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Marie d'Agreda "La Cité Mystique de Dieu" livre version numérisée

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Message par sga le Ven 7 Aoû - 13:01

CHAPITRE 6


La Très Sainte Marie visite les Saints Lieux; Elle gagne de mystérieux triomphes sur les démons; Elle voit dans le Ciel la Divinité par une Vision Béatifique; les Apôtres célèbrent un Concile, et les secrets qui arrivèrent en tout cela.


8, 6, 480. Les efforts de notre capacité défaillent glorieusement en expliquant la plénitude de perfection qu'avaient toutes les oeuvres de la Très Sainte Marie; parce que toujours nous demeurons vaincus par la grandeur de la moindre petite vertu, si quelqu'une fut petite du côté de la matière en laquelle la grande Reine opérait. Mais toujours la lutte de notre côté sera très heureuse, pourvu qu'elle ne soit pas présomptueuse en sondant l'océan de la grâce; mais humiliée pour glorifier et exalter en Elle son Auteur, et pour découvrir toujours de
quoi imiter avec admiration. Je me tiendrai pour très heureuse si je donne à connaître aux enfants de l'Église, manifestant les faveurs que Dieu fit à notre grande Reine, quelque chose de ce que je ne peux expliquer avec des termes propres et adéquats, parce que je n'en trouve point; quoique je fasse le tout comme lente, balbutiante et sans esprit de dévotion. Les événements qui m'ont été données à connaître pour ce chapitre et les suivants furent admirables. Je dirai dans ces chapitres ce que je pourrai pour donner quelques indices de ce que peuvent entendre la foi et la piété Chrétiennes.

8, 6, 481. Après que la Très Sainte Marie eut accompli l'obédience de saint Pierre, comme je l'ai dit dans le chapitre précédent, il lui sembla qu'Elle devait accomplir sa pieuse dévotion, visitant les Lieux Sacrés de notre Rédemption [a]. Elle dispensait toutes les oeuvres de vertu avec tant de prudence qu'Elle n'en omettait aucune, donnant son lieu à chacune, afin que toutes les circonstances avec lesquelles elles arrivaient à la plénitude de perfection possible, ne leur manquassent point. Selon cette Sagesse Elle faisait d'abord ce qui était le plus urgent et le premier dans l'ordre, et ensuite ce qui paraissait moindre, mais l'un et l'autre avec toute la plénitude que chaque chose demandait dans ses opérations. Elle sortit du saint Cénacle pour visiter tous les Lieux Saints, accompagnée de ses Anges, Lucifer et les démons la suivant, continuant leur combat. La batterie de ces dragons était terrible en démonstration; se servant de menaces diverses et de figures épouvantables; et ses tentations et ses suggestions se faisaient aussi de cette manière. Mais lorsque la grande Souveraine venait à vénérer quelqu'un des Lieux de notre Rédemption, les démons demeuraient loin, parce que la Vertu divine les retenait: et aussi ils sentaient que leurs forces étaient écrasées par celle que le Rédempteur avait communiquée à ces Lieux dans les Mystères de notre Rédemption. Lucifer avait envie de s'en approcher, animé par la témérité de son propre orgueil; parce qu'avec la permission qu'il avait de persécuter et de tenter la Maîtresse des Vertus il désirait, s'il pouvait, gagner sur Elle cette victoire dans ces mêmes Lieux où il était demeuré vaincu, ou au moins l'empêcher afin qu'Elle ne les vénérât point avec la révérence et le culte qu'Elle pratiquait dans ces exercices.

8, 6, 482. Mais le Très-Haut ordonna que la Vertu de Son Bras tout-puissant opérât contre Lucifer et ses démons, par le moyen de la Reine, et que les mêmes actions qu'ils prétendaient détourner en Elle fussent le glaive avec lequel Elle les décollât et les vainquît. Et il arriva ainsi, parce que la dévotion et la vénération avec lesquelles la divine Mère adora son Très Saint Fils et renouvela les souvenirs et les actions de grâces de la Rédemption causèrent une si grande terreur pour les démons qu'ils ne purent les tolérer, et ils sentirent contre eux une force du côté de la Très Sainte Marie qui les opprima, les tourmenta, et les obligea à se retirer plus loin de la présence de cette invincible Reine. Ils jetaient des hurlements épouvantables qu'Elle seule entendait, et ils disaient: «Éloignons-nous de cette Femme, notre ennemie, qui nous confond et nous opprime tant par ses Vertus. Nous prétendions effacer la mémoire et la vénération de ces Lieux dans lesquels les hommes furent rachetés, et nous dépouillés de notre domaine; et cette Femme, étant pure Créature, empêche nos intentions et renouvelle le triomphe que son Fils et son Dieu remporta contre nous sur la Croix.»

8, 6, 483. La Très Sainte Marie poursuivit les Stations de tous les Lieux Saints en compagnie de ses Anges; et en arrivant au Mont des Oliviers, qui était le dernier, étant dans le Lieu où son Très Saint Fils monta aux Cieux, Sa Majesté en descendit avec une beauté et une gloire ineffables pour consoler et visiter Sa Très Pure Mère [b]. Il Se manifesta avec des caresses et des tendresses de Fils, mais comme Dieu infini et Puissant; Il la déifia et l'éleva tellement au-dessus de l'être terrestre par les faveurs qu'Il lui fit dans cette occasion, que pendant longtemps Elle demeura comme abstraite de tout le visible; et quoiqu'Elle ne laissât point d'accourir à toutes les oeuvres extérieures, il lui fut nécessaire de faire plus d'efforts que d'autres fois pour s'y appliquer, parce qu'Elle demeura toute spiritualisée et transformée en son Très Saint Fils. La grande Reine connut, parce que le même Seigneur le lui dit, que ces Bienfaits étaient quelque partie de la récompense de son humilité et de l'obéissance qu'Elle avait eue envers saint Pierre, exécutant aussitôt ses commandements et les mettant non seulement avant sa dévotion, mais avant sa commodité. Il lui donna aussi Sa Parole de l'assister dans son combat avec les démons; et cette promesse s'exécutant aussitôt, le même Seigneur ordonna que Lucifer et ses ministres reconnussent dans la Très Sainte Marie quelque nouveauté de plus grande excellence contre eux.

8, 6, 484. La Reine revint au Cénacle, et lorsque les démons intentèrent de revenir à leurs tentations ils sentirent la même chose que si une boule d'air venait frapper avec une grande impétuosité contre un mur d'airain, car elle rebondirait avec une promptitude et une vélocité très grandes vers l'endroit d'où elle serait venue; ainsi il arrivait à ces ennemis présomptueux qui rétrogradaient de la vue de la Très Sainte Marie avec plus de fureur contre eux-mêmes qu'ils en avaient contre Elle. Ils multiplièrent leurs mugissements et leurs lamentations désespérées; et confessant par force plusieurs vérités ils disaient: «O malheureux que nous sommes à la vue de la félicité de la nature humaine! A quelle excellence et quelle dignité si grande est-elle monté dans cette pure Créature! Que les hommes seraient ingrats et insensés s'ils ne profitaient point des Biens qu'ils reçoivent dans cette Fille d'Adam! Elle est leur remède et notre destruction. Son Fils est magnifique avec Elle mais Elle n'en est point déméritante. Cruel fléau pour nous qui nous oblige à confesser ces vérités. Oh! si Dieu nous cachait cette Femme dont la vue ajoute ainsi tant de tourments à notre envie! Comment la vaincrons-nous si sa vue seule est pour nous insupportable. Mais consolons-nous de ce que les hommes perdront tout ce que leur gagne cette Femme et de ce qu'ils la mépriseront follement. En eux nous vengerons nos torts et nous exécuterons notre courroux, nous les remplirons d'illusions et d'erreurs, parce que s'ils considèrent cet Exemple, tous se prévaudront de cette Femme et ils suivront ses Vertus. Mais cela ne suffit pas pour ma consolation,» ajoute Lucifer, «car seulement de Celle-ci Sa Mère, Dieu Se laissera obliger, plus que ne Le désobligent les péchés de ceux que nous pervertissons; et quand cela ne serait pas ainsi, ma condition ne souffre pas que la nature humaine soit si élevée en une pure Créature et une faible Femme. Ce tort est insupportable; retournons la persécuter, ranimons notre envie et notre fureur pour affronter l'acerbité de la peine de nous approcher d'Elle: et quoique nous la souffrions tous, que notre orgueil ne se décourage pas, car il sera possible de remporter quelques triomphes sur cette Ennemie.»

8, 6, 485. La Très Sainte Marie connaissait toutes ces furieuses menaces et Elle les entendait; mais Elle les méprisait toutes comme Reine des Vertus et sans changer d'air Elle se recueillit à cette occasion à son oratoire, pour conférer seule avec sa très sublime prudence sur les Mystères du Seigneur dans cette bataille avec le dragon, et sur les affaires ardues dans lesquelles l'Église se trouvait occupée sur ce qu'elle devait mettre fin à la circoncision et aux cérémonies de l'ancienne Loi. Pour tout cela la Reine des Anges travailla quelques jours, s'occupant très retirée en de continuels exercices, oraisons, prières, larmes et protestations. Et pour ce qui la regardait Elle demandait au Seigneur d'étendre le Bras de Sa Toute-Puissance contre Lucifer et de lui donner la victoire contre lui et ses démons. Quoique la grande Souveraine sût qu'Elle avait le Très-Haut de son côté et qu'Il ne la laisserait point dans la tribulation, Elle ne cessait point dans ses prières; bien au contraire Elle opérait de sa part comme si elle eût été la plus fragile des créatures dans le temps de la tentation, pour nous enseigner ce que nous devons y faire, nous qui sommes si sujets à y tomber et à être vaincus. Elle demanda pour la Sainte Église au Seigneur d'asseoir la Loi Évangélique, pure, nette et sans rouille, libre des anciennes cérémonies.

8, 6, 486. La Très Sainte Marie fit cette prière avec une ferveur très ardente; parce qu'Elle connut que Lucifer et tout l'enfer prétendaient, par le moyen des Juifs, conserver la loi de la circoncision avec le Baptême, et les rites de Moïse avec la Vérité de l'Évangile, et avec cette erreur plusieurs Juifs auraient été opiniâtres dans leur vieille Loi pendant les siècles futurs de l'Église. Et l'un des fruits et des triomphes que notre grande Reine obtint dans ce combat qu'Elle eut avec le dragon fut qu'aussitôt on commençât à prohiber la circoncision dans le Concile que je dirai ensuite, et que pour l'avenir on séparât le Grain Pur de la Vérité Évangélique de toutes les pailles et les arètes sèches et sans fruit des cérémonies mosaïque dans le cours des siècles comme le fait aujourd'hui notre Mère l'Église. La Bienheureuse Mère disposait tout cela avec ses mérites et ses oraisons pendant que saint Paul et saint Barnabé arrivaient à Jérusalem, car Elle savait déjà qu'ils venaient d'Antioche envoyés par les fidèles pour résoudre avec saint Pierre et les autres les questions que les Juifs avaient excitées sur cela, comme le raconte saint Luc dans le chapitre 15 des Actes des Apôtres (Act. 15: 2).

8, 6, 487. Saint Paul et saint Barnabé arrivèrent, sachant que déjà la Reine du Ciel était à Jérusalem; et avec le désir que saint Paul avait de la voir, ils allèrent droit où Elle était, et ils se prosternèrent en sa présence avec d'abondantes larmes de la joie qu'ils éprouvèrent de sa vue. Celle que reçut la divine Mère des Apôtres ne fut pas moindre, car Elle les aimait dans le Seigneur avec une affection spéciale, parce qu'ils travaillaient à l'exaltation de Son Nom et à l'extension de la Foi. La Maîtresse des humbles désirait que les deux Apôtres se présentassent d'abord à saint Pierre et aux autres, et à Elle la dernière se jugeant la moindre entre les créatures. Mais ceux-ci ordonnèrent bien la vénération et la charité, discernant avec justesse qu'aucun ne devait être mis avant Celle qui était Mère de Dieu, Maîtresse de toutes les créatures et principe de tout notre bien. La grande Dame se prosterna aussi aux pieds de saint Paul et de saint Barnabé, leur baisa la main, et leur demanda la bénédiction. Saint Paul eut dans cette occasion une abstraction extatique merveilleuse dans laquelle lui furent révélés de nouveau de grands Mystères et de grandes prérogatives de cette Mystique Cité de Dieu, la Très Sainte Marie, et il la vit comme vêtue tout entière de la Divinité même.

8, 6, 488. Avec cette vision saint Paul demeura rempli d'admiration, d'amour et de vénération incomparables pour la Très Sainte Marie. Et revenant un peu à lui-même il lui dit: «Mère de Pitié et de Clémence, pardonnez à cet homme pécheur et vil d'avoir persécuté Votre Très Saint Fils mon Seigneur et Sa Sainte Église.» La Vierge-Mère répondit et lui dit: «Paul, serviteur du Très-Haut, si Le Même qui vous a élevé et racheté vous a appelé à Son Amitié et vous a fait vase d'élection (Act. 9: 15), comment moi Son Esclave manquerai-je de vous pardonner. Mon Âme Le magnifie et L'exalte, de ce qu'Il a voulu Se manifester si Puissant, si Saint et si libéral à votre égard.» Saint Paul rendit grâces à la divine Mère pour le Bienfait de sa conversion, et pour les faveurs qu'Elle lui avait faites à ce sujet, le préservant de tant de dangers. Saint Barnabé fit aussi la même chose et de nouveau ils lui demandèrent sa protection et son Refuge; et la Très Sainte Marie leur promit tout.

8, 6, 489. Sainte Pierre comme Chef de l'Église avait appelé les Apôtres et les disciples qui étaient près de Jérusalem et il les réunit un jour avec ceux qui y étaient, en présence de la grande Souveraine du Monde, interposant pour cela l'autorité de Vicaire de Jésus-Christ afin que la prudente Vierge ne se retirât point de l'assemblée par sa profonde humilité [c]. Étant tous ensemble saint Pierre leur parla et leur dit: «Mes Frères et mes Fils en Notre-Seigneur Jésus-Christ, il a été nécessaire de nous réunir tous pour résoudre les doutes et les affaires dont nos très chers Frères Paul et Barnabé nous ont informé et d'autres choses qui touchent à l'accroissement de la sainte Foi. Pour cela il convient que l'oraison précède pour demander que l'Esprit-Saint nous assiste, et nous y persévérerons dix jours comme nous avons coutume. Le premier et le dernier jour nous célébrerons le Saint Sacrifice de la Messe, avec lequel nous préparerons nos coeurs pour recevoir la divine Lumière.» Tous approuvèrent ce moyen. Et pour célébrer la première Messe le lendemain, la Reine prépara la salle du Cénacle, la nettoyant et l'ornant décemment de ses mains, et Elle prépara tout le nécessaire pour communier à ces Messes, Elle, les autres Apôtres et les disciples. Saint Pierre célébra seul gardant en ces Messes les mêmes rites ou cérémonies que dans les autres que j'ai déjà dites [d].

8, 6, 490. Les autres Apôtres et les disciples communièrent de la main de saint Pierre et après tous, la Très Sainte Marie qui prenait toujours la dernière place. Au moment de la consécration, plusieurs Anges descendirent à la vue de tous au Cénacle, qui fut rempli d'une splendeur et d'une odeur admirable avec des Effets divins que le Seigneur communiqua à leurs âmes. La première Messe étant dite, ils destinèrent les heures auxquelles ils devaient persévérer dans l'oraison étant tous ensemble réunis, sans qu'ils manquassent au ministère des âmes en ce qui serait nécessaire pour revenir aussitôt à leur oraison. La grande Reine se retira en un endroit où Elle demeura seule sans se mouvoir, ni manger, ni parler durant ces dix jours. Pendant ce temps il arriva tant de secrets et de mystères occultes à la Maîtresse du Monde que ce fut un sujet de nouvelle admiration pour les Anges et ce qui m'en a été manifesté est ineffable pour moi. J'en dirai brièvement quelque chose si je puis, car tout ne sera pas possible. Après avoir communié à la première Messe de ces dix jours la divine Mère se recueillit seule, comme je l'ai dit, et ensuite par le commandement du Seigneur, ses Anges qui étaient là l'élevèrent pour la porter en corps et en âme au Ciel empirée [e], un Ange restant à sa place avec sa figure, afin que dans le Cénacle les Apôtres qui y étaient ne s'aperçussent point qu'Elle manquait. Ils la portèrent avec la grandeur et la majesté que j'ai dites dans d'autres occasions [f] et en celle-ci ce fut quelque chose de plus, vu l'intention du Seigneur qui l'ordonnait. Lorsque Sa Très Sainte Mère arriva à la région de l'air, très élevé de la terre, le Seigneur tout-puissant commanda que Lucifer avec tous ses démons de l'enfer vinssent en la présence de la Reine du Ciel dans cette même région où Elle était. A l'instant ils parurent tous, et se présentèrent devant Elle qui les vit et les connut tels qu'ils sont et aussi l'état où ils se trouvent. Cette vue lui aurait été de quelque peine, parce qu'ils sont abominables et offensifs; mais Elle était fortifiée par la Vertu divine, afin qu'Elle ne fût pas offensée de cette vision de créatures si laides et si exécrables. Il n'en arriva pas ainsi aux démons, parce que le Seigneur leur donna à connaître d'une manière particulière et par espèces, la grandeur et la supériorité qu'avait sur eux cette Femme qu'ils poursuivaient comme ennemie, et que c'était une folle audace ce qu'ils avaient présumé et intenté contre Elle. Et outre cela ils connurent, pour une plus grande terreur, qu'Elle avait dans son Coeur le Christ Sacramenté, et que toute la Divinité la tenait comme enfermée sous la protection de Sa Toute-Puissance; afin que par la participation de Ses divins Attributs, Elle les détruisît, les humiliât et les écrasât.

8, 6, 491. Les démons entendirent ensemble avec cela une Voix qu'ils connurent sortir de l'Être même de Dieu qui disait: «Avec ce bouclier de Mon Bras puissant si Invincible et si Fort je défendrai toujours Mon Église, et cette Femme écrasera la tête de l'antique serpent (Gen. 3: 15) et triomphera toujours de son orgueil altier pour la gloire de Mon Saint Nom.» La douleur, l'oppression et le désespoir qu'ils éprouvèrent furent tels qu'ils dirent avec de grands cris: «Que le Pouvoir de Dieu nous précipite immédiatement en enfer, et qu'Il ne nous tienne pas en présence de cette Femme qui nous tourmente plus que le feu. O Femme invincible et forte, éloigne-toi de nous, puisque nous ne pouvons fuir de ta présence, où nous tient attachés la chaîne de la Puissance infinie. Pourquoi toi aussi nous tourmentes-tu (Matt. 8: 29) avant le temps? Toi seule dans la nature humaine es l'Instrument de la Toute-Puissance contre nous; et par toi les hommes peuvent conquérir les Biens Éternels que nous avons perdus. Et lorsque nous n'espérons pas voir Dieu éternellement, ta vue, qui pour nous est un châtiment et un tourment parce que nous t'abhorrons, sera pour eux la récompense pour les bonnes oeuvres qu'ils doivent à leur Dieu et Rédempteur. Laisse-nous, Seigneur et Dieu Tout-Puissant, que s'achève désormais ce nouveau tourment dans lequel Tu nous renouvelles celui qui nous vint quand Tu nous précipitas du Ciel; puisqu'ici Tu exécutes les menaces que Tu nous fis là par cette Merveille de Ton Bras puissant.»

8, 6, 492. Avec ces désespoirs lamentables et d'autres les démons furent détenus pendant un grand espace de temps en présence de l'invincible Reine, et quoiqu'ils fussent des efforts pour fuir et se retirer, cela ne leur fut pas accordé aussitôt que leur fureur le désirait. Et afin que la terreur que la Très Sainte Marie leur causait leur fût plus notoire et leur demeurât plus imprimée, le même Seigneur ordonna qu'Elle le leur permît avec une autorité de Reine et d'Impératrice; et c'est ce qu'Elle fit. A l'instant ils se précipitèrent tous de la région de l'air jusqu'au profond de l'abîme avec toute la vélocité que leurs puissances avaient pour se mouvoir, et jetant d'épouvantables hurlements ils troublèrent tous les damnés, leur causant de nouvelles peines, confessant en leur présence la Puissance de Dieu et de Sa Mère, quoiqu'ils la connussent déjà à leur désespoir, et qu'ils éprouvassent des peines très violentes de ne pouvoir le nier. Par ce triomphe la sérénissime Impératrice poursuivit son chemin jusqu'au Ciel empiré, où Elle fut reçue avec une admirable et nouvelle jubilation de ses courtisans, et Elle y demeura vingt-quatre heures.

8, 6, 493. Elle se prosterna devant le souverain trône de la Bienheureuse Trinité, et Elle adora Dieu dans l'unité d'une Nature et d'une Majesté indivisée. Ensuite Elle pria pour l'Église, afin que les Apôtres entendissent et déterminassent ce qui convenait pour établir la Loi Évangélique et la fin de la Loi de Moïse. A ces demandes Elle entendit une Voix du trône dans laquelle les trois Personnes divines, chacune en particulier et par Son ordre, lui promettait d'assister les Apôtres et les disciples, afin qu'ils déclarassent et établissent la Vérité divine, le Père Éternel gouvernant par Sa Toute-Puissance, le Fils par Sa Sagesse et comme Chef, et l'Esprit-Saint comme Époux avec Son Amour et l'illustration de Ses Dons. Ensuite la divine Mère vit que l'Humanité très Sainte de son Fils présentait au Père les oraisons et les prières qu'Elle-même avait faites pour l'Église, et les approuvant toutes, Elle demandait ou proposait les raisons pour lesquelles il était dû qu'elles s'accomplissent ainsi, afin que la foi de l'Évangile et toute sa sainte Loi fussent plantées dans le monde conformément à la détermination éternelle de l'Entendement et de la Volonté de Dieu.

8, 6, 494. Et ensuite, en exécution de cette Volonté et de cette proposition de notre Sauveur Jésus-Christ la grande Reine vit que de la Divinité et de l'Être Immuable de Dieu il sortit une forme de Temple ou d'Église, très pure, très belle et très resplendissante, comme si elle eût été fabriquée d'un diamant ou d'un cristal très clair, ornée de plusieurs émaux et reliefs qui la rendaient plus belle et plus précieuse. Les Anges et les Saints la virent et dirent avec admiration: «Seigneur, Vous êtes Puissant et trois fois Saint (Apoc. 4: Cool dans Vos Oeuvres.» La Bienheureuse Trinité livra cette Église ou ce Temple à l'Humanité très Sainte du Christ, et Sa Majesté l'unit avec Lui-même d'une manière admirable que je ne puis expliquer par des termes propres. Et ensuite le Fils la livra aux mains de Sa Très Sainte Mère. Au moment où Marie reçut l'Église Elle fut remplie d'une nouvelle splendeur qui l'absorba toute en Elle-même et Elle vit la Divinité intuitivement et clairement avec une Vision Béatifique très éminente.

8, 6, 495. La grande Reine demeura plusieurs heures dans cette joie, véritablement introduite par le suprême Roi dans le cellier et dans l'officine du vin aromatique (Cant. 8: 2) qu'il dit dans les Cantiques. Et comme ce qu'Elle reçut et ce qui lui arriva là excède toute pensée et toute capacité, il me suffit de dire que la Charité fut de nouveau ordonnée (Cant. 2: 4) en Elle, afin qu'Elle l'exerçât dans la Sainte Église qui lui était livrée sous ce symbole. Avec ces faveurs les Anges la ramenèrent au Cénacle, portant toujours dans leurs mains ce Temple mystérieux qu'Elle avait reçu de son Très Saint Fils. Elle demeura en oraison les neuf jours suivants sans se mouvoir ni interrompre les actes dans lesquels la laissa la Vision Béatifique, et ces actes ne peuvent venir en pensée humaine ni les paroles ne peuvent les manifester. Entre autres choses qu'Elle fit, l'une fut de distribuer les Trésors de la Rédemption parmi les enfants de cette Église, commençant par les Apôtres, et parcourant les temps futurs, Elle les appliquait à divers justes et saints selon les secrets cachés de la prédestination éternelle. Et parce que l'exécution de ces Décrets fut commise à la Très Sainte Marie par Son Très Pur Fils, Il Lui donna le domaine de toute l'Église et l'usage de la dispensation de la grâce que chacun obtiendrait des mérites de la Rédemption. Dans un Mystère si élevé et si caché je ne peux donner à entendre davantage.

8, 6, 496. Le dernier des dix jours saint Pierre célébra une autre Messe et les mêmes personnes que la première fois y communièrent. Ensuite étant tous réunis, au Nom du Seigneur ils invoquèrent l'Esprit-Saint, et ils commencèrent à conférer et à définir les doutes qui se présentaient dans la Saint Église. Saint Pierre comme Chef et Pontife parla le premier, ensuite saint Paul et saint Barnabé, et après eux Jacques le Mineur, comme le rapporte saint Luc dans le Chapitre 15 des actes (Act. 15: 7). La première chose qui fut déterminée dans ce Concile fut que l'on imposerait pas aux baptisés la présente loi de la circoncision et de la Loi Mosaïque, puisque désormais le Salut Éternel était donné par le Baptême et la Foi de Jésus-Christ. Et quoique ce soit ce que rapporte principalement saint Luc, néanmoins il s'y détermina aussi d'autres choses qui touchaient au gouvernement et aux cérémonies ecclésiastiques, pour arrêter quelques abus que certains fidèles commençaient à introduire avec une dévotion indiscrète. Ce Concile est jugé le premier des Apôtres, nonobstant qu'ils se réunirent aussi pour ordonner le Credo et d'autres choses, comme je l'ai dit plus haut. Mais pour le Credo les douze Apôtres seuls concoururent [g], et dans cette assemblé furent convoqués les disciples qui purent y prendre part; et les cérémonies de conférer et de déterminer furent différentes et en forme propre de détermination comme il appert par celle que rapporte saint Luc: «Il a semblé bon à l'Esprit-Saint et à nous réunis, etc. (Act. 15: 28).

8, 6, 497. Ce Concile fut écrit aux fidèles et aux Églises d'Antioche, de Syrie, de Silicie, selon cette forme et ces paroles, ainsi que ce qui y avait été déterminé; et ils remirent les lettres aux mains de saint Paul, saint Barnabé et d'autres disciples. Et le Seigneur voulant approuver cette définition, il arriva que dans le Cénacle quand les Apôtres la firent, et à Antioche quand ils lurent les lettres en présence de l'Église, l'Esprit-Saint descendit en forme de Feu visible, avec lequel tous les fidèles demeurèrent consolés et confirmés dans la Vérité Catholique. La Très Sainte Marie rendit grâce au Seigneur pour le Bienfait que la Sainte Église avait reçue par cette détermination. Ensuite Elle prit congé de saint Paul et de saint Barnabé ainsi que des autres, et pour leur consolation Elle leur donna une partie des vêtements de Jésus-Christ notre Sauveur qu'Elle avait, et des reliques de la Passion; puis leur promettant sa protection et ses prières Elle les renvoya remplis de consolation, d'un esprit nouveau et de courage pour les travaux qui les attendaient. Pendant tous les jours que se tint ce Concile, ni le prince des ténèbres, ni ses ministres ne purent approcher du Cénacle, à cause de la crainte que la Très Sainte Marie leur avait imposée; et quoiqu'ils se tinssent au loin pour l'épier, néanmoins ils ne purent rien contre ceux qui y étaient réunis. Heureux siècle et heureuse Congrégation!

8, 6, 498. Mais comme il rôdait toujours autour de la grande Reine, rugissant contre Elle comme un lion, voyant que par lui-même il n'obtenait rien, il chercha à Jérusalem des femmes magiciennes avec lesquelles il avait un pacte exprès, et il leur persuada de lui ôter la vie par maléfices. Ces malheureuses femmes trompées l'intentèrent par divers moyens; mais leurs sortilèges ne purent rien opérer. Et dans ce dessin elles se mirent plusieurs fois en présence de la grande Souveraine, mais elles demeurèrent muettes et comme mortes. La pitié sans mesure de la Très Douce Mère travailla beaucoup pour les convertir et les détromper par les paroles et les bienfaits qu'Elle leur fit; mais une seule de ces quatre dont le démon se servit pour cela se convertit et reçut le Baptême. Comme toutes ces tentatives ne réussissaient à rien à Lucifer, l'astucieux dragon était si troublé et si confus, que plusieurs fois il eut abandonné de tenter la Très Sainte Marie; mais il ne pouvait en finir avec son irréparable orgueil, et le Seigneur tout-puissant donnait lieu à cela, afin que le triomphe et les victoires de Sa Mère fussent plus glorieuses, comme nous le verrons dans le chapitre suivant.

DOCTRINE QUE ME DONNA LA REINE DES ANGES
LA TRÈS SAINTE MARIE.

8, 6, 499. Ma fille, dans la constance et la force invincible avec lesquelles je vainquis la dure envie des démons, tu as l'un des documents les plus importants pour persévérer dans la grâce et acquérir de grandes couronnes. La nature humaine et l'angélique qui est aussi dans les démons, ont des conditions très opposées et inégales; parce que la nature spirituelle est infatigable, et celle des mortels est fragile et si fatigable qu'aussitôt elle se lasse et elle défaille dans ses opérations, et si elle trouve quelque difficulté dans la vertu elle se décourage et abandonne ce qu'elle a commencé: ce qu'un jour elle fait avec goût, l'autre jour elle le trouve ennuyeux; ce qui aujourd'hui lui paraît facile, demain elle le trouvera difficile; tantôt elle veut, tantôt elle ne veut pas; tantôt elle est fervente, tantôt elle est tiède. Mais le démon ne se donne jamais pour las ni fatigué en la poursuivant et en la tentant. Néanmoins dans cette Providence le Très-Haut n'est pas en défaut: Il limite et retient les démons par Son Pouvoir afin qu'ils ne passent point la ligne de la permission divine, ni qu'ils mettent en oeuvre toutes leurs forces infatigables à poursuivre les âmes; Il aide les hommes dans leur faiblesse, et Il leur donne grâce et vertu afin qu'ils puissent résister à leurs ennemis et les vaincre chacun dans leur sphère, et tout le temps que les démons ont permission de les tenter.

8, 6, 500. Ainsi demeure inexcusable l'inconstance des âmes qui défaillent dans la vertu et la tentation, ne voulant pas souffrir avec force et patience la courte amertume qu'ils trouvent présentement à opérer le bien et à résister au démon. L'inclination des passions qui cherchent le plaisir présent et sensible se met immédiatement de travers, et le démon le leur représente fortement, et avec une astuce diabolique il leur exagère l'ennui et la difficulté de la mortification, et s'il peut il la leur fait voir comme dangereuse à la santé et à la vie. Avec ces tromperies il renverse d'innombrables âmes, jusqu'à les précipiter d'un abîme dans un autre. Et tu verras, ma fille, en cela une erreur très ordinaire parmi les mondains, mais très horribles aux yeux du débiles, inconstants et faibles pour faire une oeuvre de vertu et de mortification ou de pénitence pour leurs péchés, au service de Dieu; et ceux-là mêmes qui pour le bien sont faibles, sont forts pour pécher, et dans le service du démon ils sont constants, ils entreprennent et font en cela des oeuvres plus ardues et plus laborieuses que toutes celles que leur commande la Loi de Dieu; de manière que pour sauver leurs âmes ils sont faibles et sans forces et pour gagner leur damnation éternelle ils sont forts et robustes.

8, 6, 501. Ce dommage a coutume d'arriver en partie à ceux qui professent la vie parfaite; ils écoutent leurs souffrances plus qu'il n'est convenable, et avec cette erreur, ou ils se retardent beaucoup dans la perfection, ou le démon remporte plusieurs victoires de leurs tentations. Afin que toi, ma fille, tu ne tombes point dans ces dangers, il te servira d'avertissement de prêter attention à la force et à la constance avec lesquelles je résistait à Lucifer et à tout l'enfer, et la supériorité avec laquelle je méprisais ses fausses illusions et ses tentations sans trouble et sans y faire attention, car c'est le meilleur moyen de vaincre son orgueil altier. Je ne fus pas non plus négligente à opérer à cause des tentations, ni à omettre mes exercices, au contraire je les augmentai avec plus d'oraisons, de prières et de larmes, comme on doit faire dans le temps des combats contre ces ennemis. C'est ce que Je t'avertis de pratiquer avec dévouement; parce que tes tentations ne sont pas ordinaires mais elles ont une malice et une astuce souveraines, comme je te l'ai manifesté plusieurs fois et l'expérience te l'enseigne.

8, 6, 502. Et comme tu as beaucoup songé à la terreur qu'éprouvèrent les démons de connaître que j'avais dans mon Coeur mon Très Saint Fils Sacramenté, je veux t'avertir de deux choses. L'une est que pour détruire l'enfer et imposer de la crainte à tous les démons, tous les Sacrements sont dans la Sainte Église des armes puissantes, et au-dessus de tous celui de la Sainte Eucharistie. Ce fut l'une des fins cachées que mon Très Saint Fils eut dans l'institution de cet Auguste Mystère et des autres. Et si les âmes ne sentent point aujourd'hui cette Vertu et ces Effets avec une expérience ordinaire, cela arrive parce qu'avec la routine de recevoir ces Sacrements sans disposition elles ont perdu beaucoup la vénération et l'estime avec lesquelles on doit les traiter et les recevoir. Mais les âmes qui les fréquentent avec révérence et dévotion ne doutent point qu'elles sont formidables aux démons et qu'elles ont sur eux un grand et puissant empire de manière que tu l'as connu de moi en ce que tu as écrit. La raison de cela est que lorsque l'âme est pure, ce Feu divin est en elle comme dans sa sphère naturelle; en moi il fut avec toute l'activité qui était possible en une pure Créature et c'est pour cela que je fus si terrible à l'enfer.

8, 6, 503. La seconde, en preuve de cette vérité que je te dis, est que ce Bienfait que je reçus ne se termina point en moi seule; parce que Dieu l'a fait respectivement à d'autres âmes. Et en ces temps il est arrivé dans l'Église, que Dieu, pour vaincre le dragon infernal, lui manifesta et mit devant lui une âme avec Jésus-Christ Sacramenté dans sa poitrine, et avec cela il l'humilia et le ruina de telle manière que pendant plusieurs jours Lucifer n'osa point se mettre en présence de cette âme, et il demanda au Tout-Puissant de ne la lui point manifester dans cet état avec la Communion dans son coeur. En cette occasion il arriva que le même Lucifer, avec l'intervention de quelques hérétiques et d'autres mauvais Chrétiens, intenta un très grave dommage contre ce royaume Catholique d'Espagne; et si Dieu ne l'eût point arrêté par le moyen de cette même personne, déjà l'Espagne serait aujourd'hui perdue de toute manière et au pouvoir de ses ennemis. Mais la divine Clémence se servit pour l'arrêter de la personne que je te dis, la manifestant au démon et à ses ministres, après qu'elle avait communiée. Et avec la terreur qu'il leur causa, ceux-ci se désistèrent de la méchanceté qu'ils avaient inventée pour en finir une bonne fois avec l'Espagne. Je ne te déclare pas qui est cette personne, parce que cela n'est pas nécessaire; je t'ai fait connaître ce secret seulement afin que tu comprennes l'estime que Dieu fait d'une âme qui se dispose à mériter Ses faveurs et qui Le reçoit dignement dans le Saint Sacrement; et ce n'est pas avec moi seule, à cause de la dignité et de la sainteté de Mère qu'Il se montre libéral et puissant, mais aussi avec d'autres âmes Ses épouses Il veut être reconnu et glorifié, subvenant aux nécessités de Son Église selon que le temps et les occasions le demandent.

8, 6, 504. De là tu comprendras que les démons craignent beaucoup les âmes qui reçoivent dignement la Sainte Communion et d'autres Sacrements avec lesquels elles se rendent invincibles pour eux; et c'est pour cela même qu'ils travaillent tant contre ces âmes pour les renverser ou pour les empêcher de prendre contre eux une si grande puissance que celle que le Seigneur leur communique. Travaille donc contre des ennemis si astucieux et si infatigables et tâche de m'imiter dans cette force. Je veux aussi que tu aies en grande vénération les Conciles de la Sainte Église et toutes les assemblées qui se font en elle, ainsi que pour ce que l'on y ordonne et détermine; parce que l'Esprit-Saint assiste aux Conciles et aux assemblées qui se réunissent (Matt. 18: 20) au Nom du Seigneur, et c'est une de Ses promesses qu'Il sera aussi avec eux. Pour cela on doit obéir à ce qu'elles ordonnent et à ce qu'elles commandent. Et quoique l'on ne voie pas aujourd'hui de signes visibles de l'assistance de l'Esprit-Saint dans les Conciles il ne laisse pas pour cela de les gouverner secrètement, et les prodiges et les miracles ne sont pas maintenant si nécessaires en cela que dans les commencements de l'Église, et ceux qui sont nécessaires Il ne les refuse pas non plus. Pour tous ces Bienfaits, bénis et loue Sa piété et Sa Miséricorde libérale, et surtout pour ceux qu'il fit envers moi lorsque je vivais en chair mortelle.

NOTES EXPLICATIVES

Extraites de celles de Don Creseto, à l'usage des prêtres.

8, 6, [a]. Il n'est pas croyable que la Très Sainte Vierge tant qu'Elle vécut sur la terre, n'ait pas eu une très spéciale dévotion pour les Lieux Saints, et qu'Elle n'ait pas pris un grand plaisir à y fouler de nouveau les traces de son très aimé Fils. S'il n'en avait pas été ainsi, il conviendrait de dire que l'affection des Chrétiens envers Jésus-Christ, eux qui visitent avec tant de transports les Saints Lieux, aurait été plus grande que l'affection de Sa Très Sainte Mère, ce qui serait une très grave injure et une hérésie. C'est pourquoi la visite à ces Lieux Sacrés dont parle ici la Vénérable est pleinement vraisemblable; et même Elle se trouve confirmée par la tradition; car saint Jérôme qui plus que tout autre examina les
Saints Lieux et qui consulta les traditions qui s'y rapportent, atteste justement que la Très Sainte Vierge, tant qu'Elle vécut se faisait une joie de visiter très souvent ces Lieux sanctifiés par les Mystères de son divin Fils.

8, 6, [b]. Il est certain par la Sainte Écriture que Jésus-Christ apparut plusieurs fois à ses Saints sur la terre après Son Ascension, comme à saint Étienne, à saint Paul, à Ananie [Actes 7 et 9]. Combien plus doit-on admettre qu'Il apparut à Sa Très Sainte Mère et bien plus souvent qu'à tout autre Saint ou Sainte. Et saint Thomas en donne la raison [III P. q. 27, a. 1]: «On croit raisonnablement que Celle qui engendra le Fils Unique du Père plein de grâce et de vérité, reçut de plus grands privilèges de grâces que tous les autres.»

8, 6, [c]. Que la Très Sainte Marie ait assisté à ce Concile des Apôtres c'est une chose validement prouvée par le docte bénédictin Georges Sedlmayr dans sa Scholastica Mariana, [P. IV, Sess. I, Ar. 3]. Lucius Dexter écrit «Le Collège des Apôtres ne faisait rien de grave sans le conseil de la Vierge.» [Ap. Mign. .Sum. Aurea tom. VIII, a princ.].
8, 6, [d]. Livre 7, Nos. 112, 217, 227.
8, 6, [e]. Si cela fut accordé à saint Paul [2 Cor. 12] pourquoi non à la Très Sainte Mère de Dieu. Saint Bernard dit: [Serm. 2 de Virg.] «On doit croire que Jésus-Christ éleva souvent Sa Mère à la montagne de la myrrhe et à la colline de l'encens, qu'Il la cacha dans Son cellier à vin et qu'Il lui révéla Sa gloire déifique et supracéleste.» Sont du même sentiment tous les Saints et les Docteurs qui tiennent que la Très Sainte Marie fut admise plusieurs fois à la vision intuitive se trouvant encore en vie.
8, 6, [f]. Livre 8, No. 399.
8, 6, [g]. Livre 7, No. 215.
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Message par sga le Ven 11 Sep - 13:56

CHAPITRE 7


La Très Sainte Marie conclut les combats, triomphant glorieusement des démons, comme il est contenu dans saint Jean au chapitre 12 de son Apocalypse.


8, 7, 505. Pour mieux comprendre les mystères cachés de ce chapitre il est nécessaire de supposer ceux que j'ai écrits dans la première partie, livre premier, depuis le chapitre 8 jusqu'au 10, ou par ces trois chapitres j'ai déclaré le chapitre 12 de l'Apocalypse, comme il m'a été donné là à l'entendre. Et non seulement alors, mais dans le cours de toute cette divine Histoire [a], j'ai remis à cette troisième partie pour manifester en son propre lieu les combats que la Très Sainte Marie soutint contre Lucifer et ses démons, les triomphes qu'Elle remporta sur eux et l'état dans lequel le Très-Haut la laissa pour le temps qu'Elle vécut en chair mortelle après ces victoires mystérieuses. L'Évangéliste saint Jean eut connaissance de tous ces secrets vénérables et il les écrivit dans son Apocalypse, comme je l'ai dit d'autres fois, particulièrement dans le chapitre 12 et dans le 21, dont je répète les explications dans cette Histoire, y étant forcée pour deux raisons.

8, 7, 506. L'une parce que ces secrets sont si nombreux, si grandioses et si élevés, que personne ne peut les pénétrer ni les manifester adéquatement, et surtout parce que l'Évangéliste les renferma, comme sacrement intime du Roi et de la Reine, en tant d'énigmes et de métaphores si obscures, afin que le Seigneur seul pût les déclarer dans le temps et la manière conforme à Sa divine Volonté; car la Très Sainte Marie le commanda ainsi à l'Évangéliste. La seconde raison est parce que, bien que la rébellion et l'orgueil de Lucifer consistassent à s'élever contre la Volonté et les ordres du Dieu Très-Haut et Tout-Puissant, néanmoins la matière principale sur laquelle tomba cette résistance obstinée fut Notre-Seigneur Jésus-Christ et Sa Très Sainte Mère, à la dignité et à l'excellence desquels les Anges apostats et rebelles ne voulurent point s'assujettir. Et bien que pour une telle résistance arrivât le premier combat que les démons eurent entre saint Michel et ses Anges dans le Ciel; toutefois ils ne purent l'avoir alors avec le Verbe Incarné et Sa Mère-Vierge en personne, mais seulement dans ce signe ou représentation de la mystérieuse Femme qui leur fut proposée et manifestée dans le Ciel, avec les Mystères renfermés en Elle comme Mère du Verbe Éternel qui prendrait en Elle forme humaine. Et lorsqu'arriva le temps où s'exécutèrent ces admirables sacrements et que le Verbe S'Incarna dans le sein Virginal de Marie, il fut convenable que ce combat fût renouvelé entre les démons et Jésus-Christ et Sa Mère dans leurs personnes, et qu'ils triomphassent par eux-mêmes des démons comme le Seigneur même les avait menacés, tant dans le Ciel qu'ensuite dans le Paradis, qu'Il mettrait des inimitiés entre la femme et le serpent (3: 15), et entre la semence de la Femme et la sienne afin qu'Elle lui écrasât la tête.

8, 7, 507. Tout cela s'accomplit à la lettre en Jésus-Christ et en Marie; parce que saint Paul dit de notre grand Pontife et Sauveur, qu'Il fut tenté (Héb. 4: 15) en toute chose par similitude et en exemple, mais sans péché; et la même chose arriva à la Très Sainte Marie. Lucifer avait la permission de les tenter depuis qu'il était tombé du Ciel comme je l'ai dit dans le chapitre 10 de la première partie. Et parce que ces combats de la Très Sainte Marie correspondaient au premier qui se passa dans le Ciel, et qu'ils furent pour les démons l'exécution de la menace qu'ils eurent là avec le Signe qui la représentait, pour cela saint Jean les écrivit et les renferma sous les même paroles et les mêmes énigmes. Et j'ai déjà expliqué ce qui touche au premier combat, il est nécessaire de manifester ce qui se passa dans le second. Quoique Lucifer et ses démons dans cette première révolte fussent châtiés par la privation éternelle de la Vision Béatifique et précipités dans l'enfer, toutefois dans cette second bataille ils furent de nouveau châtiés par des peines accidentelles correspondantes aux désirs et aux efforts avec lesquels ils poursuivaient et tentaient la Très Sainte Marie. La raison de cela est qu'il est naturel aux puissances de la créature d'avoir de la délectation et du contentement quand elles obtiennent ce qu'elles désirent, selon la force avec laquelle elles le désiraient; et au contraire elles reçoivent de la douleur et de la peine avec le déplaisir qu'elles sentent lorsqu'elles ne l'obtiennent point ou qu'il leur arrive au rebours de ce qu'elles désiraient et espéraient; et les démons depuis leur chute n'avaient désiré aucune chose d'une manière plus véhémente que de renverser de la grâce Celle qui avait été donnée comme Médiatrice aux enfants d'Adam afin qu'ils obtinssent cette grâce. Pour cela, le tourment des dragons infernaux fut incomparable de se voir vaincus, assujettis et désespérés, ne pouvant obtenir ce qu'ils avaient machiné, espéré et souhaité pendant tant de siècles.

8, 7, 508. Pour les mêmes raisons et pour plusieurs autres ce triomphe cause une joie singulière à la divine Mère de voir l'antique serpent écrasé. Et pour terme du combat et principe du nouvel état qu'Elle devait avoir après ces victoires, son Très Saint Fils lui avait préparé de si grandes et si magnifiques faveurs qu'elles excèdent toute capacité humaine et angélique. Et moi pour expliquer quelque chose de ce qui m'a été donné de connaître, il est nécessaire que j'avertisse celui qui lira ceci, que nos termes et nos paroles, à cause de notre capacité et de nos puissances limitées, sont toujours les mêmes pour déclarer ces mystères et d'autres surnaturels, tant les plus hauts que ceux qui ne sont pas si distants de nous; mais dans l'objet dont je parle il y a une capacité ou une habitude infinie avec laquelle la Toute-Puissance de Dieu put l'élever d'un état qui nous paraît très sublime à un autre plus haut, et de celui-ci à un autre nouveau et meilleur, et la confirmer dans le même genre de grâces, de Dons et de faveur, parce qu'arrivant comme la Très Sainte Marie arriva à tout ce qui est, hors être Dieu, renferme une immense latitude, et fait pour Elle seule une hiérarchie plus grande et plus élevée que tout le reste des autres créatures humaines et angéliques.

8, 7, 509. Ayant donc averti de tout cela, je dirai le mieux qu'il me sera possible, ce qui arriva à Lucifer, jusqu'à ce qu'il fût définitivement vaincu par la Très Sainte Marie et par son Fils notre Sauveur. Le dragon et ses démons ne demeurèrent point du tout détrompés par les triomphes que j'ai rapportés dans le chapitre précédent, dans lesquels la grande Reine le lança et le précipita dans l'abîme depuis la région de l'air, ni par les maléfices qu'il intenta par ces femmes de Jérusalem quoique tout fût inutile. Bien au contraire, cet implacable ennemi présumant qu'il lui restait peu de temps de la permission qu'il avait de tenter et de persécuter la Très Sainte Marie, intenta de nouveau de compenser le court intervalle qu'il imaginait en ajoutant plus de force et de témérité contre Elle. Pour cela il chercha d'abord d'autres hommes plus grands sorciers qui étaient très versés dans l'art magique et les maléfices [b]; et leur donnant de nouvelles instructions, il les chargea d'ôter la vie à Celle qu'ils avaient pour ennemie. Ces malfaisants ministres l'intentèrent plusieurs fois par divers moyens de sorcellerie, de grande cruauté et de grande efficace. Mais aucun ne peut offenser ni peu ni beaucoup la santé ni la Vie de la Bienheureuse Mère; parce que les effets du péché n'avaient point de juridiction sur Celle qui n'y eut point de part et qui par d'autres titres était privilégiée et supérieure à toutes les causes naturelles. Le dragon voyant cela et ses intentions étant frustrées en ce point où il avait été si vigilant, châtia avec une cruauté impie les sorciers dont il s'était servi, le Seigneur le permettant et eux le méritant par leur témérité, afin qu'ils connussent quel maître ils servaient.

8, 7, 510. Lucifer s'irritant lui-même avec une nouvelle indignation, convoqua tous les princes des ténèbres, et leur pondérant beaucoup les raisons qu'ils avaient, depuis qu'ils avaient été rejetés du Ciel, d'employer toutes leurs forces et leur malice à renverser cette Femme leur ennemie, que désormais ils connaissaient être Celle qui leur avait été montrée là; ils en convinrent tous, et ils déterminèrent d'aller tous ensemble la prendre seule, présumant que dans cette occasion Elle serait moins prévenue ou non accompagnée de Celui qui la défendait. Ils profitèrent ensuite de la circonstance qui leur parut la plus opportune, et l'enfer se dépeuplant pour cette entreprise, ils l'assaillirent tous ensemble avec confusion, la Très Sainte Marie étant seule dans son oratoire. Le combat fut le plus grand qui se soit jamais vu et qui ne se verra jamais avec une pure Créature, depuis le premier combat dans le Ciel empirée jusqu'à la fin du monde; parce que celui-ci fut très semblable à celui-là. Et afin que l'on voie quelle devait être la fureur de Lucifer et de ses démons, on doit peser le tourment qu'ils éprouvèrent de s'approcher où était la Très Sainte Marie et de la regarder, tant à cause de la Vertu divine qu'ils sentaient en Elle qu'à cause du grand nombre de fois qu'Elle les avait vaincus et opprimés. L'indignation et l'envie des démons prévalurent contre cette douleur et cette peine; elle les obligèrent à continuer malgré le tourment qu'ils sentaient et à se mettre comme à travers les piques et les lances, afin d'exécuter leur vengeance contre la divine Souveraine; parce que l'acte de ne le point intenter était un plus grand tourment pour Lucifer que toute autre peine.

8, 7, 511. La première impétuosité de cet assaut s'attaqua principalement aux sens extérieurs de la Très Sainte Marie avec des bruits de hurlements, de cris, de terreurs et de confusion; et formant dans l'air par espèces un vacarme et un tremblement très épouvantable comme si toute la machine du monde allait être détruite; et pour causer une plus grande épouvante ils prirent diverses figures visibles, les unes de démons hideux, abominables, en différentes formes, d'autres d'Anges de Lumière; et entre les uns et les autres ils feignirent une rixe ou bataille ténébreuse et formidable, sans que l'on pût connaître la cause ni que l'on entendît plus que le bruit confus et très terrible. Cette tentation était pour causer de la
terreur et du trouble à cette invincible Reine. Et véritablement elle en eût donné une très grande à toute autre créature humaine, même sainte, si elle eût été laissée dans l'ordre commun de la grâce, et elle n'eût pas pu la supporter sans perdre la vie; parce que cette batterie dura douze heures entières.

8, 7, 512. Mais notre grande Reine fut immobile, tranquille et sereine au milieu de tout cela, et avec le même calme que si Elle n'avait rien vu ni entendu; Elle ne se troubla point ni ne s'altéra, ni ne changea d'air, ni Elle n'eut de tristesse ni aucun mouvement pour tout ce trouble infernal. Ensuite les démons dirigèrent d'autres tentations vers les puissances intérieurs de l'invincible Mère; et en ces tentations ils répandirent le fleuve de leurs venins diaboliques plus que je ne le peux dire, parce qu'ils mirent en oeuvre tout ce qu'ils purent faire par de fausses révélations, des lumières, des suggestions, des promesses et des menaces, sans laisser de vertu qu'ils n'aient tentée de tous les vices contraires, par tous les moyens et les manières que peut fabriquer l'astuce de tant de démons. Je ne m'arrête pas à particulariser ces tentations, parce qu'il n'est pas nécessaire ni convenable. Mais notre Reine et notre Maîtresse les vainquît si glorieusement qu'en toutes les matières des vices Elle fit des actes contraires et aussi héroïques que l'on peut imaginer, sachant qu'Elle opérait avec tout l'effort et la force de la grâce, des Vertus et des Dons qu'Elle avait dans l'état de sainteté dans lequel Elle se trouvait alors.

8, 7, 513. Elle pria en cette occasion pour tous ceux qui seraient tentés et affligés du démon, pendant qu'Elle expérimentait la force de sa malice et la nécessité du secours divin pour la vaincre. Le Seigneur lui accorda que tous ceux qui seraient affligés de tentations et qui l'invoqueraient alors, seraient défendus par son intercession. Les démons persévérèrent dans cette bataille jusqu'à ce qu'enfin ils n'eussent plus de nouvelle malice à essayer contre la très Pure entre les créatures. Et alors la justice cria de son côté afin que Dieu Se levât pour juger Sa cause, comme dit David (Ps. 73: 22), que Ses ennemis fussent dissipés (Ps. 67: 1), et que ceux qui L'abhorraient s'enfuissent de Sa Présence. Pour faire ce jugement le Verbe Incarné descendit du Ciel dans le Cénacle et à la retraite où était Sa Mère-Vierge, pour Elle comme Fils très doux et plein d'Amour, et pour les ennemis comme Juge très sévère sur un trône de majesté suprême. D'innombrable Anges l'accompagnaient et des saints Anciens, Adam et Ève avec plusieurs Patriarches et Prophètes, Saint Joachim et Sainte Anne; et tous se présentèrent et se manifestèrent à la Très Sainte Marie dans son oratoire.

8, 7, 514. L'Auguste Marie adora son Fils et son Dieu véritable prosternée en terre avec la vénération et le culte qu'Elle avait accoutumés. Les démons ne virent point le Seigneur, mais ils sentirent et connurent d'une autre manière Sa Présence réelle; et à cause de la terreur qu'Il leur causa ils essayèrent de fuir pour s'éloigner de là, car ils craignaient. Mais le Pouvoir divin les retint, les liant comme avec de fortes chaînes, de la manière que l'on doit entendre qu'il se peut faire avec les natures spirituelles; et le Seigneur mit l'extrémité de ces chaînes dans les mains de Sa Très Sainte Mère.

8, 7, 515. Il sortit ensuite une Voix du trône qui disait contre eux: «Aujourd'hui viendra sur vous l'indignation du Tout-Puissant et une Femme descendante d'Ève vous écrasera la tête et l'antique sentence qui fut fulminée dans les Hauteurs et ensuite dans le Paradis (Gen. 3: 15) s'exécutera; parce que désobéissants et orgueilleux vous avez méprisé l'Humanité du Verbe et Celle qui L'en revêtit dans son sein Virginal.» Ensuite la Très Sainte Marie fut élevée de la terre où Elle était par les mains des six Séraphins des plus sublimes qui assistent au trône royal; et l'ayant mise dans une nuée luisante ils la colloquèrent à côté du trône même de son Très Saint Fils. Et de son propre être et de sa divinité il sortit une splendeur ineffable et excessive qui l'entoura et la revêtit tout entière, comme si Elle eût été le globe même du soleil. La lune parut aussi sous ses pieds (Apoc, 12: 1) comme foulant toutes les choses inférieures, terrestres et variables que ses déclins manifestent. Ils lui mirent sur la tête un diadème ou couronne royale de douze étoiles, symbole des Perfections divines qui lui avaient été communiquées dans le degré possible à une pure Créature. Le fait d'être enceinte manifestait aussi le concept qu'Elle avait en soi de l'Être de Dieu et l'Amour qui y correspondait proportionnellement. Elle jetait des cris (Apoc. 12: 2) comme avec des douleurs d'enfantement de ce qu'Elle avait conçu, afin que toutes les créatures y participassent, et celles-ci y résistaient, bien qu'Elle désirât avec larmes et soupirs les engendrer tous à la grâce.

8, 7, 516. Ce signe si grand, comme ayant été fabriqué dans l'Entendement divin, fut proposé dans ce Ciel à Lucifer qui était en forme de dragon, grand et roux, avec sept têtes (Apoc. 12: 3) couronnées de sept diadèmes, et de dix cornes, manifestant en cette horrible figure qu'il était l'auteur de tous les sept péchés capitaux et qu'il voulait les couronner dans le monde par ses hérésies imaginées lesquelles se réduisent pour cela à sept diadèmes, et que par l'acuité et la force de son astuce et de sa méchanceté il avait détruit dans les mortels la divine Loi réduite aux Dix Commandements, s'armant de dix cornes contre eux. Il renversait aussi avec le cercle de sa queue la troisième partie des étoiles (Apoc. 12: 4) du Ciel, non seulement par les milliers d'Anges apostats qui de là le suivirent dans sa désobéissance, mais aussi parce qu'il a renversé du Ciel de cette Église plusieurs de ceux qui paraissaient s'élever au-dessus des étoiles, ou par leur dignité ou par leur sainteté.

8, 7, 517. Lucifer était avec cette figure si laide et si épouvantable, et ses démons persistaient dans ce combat avec d'autres figures différentes mais toutes effroyables, en présence de la Très Sainte Marie, qui était pour produire l'enfantement spirituel de l'Église, laquelle par cet enfantement devait être perpétuée et enrichie. Et le dragon attendait qu'Elle enfantât de fils pour le dévorer, détruisant la nouvelle Église s'il pouvait, à cause de l'envie démesurée avec laquelle il s'indignait et s'enrageait de ce que cette Femme fût si puissante pour établir l'Église et pour la remplir de tant d'enfants; et par ses mérites, son exemple et ses intercessions la féconder de tant de grâces et mener après Elle tant de prédestinées pour la Félicité Éternelle. Et nonobstant l'envie du dragon, Elle enfanta un fils qui devait gouverner toutes les nations avec une forte verge de fer. Ce fils fut l'esprit très droit et très fort de la même Église, et qui avec la Rectitude et la Puissance de Jésus-Christ notre Bien, dirige toutes les nations dans la Justice; et de même sont aussi tous les hommes apostoliques qui avec Lui doivent juger au jugement avec la verge de fer de la Justice divine. Tout cela fut l'enfantement de la Très Sainte Marie, non seulement parce qu'Elle enfanta le Christ même, mais aussi parce que par ses mérites et sa diligence Elle enfanta l'Église elle-même avec cette sainteté et cette rectitude, Elle la nourrit le temps qu'Elle vécut dans le monde, et maintenant et toujours Elle la conserve avec le même esprit viril dans lequel Elle naquit, quant à la rectitude de la Vérité Catholique et quant à la Doctrine, contre laquelle ne prévaudront point les portes de l'enfer (Matt. 16: 18).

8, 7, 518. Et saint Jean dit que (Apoc. 12: 5) ce fils fut élevé au trône de Dieu, et la Femme s'enfuit dans la solitude (Apoc. 12: 6) où Elle avait un lieu préparé, afin qu'Elle y fut alimentée mille deux cent soixante jours. Et cela signifie que tout l'enfantement légitime de cette Auguste Femme, tant dans la sainteté commune de l'esprit de l'Église, comme dans les âmes particulières qu'Elle engendra et qu'Elle engendre comme son propre enfantement spirituel, tout arrive au trône où est l'enfantement naturel qui est le Christ, en Qui et pour Qui Elle les engendre et les nourrit. Ensuite la solitude à laquelle fut élevée après cette bataille la Très Sainte Marie fut un état très haut et plein de mystères, dont je dirai quelque chose plus loin: et il s'appelle solitude parce qu'Elle y fut seule entre les créatures, et aucune autre ne put l'obtenir ni y arriver. Et là Elle fut seule de créature, comme nous le dirons; et plus seule pour le démon, qui plus que tous ignorait ce sacrement, et il ne put la tenter ni la persécuter davantage en sa personne. Et là le Seigneur l'alimenta mille deux cent soixante jours, qui furent ceux qu'Elle vécut dans cet état avant de passer à un autre.

8, 7, 519. Lucifer connut tout cela, et ce lui fut intimé avant que lui fut cachée cette divine Femme et ce signe vivant qu'il regardait avec ses démons. Par cette connaissance il perdit la confiance en laquelle son grand orgueil l'avait maintenu pendant plus de cinq mille ans, de vaincre Celle qui serait Mère du Verbe Incarné. Par là on comprendra quelque chose de ce que devait être le désespoir et le tourment de ce grand dragon et de ses démons, et surtout de se voir attachés et assujettis par la Femme qu'ils avaient désiré et tâché de renverser de la grâce avec tant de soin et de rage furieuse, voulant l'empêcher d'obtenir ses mérites et les fruits de l'Église. Le dragon forçait pour se retirer et il disait: «O Femme, donne-moi permission de me précipiter aux enfers, car je ne peux demeurer en Ta présence, ni je ne m'y mettrai plus, pendant que Tu vivras dans ce monde. Tu as vaincu, ô Femme, Tu as vaincu, et je Te connais pour Puissante dans la Vertu de Celui qui Te fit Sa Mère. Dieu Tout-Puissant, châtie-nous par Toi-même, car à Toi nous ne pouvons résister, mais que ce ne soit pas par l'instrument d'une Femme d'une nature si inférieure. Sa Charité nous consume, son humilité nous écrase, et en tout c'est une démonstration de Ta Miséricorde pour les hommes, et cela nous tourmente plus que beaucoup de peines. Or, sus! démons, aidez-moi; mais que pouvons-nous tous contre cette Femme, puisque nos forces n'arrivent point à nous retirer d'Elle, tant qu'Elle ne veut point nous précipiter de son intolérable présence? O insensés enfants d'Adam, pourquoi me
suivez-vous, moi, et laissez vous la Vie pour la mort, la Vérité pour le mensonge? Quel procédé insensé et absurde est le vôtre, ainsi je le confesse à mon désespoir, puisque vous avez de votre côté et en votre nature le Verbe Incarné et cette Femme! Votre ingratitude est plus grande que la mienne, et cette Femme m'oblige à confesser les Vérités que j'abhorre de tout mon coeur. Maudite soit la détermination que j'eus de persécuter cette Fille d'Adam qui me tourmente et m'écrase de la sorte.»

8, 7, 520. Pendant que le dragon confessait ses désespoirs, saint Michel, le Prince des armées célestes, se manifesta pour défendre la cause de la Très Sainte Marie et celle du Verbe Incarné, et avec les armes de leurs entendements s'engagea une autre bataille (Apoc. 12: 7) avec le dragon et ses sectateurs. Saint Michel et ses Anges contestèrent avec eux, les reprenant et les convainquant de l'antique orgueil et de la désobéissance qu'ils avaient commis dans le Ciel, et de la témérité avec laquelle ils avaient persécuté et tenté le Verbe Incarné et Sa Mère, en qui ils n'avaient point de part ni aucun droit, parce qu'ils n'avaient aucun péché, aucun artifice ni aucun défaut. Saint Michel justifia les Oeuvres de la Justice divine, les déclarant très droites, ne se trouvant point de raison de plainte d'avoir châtié la désobéissance de l'apostasie de Lucifer et de ses démons, et ils les anathématisèrent lui et ses Anges, leur intimèrent de nouveau la sentence de leur châtiment, et confessèrent le Tout-Puissant Saint et Juste en toute Ses Oeuvres. Le dragon et les siens défendaient aussi la rébellion et l'audace de leur orgueil, mais toutes leurs raisons étaient fausses, vaines et pleines de présomption et d'erreur diaboliques.

8, 7, 521. Il se fit un silence dans cette altercation, le Seigneur des armées parla à la Très Sainte Marie et lui dit: «Ma Mère et Mon Amie, élue entre les créatures par Ma Sagesse Éternelle pour Mon Habitation et Mon Temple Saint; Vous êtes Celle qui Me donna la forme d'homme et qui restaura la perte du genre humain; Celle qui M'a suivi et imité, et qui a mérité la grâce et les Dons que Je vous ai communiqués au-dessus de toutes Mes créatures, et jamais ils ne furent en vous oisifs ni vides. Vous êtes digne Objet de Mon Amour infini, le Refuge de Mon Église, sa Reine, sa Maîtresse et sa Directrice. Vous avez Ma commission et Ma Puissance que J'ai mise, comme Dieu Tout-Puissant, à votre très fidèle volonté; commandez avec elle à l'infernal dragon que tant que vous vivrez dans l'Église, il n'y sème point la zizanie des erreurs et des hérésies qu'il a préparées, décollez sa dure cervelle et écrasez-lui la tête (Gen. 3: 15); parce que Je veux que pendant votre Vie et par votre présence l'Église jouisse de cette faveur.»

8, 7, 522. La Très Sainte Marie exécuta cet ordre du Seigneur, et avec la puissance de Reine et de Maîtresse Elle commanda aux dragons infernaux de se taire et de devenir muets, sans répandre parmi les fidèles les fausses sectes qu'ils avaient préparées; et que pendant qu'Elle était dans le monde, qu'ils n'osassent point tromper aucun des mortels par leurs dogmes et leurs doctrines hérétiques. Cela arriva ainsi, quoique la rage du serpent, en vengeance de la grande Reine eût l'intention de répandre ce venin dans l'Église; et afin qu'il ne le fît point tant que la divine Mère y vivrait, le Seigneur même l'empêcha, à cause de l'Amour qu'Il lui portait. Apres sa glorieuse transition il fut permis au démon de le faire en punition des péchés des hommes pesés dans les justes Jugements de Dieu.

8, 7, 523. Aussitôt le grand dragon (Apoc. 12: 9), l'antique serpent qui s'appelle diable et Satan fut précipité, comme dit saint Jean, et il se retira avec ses anges de la présence de la Reine et il tomba sur la terre, où il lui fut permis d'aller, comme élargissant un peu la chaîne avec laquelle il était pris. A l'instant on entendit dans le Cénacle une voix qui fut celle de l'Archange et il disait: «Maintenant a été opéré le Salut (Apoc. 12: 10-12) et la Vertu, et le royaume de Dieu et la Puissance de Son Christ; parce que l'accusateur de nos frères qui les accusait jour et nuit a été rejeté; et ils l'ont vaincu par le Sang de l'Agneau, et par les Paroles de Son témoignage, et ils se sont livrés à la mort. Que les Cieux et ceux qui y vivent s'en réjouissent. Malheur à vous terre et mer, parce que le diable descend vers vous avec une grande rage sachant qu'il a peu de temps!» L'Ange déclara dans ces paroles qu'en vertu des victoires et des triomphes de la Très Sainte Marie, avec ceux de son Fils et notre Sauveur, le royaume de Dieu qui est l'Église demeurait assuré, ainsi que les effets de la Rédemption humaine, pour les justes. Et il appela tout cela Salut, Vertu et Puissance du Christ. Parce que si la Très Sainte Marie n'avait pas vaincu le dragon infernal, sans doute cet impie et puissant ennemi eût empêché les Effets de la Rédemption; pour cela cette voix sortit de l'Ange lorsque se conclut cette bataille, et que le dragon fut vaincu et précipité sur la terre et dans la mer: et il en donna la bonne nouvelle aux saints, parce que désormais demeuraient écrasées la tête et les pensées du démon qui calomniait les hommes, que l'Ange appela frères à cause de la parenté de l'âme, de la grâce, et de la gloire.

8, 7, 524. Et les calomnies avec lesquelles le dragon persécutait et accusait les mortels étaient les illusions et les tromperies avec lesquelles il prétendaient pervertir les principes de l'Église de l'Évangile, et les raisons de justice qu'il alléguait devant le Seigneur, de ce que les hommes à cause de leur ignorance et de leurs péchés, et pour avoir ôté la vie à notre Sauveur ne méritaient point le Fruit de la Rédemption ni la Miséricorde du Rédempteur, mais le châtiment de les laisser dans leurs ténèbres et leurs péchés pour leur éternelle damnation. Mais contre tout cela la Très Sainte Marie protestait comme Mère très douce et très clémente, et nous méritait la Foi et sa propagation, et l'abondance des Miséricordes et des Dons qui nous ont été accordée en vertu de la Mort de son Fils; et tous ces Trésors que les pécheurs ne méritaient point, ni ceux qui l'avaient crucifié, ni non plus les autres qui ne L'on point reçu pour leur Rédempteur. Mais l'Ange avertit les habitants de la terre avec cette douloureuse compassion, afin qu'ils fussent prévenus contre ce serpent qui descendait à eux avec une grande rage, parce que sans doute il jugeait qu'il lui restait peu de temps pour l'exécuter après qu'il eut connu les Mystères de la Rédemption, la Puissance de la Très Sainte Marie, et l'abondance de grâces, de merveilles et de faveurs avec lesquelles se fondait la primitive Église; parce que de tous ces événements il eut le soupçon que le monde finirait bientôt, ou que tous les hommes suivraient Jésus-Christ notre Bien et se prévaudraient de l'intercession de Sa Mère pour obtenir la Vie Éternelle. Mais, ô douleur! que les hommes ont été plus insensés, plus stupides et plus ingrats que ne le pensait le démon même!

8, 7, 525. Et déclarant davantage ces Mystères, l'Évangéliste dit que (Apoc. 12: 13-15) lorsqu'il vit le grand dragon précipité en terre, celui-ci essaya de poursuivre la Femme mystérieuse qui avait enfanté un Fils. Mais deux ailes d'un grand aigle lui furent données afin qu'Elle volât à la solitude ou désert, où Elle fut alimentée un temps et des temps et la moitié d'un temps, hors de la face du serpent. Et pour cela le même serpent lança de sa bouche après la Femme, un fleuve abondant, afin qu'il l'entraînât s'il était possible. Dans ces paroles on déclare davantage l'indignation de Lucifer contre dieu et Sa Mère et contre l'Église; puisqu'autant qu'il dépend de ce dragon, son envie brûle toujours et son
orgueil s'élève, et la malice lui demeurait encore pour tenter de nouveau la Reine s'il en avait eu les forces et la permission. Mais cette permission de la tenter ne lui fut plus accordée; et pour cela saint Jean dit qu'il lui fut donnée deux ailes d'aigle, afin qu'Elle volât au désert où Elle fut alimentée, pendant les temps qu'il signale là. Ces ailes mystérieuses furent la Puissance ou la Vertu divine que le Seigneur donna à la Très Sainte Marie pour voler et monter à la vue de la Divinité, et de là descendre vers l'Église pour distribuer les Trésors de la grâce dans les hommes, de quoi nous parlerons dans le chapitre suivant.

8, 7, 526. Et parce que dès lors le démon n'eut point de permission pour la tenter davantage en sa personne, il dit que dans cette solitude ou désert Elle était éloigné de la face du serpent. Et les temps, le temps et la moitié du temps sont trois ans et demi qui font les mille deux cent soixante jours que j'ai déjà dits, moins quelque jours. La très Sainte Marie demeura dans cet état et d'autres que je dirai le reste de sa Vie mortelle. Mais comme le dragon demeura sans espoir de la tenter Elle-même, il lança le fleuve de sa malice vénéneuse après cette divine Femme, parce qu'après la victoire qu'Elle remporta sur lui il tâcha de tenter astucieusement les fidèles, et de les poursuivre par le moyen des Juifs et des Gentils; et il lâcha spécialement le fleuve des hérésies et des fausses sectes qu'il tenait comme réprimées dans son coeur après la glorieuse transition de la grande Reine. Et les menaces qu'il avait faites contre la Très Sainte Marie, après qu'Elle l'eût vaincu, fut la guerre qu'il intenta de lui faire en se vengeant dans les hommes, que l'Auguste Mère aimait d'un si grand amour, car désormais il ne pouvait exécuter sa colère dans la personne de la Reine Elle-même.

8, 7, 527. Pour cela saint Jean dit immédiatement que (Apoc. 12: 17-18) le dragon indigné s'en alla faire la guerre aux autres qui étaient de sa génération et de sa race, qui gardaient la Loi de Dieu, et qui ont le témoignage du Christ. Et ce dragon demeura sur le sable de la mer qui sont les innombrables infidèles, idolâtres, Juifs et païens, où il a fait et fait encore la guerre à la Sainte Église, outre celle qu'il continue secrètement en tentant les fidèles. Mais la terre ferme et stable qui est l'immutabilité de la Sainte Église et son infaillible Vérité Catholique, aida la mystérieuse Femme, parce qu'elle ouvrit la bouche (Apoc. 12: 16) et elle absorba le fleuve que le serpent répandit contre Elle. Et cela arriva ainsi puisque la Sainte Église, qui est l'organe et la bouche de l'Esprit-Saint, a
condamné, convaincu et confondu toutes les erreurs, les fausses sectes et les doctrines par les paroles de l'enseignement qui de cette bouche sortent par les divines Écritures, les Conciles, les déterminations, les Docteurs, les Théologiens et les Prédicateurs de l'Évangile.

8, 7, 528. L'Évangile renferme tous ces mystères et beaucoup d'autres, déclarant ou rapportant cette bataille et ces triomphes de la Très Sainte Marie. Et pour y donner fin dans le Cénacle, quoique Lucifer en fût déjà rejeté et qu'il fût comme lié par la chaîne que tenait la victorieuse Reine, la grande Dame connut que c'était l'heure et la Volonté de son Très Saint Fils de le laisser et de le précipiter dans les cavernes infernales. En cette force et cette Vertu divine Elle les lâcha et avec empire Elle leur commanda de descendre à l'instant dans l'abîme. Aussitôt que la Très Sainte Marie le prononça, tous les démons tombèrent dans les cavernes les plus distantes de l'enfer, où ils demeurèrent quelque temps jetant des hurlements formidables et désespérés. Ensuite les saints Anges chantèrent de nouveaux cantiques au Verbe Incarné pour Ses victoires et celles de Son invincible Mère. Les premiers parents Adam et Ève Lui firent des actions de grâce d'avoir élu leur Fille pour être Mère et Réparatrice de la ruine qu'ils avaient causée dans leur postérité; les Patriarches de ce qu'ils voyaient leurs grands désirs et leurs prophéties accomplis si heureusement et si glorieusement. Saint Joachim, sainte Anne et saint Joseph glorifièrent le Tout-Puissant avec une plus grande jubilation pour la Fille et l'Épouse qu'Il leur avait donnée; et tous ensemble chantèrent la gloire et les louanges du Très-Haut, saint et admirable dans Ses Conseils. La Très Sainte Marie se prosterna devant le trône royal et adora le Verbe Incarné, et Elle s'offrit de nouveau à travailler pour l'Église et demanda la bénédiction, et son Très Saint Fils la lui donna avec des Effets admirables. Elle la demanda aussi à ses parents et à son époux; Elle leur recommanda la Sainte Église, et Elle les supplia de prier pour tous ses fidèles. Sur cela elle prit congé de toute cette céleste Compagnie qui retourna aux Cieux.


DOCTRINE QUE ME DONNA LA REINE DES ANGES
LA TRÈS SAINTE MARIE.

8, 7, 529. Ma fille, par la révolte de Lucifer et de ses démons furent commencés dans le Ciel les combats qui ne s'achèveront qu'à la fin du monde, entre le Royaume de la Lumière et celui des ténèbres, entre Jérusalem et Babylone. Le Verbe Incarné S'est constitué le Capitaine et le Chef des enfants de la Lumière comme Auteur de la sainteté et de la grâce; et Lucifer, chef des enfants des ténèbres, comme auteur du péché et de la perdition. Chacun des Princes défends son parti et tâche d'augmenter son Royaume et d'accroître ses sectateurs, Jésus-Christ avec la Vérité de Sa Foi divine, les faveurs de Sa grâce, la sainteté de la Vertu, les soulagements des travaux, et l'espérance certaine de la gloire qu'Il leur promit; et Il commanda à Ses Anges (Ps. 90: 11), de les accompagner, de les consoler et de les défendre jusqu'à les amener à Son propre Royaume. Lucifer gagne les siens par des faussetés, des mensonges et des trahisons, des vices honteux et abominables, des ténèbres et des confusions, et il les traite maintenant comme un maître tyrannique, les affligeant sans soulagement, les désespérant sans consolation véritable; et ensuite il leur prépare d'éternels et lamentables tourments; qu'il leur donnera par lui-même et par ses démons avec une cruauté inhumaine tant que Dieu sera Dieu.

8, 7, 530. Mais, ô douleur! Ma fille! malgré que cette Vérité soit si infaillible et si bien sue des mortels, le salaire étant si différent et la récompense si infiniment inégale, combien il y a peu de soldats qui suivent Jésus-Christ, leur Seigneur légitime, leur Roi, leur Chef et leur Exemplaire, et combien il y en a du côté de Lucifer, lui qui ne les a pas créés, ni donné la vie, ni l'aliment, ni aucune récompense et qui ne leur a rien mérité ni ne les a obligés comme l'a fait et le fait toujours mon Très Saint Fils l'Auteur de la Vie et de la grâce. Telle est l'ingratitude des hommes, leur infidélité très insensée et leur aveuglement malheureux. Et comme ils ont reçu une volonté libre seulement pour suivre leur Capitaine et leur Chef, et pour être reconnaissants, ils se sont mis de la bande de Lucifer, le servent gratuitement et lui ouvrent l'entrée de leur coeur qui est la maison et le temple de Dieu, afin qu'il le viole et le profane comme tyran, et il amène après lui aux tourments éternels la plus grande partie du monde.

8, 7, 531. Cette lutte dure toujours, parce que le Prince des éternités ne cessera point dans Sa Bonté infinie, de défendre Ses âmes qu'Il a crées et rachetées de Son Sang (Act. 20: 28). Mais Il ne doit pas combattre avec le démon par Lui seul, ni non plus par Ses Anges; parce qu'il résulte à Sa plus grande gloire et à l'exaltation de Son Saint Nom de vaincre Ses ennemis et de confondre leur dur orgueil par le moyen des créatures humaines elles-mêmes dans lesquelles ils prétendent tirer vengeance du Seigneur. Moi qui suis pure Créature, je fus Capitaine et Maîtresse de ces combats, après mon Fils qui était vrai Dieu et vrai homme. Et quoique Sa Majesté vainquît dans Sa Vie et Sa Mort les démons dont l'orgueil était très gonflé par l'empire que les mortels lui avaient donné dès le péché d'Adam, après Sa Majesté je les vainquis en Son Nom; et par ces victoires l'Église fut fondée dans une perfection et une sainteté aussi hautes; et elle eût persévéré ainsi, Lucifer demeurant débilité et faible, comme d'autres fois je l'ai manifesté [c], si l'ingratitude et l'oubli des hommes ne lui eussent point donné de nouvelles forces avec lesquelles il maintient aujourd'hui tout l'univers si ruiné et si renversé.

8, 7, 532. Néanmoins mon Très Saint Fils n'abandonne point Son Église qu'Il a acquise par Son Sang, ni moi qui la regarde comme Mère et Protectrice; et nous voulons toujours y avoir des âmes qui défendent l'honneur et la gloire de Dieu et qui combattent Ses combats avec l'enfer pour la confusion et l'abattement de ses démons. Pour cela je veux que tu te disposes avec la faveur de la grâce divine; et ne sois pas étonné de la force du dragon; ne te décourage pas à cause de ta misère et de ta pauvreté. Déjà tu sais que la colère de Lucifer contre moi fut plus grande que contre aucune créature, et plus que contre toutes ensemble; et par la Vertu du Seigneur je le vainquis glorieusement: avec cette Vertu tu pourras, toi, lui résister dans de moindres combats. Et quoique tu sois si faible et sans les conditions qui te paraissent nécessaires, je veux que tu entendes que mon Très Saint Fils procède maintenant en cela comme un roi qui, lorsqu'Il lui manque des soldats et des vassaux, accepte quiconque veut Le servir dans Sa milice. Anime-toi donc à vaincre le démon en ce qui te regarde, car ensuite le Seigneur t'armera pour d'autres combats. Et je te fais savoir que l'Église Catholique ne serait pas arrivée aux angoisses dans lesquelles tu la vois aujourd'hui, s'il y eût eu en elle plusieurs âmes qui eussent pris pour leur compte de défendre la cause de Dieu et
de Son honneur; mais elle est très délaissée et très abandonnée des enfants mêmes que la Sainte Église a élevés.

NOTES EXPLICATIVES
Extraites de celles de Don Creseto, à l'usage des prêtres.
8, 7, [a]. Livre 3, Nos. 327, 363.
8, 7, [b]. Qu'il ait existé de ces magiciens et de ces sorciers cela est prouvé par l'Écriture Sainte où Dieu ordonna de les punir de mort [Lév. 20: 27]. «Qu'un homme ou une femme dans lesquels se trouvent un esprit de python ou de divination, meurent de mort; on les lapidera; que leur sang soit sur eux.» L'histoire ecclésiastique le prouve aussi en plusieurs endroits, et spécialement dans la vie de saint Cyprien, auparavant magicien, gentil, et ensuite il se fit Chrétien justement parce que ses artifices diaboliques lui avaient failli contre sainte Justine, avec laquelle il subit plus tard le martyre. [Vie des Saints, 26 sept.].
8, 7, [c]. Livre 3, No. 370; Livre 5, No. 999, Livre 6, Nos. 1415, 1434; Livre 7, No. 138.
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Message par sga le Ven 18 Sep - 12:48

CHAPITRE 8


On déclare l'état dans lequel Dieu favorisa Sa Très Sainte Mère de la vision de la Divinité, abstractive mais continuelle, après qu'Elle eût vaincu les démons, et la manière d'opérer qu'Elle y avait.


8, 8, 533. A mesure que les Mystères de la Sagesse Infinie et Éternelle s'accomplissait en la Très Sainte Marie, la grande Dame allait aussi en s'élevant au-dessus de la sphère de toutes les pensées et de la sainteté des autres créatures. Et comme les triomphes qu'Elle remporta sur le dragon infernal et ses démons eurent lieu avec les conditions, les circonstances et les faveurs que j'ai dites, et que tout cela se passait après les Mystères de l'Incarnation, de la Rédemption et des autres où Elle avait été Coadjutrice de son Très Saint Fils, il n'est pas possible à notre bassesse d'arriver à la considération des Effets que tout cela produisait dans le Coeur très pur de cette divine Mère. Elle conférait en Elle-même de ces Oeuvres du Seigneur et Elle les pondérait avec le poids de sa très sublime Sagesse. La Flamme et l'Incendie de l'Amour divin croissaient avec l'admiration des Anges et des courtisans du Ciel; et sa Vie naturelle n'aurait pas toléré les vols impétueux avec lesquels Elle s'élevait pour s'absorber toute entière dans l'abîme de la Divinité, si cette même Divinité ne l'eût conservée par miracle. Et comme la Charité de la Très pieuse Mère l'attirait en même temps vers ses enfants les fidèles, car tous dépendaient d'Elle, comme les plantes du soleil qui les alimente et les vivifie; Elle arriva à un état tel qu'Elle vivait dans une très douce mais forte violence pour unir le tout dans son Coeur.

8, 8, 534. La Très Sainte Marie se trouva dans cette disposition après les victoires qu'Elle avait remportées sur le dragon. Et quoique pendant tout le cours se sa Vie Elle avait opéré en tout temps respectivement le plus pur, le plus saint et le plus élevé, sans être embarrassée par les voyages, les travaux et les soins de son Très Saint Fils et du prochain, néanmoins dans cette occasion, la force de l'Amour de Dieu et des âmes arrivèrent comme à compétition dans son Coeur très ardent. En chacune de ces oeuvres de la Charité Elle sentait la violence et la sainte émulation avec lesquelles elles aspiraient à des Dons et des Effets de la grâce nouveaux et plus sublimes. D'un autre côté Elle désirait se retirer de toutes les choses sensibles pour élever son vol vers la suprême et continuelle union avec la Divinité, sans empêchement ni moyen des créatures, imitant les Compréhenseurs, et beaucoup plus l'état de son Très Saint Fils, quand Il vivait dans le monde, en tout ce qui n'était point jouir de la Vision Béatifique; et quoique cela ne fût pas possible à la divine Mère, néanmoins la sublimité de sa sainteté et de son amour semblait demander tout ce qui était immédiat à l'état de Compréhenseur quoique moindre. D'un autre côté l'amour de l'Église et le soin de subvenir à toutes le nécessités des fidèles l'appelaient; parce que sans cet office de Mère de famille,
les caresses et les faveurs du Très-Haut ne la satisfaisaient pas entièrement. Et comme il fallait du temps pour s'appliquer à ces actions de Marthe, Elle conférait comment Elle ajusterait le tout sans manquer aux unes et aux autres.

8, 8, 535. Le Très-Haut donna lieu à ce souci de Sa Bienheureuse Mère, afin que la faveur nouvelle et l'état qu'Il lui avait préparé par Son Bras tout-puissant fussent plus opportuns. Et pour cela Sa Majesté lui parla et lui dit: «Mon Épouse et Mon Amie, les soucis et les pensées de ton Amour très ardent ont blessé Mon Coeur, et par la Vertu de Ma droite Je veux faire en toi une Oeuvre qui n'a jamais été faite ni ne se fera jamais en faveur d'aucune génération; parce que tu es Unique et Choisie pour Mes délices entre toutes mes créatures. J'ai préparé pour toi seule un état et un lieu solitaires où je t'alimenterai de Ma Divinité comme le Bienheureux, quoique par des moyens différents, toutefois tu y jouiras de Ma vue continuelle et de Mes embrassements dans la solitude, le repos et la tranquillité sans que les créatures ni ton état de Voyageuse ne puissent t'embarrasser. Dans cette habitation tu élèveras librement ton vol, tu trouveras les espaces infinis que demande ton Amour excessif, pour s'étendre sans mesure et sans limite; et de là tu voleras aussi à ma Sainte Église dont tu es Mère: et chargée de mes Trésors tu les répartiras à tes frères, les distribuant à ta disposition et à ta volonté dans leurs nécessités et leurs travaux, afin qu'ils reçoivent le remède de toi.»

8, 8, 536. Tel est le Bienfait que j'ai touché dans le chapitre précédant et l'Évangéliste saint Jean le renferma dans ces paroles qu'il dit (Apoc. 12: 6): «Et la Femme s'enfuit dans la solitude, où Elle avait un lieu préparé par Dieu pour être nourrie mille deux cent soixante jours,» ensuite il dit plus loin (Apoc. 12: 14): «Que deux ailes d'un grand aigle lui furent données pour voler au désert où Elle était alimentée,» etc. Il n'est pas facile à mon ignorance de me faire comprendre en expliquant ce Mystère; parce qu'il contient plusieurs Effets surnaturels qui se trouvèrent sans exemplaire en aucune autre créature, dans les puissances de la Très Sainte Marie seule, pour qui Dieu réserva cette Merveille; et puis la Foi nous enseigne que nous ne pouvons mesurer Sa Tout-Puissance incompréhensible, il est raisonnable de confesser qu'Il put faire avec Elle beaucoup plus que nous pouvons comprendre, et qu'Il ne devait lui refuser seulement ce qui a une contradiction évidente et manifeste en soi-même. Et en ce qui m'a été donnée à entendre, pour
l'écrire, supposé que je l'entends bien, il ne se trouve point de répugnance qu'il en soit ainsi, quoique les termes propres me manquent pour le manifester.

8, 8, 537. Je dis donc qu'après les combats et les victoires que notre grande Capitaine et Maîtresse remporta contre le grand dragon et ses démons, Dieu l'éleva à un état où la Divinité lui fut manifestée, non par une vision intuitive comme aux Bienheureux, mais par une autre vision claire et par espèces créées, ce que j'ai appelé vision abstractive en tout le cours de cette Histoire, parce qu'elle ne dépend pas de la présence réelle de l'objet, ni il ne meut l'entendement comme présent, mais par d'autres espèces qui le représentent comme il est en lui-même quoiqu'il soit absent: de la manière que Dieu pourrait répandre en moi toutes les espèces et les ressemblances de Rome et que ces espèces me la représenteraient comme elle est en elle-même. La Très Sainte Marie eut cette vision de la Divinité dans le cours de sa Vie, comme je l'ai répété plusieurs fois; et quoiqu'en substance ce ne fut pas nouveau pour Elle, puisqu'Elle l'eut dès l'instant de sa Conception, comme je l'ai dit [a] en d'autres endroits, néanmoins cette vision fut nouvelle en cette époque de sa Vie par deux conditions. L'une qu'elle fut dès ce jour continuelle et permanente, jusqu'à ce qu'Elle mourût et qu'Elle passât à la Vision Béatifique; et les autres fois cette vision abstractive n'avait été que de passage. La seconde différence fut que depuis cette occasion, Elle croissait chaque jour dans ce Bienfait, et ainsi il fut plus haut, plus admirable et plus excellent au-dessus de toute règle et de toute pensée créée.

8, 8, 538. Pour cette nouvelle faveur toutes ses puissances furent retouchés avec le Feu du Sanctuaire, c'est-à-dire par de nouveaux Effets de la Divinité, avec lesquels Elle fut illuminée et élevée au-dessus d'Elle-même; et parce que ce nouvel état était une participation de celui qu'ont les Compréhenseurs et les Bienheureux et qu'il en était aussi différent, il est nécessaire d'avertir en quoi était la similitude et en quoi la différence. La similitude était que la Très Sainte Marie regardait l'Objet même de la Divinité et des Attributs divins dont ils jouissent avec une possession assurée, et de cela Elle connaissait plus qu'eux [b]. La différence était en trois choses: la première, que les Bienheureux voient Dieu face à Face et par la vision intuitive, et celle de la Très Sainte Marie était abstractive, comme je l'ai dit. La seconde que les Saints dans la Patrie ne peuvent croître davantage dans la Vision Béatifique, ni dans la fruition essentielle, en laquelle consiste la gloire de l'entendement et de la volonté mais la Très Sainte Marie dans la vision abstractive qu'Elle avait comme Voyageuse n'eut point de terme ni de bornes, au contraire chaque jour Elle croissait dans la connaissance des Attributs infinis et de l'Être de Dieu; et pour cela les ailes de l'aigle lui furent données avec lesquelles Elle volait toujours dans cette mer interminable de la Divinité où il y a toujours infiniment plus à connaître, sans aucun confins qui le comprenne.

8, 8, 539. La troisième différence était que les Saints ne peuvent souffrir ni mériter, car cela n'est pas compatible avec leur état; mais dans celui où était notre Reine Elle souffrait et méritait comme Voyageuse. Et sans cela le Bienfait n'aurait pas été si grand et si estimable ni pour Elle ni pour l'Église; parce que les oeuvres et les mérites de la grande Dame dans cet état d'une grâce et d'une sainteté si éminentes, furent d'une valeur et d'un prix inestimables pour tous. Elle était un spectacle nouveau et admirable pour les Anges et les Saints, et comme un Portrait de son Très Saint Fils; parce que comme Reine et Maîtresse Elle avait le pouvoir de dispenser et de distribuer les Trésors de la grâce, et d'un autre côté Elle les augmentait par ses mérites ineffables. Et quoiqu'Elle ne fût pas Compréhenseur et Bienheureuse, néanmoins dans l'état de Voyageuse Elle avait un lieu si voisin et si semblable à celui de notre Sauveur quand Il vivait sur la terre, que bien qu'en la comparant avec Lui Elle fût Voyageuse dans l'Âme comme dans le corps, néanmoins comparée avec les autres voyageurs Elle paraissait Compréhenseur et Bienheureuse.

8, 8, 540. Cet état demandait que dans l'harmonie des sens et des puissances naturelles il y eût un nouvel ordre et une nouvelle manière d'opérer proportionnée en tout; et pour cela celui qu'Elle avait eu jusqu'alors fut changé et de cette manière. Toutes les espèces et images des créatures que l'entendement de la Très Sainte Marie avait reçues par les sens furent finies et rayées de l'âme; et quoique la grande Reine n'admettait point plus d'espèces ou images sensitives que celles qui étaient précisément nécessaires pour l'usage de la Charité et des vertus, comme je l'ai déjà dit dans la troisième partie [c], néanmoins, pour ce qu'elles avaient de terrestre et parce qu'elles étaient entrées dans l'entendement par les organes sensitifs du corps, le Seigneur les lui ôta, et il la dépouilla et la purifia de toutes ces images et espèces. Et au lieu de celles-ci qu'Elle aurait reçu par l'ordre naturel des puissances sensitives et intellectuelles le Seigneur répandit dans son entendement d'autres espèces plus pures et immatérielles avec lesquelles Elle entendait et connaissait d'une façon plus sublime.

8, 8, 541. Cette merveille ne sera pas difficile à comprendre pour les Docteurs. Et pour plus d'explication j'avertis que lorsque nous opérons avec les cinq sens corporels extérieurs avec lesquels nous entendons, voyons et goûtons, nous recevons certaines espèces de l'objet que nous sentons, lesquelles passent à une autre puissance intérieure et corporelle que l'on appelle sens commun, imaginative, fantaisie ou estimative; et là ces espèces se recueillent afin que ce sens commun connaisse ou sente tout ce qui entre par les cinq sens extérieurs et qui se dépose et se garde là comme dans une officine commune pour tous; et jusqu'ici nous sommes en cela semblables aux animaux sensitifs, quoiqu'avec quelque différence. Après que ces espèces sont entrées et conservées dans le sens commun et la fantaisie, en nous qui sommes raisonnables, notre entendement opère avec elles selon l'ordre naturel de nos puissances et il tire d'autres espèces spirituelles ou immatérielles, et pour cette action il s'appelle intellect agent: et par le moyen de ces espèces qu'il produit en soi, il connaît et entend naturellement ce qui entre par les sens. Et pour cela les philosophes disent que pour que notre entendement puisse comprendre, il convient qu'il se tourne à regarder la fantaisie pour prendre de là les espèces de ce qu'il doit comprendre, selon l'ordre naturel des puissances; parce que l'âme est unie au corps dont elle dépend dans ses opérations.

8, 8, 542. Mais dans l'état que je dis cet ordre ne se gardait pas en tout dans la Très Sainte Marie; parce que le Seigneur ordonna miraculeusement en Elle un autre mode d'opération pour l'entendement, sans dépendance de la fantaisie et du sens commun. Et au lieu des espèces que son entendement devait naturellement tirer des objets sensibles qui entrent par les sens, il lui en fournissaient d'autres qui les représentaient d'une manière plus haute; et celles qu'Elle acquérait par les sens demeuraient sans sortir de l'officine de l'imaginative, et sans que l'intellect agent opérât avec elles, car en même temps il était illustré par les espèces surnaturelles qui lui étaient infuses; mais avec celles qu'Elle recevait dans le sens commun, Elle opérait là ce qui était nécessaire pour éprouver et souffrir la douleur, les afflictions et les peines sensibles. Il arrivait en effet dans ce Temple de la Très Sainte Marie ce qui arriva en celui qui la figurait, que les pierres étaient taillées au dehors, et au dedans (3 Rois 6: 7) l'on entendait ni marteau, ni coup, ni aucun autre bruit. Et aussi les animaux étaient tués et offerts en sacrifice sur l'autel qui était au dehors du sanctuaire; et dans ce sanctuaire (Ex. 40: 27) n'était offert que l'holocauste de l'encens et des arômes brûlés dans le feu sacré

8, 8, 543. Ce mystère s'exécutait dans notre grande Reine et Dame, parce que dans la partie inférieure des sens de l'âme étaient travaillées les pierres des vertus qui regardaient l'extérieur et dans le vestibule des sens communs se faisait le sacrifice des peines, des douleurs et des tristesses qu'Elle souffrait pour les enfants de l'Eglise et pour leurs afflictions. Et dans le Saint des Saints des puissances de l'entendement et de la volonté, n'étaient offerts que le parfum de sa contemplation et de sa vision de la Divinité, et le feu de son incomparable amour. Et pour cela les espèces qui entraient par les sens n'étaient point proportionnées, représentant les objets d'une manière plus terrestre, et avec le bruit qu'ils faisaient: c'est pourquoi la Puissance divine les exclut et en donna d'autres infuses et surnaturelles des mêmes objets, mais plus pures pour servir à la contemplation de la vision abstractive de la Divinité et accompagner dans l'entendement celles qu'Elle avait de l'Être de Dieu, qu'Elle regardait et aimait incessamment dans le silence, la tranquillité et la sérénité de la paix inviolable.

8, 8, 544. Ces espèces infuses dépendaient de l'Être de Dieu, parce qu'en Lui elles représentaient à l'entendement de la Très Sainte Marie toutes les choses, comme le miroir représente aux yeux tout ce qui est mis devant lui et ils les connaissent sans se tourner pour les regarder en elles-mêmes. Et ainsi l'Auguste Marie connaissait en Dieu toutes les choses; les demandes et les nécessités des enfants de l'Église; ce qu'Elle devait faire pour eux conformément aux afflictions qu'ils enduraient; tout ce que la Volonté divine voulait en cela, afin qu'elle se fît sur la terre comme dans le Ciel, et dans cette vue Elle demandait et obtenait tout du Seigneur. Le Tout-Puissant excepta de cette manière d'entendre et d'opérer les oeuvres que la divine Mère devait faire par obéissance à saint Pierre et à saint Jean et parfois si les autres Apôtres lui ordonnaient quelque chose. L'Auguste Souveraine Elle-même demanda cela au Seigneur, pour ne point interrompre l'obéissance qu'Elle aimait tant, et afin que l'on entendit que par cette vertu on connaît la Volonté divine avec tant de certitude et de sécurité que l'obéissant n'a pas besoin de recourir à d'autres moyens ni détours pour la connaître, si ce n'est de savoir si celui qui le commande en a le pouvoir et qu'il est son supérieur; parce qu'alors sans nul doute c'est Dieu qui commande ce qui lui convient et ce que veut Sa Majesté.

8, 8, 545. Mais pour tout le reste, hors de cette obéissance en laquelle était contenue l'usage de la Sainte Communion, l'entendement de la Très Sainte Marie ne dépendait pas du commerce des créatures sensibles ni des images qu'Elle pouvait recevoir d'elles par les sens. Mais Elle demeurait libre et en solitude intérieure, jouissant de la vue abstractive de la Divinité, sans l'interrompre jamais dans le sommeil ou les veilles, occupée ou oisive, dans le travail ou le repos, sans discourir ni raisonner pour connaître le plus haut de la perfection, le plus agréable au Seigneur, les nécessités de l'Église, le temps et la manière d'y apporter remède. Tout cela Elle le connaissait par la Vue de la Divinité, comme les Bienheureux avec celle qu'ils ont. Et comme en eux ce qu'ils connaissent le moins est ce qui touche au créatures, de même aussi notre grande Reine et Maîtresse, hors de ce qui touchait à l'état de la Sainte Église, à son gouvernement et à toutes les âmes, connaissait comme principal objet les Mystères incompréhensibles de la Divinité, plus que les suprêmes Séraphins et les Saints. Dans cette solitude que lui avait préparée le Seigneur, Elle fut nourrie de cet aliment de Vie Éternelle. Là Elle était soigneuse de l'Église sans se troubler, officieuse sans inquiétude, vigilante sans se divertir, et en tout Elle était remplie de Dieu au dedans et au dehors, vêtue de l'Or très pur de la Divinité, submergée et absorbée dans cet Océan incompréhensible, et joint à cela attentive à tous ses enfants et à leur remède, parce que sans ce soin sa maternelle Charité n'aurait point reposé du tout.

8, 8, 546. Pour tout cela lui furent données les deux ailes de grand aigle, avec lesquelles Elle éleva tant son vol qu'Elle put arriver à la solitude et à l'état où n'arrive point aucune pensée ni humaine ni angélique, et afin qu'Elle descendît de cette sublime habitation et qu'Elle volât au secours des mortels, non pas à pas, mais avec un vol léger et accélérée. O prodige de la Toute-Puissance de Dieu! Ô merveille inouïe qui manifeste ainsi Sa Grandeur infini! Les raisons me manquent, le raisonnement se suspend, et notre capacité demeure épuisée dans la considération d'un sacrement si occulte. Heureux siècles d'or de la primitive Église qui a joui de tant de Biens, et fortunés serons-nous si nous arrivons à mériter que dans ces siècles malheureux le Seigneur renouvelle ces prodiges et ces merveilles par Sa Bienheureuse Mère dans le degré possible et celui que demande notre nécessité et notre misère.

8, 8, 547. On comprendra mieux la félicité de ce siècle, et la manière d'opérer qu'avait la Très Sainte Marie dans l'état que je dis, si nous le considérons dans la pratique en rapportant quelques événements en faveur des âmes qu'Elle gagna au Seigneur. L'une fût celle d'un homme qui vivait à Jérusalem très connu parmi les Juifs, parce qu'il était noble et d'un esprit avantagé et il avait quelques vertus morales; mais du reste il était très zélé pour sa Loi antique à la manière de saint Paul, et très opposé à la Doctrine et à la Loi de Jésus-Christ notre Sauveur. La Très Sainte Marie connut cela dans le Seigneur, car la conversion de cet homme était préparée à raison des prières de la divine Mère. A cause de l'influence dont il jouissait, la Très Pure Reine désirait sa conversion et son Salut. Elle la demanda au Très-Haut avec une Charité et une ferveur très ardentes, de manière que Sa Majesté la lui accorda. Avant que la Très Sainte Marie eut l'état que j'ai dit, Elle eût discouru par la prudence et la Lumière très sublime qu'Elle avait, pour chercher les moyens opportuns avec quoi réduire cette âme; Elle n'avait pas besoin maintenant de ce discours, mais seulement de considérer le même Seigneur dans lequel à son instance tout ce qu'Elle avait à faire lui était manifesté.

8, 8, 548. Elle connut que cet homme viendrait en sa présence par le moyen de la prédication de saint Jean, et qu'Elle devait commander à l'Apôtre de prêcher où ce Juif pût l'entendre. L'Évangéliste fit de même; et en même temps l'Ange gardien de cette âme lui inspira d'aller voir la Mère du Crucifié, que tous louaient comme charitable, modeste et pieuse. Cet homme ne comprit point alors le bien spirituel qui pouvait s'ensuivre pour lui de cette visite, parce que la Lumière divine pour le connaître lui manquait; mais sans considérer cette fin il se mut pour aller voir la grande Reine par curiosité politique, avec le désir de connaître qui était cette Femme si célébrée de tous. Il arriva en la présence de la Très Sainte Marie; rien qu'à la voir et à entendre les paroles qu'Elle lui dit avec une prudence divine il fut tout renouvelé et converti en un nouvel homme. Il se prosterna aussitôt aux pieds de la grande Reine, confessant le Christ Réparateur du monde et demandant son Baptême. Il le reçut aussitôt de la main de saint Jean et à la prononciation de la forme de ce Sacrement, l'Esprit-Saint vint en forme
visible sur le baptisé, qui ensuite fut un homme de grande sainteté. La divine Mère fit un cantique de louange au Seigneur pour ce Bienfait.

8, 8, 549. Une autre femme de Jérusalem déjà baptisée apostasia sa Foi, trompée par le démon qui s'était servi d'une sorcière sa parente. Notre grande Reine eut connaissance de la chute de cette âme, parce qu'Elle connaissait tout dans la Vue du Seigneur. Et affligée de cet événement, Elle travailla par beaucoup d'exercices, de larmes et de prières pour son retour, ce qui est toujours plus difficile en ceux qui s'éloignent volontairement du Chemin un fois commencé vers la Vie Éternelle. Mais les prières de la Très Sainte Marie obtinrent le remède de cette âme trompée par le serpent. La Reine connut ensuite qu'il convenait que l'Évangéliste l'admonestât et l'exhortât pour l'amener à reconnaître son péché. Saint Jean le fit; la femme l'écoutât, se confessa à lui, et fut restituée à la grâce. La Très Sainte Marie l'exhorta ensuite à persévérer et à résister au démon.

8, 8, 550. Lucifer et ses démons n'avaient point, pendant ce temps, l'audace d'inquiéter l'Église à Jérusalem; parce que la puissante Reine étant là, ils craignaient de s'approcher si près, et sa Vertu les épouvantait et les mettait en fuite. Avec cela ils prétendirent faire prisonniers quelques fidèles baptisés vers la partie de l'Asie où saint Paul et d'autres Apôtres prêchaient; et ils en pervertirent quelques-uns les faisant apostasier et se servant d'eux pour troubler ou empêcher la prédication. La Très Zélée Princesse connut en Dieu ces machinations du dragon, et Elle demanda à Sa Majesté le remède qu'il convenait d'apporter à ce dommage. Elle eut pour réponse d'agir comme Mère, comme Reine et Maîtresse de toutes les créatures puisqu'Elle avait trouvé grâce aux yeux du Très-Haut. Avec cette permission du Seigneur Elle se vêtit d'une force invincible; et comme la fidèle épouse qui se lève du tabernacle et du trône de son époux, et qui prend ses propres armes pour le défendre, de celui qui prétend l'injurier, de même la vaillante Vierge avec les armes de la Puissance divine se leva contre le dragon, et lui ôta la proie de la bouche, le blessant avec son Empire et ses Vertus, lui commandant de tomber de nouveau dans l'abîme. Et tout fut fait comme la Très Sainte Marie l'avait commandé. On pourrait rapporter d'autres événements innombrables de cette nature, parmi les merveilles qu'opéra notre Reine; mais ceux-ci suffisent pour que l'on connaisse l'état qu'elle avait, et la manière avec laquelle Elle y opérait.

8, 8, 551. Le comput des années dans lesquelles l'Impératrice du Ciel et de la terre reçut ce Bienfait doit être fait pour un plus grand ornement de cette Histoire, résumant ce que j'ai déjà dit en d'autres chapitres. Lorsqu'Elle alla de Jérusalem à Éphèse, Elle avait cinquante-quatre ans, trois mois et vingt-six jours; et ce fut l'an 40 de la naissance de Jésus-Christ le six janvier. Elle demeura à Éphèse deux ans et demi, et Elle revint à Jérusalem le six juillet l'an quarante-deux; et de son âge cinquante-six et dix mois. Les Apôtres célébrèrent le premier Concile que nous avons déjà dit, deux mois après que la Reine fut revenu d'Éphèse, de manière que dans le temps de ce Concile la Très Sainte Marie accomplit ses cinquante-sept ans. Ensuite arrivèrent ses combats, ses triomphes et son passage à l'état qui a été dit lorsqu'Elle entrait dans sa cinquante-huitième année, et de Jésus-Christ notre Sauveur l'an quarante-deux et neuf mois. Cet état lui dura les mille deux cent soixante jours que dit saint Jean dans le chapitre 12 et Elle passa à celui que je dirai plus loin [d].

DOCTRINE QUE ME DONNA LA REINE DU CIEL
LA TRÈS SAINTE MARIE.

8, 8, 552. Ma fille, aucun des mortels n'a d'excuse pour ne point composer sa vie à l'imitation de celle de mon Très Saint Fils et de la mienne, puisque Nous fûmes un Exemple et un Miroir où tous pussent trouver à imiter chacun dans son état, et en cela personne ne peut se disculper s'il n'est parfait à la vue de son Dieu Incarné qui S'est fait Maître de la sainteté pour tous. Mais Sa divine Volonté choisit quelques âmes et les éloigne de l'ordre commun, afin que le fruit de Son Sang profite davantage en elles, que l'imitation de Sa Vie et de la mienne se conserve plus parfaite et que la Bonté, la Toute-Puissance et la Miséricorde divines resplendissent dans la Sainte Église. Et quand ces âmes choisies pour de telles fins correspondent au Seigneur avec fidélité, c'est une ignorance très terrestre que les autres s'étonnent de ce que le Très-Haut se montre envers elles si libéral et si puissant en leur faisant des Bienfaits et des faveurs au-dessus de la pensée humaine. Qui met cela en doute, veut empêcher à Dieu la gloire que Lui- même prétend obtenir dans Ses Oeuvres, et les veut mesurer à l'insuffisance et à la bassesse de la capacité humaine qui en de tels incrédules est d'ordinaire plus obscurcie et plus dépravée par les péchés.

8, 8, 553. Et si ces âmes elles-mêmes élues par Dieu sont si grossières qu'elles mettent en doute Ses Bienfaits ou ne se disposent point à les recevoir, à en user avec prudence et avec le poids et l'estime que demandent les Oeuvres du Très-Haut sans doute Sa Majesté Se donne pour plus offensé de ces âmes que des autres, à qui Il n'a point distribué autant de Dons ni de Talents. Le Seigneur ne veut pas que l'on méprise et que l'on jette aux chiens (Matt. 15: 26) le pain des enfants, ni les perles à ceux qui les foulent aux pieds et qui les négligent (Matt. 7: 6); parce que ces Bienfaits de grâce particulière sont le choisi et le réservé par Sa très sublime Providence, et le principal du prix de la Rédemption des hommes. Sache-donc, ma très chère, que les âmes qui par méfiance se laissent défaillir dans les événements contraires ou plus ardus, commettent cette faute, ainsi que celles qui s'intimident ou qui empêchent le Seigneur de Se servir d'elles comme d'instruments de Sa Puissance pour tout ce qu'Il veut. Cette faute est plus répréhensible quand elles ne veulent point confesser Jésus-Christ dans Ses Oeuvres par la crainte humaine de la peine qui peut s'en suivre pour elles et de ce que dira le monde de ces nouveautés. De manière qu'elles veulent seulement servir le Seigneur et faire Sa Volonté quand elle s'ajuste avec la leur: si elles doivent opérer quelque acte de vertu, ce doit être avec telles et telles commodités; si elles doivent aimer, ce doit être en les laissant dans la tranquillité qu'elles désirent; si elles doivent croire et estimer les Bienfaits, ce doit être en jouissant des caresses. Mais arrivant l'adversité ou le travail pour le souffrir pour Dieu, aussitôt entrent le mécontentement, la tristesse, le découragement et l'impatience, avec quoi le Seigneur se trouve frustré dans Ses désirs, et elles, incapables du parfait des vertus.

8, 8, 554. Tout cela est un défaut de prudence, de science et d'amour véritable, qui rend ces âmes inhabiles et sans profit pour elles et pour les autres, parce qu'elles se regardent elles-mêmes avant Dieu; elles se gouvernent pour leur amour plus que pour l'amour et la charité divine; et elles commettent tacitement une grande audace, parce qu'elles veulent gouverner Dieu et même Le reprendre; puisqu'elles disent qu'elles feraient pour Lui beaucoup de choses, si c'était avec telles et telles conditions, mais que sans cela elles ne le peuvent, parce qu'elles ne veulent pas aventurer leur crédit et leur quiétude, quoique ce soit pour le bien commun et pour la plus grande gloire de Dieu. Et parce qu'elles ne disent pas cela si clairement, elles pensent qu'elles ne commettent point cette faute si audacieuse que le démon leur cache, afin qu'elles l'ignorent quand elles la font.

8, 8, 555. Ma fille, pour ne point commettre cette monstruosité, pèse avec discrétion ce que tu écris et entends de moi, et comment je veux que tu L'imites. Je ne pouvais tomber en ces fautes, et avec tout cela mon soin continuel et mes prières étaient pour obliger le Seigneur à gouverner toutes mes actions par Sa seule Volonté Agréable et Sainte, et de ne me laisser aucune liberté que pour exécuter Son plus grand bon plaisir; et pour cela je demeurais de mon côté dans l'oubli et la retraite de toutes les créatures. Tu es sujette à pécher et tu sais combien le dragon t'a tendu de pièges par lui-même et par les créatures terrestres afin de te faire tomber; il est donc raisonnable que tu ne cesses jamais de demander au Tout-Puissant de te gouverner dans tes actions, et qu'Il ferme les portes de tes sens de manière qu'il ne passe en ton intérieur aucune image ni aucune figure de chose mondaine ou visible. Renonce donc au droit de ta volonté libre pour te soumettre à la Divine et cède au goût de ton Seigneur et au mien. Et lorsque la Loi divine et la Charité t'obligeront à traiter avec les créatures n'accepte que ce qui est indispensable; et ensuite demande que toutes les espèces de ce qui n'est point nécessaire soient effacées de ton intérieur. Examine toutes tes pensées, tes paroles et tes oeuvres, si tu peux avec ton confesseur, et surtout avec Dieu, avec moi et avec tes Anges, car nous sommes toujours avec toi; sans cela tiens pour dangereux et suspect tout ce que tu fais et détermines; et ajustant le tout avec ma Doctrine, tu connaîtras s'il discorde ou s'il se conforme avec elle.

8, 8, 556. Surtout et pour tout ne perds jamais de vue l'Être de Dieu, puisque la Foi et la Lumière que tu as reçues te servent pour cela. Et parce que ceci doit être la dernière fin, je veux que dès cette vie mortelle tu commences à l'obtenir de la manière qu'il t'est possible avec la divine grâce. Pour cela il est temps désormais que tu secoues tes craintes et les vaines fables avec lesquelles l'ennemi a prétendu t'embarrasser et te retenir, afin que tu ne donnasses pas un constant crédit aux Bienfaits et aux Faveurs du Seigneur. Sois donc désormais forte et prudente dans cette Foi et cette confiance et livre-toi tout à fait au bon plaisir de Sa Majesté, afin qu'Il fasse ce qui Lui plaira en toi et de toi.

NOTES EXPLICATIVES
Extraites de celles de Don Creseto, à l'usage des prêtres.
8, 8, [a]. Livre 1, No. 228.
8, 8, [b]. Déjà on a averti ailleurs qu'en toute vision on doit distinguer la manière dont on voit de la quantité que l'on voit. Par la "vision intuitive" on voit plus clairement les choses, mais on peut en voir moins en quantité et en nombre. Par la "vision abstractive" on voit moins clairement les choses, mais on peut en voir plus en quantité et en nombre. Avec nos yeux nous voyons intuitivement les étoiles; mais nous en voyons moins en nombre que les astronomes qui les voient par image dans le miroir du télescope. Dieu est un Objet infini dans les Perfections. Les Bienheureux Le voient tel qu'Il est, mais non autant qu'Il est; et chacun d'eux plus ou moins selon le degré de gloire qu'il mérita: et cela par vision intuitive, c'est-à-dire face à face --directement avec leurs propres yeux. Les voyageurs qui sont favorisés de vision abstractive, c'est-à-dire qui voient Dieu seulement par miroir et en énigmes [1 Cor. 12] par le moyen d'images comme dans un miroir le voient moins parfaitement, dans la manière de Le voir, parce que l'image n'est jamais parfaitement adéquate à l'Original, mais on peut parfois Le voir plus extensivement dans la quantité, c'est-à-dire voir en Lui plusieurs choses, bien que moins clairement.
8, 8, [c]. Livre 7, No. 126.
8, 8, [d]. Livre 8, Nos. 601, 607.
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Message par sga le Ven 25 Sep - 12:25

CHAPITRE 9


Le commencement qu'eurent les Évangélistes et leurs Évangiles et ce que la Très Sainte Marie fit en cela; Elle apparaît à saint Pierre à Antioche et à Rome, et autres faveurs semblables avec les autres Apôtres.


8, 9, 557. J'ai déclaré autant qu'il m'a été permis l'état dans lequel notre Reine demeura après le premier Concile des Apôtres et les victoires qu'Elle remporta sur le dragon infernal et ses démons. Et quoique les oeuvres merveilleuses qu'Elle fît dans ces temps et toujours ne peuvent se réduire à une histoire ni à un bref sommaire, entre toutes il m'a été donné lumière pour écrire le principe qu'eurent les quatre Évangélistes et leurs Évangiles, ce que la Très Sainte Marie fit à ce sujet, le soin avec lequel Elle gouvernait les Apôtres absents et la manière miraculeuse avec laquelle Elle le faisait. J'ai écrit [a] dans la seconde partie et en plusieurs occasions de cette Histoire, que la divine Mère eut connaissance de tous les Mystères de la Loi de grâce, et des Évangiles et des Écritures Saintes qui devaient être écrits pour la fonder et l'établir. Elle fut plusieurs fois confirmée dans cette Science spécialement quand Elle monta aux Cieux le jour de l'Ascension avec son Très Saint Fils. Et dès ce jour sans en omettre aucun, Elle fit une prière particulière prosternée en terre afin que le Seigneur donnât Sa divine Lumière aux saints Apôtres et aux Écrivains et qu'Il leur ordonnât d'écrire quand ce serait le temps le plus opportun.

8, 9, 558. Ensuite, lorsque l'Auguste Reine avait été élevée dans le Ciel et en était descendue avec l'Église qui lui avait été consignée, comme je l'ai dit dans le chapitre 6 de ce livre, le Seigneur lui manifesta que c'était désormais le temps de commencer à écrire les Saints Évangiles, afin qu'Elle le disposât comme Mère et Maîtresse de l'Église. Mais avec sa profonde humilité et sa discrétion Elle obtint du Seigneur que cela fût déterminé par saint Pierre, Son Vicaire et le Chef de l'Église, et que Sa divine Lumière l'assistât pour une affaire d'aussi grand poids. Le Très-Haut lui concéda le tout, et lorsque les Apôtres se réunirent dans ce Concile que saint Luc rapporte dans le chapitre 15 (Act. 15: 6), après qu'ils eurent résolu les doutes de la circoncision, comme je l'ai dit dans le chapitre 6, saint Pierre proposa à tous qu'il était nécessaire d'écrire les Mystères de la Vie de Jésus-Christ notre Sauveur et notre Maître , afin que tous sans distinction, ni divergence les enseignassent dans l'Église, et que par cette Lumière la Loi antique fut dissipée et la Nouvelle instituée.

8, 9, 559. Saint Pierre avait communiqué cette intention à la Mère de la Sagesse. Et tout le Concile l'ayant approuvée, ils invoquèrent l'Esprit-Saint afin qu'Il désignât auquel des Apôtres et des disciples Il confierait le soin d'écrire la Vie du Sauveur. Ensuite une Voix descendit du Ciel sur l'Apôtre saint Pierre, et l'on entendit qu'elle disait: «Que le Pontife le Chef de l'Église en signale quatre qui écriront les Oeuvres et la Doctrine du Sauveur du monde.» L'Apôtre se prosterna en terre et les autres suivirent, et ils rendirent au Seigneur des actions de grâces pour cette faveur; et se levant tous, saint Pierre parla et dit: «Notre cher frère Matthieu commencera et écrira son Évangile au Nom du Père et du Fils et du Saint-Esprit. Marc sera le second qui écrira aussi l'Évangile au Nom du Père et du Fils et du Saint-Esprit. Luc sera le troisième qui écrira au Nom du Père et du Fils et du Saint-Esprit. Notre très cher frère Jean sera le quatrième et dernier qui écriera les Mystères de notre Sauveur et Maître, au Nom du Père et du Fils et du Saint-Esprit.» Le Seigneur confirma cette nomination avec la même Lumière divine qui demeura sur saint Pierre jusqu'à ce que celui-ci eût fini de l'énoncer et elle fut acceptée de tous ceux qui avaient été nommés.

8, 9, 560. Dans l'intervalle de quelques jours saint Matthieu détermina d'écrire son Évangile qui fut le premier. Et étant une nuit en oraison dans un appartement retiré de la maison du Cénacle, demandant Lumière au Seigneur pour commencer son Histoire, la Très Sainte Marie lui apparut dans un trône d'une majesté et d'une splendeur très grandes, sans que les portes de l'appartement où l'Apôtre priait eussent été ouvertes. Lorsqu'il vit la Reine du Ciel, il se prosterna en terre avec une révérence et une crainte admirables. l'Auguste Vierge lui commanda de se lever et c'est ce qu'il fit, lui demandant de le bénir; ensuite la Très Sainte Marie lui parla et lui dit: «Matthieu, mon serviteur, le Tout-Puissant m'envoie avec Sa bénédiction, afin qu'avec elle vous commenciez le Saint Évangile que par un heureux sort vous devez écrire. Pour cela Son Divin Esprit vous assistera et je le Lui demanderai avec toute l'affection de mon âme. Mais il convient que vous n'écriviez de moi que ce qui est indispensable pour manifester l'Incarnation et les Mystères du Verbe fait chair et implanter Sa Sainte Foi dans le monde comme fondement de l'Église. Et cette Foi étant assise, viendront d'autres siècles où le Très-Haut donnera connaissance aux fidèles des Mystères et des faveurs que Son Bras puissant opéra avec moi, quand il sera nécessaire de les manifester.» Saint Matthieu promit d'obéir à ce commandement de la Reine et pendant qu'il la consultait sur l'ordre de son Évangile l'Esprit-Saint descendit sur lui en forme visible; et en présence de la divine Mère il commença à l'écrire dans l'ordre qu'il a suivi. La Très Sainte Marie disparut et saint Matthieu poursuivit l'Histoire, quoiqu'il l'achevât ensuite en Judée [c], et il l'écrivit en langue hébraïque [d], l'an du Seigneur quarante-deux [e].

8, 9, 561. L'Évangéliste saint Marc écrivit son Évangile en Palestine, quatre ans après, ce qui fut l'an quarante-six de la Naissance du Christ, et il l'écrivit aussi en hébreu. Et pour commencer à l'écrire il demanda à son Ange gardien de donner connaissance à la Reine du Ciel de son intention, de lui demander sa faveur et de lui obtenir la Lumière divine pour ce qu'il devait écrire. La pieuse Mère fit cette demande, et aussitôt le Seigneur commanda aux Anges de la porter en la présence de l'Évangéliste qui persévérait dans son oraison, avec la majesté et l'ordre qu'ils avaient coutume de garder. La grande Reine du Ciel lui apparut dans un trône de grande beauté et de grande splendeur; et l'Évangéliste se prosternant, lui dit: «Mère du Sauveur du monde et Maîtresse de toutes les créatures je suis indigne de cette faveur, quoique serviteur de Votre Très Saint Fils et le Vôtre.» La divine Mère répondit: «Le Très-Haut que vous servez et que vous aimez m'envoie afin que je vous assure qu'Il écoute vos prières, et que Son Divin Esprit vous gouvernera pour écrire l'Évangile qu'Il vous a commandé.» Ensuite Elle lui ordonna de ne point écrire les Mystères qui la touchaient, comme Elle l'avait fait à saint Matthieu. Et à l'instant l'Esprit-Saint descendit en forme visible et éclatante entourant extérieurement l'Évangéliste et le comblant d'une nouvelle Lumière intérieure. La Princesse du Ciel avait dans cette occasion soixante et un an. Saint Jérôme dit que saint Marc écrivit à Rome son court Évangile à l'instance des fidèles qui étaient là, mais j'avertis que celui-ci fut transcrit ou copié de celui qu'il avait écrit en Palestine; et parce que les Chrétiens ne l'avaient point à Rome, ni non plus il n'en avait point d'autre, il l'écrivit de nouveau en langue latine, qui était la romaine.

8, 9, 562. Deux ans après qui fut l'an quarante-huit et de la Vierge la soixante-troisième année, saint Luc écrivit son Évangile en langue grecque. Et pour commencer à l'écrire, la Très Sainte Marie lui apparut comme aux deux autres Évangélistes; et ayant conféré avec la divine Mère que pour manifester les Mystères de l'Incarnation et la Vie de son Très Saint Fils il était nécessaire de déclarer la manière et l'ordre de la Conception du Verbe Humanisé et d'autres choses concernant la Vérité qui touchait son Altesse d'être Mère naturelle de Jésus-Christ; pour cela saint Luc s'étendit plus que les autres Évangélistes en ce qu'il écrivit de la Très Sainte Marie, réservant lui aussi les secrets et les merveilles qui la regardaient en tant que Mère de Dieu, comme Elle-même l'ordonna à l'Évangéliste. Ensuite l'Esprit-Saint descendit sur lui; et en présence de la grande Reine il commença son Évangile, comme son Altesse l'avait informé en particulier. Saint Luc demeura très dévot à la Reine du Ciel, et les espèces ou images qui lui demeurèrent imprimées d'avoir vu cette Très Douce Mère dans le trône et la Majesté avec lesquels Elle lui apparut en cette occasion ne s'effacèrent jamais de son intérieur; et ainsi il l'eut présente à l'esprit toute sa vie. Saint Luc était en Achaïe lorsqu'il écrivit son Évangile et que lui arriva cette apparition.

8, 9, 563. Le dernier des quatre qui écrivirent l'Évangile fut l'Apôtre saint Jean, l'an du Seigneur cinquante-huit. Il écrivit en langue grecque étant dans l'Asie Mineure, après la glorieuse Transition et l'Assomption de la Très Sainte Marie, contre les erreurs et les hérésies que le démon commença aussitôt à semer, comme je l'ai déjà dit [f], lesquelles furent principalement pour détruire la foi de l'Incarnation du Verbe divin par laquelle il avait été humilié et vaincu, et il prétendit ensuite faire la batterie des hérésies contre ce Mystère. C'est pour cette raison que l'Évangéliste saint Jean écrivit d'une façon si sublime et avec tant d'arguments pour prouver la Divinité réelle et véritable de Notre Sauveur Jésus-Christ, surpassant en cela les autres Évangélistes.

8, 9, 564. Et pour donner principe à son Évangile, quoique la Très Sainte Marie fût déjà glorieuse dans les Cieux, Elle en descendit personnellement avec une majesté et une gloire ineffables, accompagnée de milliers d'Anges de toutes les Hiérarchies et de tous les Choeurs, et Elle apparut à saint Jean et lui dit: «Jean, mon fils et serviteur du Très-Haut, c'est maintenant le temps opportun pour écrire la Vie et les Mystères de mon Très Saint Fils, et donner au monde une connaissance très expresse de Sa Divinité, afin que tous les mortels Le connaissent comme vrai Dieu et vrai homme, Fils du Père Éternel. Mais ce n'est pas le temps d'écrire maintenant les Mystères et les secrets que vous avez connus de moi, ni que vous les manifestiez au monde si accoutumé à l'idolâtrie, afin que Lucifer ne trouble pas maintenant ceux qui doivent recevoir la Sainte Foi du Rédempteur et de la Bienheureuse Trinité. Pour cela l'Esprit-Saint vous assistera et en ma présence je veux que vous commenciez à l'écrire.» L'Évangéliste adora la grande Reine du Ciel et fut rempli de l'Esprit Divin comme les autres. Ensuite il commença son Évangile, étant favorisé de la pieuse Mère; et ayant demandé sa bénédiction et sa protection Elle la lui donna et la lui promit pour tout le reste de la vie de l'Apôtre, et sur ce Elle retourna à la droite de son Très Saint Fils. Tel fut le principe qu'eurent les saints Évangiles par le moyen et l'intervention de la Très Sainte Marie afin que l'Église reconnaisse avoir reçu tous ces Bienfaits de sa main. Et pour continuer cette Histoire il a été nécessaire d'anticiper la relation des Évangélistes.

8, 9, 565. Mais dans l'état que l'Auguste Reine avait depuis le Concile des Apôtres, comme Elle vivait plus élevée dans la Science et la vue abstractive de la Divinité de même aussi Elle s'avança dans le soin et la sollicitude de l'Église qui allait chaque jour croissant en tout le globe. Elle était spécialement attentive, comme véritable Mère et Maîtresse à tous les Apôtres qui étaient comme une partie de son Coeur, où Elle les avait écrits. Et parce qu'aussitôt qu'ils eurent célébré ce Concile ils s'éloignèrent de Jérusalem, saint Jean et saint Jacques le Mineur demeurant là seuls, à cause de cette absence la pieuse Mère eut pour eux une compassion naturelle des travaux et des peines qu'ils souffraient dans la prédication. Elle les regardait avec cette compassion dans leurs voyages et avec une vénération souveraine à cause de la sainteté et de la dignité qu'ils avaient comme prêtres, Apôtres de son Très Saint Fils, fondateurs de Son Église, prédicateurs de Sa Doctrine et élus par la divine Sagesse pour de si hauts ministères de la gloire du Très-Haut. Et il fut véritablement nécessaire que Dieu élevât l'Auguste Maîtresse à l'état qu'Elle avait pour être attentive à tant de choses et en prendre soin dans toute la sphère de la Sainte Église; parce que dans un autre plus inférieur Elle n'aurait pas pu aussi convenablement et commodément renfermer dans son Coeur tant de soucis et jouir de la tranquillité, de la paix et du repos intérieur qu'Elle avait.

8, 9, 566. Outre la connaissance que la grande Reine avait en Dieu de l'état de l'Église, Elle chargea de nouveau ses Anges de prendre soin de tous les Apôtres et des disciples qui prêchaient, d'accourir avec promptitude à leur aide, de les consoler dans leurs tribulations, puisqu'ils pouvaient bien faire tout cela avec l'activité de leur nature et que rien ne les empêchait de voir conjointement la Face de Dieu et d'en jouir; et la fondation de l'Église était d'une si grande importance qu'ils devaient l'aider elle aussi comme ministres du Très-Haut et Oeuvres de Ses mains. Elle leur ordonna de même de lui donner avis de tout ce que les Apôtres faisaient, et singulièrement lorsqu'ils auraient besoin de vêtements, parce que la vigilante Mère voulut prendre soin de cela, afin qu'ils allassent vêtus uniformément, comme Elle le fit quand Elle les congédia de Jérusalem, ce dont j'ai parlé en son lieu [g]. Avec cette très prudente attention, tout le temps que la grande Reine vécut Elle eut soin que les Apôtres n'allassent point vêtus, différemment quand à l'habit extérieur; mais qu'ils eussent tous des vêtements de même forme et de même couleur, semblables à celui qu'avait son Très Saint Fils. Et pour cela Elle leur filait et leur tissait des soutanes de ses mains, les Anges l'aidant en cela par le ministère desquels Elle les envoyait aux Apôtres; elles étaient toutes semblables à celle de Notre-Seigneur Jésus-Christ duquel l'Auguste Mère voulait que la Doctrine et la Très Sainte Vie fussent prêchée par les Apôtres même par l'habit extérieur. Le reste du nécessaire pour le manger et l'entretien de la vie, Elle le laissa à la mendicité, au travail de leurs mains et aux aumônes qu'on leur offrait.

8, 9, 567. Par le ministère des Anges et l'ordre de leur Reine les Apôtres furent secourus plusieurs fois dans leur pérégrinations, les tribulations et les angoisses qu'ils souffraient à cause des persécutions des Gentils et des Juifs, et les démons qui les irritaient contre les prédicateurs de l'Évangile. Ils les visitaient souvent visiblement, leur parlant et les consolant de la part de la Très Sainte Marie. Parfois ils le faisaient intérieurement sans se manifester; d'autres fois ils les tiraient des prisons, leur donnaient avis des périls et des embûches; les dirigeaient par les chemins, les portaient d'un lieu à un autre où il convenait qu'ils prêchassent et ils les informaient de ce qu'ils devaient faire, conformément aux temps, aux lieux et aux nations. Les Anges donnaient avis de tout cela à l'Auguste Maîtresse, car seule Elle prenait soin de tous, Elle travaillait en tous et plus que tous. Il n'est pas possible de rapporter en détail les soins, les diligences et la sollicitude de cette pieuse Mère; parce qu'Elle ne passait point de jour ni de nuit dans lesquels Elle n'opérât plusieurs merveilles au bénéfice des Apôtres et de l'Église. En outre Elle leur écrivait souvent, pour leur donner des avertissements et des Doctrines divines par lesquelles Elle les animait, les exhortait, et les remplissait de consolation et de nouveau courage.

8, 9, 568. Mais ce que j'admire le plus est que non seulement Elle les visitait par le moyen des saints Anges et par lettres, mais quelquefois Elle leur apparaissait Elle-même quand ils l'invoquaient ou qu'ils étaient en quelque grande tribulation ou nécessité. Et quoique cela arriva à l'égard de plusieurs des Apôtres, hors des Évangélistes dont j'ai déjà parlé, je ferai seulement ici la relation des apparitions qu'Elle fit à saint Pierre, qui comme Chef de l'Église eut un plus grand besoin de l'assistance et des conseils de la Très Sainte Marie. Pour cette raison, Elle lui envoyait très souvent ses Anges, et le Saint lui envoyait aussi ceux qu'il avait comme Pontife de l'Église, et il lui écrivait et il communiquait avec Elle plus que les autres Apôtres. Immédiatement après le Concile de Jérusalem saint Pierre s'en alla en Asie Mineure et il s'arrêta à Antioche où il établit pour la première fois son siège pontifical. Et pour vaincre les difficultés qui se présentèrent à ce sujet, le Vicaire de Jésus-Christ se trouva dans l'angoisse et l'affliction, ce dont la Très Sainte Marie eut connaissance, et il eut besoin de la faveur de l'Auguste Reine. Et pour la lui donner comme il convenait à l'importance de cette affaire, les Anges la portèrent en la présence de saint Pierre dans un trône majestueux, comme je l'ai déjà dit d'autres fois [h]. Elle apparut à l'Apôtre qui était en oraison, et quand il la vit si resplendissante, il se prosterna en terre avec les ferveurs qui lui étaient accoutumées. Et s'adressant à la grande Reine il lui dit baigné de larmes: «D'où me vient à moi pécheur, que la Mère de mon Rédempteur et mon Seigneur vienne vers moi?» La grande Maîtresse des humbles descendit du trône dans lequel Elle était et tempérant ses splendeurs Elle se mit à genoux et demanda la bénédiction au Pontife de l'Église. Et Elle fit cette action seulement avec lui, car avec aucun des autres Apôtres Elle ne l'avait fait lorsqu'Elle leur apparaissait; quoiqu'hors des apparitions lorsqu'Elle leur parlait naturellement Elle leur demandait la bénédiction à genoux.

8, 9, 569. Mais comme saint Pierre était Vicaire de Jésus-Christ et Chef de l'Église, Elle procéda avec lui différemment, Elle descendit du trône de majesté où Elle se trouvait, et Elle le respecta comme Voyageuse pendant qu'Elle vivait dans l'Église en chair mortelle. Et parlant ensuite familièrement avec le saint Apôtre ils traitèrent des affaires ardues qu'il convenait de résoudre. L'une d'elles fut que dès lors on commencerait à célébrer dans l'Église quelques fêtes du Seigneur. Après quoi les Anges ramenèrent la Très Sainte Marie d'Antioche à Jérusalem. Et lorsque saint Pierre eut passé à Rome pour y transférer le siège apostolique, comme notre Sauveur l'avait ordonné, Elle apparut une autre fois au même Apôtre; et là ils déterminèrent que dans l'Église Romaine on commandât de célébrer la fête de la Naissance de son Très Saint Fils [i], la Passion et l'institution du Très Saint Sacrement tout ensemble comme l'Église le fait le Jeudi-Saint. La Fête-Dieu ou Corpus Christi y fut ordonné plusieurs années après, lui marquant un jour seul le premier jeudi après l'octave de la Pentecôte comme nous le célébrons maintenant. Mais la première du Jeudi-Saint provient de saint Pierre, et aussi la fête de la Résurrection, les Dimanches et l'Ascension, avec la Pâques et d'autres coutumes que l'Église romaine a depuis ce temps jusqu'à maintenant, et toutes ces fêtes furent instituées par l'ordre et le conseil de la Très Sainte Marie. Après cela saint Pierre vint en Espagne [j], et il visita quelques églises fondées par Jacques, puis il revint à Rome en ayant fondé lui-même quelques autres.

8, 9, 570. Dans une autre occasion, peu de temps avant la glorieuse transition de la divine Mère, saint Pierre étant aussi à Rome, il se souleva une altercation contre les Chrétiens, où les fidèles et saint Pierre avec eux se trouvèrent très affligés et angoissés. L'Apôtre se souvenait des faveurs qu'il avait reçues de la grande Reine du Monde dans ses tribulations; et en celle-ci il se trouvait privé de son conseil et de l'encouragement qu'il avait coutume d'en recevoir. Il demanda aux Anges de sa garde et de son Office de manifester son affliction et sa nécessité à la Bienheureuse Mère, afin qu'Elle le favorisât dans cette occasion par son intercession efficace auprès de son Très Saint Fils; mais Sa Majesté qui connaissait la ferveur et l'humilité de Son Vicaire saint Pierre, ne voulut point frustrer ses désirs. Pour cela Il commanda aux saints Anges de l'Apôtre de le porter à Jérusalem où était la Très Sainte Marie. Ils exécutèrent aussitôt ce commandement et le portèrent au Cénacle en présence de leur Reine. Les ferventes affections de l'Apôtre s'accrurent par ce Bienfait singulier; et il se prosterna en terre en présence de la Très Sainte Marie, plein de joie et de larmes de voir que tout ce que son coeur avait désiré s'était accompli. La Maîtresse de l'Église lui commanda de se lever, et se prosternant Elle dit: «Mon seigneur, donnez la bénédiction à votre Servante comme Vicaire de Jésus-Christ, mon Très Saint Fils.» Saint Pierre obéit et lui donna sa bénédiction, et ensuite ils rendirent grâces pour le Bienfait du Tout-Puissant de lui avoir accordé ce qu'il désirait; et quoique l'humble Maîtresse des Vertus n'ignorât point la tribulation de saint Pierre
et des fidèles de Rome, Elle écouta pendant qu'il la lui racontait comme elle était arrivée.

8, 9, 571. La Très Sainte Marie lui répondit tout ce qu'il lui convenait de savoir et de faire pour calmer cette émeute et pacifier l'Église de Rome. Elle parla à saint Pierre avec tant de Sagesse que bien qu'il eût un très haut concept de la Très Prudente Mère, il la connut dans cette occasion avec une nouvelle expérience et une nouvelle Lumière; il demeura hors de lui-même d'admiration et de jubilation, et il lui rendit d'humbles actions de grâces pour cette faveur. La Mère de la Sagesse le laissant instruit de plusieurs avis pour fonder l'Église de Rome, lui demanda la bénédiction une autre fois et prit congé de lui. Les Anges ramenèrent saint Pierre à Rome, et la Très Sainte Marie demeura prosternée en terre en forme de Croix comme Elle avait accoutumée, demandant au Seigneur de calmer cette persécution. Et Elle l'obtint; parce qu'en revenant saint Pierre trouva les choses en meilleur état; et ensuite les Consuls donnèrent permission à ceux qui professaient la Loi de Jésus-Christ de la garder librement. Avec ces merveilles que j'ai rapportées on comprendra quelque chose de celles que faisait la Très Sainte Marie dans le gouvernement des Apôtres et de l'Église; parce que si on devait les écrire toutes il serait nécessaire de faire plus de volumes que j'écris ici de lignes. Et ainsi je m'excuse de ne point me rallonger en cela pour dire dans le reste de cette Histoire les Bienfaits inouïs et admirables que notre Rédempteur Jésus-Christ fit à Sa divine Mère dans les dernières années de sa Vie; bien que je confesse que comparé à ce que j'ai compris, tout ce que je puis dire n'arrivera à donner que quelques indices, desquels la piété Chrétienne peut prendre occasion de former son jugement sur le reste et de louer le Tout-Puissant, Auteur de si vénérables sacrements.

DOCTRINE QUE ME DONNA LA REINE DES ANGES.


8, 9, 572. Ma très chère fille, en d'autres occasions je t'ai manifesté une plainte que j'ai entre autres, contre les enfants de la Sainte Église, et en particulier contre les femmes en qui la faute est plus grande, et pour moi plus odieuse, à cause de l'opposition qu'elle a avec tout ce que j'ai fait en chair mortelle, et je veux le répéter dans ce chapitre, afin que tu m'imites et que tu t'éloignes de ce que font d'autres femmes folles et filles de Bélial. C'est qu'elles traitent les prêtres du Très-Haut sans révérence, sans estime ni respect. Cette faute croît chaque jour dans l'Église et pour cela je renouvelle cet avis que tu as écrit d'autres fois. Dis-moi, ma fille, où est le jugement de ceux qui permettent que les prêtres oints du Seigneur, consacrés et élus pour sanctifier le monde, pour représenter Jésus-Christ et consacrer Son Corps et Son Sang, servent des femmes viles, impures et terrestres? Qu'ils soient debout et découverts et qu'ils témoignent du respect à une femme superbe et misérable, seulement parce qu'elle est riche et que lui est pauvre? Je vous demande si le prêtre pauvre a une moindre dignité que le riche? Est-ce que les richesses donnent une dignité, une puissance ou une excellence plus grandes ou égales que celle que donne mon Très Saint Fils à Ses prêtres et Ses ministres? Les Anges ne révèrent point les riches pour leur fortune; mais ils respectent les prêtres pour leur très sublime dignité. Comment donc admet-on cet abus et cette perversité dans l'Église que les christs du Seigneur soient outragés et méprisés même des fidèles qui les confessent et les connaissent pour sanctifiés par le Christ Lui-même?

8, 9, 573. Il est vrai que les prêtres eux-mêmes sont très coupables et très répréhensibles de s'assujettir au mépris de leur dignité au service des autres hommes et beaucoup plus des femmes. Mais si les prêtres ont quelque excuse dans leur pauvreté, les riches n'en ont point dans leur orgueil, si trouvant des prêtres pauvres ils les obligent à être leurs serviteurs, lorsqu'en fait de vérité ils sont seigneurs. Cette monstruosité est d'une grande horreur pour les Saints et très désagréable à mes yeux à cause de la vénération que j'eus pour les prêtres. Ma dignité de Mère de Dieu même était grande, cependant je me prosternais à leurs pieds, souvent je baisais le sol qu'ils avaient foulé, et je le tenais pour une grande fortune. Mais l'aveuglement du monde a obscurci la dignité sacerdotale, confondant le précieux avec le vil (Jér. 15: 19); il a fait que dans les lois et les désordres le prêtre est comme le reste du peuple (Is. 24: 2); ils se laissent servir par les uns et les autres sans distinction: et le même ministre qui est maintenant à l'autel offrant au Très-Haut le redoutable Sacrifice de Son Corps Sacré et de Son Sang, celui-là même sort aussitôt de là pour servir et accompagner comme serviteur jusqu'aux femmes qui par nature et condition sont si inférieures, et parfois plus indignes à cause de leurs péchés.

8, 9, 574. Je veux donc, ma fille que tu tâches de compenser cette faute et cet abus des enfants de l'Église en autant qu'il te sera possible. Et je te fais savoir que pour cela du trône de la gloire que j'ai dans le Ciel, je regarde avec vénération et respect les prêtres qui sont sur la terre. Tu dois les regarder toujours avec autant de respect que lorsqu'ils sont à l'autel ou avec le Saint Sacrement dans leurs mains; tu dois tenir en grande révérence jusqu'aux ornements et tout vêtement des prêtres, et c'était dans cet esprit que je faisais les tuniques pour les Apôtres. Et outre les raisons que tu as entendues et écrites des Saints Évangiles et de toutes les divines Écritures, tu connaîtras quelle estime tu dois en faire par ce qu'elles renferment et contiennent en elle-mêmes et par la manière dont le Très-Haut ordonna qu'ils fussent écrits; car le Saint-Esprit assista les Évangélistes et les Écrivains sacrés afin que l'Église demeurât riche et prospère avec une abondance de Doctrine, de Science et de Lumière des Mystères du Seigneur et de Ses Oeuvres. Tu dois avoir pour le Pontife romain une obéissance et une vénération souveraines, au-dessus de tous les hommes, et lorsque tu l'entendras nommer tu marqueras ta révérence en inclinant la tête, comme lorsque tu entends le nom de mon Fils et le mien; parce qu'il est sur la terre à la place de Jésus-Christ; et moi quand je vivais dans le monde et que je nommais saint Pierre je faisais la même chose. Je veux que tu sois attentive à tout cela, ma parfaite imitatrice et celle qui suit mes pas fidèlement, afin que tu pratiques ma Doctrine et que tu trouves grâces aux yeux du Très-Haut qui est beaucoup obligé de toutes ces oeuvres, et aucune n'est petite en Sa Présence si elle se fait pour Son Amour.

NOTES EXPLICATIVES
Extraites de celles de Don Creseto, à l'usage des prêtres.
8, 9, [a]. Livre 5, Nos. 790, 797, 846; Livre 7, Nos. 210, 214.
8, 9, . Saint Jean Chrysostôme et saint Jérôme disent que saint Luc, dans les Actes des Apôtres, laisse d'écrire plusieurs choses dites, faites et ordonnées par les Apôtres, ne s'étant proposé d'écrire que ce qui convenait à son but.
8, 9, [c]. Eusèbe, [Démonst. Évangé lib. III, c. 24].
8, 9, [d]. Saint Jérôme, [lib. III adv. Pelag. c. I]: L'Évangile saint Matthieu fut écrit en Syro chaldéen ou langue hébraïque.
8, 9, [e]. Athanase [in Synops.]; Euthyme [in Matt.].
8, 9, [f]. Livre 8, No. 522.
8, 9, [g]. Livre 7, No. 237.
8, 9, [h]. Livre 7, No. 193; Livre 8, No. 399.
8, 9, [i]. «Il y a un accord entre les auteurs Catholiques qui disent que ces fêtes dont parle ici la Vénérable Marie d'Agreda nous viennent de la plus haute antiquité et qu'elles sont même d'institution Apostolique.» Le Père Séraphin, [Apost. de Marie]. Saint Augustin écrit que la fête de l'Ascension fut instituée par
les Apôtres. Il n'a point de doute quand au dimanche et de même aussi de Noël et de la Pentecôte, comme écrit Bergier.
8, 9, [j]. On voit dans Lucius Dexter [In chron. an. Chr. 50]; Saint Innocent I, pape [Epis. ad Decent.]; les Bollandistes disent [29 juin] que saint Pierre visita l'Espagne; et saint Bède écrit qu'il visita l'Angleterre et qu'il érigea une église à Londres [Baron. ad an. 61].
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Message par sga le Ven 2 Oct - 13:56

CHAPITRE 10


Le souvenir et les exercices de la Passion qu'avait la Très Sainte Marie, la révérence avec laquelle Elle recevait la Sainte Communion, et d'autres oeuvres de sa Vie très parfaite.


8, 10, 575. Sans manquer au gouvernement extérieur de l'Église comme je l'ai déjà dit, la grande Reine du Ciel avait seule d'autres exercices et des oeuvres cachées par lesquelles Elle méritait et gagnait des Dons et des Bienfaits innombrables auprès du Très-Haut, tant en commun pour tous les fidèles, que pour des milliers d'âmes qu'Elle gagna par ces moyens pour la Vie Éternelle. De ces oeuvres et de ces secrets ignorés j'écrirai ce que je pourrai dans ces derniers chapitres pour notre enseignement, l'admiration et la gloire de cette Bienheureuse Mère. Pour cela j'avertis qu'à raison de plusieurs privilèges dont jouissait la grande Reine du Ciel, Elle avait toujours présents à sa mémoire tout la Vie, les Oeuvres et les Mystères de son Très Saint Fils, car outre la vision abstractive continuelle qu'Elle avait toujours de la Divinité dans ces dernières années, et qu'Elle connaissait toutes les choses en cette même Divinité, le Seigneur lui concéda dès sa Conception de ne point oublier ce qu'Elle avait une fois connu et appris; parce qu'en cela Elle jouissait d'un privilège de la nature angélique comme je l'ai écrit dans la première partie [a].

8, 10, 576. J'ai dit aussi dans la seconde partie [b], en écrivant la passion que la divine Mère sentit dans son corps et dans son Âme très pure toutes les douleurs des tourments que notre Sauveur Jésus-Christ reçut et souffrit, sans que rien ne lui fût caché, et Elle souffrit tous ces tourments avec le même Seigneur. Et ces images sensibles ne lui furent point effacées pour la vision de la Divinité avec les autres comme je l'ai déjà dit [c], au contraire Dieu les améliora, afin qu'en Elle, il lui fut miraculeusement compatible de jouir de cette vue et de sentir conjointement des douleurs, comme l'Auguste Mère le désirait le temps qu'Elle était Voyageuse en chair mortelle; parce qu'Elle se dédia tout entière à cet exercice, autant qu'il dépendait de sa volonté. Son très fidèle et très ardent amour ne lui permettait point de vivre sans souffrir avec son Très Doux Fils, depuis qu'Elle L'avait vu et accompagné dans Sa Passion. Et quoique Sa Majesté lui fit des Bienfaits et des faveurs si rares, comme on peut l'entendre de toute cette Histoire, néanmoins ces faveurs furent des gages et des démonstrations de l'Amour réciproque de son Très Saint Fils, qui selon notre manière de concevoir ne pouvait se contenir, ni manquer de traiter Sa Très Pure Mère comme Dieu d'Amour, Tout-Puissant et riche en Miséricordes infinies. Mais la Très Prudente Vierge ne les demandait ni ne les désirait point; parce qu'Elle appréciait la vie seulement pour être crucifiée avec Jésus-Christ, continuer en Elle-même Ses douleurs, renouveler Sa Passion, et sans cela il lui semblait oisif et sans fruit de vivre dans une chair passible.

8, 10, 577. Pour cela Elle ordonna ses occupations de telle manière qu'Elle eût toujours dans son intérieur l'Image de son Très Saint Fils endolori, affligé, couvert de plaies, frappé et défiguré par les tourments de Sa Passion, et au-dedans d'Elle-même Elle Le regardait dans cette forme comme dans un très clair miroir. Elle entendit les injures, les opprobres, les reproches et les blasphèmes qu'Il souffrit, se rappelant les Lieux, les temps et les circonstances où tout arriva, et Elle contemplait le tout ensemble d'un regard vif et pénétrant. Et quoiqu'à la vue de ce douloureux spectacle, pendant tout le cours du jour Elle continuât à faire des actes héroïques de vertu et qu'Elle sentît une grande douleur et une grande compassion, néanmoins son amour très prudent ne se contenta pas de ces exercices. A certaines heures et à certains moments déterminés où Elle était seule, Elle en ordonna d'autres avec ses Anges, particulièrement avec ceux que j'ai dits dans la première partie [d] qui portaient sur eux les signes et les devises des instruments de la Passion. Avec ceux-ci en premier lieu, et ensuite avec les autres Anges, Elle avait disposé qu'ils l'aidassent et l'assistassent dans les exercices suivants.

8, 10, 578. Pour chaque espèce de plaies et de douleurs que souffrit notre Sauveur Jésus-Christ Elle fit des oraisons particulières et des salutations avec lesquelles Elle les adorait, et Elle leur rendait une vénération et une adoration spéciales. Pour les paroles injurieuses d'affront et de mépris que les Juifs et les autres ennemis de Jésus-Christ lui avaient dites, pendant Sa Vie et Sa Très Sainte Passion, tant par l'envie qu'ils avaient conçue de Ses miracles que par leur vengeance et leur fureur, pour chacune de ces injures et chacun de ces blasphèmes Elle fit un cantique particulier dans lequel Elle rendait au Seigneur la vénération et l'honneur que les ennemis avaient prétendu obscurcir et Lui refuser. Pour chacun des gestes, des mépris et des dérisions qu'ils Lui avaient adressés, son Altesse faisait des génuflexions, des humiliations, des prosternations profondes et de cette manière Elle compensait et Elle défaisait pour ainsi dire les opprobres et les insultes que son Très Saint Fils avait reçus dans Sa Vie et Sa passion; et Elle confessait Sa Divinité, Son Humanité, Sa Sainteté, Ses Miracles, Ses Oeuvres et Sa Doctrine. Pour tout cela Elle Lui rendait gloire, vertu et magnificence; et en tout les saints Anges l'accompagnaient et ils lui répondaient, étant dans l'admiration de tant de sagesse, de fidélité et d'amour dans une pure Créature.

8, 10, 579. Et quand la Très Sainte Marie n'eût pas eu d'autre occupation en toute sa Vie que ces exercices de la Passion, Elle eût travaillé et mérité en cela plus que tous les Saints en tout ce qu'ils ont fait et souffert pour Dieu. Et par la force de l'amour et des douleurs qu'Elle sentait dans ces exercices Elle fut plusieurs fois martyre, puisqu'Elle y serait morte autant de fois, si par la Vertu divine Elle n'avait été préservée pour de plus grands mérites et une plus grande gloire. Et si Elle offrait toutes ces oeuvres pour l'Église, comme Elle le faisait avec une Charité ineffable, considérons la dette que nous ses enfants, les fidèles, avons envers cette Mère de Clémence qui accrut tant le Trésor dont nous sommes secourus, nous misérables enfants d'Ève. Et pour que notre méditation ne soit pas si lâche et si tiède, je dis que les Effets de celle qu'avait la Très Sainte Marie furent inouïs; parce que plusieurs fois Elle répandait des larmes de sang jusqu'à en avoir tout le Visage baigné; d'autres fois Elle suait avec agonie non seulement de l'eau mais du sang jusqu'à couler sur le sol. Et ce qui plus est, son Coeur se déracina et se déplaça quelquefois de son lieu naturel [e] par la force de la douleur; et lorsqu'Elle arrivait à une telle extrémité, son Très Saint Fils descendait du Ciel pour lui donner des forces et la vie, et guérir cette douleur et cette blessure que son amour lui causait, ou que Sa Très Douce Mère avait soufferte pour Lui; et le même Seigneur la confortait et la renouvelait pour continuer ses douleurs et ses exercices.

8, 10, 580. Dans ces affections et ces sentiments le Seigneur exceptait seulement les jours que la divine Mère célébrait le Mystère de la Résurrection, comme je le dirai plus loin [f], afin que les effets correspondissent à la cause. Quelques-unes de ces douleurs et de ces peines n'étaient pas non plus compatibles avec les faveurs dont les effets redondaient dans son corps Virginal, parce que la joie excluait la peine. Mais Elle ne perdit jamais de vue l'Objet de la Passion, et Elle mêlait la reconnaissance de ce que son Très Saint Fils avait souffert. De sorte que dans ces Bienfaits où Elle jouissait, la Passion du Seigneur entrait toujours pour tempérer en quelque façon par cette aigreur la douceur de ses autres jouissances. Elle disposa aussi avec l'Évangéliste saint Jean qu'il lui donnât permission de se recueillir pour célébrer la Mort et les obsèques de son Très Saint Fils le vendredi de chaque semaine, et ce jour là Elle ne sortait point de son oratoire. Saint Jean demeurait dans le Cénacle pour répondre à ceux qui la chercheraient, afin qu'aucun n'arrivât à Elle; et si l'Évangéliste manquait, un autre disciple assistait. La Très Sainte Marie se retirait pour cet exercice à cinq heures du soir, et Elle ne sortait que le dimanche vers midi. Et afin qu'en ces trois jours Elle ne manquât point au gouvernement et aux nécessités graves s'il s'en présentait quelqu'une, la divine Mère ordonna que pour cela une Ange sortît avec sa forme corporelle, et qu'il dépêchât ce qui était nécessaire si le cas ne permettait point de délai. Si prévoyante et si attentive Elle était en toutes les oeuvres de charité à l'égard de ses enfants et de ses domestiques.

8, 10, 581. Notre capacité n'arrive point à dire ni à penser ce qui se passait dans cet exercice pour la divine Mère durant ces trois jours; seul le Seigneur qui le faisait le manifestera en Son temps dans la lumière des Saints. Ce que j'ai connu je ne peux pas non plus l'expliquer, et je dis seulement que commençant par le lavement des pieds, la Très Sainte Marie poursuivait jusqu'à arriver au Mystère de la Résurrection; et en chaque heure et en chaque temps Elle renouvelait en Elle-même tous les mouvements, toutes les oeuvres, toutes les actions et les passions comme elle s'étaient exécutées en son Très Saint Fils. Elle faisait les mêmes oraisons et les mêmes demandes que Lui, comme nous l'avons dit en son lieu [g]. La Très Pure Mère sentait de nouveau dans son corps Virginal toutes les douleurs, dans les mêmes parties et au même temps que le Christ, notre Sauveur les avait souffertes. Elle portait la Croix et s'y mettait. Et pour comprendre tout, je dis que tant que la divine Mère vécut, toute la Passion de son Très Saint Fils se renouvelait en Elle chaque semaine. Dans cet exercice, elle obtint de grandes faveurs et de grands Bienfaits du Seigneur pour ceux qui seraient dévots à Sa Très Sainte Passion [h]. Et l'Auguste Dame comme puissante Reine leur promit une protection spéciale et une participation des Trésors de la Passion; parce qu'Elle désirait avec une intime affection que ce souvenir se continuât et se conservât dans l'Église. Et en vertu de ces désirs et de ces demandes, le même Seigneur a ordonné qu'ensuite dans la Sainte Église plusieurs personnes aient suivi ces exercices de la Passion, imitant en cela Sa Très Sainte Mère qui fut la première Maîtresse et l'Auteur d'une occupation si estimable.

8, 10, 582. La grande Reine se signalait dans la célébration de l'institution du Très Saint Sacrement par de nouveaux cantiques de louanges, de remerciements et d'actes d'amour fervents. Et pour cela Elle conviait singulièrement ses Anges et beaucoup d'autres qui descendaient du Ciel empirée pour l'assister et l'accompagner dans ces louanges du Seigneur. Et ce fut une merveille digne de Sa Toute-Puissance, que comme la divine Mère et Maîtresse avait dans son Coeur le même Jésus-Christ Sacramenté, qui y demeurait, comme je l'ai dit plus haut, d'une Communion à l'autre, Sa Majesté envoyait plusieurs Anges des hauteurs, afin qu'ils vissent ce prodige dans Sa Très Sainte Mère et qu'ils Lui rendissent louange et gloire pour les Effets qu'il produisait dans cette Créature plus Pure et plus Sainte que les Anges mêmes et les Séraphins, car ni avant ni après ils ne virent une autre Oeuvre semblable en tout le reste de l'univers.

8, 10, 583. Ce n'était pas un moindre sujet d'admiration pour eux, comme ce le sera pour nous, de savoir que la grande Reine du Ciel quoiqu'Elle fut déjà disposée d'une façon si ineffable qu'Elle pouvait conserver dignement d'une manière permanente Jésus-Christ Sacramenté dans son Coeur, se disposât et se préparât de nouveau par des ferveurs, des oeuvres et des dévotions nouvelles quand Elle était pour communier, ce qui était presque chaque jour, hors les jours qu'Elle ne sortait pas de son oratoire. Elle offrait d'abord pour ces Communions tout l'exercice de la Passion de chaque semaine; ensuite, quand Elle se retirait dans les commencements de la nuit précédent le jour de la Communion, Elle commençait d'autres exercices de prosternations en terre, se mettant en forme de Croix et faisant d'autres génuflexions ou oraisons, adorant l'Etre immuable de Dieu. Elle demandait permission au Seigneur pour Lui parler et avec cette permission Elle Le suppliait de ne point regarder sa bassesse terrestre et de lui concéder la Communion de son Très Saint Fils Sacramenté; et que pour lui faire ce Bienfait, Il s'obligeât de Sa propre Bonté infinie et de la Charité qu'avait eue le même Dieu fait homme en demeurant Sacramenté dans la Sainte Église. Elle Lui offrait Sa propre Passion et Sa Mort, la dignité avec laquelle Il Se communia Lui-même, l'union de la Nature humaine avec la Divine dans la Personne du même Jésus-Christ, toutes Ses Oeuvres dès l'instant qu'Il S'Incarna dans son propre sein Virginal, toute la sainteté et la pureté de la nature angélique et ses oeuvres, et toutes celles des justes passés, présents et futurs dans tous les siècles.

8, 10, 584. Ensuite elle faisait des actes très intenses de profonde humilité, se considérant poussière et de nature terrestre en comparaison de l'Etre infini de Dieu à qui nous, les créatures, sommes si inférieures et si inégales. Dans cette contemplation de son infériorité, et de la grandeur de Dieu qu'elle devait recevoir Sacramenté, Elle faisait tant de pondération et de si prudentes affections qu'il n'y a point de termes pour le manifester; parce qu'Elle s'élevait et Elle montait au-dessus des suprêmes Choeurs des Chérubins et des Séraphins: et comme entre les créatures Elle prenait la dernière place dans sa propre estime, elle conviait aussitôt ses Anges et tous les autres; et avec une affection d'humilité incomparable Elle leur demandait de supplier avec Elle le Seigneur de la disposer et de la préparer pour Le recevoir dignement, parce qu'Elle était une Créature inférieure et terrestre. Les Anges lui obéissaient en cela, et avec joie et admiration ils l'assistaient et l'accompagnaient dans ces prières en quoi Elle occupait la plus grande partie de la nuit qui précédait la Communion.

8, 10, 585. Et comme la sagesse de la grande Reine, quoique finie en soi, est pour nous incompréhensible, jamais on ne pourra comprendre dignement où
arrivaient les oeuvres et les vertus qu'Elle exerçait, et les affections d'amour qu'Elle avait dans ces occasions. Mais c'était ordinairement de manière qu'Elle obligeait souvent le Seigneur à la visiter ou à lui répondre, donnant à entendre l'agrément avec lequel Il viendrait Sacramenté dans sa poitrine et dans son Coeur, et qu'il y renouvellerait les gages de Son Amour infini. Lorsqu'arrivait l'heure de communier Elle entendait d'abord la Messe que l'Évangéliste disait d'ordinaire; et quoiqu'alors il n'y avait point d'Épître ni d'Évangile, qui n'étaient pas écrits comme maintenant, il la disait avec d'autres rites et d'autres cérémonies, plusieurs Psaumes et certaines oraisons; néanmoins la Consécration fut toujours la même. La Messe s'achevant, la divine Mère s'approchait pour communier en faisant trois génuflexions très profondes; et toute embrasée Elle recevait dans son Coeur Très Pur, son propre Fils Sacramenté, à qui dans son tabernacle Virginal Elle avait donné cette Humanité très Sainte. Ayant communié Elle se retirait; et s'il n'était pas très nécessaire de sortir pour quelque grande nécessité du prochain, Elle persévérait pendant trois heures dans son recueillement. Et dans ce temps l'Évangéliste mérita de la voir plusieurs fois environnée d'une splendeur qui émettait des rayons de lumière comme le soleil.

8, 10, 586. Et pour célébrer le Sacrifice non-sanglant de la Messe, la prudente Mère connut qu'il convenait que les Apôtres et les prêtres eussent différents ornements et des vêtements mystérieux en plus de leurs vêtements ordinaires. Avec cet esprit, Elle fit de ses mains des vêtements et des ornements sacerdotaux pour célébrer la Messe, donnant Elle-même principe à cette coutume et cette sainte cérémonie de l'Église. Et quoique ces ornements ne fussent point de la même forme que l'Église romaine les a maintenant, ils n'étaient néanmoins pas très différents, et ensuite ils ont été réduits à la forme qu'ils ont maintenant. Cependant la matière fut plus semblable, parce qu'Elle les fit de lin et de soie riche, se servant pour cela des aumônes et des dons qu'on lui offrait. Quand Elle travaillait à ces ornements, Elle les cousait et les disposait, étant toujours à genoux ou debout et Elle ne les confiait pas à d'autres sacristains, si ce n'est aux Anges qui l'assistaient et l'aidaient en tout cela; et Elle tenait ainsi avec un ordre et une propreté admirables tous les ornements et les autres choses qui servaient à l'autel; et le tout sortait de telles mains avec un parfum céleste qui enflammait l'esprit des ministres de Dieu.

8, 10, 587. Plusieurs fidèles convertis venaient à Jérusalem des royaumes ou des provinces différentes où prêchaient les Apôtres, pour visiter et connaître la Mère du Rédempteur du monde et ils lui offraient de riches dons. Entre autres, quatre grands princes vinrent la visiter, et ils lui apportèrent plusieurs choses de valeur, afin qu'Elle s'en servît et qu'Elle les donnât aux Apôtres et aux disciples. La grande Reine répondit qu'Elle était pauvre comme son Fils, et que les Apôtres l'étaient comme leur Maître et que ces richesse ne leur convenaient point pour la vie qu'ils professaient. Ils lui répliquèrent de les recevoir pour leur consolation et de les donner aux pauvres ou de s'en servir pour le Culte divin. Et à cause de l'instance qu'ils lui firent, Elle accepta une partie de ce qu'ils lui offraient, et de quelques riches toiles Elle fit des ornements pour l'autel; le reste Elle le répartit aux pauvres et aux hôpitaux qu'Elle visitait d'ordinaire où Elle lavait et servait les pauvres de ses mains; et c'était à genoux qu'Elle accomplissait ces ministères et qu'Elle leur donnait l'aumône. Elle consolait tous les nécessiteux, Elle aidait tous les agonisants qu'Elle pouvait assister à bien mourir et Elle ne reposait jamais dans les oeuvres de charité soit en les exerçant extérieurement, en sollicitant et en priant quand Elle était retiré dans sons recueillement.

8, 10, 588. Elle donna à ces rois ou princes qui la visitèrent de salutaires conseils, des admonestations et des instructions pour gouverner leurs États; et Elle les chargea de garder et d'administrer la justice avec égalité, sans acception de personnes; qu'ils se reconnussent pour hommes mortels comme les autres, et qu'ils craignissent le jugement du suprême Juge, par qui tous doivent être jugés pour leurs propres oeuvres; et surtout qu'ils procurassent l'exaltation du Nom de Jésus-Christ, la propagation et la sécurité de la Sainte Foi, dans la fermeté de laquelle s'établissent les vrais empires et les monarchies les plus affermis, parce que sans cela régner est une lamentable et très malheureuse servitude des démons; et Dieu ne la permet point sinon pour le châtiment de ceux qui règnent et de leurs vassaux, par Ses jugements secrets et occultes. Ces heureux princes lui promirent d'exécuter toutes ses instructions et ensuite ils conservèrent des communications avec la divine Reine par lettres et autres correspondances. La même chose arriva à tous ceux qui la visitèrent respectivement; parce que tous se retiraient de sa vue et de sa présence améliorés et remplis de Lumière, d'allégresse et de consolation, ce qu'ils ne pouvait s'expliquer. Et plusieurs qui n'avaient point été fidèles jusqu'alors, en la voyant confessaient à haute voix la foi du Dieu véritable, sans
pouvoir se contenir par la force qu'ils ressentaient intérieurement en arrivant en la présence de la Bienheureuse Mère.

8, 10, 589. Et ce n'était pas merveille que cela arrivât quand cette Auguste Souveraine tout entière était un Instrument très efficace du Pouvoir de Dieu et de Sa grâce pour les mortels. Non seulement ses paroles pleines d'une très sublime Sagesse les mettaient dans l'admiration et les convainquaient tous, leur communiquant une nouvelle Lumière; mais comme la grâce était répandue sur ses lèvres (Ps. 44: 3) pour la communiquer par ses paroles, de même aussi par la grâce et la beauté de son Visage, la majesté affable de sa personne, la modestie de son air très honnête, très grave et très agréable et la Vertu cachée qui sortait d'Elle, comme l'Évangéliste le dit de son Très Saint Fils (Luc 6: 19), Elle attirait les coeurs et les renouvelait. Les uns demeuraient en suspens, d'autres fondaient en larmes, d'autres éclataient en paroles et en louanges admirables, confessant que grand était le Dieu des Chrétiens qui avait formé une telle Créature. Et véritablement ils pouvaient affirmer ce que quelques Saints ont proclamé [i], que Marie était un Prodige divin de toute sainteté. Qu'Elle soit éternellement louée et connue de toutes les générations (Luc 1: 48) pour Mère véritable du même Dieu qui la fit si agréable à Ses yeux, si douce Mère pour les pécheurs et si aimable pour tous les Anges et les hommes.

8, 10, 590. Dans ces dernières années l'Impératrice de l'Univers ne mangeait et ne buvait que très peu, et Elle prenait cela par obéissance à saint Jean qui lui demanda aussi de se coucher la nuit et de reposer quelque temps. Mais son sommeil n'était qu'une légère suspension des sens, et ne durait qu'à peu près une demi-heure, tout au plus une heure et sans perdre la vision de la Divinité de la manière qui a été dite plus haut [j]. Sa nourriture consistait d'ordinaire en quelques bouchées de pain; quelquefois Elle mangeait un peu de poisson à l'instance de l'Évangéliste et pour l'accompagner; car le Saint fut aussi heureux en cela que dans les autres privilèges de fils de la Très Sainte Marie; puisque non seulement il mangeait avec Elle à une même table, mais la grande Dame lui préparait ses repas, Elle les lui servait comme une mère à son fils, et Elle lui obéissait comme prêtre et substitut de Jésus-Christ. L'Auguste Reine aurait bien pu se passer de ce sommeil et de cet aliment, qui paraissaient plutôt une cérémonie qu'un soutien de la vie; Elle ne les prenait point par nécessité, mais pour exercer l'obéissance envers l'Apôtre et l'humilité, reconnaissant et payant en quelque chose la dépendance de la nature humaine, parce qu'en tout Elle était très prudente.

DOCTRINE QUE ME DONNA LA REINE DES ANGES
LA TRÈS SAINTE MARIE.

8, 10, 591. Ma fille, les mortels connaîtront le souvenir et la reconnaissance que j'eus, dans tout le cours de ma Vie, des Oeuvres de la Rédemption humaine, de la Passion et de la Mort de mon Très Saint Fils, spécialement après qu'Il Se fût offert sur la Croix pour le Salut Éternel des hommes. Mais dans ce chapitre j'ai voulu particulièrement te donner connaissance du soin et des exercices répétés avec lesquels je renouvelais en moi non seulement le souvenir, mais les douleurs de la Passion; afin que le monstrueux oubli que les hommes rachetés ont de cet incompréhensible Bienfait demeure repris et confus avec cette connaissance. Oh! que l'ingratitude des hommes est lourde, horrible et dangereuse. L'oubli est le clair indice du mépris; parce que l'on n'oublie pas tant ce que l'on estime beaucoup. Donc avec quelle raison et quel jugement les hommes méprisent-ils et oublient-ils le Bien Éternel qu'ils ont reçu? l'Amour avec lequel le Père Éternel livra Son Fils Unique à la Mort? la Charité et la patience avec lesquelles Son propre Fils (Jean 3: 16) et le mien la souffrit pour eux? La terre insensible est reconnaissante envers celui qui la cultive et qui la bénéficie. Les animaux féroces se domptent et s'adoucissent en reconnaissant le bienfait qu'ils reçoivent. Les hommes eux-mêmes les uns envers les autres se montrent obligés envers leurs bienfaiteurs; et lorsque cette reconnaissance manque en eux, ils le sentent, le condamnent et l'envisagent pour une grande offense.

8, 10, 592. Quelle raison y a-t-il donc pour qu'ils soient ingrats seulement envers leur Dieu et leur Rédempteur et qu'ils oublient ce qu'Il a souffert pour les racheter de leur éternelle damnation? Et outre ce mauvais retour ils se plaignent s'Il n'accourt pas à les contenter en tout ce qu'ils désirent. Afin qu'ils comprennent combien cette ingratitude s'élève contre eux, je t'avertis, ma fille, que Lucifer et ses démons la connaissant en tant d'âmes tirent cette conséquence, et ils disent de chacune: «Cette âme ne se souvient ni ne fait d'estime du Bienfait que Dieu lui accorda en la rachetant, nous sommes donc assurés de l'avoir, car celle qui est si insensée en cet oubli ne comprendra pas plus nos erreurs. Approchons-nous pour la tenter et la détruire, puisqu'il lui manque la plus grande défense contre nous.» Et avec la longue expérience qui a prouvé que cette conséquence était infaillible, ils prétendent avec soin effacer des hommes le souvenir de la Rédemption et de la Mort de Jésus-Christ, et qu'il devienne méprisable d'en parler et de la prêcher; et ainsi ils l'ont obtenue en grande partie avec une ruine lamentable des âmes. Et au contraire ils se méfient et ils craignent de tenter ceux qui s'accoutument à la méditation et au souvenir de la Passion; parce que de ce souvenir, les démons sentent contre eux une force et une Vertu qui souvent ne les laissent point approcher de ceux qui renouvellent dans leur mémoire ces Mystères avec dévotion.

8, 10, 593. Je veux donc de toi, mon amie, que tu n'éloignes point de ton coeur ce bouquet de myrrhe, et que tu me suives de toutes tes forces dans la mémoire et les exercices que je faisais pour imiter mon Très Saint Fils dans Ses douleurs et pour réparer les outrages que Sa divine Personne reçut avec les injures et les blasphèmes des ennemis qui Le crucifièrent. Tâche donc maintenant dans le monde de Lui donner quelque compensation de la honteuse ingratitude et de l'oubli des mortels. Et pour le faire comme je le veux de toi, n'interromps jamais le souvenir de Jésus-Christ crucifié, affligé et blasphémé. Persévère à en faire les exercices sans les omettre, si ce n'est par obéissance ou une juste cause qui t'empêche; car si tu m'imites en cela, je te ferai participante des Effets que je sentais dans ces oeuvres.

8, 10, 594. Pour te disposer chaque jour pour la Communion, tu appliqueras en premier lieu ce que je faisais en cela; et ensuite tu m'imiteras dans les autres oeuvres et les diligences que tu as connu que j'opérais, considérant que si moi, étant Mère de même Seigneur que je devais recevoir, je ne me jugeais pas digne de la sainte Communion, et je sollicitais par tant de moyens la pureté digne d'un si grand Sacrement, que dois-tu faire toi, pauvre et sujette à tant de misères, d'imperfections et de péchés? Purifie le temple de ton intérieur, l'examinant à la Lumière divine et l'ornant de Vertus excellentes, parce que c'est Dieu Éternel que
tu reçois; et Lui seul fut digne par Soi de Se recevoir Sacramenté. Demande l'intercession des Anges et des Saints, afin qu'ils t'obtiennent la grâce de Sa Majesté. Et surtout je t'avertis de m'invoquer et de me prier pour ce Bienfait, parce que je te fais savoir que je suis l'Avocate spéciale et la Protectrice de ceux qui désirent s'approcher avec une grande pureté de la Sainte Communion. Et quand ils me prient pour cela, je me présente dans le Ciel devant le trône du Très-Haut, et je sollicite Sa faveur et Sa grâce pour ceux qui désirent Le recevoir Sacramenté, comme celle qui connaît la disposition que demande le lieu où Dieu même doit entrer. Et je n'ai point perdu dans le Ciel, ce souci et ce zèle de Sa gloire que je procurais avec tant de dévouement lorsque j'étais sur la terre. Ensuite après mon intercession demande celle des Anges, qui eux aussi désirent ardemment que les âmes s'approchent de la Sainte Eucharistie avec une grande dévotion et une grande pureté

NOTES EXPLICATIVES
Extraites de celles de Don Creseto, à l'usage des prêtres.
8, 10, [a]. Livre 2, Nos. 537, 601.
8, 10, [b]. Livre 6, Nos. 1246, 1274, 1287, 1341.
8, 10, [c]. Livre 8, No. 540.
8, 10, [d]. Livre 1, Nos. 208, 373.
8, 10, [e]. Pour celui qui est entré dans les voies mystiques, le coeur qui est toujours en mouvement peut devenir l'organe spécial de l'action surnaturelle de Dieu, ou sortir de sa place, ou croître en dimension, comme il arriva à plusieurs
Saints, à saint Philippe de Néri, à saint Paul de la Croix et à d'autres. Il peu même être marqué de signes ou caractères mystérieux, comme il arriva à sainte Véronique Juliani et à d'autres Saintes.
8, 10, [f]. Livre 8, No. 674.
8, 10, [g]. Livre 6, Nos. 1162, 1184, 1212, etc.
8, 10, [h]. On ne pourrait jamais assez recommander aux fidèles la dévotion et la méditation quotidienne de la Passion de Jésus-Christ qui donne tant de complaisance à la Très Sainte Marie et encore plus à Jésus-Christ même, qui ne désire rien de plus que de trouver quelqu'un qui pense à Ses douleurs et qui se montre reconnaissant envers Son immense Amour qui Le fit mourir pour nous. D'ailleurs cette méditation est d'un souverain avantage pour nous-mêmes, amortissant le feu des passions, allumant la flamme de l'Amour divin et nous attirant une vraie pluie de grâce de la part de Dieu. Saint Bernard écrit: «C'est dans cette méditation que j'ai mis la perfection de la sainteté, la plénitude de la science, les richesses du salut, l'abondance des mérites. C'est une pareille méditation qui me relève dans l'adversité, me retient du péché dans la prospérité et me fait marcher assuré entre les biens et les maux de cette vie, évitant les dangers qui me menacent à droite et à gauche.» [Serm. 42 in Cant.].
8, 10, [i]. Sainte Ignace, martyr [Ep. I]; saint Éphrem [in laud. Virg.], et ailleurs.
8, 10, [j]. Livre 8, No. 535.
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Message par sga le Ven 9 Oct - 12:15

CHAPITRE 11


Le Seigneur éleva par de nouveaux Bienfaits la Très Sainte Marie au-dessus de l'état que j'ai dit plus haut dans le chapitre huit de ce livre.


8, 11, 595. Dans ce chapitre se trouve écrit que la grande Reine du Ciel fut alimentée avec cette nourriture que lui fournit le Seigneur, dans cet état et cette disposition que j'ai déclarés [a], pour les mille deux cent soixante jours que dit l'Évangéliste dans le chapitre 12 (Apoc. 12: 6) de l'Apocalypse. Ces jours font trois ans et demi plus ou moins, avec lesquels la Très Pure Marie accomplie les soixante ans de son âge plus deux mois et quelques jours, en l'année du Seigneur quarante-cinq. Et comme la pierre dans son mouvement naturel avec lequel elle descend à son centre, prend une plus grande vélocité quand elle s'en approche davantage, de même lorsque notre Reine, l'Impératrice de l'Univers, s'approchait de sa fin et du terme de sa très Sainte Vie, les vols de son très Pur esprit étaient plus prompts, et les ardeurs de ses désirs d'arriver au centre de son Repos Éternel étaient plus vives. Dès l'instant de son Immaculée Conception Elle était sortie comme un riche fleuve de l'Océan de la Divinité où Elle fut idéalisée dans les siècles éternels; et par le cours impétueux de tant de Dons, de grâces, de faveurs, de vertus, de sainteté et de mérites Elle avait crû de telle sorte que désormais toute la sphère des créatures lui devenait étroite; et avec un mouvement rapide et presque impatient de la sagesse et de l'amour, Elle se pressait pour s'unir à la Mer d'où Elle était sortie (Eccl. 1: 7), afin d'y retourner et de répandre de là de nouveau sa Clémence maternelle sur l'Église.

8, 11, 596. La grande Reine vivait déjà en ces dernières années dans la douce violence de l'amour qui lui était un genre de martyre continuel; et c'est une philosophie vraie que dans ces mouvements de l'esprit, lorsque le centre est plus voisin il attire avec une plus grande force ce qui s'en approche; et en la Très Sainte Marie il était dans une si grande proximité du côté du Bien infini et Souverain que seule la muraille ou paroi de la mortalité l'en séparait comme il est dit dans les Cantiques (Cant. 2: 9); cela n'empêchait point qu'ils se vissent et se regardassent avec un amour et une vue réciproques, et du côté des deux militait l'amour si impatient des milieux qui empêchaient l'union de ce qui était aimé, qu'il ne désirait rien de plus que de les vaincre et de les éloigner pour arriver à obtenir cette union. Son Très Saint Fils le désirait, et la nécessité que l'Église avait toujours d'une telle Maîtresse le retenait. La Très Douce Mère le souhaitait également, et quoiqu'Elle se retînt pour ne point demander la mort; Elle ne pouvait néanmoins empêcher la force de l'amour de sentir la violence de la vie mortelle et de ses liens qui arrêtaient son vol.

8, 11, 597. Mais tant que n'arrivait point l'heure déterminée par la Sagesse Éternelle, Elle souffrait les douleurs de l'amour qui est fort (Cant. 8: 6) comme la mort. Par elles Elle appelait son Bien-Aimé afin qu'Il sortît de Ses cabinets secrets (Cant. 7: 11), qu'Il descendît au champ, qu'Il s'arrêtât dans cette villa, qu'Il vît les fleurs (Cant. 7: 12) et les fruits si odoriférants et si suaves de Sa vigne. Avec ces flèches de ses yeux et de ses désirs Elle blessa (Cant. 4: 9) le Coeur du Bien-Aimé, Elle Le fit voler des Hauteurs et descendre en sa présence. Il arriva donc qu'un jour dans le temps dont je parle, les anxiétés amoureuses de la Bienheureuse Mère s'accrurent de manière qu'on peut dire véritablement qu'Elle était malade d'amour (Cant. 2: 5), parce que sans avoir les défauts de nos passions terrestres, Elle souffrait des ardeurs du Coeur qui se mouvait de son lieu, le Seigneur le permettant, afin que comme Il était la Cause de la maladie, Il le fût glorieusement de la Cure et du Remède. Les saints Anges qui l'assistaient, dans l'admiration de la force et des effets de l'amour de leur Reine, lui parlaient comme Anges, afin qu'Elle reçut quelque soulagement par l'espérance si certaine de sa possession désirée; mais ces remèdes n'apaisaient point la flamme, au contraire ils l'embrasaient, et la grande Dame ne leur répondait qu'en les conjurant de dire (Cant. 5: Cool à son Bien-Aimé qu'Elle était malade d'amour; et eux lui répliquaient lui donnant les signes qu'Elle désirait. Dans cette occasion et d'autres de ces dernières années, j'avertis que tous les mystères occultes et cachés des Cantiques de Salomon s'exécutèrent spécialement en cette Unique et digne Épouse. Il fut nécessaire que les suprêmes Princes qui l'assistaient en forme visible la reçussent dans leurs bras à cause des douleurs qu'Elle sentait.

8, 11, 598. Son Très Saint Fils descendit du Ciel en cette occasion pour la visiter, dans un trône de gloire et accompagné de milliers d'Anges qui Lui rendaient louanges et magnificence. Et s'approchant de Sa Très Pure Mère, Il la renouvela, la conforta dans sa langueur et lui dit en même temps: «Ma Mère, Notre Bien-Aimée et Notre Élue pour Notre bon plaisir, les clameurs et les soupirs de votre Coeur (Cant. 4: 9) amoureux ont blessé Mon Coeur. Venez Ma Colombe, à Ma céleste Patrie, où votre douleur se convertira en joie, vos larmes en allégresse, et là, vous vous reposerez de vos peines.» Aussitôt les saints Anges par commandement du même Seigneur mirent la Reine dans le trône au côté de son Très Saint Fils, et avec une musique céleste, ils montèrent tous au Ciel empirée. Et la Très Sainte Marie adora la Bienheureuse Trinité. L'Humanité de Jésus-Christ notre Sauveur l'avait toujours à Son côté, causant une joie accidentelle à tous les courtisans du Ciel; et le Seigneur manifestant de vouloir parler, comme si à notre manière de concevoir Il eût imposé une nouvelle attention aux Saints, Il S'adressa au Père Éternel et dit:

8, 11, 599. «Mon Père Éternel, cette Femme est Celle qui Me donna la forme humaine dans son sein Virginal; Celle qui M'alimenta à son sein et me sustenta de son travail; Celle qui M'accompagna dans Mes travaux et qui coopéra avec Moi dans les Oeuvres de la Rédemption des hommes; Celle qui fut toujours très fidèle et qui exécuta en tout Notre Volonté avec plénitude de Notre Agrément: Elle est comme Ma digne Mère, Immaculée et Pure, et par ses oeuvres Elle est arrivée au comble de toute sainteté et de tous les Dons que Notre Puissance infinie lui a communiquées; et lorsqu'Elle avait mérité la récompense et qu'Elle aurait pu en jouir pour ne point la quitter, Elle s'en est privée pour Notre seule gloire et Elle est retournée à l'Église militante pour travailler à sa fondation, à son gouvernement et à son magistère; et parce qu'Elle y vivait pour le secours des fidèles, Nous lui avons retardé le Repos Éternel, qu'Elle a mérité plusieurs fois. Dans la Souveraine Bonté et Équité de Notre Providence il y a raison pour que Ma Mère soit rémunérée pour l'amour et les oeuvres avec lesquelles Elle nous oblige au-dessus de toutes les créatures; et la loi commune aux autres ne doit point s'étendre à Elle. Et si Moi J'ai mérité pour tous des récompenses infinies et une grâce sans mesure, il est juste que Ma Mère les reçoive au-dessus de tout le reste des âmes qui lui sont si inférieures; puisque par ses oeuvres Elle correspond à Notre Grandeur libérale, et il n'y a point d'empêchement ni d'obstacle pour que se manifeste en Elle le Pouvoir infini de Notre Bras et qu'Elle participe de Nos Trésors comme Reine et Maîtresse de tout ce qui a l'être créé.»

8, 11, 600. À cette proposition de la Très Sainte Humanité de Jésus-Christ le Père Éternel répondit: «Mon Fils bien-aimé, en qui (Matt. 17: 5) J'ai mis la
plénitude de Mon Agrément et de ma Complaisance. Vous êtes le Premier-Né (Rom. 8: 29) et le Chef des prédestinés, et J'ai mis toues les choses entre Vos mains (Jean 3: 35), afin que Vous jugiez avec Équité (Jean 5: 22) toutes les tribus et les générations et toutes Mes créatures. Distribuez Mes Trésors infinis, et faites-en participante à Votre Volonté, Notre Bien-Aimée, conformément à sa dignité et à son mérite si estimables en Notre Acceptation, puisqu'Elle Vous a vêtue de chair passible.»

8, 11, 601. Avec cet Agrément du Père Eternel, Notre Sauveur Jésus-Christ détermina en présence des Saints, et comme le promettant à Sa Très Sainte Mère, que depuis ce jour tant qu'Elle vivrait dans la chair mortelle, Elle serait élevée par les Anges au Ciel empirée tous les jours de dimanche qui donnait fin aux exercices qu'Elle faisait sur la terre et qui correspondait en ce jour à la Résurrection du Seigneur, afin qu'étant en Présence du Très-Haut en corps et en Âme, Elle y célébrât la joie de ce Mystère. Le Seigneur détermina aussi que Sa Très Sainte Humanité unie à la Divinité lui serait manifestée d'une autre manière nouvelle et admirable mais différente de celle qu'Elle avait eue dans cette Lumière jusqu'à ce jour, afin que ce Bienfait fût comme des arrhes et de riches gages de la gloire qu'Il avait préparée pour Sa Mère dès Son Éternité. Les Bienheureux connurent combien il était juste de faire ces faveurs à la Mère de Dieu, pour la gloire du Tout-Puissant et la démonstration de Sa Grandeur, et pour la dignité et la sainteté de la grande Reine à cause de la digne rétribution qu'Elle seule donnait à de telles Oeuvres; et tous firent de nouveaux cantiques de gloire et de louange au Très-Haut, Saint, Juste et Admirable en toutes ses Oeuvres.

8, 11, 602. Jésus-Christ notre Bien adressa ensuite la parole à Sa Très Pure Mère, et Il lui dit: «Ma Mère très Aimante, Je serai toujours avec vous en ce qui vous reste de votre Vie mortelle, et ce sera par un nouveau mode si admirable que jusqu'à présent ni les Anges ni les hommes ne l'ont point connu. Avec Ma Présence vous n'aurez point de solitude et où Je suis là sera votre Patrie; en Moi vous vous reposerez de vos anxiétés; Je récompenserai votre exil, quoiqu'il sera court; les liens du corps mortel ne seront point pénibles pour vous; car vous en serez bientôt libre. Et en attendant que ce jour arrive, Je serai le terme de vos afflictions et quelquefois Je tirerai le voile qui empêche vos désirs amoureux et pour tout Je vous donne Ma Royale Parole.» Au milieu de ces promesses et de ces
faveurs la Très Sainte Marie était dans l'abîme de son ineffable humilité, louant, exaltant et remerciant le Tout-Puissant pour la libéralité d'un si grand Bienfait et s'anéantissant Elle-même dans sa propre estime. Ce spectacle ne peut être expliqué ni compris en cette vie. Voir Dieu même élever Sa digne Mère à une excellence et une estime si hautes de Sa Sagesse et de Sa Volonté divines, et la voir conjointement se mettre en compétition avec la Puissance divine, s'humilier, s'abaisser et s'anéantir, méritant en cela l'exaltation même qu'Elle recevait.

8, 11, 603. Après tout cela Elle fut illuminée et ses puissances furent retouchées, comme je l'ai déclaré d'autres fois [b], pour la Vision Béatifique. Et étant ainsi préparée le voile s'ouvrit et Elle vit Dieu intuitivement, jouissant au-dessus de tous les Saints pendant quelques heures de la fruition et de la gloire essentielle: Elle buvait des Eaux de la Vie dans leur propre Source, Elle rassasiait ses ardents désirs, Elle arrivait à son centre et ce mouvement très rapide cessait pour recommencer de nouveau. Après cette vision Elle rendit grâces à la Bienheureuse Trinité et Elle pria de nouveau pour l'Église; et toute renouvelée et confortée les mêmes Anges la ramenèrent à l'oratoire, où son corps était demeuré de la manière que j'ai dites d'autres fois [c], afin que son absence ne fût point remarquée. En descendant de la nuée dans laquelle ils la ramenèrent, Elle se prosterna en terre comme Elle avait coutume, et ainsi Elle s'humilia après cette faveur et ces Bienfaits plus que tous les enfants d'Adam ne se sont jamais reconnus et humiliés après leurs péchés et leurs misères. Depuis ce jour tant qu'Elle vécut sur la terre la promesse du Seigneur s'accomplit en Elle; parce que tous les dimanches, quand Elle achevait les exercices de la Passion, après minuit, lorsqu'approchait l'heure de la Résurrection, tous ses Anges l'élevaient dans un trône de nuée et la portaient au Ciel empirée, où Jésus-Christ son Très Saint Fils sortait pour la recevoir, et avec un genre d'embrassement ineffable Il l'unissait à Lui. Et quoique la Divinité ne lui fût pas toujours manifestée intuitivement, toutefois bien que cette vision ne fût point glorieuse, elle était avec tant d'Effets et de participation de Dons de la gloire, qu'elle excède toute capacité humaine. Et dans ces occasions les Anges lui chantaient ce cantique: "Regina caeli laetare, alleluia"; et c'était un jour de très grande fête pour tous les Saints, spécialement pour saint Joseph, sainte Anne et saint Joachim et tous ses plus proches et ses Anges gardiens. Ensuite Elle consultait le Seigneur sur les affaires difficiles de l'Église, Elle priait pour elle, et singulièrement pour les Apôtres et Elle revenait à la terre chargée de richesses, comme le navire du marchand que dit Salomon dans le chapitre 31 de ses Proverbes (Prov. 31: 14).

8, 11, 604. Quoique ce Bienfait fût une grâce singulière du Très-Haut, il était néanmoins dû en quelque manière à sa Bienheureuse Mère pour deux titres; l'un parce qu'Elle-même manquait volontairement de la Vision Béatifique qui lui était due pour ses mérites, et Elle se privait de cette joie pour assister au gouvernement de l'Église; et s'y trouvant, Elle arrivait si souvent au termes de la vie par la violence de l'amour et des désirs de voir Dieu, que pour la lui conserver c'était un moyen très congru de la porter quelquefois en Sa divine Présence, et ce qui était possible et convenable était comme un devoir de Fils envers Sa Mère. L'autre titre était parce que renouvelant chaque semaine en Elle-même la Passion de son Très Saint Fils Elle venait à l'éprouver et comme à mourir de nouveau avec le même Seigneur, et par conséquent Elle devait ressusciter avec Lui. Et comme Sa Majesté était déjà glorieuse dans le Ciel, il était raisonnable qu'Il prît Sa Mère en Sa Présence et qu'Il la fît participante et imitatrice de la joie de Sa Résurrection, afin qu'avec une semblable allégresse Elle cueillit le fruit des douleurs et des larmes qu'elle avait semées (Ps. 125: 5).

8, 11, 605. Dans le Bienfait que son Très Saint Fils lui promit de la Communion, j'avertis que jusqu'à l'âge et au temps dont je parle, la grande Reine laissait quelques jours la Sainte Communion comme ce fut dans le voyage d'Éphèse et en quelques absences de saint Jean, ou pour d'autres incidents qui se présentaient. La profonde humilité l'obligeait à s'accommoder à tout cela, sans le demander aux Apôtres; s'abandonnant à leur obéissance; parce qu'en tout l'Auguste Souveraine fut Miroir et Maîtresse de Perfection, nous enseignant la soumission que nous devons imiter, même en ce qui nous paraît très saint et très convenable. Mais le Seigneur qui repose dans les coeur humbles, et surtout qui voulait vivre et reposer en celui de Sa Mère, et y renouveler plusieurs fois Ses merveilles, ordonna que depuis ce Bienfait dont je parle, Elle communiât chaque jour pendant les années qui lui restaient de Vie. Son Altesse connut dans le Ciel cette Volonté du Très-Haut; mais comme très prudente en toute ses actions Elle ordonna que la Volonté divine s'exécutât par le moyen de l'obéissance à saint Jean, afin qu'Elle agît en tout, Elle-même, comme inférieure, humble et sujette à celui qui la gouvernait en toutes ses actions.

8, 11, 606. Pour cela Elle ne voulut pas manifester par Elle-même à l'Évangéliste ce qu'Elle savait être de la Volonté du Seigneur. Et il arriva qu'un jour le saint Apôtre fut très occupé dans la prédication et l'heure de la Communion se passait. Elle parla aux saints Anges, les consultant sur ce qu'Elle devait faire: et ils lui répondirent que ce que son Très Saint Fils avait commandé s'accomplît, qu'ils aviseraient saint Jean et lui intimeraient cet ordre de leur Maître. Aussitôt l'un des Anges alla où il prêchait et se manifestant à lui, il lui dit: «Jean, le Très-Haut veut que Sa Mère et notre Reine le reçoive Sacramenté chaque jour, tant qu'Elle vivra dans le monde.» Avec cet avis, l'Évangéliste revint aussitôt au Cénacle, où la Très Sainte Marie était recueillie pour la Communion, et il lui dit: «Ma Mère et ma Maîtresse, l'Ange du Seigneur m'a manifesté l'ordre de notre Dieu et notre Maître, afin que je vous administre Son Corps sacré Sacramenté tous les jours sans en omettre aucun.» La Bienheureuse Mère lui répondit: «Et vous, seigneur, que m'ordonnez-vous en cela?» Saint Jean répliqua: «Que ce que commande Votre Fils et mon Seigneur se fasse.» Et la Reine dit: «Voici Son Esclave prête à Lui obéir.» Dès lors Elle le reçut chaque jour sans jamais y manquer tout le reste de sa Vie. Et les jours des exercices Elle communiait, vendredi et samedi, parce que le dimanche Elle était élevée au Ciel empirée, comme il a été dit, et ce Bienfait remplaçait la Communion.

8, 11, 607. Depuis ce jour, au moment qu'Elle recevait les Espèces sacramentelles dans son Coeur, l'Humanité de Jésus-Christ Se manifestait sous ces mêmes Espèces à l'âge où Il institua le Très Saint Sacrement. Et quoiqu'Elle ne découvrît point dans cette vision la Divinité plus que par la vision abstractive qu'Elle avait toujours; néanmoins l'Humanité très Sainte Se manifestait à Elle glorieuse, beaucoup plus resplendissante et plus admirable que lorsqu'Il Se manifesta sur le Thabor. Et Elle jouissait de cette vision trois heures continues après Sa Communion, avec des Effets qui ne peuvent être manifestés par des paroles. Tel fut le second Bienfait que lui promit son Très Saint Fils pour lui compenser en quelque chose le délai de la Gloire Éternelle qu'Il lui avait préparée. Outre cette raison le Seigneur en eut une autre dans cette merveille, qui fut de compenser d'avance et de Se donner satisfaction pour l'ingratitude, la tiédeur, et la mauvaise disposition avec lesquelles nous, les enfants d'Adam, traiterions et recevrions le Mystère sacré de l'Eucharistie, dans les siècles postérieurs de
l'Église. Et si la Très Sainte Marie n'avait point suppléé à ce manquement de toutes les créatures, ce Bienfait du côté de l'Église n'aurait point été dignement remercié et le Seigneur ne serait point demeuré satisfait du retour que Lui doivent les hommes pour S'être donné à eux dans ce Sacrement.

DOCTRINE QUE ME DONNA LA GRANDE REINE DES ANGES.

8, 11, 608. Ma fille, quand les mortels après leur vie si courte, arrivent au terme que Dieu leur a posé pour mériter la Vie Éternelle, alors finissent aussi toutes leurs erreurs par l'expérience de l'éternité en laquelle ils commencent à entrer, pour la gloire ou pour la peine qui n'aura jamais de fin. Là les Justes connaissent en quoi consista leur félicité et leur remède, et les réprouvés leur lamentable et éternelle perdition. O ma fille, combien est heureuse la créature qui dans le court moment de sa vie tâche de s'avancer dans la Science divine de ce qu'elle doit connaître si tôt, par expérience! Telle est la véritable Sagesse, de ne point attendre de connaître le but à la fin de la carrière, mais au commencement, pour la parcourir avec moins de doutes de l'obtenir, mais avec quelque sécurité. Considère-toi donc, maintenant, comme seraient ceux qui au commencement d'une carrière regarderaient un prix inestimable (1 Cor. 9: 24) mis au terme et à la fin de cet espace et qui devraient le gagner en courant avec toute diligence. Il est certain qu'ils partiraient et courraient avec toute légèreté sans se divertir ni s'embarrasser en aucune chose qui pût les détenir. Et s'ils ne couraient et s'ils laissaient de regarder la récompense et la fin de leur chemin, ou ils seraient jugés insensés, ou ignorants de ce qu'ils perdent.

8, 11, 609. Telle est la vie mortelle des hommes, au bref cours de laquelle est préparée pour récompense ou pour châtiment, l'Éternité de Gloire ou de tourment qui met fin à la carrière. Tous naissent dans le principe pour la parcourir par l'usage de la raison et de la liberté de la volonté; et en cette vérité personne ne peut alléguer l'ignorance, et encore moins les enfants de l'Église. Où est donc le jugement et le sens de ceux qui ont la Foi Catholique? Pourquoi se laissent-ils embarrasser par la vanité? Pourquoi se laissent-ils envelopper dans l'amour des
choses apparentes et trompeuses? Pourquoi ignorent-ils la fin où ils arriveront si tôt? Comment ne se donnent-ils pas pour entendus de ce qui les attend là? Ignorent-ils par aventure qu'ils naissent (Ps. 88: 49) pour mourir et que la vie est momentanée (2 Cor. 4: 17), la mort infaillible, la récompense ou le châtiment inévitable et éternel? Que répondent à cela les amateurs du monde? ceux qui consument toute leur courte vie, parce que toutes les vies sont courtes, à acquérir de la fortune, à accumuler des honneurs, à dépenser leurs forces et leurs puissances à jouir des plaisirs corruptibles et très vils.

8, 11, 610. Or, mon amie, considère combien le monde dans lequel tu es née et que tu as à la vue est faux et déloyal. Je veux que tu y sois ma disciple, mon imitatrice, l'enfantement de mes désirs et le fruit de mes prières. Oublie le tout avec une haine intime; ne perds point de vue le terme où tu chemines si vite, la fin pour laquelle ton Créateur t'a formée de rien; pour cela soupire toujours, qu'en cela soient occupés toutes tes sollicitudes et tous tes soupirs, ne te détourne point vers les choses transitoires, vaines et mensongères, que le seul Amour divin vive en toi et consume toutes tes forces, car ce n'est pas un véritable amour que celui qui laisse les forces et les puissances libres pour aimer autre chose, qui n'a pas le courage de les assujettir, de les mortifier, et de leur ravir tout amour qui n'est pas de Dieu. Que cet amour de Dieu soit en toi fort (Cant. 8: 6) comme la mort, afin que tu sois renouvelée comme je le désire. N'empêche point la Volonté de mon Très Saint Fils en ce qu'Il veut opérer avec toi et rassure-toi de Sa fidélité qui rémunère plus que cent pour un (Matt. 19: 29). Considère avec une humble vénération ce qu'Il a manifesté par toi jusqu'à présent; je t'exhorte à faire encore expérience de Sa Vérité et c'est ce que je te recommande. Pour tout cela tu continueras mes exercices avec un nouveau soin en achevant cette Histoire. Remercie le Seigneur pour le grand et estimable Bienfait d'avoir ordonnée et disposé par tes prélats que tu Le reçoive chaque jour Sacramenté; et en te disposant à mon imitation, continue les prières que je t'ai recommandées et enseignées.

NOTES EXPLICATIVES
Extraites de celles de Don Creseto, à l'usage des prêtres.
8, 11, [a]. Livre 8, No. 536.
8, 11, [b]. Livre 2, No. 626.
8, 11, [c]. Livre 8, Nos. 400, 490.
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Marie d'Agreda "La Cité Mystique de Dieu" livre version numérisée - Page 8 Empty Re: Marie d'Agreda "La Cité Mystique de Dieu" livre version numérisée

Message par sga le Ven 16 Oct - 13:25

CHAPITRE 12


Comment la Très Sainte Marie célébrait son Immaculée Conception et sa Nativité; et les Bienfaits qu'Elle recevait en ces jours de son Fils notre Sauveur Jésus.


8, 12, 611. Tous les offices et les titres honorifiques que la Très Sainte Marie avait dans la Sainte Église, de Reine, de Dame, de Mère, de Directrice, de Maîtresse et tous les autres, le Tout-Puissant les lui donna non vides, comme les donnent les hommes; mais avec une plénitude et une grâce surabondante, que chacun d'eux requérait et que le même Dieu pouvait lui communiquer. Ce comble était de manière que comme Reine Elle connaissait toute sa monarchie et ce à quoi Elle s'étendait; comme Dame Elle savait où arrivait son domaine; comme Mère Elle connaissait tous ses enfants et les familiers de sa maison, sans qu'aucun ne lui fût caché pendant aucun des siècles qui devaient se succéder dans l'Église; comme Directrice Elle connaissait tous ceux qui étaient confiés à ses soins; et comme Maîtresse pleine de toute Sagesse Elle était très capable dans toute la Science avec laquelle la Sainte Église devait être gouvernée et enseignée, moyennant son intercession, dans tous les temps et tous les âges par l'Esprit-Saint qui devait la diriger et la gouverner jusqu'à la fin du monde.

8, 12, 612. Pour cette cause notre grande Reine eut non seulement une claire connaissance de tous les Saints qui la précédèrent et qui lui succédèrent dans l'Église, de leurs oeuvres, de leur mort et des récompenses qu'ils auraient dans le Ciel; mais joint à cela Elle eut aussi la connaissance de tous les rites, les cérémonies, les déterminations et les fêtes que dans la succession des temps l'Église ordonnerait, des raisons, des motifs, de la nécessité et des temps opportuns en quoi toutes ces choses s'établiraient par l'assistance de l'Esprit-Saint, qui nous donne l'aliment dans le temps convenable pour la gloire du Seigneur et l'augmentation de l'Église. Et parce que j'ai dit quelque chose de tout cela dans le cours de cette divine Histoire particulièrement dans la seconde partie [a], il n'est pas nécessaire de le répéter en celle-ci. De cette plénitude de Science, et de Sainteté qui y correspondait dans la divine Maîtresse, naquit en Elle une sainte émulation de la reconnaissance, du Culte, de la vénération et de la mémoire que les Anges et les Saints avaient dans la Jérusalem triomphante, pour introduire le tout dans l'Église militante, en autant que celle-ci pouvait imiter celle-là où tant de fois Elle avait vu tout ce qui s'y faisait à la louange et à la gloire du Très-Haut.

8, 12, 613. Avec cet esprit plus que séraphique Elle commença à pratiquer Elle-même plusieurs des cérémonies, des rites et des exercices que l'Église a imités ensuite, et Elle les proposa et les enseigna aux Apôtres, pour qu'ils les introduisissent selon qu'il était possible alors. Et non seulement Elle inventa les exercices de la Passion que j'ai déjà dits, mais plusieurs autres coutumes et exercices, qui se sont ensuite renouvelées dans les Églises, dans les Congrégations et les Ordres religieux. Parce que tout ce qu'Elle connaissait être du Culte du Seigneur ou de l'exercice de la Vertu, Elle l'exécutait; et comme Elle était si Sage Elle n'ignorait rien de ce qu'Elle devait savoir. Parmi les exercices et les rites qu'Elle inventa, les principaux furent de célébrer plusieurs des fêtes du Seigneur [b] et des siennes, pour renouveler la mémoire des Bienfaits dont Elle se trouvait obligée, tant les Bienfaits communs à tout le genre humain que les siens particuliers, et rendre grâces et adoration à l'Auteur de tous. Et quoiqu'Elle occupât toute sa Vie en cela sans omission ni oubli, néanmoins quand arrivaient les jours de ces Mystères Elle se disposait et se signalait en les célébrant avec de nouveaux exercices et une nouvelle reconnaissance. Et parce que je parlerai des autres fêtes dans les chapitres suivants, je veux seulement dire en celui-ci comment Elle célébrait son Immaculée Conception et sa Nativité, qui étaient les premiers Mystères de sa Vie. Et quoiqu'Elle commença ces commémorations et ces fêtes dès l'Incarnation du Verbe; néanmoins Elle les célébrait d'une façon plus particulière depuis l'Ascension et surtout dans les dernières années de sa Vie.

8, 12, 614. Chaque année le huitième jour de décembre, Elle célébrait son Immaculée Conception avec une jubilation et une reconnaissance singulières, et au-dessus de toute imagination; parce que ce Bienfait fut pour la grande Reine d'une estime et d'une appréciation souveraine; et Elle se croyait insuffisante pour y correspondre avec la due reconnaissance. Elle commençait dès la veille au soir, et Elle passait toute la nuit en exercices admirables: larmes de joie, humiliations, prosternations, cantiques de louanges et bénédictions du Seigneur. Elle se considérait formée du limon commun, et descendante d'Adam par l'ordre ordinaire de la nature, mais élue, choisie et préservée entre tous de la loi commune, exempte du lourd tribut du péché, et conçue avec tant de plénitude de Dons et de grâces. Elle conviait les Anges, afin qu'ils l'aidassent à être reconnaissante; et avec eux Elle alternait les nouveaux cantiques qu'Elle faisait. Ensuite Elle demandait la même chose aux autres Anges et aux Saints qui étaient dans le Ciel; néanmoins Elle s'enflammait de telle manière dans l'Amour divin, que toujours il était nécessaire que le Seigneur la confortât, afin qu'Elle ne mourût point et que son tempérament naturel ne fût point consumé.

8, 12, 615. Après avoir passé ainsi tout la nuit dans ces exercices, notre Sauveur Jésus-Christ descendait du Ciel, et les Anges l'élevaient à Son trône Royal et la portaient au Ciel empirée [c] où se continuait la célébration de la fête avec une nouvelle jubilation et une gloire accidentelle pour les courtisans de la céleste Jérusalem. Là la Bienheureuse Mère se prosternait et adorait la Très Sainte Trinité et de nouveau Elle rendait grâces pour le Bienfait de son immunité et de sa Conception Immaculée. Ensuite ils la ramenaient à la droite de son Très Saint Fils. Et là, le Seigneur faisait un genre de confession et de louange au Père, parce qu'il Lui avait été donné une Mère si digne, si pleine de grâce, et exempte de la faute commune des enfants d'Adam. Les trois divines Personnes confirmaient de nouveau ce privilège comme s'Ils l'eussent ratifié et approuvé et qu'Ils en eussent confirmé la possession dans la grande Dame; se complaisant de l'avoir tant favorisé entre toutes les créatures. Et pour testifier de nouveau cette vérité aux Bienheureux, il sortait une Voix du trône au Nom de la Personne du Père qui disait: «Tes pas sont beaux (Cant. 7: 1) Fille du Prince, et tu es conçue sans tache de péché.» Une autre Voix du Fils disait: «Très pure et sans contagion du péché est Ma Mère qui Me donna la forme dans laquelle J'ai racheté les hommes.» Et l'Esprit-Saint disait: «Mon Épouse est toute belle (Cant. 4: 7), Elle est toute belle et sans tache du péché commun.»

8, 12, 616. Parmi ces Voix on entendait celles de tous les Choeurs des Anges et des Saints, qui disaient avec une très douce harmonie. «La Très Sainte Marie est conçue sans péché originel.» La Très Prudente Mère répondait à toutes ces faveurs avec reconnaissance, adoration et louange au Très-Haut, et avec une humilité si profonde qu'Elle surpassait toute pensée angélique. Et ensuite pour conclure la solennité Elle était élevée à la Vision Intuitive et Béatifique de la Très Sainte Trinité, et Elle jouissait pendant quelques heures de cette gloire, puis les Anges la ramenaient au Cénacle. De cette manière se continua la célébration de son Immaculée Conception après l'Ascension de son Très Saint Fils aux Cieux. Et maintenant Elle s'y célèbre le même jour d'une manière différente que je dirai dans un autre livre que j'ai ordre d'écrire, de l'Église et de la Jérusalem triomphante, si le Seigneur me concède la faveur de l'écrire. Depuis l'Incarnation du Verbe, Elle célébra cette fête et d'autres parce que se trouvant Mère de Dieu, Elle commença à renouveler les Bienfaits qu'Elle avait reçus pour cette dignité: et alors Elle faisait ces fêtes accompagnée de ses saints Anges et avec le culte de la reconnaissance qu'Elle donnait à son propre Fils de qui Elle avait reçu tant de grâces et de faveurs. Ce qu'Elle faisait dans son oratoire quand Elle descendait du Ciel est la même chose que j'ai dite d'autres fois, après d'autres Bienfaits semblables [d]; parce que son humilité admirable croissait en tous.

8, 12, 617. Elle célébrait la fête et la mémoire de sa Nativité le 8 septembre où Elle naquit; et Elle la commençait dès la nuit précédente avec les mêmes exercices, les mêmes prosternations et les mêmes cantiques que dans sa Conception. Elle rendait grâce d'être née avec la vie à la lumière de ce monde, et pour le Bienfait qu'Elle reçut ensuite en naissant d'avoir été élevée au Ciel et d'avoir vue la Divinité intuitivement, comme je l'ai dit en son lieu [e] dans la première partie. Elle se proposait de nouveau d'employer toute sa Vie au plus grand service et au plus grand Agrément du Seigneur que son Altesse parviendrait à connaître, puisqu'Elle savait qu'Elle lui était donnée pour cela. Et Celle qui dès ses premiers pas et sa première entrée dans la vie surpassa en mérites les Saints et
les Séraphins suprêmes, se proposait encore, rendue au terme, de commencer de nouveau ce jour-là à travailler, comme si c'eût été le premier qu'Elle employât à la pratique de la Vertu; et Elle demandait encore au Seigneur de l'aider, de gouverner toutes ses actions et de les diriger à la fin de Sa gloire la plus haute.

8, 12, 618. Pour le reste qu'Elle faisait dans cette fête, quoiqu'Elle ne fût point élevée au Ciel comme le jour de sa Conception, toutefois son Très Saint Fils en descendait à son oratoire avec plusieurs Choeurs d'Anges, avec les anciens Patriarches et Prophètes, et en particulier avec saint Joachim, sainte Anne et saint Joseph. Avec cette Compagnie notre Sauveur Jésus-Christ descendait célébrer la Nativité de Sa Bienheureuse Mère sur la terre. Et la très Pure entre les créatures, en présence de cette Compagnie céleste, L'adorait avec une révérence et un Culte admirables et de nouveau Elle Lui rendait grâces de l'avoir mise au monde et des Bienfaits qu'Il lui avait accordés pour cela. Ensuite les Anges faisaient la même chose et ils la chantaient disant: "Nativitas tua Dei Genitrix Virgo, etc.," qui veut dire: «Ta naissance, ô Mère de Dieu annonça à tout l'univers une grande joie; parce que de Toi naquit le Soleil de Justice, Jésus-Christ notre Dieu.» Les Patriarches et les Prophètes aussi faisaient leurs cantiques de gloire et d'actions de grâces: Adam et Ève parce qu'était née la Réparatrice de leur dommage; les parents et l'époux de la Reine, parce qu'Il leur avait donné une telle Fille et Épouse. Et ensuite le même Seigneur élevait la divine Mère de la terre où Elle était prosternée, et Il la colloquait à Sa droite; et en ce lieu Il lui manifestait d'autres Mystères avec la vue de la Divinité, laquelle bien qu'Elle ne fût pas intuitive et glorieuse, était abstractive avec une plus grande clarté et des accroissements de la Lumière divine.

8, 12, 619. Par des faveurs si ineffables Elle demeurait de nouveau transformée en son Très Saint Fils, embrasée et spiritualisée pour travailler dans l'Église, comme si Elle n'eût fait que commencer. Dans ces occasions le saint Évangéliste Jean mérita de participer à quelque joie d'une telle fête, entendant la musique avec laquelle les Anges la célébraient. Et le Seigneur étant dans l'oratoire avec les Anges et les Saints qui L'assistaient, l'Évangéliste disait la Messe et la grande Reine communiait, assistant à la droite de son propre Fils, qu'Elle recevait Sacramenté dans son Coeur. Tous ces Mystères étaient un spectacle de joie nouvelle pour les Saints, qui aussi servaient comme de parrains dans la Communion la plus digne qui après celle de Jésus-Christ ne s'est jamais vue et ne se verra jamais dans le monde. Et lorsque la Reine du Ciel recevait son Fils Sacramenté, Celui-ci la laissait, recueillie avec Lui-même, sous cette forme; et en celle qu'Il avait glorieuse et naturelle, Il s'en retournait aux Cieux. O merveilles cachées de la Toute-Puissance divine! Si Dieu Se manifeste grand et admirable envers tous les Saints (Ps. 67: 36), qu'était-ce envers Sa divine Mère, qu'Il aimait au-dessus de tous, et pour qui Il réserva le grand et l'exquis de Sa Sagesse et de Sa Puissance. Que toutes les créatures Le confessent et Lui donnent gloire, vertu et magnificence.

DOCTRINE QUE ME DONNA LA REINE DES ANGES
LA TRÈS SAINTE MARIE.

8, 12, 620. Ma fille, je veux que la première Doctrine de ce chapitre soit la réponse à un doute que je connais dans ton coeur sur les Mystères si hauts et si singuliers de ma Vie, que tu écris dans cette Histoire. Deux soucis ont assailli ton coeur, l'un est si tu es un instrument convenable pour écrire ces secrets, ou s'il serait mieux qu'ils fussent écrits par une personne plus savante et plus parfaite dans la vertu, ce qui leur aurait donné plus d'autorité, parce que tu es la moindre de toutes, la plus inutile et la plus ignorante. Secondement tu doutes si ceux qui liront ces Mystères leur donneront crédit étant inouïs et très rares, particulièrement les Visions Béatifique et Intuitives de la Divinité, que j'eus tant de fois dans la vie mortelle. Je te réponds au premier de ces doutes, t'accordant que tu es la moindre et la plus inutile de tous; car puisque tu l'as entendu de la bouche du Seigneur et que moi je te le confirme, ainsi tu dois le croire. Mais sache que la créance de cette Histoire et de tout ce qui y est contenu ne dépend point de l'instrument mais de l'Auteur, qui est la Souveraine Vérité, et de Celle qui contient en soi tout ce que tu écris; et en cela le plus haut Séraphin ne pourrait rien ajouter, s'il l'écrivait, ni toi tu ne peux rien ôter ni diminuer.

8, 12, 621. Il n'était pas convenable qu'un Ange L'écrivit; et aussi les incrédules et les tardifs de coeur trouveraient encore moyen de la calomnier. Il était nécessaire que l'instrument fût humain, mais il n'était pas convenable qu'il fût le plus docte ni le plus sage, à la science duquel cette Histoire eût été attribuée ou la Lumière divine aurait équivoqué avec cette science, et elle aurait été moins connue ou bien on l'aurait attribuée à l'industrie et à la pensée humaines. Il est de la plus grande gloire de Dieu que ce soit une femme qui ne peut être aidée ni par la science ni par sa propre industrie; et aussi j'ai une gloire et un agrément spécial en cela, et que tu sois l'instrument; parce que toi et tous les autres vous connaîtrez qu'il n'y a rien de toi en cette Histoire, et tu ne dois pas plus te l'attribuer qu'à la plume avec laquelle tu l'écris; puisque tu n'es que l'instrument de la Main du Seigneur et la manifestation de mes paroles. Et parce que tu es si vile et si pécheresse ne crains point que les mortels me refusent l'honneur qu'ils me doivent puisque si quelqu'un n'ajoute point foi à ce que tu écris, ce ne sera pas toi qu'il offensera, mais moi et mes paroles. Et quoique tes fautes et tes péchés soient nombreux, la Charité du Seigneur et Son immense Miséricorde peuvent les éteindre tous, car pour cela Il n'a pas voulu choisir un autre instrument plus grand, mais t'élever de la poussière et manifester en toi Sa libérale Puissance, employant cette Doctrine en faveur de celui en qui la vérité et l'efficace qu'elle a en soi se fait mieux connaître; et ainsi je veux que tu l'imites et l'exécutes en toi-même, et que tu sois telle que je te désires.

8, 12, 622. J'ai répondu beaucoup en tout le cours de cette Histoire au second doute et souci que tu as, s'ils donneront créance à ce que tu écris, à cause de la grandeur de ces Mystères. Celui qui fera de moi un digne concept et une digne appréciation ne trouvera point de difficulté à croire ce que je te fais écrire, parce qu'il comprendra la proportion et la correspondance qu'on tous ces Bienfaits avec celui de la dignité de Mère de Dieu, auquel tous correspondent; parce que Sa Majesté fait les Oeuvres parfaites; et si quelqu'un doute de cela, il est certain qu'il ignore ce que Dieu est et ce que je suis. Si Dieu S'est manifesté si Puissant et si libéral envers les autres Saints; et il y a opinion dans l'Église que plusieurs ont vu la Divinité dans cette vie mortelle, et il est certain qu'ils la virent; comment et avec quel fondement doit-on me nier à moi ce qui est concédé à d'autres si inférieurs? Tout ce que leur mérita mon Très Saint Fils et les faveurs qu'Il leur fit furent ordonnées à Sa gloire et ensuite à la mienne; et l'on estime et l'on aime plus la fin que les moyens qui sont aimés pour cette fin; ensuite l'Amour qui inclina la Volonté divine à me favoriser fut plus grand que celui qui Le porta à favoriser tous les autres qu'Il a bénéficiés à cause de moi: et ce qu'Il fit une fois envers eux, il n'est pas merveille qu'Il l'ait fait plusieurs fois avec Celle qu'Il choisit pour Mère.

8, 12, 623. Ceux qui sont pieux et prudents le savaient déjà et aussi ils l'ont enseigné dans mon Église, que la règle avec laquelle on mesure les faveurs que j'ai reçues de la Droite de mon Très Saint Fils est Sa Tout-Puissance et ma capacité; parce qu'Il m'accorda toutes les grâces qu'Il put m'accorder et que je fus capable de recevoir. Ces grâces ne furent point oisives en moi; au contraire elles fructifièrent toujours autant qu'il était possible en une pure Créature. Le Seigneur était mon Fils et Puissant à opérer, où la créature ne met point d'obstacle; puis je n'en mis point; or qui osera Lui limiter Ses Oeuvres et l'Amour qu'Il a pour moi comme Mère que Lui-même fit digne de Ses Bienfaits et de Ses faveurs au-dessus de tout le reste des Saints? car aucun ne se priva de jouir de Lui une heure pour aider Son Église comme je l'ai fait. Et si tout ce qu'Il a opéré en ma faveur semble beaucoup, je veux que tu entendes et qu'ils entendent tous que Ses Bienfaits étaient fondés et renfermés en ce que j'étais conçue sans péché: parce que ce fut plus de me rendre digne de Sa gloire quand je ne pouvais la mériter que de me la manifester quand je l'avais méritée et que j'étais sans empêchement pour la recevoir.

8, 12, 624. Avec ces considérations tes doutes demeureront vaincus et le reste me regarde, quant à toi suis-moi et imite-moi, car c'est pour toi la fin de tout ce que tu entends et écris. Ta vigilance doit être telle que tu te proposes de n'omettre aucune vertu que tu connaîtras, mais de travailler sans cesse pour les mettre toutes en pratique. Et pour cela je veux que tu t'appliques aussi à ce qu'opéraient les autres Saints qui ont suivi mon Très Saint Fils et moi, puisque tu ne dois pas moins qu'eux à Sa miséricorde, et envers aucun je n'ai été plus miséricordieuse et plus libérale qu'envers toi. Je veux que tu apprennes à mon École l'amour, la reconnaissance et l'humilité de ma véritable disciple; parce qu'en ces vertus je veux que tu te signales et que tu t'avances beaucoup. Tu dois célébrer toutes mes fêtes avec une intime dévotion, et convier les Saints et les Anges à t'aider en cela; et spécialement la fête de mon Immaculée Conception, en laquelle je fus si favorisée de la Puissance divine et j'eus tant de joie de ce Bienfait; et maintenant j'en ai une très particulière de ce que les hommes le reconnaissent et de ce qu'ils louent la Très-Haut pour ce rare miracle. Le jour que
tu vins au monde tu rendra des actions de grâces particulières au Seigneur à mon imitation et tu feras quelque chose signalée pour ton service; et surtout tu dois te proposer dès ce jour d'améliorer ta vie, et commencer de nouveau à y travailler; ainsi doivent faire tous les mortels, et ne point employer ce jour mémorable en vaines démonstrations de joies terrestres pour fêter leur naissance.

NOTES EXPLICATIVES
Extraites de celles de Don Creseto, à l'usage des prêtres.

8, 12, [a]. Livre 5, Nos. 734, 789.
8, 12, [b]. Le Père Séraphin emploie une longue note pour démontrer la convenance de cette célébration des Mystères et en particulier de ceux de la Très Sainte Vierge, [Grandeurs et Apostolat de Marie]. Il nous suffit à nous d'observer qu'Elle, en fêtant ses propres Mystères, Elle ne faisait qu'exercer un acte de reconnaissance à Dieu qui l'avait tant favorisée et accomplir un devoir de reconnaissance non seulement pour Elle, mais aussi pour toute la famille humaine dont Elle était la Mère et pour qui Elle suppléait en exerçant ces actes de religion que l'Église encore à l'état d'enfant, ne pouvait exercer complètement par elle-même. Elle faisait aussi l'office de Mère Véritable et Universelle comme Celle qui sur le berceau de son propre Fils, incapable encore de louer et de remercier Dieu convenablement, priait et remerciait en sa place.
8, 12, [c]. Nous avons déjà démontré ailleurs, en parlant de la Naissance de la Très Sainte Marie, la convenance qu'il y avait qu'Elle fût ravie plusieurs fois à l'Empirée encore vivante, chose assurée par les Saints et les Docteurs, ce qui n'est pas nié de saint Paul, et aussi d'autres de bien loin inférieurs à la Mère de Dieu.
8, 12, [d]. Livre 7, Nos. 4, 168; Livre 8, No. 388, 400 et fréquemment.
8, 12, [e]. Livre 1, Nos. 331, 333.
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