de voir Dieu et d'en jouir; et outre cela qu'ils souffriraient les tourments éternels de l'enfer, sans espérance du Remède qu'ils auront méprisé.

8, 15, 664. La Très Douce Mère sentait avec une douleur immense cette infortune si lamentable, parce qu'Elle la connaissait, la pesait et la pondérait avec une égale Sagesse. Et comme à cette Sagesse correspondait Sa très ardente Charité, Elle n'eut point eu de consolation dans ces peines si Elle avait été laissée à la force de son amour et à la considération de ce que notre Sauveur fit et souffrit pour racheter les hommes de la perdition éternelle. Mais le Seigneur prévenait dans Sa Mère très Fidèle les effets de cette douleur mortelle et quelquefois Il lui conservait la Vie miraculeusement; d'autres fois Il la détournait de cette douleur par des intelligences différentes, et d'autres fois Il lui découvrait les secrets jugements de la prédestination éternelle, afin que connaissant les raisons de l'Équité de Sa Justice divine son Coeur se reposât. Notre Sauveur Jésus-Christ prenait tous ces expédients et d'autres, afin que Sa Très Sainte Mère ne mourût pas à la vue des péchés et de la damnation éternelle des réprouvés. Si ce malheureux et infortuné sort prévu par la divine Mère put tant affliger son Coeur très candide, et s'il fit tant d'effets dans son Fils et son Dieu véritable, qu'Il s'offrit à la Passion et à la mort de la Croix pour remédier à la perdition des hommes, par quelles paroles peut-on exprimer l'aveugle stupidité de ces mêmes hommes qui se livrent avec une telle impétuosité et des coeurs si insensibles à une ruine d'eux-mêmes si irréparable et jamais trop exagérée?

8, 15, 665. Mais notre Sauveur et Maître Jésus allégeait beaucoup cette douleur de Sa Très Aimante Mère, en écoutant ses prières et ses pétitions pour les mortels, en Se donnant pour obligé de son amour, en lui offrant Ses trésors et Ses mérites infinis, en la faisant Sa grande Aumônière et en laissant à sa pieuse volonté la distribution des richesses de Sa Miséricorde et de Ses grâces, afin qu'Elle les appliquât aux âmes qu'Elle connaissait par Sa Science être plus convenables. Ces promesses du Seigneur à Sa Bienheureuse Mère étaient aussi ordinaires que l'étaient les soucis et les oraisons de la pieuse Reine qui les sollicitait, et tout croissait davantage aux jours de fête qu'Elle célébrait des Mystères de Son Très Saint Fils. Quand arrivait le jour de la Circoncision, Elle commençait les exercices accoutumés à l'heure qu'Elle le faisait aux autres fêtes; et en celle-ci le Verbe Incarné descendait aussi à son oratoire avec la Majesté et l'accompagnement des autres fois des Anges et des Saints. Et comme ce Mystère fut celui où notre Rédempteur commença à répandre son Sang pour les hommes et qu'Il S'humilia à la loi des pécheurs comme s'Il eut été l'un d'eux, les actes que Sa Très Pur Mère faisait en commémoration d'une telle Bonté et d'une telle Clémence de son Très Saint Fils étaient ineffables.

8, 15, 666. L'Auguste Mère s'humiliait jusqu'au profond de cette vertu, se plaignant tendrement de ce que l'Enfant-Dieu souffrît en cet âge si tendre; Elle Le remerciait de ce Bienfait pour tous les enfants d'Adam; Elle pleurait l'oubli commun et l'ingratitude de ne point estimer ce Sang répandu si à bonne heure pour le rachat de tous. Et comme si Elle se fût trouvée confuse en Présence de son propre Fils de ne point payer ce Bienfait, Elle s'offrit Elle-même à mourir et à répandre son sang en retour de cette dette, à l'imitation de son Maître et son Exemplaire. Sur ces désirs et ces pétitions Elle avait de très doux colloques avec le Seigneur en tout ce jour. Mais quoique Sa Majesté acceptât ce sacrifice, comme il n'était pas convenable de réduire à exécution les désirs enflammées de la Très Aimante Mère, Elle ajoutait de nouvelles inventions de Charité envers les mortels. Elle demanda à son Très Saint Fils de répartir entre tous les enfants des hommes les délices, les caresses et les faveurs qu'Elle recevait de Sa puissante Droite; et que dans la souffrance pour Son Amour et par cet instrument Elle fut singulière; mais que tous eussent leur part du retour et que tous goûtassent de la suavité et de la douceur de Son Divin Esprit, afin qu'obligés et attirés par cette douceur ils vinssent tous au Chemin de la Vie Éternelle, et qu'aucun ne fût perdu à la mort, après que le Seigneur s'était fait homme et avait souffert pour attirer toutes choses à Lui-même (Jean 12: 32). Elle offrait ensuite au Père Éternel, le Sang que son Fils Jésus avait répandu dans Sa Circoncision et l'humilité de S'être laissé circoncire étant impeccable. Elle L'adorait comme Dieu et homme véritable; et avec ces oeuvres et d'autres d'une perfection incomparable, son Très Saint Fils la bénissait et Il retournait aux Cieux à la droite de son Père Éternel.

8, 15, 667. Pour l'Adoration des Rois Elle se préparait quelques jours avant qu'arrivât la fête, comme réunissant quelques dons à offrir au Verbe Incarné. La principale offrande que la Très Prudente Reine appelait "Or", était les âmes qu'Elle ramenait à l'état de grâce; et pour cela Elle se servait beaucoup auparavant du ministère des Anges, Elle leur donnait ordre de l'aider à préparer ce don, sollicitant plusieurs âmes par de grandes et plus spéciales inspirations de venir à la connaissance du vrai Dieu et de se convertir la Lui. Tout cela s'exécutait par le ministère des Anges, et beaucoup plus par les oraisons et les demandes qu'Elle faisait, par lesquelles Elle en tirait plusieurs du péché, Elle en réduisait d'autres à la Foi et au Baptême, et d'autres qu'Elle arrachait à l'heure de la mort des griffes du dragon infernal. A ce don Elle ajoutait celui de la "Myrrhe" qui étaient les prosternations en Croix, les humiliations et d'autres exercices pénibles qu'Elle faisait pour se préparer et pour avoir quelque chose à offrir à son propre Fils. La troisième offrande qu'Elle appelait "Encens", étaient les incendies et les vols de l'amour, les paroles et les oraisons jaculatoires, et d'autres affections très douces et pleines de Sagesse.

8, 15, 668. Pour recevoir cette offrande, le jour et l'heure de la fête étant arrivés, son Très Saint Fils descendait du Ciel accompagnés d'Anges et de Saints innombrables, et en présence de tous conviant les courtisans du Ciel à l'aider, Elle la Lui offrait avec un culte, une adoration et un amour admirables; et avec cette offrande Elle faisait pour les mortels une fervente oraison. Ensuite Elle était élevée au trône de son Fils et son Humanité très Sainte d'une manière admirable, Lui demeurant divinement unie et comme transfigurée par Ses splendeurs et Sa clarté. Quelquefois le Seigneur Lui-même l'inclinait dans Ses Bras afin qu'Elle reposât de ses affections très ardentes. Ces faveurs étaient de nature telle qu'il n'y a point de termes pour les expliquer; parce que le Tout-Puissant tirait chaque jour de Ses Trésors des Bienfaits anciens et nouveaux.

8, 15, 669. Après ces faveurs, Elle descendait du trône et Elle demandait miséricorde pour les hommes. Elle concluait ces pétitions par un cantique de louange pour tous et Elle demandait aux Saints de l'accompagner en tout cela. Il arrivait en ce jour une chose merveilleuse: c'était que pour mettre fin à cette solennité, Elle demandait à tous les Patriarches et les Saints qui étaient présents, de prier le Tout-Puissant de l'assister et de la gouverner en toutes ses oeuvres. Et pour cela Elle allait de l'un à l'autre continuant cette demande et s'humiliant devant eux comme s'approchant pour leur baiser la main. Et afin que la Maîtresse de l'humilité exerçât cette vertu envers ses parents, les Patriarches et les Prophètes qui étaient de sa propre nature, son Très Saint Fils y donnait lieu avec un Agrément incomparable. Néanmoins Elle ne faisait point cette humiliation envers les Anges, parce que ceux-ci étaient ses ministres et ils n'avaient point avec la grande Reine la parenté de la nature qu'avaient les saints Pères; et ainsi les esprits divins l'assistaient et l'accompagnaient d'une autre manière de service qu'ils montraient envers Elle dans cet exercice.

8, 15, 670. Ensuite Elle célébrait le Baptême de Jésus-Christ notre Sauveur avec une reconnaissance grandiose de ce Sacrement et de ce que le même Seigneur l'avait reçu pour lui donner principe dans la Loi de grâce. Après les prières qu'Elle faisait pour l'Église, Elle se recueillait pour les quarante jours continus afin de célébrer le Jeûne de notre Sauveur, le répétant comme Sa Majesté et Elle-même le firent, ce dont j'ai parlé dans la seconde partie en son lieu [b]. Dans ces quarante jours Elle ne mangeait, ni ne dormait, ni ne sortait de sa retraite, s'il n'arrivait quelque grande nécessité qui demandait sa présence. Elle communiquait seulement avec l'Évangéliste saint Jean pour recevoir de sa main la Sainte Communion et dépêcher les affaires où il fallait qu'Elle prît part pour le gouvernement de l'Église. Dans ces jours le Disciple bien-aimé assistait plus assidûment et ne s'absentait que rarement de la maison du Cénacle. Et quoiqu'il vînt plusieurs nécessiteux et plusieurs infirmes, il leur portait remède et il les guérissait leur appliquant quelque gage de la puissante Reine. Il venait plusieurs possédés du démon et quelques-uns avant d'arriver demeuraient libres; parce que les démons n'osaient point attendre ni s'approcher du lieu où était la Très Sainte Marie. D'autres fois lorsque le malade touchait le manteau ou le voile, ou autre chose de la Reine, les démons se précipitaient dans l'abîme. Et si quelques-uns étaient rebelles, l'Évangéliste l'appelait et à l'instant qu'Elle approchait en la présence des patients, les démons sortaient sans autre commandement.

8, 15, 671. Il faudrait écrire plusieurs livres si l'on devait rapporter les oeuvres et les merveilles qui lui arrivaient dans ces quarante jours, car Elle ne dormait point, ni ne mangeait, ni ne se reposait; qui pourra raconter ce que son activité et sa sollicitude si officieuse opérait en tant de temps? Il suffit de savoir qu'Elle appliquait et offrait le tout pour l'accroissement de l'Église, la justification des âmes et la conversion du monde, et pour secourir les Apôtres et les disciples qui le parcouraient en prêchant. Ce carême accompli, son Très Saint Fils la régalait par un festin semblable à celui de Son Jeûne, comme il a été dit en son lieu [c]. Il y avait seulement cela de plus grande joie que le même Seigneur glorieux et plein de Majesté Se trouvait présent avec plusieurs milliers d'Anges, les uns qui servaient, d'autres qui chantaient avec une céleste et divine harmonie; mais le Seigneur donnait de Sa main ce que la Très Aimante Mère mangeait. Ce jour était très doux pour Elle, plus pour la Présence de son Fils que pour la suavité de ces aliments et de ces nectars souverains. Et en action de grâces de tout Elle se prosternait en terre et Elle demandait la bénédiction, adorant le Seigneur; et Sa Majesté la lui donnait et retournait aux Cieux. En toutes ces apparitions de Notre-Seigneur Jésus-Christ la religieuse Mère faisait de grands et héroïques actes d'humilité, de soumission et de vénération, baisant les pieds de son Fils, se reconnaissant pour non digne de ces faveurs, et demandant une nouvelle grâce pour Le mieux servir à l'avenir avec Sa protection.

8, 15, 672. Il serait possible que quelqu'un jugeât avec une prudence humaine que les apparitions du Seigneur que j'écris ici en des occasions si fréquentes et si réitérées, sont nombreuses, comme j'ai dit qu'Il les faisait. Mais celui qui pensera cela est obligé de mesurer la sainteté de la Maîtresse des Vertus, la grâce et l'Amour réciproque d'une telle Mère et d'un tel Fils, et nous dire combien ces faveurs s'élèvent au-dessus de la règle avec laquelle il mesure cette cause, que la Foi et la raison tiennent pour incommensurable au jugement humain. La Lumière avec laquelle je la connais me suffit à moi, pour ne point trouver de doute en ce que je dis, et de savoir que chaque jour, chaque heure et chaque instant notre Sauveur Jésus-Christ descend du Ciel consacré dans les mains du prêtre qui Le consacre légitimement en quelque partie du monde que ce soit. Et je dis qu'Il descend, non avec un mouvement corporel, mais par la Consécration du pain et du vin et Son Corps Sacré et en Son Sang. Et quoique ce soit par une manière différente que je ne déclare ni ne dispute maintenant, néanmoins la vérité Catholique m'enseigne que le même Jésus-Christ par une manière ineffable se rend présent et est dans l'Hostie consacrée. Le Seigneur opère tant de fois cette merveille en faveur des hommes et pour leur remède; quoiqu'il y en ait tant d'indignes; et quelques-uns de ceux qui Le consacre le sont aussi. Et si quelqu'un a pu L'incliner de manière à ce qu'Il voulût nous continuer ce Bienfait, ce fut bien la Très Sainte Marie seule, pour qui principalement Il l'avait fait et ordonné, comme je l'ai déclaré en d'autres endroits [d]. Il ne paraît donc pas que ce soit beaucoup qu'Il la visitât tant de fois, si Elle seule put et sut le mériter pour Elle et pour nous.

8, 15, 673. Après ce jeûne l'Auguste Souveraine célébrait la fête de sa Purification et de la Présentation de l'Enfant-Dieu au Temple. Et pour l'offrande de cette Hostie qui était le Seigneur même qui l'acceptait, la Bienheureuse Trinité lui apparaissait dans son oratoire avec les courtisans de la gloire. Et lorsqu'Elle offrait le Verbe Incarné, les Anges la vêtaient et l'ornaient avec les mêmes galas et les mêmes joyaux si riches que j'ai dits dans la fête de l'Incarnation [e]. Ensuite Elle faisait une longue oraison dans laquelle Elle priait pour tout le genre humain et en particulier pour l'Église. La récompense de cette oraison et de l'humilité
avec laquelle Elle s'assujettit à la Loi de la purification et des exercices qu'Elle faisait était pour Elle de nouveaux accroissements de grâce, de nouveaux Dons et de nouvelles faveurs; et pour les autres Elle obtenait de grands secours et de grands Bienfaits.

8, 15, 674. Elle célébrait la mémoire de la Passion de son Très Saint Fils, de l'institution du Très Saint Sacrement et de la Résurrection non seulement chaque semaine, comme je l'ai déjà écrit [f], mais surtout quand arrivaient les jours anniversaires de ces fêtes. Chaque année Elle faisait une autre mémoire particulière, comme la fait maintenant l'Église dans la Semaine Sainte. Et outre les exercices ordinaires de chaque semaine Elle en ajoutait plusieurs autres; et à l'heure que Jésus-Christ fut crucifiée, Elle se mettait en Croix et Elle y demeurait trois heures. Elle renouvelait toutes les demandes que fit le même Seigneur, ainsi que toutes les douleurs et tous les Mystères qui arrivèrent en ce jour. Mais le dimanche suivant qui correspondait à la Résurrection Elle était élevée au Ciel empirée, pour célébrer cette solennité, où Elle jouissait de la Vision Béatifique, laquelle vision dans les autres dimanches de l'année n'était qu'abstractive.

DOCTRINE QUE ME DONNA LA GRANDE REINE DES ANGES.

8, 15, 675. Ma fille, l'Esprit Divin, dont la Sagesse et la Prudence gouvernent la Sainte Église, a ordonné par mon intercession qu'il s'y célébrerait tant de fêtes différentes, non seulement afin qu'on renouvelât la mémoire des Mystères divins, des Oeuvres de la Rédemption des hommes, de ma Très Sainte Vie et de celle des autres Saints, et que les mortels fussent reconnaissants envers leur Créateur et leur Rédempteur et qu'ils n'oubliassent point ces Bienfaits qu'ils ne pourront jamais dignement reconnaître; mais aussi ces solennités furent ordonnées afin qu'en ces jours ils pussent vaquer aux saints exercices et se recueillir intérieurement, pour compenser par l'exercice des vertus et le bon usage des Sacrements ce qu'ils avaient perdu dans les distractions les autres jours, où il se répandent dans la sollicitude des choses temporelles; aussi afin d'imiter les vertus et les vies des Saints, solliciter mon intercession, et mériter la rémission de leurs péchés, la grâce et les Bienfaits que la divine Miséricorde leur a préparés par ces moyens.

8, 15, 676. Tel est l'esprit de la Sainte Église, avec lequel elle désire gouverner et alimenter ses enfants comme pieuse Mère. Et moi qui suis la Mère de tous, j'ai prétendu les obliger et les attirer par ce chemin à la sécurité de leur Salut. Mais le conseil du serpent infernal a toujours essayé et surtout dans les malheureux siècles où tu vis, d'empêcher ces saintes fin du Seigneur et les miennes; et quand il ne peut pervertir l'ordre de la Sainte Église, il fait que pour le moins il ne profite pas pour la plus grande partie des fidèles, et que pour plusieurs ce Bienfait se change en une plus grande charge pour leur damnation. Et le même démon le leur opposera au tribunal de la divine Justice; parce que non seulement dans les jours les plus saints et les plus solennels ils ne suivirent point l'esprit de la Sainte Église en les employant en oeuvres de vertu et de culte du Seigneur, mais qu'en de pareils jours ils commirent des fautes très graves, comme il arrive d'ordinaire aux hommes charnels et mondains. L'oubli et le mépris que font communément de cette vérité les enfants de l'Église est certainement très grand et très répréhensible, puisqu'ils profanent les jours saints et sacrés qu'ils emploient ordinairement aux jeux, aux plaisirs, aux excès du boire et du manger avec un plus grand désordre; et lorsqu'ils devraient apaiser le Tout-Puissant ils irritent alors beaucoup plus Sa Justice et au lieu de vaincre leurs ennemis invisibles, ils demeurent vaincus par eux, donnant ce triomphe à leur superbe et à leur malice hautaines.

8, 15, 677. O ma fille, pleure cette perte, puisque je ne peux le faire maintenant comme je le fis et le ferais dans la vie mortelle; tâche de la compenser en autant qu'il te sera concédé par la grâce divine; et travaille à aider tes frères dans cette négligence si générale. Et quoique la vie des ecclésiastiques doive être différente de celle des séculiers, en ne faisant point distinction des jours, pour les employer tous au culte divin, à l'oraison et aux saints exercices, comme je veux que tu l'enseignes à tes sujettes; néanmoins je veux singulièrement que tu te signales à célébrer avec elles les fêtes, et surtout celles du Seigneur et les miennes avec une plus grande préparation et une plus grande pureté de conscience. Je veux que tu remplisses tous les jours et les nuits d'oeuvres saintes et agréables au Seigneur; mais dans les jours de fêtes tu ajouteras de nouveaux exercices intérieurs et extérieurs. Enflamme ton coeur, recueille-toi toute à l'intérieur, et s'il te semble que tu fais beaucoup, travaille plus pour rendre ta vocation et ton élection certaines (2 Pet. 1: 10), et ne laisse jamais aucun exercice par négligence. Considère que les jours sont mauvais (Éph. 5: 16) et que la vie disparaît comme l'ombre (Ps. 143: 4). Vis très soigneuse pour ne pas te trouver vide de mérites, d'oeuvres saintes et parfaites. Donne à chaque heure sa légitime occupation, comme tu entends que je le faisais et comme plusieurs fois je te l'ai admonesté et enseigné.

8, 15, 678. Pour tout cela je t'avertis de vivre très attentive aux saintes inspirations du Seigneur; et outre les autres Bienfaits ne méprise pas celui que tu reçois en cette Doctrine. Et que ce soin soit de manière que tu ne manques point d'exécuter, de la façon qu'il te sera possible, aucune oeuvre de vertu ou de plus grande perfection qui te viendra à la pensée. Et je t'assure, ma très chère, que par cet oubli et ce mépris, les mortels perdent d'immenses Trésors de la grâce et de la gloire. Tout ce que je connus et vis que mon Très Saint Fils faisait quand je vivais avec Lui, je L'imitais, et tout le plus saint que m'inspirait l'Esprit Divin, je l'exécutais comme tu l'as entendu. Et dans cette avide sollicitude je vivais, comme avec la respiration naturelle; et avec ces affections j'obligeais mon Très Saint Fils aux faveurs et aux visites qu'Il me fit tant de fois dans la vie mortelle.

8, 15, 679. Je veux aussi que toi et tes religieuses pour m'imiter dans les retraites et les solitudes que j'avais, tu établisses dans ton couvent la manière dont elles doivent garder les exercices que tu as accoutumés; et celles qui les font demeureront retirées pendant les jours que l'obéissance leur concédera. Tu as l'expérience du fruit que l'on cueille dans cette solitude puisque tu y as écrit presque toute ma Vie; et le Seigneur t'a visitée avec de plus grands Bienfaits et de plus grandes faveurs pour améliorer la tienne et vaincre tes ennemis. Et afin qu'en ces exercices tes religieuses entendent comment elles se doivent gouverner avec un plus grand fruit et un plus grand profit, je veux que tu les écrives dans un traité particulier, leur signalant toutes les occupations, les heures et les temps dans lesquels elles doivent les répartir. Et que ce soit de manière que celle qui fera ces exercices ne manque pas aux heures de la Communauté, parce que cette obéissance et cette obligation doivent passer avant toutes les particulières. Du reste elles garderont un silence inviolable et elles iront couvertes d'un voile ces jours-là afin qu'elles soient reconnues comme retraitantes et qu'aucune ne leur dise un mot. Celles qui auraient des offices ne seraient pas privées pour cela de ce bien, et ainsi l'obéissance les confiera à d'autres qui les feront pendant ce temps. Demande au Seigneur la Lumière pour écrire cela, et je t'assisterai afin qu'alors tu comprennes plus en particulier ce que je faisais et que tu l'imposes pour leur enseignement.

NOTES EXPLICATIVES
Extraites de celles de Don Creseto, à l'usage des prêtres.
8, 15, [a]. Les saints Pères ont à l'envi appelé la Très Sainte Vierge la Trésorière, l'Aumônière, la Dispensatrice des Trésors de Dieu. -- "Tu es le Trésor du Seigneur, et la Trésorière de Ses grâces". [Idiot. Prol. Cant. B. V.]. "Vous êtes la Trésorière des grâces du Seigneur, donnant copieusement les Dons spirituels à ceux qui Le servent". Richard de S. Laurent, [De Laud. Virg. c. 11]. "Trésorière de Jésus-Christ". Albert-le-Grand, [Ser. 2. in Nat]. "Trésorière de Dieu, à qui le Père commit le Trésor de Sa Puissance et l'Esprit-Saint le Trésor de Ses Miséricordes". Jacques de Voragine. "Trésorière de la grâce". Gerson, [Serm. de Conc.]. "Trésorière de l'Esprit-Saint". S. Bernard, [Sen. Tom. I. Serm. 52]. "Trésorière du Très-Haut". Bernard de Bust. [Serm. de Cor. B. V.]. "Aumônière de Dieu, car toutes les grâces et les Aumônes que Dieu envoie du Ciel sur la terre, Il les confie à Sa Mère". Jacques de Voragine, [In Marial. Ser. 4 c.]. "Aumônière de toute la Trinité". [Id. Ser. 2 pro Sabb. Sanct.]. "La Bienheureuse Vierge est l'Aumônière de Dieu, par laquelle Dieu nous a donné à nous, pauvres et affamés, le Pain du Ciel". Bern. de Bust. [Serm. I, de Nom. Mar.]. "Dispensatrice de la joie à toute créature". S. Grégoire le Thaumaturge, [Orat. 2 in Annunc. B. V.]. "Dispensatrice des grâces divines car son béni Fils ne nous accorde rien à nous que ce ne passe par ses mains très pieuses". [Idiot. de B. V. 9, Contempl. 54].
"Libérale Dispensatrice de tous les Trésors célestes, à cause de la complaisance de sa volonté". Saint Bernard, [Sen. 5. I, Serm. de Assumpt.].
8, 15, [b]. Livre 5, Nos. 988, 990.
8, 15, [c]. Livre 5, No. 1000.
8, 15, [d]. Livre 7, No. 19.
8, 15, [e]. Livre 8, No. 652.
8, 15, [f]. Livre 8, No. 577.
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Combat avec l'Archange Michel

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Marie d'Agreda "La Cité Mystique de Dieu" livre version numérisée - Page 8 Empty Re: Marie d'Agreda "La Cité Mystique de Dieu" livre version numérisée

Message par azais Sam 5 Déc 2020 - 2:51

@sga a écrit:Bonjour,

Vous trouverez çi-après la version numérisée du livre de Marie d'Agreda tel qu'il lui fit dicté par le Seigneur et la sainte vierge:

http://www.socama.ca/citemystique.pdf
Les démons font tout pour empêcher sa diffusion  : extraits de confessions de démons lors d'un exorcisme:
"Avertissements de l'au-delà à l'Eglise contemporaine, aveux de l'enfer" de Jean Marty (1976)
E = Exorciste B = Belzébut
"Celle-là" = nom que donnent les démons à la Ste Vierge.

E : Si ! Au nom du Père....., au nom de l'Immaculée, au nom de la Bienheureuse Vierge Marie, de l'Archange Saint Michel, de tous les Saints Anges, tu dois maintenant parler, Beelzébut !

B : Jésus-Christ et la Sainte Vierge ont donné et concédé ces grandes visions et révélations à ces deux grandes saintes, à cette Marie de Jésus(d'Agréda ) et à cette Anne-Catherine Emmerich, pour qu'elles parviennent à la connaissance des fidèles. Ceux-ci doivent les recevoir dans leur et les suivre et les transmettre aux autres. Ce n'est pas une blague. C'est un trésor. C'est une grande chose, que la Sainte Vierge a déjà prédite jadis aux Apôtres, "Dieu pouvoira, le Ciel pourvoira à ce que mon nom, en temps voulu, en temps voulu, (il se plaint comme un chien).......

E : dis la vérité, au nom....... !

B : .... soit encore glorifié et mis en lumière, et que ce qui doit être révélé à mon sujet soit révélé en son temps." Maintenant, il et grand temps. Maintenant, nous sommes déjà en pleine Apocalypse. Et Elle (il montre en haut) est le grand Signe. C'est pourquoi , il faut que les gens lisent ces livres, parce que chez Emmerich, mais spécialement chez Marie de Jésus(d'Agréda ),il est question de l'Apocalypse, du grand Signe, de la Sainte Vierge.

E : Continue de dire la vérité, dis ce que tu as à dire, de la part de la Sainte Vierge, de l'Immaculée, de l'Archange Saint Michel et de tous les saints Anges et Archanges !

B : S'ils lisaient ces livres (il émet des sons plaintifs), ils devraient bientôt comprendre que l'heure a sonné. Ils comprendraient en grande partie l'Apocalypse et ce qui en et écrit dans la Bible. Etes-vous bêtes ! Les hommes sont-ils super bêtes ! Ils laissent se perdre, se dissiper, se rouiller de tels trésors ! (rire bruyant de joie mauvaise)

(...)

ah ! pour nous, ce textes d'Emmerich et d'Agréda sont des livres maudits, que nous craignons depuis longtemps et que nous avons toujours craints; Nous, là en bas, nous délibérons depuis je ne sais combien de temps pour voir ce que nous pourrions entreprendre là-contre... et les hommes ne les lisent même pas (rire sarcastique). Même ceux qui se disent bons catholiques ne les ont pas chez eux ! (long ricanement).
(....)

Vie de Marie d'Agreda (1602-1665)

Marie d'Agreda naquit en 1602, et mourut en 1665, en Vieille Castille, à Agreda.
Ses parents, François Coronel et Catherine d'Arena, de petite noblesse espagnole, eurent quatre enfants: deux garçons et deux filles. En 1618, Marie avait alors 16 ans, toute la famille embrassa la vie religieuse. Le père et ses deux fils entrèrent chez les franciscains; la mère et ses deux filles furent reçues dans l'ordre de l'Immaculée Conception, placé sous la juridiction des Frères Mineurs.

Dès le début de sa vie religieuse, Marie d'Agreda fut favorisée de grâces extraordinaires. En 1627, à peine âgée de vingt-cinq ans, elle fut choisie comme abbesse de sa communauté. C'est également en 1627 que la Sainte Vierge lui apparut pour lui raconter sa vie et la charger de l'écrire. Par humilité elle résista dix années durant jusqu'au jour où son confesseur lui ordonna d'obéir. Un nouveau confesseur lui enjoignit plus tard de tout jeter au feu. Marie obéit. Mais en 1655, un autre franciscain lui commanda de reconstituer entièrement l'ouvrage anéanti.

Après sa mort, le 24 mai 1665, devant les prodiges dûs à son intercession, sa cause fut introduite à Rome le 21 novembre 1671. En 1679, la servante de Dieu fut déclarée "vénérable" (*).

La lecture de l'oeuvre de Marie d'Agreda, "La Cité Mystique", fut interdite par un décret d'Innocent XI le 4 août 1681. Il faut dire que les censeurs compétents n'avaient pas encore achevé leur travail d'examen. Quand la lecture de l'ouvrage fut achevée et quand le travail d'examen fut terminé trois mois plus tard, un autre décret suspendit l'effet du précédent!...

* : Ce titre de vénérable fut longtemps donné par l'Église comme première étape de la canonisation. La vie de la personne proclamée "vénérable" était proposée en exemple aux chrétiens, mais sans aucun culte public. De nos jours, l'étape qui précède la canonisation est la béatification. Un culte public mais restreint peut être rendu aux bienheureux, dans les limites autorisées dans chaque cas par le pape.o
   rappel du Sommaire des Livres  ici reproduits depuis des années  sur le forum : merci à lui 

hélas pour une lecture plus facile du pdf , le sommaire ne donne qu'exceptionnellement les titres des sujets abordés   ( je les ai marqué en bleu quand c'était la cas )

Marie d'Agreda "La Cité Mystique de Dieu" livre version numérisée - Page 8 69491f73-6a22-4f0c-adc0-d8abf16b118e
SOMMAIRE
LIVRE UN


 CHAPITRE I ........................................................................................................................................................... 2 
NOTES EXPLICATIVES...................................................................................................................................... 10 
CHAPITRE 2 .......................................................................................................................................................... 11
 NOTES EXPLICATIVES...................................................................................................................................... 18 
CHAPITRE 3 .......................................................................................................................................................... 19
 NOTES EXPLICATIVES...................................................................................................................................... 23 
CHAPITRE 4 .......................................................................................................................................................... 24 
NOTES EXPLICATIVES...................................................................................................................................... 32 
CHAPITRE 5 .......................................................................................................................................................... 34 
NOTES EXPLICATIVES...................................................................................................................................... 43 CHAPITRE 6 .......................................................................................................................................................... 44 CHAPITRE 7 .......................................................................................................................................................... 50 
NOTES EXPLICATIVES...................................................................................................................................... 57 CHAPITRE 8 .......................................................................................................................................................... 60 
NOTES EXPLICATIVES...................................................................................................................................... 68 CHAPITRE 9 .......................................................................................................................................................... 69 
NOTES EXPLICATIVES...................................................................................................................................... 77 CHAPITRE 10........................................................................................................................................................ 79 
NOTES EXPLICATIVES...................................................................................................................................... 85 CHAPITRE 11........................................................................................................................................................ 86
 NOTES EXPLICATIVES...................................................................................................................................... 98 CHAPITRE 12........................................................................................................................................................ 99
 NOTES EXPLICATIVES...................................................................................................................................... 106 CHAPITRE 13........................................................................................................................................................ 107
Marie d'Agreda "La Cité Mystique de Dieu" livre version numérisée - Page 8 0974a423-a444-43c7-953d-032d883c689aMarie d'Agreda "La Cité Mystique de Dieu" livre version numérisée - Page 8 85a3febe-1d1c-460a-a0b3-cb4f1cb6004fMarie d'Agreda "La Cité Mystique de Dieu" livre version numérisée - Page 8 55da24f2-6265-4bdd-8778-ad82b667d1e9Marie d'Agreda "La Cité Mystique de Dieu" livre version numérisée - Page 8 4fd1fd63-6d5e-4f90-94a1-922d30d6ba65
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NOTES EXPLICATIVES...................................................................................................................................... 114 CHAPITRE 14........................................................................................................................................................ 115 
NOTES EXPLICATIVES...................................................................................................................................... 124 CHAPITRE 15........................................................................................................................................................ 125 
NOTES EXPLICATIVES...................................................................................................................................... 132 CHAPITRE 16........................................................................................................................................................ 134 Doctrine que me donna la Reine du ciel sur ce chapitre. ................................................................... 140 
NOTES EXPLICATIVES...................................................................................................................................... 144 CHAPITRE 17........................................................................................................................................................ 145
 NOTES EXPLICATIVES...................................................................................................................................... 158 CHAPITRE 18........................................................................................................................................................ 159 
NOTES EXPLICATIVES...................................................................................................................................... 169 CHAPITRE 19........................................................................................................................................................ 169 Doctrine que me donna la Reine du Ciel dans ces chapitres. ........................................................... 182 
NOTES EXPLICATIVES...................................................................................................................................... 184 CHAPITRE 20........................................................................................................................................................ 184 Doctrine et réponse de la Reine du Ciel. ................................................................................................... 190 
CHAPITRE 21........................................................................................................................................................ 192 Réponse et Doctrine de la Reine du Ciel. .................................................................................................. 199 
NOTES EXPLICATIVES...................................................................................................................................... 202 CHAPITRE 22........................................................................................................................................................ 203 Réponse et Doctrine de la Reine du Ciel. .................................................................................................. 208 
NOTES EXPLICATIVES...................................................................................................................................... 212 CHAPITRE 23........................................................................................................................................................ 212 Doctrine que me donna la Reine du Ciel. .................................................................................................. 218 
NOTES EXPLICATIVES...................................................................................................................................... 220 CHAPITRE 24........................................................................................................................................................ 221 Doctrine de la Reine du Ciel. .......................................................................................................................... 224
Marie d'Agreda "La Cité Mystique de Dieu" livre version numérisée - Page 8 E985c2ca-be09-4601-a7c5-8a78b307bfb6Marie d'Agreda "La Cité Mystique de Dieu" livre version numérisée - Page 8 Db7da38a-2632-4ed2-8ee9-eabb2330c0a5
Marie d'Agreda "La Cité Mystique de Dieu" livre version numérisée - Page 8 02a34cb4-1189-4eec-a79b-108744934786Marie d'Agreda "La Cité Mystique de Dieu" livre version numérisée - Page 8 9104995e-2f02-443f-9d71-c22988c54f47
NOTES EXPLICATIVES...................................................................................................................................... 226 CHAPITRE 24........................................................................................................................................................ 227 Doctrine de la Reine du Ciel. .......................................................................................................................... 236 
NOTES EXPLICATIVES...................................................................................................................................... 238


LIVRE DEUX 
CHAPITRE 1 .......................................................................................................................................................... 239 Doctrine de la Très Sainte Vierge Marie. .................................................................................................. 245 
NOTES EXPLICATIVES...................................................................................................................................... 247 CHAPITRE 2 .......................................................................................................................................................... 248 Doctrine de la Très Sainte Vierge Marie. .................................................................................................. 254 
NOTES EXPLICATIVES...................................................................................................................................... 256 CHAPITRE 3 .......................................................................................................................................................... 257 NOTES EXPLICATIVES...................................................................................................................................... 266 CHAPITRE 4 .......................................................................................................................................................... 266 Doctrine de L'Auguste souveraine. ............................................................................................................. 273 
NOTES EXPLICATIVES...................................................................................................................................... 275 CHAPITRE 5 .......................................................................................................................................................... 276 Doctrine de la Mère de Dieu la Vierge Très Sainte. .............................................................................. 279 
CHAPITRE 6 .......................................................................................................................................................... 280 Doctrine de la Mère de Dieu notre Souveraine. ..................................................................................... 287 
NOTES EXPLICATIVES...................................................................................................................................... 288 CHAPITRE 7 .......................................................................................................................................................... 289 Doctrine de la Très Sainte Marie.................................................................................................................. 292 
NOTES EXPLICATIVES...................................................................................................................................... 294 CHAPITRE 8 .......................................................................................................................................................... 294 Doctrine de la Reine du Ciel. .......................................................................................................................... 301 
NOTES EXPLICATIVES...................................................................................................................................... 303
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CHAPITRE 9 .......................................................................................................................................................... 305 
De la vertu de la Prudence de la Très Sainte Reine du Ciel............................................................... 305 
Doctrine de la Reine du Ciel. .......................................................................................................................... 314 
NOTES EXPLICATIVES...................................................................................................................................... 315 CHAPITRE 10........................................................................................................................................................ 316 
De la vertu de la justice qu'eut la Très Sainte Marie............................................................................ 316 
Doctrine de la Reine du Ciel. .......................................................................................................................... 325 
NOTES EXPLICATIVES...................................................................................................................................... 327 CHAPITRE 11........................................................................................................................................................ 327 Doctrine de la Reine du Ciel. .......................................................................................................................... 332 
CHAPITRE 12........................................................................................................................................................ 334 Doctrine de la Reine du Ciel. .......................................................................................................................... 341
 NOTES EXPLICATIVES...................................................................................................................................... 343 CHAPITRE 13........................................................................................................................................................ 344 Doctrine de la Très Sainte Marie.................................................................................................................. 351 
CHAPITRE 14........................................................................................................................................................ 353 Doctrine de la Reine du Ciel. .......................................................................................................................... 369 
NOTES EXPLICATIVES...................................................................................................................................... 371 CHAPITRE 15........................................................................................................................................................ 371 Doctrine de la Reine du ciel, la Très Sainte Marie................................................................................. 376 
NOTES EXPLICATIVES...................................................................................................................................... 379 CHAPITRE 16........................................................................................................................................................ 379 Doctrine que me donna la Reine du Ciel. .................................................................................................. 386
 NOTES EXPLICATIVES...................................................................................................................................... 388 CHAPITRE 17........................................................................................................................................................ 389 Doctrine que me donna ma Reine et ma Souveraine........................................................................... 393 
CHAPITRE 18........................................................................................................................................................ 394 Doctrine de la Reine du Ciel la Très Sainte Marie. ................................................................................ 404
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NOTES EXPLICATIVES...................................................................................................................................... 406 CHAPITRE 19........................................................................................................................................................ 407 Doctrine de la Reine la Très Sainte Marie. ............................................................................................... 413 
NOTES EXPLICATIVES...................................................................................................................................... 414 CHAPITRE 20........................................................................................................................................................ 415 Doctrine de la Reine du Ciel, Notre Souveraine. .................................................................................... 420 
NOTES EXPLICATIVES...................................................................................................................................... 421 CHAPITRE 21........................................................................................................................................................ 421 Doctrine que me donna la Princesse du Ciel. .......................................................................................... 427 
NOTES EXPLICATIVES...................................................................................................................................... 428 CHAPITRE 22........................................................................................................................................................ 429 Doctrine de la Reine du Ciel. .......................................................................................................................... 436 
NOTES EXPLICATIVES...................................................................................................................................... 437 CHAPITRE 23........................................................................................................................................................ 439 
NOTES EXPLICATIVES...................................................................................................................................... 445 CHAPITRE 24........................................................................................................................................................ 447 Doctrine de la Reine du Ciel. .......................................................................................................................... 455 
NOTES EXPLICATIVES...................................................................................................................................... 456


LIVRE III 
 INTRODUCTION À LA SECONDE PARTIE ................................................................................................. 458
LIVRE TROIS ........................................................................................................................................................... 473 CHAPITRE 1 .......................................................................................................................................................... 473 Doctrine que me donna la Reine du Ciel. .................................................................................................. 479 
NOTES EXPLICATIVES...................................................................................................................................... 480 CHAPITRE 2 .......................................................................................................................................................... 482 Doctrine que me donna la Reine du Ciel. .................................................................................................. 486
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NOTES EXPLICATIVES...................................................................................................................................... 488 CHAPITRE 3 .......................................................................................................................................................... 489 Doctrine que me donna la Très Sainte Marie.......................................................................................... 493 
NOTES EXPLICATIVES...................................................................................................................................... 494 CHAPITRE 4 .......................................................................................................................................................... 495 Doctrine que me donna la Reine du Ciel. .................................................................................................. 498
 NOTES EXPLICATIVES...................................................................................................................................... 499 Extraites de celles de Don Creseto, à l'usage des prêtres. ................................................................. 499 
CHAPITRE 5 .......................................................................................................................................................... 499 Doctrine que me donna la divine Souveraine. ........................................................................................ 505 
NOTES EXPLICATIVES...................................................................................................................................... 506 CHAPITRE 6 .......................................................................................................................................................... 506 Doctrine que nous donna la divine Souveraine. .................................................................................... 510 
NOTES EXPLICATIVES...................................................................................................................................... 511 CHAPITRE 7 .......................................................................................................................................................... 512 Doctrine que me donna la Très Sainte Reine Marie. ............................................................................ 518 
NOTES EXPLICATIVES...................................................................................................................................... 519 CHAPITRE 8 .......................................................................................................................................................... 519 Doctrine que me donna la Très Sainte Reine Marie. ............................................................................ 524 
NOTES EXPLICATIVES...................................................................................................................................... 525 CHAPITRE 9 .......................................................................................................................................................... 526 Doctrine que me donna la Reine et Maîtresse du Ciel......................................................................... 530
 NOTES EXPLICATIVES...................................................................................................................................... 531 CHAPITRE 10........................................................................................................................................................ 532 Doctrine de la Reine et la Souveraine du Ciel. ........................................................................................ 537 
NOTES EXPLICATIVES...................................................................................................................................... 538 CHAPITRE 11........................................................................................................................................................ 540 Doctrine de la Très Sainte Marie.................................................................................................................. 549
Marie d'Agreda "La Cité Mystique de Dieu" livre version numérisée - Page 8 8476d3ea-0b78-4f37-81e8-7f0f7d39bc5bMarie d'Agreda "La Cité Mystique de Dieu" livre version numérisée - Page 8 Acf91f9f-e2db-469d-ad9e-f576b09e4569
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NOTES EXPLICATIVES...................................................................................................................................... 551 CHAPITRE 12........................................................................................................................................................ 553 Doctrine que me donna notre Reine et notre Dame. ........................................................................... 560 
NOTES EXPLICATIVES...................................................................................................................................... 562 CHAPITRE 13........................................................................................................................................................ 564 Réponse et Doctrine de la même Reine et Souveraine. ...................................................................... 572
 NOTES EXPLICATIVES...................................................................................................................................... 576 CHAPITRE 14........................................................................................................................................................ 577 Doctrine de la Très Sainte Reine notre Souverain. ............................................................................... 581
 NOTES EXPLICATIVES...................................................................................................................................... 583 CHAPITRE 15........................................................................................................................................................ 583 Doctrine que me donna la divine Reine et Maîtresse. ......................................................................... 587 
CHAPITRE 16........................................................................................................................................................ 589 Doctrine que me donna notre Reine et notre Souveraine. ................................................................ 596 
NOTES EXPLICATIVES...................................................................................................................................... 597 CHAPITRE 17........................................................................................................................................................ 598 Doctrine que me donna la même Reine notre Souveraine................................................................ 605 
NOTES EXPLICATIVES...................................................................................................................................... 607 CHAPITRE 18........................................................................................................................................................ 608 Doctrine que me donna la Très Sainte Marie.......................................................................................... 613 
NOTES EXPLICATIVES...................................................................................................................................... 615 CHAPITRE 19........................................................................................................................................................ 615 Réponse et Doctrine de la Reine du Ciel. .................................................................................................. 620 
CHAPITRE 20........................................................................................................................................................ 622 Doctrine que me donna la divine Reine notre Souveraine................................................................ 625 
NOTES EXPLICATIVES...................................................................................................................................... 626 CHAPITRE 21........................................................................................................................................................ 627 Doctrine que me donna la divine Reine, ................................................................................................... 631
Marie d'Agreda "La Cité Mystique de Dieu" livre version numérisée - Page 8 413481b3-fefa-48be-92f2-ba015098e037Marie d'Agreda "La Cité Mystique de Dieu" livre version numérisée - Page 8 336a101b-3ac0-4cb2-8442-b8e61e993547
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notre Maîtresse, la Très Sainte Marie. ....................................................................................................... 631 
NOTES EXPLICATIVES...................................................................................................................................... 633 CHAPITRE 22........................................................................................................................................................ 633 Doctrine que me donna la Reine et Souveraine du Ciel...................................................................... 638 
NOTES EXPLICATIVES...................................................................................................................................... 640 CHAPITRE 23........................................................................................................................................................ 641 Réponse et Doctrine de la Reine et Maîtresse du Monde. ................................................................. 649 
NOTES EXPLICATIVES...................................................................................................................................... 652 CHAPITRE 24........................................................................................................................................................ 653 Doctrine de la Très Sainte Reine Marie. .................................................................................................... 657 
NOTES EXPLICATIVES...................................................................................................................................... 658 Extraites de celles de Don Creseto, à l'usage des prêtres. ................................................................. 658 
CHAPITRE 25........................................................................................................................................................ 659 Doctrine que me donna la Reine du Ciel. .................................................................................................. 663
 NOTES EXPLICATIVES...................................................................................................................................... 665 CHAPITRE 26........................................................................................................................................................ 665 Doctrine de la Reine du Ciel la Très Sainte Marie. ................................................................................ 671 
NOTES EXPLICATIVES...................................................................................................................................... 673 CHAPITRE 27........................................................................................................................................................ 674 Doctrine que me donna la Très Sainte Marie.......................................................................................... 684 
NOTES EXPLICATIVES...................................................................................................................................... 687 CHAPITRE 28........................................................................................................................................................ 689 Doctrine que me donna la même Reine notre Souveraine................................................................ 697 
NOTES EXPLICATIVES...................................................................................................................................... 699

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Message par azais Sam 5 Déc 2020 - 2:53

LIVRE QUATRE.


CHAPITRE 1 .......................................................................................................................................................... 701 Doctrine de la Très Sainte Reine, notre Souveraine............................................................................. 707
Marie d'Agreda "La Cité Mystique de Dieu" livre version numérisée - Page 8 E3dce5fb-e315-4192-a587-43bfe5fdb6e6Marie d'Agreda "La Cité Mystique de Dieu" livre version numérisée - Page 8 8d993af3-8b7d-4bc1-a3f7-e01ac3557724
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CHAPITRE 2 .......................................................................................................................................................... 709 Doctrine que me donna la Reine du Ciel, .................................................................................................. 714
 La Très Sainte Marie.......................................................................................................................................... 714 
NOTES EXPLICATIVES...................................................................................................................................... 716 Extraites de celles de Don Creseto, à l'usage des prêtres. ................................................................. 716 
CHAPITRE 3 .......................................................................................................................................................... 717 Doctrine que me donna la Divine et............................................................................................................ 722 
Très Sainte Dame Marie................................................................................................................................... 722 
NOTES EXPLICATIVES...................................................................................................................................... 724 CHAPITRE 4 .......................................................................................................................................................... 724 Doctrine de la divine Reine, notre Maîtresse. ......................................................................................... 729 
NOTES EXPLICATIVES...................................................................................................................................... 732 CHAPITRE 5 .......................................................................................................................................................... 733 Doctrine de la Reine du Ciel la Très Sainte Marie. ................................................................................ 738 
NOTES EXPLICATIVES...................................................................................................................................... 740 CHAPITRE 6 .......................................................................................................................................................... 741 Doctrine que me donna la même Reine, notre Souveraine............................................................... 746 
NOTES EXPLICATIVES...................................................................................................................................... 748 CHAPITRE 7 .......................................................................................................................................................... 748 Doctrine que me donna la Très Sainte Reine Marie. ............................................................................ 754 
NOTES EXPLICATIVES...................................................................................................................................... 756 CHAPITRE 8 .......................................................................................................................................................... 757 Doctrine que me donna la Très Sainte Reine Marie............................................................................. 761
 NOTES EXPLICATIVES...................................................................................................................................... 763 CHAPITRE 9 .......................................................................................................................................................... 763 Doctrine que me donna la Reine du Ciel, .................................................................................................. 769
 la Très Sainte Marie. .......................................................................................................................................... 769 
NOTES EXPLICATIVES...................................................................................................................................... 771
Marie d'Agreda "La Cité Mystique de Dieu" livre version numérisée - Page 8 58b129e3-efb5-4f9d-b788-364ddcac8a4fMarie d'Agreda "La Cité Mystique de Dieu" livre version numérisée - Page 8 31dd89ea-0a27-4626-b6a0-249698ad10cc
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CHAPITRE 10........................................................................................................................................................ 772 Doctrine de la Très Sainte Marie.................................................................................................................. 783
 NOTES EXPLICATIVES...................................................................................................................................... 784 CHAPITRE 11........................................................................................................................................................ 788 Doctrine de Marie la Très Sainte Reine du Ciel...................................................................................... 793 
NOTES EXPLICATIVES...................................................................................................................................... 794 CHAPITRE 12........................................................................................................................................................ 796 Doctrine que me donna la Reine et la Maîtresse du Ciel. ................................................................... 802 
NOTES EXPLICATIVES...................................................................................................................................... 804 CHAPITRE 13........................................................................................................................................................ 804 Doctrine que me donna la Très Sainte Marie.......................................................................................... 811 
notre Souveraine................................................................................................................................................. 811 
NOTES EXPLICATIVES...................................................................................................................................... 814 CHAPITRE 14........................................................................................................................................................ 815 Doctrine que me donna la Très Sainte Reine, ......................................................................................... 820 
Marie Notre Souverain. .................................................................................................................................... 820 
NOTES EXPLICATIVES...................................................................................................................................... 821 CHAPITRE 15........................................................................................................................................................ 821 Doctrine que me donna la Très Sainte Reine Marie. ............................................................................ 828
 NOTES EXPLICATIVES...................................................................................................................................... 830 CHAPITRE 16........................................................................................................................................................ 831 Doctrine que me donna la Reine du Ciel. .................................................................................................. 836
 NOTES EXPLICATIVES...................................................................................................................................... 838 CHAPITRE 17........................................................................................................................................................ 840 Doctrine que me donna Marie la Très Sainte.......................................................................................... 843
 Reine du Ciel. ........................................................................................................................................................ 843 NOTES EXPLICATIVES...................................................................................................................................... 844 CHAPITRE 18........................................................................................................................................................ 845
Marie d'Agreda "La Cité Mystique de Dieu" livre version numérisée - Page 8 9264e6d1-b79f-4fda-96bf-c8ec13a2f577Marie d'Agreda "La Cité Mystique de Dieu" livre version numérisée - Page 8 F5e27bf2-0969-4cc2-9fb5-b61503008fdb
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Doctrine de la Reine du Ciel ........................................................................................................................... 851 
La Très Sainte Marie, Notre-Dame .............................................................................................................. 851
 CHAPITRE 19........................................................................................................................................................ 853 Doctrine que me donna la Reine du Ciel. .................................................................................................. 858
 NOTES EXPLICATIVES...................................................................................................................................... 860 CHAPITRE 20........................................................................................................................................................ 860 Doctrine que me donna la Très Sainte Reine Marie. ............................................................................ 865 
NOTES EXPLICATIVES...................................................................................................................................... 867 CHAPITRE 21........................................................................................................................................................ 867 Doctrine que me donna la Reine du Ciel ................................................................................................... 875
 la Très Sainte Marie. .......................................................................................................................................... 875 
NOTES EXPLICATIVES...................................................................................................................................... 876 CHAPITRE 22........................................................................................................................................................ 877 Doctrine de la Divine Mère Notre Souveraine........................................................................................ 882 
CHAPITRE 23........................................................................................................................................................ 884 Doctrine de la Reine du Ciel ........................................................................................................................... 889 
la Très Sainte Marie Notre Dame. ................................................................................................................ 889 NOTES EXPLICATIVES...................................................................................................................................... 891
 CHAPITRE 24........................................................................................................................................................ 892 Doctrine de la Reine du Ciel la Très Sainte Marie. ................................................................................ 897 
NOTES EXPLICATIVES...................................................................................................................................... 899 CHAPITRE 25........................................................................................................................................................ 903 Doctrine de la Reine du Ciel la Très Sainte Marie. ................................................................................ 909 
NOTES EXPLICATIVES...................................................................................................................................... 910 CHAPITRE 26........................................................................................................................................................ 911 Doctrine que me donna la Reine du Ciel ................................................................................................... 915
 la Très Sainte Marie. .......................................................................................................................................... 915 
NOTES EXPLICATIVES...................................................................................................................................... 916
Marie d'Agreda "La Cité Mystique de Dieu" livre version numérisée - Page 8 51422995-eecc-4c07-8af1-93a312ba793aMarie d'Agreda "La Cité Mystique de Dieu" livre version numérisée - Page 8 29d06c0e-8342-48d1-95f8-f4dceaa09506
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CHAPITRE 27........................................................................................................................................................ 917 Doctrine de la Reine du Ciel ........................................................................................................................... 922
 la Très Sainte Marie. .......................................................................................................................................... 922 
NOTES EXPLICATIVES...................................................................................................................................... 923 CHAPITRE 28........................................................................................................................................................ 926 Doctrine que me donna la Reine et la Souveraine du Ciel. ................................................................ 931
 NOTES EXPLICATIVES...................................................................................................................................... 932 CHAPITRE 29........................................................................................................................................................ 933 Doctrine que me donna la Reine des Cieux.............................................................................................. 938 
la Très Sainte Marie. .......................................................................................................................................... 938
 NOTES EXPLICATIVES...................................................................................................................................... 940 CHAPITRE 30........................................................................................................................................................ 941 Doctrine que me donna la Reine des Cieux.............................................................................................. 946 
NOTES EXPLICATIVES...................................................................................................................................... 947


LIVRE CINQ .
CHAPITRE 1 .......................................................................................................................................................... 1 
Doctrine de la Reine du Ciel, la Très Sainte Marie. ............................................................................... 8 
NOTES EXPLICATIVES...................................................................................................................................... 10 CHAPITRE 2 .......................................................................................................................................................... 11 
Doctrine que me donna la Reine Du Ciel................................................................................................... 17 
NOTES EXPLICATIVES...................................................................................................................................... 19 CHAPITRE 3 .......................................................................................................................................................... 19 
Doctrine que me donna la Très Sainte Marie.......................................................................................... 23 
NOTES EXPLICATIVES...................................................................................................................................... 25 CHAPITRE 4 .......................................................................................................................................................... 25 
Doctrine que me donna la Reine du Ciel ................................................................................................... 31 
la Très Sainte Marie ........................................................................................................................................... 31
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NOTES EXPLICATIVES...................................................................................................................................... 33 CHAPITRE 5 .......................................................................................................................................................... 34 
Doctrine de la Reine du Ciel, la Très Sainte Marie. ............................................................................... 43 
NOTES EXPLICATIVES...................................................................................................................................... 45 CHAPITRE 6 .......................................................................................................................................................... 45 
Doctrine que me donna la divine Souveraine. ........................................................................................ 50 
NOTES EXPLICATIVES...................................................................................................................................... 51 CHAPITRE 7 .......................................................................................................................................................... 52 
Doctrine que me donna la divine Mère, Notre-Dame.......................................................................... 56
 NOTES EXPLICATIVES...................................................................................................................................... 59 CHAPITRE 8 .......................................................................................................................................................... 59 
Doctrine de la Reine du Ciel, la Très Sainte Marie. ............................................................................... 65 
NOTES EXPLICATIVES...................................................................................................................................... 67 CHAPITRE 9 .......................................................................................................................................................... 67 
Doctrine que me donna la divine Dame .................................................................................................... 72 
la Très Sainte Marie. .......................................................................................................................................... 72 
NOTES EXPLICATIVES...................................................................................................................................... 74 CHAPITRE 10........................................................................................................................................................ 74 
Doctrine que me donna la divine Maîtresse ............................................................................................ 82
 et Reine du Ciel. ................................................................................................................................................... 82 
NOTES EXPLICATIVES...................................................................................................................................... 83 CHAPITRE 11........................................................................................................................................................ 84 
Doctrine que me donna la Reine du Ciel. .................................................................................................. 92 
NOTES EXPLICATIVES...................................................................................................................................... 94 CHAPITRE 12........................................................................................................................................................ 94
 Doctrine de la Reine du Ciel, la Très Sainte Marie. ............................................................................... 99 
CHAPITRE 13........................................................................................................................................................ 101 Doctrine de la Reine du Ciel la Très Sainte Marie. ................................................................................ 105
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NOTES EXPLICATIVES...................................................................................................................................... 107 CHAPITRE 14........................................................................................................................................................ 108 Doctrine que me donna la Reine du Ciel ................................................................................................... 113 
la Très Sainte Marie. .......................................................................................................................................... 113 
NOTES EXPLICATIVES...................................................................................................................................... 115 CHAPITRE 15........................................................................................................................................................ 115 Doctrine de la Reine du Ciel la Très Sainte Marie. ................................................................................ 120 
NOTES EXPLICATIVES...................................................................................................................................... 123 Extraites de celles de Don Creseto, à l'usage des prêtres. ................................................................. 123 
CHAPITRE 16........................................................................................................................................................ 124 Doctrine que me donna la Reine du Ciel ................................................................................................... 128 
la Très Sainte Marie. .......................................................................................................................................... 128 
NOTES EXPLICATIVES...................................................................................................................................... 129 CHAPITRE 17........................................................................................................................................................ 130 Doctrine que me donna la Reine du Ciel. .................................................................................................. 136 
NOTES EXPLICATIVES...................................................................................................................................... 139 CHAPITRE 18........................................................................................................................................................ 139 Doctrine que me donna la Reine du Ciel ................................................................................................... 145
 la Très Sainte Marie. .......................................................................................................................................... 145 CHAPITRE 19........................................................................................................................................................ 147 Doctrine de la Reine du Ciel la Très Sainte Marie. ................................................................................ 153 
NOTES EXPLICATIVES...................................................................................................................................... 155 CHAPITRE 20........................................................................................................................................................ 156 Doctrine de la Reine du Ciel la Très Sainte Marie. ................................................................................ 160 
NOTES EXPLICATIVES...................................................................................................................................... 163 CHAPITRE 21........................................................................................................................................................ 163 Réponse et Doctrine de la Reine du Ciel ................................................................................................... 167
 la Très Sainte Marie. .......................................................................................................................................... 167
Marie d'Agreda "La Cité Mystique de Dieu" livre version numérisée - Page 8 0bddc4e8-76ea-4579-9597-de7e154db9abMarie d'Agreda "La Cité Mystique de Dieu" livre version numérisée - Page 8 C2ab0b60-9768-4a3b-be81-f60281831224
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NOTES EXPLICATIVES...................................................................................................................................... 169 CHAPITRE 22........................................................................................................................................................ 170 Doctrine que me donna la Reine du Ciel ................................................................................................... 176
 la Très Sainte Marie. .......................................................................................................................................... 176
 NOTES EXPLICATIVES...................................................................................................................................... 180 CHAPITRE 23........................................................................................................................................................ 180 Doctrine que me donna la Reine du Ciel ................................................................................................... 184 
la Très Sainte Marie. .......................................................................................................................................... 184
 NOTES EXPLICATIVES...................................................................................................................................... 186 CHAPITRE 24........................................................................................................................................................ 186 Doctrine que me donna la Reine du Ciel ................................................................................................... 192
 la Très Sainte Marie. .......................................................................................................................................... 192 
NOTES EXPLICATIVES...................................................................................................................................... 194 CHAPITRE 25........................................................................................................................................................ 194 Doctrine que me donna la Reine notre Maîtresse................................................................................. 199 
NOTES EXPLICATIVES...................................................................................................................................... 201 CHAPITRE 26........................................................................................................................................................ 202 Demande que je fis à la Reine du Ciel la Très Sainte Marie............................................................... 208 
Réponse et Doctrine de l'Auguste Reine. .................................................................................................. 209 
NOTES EXPLICATIVES...................................................................................................................................... 212 CHAPITRE 27........................................................................................................................................................ 214 Doctrine que me donna la Reine du Ciel ................................................................................................... 218 
la Très Sainte Marie. .......................................................................................................................................... 218 
NOTES EXPLICATIVES...................................................................................................................................... 219 CHAPITRE 28........................................................................................................................................................ 220 
Doctrine que me donna la Reine et Maîtresse. ....................................................................................... 224 
NOTES EXPLICATIVES...................................................................................................................................... 226 CHAPITRE 29........................................................................................................................................................ 227
Marie d'Agreda "La Cité Mystique de Dieu" livre version numérisée - Page 8 3e83a628-49c2-45c8-aac4-36ce119e702eMarie d'Agreda "La Cité Mystique de Dieu" livre version numérisée - Page 8 60ba1405-372d-4ffe-ac78-24ca694ec0bb
Marie d'Agreda "La Cité Mystique de Dieu" livre version numérisée - Page 8 Ee33a758-be9b-459f-9bbf-d3023b3ca8d4Marie d'Agreda "La Cité Mystique de Dieu" livre version numérisée - Page 8 3842ba80-b82f-4e16-909d-f916fa020bb3
Doctrine que me donna la Reine du Ciel. .................................................................................................. 231 
NOTES EXPLICATIVES...................................................................................................................................... 232

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Message par azais Sam 5 Déc 2020 - 2:54

LIVRE SIX .
1 CHAPITRE 1 .......................................................................................................................................................... 1 Doctrine que me donna la grande Reine,.................................................................................................. 7 
la Souveraine du Ciel......................................................................................................................................... 7 
NOTES EXPLICATIVES...................................................................................................................................... 9 CHAPITRE 2 .......................................................................................................................................................... 10 
Doctrine de la Reine du Ciel la Très Sainte Marie. ................................................................................ 16 
NOTES EXPLICATIVES...................................................................................................................................... 18 CHAPITRE 3 .......................................................................................................................................................... 18 
Doctrine que me donna la Reine du Ciel. .................................................................................................. 26 
NOTES EXPLICATIVES...................................................................................................................................... 28 CHAPITRE 4 .......................................................................................................................................................... 29 
Doctrine de la Reine du Ciel, la Très Sainte Marie. ............................................................................... 36 
NOTES EXPLICATIVES...................................................................................................................................... 38 CHAPITRE 5 .......................................................................................................................................................... 39 
Doctrine que me donna la Reine du Ciel ................................................................................................... 52 
la Très Sainte Marie. .......................................................................................................................................... 52 
NOTES EXPLICATIVES...................................................................................................................................... 53 CHAPITRE 6 .......................................................................................................................................................... 55 
Doctrine de la Reine du Ciel la Très Sainte Marie. ................................................................................ 65 
NOTES EXPLICATIVES...................................................................................................................................... 67 CHAPITRE 7 .......................................................................................................................................................... 68
 Doctrine de la Très Sainte Marie,................................................................................................................. 76 
la Reine et la Dame du Ciel.............................................................................................................................. 76 
NOTES EXPLICATIVES...................................................................................................................................... 78
Marie d'Agreda "La Cité Mystique de Dieu" livre version numérisée - Page 8 9d081ac9-6bad-4846-8912-a01d01cada80Marie d'Agreda "La Cité Mystique de Dieu" livre version numérisée - Page 8 8dde3dbd-8d0a-431b-a0fc-7d5c7ffb8003
Marie d'Agreda "La Cité Mystique de Dieu" livre version numérisée - Page 8 Fa8cfb6c-481b-48c7-9f23-908cfab4a15aMarie d'Agreda "La Cité Mystique de Dieu" livre version numérisée - Page 8 5ec3d1e5-e12f-4a03-9730-d9605f4a89af
CHAPITRE 8 .......................................................................................................................................................... 79 
Doctrine de la Reine du Ciel. .......................................................................................................................... 85 
NOTES EXPLICATIVES...................................................................................................................................... 88 CHAPITRE 9 .......................................................................................................................................................... 89 
Doctrine que me donna la Reine du Ciel ................................................................................................... 96 
la Très Sainte Marie. .......................................................................................................................................... 96 
NOTES EXPLICATIVES...................................................................................................................................... 98 CHAPITRE 10........................................................................................................................................................ 98 
Doctrine que me donna la grande Dame du monde............................................................................. 111 
La Très Sainte Marie.......................................................................................................................................... 111 
NOTES EXPLICATIVES...................................................................................................................................... 113 CHAPITRE 11........................................................................................................................................................ 115 Doctrine que me donna la Reine du Ciel. .................................................................................................. 128 
NOTES EXPLICATIVES...................................................................................................................................... 131 CHAPITRE 12........................................................................................................................................................ 133 Doctrine que me donna la Reine du Ciel ................................................................................................... 145
 la Très Sainte Marie. .......................................................................................................................................... 145
 NOTES EXPLICATIVES...................................................................................................................................... 146 CHAPITRE 13........................................................................................................................................................ 147 Doctrine que me donna la Reine du Ciel ................................................................................................... 158 
la Très Sainte Marie. .......................................................................................................................................... 158 
NOTES EXPLICATIVES...................................................................................................................................... 160 CHAPITRE 14........................................................................................................................................................ 160 Doctrine que me donna la Reine du Ciel, .................................................................................................. 170 
la Très Sainte Marie. .......................................................................................................................................... 170 
NOTES EXPLICATIVES...................................................................................................................................... 173 CHAPITRE 15........................................................................................................................................................ 174 Doctrine que me donna la grande Reine, la Dame du Ciel................................................................. 181
Marie d'Agreda "La Cité Mystique de Dieu" livre version numérisée - Page 8 1bab0cb0-024b-4ff6-a2ee-cbf6d0eac573Marie d'Agreda "La Cité Mystique de Dieu" livre version numérisée - Page 8 06e15362-086b-442f-9933-5477a407a939
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NOTES EXPLICATIVES...................................................................................................................................... 183
CHAPITRE 16........................................................................................................................................................ 183
Doctrine que me donna la grande Reine et Dame................................................................................. 191
NOTES EXPLICATIVES...................................................................................................................................... 193
CHAPITRE 17........................................................................................................................................................ 193
Doctrine de la Reine du Ciel la Très Sainte Marie. ................................................................................ 201
NOTES EXPLICATIVES...................................................................................................................................... 203
CHAPITRE 18........................................................................................................................................................ 203
Doctrine que me donna l'Auguste Reine du Ciel. .................................................................................. 214
NOTES EXPLICATIVES...................................................................................................................................... 216
CHAPITRE 19........................................................................................................................................................ 216
Doctrine que me donna l'Auguste Dame du Ciel, la Très Sainte marie. ....................................... 227
CHAPITRE 20........................................................................................................................................................ 230
Doctrine que me donna l'Auguste Reine du Ciel. .................................................................................. 241
NOTES EXPLICATIVES...................................................................................................................................... 243
CHAPITRE 21........................................................................................................................................................ 245
Teneur de la sentence de mort que Pilate donna contre Jésus Nazaréen, notre Sauveur. ............ 248
Doctrine que me donna la grande Reine et Maîtresse. ....................................................................... 258
NOTES EXPLICATIVES...................................................................................................................................... 260
CHAPITRE 22........................................................................................................................................................ 261
Testament que fit notre Sauveur Jésus-Christ en priant Son Père Éternel sur la Croix. .................................................................................................................................................................... 278
Doctrine que me donna la Reine du Ciel la Très Sainte Marie. ........................................................ 284 
NOTES EXPLICATIVES...................................................................................................................................... 286 
CHAPITRE 23........................................................................................................................................................ 289
Conciliabule que Lucifer tint avec ses démons dans l'enfer, après la Mort de Notre-Seigneur Jésus-Christ..... 296
Marie d'Agreda "La Cité Mystique de Dieu" livre version numérisée - Page 8 583e717e-26ec-4d78-9a2c-7a2edd67f4bfMarie d'Agreda "La Cité Mystique de Dieu" livre version numérisée - Page 8 A0ffa9e3-00f0-4d53-bf61-7e8c0187079a
Marie d'Agreda "La Cité Mystique de Dieu" livre version numérisée - Page 8 F6bca39a-d8d2-49c9-99ce-25c73a53053cMarie d'Agreda "La Cité Mystique de Dieu" livre version numérisée - Page 8 Bcf9ba50-7229-4efb-b9c6-1870c2cce79c
Doctrine que me donna la Reine du Ciel. .................................................................................................. 302 
NOTES EXPLICATIVES...................................................................................................................................... 305 CHAPITRE 24........................................................................................................................................................ 305 Doctrine que me donna la Reine du Ciel. .................................................................................................. 314 
NOTES EXPLICATIVES...................................................................................................................................... 316 CHAPITRE 25........................................................................................................................................................ 317 Doctrine que me donna la Reine du Ciel, .................................................................................................. 325 
la Très Sainte Marie. .......................................................................................................................................... 325 
NOTES EXPLICATIVES...................................................................................................................................... 326 CHAPITRE 26........................................................................................................................................................ 327 Doctrine que me donna l'Auguste Maîtresse, ......................................................................................... 333 
la Très Sainte Marie. .......................................................................................................................................... 333 
NOTES EXPLICATIVES...................................................................................................................................... 335 CHAPITRE 27........................................................................................................................................................ 337 Doctrine que me donna la Très Sainte Reine Marie. ............................................................................ 348 
NOTES EXPLICATIVES...................................................................................................................................... 350 Extraites de celles de Don Creseto, à l'usage des prêtres. ................................................................. 350 
CHAPITRE 28........................................................................................................................................................ 350 Doctrine que me donna la Reine du Ciel, .................................................................................................. 359 
la Très Sainte Marie. .......................................................................................................................................... 359 
NOTES EXPLICATIVES...................................................................................................................................... 360 CHAPITRE 29........................................................................................................................................................ 361 Doctrine que me donna la Reine du Ciel, .................................................................................................. 374 
la Très Sainte Marie. .......................................................................................................................................... 374 
NOTES EXPLICATIVES...................................................................................................................................... 376
LIVRE VII................................................................................................................................................................................ 378 INTRODUCTION .................................................................................................................................................. 378
Marie d'Agreda "La Cité Mystique de Dieu" livre version numérisée - Page 8 69ecdf32-dc5d-4c79-8d2d-fd5217ea38afMarie d'Agreda "La Cité Mystique de Dieu" livre version numérisée - Page 8 A25d849b-6373-4ab9-83a6-7fe3f00d4f58
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LIVRE SEPT 
 CHAPITRE 1 .......................................................................................................................................................... 396 Doctrine que me donna la grande Dame et Reine des Anges........................................................... 401 
CHAPITRE 2 .......................................................................................................................................................... 402 NOTES EXPLICATIVES...................................................................................................................................... 413 CHAPITRE 3 .......................................................................................................................................................... 413 Doctrine que me donna l'Auguste Reine................................................................................................... 421 
et Souveraine des Anges. ................................................................................................................................. 421 
NOTES EXPLICATIVES...................................................................................................................................... 423 CHAPITRE 4 .......................................................................................................................................................... 423 Doctrine que me donna la Reine du Ciel, .................................................................................................. 433
 la Très Sainte Marie. .......................................................................................................................................... 433
 NOTES EXPLICATIVES...................................................................................................................................... 435 CHAPITRE 5 .......................................................................................................................................................... 436 Doctrine que me donna Notre-Dame, ........................................................................................................ 442 
la grande Reine du Ciel..................................................................................................................................... 443 CHAPITRE 6 .......................................................................................................................................................... 446 Doctrine que me donna la Reine des Anges............................................................................................. 457 
NOTES EXPLICATIVES...................................................................................................................................... 459 CHAPITRE 7 .......................................................................................................................................................... 460 Doctrine que me donna la grande Reine des Anges, ............................................................................ 471 
la Très Sainte Marie. .......................................................................................................................................... 471 
NOTES EXPLICATIVES...................................................................................................................................... 473 CHAPITRE 8 .......................................................................................................................................................... 475 Doctrine que me donna la grande Reine des Anges, ............................................................................ 484
 la Très Sainte Marie. .......................................................................................................................................... 484
 NOTES EXPLICATIVES...................................................................................................................................... 486 CHAPITRE 9 .......................................................................................................................................................... 488
Marie d'Agreda "La Cité Mystique de Dieu" livre version numérisée - Page 8 B6ea4458-74f0-4695-b7ba-6253fb7a7756Marie d'Agreda "La Cité Mystique de Dieu" livre version numérisée - Page 8 Efe518cb-2ff5-4a00-82e9-3f60652f74ff
Marie d'Agreda "La Cité Mystique de Dieu" livre version numérisée - Page 8 9cef8d40-2db8-4598-a01a-89af79ded0b5Marie d'Agreda "La Cité Mystique de Dieu" livre version numérisée - Page 8 56084e24-024f-4b38-b798-db16f0b58ce5
Doctrine que me donna la grande Reine des Anges, ............................................................................ 498 
la Très Sainte Marie. .......................................................................................................................................... 498
 NOTES EXPLICATIVES...................................................................................................................................... 500 CHAPITRE 10........................................................................................................................................................ 500 Doctrine que me donna la Reine du Ciel. .................................................................................................. 513 
NOTES EXPLICATIVES...................................................................................................................................... 515 CHAPITRE 11........................................................................................................................................................ 515 Doctrine que me donna la grande Reine des Anges. ............................................................................ 526 
NOTES EXPLICATIVES...................................................................................................................................... 528 CHAPITRE 12........................................................................................................................................................ 528 
Sainte Pierre: ........................................................................................................................................................ 537 
Saint André:........................................................................................................................................................... 538
 Saint Jacques le Majeur: ................................................................................................................................... 538 
Saint Jean: .............................................................................................................................................................. 538 
Saint Thomas:....................................................................................................................................................... 538 
Saint Jacques le Mineur:................................................................................................................................... 538
 Saint Philippe: ...................................................................................................................................................... 538 
Et de là il viendra juger les vivants et les morts, ................................................................................... 539
 Saint Barthélémy: ............................................................................................................................................... 539 
Je crois au Saint-Esprit, .................................................................................................................................... 539 
Saint Matthieu:..................................................................................................................................................... 539 
La Sainte Église Catholique, la communion des Saints, ...................................................................... 539 
Saint Simon: .......................................................................................................................................................... 539 
Le pardon des péchés,....................................................................................................................................... 539 
Saint Thaddée: ..................................................................................................................................................... 539 
La résurrection de la chair,............................................................................................................................. 539 
Saint Mathias:....................................................................................................................................................... 539 
La Vie Éternelle. Amen. ................................................................................................................................... 540
Marie d'Agreda "La Cité Mystique de Dieu" livre version numérisée - Page 8 081e7718-3a15-44d6-b1a9-b0d1a1509bffMarie d'Agreda "La Cité Mystique de Dieu" livre version numérisée - Page 8 3eaf50cd-03bf-4886-8bb2-9f33d60f0125
Marie d'Agreda "La Cité Mystique de Dieu" livre version numérisée - Page 8 2f3ddba3-4f5f-4454-b25d-a45a4df1983bMarie d'Agreda "La Cité Mystique de Dieu" livre version numérisée - Page 8 63ec346d-334f-49ad-94b2-b8d3aa07705f
Doctrine que me donna la grande Reine des Anges, ............................................................................ 540 
la Très Sainte Marie. .......................................................................................................................................... 541
 NOTES EXPLICATIVES...................................................................................................................................... 542 CHAPITRE 13........................................................................................................................................................ 544 Doctrine que me donna la Reine des Anges............................................................................................. 555 PLICATIVES........................................................................................................................................................... 560 CHAPITRE 14........................................................................................................................................................ 561 Doctrine que me donna la Reine des Anges,............................................................................................ 577 
la Très Sainte Marie. .......................................................................................................................................... 577 
NOTES EXPLICATIVES...................................................................................................................................... 579 CHAPITRE 15........................................................................................................................................................ 581 Doctrine que me donna la grande Dame des Anges............................................................................. 597 
NOTES EXPLICATIVES...................................................................................................................................... 601 CHAPITRE 16........................................................................................................................................................ 602 Doctrine que me donna la Reine du Ciel, .................................................................................................. 615
 la Très Sainte Marie. .......................................................................................................................................... 615 
NOTES EXPLICATIVES...................................................................................................................................... 619 CHAPITRE 17........................................................................................................................................................ 620 Doctrine que me donna la Reine du Ciel, .................................................................................................. 638
 la Très Sainte Marie. .......................................................................................................................................... 638 
NOTES EXPLICATIVES...................................................................................................................................... 639


LIVRE HUIT .
CHAPITRE 1 .......................................................................................................................................................... 1 
Doctrine que me donna la Reine du ciel.................................................................................................... 13 
la Très Sainte Marie. .......................................................................................................................................... 13
 NOTES EXPLICATIVES...................................................................................................................................... 16 CHAPITRE 2 .......................................................................................................................................................... 17
Marie d'Agreda "La Cité Mystique de Dieu" livre version numérisée - Page 8 2d3fb669-34e6-4be5-a672-1a7f2db77ab5Marie d'Agreda "La Cité Mystique de Dieu" livre version numérisée - Page 8 A23f166e-19d4-4f9a-a375-d17f3018a6b1
Marie d'Agreda "La Cité Mystique de Dieu" livre version numérisée - Page 8 0323ab83-a559-47f8-bf74-7165f78a4998Marie d'Agreda "La Cité Mystique de Dieu" livre version numérisée - Page 8 224d5be7-3bc5-412d-8cae-02c6526aec5f
Doctrine que me donna la Reine des Anges............................................................................................. 27 
la Très Sainte Marie. .......................................................................................................................................... 27 
NOTES EXPLICATIVES...................................................................................................................................... 28 
CHAPITRE 3 .......................................................................................................................................................... 30 
Doctrine que me donna la grande Reine des Anges ............................................................................. 39
 la Très Sainte Marie. .......................................................................................................................................... 39 
NOTES EXPLICATIVES...................................................................................................................................... 41 CHAPITRE 4 .......................................................................................................................................................... 42 
Doctrine que me donna l'Auguste Reine................................................................................................... 54 
et Maîtresse du Ciel............................................................................................................................................ 55
 NOTES EXPLICATIVES...................................................................................................................................... 56 CHAPITRE 5 .......................................................................................................................................................... 57 
Doctrine que me donna la Reine du Ciel ................................................................................................... 67 
la Très Sainte Marie. .......................................................................................................................................... 68 
NOTES EXPLICATIVES...................................................................................................................................... 72 CHAPITRE 6 .......................................................................................................................................................... 73 
Doctrine que me donna la Reine des Anges............................................................................................. 84 
la Très Sainte Marie. .......................................................................................................................................... 84
 NOTES EXPLICATIVES...................................................................................................................................... 87 CHAPITRE 7 .......................................................................................................................................................... 88 Doctrine que me donna la Reine des Anges............................................................................................. 101 
la Très Sainte Marie. .......................................................................................................................................... 102 
NOTES EXPLICATIVES...................................................................................................................................... 104 CHAPITRE 8 .......................................................................................................................................................... 104 Doctrine que me donna la Reine du Ciel ................................................................................................... 114
 la Très Sainte Marie. .......................................................................................................................................... 114 
NOTES EXPLICATIVES...................................................................................................................................... 117 CHAPITRE 9 .......................................................................................................................................................... 117
Marie d'Agreda "La Cité Mystique de Dieu" livre version numérisée - Page 8 997e63af-d791-49ee-af26-f90af8aacfe2Marie d'Agreda "La Cité Mystique de Dieu" livre version numérisée - Page 8 Ac46560f-d48b-4ba7-8de8-286b49de4489
Marie d'Agreda "La Cité Mystique de Dieu" livre version numérisée - Page 8 2a436cb2-8a7d-41fb-97e5-9472ebdb52c9Marie d'Agreda "La Cité Mystique de Dieu" livre version numérisée - Page 8 84c98c6a-a89f-425d-8a85-5b18f0ee5f06
Doctrine que me donna la Reine des Anges............................................................................................. 126
 NOTES EXPLICATIVES...................................................................................................................................... 128 CHAPITRE 10........................................................................................................................................................ 130 Doctrine que me donna la Reine des Anges............................................................................................. 139
 la Très Sainte Marie. .......................................................................................................................................... 139 
NOTES EXPLICATIVES...................................................................................................................................... 141 CHAPITRE 11........................................................................................................................................................ 142 Doctrine que me donna la grande Reine des Anges. ............................................................................ 150 
NOTES EXPLICATIVES...................................................................................................................................... 151 CHAPITRE 12........................................................................................................................................................ 152 Doctrine que me donna la Reine des Anges............................................................................................. 157
 la Très Sainte Marie. .......................................................................................................................................... 157 
NOTES EXPLICATIVES...................................................................................................................................... 160 CHAPITRE 13........................................................................................................................................................ 161 Doctrine que me donna la Reine des Anges............................................................................................. 167
 la Très Sainte Marie. .......................................................................................................................................... 167 
NOTES EXPLICATIVES...................................................................................................................................... 170 CHAPITRE 14........................................................................................................................................................ 171 Doctrine que me donna la grande Reine des Anges ............................................................................. 180 
la Très Sainte Marie. .......................................................................................................................................... 180 
NOTES EXPLICATIVES...................................................................................................................................... 183 CHAPITRE 15........................................................................................................................................................ 183 Doctrine que me donna la grande Reine des Anges. ............................................................................ 190 
NOTES EXPLICATIVES...................................................................................................................................... 193 CHAPITRE 16........................................................................................................................................................ 194 Doctrine que me donna la Reine des Anges............................................................................................. 202
 NOTES EXPLICATIVES...................................................................................................................................... 204 CHAPITRE 17........................................................................................................................................................ 205
Marie d'Agreda "La Cité Mystique de Dieu" livre version numérisée - Page 8 96c2d7c3-204a-4bc9-8643-7a7fcfff77a2Marie d'Agreda "La Cité Mystique de Dieu" livre version numérisée - Page 8 F9e754e1-d872-4162-9610-ff6c7b93fcd2
Marie d'Agreda "La Cité Mystique de Dieu" livre version numérisée - Page 8 Ba63f3e9-e1b4-4848-8b50-345d8db56333Marie d'Agreda "La Cité Mystique de Dieu" livre version numérisée - Page 8 B0e15b51-67ce-480c-b146-8ef755e45fe4
Doctrine que me donna la grande Reine des Anges. ............................................................................ 213 
NOTES EXPLICATIVES...................................................................................................................................... 215 CHAPITRE 18........................................................................................................................................................ 217
 la Très Sainte Marie. .......................................................................................................................................... 227 
NOTES EXPLICATIVES...................................................................................................................................... 230 CHAPITRE 19........................................................................................................................................................ 230 Doctrine que me donna la grande Reine du Ciel.................................................................................... 237 
la Très Sainte Marie. .......................................................................................................................................... 237 
NOTES EXPLICATIVES...................................................................................................................................... 239 CHAPITRE 20........................................................................................................................................................ 240 Doctrine que me donna la Reine du Ciel ................................................................................................... 245 
la Très Sainte Marie. .......................................................................................................................................... 245
 NOTES EXPLICATIVES...................................................................................................................................... 247 CHAPITRE 21........................................................................................................................................................ 247 Doctrine que me donna la Reine du Ciel ................................................................................................... 253 
la Très Sainte Marie. .......................................................................................................................................... 253 
NOTES EXPLICATIVES...................................................................................................................................... 256 CHAPITRE 22........................................................................................................................................................ 258 Doctrine que m'a donnée la grande Reine du Ciel ................................................................................ 263 
NOTES EXPLICATIVES...................................................................................................................................... 265 CHAPITRE 23........................................................................................................................................................ 266 


EPILOGUE .............................................................................................................................................................. 270
Soeur Marie de Jésus......................................................................................................................................................... 281 NOTES EXPLICATIVES...................................................................................................................................... 281

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Message par sga Dim 13 Déc 2020 - 10:54

CHAPITRE 16


Comment la Très Sainte Marie célébrait les fêtes de l'Ascension de notre Sauveur Jésus-Christ, de la Venue de l'Esprit-Saint, des Anges, des Saints et d'autres mémoires de ses propres Bienfaits.


8, 16, 680. En chacune des oeuvres et en chacun des Mystères de notre grande Reine et Souveraine, je trouve de nouveaux secrets à pénétrer, de nouvelles raisons d'admiration et de louange; mais de nouvelles paroles me manquent pour manifester ce que je connais. Pour ce qui m'a été donné à entendre de l'Amour que Notre-Seigneur Jésus-Christ avait pour Sa Très Pure Mère et Sa très digne Épouse, il me semble que selon l'inclination et le plan de cette Charité Sa Majesté Éternelle Se fût privée du trône de la gloire et de la compagnie des Saints pour être avec Sa Très Aimante Mère, si pour d'autres raisons il n'eût convenu que le Fils fût dans le Ciel et la Mère sur la terre, pour le temps que dura cette séparation et cette absence corporelle. Et que l'on ne comprenne pas que cette pondération de l'excellence de la Reine dérogeât à celle de son Très Saint Fils, ni des Saints; parce que la Divinité du Père et du Saint-Esprit était en Jésus-Christ indivisée avec une souveraine unité individuelle; et toutes les trois Personnes étaient en chacune par un mode inséparable d'inexistence, et jamais la Personne du Verbe pouvait être sans le Père et l'Esprit-Saint. Il est certain que la compagnie des Anges et des Saints comparée à celle de la Très Sainte Marie était de moindre appréciation pour Notre-Seigneur Jésus-Christ, si l'on considère la force de l'Amour réciproque du Fils et de la Mère. Mais pour d'autres raisons il convenait que le Seigneur, ayant achevé l'Oeuvre de la Rédemption des hommes, retournât à la droite du Père Éternel et que Sa Très Heureuse Mère demeurait dans l'Église, afin que par son industrie et ses mérites l'efficace de cette Rédemption fut exécutée et que l'enfantement de la Passion et de la Mort de son Très Saint Fils fut commenté et tiré à la lumière.

8, 16, 681. Selon cette Providence ineffable et mystérieuse, Notre-Seigneur Jésus-Christ ordonna Ses Oeuvres, les laissant pleines de Sagesse, de Magnificence et de Gloire divines, confiant tout Son Coeur à cette Femme Forte, comme Il le dit par Salomon dans les Proverbes (Prov. 31: 11). Et Il ne se trouva point frustré dans Sa confiance, puisque la Très Prudente Mère, avec les Trésors de la Passion et du Sang du même Seigneur, appliqués par ses propres mérites et sa solitude, acheta par son Fils le champ (Prov. 31: 16) dans lequel Elle planta la vigne de l'Église jusqu'à la fin du monde, qui sont les âmes des fidèles, dans lesquelles elle se conservera jusqu'alors et par les prédestinés elle sera transférée à la Jérusalem triomphante pendant tous les siècles des siècles. Et ainsi il convenait à la gloire du Très-Haut que toute cette Oeuvre fût confiée à la Très Sainte Marie, afin que notre Sauveur Jésus entrât dans la gloire de Son Père, après Sa miraculeuse Résurrection; il convenait aussi que Sa Bienheureuse Mère qu'Il aimait sans mesure et qu'Il laissait dans le monde conservât avec Lui la correspondance et le commerce possible à quoi L'obligeait, non seulement le propre Amour qu'Il avait pour Elle, mais aussi l'état de l'Auguste Mère et l'entreprise à laquelle Elle s'occupait sur la terre, où la grâce, les moyens, les faveurs et les Bienfaits devaient être proportionnés avec la cause et la fin très sublimes de Mystères si cachés. Tout cela s'obtenait glorieusement par les fréquentes visites que le même Fils faisait à Sa Mère et en l'élevant tant de fois au trône de Sa gloire, afin que l'invincible Reine lne fût pas toujours hors de la Cour céleste, et que les courtisans ne manquassent pas tant d'années de la vue désirable de leur Reine et Souveraine, puisque cette joie était possible et convenable pour tous.

8, 16, 682. L'un des jours où se renouvelaient ces merveilles, hors ceux dont j'ai écrit, c'était où Elle célébrait chaque année l'Ascension de son Très Saint Fils aux Cieux. Ce jour était grand et solennel pour Elle et pour le Paradis; parce qu'Elle s'y préparait dès le jour qu'Elle célébrait la Résurrection de son Fils. En tout ce temps Elle faisait mémoire des faveurs et des Bienfaits qu'Elle reçut de ce Fils très Précieux, et de la compagnie des anciens Pères et des Saints qu'Il tira des Limbes; et de ce qui arriva pendant ces quarante jours, un par un, Elle rendait des actions de grâces particulières avec de nouveaux cantiques et de nouveaux exercices, comme si chaque événement arrivait alors, parce qu'Elle avait le tout présent dans sa mémoire indéfectible. Je ne m'arrête point à rapporter les particularités de ces jours parce que j'ai écrit ce qui suffit dans les derniers chapitres de la seconde partie. Je dis seulement que dans cette préparation notre grande Reine recevait d'incomparables faveurs et de nouvelles influences de la Divinité avec lesquelles Elle était toujours de plus en plus déifiée et préparée pour ceux qu' Elle devait recevoir le jour de la fête.

8, 16, 683. Arrivant donc le jour mystérieux qui correspondait chaque année à celui où notre Sauveur Jésus monta aux Cieux, Sa Majesté en descendait en personne à l'oratoire de Sa Bienheureuse Mère, accompagnée d'Anges innombrables, des Patriarches, des Prophètes et des Saints qu'Il avait emmenés avec lui dans sa glorieuse Ascension. La grande Dame attendait cette visite prosternée en terre comme Elle avait coutume, anéantie et défaite dans l'abîme de son humilité ineffable, mais élevée au-dessus de toute pensée humaine et angélique jusqu'au suprême degré de l'Amour divin possible à une pure Créature. Aussitôt son Très Saint Fils Se manifestait à Elle au milieu des choeurs des Saints; et renouvelant en Elle la douceur de Ses bénédictions, le même Seigneur commandait aux Anges de la relever de la poussière et de la placer à Sa droite. La Volonté du Seigneur s'exécutait aussitôt, et les Séraphins posaient sur Son trône Celle qui Lui donna l'être humain; et là son Très Saint Fils l'interrogeait sur ce qu'Elle désirait, demandait et voulait. A cette interrogation la Très Sainte Marie répondait: «Mon Fils et mon Dieu Éternel, je désire la gloire et l'exaltation de Votre Saint Nom; je veux Vous remercier en celui de tout le genre humain pour le Bienfait de ce que Votre Toute-Puissance a élevé en ce jour notre nature à la gloire et à la Félicité Éternelles. Je demande pour les hommes que tous connaissent, louent et magnifient votre Divinité et votre Humanité très Sainte.»

8, 16, 684. Le Seigneur répondit: «Ma Mère et Ma Colombe, choisie entre les créatures pour Mon Habitation, venez avec Moi à Ma Patrie céleste où vos désirs s'accompliront, vos pétitions seront exaucées et vous jouirez de la solennité de ce jour, non parmi les mortels enfants d'Adam, mais en compagnie de Mes Courtisans et des habitants du Ciel.» Ensuite toute cette céleste procession s'élevait dans la région de l'air, comme au jour même de l'Ascension, et ainsi Elle arrivait au Ciel empirée, la Vierge-Mère étant toujours à la droite de son Très Saint Fils. Mais au lieu suprême où toute cette compagnie s'arrêtait avec ordre, on reconnaissait dans le Ciel comme un nouveau silence et une nouvelle attention, non seulement des Saints, mais même du Saint des Saints. Ensuite la grande Reine demandait permission au Seigneur et Elle descendait du trône et prosternée devant la Face de la Bienheureuse Trinité Elle faisait un cantique admirable de louanges, dans lequel Elle comprenait les Mystères de l'Incarnation et de la Rédemption avec tous les triomphes et toutes les victoires que remporta son Très Saint Fils jusqu'à ce qu'Il retournât glorieux à la droite du Père Éternel le jour de Son admirable Ascension.

8, 16, 685. Le Très-Haut manifestait Son Agrément et Ses Complaisances de ce cantique et de ces louanges et tous les Saints répondaient avec d'autres nouveaux chants, glorifiant le Tout-Puissant en cette Créature si admirable, et tous recevaient une nouvelle joie de la présence et de l'excellence de la Reine. Après cela, par le commandement du Seigneur, les Anges l'élevaient une autre fois à la droite de son Très Saint Fils, et là la Divinité Se manifestait à Elle par la vision intuitive et glorieuse, les illuminations et les ornements que j'ai déclarés en d'autres occasions semblables [a] ayant précédé. La Reine jouissait quelques heures de ce jour de cette Vision Béatifique, et le Seigneur lui donnait de nouveau la possession de cette place qu'Il lui avait préparée pour son éternité, comme je l'ai dit le jour de l'Ascension [b]. Et pour notre plus grande admiration et obligation, j'avertis que tous les ans en ce jour Elle était interrogée par le même Seigneur si Elle voulait toujours demeurer en cette joie éternelle, ou revenir sur la terre pour favoriser la Sainte Église. Et lui laissant en main cette élection, Elle répondait: Que si c'était la Volonté du Tout-Puissant Elle retournerait travailler pour les hommes, qui étaient le fruit de la Rédemption et de la Mort de son Très Saint Fils.

8, 16, 686. Elle répétait chaque année cette résignation et la Très Sainte Trinité l'acceptait de nouveau avec admiration des Bienheureux. De manière que non seulement une fois mais plusieurs la Mère de Dieu se priva de la joie de la Vision Béatifique pendant ce temps, afin de descendre au monde gouverner l'Église et l'enrichir de ses mérites ineffables. Et parce que notre courte capacité n'arrive point à les exalter, ce ne sera point un défaut de cette Histoire d'en remettre la connaissance à la Vision Béatifique. Mais toutes ces récompenses lui étaient comme gardées et conservées dans l'Acceptation divine; afin que dans la possession Elle fût ensuite semblable à l'Humanité de son Fils dans le degré possible, comme devant être placée dignement à Sa droite et dans Son trône. Toutes ces merveilles étaient suivies des prières que la grandes Reine faisait dans le Ciel pour l'exaltation du Nom du Très-Haut, pour la propagation de l'Église, pour la conversion du monde et les victoires contre le démon; et toutes lui étaient accordées de la manière qu'elles se sont exécutées et qu'elles s'exécutent dans tous les siècles de l'Église: et les faveurs auraient été plus grandes si les péchés du monde ne les avaient point empêchées en rendant les mortels indignes de les recevoir. Après tout cela les Anges ramenaient leur Reine à l'oratoire du Cénacle avec une musique et une harmonie céleste, et aussitôt Elle se prosternait et s'humiliait pour remercier de nouveau pour ces faveurs. J'avertis que l'Évangéliste saint Jean avec la connaissance qu'il avait de ces merveilles mérita de participer quelque peu à leurs Effets; parce qu'il avait coutume de voir la Reine si environnée d'éclats de lumière qu'il ne pouvait la regarder au Visage à cause de la Lumière divine qu'elle émettait. Et comme la grande Maîtresse de l'humilité allait toujours se mettre par terre et aux pieds de l'Évangéliste lui demandant permission à genoux, le Saint eut plusieurs occasions de la voir, et avec la crainte révérencielle qu'Elle lui causait, souvent il venait à se troubler en présence de l'Auguste Vierge, quoique ce fût avec une joie et des effets de sainteté admirables!

8, 16, 687. Les Effets et les Bienfaits de cette grande fête de l'Ascension étaient ordonnés par l'Auguste Reine pour célébrer plus dignement la venue de l'Esprit-Saint, et Elle se préparait ainsi dans les neuf jours qu'il y a entre ces deux solennités. Elle continuait incessamment ses exercices avec des désirs très ardents que le Seigneur renouvelât en Elle les Dons de Son Divin Esprit. Et lorsqu'arrivait le jour, ses désirs étaient accomplis par les Oeuvres de la Toute-Puissance; parce qu'à la même heure qu'Il descendit la première fois au Cénacle sur le Sacré Collège, il descendait chaque année sur la Mère de Jésus, Épouse et Temple de l'Esprit-Saint. Et quoique cette venue fût pas moins solennelle que la première, parce qu'Il venait en forme visible de Feu, avec une splendeur et un bruit admirables; néanmoins ces signes n'étaient point manifestes à tous, comme ils le furent dans la première venue; parce qu'alors ce fut nécessaire, et ensuite il ne convenait point que tous l'entendissent outre la divine Mère, et l'Évangéliste quelque chose. Plusieurs milliers d'Anges l'assistaient dans cette faveur avec une très douce harmonie et des cantiques du Seigneur; et l'Esprit-Saint l'enflammait tout entière, et Il la renouvelait avec des Dons surabondants et des accroissements de ceux qu'Elle possédait déjà dans un degré si éminent. Ensuite la grande Dame rendait d'humbles actions de grâces de ce Bienfait, et de celui qu'Il avait accordé aux Apôtres et aux disciples en les remplissant de Sagesse et de Dons, afin qu'ils fussent dignes ministres du Seigneur et fondateurs si idoines de Sa Sainte Église et de ce que par Sa venue, Il avait scellé les Oeuvres de la Rédemption humaine. Elle demandait ensuite par une longue prière au Divin Esprit de continuer dans la Sainte Église, pour les siècles présents et futures, les influences de Sa grâce et de Sa Sagesse et qu'Il ne les suspendît point en aucun temps à cause des péchés des hommes qui Le désobligeraient et démériteraient de les avoir. L'Esprit-Saint concédait toutes ces pétitions à Son unique Épouse, et la Sainte Église jouissait de leur Fruit et elle en jouira jusqu'à la fin du monde.

8, 16, 688. A tous ces Mystères et à toutes ces fêtes du Seigneur et aux siennes notre grande Reine en ajoutait deux autres qu'Elle célébrait avec une jubilation et une dévotion spéciales en d'autres jours pendant le cours de l'année. L'une aux saints Anges, et l'autres aux Saints de la nature humaine. Pour célébrer les excellences et la sainteté de la nature angélique, Elle se préparait pendant quelques jours par les exercices des autres fêtes et par de nouveaux cantiques de gloire et de louange, épiloguant en eux l'Oeuvre de la création de ces divins esprits, et surtout celle de leur justification et de leur glorification, avec tous les Mystères et les secrets qu'Elle connaissait de tous et de chacun d'eux. Et le jour qu'Elle avait destiné arrivant, Elle les invitait tous; plusieurs milliers descendaient
des Ordres et des Choeurs célestes dans son oratoire et ils se manifestaient avec une gloire et une beauté admirables. Ensuite il se formait deux Choeurs, dans l'un était notre Reine, et dans l'autre tous les esprits souverains, et alternant comme par versets l'Impératrice du Ciel commençait et les Anges répondaient avec une harmonie céleste dans toute la durée de ce jour. Et s'il était possible de manifester au monde les cantiques mystérieux que la Très Sainte Marie et les Anges formaient, ce serait sans doute l'une des plus grandes merveilles du Seigneur et l'étonnement de tous les mortels. Je ne trouve point de termes, ni je n'ai le temps de déclarer le peu que j'ai connu de ce sacrement; parce qu'en premier lieu, ils louaient l'Être de Dieu en Lui-même, en toutes Ses Perfections et Ses Attributs qu'Ils connaissaient. Ensuite l'Auguste Vierge Le bénissait et L'exaltait de ce que Sa Majesté, Sa Sagesse et Sa Toute-Puissance S'étaient manifestées en créant un si grand nombre de si belles substances spirituelles et angéliques; et en la favorisant de tant de Dons de nature et de grâce, ainsi que pour leurs ministères, leurs exercices, et leurs offices dans l'accomplissement de la Volonté de Dieu, assistant et gouvernant les hommes et toute la nature inférieure et visible. A ces louanges les Anges répondaient par le retour et le dégagement de cette dette, et tous chantaient au Tout-Puissant des bénédictions admirables de ce qu'Il avait créé et élu pour Sa Mère une Vierge si Pure, si Sainte et si Digne de Ses plus grands Dons et de Ses plus grandes faveurs; de ce qu'Il l'avait élevée au-dessus de toutes les créatures en sainteté et en gloire, et de ce qu'Il lui avait donné le domaine et l'empire, afin que tous eussent à la servir, à l'honorer et à la proclamer digne Mère de Dieu et Restauratrice du genre humain.

8, 16, 689. De cette manière les augustes esprits discouraient sur les grandes excellences de leur Reine et ils bénissaient Dieu en Elle. Et son Altesse discourait par celles des Anges, et Elle faisait les mêmes louanges; ce qui faisait que ce jour était un jour de joie et de douceur admirables pour l'Auguste Reine et d'une joie accidentelle pour les Anges, et les mille qui l'assistaient pour sa garde ordinaire la recevaient spécialement, bien que tous participassent à leur manière à la gloire qu'ils donnaient à leur Reine et Maîtresse. Et comme l'ignorance n'était un empêchement ni d'un côté ni de l'autre, et que la sagesse et l'appréciation des Mystères qu'ils confessaient ne manquaient point, ce colloque était d'une vénération incomparable, et il le sera pour nous quand nous le connaîtrons dans le Seigneur.

8, 16, 690. Un autre jour, Elle célébrait la fête de tous les Saints de la nature humaine, se disposant d'abord par beaucoup d'oraisons et d'exercices comme dans les autres fêtes; et en celle-ci tous les anciens Pères, les Patriarches et les Prophètes avec les autres Saints qui étaient morts après la Résurrection descendaient la célébrer avec leur Réparatrice. En ce jour Elle faisait de nouveaux cantiques de remerciements pour la gloire de ces Saints et parce que la Rédemption et la Mort de son Très Saint Fils avait été efficace en eux. La jubilation que la Reine avait dans cette occasion était grande, connaissant le secret de la prédestination des Saints, et de ce qu'ayant été en chair mortelle et dans une vie si périlleuse, ils étaient désormais dans la félicité assurée de la Vie Éternelle. Elle bénissait le Seigneur, Père des Miséricordes pour ce Bienfait, et Elle épiloguait dans ces louanges les faveurs, les grâces et les Bienfaits que chacun des Saints avait reçues. Elle leur demandait de prier pour la Sainte Église et pour ceux qui militaient en elle et qui étaient dans le combat avec danger de perdre la couronne qu'ils possédaient déjà. Après tout cela Elle faisait une mémoire et des actions de grâces nouvelles, des victoires et des triomphes qu'Elle avait remportées Elle-même sur le démon par la Puissance divine, dans les combats qu'Elle avait eus avec lui. Et pour ces faveurs et pour les âmes qu'Elle avait délivrées de la puissance des ténèbres, Elle faisait de nouveaux cantiques et d'humbles et fervents actes de remerciements.

8, 16, 691. Ce sera un sujet d'admiration pour les hommes comme ce le fut pour les Anges qu'une pure Créature en chair mortelle opérât tant de merveilles si incessantes, qui semblent impossibles à plusieurs âmes ensemble, lors même qu'elles seraient aussi ardentes que les suprêmes Séraphins; mais notre grande Reine avait une certaine participation de la Toute-Puissance divine avec laquelle ce qui est impossible dans les autres était possible en Elle. Dans ces dernières années de sa très sainte Vie cette activité s'accrut, de manière que notre capacité ne peut faire l'estimation de ses oeuvres qui étaient sans intervalle ni repos le jour et la nuit; Elle opérait infatigablement comme un Ange et plus qu'eux tous ensemble, et tout en Elle était une Flamme et un Incendie d'immense activité. Avec cette Vertu divine les jours lui paraissaient courts, les occasions peu nombreuses et les exercices limités; parce que toujours son amour s'étendait infiniment plus que ce qu'Elle faisait, quoique ce fût sans mesure. J'ai dit peu ou
rien de ces merveilles, pour ce qu'elles sont en elle-mêmes; et ainsi je le connais et le confesse, parce que je vois une distance, un intervalle presque infini entre ce qui m'a été déclaré et ce que je ne suis pas capable de comprendre en cette vie. Et si je ne peux donner une connaissance entière de ce qui m'a été manifesté, comment dirai-je ce que j'ignore, sans connaître plus que l'ignorance? Tâchons de ne point démériter d'avoir la Lumière qui nous attend pour le voir en Dieu, car cette seule récompense et cette joie, quand nous n'en attendrions pas d'autre, pourrait nous obliger à travailler et à souffrir jusqu'à la fin du monde toutes les peines et les tourments des Martyrs et nous serons très bien payés par l'allégresse de connaître la dignité et l'excellence de la Très Sainte Marie, la voyant à la droite de son Fils et son Dieu véritable, élevée au-dessus de tous les esprits angéliques et de tous les Saints du Ciel.

DOCTRINE QUE ME DONNA LA REINE DES ANGES.

8, 16, 692. Ma fille, de même que tu avances à écrire le discours de mes oeuvres et de ma Vie mortelle, je désire que tu t'avances et que tu chemines dans ma parfaite imitation et dans mon École. Ce désir croît aussi en moi, comme en toi la Lumière et l'admiration de ce que tu entends et écris. Il est temps désormais de réparer ce que tu as négligé jusqu'à présent, et d'élever le vol de ton esprit jusqu'à l'état où t'appelle le Très-Haut et où je te convie. Remplis tes oeuvres de toute perfection et de toute sainteté. Et sache que la contradiction que tes ennemis, le démon, le monde et la chair, te font pour cela est impie et cruelle; et il n'est pas possible de vaincre tant de difficultés et de tentations, si tu n'allumes point dans ton coeur une fervente émulation et une ferveur très ardente qui, avec une impétuosité invincible, confonde et écrase la tête du venimeux serpent lequel se sert de plusieurs moyens trompeurs avec une astuce diabolique, ou pour te renverser, ou au moins pour t'arrêter dans cette carrière, afin que tu n'arrives point à la fin que tu désires et à l'état que te prépare le Seigneur qui t'a choisie pour Lui.

8, 16, 693. Tu ne dois point ignorer, ma fille, le soin et l'attention qu'a le démon pour toute négligence, tout oubli ou toute inadvertance des âmes, car toujours il rôde autour d'elles, il les épie (1 Pet. 5: Cool et il profite de tout, sans perdre aucune occasion pour leur introduire ses tentations avec ruse, les inclinant et mouvant les passions en ceux qu'il reconnaît n'être pas sur leurs gardes, afin qu'ils reçoivent la blessure du péché, avant de la connaître entièrement: et lorsqu'ensuite ils la sentent et désirent le remède, alors ils trouvent une plus grande difficulté; car il faut des grâces plus abondantes et un plus grand courage pour se relever étant tombés, que pour résister avant de tomber. Par le péché l'âme s'affaiblit dans la vertu, et son ennemi recouvre une plus grande vigueur et les passions deviennent plus indomptées et plus invincibles: et pour ces causes il y en a beaucoup qui tombent et moins qui se relèvent. Le remède contre ce danger est de vivre avec une vigilante attention, avec des anxiétés et des désirs continuels de mériter la grâce divine, avec une émulation incessante d'opérer le meilleur, ne perdant aucun temps où l'ennemi puisse trouver l'âme désoccupée, sans vigilance, sans aucun exercice et sans oeuvre de vertu. Avec cette sollicitude le poids de la nature terrestre s'allège, les passions et les mauvaises inclinations sont écrasées, le démon même devient craintif, l'esprit s'élève et il recouvre des forces contre la chair et un empire sur la partie inférieure et sensitive, l'assujettissant à la Volonté Divine.

8, 16, 694. Pour tout cela tu as un vivant Exemple dans mes oeuvres, afin que tu ne l'oublies point, écris-les comme je te le manifeste avec tant de Lumière que tu as reçue. Considère donc, ma très chère, tout ce qui t'est représenté dans ce Miroir: et si tu me connais et me confesses pour ta Maîtresse et ta Mère et la Maîtresse et la Mère de toute sainteté et de toute perfection véritables, ne tarde point à m'imiter et à me suivre. Il n'est pas possible que vous arriviez, ni toi ni aucune autre créature, à la perfection et à la hauteur de mes oeuvres; et le Seigneur n'oblige point à cela; mais il est très possible avec Sa grâce divine de remplir ta vie d'oeuvres de vertu et de sainteté et d'occuper tout ton temps et toutes tes puissances, ajoutant saints exercices à saints exercices, oraison à oraison, prières à prières et vertus à vertus, sans qu'aucun temps, aucun jour, aucune heure ne manque d'oeuvre bonne, comme tu sais que je le faisais. Pour cela j'ajoutais à ces oeuvres d'autres occupations que j'avais dans le gouvernement de l'Église; je célébrais tant de fêtes de la manière que tu as connue et écrite. En en achevant une, je commençais à me préparer pour une autre, de sorte que pas un instant de ma Vie ne demeurera vide d'oeuvres saintes et agréables au Seigneur. Tous les enfants de l'Église peuvent m'imiter en cela s'ils le veulent, et tu dois le faire plus
que tous, car pour cela l'Esprit-Saint a ordonnée les solennités et la mémoire de mon Très Saint Fils, les miennes et celles des autres Saints que l'Église célèbre.

8, 16, 695. Je veux que tu te signales beaucoup en toutes ces fêtes comme je te l'ai commandé d'autres fois, et surtout dans les Mystères de la Divinité et de l'Humanité de mon Très Saint Fils et en ceux de ma Vie et de ma gloire. Après cela je veux que tu aies une vénération et une affection particulières pour la nature angélique, tant pour sa grande excellence, sa sainteté, sa beauté et ses ministres que pour les grandes faveurs et les Bienfaits que tu as reçus par ces esprits célestes. Je veux que tu tâches de t'assimiler à eux dans la pureté de ton âme, dans la hauteur des saintes pensées, dans l'incendie de l'amour, et en vivant comme si tu n'avais point de corps terrestre, ni de passions. Ils doivent être tes amis et tes compagnons dans ton pèlerinage afin qu'ensuite ils le soient dans la Patrie. Ta conversation et ton entretien familier, doivent être maintenant avec eux; ils te manifesteront les conditions et les signes de ton Époux, te donneront une connaissance certaine de Ses Perfections, t'enseigneront les droits sentiers de la justice et de la paix, te défendront du démon et t'avertiront de ses tromperies; et ainsi tu apprendras les lois de l'Amour divin à l'école ordinaire de ces esprits et Ministres du Très-Haut. Écoute-les et obéis-leur en tout.

NOTES EXPLICATIVES

Extraites de celles de Don Creseto, à l'usage des prêtres.
8, 16, [a]. Livre 2, No. 626.
8, 16, [b]. Livre 6, No. 1522.
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Combat avec l'Archange Michel

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Message par sga Ven 8 Jan 2021 - 13:10

CHAPITRE 17


L'ambassade du Très-Haut qu'eut la Très Sainte Marie par l'Ange saint Gabriel, de ce qu'il lui restait trois ans de vie, et ce qui arriva avec cet avis du Ciel à saint Jean et à toutes les créatures de l'Univers.


8, 17, 696. Pour dire ce qui me reste des dernières années de la Vie de notre unique et divine Phénix la Très Sainte Marie, il est juste que le coeur et les yeux fournissent le liquide avec lequel je désire écrire des merveilles si douces, si tendres et si sensibles. Je voudrais prévenir les coeurs dévots des fidèles de ne point les lire et les considérer comme passées et absentes, puisque la Vertu puissante de la Foi rend les Vérités présentes; et si nous les regardons de près avec la piété et la dévotion Chrétiennes que nous devons avoir, sans doute nous en cueillerons le Fruit très suave, nous en sentirons les effets, et notre coeur jouira du bien que nos yeux ne perçoivent point.

8, 17, 697. La Très Sainte Marie arriva à l'âge de soixante-sept ans sans avoir interrompu sa carrière, ni détenu son vol, ni mitigé l'incendie de son amour et de ses mérites dès le premier instant de son Immaculée Conception [a], les Dons ineffables, les Bienfaits et les faveurs du Seigneur l'avaient toute déifiée et spiritualisée; les affections, les ardeurs et les désirs de son Coeur très chaste ne la laissaient point reposer hors du centre de son amour; les liens de la chair lui étaient violents; l'inclination et le poids de la Divinité même, pour l'unir à Soi avec un éternel et étroit lien était, à notre manière de concevoir, dans le souverain degré de Puissance, et la terre même ne pouvait déjà plus conserver ce Trésor des Cieux sans le restituer à son véritable Maître, indigne qu'elle était de l'avoir en soi, à cause des péchés des mortels. Le Père Éternel désirait Sa Fille unique et véritable; le Fils Sa Mère bien-aimée et chérie; l'Esprit-Saint désirait les embrassements de Sa très belle Épouse. Les Anges désiraient la vue de leur Reine; les Saints celle de leur grande Souveraine; et tous les Cieux avec des voix muettes demandaient leur Habitante et leur Impératrice, afin qu'Elle les remplît de sa joie, de sa gloire et de sa beauté. Seulement, en faveur du monde et de l'Église
était allégué la nécessité qu'Elle avait d'une Mère et une telle Maîtresse, et la Charité avec laquelle Dieu même aimait les misérables enfants d'Adam.

8, 17, 698. Mais comme il était inévitable qu'arrivât le terme de la carrière mortelle de notre Reine, il fut conféré, à notre manière de concevoir, dans le Consistoire divin, de l'ordre selon lequel devait être glorifiée la Bienheureuse Mère et de l'amour qui lui était dû à Elle seule, puisqu'Elle avait satisfait copieusement à la miséricorde envers les hommes dans les nombreuses années que l'Église l'avait eue pour sa Fondatrice et sa Maîtresse. Le Très-haut détermina de l'entretenir et de la consoler, lui donnant un avis certain de ce qui lui restait de vie afin qu'assurée du jour et de l'heure si désirée pour Elle, Elle attendît joyeusement le terme de son exil. Pour cela la Bienheureuse Trinité dépêcha le saint Archange Gabriel avec plusieurs autres Courtisans des hiérarchies célestes, afin d'annoncer à leur Reine quand et comment s'accomplirait le reste de sa Vie mortelle, et comment Elle passerait à la Vie Éternelle [b].

8, 17, 699. Le saint Prince descendit avec les autres à l'oratoire de la grande Dame dans le Cénacle de Jérusalem, où ils la trouvèrent prosternée en terre en forme de Croix, demandant miséricorde pour les pécheurs. Mais avec la musique et la présence des saints Anges, Elle se mit à genoux pour écouter et voir l'Ambassadeur du Ciel et ses compagnons, qui tous avec des vêtements blancs et resplendissants l'entouraient avec un agrément et une révérence admirables. Ils venaient tous avec des couronnes et des palmes dans les mains, chacune différente; mais toutes représentaient avec un prix et une beauté inestimables, diverses récompenses et diverses gloires de leur grande Souveraine. Le saint Ange la salua avec la salutation de "l'Ave Maria" [c] et poursuivant il dit: «Notre Impératrice et notre Reine, le Tout-Puissant, le Saint des Saints nous envoie de Sa Cour pour Vous annoncer de Sa part le terme très heureux de Votre pèlerinage et de Votre exil dans la vie mortelle. Désormais, Illustre Dame, arrivera bientôt le jour et l'heure si désirés où Vous recevrez par le moyen de la mort naturelle la possession éternelle de la Vie Immortelle que Vous espérez dans la Droite et la gloire de Votre Très Saint Fils, notre Dieu. Trois années exactes restent dès aujourd'hui, pour que Vous soyez élevée et reçue dans la joie interminable du Seigneur, où tous ses habitants Vous attendent et désirent Votre présence.»

8, 17, 700. La Très Sainte Marie entendit cette Ambassade avec une jubilation ineffable de son esprit très pur et très ardent, et se prosternant de nouveau en terre, Elle répondit aussi comme dans l'Incarnation du Verbe: «Ecce ancilla Domini, fiat mihi secundum verbum tuum; voici l'Esclave du Seigneur, que Votre parole se fasse en moi.» Elle demanda ensuite aux saints Anges, Ministres du Très-Haut de l'aider à rendre grâce pour ce Bienfait et ces nouvelles qui causaient tant de joie à son Altesse. L'Auguste Mère commença et les Séraphins et les Anges alternèrent les versets de ce cantique pendant deux heures continues. Et quoique par leur nature et leurs Dons surnaturels ces esprits angéliques sont si prompts, si sages et si élégants, néanmoins la divine Mère les surpassait tous en tout, comme une Reine et une Maîtresse surpasse ses vassaux; parce qu'en Elle la Sagesse et la grâce abondaient comme en une Maîtresse et en eux comme en des Disciples. Ce cantique étant achevé et s'étant humiliée de nouveau, Elle chargea les esprits sublimes de prier le Seigneur de la préparer pour passer de la vie mortelle à l'Éternelle et de demander la même chose de sa part aux autres Anges et aux Saints du Ciel. Ils lui promirent qu'en tout ils lui obéiraient et avec cela saint Gabriel partit et retourna au Ciel empirée avec toute sa Compagnie.

8, 17, 701. La grande Reine et Maîtresse de tout l'Univers demeura seule dans son oratoire; et au milieu de ses larmes de joie et d'humilité, Elle se prosterna et s'adressant à la terre et l'embrassant comme mère commune de tous, Elle dit ces paroles: «ÔTerre [d], je te rends les grâces que je dois, parce que tu m'as sustentée soixante-sept ans sans que je l'ai mérité. Tu es créature du Très-Haut, et par Sa Volonté tu m'as conservée jusqu'à présent. Je te prie de m'aider tout le temps qui me reste à être ton Habitante, afin que de même que de toi et en toi je fus créé; de toi et par toi j'arrive à la fin désirée de la vue de mon Auteur.» Elle se tourna aussi vers les autres créatures, et leur parlant, Elle dit: «Cieux, planètes, astres et éléments fabriqués par la Main puissante de mon Bien-Aimé, témoins fidèles et prédicateurs de Sa Grandeur et de Sa Beauté, vous aussi je vous remercie de ce que vous avez opéré par vos influences et votre vertu dans la conservation de ma vie; aidez-moi donc de nouveau dès aujourd'hui, afin que je l'améliore avec la Faveur divine dans l'intervalle qui manque à ma carrière afin d'être reconnaissante à mon Créateur et le vôtre.»

8, 17, 702. Le jour qu'arriva cette Ambassade, conformément aux paroles de l'Archange dut être dans le mois d'août, celui qui correspondait trois ans avant la glorieuse Transition de la Très Sainte Marie, dont je parlerai plus loin. Mais, dès l'heure qu'Elle reçut cet avis, Elle s'embrasa de nouveau dans la Flamme de l'Amour divin et Elle multiplia tous ses exercices comme si Elle avait eu quelque chose à réparer ou qu'Elle eût omis jusqu'à ce jour par négligence ou moins de ferveur. Le voyageur hâte le pas lorsque le jour s'achève et qu'il lui reste encore une grande partie du chemin; le travailleur et le mercenaire redouble les forces et l'effort quand arrive le soir et que sa tâche n'est pas achevée; aussi notre grande Reine hâtait le pas de ses oeuvres héroïques, non par crainte de la nuit ou du risque du voyage, ni pour arrive plus tôt, mais à cause de l'amour et des désirs de la Lumière Éternelle pour entrer plus riche et plus prospère dans la Joie perpétuelle du Seigneur. Elle écrivit ensuite aux Apôtres et aux disciples qui prêchaient, pour les encourager de nouveau dans la conversion du monde, et Elle répéta plusieurs fois cette sollicitude en ces trois dernières années. Elle fit de plus grandes démonstrations aux autres fidèles qu'Elle avait présents, les exhortant et les confirmant dans la Foi. Et quoiqu'Elle gardait son secret avec tous, néanmoins ses oeuvres étaient comme des annonces qu'Elle commençait déjà à partir et qu'Elle désirait les laisser tous riches, prospères et remplis de Bienfaits célestes.

8, 17, 703. Il y avait à l'égard de l'Évangéliste saint Jean différentes raisons qu'il n'y avait pas avec les autres; parce qu'Elle le regardait comme son fils et il l'assistait et la servait singulièrement entre tous. Pour cela il sembla bon à la grande Dame de lui donner notice de l'avis qu'Elle avait de sa mort; et après quelques jours Elle lui demanda la permission de lui parler, et avec cette permission Elle lui dit: «Vous savez déjà, mon fils et mon seigneur, que je suis la plus endettée entre les créatures du Très-Haut, et la plus obligée à la reconnaissance de Sa Divine Volonté; et si toutes les créatures dépendent de cette Volonté Sainte, Son bon plaisir doit être accompli entièrement en moi pour le temps et l'éternité; et vous, mon fils, vous devez m'aider en cela, comme celui qui connaît les titres par lesquels je suis toute à mon Dieu et mon Seigneur. Sa Bonté et Sa Miséricorde infinies m'ont manifesté que bientôt arrivera le terme de ma Vie mortelle pour passer à la Vie Eternelle. Il me reste trois ans pour achever mon exil depuis le jour que j'ai reçu cet avis. Je vous supplie, mon seigneur, de m'aider en ce temps si court, afin que je travaille à rendre au Très-Haut des actions de
grâces et quelque retour pour les immenses Bienfaits que j'ai reçus de Son Amour très libéral. Priez pour moi, comme je vous en supplie de l'intime de mon Âme.»

8, 17, 704. Ces paroles de la Bienheureuse Mère fendirent le coeur de saint Jean, et sans qu'il pût contenir sa douleur et ses larmes il lui répondit: «Ma Mère et ma Maîtresse je suis soumis à la Volonté du Seigneur et à la Vôtre pour obéir en ce que Vous me commandez, quoique mes mérites n'arrivent point à mon obligation et à mes désirs. Mais Vous, ô ma Très Pieuse Mère, protégez Votre pauvre fils qui se verra seul et orphelin privé de Votre désirable compagnie.» Saint Jean ne put ajouter d'autres raisons, opprimé par les sanglots et les larmes que sa douleur lui causait. Et quoique la Très Douce Reine l'anima et le consola par des raisons suaves et efficaces, néanmoins depuis ce jour le coeur du saint Apôtre demeura pénétré d'une flèche de douleur et de tristesse qui l'affaiblissait et il devint atténué de maigreur, comme il arrive aux fleurs que le soleil vivifie, s'il s'absente d'elles et s'il se cache; car l'ayant suivi et accompagné dans sa carrière, vers le soir elles s'abattent et s'attristent parce qu'elles le perdent de vue. Dans cette désolation de saint Jean, la Bienheureuse Mère lui fit plusieurs promesses affectueuses, afin qu'il ne défaillît point dans la vie, et Elle lui assura qu'Elle serait sa Mère et son Avocate auprès de son Très Saint Fils. L'Évangéliste rendit compte de cet événement à saint Jacques le Mineur, évêque de Jérusalem, qui assistait avec lui au service de l'Impératrice du monde comme saint Pierre l'avait ordonné et que j'ai dit en son lieu [e]; et les deux Apôtres demeurèrent prévenus dès lors et ils accompagnaient leur Reine plus fréquemment, spécialement l'Évangéliste qui ne pouvait s'éloigner de sa présence.

8, 17, 705. Or durant le cours de ces trois dernières années de la Vie de l'Auguste Mère de Dieu, le Pouvoir divin ordonna avec une force secrète et suave que tout le reste de la nature commença à sentir le pleur et à prévenir le deuil pour la mort de Celle qui par sa Vie donnait la beauté et la perfection à toutes les créatures. Les saints Apôtres quoique répandus dans le monde, commencèrent à sentir un nouveau souci qui attirait leur attention, avec des craintes pour le temps où leur manquerait leur Maîtresse et leur Refuge; parce que déjà la Lumière divine et cachée leur dictait que ce terme inévitable ne pouvait pas se laisser attendre longtemps. Les autres fidèles habitants de Jérusalem et voisins de la Palestine reconnaissaient en eux-mêmes comme un secret avis que leur Trésor et leur
allégresse ne durerait pas. Les cieux, les astres et les planètes perdirent beaucoup de leur allégresse et de leur beauté, comme le perd le jour à l'approche de la nuit. Les oiseaux du ciel firent une démonstration singulière de tristesse dans les deux dernières années; parce qu'il y en avait une grande multitude qui accouraient d'ordinaire où était la Très Sainte Marie; et entourant son oratoire avec des vols et des gestes extraordinaires, formaient au lieu de cantiques différentes voix tristes, comme se lamentant et gémissant avec douleur, jusqu'à ce que la même Reine leur commandât de louer leur Créateur avec leurs cantiques naturels et sonores. Saint Jean fut plusieurs fois témoin de cette merveille, et il les accompagnait dans leurs lamentations. Et peu de jours avant la Transition de la divine Mère, d'innombrables petits oiseaux accoururent auprès d'Elle, prosternant leurs petites têtes et leurs petits becs sur le sol et brisant leurs poitrines de leurs gémissements, comme s'ils s'en fussent séparés douloureusement pour toujours, et ils lui demandaient sa dernière [f] bénédiction.

8, 17, 706. Et non seulement les oiseaux de l'air firent ce pleur, mais il y avait jusqu'aux brutes animaux de la terre qui les y accompagnaient; car la grande Reine du Ciel sortant un jour pour visiter les Lieux Saints de notre Rédemption, selon sa coutume, en arrivant à la montagne du Calvaire Elle fut entourée par plusieurs bêtes des forêts qui de diverses montagnes étaient venues l'attendre; les unes se prosternaient en terre, d'autres baissaient la tête, et elles demeurèrent pendant quelques heures formant toutes de tristes gémissements et lui manifestant le chagrin qu'elles sentaient de ce que Celle qu'elles reconnaissaient pour leur Maîtresse et l'Honneur de tout l'Univers allait quitter la terre où elles vivaient. La plus grande merveille qui arriva dans le sentiment général et le changement de toutes les créatures fut que pendant six mois avant la mort de la Très Sainte Marie le soleil, la lune et les étoiles donnèrent moins de lumière qu'elles n'en avaient donné jusqu'alors aux mortels, et le jour de l'heureuse Transition ils s'éclipsèrent (Matt. 27: 45) comme il arriva à la Mort du Rédempteur du monde [g]. Et quoique plusieurs hommes sages et attentifs notèrent ces nouveautés et ce changement dans les globes célestes, tous en ignoraient la cause, et ils ne purent que s'étonner. Mais les Apôtres et les disciples qui assistèrent, comme je le dirai plus loin, à son heureuse et très douce mort connurent alors le sentiment de toute la nature insensible qui anticipa dignement son pleur tandis que la nature humaine et capable de raison ne sut pleurer la perte de sa Reine, de sa légitime Maîtresse, de sa beauté et de sa gloire véritable. Dans les autres créatures il semble que
s'accomplit la prophétie de Zacharie (Zach. 12: 10 et 12): qu'en ce jour la terre pleurerait et les familles de la maison de Dieu, une par une, chacun de son côté, se lamenteraient, et que ce pleur serait comme celui qui arrive à la mort d'un premier-né, sur qui tous ont coutume de pleurer. Ce que dit le Prophète du Fils Unique du Père et Premier-Né de Marie, notre Sauveur Jésus-Christ, devait aussi arriver à la mort de Sa Mère très Pure respectivement, étant la Première-Née et la Mère de la grâce et de la Vie. Et comme les vassaux fidèles et les serviteurs reconnaissants, non seulement se vêtent de deuil à la mort de leur Prince et de leur Reine mais encore qu'ils s'attristent dans leur danger, la douleur anticipant la perte; de même les créatures irraisonnables s'avancèrent dans le sentiment et les signes de tristesse lorsque s'approchait la Transition de la Très Sainte Marie.

8, 17, 707. L'Évangéliste les accompagna dans cette douleur et il fut le premier et le seul qui sentit cette perte au-dessus de tous les autres sans pouvoir la cacher et la dissimuler aux personnes qui traitaient plus familièrement avec lui dans la maison du Cénacle. Quelques-unes de cette famille, spécialement deux demoiselles filles du maître de la maison, qui assistaient beaucoup la Reine du monde et qui la servaient; ces personnes et quelques autres très dévotes remarquèrent la tristesse de l'Apôtre saint Jean et le virent plusieurs fois répandre beaucoup de larmes. Et comme elles connaissaient l'égalité si affable et si continue du Saint, il leur sembla que cette nouveauté supposait quelque événement de beaucoup de souci; et avec un pieux désir elles s'avancèrent quelquefois à l'interroger avec instance sur la cause de sa nouvelle tristesse, pour le servir en ce qui serait possible. Le saint Apôtre dissimulait sa douleur et il en cacha plusieurs fois la cause. Mais à cause des importunités de ses amis dévoués, par une disposition divine, il leur manifesta que l'heureuse Transition de sa Mère et Maîtresse s'approchait. L'Évangéliste nommait ainsi la Très Sainte Marie en son absence.

8, 17, 708. Par ce moyen, cette affliction qui menaçait l'Église commença à se divulguer et à être pleurée, quelque temps avant qu'elle arrivât, parmi quelques-uns des plus familiers de la grande Reine; parce qu'aucun de ceux qui arrivèrent à l'entendre ne put se contenir dans ses larmes et sa tristesse irréparable. Et dès lors ils fréquentaient beaucoup plus l'assistance et les visites de la Très Sainte Marie, se jetant à ses pieds, baisant le sol que ses pieds sacrés avaient foulé, lui demandant de les bénir et de les attirer après Elle, et de ne point les oublier dans la gloire du Seigneur où Elle emportait avec Elle tous les coeurs de ses serviteurs. Ce fut une grande Miséricorde et une Providence du Seigneur, que plusieurs fidèles de la primitive Église eussent cette connaissance si anticipée de la mort de leur Reine, parce qu'Il n'envoie point d'afflictions ni de maux à son peuple qu'Il ne les ait manifestés d'abord à Ses serviteurs, comme Il l'assura par Son Prophète Amos (Am. 3: 7). Et quoique cette tribulation fût inévitable pour les fidèles de ce siècle, la divine Clémence ordonna qu'en autant qu'il était possible la primitive Église compensât cette perte de sa Mère et sa Maîtresse, l'obligeant par ses larmes et sa douleur, afin que dans cet espace de temps qu'il lui restait de sa Vie, Elle les favorisât et les enrichît des Trésors de la grâce divine qu'Elle pouvait leur distribuer comme en étant la Maîtresse, pour les consoler de son départ; et c'est ce qui arriva; parce que les entrailles maternelles de la Bienheureuse Mère furent émues à une extrême pitié par les larmes de ces fidèles, et Elle obtint pour eux et pour tout le reste de l'Église, dans les derniers jours de sa Vie, de nouveaux Bienfaits et de nouvelles Miséricordes de son Très Saint Fils; et pour ne point priver l'Église de ces faveurs, le Seigneur ne voulut point leur ôter à l'improviste la divine Mère, en qui ils trouvaient refuge, consolation, joie, remède dans les nécessités, soulagement dans les travaux, conseil dans les doutes, santé dans les maladies, secours dans les afflictions, et tous les biens ensemble.

8, 17, 709. L'espérance de ceux qui cherchèrent la grâce dans Celle qui était la grande Mère de la grâce ne se trouva frustrée en aucun temps ni aucune occasion. Toujours Elle remédia et Elle secourut tous ceux qui ne résistèrent point à son amoureuse clémence. Mais dans les deux dernières années de sa Vie les merveilles qu'Elle fit au bénéfice des mortels ne peuvent être comptées ni estimées, à cause du grand concours de toutes sortes de gens qui la fréquentaient. Elle donna la santé de l'âme et du corps à tous les malades qui se présentèrent, Elle en convertit plusieurs à la Vérité de l'Évangile, Elle attira d'innombrables âmes à l'état de grâce et Elle les tira du péché. Elle remédia à de grandes nécessités des pauvres; donnant aux uns ce qu'Elle avait et ce qu'on lui offrait; en secourant d'autres par des moyens miraculeux. Elle les confirmait tous dans la crainte de Dieu, et comme Maîtresse et Trésorière unique des Richesses de la Divinité, de la Vie et de la Mort de son Très Saint Fils, Elle voulut les ouvrir avec une Miséricorde libérale avant sa mort, pour laisser enrichis ses enfants, les fidèles de l'Église de qui Elle s'absentait; et outre tout cela Elle les consola et les
anima par des promesses de les favoriser comme Elle nous favorise encore aujourd'hui, à la droite de son Fils.

DOCTRINE QUE ME DONNA LA GRANDE REINE DES ANGES.

8, 17, 710. Ma fille, il serait nécessaire de connaître le désir et la force de mon amour pour comprendre la joie que causa dans mon Âme l'avis du Seigneur de ce que s'approchait le terme de ma Vie mortelle, pour arriver à Le voir et à en jouir éternellement dans la gloire qu'Il me tenait préparée. Tout ce sacrement surpasse la capacité humaine et ce que les enfants de l'Église pourraient en comprendre; ils ne le méritent point ni ils ne s'en rendent capables, parce qu'ils ne s'appliquent point à la Lumière intérieure et à purifier leurs consciences pour les recevoir. Mon Très Saint Fils et moi nous avons été libéraux envers toi en cette miséricorde et en d'autres; et je t'assure, ma très chère, qu'ils seront très heureux les yeux qui verront ce que tu as vu, et qui entendront ce que tu as entendu. Garde ton trésor et ne le perds pas; travaille de toutes tes forces pour profiter du Fruit de cette Science et de ma Doctrine. Et je veux qu'une partie de ce Fruit soit de m'imiter en te disposant dès maintenant pour l'heure de la mort; puisque quand tu en aurais quelque certitude, tout intervalle devrait te paraître très court pour assurer l'affaire qui doit s'y conclure de la gloire ou de la peine éternelle. Aucune créature raisonnable n'eut la récompense aussi assurée que moi; et cette vérité étant si infaillible, l'avis de ma mort me fut donné trois ans auparavant: avec tout cela tu as connu que je me disposai et me préparai comme créature mortelle et terrestre, avec la sainte crainte que l'on doit avoir en cette heure. Et en cela je fis ce qui me touchait en autant que j'étais mortelle et Maîtresse de l'Église, où je donnais l'exemple de ce que les autres fidèles doivent faire comme mortels et plus nécessiteux de cette préparation pour ne point tomber dans la damnation éternelle.

8, 17, 711. Parmi les absurdités et les faussetés que les démons ont introduites dans le monde, aucune n'est plus grande ni plus pernicieuse que d'oublier l'heure de la mort et ce qui doit leur arriver dans le juste jugement du Juge rigoureux. Considère, ma fille, que par cette porte le péché entra dans le
monde, puisque la principale chose que le serpent persuada à la première femme fut qu'elle ne mourrait point (Gen. 3: 4) ni qu'elle parlât de cela. Et avec cette erreur continuée, un nombre infini d'insensés vivent sans se souvenir, et ils meurent dans l'oubli du malheureux sort qui les attend. Afin que cette perversité humaine ne t'atteigne point, dès maintenant je t'avertis que tu dois mourir inévitablement; que tu as reçu beaucoup et peu payé; que le compte sera d'autant plus rigide que le Juge suprême a été plus libéral dans les Dons et les talents qu'Il t'a donnés et dans l'attente qu'Il a eue. Je ne veux de toi ni plus ni moins que ce que tu dois à ton Seigneur et ton Époux, qui est d'opérer toujours le meilleur en tout lieu, en tout temps et en toute occasion, sans admettre de négligence, d'intervalle ni d'oubli.

8, 17, 712. Et si comme faible tu avais quelque omission ou quelque négligence, que le soleil ne se couche point et que le jour ne se passe point sans t'en repentir et t'en confesser, si tu le peux, comme pour le dernier compte. Et proposant de t'amender, quand ce ne serait qu'une faute très légère, tu commenceras à travailler avec de nouvelles ferveurs et de nouveaux soins, comme celle pour qui le temps achève de poursuivre une entreprise si ardue et si laborieuse qui est d'obtenir la gloire et la Félicité Éternelle et ne point tomber dans la mort et les tourments sans fin. Tel doit être l'emploi continuel de toutes tes puissances et de tous tes sens, afin que ton espérance soit certaine et accompagnée d'allégresse (2 Cor. 1: 7); afin que tu ne travailles pas en vain (Phil. 2: 16), ni que tu coures à l'incertain (1 Cor. 9: 26), comme courent ceux que se contentent avec quelques bonnes oeuvres et qui en commettent beaucoup de laides et de répréhensibles. Ceux-là ne peuvent cheminer avec la sécurité et la joie intérieure de l'espérance; parce que la conscience même les décourage et les attriste, si ce n'est quand ils vivent oublieux et avec la folle allégresse de la chair. Pour remplir toutes tes oeuvres continue les exercices que je t'ai enseignés et aussi celui que tu as accoutumé de la mort, avec toutes les oraisons, les prosternations et les recommandations de l'âme que tu as coutume de faire. Et ensuite reçois mentalement le viatique comme devant partir pour l'autre Vie et quitte la présente en oubliant tout ce qu'il y a en elle. Embrase ton coeur de désirs de voir Dieu, et monte jusqu'en Sa Présence où doit être ta demeure et maintenant ta conversation (Phil. 3: 20).

NOTES EXPLICATIVES
Extraites de celles de Don Creseto, à l'usage des prêtres.

8, 17, [a]. Les théologiens avec le Docteur saint Alphonse enseignent qu'à tous les instants de sa Vie la Très Sainte Vierge allait en doublant son mérite et sa grâce. Voir "Les Gloires de Marie", discours sur la Nativité de Marie.
8, 17, [b]. Le savant Rutilius Benzoni, dans son exposition du Psaume 86, c. 23, écrit: «A sa mort la Très Sainte Vierge fut décorée par son Fils de plusieurs privilèges.» Métaphraste [in oratione de Virgine] et Nicéphore [lib. 2, his. cap. 21] écrivent «qu'un Ange révéla à la Vierge le jour de sa mort et lui apporta une palme.»
8, 17, [c]. Cette salutation de la Vierge lui plaît beaucoup, elle déplaît aux démons et elle est très avantageuse aux hommes. Elle plaît beaucoup non seulement à Marie; mais à tous les Choeurs célestes, parce que selon saint Bernard, lorsque nous la disons dévotement, le Ciel sourit, les Anges se réjouissent, les démons s'enfuient, l'enfer tremble et cela chaque fois que nous disons "l'Ave" avec révérence. C'est pour toi, ô Vierge Marie, comme de t'imprimer un baiser que de te faire entendre ce petit verset "Ave Maria": «Chaque fois tu la baises, lorsque tu la salues par l'Ave. Toties enim oscularis, quoties per Ave salutaris.» [Cornelius Snekes].
8, 17, [d]. Les paroles suivantes que la Vénérable Historienne met dans la bouche de la Très Sainte Vierge n'ont rien que de bien conforme à la Sainte Écriture. Le saint roi David parlait bien souvent aux créatures insensibles comme si elles eussent été raisonnables, disant par exemple: «Louez-Le soleil et lune, louez-Le tous étoiles et lumière. De la terre louez le Seigneur, vous dragons et abîmes. Feu, neige, glaces, esprit des tempêtes, etc.» Et pareillement les trois enfants dans la fournaise de Babylone.
C'est pourquoi lorsqu'une âme est envahie par l'Esprit de dieu et enivrée de l'Amour divin, elle se trouve tellement transformée en Dieu qu'elle voit toutes les créatures en Dieu et elle voit Dieu en toutes les créatures: ainsi ne sachant comment s'exprimer ni comment contenir sa propre jubilation qui, au dire de saint Grégoire-le-Grand, ne peut être cachée, ni être exprimée par des paroles, s'exprime le mieux qu'elle peut; et ainsi elle prie Dieu dans les créatures. C'est l'état de "jubilation mystique" décrite par le même saint Grégoire, [Moral. lib. 24, c. 6, n. 10]. Sainte Marie Magdeleine de Pazzi se trouvant ainsi dans cet état, embrassait les murs de sa cellule et disait: «Je vous remercie, ô saints murs, parce que vous me séparez de tant de dangers du monde.» Et ainsi d'autres Saints, justement comme la Vénérable d'Agreda le raconte de la Très Sainte Vierge. Et la Très Sainte Elle-même révéla à sainte Élisabeth duchesse de Hongrie ce qui suit:
«J'étais biens souvent transportée par les Anges jusqu'au trône de Dieu, et là je goûtais tant de joie, de douceur et de consolation que je ne me rappelais plus même d'être née au monde. J'étais en outre si familière avec Dieu et avec les Anges, qu'il me semblait avoir toujours vécu avec cette Cour céleste. Puis quand il plaisait à Dieu le Père, les Anges me reportaient au lieu où je m'étais mise n prière. Alors, quand je me retrouvais de nouveau sur la terre et que je me ressouvenais où j'avais été, cette ressouvenance m'enflammait d'un tel amour de Dieu que j'embrassais la terre, les pierres, les arbres et toutes les choses créées à cause de l'affection extraordinaire que j'avais pour leur Créateur.» Vie de Sainte Élisabeth [par le comte de Montalembert, c. 19].
8, 17, [e]. Livre 7, No. 230.
8, 17, [f]. «Nous avons parlé ailleurs de l'empire que la Très Sainte Vierge avait sur les animaux et sur la nature entière. Cet empire lui convenait à raison de son innocence, et parce qu'étant Mère de Dieu, Elle était par cela même Reine de l'Univers entier. Destinée de toute éternité à cette Maternité divine et par conséquent à cette dignité de Reine incommunicable à toute autre créature, il s'en suit que tout ce qu'il y avait de créé dans le Ciel et sur la terre fut destiné à son tour au service de cette Reine incomparable; que toutes fussent soumises à son obéissance, que toutes fussent mises à sa disposition et que chaque créature en particulier la reconnût pour sa Reine. Le Roi de l'Univers ayant choisi la Très
Sainte Vierge pour Sa Mère, devait naturellement la constituer Reine de tout ce qui était soumis à Son empire et Il devait mettre en même temps dans les créatures inférieures à l'homme, un certain instinct qui les portât à reconnaître cette souveraineté de Marie, comme Il l'avait fait à l'égard d'Adam innocent dans le Paradis terrestre. Cet ordre que Dieu avait établi dans le commencement du monde fut détruit par le péché du premier homme; Dieu a pu le rétablir à l'égard de Celle qui surpasse Adam même dans l'innocence, et qui est Reine de la création par un titre bien plus auguste que celui qu'avait eu Adam. Dieu a pu le faire ainsi, et il convenait qu'Il le fît, donc Il l'a fait: "decuit, potuit, ergo fecit". Et c'est pour cela que les créatures qui surent reconnaître en Jésus-Christ leur Roi, au moment de Sa Mort, doivent aussi avoir su reconnaître leur Reine en Marie, quand Elle était pour abandonner ce monde et pour entrer en la possession de sa gloire.» Le Père Séraphin, Grandeurs et Apostolat de Marie, [12e p. c. VII, n. 99, note].
8, 17, [g]. «Ce dont Dieu Se servit à la Mort de Son Très Saint Fils pour une des preuves de Sa Divinité put se renouveler très convenablement à la Mort de la Très Sainte Marie pour constater la Maternité divine de Sa Mère. Et si Dieu commença à faire des prodiges dès la Naissance de Sa Mère et s'Il la continua durant toute sa Vie, qu'Y a-t-il de surprenant que pour honorer sa Mort le soleil se soit aussi éclipsé comme nouveau et dernier prodige.» Le Père Séraphin, ibid.
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Message par sga Ven 15 Jan 2021 - 13:57

CHAPITRE 18


Comment s'accrurent dans les dernières années de Marie les vols et les désirs de voir Dieu; Elle prend congé des Lieux Saints et de l'Église Catholique, Elle ordonne son Testament, la Très Sainte Trinité l'aidant.


8, 18, 713. Je me trouve plus pauvre de raisons et de paroles dans la plus grande nécessité pour dire quelque chose de l'état où arriva l'amour de la Très Sainte Marie dans les derniers jours de sa Vie, les impétuosités et les vols de son très Pur esprit, les désirs et les anxiétés incomparables d'arriver à l'étroit embrassement de la Divinité. Je ne trouve point de similitude juste dans toute la nature; et si quelque élément peut servir pour mon sujet, c'est celui du feu à cause de la correspondance qu'il a avec l'amour. L'activité et la force de cet élément est admirable au-dessus de tous; aucun n'est plus impatient que lui de souffrir les empêchements; parce que ou il y meurt, ou il les détruit pour voler avec une souveraine légèreté à sa propre sphère. S'il se trouve emprisonné dans les entrailles de la terre, il la rompt, il divise les montagnes, il arrache les cailloux et avec une violence souveraine il les rejette ou il les ôte de devant sa face et il les lance aussi loin que dure l'impétuosité qu'il leur imprime. Et quoique la prison soit de bronze, s'il ne la rompt, au moins il en ouvre les portes avec une épouvantable violence et à la terreur de ceux qui sont proches, et par elles il lance le globe de métal qui l'empêche avec tant de violence, comme l'expérience l'enseigne. Telle est la nature de cette créature insensible.

8, 18, 714. Mais si dans le Coeur de la Très Sainte Marie l'élément du Feu de l'Amour divin était à son plus haut degré, je ne puis m'exprimer avec d'autres termes, il est clair que les effets devaient correspondre à la cause, et ceux-là ne devaient pas être plus admirables dans l'ordre de la nature que ceux-ci dans celui de la grâce, et d'une grâce si immense. Toujours notre grande Reine fut étrangère au monde dans son corps mortel et un Phénix unique sur la terre; mais lorsqu'Elle était déjà pour partir pour le Ciel et assurée de l'heureux terme de son pèlerinage, quoique son corps Virginal demeurât sur la terre, la flamme de son très Pur esprit s'élevait jusqu'à sa sphère qui était la Divinité même, avec les vols d'une très grande vélocité. Elle ne pouvait tenir ni contenir les impétuosités de son Coeur; Elle ne paraissait point être l'arbitre de ses mouvements intérieurs, ni avoir le domaine de la volonté sur eux; parce qu'Elle avait livré toute sa liberté à l'empire de l'Amour et aux désirs de la possession qu'Elle attendait du Souverain Bien, en qui Elle vivait transformée et dans l'oubli de la mortalité terrestre. Elle ne rompait point ses liens; parce qu'ils lui étaient conservés plus miraculeusement que naturellement; Elle n'élevait point avec Elle son corps mortel et pesant, parce que le temps non plus n'était pas arrivé, quoique la force de l'esprit et de l'amour eût pu le ravir après Elle. Mais dans cette lutte douce et contentieuse toutes les opérations vitales de la nature lui étaient suspendues, de manière qu'il semblait que cette Âme si déifiée ne reçût la Vie que de l'Amour divine; et afin que la Vie naturelle ne fût point consumée, il était nécessaire qu'Elle lui fût miraculeusement conservée, et qu'une autre cause supérieure intervînt pour la vivifier et l'empêcher de se résoudre à chaque instant [a].

8, 18, 715. Il lui arriva plusieurs fois dans ces derniers jours que pour donner quelque liberté à ces violences, retirée seule Elle rompait le silence afin que son Coeur ne se brisât point et parlant avec le Seigneur Elle disait: «Mon très doux Amour, Bien et Trésor de mon Âme, attirez-moi après l'odeur (Cant. 1: 3) de Vos parfums que Vous avez donnés à goûter à Votre Servante et Votre Mère Pèlerine en ce monde. Ma volonté fut toujours toute employée en Vous, qui êtes la Souveraine Vérité et mon véritable Bien; je ne sus jamais aimer hors de Vous aucune chose. O mon unique Espérance et ma gloire! Que ma carrière ne se prolonge pas, que le terme de ma liberté désirée ne s'étende pas. Déliez désormais les chaînes de la mortalité (Ps. 141: Cool qui me retiennent; que le terme s'accomplisse et qu'arrive la fin où je chemine depuis le premier instant où je reçus de Vous l'être que j'ai. Mon séjour (Ps. 119: 5) s'est prolongé parmi les habitants de Cedar; mais toute la force de mon Âme et ses puissances regardent le Soleil qui leur donne la Vie, suivent le Nord fixe qui les dirige et défaillent sans la possession du Bien qu'elles attendent. O esprits souverains, mes amis, par la très noble condition de votre nature spirituelle et angélique, par la fortune dont vous jouissez de la vue et de la beauté de mon Bien-Aimé, dont vous n'êtes jamais privés, je vous demande d'avoir pitié de moi. Plaignez cette étrangère entre les enfants d'Adam, captive dans les liens de la chair. Dites à votre Maître et le mien la cause de ma souffrance (Cant. 5: Cool qu'Il n'ignore point; dites-Lui que pour Son Agrément j'embrasse la souffrance dans mon exil, et même je la veux: mais je ne peux vouloir vivre en moi; et si je vis en Lui pour vivre, comment pourrai-je vivre en l'absence de ma Vie? L'Amour me la donne et me l'ôte. La vie ne peut vivre sans Amour; comment donc vivrai-je sans la Vie que j'aime uniquement? Je me sens défaillir en cette douce violence; rapportez-moi de grâce les conditions de mon Bien-Aimé, que les défaillances de mon amour impatient soient confortées par ces fleurs (Cant. 2: 5) aromatiques.»

8, 18, 716. Avec ces raisons et d'autres plus senties la Bienheureuse Mère accompagnait les feux de son esprit enflammé, avec l'admiration et la joie des saints Anges qui l'assistaient et la servaient. Et comme intelligences si attentives et si remplies de la Science divine, en une de ces occasions, elles répondirent à ses
désirs avec les raisons suivantes: «Notre Reine et notre Dame, si Vous voulez de nouveau entendre les signes que nous connaissons de Votre Bien-Aimé, sachez qu'Il est la Beauté même, et qu'Il renferme en Lui toutes les Perfections qui excèdent le désir. Il est Aimable sans défaut, Délectable sans égal, Agréable sans soupçon. En Sagesse inestimable, en Bonté sans mesure, en Puissance sans terme, en l'Être immense, en la Grandeur incomparable, en la Majesté inaccessible, et tout ce qu'Il contient en Soi de Perfections est infini. En Ses Jugements terrible (Ps. 65: 5), en Ses Conseils inscrutable (Rom. 11: 33), en la Justice très droit (Ps. 118: 137), en Pensées très secret, en Ses Paroles véritable (Ps. 144: 13), en Ses Oeuvres Saint, et en Miséricorde riche (Éph. 2: 4). L'espace ne Lui donne point d'ampleur, l'étroitesse de limite, ce qui est triste ne le trouble point, ce qui est joyeux ne l'altère point, Il ne se trompe point dans Sa Sagesse, Il ne change (Jac. 1: 17) point dans Sa Volonté, l'abondance ne Lui donne point d'accroissement, ni la nécessité de diminution, la mémoire ne lui ajoute rien et l'oubli ne lui ôte rien; ce qui a été n'est pas passé pour Lui, le futur ne Lui arrive point, l'origine ne donne point de commencement à Son Être, et le temps ne Lui donne point de fin. Sans qu'il y ait de cause qui Lui ait donné principe, il l'a donné à toutes les choses (Eccli. 18: 1), non parce qu'Il avait besoin de quelqu'une (2 Mach. 14: 35), mais toutes ont besoin de Sa Participation; Il les conserve sans travail, Il les gouverne sans confusion. Qui Le suit ne marche point dans les ténèbres (Jean 8: 12), qui Le connaît est fortuné, qui L'aime et L'acquiert est bienheureux; parce qu'Il exalte Ses amis, et à la fin Il les glorifie par Sa Vue et Sa Compagnie éternelles (Jean 17: 3). Tel est, Madame, le Bien que Vous aimez et des embrassements de Qui Vous jouirez bientôt pour ne les point quitter pendant toute Son Éternité» Jusqu'ici parlèrent les anges.

8, 18, 717. Ces colloques se répétaient fréquemment entre la grande Reine et ses ministres. Mais comme celui qui est altéré par une fièvre ardente ne sent pas sa soif apaisée mais au contraire allumée par quelques petites gouttes d'eau; ces calmants non plus ne mitigeaient point la flamme de l'Amour divin dans la Très Aimante Mère, parce qu'ils renouvelaient dans son Coeur la cause de sa maladie. Et quoique se continuassent dans ces derniers jours de sa Vie les faveurs que j'ai déjà écrites des fêtes qu'Elle célébrait et celles qu'Elle recevait tous les dimanches et tant d'autres qu'il n'est pas possible de rapporter; néanmoins pour l'entretenir et l'apaiser au milieu de ses angoisses amoureuses, son Très Saint Fils la visitait personnellement avec plus de fréquence qu'Il ne l'avait fait jusqu'alors.
Dans ces visites Il la récréait et la confortait par des faveurs et des caresses admirables, et Il l'assurait de nouveau que son exil serait court, qu'Il l'amènerait à Sa droite où Elle serait colloquée sur Son trône Royal par le Père et l'Esprit-Saint et absorbée dans l'abîme de Sa Divinité; et que ce serait une nouvelle joie pour les Saints, que tous l'attendaient et la désiraient. Et en ces occasions la Pieuse Mère multipliait les demandes et les oraisons pour la Sainte Église, pour les Apôtres et les disciples et tous les ministres qui dans les siècles futurs la servaient dans la prédication de l'Évangile et la conversion du monde, et afin que tous les mortels le reçussent et arrivassent à la connaissance de la Vérité divine.

8, 18, 718. Parmi les merveilles que fit le Seigneur à l'égard de la Bienheureuse Mère dans ces dernières années, l'une fut manifeste non seulement à l'Évangéliste saint Jean, mais à plusieurs fidèles. Ce fut que lorsque l'Auguste Reine communiait Elle demeurait pendant quelques heures remplie d'une splendeur et d'une clarté si admirables, qu'Elle semblait être transfigurée et avec des Dons de gloire. Cet effet lui était communiqué par le Corps Sacré de son Très Saint Fils, qui Se manifestait à Elle transfiguré et plus glorieux que sur le mont Thabor, comme je l'ai déjà dit [b]. Et tous ceux qui la regardaient ainsi demeuraient remplis de joie et d'effets si divins qu'ils pouvaient plus les ressentir que les expliquer.

8, 18, 719. La Pieuse Reine détermina de prendre congé des Lieux Saints avant son départ pour le Ciel, et demandant permission à saint Jean, Elle sorti de la maison en sa compagnie et en celle des mille Anges qui l'assistaient. Et quoique ces augustes Princes la servissent toujours et l'accompagnassent en toutes ses voies, ses occupations et ses voyages, sans l'avoir laissée un moment seule depuis l'instant de sa Naissance, néanmoins dans cette occasion ils se manifestèrent à Elle avec une beauté et un éclat plus grands, participant alors à la nouvelle joie de ce qu'ils étaient déjà sur leur départ. Et la divine Princesse, quittant les occupations humaines pour cheminer à sa propre et véritable Patrie, visita tous les Lieux de notre Rédemption, prenant congé de chacun avec des larmes douces et abondantes, des souvenirs douloureux de ce que son fils y avait souffert des effets admirables et des opérations ferventes, des clameurs et des prières pour tous les fidèles qui s'approcheraient avec dévotion et révérence de ces Lieux Sacrés dans tous les siècles futurs de l'Église. Sur le mont Calvaire Elle s'arrêta plus longtemps, demandant à son Très Saint Fils l'efficacité de la Mort qu'il avait soufferte et de la Rédemption qu'Il avait opérée en ce lieu pour toutes les âmes rachetées. Et en cette oraison Elle s'enflamma tellement dans l'ardeur de son ineffable Charité qu'Elle eût consumé là sa Vie mortelle, si Elle n'en eût été préservée par la Vertu divine.

8, 18, 720. Son Très Saint Fils descendit aussitôt du Ciel en Personne, et Se manifesta à Elle en ce Lieu où Il était Mort. Et répondant à ses demandes, Il lui dit: «Ma Mère, Ma Colombe, Ma Bien-Aimée et Ma Coadjutrice dans l'Oeuvre de la Rédemption des hommes, vos désirs et vos pétitions sont arrivées à Mes oreilles et à Mon Coeur; Je vous promets que Je serai très libéral envers les hommes, et que je leur donnerai des faveurs et des secours continuels de ma grâce afin qu'avec leur volonté libre ils méritent en vertu de Mon Sang la gloire que Je leur ai préparée, s'ils ne la méprisent pas eux-mêmes. Dans le Ciel vous serez leur Médiatrice et leur Avocate; et tous ceux qui gagneront votre intercession Je les remplirai de Mes Trésors et de Mes Miséricordes infinies.» Notre Sauveur Jésus-Christ renouvela cette promesse dans le Lieu même où Il nous racheta. Et la Bienheureuse Mère prosternée à Ses pieds Lui en rendit grâces, et Elle Lui demanda que dans ce même Lieu consacré par Son Sang Précieux et Sa Mort Il lui donnât Sa dernière bénédiction. Sa Majesté la lui donna et lui ratifia Sa Royale Parole en tout ce qu'Il lui avait promis, et Il s'en retourna à la droite de Son Père Éternel. La Très Sainte Marie demeura conforté dans ses angoisses amoureuses, et poursuivant avec sa religieuse piété, Elle baisa la terre du Calvaire, et Elle l'adora disant: «Terre Sainte et Lieu Sacré, je te regarderai du Ciel avec la vénération que je te dois en cette Lumière où tout est manifesté dans sa propre Fontaine et Origine d'où sortit le Verbe Divin qui en chair mortelle vous a enrichie.» Elle chargea de nouveau les saints Anges qui assistaient à la garde de ces Saints Lieux d'aider par de saintes inspirations les fidèles qui les visiteraient avec vénération, afin qu'ils connussent et estimassent l'admirable Bienfait de la Rédemption qui s'était opéré en eux. Elle leur recommanda aussi la défense de ces Sanctuaires; et si la témérité et les péchés des hommes n'avaient point démérité d'avoir cette faveur, sans doute les saints Anges les eussent défendus et les infidèles et les païens ne les eussent pas profanés; et ils les défendent en plusieurs choses jusqu'aujourd'hui.

8, 18, 721. La Reine demanda aussi aux même Anges des Saints Lieux et à l'Évangéliste de lui donner là la bénédiction en ce dernier adieu; et Elle retourna à son oratoire remplie de larmes d'attendrissement au sujet de ce qu'Elle aimait si tendrement sur la terre. Elle se prosterna ensuite et Elle colla son front dans la poussière, où Elle fit une autre longue et très fervente oraison pour l'Église; et Elle y persévéra jusqu'à ce que par la vision abstractive de la Divinité le Seigneur lui donnât réponse de ce que ses pétitions étaient entendues et concédées au tribunal de Sa Clémence. Et pour donner en tout la plénitude de sainteté à ses oeuvres, Elle demanda permission au Seigneur de prendre congé de la Sainte Église, et Elle dit: «Ô Très-Haut et mon Souverain Bien, Rédempteur du Monde, Chef des Saints et des prédestinés, Justificateur et Glorificateur des âmes, je suis Fille de la Sainte Église acquise et plantée par Votre Sang: donnez-moi permission, Seigneur, de prendre congé d'une si pieuse Mère et de tous les frères Vos enfants que j'ai en elle.» Elle connut en cela le bon plaisir de son Très Saint Fils, et se tournant vers le Corps de la Sainte Église Elle lui parla avec de douces larmes de cette manière:

8, 18, 722. «Église Sainte et Catholique, qui dans les siècles futurs sera appelée romaine, ma Mère et ma Maîtresse, Trésor véritable de mon Âme, tu as été l'unique consolation de mon exil; tu es le refuge et le soulagement de mes travaux; tu es ma récréation, mon allégresse, mon espérance; tu m'as conservée dans ma carrière; en toi j'ai vécu Pèlerine de ma Patrie, et tu m'as soutenue après que j'eus reçu en toi l'être de grâce, par ton Chef et le mien, Jésus-Christ, mon Fils et mon Seigneur. En toi sont les Trésors et les Richesses de Ses Mérites infinis; tu es pour Ses fidèles enfants le transit assuré de la terre promise, et tu leur assures leur périlleuse et difficile pérégrination. Tu es la Maîtresse des Nations, à qui tous doivent révérence; et toi sont les riches Joyaux de prix inestimables: les angoisses, les travaux, les affronts, les sueurs, les tourments, la Croix, la Mort; tous consacrés par la Mort de mon Seigneur, ton Père, ton Maître et ton Chef, et réservés pour Ses plus grands serviteurs et Ses amis très chers. Tu m'as ornée de tes Joyaux pour entrer aux noces de l'Époux: tu m'as enrichie, consolée et rendue prospère, et tu as en toi-même ton Auteur Sacramenté. O Mère fortunée, mon Église Militante, tu es riche et abondante en Trésors. En toi j'eus toujours tout mon Coeur et mes soins; mais il est temps désormais de partir et de me séparer de ta douce compagnie pour arriver à la fin de ma carrière. Applique-moi l'efficacité de tant de Biens; baigne-moi copieusement de la Liqueur Sacrée du Sang de l'Agneau déposé en toi et Puissant pour sanctifier plusieurs mondes. Je voudrais au prix de mille vies rendre tiennes toutes les nations et les générations des mortels, afin qu'elles jouissent de tes Trésors. Ô mon Église, mon honneur et ma gloire! je te quitte dans la vie mortelle; mais dans la Vie Éternelle je te trouverai joyeuse dans cet Être où tout est renfermé. De là je te regarderai avec tendresse, et je demanderai toujours tes accroissements, tes progrès et en tout ton heureuse réussite.»

8, 18, 723. Tels furent les adieux que la Très Sainte Marie fit au Corps mystique de la Sainte Église romaine, Mère des fidèles pour leur enseigner, quand ils arriveront à leur connaissance, la vénération, l'amour et l'appréciation en laquelle Elle la tenait, le témoignant par de si douces larmes et tant de tendresses. Après ces adieux la grande Dame détermina, comme Mère de la Sagesse de disposer son Testament et sa dernière volonté. Et manifestant au Seigneur ce très prudent désir, Sa Majesté même voulut l'autoriser par Sa royal Présence. Pour cela la Bienheureuse Trinité descendit à l'oratoire de Sa Fille et Son Épouse, avec des milliers d'Anges qui assistaient au trône de la Divinité; et aussitôt que la Religieuse Mère eût adoré l'Être de Dieu infini, il sortit une Voix du trône qui lui disait: «Notre Épouse et Notre Élue, ordonne ta dernière volonté comme tu le désires, car Nous l'accomplirons toute et Nous la confirmerons de Notre Pouvoir infini.» La Très Prudente Mère se retint un peu dans sa profonde humilité, parce qu'Elle désirait savoir d'abord la Volonté du Très-Haut, avant que de manifester la sienne propre. Et le même Seigneur lui répondit à ce désir et à cette timidité, et la Personne du Père lui dit: «Ma Fille, ta volonté sera de Mon bon plaisir et de Mon Agrément; ne te prive point du mérite de tes Oeuvres en ordonnant ton Âme pour le départ de la vie mortelle; car Je satisferai à tes désirs.» Le Fils et l'Esprit-Saint confirmèrent la même chose. Et avec cette promesse la Très Sainte Marie ordonna son Testament en cette forme:

8, 18, 724. «Très Haut Seigneur et Dieu véritable, moi vil vermisseau de terre, je Vous confesse et je Vous adore avec toute la révérence de l'intime de mon Âme, Père, Fils et Esprit-Saint, trois Personnes distinctes en un même Être Indivisé et Éternel, une Substance, une Majesté infinie en Attributs et en Perfections. Je Vous confesse pour Unique, Véritable, seule Créateur et Conservateur de tout ce qui a l'être. Et en Votre royal Présence je déclare et je dis que ma dernière volonté est ceci: Des biens de la vie mortelle et du monde dans
lequel je vis je n'ai rien à laisser; parce que je n'ai jamais possédé ni aimé autre chose hors de Vous, qui êtes mon Bien et mon Héritage. Je rends grâces aux cieux, aux astres, aux étoiles et aux planètes, aux éléments et à toutes leurs créatures; parce qu'en obéissant à Votre Volonté ils m'ont sustentée sans que je l'aie mérité, et je désire avec affection de mon âme et je leur demande de Vous servir et de Vous louer dans les offices et les ministères que Vous leur avez ordonnés, et qu'ils sustentent et bénéficient mes frères les hommes. Et afin qu'ils le fassent mieux, je cède et je transporte aux mêmes hommes la possession, et, en autant qu'il est possible, le domaine que Votre Majesté m'a donné de toutes ses créatures irraisonnables, afin qu'elles servent à mon prochain et qu'elles les sustentent. Je laisserai à Jean deux tuniques et un manteau dont j'ai usé pour me couvrir afin qu'il en dispose, puisque je l'ai en lieu de fils. Je demande à la terre de recevoir mon Corps en Votre service, puisqu'elle est la mère commune et qu'elle Vous sert comme Votre ouvrage. Mon Dieu, je remets entre vos Mains mon Âme dépouillée de mon Corps et de tout le visible, afin qu'elle Vous aime et Vous exalte pendant toute Votre Éternité. Je laisse la Sainte Église héritière universelle de mes Mérites et des Trésors que j'ai acquis par Votre grâce divine ainsi que mes Oeuvres et mes travaux. Je les dépose avec Votre permission et je voudrais qu'ils fussent beaucoup plus grands. Et je désire qu'ils soient en premier lieu pour l'exaltation de Votre Saint Nom, afin que toujours votre Sainte Volonté se fasse sur la terre comme au Ciel, et que toutes les nations viennent à la connaissance, à l'amour, au culte et à la vénération du Dieu Véritable qui est Vous-mêmes.»

8, 18, 725. «En second lieu je Vous les offre pour mes seigneurs les Apôtres et les prêtres, présents et futurs, afin que Votre Clémence ineffable les rendent ministres idoines et dignes de leur office et de leur état, avec toute sagesse, vertu et sainteté, avec quoi ils édifient et sanctifient les âmes rachetées de Votre Sang. En troisième lieu je les applique pour le bien spirituel de mes dévots qui me serviront, qui m'invoqueront et m'appelleront, afin qu'ils reçoivent Votre grâce et Votre protection, et ensuite la Vie Éternelle. En quatrième lieu je désire que Vous soyez incliné à faire miséricorde par mes travaux et mes services pour tous les pécheurs enfants d'Adam, afin qu'ils sortent du malheureux état du péché. Et dès cette heure je propose et veux prier toujours pour eux en Votre Présence divine tant que le monde durera. Telle est, mon Seigneur et mon Dieu, ma dernière volonté soumise toujours à la Vôtre.» La Reine conclut ce Testament, et la Très Sainte Trinité le confirma et l'approuva; et notre Rédempteur Jésus-Christ l'autorisant en tout, le signa, écrivant dans le Coeur de Sa Mère ces Paroles: «Qu'il soit fait comme Vous le voulez et ordonnez.»

8, 18, 726. Quand les enfants d'Adam, spécialement nous qui naissons dans la Loi de grâce, n'aurions pas d'autres obligation à la Très Sainte Marie que de nous avoir laissés héritiers de ses Mérites immenses et de tout ce que contient son bref et mystérieux Testament, nous ne pourrions nous dégager de cette dette, quoiqu'en son retour nous offririons la vie avec tous les tourments des courageux Martyrs et des Saints. Je ne fais point de comparaison avec les Mérites et les Trésors que Jésus-Christ notre Sauveur nous laissa dans l'Église, parce qu'il n'y en a point. Mais quelle excuse ou quelle décharge auront les réprouvés, quand ils n'auront point profité des uns ni des autres? Quand ils auront tout méprisé, oublié et perdu? Quel tourment et quel désespoir sera le leur, lorsqu'ils connaîtront sans remède qu'ils ont perdu pour toujours tant de Bienfaits et de Trésors pour un plaisir momentané? Qu'ils confessent la justice et la rectitude avec laquelle ils seront très dignement et très justement châtiés et rejetés de la Face du Seigneur et de Sa Très Pieuse Mère, qu'ils auront méprisée avec une folle témérité.

8, 18, 727. Après que la grande Reine eut ordonnée son Testament, Elle rendit grâce au Tout-Puissant et Elle demanda permission de Lui faire une autre demande; et avec cette permission Elle ajouta et dit: «Mon Très Clément Seigneur et Père des Miséricordes s'il est de Votre gloire et de Votre bon plaisir, faites que les Apôtres, mes seigneurs et Vos Oints, avec les autres disciples, se trouvent présents pour ma Transition, afin qu'ils prient pour moi et que je parte de cette vie pour la Vie Éternelle avec leur bénédictions.» A cette demande son Très Saint Fils lui répondit: «Ma Très Aimante Mère, déjà mes Apôtres viennent en votre présence, et ceux qui sont proches arriveront bientôt, et pour les autres qui sont très loin, j'enverrai mes Anges afin qu'ils les transportent; parce que Ma Volonté est qu'ils assistent tous à votre glorieuse Transition pour votre consolation et la leur, en vous voyant partir pour mes Demeures Éternelles, et ce sera à Ma plus grande gloire et à la vôtre.» La Très Sainte Marie rendit grâce pour cette nouvelle faveur et les autres, prosternée en terre; et sur ce les divines Personnes retournèrent au Ciel empirée.

Doctrine que me donna la Reine des Anges
LA TRÈS SAINTE MARIE.

8, 18, 728. Ma fille, je veux aider davantage tes affections, parce que tu es dans l'admiration de l'estime que je fis de la Sainte Église et du grand amour que je lui portais, afin que toi aussi tu en conçoives une appréciation et une vénération nouvelles. Tu ne peux comprendre en chair mortelle ce qui se passait dans mon intérieur en regardant la Sainte Église. Outre ce que tu as connu, tu en entendras davantage, si tu pondères les causes qui mouvaient mon coeur. Ce furent l'Amour et les Oeuvres de mon Fils très Saint envers la même Église et elles doivent être ta méditation la nuit et le jour; puisque tu connaîtras l'Amour que Sa Majesté porta à l'Église en ce qu'Il fit pour elle. Il descendit du sein du Père Éternel et Il prit chair humaine dans mes entrailles, pour être son Chef en ce monde (Col. 1: 18) et celui des prédestinés (Rom. 8: 29) toujours. Il prit chair mortelle et passible pour recouvrer Ses enfants (Luc 19: 10) perdus par le premier péché d'Adam. Il vécut et conversa (Bar. 3: 38) avec les hommes pendant trente-trois ans pour laisser l'exemple (1 Pet. 2: 20-21) de Sa vie irréprochable et la Doctrine véritable et salutaire. Il souffrit sa très dure Passion, Il répandit Son Sang, et Il accepta la Mort douloureuse et ignominieuse (Phil. 2: Cool de la Croix pour les racheter effectivement, et leur mériter des Biens infinis de grâce et de gloire, que les fidèles ne pouvaient mériter. Et Il Se laissa percer par la lance (Jean 19: 34), afin que l'Église sortît mystérieusement de Son Corps Sacré déjà défunt.

8, 18, 729. Et parce que le Père Éternel Se complut tellement en Sa Vie, Sa Passion et Sa Mort, le même Rédempteur ordonna dans l'Église le Sacrifice de Son Corps et de Son Sang (Luc 22: 19) dans lequel leur mémoire se renouvelât, et afin que les fidèles les offrissent pour apaiser et satisfaire la Justice divine: et joint à cela, Il demeura Sacramenté perpétuellement dans l'Église pour l'Aliment spirituel de Ses enfants et afin qu'ils eussent avec eux la Source même de la grâce, viatique et gage certain de la Vie Éternelle. Outre cela Il envoya sur l'Église l'Esprit-Saint (Act. 2: 4), pour la remplir de Ses Dons et de Sa Sagesse; le lui
promettant afin que toujours Il la dirigeât et la gouvernât sans erreur, sans soupçon et sans péril (Jean 15: 26). Il l'enrichit de tous les mérites de Sa Passion, de Sa Vie et de Sa Mort, les lui appliquant par le moyen des Sacrements, ordonnant tous ceux qui étaient nécessaires pour les hommes, dès qu'ils naissent jusqu'à ce qu'ils meurent, pour les laver de leurs péchés, les aider à persévérer dans la grâce, les défendre des démons et les vaincre par les armes de l'Église; et pour écraser les passions propres et naturelles, laissant des ministres proportionnés et convenables pour tout. Il Se communique familièrement avec les âmes saintes dans l'Église militante; Il les rend participantes de Ses faveurs cachées et secrètes; Il opère des miracles et des merveilles pour elles et quand il convient pour Sa gloire, Il est incliné à la clémence par leurs oeuvres; il écoute leurs prières pour elles-mêmes et pour les autres afin que la communion des Saints se conserve dans l'Église.

8, 18, 730. Il laisse en elle une autre source de Lumière et de Vérité qui sont les Saints Évangiles dictés par l'Esprit-Saint, les déterminations des saints Conciles, les traditions certaines et antiques. Il envoya en leurs temps opportuns de saints Docteurs remplis de Sagesse; Il lui donna des Théologiens et des hommes savants, des prédicateurs et des ministres en abondance. Il l'illustra par des Saints admirables; Il l'embellit par une variété d'états religieux où se conserve et se professe la vie parfaite et apostolique; Il la gouverne par plusieurs prélats et dignités. Et afin que tout fût avec ordre et concert, Il mit en elle un Chef supérieur (Matt. 16: 18), qui est le Pontife romain, Son Vicaire, avec une plénitude suprême et une puissance divine, comme Chef de ce Corps mystique et très beau, et Il le défend et le garde jusqu'à la fin du monde contre les puissances de la terre et de l'enfer. Et entre tous ces Bienfaits qu'Il a fait et qu'Il fait encore à Son Église bien-aimée, ce ne fut pas le moindre de m'y laisser, après Son admirable Ascension aux Cieux, afin qu'elle fut gouvernée et implantée par mes mérites et ma présence. Depuis lors et pour toujours je tiens cette Église pour mienne; le Très-Haut me fit cette donation, et il me recommanda d'en prendre soin comme sa Mère et sa Maîtresse.

8, 18, 731. Tels sont, ma très chère, les grands titres et les motifs que j'eus et ceux que j'ai maintenant de l'amour que tu as connu en moi envers la Sainte Église; je veux qu'ils excitent et qu'ils enflamment ton coeur pour m'imiter en tout
ce qui te touche, comme ma disciple, ma fille et celle de la même Église. Aime-la, respecte-la et estime-la de tout ton coeur, jouis de ses Trésors, profite des Richesses du Ciel, qui avec leur propre Auteur sont déposées dans l'Église. Tâche de l'unir à toi et de t'unir à elle, puisqu'en elle tu as le refuge et le remède, la consolation dans les travaux, l'espérance dans ton exil, la Lumière et la Vérité qui te dirigent au milieu des ténèbres du monde. Pour cette Sainte Église, je veux que tu travailles tout le temps qui te restera de vie puisque c'est pour cette fin qu'elle t'a été accordée et afin que tu m'imites et me suives dans la sollicitude infatigable que j'eus pour elle dans la vie mortelle; telle est la plus grande bonne fortune pour laquelle tu dois remercier éternellement. Et je veux, ma fille, que tu saches qu'avec cette intention et ce désir je t'ai appliqué une grande partie des Trésors de l'Église afin que tu écrivisses ma Vie; et le Seigneur t'a choisie pour instrument et secrétaire de Ses Mystères et de Ses secrets cachés pour les fins de Sa plus grande gloire. Et tu ne dois pas entendre qu'en ayant travaillé quelque peu en cela tu lui aies donné une partie du retour avec lequel tu sois dégagée de cette dette; parce qu'au contraire tu demeures maintenant plus endettée et obligée pour mettre en exécution toute la Doctrine que tu as écrite; et tant que tu ne l'auras pas fait, tu seras toujours pauvre sans être déchargée de ta dette, et l'on te demandera compte rigoureusement de ce que tu as reçu. Il est temps de travailler maintenant, afin que tu te trouves préparée et désoccupée à l'heure de la mort et que tu n'aies point d'empêchement pour recevoir l'Époux. Considère le dégagement dans lequel j'étais abstraite et libre de tout le terrestre, et par cette règle je veux que tu te gouvernes, et que l'huile (Matt. 25: 3) de la Lumière et de l'Amour ne te manque point, afin que tu entres aux noces de l'Époux, t'ouvrant les portes de Sa Miséricorde et de Sa Clémence infinie.

NOTES EXPLICATIVES
Extraites de celles de Don Creseto, à l'usage des prêtres.

8, 18, [a]. C'est l'opinion des docteurs les plus éclairés que l'amour excessif de la Très Sainte Vierge en aurait consumé à tout instant l'humide radical du corps en lui occasionnant la mort, si Dieu par une intervention miraculeuse ne l'avait soutenue en vie. La force et la douceur de cet amour dans les dernières années de Marie est décrite d'une manière admirable par saint François de Sales, dans son Théotime. [Livre VII, chap. XIII-XIV].
8, 18, [b]. Livre 8, No. 607.
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Combat avec l'Archange Michel

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Message par sga Sam 27 Fév 2021 - 13:43

CHAPITRE 19



La très heureuse et très glorieuse Transition de la Très Sainte Marie; et comment les Apôtres et les disciples arrivèrent à Jérusalem et s'y trouvèrent présents.


8, 19, 732. Déjà s'approchait le jour déterminé par la Volonté Divine auquel la vivante et véritable Arche du Testament devait être colloquée dans le Temple de la Céleste Jérusalem avec une plus grande gloire et une plus grande jubilation que sa figure fut colloquée par Salomon dans le Sanctuaire sous les ailes des Chérubins (3 Rois 8: 6). Et trois jours avant la très heureuse Transition de la grande Reine, les Apôtres et les disciples se trouvèrent réunis à Jérusalem et dans la maison du Cénacle. Le premier qui arriva fut saint Pierre, parce qu'un Ange l'amena de Rome où il était en cette occasion. Là il lui apparut et lui dit comment s'approchait la Transition de la Très Sainte Marie, et que le Seigneur lui commandait de venir à Jérusalem pour se trouver présent. Et l'Ange lui donnant cet avis le porta de l'Italie au Cénacle, où était la Reine du Monde retirée dans son oratoire, les forces du corps quelque peu soumises à celles de l'Amour divin; parce
que comme Elle était si voisine de la dernière fin Elle participait de ses conditions avec plus d'efficacité.

8, 19, 733. La grande Dame sortit à la porte de l'oratoire pour recevoir le Vicaire de Jésus-Christ notre Sauveur; et s'étant mise à genoux à ses pieds, Elle lui demanda la bénédiction et lui dit: «Je rend grâces et je loue le Tout-Puissant de m'avoir amené mon saint Père, afin qu'il m'assiste à l'heure de ma mort.» Ensuite arriva saint Paul à qui la Reine fit respectivement la même révérence avec d'égales démonstrations de joie qu'Elle avait de le voir. Les Apôtres la saluèrent comme Mère de Dieu même, leur propre Reine et la Maîtresse de l'Univers; mais avec non moins de douleur que de révérence, parce qu'ils savaient qu'ils venaient pour son heureuse Transition. Après les deux Apôtres arrivèrent les autres, et les disciples qui étaient encore vivants; et trois jours avant ils furent tous réunis dans le Cénacle; et la divine Mère les reçut tous avec une profonde humilité, avec respect et avec tendresse, demandant à chacun de la bénir. Tous le firent et la saluèrent avec une vénération admirable; et par ordre de la même Dame, que donna saint Jean, ils furent tous hospitalisés et accommodés, l'Apôtre saint Jacques le Mineur assistant aussi saint Jean en cela.

8, 19, 734. Quelques-uns des Apôtres ayant été amenés par le ministère des Anges, qui les avaient déjà informés de la fin de leur venue, s'enflammèrent avec une grande tendresse dans la considération de ce que leur unique Refuge et leur Consolation devait leur manquer, avec quoi ils répandirent d'abondantes larmes. D'autres l'ignoraient, spécialement les disciples, parce qu'ils n'eurent point d'avis extérieur des Anges; mais avec des inspirations intérieures et une impulsion suave et efficace dans laquelle ils connurent que c'était la Volonté de Dieu qu'ils vinssent à Jérusalem, comme ils le firent. Ils communiquèrent ensuite avec saint Pierre touchant la cause de leur voyage, afin qu'il les informât de la nouveauté qui se présentait; parce que tous convinrent que s'il n'y en avait pas eu, le Seigneur ne les aurait pas appelés avec la force qu'ils avaient sentie pour venir. L'Apôtre saint Pierre, comme Chef de l'Église, les réunit tous pour les informer de la cause de leur venue, et étant ainsi assemblés, il leur dit: «Mes très chers fils et mes frères, le Seigneur nous a appelés et attirés à Jérusalem d'endroits si éloignés, non sans une grande cause et de souveraine douleur pour nous. Sa Majesté veut amener aussitôt au trône de la gloire éternelle Sa Bienheureuse Mère, notre Maîtresse
toute notre Consolation et tout notre Refuge. Sa Disposition divine veut que nous nous trouvions tous présents à sa très heureuse et très glorieuse Transition. Lorsque notre Maître et Rédempteur monta à la droite de Son Père Éternel, quoiqu'Il nous laissât orphelins de sa Vue désirable, nous avions Sa Très Sainte Mère pour notre Refuge et notre véritable Consolation dans la vie mortelle; mais maintenant que notre Mère et notre Lumière nous laisse, que ferons-nous? Quel refuge et quelle espérance aurons-nous qui nous encourage dans notre pèlerinage? Je n'en trouve aucune autre si ce n'est que nous la suivrons avec le temps.»

8, 19, 735. Saint Pierre ne put en dire davantage, parce que les larmes et les sanglots qu'il ne put contenir l'arrêtèrent. Les autres Apôtres non plus ne purent lui répondre pendant un grand espace de temps, et avec d'intimes soupirs du coeur, ils répandaient de tendres et abondantes larmes; mais après que le Vicaire de Jésus-Christ reprit un peu courage pour parler, il ajouta et dit: «Mes fils, allons à la présence de notre Mère et notre Maîtresse, accompagnons-la en ce qu'Elle aura de vie et prions-la de nous laisser sa Sainte bénédiction.» Ils allèrent tous avec saint Pierre à l'oratoire de la grande Reine, et ils la trouvèrent à genoux sur un petit lit qu'Elle avait pour se coucher quand elle reposait un peu. Ils la virent tous très belle et remplie de célestes splendeurs, et accompagnée des mille Anges qui l'assistaient.
8, 19, 736. La disposition naturelle de son Corps sacré et Virginal et de son Visage était la même qu'Elle avait à trente-trois ans; parce que depuis cet âge, comme je l'ai dit dans la seconde partie [a], Elle ne changea point selon l'état naturel, Elle ne ressentit point les effets des années ni de la vieillesse; Elle n'eut point de ride sur le Visage ni sur le Corps, Elle ne devint pas maigre, faible ou plus débile, comme il arrive aux autres enfants d'Adam, qui défaillissent et se défigurent par la vieillesse devenant différents de ce qu'ils étaient dans la jeunesse et à l'âge parfait. L'immutabilité en cela fut un privilège unique de la Très Sainte Marie, tant parce qu'il correspondait à la stabilité de son Âme très Pure, que parce qu'en elle, Elle était correspondante et conséquente à l'immunité qu'Elle eut de la première faute d'Adam, les effets de laquelle quant à cela n'arrivèrent point à son Corps sacré ni à son Âme très Pure. Les Apôtres et les disciples et quelques autres fidèles occupèrent l'oratoire de la Très Sainte Marie, étant tous rangés en sa présence; et saint Pierre avec saint Jean se mirent au chevet du lit. La grande Dame les regarda tous avec la modestie et la révérence qu'Elle avait accoutumé, et parlant avec eux Elle leur dit: «Mes très chers fils, donnez permission à votre Servante de parler en votre présence et de vous manifester mes humbles désirs.» Saint Pierre lui répondit que tous l'écouteraient avec attention, et lui obéiraient en ce qu'Elle leur commanderait, et il la supplia de s'asseoir sur le lit pour leur parler. Il sembla à saint Pierre qu'Elle devait être quelque peu fatiguée d'être restée si longtemps à genoux, et qu'en cette posture Elle priait le Seigneur et que pour parler avec eux il était juste qu'Elle s'assît comme Reine de tous.

8, 19, 737. Mais Celle qui était Maîtresse de l'humilité et de l'obéissance jusqu'à la mort, accomplit ces vertus en cette heure; et Elle répondit qu'Elle obéirait en leur demandant à tous leur bénédiction et qu'ils lui permissent cette consolation. Avec le consentement de saint Pierre Elle sortit du lit, et se mit à genoux devant le même Apôtre, et Elle lui dit: «Seigneur, comme Pasteur Universel et Chef de la Sainte Église, je vous supplie qu'en votre nom et au sien vous me donniez votre sainte bénédiction et pardonniez à votre Servante le peu que je vous ai servi en ma Vie [b], afin que je parte pour la Vie Éternelle. Et si telle est votre volonté, donnez permission que Jean dispose de mes vêtements qui sont deux tuniques, les donnant à des filles pauvres dont la Charité m'a toujours obligée.» Elle se prosterna ensuite et Elle baisa les pieds de saint Pierre comme Vicaire de Jésus-Christ avec d'abondantes larmes et l'Apôtre avec tous les assistants étaient dans l'admiration et fondaient en pleurs. Elle passa de saint Pierre à saint Jean et s'étant mise aussi à ses pieds, Elle lui dit: «Pardonnez, mon fils et mon seigneur, de ce que je n'ai point fait avec vous l'office de Mère que je devais, comme le commanda le Seigneur quand du haut de la Croix il vous désigna pour mon fils et moi pour votre Mère. Je vous dois d'humbles et reconnaissantes actions de grâces pour la piété filiale avec laquelle vous m'avez assistée. Donnez-moi votre bénédiction pour monter à la Compagnie et à la Vue Éternelle de mon Créateur.»

8, 19, 738. La Très Douce Mère poursuivit ces adieux, parlant à tous les Apôtres en particulier et à quelques disciples; et ensuite aux autres ensemble qui étaient présents, car ils étaient nombreux. Cette diligence étant faite Elle se leva debout, et parlant à toute cette sainte assemblée en général, Elle dit: «Mes très chers enfants et mes seigneurs, je vous ai toujours eus en mon Âme et écrits dans mon Coeur, où je vous ai aimés tendrement avec la Charité et l'Amour que me communiqua mon Très Saint Fils, que j'ai toujours regardé en vous comme en Ses élus et Ses amis. Par Sa Sainte et Éternelle volonté je m'en vais aux Demeures célestes, où je vous promets comme Mère que je vous aurai présents dans la très claire Lumière de la Divinité, que mon Âme espère et désire avec sécurité. Je vous recommande l'Église ma mère, l'exaltation du Saint Nom du Très-Haut, l'extension de Sa Loi Évangélique, l'estime et l'appréciation des Paroles de mon Très Saint Fils, la mémoire de Sa Vie et de Sa Mort et l'exécution de toute Sa Doctrine. Mes enfants, aimez la Sainte Église et aimez-vous (Jean 13: 34) les uns les autres de tout coeur par ce lien de la Charité et de la paix que vous enseignera toujours votre Maître. Et vous, Pierre, Pontife saint, je vous recommande Jean mon fils, et aussi les autres.»

8, 19, 739. La Très Sainte Marie acheva de parler et ses paroles comme des flèches de Feu divin, pénétrèrent et fondirent les coeurs des Apôtres et de tous les assistants, et éclatant tous en flots de larmes et avec une douleur irréparable ils se prosternèrent en terre la mouvant et l'attendrissant par des gémissements et des sanglots: ils pleurèrent tous et la Très Douce Mère pleura aussi avec eux, car Elle ne voulut point résister à un si amer et si juste pleur de ses enfants. Et après quelques instants Elle leur parla une autre fois et Elle leur demanda qu'avec Elle et pour Elle ils priassent tous en silence; et ainsi ils le firent. Dans cette quiétude reposée le Verbe Incarné descendit du Ciel dans un trône de gloire ineffable, accompagné de tous les Saints de la nature humaine et d'innombrables Anges de tous les Choeurs et la maison du Cénacle fut remplie de gloire. La Très Sainte Marie adora le Seigneur et Lui baisa les pieds, et prosternée devant eux Elle fit son dernier acte de reconnaissance et d'humiliation dans la vie mortelle; et Elle s'humilia plus profondément que tous les hommes ne l'on jamais fait et ne le feront jamais après leurs péchés. Cette très Pure Créature et Reine des Hauteurs s'anéantit et s'abaissa dans la poussière. Son Très Saint Fils lui donna la bénédiction, et en présence des Courtisans du Ciel Il lui dit ces paroles: «Ma Très Chère Mère, que J'ai choisie pour Mon Habitation, déjà est arrivée l'heure où vous devez passer de la vie mortelle et de ce monde à la gloire de mon Père et de la Mienne, où vous avez un siège préparé à Ma droite dont vous jouirez pendant toute l'éternité. Et parce que J'ai fait en sorte que comme Ma Mère vous entrassiez dans le monde libre et exempte du péché, pour en sortir la mort n'a pas de droit non plus ni de permission de vous toucher si vous ne voulez point passer par elle, venez avec Moi, afin que vous participiez de Ma gloire que Vous avez méritée.»

8, 19, 740. La Très Prudente Mère se prosterna devant son Fils, et avec un air joyeux Elle Lui répondit: «Mon Fils et mon Seigneur, je Vous supplie que Votre Mère et Votre Servante entre en la Vie Éternelle par la porte commune de la mort naturelle, comme les autres enfants d'Adam. Vous qui êtes mon Dieu véritable l'avez soufferte sans que vous eussiez obligation de mourir; il est juste que moi qui ai tâché de Vous suivre dans la vie, je vous accompagne aussi dans la mort.» Notre Sauveur Jésus-Christ approuva le Sacrifice et la volonté de Sa Très Sainte Mère, et Il dit que ce qu'Elle désirait s'accomplît. Ensuite tous les Anges commencèrent à chanter avec une harmonie céleste quelques versets des cantiques de Salomon et d'autres nouveaux. Et quoique quelques Apôtres seulement et saint Jean eussent une illustration spéciale de la Présence du Christ notre Sauveur, les autres ressentirent en leur intérieur des Effets divins et puissants; mais ils perçurent par les sens la musique des Anges, tant les Apôtres et les disciples que plusieurs autres fidèles qui étaient là. Il sortit aussi une odeur divine qui avec la musique se répandait jusqu'à la rue. La maison du Cénacle fut remplie d'une splendeur admirable, tous la voyant et le Seigneur ordonna que pour témoins de cette nouvelle merveille, il accourut beaucoup de gens de Jérusalem qui occupaient les rues.

8, 19, 741. Comme les Anges entonnèrent la musique, la Très Sainte Marie se coucha sur son lit, la tunique demeurant comme unie au Corps sacré, les mains posées jointes et les yeux fixés sur son Très Saint Fils et toute embrasée dans la Flamme de Son divin Amour. Et lorsque les Anges arrivèrent à chanter ces versets du chapitre 2 des Cantiques: Surge, propera, Amica Mea, etc., qui veulent dire: Lève-toi, hâte-toi (Cant. 2: 10), Mon Amie, Ma Colombe, Ma Belle et viens car déjà l'hiver est passé, etc., à ces paroles Elle prononça celles de son Très Saint Fils sur la Croix (Luc 23: 46): «En Tes mains, Seigneur, Je recommande mon Esprit.» Elle ferma ses yeux virginales et Elle expira. L'infirmité qui lui ôta la Vie fut l'Amour sans autre indisposition ni accident aucun. Et le mode fut que la Puissance divine suspendit le concours miraculeux avec lequel Elle conservait ses forces naturelles, afin qu'elles ne se résolvassent point par l'ardeur et le feu
sensible que lui causait l'Amour divin; et ce miracle cessant il fit son effet et il lui consuma l'humide radical du Coeur et avec lui la vie naturelle manqua.

8, 19, 742. Cette Âme très Pure passa de son Corps Virginal à la droite et au trône de son Très Saint Fils, où en un instant Elle fut colloquée avec une gloire immense. Et aussitôt on commença à entendre que la musique des Anges s'éloignait par la région de l'air; parce que toute cette procession d'Anges et de Saints, accompagnant leur Roi et leur Reine, cheminèrent au Ciel empirée. Le Corps sacré de la Très Sainte Marie, qui avait été le Temple et le Tabernacle du Dieu Vivant demeura plein de Lumière et de Splendeurs, et émettant un parfum si admirable et si nouveau, que tous les habitants étaient remplis de suavité intérieure et extérieure. Les mille Anges de la garde de la Très Sainte Marie demeurèrent auprès du Trésor inestimable de son Corps. Les Apôtres et les disciples demeurèrent absorbés pendant quelque temps entre les larmes de douleur et de joie des merveilles qu'ils voyaient; et ensuite ils chantèrent plusieurs hymnes et Psaumes en service de la Très Sainte Marie déjà défunte. Cet glorieuse Transition de la Reine du Monde arriva un vendredi à trois heures de l'après-midi, à la même heure que celui de son Très Saint Fils, le treize du mois d'août [c], et à soixante et dix ans de son âge, moins les vingt-six jours qu'il y a du treize août où Elle mourut, jusqu'au huit de septembre où Elle naquit et qui auraient accompli les soixante-dix ans. Après la Mort de notre Sauveur Jésus-Christ la divine Mère survécut dans le monde vingt et un ans quatre mois et dix-neuf jours; et de son Enfantement Virginal c'était l'an cinquante-cinq. Le comput se fera facilement de cette manière. Quand notre Sauveur Jésus-Christ naquit, Sa Mère-Vierge avait quinze ans trois mois et dix-sept jours. Le Seigneur vécut trente-trois ans et trois mois; de manière qu'au temps de Sa sainte Passion la Très Sainte Marie était dans ses quarante-huit ans six mois et dix-sept jours; ajoutant à cela vingt et un ans quatre mois et dix-neuf jours, font les soixante et dix ans moins vingt-cinq ou vingt-six jours.

8, 19, 743. Des grandes merveilles et de grands prodiges arrivèrent à cette précieuse Mort de la Reine; parce que le soleil s'éclipsa, comme je l'ai déjà dit [d], et en signe de deuil il cacha sa lumière pendant quelques heures. A la maison du Cénacle accoururent plusieurs oiseaux de divers genres, et ils demeurèrent quelque temps avec des chants tristes et des gémissements faisant entendre des clameurs et tirant les larmes des yeux de tous ceux qui les entendaient. Tout Jérusalem s'émut et plusieurs accouraient dans l'admiration, et confessaient à haute voix la Puissance de Dieu et la grandeur de Ses Oeuvres; d'autres étaient stupéfaits et comme hors d'eux-même. Les Apôtres et les disciples avec d'autres fidèles fondaient en larmes et en soupirs. Plusieurs malades accoururent et tous furent guéris. Les âmes qui étaient dans le Purgatoire en sortirent. Et la plus grande merveille fut qu'à l'heure où la Très Sainte Marie expira, trois personnes expirèrent aussi, un homme à Jérusalem et deux femmes très proches voisines du Cénacle, et ils moururent en péché sans pénitence, avec quoi ils auraient été damnés; mais leur cause arrivant au tribunal de Jésus-Christ, la Très Douce Mère demanda miséricorde pour eux et ils furent rendus à la vie. Ensuite ils l'améliorèrent de manière qu'ils moururent en grâce et se sauvèrent. Ce privilège ne fut point général pour d'autres qui en ce jour moururent dans le monde, mais pour ces trois qui moururent à la même heure à Jérusalem. Je dirai dans un autre chapitre ce qui arriva dans le Ciel et combien ce jour fut solennel dans la Jérusalem Triomphante, et cela afin que nous ne mêlions point ce sujet avec le deuil des mortels.

DOCTRINE QUE ME DONNA LA GRANDE REINE DU CIEL
LA TRÈS SAINTE MARIE.

8, 19, 744. Ma fille, outre ce que tu as entendu et écrit de ma glorieuse Transition, je veux te déclarer un autre privilège que me concéda mon Très Saint Fils à cette heure. Tu as déjà écrit comment Sa Majesté laissa à mon choix [e] si je voulais accepter de mourir ou passer sans ce travail à la Vision Béatifique et Éternelle. Et si j'avais refusé la Mort, sans doute le Très-Haut me l'aurait concédé, parce que comme en moi le péché n'eut point de part, la peine qui était la mort ne devait point non plus en avoir. C'eut été aussi la même chose en mon Très Saint Fils, et avec de plus grands titres s'Il ne s'était chargé (Is. 53: 11) de satisfaire à la Justice divine pour les hommes, par le moyen de Sa Passion et de Sa Mort. Je choisis donc volontairement de mourir pour L'imiter et Le suivre, comme je le fis en ressentant Sa douloureuse Passion; et parce que moi ayant vu mourir mon Fils et mon Dieu véritable, si j'avais refusé la Mort je n'aurais point satisfait à l'amour que je Lui devais, et j'aurais laissé un grand vide dans la similitude et la conformité que je désirais avec le même Seigneur Incarné et que Sa Majesté voulait que j'eusse en tout avec Son Humanité très Sainte; et comme je n'aurais pas eu la plénitude de joie que j'ai d'être morte comme mourut mon Dieu et mon Seigneur.

8, 19, 745. Pour cela il Lui fut agréable que je choisisse de mourir et Sa Bonté s'obligea tant de ma prudence et de mon amour qu'en retour Il me fit aussitôt une faveur singulière pour les enfants de l'Église, conformément à mes désirs. Ce fut que tous mes dévots qui m'invoqueraient à la mort m'interposant pour leur Avocate afin que je les secoure en mémoire de mon heureuse Transition, et pour la volonté avec laquelle je voulus mourir afin de L'imiter, fussent en cette heure sous ma protection spéciale, afin que je les défende du démon, que je les assiste et les protège, et à la fin que je les présente au tribunal de Sa Miséricorde, et qu'en ce tribunal j'intercède pour eux. Pour cela il m'accorda une nouvelle puissance et une nouvelle commission, et le même Seigneur me promit qu'Il leur donnerait de grands secours de Sa grâce pour bien mourir, et pour vivre avec une plus grande pureté s'ils m'invoquaient avant, vénérant ce Mystère de ma précieuse Mort. Et ainsi je veux, ma fille, que tu en fasses continuellement mémoire dès aujourd'hui avec une affection et une dévotion intimes, et que tu bénisses, exaltes et loues le Tout-Puissant qui voulut opérer envers moi de si vénérables merveilles pour mon bénéfice et celui des mortels. Avec cette sollicitude tu obligeras le Seigneur et moi-même, afin qu'en cette dernière heure nous te protégions.

8, 19, 746. Et parce que la vie est suivie de la mort, et ordinairement elles se correspondent, pour cela le garant le plus assuré de la bonne mort est la bonne vie, de se dégager le coeur et de secouer tout l'amour terrestre qui en cette dernière heure afflige et opprime l'âme, et lui sert de fortes chaînes afin qu'elle n'ait point une entière liberté, ni qu'elle puisse s'élever au-dessus de ce pour quoi elle a eu de l'amour en sa vie. Ô ma fille! que les mortels entendent différemment cette Vérité! et combien ils agissent contrairement à elle! Le Seigneur leur donne la vie, afin qu'en elle ils se dégagent des effets du péché originel pour ne les point sentir à l'heure de la mort; et les ignorants et misérables enfants d'Adam perdent toute cette vie à se charger de nouveaux embarras et de nouveaux liens, pour mourir captifs de leurs passions, et sous le domaine de leur ennemi tyrannique. Moi je n'eus point de part dans le péché originel, ni leurs effets mauvais n'avaient aucun droit sur mes puissances, néanmoins je vécus très à l'étroit, pauvre, sainte et parfaite, sans affection à aucune chose terrestre; et j'ai très bien expérimenté cette sainte liberté à l'heure de ma Mort. Réfléchis donc, ma fille, et considère ce vif exemple, et débarrasse ton coeur toujours plus chaque jour, de manière qu'avec les années tu te trouves plus libre, plus expéditive, sans affection de choses visibles pour l'heure où l'Époux t'appellera aux noces, et qu'il ne soit pas nécessaire d'aller chercher alors la liberté et la prudence que tu ne trouverais point

NOTES EXPLICATIVES
Extraites de celles de Don Creseto, à l'usage des prêtres.

8, 19, [a]. Livre 5, No. 856.
8, 19, [b]. Chacun peut sans fausseté confesser à tous qu'il est inutile et indigne par ses propres forces, parce que toute suffisance vient de Dieu. Saint Thomas, [2, 2, q. 161, a. VI ad 1].
8, 19, [c]. En l'an 56 de l'ère vulgaire, le 13 août tombe justement un vendredi et le 15 août un dimanche.
8, 19, [d]. Livre 8, No. 706.
8, 19, [e]. Livre
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Combat avec l'Archange Michel

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Message par sga Ven 5 Mar 2021 - 12:18

CHAPITRE 20


La sépulture du Corps sacré de la Très Sainte Marie et ce qui arriva en cette circonstance.


8, 20, 747. Il fut nécessaire que la Puissance divine opérât avec Providence spécial à l'égard des Apôtres, des disciples et de plusieurs autres fidèles, afin qu'ils ne mourussent point de la douleur qu'ils eurent du trépas de la Très Sainte Marie ou qu'ils n'en fussent point écrasés; la consolation divine leur donna un courage particulier afin qu'ils pussent dilater leurs coeurs dans leur affliction incomparable; parce que la pensée de ne pouvoir jamais restaurer cette perte dans la vie présente ne trouvait point de confort; la privation de ce Trésor ne connaissait point de compensation; et comme l'entretien et la conversation très douce, très charitable et très aimable de la grande Reine avait ravi le coeur et l'amour de chacun, ils demeurèrent tous sans Elle comme sans âme et sans respiration pour vivre, manquant d'un tel Refuge et d'une telle Compagnie. Mais le Seigneur qui connaissait la cause d'une si juste douleur, les y assista, et par Sa Vertu divine il les anima secrètement afin qu'ils ne défaillissent point et qu'ils pussent penser à ce qui convenait pour disposer le Corps sacré et tout le reste que demandait la circonstance.

8, 20, 748. Les saints Apôtres que ce soin regardait spécialement, traitèrent ensuite de donner la sépulture au Corps très Saint de leur Reine et leur Maîtresse. Ils désignèrent pour Elle dans la vallée de Josaphat un sépulcre neuf qui y était préparé mystérieusement par la Providence de son Très Saint Fils. Et les Apôtres se souvenant que le Corps déifié du même Seigneur avait été oint avec des onguents précieux et aromatiques conformément à la coutume des Juifs pour Lui donner la sépulture, l'enveloppant dans le saint linceul et le suaire; il leur parut devoir faire de même avec le Corps Virginal de Sa Bienheureuse Mère, et ils ne pensèrent point alors à autre chose. Pour exécuter cette intention ils appelèrent les deux filles qui avaient assisté la Reine dans sa Vie, et qu'Elle avait marquées héritières du Trésor de ses tuniques; ils donnèrent ordre à ces deux personnes d'oindre avec une réserve et une révérence souveraines le Corps de la Mère de Dieu et de l'envelopper dans le linceul pour le mettre dans la tombe. Les deux filles entrèrent avec une grande vénération et une grande crainte dans l'oratoire où était la vénérable Défunte sur son lit, et la splendeur qui la vêtait les retint et les éblouit de telle sorte qu'elles ne purent ni la toucher ni la voir, ni même savoir dans quel lieu déterminé Elle était.

8, 20, 749. Les filles sortirent de l'oratoire avec une plus grande crainte et une plus grande révérence qu'elles y étaient entrées, et elles rendirent compte aux Apôtres de ce qui leur était arrivé, non sans un grand trouble et une grande admiration. Ils conclurent, par une inspiration du Ciel, que l'on ne devait point toucher ni traiter de la manière commune cette Arche sacré du Testament. Saint Pierre et saint Jean entrèrent ensuite dans le même oratoire, et ils virent la splendeur; et joint à cela ils entendirent la musique céleste des Anges qui chantaient: «Je vous salue, Marie, pleine de grâce, le Seigneur est avec vous.» D'autres répétaient: «Vierge avant l'Enfantement, dans l'Enfantement et après l'Enfantement.» Et dès lors plusieurs fidèles de la primitive Église s'enflammèrent d'une grande dévotion pour cet éloge divin de la Très Sainte Marie, et depuis il est arrivé jusqu'à nous par la tradition comme nous le confessons aujourd'hui et la Sainte Église l'a confirmé. Les deux saints Apôtres, Pierre et Jean, demeurèrent en suspens pendant un certain temps à cause de l'admiration de ce qu'ils voyaient et entendaient du Corps sacré de la Reine; et pour délibérer sur ce qu'ils devaient faire, ils se mirent à genoux en oraison, demandant au Seigneur de le manifester. Ils entendirent ensuite une Voix qui leur dit: «Que l'on ne découvre et que l'on ne touche point le Corps sacré.»

8, 20, 750. Avec cette Voix il leur fut donné intelligence de la Volonté Divine, et ensuite ils apportèrent un brancard; et la splendeur se tempérant un peu ils s'approchèrent du lit où Elle était, et les deux mêmes Apôtres avec une révérence admirable prirent la tunique par les côtés, et sans la décomposer en rien ils levèrent le Trésor Virginal et Sacré, et ils le mirent sur le brancard avec la même disposition qu'il avait sur le lit. Et ils purent le faire facilement, parce qu'ils ne sentirent point de poids, ni dans le toucher ils ne perçurent rien autre chose si ce n'est qu'ils approchaient la tunique presque imperceptiblement. Ayant été mis sur le brancard, la splendeur se modéra davantage, et tous purent apercevoir et connaître par la vue la beauté du Visage Virginal et les mains, le Seigneur le disposant ainsi pour la consolation commune de tous ceux qui étaient présents. Dans le reste Sa Toute-Puissance réserva ce divin Tabernacle de Son Habitation, afin que ni dans sa Vie ni dans sa Mort personne n'en vît aucune partie, plus que ce qui était son très honnête Visage, pour qu'Elle fût reconnue, et les mains avec lesquelles Elle travaillait.

8, 20, 751. Tel fut l'attention et la sollicitude du Seigneur pour l'honnêteté de Sa Bienheureuse Mère, qu'en cette partie il ne montra pas tant de zèle pour Son propre Corps déifié que pour celui de la Très Pure Vierge. Dans sa Conception Immaculée et sans péché Il la fit semblable à Lui-même; et aussi dans la naissance en autant qu'Elle ne perçut point [a] la manière commune et naturelle selon laquelle naissent les autres. Il la préserva et la garda de tentations et de pensées impures. Mais en cachant son Corps Virginal Il fit à son égard comme Femme, ce qu'Il ne fit point pour Lui-même, parce qu'il était homme et Rédempteur du monde, par le moyen du Sacrifice de Sa Passion: et la Très Pure Dame Lui avait demandé pendant sa Vie de lui faire ce Bienfait à sa Mort, savoir que personne ne vît son Corps défunt; et ainsi Il l'accomplit. Ensuite les Apôtres s'occupèrent de l'enterrement; et par leur diligence et la dévotion des fidèles, car il y en avait beaucoup à Jérusalem (Act. 21: 20), ils réunirent un grand nombre de lumières au sujet desquelles il arriva une merveille, car étant toutes allumées pendant ce premier jour et les deux suivants, aucune ne s'éteignit ni ne se dépensa, ni ne se défit en aucune chose.

8, 20, 752. Et afin que cette merveille et beaucoup d'autres que le Bras puissant opéra en cette occasion fussent plus notoires au monde, le Seigneur mut tous les habitants de la cité afin qu'ils accourussent à l'enterrement de Sa Très Sainte Mère, et à peine demeura-t-il une personne à Jérusalem, tant des Juifs que des Gentils, qui ne vint à la nouveauté de ce spectacle. Les Apôtres levèrent le Corps sacré, le Tabernacle de Dieu, ces nouveaux prêtres de la Loi Évangélique portant sur leurs épaules le Propitiatoire des divins Oracles et des divines Faveurs, et avec une procession bien ordonnée, ils partirent du Cénacle pour sortir de la ville vers la vallée de Josaphat; et tel était l'accompagnement visible des habitants de Jérusalem. Mais outre celui-ci il y en avait un autre invisible des Courtisans du Ciel; parce qu'en premier lieu, les mille Anges de la Reine continuèrent leur musique céleste entendue des Apôtres, des disciples et de plusieurs autres, et elle persévéra trois jours continus avec une grande douceur et une grande suavité. Plusieurs autres milliers ou légions d'Anges descendirent aussi des Hauteurs avec les anciens Pères et les Prophètes, saint Joachim, sainte Anne, saint Joseph, sainte Élisabeth et le Baptiste, ainsi que plusieurs autres Saints, que notre Sauveur Jésus envoya du Ciel, afin qu'ils assistassent aux obsèques et à l'enterrement de Sa Bienheureuse Mère.

8, 20, 753. Les Apôtres et les disciples portant le Corps sacré avec tout cet accompagnement du Ciel et de la terre visible et invisible, dans le trajet il arriva de grands miracles, et il serait nécessaire de m'arrêter beaucoup pour les rapporter. En particulier tous les malades de diverses maladies, car il y en a beaucoup qui accoururent, demeurèrent parfaitement sains. Plusieurs possédés du démon furent délivrés, sans que les démons osassent attendre que les personnes où ils étaient s'approchassent du saint Corps. Les merveilles qui arrivèrent dans les conversions de plusieurs Juifs et Gentils furent plus grandes, parce qu'en cette occasion de la Mort de la Très Sainte Marie les Trésors de la divine Miséricorde s'ouvrirent, ce qui fit que plusieurs âmes vinrent à la connaissance de Jésus-Christ notre Bien, et à haute voix ils Le confessaient vrai Dieu et Rédempteur du monde, et ils demandaient le Baptême. Plusieurs jours après les Apôtres et les disciples eurent à travailler beaucoup pour catéchiser et baptiser ceux qui se convertirent en ce jour-là à la Sainte Foi. Les Apôtres portant le Corps sacré sentirent d'admirables Effets de la Lumière et de la Consolation divines, et les disciples y participèrent respectivement. Tout ce concours de peuple était comme stupéfait du parfum répandu et de la musique que l'on entendait, et tous proclamaient Dieu Grand et Puissant dans cette Créature; et en témoignage de ce qu'ils connaissaient ils se frappaient la poitrine avec une douloureuse componction.

8, 20, 754. Ils arrivèrent au poste où était le sépulcre fortuné dans la vallée de Josaphat. Et les mêmes Apôtres, saint Pierre et saint Jean qui portèrent le céleste Trésor du lit au brancard, l'en tirèrent avec la même révérence et la même facilité, et ils le placèrent dans le sépulcre et le couvrirent d'un drap, les mains des Anges opérant plus en tout cela que celles des Apôtres. Ils fermèrent le sépulcre avec une pierre, conformément à la coutume des autres enterrements, et les Courtisans du Ciel l'entourèrent, les mille Anges de la garde de la Reine continuant celle de son Corps sacré avec la même musique avec laquelle ils
l'avaient amené. Le concours du peuple se dispersa; mais les saints Apôtres et les disciples avec de tendres larmes revinrent au Cénacle; l'odeur très suave que laissa le Corps de la grande Reine dans toute la maison dura un an entier, et dans l'oratoire plusieurs années. Et ce sanctuaire demeura à Jérusalem comme maison de refuge pour toutes les afflictions et les nécessités de ceux qui y cherchaient leur remède; parce que tous le trouvaient miraculeusement, tant dans les maladies que dans les autres tribulations et calamités humaines. Ces merveilles se continuèrent quelques années après quoi les péchés de Jérusalem et de ses habitants, entre autres châtiments méritèrent aussi d'être privés de ce Bienfait inestimable.

8, 20, 755. Dans le Cénacle les Apôtres déterminèrent que quelques-uns d'entre eux et des disciples assisteraient au saint Sépulcre de leur Reine tant que s'y continuerait la musique céleste, parce que tous attendaient la fin de cette merveille. Avec cet accord quelques-uns assistèrent aux affaires de l'Église qui se présentaient pour catéchiser et baptiser les convertis; d'autres revinrent aussitôt au sépulcre, et tous le fréquentèrent pendant ces trois jours. Mais saint Pierre et saint Jean furent plus assidus et plus persévérants, et quoiqu'ils allassent quelquefois au Cénacle, ils revenaient aussitôt où était leur Trésor et leur Coeur. Les animaux irraisonnables ne manquèrent pas non plus aux obsèques de la commune Maîtresse de tous; parce que son saint Corps arrivant près du sépulcre, accoururent d'innombrables petits oiseaux et d'autres grands dans les airs, et beaucoup d'animaux et de bêtes sortirent des montagnes, courant avec rapidité au sépulcre; et les uns avec des chants tristes, d'autres avec des gémissements et des mugissements, et tous avec des mouvements douloureux, comme ressentant la perte commune, manifestaient l'amertume qu'ils avaient. Il n'y eut que quelques Juifs incrédules plus durs que les rochers et plus cruels que les bêtes fauves qui ne montrèrent point ce sentiment à la Mort de leur Restauratrice, comme ils avaient fait en celle de leur Rédempteur et leur Maître.

DOCTRINE QUE ME DONNA LA REINE DU CIEL
LA TRÈS SAINTE MARIE.

8, 20, 756. Ma fille, avec la mémoire de ma Mort naturelle et de l'enterrement de mon Corps sacré je veux que soient liés ta mort civile et ton enterrement, ce qui doit être le premier fruit et le premier Effet d'avoir connu et écrit ma Vie. Plusieurs fois dans ce Traité je t'ai manifesté ce désir et je t'ai intimé ma volonté, afin que tu ne perdes point ce Bienfait singulier que tu as reçu par la Bonté du Seigneur et la mienne. C'est une chose horrible que tout Chrétien vienne à retomber une autre fois dans le péché après qu'il est mort à ce péché, qu'il a pris une nouvelle Vie ne Jésus-Christ par le Baptême et qu'il a connu que Sa Majesté a souffert la mort pour lui; et cette laideur est plus grande dans les âmes qui sont élues et amies du Seigneur, comme le sont celles qui se dédient et se consacrent à cette fin pour Son plus grand service dans l'état religieux, chacun selon son état et sa condition.

8, 20, 757. Dans ces âmes les vices du monde font horreur au Ciel même, parce que l'orgueil, la présomption, la hauteur, l'immortification, la colère, la cupidité et l'impureté de la conscience obligent le Seigneur et les Saints à retirer leur vue de cette monstruosité, et ils se donnent pour plus indignés et offensés que des mêmes péchés en d'autres sujets. Pour cela le Seigneur en répudie plusieurs qui portent injustement le nom de Ses épouses, et il les abandonne aux mains de leur mauvais conseil, parce que comme déloyales elles prévariquèrent au pacte de fidélité qu'elles firent avec Dieu et avec moi dans leur vocation et leur profession. Mais si toutes les âmes doivent craindre cette infortune, pour ne point commettre une si formidable déloyauté, sache et considère, ma fille, quelle haine tu mériterais aux yeux de Dieu, si tu étais coupable d'un tel délit. Il est temps désormais que tu achèves de mourir au visible, que ton corps demeure déjà enterré dans ta connaissance et ton abaissement, et ton âme dans l'Être de Dieu. Tes jours et ta vie sont finis pour le monde; et je suis moi le juge de cette cause pour exécuter en toi la division de la vie et du siècle; tu n'as désormais rien à voir avec ceux qui y vivent, ni eux avec toi. Écrire ma Vie et mourir, tout cela doit être en toi une même chose, comme je t'en ai avertie tant de fois, et tu me l'as promis, répétant ces promesses entre mes mains avec des larmes du coeur.

8, 20, 758. Je veux que telle soit la preuve de ma Doctrine et le témoignage de son efficacité; et je ne consentirai point que tu la discrédites à mon déshonneur, mais que le Ciel et la terre entendent la force de ma vérité et de mon exemple vérifiée en tes opérations. Pour cela tu ne dois point te servir de ton discours ni de ta volonté, et moins de tes inclinations ni de tes passions, parce que tout cela en toi est achevé. Ta loi doit être la Volonté du Seigneur et la mienne et celle de l'obéissance. Et afin que tu n'ignores jamais par ces moyens le plus saint, le plus parfait et le plus agréable, le Seigneur l'a tout préparé par Lui-même, par moi, par Ses anges et par celui qui te gouverne. N'allègue point l'ignorance, la pusillanimité, ni la faiblesse, et beaucoup moins la lâcheté. Pèse ton obligation, mesure ta dette, sois attentive à la Lumière incessante et continuelle; opère avec la grâce que tu reçois, car avec tous ces Bienfaits et d'autres il n'y a point de Croix pesante pour toi, ni de mort si amère qui ne soit très légère et très aimable. En elle est tout mon bien, et elle doit être ton plaisir; parce que si tu n'achèves point de mourir à tout, outre que je sèmerai d'épines toutes tes voies, tu n'arriveras point à la perfection que tu désires, ni à l'état où le Seigneur t'appelle.

8, 20, 759. Si le monde ne t'oublie point, oublie-le toi-même; s'il ne te laisse, sache que tu l'as laissé, et moi je t'en ai éloignée. S'il te poursuit, fuis; s'il te flatte, méprise-le; s'il te méprise, supporte-le, et s'il te cherche qu'il ne te trouve que pour glorifier en toi le Tout-Puissant. Mais en tout le reste tu ne dois pas t'en souvenir plus que les vivants se souviennent des morts, et tu dois l'oublier comme les morts oublient les vivants; et je ne veux pas que tu aies avec les habitants de ce siècle plus de commerce que les vivants et les morts n'en ont entre eux. Il ne te paraîtra pas beaucoup que dans le commencement, dans le milieu et à la fin de cette Histoire je te répète tant de fois cette Doctrine, si tu réfléchis combien il t'importe de l'exécuter. Considère, ma très chère, les persécutions que le démon t'a fabriquées à la sourdine et dans le secret par le monde et ses habitants, sous différents prétextes et couverts. Et si Dieu l'a permis pour ton épreuve et l'exercice de sa grâce, autant qu'il est de ton côté, et il est raisonnable que tu te donnes pour entendue, et sache que le trésor que tu possèdes est grand et que tu le gardes dans un vase fragile (2 Cor. 4: 7), et que tout l'enfer conspire et se révolte contre toi. Tu vis en chair mortelle, entourée et combattue d'astucieux ennemis. Tu es l'épouse de Jésus-Christ mon Très Saint Fils et je suis ta Mère et ta Maîtresse. Reconnais donc ta nécessité et ta faiblesse, et corresponds-moi comme ma fille très chère et ma disciple parfaite et obéissante en tout.

NOTES EXPLICATIVES
Extraites de celles de Don Creseto, à l'usage des prêtres.
8, 20, [a]. Livre 1, No. 326.
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Marie d'Agreda "La Cité Mystique de Dieu" livre version numérisée - Page 8 Empty Re: Marie d'Agreda "La Cité Mystique de Dieu" livre version numérisée

Message par sga Ven 12 Mar 2021 - 12:16

CHAPITRE 21


L'Âme de la Très Sainte Marie entra dans le Ciel empirée, et à l'imitation de Notre-Seigneur Jésus-Christ Elle revint ressusciter son Corps sacré et en lui Elle monta une autre fois à la droite du même Seigneur le troisième jour.


8, 21, 760. Saint Paul dit avec Isaïe (1 Cor. 2: 9; Is. 44: 4) de la gloire et de la félicité des Saints qui participent à la Vision Béatifique et à la Fruition Bienheureuse que ni les yeux des mortels ne l'ont vue, ni les oreilles ne l'ont entendue, ni il n'a pu venir dans le coeur humain ce que Dieu a préparé pour ceux qui L'aiment et qui espèrent en Lui. Conformément à cette Vérité Catholique ce qui est rapporté de saint Augustin [a] n'est point merveille: cette grande lumière de l'Église, étant pour écrire un traité de la gloire des Bienheureux, son grand ami saint Jérôme qui venait de mourir et d'entrer dans la gloire du Seigneur lui apparut, et il détrompa Augustin, lui disant qu'il ne pouvait obtenir son but comme il le désirait; parce qu'aucune langue ni aucune plume humaine ne pouvait manifester la moindre partie des Biens dont jouissent les Saints dans la Vision Béatifique. Saint Jérôme dit cela. Et quand on n'en aurait pas eu d'autre témoignage par la divine Écriture, outre que cette gloire sera éternelle; par ce seul endroit elle vole au-dessus de tout notre entendement qui ne peut atteindre à l'éternité lors même qu'il étendrait toutes ses forces; et quand l'Objet serait toujours plus connu et plus aimé, il ne cesserait pas d'être Infini et Sans Mesure, étant Inépuisable et Incompréhensible. Et de même que demeurant Infini et Tout-Puissant Il créa l'Univers, sans que toutes les choses ensemble et d'autres mondes infinies, s'Il les créait de nouveau, ne diminuerait ni n'épuiserait Son Pouvoir parce qu'Il demeurerait toujours Infini et Immuable; de même aussi quoique des Saints en nombre infini Le verraient et en jouiraient, Il demeurerait Infini à connaître et à aimer; parce que dans la création et dans la gloire tous en participent d'une manière limitée, selon la condition de chacun; mais Lui, en Lui-même Il n'a point de terme ni de fin.

8, 21, 761. Et pour cela, ineffable est la gloire de tout Saint, même le moindre: que dirons-nous de la gloire de la Très Sainte Marie, puisqu'Elle est la très Sainte entre les Saints, et Elle seule est semblable à son Fils plus que tous les Saints ensemble, et sa gloire et sa grâce les surpasse tous, comme l'impératrice ou la reine surpasse ses vassaux? Cette vérité peut et doit être crue; mais dans la vie mortelle il n'est pas possible de la comprendre, ni d'en expliquer la moindre partie; parce que l'inégalité et le manque de nos termes et de notre discours peuvent plus l'obscurcir que l'expliquer. Travaillons maintenant, non à la comprendre, mais à mériter qu'ensuite elle nous soit manifestée dans la même gloire où nous obtiendrons cette Joie que nous attendons plus ou moins selon nos oeuvres.

8, 21, 762. Notre Rédempteur Jésus entra dans le Ciel empirée avec l'Âme très Pure de Sa Mère à Sa droite. Et Elle seule entre tous les mortels n'eut point de cause pour passer par le Jugement particulier, et ainsi Elle ne l'eut point, ni il lui fut demandé de compte de ce qu'Elle avait reçu ni il ne lui en fut fait charge parce qu'il lui avait été ainsi promis quand Elle fut faite exempte du péché commun, comme étant élue pour Reine et Privilégiée, exempte des lois des enfants d'Adam. Pour cette même raison dans le Jugement Universel, sans être jugée comme les autres, Elle viendra aussi à la droite de son Très Saint Fils comme Conjuge [b] de toutes les créatures. Et si dans le premier instant de sa Conception Elle fut une aurore très claire et très brillante, retouchée par les rayons du Soleil de la Divinité
au-dessus des Lumières des plus ardents Séraphins, et ensuite Elle s'éleva jusqu'à La toucher, dans l'union du Verbe avec sa très pure substance, l'Humanité du Christ, il était conséquent que pendant toute l'éternité Elle fût Sa Compagne avec la similitude possible entre le Fils et la Mère, étant Lui Dieu et Homme, et Elle pure Créature. Avec ce titre le même Rédempteur la présenta devant le trône de la Divinité; et parlant avec le Père Éternel en présence de tous les Bienheureux, qui étaient attentifs à cette merveille, l'Humanité très Sainte dit ces paroles: «Père Éternel, Ma Très Aimante Mère, Votre Fille chérie et l'Épouse bien-aimée de l'Esprit-Saint vient recevoir la possession éternelle de la Couronne et de la gloire que Nous lui avons préparée pour récompense de ses mérites. C'est Celle qui naquit entre les enfants d'Adam, comme une rose entre les épines, intacte, pure et belle, digne de ce que Nous la recevions entre Nos mains et dans ce siège où n'arriva ni ne peuvent arriver aucune de nos créatures conçues en péché. C'est notre Élue unique et singulière, à qui Nous avons donné grâce et participation de Nos Perfections, au-dessus de la loi commune des autres créatures; c'est en Elle que Nous avons déposé le Trésor de Notre Divinité incompréhensible et de Ses Dons; et Celle qui l'a gardé très fidèlement et qui a profité des talents que Nous lui avons donnée; Celle qui jamais ne se sépara de Notre Volonté, et Celle qui trouva grâce et complaisance à Nos yeux. Mon Père, le Tribunal de Votre Miséricorde et de Votre Justice est très droit, et en lui sont payés les services de nos amis avec une récompense surabondante. Il est juste qu'à Ma Mère la récompense soit donnée comme à une Mère: et si en toute sa Vie et ses oeuvres Elle fut semblable à Moi dans le degré possible à une pure Créature, Elle doit l'être aussi dans la gloire et dans la place sur le trône de Notre Majesté, afin que là où est la Sainteté par Essence soit aussi la Souveraine Sainteté par participation.»

8, 21, 763. Le Père et l'Esprit-Saint approuvèrent ce décret du Verbe Incarné. Et ensuite cette Âme très Sainte de Marie fut élevé à la droite de son Fils et son Dieu véritable, et placée dans le trône [c] royal même de la Bienheureuse Trinité où ni hommes, ni Anges, ni Séraphins n'arrivèrent ni n'arriveront jamais pendant toute l'éternité. Telle est la plus haute et la plus excellente prééminence de notre Reine et Souveraine, d'être dans le trône même des divines Personnes et d'y avoir place comme Impératrice, quand les autres n'ont qu'une place de serviteurs et de ministres du Souverain Roi. Les dots de gloire, de Compréhension [d], de Vision et de Fruition en la Très Sainte Marie correspondent à l'éminence ou la Majesté de ce Lieu, inaccessible à toute autre créature; parce qu'Elle jouit au-dessus de tous et plus que tous de cet Objet Infini dont les Bienheureux jouissent par des degrés variés et innombrables. Elle connaît, pénètre et comprend beaucoup plus de l'Être Divin et de Ses Attributs infinis; Elle aime et Elle jouit de Ses Mystères et de Ses Secrets très cachés plus que tout le reste des Bienheureux. Et quoiqu'entre la gloire des divines Personnes et celle de la Très Sainte Marie il y ait une distance infinie; parce que la Lumière de la Divinité, comme dit l'Apôtre (1 Tim. 6: 16), est inaccessible et qu'en Elle seule habitent l'Immortalité et la gloire par Essence: et aussi l'Âme très Sainte de Jésus-Christ excède sans mesure les dots de Sa Mère; mais la gloire de cette grande Reine comparée avec tous les Saints s'élève au-dessus de tous comme inaccessible, et Elle a une similitude avec Celle de Jésus-Christ qui ne se peut comprendre ni s'expliquer en cette vie.

8, 21, 764. On ne peut non plus réduire en paroles la joie nouvelle qu'acquirent en ce jour les Bienheureux, chantant de nouveaux cantiques de bénédictions au Tout-Puissant et à la gloire de Sa Fille, Sa Mère et Son Épouse, en qui Il glorifiait les Oeuvres de Sa Droite. Et quoiqu'il ne puisse venir ni arriver au Seigneur même une nouvelle gloire intérieure parce qu'Il l'a eue et l'a immuable depuis Son Éternité; néanmoins les démonstrations extérieures de Son Agrément et de Sa Complaisance dans l'accomplissement de Ses Décrets Éternels furent plus grandes en ce jour, parce qu'il sortait une Voix du trône royal, comme de la Personne du Père qui disait: «Dans la gloire de Notre Élue et Très Aimante Fille se sont accomplis Nos désirs, Notre Volonté Sainte et Nos Complaisances avec plénitude. Nous avons donné à toutes les créatures l'être qu'elles ont, les créant de rien, afin qu'elles participassent de Nos Biens et de Nos Trésors infinis, conformément à l'inclination et au poids de Notre Bonté immense. Ceux-là mêmes que Nous avions faits capables de Notre grâce et de Notre gloire n'ont pas profité de ce Bienfait. Seule Notre Chérie et Notre Fille n'eut point de part dans la désobéissance et la prévarication des autres, et Elle mérita ce que les enfants de perdition méprisèrent comme indignes; et Notre Coeur ne se trouva point frustré en Elle pendant aucun temps ni aucun moment. A Elle appartiennent les récompenses qu'avec Notre Volonté commune et conditionnée Nous avions préparée pour les Anges désobéissants et pour les hommes qui les ont imités, si tous avaient coopéré avec Notre grâce et Notre vocation. Elle a compensé ce manquement de révérence par sa soumission et son obéissance, Elle Nous a donné
pleine Complaisance en toutes ses opérations, et Elle a mérité de s'asseoir sur le trône de Notre Majesté.»

8, 21, 765. Le troisième jour que l'Âme très Sainte de Marie jouissait de cette gloire pour ne jamais la quitter, le Seigneur manifesta aux Saints Sa Volonté Divine qu'Elle revînt au monde et que son Corps sacré ressuscitât en s'unissant avec lui [e], afin qu'en Corps et en Âme Elle fut une autre fois élevée à la droite de son Très Saint Fils, sans attendre la Résurrection Générale des morts. Les Saints ne pouvaient ignorer la convenance de cette faveur et la conséquence qu'elle avait avec les autres que reçut la Reine du Ciel et avec sa surexcellente dignité, puisqu'elle est si croyable aux mortels, que quand la Sainte Église ne l'approuverait pas, nous jugerions pour impie et insensé celui qui prétendrait la nier [f]. Mais les Bienheureux la connurent avec une plus grande clarté avec la détermination du temps et de l'heure, quand Il leur manifesta Son Décret Éternel en lui-même. Et lorsqu'il fut temps de faire cette merveille, Jésus-Christ notre Sauveur Lui-même descendit du Ciel, menant à Sa droite l'Âme de Sa Bienheureuse Mère, avec beaucoup de légions d'Anges, les Pères et les Prophètes anciens. Ils arrivèrent au sépulcre dans la vallée de Josaphat, et étant tous à la vue du Temple Virginal, le Seigneur parla avec les Saints et Il leur dit ces paroles:

8, 21, 766. «Ma Mère fut conçue sans tache de péché, afin que de sa substance Virginale très Pure et sans tache Je fusse vêtu de l'Humanité en laquelle Je vins au monde et le rachetai du péché. Ma chair est sa chair; et elle coopéra avec Moi dans les Oeuvres de la Rédemption: et ainsi Je dois la ressusciter comme Je ressuscitai des morts, et que cela soit au même temps et à la même heure; parce qu'en tout Je veux la faire semblable à Moi.» Tous les anciens Saints de la nature humaine rendirent des actions de grâces de ce Bienfait avec de nouveaux cantiques de louange et de gloire du Seigneur. Et ceux qui se signalèrent spécialement furent nos premiers parents Adam et Ève, et après eux sainte Anne, saint Joachim et saint Joseph, comme ayant des titres et des raisons particulières pour exalter le Seigneur dans cette merveille de Sa Toute-Puissance. Aussitôt l'Âme très Pure de la Reine au commandement de son Très Saint Fils entra dans son Corps Virginal, le reforma et le ressuscita, lui donnant une nouvelle vie Immortelle et Glorieuse et lui communiquant les quatre dots de Clarté,
d'Impassibilité, d'Agilité et de Subtilité, correspondantes à la gloire de l'Âme d'où elle se dérivent au corps.

8, 21, 767. La Très Saint Marie sortit du sépulcre en Corps et en Âme [g] avec ces Dons, sans mouvoir ni soulever la pierre dont il était fermé, la tunique et le linceul demeurant disposés de la manière dont ils couvraient son Corps sacré. Et parce qu'il est impossible de manifester sa beauté, sa grâce et l'éclat de tant de gloire, je ne m'y arrêterai pas. Il me suffit de dire que comme la divine Mère donna à son Très Saint Fils la forme humaine dans son sein Virginal, et la Lui donna pure, nette, sans tache et impeccable pour racheter le monde: de même aussi en retour de ce don le même Seigneur lui donna dans cette résurrection, cette nouvelle génération, une autre gloire et une beauté semblable à Lui-même. Et dans ce commerce si mystérieux et si divin, Chacun fit ce qu'Il put; parce que la Très Sainte Marie engendra Jésus-Christ assimilé à Elle-même autant qu'il fut possible; et Jésus-Christ la ressuscita en lui communiquant de Sa gloire autant qu'Elle put recevoir dans la sphère de pure Créature.

8, 21, 768. Aussitôt une procession très solennelle s'ordonna du sépulcre s'élevant dans la région de l'air avec une musique céleste, et Elle s'éloigna vers le Ciel empirée. Cela arriva à la même heure que Notre Sauveur Jésus-Christ ressuscita le dimanche immédiatement après minuit; et ainsi tous les Apôtres ne purent apercevoir ce miracle alors, hors ceux qui assistaient et veillaient au saint sépulcre. Les Saints et les Anges entrèrent dans le Ciel dans le même ordre qu'ils avaient en partant de la terre et en dernier lieu allaient notre Sauveur Jésus-Christ et à Sa droite la Reine vêtue d'or et de variété, comme dit David (Ps. 44: 10), et si belle qu'Elle fut l'admiration des courtisans du Ciel. Ils se tournèrent tous pour la regarder et la bénir avec de nouvelles jubilations et des cantiques de louange. Ainsi s'entendirent ces éloges mystérieux que Salomon laissa écrits pour Elle: «Sortez, filles de Sion, pour voir votre Reine, que les étoiles du matin louent et que fêtent les enfants du Très-Haut. Qui est Celle-ci (Cant. 3: 6) qui monte du désert comme une colonne de tous les parfums aromatiques? Qui est Celle-ci qui s'élève comme l'aurore (Cant. 6: 9), plus belle que la lune, élue comme le soleil, et terrible comme plusieurs escadrons ordonnés? Qui est Celle-ci qui monte du désert (Cant. 8: 5), appuyée sur son Bien-Aimé, et répandant des délices avec abondance? Qui est Celle-ci en qui la Divinité même trouva tant d'Agrément et de Complaisance au-dessus de toutes Ses créatures, et qu'Elle élève au-dessus de toutes jusqu'au trône de Sa Lumière et de Sa Majesté inaccessible? O Merveille jamais vue dans les Cieux! ô Nouveauté digne de la Sagesse infinie! ô Prodige de Sa Toute-Puissance, qui la magnifie et l'exalte de la sorte!»

8, 21, 769. La Très Sainte Marie arriva avec ces gloires en Corps et en Âme au trône royal de la Bienheureuse Trinité. Et les trois divines Personnes l'y reçurent avec un embrassement éternellement indissoluble. Le Père Éternel lui dit: «Monte plus haut que toutes les créatures, Mon Élue, Ma File et Ma Colombe.» Le Verbe Incarné dit: «Ma Mère de qui J'ai reçue l'être humain et le retour de Mes Oeuvres par ta parfaite imitation, reçois maintenant de Ma main la récompense que tu as méritée.» L'Esprit-Saint dit: «Mon Épouse très aimante, entre dans la Joie Éternelle qui correspond à ton amour très fidèle, aime et jouis sans inquiétude, car déjà l'hiver (Cant. 2: 11) de la souffrance est passé.» La Très Sainte Marie demeura absorbée entre les divines Personnes, et comme submergée dans l'Océan interminable et l'Abîme de la Divinité; les Saints étant remplis d'admiration et d'une nouvelle joie accidentelle. Et parce que d'autres merveilles arrivèrent dans cette Oeuvre de la Tout-Puissance, j'en dirai quelque chose si je puis dans le chapitre suivant.

DOCTRINE QUE ME DONNA LA REINE DU CIEL
LA TRÈS SAINTE MARIE.

8, 21, 770. Ma fille, l'ignorance des hommes est lamentable et sans excuse, d'oublier par exprès la gloire éternelle que Dieu a préparée pour ceux qui se disposent à la mériter. Je veux que tu pleures amèrement cet oubli si pernicieux et que tu te lamentes sur ce sujet, puisqu'il n'y a point de doute que celui qui oublie volontairement la Félicité et la gloire éternelle est dans un péril évident de la perdre. Nul n'a une légitime excuse de ce péché, non seulement parce que pour avoir se souvenir et pour essayer de l'avoir il ne coûte pas à tous beaucoup de
travail; mais au contraire pour oublier la fin pour laquelle ils ont été créés, ils travaillent beaucoup de toutes leurs forces. Il est certain que cet oubli naît de ce que les hommes se livrent à l'orgueil de la vie, à la convoitise des yeux et à la concupiscence de la chair; parce qu'employant en cela toutes les forces et les puissances de l'âme et tout le temps de la vie (1 Jean 2: 16), il ne reste plus de souci, ni d'attention ni de lieu pour penser avec repos ni même sans repos, à la félicité éternelle de la Béatitude. Que les hommes disent donc et qu'ils confessent si cette mémoire leur coûte un plus grand travail que de suivre leurs passions aveugles pour acquérir l'honneur, la richesse et les plaisirs transitoires, qui s'achèvent avant la vie; et souvent après s'être fatiguées ils ne les obtiennent point, ni ils ne peuvent les obtenir.

8, 21, 771. Combien il est plus facile pour les mortels de ne point tomber dans cette perversité, et surtout pour les enfants de l'Église puisqu'ils ont à la main la Foi et l'Espérance, qui sans aucun travail leur enseignent cette Vérité! Et quand pour mériter le Bien Éternel il leur serait aussi coûteux que d'obtenir l'honneur et la fortune et d'autres plaisirs apparents, c'est une grande folie de travailler autant pour le faux que pour le véritable, pour les peines éternelles que pour la gloire Éternelle. Tu connaîtras bien, ma fille, cette abominable stupidité pour la pleurer, si tu considères dans le siècle où tu vis, si troublé par les guerres et les discordes, combien il y a de malheureux qui s'en vont chercher la mort pour un court et vain salaire d'honneur, de vengeance, et d'autres intérêts très vils; et ils ne se souviennent ni ne se soucient plus de la Vie Éternelle que s'ils étaient irraisonables; et ce serait leur bonne fortune de finir comme eux avec la mort temporelle; mais comme le plus grand nombre opèrent contre la Justice, et les autres qui la gardent vivent oublieux de leur fin, les uns et les autres meurent éternellement.

8, 21, 772. Cette douleur est au-dessus de toute douleur et c'est une infortune sans égal et sans remède. Afflige-toi, lamente-toi et pleure sans consolation sur cette ruine de tant d'âmes achetées par le Sang de mon Très Saint Fils. Et je t'assure, ma très chère, que du Ciel où je suis dans la gloire que tu as connue, la Charité m'incline à leur donner une voix qui s'entendrait par tout le monde, si les hommes ne déméritaient point d'avoir cette faveur, et criant je leur dirais: «Hommes mortels et trompés, que faites-vous" En quoi vivez-vous?
Savez-vous paraventure ce que c'est que voir Dieu face à Face et participer de Sa gloire et de Sa Compagnie Éternelles? A quoi pensez-vous? Qui vous a ainsi troublé et fasciné le jugement? Que cherchez-vous, si vous perdez ce véritable Bien et cette Félicité sans en avoir une autre?» Le travail est court, la gloire infinie et la peine éternelle!

8, 21, 773. Avec cette douleur que je veux exciter en toi, tâche de travailler avec dévouement pour ne point tomber dans ce danger. Tu as un vivant exemple dans ma Vie qui fut tout entière une souffrance continuelle, et telle que tu as connue; mais quand j'arrivai au récompenses que je reçus, tout me parut rien, et je l'oublia comme si ce n'eût été rien. Détermine-toi mon amie, à me suivre dans le travail; et quand ce travail serait au-dessus de tous ceux des mortels, répute-le comme très léger, et que rien ne te semble difficile ni ne te paraisse lourd ni très amer, quand ce serait d'entrer par le fer et le feu. Étends la main vers les choses fortes (Prov. 31: 19), et munis tes propres sens, qui sont tes domestiques, de doubles vêtements (Prov. 31: 21) de souffrance et d'opération de toutes tes puissances. Joint à cela je veux que ne te touche point une autre erreur commune des hommes qui consiste à dire: «Tâchons d'assurer notre Salut, car plus ou moins de gloire n'importe pas beaucoup puisque nous serons tous en Paradis.» Avec cette ignorance, ma fille, on n'assure pas le Salut, au contraire on l'aventure; parce qu'elle s'origine d'une grande stupidité et de peu d'amour de Dieu, et celui qui prétend faire ces pactes avec Sa Majesté Le désoblige pour qu'Il le laisse dans le péril de perdre le tout. La faiblesse humaine opère dans le bien toujours moins que ce à quoi s'étend son désir; et quand celui-ci n'est pas grand il exécute très peu; donc si l'on désire peu, on se met en risque de perdre le tout.

8, 21, 774. Celui qui se contente avec le médiocre ou l'infime de la vertu, laisse toujours lieu dans la volonté et dans les inclinations pour admettre volontairement d'autres affections terrestres et aimer les choses transitoires; et cet amour ne se peut conserver sans se rencontrer aussitôt avec l'Amour divin et pour cela il est impossible qu'il n'arrive point que l'un se perdre et que l'autre demeure. Lorsque la créature se détermine à aimer Dieu de tout son coeur et de toutes ses forces, comme Il le commande (Deut. 6: 5), le Seigneur prend en compte cette détermination et cette affection, bien que l'âme par d'autres défauts n'arrive pas aux récompenses les plus élevées. Mais de les mépriser et de ne les point estimer
avec intention n'est point un amour d'enfants, ni d'amis véritables, mais d'esclaves qui se contentent de vivre et de passer. Et si les Saints pouvaient revenir mériter de nouveau quelque degré de gloire en souffrant les tourments du monde jusqu'au jour du jugement, sans doute ils le feraient; parce qu'ils ont une véritable et parfaite connaissance de ce que vaut cette récompense, et ils aiment Dieu avec une Charité parfaite. Il ne convient point que cela soit concédé aux Saints; mais ce me fut concédé à moi, comme tu le laisses écrit dans cette Histoire [h]: et par mon exemple demeure confirmée cette vérité et réprouvée la folie de ceux qui pour ne point souffrir ni embrasser la Croix voudraient la récompense limitée, contre l'inclination même de la Bonté infinie du Très-Haut qui désire que les âmes aient des mérites pour être récompensés copieusement dans la Félicité de la gloire.

NOTES EXPLICATIVES
Extraites de celles de Don Creseto, à l'usage des prêtres.

8, 21, [a]. Ce fait se trouve rapporté dans la 18e Épître de l'Appendice aux Épîtres de saint Augustin. [V. Patr. Lat. de Migne, tom. 33, col. 1122].
8, 21, [b]. Si au jour du jugement les Apôtres mêmes viendront comme juges avec Jésus-Christ, comme il est écrit dans l'Évangile, Matt. XIX, et avec les Apôtres tous ceux qui auront suivi les conseils Évangéliques, comme saint Bède l'assure, [Hom. in natali S. Benedicti]; combien plus la Très Sainte Marie Reine des Apôtres, Mère du Juge suprême Jésus-Christ et Co-rédemptrice avec ce divin Sauveur?
8, 21, [c]. Cela est conforme à ce qu'écrit saint Pierre Damien: «La Bienheureuse Vierge fut élevée au trône de Dieu le Père et placée sur le siège même de la Trinité.» Et saint Augustin: «A Toi, ô Reine, est dû le trône du Roi de gloire.» [Serm. Assumpt.]. Ainsi se vérifia en Elle ce que l'Esprit-Saint en écrivit en figure, parlant de Bethsabée et de Salomon: «La Mère du Roi fut placée sur le
trône et Elle était assise à la droite du Roi.» [III Rois., II]. Et ailleurs: «La Reine est assise à la droite.» [Ps. XLIV]. Ainsi parle saint Athanase. [De Deip. Annunt. in fine].
8, 21, [d]. La "compréhension" prise comme l'un des Dons de gloire signifie selon saint Thomas: «Posséder Dieu et L'avoir en soi-même,» [Suppl. q. 95, a. 5] c'est-à-dire le posséder en soi-même.
8, 21, [e]. La tradition rapporte que la Très Sainte Marie ressuscita le troisième jour après sa Mort. Cette sentence est embrassée par le commun des Docteurs. Saint François de Sales écrit à ce sujet: «Nous qui sommes Chrétiens nous croyons, nous assurons et nous prêchons que la Très Sainte Marie mourut et que trois jours après Elle ressuscita, parce que la tradition l'enseigne, parce que l'Église le confirme; et si quelqu'un voulait nous contredire, nous lui répondrions ce que dit l'Apôtre en un cas semblable: "Si quelqu'un est contentieux nous n'avons point cette habitude ni non plus l'Église de Dieu."»
8, 21, [f]. Benoît XIV [De Assumpt. n. 18.]. Suarez, [3 p. q. 37, a. 4 disp. 25, sect. 2].
8, 21, [g]. L' Assomption de Marie en Corps et en Âme bien que non encore déclarée "article de Foi obligatoire" est pourtant moralement certaine, car au dire de Benoît XIV celui qui la nierait serait "souverainement téméraire".
8, 21, [h]. Livre 7, No. 2.
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Message par sga Ven 19 Mar 2021 - 12:45

CHAPITRE 22


La Très Sainte Marie fut couronnée Reine des Cieux et de toutes les créatures, et il lui fut confirmé de grands privilèges au bénéfice des hommes.


8, 22, 775. Quand notre Sauveur Jésus-Christ fit Ses adieux à Ses disciples pour aller souffrir, Il leur dit que leurs coeurs ne se troublassent (Jean 14: 1) point pour les choses dont Il les avait avertis; parce que dans la Maison de Son Père qui est la Béatitude, il y avait plusieurs demeures. Et ce fut leur assurer qu'il y a un lieu et des récompenses pour tous, quoique les mérites et les bonnes oeuvres soient diverses; et qu'aucun ne doit se troubler ni ne se contrister en perdant la paix et l'espérance, quoiqu'il en voit d'autres plus avantagés ou avancés; parce que dans la maison de Dieu il y a plusieurs degrés et demeures dans lesquelles chacun sera content de celle qui le touche, sans envier l'autre, car c'est là une des grandes fortunes de cette Félicité Éternelle. J'ai dit que la Très Sainte Marie fut élevée à la plus haute place [a] ou demeure sur le trône de la Bienheureuse Trinité, et j'ai souvent usé de cette parole pour déclarer des Mystères si grands, comme en usent aussi les Saints et la Sainte Écriture (Apoc. 1: 4; 3: 21) elle-même. Et quoiqu'avec cela, il n'eût pas été nécessaire de faire d'autre avertissement, néanmoins, pour ceux qui comprennent moins, je dis que Dieu étant un Esprit sans corps et conjointement Infini, Immense, Incompréhensible, n'a pas besoin de trône matériel ni de siège, parce qu'Il remplit tout, Il est présent dans toutes les créatures et aucune ne Le comprend, ne Le ceint ni ne L'entoure; au contraire, Il les comprend et les renferme toutes en Lui-même. Et les Saints ne voient point la Divinité avec les yeux corporels mais avec les yeux de l'âme; néanmoins comme ils Le regardent en quelque endroit déterminé, pour L'entendre à notre manière terrestre et matérielle, nous disons qu'Il est sur Son trône royal, où la Bienheureuse Trinité a Son siège, quoiqu'Il ait Sa Gloire en Lui-même et Il la communique aux Saints. Cependant je ne nie point que l'Humanité de notre Sauveur Jésus-Christ et Sa Très Sainte Mère dans le Ciel soient dans un lieu plus éminent que les autres Saints; et qu'entre les Bienheureux qui sont en corps et en âme, il y a quelque ordre de proximité, plus ou moins grands avec Notre-Seigneur et avec la Reine; mais ce n'est pas l'endroit de déclarer la manière dont cela arrive dans le Ciel.

8, 22, 776. Toutefois, nous appelons trône de la Divinité, le lieu où se manifeste aux Saints comme cause principale de la gloire et comme Dieu Éternel, Infini et qui ne dépend de personne et toutes les créatures dépendent de Sa Volonté; et Il Se manifeste comme Seigneur, comme Roi, comme Juge et Maître de tout ce qui a l'être. Jésus-Christ notre Rédempteur a cette dignité en tant que Dieu par Essence et en tant qu'homme par l'union hypostatique avec laquelle elle fut communiquée à Son Humanité très Sainte; ainsi Il est dans le Ciel comme Roi, Seigneur et Juge suprême; et quoique la gloire et l'excellence des Saints excèdent toute pensée humaine, ils sont comme serviteurs et inférieurs de cette Majesté inaccessible. Après notre Sauveur Jésus-Christ la Très Sainte Marie participe à cette excellence dans un degré inférieur à son Très Saint Fils et par une autre manière ineffable et proportionnée à l'être de pure Créature immédiate à Dieu-Homme; et toujours Elle assiste (Ps. 44: 10) à la droite de son Fils comme Reine, Maîtresse et Patronne de tout ce qui est créé, quoique par une autre manière.

8, 22, 777. La Très Sainte Marie ayant été colloquée à cette place et à ce trône très éminent, le Seigneur déclara aux Courtisans du Ciel les privilèges dont Elle jouissait par cette Majesté participée. Et la Personne du Père Éternel, comme Premier Principe de tout, parlant avec les Anges et les Saints, dit: «Notre Fille Marie fut élue et possédée de Notre Volonté Éternelle entre toutes les créatures, et la Première pour Nos délices, et jamais Elle n'a dégénéré du titre et de l'être de Fille que Nous lui avons donné dans Notre Entendement divin; et Elle a un droit a Notre Royaume dont Elle doit être reconnue et couronnée Maîtresse légitime et Reine singulière.» Le Verbe Incarné dit: «Toutes les créatures qui ont été créées et rachetées par Moi appartiennent à Ma Mère véritable et naturelle, et de tout ce dont Je suis Roi, Elle doit être Reine suprême et légitime.» L'Esprit-Saint dit: «La couronne de Reine lui est due aussi pendant toute l'éternité pour le titre de Mon Épouse, Amie et Élue auquel Elle a correspondu avec fidélité.»

8, 22, 778. Ces raisons ayant été données les trois divines Personnes mirent sur la tête de la Très Sainte Marie une Couronne de Gloire d'une splendeur et d'une valeur si nouvelle qu'elle ne s'était jamais vue avant et qu'elle ne se verra jamais après en une créature. En même temps il sortit une Voix du trône qui disait: «Mon Amie et Mon Élue entre les créatures, Notre Royaume est tien; tu es Reine, Maîtresse et Supérieure des Séraphins, de tous nos ministres les Anges et de toute l'universalité de nos créatures. Préside (Ps. 44: 5), commande et règne heureusement sur elles, car en Notre Consistoire suprême Nous te donnons empire, majesté et domaine. Étant pleine de grâce au-dessus de toutes, tu t'es humilié en ton estime à la dernière place; reçois maintenant la suprême place qui t'est due et le domaine participé de Notre Divinité sur tout ce que Nos mains ont fabriqué [b] avec Notre Toute-Puissance. De ton trône royal tu commanderas jusqu'au centre de la terre; et par le pouvoir que Nous te donnons tu assujettiras l'enfer, tous ses démons et ses habitants; tous te craindront comme Impératrice et Maîtresse suprême des cavernes et des demeures de nos ennemis. Nous mettons en tes mains et ta volonté les Vertus et les effets de toutes les causes, leurs opérations, leur conservation, afin que tu dispenses les influences des cieux, la pluie des nuées, les fruits de la terre, et distribue tout par ta disposition à laquelle Notre Volonté sera attentive pour exécuter la tienne. Tu seras Reine et Maîtresse de tous les mortels pour commander et retenir la mort et conserver la vie. Tu seras Impératrice et Maîtresse de l'Église militante, sa Protectrice, son Avocate, sa Mère et sa Maîtresse. Tu seras la Patronne spéciale des royaumes Catholiques; et si ces royaumes et les autres fidèles et tous les enfants d'Adam t'invoquent et te servent de tout leur coeur, tu leur porteras remède et tu les protégeras dans leurs travaux et leurs nécessités. Tu seras Amie, Défense et Capitaine de tous les justes, nos amis; tu les consoleras tous, tu les conforteras et tu les rempliras de biens, selon la dévotion qu'ils auront pour toi. Pour tout cela nous te faisons Dépositaires de nos Richesses, Trésorière de nos Biens; Nous mettons en tes mains les secours et les faveurs de Notre grâce afin que tu les dispenses; Nous ne voulons rien accorder au monde que ce ne soit par ta main; et Nous ne voulons rien lui refuser de ce que tu accorderas [c] aux hommes. La grâce sera répandue sur tes lèvres (Ps. 44: 3) pour tout ce que tu voudras et ordonneras dans le Ciel et sur la terre, et en toutes parts les Anges et les hommes t'obéiront, parce que Nos choses sont tiennes, comme tu fus toujours Nôtre et tu régneras avec Nous pour toujours.»

8, 22, 779. En exécution de ce Décret et de ce privilège accordé à la Maîtresse de l'Univers, le Tout-Puissant commanda à tous les Courtisans du Ciel, Anges et hommes de prêter tous l'obéissance à la Très Sainte Marie et de la reconnaître pour leur Reine et leur Maîtresse. Cette merveille eut un autre mystère, et ce fut de compenser à la divine Mère la vénération et le culte qu'Elle avait rendu aux Saints avec une profonde humilité quand ils lui apparaissaient lorsqu'Elle était Voyageuse, comme je l'ai écrit en toute cette Histoire, Elle étant
Mère de Dieu même, pleine de grâce et de sainteté au-dessus de tous les Anges et de tous les Saints. Et parce qu'ils étaient Compréhenseurs et la Très Pure Dame Voyageuse, il convenait pour son plus grand mérite qu'Elle s'humiliât envers tous, parce que le Seigneur même l'ordonnait ainsi; mais étant désormais en possession du Royaume qui lui était dû, il était juste que tous lui rendissent culte et vénération, et se reconnussent ses inférieurs et ses vassaux. C'est ce qu'ils firent dans ce très heureux état où toutes les choses sont réduites à leur ordre et à leur due proportion. Les esprits angéliques et les âmes des Saints firent cette reconnaissance et cette vénération de la manière qu'ils adorèrent le Seigneur avec crainte, culte et révérence, rendant les mêmes hommages respectivement à Sa divine Mère; et les Saints qui étaient en corps dans le Ciel se prosternèrent et adorèrent leur Reine avec des actes corporels. Et toutes ces démonstrations et ce couronnement de l'Impératrice des Hauteurs furent d'une gloire admirable pour Elle et d'une joie et d'une jubilation nouvelles pour les Saints, et de complaisance pour la Bienheureuse Trinité; et ce jour fut en tout très solennel et d'une gloire nouvelle et accidentelle pour le paradis. Ceux qui la goûtèrent davantage furent son Très Chaste Époux saint Joseph, saint Joachim, sainte Anne et tous les autres parents de la Reine, et spécialement les mille Anges de sa garde.

8, 22, 780. Dans la poitrine de l'Auguste Souveraine, dans son Corps glorieux se manifestait aux Saints une forme de petit globe ou sphère d'une beauté et d'une splendeur singulières qui leur causa et leur cause une admiration et une allégresse spéciales [d]. Et c'est comme une récompense et un témoignage de ce que le Verbe Incarné Sacramenté a été déposé dans son sein comme dans un digne Tabernacle, et de ce qu'Elle L'a reçu si dignement, si purement et si saintement sans défaut ni imperfection aucune, mais avec une souveraine dévotion, avec un amour et une révérence à laquelle n'arriva aucun autre Saint. Dans les autres récompenses et couronnes correspondantes à ses Vertus et à ses Oeuvres sans égales je ne peux dire aucune chose digne qui les manifeste; aussi je m'en remets à la Vue Béatifique où chacun la connaîtra comme il l'aura mérité par ses oeuvres et sa dévotion. Dans le chapitre 19 qui précède, j'ai dit comment le trépas de notre Reine fut le treize août. Sa Résurrection, son Assomption, et son Couronnement arrivèrent le dimanche, le quinze, jour où la Sainte Église la célèbre. Son saint Corps fut dans le sépulcre trente-six heures. Le comput des années demeure ajusté, là où j'ai dit que cette merveille arriva l'an du Seigneur cinquante-cinq, le
mois qu'il y a depuis la Nativité du même Seigneur jusqu'au quinze août entrant dans cette année.

8, 22, 781. Laissons notre grande Souveraine à la droite de son Très Saint Fils régnant pour tous les siècles des siècles. Revenons maintenant vers les Apôtres et les disciples, qui sans essuyer leurs larmes assistaient au sépulcre de la Très Sainte Marie dans la vallée de Josaphat. Saint Pierre et saint Jean ayant été les plus persévérants et les plus assidus, reconnurent le troisième jour que la musique céleste avait cessé puisqu'ils ne l'entendaient plus; éclairés par l'Esprit Divin ils en conclurent que la Très Pure Mère devait être ressuscitée et élevée aux Cieux en Corps et en Âme comme son Très Saint Fils. Ils conférèrent de cette opinion en s'y confirmant; et saint Pierre, comme Chef de l'Église détermina qu'ils prendraient le témoignage possible de cette vérité et cette merveille, témoignage qui fut notoire à ceux qui avaient été témoins de sa Mort et de son enterrement. A cette fin il assembla tous les Apôtres, les disciples et les autres fidèles à la vue du sépulcre où il les avait convoqués le jour même. Il leur proposa les raisons qu'il y avait pour ajouter foi à ce qu'ils présumaient tous unanimement, et pour manifester à l'Église cette merveille qui serait vénérable dans tous les siècles, et glorieuse pour le Seigneur et Sa Bienheureuse Mère. Tous approuvèrent le sentiment du Vicaire de Jésus-Christ et par son ordre ils levèrent aussitôt la pierre qui fermait le sépulcre; et arrivant à la reconnaître, ils le trouvèrent vide et sans le Corps sacré de la Reine du Ciel, et sa tunique était tendue, comme lorsqu'elle la couvrait de manière que l'on connut qu'Elle avait pénétré la tunique et la pierre sans les mouvoir ni les déranger. Saint Pierre prit la tunique et le linceul, le vénéra ainsi que tous les autres, demeurant assurés de la Résurrection et de l'Assomption de la Très Sainte Marie dans les Cieux; et entre la joie et la douleur ils célébrèrent avec de douces larmes cette mystérieuse merveille et ils chantèrent des Psaumes et des hymnes à la louange et à la gloire du Seigneur et de Sa Bienheureuse Mère.

8, 22, 782. Mais dans leur admiration et leur tendresse ils étaient tous en suspens et regardaient le sépulcre sans pouvoir s'en éloigner jusqu'à ce que l'Ange du Seigneur descendît et se manifestât à eux disant: «Hommes de Galilée, qu'est-ce qui vous étonne et vous retient ici? Votre Reine et la nôtre vit désormais en Corps et en Âme dans le Ciel et Elle y règne pour toujours avec Jésus-Christ. Elle m'envoie afin que je vous confirme dans cette Vérité et je vous dis de sa part qu'Elle vous recommande de nouveau l'Église, la conversion des âmes et la diffusion de l'Évangile; et Elle veut que vous retourniez aussitôt à ce ministère comme vous en êtes chargés, qu'Elle prendra soin de vous du Lieu de sa Gloire.» Les Apôtres furent confortés par cette nouvelle recommandation, ils éprouvèrent sa protection dans leurs voyages et beaucoup plus à l'heure de leurs martyres; parce qu'alors Elle apparut à tous et à chacun et Elle présenta leurs âmes au Seigneur. Il y a d'autres choses que l'on rapporte du trépas et de la Résurrection de la Très Sainte Marie et qui ne m'ont pas été manifestées, et ainsi je ne les écris point, et je n'ai point eu d'autre choix en toute cette Histoire que de dire ce qui m'a été enseigné et commandé d'écrire.

DOCTRINE QUE M'A DONNÉE LA GRANDE REINE DU CIEL
la Très Sainte Marie.

8, 22, 783. Ma fille, si quelque chose pouvait diminuer la joie de la Félicité et de la Gloire suprême que je possède, et si avec elle je pouvais recevoir quelque peine, sans doute il m'en serait donnée une grande de voir la Sainte Église et le reste du monde dans l'affligeant état qu'il a aujourd'hui, les hommes sachant qu'ils m'ont dans le Ciel pour leur Mère, leur Avocate et leur Protectrice, pour leur apporter remède et secours, et pour les diriger vers la Vie Éternelle. Et cela étant ainsi, et le Très-Haut m'ayant concédé tant de privilèges comme à leur Mère, et tant de titres que tu as écrits que je convertis et applique au bénéfice des mortels, comme Mère de Clémence; c'est une cause de grande douleur pour mes entrailles de miséricorde de voir que non seulement ils me tiennent oisive pour leur propre bien, mais que pour ne point m'invoquer de tout coeur tant d'âmes se perdent. Mais si je n'ai point de douleur, j'ai une juste plainte des hommes qui encourent pour eux-mêmes la peine éternelle et qui ne me donnent point à moi cette gloire de les favoriser pour opérer leur Salut.

8, 22, 784. La valeur de mon intercession et de la puissance que j'ai dans les Cieux pour secourir tous les mortels n'a jamais été ignoré dans l'Église; puisque la certitude de cette Vérité a été testifié par tant de milliers et de milliers de miracles, de merveilles et de faveurs que j'ai opérées envers mes dévots; toujours j'ai été libérale envers ceux qui m'ont invoquée dans leurs nécessités, et à cause de moi le Seigneur l'a été pour eux; et quoique les âmes que j'ai secourues soient nombreuses, elles sont le petit nombre eu égard à celles que je peux et que je désire bénéficier et secourir. Le monde court et les siècles s'avancent; les mortels tardent à se convertir à Dieu et à Le connaître; les enfants de l'Église s'embarrassent et s'enveloppent dans les filets du démon; les pécheurs croissent en nombre et les péchés s'augmentent, parce que la charité se refroidit, après que Dieu S'est fait homme, enseignant le monde par Sa Vie et Sa Doctrine, le rachetant par Sa Passion et Sa Mort, donna la Loi si efficace de l'Évangile, pourvu que la créature concoure de son côté, illustrant l'Église de tant de miracles, de Lumières, de Bienfaits et de faveurs par Lui-même et par Ses Saints; et outre cela ouvrant les portes de Sa Miséricorde par Sa Bonté, et par le moyen de mon intercession; me signalant pour leur Mère, leur Refuge, leur Protectrice et leur Avocate; et moi accomplissant ponctuellement et abondamment ces offices, mais non suffisamment puisque les hommes ne m'en donnent pas assez d'occasion. Après tout cela, est-il étonnant que la Justice divine soit irritée puisque les péchés des hommes méritent le châtiment qui les menaces et qu'ils commencent à sentir? C'est parce qu'avec ces circonstances la malice arrive déjà au souverain degré auquel elle peut atteindre.

8, 22, 785. Tout cela est vrai, ma fille, cependant ma piété et ma clémence surpassent toute cette malice et elle a incliné la Bonté infinie et détenu la Justice; le Très-Haut veut être libéral de Ses Trésors infinis, et Il détermine de favoriser les hommes s'ils savent gagner mon intercession, et s'ils me font plaisir afin que je l'interpose avec efficacité en la divine Présence. Tel est le chemin assuré et le moyen puissant pour faire triompher l'Église, secourir les royaumes Catholiques, répandre la Foi, assurer les familles et les états et amener les âmes à la grâce et à l'Amitié de Dieu. Je veux, ma fille, que tu travailles à cette cause et que tu m'aides en ce que tu pourras avec le secours de la Vertu divine. Et non seulement ce doit être en ayant écrit ma Vie, mais en l'imitant par l'observation de mes conseils et de ma Doctrine salutaire que tu as reçue si abondamment tant en ce que tu as écrit qu'en d'autres faveurs et d'autres Bienfaits sans nombre correspondants à ce que le Très-Haut a opéré en ta faveur. Considère bien, ma très chère, ton étroite obligation de m'obéir comme à ton unique Mère, comme à ta légitime et véritable Maîtresse et Supérieure, puisque je fais envers toi tous ces offices et ces bienfaits et d'autres d'une bonté singulière; tu as renouvelé et ratifié les voeux de ta profession plusieurs fois entre mes mains et tu m'as promis une obéissance spéciale. Souviens-toi des paroles que tu as données tant de fois au Seigneur et à Ses Anges; et tous Nous t'avons manifesté Notre Volonté que tu sois, que tu vives et que tu opères comme l'un d'enter eux, que tu participes en chair mortelle aux conditions et aux opérations des Anges et que ta conversation et ton entretien soient avec ces esprits très purs; et comme ils se communiquent entre eux-mêmes les uns aux autres, comme les supérieurs illustrent et informent les inférieurs, ainsi qu'ils t'illustrent et t'informent des Perfections de ton Bien-Aimé et de la Lumière dont tu as besoin pour l'exercice de toutes les Vertus et principalement pour la maîtresse d'entre elles, qui est la Charité, avec laquelle tu t'enflammes dans l'amour de ton Maître et de ton prochain. Tu dois aspirer à cet état de toutes tes forces afin que le Très-Haut te trouve digne pour faire en toi Sa Très Sainte Volonté et Se servir de toi en tout ce qu'Il désire. Que Sa puissante Droite te donne Sa Bénédiction éternelle, qu'il te manifeste la Joie de Sa Face et qu'Il te donne la Paix; tâche de ne point la démériter.

NOTES EXPLICATIVES
Extraites de celles de Don Creseto, à l'usage des prêtres.
8, 22, [a]. Livre 8, No. 763.
8, 22, [b]. Pour cela la Très Sainte Marie est appelée par Théodoret une "Toute-Puissance suppliante".
8, 22, [c]. Voici notre Avocate auprès du trône de Dieu: De sa plénitude nous avons tous reçu, écrit saint Bernard, [Serm. 2. de duod. Stellis]; le captif a reçu son rachat, le malade, la guérison, celui qui est affligé, la consolation, le pécheur, son pardon; le juste, la grâce.
8, 22, [d]. Le saint curé d'Ars, dans ses sermons, prêchait lui aussi que ceux qui en cette vie auraient reçu plus dignement et plus souvent le très saint Corps de Jésus-Christ Sacramenté, porteraient dans le Ciel un pareil globe transparent et lumineux dans leur poitrine, comme leur gloire et leur récompense particulière et la cause d'une admiration et d'une allégresse particulière pour les Saints. Voir l'esprit du saint Curé d'Ars.
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Message par sga Ven 16 Avr 2021 - 12:54

CHAPITRE 23


Confession de louange et d'actions de grâces que moi, la moindre des mortels, soeur Marie de Jésus fit au Seigneur et à Sa Très Sainte Mère pour avoir écrit cette divine Histoire avec le magistère de la même Reine et Souveraine du Ciel.


8, 23, 786. Je te confesse, ô Dieu Éternel, Seigneur du Ciel et de la terre, Père, Fils et Esprit-Saint, un seul et véritable Dieu, une Substance et une Majesté en trinité de Personnes; parce que sans qu'il y ait eu aucune créature qui T'ait d'abord donnée (Rom. 11: 35) quelque chose afin que Tu la payasses; par Ta seule Bonté et Ta Clémence ineffable Tu révèles Tes Mystères (Matt. 11: 25) et tes sacrements au tout petits; et parce que Tu le fais avec une Bonté immense et une Sagesse infinie et que Tu Te complais en cela, c'est bien fait. Magnifie Ton Saint Nom par Tes Oeuvres, exalte Ta Puissance, manifeste Ta Grandeur, dilate Tes Miséricordes et assure la Gloire qui T'est due comme Saint, Sage, Puissant, Bénin, Libéral et seul Principe et Auteur de tout bien. Nul n'est Saint comme Toi (1 Rois 2: 2), nul n'est Fort comme Toi; nul n'est Très-Haut hors de Toi, car Tu relèves (Ps. 112: 7) le mendiant de la poussière, Tu ressuscites du néant et Tu enrichis le pauvre nécessiteux. Ô Dieu très-haut, les confins (Ps. 88: 12) et les pôles de la terre et tous les globes célestes sont à Toi. Tu es le Seigneur et le Dieu véritable des Sciences (1 Rois 2: 3); tu mortifies (1 Rois 2: 6-7) et Tu donnes la Vie; tu humilies et Tu précipites dans l'abîme les orgueilleux; Tu élèves l'humble selon Ta Volonté; Tu enrichis et appauvris, afin qu'en Ta Présence toute chair ne se puisse glorifier (1 Cor. 1: 29), ni le plus fort ne présume de sa force, ni le plus faible ne se décourage et ne perde confiance dans sa fragilité et sa vileté.

8, 23, 787. Je Te confesse, Jésus-Christ, ô Seigneur véritable, Dieu et Sauveur du monde. Je confesse et je Loue Ton Saint Nom, et je donne la Gloire à Qui donne la Sagesse. Je Te confesse, Auguste Reine des Cieux, Très Sainte Marie, digne Mère de mon Sauveur Jésus-Christ, Temple vivant de la Divinité, Dépôt des Trésors de Sa grâce, principe de notre remède, Restauratrice de la ruine générale du genre humain, nouvelle Joie des Saints, Gloire des Oeuvres du Très-Haut et unique Instrument de Sa Toute-Puissance. Je Te confesse ô Très Douce Mère de Miséricorde, Refuge des misérables, Protectrice des pauvres et Consolatrice des affligés; et tout ce que les esprits angéliques et les Saints confessent en Toi, pour Toi et de Toi, je le confesse aussi pour tout; et ce qu'en Toi et pour Toi ils louent et glorifient la Divinité, je La loue et La glorifie aussi, et pour tout je Te bénis, je Te magnifie, je Te confesse et je Te crois. Ô Reine et Maîtresse de toutes les créatures, Ton Très Saint Fils a tourné vers moi les yeux de Sa Miséricorde à cause de Ta seule et puissante intercession et parce que Tes yeux de clémence m'ont regardée; Il m'a regardée comme Père et Il n'a pas dédaigné à cause de Toi de choisir ce vil vermisseau de la terre et la moindre des créatures pour manifester Ses Vénérables Secrets et Se Mystères. Les grandes eaux de mes péchés, de mes ingratitudes et mes misères n'ont pu éteindre Sa Charité immense; et mes lentes et rebutantes grossièretés ne mirent point de terme ni n'empêchèrent le courant de la Lumière et de la Sagesse divines qu'Il m'a communiquées.

8, 23, 788. Je confesse, ô Mère très Pieuse, en présence du Ciel et de la terre que j'ai lutté contre moi-même et contre mes ennemis et mon intérieur s'est troublé entre mon indignité et le désir de la Sagesse. J'ai étendu mes mains (Eccli. 51: 26) et j'ai déploré mon manque de science; j'ai dirigé mon coeur et j'ai rencontré la connaissance, j'ai possédé avec la Science la Quiétude; et quand je L'ai aimée et cherchée (Sag. 8: 2), j'ai trouvé une bonne possession et je ne suis point demeurée confuse. La force de la Sagesse forte et suave a opéré en moi; Elle m'a manifesté le plus caché et le plus incertain à la science humaine (Ps. 50: Cool. Je T'ai posée devant mes yeux, ô spécieuse Image de la Divinité, la Cité Mystique de Son Habitation, afin que dans la nuit et les ténèbres de cette vie mortelle Tu fasses là pour me guider comme Étoile, m'éclairer comme Lune de la Lumière immense; afin qu'il me fût possible de Te suivre comme Capitaine, de T'aimer comme Mère, de T'obéir comme Souveraine, de T'écouter comme Maîtresse et qu'en Toi comme dans un Miroir Pur et Immaculée il me fût donnée de me regarder et de me composer avec la connaissance et l'exemple nouveau de Tes Vertus et de Tes Oeuvres ineffables, de Ta Perfection et de ta Sainteté souveraine.

8, 23, 789. Mais qui a pu incliner la Majesté suprême à tant de condescendance vers une vile créature, sinon Toi, ô puissante Reine qui es la magnitude de l'amour, la latitude de la piété, le foment de la miséricorde, le prodige de la grâce et Celle qui a rempli les vides des péchés de tous les enfants d'Adam? Ô ma souveraine! la gloire T'appartient ainsi que l'Oeuvre que j'ai écrite, non seulement parce qu'elle traite de Ta Vie très Sainte et Admirable, mais parce que Tu lui as donné le principe, le milieu et la fin; et si Tu n'en avais pas été Toi-même l'Auteur et la Maîtresse, elle ne serait pas venue en aucune pensée humaine. Que le remerciement et le retour Te soient donc rendus, parce que Toi seule peut le donner dignement à Ton Très Saint Fils, notre Rédempteur, pour un si rare et si nouveau Bienfait. Je peux seulement T'en supplier au nom de la Sainte Église et au mien. Ainsi je désire le faire, ô Mère et Reine des Vertus; et humiliée en Ta présence, plus que l'infime de la poussière, je confesse avoir reçu cette faveur et celle que je n'ai jamais pu mériter. Je n'ai écrit que ce qui m'a été enseigné et commandé; je ne suis que l'instrument muet de Ta langue, mû et gouverné par Ta Sagesse. Perfectionne cette Oeuvre de Tes mains, non seulement avec la digne gloire et louange du Très-Haut, mais exécute ce qui manque, afin que j'opère Ta Doctrine, que je suive Tes pas, que j'obéisse à Tes commandements et que je courre (Cant. 1: 3) après l'odeur de Tes parfums qui est celui de la suavité et de la fragrance de Tes Vertus, que Tu as répandues dans cette Histoire avec une ineffable bonté.

8, 23, 790. Je me reconnais, ô Impératrice du Ciel comme la plus indigne, la plus obligée entre les enfants de la Sainte Église. Et afin qu'en elle, en la Présence du Très-Haut et en la Tienne la monstruosité de mes ingratitudes ne se voie point, je propose, je promets et je veux que l'on entende que je renonce à tout le visible et le terrestre; et je captive de nouveau ma volonté dans la Volonté de Dieu et dans la Tienne, pour ne point user de Ton arbitre hors de ce qui sera de Son plus grand Agrément et de Sa plus grande gloire. Je Te prie, ô Bénie entre toutes les créatures, que de même que par la Clémence du Seigneur et la Tienne j'ai le titre de Son épouse sans le mériter, et Tu m'as donné celui de fille et de
disciple et le même Seigneur Ton Fils a daigné tant de fois le confirmer, ne permets pas, ô Très Pure Reine, que je dégénère de ces Noms. Ta protection et ton Refuge m'ont assistée pour écrire Ta Vie merveilleuse, aide-moi maintenant pour exécuter Ta Doctrine en laquelle consiste la Vie Éternelle. Tu veux et commandes que je T'imite; étampe et grave en moi Ta vivante Image. Tu as jeté la sainte Semence dans mon coeur terrestre; garde-la et fomente-la ô ma Mère, ma Maîtresse et ma Patronne, afin que je donne pour fruit cent pour un (Luc 8: Cool, et que ne me la ravissent point les Oiseaux de proie, le dragon et ses démons, dont j'ai connu l'indignation, ô ma Souveraine, en toutes les paroles que j'ai écrites de Toi. Dirige-moi jusqu'à la fin, commande-moi comme Reine, enseigne-moi comme Maîtresse et corrige-moi comme Mère. Reçois en action de grâces Ta propre Vie et le souverain agrément que par elle tu as donné à la Bienheureuse Trinité, comme Épilogue de Ses Merveilles. Que les Anges et les Saints Te louent, que toutes les nations et les générations Te connaissent; qu'en Toi et par Toi toutes les créatures bénissent éternellement leur Créateur et que mon âme et toutes mes puissances Te louent et Te magnifient.

8, 23, 791. J'ai écrit cette divine Histoire par l'obéissance de mes supérieurs et de mes confesseurs qui gouvernent mon âme comme je l'ai répété en tout le cours de ce Traité, m'assurant par ce moyen que c'était la Volonté de Dieu que je l'écrivisse et que j'obéisse à Sa Très Sainte Mère qui me l'a commandé pendant plusieurs années; et quoique j'aie mis tout cela à la censure et au jugement de mes confesseurs, sans qu'il y ait un seul mot qu'ils n'aient vu et dont ils n'aient conféré avec moi, néanmoins je l'assujettis de nouveau à leur meilleur sentiment; et surtout à l'amendement et à la correction de la Sainte Église Catholique romaine, à la censure et à l'enseignement de laquelle, comme sa fille je proteste que je suis sujette, pour croire et tenir seulement ce que la même Sainte Église notre Mère approuvera et croira et pour réprouver ce qu'elle réprouvera; parce que dans cette obéissance je veux vivre et mourir. Amen.

EPILOGUE
8, 23, 792. Aux religieuses de l'Immaculée conception de la ville d'Agreda de la province de Burgos, de notre Père saint François, soeur Marie de Jésus, leur indigne servante et abbesse, au nom de l'Auguste reine, la Très Sainte Marie, conçue sans tache de péché originel.
Mes très chères filles et mes soeurs présentes et futures dans ce couvent de l'Immaculée Conception de notre grande Reine et Maîtresse: dès l'heure que la Providence du Seigneur me mit par l'obéissance dans l'office de supérieure que je tiens indignement, je sentis mon coeur blessé de deux flèches de douleur qui jusqu'à présent le pénètrent et l'affligent. La première fut la crainte de voir déposé dans mes mains et à ma responsabilité le Vase du plus Précieux du Sang de notre Sauveur Jésus-Christ, qui est, mes très chères filles, votre état et vos âmes appelées et élues en vertu de Sa Passion et Sa Mort pour le plus haut de la sainteté et de la pureté de vie. Ce grand Trésor déposé en des vases fragiles et confié en garde à un autre vase bien plus terrestre et plus fragile encore; à la moindre, la plus tiède et la plus négligente, cela peut me donner un grand étonnement et une plus grande peine. La seconde fut conséquente à cette première et ce fut le soin et l'inquiétude; parce que celle qui ne sait point garder sa vigne comment gardera-t-elle celle des autres? Celle qui a sa consolation, son allégement et son remède à obéir, avec quel courage perdra-t-elle ce bien qu'elle connaît et se mettra-t-elle à commander ce qu'elle ignorait? Souvent mes très chères soeurs, vous avez entendu dire que la pureté virginale et la chasteté religieuse est le premier, le plus odorant et le plus savoureux fruit de la Vie et de la Mort de notre Sauveur Jésus-Christ, et notre séraphique Père saint François la célèbre par ces titres honorifiques. Et si pour tous et en faveur de tous Sa Majesté répandit le Sang de Ses Veines sacrées, nous les religieuses nous pensons que pour nous il appliqua tout particulièrement celui de Son Coeur: puisque ce ne fut point sans mystère ce qu'Il dit Lui-même à l'Épouse qu'Elle L'avait blessé; et Celui qui Se laisse blesser le coeur ne veut point refuser Son Sang, et il semble qu'Il le répande et qu'Il l'offre avec un plus grand Amour. Et pour le moins, mes soeurs, nous connaissons toutes dans la Doctrine véritable et Catholique avec laquelle la Sainte Église nous élève, que Jésus-Christ notre Souverain Bien traite les âmes pures et religieuses comme des épouses, avec des Dons spéciaux, des caresses, des faveurs et des familiarités,
comme celles où profitent Sa Vie et Sa Doctrine, en qui il prend Ses délices, et cueille le Fruit de Son Sang, de Sa Passion et de Sa douloureuse Mort, et toute l'Écriture est pleine de cette Vérité, ce que vous entendez journellement des Mystères des Cantiques.

8, 23, 793. Vous ne trouverez point étranges cette douleur et cette inquiétude que j'éprouve, si vous voulez examiner toute ma faiblesse et examiner en vous-mêmes chacune la vôtre. Vous savez, mes très chères soeurs, que nous sommes toutes formées d'un même limon et d'une même masse fragile, des femmes imparfaites et ignorantes et aucune plus que celle qui devrait l'être moins; c'est ce que nous devons connaître et confesser, afin que nous craignions le péril. Et combien celui de la supérieure est plus grand que celui des sujettes; vous pourriez le pénétrer si vous mettiez dans une balance votre repos et votre consolation, et dans un autre mon tourment et mes afflictions. Il y a trente ans accomplis que je suis injustement et violemment dans cet office. Et quelle consolation et quel repos peut avoir une supérieure, sachant que si elle dort et si même elle sommeille elle aventure le Trésor qui lui a été confié; puisque pour nous en assurer le Seigneur qui est le gardien d'Israël, nous dit qu'Il ne dort point ni ne sommeille.

8, 23, 794. C'est une forte chose que Dieu commande à une créature terrestre et faible de ne point dormir; mais qu'Il lui demande de n'être point somnolente qui pourrait le supporter, si le Seigneur même n'était la Sentinelle qui nous garde avec dévouement, la Vertu qui nous donne des forces, la Lumière qui nous dirige, le Bouclier qui nous défend et l'Auteur qui fait toutes nos oeuvres? Souvent mes révérendes Soeurs, vous m'avez vue affligée, même impatiente et toujours mécontente dans cet office: et je vous confesse qu'avec l'expérience de mes négligences je m'y serais découragée, si Dieu ne m'eût conforté comme Père de Consolation et de Miséricorde. Je confesse Ses divins commandements et Ses Promesses royales, et quand l'occasion s'approchait d'être nommée supérieure, il m'ordonnait toujours d'accepter le gouvernement de cette Communauté et d'obéir à mes supérieurs, me promettant l'assistance de Sa puissante grâce; et pour ma plus grande quiétude et satisfaction, sans manifester l'ordre du Seigneur, j'ai porté nos supérieurs et Prélats, me promettant en cela la sécurité de l'obéissance, à m'obliger par leur autorité et leur force; et avec cela j'ai soumis mon jugement au joug qui m'était imposé, qui sont toutes et chacune de vous.

8, 23, 795. A cette sécurité le Seigneur daigna en ajouter une autre par la main de Sa divine Mère: Parce que la grande Reine et Maîtresse m'enseigna qu'il convenait d'obéir au Très-Haut et à Ses ministres et me l'ordonna, me chargeant de sa maison; et afin que je ne fusse point privée de mon désir d'obéir et d'être sujette, sa bonté me promit de faire l'office de Supérieure avec moi, de me gouverner en tout et que je n'aurais qu'à obéir à son Altesse, et vous, mes Soeurs, à moi. En cette occasion, qui fut quand j'entrai dans le gouvernement, la Bienheureuse Mère me commanda d'écrire l'Histoire de Sa Vie, parce que telle était sa volonté et Celle de son Très Saint Fils, comme je l'ai déclaré dans la première introduction où j'ai dit aussi comment se continuèrent ces commandements avec le délai de commencer à écrire cette Oeuvre. Dès le premier jour je connus beaucoup de la grandeur de cette entreprise et ce ne fut point ce qui m'intimidait le moins, quoique le légitime empêchement pour m'excuser fussent mes péchés et ma tiédeur. Dans les principes je ne fus pas aussi informée des fins que le Seigneur a eues dans cette Oeuvre, parce qu'à moi il me suffisait d'obéir au Très-Haut et à mes supérieurs, sans autre examen de leur volonté. Ensuite dans le cours de ce que j'ai écrit j'ai dit ce que la grande Reine du Ciel m'a ordonné et manifesté, ce qui était tout pour mon propre bien et mon avancement ainsi que pour les vôtres, comme vous l'entendrez en lisant cette Vie très Sainte; et vous y rencontrerez plusieurs fois les admonestations et les avertissements que la Très Clémente Reine Elle-même m'a commandé de vous donner à toutes.

8, 23, 796. Mais à la fin de cette divine Histoire je veux me déclarer davantage, vous avertissant de l'obligation en laquelle vous a mises notre grande Reine du Ciel; parce que plusieurs fois j'ai connu en son Coeur maternel l'amour spécial avec lequel Elle regarde ce couvent pauvre; et que pour cela, et engagée par vos bonnes oeuvres et vos oraisons, Elle s'est inclinée à nous faire ce Bienfait singulier à nous et à celles qui nous succéderont, nous donnant sa Très Sainte Vie pour règle et miroir sans tache, afin de composer les nôtres. Et quand je n'aurais point d'autres raisons pour connaître cette volonté de notre pieuse Mère et Maîtresse, c'était un indice clair pour toutes que son Altesse m'avait donnée le
commandement d'écrire sa très Sainte Vie. Cette bonté si maternelle modéra mes découragements, consola ma tristesse et fortifia mon coeur affligé; parce qu'en vérité, mes Soeurs quoique je sois si faible et sans vertu, je connus que je devais travailler pour vous obliger, autant qu'il dépendait de moi, à être Anges dans la pureté, diligentes dans la perfection, enflammées dans l'amour que demande le nom et l'état que nous professons de filles de la Très Pure Marie et épouse de son Très Saint Fils, notre Rédempteur.

8, 23, 797. Je pouvais désirer pour vous tout cela, mes Soeurs, et beaucoup d'autres biens, mais je ne pouvais le mériter, ni je me trouvais capable d'élever et d'alimenter vos âmes par la doctrine et l'exemple dont elles avaient besoin et que je devais leur donner. Notre Très Aimante Mère et Souveraine compensa ce manquement en se donnant Elle-même à nous comme Exemplaire dans Sa Doctrine, ce qui fut le plus grand Bienfait qu'Elle put nous accorder dans la vie mortelle où nous sommes. A ce Bienfait singulier vint s'en ajouter un autre que vous connaissez toutes, mais vous ne savez point combien il est important et combien vous devez l'estimer; et ainsi gardez-vous, vous et celles qui vous succéderont, de le juger pour une pure cérémonie et une dévotion ordinaire. C'est que vos coeurs se sont mus d'une affection spéciale pour élire et nommer la Bienheureuse Reine conçue sans péché originel, Patronne et Supérieure de cette Communauté. Je vous ai proposé cette intention pour les raisons que j'ai déjà dites et pour d'autres qu'il n'est pas nécessaire de rapporter: et en vertu de cela, toutes nous fîmes le papier du patronat de la Reine, que nous avons écrit, afin qu'aucune de celles qui viendront après nous ne l'ignore ni y déroge et que toutes les supérieures se réputent et se tiennent pour coadjutrices et vicaires de la Très Sainte Marie, notre unique et perpétuelle Supérieure, et que toues nous lui obéissions et qu'elles obéissent; puisqu'en cela consiste toute notre sécurité et tout notre bonheur.

8, 23, 798. A cette condition la divine Mère me concéda cette faveur parce que je suis la première et celle qui en avait le plus besoin, comme la plus inférieure et la plus indigne des créatures. Et parce que ce Bienfait fut la confirmation du premier, je veux que vous entendiez, mes chères filles, que la grande Reine accepta et son Très Saint Fils reçut et approuva l'élection et la nomination que nous fîmes de cette grande Reine pour notre Patronne et notre
Supérieure; et telle est la force qu'il a dans le Ciel. Par ces diligences j'ai mis entre les mains de la Très Sainte Marie le Vase de Sang Précieux que le Seigneur me confia en m'assignant le soin de vos âmes pour Lui donner la meilleure garde que je désire. Et comme je ne demeure pas pour cela libre de l'obligation et du soin que me touche, je me mets à vos pieds, mes Révérendes Soeurs, vous et toutes celles qui viendront dans ce couvent et je vous demande et vous prie par le même Seigneur et Sa Très Douce Mère de vous reconnaître pour obligées et attachées avec de si fortes et si douces chaînes de l'Amour divin au-dessus de toutes les filles de l'Église et de notre sainte religion. Éloignez-vous du monde, oubliez-le de tout coeur, sans vous souvenir des créatures ni des maisons de vos pères, désoccupez toutes vos puissances et vos sens des autres images et des soucis étrangers, car pour vous dégager de cette dette vous avez beaucoup à faire et vous ne pouvez satisfaire à Notre-Seigneur Jésus-Christ ni à sa Très Sainte Mère avec une vertu commune et ordinaire si ce n'est pas une vie et une pureté angéliques. Le retour doit être mesuré et pesé avec le bienfait. Comment donc, mes Révérendes Soeurs, pourriez-vous payer avec ce que payent d'autres âmes, si vous devez plus que toutes ensemble. Notre Sauveur Jésus-Christ et Sa Mère auraient bien pu faire à l'égard de ce couvent ce qui se fait communément pour d'autres; mais Leur Clémence divine s'est étendue prodigieusement en ce qui nous regarde. Quelle loi et quelle raison y aurait-il donc pour que nous ne nous signalions dans l'amour, l'humilité, la pauvreté, l'oubli du monde et la perfection de la vie?

8, 23, 799. Notre grande Reine et Supérieure accomplit cet office comme très fidèle et véritable Supérieure. Et en foi de cela avant d'achever d'écrire cette troisième partie, et pensant comme je lui dédierais sa propre Histoire et sa très Sainte Vie, Elle répondit à mon désir, l'approuvant et l'acceptant, parce que tout lui appartenait: mais aussitôt Elle me commanda de vous la dédier et de vous l'offrir, mes Révérendes Soeurs, pour vous enseigner en elle et par elle le Chemin de la Vie et de la très haute perfection pour laquelle nous sommes appelées et choisies du milieu du monde. Et quoique cela soit ce que j'ai voulu vous manifester, mes chères filles, et ce que j'écris ici il m'a semblé nécessaire de vous rapporter les paroles mêmes et les raisons avec lesquelles son Altesse me commanda de vous l'intimer de sa part; et parce qu'en ces paroles et ces raisons nous entendrons la Très Sainte Vierge Marie notre Supérieure, je me tairai. Voici ces paroles:

8, 23, 800. Ma fille, dédie cette Oeuvre à tes religieuses nos sujettes; et tu leur diras de ma part que je la leur donne comme Miroir dans lequel elles devront orner leurs âmes, et comme Tables de la Loi divine qui y est contenue très clairement et très expressément. Par elle je veux qu'elles se gouvernent et qu'elles ordonnent leurs vies, et pour cela exhorte-les et demande-leur de l'estimer, de l'apprécier, de l'écrire dans leurs coeurs et de ne jamais l'oublier. J'ai manifesté au monde son remède, et à elles en premier lieu afin qu'elles suivent mes traces que je leur pose devant les yeux avec tant de clarté, et tout est prévu et ordonné par le Très-Haut. Sa Majesté veut que les religieuses de ce couvent gardent et conservent inviolablement trois choses: La première, l'oubli du monde, vivant éloignées et retirées de tout entretien, de toute conversation et de toute amitié intime avec quelque créature que ce soit, de tout état, de tout sexe et de toute condition qu'elle soit, et qu'elles ne parlent jamais à aucune personne du monde seules, ni fréquemment, quoique ce soit pour de bonnes fins, si ce n'est le confesseur pour se confesser. La seconde, qu'elles gardent une paix et une charité inviolables entre elles, s'aimant en Dieu les unes les autres de tout leur coeur, sans partialités, sans divisions ni rancunes; au contraire chacune voudra pour toutes ce qu'elle voudrait pour elle-même. La troisième, qu'elles se conforment étroitement à leur Règle et à leurs Constitutions dans les grandes et les petites choses, comme des épouses très fidèles. Et pour tout cela qu'elles soient mes dévotes singulières, avec une affection très cordiale ainsi que celles du saint Archange Michel et de mon serviteur François. Et si quelqu'une intentait avec audace de changer quelques-unes des choses qui sont écrites dans le papier de mon Patronat ou qui mépriserait ce Bienfait singulier de ma Vie, comme elle est écrite, qu'elle entende qu'elle encourra l'indignation du Très-Haut et la mienne, et elle sera châtiée en cette vie et en l'autre par la sévérité de la Justice divine. Et à celles qui avec zèle de leurs âmes, de l'honneur du Seigneur et du mien, travaillant à la garde et à l'augmentation de cette Vie, de cette observance et de ce recueillement de la Communauté, de la paix et de la charité que je veux d'elles, je leur donne ma parole comme Mère de Dieu, que je serai leur Mère, leur Refuge et leur Supérieure, je les consolerai, je prendrai soin d'elles dans la vie mortelle et ensuite je les présenterai à mon Très Saint Fils. Et si quelque autre couvent de religieuses, tant de mon ordre de la Conception que de tout autre institut, voulait admettre, estimer et opérer cette Doctrine, je lui fais la même promesse qu'à tes religieuses.»

8, 23, 801. Jusqu'ici sont les paroles que me dit la grande Impératrice et Reine des Cieux, avec lesquelles je m'exempterais de parler si je n'y étais obligée par l'amour que j'ai pour vous, mes Révérendes Soeurs, et que vous avez mérité en me souffrant tant d'années, non seulement comme soeur, mais comme supérieure très indigne. Je ne peux refuser cette reconnaissance à tant de charité si je ne la peux payer plus adéquatement qu'en vous demandant, mes très chères filles, plusieurs fois répétées de ne jamais oublier les promesses et les menaces que vous avez entendues; avertissant que ce sont des paroles de Reine et de Souveraine très libérale à les accomplir, et sévère à châtier celle qui l'offensera. Je désire vous faire estimer cet avis, cette exhortation et cette admonestation, compensant par mes instances la brièveté de la vie; car je ne sais combien de temps le Seigneur me la conserva, néanmoins le plus long temps est très cour pour satisfaire à tant d'obligations; et ainsi je voudrais que toutes vos conversations fussent toujours pour renouveler le souvenir et les Bienfaits du Seigneur et de Sa Bienheureuse Mère, sans faire mémoire d'autre chose.

8, 23, 802. Vous vous souvenez, mes soeurs et mes amies, non seulement des Bienfaits cachés et secrets, mais de ceux que Dieu a faits à ce couvent à la vue du monde depuis le jour de sa fondation, les augmentant à chaque heure par sa clémence libérale. Il a semblé à tous que c'était un miracle qu'avec la pauvreté de mes parents on ait pu le commencer, et que pour cela les volontés des membres de notre famille se soient conformées, ce qui n'était pas peu, quoique nous fussions unies, étant six personnes, si la Droite du Très-Haut n'eût opéré. Ensuite il nous fonda une maison en peu de temps, sans avoir de fortune pour l'entretien le plus modéré, la manière et la disposition du couvent convenables et non excessives; et ce que la grâce divine a opéré fut pour tous un sujet d'admiration. A cela se joignent d'autres bienfaits, lesquels bien qu'il ne soit pas nécessaire de les rapporter parce que vous ne les ignorez point, obligent davantage les coeurs humbles et reconnaissants pour donner à Dieu le retour de tant de clémence et au monde la satisfaction que nous devons, nous efforçant d'être telles et aussi bonnes qu'ils nous pensent et meilleures que nous n'avons été jusqu'à présent. Vous avez vu tout cela en peu de temps.

8, 23, 803. Et pour conclure avec une plus grande efficacité la supplique et l'admonestation que je vous fais, je rapporterai quelques événements qui se sont présentés quand j'avais déjà avancé cette Histoire et l'obéissance me commande d'écrire ici quelque chose, afin que vous connaissiez, mes très chères Soeurs, combien vous devez estimer la Doctrine de la Reine du Ciel. Il m'arriva un jour de l'Immaculée conception qu'étant dans le choeur à Matines, je reconnus une Voix qui m'appelait et dirigeait mon attention vers le Ciel. De cette état, je fus élevée à un état supérieure où j'ai vu le trône de la Divinité dans une grande gloire et majesté. Et de ce trône j'entendis une Voix qui me paraissait pouvoir être entendue de tout l'univers et qui disait: «Pauvres abandonnés, ignorants, pécheurs grands et petits, infirmes, faibles, et tous les enfants d'Adam de tout état, de toute condition et de tout sexe, prélats, princes et inférieurs, écoutez tous de l'Orient à l'Occident et de l'un à l'autre pôle; venez pour votre remède à ma Providence libérale et infinie, par l'intercession de Celle qui donna chair humaine au Verbe. Venez, car le temps s'achève et les portes seront fermées; parce que vos péchés mettent des cadenas à la Miséricorde. Venez-donc et hâtez-vous, car cette seule intercession les retient et Elle seule est puissante pour solliciter et obtenir votre remède.»

8, 23, 804. Après cette Voix du trône je vis que du même Être divin sortaient quatre globes d'une admirable lumière et comme des comètes très luisantes ils se répandaient par les quatre parties du monde. Ensuite il me fut donné à entendre que dans ces derniers siècles le Seigneur voulait exalter et dilater la gloire de Sa Bienheureuse Mère, et manifester au monde ses miracles et ses sacrements cachés, réservés par Sa Providence pour le temps de sa plus grande nécessité et qu'en Elle on se serve du secours, de la défense et de l'intercession puissante de notre grande Reine et Souveraine. Je vis aussitôt qu'il s'élevait de la terre un dragon très difforme et abominable avec sept têtes et il sortait de l'abîme plusieurs autres monstres qui le suivaient, et tous parcoururent le monde cherchant et signalant quelques personnes pour s'en servir et s'opposer aux desseins du Seigneur et tâcher d'empêcher la gloire de Sa Très Sainte Mère et les Bienfaits qui par son moyen étaient préparés pour tout l'Univers. L'astucieux dragon et sa suite tâchaient de répandre de la fumée et du venin pour obscurcir, détourner et corrompre les hommes afin qu'ils ne cherchassent et ne sollicitassent point le remède de leurs propres calamités, par l'intercession de la très douce Mère de
Miséricorde et qu'ils ne lui rendissent point la gloire qu'il convenait pour se la rendre propice.

8, 23, 805. Cette vision des dragons infernaux me causa une juste douleur. Et aussitôt je vis qu'il se préparait et se formait dans le Ciel des armées bien ordonnées pour combattre contre eux. L'une de ces armées était, celle de la Reine Elle-même et des Saints; l'autre était saint Michel et ses Anges. Je connus que d'un côté comme de l'autre la bataille serait très serrée. Mais comme la Justice, la raison et le pouvoir étaient du côté de la Reine de l'Univers, il n'y avait rien à craindre dans cette lutte. Mais la malice des hommes trompés par le dragon infernal peut empêcher beaucoup les très sublimes fins du Seigneur, parce qu'en elles Il veut nous procurer notre Salut et notre Vie Éternelle; et comme de notre côté notre volonté libre est nécessaire, par elle la perversité humaine peut résister à la Bonté divine. Et quoique cette cause soit celle de la Reine et la Maîtresse du monde, il serait juste que les enfants de l'Église la prissent comme la leur propre. Cette obligation nous touche de plus près, nous les religieuses de cette maison, parce que nous sommes filles et aînées de cette Auguste Mère et nous combattons sous son Nom et sous le nom du premier de ses privilèges et de ses Dons qu'Elle reçut dans sa Conception Immaculée, et outre cela nous nous trouvons si favorisées de sa Piété maternelle.

8, 23, 806. En une autre occasion, il arriva que je me trouvai très anxieuse comme il était juste, touchant ma réussite en écrivant cette Histoire; parce que la grandeur du sujet excède toute pensée angélique et humaine, et si j'avais commis quelque erreur, elle ne pouvait pas être petite, et d'autres raisons avec celles-ci m'affligeaient dans ma timidité naturelle et mon peu de vertu. Étant dans ces pensées je fus appelée et transportée dans un autre état supérieur, et je vis le trône royal de la Très Sainte Trinité avec les trois Personnes divines et à la droite du Fils Sa Mère-Vierge assise, et tous avec une gloire immense. Il y eut comme un silence dans le Ciel, tous les Anges et les Saints étant attentifs à ce qui se faisait au trône de la Majesté suprême. Et je vis que la Personne du Père tirait comme du sein de Son Être infini et immuable un Livre très beau de grande estime et de grande richesse, plus que l'on ne peut penser et pondérer, mais fermé; et en le livrant au Verbe Incarné, Il Lui dit: «Ce Livre ainsi que tout ce qui y est contenu est Mien et selon Mon bon plaisir et Mon Agrément.» Notre Sauveur Jésus-Christ le reçut avec beaucoup d'estime et d'appréciation, et comme l'approchant de Son Coeur, le Verbe divin et l'Esprit-Saint confirmèrent la même chose. Ensuite ils le remirent entre les mains de la Très Sainte Marie qui le reçut avec complaisance et un agrément incomparables. J'étais attentive à la beauté du Livre, et à l'approbation qui s'en faisait dans le trône de la Divinité, et cela réveilla en moi une intime affection, désirant savoir ce qu'il contenait; mais la crainte et la révérence me retenaient pour ne point oser le demander.

8, 23, 807. Aussitôt la grande Reine du Ciel m'appela et me dit: «Tu veux savoir quel est ce Livre que tu as vu? Sois donc attentive et regarde-le.» La divine Mère l'ouvrit et le mit devant mes yeux afin que je pusse le lire. Je le fis, et je trouvai que c'était sa propre Histoire, sa très Sainte Vie que j'ai écrite selon son ordre et ses chapitres. Sur cela la Reine ajouta: «Tu peux bien être sans inquiétude.» La Bienheureuse Mère me dit cela pour tranquilliser et modérer mes craintes, comme je le fis; parce que ces Vérités et ces Bienfaits du Seigneur sont de telle nature qu'ils ne laissent point dans l'âme pour lors ni trouble ni doute, au contraire avec une force très suave ils la remplissent, l'illuminent, la satisfont et la calment. Il est vrai aussi que la colère du dragon ne se donne pas pour cela pour vaincue; et le Seigneur le permettant pour notre exercice, il revient molester les âmes comme une mouche importune. Et il a fait ainsi avec moi, et il n'y a pas une parole en cette Histoire qu'il n'ait pas contredite avec une envie et des tentations infatigables qu'il n'est pas nécessaire de rapporter. La plus ordinaire a été de me dire que tout ce que j'écrivais était de mon imagination ou de mon raisonnement naturel; d'autres fois que c'était faux et pour tromper le monde. Et l'inimitié qu'il a eue contre cette Oeuvre est telle que ce dragon s'humiliait à dire que tout au plus c'était une méditation et l'effet de l'oraison ordinaire.

8, 23, 808. Le Seigneur m'a défendu de toutes ces persécutions avec le bouclier et la direction de l'obéissance, de Ses Conseils et de Sa Doctrine, et pour me confirmer dans le Bienfait que j'ai rapporté Il en ajouta d'autres semblables à celui-là. Lorsque j'achevais cette Histoire, un jour dans l'oraison de la Communauté selon la manière d'autres fois, je fus mise à la vue du trône de la Divinité et après les actes et les opérations que l'âme fait là, je vis que de l'Être même de Dieu, comme par la Personne du Père s'élevait un Arbre d'une grandeur immense et de toute beauté. D'un côté était Notre-Seigneur Jésus-Christ et de
l'autre Sa Bienheureuse Mère et l'Arbre entre les Deux. Dans les feuilles de cet arbre étaient écrits tous les Mystères et les sacrements de l'Incarnation, de la Vie, de la Mort et des Oeuvres de Jésus-Christ notre bien-aimé Sauveur, et chacun en particulier et tous en général, je les entendis comme je les ai écrits. Le fruit de cet Arbre était comme le fruit de la Vie, et je connus que l'Arbre était véritablement celui que signifiait l'autre que Dieu planta au milieu du Paradis terrestre. Les Saints regardaient cet Arbre avec attention et avec joie. Et les Anges disaient avec admiration: «Quel est cet Arbre d'une beauté si rare, qui nous cause de l'envie de ceux qui jouissent de ses fruits. Heureux et fortunés ceux qui les cueilleront et les goûteront pour recevoir tant de grâce et de Vie Éternelle comme ils renferment en eux. Est-il possible que les mortels puissent s'alimenter de ce fruit et qu'ils ne se hâtent point de le cueillir? Venez tous, car déjà ce fruit est mûr pour le goûter. La fleur qui alimenta les anciens Pères et les Prophètes est déjà arrivée à être un fruit très suave et très doux. Les rameaux qui étaient si élevés se sont inclinés pour tous.» Les Anges se tournèrent vers moi et me dirent: «Épouse du Très-Haut, cueille la première avec abondance puisque tu as cet Arbre de la Vie si proche. Que ce soit le fruit de ton travail de l'avoir écrit et le remerciement de t'avoir été manifesté; et invoque le Tout-Puissant afin que tous les enfants d'Adam le connaissent et profitent de l'occasion dans le temps qui les touche et qu'ils louent le Très-Haut de Ses merveilles.»

8, 23, 809. Il n'est pas nécessaire, mes chères filles, de vous rapporter d'autres événements pour vous affectionner à cet Arbre et à ses fruits. Posez-le devant vos yeux, étendez vos mains afin de les cueillir et de les goûter. Et je vous assure, mes très chères soeurs, qu'il ne vous arrivera pas ce qui arriva à notre mère Ève: parce que cet Arbre et son fruit étaient défendus; mais pour celui-ci le Seigneur même qui l'a planté pour cela vous convie. Cet Arbre-là et son fruit renfermaient la mort: celui-ci contient en soi la Vie. Goûtons de celui que nous offre notre Patronne et notre Supérieure et éloignons-nous de celui qu'Elle nous a défendu; car pour ne point le toucher il est nécessaire de ne point le regarder, et pour ne point le goûter il ne faut point le toucher. Et afin de nous mieux disposer par les exercices et la retraite que vous avez accoutumé de faire dans le monastère en certains temps, je vous donnerai une manière de les faire, la tirant de cette Histoire, comme il a été dit et comme la Reine me l'a commandé [a]. Et dans l'intérim prenez celle de la Passion de Notre-Seigneur Jésus-Christ, comme elle est écrite, et demandez-Lui Sa divine grâce pour moi, comme pour vous-mêmes; et que la bénédiction éternelle vienne sur toutes. Amen.
J'ai achevé d'écrire cette divine Histoire, la "Vie de la Très Sainte Marie" la seconde fois le six de mai de l'an mil six cent soixante, jour de l'Ascension de notre Sauveur Jésus-Christ. Je supplie les religieuses de cette Communauté de ne point consentir que cet original sorte du couvent; et s'il était nécessaire pour l'examen et la censure que par aventure on voudrait faire par quelque ordre supérieure, qu'elles en donnent une copie; et s'ils le demandaient pour concorder la copie avec l'original qu'on ne le donne que livre par livre, revenant à recouvrer chacun, avant d'en livrer un autre, pour éviter beaucoup d'inconvénients; et parce que c'est la Volonté de Dieu et de la Reine du Ciel.
SOEUR MARIE DE JÉSUS.

NOTES EXPLICATIVES
Extraites de celles de Don Creseto, à l'usage des prêtres.
8, 23, [a]. Livre 8, No. 679.
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Combat avec l'Archange Michel

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