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Marie d'Agreda "La Cité Mystique de Dieu" livre version numérisée

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Message par sga le Mar 29 Oct 2019 - 13:21

CHAPITRE 24


La blessure qu'ils firent avec la lance dans le Côté de Jésus-Christ déjà mort; Sa descente de la Croix et Sa sépulture, et ce que la Très Sainte Marie opéra dans ces oeuvres, jusqu'à ce qu'Elle revînt au Cénacle.


6, 24, 1436. L'Évangéliste saint Jean dit que la Très Sainte Marie Mère de Jésus était près de la Croix (Jean 19: 25), accompagnée de Marie Magdeleine et de Marie Cléophas, et quoiqu'il le dise avant que le Sauveur expirât, on doit entendre que l'invincible Reine persévéra ensuite, toujours debout, près de la Croix, y adorant son Jésus défunt et la Divinité toujours unie au Corps sacré [a]. L'Auguste Dame du Ciel était très constante et très immobile dans ses vertus ineffables, au milieu des ondes impétueuses des douleurs qui entraient jusqu'à l'intime de son Coeur très chaste; et Elle conférait dans son secret avec sa Science éminente les Mystères de la Rédemption des hommes et l'harmonie avec laquelle la Sagesse divine disposait tous ces sacrements. La plus grande affliction de la Mère de Miséricorde était l'ingratitude déloyale que les hommes montraient à leur propre dommage pour un Bienfait si rare et si digne de remerciements éternels. Elle était inquiète en même temps comment Elle donnerait la sépulture au Corps sacré de son Très Saint Fils, qui Le lui descendrait de la Croix où ses yeux divins étaient toujours élevés. Avec cette douloureuse inquiétude Elle se tourna vers ses saints Anges qui l'assistaient et Elle leur dit: «Ministres du Très-Haut et mes amis dans la tribulation, vous connaissez qu'il n'y a point de douleur semblable à ma douleur; dite-moi donc comment je descendrai de la Croix Celui qu'aime mon Âme, où et
comment je Lui donnerai une sépulture honorable, car ce soin me regarde comme Mère; dites-moi ce que je ferai et aidez-moi dans cette circonstance avec votre diligence.»

6, 24, 1437. Les saint Anges lui répondirent: «Notre Reine et notre Maîtresse, que Votre Coeur affligé se dilate pour ce qui lui reste à souffrir. Le Seigneur tout-puissant a caché aux mortels Sa Gloire et Sa Puissance pour S'assujettir à la disposition impie des hommes cruels et malins, et Il veut toujours consentir que les lois posées par les hommes s'accomplissent, et l'une d'elles est que les sentenciés à mort ne soient pas ôtés de la Croix sans la permission du juge même. Nous serions prêts à Vous obéir et puissants pour défendre notre vrai Dieu et Créateur; mais Sa droite nous retient, parce que Sa Volonté est de justifier Sa cause en tout et de répandre la partie du Sang qui Lui reste pour le bénéfice des hommes, afin de les obliger davantage au retour de Son Amour qui les a rachetés si copieusement (Ps 129: 7) Et s'ils ne profitent point de ce Bienfait comme ils doivent leur châtiment sera lamentable et sa sévérité sera en proportion de la lenteur que Dieu aura mise à Sa vengeance.» Cette réponse des Anges accrut la douleur de la Mère affligée; parce qu'il ne lui avait pas été manifesté que son Très Saint Fils devait être blessé de la lance, et la crainte de ce qui y arriverait au Corps sacré la mit dans une angoisse et une tribulation nouvelles.

6, 24, 1438. Elle vit ensuite la troupe de gens armés qui venait en se dirigeant vers la montée du Calvaire et la crainte de quelque nouvel opprobre qu'ils feraient contre le Rédempteur défunt croissant, Elle parla à saint Jean et aux Marie: «Hélas! ma douleur arrive à l'extrême et mon Coeur se fend dans ma poitrine! Peut-être que les ministres et les Juifs ne sont point satisfaits d'avoir fait mourir mon Fils et mon Seigneur; et qu'ils prétendent maintenant faire quelque nouvelle offense contre Son Corps sacré déjà défunt?» C'était la vigile du grand sabbat des Juifs et pour la célébrer sans autre souci (Jean 19: 31), ils avaient demandé à Pilate la permission de rompre les jambes aux trois justiciés, avec quoi ceux-ci achevassent de mourir, afin qu'ils pussent les descendre des croix ce soir même, et que leurs corps n'y demeurassent point le jour suivant. Cette compagnie de soldats qu'avait vue la Très Saint Marie arriva au Calvaire dans cette intention. A leur arrivée, comme ils trouvèrent les deux larrons vivants, ils leur rompirent les jambes (Jean 19: 32); avec ce tourment ces justiciés achevèrent leur vie. Mais s'approchant de notre Sauveur Jésus-Christ ils Le trouvèrent déjà mort; ainsi ils ne Lui rompirent point les jambes (Jean 19: 33), s'accomplissant ainsi la mystérieuse prophétie de l'Exode où Dieu commandait de ne point rompre les os de l'Agneau figuratif (Ex. 12: 46) qu'ils mangeaient à la Pâque. Mais un soldat appelé Longin [b] s'approcha de la Croix de Jésus et Le perça d'une lance (Jean 19: 34-35) en Lui pénétrant le Côté et aussitôt il sortit du Sang et de l'Eau de la blessure, comme l'affirme saint Jean qui le vit et qui rendit témoignage de la vérité.

6, 24, 1439. Cette blessure de la lance que le saint Corps défunt ne put éprouver, Sa Mère la sentit, recevant la douleur dans son Coeur très chaste comme si Elle eût reçu la blessure. Mais ce tourment fut surpassé par celui de son Âme très sainte, voyant la nouvelle cruauté avec laquelle ils avaient rompu le Côté de son Fils déjà mort. Et mue d'une piété et d'une compassion égales, oubliant son propre tourment, Elle dit à Longin: «Le Tout-Puissant te regarde avec des yeux de Miséricorde pour la peine que tu as donnée à mon Âme.» Son indignation arriva jusqu'ici et non plus loin, ou pour mieux dire, sa très pieuse mansuétude pour notre instruction à tous, quand nous serions offensés. Parce que dans l'estime de la Très Candide Colombe, cette injure que reçut Jésus-Christ mort fut très pondérable, et le retour qu'Elle donna au délinquant fut le plus grand des Bienfaits, qui fut que Dieu le regarda avec des yeux de Miséricorde, rendant des Dons et une Bénédiction à l'offenseur pour ses torts. Et il en arriva ainsi; parce que Notre-Seigneur Jésus-Christ incliné par les prières de Sa Très Sainte Mère, ordonna que quelques gouttes du Sang et de l'Eau qui sortirent de Son divin Côté jaillissent sur la face de Longin et lui donnât, par le moyen de ce Bienfait, la vue corporelle qu'il n'avait presque pas, et lui donnât en même temps la vue de l'âme pour connaître le divin Crucifié; il pleura ses péchés et les lava avec le Sang et l'Eau qui sortirent du Côté du Christ et il Le connut et Le confessa pour Dieu véritable et le Sauveur du monde. Et il Le prêcha aussitôt en présence des Juifs à leur plus grande confusion et en témoignage de leur dureté et de leur perfidie.

6, 24, 1440. La Très Prudente Reine connut le mystère du coup de lance, et comment en ce dernier Sang et cette Eau sortis du Côté de son Très Saint Fils, sortait de Lui la nouvelle Église, lavée et renouvelée en vertu de Sa Passion et de Sa Mort; et que de Son Coeur sacré sortaient comme de leur racine les rameaux qui s'étendraient par tout le monde avec des fruits de Vie Éternelle. Elle conféra de même intérieurement dans son Coeur le mystère de cette pierre frappée de la verge(Ex. 17: 6) de la Justice du Père Éternel, afin qu'il en jaillit une eau vive pour apaiser la soif de tout le genre humain, rafraîchissant et récréant tous ceux qui iraient à elle pour y boire. Elle considéra la correspondance de ces cinq fontaines des Pieds, des Mains et du Côté qui s'ouvrirent dans le nouveau paradis de l'Humanité très sainte de Notre-Seigneur Jésus-Christ, plus abondantes et plus efficaces pour fertiliser le monde que celles (Gen. 2: 10) du paradis terrestre divisées en quatre partie par toute la superficie de la terre. La grande Reine résuma ces mystères et d'autres en un cantique de louanges qu'Elle fit à la gloire de son Très Saint Fils, après qu'Il fut blessé par la lance. Et avec ce cantique Elle fit une oraison très fervente, afin que tous ces sacrements de la Rédemption fussent exécutés au bénéfice de tout le genre humain.

6, 24, 1441. Le jour de Parasceve déclinait déjà vers le soir et la très pieuse Mère n'avait pas encore de certitude de ce qu'Elle désirait qui était la sépulture de son Fils Jésus défunt; parce que Sa Majesté donnait lieu à ce que la tribulation de Sa Mère très aimante fût allégée par les moyens que Sa Providence divine avait disposés, mouvant le coeur de Joseph d'Arimathie et de Nicodême afin qu'ils prissent soin de la sépulture et de l'enterrement de leur Maître. Ils étaient tous deux disciples du Seigneur et justes, quoique non point du nombre des soixante-douze; parce qu'ils étaient cachés par la crainte des Juifs (Jean 19: 38 qui abhorraient comme suspects et ennemis tous ceux qui suivaient la Doctrine de Jésus-Christ Notre-Seigneur et qui Le reconnaissaient pour leur Maître. L'ordre de la Volonté divine n'avait pas été manifesté à la Très Prudente Vierge sur ce qu'Elle désirait de la sépulture de son Très Saint Fils, et sa douloureuse inquiétude croissait avec la difficulté qui lui était présente, en quoi Elle ne trouvait point de sortie par sa propre diligence. Dans cette affliction, elle leva les yeux au Ciel et dit: «Père Éternel et mon Seigneur, j'ai été élevée de la poussière à la dignité très sublime de Mère de Votre Fils Éternel par Votre Sagesse infinie et la condescendance de Votre Bonté; et par Votre propre libéralité de Dieu immense, Vous m'avez concédé de Le nourrir à mes mamelles, de L'alimenter et de L'accompagner jusqu'à la Mort. Il m'appartient maintenant comme Mère de donner à Son Corps sacré une sépulture honorable, et mes forces arrivent à le désirer seulement et mon Coeur à se briser de ne pouvoir l'obtenir. Mon Dieu, je supplie Votre Majesté de disposer par Votre Puissance les moyens afin que je l'exécute.»

6, 24, 1442. La pieuse Mère fit cette oraison après que le Corps de Jésus mort eut reçu le coup de lance. Et peu après, Elle reconnut qu'une autre troupe de gens venait vers le Calvaire avec des échelles et un apparat d'autres choses par lesquelles Elle put s'imaginer qu'ils venaient ôter son Trésor inestimable de la Croix; mais comme Elle ne savait pas la fin, Elle s'affligea de nouveau dans le soupçon de la cruauté des Juifs, et se tournant ver saint Jean Elle lui dit: «Mon fils, quelle est donc l'intention de ceux qui viennent avec tant de préparatifs?» l'Apôtre répondit: «Ne craignez point, Madame, ce sont Joseph et Nicodême qui viennent avec d'autres de leurs serviteurs; et tous sont des amis et des serviteurs de Votre Très Saint Fils et mon Seigneur.» Joseph était juste aux yeux du Très-Haut, et noble dans l'estime du peuple, décurion (Luc 23: 50) par office de gouvernement et faisant partie du conseil comme l'Évangile le donne à entendre lorsqu'il y est dit que Joseph ne consentit point dans le conseil aux oeuvres des homicides de Jésus-Christ, car il Le reconnaissait pour le vrai Messie. Et quoique Joseph fût disciple caché jusqu'à la Mort de Jésus, néanmoins, il se manifesta alors, l'efficace de la Rédemption opérant ces effets nouveaux. Et Joseph déposant la crainte qu'Il avait eue jusqu'alors de l'envie des Juifs, et ne songeant point au pouvoir des Romains, entra hardiment chez Pilate et lui demanda le Corps de Jésus mort sur la Croix, pour L'en descendre et Lui donner une sépulture honorable, affirmant qu'il était innocent et le vrai Fils de Dieu; et que cette vérité était attestée par les miracles de Sa Vie et de Sa Mort [c].

6, 24, 1443. Pilate n'osa point refuser à Joseph ce qu'il demandait; au contraire il lui permit de disposer du Corps mort de Jésus selon tout ce qui lui semblait bien. Joseph sortit ce la maison du juge avec cette permission, et il appela Nicodême qui était juste aussi et savant dans les lettres Divines et humaines et dans les Saintes Écritures, comme on le voit en ce qui arriva lorsqu'il alla de nuit entendre la Doctrine de notre Seigneur, comme saint Jean le raconte (Jean 3: 2). Ces deux saints hommes résolurent avec un vaillant courage de donner la sépulture à Jésus crucifié. Joseph prépara le linceul (Matt. 27: 59) et le suaire pour L'envelopper; et Nicodême acheta jusqu'à cent livres (Jean 19: 39) des aromates dont les Juifs avaient coutume d'oindre les défunts de plus grande noblesse. Ils prirent le chemin du Calvaire avec cette préparation et d'autres instruments,
accompagnés de leurs serviteurs et de quelques personnes pieuses et dévotes en qui opérait dès lors aussi le Sang du divin Crucifié répandu pour tous.

6, 24, 1444. Ils arrivèrent en la présence de la Très Sainte Marie qui assistait au pied de la Croix avec une douleur incomparable, accompagnée de saint Jean et des Marie. Et au lieu de la saluer, la douleur se renouvela en tous avec tant de force et d'amertume par la vue du spectacle lamentable et Divin, que Joseph et Nicodême demeurèrent pendant quelque temps prosternés aux pieds de la grande Reine et tous à celui de la Croix, sans contenir leurs larmes et leurs soupirs et sans proférer une seule parole. Ils pleuraient tous avec des clameurs et des lamentations d'amertume, jusqu'à ce que l'invincible Reine les relevât de terre, les ranimât et les confortât; ils la saluèrent alors avec une humble compassion. La Mère très attentive se montra reconnaissante envers eux de leur piété et du service qu'ils faisaient à leur Dieu, leur Seigneur et leur Maître, en donnant la sépulture à son Corps sacré, et Elle leur promit en Son Nom la récompense de cette oeuvre. Joseph d'Arimathie répondit: «Nous sentons déjà, notre Dame, dans le secret de nos coeurs la force douce et suave du divin Esprit qui nous a mus par des affections si amoureuses que nous ne pouvons les mériter et nous ne savons les expliquer.» Ensuite, ils ôtèrent les capes ou manteaux qu'ils avaient et Joseph et Nicodême approchèrent de leurs mains les échelles de la Sainte Croix et ils montèrent pour déclouer le Corps sacré, la glorieuse Mère étant très proche et saint Jean et la Magdeleine l'assistant. Il sembla à Joseph que la douleur de la divine Dame serait renouvelée si Elle arrivait à toucher le Corps sacré quand ils Le descendraient, et il avertit l'Apôtre de la retirer quelque peu pour la divertir de cet acte. Mais saint Jean qui connaissait plus le Coeur invincible de la Reine répondit qu'Elle avait assisté à tous les tourments du Sauveur depuis le commencement de la Passion et qu'Elle ne Le quitterait pas jusqu'à la fin; parce qu'Elle Le vénérait comme Dieu et qu'Elle L'aimait comme fils de ses entrailles.

6, 24, 1445. Ils la supplièrent néanmoins de prendre en bonne part la prière qu'ils lui faisaient de se retirer un peu pendant qu'ils descendraient leur Maître de la Croix. La grande Dame du Ciel répondit et dit: «Mes très chers Seigneurs, puisque je me suis trouvée à voir clouer mon très doux Fils sur la Croix, veuillez trouver bon que je me trouve à Le déclouer; car quoique cet acte si pieux blesse de nouveau mon Coeur, il donnera d'autant plus de soulagement à ma douleur, que je le verrai et le traiterai davantage.» Sur cela ils commencèrent à disposer la descente de la Croix. Ils ôtèrent d'abord la couronne de la Tête sacré, découvrant les plaies et les ouvertures très profondes qu'elle y laissait. Ils la descendirent avec grande vénération et avec larmes et ils la mirent entre les mains de la Très Douce Mère. Elle la reçut à genoux et Elle l'adora avec un culte admirable [d], l'approchant de son visage Virginal et l'arrosant d'abondantes larmes, recevant par le contact quelque part des blessures des épines. Elle demanda au Père Éternel que ces épines consacrées par le Sang de Son Fils fussent tenues en digne révérence par les fidèles au pouvoir de qui elles viendraient dans les temps à venir [e].

6, 24, 1446. Aussitôt saint Jean, la Magdeleine, les Marie et d'autres femmes, ainsi que des fidèles qui étaient là les adorèrent à l'imitation de la Très Sainte Vierge; et ils firent de même pour les clous. Ils furent d'abord consignés à la divine Mère qui les adora et ensuite tous les assistants. La grande Reine se mit à genoux pour recevoir le Corps mort de son Très Saint Fils et Elle étendit les bras avec le linceul déployé. Saint Jean assistait à la Tête et la Magdeleine aux Pieds pour aider Joseph et Nicodême et tous ensemble ils Le mirent dans les bras de la Très Douce Mère avec une grande vénération et avec larmes. Cette circonstance fut pour la Mère-Vierge d'une consolation et d'une compassion égales; parce que les douleurs du Coeur très chaste de la Mère furent renouvelées de voir cette beauté, la plus grande entre tous les enfants des hommes, blessée et défigurée et Elle éprouvait une douleur et en même temps une joie incomparable de Le tenir dans ses bras et sur son sein, parce que son Amour très ardent se reposait dans son Trésor. Elle L'adora avec un culte et une révérence suprêmes, versant des larmes de Sang. Après son Altesse, toute la multitude des Anges qui l'assistaient L'adorèrent aussi, quoique cet acte fût caché aux assistants. Et saint Jean commençant, ils adorèrent tous le Corps sacré selon leur rang. La Très Prudente Mère assise sur le sol Le tenait dans ses bras, afin que tous Lui rendissent leurs adorations.

6, 24, 1447. Notre grande Reine se gouvernait dans toutes ses actions avec une sagesse et une prudence si Divines que les Anges et les hommes en étaient dans l'admiration; parce que ses paroles étaient d'une grande pondération, très douces pour les caresses et la compassion de Sa Beauté défunte, tendres à cause de la douleur de son Coeur, mystérieuses en ce qu'elles signifiaient et comprenaient. Elle pondérait sa douleur au-dessus de tout ce qui peut en causer aux mortels. Elle mouvait les coeurs à la compassion et aux larmes, Elle les illustrait tous pour connaître le sacrement si Divin qu'ils traitaient. Et outre cela, Elle gardait dans son air une humble majesté entre la sérénité de son visage et la douloureuse tristesse qu'Elle souffrait, sans excéder ni manquer à ce qu'Elle devait. Avec cette vérité si uniforme, Elle parlait à son Très Aimable Fils, au Père Éternel, aux Anges, à ceux qui étaient présents et à tout le genre humain, pour la Rédemption duquel Il S'était livré à la Passion et à la Mort. Je ne m'arrête pas davantage à particulariser les raisons très prudentes et très douloureuses de l'Auguste Dame du Ciel dans cette circonstance; parce que la piété Chrétienne en pensera plusieurs et il ne m'est pas possible de m'arrêter en chacun de ces mystères.

6, 24, 1448. Il y avait déjà quelque temps que la douloureuse Mère avait sur son sein Jésus mort; et parce qu'il était déjà tard, saint Jean et Joseph la supplièrent de donner lieu à l'enterrement de son Fils, le Dieu véritable. La Très Prudente Mère le permit; et sur le même linceul [f], le saint Corps fut oint avec les espèces et les onguents aromatiques (Jean 19: 40) que Nicodême avait apportées, employant dans ces religieuses obsèques toutes les cents livres qui avaient été achetés. Et le Corps déifié ainsi oint fut placé sur une civière pour être porté au sépulcre. La Dame du Ciel, très attentive à tout, convoqua du Paradis plusieurs choeurs d'Anges afin qu'ils accourussent avec ceux de sa garde à l'enterrement du Corps de leur Créateur, et à l'instant ils descendirent des hauteurs en corps visibles pour leur Reine et leur Maîtresse; mais non visibles pour les autres assistants. Il s'ordonna une procession d'Anges et un autre d'hommes, et les porteurs du Corps Très Saint furent saint Jean, Joseph, Nicodême et le Centurion qui avait assisté à la Mort de Jésus et qui L'avait confessé Fils de Dieu [g]. La divine Mère suivait accompagnée de la Magdeleine, des Marie et des autres pieuses femmes, ses disciples. En outre, un grand nombre de fidèles vinrent se joindre au cortège: ceux-ci mus par la Lumière divine étaient venus au Calvaire après le coup de lance. Tous étant rangés en une procession ordonnée, marchèrent en silence et avec larmes vers un jardin qui était proche où Joseph avait sculpté et travaillé artistement un sépulcre (Jean 19: 41) neuf où personne n'avait encore été déposé ni enterré. Ils mirent le Corps divin de Jésus dans ce très heureux sépulcre. Et avant qu'Il fût recouvert par la pierre, Sa prudente et religieuse Mère L'adora de nouveau à l'admiration de tous les Anges et les hommes. Et ils l'imitèrent ensuite les uns et les autres, et ils adorèrent tous leur Seigneur crucifié et enseveli; puis ils fermèrent le sépulcre avec la pierre qui était très grande (Matt. 27: 60) comme dit l'Évangéliste.

6, 24, 1449. Le sépulcre de Jésus-Christ étant fermé, ceux qui s'étaient ouverts à Sa Mort se refermèrent aussi; parce qu'entre autres mystères, ils étaient comme dans l'attente s'ils auraient l'heureux sort de recevoir en eux leur Créateur Incarné défunt, qui était ce qu'ils pouvaient offrir lorsque les Juifs ne recevaient pas vivant ce Jésus qui était leur Bienfaiteur. Plusieurs Anges demeurèrent à la garde du sépulcre, leur Reine et leur Maîtresse le leur ayant commandé comme celle qui y laissait déposé son propre Coeur. Et ils retournèrent tous au Calvaire dans le même silence et le même ordre qu'ils en étaient venus. La divine Maîtresse des vertus s'approcha de la Sainte Croix et l'adora avec une vénération et un culte excellent. Aussitôt, saint Jean, Joseph et tous ceux qui avaient assisté à l'enterrement la suivirent dans cet acte. Il était déjà tard et le soleil baissait; la grande Reine s'en alla du Calvaire pour se réfugier dans la maison du Cénacle, où ceux qui avaient été à l'enterrement l'accompagnèrent: et la laissant dans le Cénacle avec saint Jean, les Marie et ses autres compagnes, les autres fidèles prirent congé de la Vierge-Mère et lui demandèrent sa bénédiction avec beaucoup de larmes et de sanglots. La Très Humble et Très Prudente Dame les remercia des obsèques qu'ils avaient faites à son Très Saint Fils et du bienfait qu'Elle avait reçu; et Elle les congédia remplis d'autres faveurs intérieures et cachées et de bénédictions de douceur de sa pieuse humilité et de son aimable naturel.

6, 24, 1450. Les Juifs confus et troublés de ce qui arrivait, allèrent trouver Pilate (Matt. 27: 62) le samedi matin et lui demandèrent de commander que le sépulcre fût gardé; parce que le Christ, qu'ils avaient appelé séducteur, avait dit et déclaré qu'après trois jours Il ressusciterait, et qu'il serait bien possible que Ses disciples enlevassent Son Corps et dissent qu'Il était ressuscité. Pilate condescendit à cette malicieuse précaution; et il leur concéda les gardes qu'ils demandaient (Matt. 27: 65) et ils les mirent au sépulcre. Mais les pontifes perfides ne prétendaient qu'obscurcir l'événement qu'ils craignaient, comme on le connut ensuite quand ils subornèrent les gardes, afin qu'ils dissent que Notre-Seigneur Jésus-Christ n'était pas ressuscité (Matt. 28: 12-13); mais que Ses disciples
L'avaient volé. Et comme il n'y a point de conseil contre Dieu (Prov. 21: 30) la Résurrection fut divulguée et confirmée davantage par ce moyen.

DOCTRINE QUE ME DONNA LA REINE DU CIEL.

6, 24, 1451. Ma fille, la blessure que mon Très Saint Fils reçut dans le Côté par la lance fut cruelle et douloureuse seulement pour moi; mais ses effets et ses mystères sont très doux pour les âmes saintes qui savent goûter de sa douceur. Quant à moi, elle m'affligea beaucoup, mais à ceux pour qui cette faveur mystérieuse fut dirigée, elle sert de grande consolation et de grand soulagement dans leurs douleurs. Et afin de le comprendre et d'y participer, tu dois considérer que pour l'Amour très ardent que mon Fils et mon Seigneur eut pour les hommes, Il voulut recevoir, outre les plaies des pieds et des mains, celle du Côté sur le Coeur qui est le siège de l'Amour, afin que les âmes entrassent par cette Porte pour le goûter et y participer dans la source même et qu'elles eussent là leur rafraîchissement et leur refuge. Je veux que tu ne cherches que celui-là seul dans le temps de ton exil et que tu aies là ton habitation assurée sur la terre. Là tu apprendras les conditions et les lois de l'Amour dans lequel tu dois m'imiter; là tu comprendras qu'en retour des offenses que tu recevras tu dois rendre des bénédictions à celui qui les fera contre toi ou contre quelque chose qui t'appartient comme tu as connu que j'ai fait quand j'étais désolée de la blessure que mon Très Saint Fils déjà mort avait reçue au Coeur. Et je t'assure, ma très chère, que tu ne peux rien faire de plus puissant auprès du Très-Haut pour obtenir efficacement la grâce que tu désires. Et l'oraison que l'on fait en pardonnant les injures est puissante non-seulement pour soi-même, mais aussi pour l'offenseur; parce que le coeur pieux de mon Très Saint Fils S'émeut en voyant que les créatures L'imitent en pardonnant et en priant pour celui qui les offense, car elles participent en cela de la très ardente Charité qu'Il manifesta sur la Croix. Écris cette Doctrine dans ton coeur, exécute-la pour m'imiter et me suivre dans la vertu dont je fis la plus grande estime. Regarde par cette blessure le Coeur de Jésus-Christ ton Époux et moi qui ai aimé en Lui si doucement et si efficacement les offenseurs et toutes les créatures.

6, 24, 1452. Considère aussi la Providence très ponctuelle et très attentive avec laquelle le Très-Haut accourt opportunément aux nécessités des créatures qui L'invoquent avec une confiance véritable, comme Sa Majesté le fit envers moi quand je me trouvai affligée et abandonnée pour donner la sépulture à mon Très Saint Fils, comme je devais le faire. Pour me secourir dans cette angoisse, le Seigneur disposa avec une pieuse charité et avec affection les coeurs de Joseph et de Nicodême et des autres fidèles qui accoururent pour L'ensevelir. Et la consolation que ces hommes justes me donnèrent dans cette tribulation fut telle qu'à cause de cette oeuvre et de mon oraison, le Très-Haut les remplit des influences admirables de Sa Divinité dont ils furent favorisés tout le temps que dura l'enterrement et la descente de la Croix.; et depuis cette heure ils demeurèrent renouvelés et éclairés sur les Mystères de la Rédemption. Tel est l'ordre admirable de la douce et forte Providence du Très-Haut; car pour S'obliger envers certaines créatures, Il en met d'autres dans l'affliction et il meut la piété de celui qui peut faire le bien au nécessiteux, afin que le bienfaiteur, par la bonne oeuvre qu'il fait, et par l'oraison du pauvre qui la reçoit, soit rémunéré par la grâce qu'il n'eût point méritée par une autre voie. Et le Père des Miséricordes qui inspire la bonne oeuvre et qui y porte par Ses secours, la paye ensuite comme de Justice, parce que nous correspondons à Ses inspirations par le peu que nous coopérons de notre côté, et ce peu étant bon, provient tout de Sa main (Jac. 1: 17).

6, 24, 1453. Considère aussi l'ordre très équitable de cette Providence dans la Justice qu'elle exerce, compensant les offenses qui sont reçues avec patience; puisque mon Très Saint Fils étant mort méprisé, déshonoré, blasphémé des hommes, le Très-Haut ordonna aussitôt qu'Il fût enseveli honorablement et Il en porta plusieurs à Le confesser pour le Rédempteur et vraie Dieu et à Le proclamer Saint, Innocent et Juste; dans l'occasion même où ils achevaient de Le crucifier honteusement Il fut adoré et vénéré avec le culte suprême comme Fils de Dieu; et qu'il y eut jusqu'à Ses ennemis qui sentirent au dedans d'eux-mêmes l'horreur et la confusion du péché qu'ils avaient commis en Le persécutant. Quoique tous ne profitassent point de ces Bienfaits, néanmoins ils furent des effets de l'innocence et de la Mort du Seigneur. Et je concourus moi aussi par mes prières à ce que Sa Majesté fût connu et vénéré de ceux qui Le connaissaient.

NOTES EXPLICATIVES
Extraites de celles de Don Creseto, à l'usage des prêtres.
6, 24, [a]. C'est un dogme de Foi Catholique que Jésus-Christ étant mort, la Personne divine demeura unie tant à l'Âme qu'au Corps mort du Sauveur; c'est pourquoi l'adoration de Latrie proprement dite était due à ce Corps divinisé. «Nous croyons et confessons avec constance que l'Âme de Jésus-Christ étant séparée de Son Corps, la Divinité fut toujours conjointe tant au Corps dans le sépulcre qu'à l'Âme dans les enfers.» [Cat. Rom. De 4 art. Symb. n. 6].
6, 24, [b]. Le soldat qui donna le coup de lance à Jésus est appelé Langin dans le Martyrologe Romain, 15 mars, et il est honoré comme Martyr avec messe et office propre dans la basilique du Vatican à Rome. Qu'il eut les yeux malades et qu'Il en guérit par quelques gouttes du Sang du Côté de Jésus-Christ qui tomba sur lui, nous le savons de saint Grégoire de Nazianze [Carm. de Chris. pat.] de saint Jean Chrysostôme [in Joan.] et de saint Augustin, [Manuale].
Le coup de lance dut être si violent que la pointe entrant au côté droit transperça ce Côté divin et alla sortir du côté gauche. C'est ce que nous rapporte la tradition. Voir Ventura, [Trésor Caché, tom. II, hom. 33]. Qu'ensuite le coup de lance ait été donné du côté droit, cela est confirmé par les stigmates de saint François D'Assise qui avait la blessure du côté à droite; et par saint Grégoire de Nazianze, Innocent III, saint Bernard, saint Bonaventure, et sainte Brigitte. Voir Sylveira, [lib. VIII, c. XX, Q. 4, n. 19]. La même chose est aussi confirmée par les révélations de sainte Gertrude au [Lv. 4, c. 4].
6, 24, [c]. Saint Anselme, [dial. de Pass.] dit lui avoir été révélé par la Très Sainte Vierge que Joseph d'Arimathie, entre autres raisons, représenta aussi à Pilate la grande douleur de la Mère qui était au pied de la Croix et près de mourir de douleur, à laquelle la sépulture de son Fils serait de quelque consolation. [A. Lapidus in Matt. 27: 58].
6, 24, [d]. On doit à la couronne et aux autres instruments de la Passion le même culte qu'à la sainte Croix, c'est-à-dire le culte de Latrie relative, comme saint François de Sales, Docteur de l'Église, le démontre magnifiquement dans son ouvrage L'Étendard de la Croix, [l. 4, c. 5 et 9]; et comme avaient enseigné avant lui pareillement les Docteurs de l'Église, saint Jean Damascène, saint Thomas d'Aquin, saint Bonaventure, etc.
6, 24, [e]. On dit que la couronne d'épines se trouve à Paris dans la Sainte Chapelle. Deux épines de cette couronne sont à Rome dans l'Église de Sainte Croix de Jérusalem. Une autre est à Venise et elle fut portée là de Rhodes où en l'année 1457 elle avait porté des fleurs le Vendredi-Saint, miracle dont furent témoins oculaires plusieurs personnages insignes et doctes.
6, 24, [f]. Le saint Suaire se trouve à Turin.
6, 24, [g]. Ce centurion s'appelait Caius Oppius et était Espagnol. Plus tard il devint prédicateur de l'Évangile et troisième évêque de Milan après saint Barnabé. [Voir Lucius Destro dans sa chronique à l'an 34 de Jésus-Christ.
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Message par sga le Mer 20 Nov 2019 - 18:08

CHAPITRE 25


Comment la Reine du Ciel consola saint Pierre et les autres Apôtres; la prudence avec laquelle Elle procéda après l'enterrement de son Fils, comment Elle vit descendre Son Âme très Sainte au Limbe des saints Pères.


6, 25, 1454. La plénitude de la Sagesse qui illuminait l'entendement de notre Auguste Reine et Maîtresse la Très Sainte Marie n'admettait aucun défaut ni aucun vide par lequel Elle laissât d'apporter advertance et attention, au milieu de
ses douleurs, à toutes les actions que l'occasion et le temps demandaient. Et avec cette Divine prévoyance, Elle conduisait le tout et Elle opérait le plus saint et le plus parfait de toutes les vertus. Après l'enterrement de notre bien-aimé Sauveur Jésus, Elle se retira à la maison du Cénacle, comme je l'ai déjà dit. Et étant dans la pièce où les Cènes avaient été célébrées, accompagnée de saint Jean, des Marie et d'autres saintes femmes qui avaient suivi le Sauveur depuis la Galilée, Elle leur parla ainsi qu'à l'Apôtre; Elle les remercia avec larmes et une profonde humilité pour la persévérance avec laquelle ils l'avaient accompagnée dans le cours de la Passion de son très aimant Fils, au Nom de qui Elle leur promettait la récompense de la piété et de l'affection constante avec lesquelles ils L'avaient suivie; et Elle s'offrit aussi comme Servante et Amie de ces saintes femmes. Elles reconnurent toutes ensemble avec saint Jean cette grande faveur et elles lui baisèrent la main lui demandant sa bénédiction. Elles la supplièrent aussi de se reposer un peu et d'accepter quelque réfection corporelle. La Reine répondit: «Mon repos et mon soulagement doit être de voir mon Fils et mon Seigneur ressuscité. Vous autres, mes très chères, satisfaites à votre nécessité comme il convient, pendant que je me retirerai seule avec mon Fils.»

6, 25, 1455. Elle se retira ensuite accompagnée de saint Jean, et étant seule avec lui, Elle se mit à genoux et lui dit: «Il n'est pas raisonnable que j'oublie les Paroles que mon Très Saint Fils m'a dites sur la Croix. Sa bonté vous a nommé pour mon fils et moi pour votre Mère. Vous, seigneur, vous êtes prêtre du Très-Haut; il est raisonnable que je vous obéisse en tout ce que j'aurai à faire, à cause de cette grande dignité, et dès maintenant je veux que vous me commandiez et m'ordonniez, considérant que j'ai toujours été servante et toute ma joie est mise à obéir jusqu'à la mort.» La Reine dit cela avec beaucoup de larmes. Et l'Apôtre lui répondit en pleurant aussi. «Madame et Mère de mon Rédempteur et mon Seigneur, c'est moi qui dois être soumis à Votre obéissance (Luc 2: 51); parce que le nom de fils ne dit pas autorité, mais soumission et sujétion à sa Mère; et Celui qui m'a fait, moi, prêtre, Vous a fait Vous, Sa Mère, et Il a été assujetti à Votre volonté et à Votre obéissance, étant Créateur de tout l'Univers. Il sera raisonnable que je le sois, et que je travaille de toutes mes puissances à correspondre dignement à l'office qu'Il m'a donné de Vous servir comme Votre fils, en quoi je désirais être plutôt Ange qu'homme terrestre pour l'accomplir.» Cette réponse de l'Apôtre était très prudente, mais elle ne suffit pas pour vaincre l'humilité de la Mère des Vertus, car avec cette humilité Elle répliqua et dit: «Mon fils Jean, ma consolation sera de vous obéir comme chef, puisque vous l'êtes. Je dois toujours avoir un supérieur en cette vie, à qui je puisse soumettre ma volonté et mon sentiment, pour cela vous êtes ministre du Très-Haut et vous me devez cette consolation, comme fils, dans mon amère solitude.» «Ma Mère, que Votre volonté se fasse,» répondit saint Jean, «car en elle est ma sécurité.» Et sans répliquer davantage la divine Mère lui demanda permission de demeurer seule dans la méditation des Mystères de son Très Saint Fils; et Elle lui demanda aussi de bien vouloir sortir, afin de préparer quelque réfection pour les femmes qui l'accompagnaient, de les assister et de les consoler. Elle ne réserva que les Marie, parce qu'elles désiraient persévérer dans le jeûne jusqu'à ce qu'elles vissent le Seigneur ressuscité; et saint Jean dit à celles-ci qu'il leur permettait d'accomplir leur dévote affection.

6, 25, 1456. Saint Jean sortit pour consoler les Marie et il exécuta l'ordre que la Dame du Ciel lui avait donné. Après avoir satisfait à leur nécessité, ces pieuses femmes se retirèrent toutes et passèrent cette nuit en de douloureuses et amère méditations de la Passion et des Mystères du Sauveur. La Très Sainte Marie opérait avec cette Science si divine entre les vagues de ses angoisses et de ses douleurs, sans oublier pour cela l'accomplissement de l'obéissance, de l'humilité, de la Charité et de la prévoyance si ponctuelle pour tout ce qui était nécessaire. Elle ne s'oublia pas d'elle-même pour être attentive à la nécessité de ces pieuses disciples et pour celles-ci Elle ne laissa point d'être soigneuse en tout ce qui convenait à sa plus grande perfection. Elle accepta l'abstinence des Marie comme étant plus fortes et plus ferventes dans l'Amour; Elle fit attention à la nécessité des plus faibles. Elle disposa l'Apôtre en l'avertissant de ce qu'il devait faire à son égard et Elle opéra en tout comme grande Maîtresse de la Perfection et Souveraine de la Grâce. Elle fit tout cela quand les eaux de la tribulation avaient inondé jusqu'à son Âme (Ps. 68: 2). Parce qu'en demeurant seule dans sa retraite Elle lâcha le cours impétueux de ses affections douloureuses et Elle se laissa posséder toute entière intérieurement et extérieurement de l'amertume de son Âme, renouvelant les espèces de tous les Mystères et de la Mort ignominieuse de son Très Saint fils; des Mystères de Sa Vie, de Sa prédication et de Ses miracles; de la valeur infinie de la Rédemption des hommes; de la nouvelle Église qu'Il laissait fondée avec tant de beauté, de richesses de Sacrements et de Trésors de grâce; de la félicité incomparable de tout le genre humain, si abondamment et si glorieusement racheté; du sort inestimable des prédestinés qui l'obtiendraient
efficacement; de l'infortune formidable des réprouvés qui se seront rendus volontairement indignes de la gloire éternelle que son Très Saint Fils leur avait méritée.

6, 25, 1457. L'Auguste Dame du Ciel passa toute cette nuit dans la digne pondération de ces sacrements si sublimes et si cachés, pleurant, soupirant, louant, exaltant les Oeuvres de son Fils, Sa Passion, Ses Jugements très cachés et d'autres mystères très sublimes de la divine Sagesse et de la Providence cachée du Seigneur, et Elle faisait sur tous une très sublime méditation comme unique Mère de la véritable Sagesse, conférant parfois avec les saints Anges et d'autres fois avec le Seigneur Lui-même de ce que Sa Lumière divine lui donnait à éprouver dans son Coeur très chaste. Le samedi matin après quatre heures, saint Jean entra désireux de consoler la douloureuse Mère. Et Elle demanda à genoux de lui donner la bénédiction comme prêtre et son supérieur. Son nouveau fils la lui demanda aussi avec larmes et ils se la donnèrent l'un à l'autre. La divine Reine ordonna qu'il sortît aussitôt à la ville où il rencontrerait bientôt saint Pierre qui venait le chercher, et de le recevoir, de le consoler et de l'amener en sa présence, et de faire la même chose à l'égard des autres Apôtres qu'il rencontrerait, leur donnant l'espérance du pardon et leur promettant son amitié. Saint Jean sortit du Cénacle et à peu de pas il rencontra saint Pierre plein de confusion et de larmes, qui allait très craintif en la présence de la grande Dame. Il venait de la grotte où il avait pleuré son reniement, et l'Évangéliste le consola et lui donna quelque soulagement avec l'ambassade de la divine Mère. Ensuite, ils cherchèrent tous deux les autres Apôtres; ils en retrouvèrent quelques-uns et ils allèrent tous ensemble au Cénacle, où était leur Remède. Saint Pierre entra le premier et seul en présence de la Mère de la Grâce et prosterné à ses pieds, il dit avec une grande douleur: «J'ai péché, Madame, j'ai péché devant mon Dieu, j'ai offensé mon Maître et Vous....» Il ne lui fut pas possible d'en dire davantage, opprimé par les larmes, les soupirs et les sanglots qui s'échappaient de l'intime de son coeur affligé.

6, 25, 1458. La Très Prudente Vierge voyant saint Pierre prosterné en terre et le considérant d'un côté, pénitent de sa faute récente, et de l'autre, chef de l'Église, choisi par son Très Saint Fils pour Son Vicaire, il ne lui sembla pas convenable de se prosterner Elle-même aux pieds du Pasteur qui avait renié si peu auparavant son Maître, son humilité ne souffrait pas non plus de manquer de lui rendre la révérence qui lui était due à cause de son office. Afin de satisfaire à ces deux obligations, Elle jugea qu'il convenait de lui rendre révérence et de lui en cacher le motif. Elle se mit pour cela à genoux le révérant par cette action et pour dissimuler son intention Elle lui dit: «Demandons pardon de votre péché à mon Fils et votre Maître.» Elle fit oraison et Elle encouragea l'Apôtre le confortant dans l'espérance et lui rappelant les Oeuvres et les Miséricordes que le Seigneur avaient faites aux pécheurs pénitents et l'obligation qu'il avait comme Chef du Collège Apostolique de confirmer par son exemple tous les autres dans la constance et la confession de la Foi. Avec ces raisons et d'autres d'une grande force et d'une grande douceur, Elle confirma Pierre dans l'espérance du pardon. Les autres Apôtres entrèrent aussi en la présence de la Très Sainte Marie et prosternés aussi à ses pieds, ils lui demandèrent de leur pardonner leur lâcheté d'avoir abandonné son Très Saint Fils dans Sa Passion. Ils pleurèrent tous amèrement leur péché, la présence de la Mère les mouvant à une plus grande douleur, la voyant remplie d'une compassion si lamentable; mais son air si admirable leur causait des effets Divins de contrition de leurs péchés et d'amour de leur Maître. La grande Reine les releva et les ranima, leur promettant le pardon qu'ils désiraient et son intercession pour l'obtenir. Ensuite, ils commencèrent tous à leur tour à raconter ce qui leur était arrivé à chacun dans leur fuite, comme si la divine Dame du Ciel en eût ignoré quelque chose. Elle les écouta tous gracieusement, prenant occasion de ce qu'ils disaient pour leur parler au coeur, les confirmer dans la Foi de leur Rédempteur et leur Maître et de réveiller en eux Son divin Amour. La Très Sainte Marie obtint tout cela efficacement; parce qu'ils sortirent tous de sa présence et de sa conférence justifiés, remplis de ferveur et avec de nouvelles augmentations de grâce.

6, 25, 1459. Notre grande Reine s'occupa à ces oeuvres une partie du samedi. Et lorsqu'il se fit tard, Elle se retira de nouveau dans sa retraite, laissant les Apôtres renouvelés en esprit et remplis de consolation et de joie du Seigneur; mais toujours affligés de la Passion de leur Maître. Dans la retraite de cette nuit la grande Dame tourna tout son esprit vers les Oeuvres que l'Âme très Sainte de son Fils faisait depuis qu'Il était sorti de Son Corps sacré. Parce que dès lors la Bienheureuse Mère connut comment cette Âme de Jésus-Christ unie à la Divinité descendait au Limbe des saints Pères pour les tirer de cette prison souterraine où ils étaient détenus, depuis le premier juste qui mourut dans le monde, attendant la venue du Rédempteur Universel des hommes. Pour déclarer ce Mystère qui est un
des Articles de la sainte Humanité de Notre-Seigneur Jésus-Christ, il m'a paru à propos de donner connaissance de ce qui m'a été donnée à entendre sur ce lieu du Limbe et son site. Je dis donc que la terre et son globe a deux mille cinq cent deux lieues [a] de diamètre, passant par le centre d'une superficie à l'autre; et jusqu'à la moitié qui est le centre, il y en a mille deux cent cinquante et une; et d'après le diamètre on doit mesurer la circonférence de ce globe. L'enfer des damnés est dans le centre, comme dans le coeur de la terre; et cet enfer est une caverne ou un chaos qui contient plusieurs demeures ténébreuses, avec des diversités de peines, toutes formidables et épouvantables, et de toutes ces demeures il se forme un globe de la manière d'un chaudron d'une grandeur immense, avec une bouche ou entrée très large et très spacieuse. Les démons et tous les damnés étaient dans ce cachot horrible, et ils y seront pour toute l'éternité, tant que Dieu sera Dieu; parce que dans l'enfer il n'y a aucune rédemption (Matt. 25: 41).

6, 25, 1460. A l'un des côtés de l'enfer est le Purgatoire où les âmes des justes se purgent et se purifient, lorsqu'en cette vie ils n'achevèrent point de satisfaire pour leurs péchés et n'en sortirent point aussi purs de leurs défauts qu'ils pussent arriver immédiatement à la Vision Béatifique. Cette caverne est grande aussi, mais beaucoup moins que l'enfer; et quoiqu'il y ait de grandes peines dans le Purgatoire, elles n'ont point de communication avec l'enfer des damnés. Le Limbe est d'un autre côté avec deux demeures différentes. L'une pour les enfants qui meurent sans baptême, avec le seul péché originel, et sans oeuvre du propre arbitre, ni bonne ni mauvaise. L'autre servait pour déposer les âmes des justes déjà purifiées de leurs péchés; parce qu'elles ne pouvaient entrer dans le Ciel, ni jouir de Dieu jusqu'à ce que la Rédemption humaine fût accomplie et que Notre-Seigneur Jésus-Christ ouvrît les portes que le péché d'Adam avait fermées. Cette caverne du Limbe est moindre aussi que l'enfer et ne communique pas avec lui; elle n'a point non plus les peines du sens comme le Purgatoire; parce que les âmes y arrivaient du Purgatoire déjà purifiées et elles étaient seulement privées de la Vision Béatifique, qui est la peine du "dam"; et il y avait là tous ceux qui étaient morts en état de grâce jusqu'au moment où mourut le Sauveur. C'est dans ce lieu du Limbe que son Âme très Sainte descendit avec la Divinité et ce que nous exprimons quand nous disons qu'Il est descendu aux enfers; car ce nom enfers signifie toute partie de ces lieux inférieurs qui sont dans le plus profond de la terre; quoique selon la manière ordinaire de parler nous entendons ordinairement par le nom de Ciel l'empyrée où sont les saints et où ils demeureront pour toujours, comme les damnés dans l'enfer; toutefois le Limbe et le Purgatoire ont d'autres noms particuliers. Après le jugement final il n'y aura que le Ciel et l'enfer qui seront habités; parce que le Purgatoire ne sera plus nécessaire; et tous les enfants doivent sortir du Limbe pour une autre habitation différente.

6, 25, 1461. L'Âme très Sainte de Jésus-Christ arriva à cette caverne du Limbe accompagné d'une multitude innombrable d'Anges qui Le louaient et Lui donnaient Gloire, Force et Divinité (Apoc. 5: 13) comme à leur Roi victorieux et triomphateur. Et pour représenter Sa grandeur et Sa Majesté, ils commandaient que les portes (Ps. 23: 9) de cette antique prison s'ouvrissent, afin que le Roi de la Gloire, puissant dans les combats et le Seigneur des Vertus les trouvât franches et patentes à Son entrée. En vertu de ce commandement, quelques cailloux [b] du chemin se brisèrent et se rompirent, quoique ce n'eût pas été nécessaire pour que le Roi de la gloire et Sa milice y entrassent, car ils étaient tous des esprits très subtils. Par la présence de l'Âme très Sainte, cette caverne obscure fut changée en Ciel, parce qu'elle fut toute remplie d'une splendeur admirable, et les âmes des Justes qui y étaient furent béatifiés par la claire vision de la Divinité et elles passèrent en un instant de l'état d'une attente si longue à la possession éternelle de la Gloire, et des ténèbres à la Lumière inaccessible dont elles jouissent maintenant, elles reconnurent toutes leur Dieu et leur Rédempteur véritable, et Lui rendirent des actions de grâces et des louanges par des cantiques nouveaux disant (Apoc. 5: 12 et 9): L'Agneau qui fut mort est digne de recevoir la divinité, la vertu et la force. Tu nous a rachetés par ton sang, Seigneur, de toutes les tribus, de tous les peuples et de toutes les nations et tu as fait de nous un royaume pour notre Dieu et nous régnerons. A toi, Seigneur, appartiennent la puissance, le règne et la gloire de tes oeuvres.» Sa Majesté commanda aux Anges de tirer du Purgatoire toutes les âmes qui y étaient dans la souffrance et elles furent toutes amenées en Sa Présence [c] à l'instant. Et elles furent absoute des peines qu'il leur restait à souffrir comme en étrennes de la Rédemption des hommes, par le Rédempteur même, et elles furent glorifiées comme les autres âmes des Justes par la Vision Béatifique. De manière que les deux prisons du Limbe et du Purgatoire demeurèrent désertes en ce jour en la présence du Roi.

6, 25, 1462. Ce jour ne fut terrible que pour l'enfer des damnés; parce que ce fut une disposition du Très-Haut que tous connussent et sentissent la descente
du Rédempteur au Limbe, et que les saints Pères et les Justes connussent aussi la terreur que ce Mystère imposa aux démons et aux damnés. Les démons étaient atterrés et opprimés par la ruine qu'ils avaient soufferte sur le mont Calvaire, comme je l'ai déjà dit; et comme ils entendirent de la manière qu'ils parlent et entendent, les voix des Anges qui allaient au devant de leur Roi au Limbe, ils se troublaient et s'épouvantaient de nouveau; et comme des serpents quand ils sont persécutés, ils se cachaient et se collaient aux cavernes infernales les plus reculées. Il survint aux damnés confusion sur confusion, connaissant leurs erreurs avec un plus grand désespoir, et qu'ils avaient perdu la Rédemption dont les Justes avaient profité. Et comme Judas et le mauvais larron étaient beaucoup plus signalés dans cette infortune et qu'ils étaient tombés dans l'enfer plus récemment, leur tourment fut aussi plus grand et les démons s'indignèrent plus contre eux; et les malins esprits se proposèrent autant qu'il dépendait d'eux de poursuivre et de tourmenter davantage les Chrétiens qui avaient professé la Foi Catholique et ceux qui l'avaient niée ou abandonnée et de leur donner un plus grand tourment; parce qu'ils jugeaient que ceux-là méritaient de plus grandes peines que les infidèles à qui la Foi n'avait pas été prêchée.

6, 25, 1463. De sa retraite, la grande Dame de L'Univers eut une vision [d] et une connaissance singulière de tous ces Mystères et d'autres secrets que je ne peux déclarer. Et quoique cette connaissance lui causât une joie admirable dans la portion ou la partie supérieure de l'esprit où Elle la recevait, Elle n'y participa point dans son corps Virginal ni dans ses sens et la partie sensitive, comme cette joie eût pu naturellement redonder en elle. Bien au contraire, lorsqu'Elle sentit que cette jubilation s'étendait à la partie inférieure de son Âme, Elle demanda au Père Éternel de lui suspendre cette redondance, parce qu'Elle ne voulait point la recevoir dans son corps pendant que celui de son Fils était dans le sépulcre et qu'il n'était pas glorifié. Si fidèle et si attentif fut l'Amour de la prudente Mère envers son Fils et son Seigneur, comme Image vivante, adéquate et parfaite de cette Humanité unie à la Divinité. Et avec cette délicatesse attentive Elle demeura remplie de joie dans son Âme, et de douleurs et d'angoisses dans son corps, de la manière qu'il arriva en notre Sauveur Jésus-Christ. Dans cette vision, Elle fit des cantiques de louange, exaltant le mystère de ce triomphe et la Providence très sage et très aimante du Rédempteur, qui voulut, comme Père amoureux et Roi tout-puissant, descendre prendre possession par Lui-même de ce nouveau royaume que Son Père Lui avait livré de Ses propres mains; et Il voulut les racheter par Sa
Présence, afin qu'ils commençassent à jouir en Lui-même de la récompense qu'Il leur avait méritée. Pour toutes ces raisons et les autres qu'Elle connaissait de ce sacrement Elle se réjouissait et Elle glorifiait le Seigneur, comme Coadjutrice et Mère du Triomphateur.

DOCTRINE QUE ME DONNA LA REINE DU CIEL,
LA TRÈS SAINTE MARIE.

6, 25, 1464. Ma fille, sois attentive à l'enseignement de ce chapitre, comme étant plus légitime et plus nécessaire pour toi dans l'état où le Très-Haut t'a placée et pour ce que je veux de toi en correspondance de Son Amour. Ce doit être que tu ne perdes jamais l'attention et la vue du Seigneur dans l'intime et le suprême de ton âme, au milieu de tes oeuvres, de tes exercices et de la communication avec les créatures, que ce soit comme supérieure ou comme sujette, en gouvernant et en commandant ou en obéissant, pour aucune de ces occupations ou d'autres extérieures, et qu'elles ne te distraient point de la Lumière du Saint-Esprit qui t'assistera de Son incessante communication; car mon Très Saint Fils veut voir dans le secret de ton coeur ces sentiers qui demeurent cachés au démon et auxquels les passions n'arrivent point; parce qu'ils guident au sanctuaire où n'entre que le Grand Prêtre (Héb. 9: 7), et où l'âme jouit des embrassements cachés du Roi et de l'Époux, où entièrement désoccupée elle Lui prépare le lit nuptial de Son repos. Là tu trouveras ton Seigneur propice, le Très-Haut libéral, ton Créateur miséricordieux et ton doux Époux et ton Rédempteur amoureux: tu ne craindras pas la puissance des ténèbres, ni les effets du péché que l'on ignore dans cette région de Lumière et de Vérité. Mais l'amour désordonné du visible aussi bien que les négligences dans l'accomplissement de la Loi divine ferment ces voies; toute dépendance et tout désordre des passions les embarrassent, toute attention inutile les empêche, et beaucoup plus l'inquiétude de l'âme et de ne point garder la sérénité et la paix intérieure; car l'âme est requise tout entière, seule, pure et débarrassée de ce qui n'est pas vérité et lumière.

6, 25, 1465. Tu as bien compris et bien expérimenté cette Doctrine, et outre cela je te l'ai manifestée en pratique comme dans un Miroir très clair. La manière d'opérer que j'avais parmi les douleurs, les angoisses et les afflictions de la Passion de mon Très Saint Fils; et parmi des sollicitudes, l'attention, les occupations et le dévouement avec lequel je m'occupai de l'enterrement, des saintes femmes, des Apôtres; et tu as connu en tout le reste de ma vie la même exactitude à joindre ces opérations avec celles de mon esprit, sans qu'elles ne s'opposassent, ni ne s'empêchassent entre elles. Donc pour m'imiter dans cette manière d'opérer comme je le veux de toi, il faut que tu ne reçoives dans ton coeur aucune affection qui t'empêche, ni aucune attention qui te divertisse de ton intérieur, et cela ni pour l'entretien nécessaire avec les créatures, ni pour le travail de ton état, ni pour les peines de la vie de cet exil, ni pour les tentations et la malice du démon. Et je t'avertis, ma très chère, que si tu n'es pas très vigilante dans ce soin, tu perdras beaucoup de temps et des Bienfaits infinis et extraordinaires; tu frustreras les Fins très sublimes et très saintes du Seigneur; tu me contristeras, moi ainsi que les Anges, car nous voulons tous que ta conversation soit avec nous; tu perdras la quiétude de ton esprit, plusieurs degrés de grâce et les accroissements de l'Amour divin que tu désires, et enfin une récompense très copieuse dans le Ciel. Il t'importe autant que cela de m'écouter et de m'obéir en ce que je t'enseigne avec une bonté maternelle. Considère-le, ma fille, pèse-le, et sois attentive à mes paroles dans ton intérieur, afin que tu les mettes en oeuvre par mon intercession et la grâce Divine. Sache m'imiter de même dans la fidélité de l'Amour avec laquelle j'évitai la jouissance et la jubilation pour imiter mon Seigneur et mon Maître, et à Le louer pour cela et pour le Bienfait qu'Il fit aux Saints du Limbe, Son Âme très Sainte descendant les racheter et les remplir de joie par Sa vue, car toutes ces Oeuvres furent des effets de Son Amour infini.

NOTES EXPLICATIVES
Extraites de celles de Don Creseto, à l'usage des prêtres.
6, 25, [a]. La différence entre la mesure du rayon terrestre des astronomes et des géologues modernes d'après Cantin et celle de la Vénérable ne serait que de
vingt lieues, ce qui en matière si vaste et encore si incertaine selon les modernes eux-mêmes, ne serait rien du tout.
6, 25, [b]. Le brisement des rochers marque la présence de la Divinité, dit le P. Sylveira, [l. s, c. 19, q. 6]: «Scissio petrarum signus est Divinitatis.» Aussi à la Mort du Sauveur les pierres se sont rompues.
6, 25, ]c]. Que toutes les âmes du purgatoire aient été délivrées de leurs peines à la descente de Jésus-Christ dans l'enfer, c'est la sentence de plusieurs saints Pères et saint Docteurs. Saint Grégoire assure que Jésus-Christ en descendant dans les enfers délivra tous Ses élus, [lib. VIII, mor. 20]. Et saint Augustin dit qu'Il ne laissa aucun de Ses élus dans les enfers, [Serm. 137 de Temp.]. Et saint Anselme [in Elucid.]: «Le Roi de gloire les a tous absous et les a fait entrer dans la gloire.» Voir A. Lapide [in Oseam, XIII, 14 et in Ecclesiastic XXIV, 45].
6, 25, [d]. «La Bienheureuse Mère du Seigneur avait l'esprit tellement illuminé et fixé dans L'Entendement divin que lorsqu'Elle contemplait son Fils bien-aimé, Elle voyait toujours tous les actes que ce Fils précieux faisait Lui-même dans le Limbe, en dehors du Limbe et dans sa propre Résurrection.» Saint Bernardin, [t. III, Serm. XLVIII, in diae Paschae].
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Message par sga le Ven 29 Nov 2019 - 12:47

CHAPITRE 26


La Résurrection de Notre-Seigneur Jésus-Christ; l'apparition qu'Il fit à Sa Très Sainte Mère avec les saints Pères du Limbe.


6, 26, 1466. L'Âme très Sainte de notre Sauveur Jésus-Christ demeura dans le Limbe depuis trois heures et demie du vendredi soir jusqu'à trois heures du matin du dimanche suivant. A cette heure Il revint au sépulcre, accompagné comme Prince victorieux des mêmes Anges qu'Il avait amenés et des Saints qu'Il avait rachetés de ces prisons inférieures, comme dépouilles de Sa victoire et gages de Son glorieux triomphe, laissant Ses ennemis rebelles châtiés et consternés. Dans le sépulcre il y avait beaucoup d'Anges qui Le gardaient en vénérant le Corps sacré uni à la Divinité. Et par le commandement de leur Reine et de leur Maîtresse, quelques-uns d'entre eux avaient recueilli les reliques du Sang que son Très Saint Fils avaient répandu, les lambeaux de chair qui Lui avaient été déchirés de Ses plaies, les cheveux et la barbe qu'Ils Lui avaient arrachés de Sa Face et de Sa Tête, et tout le reste qui appartenait à l'ornement et à la parfaite intégrité [a] de Son Humanité très Sainte. La Mère de la Prudence prit soin de tout cela. Et les Anges gardaient ces reliques, chacun étant joyeux de la part qui lui était échu en sort de recueillir. Et avant de faire aucune autre chose, le Corps du Rédempteur fut manifesté aux saints Pères, et ils le virent blessé, frappé, défiguré, comme la cruauté des Juifs L'avait mis. Et Le reconnaissant ainsi mort, tous les Patriarches et les Prophètes L'adorèrent; et ils confessèrent de nouveau comment le Verbe fait homme avait véritablement pris sur Lui nos infirmités et nos douleurs (Is. 53: 4), et avait payé avec excès notre dette en satisfaisant à la Justice du Père Éternel pour ce que nous avions mérité, Sa Majesté étant très innocent et sans tache. Nos premiers parents Adam et Ève virent là le ravage qu'avait fait leur désobéissance, le remède coûteux qu'elle avait eu, et la Bonté immense du Rédempteur et Sa grande Miséricorde. Les Patriarches et les Prophètes reconnurent et virent accomplies leurs prophéties et les espérances des Promesses divines. Et comme ils sentaient dans la gloire de leurs âmes l'effet de la Rédemption abondante, ils louèrent de nouveau le Tout-Puissant et Le Saint des saints qui l'avait opérée avec un ordre si merveilleux de Sa Sagesse.

6, 26, 1467. Après cela, toutes les parties et les reliques qui avaient été recueillies par le ministère des Anges furent restituées au Corps sacré défunt, à la vue de tous les Saints, le laissant avec son intégrité et sa perfection naturelle. Au même instant l'Âme très Sainte du Seigneur se réunit à Son Corps et Il lui donna conjointement une Vie et une Gloire Immortelles. Et Il demeura vêtu des quatre dotes de gloire: la "clarté", "l'impassibilité", "l'agilité" et la "subtilité", au lieu du linceul et des onctions avec lesquels ils L'avaient enterré. Ces dotes redondaient dans le Corps déifié de la gloire immense de l'Âme du Christ, notre Bien-Aimé Sauveur. Et quoiqu'elles Lui eussent été dues comme par héritage et participation naturelle dès l'instant de Sa Conception, parce que Son Âme très Sainte fut dès
lors glorifiée et toute cette Humanité très innocente était unie à la Divinité; mais elles Lui furent alors suspendues, sans redonder dans Son Corps très pur, pour Le laisser passible, afin qu'Il méritât notre gloire, Se privant de celle de Son Corps, comme je l'ai dit en son lieu [b]. Et ces dotes Lui furent restituées en la Résurrection, dans le degré et la proportion qui correspondaient à la gloire de Son Âme et à l'union qu'Elle avait avec la Divinité. Et comme la gloire de l'Âme très Sainte de Jésus-Christ est ineffable et incompréhensible pour notre capacité, il est impossible aussi d'expliquer entièrement par des paroles et des exemples la gloire et les dotes de Son Corps divinisé; parce qu'à l'égard de Sa pureté le cristal est obscur. La lumière qu'Il contenait et émettait surpasse celles des autres corps glorieux, comme le jour surpasse la nuit et plus que mille soleils, une étoile; et si toute la beauté des créatures était jointe en une seule, elle paraîtrait une laideur en Sa comparaison, et il n'y a rien de semblable à Elle en tout l'Univers.

6, 26, 1468. La gloire de ces dotes excéda grandement dans la Résurrection la gloire qu'elles eurent dans la transfiguration et en d'autres circonstances où Notre-Seigneur Jésus-Christ Se transfigura comme il a été dit dans le cours de cette Histoire [c], parce qu'alors Il ne la recevait qu'en passant et comme il convenait à la fin pour laquelle Il Se transfigurait, tandis que maintenant Il l'avait avec plénitude pour en jouir éternellement. Par "l'impassibilité" Il demeura invincible à tout pouvoir créé; parce qu'aucune puissance ne pouvait ni Le changer, ni L'altérer. Par la "subtilité" la matière épaisse et terrestre demeura si purifié qu'elle pouvait sans résistance des autres corps, se pénétrer, avec eux, comme si elle eût été un esprit incorporel; et notre Sauveur pénétra ainsi la pierre du sépulcre, sans la mouvoir ni la diviser, de la même manière qu'Il était sorti du sein Virginal de Sa Très Pure Mère. "L'agilité" Le laissa si libre du poids et de la lenteur de la matière qu'il surpassait celle qu'ont les Anges immatériels et Il pouvait Se mouvoir par Lui-même d'un lieu à un autre avec plus de promptitude qu'eux, comme Il le fit dans les apparitions des Apôtres et en d'autres occasions. Les Plaies sacrées qui déformaient auparavant Son Corps très Saint demeurèrent dans les Pieds, les Mains et le Côté si belles, si resplendissantes et si brillantes qu'elles Le rendaient plus beau et plus gracieux, par un mode de variété admirable. Notre Seigneur Se leva du sépulcre avec toute cette gloire et cette beauté. Et Il promit à tout le genre humain en présence des Saints et des Patriarches, la Résurrection Universelle comme un effet de la Sienne, dans la même chair et le même corps de chacun des mortels, et qu'en elle les Justes seraient glorifiés. Et en gage de cette promesse et comme en arrhes de la Résurrection Universelle, Sa Majesté commanda aux âmes de plusieurs Saints qui étaient là de se réunir à leurs corps et de les ressusciter pour la Vie Immortelle. Ce commandement Divin fut exécuté à l'instant et les corps ressuscitèrent, ce que saint Matthieu rapporte (Matt. 27: 52) en anticipant le mystère [d]. De ce nombre furent sainte Anne, saint Joachim et saint Joseph, et d'autres anciens Pères et Patriarches qui furent plus distingués dans la foi et l'espérance de l'Incarnation et qui désirèrent et demandèrent le Seigneur avec de plus grandes anxiétés. Et la résurrection et la gloire de leurs corps fut avancée en retour de ces oeuvres.
6, 26, 1469. Oh! combien ce Lion de Juda, ce Fils de David Se manifestait puissant et admirable! victorieux et fort (Ps. 3: 6)! Personne ne se débarrassa plus promptement du sommeil que le Christ de la mort. Ensuite à Sa voix impérieuse les os secs et épars de ces défunts vieillis se joignirent, et leur chair qui était changée en poussière se renouvela et unie avec les os, fut restauré l'être antique, le tout s'améliorant par les dotes de la gloire que le corps participait de l'âme glorifiée qui lui donnait la Vie. Tous ces Saints furent ressuscités en un instant, et en compagnie de leur Réparateur ils étaient plus lumineux et plus resplendissants que le soleil même, purs, beaux, transparents et légers pour Le suivre partout: nous assurant par leur bonne fortune, dans l'espérance que nous verrons notre Rédempteur dans notre propre chair, avec nos yeux et non avec d'autres, comme Job le prophétisa (Job 19: 25-27) pour notre consolation. L'Auguste Reine du Ciel connaissait tous ces mystères, et Elle y participait par la vision qu'Elle en avait dans le Cénacle. Et au même instant que l'Âme très Sainte de Jésus-Christ était entrée dans Son Corps divinisé et lui avait donné la Vie, correspondit dans celui de la Très Pure Mère la communication de la joie que j'ai dite, dans le chapitre précédent, être retenue dans son Âme très Sainte et comme réprimée en Elle en attendant la Résurrection de son Fils. Et ce Bienfait fut si excellent qu'il la laissa toute transformée de la peine en joie, de la tristesse en allégresse et de la douleur en une jubilation et un repos ineffables. En cette occasion il arriva que l'Évangéliste saint Jean alla la visiter, comme il l'avait fait la veille, afin de la consoler dans son amère solitude, et il trouva inopinément remplie de splendeur et de signes de gloire Celle qui peu auparavant était à peine reconnaissable à cause de sa tristesse. Le saint Apôtre fut dans l'admiration et l'ayant regardée avec une grande révérence, il jugea que le Seigneur devait être déjà ressuscité, puisque Sa divine Mère était renouvelée dans l'allégresse.

6, 26, 1470. Avec cette jubilation nouvelle et les opérations si Divines que la Dame du Ciel faisait dans la vision de ces augustes Mystères, Elle commença à se disposer pour la visite qui était déjà très proche. Et au milieu des louanges, des cantiques et des prières que notre Reine faisait, Elle sentit aussitôt une autre nouveauté en Elle-même, outre la joie qu'Elle avait, et c'était un genre de jubilation et de soulagement célestes, correspondant d'une manière admirable aux douleurs et aux tribulations qu'elle avait ressenties dans la Passion; et ce Bienfait était différent et plus sublime que la redondance de la joie qui résultait comme naturellement de son Âme dans son corps. Après ces effets admirables Elle éprouva soudain un troisième Bienfait différent qui lui était donné par des faveurs nouvelles et Divines. Elle sentit pour cela qu'une nouvelle Lumière de la qualité de celle qui précède la Vision Béatifique lui était infuse; et je ne m'arrête point à expliquer cette Lumière, puisque je l'ai fait en parlant de cette matière dans la première partie [e]. J'ajoute seulement en cette seconde partie que la Reine reçut ces Bienfaits en cette circonstance avec plus d'abondance et d'excellence que dans les autres; parce que la Passion de son Très Saint Fils et les mérites qu'Elle y acquit avaient précédé: et la consolation que la divine Mère reçut de la main de son Fils tout-puissant correspondait à la multitude de ses douleurs.

6, 26, 1471. La Très Saint Marie étant ainsi préparée, notre Sauveur Jésus-Christ entra ressuscité et glorieux [f] accompagné de tous les Saints et les Patriarches. La Reine toujours humble se prosterna en terre et adora son Très Saint Fils: Sa Majesté la releva et l'approcha de Lui-même. Et par ce contact plus grand que celui que demandait la Magdeleine (Jean 20: 17) de l'Humanité et des Plaies très Saintes du Christ, la Mère-Vierge reçut une faveur extraordinaire qu'Elle seule méritait, comme exempte de la Loi du péché. Et quoique ce ne fût pas la plus grande des faveurs qu'elle reçut en cette circonstance, néanmoins il ne lui eut pas été possible de la recevoir si Elle n'eût été conforté par les Anges et le Seigneur Lui-même, afin que ses puissances ne défaillissent point. Ce Bienfait fut que le corps glorieux du Fils renferma en soi-même celui de Sa Très Pure Mère, Se pénétrant avec Elle ou la pénétrant avec Lui, comme si un globe de cristal eût eu au-dedans de soi, le soleil qui l'eût tout rempli de splendeur et de beauté par sa lumière. Ainsi le corps de la Très Sainte Marie demeura uni à Celui de son fils par le moyen de ce contact très Divin, qui fut comme une porte pour entrer à connaître la gloire de l'Âme et du Corps très Saints du même Seigneur. Par ces faveurs, comme par des degrés de Dons ineffables, l'esprit de la grande Dame du Ciel allait en montant à la connaissance de sacrements très occultes. Et étant dans ces degrés, Elle entendit une voix qui lui disait: «Mon Amie, monte plus haut (Luc 14: 10).» En vertu de cette voix, Elle demeura toute transformée et Elle vit la Divinité intuitivement et clairement [g] où Elle trouva le repos et la récompense, quoiqu'en passant, de toutes ses afflictions et de toutes ses douleurs. Ici le silence est forcé, où manquent tout à fait les paroles et le talent pour dire ce qui se passa pour la Très Sainte Marie dans cette Vision Béatifique qui fut la plus haute et la plus Divine qu'Elle avait eue jusqu'alors. Célébrons ce jour avec des louanges d'admiration, des félicitations, un amour et des actions de grâces très humbles, de ce qu'Elle fut si exaltée, de tout ce dont Elle a joui, et de ce qu'Elle a mérité pour nous.

6, 26, 1472. La divine Princesse jouit de l'Être de Dieu avec son Très Saint Fils pendant quelques heures, participant à Sa gloire comme Elle avait participé à Ses tourments. Ensuite Elle descendit de cette vision par les mêmes degrés qu'Elle y était montée; et à la fin de cette faveur Elle demeura de nouveau inclinée sur le bras droit de l'Humanité très Sainte et caressée d'une autre manière par la droite de Sa Divinité (Cant. 2: 6). Elle eut de très doux colloques avec son propre Fils sur les Mystères très sublimes de Sa Passion et de Sa gloire. Et dans ces conférences Elle demeura de nouveau enivrée du Vin de la Charité et de l'Amour qu'Elle but sans mesure dans leur propre source. Tout ce que peut recevoir une pure Créature fut donné abondamment à la Très Pure Marie dans cette circonstance; parce que, selon notre manière de concevoir, l'Équité divine voulut récompenser le préjudice pour ainsi dire, [je dis ainsi, ne pouvant m'expliquer mieux] qu'une Créature si pure et sans tache de péché avait reçu, en souffrant les douleurs et les tourments de la Passion qui étaient les mêmes que Notre-Seigneur Jésus-Christ souffrit comme je l'ai déjà dit plusieurs fois. Et la joie et la faveur dans ce Mystère correspondirent aux peines que la divine Mère avait souffertes.
6, 26, 1473. Après tout cela, l'Auguste Dame du Ciel, toujours dans un état très sublime, se tourna vers les saints Prophètes et les Justes qui étaient là, les reconnut tous et chacun individuellement, selon leur ordre, leur parla respectivement se réjouissant et louant le Tout-Puissant de ce que chacun avait opéré par Sa libérale Miséricorde. Elle eut une joie singulière et Elle parla en particulier avec sainte Anne, saint Joachim, son époux Joseph et le Baptiste; et ensuite avec les Patriarches et les Prophètes et nos premiers parents Adam et Ève. Et ils se prosternèrent tous ensemble devant la divine Dame, la reconnaissant la Mère du Rédempteur du monde, la cause de leur remède et la Coadjutrice de leur Rédemption; et comme telle ils voulurent l'adorer [h] avec un culte et une vénération digne d'Elle, la Sagesse divine le disposant ainsi. Mais la Reine des vertus et la Maîtresse de l'humilité se prosterna en terre et rendit aux Saints la révérence qui leur était due, et le Seigneur le permit, parce que les Saints quoiqu'inférieurs dans la grâce, étaient supérieurs dans l'état de Bienheureux, avec une gloire inamissible et éternelle; et la Mère de la grâce demeurait en vie mortelle et Voyageuse et Elle n'était pas arrivée à l'état de Compréhenseurs. La conférence se continua avec les saints Pères en présence de notre Sauveur Jésus-Christ. Et la Très Sainte Marie convia tous les Anges et les Saints qui y assistaient, à louer le Triomphateur de la mort, du péché et de l'enfer, et ils Lui chantèrent tous des cantiques nouveaux, des psaumes, des hymnes de gloire et de magnificence; et avec cela arriva l'heure où le Sauveur ressuscité fit d'autres apparitions comme je le dirai dans le chapitre suivant

DOCTRINE QUE ME DONNA L'AUGUSTE MAÎTRESSE,
LA TRÈS SAINTE MARIE.

6, 26, 1474. Ma fille, réjouis-toi dans le souci même que tu as de ce que tes paroles n'arrivent pas à expliquer ce que ton intérieur connaît de ces Mystères si hauts que tu as écrits. C'est la victoire de la créature et la gloire du Très-Haut, de se donner pour vaincue par la grandeur de sacrements aussi Augustes que ceux-ci; et l'on peut beaucoup moins les pénétrer dans la chair mortelle. Je sentis les douleurs de la Passion de mon Très Saint Fils; et quoique je ne perdisse point la vie, j'expérimentai mystérieusement les douleurs de la mort; et à ce genre de mort correspondit en moi une autre résurrection mystique et admirable à un état de grâces et d'opérations plus élevées. Et comme l'Être de Dieu est infini, quoique la créature en participe beaucoup, néanmoins il lui reste toujours plus à entendre, à aimer et à jouir. Et quoiqu'à l'aide du raisonnement, tu puisses maintenant découvrir quelque chose de la gloire de mon Seigneur Jésus-Christ, de la mienne et de celle des Saints en repassant les dotes du Corps glorieux, je veux te proposer la règle par laquelle tu peux de là passer à celles de l'âme. Tu sais déjà que les dotes de l'âme sont la "vision", la "compréhension" et la "jouissance". Celles du corps sont celles que tu as répétées: la "clarté", "l'impassibilité", la "subtilité" et "l'agilité".

6, 26, 1475. A toutes ces dotes correspond quelque accroissement pour toute bonne oeuvre méritoire que fait celui qui est en grâce, quand ce ne serait que de mouvoir une paille pour l'amour de Dieu ou de donner un verre d'eau (Matt. 10: 42). Par chacune de ces oeuvres minimes, la créatures acquiert pour quand elle sera bienheureuse une plus grande clarté que celle de plusieurs soleils. Et dans l'impassibilité, elle s'éloigne de la corruption humaine et terrestre, plus que toutes les diligences et les forces des créatures ne peuvent lui résister et plus qu'elles ne peuvent éloigner d'elles ce qui peut les altérer ou les offenser. Dans la subtilité elle s'avance jusqu'à être supérieure à tout ce qui peut lui résister et elle acquiert une nouvelle vertu sur tout ce qu'elle veut pénétrer. Dans la dote de l'agilité, à chaque oeuvre méritoire, il lui correspond plus de puissance pour se mouvoir que n'ont les oiseaux, les vents et toutes les créatures actives, comme le feu et les autres éléments pour se diriger vers leur centre naturel. Par l'accroissement que l'on mérite dans les dotes du corps, tu comprendras l'accroissement qu'on les dotes de l'âme auxquelles elles correspondent et desquelles elles se dérivent. Parce que tout mérite acquiert une plus grande clarté dans la Vision Béatifique et une plus grande connaissance des Attributs et des Perfections divines que n'en ont acquis en cette vie mortelle tous les Docteurs et les savants, qui ont brillé dans l'Église. La dote de la compréhension ou possession et de la fermeté avec laquelle on comprend ce Bien infini et souverain, il est concédé au Juste une nouvelle sécurité et un repos plus estimable que s'il possédait tout le plus précieux et le plus riche, tout le plus désirable et le plus appétible des créatures, lors même qu'il posséderait le tout sans crainte de le perdre. Dans la dote de la jouissance qui est la troisième de l'âme pour l'amour avec lequel elle fait cette petite oeuvre, il lui est accordé pour récompense dans le Ciel des degrés si excellents d'Amour jouissant que la plus grande affection pour les choses visibles que les hommes ont dans cette vie ne pourra jamais arriver à être comparée avec cet accroissement, et la joie qui en résulte n'a aucune comparaison avec tout ce qu'il y a dans cette vie mortelle.

6, 26, 1476. Maintenant, ma fille, élève cette considération; et de ces récompenses si admirables qui correspondent à une seule oeuvre faite pour Dieu, pèse bien quelle sera la récompense des Saints qui ont fait pour l'amour de Dieu tant d'oeuvres si héroïques et si magnifiques, et qui ont souffert des tourments et des martyres si cruels, comme la Sainte Église le connaît. Et si cela arrive dans les Saints, purs hommes et sujets à des péchés et à des imperfections qui retardent le mérite, considère avec toute la hauteur que tu pourras, quelle sera l'élévation de mon Très Saint Fils, et tu sentiras combien la capacité humaine est limitée, surtout dans la vie mortelle, pour comprendre dignement ce mystère, et pour se faire un concept proportionné à une grandeur si immense. L'Âme très Sainte de mon Seigneur était unie substantiellement à la Divinité dans Sa Personne divine par l'union hypostatique, néanmoins les Oeuvres qu'Il fit ensuite pendant trente-trois ans, naissant dans la pauvreté, vivant dans les travaux, aimant comme Voyageur, prêchant, enseignant, souffrant, méritant, rachetant tout le genre humain, fondant l'Église et tout ce que la Foi Catholique enseigne, ces Oeuvres méritèrent la gloire du Corps très pur de mon Fils, et celle-ci correspond à celle de l'Âme et tout est ineffable et d'une grandeur immense, réservé pour être manifesté dans la Vie Éternelle. Et en correspondance de mon Fils et mon Seigneur, le bras du Tout-Puissant fit envers moi des Oeuvres magnifiques dans l'être de pure Créature, avec lesquelles j'oubliai aussitôt les travaux et les douleurs de la Passion. Et la même chose arriva aux Pères du Limbe, et elle arrive aux autres Saints quand ils reçoivent leur récompense. J'oubliai l'amertume et le travail que j'avais soufferts, parce que la jouissance souveraine bannit la peine; mais je ne perdis jamais de vue ce que mon Fils avait enduré pour le genre humain.

NOTES EXPLICATIVES

Extraites de celles de Don Creseto, à l'usage des prêtres.

6, 26, [a]. Saint Thomas dit que Jésus-Christ ressuscitant reprit toutes les particules de Son Corps qui appartenaient à la vérité et à l'intégrité de la nature
humaine: et parmi ces parties il note la chair, les os, le sang, les cheveux, etc. [3 p., q. 54, a. 2].
6, 26, [b]. Livre 3, No. 147.
6, 26, [c]. Livre 4, No. 695; Livre 5, No. 851; Livre 6, No. 1099.
6, 26, [d]. A la Mort du Sauveur, les sépulcres de plusieurs s'ouvrirent; mais leurs corps ne ressuscitèrent que le troisième jour après que Jésus-Christ fut ressuscité, car ce divin Sauveur devait être le premier à entrer dans la Vie immortelle, et il est appelé pour cette raison les prémices de ceux qui dorment: Primitiae dormientium. [1 Cor. 15: 20].
6, 26, [e]. Livre 2, No. 623.
6, 26, [f]. Saint Marc dit que le Sauveur apparut d'abord à Marie Magdeleine; car il parlait des apparitions faites à ceux qui vacillaient dans la Foi. Or, la Magdeleine fut avant les Apôtres en cela. Baronius dit [ad ann. Chris. 34, no. 183]: «La tradition des anciens et des siècles subséquents nous a attesté que notre Seigneur apparut d'abord à Sa Très Sainte Mère avant tous les autres, ce que je pense, aucun coeur pieux ne pourra nier.»
6, 26, [g]. Saint Thomas de Villeneuve affirme qu'à l'apparition de Jésus-Christ à la Très Sainte Vierge lors de la résurrection la divine Mère vit la Divinité intuitivement. [Sermon I sur la Résurrection].
Quant à la compénétration du Corps de Jésus avec celui de Sa divine Mère on ne doit pas s'en étonner, car saint Thomas écrit, [supp. q. 83, a. 3]: «Il peut se faire miraculeusement que deux corps soient en même temps dans un même lieu.»
6, 26, [h]. L'adorer non point avec le culte de Latrie dû seulement à Dieu, mais avec le culte d'Hyperdulie, qui n'est dû qu'à Sa Très Sainte Mère.
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Message par sga le Ven 13 Déc 2019 - 13:12

CHAPITRE 27


Quelques apparitions que fit Notre-Seigneur Jésus-Christ à Marie et aux Apôtres; la connaissance que tous en donnaient à la Reine, et la prudence avec laquelle Elle les écoutait.


6, 27, 1477. Après que notre Sauveur Jésus ressuscité et glorieux eut visité Sa Très Sainte Mère et l'eut remplie de joie, Sa Majesté détermina comme Père et Pasteur amoureux de rassembler les brebis de Son bercail que le scandale de Sa Passion avait troublées et dispersées. Les saints Pères et tous ceux qu'Il avait tirés du Limbe et du Purgatoire L'accompagnaient toujours quoiqu'ils ne se manifestassent point dans les apparitions; parce qu'il n'y avait que la Dame du Ciel qui les voyait, les connaissait et leur parlait, le temps qui s'écoula jusqu'à l'Ascension de son Très Saint Fils. Et lorsqu'Il n'apparaissait point à d'autres, Il assistait toujours avec la Très Aimante Mère dans le Cénacle d'où la divine Dame ne sortit point pendant les quarante jours continus. Là Elle jouissait de la vue du Rédempteur du monde et du choeur des Prophètes et des Saints dont le Roi et la Reine étaient accompagnés. Et pour se manifester aux Apôtres, le Sauveur commença par les femmes, non comme plus faibles, mais comme plus fortes dans la foi et la confiance de Sa Résurrection; car elles méritèrent pour cela d'être les premières dans la ferveur de Le voir ressuscité.

6, 27, 1478. L'Évangéliste saint Marc a fait mémoire (Marc 15: 47) du soin avec lequel Marie Magdeleine et Marie de Joseph prirent garde où le Corps défunt de Jésus demeurait placé dans le sépulcre. Avec cette prévention elles sortirent le samedi soir avec d'autres saintes femmes de la maison du Cénacle pour se rendre à la ville et elles achetèrent de nouveaux onguents aromatiques, afin de se lever de bon matin le jour suivant pour revenir au sépulcre visiter et adorer le Corps sacré de leur Maître, avec l'occasion de L'oindre de nouveau. Elles se levèrent avant l'aube (Marc 16: 2) le dimanche matin pour exécuter leur pieuse affection, ignorant que le sépulcre était scellé et qu'il y avait des gardes par ordre de Pilate (Matt. 27: 65): et dans le chemin elles se demandaient seulement qui leur ôterait la grande pierre avec laquelle elles avaient remarqué que l'on avait fermé le monument; mais l'amour leur donnait du courage pour vaincre cette difficulté, sans savoir comment elles pourraient le faire. Il était nuit lorsqu'elles sortirent de la maison du Cénacle et il faisait déjà jour et le soleil était levé lorsqu'elles arrivèrent au sépulcre; car en ce jour le soleil anticipa les trois heures qu'il s'était obscurci à la Mort du Sauveur. Avec ce miracle les Évangélistes saint Marc et saint Jean concordent; car l'un dit que lorsque les Marie vinrent le soleil était levé (Marc 16: 2) et l'autre, qu'il faisait nuit (Jean 20: 1); parce que tout est vrai: elles sortirent de grand matin et avant l'aube; et le soleil avec sa vitesse et sa diligence les atteignit comme elles arrivaient, quoiqu'elles ne s'arrêtèrent point en chemin. Le monument était un petit souterrain encavé comme une grotte dont la porte était fermée par une grande pierre, et au dedans il y avait dans un côté le sépulcre qui était un peu élevé du sol et dans ce sépulcre reposait le Corps de notre Sauveur.

6, 27, 1479. Peu avant que les Marie arrivassent à reconnaître la difficulté dont elles conféraient, de mouvoir la pierre, il se fit un grand tremblement de terre (Matt. 28: 2) très épouvantable, et en même temps un Ange du Seigneur ouvrit le sépulcre et renversa la pierre qui le couvrait et qui en fermait la porte. A ce grand bruit et à ce mouvement de la pierre les gardes du monument tombèrent par terre et demeurèrent comme morts, évanouis de peur (Matt. 28: 4), quoiqu'ils n'eussent point vu le Seigneur et alors Son Corps n'était point là non plus, parce que lorsque l'Ange ôta la pierre il était déjà ressuscité et sorti du monument. Quoique les Marie eussent éprouvé quelque crainte, elles se ranimèrent, et Dieu même les confortant, elles s'approchèrent et entrèrent dans le monument (Marc 16: 5); et près de la porte elles virent celui qui avait renversé la pierre assis dessus; son visage était resplendissant (Matt. 28: 3) et ses vêtements étaient comme de la neige; il leur parla et leur dit (Marc 16: 6): «Ne craignez point, car je sais que vous cherchez Jésus de Nazareth. Il n'est pas ici, car Il est déjà ressuscité. Entrez et vous verrez le lieu où ils L'avaient mis.» Les Marie entrèrent et elles eurent une grande tristesse en voyant le sépulcre vide; parce qu'elles étaient plus attentives à leur désir de Le voir qu'à croire ce que l'Ange leur disait. Elles virent ensuite deux autres Anges assis aux deux côtés du sépulcre, qui leur dirent (Luc 24: 4-6): «Pourquoi cherchez-vous parmi les morts Celui qui est déjà vivant et ressuscité?
Souvenez-vous qu'Il vous a dit Lui-même en Galilée qu'Il devait ressusciter le troisième jour. Allez immédiatement et donnez avis aux disciples et à Pierre d'aller en Galilée où ils Le verront.»

6, 27, 1480. Avec cet avertissement des Anges, les Marie se souvinrent de ce que leur divin Maître leur avait dit. Et assurées de Sa Résurrection elles revinrent du sépulcre en grande hâte, et elles rendirent compte aux onze Apôtres et à d'autres de ceux qui suivaient le Seigneur, dont plusieurs prirent ce que les Marie leur disaient pour du délire (Luc 4: 11). Ils étaient tellement troublés dans la foi et tellement oublieux des Paroles de leur Rédempteur et leur Maître. Pendant que les Marie remplies de joie et de peur racontaient aux Apôtres ce qu'elles avaient vu, les gardes du sépulcre reprirent vie et revinrent à leurs sens. Et comme ils virent le monument ouvert et sans Corps morts (Matt. 28: 11), ils allèrent rendre compte de l'événement aux princes des prêtres. Ceux-ci se trouvèrent confus et ils assemblèrent un conseil pour déterminer ce qu'ils pourraient faire, afin de démentir la merveille si patente qui ne pouvait être cachée. Et ils tombèrent d'accord de donner beaucoup d'argent aux gardes (Matt. 28: 12-13), afin qu'étant subornés ils dissent que pendant qu'ils dormaient les disciples de Jésus étaient venus voler son Corps du sépulcre. Et les prêtres assurèrent les gardes qu'ils les tireraient en paix et saufs de ce mensonge, et ceux-ci le publièrent parmi les Juifs. Plusieurs d'entre eux furent si insensés que de leur donner crédit; et quelque-uns plus obstinés et plus aveugles le leur donnent jusqu'à présent, croyant le témoignage de ceux qui confessèrent qu'ils dormaient quand ils disent qu'ils virent le vol.

6, 27, 1481. Quoique les Apôtres et les disciples tinrent des divagations ce que les Marie disaient, néanmoins saint Pierre et saint Jean partirent en toute hâte vers le monument (Jean 20: 3), désirant se certifier par leurs yeux, et les Marie y retournèrent à leur suite. Saint Jean arriva le premier, et sans entrer (Jean 20: 4-5), il vit de la porte les suaires éloignés du sépulcre, et il attendit que saint Pierre arrivât, lequel entra le premier et saint Jean après lui, et ils virent la même chose et que le Corps sacré n'était pas dans le sépulcre. Et saint Jean dit qu'il crut (Jean 20: Cool alors, et il s'assura de ce qu'il avait commencé à croire lorsqu'il avait vu la Reine du Ciel changée comme je l'ai dit dans le chapitre précédent. Les deux Apôtres revinrent rendre compte aux autres de ce qu'ils avaient vu avec admiration dans le sépulcre. Les Marie y demeurèrent dans la partie extérieure, conférant avec
admiration tout ce qui arrivait. Et avec une plus grande ferveur et avec larmes la Magdeleine rentra dans le sépulcre pour la considérer; et quoique les Apôtres ne vissent point les Anges, Magdeleine les vit, et ces mêmes Anges lui demandèrent (Jean 20: 13): «Femme, pourquoi pleures-tu?» Marie répondit: «Parce qu'ils ont enlevé mon Seigneur et je ne sais où ils L'on mis.» Après cette réponse, elle sortit dehors dans le jardin où était le sépulcre, et elle rencontra aussitôt le Seigneur quoiqu'elle ne Le connût point. Elle Le prenait au contraire pour le jardinier. Et Sa Majesté lui demanda aussi (Jean 20: 15): «Femme, pourquoi pleures-tu? Qui cherches-tu?» Ne reconnaissant pas Notre-Seigneur Jésus-Christ la Magdeleine lui répondit comme s'Il eût été le jardinier de ce jardin, et vaincue par l'amour et sans plus de réflexion elle Lui dit: «Seigneur si vous L'avez pris, dites-moi où vous L'avez mis; parce que j'irai et je Le prendrai.» Alors le Très Aimant Maître lui répliqua et lui dit: «Marie.» En la nommant Il Se laissa reconnaître par la voix.

6, 27, 1482. Quand la Magdeleine connut que c'était Jésus, elle s'enflamma tout entière dans l'amour et la joie et elle Lui répondit et lui dit (Jean 20: 16): «Mon Maître.» Et se prosternant à Ses Pieds, elle allait les toucher et les baiser, ayant coutume d'avoir cette faveur. Mais le Seigneur la prévint et lui dit (Jean 20: 17): «Ne Me touche point, parce que Je ne suis pas monté à Mon Père, vers qui Je m'en vais; retourne et dis à Mes frères les Apôtres que Je M'en vais à Mon Père et à leur Père.» La Magdeleine partit aussitôt remplie de consolation et de joie, et elle rejoignit les autres Marie à peu de distance. Et comme elle achevait de leur raconter ce qui lui était arrivé, comment elle avait vu Jésus ressuscité, pendant qu'elles étaient toutes dans l'admiration, les larmes et les transports de joie, Il leur apparut à toutes ensemble et Il leur dit (Matt. 28: 9): «Je vous salue.» Elles Le reconnurent et l'Évangéliste saint Matthieu dit qu'elles adorèrent ses Pieds sacrés; et le Seigneur leur commanda de nouveau d'aller vers les Apôtres et de leur dire ce qu'elles avaient vu et qu'ils allassent en Galilée où ils Le verraient ressuscité. Le Seigneur disparut et les Marie hâtant le pas revinrent au Cénacle et racontèrent aux Apôtres tout ce qui leur était arrivé, mais ils étaient toujours lents à leur donner crédit (Luc 24: 11). Ensuite les Marie entrèrent pour donner connaissance de ce qui se passait à la Reine du Ciel. Elle les écouta avec une tendresse et une prudence admirable comme si Elle l'eût ignoré, quoiqu'Elle sût tout par la vision intellectuelle avec laquelle Elle le connaissait. Et comme si Elle l'eût appris, prenant occasion de ce que les Marie lui racontaient, Elle les confirma dans la foi des Mystères et des sacrements sublimes de l'Incarnation et de la Rédemption et des divines Écritures qui en traitent. Mais la Dame du Ciel ne leur dit pas ce qui lui était arrivé, quoiqu'Elle fût la Maîtresse de ces disciples fidèles et dévotes; comme le Seigneur était le Maître des Apôtres pour les restituer à la Foi.

6, 27, 1483. Les Évangélistes ne rapportent pas quand le Seigneur apparut à saint Pierre, quoique saint Luc le suppose (Luc 24: 34). Mais ce fut après les Marie, et plus secrètement seul comme chef de l'Église, avant Son apparition à tous ensemble et à aucun autre des Apôtres; et ce fut ce jour-là même, après que les Marie lui eurent donné connaissance de L'avoir vu. Arriva ensuite l'apparition (Luc 24: 13 et suiv.) que les Évangélistes rapportent et que saint Luc raconte longuement, des deux disciples qui allaient ce soir-là de Jérusalem au bourg d'Emmaüs, qui était à soixante stades de la ville, ce qui fait quatre milles Palestinien et presque deux lieues Espagnol. L'un de ces deux disciples s'appelait Cléophas et l'autre était saint Luc lui-même; et il en arriva de la sorte: Les deux disciples sortirent de Jérusalem après avoir entendu ce que les Marie avaient raconté, et ils continuèrent dans le chemin leur conversation sur les événements de la Passion, la sainteté de leur Maître et la cruauté des Juifs. Ils étaient dans l'étonnement de ce que le Tout-Puissant avait permis qu'un homme si Saint et si innocent souffrît de tels opprobres. L'un deux disait: «Quand avons-nous vu une suavité et une douceur pareilles?» L'autre répétait: «Qui a jamais entendu parler d'une telle patience; Il ne Se plaignait point ni ne changeait Son air si calme et si majestueux. Sa Doctrine était Sainte, Sa vie irréprochable, Ses Paroles traitaient du Salut Éternel, Ses Oeuvres étaient pour le bénéfice de tous; qu'est-ce que les prêtres ont donc vu en Lui pour concevoir tant de haine contre Lui?» L'autre répondait: «Il a été vraiment admirable en tout, et personne ne peut nier qu'Il était un grand Prophète: Il a fait beaucoup de miracles, Il a éclairé les aveugles, guéri les malades, ressuscité les morts et Il a fait à tous des Bienfaits admirables; mais Il a dit (Matt. 20: 19) qu'Il ressusciterait le troisième jour après Sa Mort, qui est aujourd'hui, et c'est ce que nous ne voyons point accompli.» L'autre répliquait: «Il a dit aussi qu'ils devaient Le crucifier et c'est ce qui a été accompli comme Il l'avait dit.»

6, 27, 1484. Au milieu de ces entretiens et d'autres, Jésus leur apparut en habit de pèlerin (Luc 24: 16), comme les rejoignant dans le chemin, et après les avoir salués Il leur dit: «De quoi parlez-vous qu'il Me parait que vous êtes
attristés?» Cléophas répondit: «Tu es le seul étranger à Jérusalem qui ne sait ce qui est arrivé ces jours-ci dans la cité.» Le Seigneur lui dit: «Qu'est-il donc arrivé?» Le disciple répliqua: «Ne sais-tu point ce qu'ont fait les princes des prêtres de Jésus de Nazareth, saint homme puissant, en Oeuvres et en Paroles; comment ils L'ont condamnée et crucifié? Nous avions espérance qu'Il rachèterait Israël en ressuscitant des morts, et le troisième jour de Sa Mort s'achève déjà et nous ne savons ce qu'Il a fait. Cependant, quelques femmes des nôtres nous ont effrayés, parce qu'elles sont allées de grand matin au sépulcre et elles n'ont point trouvé le Corps, et elles affirment qu'elles ont vu des Anges qui leur ont dit qu'Il était déjà ressuscité. Et d'autres de nos compagnons qui ont ensuite accouru au sépulcre ont vue que ce que les femmes avaient raconté était vrai. Mais nous allons à Emmaüs pour y attendre, afin de voir ce que veulent dire ces nouvelles.» Le Seigneur leur répondit: «Vous êtes vraiment stupides et lents de coeur; puisque vous ne comprenez point qu'il convenait ainsi que le Christ souffrît toutes ces peines et une Mort aussi affreuse pour entrer dans Sa gloire.»

6, 27, 1485. Et poursuivant, le divin Maître leur déclara les Mystères de Sa Vie et de Sa Mort pour la Rédemption des hommes, commençant par la figure de l'agneau que Moïse avait commandée de sacrifier et de manger (Ex. 12: 3), rougissant le haut des portes de son sang: et ce que figuraient la mort du grand prêtre Aaron (Nom. 20: 28-29); la mort de Samson (Juges 16: 30) pour les amours de son épouse Dalila, et plusieurs psaumes de David, où ce saint roi prophétisa (Ps. 21: 17-19) le conseil, la Mort de Jésus, le partage des Ses vêtements et que Son Corps ne verrait point la corruption (Ps. 15: 10) du tombeau; ce que la Sagesse dit (Sag. 2: 20), et plus clairement Isaïe et Jérémie (Is. 53 en entier; Jér. 11: 19), de Sa Passion, qu'il paraîtrait un lépreux défiguré, un homme de douleur, qu'Il serait mené comme une brebis à la boucherie sans ouvrir la bouche; et Zacharie qui Le vit transpercé de plusieurs plaies (Zach. 13: 6); et Il leur dit d'autres endroits des Prophètes qui disent clairement les Mystères de Sa Vie et de Sa Mort. Les disciples recevaient peu à peu par l'efficace de ce raisonnement, la chaleur de la Charité et la lumière de la Foi qu'ils avaient éclipsée. Et lorsqu'ils approchaient déjà du bourg d'Emmaüs, le divin Maître, leur donna à entendre qu'Il passait plus loin dans Son voyage; mais ils le prièrent avec instances de demeurer avec eux parce qu'il était déjà tard. Le Seigneur accepta, et invité par les disciples ils se couchèrent conformément à la coutume des Juifs pour manger ensemble. Le Seigneur prit le pain et comme Il avait coutume aussi Il le bénit et le partagea, leur
donnant avec le pain bénit la connaissance infaillible qu'Il était leur Maître et leur Rédempteur.

6, 27, 1486. Les disciples Le reconnurent parce qu'Il leur ouvrit les yeux de l'âme; et dès qu'Il les eut éclairés Il disparut à leurs yeux corporels et alors ils ne Le virent plus. Mais ils demeurèrent remplis de joie et d'admiration conférant entre eux du feu de la Charité qu'Ils avaient éprouvé dans le chemin, quand leur Maître leur parlait et leur déclarait les Écritures. Ils retournèrent sans délai à Jérusalem quand il était déjà nuit (Luc 24: 33). Ils entrèrent dans la maison où les autres Apôtres s'étaient retirés par crainte des Juifs. Et ils les trouvèrent à s'entretenir des notices qu'Ils avaient que le Sauveur était ressuscité et qu'Il était déjà apparu à saint Pierre. Les deux disciples ajoutèrent à cela tout ce qui leur était arrivé dans le chemin et comment ils L'avaient reconnu quand Il leur avait partagé le pain au bourg d'Emmaüs. Saint Thomas était alors présent et quoiqu'il entendît les deux disciples et que saint Pierre confirmait ce qu'Ils disaient assurant qu'il avait vu, lui aussi, son Maître ressuscité, Thomas demeura néanmoins lent et douteux, sans donner crédit au témoignage des trois disciples outre celui des femmes. Et avec quelque découragement, effet de son incrédulité il sortit de la compagnie des autres et s'en alla. Peu après que Thomas fut parti, le Seigneur entra les portes étant fermées et Il apparut aux autres. Étant au milieu d'eux, Il leur dit (Luc 24: 36): «La paix soit avec vous, c'est Moi, ne craignez point.»

6, 27, 1487. Les Apôtres se troublèrent à cette apparition soudaine, craignant que ce qu'ils voyaient fût un esprit ou un fantôme, et le Seigneur leur dit (Luc 24: 38-39): «De quoi vous troublez-vous et recevez-vous tant de pensées différentes? Regardez Mes pieds et Mes mains et sachez que Je suis votre Maître. Touchez de vos mains Mon vrai Corps, car les esprits n'ont pas de chair ni d'os comme vous voyez que J'en ai.» Les Apôtres étaient si troublés et si confus qu'encore qu'ils vissent et qu'ils touchassent les mains couvertes de plaies du Sauveur, ils n'arrivaient pas à croire que c'était Lui qui leur parlait et qu'ils touchaient. Le Maître très aimant leur dit pour les assurer davantage (Luc 24: 41): «Donnez-Moi quelque chose à manger si vous en avez.» Ils Lui présentèrent tout joyeux un morceau de poisson rôti (Luc 24: 42) et un rayon de miel; Il en mangea et Il leur partagea le reste, disant: «Ne savez-vous pas que tout ce qui est arrivé à Mon sujet est la même chose que ce qui était écrit de Moi dans Moïse, les Prophètes, les Psaumes et les Saintes Écritures, et que le tout devait s'accomplir comme il avait été prophétisé?» Et avec ces paroles, Il leur ouvrit les sens et ils Le connurent, et ils comprirent les Écritures qui parlent de Sa Passion, de Sa Mort et de Sa Résurrection le troisième jour. Les ayant ainsi éclairés, Il leur dit de nouveau (Jean 20: 21): «La paix soit avec vous. Comme Mon Père M'a envoyé ainsi Je vous envoie, afin que vous enseigniez au monde la Vérité et la connaissance de Dieu et de la Vie Éternelle, prêchant la pénitence des péchés et la rémission de ces péchés en Mon Nom.» Puis répandant sur eux Son Souffle divin ou son Haleine, Il ajouta et dit (Jean 20: 22): «Recevez l'Esprit-Saint, afin que les péchés que vous aurez pardonnés soient pardonnés, et que ceux que vous n'aurez point pardonnés ne le soient point. Prêchez (Luc 24: 47) à toutes les nations, commençant par Jérusalem.» Sur cela le Seigneur disparut, les laissant consolés et raffermis dans la foi, avec la puissance de pardonner les péchés, eux-mêmes et les autres prêtres.

6, 27, 1488. Tout cela arriva, saint Thomas n'étant point présent comme il a été dit; mais par la disposition du Seigneur, il revint ensuite à la congrégation d'où il s'était absenté et les Apôtres lui racontèrent tout ce qui était arrivé en son absence. Cependant, quoiqu'il les trouvât si changés par la joie nouvelle qu'ils avaient reçue, il demeura néanmoins incrédule et obstiné, affirmant qu'il ne croirait point ce que tous affirmaient s'il ne voyait (Jean 20: 25) d'abord de ses yeux les Plaies et s'il ne touchait la Plaie du côté et les autres de sa main et des ses doigts. L'incrédule Thomas persévéra dans cet endurcissement pendant huit jours, après quoi, le Seigneur revint de nouveau les portes étant fermées et Il apparut au milieu des même Apôtres et de l'incrédule. Il les salua comme de coutume disant: «La paix soit avec vous.» Et appelant ensuite Thomas, Il le reprit avec une suavité amoureuse et lui dit (Jean 20: 27): «Approchez vos mains, Thomas, et touchez les trous qui sont dans les miennes et celui de mon Côté et veuillez ne plus être incrédule, mais soumis et fidèle.» Thomas toucha les Plaies divines et fut éclairé intérieurement pour croire et reconnaître son ignorance. Et se prosternant en terre il dit (Jean 20: 28): «Mon Seigneur et mon Dieu.» Sa Majesté répliqua (Jean 20: 29): «Thomas, tu M'as cru parce que tu M'as vu; mais bienheureux seront ceux qui ne Me verront point et qui Me croiront.» Le Seigneur disparut, les Apôtres et Thomas demeurant remplis de Lumière et d'allégresse. Ils allèrent ensuite tous ensemble rendre compte à la Très Sainte Marie de ce qui était arrivé, comme ils l'avaient fait dès la première apparition.

6, 27, 1489. Les Apôtres alors n'étaient pas aptes à comprendre la grande sagesse de la Reine du Ciel et encore moins les connaissances qu'Elle avait de tout ce qui leur arrivait et des Oeuvres de son Très Saint Fils; ainsi ils lui rendaient compte de ce qui se passait: et Elle les écoutait avec une prudence souveraine et une mansuétude de Mère et de Reine. Après la première apparition, quelques-uns des Apôtres lui avaient raconté l'obstination de Thomas qui refusait de les croire tous, quoiqu'ils affirmassent avoir vu leur Maître ressuscité; et comme il avait persévéré dans son incrédulité pendant ces huit jours, l'indignation de quelques Apôtres contre lui s'était accrue davantage. Ils étaient allés en la présence de l'Auguste Dame du Ciel et l'avaient accusé comme coupable, obstiné, homme grossier, peu éclairé et attaché à son propre sentiment. La pieuse Princesse les écoutait avec un Coeur pacifique et voyant que l'aversion des Apôtres croissait contre lui, car ils étaient encore tous imparfaits, Elle parla à ceux qui étaient les plus indignés, et Elle les tranquillisa en leur disant que les jugements du Seigneur étaient très cachés et qu'Il tirerait de l'incrédulité de Thomas de grands biens pour les autres et de la gloire pour Lui-même; qu'ils devaient attendre et ne point se troubler si tôt. La divine Mère fit une très fervente oraison et des demandes pour Thomas et à cause d'Elle le Seigneur accéléra le remède de cet Apôtre incrédule en Se montrant à lui. Après qu'il se fut soumis ils en donnèrent connaissance à leur Souveraine et leur Maîtresse, Elle les confirma dans leur foi, les avertit et les corrigea; et Elle leur ordonna de rendre grâce au Très-Haut avec Elle pour ce Bienfait, et de demeurer constants dans les tentations puisqu'ils étaient tous sujets au danger de tomber. Elle leur dit plusieurs douces paroles de correction, d'enseignement, d'avertissement et de Doctrine, les prévenant de ce qu'ils auraient à souffrir dans la nouvelle Église.

6, 27, 1490. Notre Sauveur fit d'autres apparitions, comme l'Évangéliste saint Jean le suppose (Jean 20: 30-31) et celles qui suffisent pour la foi de la Résurrection furent seules écrites. Le même Évangéliste écrit aussi l'apparition de Sa Majesté sur la mer de Tibériade où étaient (Jean 21: 1) saint Pierre, saint Thomas, saint Nathanaël, les fils de Zébédée, et deux autres Disciples. Cette apparition est si mystérieuse qu'elle m'a semblé ne devoir pas être omise dans ce chapitre; elle arriva de cette manière. Les Apôtres s'en furent en Galilée après ce qui leur était arrivé à Jérusalem, parce que le Seigneur le leur avait commande,
leur promettant qu'ils Le verraient là. Les sept Apôtres et les disciples se trouvant près de cette mer, saint Pierre leur dit qu'il voulait aller pêcher pour avoir quelque chose pour passer le temps, car il savait pêcher par office. Ils l'y accompagnèrent tous et ils passèrent cette nuit à jeter les filets sans prendre un seul poisson. Le matin notre Sauveur Jésus leur apparut sur le rivage sans Se faire connaître d'abord. La petite barque dans laquelle ils pêchaient était proche et le Seigneur leur demanda: «Avez-vous quelque chose à manger? Nous n'avons rien pris,» répondirent-ils. Sa Majesté répliqua: «Jetez vos filets à droite de la nacelle et vous prendrez quelque chose.» Ils le firent et le filet se remplit de poissons, de manière qu'ils ne pouvaient le lever. Alors saint Jean reconnut Notre-Seigneur Jésus-Christ par ce miracle et s'approchant de saint Pierre, il lui dit: «C'est le Seigneur qui vous parle de la rive.» Sur cet avis, saint Pierre le reconnut aussi, et tout enflammé de ses ferveurs accoutumées, il se vêtit en toute hâte de la tunique dont il s'était dépouillé, et il se jeta à la mer, marchant sur les eaux vers le Maître de la Vie et les autres approchèrent la barque du lieu où ils étaient (Jean 21: 7-Cool.

6, 27, 1491. Ils sautèrent sur le rivage et ils trouvèrent que le Seigneur leur avait déjà préparé de la nourriture: car ils virent le feu, du pain et un poisson sur la braise; cependant Sa Majesté leur dit d'apporter des poissons qu'ils venaient de pêcher et ayant tiré le filet à terre, saint Pierre trouva qu'il y avait cent cinquante-trois poissons, et quoiqu'il y en eût tant le filet ne s'était pas rompu. Le Seigneur leur commanda de manger. Et bien qu'il fût si familier et si affable avec eux, nul ne s'hasarda à Lui demander qui Il était; parce que les miracles et la majesté du Seigneur leur causa une grande crainte et une grande révérence. Il leur partagea le pain et les poissons. Et après qu'ils eurent achevé de manger, Il se tourna vers saint Pierre et lui dit: «Simon, fils de Jona, M'aimes-tu plus que ceux-ci?» Saint Pierre répondit: «Oui, Seigneur, vous savez que je Vous aime.» Le Seigneur répliqua: «Pais Mes agneaux.» Ensuite Il lui demanda une autre fois: «Simon, fils de Jona, M'aimes-tu?» Saint Pierre répliqua la même chose: «Seigneur, Vous savez que je Vous aime.» Le Seigneur fit une troisième fois la même demande: «Simon, fils de Jona, M'aimes-tu?» A cette troisième fois, saint Pierre se contrista et répondit: «Seigneur, Vous savez toutes choses, Vous savez que je Vous aime.» Notre-Seigneur Jésus-Christ lui répondit une troisième fois: «Pais Mes brebis.» Par ces Paroles, Il le fit lui seul le Chef de Son Église, Unique et Universelle, lui donnant l'autorité suprême de Son Vicaire, sur tous les hommes. Et c'est pour cela qu'Il l'examina tant de fois touchant l'amour qu'il avait, comme s'il eût été capable
avec cela seul de la suprême dignité, et comme si cela seul lui eût suffi pour l'exercer dignement.

6, 27, 1492. Le Seigneur intima ensuite à saint Pierre la charge de l'Office qu'Il lui donnait et Il lui dit: «En vérité Je t'assure que lorsque tu seras déjà vieux, tu ne pourras point te ceindre comme quand tu étais jeune, et tu n'iras pas où tu voudras; parce qu'un autre te ceindra et te mènera où tu ne voudras pas.» Saint Pierre comprit que le Seigneur le prévenait de la mort de la croix en laquelle il L'imiterait et Le suivrait. Mais comme il aimait beaucoup saint Jean et qu'il désirait savoir ce qu'il en serait de lui, il demanda au Seigneur: «Qu'est-ce que Vous déterminez de faire de celui que Vous aimez.» Sa Majesté lui répondit: «Que t'importe-t-il à toi de le savoir? Si Je veux qu'il demeure ainsi jusqu'à ce que Je revienne au monde, cela me regarde. Toi, suis-Moi et ne te trouble point de ce que Je veux faire de lui.» A cause de ces paroles, il s'éleva une rumeur parmi les Apôtres que saint Jean ne devait pas mourir. Mais l'Évangéliste lui-même avertit, que Jésus-Christ ne dit point affirmativement qu'il ne mourrait point, comme on le voit par les paroles qui viennent d'être rapportées; il semble au contraire que Jésus cachât intentionnellement la Volonté qu'Il avait de la mort de l'Évangéliste, S'en réservant alors le secret. La Très Sainte Marie eut, par la révélation que j'ai dites plusieurs fois [a], une intelligence claire de tous ces mystères et de toutes ces apparitions. Et comme Archives et Dépositaires des Oeuvres du Seigneur et de Ses Mystères dans l'Église, ces Oeuvres et ces Mystères étaient gravés dans son Âme et Elle les gardait et les conférait dans son Coeur très chaste et très prudent. Et ensuite les Apôtres, et spécialement son nouveau fils saint Jean l'informaient de tous les événements qui se présentaient. L'Auguste Dame du Ciel persévéra dans son recueillement pendant les quarante jours continus après la Résurrection et Elle y jouissait de la vue de son Très Saint Fils, des Anges et des Saints; et ceux-ci chantaient au Seigneur, les hymnes et les louanges que Sa Très Aimante Mère Lui faisait; et les Anges les recueillaient pour ainsi dire de sa bouche pour célébrer les gloires du Seigneur des vertus et des victoires.

DOCTRINE QUE ME DONNA LA TRÈS SAINTE REINE MARIE.

6, 27, 1493. Ma fille, l'enseignement que je te donne dans ce chapitre servira aussi de réponse au désir que tu as de savoir pourquoi mon Très Saint Fils apparut une fois comme pèlerin et une autre fois comme jardinier; et pourquoi Il ne Se donna pas toujours à connaître à la première vue. Sache donc, ma très chère, que bien que les Marie et les Apôtres fussent déjà disciples du Seigneur et en comparaison des autres hommes du monde, ils étaient déjà les meilleurs et les plus parfaits; néanmoins ils étaient enfants dans le degré de la perfection et de la sainteté et ils n'étaient pas aussi avancés qu'ils devaient l'être à l'école d'un tel Maître. Ainsi ils étaient faibles dans la Foi, et moins constants dans les autres vertus et moins fervents que leur vocation et les Bienfaits reçus de la main du Seigneur le demandaient; et les moindres fautes des âmes favorisées et choisies pour l'amitié de Dieu pèsent plus aux yeux de Sa très juste Équité que certains péchés graves des autres âmes qui ne sont point appelées à cette grâce. Pour ces causes, quoique les Apôtres et les Marie fussent amis du Seigneur ils n'étaient pas disposés à ce que le divin Maître leur communiquât, aussitôt, les effets célestes de Sa connaissance et de Sa présence, vu leurs fautes, leurs faiblesses, leur tiédeur et leur lenteur dans l'amour. Mais avant de Se manifester Jésus leur disait des Paroles de Vie par lesquelles Il les disposait en les éclairant et leur donnant la ferveur. Et lorsque la Foi et l'Amour se renouvelaient dans leurs coeurs Il se faisait connaître, et Il leur communiquait l'abondance de Sa Divinité qu'ils sentaient, et d'autres Dons et d'autres grâces par lesquels ils étaient renouvelés et élevés au-dessus d'eux-mêmes. Et quand ils commençaient à jouir de ces faveurs, Il disparaissait, afin qu'ils Le désirassent de nouveau avec de plus ardents désirs de Sa communication et de Son très doux entretien. Tel fut le mystère de Ses apparitions dissimulées à la Magdeleine, aux Apôtres et aux disciples sur le chemin d'Emmaüs. Et Il fait la même chose respectivement à l'égard de plusieurs âmes qu'Il choisit pour Son entretien et Son intime communication.

6, 27, 1494. Par cet ordre admirable de la Providence divine, tu demeureras enseignée et reprise des doutes ou de l'incrédulité où tu es tombée tant de fois, touchant les faveurs et les Bienfaits que tu as reçus de la Clémence divine de mon Très Saint Fils. Il est temps désormais que tu modères en cela les craintes dont tu as toujours souffert; de peur que de l'humilité tu passes à l'ingratitude et que de douteuse tu deviennes entêtée et lente de coeur pour donner crédit aux faveurs Divines. Tu recevras aussi une Doctrine précieuse si tu considères dignement la promptitude de l'immense Charité du Très-Haut (Ps. 33: 19) à répondre aussitôt à ceux qui sont humbles et contrits de coeur (Sag. 6: 13) et à assister à l'instant ceux qui Le cherchent et Le désirent avec amour, qui méditent Sa Passion et Sa Mort et s'en entretiennent. Tu connaîtras tout cela en Pierre, la Magdeleine et les autres disciples. Puis imite, ma fille, la ferveur de la Magdeleine à chercher son Maître sans s'arrêter même avec les Anges, sans s'éloigner du sépulcre avec les autres, sans se reposer un instant jusqu'à ce qu'elle Le trouvât si amoureux et si doux. Elle avait aussi gagné tout cela pour m'avoir accompagnée pendant tout la Passion avec un coeur si ardent. Les autres Marie avaient fait la même chose et pour cela elles avaient mérité de goûter les premières aux joies de la Résurrection. Après elles, saint Pierre l'obtint par l'humilité et la douleur avec lesquelles il pleura son reniement; aussitôt le Seigneur fut incliné à le consoler et Il commanda aux Marie de lui donner à lui-même nommément des nouvelles de Sa Résurrection et ensuite Il le visita, le confirma dans la Foi et le remplit de joie et des Dons de Sa grâce. Il apparut aussi aux deux disciples avant les autres, quoiqu'ils doutassent; parce qu'ils s'entretenaient de Sa Mort et ils y compatissaient. Et je t'assure, ma fille, qu'aucune des bonnes oeuvres que les hommes font de tout leur coeur avec une intention droite ne demeure sans une grande récompense donnée comptant; parce que le feu dans son activité si grand n'enflamme pas si vite l'étoupe très disposée, la pierre ne se meut pas si rapidement vers son centre, tout empêchement lui étant ôté, ni la mer dans son cours ne va et ne coule pas avec autant de force, que la Bonté du Très-haut et Sa grâce se communiquent aux âmes qui se disposent et qui ôtent l'obstacle des péchés, lesquels retiennent l'Amour divin comme violenté. Cette vérité est une des choses qui causent le plus d'admiration dans les Bienheureux qui la connaissent dans le Ciel. Loue le Seigneur pour cette Bonté infinie, et aussi parce qu'Il tire du mal même, des biens grandioses, comme Il l'a fait de l'incrédulité des Apôtres, en laquelle le Seigneur manifesta cet Attribut de Sa Miséricorde envers eux, et Il rendit Sa Résurrection plus croyable pour tous, et Sa bénignité et le pardon des péchés plus manifestes, pardonnant aux Apôtres et oubliant pour ainsi dire leurs fautes pour les chercher et leur apparaître, Se montrant humain à leur égard comme un vrai Père, les éclairant et leur donnant la Doctrine selon leur peu de Foi et leur nécessité.

NOTES EXPLICATIVES
EXTRAITES DE CELLES DE DON CRESETO, À L'USAGE DES PRÊTRES.
6, 27, [a]. Livre 4, Nos. 481, 534; Livre 5, Nos. 990 et fréquemment.
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Message par sga le Ven 20 Déc 2019 - 17:05

CHAPITRE 28


De certains mystères cachés et Divins qui arrivèrent à la Très Sainte Marie après la Résurrection du Seigneur; comment le titre de Mère et de Reine lui fut donné, et l'apparition de Jésus-Christ avant l'Ascension.


6, 28, 1495. L'abondance et la grandeur des mystères en tout le cours de cette Histoire divine m'a rendue pauvre de paroles. Car il est présenté beaucoup de choses à l'entendement dans la Lumière divine et il n'y en a que peu qui puissent être exprimées par des raisons et des termes ordinaire: et dans cette inégalité et ce défaut, j'ai toujours éprouvé une grande violence; parce que l'intelligence est féconde et la parole stérile, et ainsi la production des paroles ne correspond point à la conception des idées; et je demeure toujours avec la crainte touchant les termes que je choisis et très mécontente de ce que je dis; parce que tout est amoindri et rien ne peut suppléer à ce défaut, ni remplir le vide entre l'expression et la compréhension. Et je me trouve dans cet état maintenant qu'il s'agit de déclarer ce qui m'a été donné à connaître des mystères cachés et des sacrements très sublimes dont la Très Sainte Marie fut l'objet dans les quarante jours après la Résurrection de son Fils, notre Rédempteur, jusqu'à Son Ascension dans les Cieux. L'état où la Puissance divine la mit fut nouveau et plus sublime après la Passion et la Résurrection, ses oeuvres furent plus cachées et les faveurs qu'Elle reçut furent proportionnées à sa sainteté très éminente et à la Volonté très cachée de Celui qui les opérait; parce que cette sainteté était la règle avec laquelle Il les mesurait. Et si je devais écrire tout ce qui m'a été manifesté, il serait nécessaire d'étendre beaucoup cette Histoire et d'en faire plusieurs livres. Mais en ce que je dirai, on
pourra découvrir quelque chose de ces sacrements si Divins, à la gloire de notre Auguste Reine et Maîtresse.

6, 28, 1496. J'ai déjà dit au commencement du chapitre précédent que pendant les quarante jours après la Résurrection du Seigneur, Sa Majesté demeurait dans le Cénacle en compagnie de Sa Très Sainte Mère, lorsqu'Il ne S'absentait point pour faire quelques apparitions; et dans ces cas Il revenait ensuite aussitôt en sa présence. Et tout jugement prudent saura comprendre que lorsque le Roi et la Reine du monde étaient ensemble, ils passaient ce temps en des Oeuvres divines et admirables, au-dessus de toute pensée humaine. Et ce que j'ai connu de ces sacrements est ineffable; parce qu'Ils passaient de longs temps en des colloques très doux et d'une incomparable Sagesse, qui étaient pour la Mère très aimante une sorte de joie inférieure à celle de la Vision Béatifique mais supérieure à toute consolation et à toute jubilation imaginable. D'autres fois l'Auguste Reine, avec les Patriarches et les Saints glorifiés qui étaient là, s'occupait à louer et à exalter le Très-Haut. La Très Sainte Marie eut la science et la connaissance de toutes les oeuvres et de tous les mérites de ces Saints, ainsi que des Bienfaits, des Dons et des faveurs que chacun avait reçues de la droite du Tout-Puissant, des mystères, des figures et des prophéties qui avaient précédé dans les anciens Pères. L'Auguste Vierge était si capable et si instruite de tous ces secrets qu'Elle les avait plus présents à sa mémoire pour les contempler que nous pour dire notre "Ave Maria". La Très Prudente Dame du Ciel considéra les grands motifs que tous ces Saints avaient de louer et de bénir l'Auteur de tous les Biens; et bien que tous les Saints glorifiés le faisaient alors et le font toujours par la Vision Béatifique, cependant par la partie en laquelle la divine Princesse parlait avec eux et ils lui répondaient, Elle leur dit qu'Elle voulait qu'avec son Altesse ils louassent et magnifiassent le Seigneur pour tous ces Bienfaits et ces Oeuvres qu'Elle connaissait en eux.

6, 28, 1497. Tout ce choeur sacré de Saints condescendit à la volonté de la Reine et ils commencèrent et poursuivirent avec ordre ce Divine exercice, de manière qu'ils formaient un choeur et que chacun des Bienheureux disait un verset et la Mère de la Sagesse répondait par un autre. Et dans ces très doux cantiques fréquents et alternés l'Auguste Dame du Ciel disait Elle seule autant de versets et de louanges que tous les Anges et les saints ensemble, car les Anges entraient aussi dans ces cantiques nouveaux, admirables pour eux et les autres Saints; car par la sagesse et la révérence que manifestait la divine Princesse en chair mortelle, Elle surpassait tous ceux qui étaient dégagés et qui jouissaient de la Vision Bienheureuse. Tout ce que la Très Sainte Marie fit en ces jours excède la capacité et le jugement des hommes. Mais les pensées et les motifs sublimes de sa divine Prudence furent dignes de son amour très fidèle; parce que connaissant que son Très Saint Fils Se détenait dans le monde principalement pour Elle, afin de l'assister et de la consoler, Elle détermina de Lui compenser cet Amour de la manière qui lui était possible. Pour cela Elle ordonna que les louanges et les chants continuels que ces mêmes Saints Lui eussent donnés dans le Ciel ne Lui manquassent point sur la terre. Et en concourant Elle-même à cette vénération de son Fils et à ces hymnes en Son honneur, Elle les éleva au suprême degré; et ainsi Elle faisait de la maison du Cénacle un Ciel.

6, 28, 1498. Elle passa dans ces exercices la plus grande partie des quarante jours, et il se fit dans ce temps plus d'hymnes et plus de cantiques que tous les Saints et les Prophètes nous en ont laissés. Ils entremêlaient quelquefois les Psaumes de David et les prophéties même de l'Écriture, comme en les glosant, manifestant leurs mystères si profonds et si Divin; et notre Reine signalait davantage les saints Pères qui les avaient dits et prophétisés, reconnaissant les Dons et les faveurs qu'ils avaient reçues de la Droite divine quand il leur avait été révélé tant de sacrements si vénérables. Elle avait aussi une joie indicible lorsqu'Elle répondait à sa sainte Mère, à son père saint Joachim, à saint Joseph, au Baptiste et aux grands Patriarches, et l'on ne peut imaginer en chair mortelle un état plus immédiat à la Fruition Béatifique que celui que notre Auguste Souveraine eut alors. Il arriva une autre grande merveille en ce temps et ce fut que toutes les âmes des Justes qui achevèrent leur vie en grâce pendant ces quarante jours allaient au Cénacle et celles qui n'avaient point de dettes à payer étaient béatifiées là. Mais celles qui devaient aller au Purgatoire attendaient là [a] sans voir le Seigneur les unes trois jours, d'autres cinq, d'autres plus ou moins. Et pendant ce temps la Mère de Miséricorde satisfaisait pour elles par certaines oeuvres pénales, des génuflexions, des prosternations, et surtout par le très ardent amour de Charité avec lequel Elle priait pour ces âmes et leur appliquait comme satisfaction les mérites infinis de son Fils; et avec ce secours Elle leur abrégeait et leur compensait la peine de ne point voir le Seigneur, car ces âmes n'avaient point la peine du sens, et ensuite elles étaient béatifiées et colloquées avec le choeur des Saints. Et la grande Reine faisait d'autres cantiques très sublimes au Seigneur pour chacun de ceux qui arrivaient à l'état des Bienheureux.

6, 28, 1499. Au milieu de tous ces exercices et de toutes ces jubilations dont la Très Pieuse Mère jouissait avec une abondance ineffable, Elle ne s'oubliait point de la misère et de la pauvreté des enfants d'Ève exilés de la gloire; au contraire, Elle tournait comme Mère de Miséricorde ses yeux compatissants vers l'état des mortels et Elle faisait pour tous des prières très ferventes. Elle demanda au Père Éternel de répandre par tout le monde la nouvelle Loi de grâce, de multiplier les enfants de l'Église, de défendre et de protéger cette Église sainte et de faire que la valeur de la Rédemption fût efficace pour tous. Et quoiqu'Elle réglât cette prière quant à l'effet par les Décrets éternels de la Sagesse et de la Volonté divine; néanmoins quant à l'affection de la Très Aimante Mère, le Fruit de la Rédemption s'étendait à tous, leur désirant la Vie Éternelle. Et outre cette prière générale Elle en fit une en particulier pour les Apôtres et parmi ceux-ci spécialement pour saint Jean et saint Pierre, parce qu'Elle tenait l'un d'eux comme son fils et l'autre comme Chef de l'Église. Elle pria aussi pour la Magdeleine et les Marie [b] et pour tous les autres fidèles qui appartenaient alors à l'Église; et Elle demanda l'exaltation de la Foi et du Nom de son Très Saint Fils Jésus.

6, 28, 1500. Peu de jours avant l'Ascension du Seigneur, Sa Très Sainte Mère étant dans l'un des exercices que j'ai dits, le Père Éternel et l'Esprit-Saint apparurent dans le Cénacle sur un trône d'ineffable splendeur, au-dessus des choeurs des Anges et des Saints qui étaient là et des autres esprits qui accompagnaient les Personnes divines. Aussitôt le Verbe fait chair monta sur le trône avec les Deux autres. Et la Mère du Très-Haut toujours humble, retirée dans un recoin, se prosterna en terre et adora la Bienheureuse Trinité avec une révérence souveraine et dans la Trinité, son propre Fils le Verbe fait homme. Le Père Éternel commanda ensuite à deux des Anges les plus élevés d'appeler la Très Sainte Marie. Ils obéirent à l'instant, et s'approchant d'Elle, ils lui intimèrent, avec des voix très douces, la Volonté divine. Elle se leva de la poussière avec une humilité, une confusion et une vénération profondes; et accompagnée des Anges Elle s'approcha du trône où Elle s'humilia de nouveau. Le Père Éternel lui dit (Luc 14: 10): «Mon Amie, montez plus haut;» et ces Paroles opérant ce qu'elles signifiaient, Elle fut élevée par la Vertu divine et posée dans le trône de la Majesté
Royale avec les trois Personnes divines. Ce fut la cause d'une admiration nouvelle pour les Saints de voir une pure Créature élevée à une dignité si excellente. Puis reconnaissant l'Équité et la Sainteté des Oeuvres du Très-Haut, ils Lui en rendirent une gloire et une louange nouvelles, Le confessant comme Grand, Juste, Puissant, Saint et admirable dans tous Ses conseils.

6, 28, 1501. Le Père Éternel S'adressa à la Très Sainte Marie et lui dit: «Ma Fille Je te confie et te recommande l'Église que Mon Fils Unique a fondée, le peuple qu'Il a racheté et la nouvelle Loi de grâce qu'Il a enseignée dans le monde.» Ensuite l'Esprit-Saint lui dit: «Mon Epouse choisie entre toutes les créatures, Je te communique Ma Sagesse et Ma grâce, avec lesquelles les Mystères, les Oeuvres et la Doctrine du Verbe fait homme et tout ce qu'Il a fait dans le monde soient en dépôt dans ton Coeur.» Le Fils Lui-même parla et dit: «Ma Mère très aimante, Je M'en vais à Mon Père et te laisse en Ma place; Je te charge du soin de Mon Église, Je te recommande ses enfants et Mes frères, comme Mon Père Me les a donnés en charge à Moi-même.» Les trois divines Personnes S'adressèrent ensuite au choeur des saints Anges ainsi qu'aux Justes et aux Saints et leur dirent: «Voici la Reine de tout ce qui est créé au Ciel et sur la terre; Elle est la Protectrice de l'Église, la Maîtresse des créatures, la Mère de Miséricorde, l'Avocate des fidèles et des pécheurs, la Mère du bel Amour (Eccli. 24: 24) et de la sainte Espérance; Elle est puissante pour incliner Notre Volonté vers la clémence et la miséricorde. Les Trésors de notre grâce sont déposés en Elle, et son Coeur très fidèle sera les tables où Notre Loi demeurera écrite et gravée. En Elle sont renfermés les Mystères que Notre Toute-Puissance a opérés pour le salut du genre humain. Elle est l'Oeuvre parfaite de Nos mains où la plénitude de Notre Volonté et le courant de Nos Perfections divines se reposent sans aucun empêchement. Celui qui l'invoquera de tout coeur ne périra point. Celui qui obtiendra son intercession arrivera à la Vie Éternelle (Prov. 8: 35). Tout ce qu'Elle Nous demandera lui sera accordé et Nous ferons toujours sa volonté en écoutant ses prières et ses désirs; parce qu'Elle s'est dédiée tout entière et avec plénitude à faire ce qui Nous plaît.» La Très Sainte Marie entendant ces faveurs ineffables, s'humilia et s'abaissa jusqu'à la poussière d'autant plus que la droite du Très-Haut l'exaltait au-dessus de toutes les créatures humaines et angéliques. Et comme si Elle eût été la moindre de toutes, adorant le Seigneur, Elle s'offrit avec des raisons très prudentes et de très ferventes affections, à travailler dans la Sainte Église comme une servante fidèle et à obéir avec promptitude à la Volonté divine en ce qui lui était ordonné. Et dès ce moment, Elle accepta de nouveau la sollicitude de l'Église de l'Évangile, comme l'amoureuse Mère de tous les enfants de cette Église sainte, et Elle renouvela dès ce moment toutes les prières qu'Elle avait faites pour eux jusqu'alors, de manière qu'elles furent incessantes et très ferventes dans tout le cours de sa Vie, comme nous le verrons dans la troisième partie, où l'on connaîtra plus clairement ce que l'Église doit à cette Auguste Reine et Souveraine, ainsi que les Bienfaits qu'Elle lui mérita et lui obtint. Par ces faveurs et celles dont je parlerai plus loin, la Très Sainte Marie demeura avec une telle participation de l'Être de son Fils que je ne trouve point de termes pour l'expliquer, parce qu'Il lui donna une communication de Ses Attributs et de Ses Perfections correspondante au ministère de Mère et de Maîtresse de l'Église, en la place de Jésus-Christ Lui-même, et Il l'éleva à un nouvel être de Science et de Puissance, avec lequel rien ne lui fut cachée, tant des Mystères divins que des secrets des coeurs humains. Elle savait et connaissait quand et comment Elle devait user de la Puissance divine dont Elle participait, à l'égard des hommes, des démons et de toutes les créatures; et en un mot, notre Auguste Reine et Maîtresse reçut et eut avec plénitude et par condescendance tout ce qui peut se trouver en une pure Créature. Il fut donnée quelque Lumière de ces sacrements à saint Jean, afin qu'il connût le degré dans lequel il lui convenait d'estimer et d'apprécier l'inestimable valeur du Trésor qui lui avait été consigné, et depuis ce jour il apporta un soin nouveau à vénérer l'Auguste Dame et à la servir.

6, 28, 1502. Le Très-Haut opéra encore d'autres faveurs et d'autres merveilles envers la Très Sainte Marie pendant ces quarante jours, sans en passer aucun où Il ne Se montrât Puissant et Saint par quelque Bienfait singulier, comme s'Il eût voulu l'enrichir de nouveau avant Son départ pour les Cieux. Le temps déterminé par la Sagesse même pour retourner vers Son Père Éternel s'accomplissait déjà; après avoir manifesté Sa Résurrection par des apparitions évidentes et beaucoup d'arguments comme dit saint Luc (Act. 1: 3), Sa Majesté détermina en dernier lieu d'apparaître et de Se manifester de nouveau à toute cette congrégation d'Apôtres, de disciples et de saintes femmes, qui étaient tous réunis au nombre de cent vingt. Cette apparition eut lieu dans le Cénacle, le jour même de l'Ascension, après l'apparition rapportée par saint Marc (Marc 16: 14) dans son dernier chapitre, car tout cela arriva en un seul jour. Après que les Apôtres furent rendus en Galilée où le Seigneur leur avait commandé d'aller, Il leur avait apparu là auprès de la mer de Tibériade, comme je l'ai dit. Il leur apparut aussi sur la montagne où saint Matthieu dit qu'ils L'adorèrent (Matt. 28: 16-17). Aussi cinq
cents disciples réunis Le virent comme dit saint Paul (1 Cor. 15: 5-6). Après ces apparitions ils revinrent à Jérusalem, le Seigneur le disposant ainsi afin qu'ils se trouvassent à Son admirable Ascension. Et les onze Apôtres étant réunis à table pour manger, le Seigneur entra comme le dit saint Marc et saint Luc aussi (Marc 16: 14; Act. 1;4) dans les Actes des Apôtres, et Il mangea avec eux avec une bonté et une affabilité admirables, tempérant les splendeurs et les beaux brillants de Sa gloire, afin de Se laisser voir à tous. Le repas étant fini, il leur parla avec une majesté sévère et agréable et Il leur dit:

6, 28, 1503. «Mes Disciples, sachez (Matt. 28: 18) que Mon Père Éternel M'a donné toute Puissance dans le Ciel et sur la terre et Je veux vous communiquer cette Puissance, afin que vous plantiez Ma nouvelle Église par tout le monde. Vous avez été incrédules et lents de coeur avant de croire à Ma Résurrection; mais désormais il est temps que, comme Mes fidèles Disciples, vous soyez maîtres de la Foi pour tous les hommes en prêchant Mon Évangile comme vous l'avez entendu de Moi; vous baptiserez tous ceux qui croiront, leur donnant le Baptême au Nom du Père, et du Fils qui est Moi-même, et de l'Esprit-Saint (Matt. 28: 19). Et ceux qui croiront et seront baptisés seront sauvés, et ceux qui ne croiront point seront condamnés (Marc 16: 16). Enseignez aux fidèles tout ce qui regarde Ma sainte Loi (Matt. 28: 20). Et comme confirmation de cette Loi les croyants feront des signes et des merveilles (Marc 16: 17-18): ils chasseront les démons de là où ils seront, ils parleront des langues nouvelles, ils guériront des morsures des serpents, s'ils boivent quelque venin mortel, ce venin ne les offensera point, et ils rendront la santé aux malades en posant les mains sur eux.» Telles furent les merveilles que Notre-Seigneur Jésus-Christ promit pour fonder Son Église par la prédication; et elles se sont toutes accomplies dans les Apôtres et les fidèles de la primitive Église. Et le Seigneur continue les mêmes miracles dans le temps et de la manière que Sa Providence le connaît être nécessaire pour la propagation de Son Église dans le reste du monde et pour sa conservation dans les lieux où elle est déjà établie; parce qu'Il n'abandonne jamais Sa Sainte Église qui est son épouse bien-aimée.

6, 28, 1504. Ce jour-là, pendant que le Seigneur était avec les onze Disciples, d'autres fidèles et de pieuses femmes s'assemblèrent par la disposition Divine dans la maison du Cénacle jusqu'au nombre de cent vingt, comme j'ai déjà dit; parce que le Seigneur avait déterminé qu'ils se trouvassent présents à Son Ascension, et Il voulut premièrement informer toute cette congrégation comme les onze Apôtres respectivement de ce qu'il leur convenait de savoir avant Son Ascension aux Cieux et avant de prendre congé d'eux tous. Étant ainsi réunis et rassemblés dans la paix et la charité en une salle qui était celle où la Cène avait été célébrée, l'Auteur de la Vie se manifesta à eux et leur parla avec un air affable comme un Père amoureux et leur dit:

6, 28, 1505. «Mes très doux enfants, Je remonte vers Mon Père du sein duquel Je suis descendu pour sauver et racheter les hommes. Je vous laisse à Ma place pour votre défense, votre consolation et votre Avocate Ma chère Mère que vous devez écouter et à qui vous devez obéir en tout. Et comme Je vous ai dit que celui qui Me voit (Jean 14: 9), verra aussi Mon Père et que celui qui Me connaît Le connaîtra aussi; de même Je vous assure maintenant que celui qui connaîtra Ma Mère, Me connaîtra; celui qui l'écoute M'écoute; celui qui lui obéira M'obéira; celui qui l'offensera M'offensera et celui qui l'honorera M'honorera aussi. Vous l'aurez tous pour Mère, Supérieure et Chef, ainsi que vos successeurs. Elle répondra à vos doutes, Elle résoudra vos difficultés et vous Me trouverez toujours en Elle lorsque vous Me chercherez; parce que Je serai en Elle jusqu'à la fin du monde, et J'y suis maintenant quoique la manière vous en soit cachée.» Et Sa Majesté dit cela parce qu'Il était sacramenté dans le Coeur de Sa Mère, les espèces qu'Elle avait reçues dans la Cène se conservant jusqu'à ce que la consécration se fit dans la prochaine Messe, comme je le dirai plus loin [c]. Le Seigneur accomplissait ainsi ce que saint Matthieu rapporte qu'Il leur avait dit en cette occasion: «Je suis avec vous jusqu'à la fin du monde (Matt. 28: 20). Le Seigneur parla encore et dit: «Vous tiendrez Pierre comme Chef suprême de Mon Église où Je le laisse pour être Mon Vicaire et vous lui obéirez comme au Pontife suprême. Vous tiendrez Jean comme le fils de Ma Mère, comme Je l'ai nommée et signalé du haut de Ma Croix (Jean 19: 26).» Le Seigneur regardait Sa Très Sainte Mère qui était présente et Il lui manifestait une Volonté comme inclinée, à ordonner à toute cette congrégation de l'adorer et de la vénérer avec le culte que sa dignité de Mère requérait, laissant pour cela quelque précepte spécial dans l'Église. Mais la Très Humble Dame supplia son Fils unique de bien vouloir ne pas lui donner plus d'honneur que celui qui était nécessaire pour exécuter tout ce dont Il l'avait chargée, et que les nouveaux enfants de l'Église ne lui donnassent pas plus de vénération que celle qu'Elle avait toujours eue jusqu'alors, afin que tout le culte sacré fût immédiatement dirigé vers le Seigneur Lui-même et servît à la propagation de l'Évangile et à l'exaltation du Nom de Dieu. Notre Sauveur Jésus-Christ accepta cette très prudente prière de Sa Mère, Se réservant de la faire connaître davantage dans le temps convenable et opportun, quoiqu'Il lui fît des faveurs très extrêmes d'une façon cachée, comme nous le dirons dans le reste de cette Histoire.

6, 28, 1506. Par l'amoureuse exhortation que le divin Maître avait faite à toute cette assemblée, par les Mystères qu'Il leur avait manifestés et voyant qu'Il prenait congé d'eux pour les quitter, la commotion qu'Ils éprouvèrent dans leurs coeurs fut incomparable; parce que la flamme du divin Amour s'embrasait en eux par la foi vive des Mystères de Sa Divinité et de Son Humanité. Au souvenir de Sa Doctrine et des Paroles de Vie qu'ils avaient entendues, de la douceur de Sa vue et de Sa conversation, ils pleuraient tous d'attendrissement et ils soupiraient de l'intime de leur âme à cause de la douleur d'être privés en un instant de tant de Biens ensemble. Ils eussent voulu Le retenir et ils ne le pouvaient point et cela ne convenait pas non plus. Ils eussent voulu Lui faire leurs adieux et ils n'y réussissaient pas. Ils formaient tous dans leurs coeurs des raisons douloureuses entre l'allégresse souveraine et la peine pieuse. Ils disaient: «Comment vivrons-nous sans un tel Maître? Qui nous dira des Paroles de Vie et de consolation comme les Siennes? Qui nous recevra avec un air si aimable et si plein d'Amour? Qui sera notre Père et notre Refuge? Nous restons pupilles et orphelins dans le monde.» Quelques-uns rompirent le silence et dirent: «Ô Seigneur très aimant, notre Père! ô allégresse et Vie de nos âmes! Maintenant que nous Te connaissons pour notre Réparateur, Tu T'éloignes et Tu nous abandonnes! Emmène-nous après Toi, Seigneur, et ne nous rejette pas de Ta vue! Ô notre Espoir! que ferons-nous sans Ta Présence? Où irons-nous si Tu nous quittes? Où nos pas se dirigeront-ils si nous ne Te suivons comme notre Père, notre Chef et notre Maître?» Sa Majesté leur répondit à ces raisons et à d'autres expressions douloureuses et leur dit de ne point s'éloigner de Jérusalem et de persévérer dans la prière jusqu'à ce qu'Il leur eût envoyé l'Esprit-Saint Consolateur que le Père leur avait promis, comme Il l'avait dit aux Apôtres dans le Cénacle. Ensuite il arriva ce que je dirai dans le chapitre suivant.

DOCTRINE QUE ME DONNA LA REINE DU CIEL,
LA TRÈS SAINTE MARIE.

6, 28, 1507. Ma fille, il est juste qu'en étant émerveillée des faveurs secrètes que j'ai reçues de la droite du Tout-Puissant, ton affection se réveille pour Le bénir et Lui rendre des louanges éternelles pour des Oeuvres si admirables. Et quoique je t'en réserve plusieurs que tu connaîtras lorsque tu seras dégagée de la chair mortelle, je veux néanmoins que dès aujourd'hui tu regardes comme ton office propre de louer et d'exalter le Seigneur, car bien que j'aie été formée de la masse commune d'Adam, Il m'a relevée de la poussière, a manifesté en moi la Puissance de Son bras (Luc 1: 51) et Il a opéré des choses si grandes en faveur de Celle qui ne pouvait les mériter dignement. Afin de t'exercer à ces louanges du Très-Haut, répète souvent en mon Nom le cantique que j'ai fait du "Magnificat", dans lequel j'ai renfermé brièvement ces louanges. Lorsque tu seras seule tu le diras prosternée en terre et avec d'autres génuflexions; et ce doit être surtout avec une affection intime de vénération et d'amour. Cet exercice que je te signale sera très agréable et très acceptable à mes yeux, et je le présenterai aux yeux du Seigneur même, si tu le fais comme je le désire de toi.

6, 28, 1508. Et parce que tu es de nouveau dans l'étonnement de ce que les Évangélistes n'on point écrit ces Oeuvres du Seigneur envers moi, je te réponds aussi de nouveau, quoique je te l'aie manifesté d'autres fois [d], parce que je désire que tous les mortels le tiennent en leur mémoire. J'ordonnai moi-même aux Évangélistes de ne point écrire de moi de plus grandes excellences que celles qui étaient nécessaires pour fonder l'Église dans les Articles de la Foi et les Commandements de la Loi divine; parce que je connus comme Maîtresse de l'Église, par la science que le Très-Haut me communiqua pour cet office, qu'il était convenable qu'il en fût alors ainsi dans les commencements. Mes prérogatives étaient renfermées en ce que j'étais Mère de Dieu même et pour cela pleine de grâce: mais la Providence divine se réserva de les faire connaître dans le temps opportun et convenable, quand la Foi serait plus déclarée, et mieux fondée. Dans les temps passés, il y a eu quelques-uns des mystères qui m'appartiennent qui ont été manifestés, mais la plénitude de cette Lumière t'a été donnée, à toi, pauvre et vile créature, à cause de la nécessité du malheureux état du monde, dans lequel la Miséricorde divine veut donner aux hommes ce moyen si opportun, afin qu'ils cherchent tous le remède et le Salut Éternel par mon intercession. Tu as toujours compris cela et tu le connaîtras davantage désormais. Mais en premier lieu, je veux de toi que tu t'occupes tout entière à l'imitation de ma Vie et à la méditation continuelle de mes vertus et de mes oeuvres, afin d'obtenir la victoire que tu désires sur mes ennemis et les tiens.

NOTES EXPLICATIVES
Extraites de celles de Don Creseto, à l'usage des prêtres.
6, 28, [a]. «Le lieu du Purgatoire est double: l'un selon la Loi commune et ainsi c'est un lieu inférieur attenant à l'enfer...L'autre est le lieu du Purgatoire selon la dispensation, et c'est ainsi qu'on lit quelquefois que quelques-uns furent punis en divers endroits.» Saint Thomas, [in 4, Distinct. 24, q. 1, a. 5].
6, 28, [b]. Il y eut trois Marie: Marie-Magdeleine, Marie, femme de Cléophas, c'est-à-dire d'Alphée et mère de saint Jacques le Mineur et de Joseph, et Marie, fille de Cléophas et soeur de saint Jacques et de Joseph. Cette dernière avait deux noms; elle était la même que Salomé, fille Cléophas.
6, 28, [c]. Livre 7, No. 125.
6, 28, [d]. Livre 5, No. 1026; Livre 6, No. 1049; Livre 8, Nos. 560, 562, 564
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Message par sga le Ven 27 Déc 2019 - 16:09

CHAPITRE 29


L'Ascension de notre Rédempteur Jésus-Christ aux Cieux avec tous les Saints qui L'assistaient; Il amène avec Lui Sa Très Sainte Mère pour lui donner la possession de la gloire.


6, 29, 1509. L'heure très heureuse arriva où le Fils Unique du Père Éternel qui était descendu du Ciel pour S'Incarner et Se faire homme, devait y remonter par Sa propre et admirable Ascension, pour S'asseoir à la droite de Son Père, lieu qui Le touchait comme Héritier de Ses éternités, engendré de Sa Substance, en égalité et en unité de nature et de gloire infinie. Il monta aussi parce qu'Il était descendu le Premier jusqu'à l'inférieur de la terre (Eph. 4: 9), comme dit l'Apôtre, laissant accomplies toutes les choses qui avaient été dites et écrites de Sa venue au monde, de Sa Vie, Sa Mort et de la Rédemption des hommes; ayant pénétré comme Seigneur de toutes choses jusqu'au centre de la terre, et ayant mis le sceau à tous Ses Mystères par celui de Son Ascension, en laquelle Il laissa la promesse de l'Esprit-Saint qui ne serait pas venu (Jean 16: 7) si le Rédempteur n'était pas premièrement monté aux Cieux, car ce doux Maître devait conjointement avec Son Père L'envoyer à Sa nouvelle Église. Pour célébrer ce jour si solennel et si mystérieux, notre bien-aimé Jésus choisit pour témoins spéciaux les cent vingt personnes qu'Il réunit dans le Cénacle et à qui Il parla comme il a été dit dans le chapitre précédent. Ces témoins étaient la Très Sainte Marie, les onze Apôtres, les soixante-douze disciples, Marie-Magdeleine, Marthe et leur frère Lazare, les autres Marie et quelques fidèles, hommes et femmes, jusqu'à ce que le nombre susdit de cent vingt fût complet.

6, 29, 1510. Notre divine Pasteur Jésus sortit du Cénacle avec ce petit troupeau, les menant tous devant Lui par les rues de Jérusalem, ayant Sa Bienheureuse Mère à Son côté. Ensuite les Apôtres et tous les autres marchaient selon leur ordre. Ils cheminèrent ainsi jusqu'à Béthanie qui était éloigné d'un peu moins d'une demi-lieue du pied du mont des Oliviers. La compagnie des Anges et celle des Saints qui étaient sortis du Limbe et du Purgatoire suivaient le victorieux Triomphateur avec de nouveaux cantiques de louanges, quoique la Très Sainte
Marie fût seule à jouir de leur vue. La Résurrection de Jésus de Nazareth était déjà divulguée par toute la ville de Jérusalem et dans la Palestine, quoique la malice perfide des princes des prêtres s'efforçât d'établir le faux témoignage (Matt. 28: 13) que les Disciples l'avaient volé; mais plusieurs ne l'acceptèrent point et ne lui donnèrent point crédit. Néanmoins la divine Providence disposa qu'aucun des habitants incrédules ou douteux de la ville ne prît garde à cette sainte procession qui sortait du Cénacle, ni ne les empêchait de passer; parce qu'ils furent tous distraits avec justice, comme étant incapables de connaître ce Mystère si merveilleux; toutefois le Maître et le Chef, Jésus-Christ était invisible à tous les autres, à l'exception des cent vingt justes qu'Il avait choisis afin qu'ils Le vissent monter aux Cieux.

6, 29, 1511. Dans cette sécurité que le Seigneur leur avait préparée ils cheminèrent tous jusqu'au sommet de la montagne des Oliviers; étant arrivés au lieu déterminé, il se forma trois choeurs, l'un des Anges, un autre des Saints et le troisième des Apôtres et des fidèles, qui se partagèrent en deux ailes dont notre Sauveur Jésus-Christ était la Tête. Ensuite la Très Prudente Mère se prosterna aux pieds de son Fils, et Elle L'adora avec une humilité et un culte admirables comme vrai Dieu et Réparateur du monde, et Elle Lui demanda Sa dernière bénédiction. Tous les fidèles qui étaient là firent la même chose à l'imitation de leur Auguste Reine. Et ils demandèrent au Seigneur avec beaucoup de soupirs et de sanglots s'Il devait restaurer en ce temps le royaume d'Israël. Sa Majesté leur répondit que c'était le secret de Son Père Éternel et qu'Il ne leur convenait point de le savoir, et qu'après avoir reçu le Saint-Esprit il était alors convenable et nécessaire pour eux de prêcher (Act. 1: Cool à Jérusalem dans la Samarie et dans tout le monde les Mystères de la Rédemption des hommes.

6, 29, 1512. Sa divine Majesté prit congé de cette heureuse et sainte Congrégation de fidèles avec un air majestueux et affable, joignit les mains et commença à S'élever du sol où Il laissa les marques ou vestiges de Ses Pieds sacrés [a]. Et Il Se dirigea avec un mouvement très doux dans la région de l'air, emportant après Lui les yeux et le coeur de Ses enfants aînés qui Le suivaient par l'affection au milieu de leurs larmes et de leurs soupirs. Et comme au mouvement du Premier Mobile se meuvent aussi les cieux inférieurs que sa vaste sphère renferme, de même notre Sauveur Jésus attira après Lui les choeurs célestes des
Anges, des saints Pères et des autres Saints glorifiés qui L'accompagnaient, les uns en corps et en âme, d'autres en âmes seulement: et ils montèrent et s'élevèrent de la terre en ordre et tous ensemble, accompagnant et suivant leur Roi, leur Capitaine et leur Chef. Le sacrement nouveau et occulte que la droite du Très-Haut opéra en cette occasion fut d'amener avec Lui Sa Très Sainte Mère, pour lui donner dans le Ciel la possession de la gloire et de la place qu'Il lui avait désignée comme Sa Mère véritable, gloire qu'Elle avait acquise par ses mérites et qui lui était préparée pour plus tard. L'Auguste Reine avait été prévenue de cette faveur avant qu'Elle arrivât; parce que son Très Saint Fils la lui avait promise dans les quarante jours qu'Il avait passé en sa compagnie après Sa Résurrection miraculeuse. Et comme ce sacrement ne fut alors manifesté à aucune autre créature humaine et vivante, la Puissance divine opéra d'une manière admirable et merveilleuse que la Très Sainte Marie fût en deux endroits à la fois, afin que la divine Maîtresse demeurât dans la Congrégation des Apôtres et des autres fidèles, persévérant avec eux dans la prière jusqu'à la venue de l'Esprit-Saint, comme il est dit dans les Actes des Apôtres (Act. 1: 14). Ainsi la divine Mère demeura avec les enfants de l'Église, les suivit au Cénacle, assista au milieu d'eux; et en même temps, Elle monta en compagnie du Rédempteur du monde, et dans son propre trône, aux Cieux où Elle fut trois jours avec l'usage le plus parfait de ses puissances et de ses sens; et Elle était en même temps dans le Cénacle avec moins d'exercices de ces mêmes puissances [b].

6, 29, 1513. La Bienheureuse Dame du Ciel fut élevée avec son Très Saint Fils et colloquée à Sa droite; et ainsi s'accomplit ce qu'avait dit David (Ps. 44: 10), que la Reine était à Sa droite avec un vêtement doré des splendeurs de la gloire, et entourée d'une variété de Dons et de grâce, à la vue des Anges et des Saints qui montaient avec le même Seigneur. Et afin que l'admiration de ce grand Mystère excite davantage la dévotion des fidèles, enflamme leur Foi vive, et les incline à exalter l'Auteur d'une merveille si rare et si inouïe, j'avertis ceux qui liront ce miracle que dès que le Très-Haut m'eut déclaré Sa Volonté que j'écrivisse cette Histoire et qu'Il m'eut intimé à plusieurs reprises le Commandement de l'exécuter, pendant le grand espace de temps qui s'est écoulé depuis et les longues années qui se sont passées, Sa Majesté m'a manifesté divers Mystères et Il m'a découvert de grands sacrements de ceux que j'ai déjà écrits et que j'écrirai plus loin; parce que la sublimité du sujet de cette Histoire demandait cette préparation et cette disposition. Je ne recevais pas ces connaissances toutes ensemble; parce que la limitation de la créature n'est pas capable de tant d'abondance. Mais la Lumière de chaque Mystère en particulier m'était renouvelée d'une autre manière pour l'écrire. Les intelligences de tous ces secrets m'ont été données ordinairement aux jours de fête de notre Sauveur Jésus-Christ et de l'Auguste Reine du Ciel; et j'ai connu singulièrement aux mêmes jours plusieurs années consécutives ce grand sacrement que le Très Saint Fils amena au Ciel avec Lui Sa Mère Immaculée le jour de l'Ascension, quoiqu'Elle demeurât dans le Cénacle d'une manière admirable et miraculeuse.

6, 29, 1514. La fermeté que la Vérité divine apporte avec elle ne laisse point de doute pour l'entendement qui la connaît et qui la contemple en Dieu même, où tout est Lumière sans mélange de ténèbres (Jean 1: 5) et où l'on connaît l'objet et la raison. Mais pour celui qui entend raconter ces mystères, il est nécessaire de donner à la piété des motifs, pour demander le crédit de ce qui est obscur. Pour cette raison j'eusse été en doute d'écrire le sacrement caché de cette montée aux Cieux de notre Reine, si ce n'eût pas été une si grande faute de refuser à cette Histoire une merveille et une prérogative qui l'exalte si fort. Le doute s'est présenté à moi lorsque je connus ce mystère la première fois; mais maintenant que je l'écris je ne l'ai plus, depuis que j'ai dit dans la première partie comment en naissant la Princesse des hauteurs fut portée enfant au Ciel empirée; et dans cette second partie que la même chose arriva deux fois dans les neuf jours qui précédèrent l'Incarnation du Verbe, afin de la disposer dignement pour un Mystère si sublime. Et si la Puissance divine a fait à l'égard de la Très Sainte Marie ces faveurs si admirables avant qu'Elle fût Mère du Verbe, la disposant pour qu'Elle le devint, il est beaucoup plus croyable que ces faveurs lui aient été réitérées après qu'Elle avait déjà été consacrée pour L'avoir eu dans son sein Virginal, après Lui avoir donné la forme humaine de son sang très pur, L'avoir nourri du lait de ses mamelles, L'avoir élevé comme son Fils véritable, et L'avoir servi trente-trois ans, Le suivant et L'imitant dans Sa Vie, Sa Passion et Sa Mort avec une fidélité qu'aucune langue ne peut exprimer.

6, 29, 1515. Dans ces faveurs et ces mystères de la Très Sainte Marie, il est bien différent de chercher la raison pourquoi le Très-Haut les a opérés en Elle et pourquoi Il les a tenus cachés dans Son Église pendant tant de siècles. Dans la première recherche c'est la Puissance divine qui doit nous servir de règle, ainsi que l'Amour immense que le Très-Haut porta à Sa Très Sainte Mère et la dignité qu'Il lui donna au-dessus de toutes les créatures. Et comme les hommes en chair mortelle n'arrivent point à connaître entièrement ni sa dignité de Mère, ni l'Amour que lui ont porté et que lui portent son Très Saint Fils et toute la Bienheureuse Trinité, ni les mérites et la sainteté où la Toute-Puissance l'a élevée; à cause de cette ignorance ils limitent la Puissance de Dieu par laquelle ce Seigneur a opéré pour Sa Mère tout ce qu'Il a pu, et Il a pu tout ce qu'Il a voulu. Mais Il S'est donné à Elle seule d'une manière si spéciale que de se faire Fils de sa substance; il était conséquent de faire singulièrement pour Elle dans l'ordre de la grâce ce qu'Il n'a fait pour aucun autre et ce qui n'était ni dû ni convenable pour tout le genre humain: et non seulement les Faveurs, les Bienfaits et les Dons que le Très-Haut fit à Sa Mère doivent être singuliers, mais la règle générale est qu'Il ne lui refusa aucun de ceux qu'Il put lui faire et qui redondât à sa gloire et à sa sainteté, après celle de Son humanité très Sainte.

6, 29, 1516. Mais en ce qui touche la manifestation de ces merveilles à Son Église, il y a d'autres raisons de la très sublime Providence avec laquelle le Seigneur la gouverne et lui donne de nouveaux éclats de Lumière, selon les temps et les nécessités qui se présentent. Parce que le jour fortuné de la grâce qui s'est levé pour le monde par l'Incarnation du Verbe fait chair et la Rédemption des hommes a eu son matin et son midi, comme il aura son couchant; et la Sagesse éternelle dispose tout cela dans le temps et la manière qu'il convient opportunément. Et quoique tous les Mystères de Jésus-Christ, et de Sa Mère soient révélés dans les Saintes Écritures ils ne sont cependant pas tous également manifestés en même temps; mais le Seigneur tire peu à peu le voile qui couvre les figures, les métaphores ou les énigmes, par lesquelles plusieurs mystères ont été révélés, comme étant renfermés et réservés pour leur temps, comme sont les rayons du soleil sous la nuée qui les intercepte jusqu'à ce qu'elle se retire. Et il n'est pas étonnant que le Seigneur ne communique que par partie aux hommes quelques-uns des nombreux rayons de Sa Lumière divine, puisqu'Il en agit ainsi même avec les Anges, car quoique ceux-ci connussent, dès leur création, le Mystère de l'Incarnation en substance et comme en général, comme la fin à laquelle tout leur ministère auprès des hommes était ordonné, néanmoins toutes les conditions, tous les effets et toutes les circonstances de ce Mystère ne furent pas manifestés à ces Divins esprits. Au contraire, ils en connurent beaucoup depuis les cinq mille deux cents ans et plus de la création du monde. Cette nouvelle connaissance de ce qu'ils ne savaient point en particulier leur causait de nouveaux
effets d'admiration, de louange et de gloire qu'ils en rendaient à l'Auteur, comme je l'ai répété plusieurs fois dans tout le cours de cette Histoire [c]. Par cet exemple je réponds à l'étonnement que le mystère que j'écris ici de la Très Sainte Marie peut causer en celui qui l'entend pour la première fois, mystère qui est demeuré caché jusqu'à ce que le Très-Haut ait voulu le manifester avec les autres que j'ai écrits et que j'écrirai plus loin.

6, 29, 1517. Avant que j'eusse été instruite de ces raisons, quand je commençai à connaître ce mystère, que notre Sauveur Jésus-Christ avait amené Sa Mère avec Lui à Son Ascension, mon admiration ne fut pas petite, non tant en mon nom, que pour les autres auxquels cette connaissance devait arriver. Entre les autres choses que je compris alors dans le Seigneur, je me souvins de ce que saint Paul a laissé écrit de lui-même dans l'Église, lorsqu'il rapporta le ravissement qu'il eut, jusqu'au troisième Ciel qui est celui des Bienheureux, où il laisse en doute s'il fut ravi avec son corps ou hors de son corps, sans affirmer ni nier aucune de ces deux manières, supposant au contraire que ce put être selon l'une ou l'autre. Je compris aussi que ce ravissement arriva à l'Apôtre dans le commencement de sa conversion, de manière qu'il put être porté au Ciel empirée corporellement, quand aucun mérite n'avait encore précédé en lui, mais seulement des péchés, et que la Puissance divine n'a point vu de péril ni d'inconvénient dans l'Église de lui accorder ce miracle; comment pourrait-on douter que le Seigneur a fait la même faveur à Sa Mère, surtout après tant de mérites et de sainteté ineffables? De plus le Seigneur ajouta que s'il fut accordé à d'autres Saints de monter en corps et en âme avec Sa Majesté, de ceux qui étaient ressuscités dans leur corps à la Résurrection de Jésus-Christ, il y avait plus de raisons d'accorder cette faveur à Sa Très Pure Mère, puisque lors même que ce Bienfait n'aurait été accordé à aucun des mortels, il eût été dû en quelque sorte à la Très Sainte Marie pour avoir souffert avec le Seigneur. Et il était raisonnable qu'Elle entrât en part avec Lui de la joie et du triomphe avec lesquels Il arrivait pour prendre possession de la droite de Son Père, afin que Sa Mère prît aussi possession de la sienne, Elle qui Lui avait donné de sa propre substance cette nature humaine en laquelle Il montait triomphant aux Cieux. Et ainsi, comme il était convenable que le Fils et la Mère ne fussent point éloignés dans cette gloire, il l'était aussi qu'aucun autre du genre humain, n'arrivât en corps et en âme à la possession de cette félicité éternelle avant la Très Sainte Marie, quand c'eût été son Père ou sa Mère, son époux Joseph et les autres. En ce jour sans la Très Sainte Marie, cette partie de joie accidentelle leur
eût manqué à tous, ainsi qu'au Seigneur même, son Très Saint Fils Jésus, si Elle n'était pas entrée avec eux dans la Patrie Céleste comme Mère de leur Réparateur et Reine de toutes les créatures, qu'aucun de ses vassaux ne devait surpasser dans cette faveur et ce Bienfait.

6, 29, 1518. Ces congruités me paraissent suffisantes pour que la piété Catholique se console et se réjouisse par la connaissance de ces mystères et de ceux de cette nature que je dirai plus loin dans la troisième partie. Et revenant au discours de cette Histoire, je dis que notre Sauveur amena Sa Très Saint Mère avec Lui dans Son Ascension aux Cieux, pleine de gloire et de splendeur à la vue des Anges et des Saints à la jubilation et à l'admiration incroyable de tous. Et il fut très convenable que les Apôtres et les autres fidèles ignorassent alors ce mystère; parce que s'ils eussent vu leur Mère et leur Maîtresse monter avec Jésus-Christ, la désolation les eût affligés sans mesure ni recours d'aucun soulagement: puisqu'il ne leur en restait point d'autre plus grand que d'imaginer qu'ils avaient avec eux la Bienheureuse Dame, leur Très Douce Mère. Cependant grands furent leurs soupirs, leurs larmes et leurs clameurs qu'ils donnaient de l'intime de l'âme, quand ils virent, que leur Maître, leur Rédempteur très aimant S'éloignait par la région de l'air. Et quand ils Le perdaient déjà de vue, une nuée très brillante s'interposa entre le Seigneur et ceux qui demeuraient sur la terre, et par cette nué Il leur fut caché (Act. 1: 9) tout à fait et ils cessèrent de Le voir. La Personne du Père Éternel venait dans cette nuée, car Il descendit du suprême Ciel à la région de l'air pour recevoir Son Fils fait homme et la Mère qui Lui avait donné l'Être nouveau dans lequel Il retournait. Et le Père Éternel Les approchant de Lui-même, les reçut avec un embrassement inséparable d'Amour Infini, ce qui fut un sujet de joie nouvelle pour les Anges qui venaient du Ciel en armées innombrables, assistant la Personne du Père Éternel. Ensuite pénétrant en un court espace de temps les éléments et les globes célestes toute cette divine Procession arriva au Lieu suprême de l'empirée. Les Anges qui étaient montés de la terre avec leur Roi et leur Reine, Jésus et Marie, et ceux qui retournaient de la région de l'air, s'adressèrent à l'entrée aux autres qui étaient demeurés dans les hauteurs et ils répétèrent ces paroles de David (Ps. 23: 7) en y ajoutant d'autres qui déclarent le mystère et ils dirent:

6, 29, 1519. «Ouvrez, Princes, ouvrez vos portes éternelles, qu'elles se lèvent et soient ouvertes, afin qu'Il entre dans Sa Demeure le grand Roi de la gloire, le Seigneur des Vertus, Celui qui est Puissant dans les combats, le Fort et le Vainqueur qui vient victorieux et triomphant de tous Ses ennemis. Ouvrez les portes du souverain Paradis et qu'elles soient toujours franches et patentes; car Il monte, le nouvel Adam, le Réparateur de tout le genre humain, Celui qui est riche en Miséricorde (Eph. 2: 4-5), abondant en Trésors de Ses propres mérites, chargé des dépouilles et des prémices de la copieuse Rédemption (Ps. 129: 7) qu'Il a opérée dans le monde par Sa Mort. Il a restauré la ruine de notre nature, et Il a élevé la nature humaine à la suprême dignité de Son propre Être immense. Il revient désormais avec le royaume des rachetés et des élus que Son Père Lui a donné. Sa libérale Miséricorde a laissé aux mortels la puissance de reconquérir, de justice (2 Tim. 4: 7-Cool, le droit qu'ils avaient perdu par le péché de mériter par l'observation de Sa Loi la Vie Éternelle, comme Ses frères et les héritiers des Biens de Son Père; et pour Sa plus grande gloire et notre joie Il amène avec Lui et à Son côté la Mère de Piété qui Lui a donné la forme humaine en laquelle Il a vaincu le démon, et notre Reine vient si agréable et si spécieuse qu'Elle réjouit ceux qui la regardent. Sortez, sortez, divins Courtisans et vous verrez notre Roi très beau avec le diadème (Cant. 3: 11) que Lui a donné Sa Mère, et Sa Mère couronnée de la gloire que lui a donnée son Fils.»

6, 29, 1520. Avec cette jubilation qui surpasse notre pensée, cette Procession si bien ordonnée et si nouvelle arriva au Ciel empirée. Les Anges et les Saints étant placés en deux choeurs, notre Rédempteur Jésus-Christ et Sa Bienheureuse Mère passèrent et tous rendirent selon leur rang la suprême adoration à chacun et aux Deux respectivement, chantant des cantiques nouveaux de louange aux Auteurs de la Vie et de la grâce. Le Père Éternel fit asseoir le Verbe Incarné à Sa droite dans le trône de la Divinité, avec tant de gloire et de majesté qu'il mit tous les habitants des Cieux dans une nouvelle admiration et une nouvelle crainte révérencielle, car ils connaissaient par la Vision claire et intuitive, la Divinité de gloire et de Perfections infinies renfermée et unie substantiellement dans une Personne à l'Humanité très Sainte embellie et élevée à la prééminence et à la gloire qui Lui résultaient de cette union inséparable; que les yeux n'ont point vues (Is. 44: 4), que les oreilles n'ont point entendues et qui n'ont jamais pu entrer dans une pensée créée.

6, 29, 1521. La sagesse et l'humanité de notre Reine très prudente montèrent à leur comble en cette occasion; parce qu'au milieu de ces Faveurs si divines et si admirables, elle demeura comme sur le marche-pied du trône royale, anéantie dans sa propre connaissance de pure Créature terrestre; et prosternée Elle adora le Père et Elle Lui fit de nouveaux cantiques de louange pour la gloire qu'Il communiquait à Son Fils élevant en Lui Son Humanité déifiée dans une grandeur et une gloire si éminentes. Ce fut pour les Anges et les Saints un nouveau motif d'admiration et de joie de voir la très prudente humilité de leur Reine de qui ils copiaient avec une sainte émulation, comme d'un Miroir vivant ses vertus d'adoration et de révérence. Aussitôt on entendit une voix du Père qui lui disait: «Ma fille, monte plus haut.» Son Très Saint Fils l'appela aussi disant: «Ma Mère, lève-toi et monte au lieu que Je te dois pour M'avoir imité et suivi.» L'Esprit-Saint lui dit: «Mon Épouse et Mon Amie, arrive à Mes embrassements éternels.» Ensuite fut manifesté à tous les bienheureux le décret de la Bienheureuse Trinité par lequel elle signalait la droite de Jésus-Christ comme la place et le siège de Sa Très Heureuse Mère pour toute l'éternité, en récompense de ce qu'Elle Lui avait donné l'Être humain de son propre sang, et de ce qu'Elle L'avait élevé, servi, imité et suivi avec la plénitude de perfection possible à une pure Créature; déclarant qu'aucun autre de la nature humaine ne prendrait possession de cette place et de cet état inamissible qui lui correspondait, au contraire que la Reine l'aurait et qu'après sa Vie Elle serait placée en ce lieu qui lui était désigné de justice comme supérieure, avec une distance souveraine de tout le reste des Saints.

6, 29, 1522. En complément de ce décret la Très Sainte Marie fut colloquée dans le trône de la Bienheureuse Trinité à la droite de son Très Sainte Fils, connaissant Elle-même, aussi bien que tous les autres Saints, que la possession de cette place lui était donnée non seulement pour toutes les éternités, mais aussi en laissant à l'élection de sa volonté si Elle voulait y demeurer, sans la quitter dès lors, ni retourner au monde. Parce que c'était comme une Volonté conditionnée des Personnes divines qu'en autant qu'il était du côté du Seigneur, Elle demeurât dans cet état. Et afin qu'Elle choisit, l'état qu'avait la Sainte Église militante sur la terre lui fut manifesté, ainsi que la solitude et la nécessité des fidèles dont la protection était laissée à son choix. Cet ordre de la Providence admirable du Très-Haut fut de donner occasion à la Mère de Miséricorde de se surpasser et de se
devancer Elle-même, et d'obliger le genre humain par un acte de piété et de clémence comme celui qu'Elle fit, semblable à celui qu'avait fait son Fils en acceptant l'état passible pour nous racheter, et en suspendant la gloire qu'Il pouvait et devait recevoir dans Son Corps. La Bienheureuse Mère L'imita aussi en cela, afin qu'Elle fut en tout semblable au Verbe Incarné; et la grande Dame du Ciel connaissant sans erreur tout ce qui lui était proposé, se leva du trône et prosternée en Présence des trois Personnes, Elle parla et dit: «Mon Seigneur et mon Dieu éternel et tout-puissant, en acceptant dès maintenant cette récompense que m'offre Votre Bonté ce serait pour mon repos. En retournant dans le monde afin de travailler davantage dans la vie mortelle parmi les enfants d'Adam, en aidant les fidèles de Votre Sainte Église, ce doit être pour la gloire et l'agrément de Votre Majesté et pour le bénéfice de mes enfants exilés et voyageurs. J'accepte le travail et je renonce pour le temps présent au repos et à la joie que je reçois de Votre Présence. Je connais bien ce que je possède et ce que je reçois, et je le sacrifie à l'amour que j'ai pour les hommes. Acceptez mon sacrifice, ô Seigneur de tout mon être, et que Votre Vertu divine me gouverne dans l'entreprise que Vous m'avez confiée. Que Votre Foi se répande, que Votre saint Nom soit exalté et que Votre Église acquise par le Sang de Votre Fils Unique, et le mien se multiplie; car je m'offre de nouveau à travailler pour votre gloire et pour gagner toutes les âmes que je pourrai [d].

6, 29, 1523. La Très Pieuse Mère, la Reine des Vertus fit cette résignation jamais imaginée; et Elle fut si agréable en l'Acceptation divine que le Seigneur la lui récompensa aussitôt, la disposant par les purifications et les illuminations que j'ai rapportés d'autres fois [e] pour voir la Divinité intuitivement; car dans cette vision elle ne L'avait vue jusqu'alors que par la vision abstractive, avec tout ce qui avait précédé. Et étant ainsi élevée, la divinité Se manifesta à Elle dans la Vision Béatifique et Elle fut comblée de gloire et de Bien célestes tels qu'ils ne peuvent être racontés ni connus en cette vie.

6, 29, 1524. Le Très-Haut renouvela en Elle tous les Dons qu'Il lui avait communiqués jusqu'alors et Il les confirma et les scella de nouveau dans le degré qui convenait, pour l'envoyer une autre fois comme Mère et Maîtresse de la Sainte Église, et avec le titre qu'Il lui avait donné auparavant de Reine de l'Univers, d'Avocate et de Maîtresse des fidèles: et comme le sceau s'imprime dans une cire molle, ainsi par la vertu de la Toute-Puissance divine, l'Être humain et l'Image du Christ fut réimprimé de nouveau dans la Très Sainte Marie, afin qu'Elle retournât avec ce Signe à l'Église militante, où Elle devait être le Jardin véritablement fermé et scellé (Cant. 4: 12) pour garder les eaux de la Vie Éternelle. O mystères aussi vénérables que sublimes! O secrets de la Majesté divine dignes de toute révérence! O charité et clémence de la Très Sainte Marie, jamais imaginés des ignorants enfants d'Ève! Ce ne fut pas sans mystère que Dieu remit au choix de cette Mère unique et pieuse le secours de Ses enfants les fidèles; ce fut une industrie, afin de nous manifester dans cette merveille ce maternel amour que peut-être nous ne serions pas parvenus à connaître en tant d'autres Oeuvres. Ce fut un Ordre divin, afin que cette excellence ne lui manquât point à Elle, ni à nous, cette dette et cet exemple si admirable pour nous provoquer. A la vue de cette superfine tendresse, tout ce que les Saints ont fait et ce que les Martyrs ont souffert ne peut nous paraître beaucoup, puisqu'ils se sont privés de quelque contentement momentané pour arriver au repos, tandis que notre Très Aimante Mère s'est privée de la joie véritable pour revenir au secours de ses petits enfants. Comment éviterons-nous notre confusion quand nous ne voulons même pas nous priver d'un plaisir léger et trompeur qui nous acquiert la mort et l'inimitié de Dieu même, ni pour reconnaître ce bienfait, ni pour imiter cet exemple, ni pour obliger cette Auguste Reine, ni pour acquérir sa Compagnie éternelle et celle de son Fils. Bénie soit une telle Femme, que les Cieux mêmes la louent et que toutes les générations l'appellent Fortunée et Bienheureuse!

6, 29, 1525. J'ai mis fin à la première partie de cette Histoire par le chapitre 31 des paraboles de Salomon, déclarant par ce même chapitre les vertus excellentes de cette grande Reine qui fut l'unique Femme Forte de l'Église et je peux fermer cette seconde partie avec le même passage, parce que l'Esprit-Saint a tout compris dans la fécondité des Mystères que les Paroles de cet endroit de l'Écriture Sainte renferment. Dans ce grand sacrement dont j'ai traité ici, ce passage se vérifie ici avec une plus grande excellence, par l'état si sublime où la Très Sainte Marie demeura après ce Bienfait. Mais je ne m'arête point à répéter ce que j'ai dit là; parce qu'avec ces explications on comprendra beaucoup de ce que je pourrais dire ici. Je déclarerai seulement comment cette Reine fut la Femme Forte (Prov. 31: 10) dont la valeur et le prix vint de loin et des derniers confins, du Ciel empirée; la confiance que la Bienheureuse Trinité eut en Elle; et le Coeur de son Mari ne Se trouva point frustré, parce que rien ne Lui manqua de ce qu'Il attendait d'Elle. Elle fut le Navire du Marchand qui apporta du Ciel l'Aliment de l'Église; Celle qui la planta par le fruit de ses mains; Celle qui se ceignit de force, qui corrobora son bras pour de grandes choses, qui étendit ses mains vers les pauvres et qui ouvrît ses mains aux abandonnés; Celle qui vit et goûta à la vue de la récompense dans la Béatitude combien ce commerce était bon; Celle qui vêtit ses domestiques avec de doubles vêtements; Celle dont la lampe ne s'éteignit point dans la nuit de la tribulation et qui ne put craindre dans la rigueur des tentations. Pour tout cela avant de descendre des Cieux, Elle demanda au Père Éternel la Puissance, au Fils la Sagesse, à l'Esprit-Saint le feu de Son Amour et à toutes les trois Personnes leur assistance, et pour descendre, leur Bénédiction. Et étant prosternée devant Leur trône Ils la lui donnèrent et Ils la remplirent de nouvelles influences et d'une nouvelle participation de la Divinité. Ils prirent congé d'Elle avec Amour après l'avoir remplie du Trésor ineffable de leur grâce. Les saint Anges et les Justes l'exaltèrent par des bénédictions et des louanges admirables, avec quoi Elle revint à la terre, comme je le dirai dans la troisième partie avec ce qu'Elle opéra dans la Sainte Église le temps qu'il convenait qu'Elle y demeurât; car tout fut pour l'admiration du Ciel et le bénéfice des hommes; car Elle travailla et souffrit toujours pour qu'ils obtinssent la Félicité Éternelle. Comme Elle avait connu la valeur de la Charité dans son Origine ou son Principe: en Dieu Eternel qui est Charité (1 Jean 4: 16), Elle en demeura embrasée, et son pain de jour et de nuit fut Charité; et Elle descendit de l'Église triomphante à la militante, comme une abeille officieuse, chargée des fleurs de la Charité pour travailler le doux rayon de miel de l'Amour de Dieu et du prochain, avec quoi Elle nourrit les tout petits enfants de l'Église primitive, et Elle les éleva jusqu'à en faire des hommes si robustes et si consommés (Eph. 2: 19-20) dans la perfection qu'ils furent des fondements suffisants pour les édifices sublimes de la Sainte Église.

6, 29, 1526. Pour mettre fin à ce chapitre et avec lui à cette seconde partie, je retournerai à la Congrégation des fidèles que nous laissâmes si affligés sur le mont des Oliviers. La Très Sainte Marie ne les oublia point au milieu de ses gloires; et voyant leur tristesse et leur pleur et qu'ils étaient tous comme absorbés regardant vers la région de l'air par où leur Rédempteur et leur Maître leur avait été caché, la douce Mère tourna ses yeux de la nuée où Elle montait et d'où Elle les assistait. Voyant leur douleur, Elle demanda amoureusement à Jésus de consoler Leurs pauvres enfants qu'Ils laissaient orphelins sur la terre. Le Rédempteur du genre humain touché des prières de Sa Mère, dépêcha de la nuée des Anges avec des vêtements blancs et resplendissants, qui apparurent en forme humaine à tous les Disciples et les fidèles et s'adressant à eux ils leur dirent (Act. 1: 11): «Hommes de Galilée, ne persévérez point à regarder au Ciel avec tant d'admiration; parce que ce Seigneur Jésus qui S'est éloigné de vous et est monté au Ciel doit revenir avec la même gloire et la même majesté que vous L'avez vu maintenant.» Par ces paroles et d'autres qu'Ils ajoutèrent, ils consolèrent les Apôtres et les disciples et les autres afin qu'ils ne défaillissent point et qu'ils attendissent dans la retraite la venue et la consolation de l'Esprit-Saint que leur divin Maître leur avait promise.

6, 29, 1527. Mais je remarque que quoique ces paroles des Anges fussent de consolation pour ces hommes et ces femmes, elles furent aussi de reproche de leur peu de foi. Parce que si leur foi avait été bien informée et bien fortifiée par l'amour pur de la Charité, il n'eût été ni nécessaire ni utile de regarder en suspens vers le Ciel, puisqu'ils ne pouvaient plus désormais voir leur Maître ni Le retenir par cet Amour et cette tendresse si sensible qui les obligeait à regarder en l'air par où Il était monté au Ciel: mais au contraire, ils pouvaient Le voir et Le chercher par la foi où Il était, et avec cette foi ils L'eussent trouvé assurément. Du reste c'était une manière oiseuse et imparfaite de Le chercher, puisque ce n'était pas nécessaire de Le voir et de Lui parler corporellement, pour L'incliner à les assister par Sa grâce: et c'était un défaut répréhensible pour des hommes si illustres et si parfaits de ne point le comprendre de cette manière. Les Apôtres et les disciples avaient fréquenté longtemps l'École de notre bien-aimé Jésus et ils avaient bu la Doctrine de la perfection à sa propre source si pure et si cristalline, donc ils eussent pu être déjà très spiritualisés et très capables de la plus haute perfection. Mais notre nature est si malheureuse et si asservi aux sens et si inclinée à chercher son contentement dans les choses sensibles qu'elle veut aimer et goûter sensiblement même ce qui est le plus Divin et le plus spirituel: et accoutumée à cette grossièreté, elle tarde beaucoup à la secouer et à s'en purifier; et parfois elle se trompe quand elle aime l'objet le meilleur avec le plus de sécurité et de satisfaction. Cette vérité fut expérimentée pour notre instruction dans les Apôtres à qui le Seigneur avait dit qu'Il était la Vérité et la Lumière de telle sorte qu'Il était en même temps la Voie et qu'ils devaient arriver par Lui à la connaissance (Jean 14: 7) de Son Père Éternel: car la Lumière n'est pas pour se manifester à elle seule, et la Voie n'est pas pour demeurer en elle-même.

6, 29, 1528. Cette Doctrine si souvent répétée dans l'Évangile et entendue de la bouche même de son Auteur et confirmée par l'exemple de Sa Vie aurait pu élever l'esprit et le coeur des Apôtres à la comprendre et à la pratiquer. Mais le même goût spirituel et sensible qu'ils recevaient de la conversation et de l'entretien de leur Maître et la sécurité avec laquelle ils L'aimaient de justice occupa toutes les forces de leur volonté attachée au sens, de manière qu'ils ne savaient même pas sortir de cet état, ni prendre garde qu'en ce goût spirituel, ils se cherchaient beaucoup eux-mêmes, attirés, entraînés par l'inclination au plaisir spirituel qui vient par les sens. Et si leur Maître même ne les eût pas laissés en montant aux Cieux il eût été très difficile de les éloigner de Sa conversation sans une grande tristesse et une grande amertume et ainsi, ils n'eussent pas été si propres à la prédication de l'Évangile qui devait s'étendre par tout le monde, au prix de beaucoup de travail, de suer, et de la vie même de ceux qui le prêchaient. Ceci était un office pour des hommes non puériles, mais courageux et forts dans l'amour, non amateurs des consolations sensibles de l'esprit, mais disposés à souffrir (2 Cor. 6: Cool l'abondance et la disette, l'infamie et la bonne renommée, les honneurs et les déshonneurs, la tristesse et la joie, conservant dans cette variété l'amour et le zèle de l'honneur de Dieu, avec un coeur magnanime et supérieur à toutes les prospérités et les adversités. Avec cette réprimande des Anges, ils revinrent du mont des Oliviers, au Cénacle (Act. 1: 12) avec la Très Sainte Marie, où ils persévérèrent avec Elle dans l'oraison, attendant la venue de l'Esprit-Saint, comme nous le verrons dans la troisième partie.

DOCTRINE QUE ME DONNA LA REINE DU CIEL,
LA TRÈS SAINTE MARIE.

6, 29, 1529. Ma fille tu donneras une heureuse fin à cette seconde partie de ma Vie, en demeurant instruite et persuadée de la suavité très efficace du divin Amour et de Son immense libéralité envers les âmes qui ne L'empêchent point par elles-mêmes. Il est conforme à l'inclination du souverain Bien et à Sa sainte et parfaite Volonté de réjouir Ses créatures plutôt que de les affliger; de leur donner des consolations plutôt que des afflictions; de les récompenser plutôt que de les châtier, de les dilater plutôt que de les contrister. Mais les mortels ignorent cette Science divine, parce qu'ils désirent que les consolations, les plaisirs et les récompenses terrestres et dangereuses leur viennent de la main du Souverain Bien, faisant passer ces consolations avant les véritables et assurées. L'Amour divin répare cette erreur pernicieuse lorsqu'Il les corrige par les tribulations, les afflige par les adversités, les enseigne par les châtiments; car la nature humaine est lente, grossière et rustique et si l'on ne cultive et ne rompt sa dureté, elle ne donne aucun fruit mûr et savoureux, et avec ses inclinations elle n'est pas bien disposée pour l'entretien très doux et très aimable du Souverain Bien. Et ainsi, il est nécessaire de l'exercer et de la polir par le marteau des travaux et de la renouveler dans le creuset de la tribulation, avec quoi elle se rend disposée et capable des Dons et des faveurs divines, apprenant à ne point aimer les objets terrestres et faux, où la mort est cachée.
6, 29, 1530. Lorsque je connus la récompense que la Bonté éternelle m'avait préparée, tout ce que j'avais souffert me parut peu; c'est pourquoi Dieu disposa par Sa Providence admirable que je revinsse à L'Église militante par ma propre volonté et ma propre élection; parce que cet ordre venait à être de plus grande exaltation pour le saint Nom du Très-Haut et de plus grande gloire pour moi, et le secours de L'Église et de ses enfants s'ensuivait de la manière la plus sainte et la plus admirable. Et il me sembla que c'était une chose due d'être privée pendant ces années que je vécus dans le monde de la félicité que j'avais dans le Ciel et de revenir dans le monde acquérir de nouveaux fruits d'Oeuvres et d'Agrément du Très-Haut; parce que je devais tout à la Bonté divine qui m'avait élevée de la poussière. Apprends donc de cet exemple, ma très chère, et anime-toi courageusement à m'imiter, dans le temps où la Sainte Église se trouve si affligée et si environnée de tribulations, sans avoir de ses enfants qui tâchent de la consoler. Je veux que tu travailles avec courage dans cette cause, priant, demandant et invoquant le Tout-Puissant de l'intime de ton coeur pour ses fidèles; souffrant pour cela et donnant même ta propre vie s'il était nécessaire, car je t'assure, ma fille, que ta sollicitude sera très agréable aux yeux de mon Très Saint Fils et aux miens.
Que tout soit pour la gloire et l'honneur du Très-Haut, Roi des siècles, Immortel et Invisible (1 Tim. 1: 17), et de Sa Très Sainte Mère, la Vierge Marie, pendant toutes les éternités.
NOTES EXPLICATIVES
Extraites de celles de Don Creseto, à l'usage des prêtres.
6, 29, [a]. On voit encore sur le mont des Oliviers les vestiges sacrés des Pieds du Sauveur imprimés sur le roc à Son Ascension au Ciel. Saint Cyrille de Jérusalem dans ses Catéchismes en appelait en témoignage tous les habitants de la ville. Corn. A. Lapide [in Act. Apost., I, 12].
6, 29, [b]. C'est ce que l'on appelle "bilocation" dont on a constaté plusieurs exemples dans la vies des Saints, spécialement dans la vie de saint Alphonse de Liguori, de saint Antoine de Padoue et d'autres.
6, 29, [c]. Livre 4, Nos. 631, 692; Livre 5, No. 997; Livre 6, Nos. 1261, 1286.
6, 29, [d]. La nature humaine tend par elle-même à la dissolution et à la mort, «parce qu'elle a une matière composé de contraires, c'est pourquoi l'homme est naturellement corruptible.» Saint Thomas [I-2, quest. 85, art. VI]. Mais Dieu accorda le Don de l'immortalité au premier homme et à tous ses descendants, supposé que leur premier père Adam conservât la sainteté et la grâce originelle en laquelle il avait été constitué. Pour cela, dans cet état primitif, l'homme était, comme l'écrit très bien saint Augustin, mortel par sa nature de corps animal, mais immortel par le bienfait du Créateur. [De genes. ad litt. lib. VI cap. XXV; «mortalis de conditione corporis animalis, immortalis beneficio conditoris.»
Mais Adam pécha, et ce péché frappa toute la nature humaine tellement qu'elle resta incontinent privée de la grâce et en même temps du Don de l'immortalité. Depuis lors la mort régna dans le monde, non plus comme simple défaut de nature, mais comme peine du péché. Néanmoins la Très Sainte Vierge étant exempte du péché originel devait être aussi exempte de la peine de ce péché, c'est-à-dire de la mort en tant que celle-ci est la peine du péché. La Sainte Église enseigne dans la définition dogmatique de l'Immaculée Conception: que la création de la Très Sainte Marie fut décidée par le même et identique décret par lequel l'Incarnation du Verbe fut décrété: uno eodemque Decreto cum Divinae sapientiae Incarnatione. Il s'en suit donc, comme saint Liguori l'enseigne dans "Les Gloires de Marie", qu'Elle n'a pas encouru la dette de contracter le péché, ni non plus la dette de la mort, peine du péché.
6, 29, [e]. Livre 2, Nos. 626 etc.
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Message par sga le Ven 3 Jan 2020 - 10:42

LIVRE VII


INTRODUCTION


7, Intro, 1. Plus celui qui navigue sur une mer haute et dangereuse s'y trouve avancé, plus il a coutume de craindre les tourments et les corsaires ennemis dont il peut être assailli. L'ignorance et la faiblesse augmentent ce souci; parce qu'il ne sait ni quand, ni par où il rencontrera le danger, ni non plus s'il sera assez puissant pour le détourner avant qu'il arrive, ou pour y résister quand il arrivera. C'est cela même qui m'arrive à moi, lancée sur la mer immense de l'excellence et des grandeurs de la Très Sainte Marie, quoique ce soit une mer de lait, pleine d'une sérénité très tranquille; car je la connais et la confesse comme telle. Et il ne me suffit pas pour vaincre mes craintes de me trouver si avancée dans cet océan de la grâce, ayant écrit la première et la seconde partie de sa très sainte Vie; parce que j'ai connu en Elle-même, comme dans un miroir immaculé, avec une plus grande lumière et une plus grande clarté mon insuffisance et ma vileté propres; l'Objet de cette Histoire divine m'est représenté avec la connaissance la plus évidente comme plus impénétrable et moins compréhensible pour tout entendement créé. Les ennemis, les princes des ténèbres ne reposent pas non plus; mais comme des corsaires très nuisibles, ils prétendent m'affliger et me décourager par de fausses illusions et des tentations pleines d'iniquité et d'astuce au-dessus de toute ma pondération. Le navigateur n'a pas d'autre recours, si ce n'est de tourner sa vue vers le nord, où l'étoile de la mer fixe et assurée le gouverne et le guide à travers les vagues. Je tâche de faire la même chose dans la tourmente de mes tentations et de mes craintes variées. Et tournée vers mon Étoile, la Très Sainte Marie et vers le Nord de la Volonté divine que je connais par l'obéissance, souvent affligée, troublée et craintive, je crie du fond de mon coeur et je dis: Seigneur, Dieu très haut, que ferais-je parmi mes doutes? Poursuivrai-je cette Histoire ou changerai-je d'intention? Et vous, Mère de la grâce et ma Maîtresse, déclarez-moi la Volonté de Votre Très Saint Fils et la Vôtre.

7, Intro, 2. Je confesse avec vérité et comme je le dois à la Bonté divine qu'Il a toujours répondu à mes clameurs, et Il ne m'a jamais refusé Sa Clémence paternelle, me déclarant par divers moyens que c'était Sa Volonté que je continuasse à écrire. Cette vérité de l'assistance de la Lumière divine est entendue en ce que j'ai déjà écrit la première et la seconde partie; néanmoins, outre cette faveur, le Seigneur m'a tranquillisée et rassurée très souvent par Lui-même, par Sa Très Sainte Mère et Ses Anges, ajoutant assurances sur assurances et témoignages sur témoignages pour vaincre mes craintes et mes lâchetés. Et ce qui est plus, les Anges visibles, qui sont les prélats et les ministres du Seigneur dans Sa Sainte Église m'ont approuvée, et ils m'on intimé la Volonté du Très-Haut, afin que je la crusse et l'exécutasse sans crainte en poursuivant cette Histoire divine. L'intelligence de la Lumière ou Science infuse, ne m'a pas non plus manqué, laquelle avec une suavité forte et une force suave, appelle, enseigne et meut à connaître le plus sublime de la perfection, le plus pur de la sainteté, le suprême de la vertu et le plus aimable de la volonté et tout cela m'est offert comme renfermé et réservé dans cette Arche Mystique de la Très Sainte Marie, comme une manne cachée, afin que tous s'approchent pour la posséder et la goûter.

7, Intro, 3. Néanmoins, pour entrer dans cette troisième partie et commencer à l'écrire, j'ai eu de nouvelles et fortes contradictions, non moins difficiles à vaincre que pour les deux premières. Je peux affirmer sans crainte que je n'ai pas écrit une phrase ni un mot, ni je ne me suis déterminée à l'écrire sans reconnaître plus de tentations que je n'écris de lettres. Et quoique pour l'embarras de mes craintes je me suffise à moi-même, puisque connaissant ce que je suis, je ne puis laisser d'être timide, et je ne puis attendre de moi autre chose que ce que j'expérimente dans ma faiblesse; mais ni cela ni la grandeur du sujet n'étaient les empêchements que je trouvais, quoique je ne les aie pas connus aussitôt, j'ai présenté au Seigneur la seconde partie que j'avais écrite, comme je l'avais fait auparavant de la première. L'obéissance m'obligeait avec rigueur de commencer cette troisième partie, et par la force que cette vertu communique à ceux qui s'y assujettissent, j'animais ma faiblesse et j'encourageais l'abattement que je reconnaissais en moi pour exécuter ce qui m'était commandé. Mais entre les désirs et les difficultés de commencer, je fus flottante pendant quelques jours, comme un navire combattu de forts vents contraires.

7, Intro, 4. D'un côté le Seigneur me répondit de poursuivre ce qui était commencé, que telle était Sa Volonté et Son bon plaisir; et jamais je ne reconnaissais autre chose dans mes prières continuelles. Quoique parfois je dissimulais ces Ordres du Très-Haut et je ne les manifestais pas aussitôt à mon supérieur et à mon confesseur, non pour les cacher, mais pour une plus grande sécurité et pour ne point soupçonner qu'ils se gouvernaient seulement par mes informations; néanmoins Sa Majesté qui est si uniforme dans Ses Oeuvres, leur mettait dans le coeur une nouvelle force, afin qu'avec empire et préceptes ils me le commandassent, comme toujours ils l'ont fait. D'un autre côté l'envie et la malice de l'ancien serpent calomniaient toutes mes oeuvres et tous mes mouvements; et il excitait ou mouvait contre moi une tourmente furieuse de tentations, car parfois il voulait m'élever à la hauteur de son orgueil, et d'autres fois et le plus souvent il voulait m'abattre jusqu'à l'abîme du désespoir et m'envelopper dans une obscurité ténébreuse de craintes désordonnées, joignant à celles-ci diverses tentations intérieures et extérieures, croissant toutes au pas que j'allais dans la poursuite de cette Histoire, et surtout quand j'arrivais à la conclure. Cet ennemi se servit aussi du jugement de quelques personnes à qui je devais des égards par obligation naturelle, et elles ne m'aidaient point à poursuivre ce qui était commencée, et il troublait les religieuses que j'ai à ma charge. Il me semblait aussi que le temps me manquait; parce que je ne devais point laisser de suivre la communauté, ce qui est la plus grand obligation d'une supérieure. Avec toutes ces anxiétés je n'arrivais point à asseoir et à calmer mon intérieur dans la paix et la tranquillité qui était nécessaire et convenable pour recevoir la Lumière actuelle et l'intelligence des Mystères que j'écris; parce que celle-ci ne se perçoit pas bien ni ne se communique en entier parmi les tourbillons des tentations qui inquiètent l'esprit; et elle vient seulement dans un air doux et serein qui tempère les puissances intérieures.

7, Intro, 5. Affligée et troublée de tant de variété de tentations, mes clameurs ne cessaient point. Et un jour en particulier je dis au Seigneur: "Mon très-haut Seigneur, Bien-Aimé de mon âme, mes gémissements ne sont point cachés à Votre Sagesse ainsi que mes désirs de Vous donner du goût et de ne point errer à Votre service. Je me lamente amoureusement en Votre royale Présence, parce que, Seigneur, ou Vous me commandez ce que je ne peux accomplir, ou Vous donnez la main à Vos ennemis et les miens afin que par leur malice ils m'en empêchent." Sa Majesté me répondit à cette plainte, avec quelque sévérité et me dit: «Sache, ô âme, que tu ne peux continuer ce qui est commencé, ni achever d'écrire la Vie de Ma Mère si tu n'es en tout très parfaite et très agréable à Mes yeux; parce que Je veux cueillir en toi le fruit copieux de ce Bienfait, et que tu le reçoives la première avec toute plénitude; et afin que tu en profites comme Je le veux, il est nécessaire que tout ce que tu as de terrestre et de fille d'Adam soit consumé en toi; les effets du péché avec ses inclinations et ses mauvaises habitudes.» Cette réponse du Seigneur excita en moi de nouveaux soucis et des désirs plus enflammés d'exécuter tout ce qu'Il me donnait à connaître en elle; car ce n'était pas seulement une mortification commune des inclinations et des passions, mais une mort absolue de toute la vie animale et terrestre, une rénovation et une transformation en un autre être et une nouvelle vie céleste et angélique.

7, Intro, 6. Et désirant étendre mes forces à ce qui m'était proposé, j'examinais mes inclinations et mes appétits, je parcourais les rues et les recoins de mon intérieur, et je sentais un désir véhément de mourir à tout ce qui est visible et terrestre. Je souffris pendant quelques jours de grandes afflictions et de grandes désolations, en ces exercices; parce qu'avec mes désirs croissaient aussi les dangers et les occasions de distractions avec les créatures qui suffisaient pour m'empêcher; et lorsque je voulais davantage m'éloigner de tout, je me trouvais d'autant plus immergée et opprimée par cela même que j'abhorrais. L'ennemi se servait de tout cela pour me décourager, me représentant comme impossible la perfection de vie que je désirais. A cette désolation s'en joignit une autre nouvelle et extraordinaire avec laquelle je me trouvai inopinément. Ce fut que je commençai à sentir en ma personne une indisposition corporelle si vive et qui me rendait si sensible pour souffrir les travaux que ce qui était très facile me devenait plus intolérable que les plus grands que j'avais eus jusqu'alors. Les occasions de mortifications qui auparavant étaient très supportables m'étaient devenus on ne peut plus violentes, et pour toute douleur sensible je me sentais si faible, qu'elles me paraissaient des blessures mortelles. Souffrir une discipline m'était une défaillance jusqu'à m'évanouir; chaque coup me fendait le coeur; sans exagération je dis que seulement de me toucher une main avec l'autre me faisant couler des larmes, avec une grande confusion et une grande désolation pour moi de me voir si misérable. Et en me faisant effort pour travailler malgré le mal que j'avais, j'expérimentai que le sang me sortait par les ongles.

7, Intro, 7, J'ignorais la cause de cette nouveauté, et je discourais en moi-même et je me disais avec abattement: "Malheur à moi! Quelle est cette misère que j'éprouve? Quel est ce changement que je sens? Le Seigneur me commande de me mortifier et de mourir à tout et je me trouve maintenant plus vivace et moins mortifiée." Je souffris pendant quelques jours de grandes amertumes et de grandes désolations avec mes réflexions. Et pour les modérer le Seigneur me consola, me disant: «Ma fille et Mon épouse, que ton coeur ne s'afflige point par l'affliction et la nouveauté que tu éprouves en souffrant si vivement. J'ai voulu que par ce moyen, les effets du péché demeurassent éteints en toi, et que tu sois renouvelée pour une nouvelle vie et des opérations plus hautes et d'un plus grand agrément pour Moi; et jusqu'à ce que tu obtiennes ce nouvel état tu ne pourras commencer ce qui te reste à écrire de la Vie de Ma Mère et ta Maîtresse.» Avec cette nouvelle réponse du Seigneur je recouvrai quelque courage; parce que toujours Ses Paroles sont de Vie et elles les communiquent au coeur. Et quoique les travaux et les tentations ne se ralentissaient point, je me disposais à travailler et à combattre; mais toujours défiante de ma faiblesse et de ma débilité et craignant de n'y point trouver de remède. Je le cherchais contre elles dans la Mère de la Vie, et je déterminai de lui demander sa faveur véritablement et avec instance, comme à l'unique et dernier Refuge des nécessiteux et des affligés, et comme à Celle de qui, et par qui, me vinrent toujours beaucoup de Biens et de bénéfices à moi, la plus inutile de la terre.

7, Intro, 8, Je me prosternai aux pieds de cette grande Dame du Ciel et de la terre, et répandant mon esprit en sa présence, je lui demandai miséricorde et remède de mes imperfections et de mes défauts. Je lui représentai mes désirs de procurer son agrément et celui de son Très Saint Fils et je m'offris de nouveau pour son plus grand service, quand il devrait m'en coûter de passer par le feu et les tourments et même de répandre mon sang. La pieuse Mère me répondit à cette prière et me dit: «Ma fille, tu n'ignores point que tes désirs que le Très-Haut enflamme de nouveau dans ton coeur sont des gages et des effets de l'Amour avec lequel Il t'appelle pour Son intime communication et Sa familiarité. Sa Volonté très Sainte ainsi que la mienne est que de ton côté tu les exécutes pour ne point empêcher ta vocation ni retarder davantage l'agrément de Sa Majesté que je veux de toi. Je t'avertis et te déclare en tout le discours de la Vie que tu écris l'obligation avec laquelle tu reçois ce nouveau et grand Bienfait afin que tu copies en toi l'étampe vivante de la Doctrine que je te donne, et l'exemplaire de ma Vie selon les forces de la grâce que tu reçois. Tu arrives maintenant à écrire la troisième et dernière partie de mon Histoire, et il est temps que tu t'élèves à ma parfaite imitation, que tu te vêtes de nouvelles forces et que tu étendes la main vers des choses fortes. Avec cette nouvelle vie et ces opérations, tu commenceras ce qui reste à écrire, parce que tu dois exécuter à mesure ce que tu connais. Et sans cette disposition tu ne pourrais l'écrire; parce que la Volonté du Seigneur est que ma Vie demeure plus écrite dans ton coeur que sur le papier et que tu sentes en toi ce que tu écris, afin que tu écrives ce que tu sens.»

7, Intro, 9. «Je veux pour cela que ton intérieur se dépouille de toute image et de toute affection terrestre, afin qu'étant éloignée des choses visibles et les ayant oubliées, ta conversation et ton entretien continuels soient avec le Seigneur, ave moi et Ses Anges, et hors cela tout le reste doit être étranger pour toi. Par la force de cette vertu et de cette pureté que je veux de toi tu écraseras la tête de l'ancien serpent et tu vaincras la résistance qu'il te fait pour opérer et pour écrire. Et parce qu'en admettant ses craintes vaines tu as été lente à répondre au Seigneur, à croire à Ses Bienfaits et à entrer par la voie où Il veut te mener, je veux te dire maintenant, que pour cela Sa Providence divine a permis à ce dragon, comme ministre de Sa Justice, de châtier ton incrédulité et ta résistance à te soumettre à Sa Volonté parfaite. Et le même ennemi a réussi à te faire tomber en certaines fautes, te proposant ses erreurs sous le couvert de bonnes intentions et de fins vertueuses, travaillant à te persuader faussement que tu n'es pas pour de si grandes faveurs et de si grands Bienfaits parce que tu n'en mérites aucun, et il t'a rendue grossière et lente dans la reconnaissance. Il t'a beaucoup embarrassée dans cette tromperie, comme si ces Oeuvres du Seigneur étaient de justice et non de grâce, et tu as manqué d'opérer les grandes choses que tu pourrais avec la grâce de Dieu et tu n'as point correspondu à ce que tu reçois sans aucun mérite de ta part. Ma très chère, il est temps désormais que tu te rassures et que tu croies au Seigneur et à moi qui t'enseigne le plus sûr et le plus élevé de la perfection qui est mon imitation parfaite, et que l'orgueil et la cruauté du dragon soient vaincus et sa tête écrasée par la vertu de Dieu. Il n'est pas raisonnable que tu empêches ou retardes cette vertu; mais ayant tout oublié, tu dois te livrer affectueusement à la Volonté de mon Très Saint Fils et à la mienne; car Nous volons de toi le plus saint, le plus louable et le plus agréable à Nos yeux et à Notre bon plaisir.»

7, Intro, 10. Avec cette instruction de ma divine Dame, ma Mère et ma Maîtresse, mon âme reçut une nouvelle lumière et de nouveaux désirs de lui obéir en tout. Je renouvelai mes propos, je me déterminai à m'élever au-dessus de moi-même avec la grâce du Très-Haut, et je procurai de me disposer afin qu'en moi s'exécutât sans résistance Sa divine Volonté. Je m'aidai de l'âpre et du douloureux de la mortification qui était pénible pour moi à cause de la vivacité et de la sensibilité que je ressentais, comme je l'ai déjà dit; mais la guerre et la résistance du démon ne cessaient point. Je reconnaissais que l'entreprise que j'intentais était très ardue, et que l'état auquel m'appelait le Seigneur était un refuge, mais très haut pour la faiblesse humaine et la gravité terrestre. Je donnerai bien à entendre cette vérité et la lenteur de ma fragilité et de ma torpeur, en confessant que tout le cours de ma vie j'ai travaillé, et le Seigneur avec moi, pour m'élever de la poussière et du fumier de ma vileté, multipliant des Bienfaits et des faveurs qui excèdent mes pensées. Et quoique Sa puissante Droite les a tous dirigés à cette fin, il n'est pas convenable ni possible maintenant de les rapporter; cependant il ne me semble pas juste non plus de les taire tous afin que l'on voie en quel lieu si infime le péché nous met et quelle distance il interpose entre la créature raisonnable et la fin des vertus et de la perfection dont elle est capable, et combien il en coûte pour l'y restituer.

7, Intro, 11. Quelques années avant ce que j'écris maintenant, je reçus de la divine Droite un Bienfait grand et réitéré. Ce fut une espèce de mort comme civile, pour les opérations de la vie animale et terrestre; et à cette mort suivit en moi un autre état nouveau de Lumière et d'opérations. Mais comme toujours l'âme demeure vêtue de la corruption mortelle et terrestre, si le Seigneur ne renouvelle Ses merveilles et s'Il ne la favorise et ne l'aide de Sa grâce. Il renouvela en moi dans cette occasion la faveur que j'ai dite, par le moyen de la Mère de la Piété et cette douce Dame, cette grande Reine me parla et me dit dans une vision: «Considère, ma fille, que désormais tu ne dois pas vivre de ta vie, mais de celle de ton Époux Jésus-Christ en toi, Il doit être la Vie de ton âme et l'Âme de ta vie. Pour cela je veux par moi-même renouveler la vie que nous voulons de toi. Qu'il soit manifeste dès aujourd'hui au Ciel et à la terre que soeur Marie de Jésus, ma fille et ma servante, est morte au monde, et que le Bras du Très-Haut fait cette Oeuvre, afin que cette âme vive avec efficace en cela seul que la Foi enseigne. Par la mort naturelle on quitte tout; et cette âme, éloignée de tout, livra par dernière volonté et testament son âme à son Créateur et son Rédempteur, et son corps à la terre de sa propre connaissance et à la souffrance sans résistance. Mon Très Saint Fils et moi Nous Nous chargeons de cette âme, pour accomplir sa dernière volonté, si avec cette volonté elle Nous obéit avec promptitude. Et Nous célébrons ses obsèques avec les habitants de Notre cour, pour lui donner la sépulture dans le Coeur de l'Humanité du Verbe Éternel qui est le sépulcre de ceux qui meurent au monde dans la vie mortelle. Dès maintenant elle ne doit pas vivre en soi ni par soi avec les opérations d'Adam; parce qu'en elle la Vie du Christ qui est sa vie doit se manifester en toutes ces mêmes opérations. Je supplie Sa Piété immense de regarder cette défunte, et de recevoir son âme pour Lui seul, et de la reconnaître comme pèlerine et étrangère sur la terre, et habitant dans le plus Sublime et le plus Divin. J'ordonne aux Anges de la prendre pour leur compagne, de l'entretenir et de communiquer avec elle comme si elle était libre de la chair mortelle.»
7, Intro, 12. «Je commande aux démons de laisser cette défunte, comme ils laissent les morts qui ne sont point de leur juridiction, et qui n'ont point de part en eux; puisque dès aujourd'hui elle doit demeurer plus morte aux choses visibles que les défunts même le sont au monde. Je conjure les hommes de la perdre de vue et de l'oublier, comme ils oublient les morts, afin qu'ainsi ils la laissent reposer et qu'ils ne l'inquiètent pas dans sa paix. Et toi, ô âme, je te commande et t'avertis de t'imaginer comme l'un de ceux qui sont sortis de ce siècle dans lequel ils vivaient, et qui demeurent en Présence du Très-Haut pour la vie éternelle. Je veux que tu les imites dans l'état de la Foi, quoique la sécurité et la vérité de l'Objet sont les mêmes en toi qu'en eux. Ta conversation doit être dans les Cieux, ton entretien avec ton Époux le Seigneur de toutes les créatures; tes conférences avec les Anges et les Saints, et toute ton attention en moi qui suis ta Mère et ta Maîtresse. Pour tout le reste des choses terrestres et visibles tu ne dois pas avoir plus de vie et de mouvement, d'opérations ni d'actions, qu'un corps mort, qui ne montre aucune vie ni aucun sentiment en tout ce qui lui arrive et ce qu'on peut lui faire. Les torts ne doivent point t'inquiéter, ni les louanges t'émouvoir; tu ne dois point ressentir les injures, ni t'élever quand tu reçois des honneurs; tu ne dois point connaître la présomption, et la méfiance ne doit point t'abattre; tu ne dois consentir à aucune affection de la colère et de la concupiscence; parce que ton modèle dans ces passions doit être un corps mort libre de ces mêmes passions. Tu ne dois pas non
plus attendre du monde plus de correspondance que celle qu'il a avec un corps mort, qui oublie aussitôt ceux qu'il louait vivant; et même ceux qu'il tenait comme très proches et très intimes, il tâche de les éloigner promptement de ses yeux; fût-ce même un père ou un frère; le défunt passe partout sans se plaindre ni se sentir offensé; le mort ne fait pas cas des vivants, et toi fais encore moins d'attention à ce que tu laisses parmi eux.
7, Intro, 13. «Lorsque tu te trouveras ainsi défunte, il ne restera plus qu'à te considérer la pâture des vers et une corruption très vile et très méprisable, afin que tu sois ensevelie dans la terre de ta propre connaissance, de telle manière que tes sens et tes passions n'aient plus l'audace d'émettre une mauvaise odeur devant le Seigneur, ni parmi ceux qui vivent, pour être mal couverts et mal enterrés comme il arrive à un corps mort. L'horreur que tu causerais à Dieu et aux Saints en te manifestant vivante au monde, ou tes passions immortifiées seraient plus grandes que les corps morts découverts sur la terre n'en causeraient aux hommes. L'usage de ses puissances, les yeux, les oreilles, le toucher, et le reste pour servir au goût ou au plaisir, doit être pour toi une grande nouveauté ou un grand scandale, comme si tu voyais un défunt se mouvoir. Mais avec cette mort tu demeureras disposée et préparée pour être l'unique épouse de mon Très Saint Fils, ma fille très chère et ma disciple véritable. Tel est l'état que je veux de toi et la Sagesse si haute que je dois t'enseigner en suivant mes traces et en imitant ma Vie, copiant en toi mes Vertus dans le degré qui te sera concédé. Tel doit être le fruit d'avoir écrit mes excellences et les secrets très sublimes que le Seigneur te manifeste de ma sainteté. Je ne veux point qu'ils sortent du dépôt de ton coeur, sans opérer en toi la Volonté de mon Fils et la mienne, qui est ta souveraine ou grande perfection. Puisque tu bois les eaux de la Sagesse dans leur Origine qui est le Seigneur même; il ne sera pas raisonnable que tu demeures vide et altérée de ce que tu fournis aux autres, ni que tu achèves d'écrire cette Histoire, sans profiter de l'occasion et du grand Bienfait que tu reçois. Prépare ton coeur par cette mort que je veux de toi et tu obtiendras mon désir et le tien.»

7, Intro, 14. La grande Dame du Ciel me dit tout cela en cette circonstance, et Elle m'a répété en plusieurs autres cette Doctrine de Salut et de Vie Éternelle; j'en ai beaucoup écrit dans les doctrines qu'Elle m'a données dans les chapitres de la première et de la seconde partie. Et en tout cela on connaîtra bien ma lenteur et mon peu de gratitude pour tant de Bienfaits, puisque je me trouve toujours si arriérée dans la vertu et si vivante fille d'Adam, cette grande Reine et son puissant Fils m'ayant promis tant de fois que si je meurs au terrestre et à moi-même Ils m'élèveront à un autre état et à une habitation très sublime qu'on me promet de nouveau par grâce avec la faveur Divine. C'est une solitude et un désert au milieu des créatures, sans avoir de commerce avec elles et participant seulement de la Vie et de la participation du Seigneur, de Sa Très Sainte Mère et des saints Anges, laissant gouverner toutes mes opérations et mes mouvements par la force de Sa divine Volonté pour les fins de Sa plus grande gloire et de Son honneur.

7, Intro, 15. En tout le cours de ma vie depuis mon enfance le Très-Haut m'a exercée par quelques afflictions d'infirmités continuelles, de douleurs et d'autres persécutions des créatures. Mais en avançant en âge la souffrance s'est accrue aussi par un nouvel exercice, avec lequel j'ai oublié beaucoup tout le reste, parce qu'il a été une épée à deux tranchants qui a pénétré jusqu'au coeur et a divisé mon esprit et mon âme, comme dit l'Apôtre. Ça été la crainte que j'ai insinuée plusieurs fois et pour laquelle j'ai été reprise en cette Histoire. Je l'ai beaucoup sentie depuis mon enfance, mais elle s'est découverte et a excédé tout à fait depuis que je suis entrée en religion, et que je me suis appliquée toute entière à la vie spirituelle et que le Seigneur a commencé à Se manifester davantage à mon âme. Depuis lors le Seigneur m'a mise sur cette Croix ou dans ce pressoir du coeur, craignant si j'allais par un mauvais chemin, si j'étais trompée, si je perdrais la grâce et l'Amitié de Dieu. Cette peine s'est beaucoup augmentée par la publicité que quelques personnes ont causée imprudemment en ce temps-ci à ma grande désolation, et par les terreurs que d'autres m'ont causée. Cette crainte vive s'est enracinée de telle manière dans mon coeur qu'elle n'a jamais cessé, et je n'ai pu la vaincre tout à fait, ni par la satisfaction et la sécurité que mes confesseurs et mes supérieurs m'ont donnée, ni par la doctrine qu'Ils m'ont enseignée, ni par les réprimandes avec lesquelles ils m'ont corrigée, ni par aucun autre moyen dont ils se sont servi pour cela. Et ce qui plus est, quoique les Anges et la Reine du Ciel et le Seigneur même m'aient continuellement tranquillisée et calmée, et en leur Présence je me sentais libre; néanmoins en sortant de la sphère de cette Lumière divine j'étais aussitôt combattue de nouveau avec une force incroyable, que je reconnaissais venir du dragon infernal et de sa cruauté; avec laquelle j'étais troublée, affligée et contristée, craignant le danger dans la vérité comme si elle ne l'avait pas été. Et cet ennemi m'assaillait davantage en me faisant des terreurs de le communiquer à mes confesseurs, spécialement au supérieur qui me gouvernait, parce qu'il n'y a rien que ce prince des ténèbres craigne plus que la lumière et la puissance qu'on les ministres du Seigneur.

7, Intro, 16. J'ai vécu plusieurs années entre l'amertume de cette douleur et un désir très ardent de la grâce et de ne point perdre Dieu, tant d'événements si variés s'alternant en moi, qu'il serait impossible de les rapporter. Je crois que la racine de cette crainte est sainte, mais plusieurs branches en ont été infructueuses; quoique la Sagesse divine sait Se servir de toutes pour Ses fins; et pour cela il était permis à l'ennemi de m'affliger, se servant du remède du Bienfait même du Seigneur parce que la crainte désordonnée et qui empêche le bien, quoiqu'elle veuille imiter la bonne crainte, est cependant mauvaise et vient du démon. Mes afflictions sont arrivées parfois à un tel point, qu'il me semble que c'est un nouveau bienfait qu'elles n'en aient pas fini avec moi dans la vie mortelle et surtout dans celles de l'âme. Mais le Seigneur, à qui les vents et la mer obéissent et que toutes les choses servent, qui fournit l'aliment à toute créature dans le temps le plus opportun, a voulu par Sa divine Bonté faire la tranquillité dans mon esprit, afin que je la goûtasse avec plus de confiance en écrivant ce qui reste de cette Histoire. Il y a quelques années, Sa divine Majesté me consola en me promettant par Lui-même de me donner la quiétude et de me faire goûter la paix intérieure avant de mourir, et que le dragon était si furieux contre moi, parce qu'il savait que le temps lui manquerait pour me persécuter.

7, Intro, 17. Et pour écrire cette troisième partie, Sa Majesté me parla un jour, et avec une complaisance et une bonté singulière Il me dit ces paroles: «Mon épouse et Mon amie, Je veux alléger tes peines et modérer tes afflictions; calme-toi, Ma colombe, et repose dans la suavité assurée de Mon Amour et de Ma puissante et royale Parole, car Je t'assure que c'est Moi qui te parle par elle, et Je choisis tes voies selon Mon Agrément. C'est Moi qui t'y conduis, et Je suis à la droite de Mon Père Éternel et dans le Sacrement de l'Eucharistie sous les espèces du Pain. Je te donne cette certitude de Ma Vérité, afin que tu te tranquillises et te rassures; parce que Je ne te veux pas pour esclave, Mon amie, mais pour Ma fille et Mon épouse, pour Mes complaisances et Mes délices. Les craintes et les amertumes que tu as souffertes suffisent désormais. Que vienne la sérénité et le calme de ton coeur affligé.» Quelqu'un pensera que ces consolations et ces assurances du Seigneur plusieurs fois répétées n'humilient point et qu'il n'y a qu'à en jouir; cependant elles m'abattent le coeur jusqu'au dernier point de la poussière, et me remplissent de soucis et de craintes pour mon péril. Celui qui s'imaginera le contraire sera peu expérimenté et peu instruit de ces Oeuvres et de ces secrets du Très-Haut. Il est certain que j'ai eu une nouveauté dans mon intérieur et beaucoup de soulagement dans les afflictions et les tentations de ces craintes désordonnées. Mais le Seigneur est si Sage et si Puissant que d'un côté Il rassure l'âme et de l'autre Il l'excite et la met en de nouveaux soucis de sa chute et de ses dangers, avec quoi Il ne la laisse point se relever de sa connaissance et de son humiliation.

7, Intro, 18. Je peut confesser que le Seigneur par ces paroles continuelles et d'autres n'a pas tant tranquillisé mes craintes qu'Il les a ordonnées; parce que je vis toujours avec la peur si je Le dégoûterai ou Le perdrai; comment je serai reconnaissante et je correspondrai à Sa fidélité; comment j'aimerai avec plénitude Celui qui est le Souverain Bien, et qui m'a tant mérité l'amour que je peux et aussi celui que je ne peux pas Lui donner. Possédée de ces craintes, et à cause de ma grande misère, ma pusillanimité et plusieurs fautes, je dis en une de ces occasions au Très-Haut: "O mon très doux Amour, Maître et Seigneur de mon âme, quoique Vous me rassuriez tant pour tranquilliser mon coeur troublé, comment puis-je vivre sans mes craintes dans les périls d'une vie si pénible et si à redouter, pleine de tentations et d'embûches puisque j'ai mon trésor dans un vase fragile, et que je suis plus débile qu'aucune autre créature?" Il me répondit avec une bonté Paternelle, et Il me dit: «Mon épouse et Ma chérie, Je ne veux point que tu quittes la juste crainte de M'offenser; mais c'est Ma Volonté que tu ne te troubles ni ne te contristes désordonnément, ce qui te serait un empêchement pour le parfait et le sublime de Mon Amour. Tu as Ma Mère pour Modèle et pour Maîtresse, afin qu'Elle t'enseigne et que tu l'imites. Je t'assiste de Ma grâce et te conduis par Ma direction. Dis-moi donc, que me demandes-tu ou que cherches-tu pour ta sécurité et ta quiétude.»

7, Intro, 19. Je répliquai au Seigneur et Lui dis avec toute la soumission que je pus: "Seigneur très-haut et mon Père, c'est beaucoup ce que Vous me demandez, quoique je le doive à Votre Bonté et à Votre Amour immense; mais je connais ma faiblesse et mon inconstance et je n'aurai de repos qu'en ne Vous offensant point, ni par une plus courte pensée, ni par aucun mouvement de mes puissances, mais que toutes mes actions soient de Votre bon plaisir et de Votre Agrément." Sa Majesté me répondit: «Mes secours continuels et mes faveurs ne te manqueront point si tu me corresponds. Et afin que tu le fasses mieux, je veux faire avec toi une Oeuvre digne de l'Amour que j'ai pour toi. Je mettrai entre Mon Être Immuable et ta petitesse une chaîne de Ma Providence spéciale, et qu'avec elle tu demeures liée et prise de telle sorte que si par ta faiblesse ou ta volonté tu fais quelque chose qui ne s'accorde point avec Mon goût, tu sentes une force qui te retienne et te ramène à Moi. Tu connaîtras dès maintenant ce Bienfait et tu en sentiras l'effet en toi-même, comme l'esclave qui est attachée avec des liens afin qu'elle ne puisse s'enfuir.»

7, Intro, 20. Le Tout-Puissant a accompli cette promesse avec une grande jubilation et un grand bien de mon âme; parce qu'entre plusieurs autres faveurs et plusieurs autres Bienfaits qu'il ne convient point de rapporter et qui n'appartiennent pas à ce sujet, aucun n'a été pour moi aussi estimable que celui-ci. Non seulement je le reconnais dans les grands dangers, mais aussi dans les plus petits, de manière que si par négligence ou par oubli j'omets quelque bonne oeuvre ou quelque cérémonie sainte, quoique ce ne soit pas plus que de m'incliner au choeur ou de baiser la terre quand j'entre pour adorer le Seigneur, comme nous le pratiquons dans notre couvent, aussitôt je sans une force suave qui me tire et m'avertit de mon défaut, et elle ne me laisse pas commettre, autant qu'il dépend d'elle, la moindre imperfection. Et si je tombe quelquefois comme faible, je sens aussitôt cette force et elle me cause tant de peine qu'elle me fend le coeur. Et cette douleur sert alors de frein qui retient toute inclination désordonnée, et de stimulant pour chercher aussitôt le remède du péché ou de l'imperfection commise. Et comme les Dons du Seigneur sont sans repentance, non seulement Sa Majesté ne m'a pas refusé celui que je reçois par cette chaîne mystérieuse, mais bien au contraire, par Sa divine Bonté, je connus un jour, --- qui était celui de Son saint Nom et de Sa Circoncision, --- que cette chaîne se triplait, afin qu'elle me gouvernât avec une plus grande force et qu'elle fût plus invincible, parce que «le triple lien»,», comme dit le sage (Eccl. 4: 12), «se rompt difficilement.» Ma faiblesse avait besoin de tout cela pour n'être point vaincue par des tentations si importunes et si astucieuses comme l'antique serpent en fabrique contre moi.

7, Intro, 21. Celles-ci allèrent tellement en s'accroissant pendant ce temps, nonobstant les Bienfaits et les Commandements rapportés du Seigneur, de l'obéissance et d'autres que je ne dis point, que je cherchais à m'exempter de commencer à écrire cette dernière partie de cette Histoire; parce que je sentais de nouveau contre moi la fureur des ténèbres et ses puissances qui voulaient me submerger. Ainsi je le compris et je me déclarerai par ce que saint Jean dit dans le chapitre 12 de l'Apocalypse: Que le dragon grand et roux lança de sa bouche un fleuve d'eau contre cette divine Femme, qu'il poursuivait depuis le Ciel; et comme il ne put la submerger ni la toucher, il se tourna très irrité contre les restes et la semence de cette grande Dame, qui étaient signalés par le témoignage de Jésus-Christ dans Son Église. Cet ancien serpent déchaîna sa colère contre moi pendant le temps dont je parle, me troublant et m'obligeant de la manière qu'il put, à commettre quelques fautes qui m'embarrassaient pour la pureté et la perfection de la vie qui était requis de moi et pour écrire ce qui m'était commandé. Et cette bataille persévérant au-dedans de moi-même, arriva le jour que nous célébrâmes la fête du saint Ange Gardien qui est le premier de mars. Étant au choeur à Matines, je sentis à l'improviste un bruit ou mouvement très grand, qui me reconcentra en moi-même avec une crainte révérencielle et qui m'humilia jusqu'à terre. Ensuite je vis une grande multitude d'Anges qui remplissaient la région de l'air par tout le choeur et au milieu d'eux il y en avait un d'un plus grand éclat et d'une plus grande beauté comme sur une estrade et un tribunal de juge. Je compris aussitôt que c'était l'Archange saint Michel. Et à l'instant ils m'intimèrent que le Très-Haut les envoyait avec une puissance et une autorité spéciale pour faire le jugement de mes défauts et de mes péchés.

7, Intro, 22. Je désirais me prosterner en terre et reconnaître mes erreurs pour les pleurer, humiliée devant ces juges souverains: et parce que j'étais en présence des religieuses, je n'osai pas leur donner à remarquer en me prosternant corporellement, mais je fis intérieurement ce qui me fut possible, pleurant mes péchés avec amertume et dans ce temps, je connus que les saints Anges parlant et conférant entre eux disaient: «Cette créature est inutile, lente et peu fervente à opérer ce que le Très-Haut et notre Reine lui commandent, elle n'achève point de donner crédit à leurs Bienfaits et aux continuelles illustrations qu'elle reçoit par notre main. Privons-la de tous ces Bienfaits puisqu'elle n'y coopère point, et qu'elle ne veut pas être si pure ni si parfaite que le Seigneur l'enseigne, ni achever d'écrire la Vie de Sa Très Sainte Mère, comme il lui a été ordonné tant de fois;puisque si elle ne s'amende point, il n'est pas juste qu'elle reçoive tant de si grandes faveurs et une Doctrine d'une sainteté si sublime.» Mon coeur s'affligea et mon pleur s'accrut en entendant ces raisons. Remplie de confusion et de douleur je parlai aux saints Anges avec une intime amertume, et je leur promis l'amendement de mes fautes, jusqu'à mourir pour obéir au Seigneur et à Sa Très Sainte Mère.

7, Intro, 23. Par cette humiliation et ces promesses les esprits angéliques tempérèrent quelque peu la sévérité qu'ils me montraient. Et avec plus de douceur, ils me répondirent que si j'accomplissais avec diligence ce que je leur promettais, ils m'assuraient qu'ils m'assisteraient toujours de leur faveur et de leur refuge, et ils me recevraient pour leur familière et leur compagne, afin de communiquer avec moi comme ils le font entre eux. Je les remerciai de ce bienfait, et je les priai de le faire pour moi envers le Très-Haut. Ils disparurent en m'avertissant que pour la faveur qu'ils m'offraient je devais les imiter dans la pureté, sans commettre de faute, ni d'imperfection avec advertance; et c'était la condition de cette promesse.

7, Intro, 24. Après ces événements et plusieurs autres qu'il ne convient point de rapporter, je demeurai très humiliée, me reconnaissant plus reprise, plus ingrate et plus indigne de tant de Bienfaits, d'Exhortations et de Commandements. Remplie de confusion et de douleur, je conférai avec moi-même que je n'avais point d'excuses désormais ni de disculpations si je résistais à la Volonté divine en tout ce que je connaissais, et qui m'importait si fort. Prenant donc une résolution efficace de le faire ou de mourir à la tâche, je cherchais quelque moyen puissant et sensible qui m'excitât, m'obligeât et m'avertît dans mes inadvertances afin que [s'il était possible], il ne demeurât en moi ni opération, ni mouvement imparfait, et que j'opérasse en tout le plus saint et le plus agréable aux yeux du Seigneur. J'allai à mon confesseur et supérieur et je lui demandai avec toute la soumission et la sincérité possibles de me reprendre sévèrement et de m'obliger à être parfaite et soigneuse en tout ce qui était le plus conforme à la Volonté de Dieu et à exécuter ce que la divine Majesté voulait de moi. Et quoiqu'il fût très vigilant dans ce soin, comme tenant la place de Dieu et connaissant ma voie et Sa très sainte Volonté, néanmoins il ne pouvait toujours m'assister et être présent, à cause des absences auxquelles l'obligeaient les offices de son Ordre et de la supériorité. Je déterminai
aussi de parler à une religieuse qui était souvent avec moi, la priant de me dire d'ordinaire des paroles de réprimande, d'avis ou de crainte pour me mouvoir et m'exciter. J'essayais tous ces moyens et d'autres avec l'ardent désir que je sentais de donner du goût au Seigneur, à Sa Très Sainte Mère et ma Maîtresse, et aux saints Anges, dont la volonté était une seule et même: mon avancement dans la plus grande perfection.

7, Intro, 25. Au milieu de ces soins il m'arriva une nuit que mon saint Ange gardien se manifesta à moi avec une complaisance particulière, et il me dit: «Le Très-Haut veut condescendre à tes désires, et tu cherches avec anxiété qui pourra l'exercer à ton égard. Je serai ton ami et ton compagnon fidèle pour t'avertir et exciter ton attention; et pour cela tu me trouvera présent comme maintenant en toute occasion et en tout temps lorsque tu tourneras les yeux vers moi avec des désirs de te rendre agréable à ton Seigneur et ton Époux, et de Lui garder une entière fidélité. Je t'enseignerai à Le louer continuellement, et tu le feras en alternant Ses louanges avec moi, et je te manifesterai de nouveaux Mystères et des Trésors de Sa grandeur; je te donnerai des intelligences particulières de Son Être immuable et de Ses Perfections divines. Et quand tu seras occupée par l'obéissance ou la Charité, ou bien quand par quelque négligence tu te détourneras ver l'extérieur et le terrestre, je t'appellerai et t'avertirai, afin que tu sois attentive au Seigneur; et pour cela je te dirai quelque parole et souvent ce sera celles-ci: "Qui est comme Dieu qui habite dans les Cieux et dans les humbles de coeur?" D'autres fois je te rappellerai les Bienfaits que tu as reçus de la Droite du Très-Haut et ce que tu dois à Son Amour. D'autres fois, je ferai en sorte que tu Le regardes, et que tu élèves ton coeur vers Lui. Mais il faut que tu sois ponctuelle, attentive et obéissante à ces avertissements et à ces avis.»

7, Intro, 26. «Le Très-Haut ne veut pas non plus te cacher une faveur que tu as ignorée jusqu'à présent entre tant d'autres que tu as reçues de Sa Bonté très libérale, afin que tu Le remercies dès maintenant. C'est que je suis un des mille Anges de la garde de notre grande Reine dans le monde, et de ceux qui étions signalés par la devise de son admirable et saint Nom. Fais attention à moi et tu le verras dans mon sein.» Je le considérai aussitôt et je connus comment il l'avait écrit avec une grande splendeur; et je reçus une nouvelle consolation et une nouvelle jubilation de mon âme. Le saint Ange poursuivit et dit: «Il me commande aussi de t'avertir que, de ces milles Anges, nous sommes rarement signalés pour garder d'autres âmes, et celles que nous avons gardées jusqu'à présent ont toutes été du nombre des Saints et aucune des réprouvées. Considère donc, ô âme, ton obligation de ne point pervertir cet ordre, parce que si tu te perdais avec ce Bienfait, ta peine et ton châtiment seraient des plus sévères de tous les damnés et tu serais comme la plus malheureuse et la plus ingrate parmi les filles d'Adam. La faveur que tu as reçue dans ce Bienfait, que je fusse ton Gardien, moi qui fut un des Gardiens de notre grande Reine la Très Sainte Marie et la Mère de notre Créateur, fut l'ordre de Sa très sublime Providence parce que tu as été élue parmi les mortels dans Son Entendement divin pour écrire et imiter la Vie de Sa Bienheureuse Mère, et afin que je t'enseignasse et que je t'assistasse comme témoin immédiat de ses oeuvres et de ses Excellences divines.

7, Intro, 27. «Et quoique la grande Dame fait principalement cet office par Elle-même; cependant moi je t'administre ensuite les espèces nécessaires pour déclarer ce que la divine Maîtresse t'a enseigné, et je te donne d'autres intelligences que le Très-Haut m'ordonne, afin que tu écrives les Mystères qu'Il t'a manifestés avec une plus grande facilité. Et tu as expérience de tout cela, quoique tu ne connaisses pas toujours l'ordre et le secret caché de cette providence, et que le Seigneur Lui-même, en en usant spécialement à ton égard, me signala afin que je t'obligeasse avec une douce force à l'imitation de Sa Très Pure Mère et notre Reine et afin que tu la suives et lui obéisses dans sa Doctrine. Dès cette heure j'exécuterai ce Commandement avec une plus grande instance et une plus grande efficacité. Détermine-toi donc à être très fidèle et très reconnaissante à tes Bienfaits singuliers et à cheminer vers le plus haut et le plus sublime de la perfection qui t'est demandée et enseignée. Et sache que lors même que tu obtiendrais celle des plus hauts Séraphins, tu demeureras très endettée envers une Miséricorde si abondante et si libérale. La nouvelle manière de vie que le Seigneur veut de toi est tracée et contenue dans la Doctrine que tu reçois de notre grande Reine et Souveraine, et dans le reste que tu entendras et que tu écriras dans cette troisième partie. Écoute-le avec un coeur soumis, remercie pour cela avec humilité; exécute-le avec sollicitude et avec soin; car si tu le fais, tu seras heureuse et bienheureuse.»

7, Intro, 28. Le saint Ange me déclara d'autres choses qui ne sont point nécessaires à ce sujet. Mais je laisse écrit ce que j'ai dit dans cette introduction afin de manifester en partie l'ordre que le Très-Haut a gardé à mon égard pour m'obliger à écrire cette Histoire, comme aussi afin qu'on connaisse en quelque chose les fins que Sa Sagesse a eues de me faire écrire; qui sont non pour moi seule, mais pour tous ceux qui désirent profiter du fruit de ce Bienfait, comme moyen puissant pour rendre efficace celui de notre Rédempteur chacun en soi-même. On connaîtra aussi que la perfection Chrétienne ne s'obtient point sans de grands combats avec le démon et par un travail incessant pour vaincre et assujettir les passions et les mauvaises habitudes de notre nature dépravée. Outre cela, pour commencer cette troisième partie, ma divine Mère et ma Maîtresse me parla, et me dit d'un air agréable: «Ma bénédiction éternelle et celle de mon Très Saint Fils viennent sur toi, afin que tu écrives ce qui reste de ma Vie, que tu l'opères et l'exécutes avec la perfection que Nous désirons.» Amen.
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Message par sga le Ven 10 Jan 2020 - 12:40

LIVRE SEPT


Qui déclare comment la Droite divine accorda à la Reine du Ciel des Dons très sublimes, afin qu'Elle travaillât dans la Sainte Église; la venue de l'Esprit-Saint; le fruit abondant de la Rédemption et de la prédication des Apôtres; la première persécution de l'Église; la conversion de saint Paul et la venue de saint Jacques en Espagne; l'apparition de la Mère de Dieu à Saragosse, et la fondation de Notre-Dame du Pilier.


CHAPITRE 1


Laissant notre Sauveur Jésus à la droite du Père Éternel, la Très Sainte Marie descendit du Ciel sur la terre, afin de planter la nouvelle Église par son assistance et son magistère.

7, 1, 1. J'ai donné une heureuse fin à la seconde partie de cette Histoire, laissant notre grande Reine et Souveraine, la Très Sainte Marie, dans le Cénacle, et en même temps dans le Ciel, assise à la droite de son Fils et son Dieu Éternel, étant présente dans les deux endroits à la fois de la manière miraculeuse qui a été dite, car la Droite divine lui concéda d'être en deux endroits avec son corps très Saint: car le Fils de Dieu et le sien pour rendre Sa glorieuse Ascension plus admirable, l'amena avec Lui pour lui donner la possession des récompenses ineffables qu'Elle avait méritées jusqu'alors, et lui marquer la place qu'Il lui avait préparée dès Son éternité, pour ses mérites passés et les autres qu'Elle devait acquérir encore. J'ai dit aussi comment la Bienheureuse Trinité laissa au libre choix de cette divine Mère de retourner au monde si Elle voulait pour la fondation de l'Église de l'Évangile et pour la consolation des ses premiers enfants; ou de s'éterniser, si Elle le voulait dans ce très heureux état de sa gloire, sans quitter la possession qui lui en était donnée. Parce que la Volonté des trois Personnes divines, comme sous cette condition, s'inclinait par l'Amour qu'Elles avaient pour
cette Créature si singulière, à la conserver dans cet abîme où Elle était absorbée et à ne point la restituer au monde parmi les enfants d'Adam exilés. D'un côté il semblait que la raison de justice le demandât; puisque le monde était déjà racheté par la Passion et la Mort de son Fils, à qui Elle avait coopéré avec toute plénitude et toute perfection. Et la mort n'avait point d'autre droit sur Elle, non seulement à cause de la manière avec laquelle Elle avait souffert ses douleurs à la Mort de notre Sauveur Jésus-Christ comme je l'ai déjà déclaré en son lieu; mais aussi parce que la Reine ne fut jamais tributaire de la mort, du démon ni du péché; et ainsi la Loi commune des enfants d'Adam (Héb. 9: 27) ne la touchait point. Et sans mourir comme eux, le Seigneur désirait qu'il y eût, à notre manière de concevoir, un autre transit par lequel Elle eût passé de l'état de voyageur à celui de compréhenseur, de la mortalité à l'immortalité, et que Celle qui n'avait point commis sur la terre de faute qui méritât la mort n'y mourût point; et le Très-Haut pouvait dans le Ciel même la faire passer d'un état à l'autre.

7, 1, 2. De l'autre côté il ne restait plus que le motif de la charité et de l'humilité de la part de cette Mère très douce et très admirable; parce que l'amour l'inclinait à secourir ses enfants et à travailler, afin que le Nom du Très-Haut fût exalté et manifesté dans la nouvelle Église de l'Évangile. Elle désirait aussi faire entrer plusieurs fidèles à la profession de la Foi par sa sollicitude et son intercession et imiter ses enfants et ses frères du genre humain en mourant sur la terre, quoiqu'Elle ne dût point payer ce tribut (Rom. 6: 23) puisqu'Elle n'avait point péché. Et Elle connaissait avec sa sagesse grandiose et sa prudence admirable combien il est plus estimable de mériter la récompense et la couronne que de posséder pendant quelque court espace de temps, fût-ce même la récompense de la Gloire Éternelle. Cette humble sagesse ne fut pas sans une récompense immédiate; parce que le Père Éternel fit connaître à tous les courtisans du Ciel la vérité de ce que son Altesse désirait et ce que la Très Sainte Marie choisissait pour le bien de l'Église militante et le secours des fidèles. Et dans le Ciel ils connurent tous ce qu'il est juste que nous connaissions maintenant sur la terre: que le Père Éternel Lui-même avait aimé tellement le monde, comme dit saint Jean, qu'Il avait donné Son Fils Unique pour le racheter; ainsi Il donna de même une fois sa Fille la Très Sainte Marie, l'envoyant du sein de Sa gloire, afin de planter l'Église que Jésus-Christ, son Auteur, avait fondée et le Fils Lui-même donna pour cela Sa très aimante et très chère Mère et l'Esprit-Saint, Sa très douce Épouse. Ce Bienfait eut une autre condition qui l'éleva au suprême degré; parce qu'il arriva après les injures que le Rédempteur Jésus-Christ avait reçues dans Sa Passion et Sa Mort ignominieuse, par lesquelles le monde avait démérité d'avoir cette faveur. O Amour Infini! Ô Charité immense! Combien il est manifeste que les grandes eaux de nos péchés (Cant. 8: 7) n'ont pu T'éteindre!

7, 1, 3. Il y avait trois jours entiers que la Très Sainte Marie était dans le Ciel, y jouissant dans son Âme et dans son corps de la gloire de la Droite de son Fils et son Dieu véritable; sa volonté de retourner sur la terre ayant été acceptée, Elle partit pour le monde du plus haut de l'empirée avec la bénédiction de la Bienheureuse Trinité. Sa Majesté commanda à plusieurs des suprêmes Séraphins, les plus proches du trône de la Divinité, ainsi qu'à une multitude innombrable d'Anges choisis de tous les choeurs de l'accompagner. Elle fut aussitôt reçue par une nuée ou un globe de lumière très resplendissante que lui servit de reliquaire ou de litière précieuse qui était mue par les Séraphins mêmes. La beauté et les splendeurs extérieures avec lesquelles cette divine Reine venait ne peuvent venir à la pensée des hommes en cette vie mortelle et il est certain qu'aucune créature vivante ne pouvait la voir ou la regarder naturellement sans perdre la vie. Ainsi, il fut nécessaire que le Très-Haut recouvrît son éclat à ceux qui la regardaient, jusqu'à ce que les lumières et les rayons qu'Elle émettait se fussent tempérés. Il fut accordé au seul Évangéliste saint Jean de voir la divine Reine dans l'abondance et la force qui lui redondaient de la gloire dont Elle avait goûté. On peut bien comprendre l'éclat et la beauté de cette Reine magnifique et cette Maîtresse des Cieux descendant du trône de la Bienheureuse Trinité, puisqu'il résulta tant de splendeurs dans la face de Moïse pour avoir seulement parlé avec Dieu sur la montagne du Sinaï où il avait reçu la Loi, tellement que les Israélites ne pouvaient supporter de le regarder au visage (Ex. 34: 29-30); et nous ne savons pas que le Prophète ait vu clairement la Divinité; et l'eût-il vue, il est certain que cette vision n'arriverait pas au minimum de celle qu'a eue la Mère de Dieu.

7, 1, 4. La grande Reine du Ciel arriva au Cénacle comme Substitut de son Très Saint Fils dans la nouvelle Église de l'Évangile. Elle venait si prospère et si abondante en Dons de la grâce qui lui avait été donnée pour ce ministère qu'Elle fut un sujet d'admiration nouvelle pour les Anges et comme un sujet de stupéfaction pour les Saints; parce qu'Elle était une Étampe vivante de notre Rédempteur et notre Maître Jésus-Christ. Elle descendit de la nuée de lumière où Elle était venue, et sans être vue de ceux qui étaient présents dans le Cénacle, Elle demeura dans son être naturel, en ce sens qu'Elle n'était plus dans un autre lieu. La Maîtresse de la sainte humilité se prosterna en terre à l'instant et se collant à la poussière Elle dit: «Mon Seigneur et mon Dieu très-haut, voici ce vil vermisseau de la terre dont je reconnais avoir été formée, passant du néant à l'être que j'ai par Votre Clémence très libérale. Je reconnais aussi, ô Père très-haut, que Votre Bonté ineffable m'a élevée sans que je l'aie mérité, de la poussière à la dignité de Mère de Votre Fils Unique. Je loue et j'exalte de tout mon Coeur Votre Bonté immense de m'avoir ainsi favorisée. Et en reconnaissance de tant de Bienfaits, je m'offre de nouveau à vivre et à travailler en cette vie mortelle tout le temps que Votre sainte Volonté ordonnera. Je me sacrifie pour être Votre fidèle Servante, celle des enfants de la Sainte Église et de tous ceux qui sont présents à Votre Charité immense; et je Vous prie de les regarder comme Dieu et Père très Clément, je Vous en supplie de l'intime de mon Coeur. J'offre en sacrifice pour eux la privation de Votre gloire et de Votre repos pour les servir, et l'élection de la souffrance avec une entière volonté, laissant de jouir de Vous et me privant de Votre claire vue pour m'exercer en ce qui Vous est agréable.»

7, 1, 5. Les Anges prirent congé de la Reine pour retourner au Ciel d'où ils étaient venus pour l'accompagner, donnant à la terre de nouvelles félicitations de ce qu'ils y laissaient leur Auguste Reine et Maîtresse pour habitante. Et j'avertis qu'en écrivant ceci, les saints Princes me dirent que, comme je n'avais pas nommée très fréquemment dans cette Histoire la Très Sainte Marie, "Reine et Dame des Anges", au moins de ne pas oublier de le faire dans la partie qui restait, à cause de la grande joie qu'ils en reçoivent. Et pour leur obéir et leur donner de la complaisance je la nommerai souvent avec ce titre à l'avenir. Revenant à l'Histoire, il faut avertir que les trois premiers jours que la divine Mère fut dans le Cénacle après être descendue du Ciel, Elle les passa très abstraite de toutes les choses terrestres, jouissant de la redondance de la joie et des effets admirables de la gloire dont Elle avait joui dans le Ciel pendant les trois autres jours. L'Évangéliste saint Jean seul entre tous les mortels eut connaissance de ce sacrement caché; parce qu'il lui fut manifesté en vision comment l'Auguste Reine du Ciel y était montée avec son Très Saint Fils et il l'avait vue descendre avec la gloire et les grâces avec lesquelles Elle était revenue au monde pour enrichir l'Église. Saint Jean fut deux jours comme en suspens et hors de lui dans
l'admiration d'un Mystère si nouveau. Et sachant que Sa Très Sainte Mère était déjà descendue des hauteurs, il désirait lui parler, mais il n'osait point.

7, 1, 6. L'Apôtre bien-aimé combattit presque tout un jour avec lui-même, entre les ferveurs de l'amour et la retenue de l'humilité. Et vaincu par son affection de fils, il résolut de se mettre en présence de la divine Mère dans le Cénacle et en y allant, il se retenait disant: «Comment m'hasarderai-je à faire ce que demande mon désir sans savoir d'abord la Volonté du Très-Haut et celle de ma Maîtresse? Mais mon Rédempteur et mon Maître me l'a donnée pour Mère, et Il m'a favorisé et obligé du titre de fils: puis mon office est de la servir et de l'assister; et son Altesse n'ignore point mon désir; Elle ne le méprisera pas; Elle est douce et miséricordieuse et Elle me pardonnera; je veux me prosterner à ses pieds.» Avec cela saint Jean se détermina et il passa dans le lieu où la divine Reine était en oraison avec les autres fidèles. Et au moment où il leva les yeux pour la regarder, il tomba prosterné en terre avec des effets semblables à ceux que les deux Apôtres et lui-même avaient éprouvés sur le Thabor, quand le Seigneur S'était transfiguré devant eux; parce que les splendeurs que saint Jean aperçut sur le visage de sa Très Sainte Mère étaient très semblables à celles de notre Sauveur Jésus-Christ. Et comme les espèces de la vision dans laquelle il l'avait vue descendre du Ciel lui duraient encore, sa faiblesse naturelle fut opprimée avec une plus grande force, et il tomba par terre. Avec l'admiration et la joie qu'il avait ressenties il demeura ainsi prosterné presque une heure sans pouvoir se relever. Il adora profondément la Mère de son propre Créateur. Les autres Apôtres et les disciples qui étaient dans le Cénacle ne pouvaient point trouver cela étrange, parce que dans le temps que les fidèles attendaient l'Esprit-Saint, ils passaient une grande partie du temps de l'oraison qu'ils faisaient prosternés en forme de Croix à l'imitation de leur divin Maître et selon l'exemple et l'enseignement de la Très Sainte Marie.

7, 1, 7. Pendant que l'humble Apôtre était ainsi prosterné, la pieuse Mère s'approcha et le releva de terre; et se manifestant avec un air plus naturel, Elle s'agenouilla devant lui et lui dit: «Mon Seigneur et mon fils, vous savez déjà que votre obéissance doit me gouverner en toutes mes actions; parce que vous êtes à la place de mon Très Saint Fils et mon Maître pour m'ordonner tout ce que je dois faire; et je veux de nouveau vous demander d'avoir soin de le faire, pour la consolation que j'ai d'obéir.» En entendant ces raisons le saint Apôtre fut dans l'admiration, outre ce qu'il avait vu et connu de la grande Dame, et il se prosterna de nouveau en sa présence, s'offrait pour son esclave et la suppliant de le commander et de le gouverner en tout. Saint Jean persévéra quelque temps dans cette émulation jusqu'à ce que vaincu par l'humilité de notre Reine, il s'assujettit à sa volonté et demeure déterminé à lui obéir en la commandant comme Elle le désirait: parce que c'était une plus grande sécurité pour lui et un rare et puissant exemple pour nous, par lequel notre orgueil est repris et il nous enseigne à l'écraser. Et si nous confessons que nous sommes les enfants et les dévots de cette divine Mère, la Maîtresse de l'Humilité, nous devons comme de Juste l'imiter et la suivre.

DOCTRINE QUE ME DONNA LA GRANDE DAME ET REINE DES ANGES.

7, 1, 8. «Ma fille, je t'ai répété bien des fois jusqu'à présent de t'éloigner de toutes les choses visibles et terrestres, et de mourir à toi-même et à la participation de fille d'Adam, comme je te l'ai enseigné et je t'en avertie dans la Doctrine que tu as écrite dans la première et la seconde partie de ma Vie; maintenant je t'appelle avec une nouvelle affection de Mère tendre et amoureuse, et je te convie de la part de mon Très Saint Fils, de la mienne et de Ses anges, qui t'aiment aussi beaucoup, de faire en sorte qu'oubliant tout ce qui a l'être, tu t'élèves à une autre vie nouvelle, plus élevée et plus céleste, et aussi plus immédiate à la Félicité Éternelle. Je veux que tu t'éloignes tout à fait de Babylone et de tes ennemis, ainsi que de leurs fausses vanités avec lesquelles ils te poursuivent; je veux que tu t'avoisines de la sainte Cité de Jérusalem céleste, et que tu vives dans ses parvis, où tu t'occupes tout entière à mon imitation véritable et parfaite et que tu arrives par elle, aidée de la grâce Divine, à l'union intime de mon Seigneur, ton époux très fidèle et Divin. Écoute donc ma voix, ô ma très chère, avec une dévotion joyeuse et avec toute la promptitude de ton âme. Suis-moi avec ferveur, renouvelant ta vie sur le Modèle que tu écris de la mienne, sois attentive à ce que je fis après que je fus retournée au monde de la Droite de mon Très Saint Fils. Médite mes oeuvres et pénètre-les avec toute sollicitude, afin de copier dans ton âme ce que tu comprendras et ce que tu écriras, selon la grâce que tu reçois. La Faveur divine ne te manquera point si
ta négligence ne t'en rend pas indigne; parce que le Très-Haut ne veut pas la refuser à celui qui fait ce qu'il peut de son coté en tout ce qui est de Son Agrément et de Sa Volonté. Prépare ton coeur et agrandis ses espaces, enflamme ta volonté, purifie ton entendement et dépouille tes puissances de toutes les images et les espèces des créatures visibles, afin qu'aucune ne t'embrasse ni ne t'oblige à commettre seulement la plus petite faute ou l'imperfection la plus légère: alors le Très-Haut pourra déposer en toi Sa Sagesse cachée et tu seras préparée et prompte à opérer avec elle tout ce que Nous t'enseignons et tout ce qui sera le plus agréable à Nos yeux.

7, 1, 9. Ta vie doit être dès aujourd'hui comme celui qui la reçoit étant ressuscité, après être mort à celle qu'il avait auparavant. Et comme celui qui reçoit ce bienfait a coutume de revenir à la vie tout renouvelé, et presque étranger a tout ce qu'il aimait auparavant, changeant les désirs et les qualités réformées et éteintes qu'il avait eues; et il procède en tout différemment. Je veux, ma fille, que tu sois renouvelée de cette manière et avec une plus grande sublimité; parce que tu dois vivre comme si tu participais aux dots de l'âme de la manière qu'il t'est possible avec la Puissance divine qui opérera en toi. Mais il faut que tu t'aides et que tu prépares ton coeur à ces effets si Divins, demeurant libre et comme une table très rase, où le Très-Haut écrive et dessine de Son doigt, comme sur une cire molle, et imprime sans résistance le sceau de mes vertus. Sa Majesté veut que tu sois un instrument dans Sa puissante Main pour opérer Sa sainte volonté: et l'instrument ne résiste pas à la volonté de l'artisan; et s'il a une volonté il n'en use que pour se laisser mouvoir. Or donc, ma très chère, viens, viens où je t'appelle, et sache que si en tout temps il est naturel au Souverain Bien de Se communiquer et de favoriser Ses créatures, néanmoins dans le siècle présent, ce Seigneur et ce Père des Miséricordes veut manifester davantage Sa Clémence libérale envers les mortels; parce que leur temps achève et il y en a peu qui veuillent se disposer à recevoir les Dons de Sa puissante Droite. Ne perds point une occasion si opportune, suis-moi, cours après mes traces, ne contriste pas l'Esprit-Saint en t'arrêtant lorsque je t'invite à un si grand bonheur avec un amour maternel et une Doctrine si haute et si parfaite.
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Message par sga le Ven 17 Jan 2020 - 12:14

CHAPITRE 2


Dans le chapitre vingt-et-un de l'Apocalypse, l'Évangéliste sainte Jean parle à la lettre de la vision qu'il eut quand il vit descendre du Ciel la Très Sainte Marie Notre-Dame.


7, 2, 10. Il fallait que saint Jean fût le secrétaire des mystères et des sacrements ineffables de la Très Sainte Marie, qui étaient plus cachées à d'autres; et c'était une conséquence de l'office et de la dignité si excellente de fils de la Très Sainte Vierge que notre Sauveur Jésus lui avait donné sur la Croix (Jean 19: 26), comme choisi pour l'objet de Son Amour divin. Pour cela plusieurs des mystères qui avaient précédé en Marie lui furent révélés, et en outre il fut témoin oculaire du secret mystérieux qui arriva le jour de l'Ascension du Seigneur dans les Cieux, concédant à cet Aigle sacré de voir monter le Soleil Notre-Seigneur Jésus-Christ avec une lumière septuplée, comme dit Isaïe (Is. 30: 26), et la Lune avec une lumière comme celle du Soleil, à cause de la ressemblance qu'Elle avait avec Lui. Le très heureux Évangéliste la vit monter et demeurer à la droite de son fils, et il la vit aussi descendre comme il a été dit, avec une admiration nouvelle; parce qu'il vit et connut le changement et la rénovation avec laquelle Elle descendit au monde après la gloire ineffable qu'Elle avait reçue dans le Ciel, avec tant d'influences nouvelles de la Divinité et de participation de Ses Attributs. Notre Sauveur Jésus-Christ avait déjà promis aux Apôtres avant de monter au Ciel qu'Il disposerait avec Sa Très Sainte Mère qu'Elle demeurât avec eux dans l'Église pour leur consolation et leur instruction, comme il a été dit à la fin de la seconde partie [a]. Mais avec la joie et l'admiration de voir la grande Reine à la droite de notre Sauveur Jésus-Christ, l'Apôtre saint Jean oublia pendant quelque temps cette promesse, et absorbé par une nouveauté si inimaginée, il arriva à craindre ou à douter que la divine Mère demeurât là dans la gloire dont Elle jouissait. Et dans ce doute, au milieu de la jubilation qu'il éprouvait, saint Jean souffrit d'autres défaillances amoureuses qui l'affligèrent beaucoup, jusqu'à ce que le souvenir des promesses de son Maître et son Seigneur lui fût renouvelé et qu'il vit de nouveau la Très Sainte Vierge descendre sur la terre.

7, 2, 11. Les mystères de cette vision demeurèrent imprimés dans la mémoire de saint Jean et il ne les oublia jamais, ni les autres mystères de la grande
Reine des Anges qui lui furent renouvelés; et le saint Évangéliste voulait avec un désir très ardent en donner connaissance à la Sainte Église. Mais l'humilité très prudente de Marie Notre-Dame le retint pour ne point les manifester pendant qu'Elle vivait, mais de les garder cachés dans son coeur pour le temps où le Très-Haut ordonnerait autre chose; parce qu'il ne convenait point auparavant de les rendre manifestes et notoires au monde. L'Apôtre obéit à la volonté de la divine Mère. Et quand ce fut le temps et la disposition Divine que l'Évangéliste avant de mourir enrichît l'Église du Trésor de ces sacrements cachés, ce fut par l'ordre de l'Esprit-Saint qu'il les écrivit en métaphores et en énigmes très difficiles à comprendre, comme l'Église le confesse. Et il fut ainsi convenable que ces mystères ne demeurassent point manifestes à tous, mais fermés et scellés, comme les perles dans la nacre ou la coquille, et l'or dans les minéraux cachés de la terre; afin que l'Église les en tirât avec une lumière et une diligence nouvelles quand il serait nécessaire; et dans l'intérim qu'ils fussent comme en dépôt dans l'obscurité des Saintes Écritures, obscurité que les Docteurs sacrés confessent, spécialement dans le livre de l'Apocalypse.

7, 2, 12. J'ai dit quelque chose dans le cours de cette Histoire divine de la providence que le Très-Haut eut pour cacher la grandeur de Sa Très Sainte Mère dans la primitive Église, et je ne m'exempte point de renouveler cet avertissement ici, à cause de l'étonnement que ce Mystère pourrait causer à celui qui le connaîtra maintenant. Et si quelqu'un a du doute à ce sujet il sera beaucoup aidé pour le vaincre en considérant ce que disent différents Saints et différents Docteurs, que Dieu cacha aux Juifs le corps et la sépulture de Moïse (Deut. 34: 5-6), pour éviter que ce peuple si prompt à l'idolâtrie n'errât en donnant l'adoration au corps du Prophète qu'ils avaient tant estimé, ou en le vénérant par quelque culte vain et superstitieux. Et pour la même raison ils disent que lorsque Moïse écrivit la création du monde et de toutes ses créatures, quoique les Anges en fussent la plus noble partie, le Prophète ne déclara point leur création en propre termes, au contraire il la renferma en ces mots qu'il dit: «Dieu créa la lumière (Gen. 1: 3),» donnant lieu à ce qu'on comprit la lumière matérielle qui éclaira ce monde visible, quoique ces paroles signifiassent aussi en métaphore cachée ces lumières substantielles et spirituelles qui sont les saints Anges dont il ne convenait point de laisser alors une plus claire connaissance.

7, 2, 13. Et si la contagion de l'idolâtrie s'attacha au peuple Hébreu par le commerce et le voisinage de la gentilité si aveugle et si inclinée à donner la divinité à toutes les créatures en quelque faculté, les Gentils eussent été en un péril beaucoup plus grand de tomber en cette erreur, si, lorsqu'on commençait à leur prêcher l'Évangile et la Foi de Jésus-Christ notre Sauveur, on leur eût conjointement proposé l'excellence de Sa Très Sainte Mère. Et en preuve de cette vérité, le témoignage de saint Denys l'Aréopagite suffit: car lui qui était un philosophe si sage qu'il connut alors le Dieu de la nature, néanmoins quand il était déjà converti, arrivant à voir la Très Sainte Marie et à lui parler, il dit que si la Foi ne lui eût enseigné qu'Elle était une pure Créature il l'eût adorée et regardée comme Dieu. Les Gentils plus ignorants seraient tombés dans ce danger; ils auraient confondu la Divinité du Rédempteur qu'ils devaient croire avec la grandeur de Sa Très Pure Mère, si on leur eût proposé le tout ensemble, et ils eussent pensé qu'Elle aussi était Dieu comme son Fils, puisqu'Ils étaient si semblables dans la sainteté. Cependant ce danger a déjà cessé depuis que la Loi et la Foi de l'Évangile sont si enracinées dans l'Église, tellement illustrées par la doctrine des saints Docteurs et par tant de merveilles que Dieu a opérées dans cette manifestation du Rédempteur. Et nous savons, par tant de lumière, que Lui seul est Dieu et homme véritable, plein de grâce et de Vérité (Jean 1: 14), et que Sa Mère est pure Créature, et que sans avoir la divinité, Elle est pleine de grâce, immédiate à Dieu et supérieure à toutes les autres créatures. Et dans ce siècle tellement illustré par les Vérités divines, le Seigneur sait quand et comment il convient d'étendre la gloire de Sa Très Sainte Mère en manifestant les énigmes et les secrets des Saintes Écritures où Il l'a renfermée.

7, 2, 14. L'Évangéliste écrivit dans le chapitre 21 de l'Apocalypse le mystère dont je parle avec plusieurs autres de cette grande Reine, usant de métaphore, en particulier en appelant la Très Sainte Marie "Cité de Jérusalem" et la décrivant avec les conditions qu'il poursuit par tout ce chapitre. Et quoique je l'ai expliqué très au long dans la première partie où je la divisai en trois chapitres, l'appliquant comme il me fut donné à entendre, au Mystère de l'Immaculée Conception de la Bienheureuse Mère; il faut maintenant l'expliquer du Mystère de la descente de la Reine des Anges du Ciel sur la terre après l'Ascension de son Très Saint Fils. Et il ne faut point croire pour cela qu'il y ait quelque contradiction ou répugnance dans ces explications, parce que les deux Mystères sont renfermés sous la lettre du texte sacré; puisqu'il n'y a point de doute que la Sagesse divine a pu comprendre dans les mêmes Paroles plusieurs mystères et plusieurs sacrements; et dans une parole qui est dite nous pouvons comprendre deux choses comme dit David qui les entendit sans équivoque (Ps. 61: 12-13) et sans répugnance. Et c'est une des causes de la difficulté de la Sainte Écriture, et qu'il était nécessaire qu'il en fût ainsi, afin que l'obscurité la rendît plus féconde et plus estimable, et que les fidèles arrivassent à la traiter avec une humilité, une attention et une révérence plus grandes. Et étant si remplie de sacrements et de métaphores, un tel style et une telle manière de parler peuvent mieux signifier plusieurs mystères sans violence des termes plus propres.

7, 2, 15. C'est ce que l'on comprendra mieux dans le Mystère dont nous parlons, parce que l'Évangéliste dit: qu'il "vit descendre du Ciel la Sainte Cité de Jérusalem nouvelle et ornée," etc. (Apoc. 21: 2). Et il n'y a point de doute que la métaphore de Cité convient avec vérité à la Très Sainte Marie et qu'Elle descendit alors du Ciel après y être montée avec son Très Béni Fils; et auparavant dans l'Immaculée Conception, en laquelle Elle descendit de l'Entendement divin où Elle avait été formée comme une nouvelle Terre et des Cieux nouveaux, et ceci a été déclaré dans la première partie. Et l'Évangéliste entendit ces deux sacrements quand il la vit descendre corporellement dans l'occasion dont nous parlons, et il les renferma dans ce chapitre. Et ainsi il est maintenant nécessaire de l'expliquer pour ce sujet, bien qu'on répète de nouveau la lettre du texte sacré, mais ce sera avec plus de brièveté, à cause de ce qui a déjà été dit dans la première explication. Et en celle-ci je parlerai au nom de l'Évangéliste pour me restreindre davantage.

7, 2, 16. "Et je vis," dit saint Jean, "un ciel nouveau et une terre nouvelle, parce que le premier ciel s'en alla et il n'y avait plus de mer (Apoc. 21: 1)." Il appelle Ciel nouveau et Terre nouvelle l'Humanité très Sainte du Verbe Incarné, et celle de Sa divine Mère; Ciel par l'habitation et nouveau par la rénovation. La Divinité habite en Jésus-Christ (Col. 2: 9) notre Sauveur en unité de Personnes, par l'union substantielle indissoluble; en Marie par un mode singulier de grâce après Jésus-Christ. Ces Cieux sont très nouveaux, parce que je vis l'Humanité passible qui était demeurée dans le sépulcre morte et couverte de plaies, élevée et colloquée à la droite du Père Éternel, couronnée de la Gloire et des Dots qu'elle avait méritées par Sa Vie et Sa Mort. Je vis aussi Sa Mère qui Lui avait donné l'Être passible et qui avait coopéré à la Rédemption du genre humain, assise à la droite de son Fils (Ps. 44: 10) et absorbée dans l'océan de la Lumière divine et inaccessible, participant de la Gloire de son Fils comme Mère, et qu'Elle avait méritée de justice par ses oeuvres de Charité ineffable. Il appela aussi ciel nouveau et terre nouvelle la patrie des vivants renouvelée par la Lumière de l'Agneau (Apoc. 21: 23), les dépouilles de Ses triomphes et la présence de Sa Mère, qui tous deux, comme Roi et Reine véritables, ont pris possession du Royaume qui sera éternel. Ils l'ont renouvelée par Leurs vues et la joie nouvelle qu'Ils ont communiquée à ses antiques habitants et par les nouveaux enfants d'Adam qu'Ils ont attirés pour le peupler, comme citoyens et habitants qui ne le perdront jamais. Avec cette nouveauté "le premier ciel et la première terre s'en allèrent"; non seulement parce que le Ciel de l'Humanité très Sainte de Jésus-Christ et celui de Marie, où Ils vécurent comme dans le premier Ciel, s'en allèrent aux Demeures Éternelles, y amenant la Terre de l'Être humain, mais aussi parce que dans ce Ciel et cette terre antiques, les hommes passèrent de l'être passible à l'état de l'impassibilité. Les rigueurs de la Justice s'en furent et le repos arriva. L'hiver des travaux passa (Cant. 2: 11) et le printemps de l'allégresse et de la joie éternelles arriva. Le premier Ciel et la première Terre de tous les mortels s'en allèrent de même; parce que Notre-Seigneur Jésus-Christ et Sa Très Sainte Mère entrant dans la Jérusalem céleste, rompirent les cadenas et les serrures qu'il y avait eu pendant cinq mille deux cent trente-trois ans, afin que nul n'y entrât, et que tous les mortels demeurassent sur la terre, si la Justice divine n'était d'abord satisfaite pour l'offense causée par les péchés.

7, 2, 17. Et la Très Sainte Marie fut singulièrement un Ciel nouveau et une Terre nouvelle montant avec son Fils, le Sauveur Jésus et prenant possession de Sa Droite dans la gloire de son Âme et de son corps, sans avoir passé par la mort commune de tous les enfants des hommes. Et quoiqu'auparavant Elle fût un Ciel dans la terre de sa condition humaine où Elle vit la Divinité d'une manière très spéciale, ce premier Ciel et cette première Terre dans cette grande Reine s'en allèrent néanmoins et elle passa d'une manière admirable à être un Ciel nouveau et une Terre nouvelle où Dieu habitait par une gloire souveraine entre toutes les créatures. Avec cette nouveauté, "il n'y eut point de mer" dans cette nouvelle Terre où Dieu habitait; parce que pour Elle les amertumes et les tourments des travaux eussent été finis si Elle eût accepté de demeurer dès lors dans ce très heureux état. Et pour les autres qui demeurèrent dans la gloire en corps et en âme, ou seulement en âme, il n'y avait plus de bourrasque et de péril comme il y en avait dans la première terre de la mortalité.

7, 2, 18. "Et moi, Jean", poursuit l'Évangéliste, "je vis la sainte Cité de Jérusalem qui descendait du Ciel et de Dieu, préparée comme l'épouse ornée pour son époux (Apoc. 21: 2)." «C'est à moi, indigne Apôtre de Jésus-Christ, qu'a été manifesté un sacrement si caché, afin d'en donner connaissance au monde: et j'ai vu la Mère du Verbe Incarné, vraie Cité Mystique de Jérusalem, vision de paix, qui descendait du trône de Dieu même, sur la terre, étant comme vêtue de la Divinité et ornée d'une nouvelle participation de Ses Attributs, de Sagesse, de Puissance, de Sainteté, d'Immutabilité, d'Amabilité et de similitude avec son Fils dans la manière de procéder et d'agir. Elle venait comme Instrument de la Toute-Puissance Droite, comme Vice-Dieu par une nouvelle participation. Et quoi-qu'Elle vint sur la terre pour y travailler au bénéfice des fidèles, se privant volontairement pour cela de la joie qu'Elle avait par la Vision Béatifique, le Très-Haut détermina de l'envoyer préparée et fortifiée de toute la Puissance de Son Bras et de lui compenser l'État et la Vision qu'Elle quittait pendant ce temps, par une autre vue et une autre participation de la Divinité incompréhensible, compatible avec l'état de Voyageuse; mais si Divine et si élevée, qu'Elle surpassât tout entendement humain et angélique. Pour cela Il l'orna de Sa main avec les Dons qui purent s'étendre jusqu'à Elle, et Il la laissa préparée comme une Épouse pour son Homme, le Verbe Incarné: de telle sorte qu'Il ne put désirer en Elle aucune grâce ni aucune excellence qui Lui manquât, et quoiqu'Elle fût absente de Sa droite, cet Homme ne cessa point d'être en Elle et avec Elle, comme dans son Ciel et dans son trône proportionné. Et comme l'éponge reçoit et imbibe en elle-même la liqueur à laquelle elle participe, en en remplissant tous ses vides, de même, à notre manière de concevoir, cette Auguste Dame demeura remplie de l'influence et de la communication de la Divinité.»

7, 2, 19. Le texte poursuit: "Et j'entendis du trône une grande voix qui disait: Regarde le tabernacle de Dieu avec les hommes, et il habitera avec eux, et ils seront son peuple et lui sera leur Dieu (Apoc. 21: 3)." «Cette voix qui sortait du trône attira toute mon attention avec des effets divins de joie et de suavité. Et j'entendis que la grande Dame du Ciel recevait avant de mourir la possession de la récompense méritée, et cela, par une faveur singulière et une prérogative qui n'était due qu'à Elle seule entre tous les mortels. Et quoiqu'aucun de ceux qui arrivent à posséder ce qui leur revient, n'a l'autorité de revenir à la vie et cela n'est pas laissé à leur choix, néanmoins cette grâce a été accordée à cette Épouse unique pour exalter ses gloires: puisqu'étant arrivée à les posséder, et se trouvant reconnue et acclamée par les courtisans du Ciel pour leur Reine et leur Souveraine légitime, Elle descendit volontairement sur la terre, pour être Servante de ses propres vassaux, les élevant et les gouvernant comme ses enfants. Elle mérita de nouveau par cette Charité sans mesure que tous les mortels fussent son peuple et qu'il lui fût donnée une nouvelle possession de l'Église militante, où Elle revenait pour l'habiter et la gouverner; et Elle mérita aussi que Dieu demeurât avec les hommes et qu'il leur fût un Dieu miséricordieux et propice, parce qu'Il demeurait Sacramenté dans le coeur de la Très Pure Marie tout le temps que ce Tabernacle sacré vécut dans l'Église après que cette divine Vierge fut descendue du Ciel. Et seulement pour être en Elle, quand il n'y aurait pas eu d'autres raisons, son propre Fils serait demeuré Sacramenté dans le monde; mais Elle était en outre, par ses mérites et ses bienfaits envers les hommes, un moyen de grâce et de faveurs nouvelles; et pour cela il ajouta et dit: »

7, 2, 20. "Et il essuiera les larmes de ses enfants et désormais il n'y aura point de mort ni de pleurs, ni de clameur (Apoc. 21: 4)." «Parce que cette Dame vient pour être Mère de la grâce, de la Miséricorde, de la joie et de la Vie. C'est Elle qui remplie le monde d'allégresse, qui essuie les larmes qu'y introduisit le péché lequel commença dès notre mère Ève. C'est Elle qui change le deuil en réjouissance, les larmes en jubilation nouvelle, les clameurs en louange et en gloire et la mort du péché, ainsi que les cris des réprouvés et leur douleur irréparable; parce que si auparavant les pécheurs s'étaient retirés dans ce Refuge sacré, ils y eussent trouvé pardon, miséricorde et consolation. Les premiers siècles où Marie, la Reine des Anges manquait s'en sont déjà allés et sont passés avec douleur, ainsi que les clameurs de ceux qui l'ont désirée et qui ne l'ont point vue, comme le monde l'a et la possède maintenant pour son remède et son refuge, pour retenir la Justice divine et pour solliciter miséricorde pour les pécheurs.»

7, 2, 21. "Et celui qui était sur le trône leur dit: Voici que je fais toutes choses nouvelles (Apoc. 21: 5)." «Ce fut la voix du Père Éternel qui me donna à connaître comment Il faisait toutes choses nouvelles: Église nouvelle, Loi nouvelle, Sacrements nouveaux. Et après avoir fait des Faveurs si nouvelles aux hommes comme de leur donner Son Fils Unique, Il leur en faisait une autre très singulière de leur envoyer la Mère si renouvelée, et nouvelle par des Dons admirables et la puissance de distribuer les Trésors de la Rédemption que son Fils avait mis entre ses mains, afin qu'Elle les répandît sur les hommes selon sa très prudente volonté. Pour cela Il l'envoya de son trône royal à l'Église, renouvelée par l'Image de Son Fils Unique, scellée par les Attributs de la Divinité, comme une transcription copiée de cet Original autant qu'il était possible en une pure Créature, afin que d'Elle fût copiée la sainteté de la nouvelle Église de l'Évangile.»

7, 2, 22. "Et il me dit: Écris, parce que ces paroles sont très fidèles et véritables. Et il me dit aussi: Déjà c'est fait. Je suis le principe et la fin et je donnerai à celui qui est altéré de boire gratuitement de la fontaine de vie. Celui qui vaincra possédera ces choses et je serai Dieu pour lui et lui sera un fils pour moi (Apoc. 21: 5-7)." «Le Seigneur même me commanda de Son trône d'écrire ce Mystère, afin que fût attestée la fidélité et la vérité de Ses Paroles et de Ses Oeuvres admirables à l'égard de la Très Sainte Marie, en la grandeur et la gloire de laquelle Il employa Sa Toute-Puissance. Et parce que ces sacrements étaient très cachés et très sublimes je les écrivis en chiffre et en énigme, jusqu'à leur lieu et leur temps marquées pour être manifestés au monde par le Seigneur même; et afin que l'on entendît que déjà tout le possible qui convenait pour le remède et le salut des mortels était fait. Et en disant que "c'était fait", Il rendait ceux-ci responsables en ce qu'il leur avait envoyé Son Fils Unique pour les racheter par Sa Passion et Sa Mort, les enseigner par Sa Vie et Sa Doctrine; et Sa Mère enrichie pour le secours et la protection de l'Église; et enfin l'Esprit-Saint afin qu'Il l'éclairât, la confirmât et la fortifiât de Ses Dons, et qu'Il la fit prospérer, comme Il le lui avait promis. Et parce que le Père Éternel n'avait plus rien à nous donner, Il dit: "Déjà c'est fait". Comme s'Il eût dit: Tout ce qui est possible à Ma Toute-Puissance et convenable à Mon Équité et à Ma Bonté, comme Principe et Fin que Je suis de toute ce qui a l'être. Comme Principe Je le donne à toutes les choses avec la toute-puissance de Ma Volonté, et comme Fin je les reçois, ordonnant par Ma Sagesse les moyens par où ils arrivent à obtenir cette fin. Les moyens se réduisent à Mon Très Saint Fils et à Sa Mère, Ma Bien-Aimée et Mon Unique entre les enfants d'Adam. En Eux sont les Sources vives et pures de la grâce, afin que comme de la Fontaine, de l'Origine et de la Source, boivent tous les mortels (Jean 7: 37) qui altérés de leur Salut s'approcheront pour le chercher. Pour eux Elles se donneront
gratuitement, parce qu'ils ne peuvent les mériter, bien que Mon Fils Unique les leur ait méritées par Sa propre Vie, et Son heureuse Mère les gagne et les mérite pour ceux qui recourent à Elle. Et pour celui qui vaincra le démon, le monde et soi-même qui prétendait lui empêcher ces Eaux de Vie Éternelle, pour ce vainqueur Je serai un Dieu libéral, amoureux et Tout-Puissant, et il possédera tous Mes Biens et ce que Je lui ai préparé par le moyen de Mon Fils et de Sa Mère; parce que Je l'adopterai pour Mon fils et l'héritier de Ma gloire.»

7, 2, 23. "Mais pour les lâches, les incrédules, les odieux, les homicides, les fornicateurs, les sorciers, les idolâtres et tous les menteurs, leur part sera dans l'étang de feu et de soufre embrasé qui est la seconde mort (Apoc. 21: Cool." «J'ai donné à tous les enfants d'Adam Mon Fils Unique afin qu'Il leur soit leur Maître, leur Rédempteur et leur Frère, ainsi que Sa Mère pour être leur Refuge, leur Médiatrice et leur Avocate puissante auprès de Moi; et comme telle je la renvoie au monde, afin qu'ils comprennent tous que Je veux qu'ils se servent de sa protection. Mais pour ceux qui ne vaincront point la crainte de la chair en souffrant, ou qui ne croiront point mes témoignages et Mes merveilles opérées à leur bénéfice et attestées dans Mes Écritures; pour ceux qui les ayant crues se livreront aux immondices honteuses des délices charnelles; pour les sorciers, les idolâtres qui abandonnent Ma Puissance et Ma Divinité véritables et qui suivent le démon, et pour tous ceux qui opèrent l'iniquité et le mensonge, il n'y a point d'autre héritage qui les attende que celui qu'ils ont eux-mêmes choisi pour eux. C'est le formidable feu de l'enfer, lequel, comme un étang de souffre, brûle sans clarté et avec une odeur abominable, où il y a diversité de peines et de tourments pour les réprouvés, correspondant aux abominations que chacun aura commises, quoique tous ces tourments concordent en étant éternels et en privant de la Vision Divine qui béatifie les Saints. Et c'est la seconde mort sans remède, parce qu'ils n'auront point profité des remèdes qu'avait la première mort du péché qu'ils eussent pu restaurer par la Vie de la grâce en vertu de leur Réparateur et de Sa Mère.» Et poursuivant la vision, l'Évangéliste dit:

7, 2, 24. "Et l'un des sept anges qui avaient sept coupes pleines des sept derniers châtiments vint et me dit: Viens et je te montrerai l'Épouse qui est femme de l'Agneau." «Je connus que cet Ange et les autres étaient des plus excellents et des plus élevés auprès du trône de la Bienheureuse Trinité, et qu'il leur était donnée une puissance spéciale pour châtier l'audace des hommes qui commettraient les péchés cités, après qu'auraient été publiés dans le monde le Mystère de la Rédemption, la Vie, la Doctrine et la Mort de notre Sauveur, et l'excellence et la puissance que Sa Très Sainte Mère a pour remédier aux pécheurs qui l'invoquent de tout leur coeur. Et parce que ces mystères seraient manifestés davantage dans la succession des temps par les miracles et la Lumière que le monde recevrait, les exemples et les vies des Saints et en particulier des hommes apostoliques, des fondateurs des Ordres religieux et d'un si grand nombre de martyrs et de confesseurs; pour cela les péchés des hommes dans les derniers siècles seront plus graves et plus détestables et leur ingratitude sera plus lourde et plus digne de châtiments très grands après tant de bienfaits; et conséquemment ils mériteront une plus grande indignation de la colère et de la Justice divine.» Ainsi il est dit que dans les temps future qui sont les temps présents pour nous, Dieu châtierait rigoureusement les hommes avec les dernières plaies, parce qu'elles seraient les dernières, le jour du jugement final s'approchant. Voir le numéro 266 dans la première partie.

7, 2, 25. "Et l'ange m'éleva en esprit à une grande et haute montagne et il me montra la sainte cité de Jérusalem qui descendait du ciel et d'auprès de Dieu même." «Je fus élevée par la force de la Puissance divine à une haute montagne de suprême intelligence et de lumière de sacrements cachés et avec mon esprit illustré je vis l'Épouse de l'Agneau qui était Sa Femme, sous la forme de la sainte Cité de Jérusalem: Épouse de l'Agneau par la similitude et l'Amour réciproque de Celui qui ôta les péchés du monde (Jean 1: 29): et Sa Femme parce qu'elle L'accompagna inséparablement en toutes Ses Oeuvres et Ses merveilles, et par Elle Il sortit du sein de Son Père Éternel pour avoir Ses délices (Prov. 8: 31) avec les enfants des hommes comme frères de cette Épouse et par Elle aussi frères (Matt. 28: 10) du même Verbe humanisé. Je la vis comme Cité de Jérusalem qui renferma en Elle-même et qui donna une habitation spacieuse à Celui que la terre et les Cieux ne peuvent contenir (2 Par. 6: 18); parce que dans cette Cité Il posa le Temple et le Propitiatoire où Il voulut être cherché et obligé, afin de Se montrer propice et libéral envers les hommes. Et je vis comme la Cité de Jérusalem; parce que je vis renfermés dans son intérieur toutes les perfections de la Jérusalem triomphante et le fruit adéquat de la Rédemption des hommes: tout cela était contenu en Elle. Et quoiqu'Elle s'humiliât sur la terre devant tous et qu'Elle se prosternât à nos pieds, comme si Elle eût été la moindre des créatures, je la vis dans les hauteurs, élevée au trône et à la droite (Ps. 44: 10) de son Fils unique, d'où l'Église descendait, Elle était prospère et abondante, pour favoriser les enfants et les fidèles de cette même Église.»

NOTES EXPLICATIVES
Extraites de celles de Don Creseto, à l'usage des prêtres.
7, 2, [a]. Livre 6, No. 1505.
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Message par sga le Ven 24 Jan 2020 - 13:52

CHAPITRE 3


Qui poursuit l'intelligence du reste du chapitre vingt-et-un de l'Apocalypse.


7, 3, 26. L'Évangéliste dit que cette sainte Cité de Jérusalem, Marie, Notre-Dame, «avait la clarté de Dieu et que sa splendeur était semblable à une pierre précieuse de jaspe, comme du cristal (Apoc. 21: 11).» Dès l'instant que la Très Sainte Marie eut l'être, son Âme fut comme remplie et inondée d'une nouvelle participation de la Divinité qui n'avait jamais été vue ni accordée à une autre créature; parce que seule Elle était l'Aurore très claire qui participait des splendeurs du Soleil même, Jésus-Christ vrai Dieu et vrai homme qui devait naître d'Elle. Et cette Lumière et cette Clarté divine alla en croissant jusqu'à ce qu'Elle arrivât au suprême état qu'Elle eut, assise à la droite de son Fils unique, dans le trône même de la Bienheureuse Trinité, et vêtue de la variété de tous les Dons, de toutes les grâces, de toutes les Vertus, de tous les mérites et de toute la gloire, au-dessus de toutes les créatures. Et lorsque je la vis dans ce Lieu et cette Lumière inaccessibles, il me sembla qu'Elle n'avait pas d'autre Clarté que celle de Dieu même, Clarté qui était dans Son Être comme dans Sa Source et Son Origine et en Marie elle était participée; et par le moyen de l'Humanité de son Fils unique il résultait dans le Fils et dans la Mère une même Lumière et une même Clarté, chacun selon son degré respectif, mais elle paraissait la même en substance et telle qu'elle ne se trouvait en aucun autre des Bienheureux, ni en tous ensemble. Et quant à la variété de cette Cité, la Très Sainte Marie, elle paraissait de jaspe; quant à l'estimable, elle était précieuse, et quant à la beauté de son Âme et de son corps, elle était comme un cristal pénétré, inondé et substancié par la Clarté et la Lumière même.

7, 3, 27. «Et la Cité avait une grande et haute muraille avec douze portes et en elles il y avait douze anges et les noms des douze tribus d'Israël y étaient écrits. Trois portes à l'orient, trois à l'aquilon, trois au midi et trois à l'occident (Apoc 21: 12-13).» Le mur qui défendait et renfermait cette Sainte Cité, la Très Sainte Marie, était aussi haut et aussi grand que l'est Dieu même, Sa Toute-Puissance infinie et tous Ses Attributs; parce que toute sa Puissance, sa Grandeur divine et Sa Sagesse immense S'employèrent à faire une forte garnison à cette grande Dame, à l'assurer et à la défendre contre les ennemis qui pouvaient l'assaillir. Et cette défense invincible fut redoublée quand Elle descendit au monde pour y vivre sans l'assistance visible de son Très Saint Fils et y asseoir la nouvelle Église de l'Évangile; car pour cela Elle eut tout le pouvoir de Dieu par un mode nouveau à Sa Volonté, contre les ennemis visibles et invisibles de l'Église. Et parce qu'après que le Très-Haut eut fondé cette Cité de Marie, Il ouvrit libéralement Ses Trésors, et Il voulut appeler par Elle tous les mortels à la connaissance de Lui-même et à la Félicité Éternelle, sans exception de Gentils, de Juifs, ni de barbares, de nations et d'état; Il édifia pour cela cette Sainte Cité avec douze portes pour toutes les quatre parties du monde sans distinctions. Et Il y plaça les douze Anges, afin d'appeler et de convier tous les enfants d'Adam et de les exciter tous spécialement à la piété et à la dévotion envers leur Reine; et les noms des douze tribus sont dans ces portes, afin qu'aucune ne se trouve exclue du refuge et de l'asile de cette divine Jérusalem; et qu'elles comprennent toutes que la Très Sainte Marie a leurs noms écrits dans son Coeur et dans les faveurs mêmes qu'Elle a reçues du Très-Haut, pour être Mère de clémence et de miséricorde, et non de la justice.

7, 3, 28. "Le mur de cette Cité avait douze fondements et sur eux étaient les noms des douze Apôtres de l'Agneau (Apoc. 21: 14)." «Lorsque notre Auguste Mère et Maîtresse était à la droite de son Fils vrai Dieu, sur le trône de sa gloire, et qu'Elle s'offrit à revenir au monde pour y planter l'Église, alors le même Seigneur la chargea singulièrement du soin des Apôtres et Il grava leurs noms dans le Coeur enflammé et très candide de cette divine Maîtresse, et s'il nous était possible de le regarder nous les verrions tous écrits. Et quoique nous ne fussions alors qu'onze Apôtres [a], saint Mathias fut écrit au lieu de Judas, ce sort lui étant échu par anticipation. Et parce que de l'amour et de la sagesse de cette Dame sortirent la doctrine, l'enseignement, la fermeté et tout le gouvernement avec lequel les douze Apôtres et saint Paul nous fondâmes l'Église et nous la plantâmes dans le monde, pour cela Il écrivit les noms de tous les Apôtres sur les fondements de cette Cité Mystique, la Très Sainte Marie, qui fut l'Appui et le Fondement sur lequel les principes de la Sainte Église et des ses fondations, les Apôtres, furent établis. Elle nous enseigna par sa doctrine, nous éclaira par sa sagesse, nous embrasa par sa charité, nous supporta par sa patience; par sa mansuétude Elle nous attirait, par ses conseils Elle nous gouvernait; par ses avis Elle nous prévenait et nous délivrait des dangers par la Puissance divine dont Elle était la Dispensatrice. Elle nous assistait tous comme chacun, et chacun comme tous ensemble. Et tout le temps qu'Elle vécut pour être notre Maîtresse et notre Refuge, Elle ne s'oublia jamais d'aucun de nous parce qu'Elle nous eut présents en tous temps et en tous lieux et nous eûmes sa défense et sa protection sans qu'Elle nous fît jamais défaut en aucune nécessité ni aucune affliction. Et de cette puissante Reine et par Elle, nous participâmes à tous les Bienfaits, à toutes les grâces et à tous les Dons que le Bras du Très-Haut nous communiqua pour nous rendre de dignes (2 Cor. 3: 5-6) ministres du nouveau Testament. Et pour tout cela nos noms étaient dans les fondements du mur de cette Cité Mystique, la Bienheureuse Marie.»

7, 3, 29. «Et celui qui me parlait avait une mesure d'or, comme une canne, pour mesurer la Cité, ses portes et son mur. Et la Cité était en forme quadrangulaire, avec une longueur et une largeur égales. Et il mesura la ville avec la canne d'or, avec laquelle elle avait douze mille stades. Et sa langueur, sa largeur et sa hauteur étaient égales (Apoc. 21: 15-16). «Afin de me faire comprendre la grandeur immense de cette sainte Cité de Dieu, celui qui me parlait la mesura en ma présence. Et pour la mesurer, il avait dans la main une verge ou canne d'or, qui était le symbole de l'Humanité déifiée dans la Personne du Verbe, avec Ses dons, Sa grâce et Ses mérites; en laquelle sont renfermées la fragilité de l'être humain et terrestre et l'immutabilité précieuse et inestimable de l'Être divin qui rehaussait l'Humanité et Ses mérites. Et quoique cette mesure surpassât tout ce qui était mesuré, il ne s'en trouvait point d'autres néanmoins dans le Ciel ni sur la terre pour mesurer la Très Sainte Marie et sa grandeur, hors celle de son Fils et son Dieu véritable; parce que toutes les créatures humaines et angéliques étaient inférieures et inégales pour explorer et mesurer cette Cité Mystique et divine. Cependant mesuré avec son Fils, Elle était proportionnée avec Lui comme Sa digne Mère, sans qu'il lui manquât aucune chose pour cette dignité proportionnée. Et sa grandeur contenait douze mille stades avec égalité de toutes les quatre superficies de sa muraille, car chaque pan contenait douze mille de largeur et de hauteur avec quoi il était en carré et en correspondance très égale. Telles furent la grandeur, l'immensité et la correspondance des Dons et des Excellences de cette grande Reine; car si les autres Saints en reçurent une mesure de cinq ou de deux talents (Matt. 15: 16-17) Elle en reçut douze mille de chaque, nous surpassant tous par cette grandeur immense. Et quoiqu'Elle fût mesurée avec cette proportion lorsqu'Elle descendit du néant à l'être dans sa Conception Immaculée préparée pour être la Mère du Verbe Éternel; néanmoins dans cette occasion où Elle descendit du Ciel pour planter l'Église, Elle fut mesurée une autre fois avec la proportion de son Fils unique à la droite du Père, et Elle se trouva avec la juste correspondance pour y avoir cette place, et pour revenir dans l'Église faire l'office de son propre Fils, le Réparateur du monde.»

7, 3, 30. «Et la fabrique du mur était de pierre de jaspe; mais la Cité était d'or très fin, semblable au verre pur et limpide. Et ses fondements étaient ornés de toutes sortes de pierres précieuse (Apoc. 21: 18-19).» Les oeuvres de la Très Sainte Marie et la structure extérieure qui se manifeste à tous, comme se manifeste dans la Cité le mur qui l'entoure, étaient toutes d'une si belle variété et d'une si grande admiration pour ceux qui la regardaient et qui communiquaient avec Elle, qu'Elle vainquait et attirait les coeurs par son exemple, et en sa présence les démons s'enfuyaient et Elle détruisait toutes leurs illusions fantastiques; car pour cela le mur de cette Sainte Cité était de jaspe. Notre Reine fit de plus grands fruits et de plus grandes merveilles dans la primitive Église par sa manière d'agir et d'opérer extérieurement que tous les Apôtres et les Saints de ce siècle. Mais l'intérieur de cette Cité divine était un or très fin de Charité inexplicable, participée de celle de son propre Fils, et si immédiate à celle de l'Être infini qu'Elle paraissait un rayon de cette Charité même. Cette Cité était non-seulement d'or très fin quant à sa précieuse valeur, mais elle était aussi comme un verre clair, pur et transparent; parce qu'elle était un Miroir immaculé dans lequel se réverbérait la Divinité, sans que l'on connût en Elle autre chose que cette Image. Elle était en outre comme une Table cristalline sur laquelle la Loi de l'Évangile était écrite, afin que par Elle et en Elle cette Loi fût manifestée à tout le monde: et Elle était de verre clair et non de pierre opaque comme celles de Moïse pour un seul peuple. Et les fondements qui se découvraient dans le mur de cette grande Cité étaient tous de pierres précieuses; parce que le Très-Haut l'avait fondée de Sa main, comme puissant et riche sans borne ni mesure, sur le plus précieux, le plus estimable et le plus assuré de Ses Dons, de Ses privilèges et de Ses faveurs, signifiées dans les Pierres de vertu, d'estime, de richesse et de beautés plus grandes que tout ce que l'on peut connaître dans les créatures. Voir le chapitre 19 de la première partie, Livre 1, Nos. 285-296.

7, 3, 31. «Et chacune des portes de la Cité était une perle précieuse. Douze portes, douze perles, et la place était d'or très clair comme le verre. Et il n'y avait point de temple; parce que son temple était le Dieu toute-puissant même et l'Agneau (Apoc. 21: 21-22).» Celui qui s'approchera de cette Sainte Cité de Marie pour y entrer par la Foi, l'Espérance, la piété et la dévotion, trouvera la marguerite précieuse qui le rendra fortuné, riche et prospère en cette vie et Bienheureux en l'autre par son intercession. Il ne sentira point d'horreur d'entrer dans cette Cité de refuge; parce que se portes sont aimables et enviables, comme étant de précieuses et riches perles, afin qu'aucun des mortels n'ait d'excuse s'il ne veut point se prévaloir de la Très Sainte Marie et de sa très douce piété envers les pécheurs; puisqu'il n'y eut rien en Elle qui ne laissât de les attirer à soi et au Chemin de la Vie Éternelle. Et si les portes sont si riches et si remplies de beauté pour celui qui s'en approche, l'intérieur qui est la place de cette Cité admirable le sera encore davantage; parce qu'elle est d'or très fin et très brillant d'amour très embrasé et de désirs intenses de les recevoir tous et de les enrichir des Trésors de la Félicité Éternelle. Et pour cela Elle se manifeste à tous avec sa Clarté et sa Lumière et personne ne trouvera en Elle de ténèbres de fausseté ou d'erreur. Et parce que dans cette Sainte Cité de Marie se trouvait Dieu même d'une manière spéciale et l'Agneau qui est son Fils Sacramenté qui la remplissait et l'occupait; pour cela je ne vis en Elle d'autre temple ni d'autre propitiatoire que le Dieu tout-puissant même et l'Agneau. Il n'était pas nécessaire non plus qu'Il Se fît un temple dans cette Cité pour y prier et y faire des supplications par des actions et des cérémonies, comme dans les autres où l'on se rend pour présenter ses demandes; parce que Dieu même et Son Fils étaient son Temple et Ils étaient attentifs et propices à toutes ses demandes, ses oraisons et ses prières qu'Elle offrit pour les fidèles de l'Église.»

7, 3, 32. «Et elle n'avait point besoin du soleil ni de la lune; parce que la clarté de Dieu l'éclairait et sa lampe est l'Agneau (Apoc. 21: 23).» Après que notre Reine fut revenue de la droite de son Très Saint Fils dans le monde, son esprit ne fut pas illustré à la manière commune des Saints, ni comme celle qu'Elle avait eue avant l'Ascension, car en récompense de la Claire Vision et de la Fruition dont Elle s'était privée pour revenir à l'Église militante, il lui fut accordé une autre vision abstractive et continuelle de la Divinité à laquelle correspondait une autre fruition proportionnée. Et avec cette manière spéciale Elle participait de l'état des compréhenseurs quoiqu'Elle fût en celui de Voyageuse. Et outre ce Bienfait Elle en reçut aussi un autre, car son Très Saint Fils Sacramenté sous les espèces du Pain persévéra toujours dans le Coeur de Marie comme dans Son propre Sanctuaire; et Elle ne perdait point ces espèces Sacramentées jusqu'à ce qu'Elle en eût d'autres de nouveau. De sorte que tout le temps qu'elle vécut dans le monde après qu'Elle fut descendue du Ciel, Elle eut toujours avec Elle son Très Saint Fils et son Dieu véritable Sacramenté. Et Elle Le contemplait en Elle-même par une vision particulière qui lui fut concédée, afin, qu'Elle Le vit et s'entretint avec Lui, sans chercher Sa présence réelle hors d'Elle-même. Elle Le possédait dans son Coeur pour dire avec l'épouse: «Je le tiens et je ne le laisserai point (Cant 3: 4).» Avec ces Faveurs il ne pouvait y avoir de nuit dans cette Sainte Cité où la grâce éclairait comme la lune et Elle n'avait pas besoin d'autres rayons du Soleil de justice; parce qu'Elle L'avait dans toute Sa plénitude, et non en partie, comme les autres Saints.

7, 3, 33. «Et les nations chemineront à sa splendeur et les rois de la terre lui apporteront leur honneur et leur gloire (Apoc. 21: 24).» Les enfants d'Ève exilés n'auront aucune excuse ni aucune disculpation s'ils ne cheminent vers la félicité véritable avec la lumière Divine que la Très Sainte Marie a donnée au monde. Le Rédempteur, son Fils, l'a envoyée du Ciel afin qu'Elle illustrât Son Église dans ses premiers commencements et Il l'a fait connaître aux premiers-nés de cette Sainte Église. Ensuite dans la succession des temps, Il a manifesté sa grandeur et sa sainteté par le moyen des merveilles que cette Auguste Reine a opérées en faveurs et en bienfaits innombrables que les hommes ont reçus de sa main. Dans ces derniers siècles, c'est-à-dire à présent, il étendra de nouveau sa gloire et Il la fera connaître avec une plus grande splendeur, à cause de la nécessité excessive que la Sainte Église aura de son intercession et de sa protection puissantes pour vaincre le démon, le monde et la chair, qui auront par la faute des mortels une plus grande force et un plus grand empire comme ils en ont maintenant pour empêcher la grâce et les rendre plus indignes de la gloire. Le Seigneur veut opposer, contre la nouvelle malice de Lucifer et de ses adhérents, les mérites et les prières de Sa Mère immaculée ainsi que la lumière qu'Il envoie au monde de sa Vie et de sa puissante intercession; afin qu'Elle soit l'Asile et le Refuge des pécheurs et afin que tous aillent à Lui par ce Chemin si droit, si sûr et plein de splendeur.

7, 3, 34. Et si les rois et les princes de la terre cheminaient à cette Lumière; s'ils apportaient leur gloire et leur honneur à cette Sainte Cité Marie, et s'ils employaient la grandeur, la puissance, les richesses et la force de leurs États pour exalter son Nom et celui de son Très Saint Fils; en un mot s'ils se gouvernaient par cette Boussole, ils peuvent être certains qu'ils mériteraient de marcher avec la protection de cette suprême Reine dans l'exercice de leurs dignités et ils gouverneraient leurs États ou monarchies avec un grand succès. Et pour renouveler cette confiance dans nos princes Catholique, professeurs et défenseurs de la Sainte Foi, je leur manifeste ce qui m'a été donné à entendre maintenant et dans le cours de cette Histoire afin que je l'écrivisse. C'est que le suprême Roi des rois, le Réparateur des monarchies, a donné à la Très Saint Vierge le titre spécial de Patronne, de Protectrice et d'Avocate de ces royaumes Catholiques. Et avec ce Bienfait singulier le Très-Haut détermina de préparer le remède aux calamités et aux afflictions qui devaient survenir au peuple Chrétien et l'affliger à cause de ses péchés, ce qui est arrivé en ces siècles présents comme nous l'expérimentons avec douleur et avec larmes. Le dragon infernal a tourné sa rage et sa fureur contre la Sainte Église, connaissant la négligence de ses chefs et des membres de ce Corps mystique qui aiment tous la vanité et le plaisir. Et la plus grande partie de ces péchés et de leur châtiment touchent les plus Catholiques dont les offenses sont plus lourdes comme venant des enfants, parce qu'ils savent la Volonté de leur Père Céleste qui habite dans les hauteurs et ils ne veulent pas plus l'accomplir que des étrangers. Et sachant aussi que le Royaume des Cieux souffre force et violence (Matt. 11: 12), ils se sont livrés à l'oisiveté, au délices et à une vie conforme au monde et à la chair. Le juste Juge châtie cette erreur dangereuse du démon par la main du démon même, lui donnant par ses justes Jugements, la permission d'affliger la Sainte Église et de flageller rigoureusement ses enfants.

7, 3, 35. Mais le Père des Miséricordes qui est dans les Cieux ne veut pas que les Oeuvres de Sa Clémence soient tout à fait éteintes; et pour les conserver Il nous offre le remède opportun de la protection de la Très Sainte Marie, de ses prières continuelles, de son intercession et de ses demandes avec lesquelles la rectitude le la Justice divine aie quelque titre et quelque motif convenable pour suspendre le rigoureux châtiment que nous méritons et qui nous menace, si nous tâchons de gagner l'intercession de cette grande Reine et Dame du Ciel, afin que son Très Saint Fils, justement irrité S'apaise et qu'Elle nous obtienne l'amendement des péchés par lesquels nous provoquons Sa Justice et nous nous rendons indignes de Sa Miséricorde. Que les princes Catholiques et les habitants de ces royaumes ne perdent point l'occasion, quand la Très Sainte Marie leur offre les jours de salut (2 Cor. 6: 2) et le temps le plus acceptable de son patronage. Qu'ils apportent à cette Dame leur honneur et leur gloire, la donnant toute à son Très Saint Fils et à Elle, pour le bienfait de la Foi Catholique qu'Il leur a accordé, la conservant si pure jusqu'à présent dans leur monarchies, en quoi le Fils et la Mère ont témoigné au monde l'Amour si singulier qu'Ils ont pour ces royaumes et celui qu'Ils manifestent en leur donnant cet avis salutaire. Qu'ils tâchent donc d'employer leur force et leur grandeur à répandre la gloire et l'exaltation du Nom de Jésus-Christ et de celui de la Très Sainte Marie par toutes les nations. Et qu'ils croient que ce sera un moyen très efficace pour obliger le Fils d'exalter la Mère avec un digne respect, et de répandre son culte par tout l'Univers, afin qu'Elle soit connue et vénérée de toutes les nations.

7, 3, 36. Pour un plus grand témoignage et une plus grande preuve de la clémence de la Très Sainte Marie, l'Évangéliste ajoute: «Que les portes de cette Jérusalem divine n'étaient point fermées ni le jour ni la nuit, afin que toutes les nations lui apportent leur gloire et leur honneur (Apoc. 21: 25-27).» Que personne ne s'approche avec défiance des portes de cette Mère de Miséricorde, quelque pécheur ou négligent, infidèle ou païen qu'il ait été: car Celle qui se priva de la gloire dont Elle jouissait à la droite de son Fils pour venir nous secourir ne
pourra fermer les portes de sa piété à celui qui s'en approchera pour son remède avec un coeur dévot. Et quoiqu'il s'approche dans la nuit du péché ou dans le jour de la grâce, il sera toujours, et à toute heure de la vie, admis et secouru. Si celui qui appelle à minuit aux portes de l'ami qui l'est véritablement, l'oblige par sa nécessité ou son importunité à ce qu'il se lève et le secoure, lui donnant les pains qu'il demande; que fera Celle qui est Mère et si remplie de piété qu'avec le remède Elle appelle, invite et attend? Elle n'attendra pas que nous soyons importuns, parce qu'Elle se prête à attendre ceux qui l'invoquent, Elle est officieuse à répondre et très suave et très douce à favoriser et à enrichir libéralement. Elle est le Foment de la Miséricorde et le Motif pour que le Très-Haut en use; Elle est la Porte du Ciel afin que nous entrions à la gloire par ses prières et son intercession: «Aucune choses souillée ni trompeuse n'entrera jamais en Elle (Apoc. 21: 27).» Elle ne se troubla jamais, ni Elle n'admit aucune haine ni aucune indignation contre les hommes; il ne se trouva jamais en Elle ni erreur, ni péché, ni défaut; rien ne lui manque de tout ce que l'on peut désirer pour le remède des mortels. Nous n'avons aucune excuse si nous n'approchons point avec une humble reconnaissance; car, comme Elle est pure et limpide, Elle nous purifiera et nous nettoiera nous aussi. Elle a les clefs des fontaines du Sauveur (Is. 12: 3), desquelles Isaïe nous dit de puiser de l'eau; et son intercession obligée par nos prières tourne la clef, et les eaux sortent pour nous laver amplement et nous faire admettre en sa très heureuse Compagnie et celle de son Fils et son Dieu véritable, pendant toutes les éternités.

DOCTRINE QUE ME DONNA L'AUGUSTE REINE
ET SOUVERAINE DES ANGES.

7, 3, 37. Ma fille, je veux te manifester pour ton encouragement et celui de mes serviteurs, que tu as écrit les mystères de ce chapitre avec l'Agrément et l'Approbation du Très-Haut, dont la Volonté est que ce que j'ai fait pour l'Église en y revenant du Ciel empiré pour aider les fidèles soit manifesté au monde, ainsi que le désir que j'ai de secourir les fidèles qui se prévaudront de mon intercession et de mon refuge que je leur offre avec une affection maternelle, comme le Seigneur m'en a chargé. Ça été aussi un sujet de joie spéciale pour les Saints et surtout pour mon fils Jean que tu aies déclaré la jubilation qu'ils eurent tous, lorsque je montai avec mon Fils et mon Seigneur aux Cieux, L'accompagnant dans Son Ascension; parce qu'il est temps désormais que les enfants de l'Église le sachent et qu'ils connaissent plus expressément la grandeur des Bienfaits auxquels le Tout-Puissant m'a élevée, afin qu'étant mieux instruits de ce dont je peux et veux les favoriser, ils s'élèvent dans leur espérance; parce que, comme Mère amoureuse, je ressens de la compassion de voir mes enfants si trompés par le démon et si opprimés par sa tyrannie à laquelle ils se sont aveuglément livrés. Mon serviteur saint Jean a renfermé d'autres grands mystères dans les chapitres 21 et 12 de l'Apocalypse, touchant les Bienfaits que le Très-Haut m'a accordés; et dans cette Histoire tu en as déclaré ce que les fidèles peuvent maintenant connaître pour leur remède par mon intercession, et tu en écriras davantage plus loin.

7, 3, 38. Mais tu dois dès maintenant cueillir pour toi le fruit de tout ce que tu as entendu et écrit. En premier lieu, tu dois t'avancer dans la dévotion et l'affection cordiale que tu as pour moi et dans une espérance très ferme de ce que je serai ton refuge dans toutes tes tribulations, que je te dirigerai dans tes oeuvres et que les portes de ma clémence seront ouvertes pour toi et pour tous ceux que tu me recommanderas, si tu es telle que je te veux et que tu désires. Pour cela, ma très chère, je t'avertis et te fais remarquer que, de même que je fus renouvelée dans le Ciel par la Puissance divine pour revenir sur la terre et opérer avec une nouvelle manière et une nouvelle perfection; ainsi le Seigneur veut que tu sois renouvelée dans le ciel de ton intérieur, dans la retraite et le supérieur de ton esprit et dans la solitude des exercices où tu t'es recueillie pour écrire le reste de ma Vie. Ne t'imagine pas que l'état où tu te trouves ainsi aie été ordonné sans une Providence spéciale, et tu le connaîtras si tu considères ce qui a précédé en toi avant de commencer cette troisième partie, comme tu l'as écrit. Maintenant donc que tu es seule et désoccupée du gouvernement de ta maison, je te donne cette Doctrine; il est raisonnable qu'avec la faveur de la grâce Divine tu te renouvelles dans l'imitation de ma Vie et dans le désir d'exécuter en toi autant que possible ce que tu as connu en moi. Tels sont la Volonté de mon Très Saint Fils, la mienne et tes propres désirs. Écoute donc mon enseignement, ceins-toi de force (Prov. 31: 17). Détermine efficacement ta volonté à être attentive, fervente, officieuse, constante et très diligente dans l'Agrément de ton Époux et ton Seigneur. Accoutume-toi à ne Le perdre jamais de vue, lorsque tu descends à la communication avec les créatures et aux oeuvres de Marthe. Je serai ta Maîtresse, les Anges t'accompagneront, afin qu'avec eux et aidée des Lumières qu'Ils te donneront tu loues continuellement le Seigneur. Sa Majesté te donnera Sa Vertu afin que tu combattes Ses combats contres Ses ennemis et les tiens. Ne te rends point indigne de tant de Faveurs et de Bienfaits.

NOTES EXPLICATIVES
Extraites de celles de Don Creseto, à l'usage des prêtres.
7, 3, [a]. C'est saint Jean qui parle.
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Message par sga le Ven 31 Jan 2020 - 13:06

CHAPITRE 4


Trois jours après que la Très Sainte Marie fût descendue du Ciel, Elle se manifesta et parla en personne aux Apôtres; Notre-Seigneur Jésus-Christ la visite; et d'autres mystères jusqu'à la venue de l'Esprit-Saint.


7, 4, 39. J'avertis de nouveau ceux qui liront cette Histoire qu'ils ne doivent point s'étonner des sacrements occultes de la Très Sainte Marie qu'ils y verront écrits, et qu'ils ne doivent point les tenir pour incroyables parce que le monde les a ignorés jusqu'à présent, quoique la Sainte Église n'ait pas encore eu jusqu'à ce jour d'histoires authentiques des oeuvres merveilleuses qu'Elle a opérées après l'Ascension de son Très Saint Fils; nous ne pouvons nier qu'elles aient été très nombreuses et très grandioses; puisque cette Auguste Vierge demeurait comme Maîtresse, Protectrice et Mère de la Loi de l'Évangile qui s'introduisait dans le monde sous sa défense et sa protection. Et si le Très-Haut l'avait renouvelée comme je l'ai dit pour ce Mystère, et s'il avait employé en Elle tout le reste de Sa Toute-Puissance, aucune faveur ni aucun Bienfait, quelque grand qu'il soit, ne doit
être nié à Celle qui fut unique et singulière en autant qu'il ne discorde pas avec la vérité Catholique.

7, 4, 40. Elle fut trois jours dans le Ciel jouissant de la Vision Béatifique comme je l'ai dit dans le chapitre premier, et Elle descendit sur la terre le jour qui correspond au dimanche après l'Ascension, que la Sainte Église appelle "le dimanche dans l'octave de la fête". Elle demeura dans le Cénacle trois autres jours jouissant des effets de la Vision de la Divinité et tempérant les splendeurs avec lesquelles Elle était venue des hauteurs, l'Évangéliste saint Jean seul connaissant le Mystère; parce qu'il ne convenait point de manifester alors ce secret aux autres Apôtres et les autres n'étaient point capables non plus de le connaître. Et quoiqu'Elle assistât au milieu d'eux, sa splendeur leur fut cachée pendant les trois jours qu'Elle l'eut sur la terre; et il convenait qu'il en fût ainsi, puisque l'Évangéliste même à qui cette faveur fut concédée tomba prosterné en terre quand Elle arriva en sa présence, comme je l'ai déjà dit; quoiqu'il fut conforté par une grâce spéciale pour la première vue de sa Bienheureuse Mère. Il n'était pas convenable non plus que le Seigneur ôtât aussitôt et subitement à notre Auguste Reine l'éclat et les autres effets intérieurs et extérieurs avec lesquels Elle arrivait de sa gloire et de son trône; mais que plutôt, selon l'ordre de Sagesse infinie, Il tempérât peu à peu ces Dons et ces Faveurs si divines, jusqu'à ce que son corps Virginal revînt à l'état plus ordinaire, dans lequel Elle pouvait converser avec les Apôtres et les autres fidèles de la Sainte Église.

7, 4, 41. De même j'ai déjà averti que cette merveille, que la Très Sainte Marie ait été personnellement dans le Ciel, ne contredit point ce qui est écrit dans les Actes des Apôtres, que les Apôtres et plusieurs saintes femmes persévérèrent unanimement dans l'oraison avec Marie Mère de Jésus et Ses frères, après que Sa Majesté fut monté aux Cieux. La concorde de ce passage avec ce que j'ai dit est claire; parce que saint Luc écrivit cette histoire selon ce que les Apôtres et lui virent dans le Cénacle de Jérusalem, et non le Mystère qu'ils ignoraient. Et comme son corps très pur était en deux endroits, quoique son attention et l'usage de ses sens et de ses puissances fussent plus parfaits et plus réels dans le Ciel, il est vrai qu'Elle était avec les Apôtres et qu'ils la voyaient tous. En outre, il est vrai que la Très Sainte Marie persévérait avec eux dans l'oraison; parce qu'Elle les voyait du Ciel et qu'Elle unissait son oraison et ses prières avec celles de tous les habitants du saint Cénacle; et à la droite de son Très Saint Fils, Elle les Lui présentait, et Elle obtenait pour eux la persévérance et d'autres faveurs du Très-Haut.

7, 4, 42. Les trois jours que cette grande Reine fut dans le Cénacle jouissant des effets de la gloire et dans le temps que les splendeurs de sa redondance se tempéraient, Elle s'occupa en des affections divines d'amour, de reconnaissance et d'humilité ineffables, et il n'y a pas de termes ni de raisons pour manifester ce que j'ai connu de ce sacrement, quoique ce soit encore très peu à l'égard de la vérité. Elle causa dans les Anges et les Séraphins mêmes qui l'assistaient une admiration nouvelle, et dans cette admiration ils conféraient entre eux quelle était la plus grande merveille: que le Bras puissant du Très-Haut ait élevé une pure Créature à tant de faveurs et de grandeur, ou de voir qu'après s'être trouvée si élevée et si enrichie de grâce et de gloire au-dessus de toutes les créatures Elle s'humiliât se réputant la plus indigne de toutes. Avec cette admiration, je connus que les Séraphins mêmes étaient comme en suspens selon notre manière de concevoir, contemplant leur Reine dans les oeuvres qu'Elle faisait; et se parlant entre eux ils disaient: «Si les démons avant leur chute étaient arrivés à connaître cet exemple d'humilité si rare il n'est pas possible qu'ils se fussent élevés dans leur orgueil. C'est notre Auguste Dame qui a rempli non par parties, mais en toute plénitude, sans défaut ni manquement, tous les vides de l'humilité de toutes les créatures. Elle seule a pesé dignement la majesté et la grandeur suréminente du Créateur, et la petitesse de tout ce qui est créé. C'est Elle qui sait quand et comment Il doit être obéi et vénéré; et comme Elle le sait, ainsi Elle l'exécute. Est-il possible qu'entre les épines que le péché sema parmi les enfants d'Adam, la terre ait produit ce Lys (Cant. 2: 2) très candide, de tant d'agrément pour son Créateur et de parfum pour les mortels? Et que, du désert du monde tout terrestre et isolé de la grâce, se soit élevée une créature si divine et si affluente des Divines délices (Cant. 8: 5) du Tout-Puissant? Qu'Il soit éternellement loué dans Sa Bonté et Sa Sagesse, Celui qui forma une telle Créature, si admirable, et si ordonnée pour la sainte émulation de notre nature et pour l'exemple et la gloire de la nature humaine. Et toi, la Bénie entre toutes les femmes, signalée et choisie entre toutes les créatures, sois connue, bénie et louée de toutes les générations. Pendant toute l'éternité, jouis de l'excellence que t'a donnée ton Fils et notre Créateur. Qu'Il ait en toi Son Agrément et Sa Complaisance pour la beauté de tes oeuvres et de tes prérogatives; qu'en elles l'immense Charité avec laquelle Il désire la justification de tous les hommes soit rassurée. Tu Lui as donné satisfaction pour tous, et en te regardant toi seule, Il ne Lui pèsera point d'avoir créé les autres ingrats. Et s'ils L'irritent et Le désobligent, toi, tu L'apaises et Le rends propice et caressant. Nous ne nous étonnons pas qu'Il favorise tant les enfants d'Adam, puisque toi, ô notre Maîtresse et notre Reine, tu vis avec eux et ils sont de ton peuple.»

7, 4, 43. Les saints Anges célébrèrent, par ces louanges et par plusieurs autres cantiques qu'ils faisaient, l'humilité et les oeuvres de la Très Sainte Marie après qu'Elle fut descendue du Ciel; et en plusieurs de ces louanges Elle alternait par ses réponses. Avant que ceux qui retournèrent au Ciel l'eussent laissée dans le Cénacle, après l'avoir accompagnée et avoir passé les trois jours qu'Elle y demeura avec les splendeurs qui l'environnaient, saint Jean seul le sachant, Elle connut qu'il était déjà temps de traiter et de converser avec les fidèles. Et c'est ce qu'Elle fit et Elle regarda les Apôtres et les disciples avec une grande tendresse comme pieuse Mère; Elle les accompagna dans l'oraison qu'ils faisaient, Elle les offrit avec larmes à son divin Fils et Elle pria pour eux et pour tous ceux qui devaient recevoir la Sainte Foi Catholique et la grâce dans les siècles futurs. Et depuis ce jour sans en omettre aucun tant qu'Elle vécut dans la Sainte Église, Elle demanda aussi au Seigneur d'accélérer les temps où les fêtes des Mystères devaient être célébrées en cette Église comme il lui avait été manifesté de nouveau qu'elles le sont dans le Ciel. Elle demanda aussi que Sa Majesté envoyât au monde des hommes de sainteté haute et insigne pour la conversion des pécheurs de qui Elle avait la même science. Dans ces demandes l'ardeur de sa Charité pour les hommes était telle qu'elle lui eût naturellement ôté la Vie; et pour la consoler et pour modérer la force de ces désirs, son Très Saint Fils lui envoyait souvent l'un des plus hauts Séraphins qui lui répondait et qui lui disait que ses désirs et ses prières s'accompliraient, lui déclarant l'ordre que la Providence divine devait garder en cela pour la plus grande utilité des mortels.

7, 4, 44. Par la vision de la Divinité dont Elle jouissait selon la manière abstractive que j'ai dite, l'incendie d'Amour dont son Coeur très chaste et très pur souffrait était si ineffable qu'il surpassait sans comparaison les Séraphins les plus enflammés et les plus proches du trône de la Divinité. Et lorsque parfois Elle descendait un peu des effets de cette Flamme divine, c'était pour contempler l'Humanité de son Très Saint Fils; parce qu'Elle ne connaissait dans son intérieur aucune autres espèce de chose visible, sauf lorsqu'Elle traitait actuellement par les sens avec les créatures. Et dans cette connaissance et ce souvenir de son Fils bien-aimé Elle éprouvait quelque tendresse naturelle de Son absence, quoique modérée et très parfaite comme étant de la Mère très Prudente. Mais l'écho de cet Amour correspondait dans le Coeur du Fils et Il Se laissait blesser par les désirs de Sa Très Aimante Mère; et ce qu'Il dit dans les Cantiques s'accomplissait à la lettre que les yeux avec lesquels Sa Mère et Son Épouse chérie Le regardait (Cant. 6: 4), Le faisaient voler et L'attiraient à la terre.

7, 4, 45. C'est ce qui arriva souvent comme je le dirai plus loin [a] et la première fois fut en l'un des quelques jours qui se passèrent après que l'Auguste Dame fut descendue du Ciel avant la venue de l'Esprit-Saint, il n'y avait pas encore six jours qu'Elle conversait avec les Apôtres. Dans ce court intervalle, Notre Sauveur Jésus-Christ descendit en personne [b] pour la visiter et la combler de Dons nouveaux et de consolation ineffable. La Très Candide Colombe était malade de l'Amour et de ces défaillances qu'Elle confessa que la Charité bien ordonnée (Cant. 2: 4) lui causait dans l'officine du Roi. Et Sa Majesté S'approchant d'Elle en cette occasion, l'inclina sur Son sein de la main gauche de Son Humanité (Cant. 2: 5) et de la Droite de Sa Divinité Il l'Illumina, l'enrichit et l'inonda tout entière de nouvelles influences par lesquelles Il la vivifia et la fortifia. Là se reposèrent les anxiétés amoureuses de cette biche blessée (Ps. 41: 2), buvant à satiété dans les Fontaines du Sauveur (Is. 12: 3), et là Elle fut rafraîchie et fortifiée pour s'embraser davantage dans les flammes de Son Feu d'Amour qui ne s'éteint jamais (Cant. 8: 7). Elle guérit demeurant plus blessée de cette maladie. Elle recouvra la santé, demeurant de nouveau malade, et Elle reçut la vie pour se livrer davantage à la mort de son affection; parce que ce genre de maladie ne connaît point d'autre remède et n'accepte point d'autre soulagement. Lorsque la Très Douce Mère eut recouvré quelque force par cette Faveur que le Seigneur lui accorda dans la partie sensitive, Elle se prosterna devant Sa Royale Majesté et Elle Lui demanda de nouveau Sa bénédiction avec une humilité et une fervente reconnaissance pour la Faveur qu'Elle avait reçue de Le voir.

7, 4, 46. La Très Prudente Dame ne s'imaginait point recevoir ce Bienfait, non seulement parce qu'il y avait peu de temps qu'Elle était privée de la Présence
humaine de son Très Saint Fils; mais parce que Sa Majesté ne lui avait point déclaré quand Il la visiterait, et son humilité très sublime ne lui laissait point penser que la Bonté divine s'inclinerait à lui donner cette consolation. Et comme ce fut la première fois qu'Elle la reçut, plus grande fut son admiration avec laquelle Elle demeura plus humiliée et plus anéantie dans son estime. Elle jouit de la Présence et des caresses de son Très Saint Fils pendant cinq heures; et aucun des Apôtres ne connut alors ce Bienfait, quoiqu'ils vissent et soupçonnassent par l'air de la divine Reine et par quelques-unes de ses actions qu'il y avait une nouveauté admirable, mais nul n'osa lui en demander raison à cause de l'amour et de la révérence qu'ils lui portaient. Lorsqu'Elle connut que son Très Saint Fils voulait retourner aux Cieux, Elle se prosterna de nouveau en terre pour prendre congé de Lui, et Elle Lui demanda de nouveau Sa bénédiction et Sa permission pour que s'Il la visitait une autre fois comme alors, Elle reconnût en Sa Présence les défauts qu'Elle commettait dans la reconnaissance proportionnée et dans le retour qu'Elle donnait à Ses Bienfaits. Elle fit cette demande, parce que le Seigneur lui promettait de la visiter quelquefois en Son absence et parce qu'avant Son Ascension aux Cieux quand Ils vivaient ensemble, l'humble Mère avait coutume de se prosterner devant son Fils et son Dieu véritable, se reconnaissant indigne de Ses Faveurs et lente à en donner le retour, comme je l'ai dit dans la seconde partie [c]. Et quoiqu'Elle ne pût s'accuser d'aucune faute, parce que Celle qui était Mère de La Sainteté n'en commit aucune, et Elle ne se persuadait pas non plus par ignorance qu'Elle en eût, parce qu'Elle était Mère de la Sagesse, néanmoins le Seigneur donnait lieu à son humilité, à son Amour et à sa Science, afin qu'Elle arrivât à la digne pondération de la dette qu'Elle avait comme pure Créature envers Dieu en tant que Dieu: et avec cette humilité et cette connaissance très sublimes, tout ce qu'Elle faisait en retour de Bienfaits si excellents lui paraissait peu. Et Elle attribuait à Elle-même cette inégalité. Et quoique ce ne fût pas un péché, Elle voulait confesser l'infériorité de son être terrestre comparé avec l'Excellence divine

7, 4, 47. Mais au milieu des mystères et des Faveurs ineffables qu'Elle reçut dès le jour de l'Ascension de son Fils Jésus notre Sauveur, l'attention que cette Maîtresse très Prudente eut, afin que les Apôtres et les autres disciples se préparassent dignement à recevoir l'Esprit-Saint fut admirable. La grande Reine connut combien ce Bienfait que le Père des Lumières leur préparait était estimable et Divin, et Elle connaissait aussi la tendresse sensible des Apôtres envers l'Humanité de leur Maître Jésus et que la tristesse qu'ils souffraient de Son absence les embarrassait quelque peu. Et pour réformer ce défaut en eux et les améliorer en tout, en arrivant au Ciel avec son Très Saint Fils, Elle dépêcha comme pieuse Mère et puissante Reine un autre de ses Anges au Cénacle afin qu'il leur déclarât sa volonté et celle de son Fils qui était qu'ils s'élevassent au-dessus d'eux-mêmes et qu'ils fussent plus où ils aimaient par la Foi, en l'Être de Dieu, que là où ils animaient qui étaient les sens et de ne point se laisser attirer par la seule vue de l'Humanité, mais qu'Elle leur servît de porte et de voie pour passer à la Divinité, en laquelle, se trouve une satisfaction adéquate et un repos parfait. La divine Reine commanda au saint Ange d'inspirer et de dire tout cela aux Apôtres. Et après que la Très Prudente Dame fut descendue des hauteurs, Elle les consola dans leur tristesse et les encouragea dans l'abattement qu'ils avaient; chaque jour Elle leur parlait une heure et Elle la passait à leur déclarer les Mystères de la Foi que son Très Saint Fils lui avait enseignés. Elle ne le faisait point sous forme de magistère, mais comme en en conférant et Elle leur conseillait de parler aussi entre eux une autre heure, conférant des avis, des promesses, de la Doctrine et de l'Enseignement de leur divin Maître Jésus, et de réciter vocalement le "Pater noster" et quelques Psaumes une autre partie du jour et le reste de le passer en oraison mentale, puis le soir de prendre quelque aliment de pain et de poisson et un sommeil modéré. Et de se disposer par cette oraison et ce jeûne à recevoir l'Esprit-Saint qui viendrait en eux.

7, 4, 48. De la droite de son Fils, la vigilante Mère prenait soin de cette heureuse famille; et quoiqu'Elle parlât aux Apôtres après être descendue du Ciel, Elle ne le fit jamais sans que saint Pierre ou saint Jean le lui eussent commandé, afin de donner à toutes ses oeuvres le souverain degré de perfection. Elle demanda à son fils et Elle obtint qu'Il le leur inspirât ainsi, afin de leur obéir comme à Ses vicaires et Ses prêtres; et tout s'accomplissait comme la Mère de l'humilité l'avait prévu, et Elle obéissait ensuite comme Servante, dissimulant sa dignité de Reine et de Maîtresse, sans s'attribuer l'autorité, la domination ni la supériorité en aucune manière, mais opérant comme inférieure à tous. C'était ainsi qu'Elle parlait aux Apôtres et aux autres fidèles. Et en ces jours Elle leur exposa le Mystère de la Très Sainte Trinité avec des termes sublimes et incompréhensibles, mais intelligibles et accommodés à l'entendement de tous. Ensuite Elle leur déclara le Mystère de l'union hypostatique et tous ceux de l'Incarnation, et plusieurs autres de la Doctrine qu'ils avaient entendue de leur Maître et Elle les avertit que pour une plus grande intelligence ils seraient illustrés par le Saint-Esprit quand ils le recevraient.

7, 4, 49. Elle leur enseigna à prier mentalement, leur faisant connaître l'excellence et la nécessité de cette manière d'oraison; et que le principal office et la plus noble occupation de la créature raisonnable est de s'élever par l'entendement et la volonté au-dessus de tout ce qui est créé, à la connaissance et à l'amour de Dieu; et qu'aucune autre chose ni aucune autre occupation ne doit passer avant celle-ci, ni s'interposer pour que l'âme soit privée de ce Bien qui est le suprême de la vie et le principe de la Félicité Éternelle. Elle leur dit aussi comment ils devaient remercier le Père des Miséricordes de nous avoir donné son Fils Unique pour notre Réparateur et notre Maître, de l'Amour avec lequel Sa Majesté nous avait rachetés au prix de Sa Passion et de Sa Mort et de ce qu'Il les avait choisis, eux Ses Apôtres, entre les autres hommes pour former Sa Compagnie et être les Colonnes de Sa Sainte Église. Avec ces exhortations et cette instruction la divine Mère illustra les coeurs des onze Apôtres et les autres disciples; Elle les embrasa dans la ferveur et les disposa afin qu'ils fussent idoines et disposés à recevoir l'Esprit-Saint et Ses divins Effets. Et comme Elle pénétrait leurs coeurs et Elle connaissait la condition et le naturel de chacun Elle s'accommodait à tous, comme la nécessité de chacun le demandait, selon leur grâce et leur esprit, afin qu'ils opérassent les vertus avec allégresse, force et consolation; et dans les actes extérieurs Elle les avertit de faire des humiliations, des prosternations et d'autres actes de culte et de révérence, adorant la majesté et la grandeur du Très-Haut.

7, 4, 50. Tous les jours, matin et soir, Elle allait demander la bénédiction aux Apôtres. A saint Pierre d'abord comme Chef, ensuite à saint Jean et aux autres selon leur ancienneté. Au commencement, ils voulaient tous s'exempter de faire cette cérémonie envers la Très Sainte Marie, parce qu'ils la regardaient comme leur Reine et la Mère de leur Maître Jésus. Mais la Très Prudente Dame les obligeait tous de la bénir comme prêtres et ministres du Très-Haut, leur déclarant cette suprême dignité, l'office qui leur appartenait par là même, le respect et la révérence souveraine qui leur était due. Et comme cette compétition était à qui s'humilierait davantage, il est certain que la Maîtresse de l'humilité devait rester victorieuse et les Disciples vaincus et enseignés par son exemple.
D'un autre côté les paroles de la Très Sainte Marie étaient si douces, si ardentes et si efficaces pour mouvoir les coeurs de tous ces premiers fidèles qu'avec une Force divine et très suave, Elle les illustrait et les réduisait à opérer tout le plus saint et le plus parfait des Vertus. Et reconnaissant ces effets admirables en eux-mêmes ils en conféraient les uns avec les autres, et ils disaient dans l'admiration: «Nous trouvons véritablement dans cette pure Créature le même enseignement, la même Doctrine et la même consolation qui nous manquait par l'absence de son Fils et notre Maître. Ses oeuvres et ses paroles, ses conseils et sa communication pleine de suavité nous obligent et nous enseignent, comme nous le sentions avec notre Sauveur lorsqu'Il nous parlait et qu'Il vivait avec nous. Maintenant nos coeurs s'enflamment par la Doctrine et les exhortations de cette Créature admirable, comme il nous arrivait par les Paroles de notre Sauveur Jésus. Sans doute que le Dieu tout-puissant a déposé dans la Mère de Son Fils Unique la Sagesse et la Vertu divine. Nous pouvons désormais essuyer nos larmes, puisqu'Il nous a laissé une telle Mère et une telle Maîtresse pour notre enseignement et notre consolation, et Il nous a accordé d'avoir avec nous cette Arche Vivante du Testament où Il a déposé Sa Loi (Héb. 9: 4), la verge des prodiges et la manne très douce pour notre vie et notre consolation.»

7, 4, 51. Si les saints Apôtres et les autres enfants primitifs de la Sainte Église nous avaient laissé écrit ce qu'ils connurent et ce qu'ils pénétrèrent de la grande Dame, la Très Sainte Marie, et de son éminente sagesse, comme témoins oculaires; ce qu'ils entendirent, ce qu'ils dirent et ce qu'ils se communiquèrent en tant de temps, nous aurions avec ces témoignages une connaissance plus expresse de la sainteté et des oeuvres héroïques de l'Impératrice des Cieux, et comment il fut connu par la Doctrine qu'Elle enseignait et les effets qu'Elle opérait, que son Très Saint Fils lui avait communiqué un genre de Vertu divine semblable à la Sienne, quoique dans le Seigneur Elle fût comme la source, dans son origine, et dans la Bienheureuse Mère, comme l'aqueduc ou le conduit par où Elle se communiquait et se communique à tous les mortels. Mais les Apôtres furent si heureux et si fortunés, que de boire les eaux du Sauveur et de la Doctrine de Sa Très Pure Mère dans leur propre source, les recevant par les sens, comme il convenait pour l'office et le ministère dont ils étaient chargés de fonder l'Église et de planter la Foi de l'Évangile par tout l'Univers.

7, 4, 52. L'épiscopat de Judas, le plus malheureux des mortels, était vacant (Ps. 108: Cool, comme dit David par sa trahison et sa mort, et il était nécessaire que l'apostolat fut pourvu d'un autre qui fût digne; parce que c'était la Volonté du Très-Haut que le nombre des douze fût complet pour la venue de l'Esprit-Saint, comme le Maître de la vie les avait nombrés quand il les avait choisis (Luc 6: 13). Dans l'un des entretiens que la Très Sainte Marie faisait aux Apôtres Elle leur déclara cet Ordre du Seigneur; et ils admirent tous la proposition et ils la supplièrent comme Mère et Maîtresse de nommer Elle-même celui qu'Elle connaissait pour le plus digne et le plus idoine pour l'apostolat. La divine Dame ne l'ignorait pas, parce qu'Elle avait les noms des douze avec saint Mathias écrits dans son Coeur, comme je l'ai dit dans le chapitre troisième. Mais avec son humble et profonde sagesse, Elle connut qu'il convenait de remettre cette diligence à saint Pierre, afin qu'il commençât à exercer l'office de Pontife et de Chef dans la nouvelle Église, comme Vicaire de Jésus-Christ son Auteur et son Maître. Elle ordonna à l'Apôtre de faire cette élection en présence de tous les disciples et des autres fidèles, afin qu'ils le vissent tous opérer comme Chef suprême de l'Église. Et saint Pierre le fit ainsi que la Reine l'avait ordonné.

7, 4, 53. Le mode de cette première élection qui se fit dans l'Église a été rapporté par saint Luc dans le chapitre un des Actes des Apôtres (Act. 1: 15). Il dit que dans ces jours entre l'Ascension et la venue de l'Esprit-Saint, saint Pierre ayant réuni les cent vingt qui s'étaient trouvés aussi à l'Ascension du Seigneur au Cieux, leur fit une conférence en laquelle il leur déclara comme il convenait que la prophétie de David touchant la trahison de Judas qu'il laissa écrite dans le Psaume quarante (Ps. 40: 10), s'était accomplie, et comment il avait prévariqué malheureusement après avoir été élu an nombre des douze Apôtres, et il se fit chef de ceux qui prirent Jésus. Et du prix pour lequel il L'avait vendu, il eut en possession le champ qui fut acheté avec cet argent, lequel dans la langue ordinaire s'appelle "Haceldama"; et enfin, indigne de la Miséricorde divine, il se pendit lui-même et creva par le milieu, ses entrailles se répandant, comme tout était notoire à ceux qui étaient à Jérusalem; et il convenait qu'il en fût élu un autre à sa place dans l'Épiscopat pour attester la Résurrection du Sauveur conformément à une autre prophétie du même David (Ps. 108: Cool; et celui qui devait être élu devait être quelqu'un de ceux qui avait suivi Jésus-Christ leur Maître dans Sa prédication depuis le baptême de saint Jean.

7, 4, 54. Cette conférence était achevée et tous les fidèles étant d'accord que le choix du douzième Apôtre devait être fait, la manière de l'élection fut remise à saint Pierre. L'Apôtre détermina qu'il en fût nommé deux d'entre les soixante-douze disciples, qui furent Joseph appelé le Juste et Mathias; et qu'entre les deux on jetât le sort et que celui qui sortirait le premier (Act. 1: 26) fût tenu pour Apôtre. Ils approuvèrent tous cette manière de choisir, car elle était alors très assurée; parce que la Vertu divine opérait de grandes merveilles pour fonder l'Église. Et écrivant les noms de chacun dans un billet avec l'office de disciple et d'Apôtre de Jésus-Christ ils les mirent dans un vase où ils ne pouvaient être vus; et ils firent tous oraison, demandant à Dieu de choisir celui qui serait de Sa Sainte Volonté, puisqu'il connaissait comme Seigneur les coeurs de tous. Ensuite saint Pierre tira un billet sur lequel était écrit: "Mathias, disciple et Apôtre de Jésus"; et saint Mathias fut reconnu et admis pour légitime Apôtre à l'allégresse de tous et les onze l'embrassèrent. La Très Sainte Marie qui était présente à tout lui demanda la bénédiction et les fidèles firent de même à son imitation et ils continuèrent tous l'oraison et le jeûne jusqu'à la venue de l'Esprit-Saint.

DOCTRINE QUE ME DONNA LA REINE DU CIEL,
LA TRÈS SAINTE MARIE.

7, 4, 55. Ma fille tu es émerveillée, et avec raison, des faveurs cachées et sublimes que j'ai reçues de la Droite de mon Fils, et de l'humilité avec laquelle je les recevais et je remerciais; ainsi que de la charité et de l'attention que j'avais au milieu de la joie pour les nécessités des Apôtres et des fidèles de la Sainte Église. Ils est temps désormais ma très chère, que tu cueilles en toi-même le fruit de cette science; tu ne peux maintenant en comprendre davantage, et mon désir en toi ne s'étend pas moins qu'à avoir une fille fidèle qui m'imite avec ferveur et une disciple qui m'écoute et me suive de tout son coeur. Allume donc la lumière de ta foi vive, sachant que je suis si puissante pour te favoriser et t'aider et fie-toi à moi, car je le ferai au-dessus de tes désirs et je serai libérale et sans parcimonie à te
combler de grands biens. Mais toi, humilie-toi jusqu'à la terre même pour les recevoir et prends la dernière place parmi les créatures; puisque tu es plus inutile par toi-même que la poussière la plus vile et la plus méprisée, et tu n'as rien de plus que la misère et la nécessité même. Avec cette vérité pèse combien la Clémence et la Bonté du Très-Haut est grande envers toi, et quel est le retour et le degré de reconnaissance que tu Lui dois. Et si celui qui paye en entier ce qu'il doit n'a pas de quoi se glorifier, toi qui ne peux satisfaire à tant de dette, il est juste que tu demeures humiliée puisque tu es toujours débitrice, quoique tu travailles toujours autant que tu peux. Que sera-ce donc si tu étais lâche et négligente?

7, 4, 56. Avec cette prudence et cette attention, tu connaîtras comment tu dois m'imiter dans la Foi vive, l'Espérance certaine, la Charité fervente, l'humilité profonde et le culte et la révérence du à la grandeur infinie du Seigneur. Et je t'avertis de nouveau que la sagacité du serpent est très vigilante contre les mortels, afin qu'ils ne fassent point attention à la vénération et au culte dû à leur Dieu; et avec cette vaine audace ils méprisent cette vertu et celle qu'elle contient en soi. Dans les vicieux et les mondains elle introduit un oubli très insensé des Vérités Catholiques, afin que la Foi divine ne leur propose point la crainte et la vénération qui est due au Très-Haut; et en cela il les rend très semblables aux païens qui ne connaissent point la véritable Divinité. L'ennemi cause en d'autres, qui désirent la vertu et qui font quelques bonnes oeuvres, une tiédeur et une négligence dangereuses avec lesquelles ils passent, insouciants de ce qu'ils perdent par leur manque de ferveur. Ce dragon prétend tromper ceux qui traitent de plus de perfection par une confiance grossière, afin que par les faveurs qu'ils reçoivent ou par la clémence qu'ils connaissent, ils se jugent très familiers avec le Seigneur et se négligent dans l'humble vénération et la crainte avec laquelle ils doivent être en présence de tant de Majesté, devant laquelle les puissances du Ciel tremblent comme la Sainte Église le leur enseigne [e]. Et parce que je t'ai admonestée et avertie de ce danger en d'autres occasions, il suffit maintenant de te le rappeler.

7, 4, 57. Mais je veux que tu sois fidèle et ponctuelle à exercer cette Doctrine de telle sorte que tu la confesses et la pratiques en toutes tes actions extérieures sans affectation ni extrêmes, afin que tu enseignes à tous ceux qui traiteront avec toi, par l'exemple et les paroles la vénération et la sainte crainte que les créatures doivent au Créateur. Je veux que tu enseignes cette science spécialement à tes religieuses et que tu les avertisses, afin qu'elles n'ignorent point l'humilité et la révérence avec lesquelles elles doivent traiter avec Dieu. Et l'enseignement le plus efficace en toi sera l'exemple dans les oeuvres d'obligation; parce que tu ne dois point cacher celles-ci ni les omettre par la crainte de la vanité. Cette obligation est plus grande en celui qui gouverne les autres, parce que c'est une dette d'office d'exhorter, de mouvoir et d'acheminer les sujets dans la sainte crainte du Seigneur: et cela se fait plus efficacement par l'exemple que par les paroles. Avertis-les en particulier de la vénération qu'elles doivent avoir pour les prêtres qui sont les oints et les christs du Seigneur. Et demande-leur toujours la bénédiction à mon imitation, lorsque tu t'approcheras pour les entendre et lorsque tu prendras congé d'eux. Et quand tu te verras le plus favorisée de la Bonté divine, tourne aussi les yeux vers les nécessités et les afflictions du prochain et le danger des pécheurs, et prie pour tous avec la Foi vive et avec confiance; car l'amour de Dieu n'est pas légitime s'il se contente seulement de jouir et s'il oublie ses frères. Tu dois solliciter et demander que ce Souverain Bien que tu connais et auquel tu participes se communique à tous, puisqu'il n'exclut personne et que tous ont besoin de Son secours et de Sa communication Divine. Tu connais en ma Charité ce que tu dois imiter en tout.

NOTES EXPLICATIVES
Extraites de celles de Don Creseto, à l'usage des prêtres.
7, 4, [a]. Livre 7, Nos. 213, 257, 347, 357; Livre 8, Nos. 598, 619, 631, 646, 656, 665 etc.
7, 4, [b]. Il est prouvé par la Sainte Écriture et confirmé par les saints Pères que Notre-Seigneur Jésus-Christ est apparu plusieurs fois personnellement sur la terre après Son Ascension. Il apparut à saint Paul pour le convertir, à saint Pierre quand il fuyait de Rome, à saint Antoine, à sainte Thérèse et à plusieurs autres
Saints. Nul doute qu'Il accorda aussi la même faveur et beaucoup plus souvent à Sa Très Sainte Mère qui L'aimait souverainement plus que tous les autres Saints.
7, 4, [c]. Livre 8, Nos. 698, 921, 1028, etc.
7, 4, [d]. Les faveurs divines venant de Dieu qui est infini et de Son Amour Infini aussi, ont une valeur infinie et méritent une reconnaissance infinie qui ne peut être rendue par aucune créature finie. C'est pourquoi l'Auguste Marie reconnaissait que sa gratitude et sa reconnaissance n'étaient pas aussi grandes que le méritaient ses faveurs, le défaut d'être finies demeurant toujours, bien que ce fût un défaut sans faute. La Très Sainte Marie faisait ici abstraction de l'infinité que la grâce divine donnait au mérite de sa reconnaissance, s'attribuant seulement ce qui appartient à la créature.
7, 4, [e]. Dans la préface de la Messe.
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Message par sga le Ven 7 Fév 2020 - 17:12

CHAPITRE 5


La venue de l'Esprit-Saint sur les Apôtres et les autres fidèles: la Très Sainte Marie Le vit intuitivement et d'autres mystères ou secrets très occultes qui arrivèrent alors.


7, 5, 58. Les douze Apôtres, les autres disciples et les fidèles persévéraient tout joyeux en compagnie de la Reine du Ciel à attendre dans le Cénacle la promesse du Sauveur, confirmée par Sa Très Sainte Mère, qu'il leur enverrait des Cieux l'Esprit Consolateur (Jean 14: 26) qui leur enseignait et leur éclairait toutes les choses qu'ils avaient entendues dans Sa Doctrine. Ils étaient tous si unanimes et si conformes dans la charité, qu'en tous ces jours aucun n'eut une pensée, une affection, ni un geste contraire aux autres. Ils n'avaient tous qu'un coeur et qu'une âme dans le sentiment et dans les oeuvres. Et quoique l'élection de saint Mathias se présentât, il n'intervint point entre tous ces enfants de l'Église un seul geste ni le moindre mouvement de discorde; cette occasion étant l'une de celles où les jugements différents renversent la volonté pour mettre en discorde les plus attentifs mêmes; parce que tous le sont pour suivre chacun leur sentiment et ne point se réduire à celui d'autrui. Mais la discorde n'eut point d'entrée dans cette sainte Congrégation; parce qu'ils étaient unis par l'oraison, le jeûne et la persévérance tous ensemble dans l'attente de la visite de l'Esprit-Saint qui ne peut avoir son siège sur des coeurs opposés et en discorde. Et enfin que l'on voie combien cette union de charité fut puissante non seulement pour les disposer à recevoir le Saint-Esprit, mais aussi pour vaincre les démons et les mettre en fuite, j'avertis que de l'enfer où ils étaient atterrés depuis la mort de notre Sauveur Jésus, ils sentirent une oppression et une terreur nouvelle causées par les vertus de ceux qui étaient dans le Cénacle: quoiqu'ils ne les connussent point en particulier, ils sentirent que cette nouvelle force qui les intimidait leur résultait de là: et ils jugèrent que leur empire se détruisait avec ce que ces Disciples de Jésus-Christ commençaient à opérer dans le monde par leur Doctrine et leur exemple.

7, 5, 59. Avec sa plénitude de sagesse et de grâce, la Reine des Anges, la Très Sainte Marie, connut le temps et l'heure déterminée par la Volonté divine pour envoyer l'Esprit-Saint sur le Collège des Apôtres. Lorsque les jours de la Pentecôte qui étaient cinquante jours après la Résurrection de Notre-Seigneur et Rédempteur allaient s'accomplir (Act. 2: 1), la Bienheureuse Mère vit comment l'Humanité de la Personne du Verbe dans les Cieux proposait au Père Éternel la promesse que le même Sauveur avait faite dans le monde à Ses Apôtres de leur envoyer le divin Esprit Consolateur, et que le temps déterminé par Sa Sagesse infinie s'accomplissait pour faire cette Faveur à la Sainte Église, pour y planter la Foi que le même Fils avait ordonnée et les Dons qu'Il lui avait mérités. Sa Majesté proposa aussi les mérites qu'Il avait acquis dans Sa Vie très Sainte, Sa Passion et Sa Mort et les Mystères qu'Il avait opérés pour le remède du gendre humain; et qu'Il était le Médiateur, l'Avocat et l'Intercesseur entre le Père Éternel et les hommes, et que parmi eux vivait Sa Très Douce Mère en qui les Personnes divines avaient leurs complaisances. Sa Majesté demanda aussi que l'Esprit-Saint vînt au monde en forme visible outre la grâce et les Dons invisibles; parce qu'il
était ainsi convenable, afin d'honorer la Loi de l'Évangile à la vue du monde, conforter et consoler davantage les Apôtres et les fidèles qui devaient prêcher la Parole divine et causer de la terreur aux ennemis du Seigneur même, qui L'avaient persécuté et méprisé dans Sa Vie jusqu'à la Mort sur la Croix.

7, 5, 60. La Très Sainte Mère accompagna sur la terre cette pétition que notre Rédempteur faisait dans le Ciel, dans la forme qu'il convenait à la pieuse Mère des fidèles. Et étant prosternée en terre en forme de Croix avec une humilité profonde, Elle connut comment la pétition du Sauveur du monde était admise dans le Consistoire de la Bienheureuse Trinité, et que pour la dépêcher et l'exécuter, selon notre manière de concevoir, les deux Personnes du Père et du Fils, comme Principe de qui procède l'Esprit-Saint, ordonnait la mission active de la troisième Personne, parce qu'il est attribué aux deux premières Personnes d'envoyer Celle qui procède d'Elles; et la Troisième Personne de l'Esprit-Saint acceptait la mission passive et admettait de venir au monde. Et quoique toutes ces Personnes divines et leurs opérations soient d'une même Volonté infinie et éternelle sans aucune inégalité, néanmoins les mêmes Puissances qui sont indivisées et égales en toutes les Personnes, ont des opérations "ad intra" dans une Personne qu'elles n'ont point dans une autre; et ainsi l'Entendement engendre dans le Père et non dans le Fils; parce qu'Il est engendré; et la Volonté spire dans le Père et le Fils et non dans l'Esprit-Saint qui est spiré. Pour cette raison on attribue au Père et au Fils d'envoyer comme Principe actif l'Esprit-Saint "ad extra", et à Lui on attribue d'être envoyé comme passivement.

7, 5, 61. Les pétitions que j'ai dites ayant précédé le jour de la Pentecôte au matin, la Très Prudente Reine prévint les Apôtres, les autres disciples et les saintes femmes qui étaient tous ensemble cent vingt personnes (Act. 1: 15), et Elle leur dit de prier et d'attendre avec une plus grande ferveur; parce qu'ils seraient bientôt visités des Hauteurs par l'Esprit Divin. Et étant ainsi tous ensemble en prière avec la Dame du Ciel, à l'heure de tierce on entendit dans l'air un grand bruit (Act. 2: 2-3) d'un tonnerre épouvantable et un vent ou souffle véhément, avec une grande splendeur comme d'éclair et de feu; et tout se dirigea vers la maison du Cénacle la remplissant de lumière, et ce Feu Divin se répandant sur toute cette sainte Assemblée. Des langues de ce même Feu dans lequel venait l'Esprit-Saint apparurent sur la tête de chacun des cent vingt (Act. 2: 3) les remplissant tous et
chacun d'Influences divines et de Dons souverains, causant en même temps des effets très différents et contraires dans le Cénacle et dans tout Jérusalem selon la diversité des sujets.

7, 5, 62. Ils furent divins dans la Très Sainte Marie et admirables pour les Courtisans du Ciel, et nous les autres, nous sommes très inférieurs pour les comprendre et les expliquer. La Très Pure Dame demeura toute transformée et élevée dans le Dieu très haut même; parce qu'Elle vit l'Esprit-Saint intuitivement et clairement et Elle jouit en passant de la Vision Béatifique de la Divinité pendant quelque temps. Et Elle seule, Elle reçut plus de Ses Dons et de Ses Effets que tout le reste des Saints, et pendant cet intervalle sa gloire surpassa celle des Anges et des Bienheureux. Et seule Elle donna au Seigneur plus de louange, de remerciements et de gloire qu'eux tous ensemble, d'avoir envoyé Son Divin Esprit sur la Sainte Eglise, S'engageant à L'envoyer plusieurs fois et à la gouverner par Son assistance jusqu'à la fin du monde. La Bienheureuse Trinité Se complut de telle sorte dans les oeuvres que la Très Sainte Marie fit en cette circonstance que Sa Majesté Se donna pour satisfaite et payée de cette faveur qu'Elle avait accordée au monde; et Elle se montra non seulement satisfaite, mais Elle fit comme si Elle y avait été obligée, parce qu'il y avait cette Créature unique que le Père regardait comme Sa Fille, le Fils comme Sa Mère et l'Esprit-Saint comme son Épouse, qu'Il devait, selon notre manière de concevoir, visiter et enrichir après l'avoir élue pour une dignité si haute. Tous les Dons et toutes les grâces de l'Esprit-Saint se renouvelèrent dans l'heureuse et digne Épouse, avec de nouvelles opérations et de nouveaux effets qui ne peuvent être compris dans notre capacité.

7, 5, 63. Les Apôtres furent remplis et replets de l'Esprit-Saint, comme dit saint Luc; parce qu'ils reçurent des augmentations admirables de grâce justifiante dans un degré très élevé, et les douze seuls furent confirmés en cette grâce pour ne la perdre jamais. Il leur fut répandu respectivement des habitudes des sept Dons, de Sagesse, d'Entendement, de Science, de Piété, de Conseil, de Force et de Crainte de Dieu, tous dans un degré très convenable. Dans ce Bienfait aussi grandiose et aussi admirable que nouveau dans le monde, les douze Apôtres demeurèrent élevés et renouvelés pour être des ministres idoines du Nouveau Testament et les Fondateurs de l'Église de l'Évangile dans tout le monde; parce que ces Dons et cette grâce nouvelle leur communiquèrent une Vertu divine qui
les inclinait avec une force et une efficace très douce au plus héroïque de toutes les Vertus et au suprême de la sainteté. Avec cette force ils priaient et opéraient promptement et facilement toutes les choses, quelque ardues et difficiles qu'elles fussent, et cela non avec tristesse par une nécessité violente, mais avec allégresse et avec joie (2 Cor. 9: 7).

7, 5, 64. Le Très-Haut opéra les mêmes effets avec proportion et respectivement dans tous les autres disciples et fidèles qui reçurent l'Esprit-Saint dans le Cénacle, sauf qu'ils ne furent pas confirmés en grâce comme les Apôtres; mais selon la disposition de chacun la grâce et les Dons leur furent communiqués avec plus ou moins d'abondance pour le ministère qui les touchait dans la Sainte Église. La même proportion fut gardée dans les Apôtres; mais saint Pierre et saint Jean furent spécialement avantagés dans ces Dons, à cause des offices plus élevés qu'ils avaient; l'un de gouverner l'Église comme Chef, et l'autre d'assister et de servir sa Reine, la Dame du Ciel et de la terre la Très Sainte Marie. Le Texte sacré de saint Luc dit: que l'Esprit-Saint remplit toute la maison où était cette heureuse Assemblée, non seulement parce qu'ils y furent tous remplis de l'Esprit Divin et de Ses Dons ineffables, mais parce que la maison même fut remplie de lumière et de splendeur. Cette plénitude de merveilles et de prodiges redonda et se communiqua à d'autres en dehors du Cénacle; parce que l'Esprit-Saint opéra aussi divers effets variés dans les habitants et citoyens de Jérusalem. Tous ceux qui avaient eu quelque pitié et quelque compassion pour notre Sauver et Rédempteur Jésus-Christ dans Sa Passion et Sa Mort, qui s'étaient affligés de Ses tourments très acerbes et qui avaient révéré Sa Personne vénérable furent visités dans leur intérieur par une Lumière et une grâce nouvelles qui les disposèrent à recevoir ensuite la Doctrine des Apôtres. Et ceux qui se convertirent au premier Sermon de saint Pierre étaient en grande partie ceux à qui leur compassion et leur peine de la Mort du Seigneur commencèrent à leur gagner une si grande fortune. D'autres justes qui étaient à Jérusalem hors du Cénacle reçurent aussi une grande consolation intérieure avec laquelle ils se murent et se disposèrent; et ainsi l'Esprit-Saint opéra en eux de nouveaux effets de grâce, en chacun respectivement.

7, 5, 65. Le même Esprit Divin opéra ce jour-là à Jérusalem d'autres effets très contraires à ceux que je viens de dire et non moins admirables quoique plus cachés. Il arriva donc que par le tonnerre épouvantable et la commotion véhémente de l'air et des éclairs dans lesquels l'Esprit-Saint était venu, il troubla et consterna tous les habitants de la ville qui étaient ennemis du Seigneur, chacun respectivement selon sa méchanceté et sa perfidie. Ce châtiment fut manifeste en ceux qui avaient été acteurs ou qui avaient concouru à la Mort de notre Sauveur, se distinguant et s'irritant dans la malice et la rage. Tous ceux-ci tombèrent par terre pendant trois heures donnant de la tête contre terre. Et ceux qui flagellèrent Sa Majesté moururent tous aussitôt étouffés dans leur propre sang qui avait été mis en commotion par le coup d'air et qui s'extravasa jusqu'à les suffoquer à cause de celui qu'ils avaient répandu avec tant d'impiété. Le téméraire qui avait donné un soufflet à Sa Majesté divine ne mourut pas seulement sur-le-champ; mais il fut précipité en enfer en corps et en âme. Il y eut d'autres Juifs qui, bien qu'ils ne moururent pas alors, furent châtiés par des douleurs intenses et certaines infirmités abominables qui ont passé à leurs descendants avec le Sang de Jésus-Christ dont ils s'étaient chargés et qui persévèrent encore aujourd'hui parmi eux et qui les rendent très immondes et très horribles. Ce châtiment fut notoire à Jérusalem, quoique les pontifes et les Pharisiens missent une grande diligence à le démentir comme ils l'avaient fait de la Résurrection du Sauveur. Mais comme cela n'était pas si important, les Apôtres ni les Évangélistes ne l'écrivirent point, et la confusion de la cité et la multitude des habitants le firent oublier aussitôt.

7, 5, 66. Le châtiment et la crainte passa aussitôt jusqu'à l'enfer où les démons les sentirent avec une confusion et une oppression nouvelles qui leur dura trois jours. Et pendant ce temps, Lucifer et ses démons jetaient des hurelements formidables, avec lesquels les damnés reçurent une nouvelle peine et un accablement de douleur très confuse. O Esprit ineffable et Puissant! La Sainte Église Vous appelle Doigt de Dieu, parce que Vous procédez du Père et du Fils comme le doigt du bras et du corps, mais as cette occasion il m'a été manifesté que Vous avez la même Puissance infinie avec le Père et avec le Fils. Les Cieux et la terre s'émurent en même temps en Votre Royal Présence avec des effets très dissemblables en tous leurs habitants; mais très semblables à ceux qui arriveront au jour du jugement. Vous avez rempli les Saints et les Justes de Votre grâce, de Vos Dons et de Votre Consolation ineffables, et Vous avez châtiez et rempli de confusion et de peine les impies et les orgueilleux. Je vois véritablement ici l'accomplissement de ce que Vous avez dit par David: Que Vous êtes «le Dieu des vengeances (Ps. 93: 1)» et que Vous opérez librement en donnant aux méchants la digne rétribution, en réprimandant et châtiant leurs péchés, afin qu'ils ne se
glorifient point dans leur injuste malice, et qu'ils ne disent point dans leur coeur que Vous ne les verrez point ni que Vous ne les entendrez.

7, 5, 67. Que les insensés du monde comprennent donc et que les stupides de la terre sachent (Ps. 93: 11) que le Très-Haut connaît les vaines pensées des hommes; et que s'Il est très libéral et très suave envers les Justes, Il est rigide et justicier envers les méchants et les impies pour leur châtiment. Il appartenait à l'Esprit-Saint de faire l'un et l'autre en cette occasion, parce qu'Il procédait du Verbe qui S'humanisa pour les hommes, qui mourut pour les racheter et qui souffrit tant d'opprobres et de tourments sans ouvrir la bouche (Is. 53: 7), ni donner de rétribution de ces déshonneurs et de ces mépris. Et il était juste que l'Esprit-Saint en descendant au monde prît la défense de l'honneur du Verbe Incarné, et quoiqu'Il ne châtiât point tous Ses ennemis, néanmoins que dans le châtiment des plus impies demeurât signalé celui que méritaient ceux qui L'avaient méprisé avec une dure perfidie s'ils ne se réduisaient à la Vérité par une pénitence véritable, en leur en donnant lieu. Il était juste de récompenser le petit nombre de ceux qui avaient reçu le Verbe Incarné en Le suivant et L'écoutant comme Rédempteur et Maître et de disposer par des Faveurs proportionnées à leur ministère ceux qui devaient prêcher Sa Foi et Sa Doctrine et planter l'Église et la Loi de l'Évangile. Il était comme dû à la Très Sainte Marie que l'Esprit-Saint la visitât. L'Apôtre dit que l'homme laissant son père et sa mère et s'unissant à son épouse, comme Moïse l'avait dit (Gen. 2: 24), était un grand sacrement (Eph. 5: 32), entre le Christ et l'Église, pour laquelle Il était descendu du Ciel S'unir avec elle dans l'Humanité qu'Il avait prise. Mais si Jésus-Christ est descendu du Ciel pour être avec l'Église son Épouse, il paraissait conséquent que l'Esprit-Saint descendit pour la Très Sainte Marie qui n'était pas moins Son Épouse que l'Église l'était de Jésus-Christ, et Il ne l'aimait pas moins que Jésus-Christ aimait l'Église.

DOCTRINE QUE ME DONNA NOTRE-DAME,
LA GRANDE REINE DU CIEL.

7, 5, 68. Ma fille, les enfants de l'Église sont peu attentifs et peu reconnaissants pour le Bienfait que le Très-Haut leur a accordé en lui envoyant l'Esprit-Saint, après avoir envoyé Son Fils comme Maître et Rédempteur des hommes. Telle fut la dilection avec laquelle Il voulut les aimer et les attirer à Lui, que pour les rendre participants de Ses Perfections divines, Il leur envoya d'abord le Fils qui est la Sagesse et ensuite l'Esprit-Saint qui est Son propre Amour, afin qu'ils fussent enrichis de ces Attributs de la manière que tous étaient capables de les recevoir. Et quoique l'Esprit Divin vînt la première fois sur les Apôtres et sur les autres qui étaient avec eux, il donna néanmoins dans cette venue des gages et un témoignage de ce qu'il ferait la même faveur aux autres enfants de l'Église, de la Lumière et de l'Évangile, communiquant ses Dons à tous si tous se disposaient à les recevoir. En foi de cette vérité, le même Esprit venait sur plusieurs des croyants (Act. 8: 17; 10: 44; 11: 15) en forme ou en effets visibles; parce qu'ils étaient véritablement des serviteurs fidèles, humbles, simples de coeur, purs et préparés pour les recevoir. Et il vient aussi maintenant en plusieurs âmes justes, quoique non avec des signes aussi manifestes qu'alors, parce que cela n'est ni nécessaire ni convenable. Les effets et les Dons intérieurs sont tous d'une même nature, selon la disposition et le degré de chacun de ceux qui les reçoivent.

7, 5, 69. Heureuse l'âme qui aspire à ce Bienfait et qui soupire pour l'obtenir et pour participer de ce Feu divin qui embrase et éclaire, qui consume tout le terrestre et le charnel et qui le purifie et l'élève à un être nouveau par l'union et la participation de Dieu même. Je désire cette félicité pour toi, ma fille, comme ton amoureuse et vraie Mère, et afin que tu l'obtiennes avec plénitude, je t'avertis de nouveau de préparer ton coeur, travaillant pour y conserver une tranquillité et une paix inviolables en tout ce qui t'arrivera. La Clémence divine veut t'élever à une habitation très haute et très assurée où les tourments de ton esprit aient un terme et où les batteries du monde et de l'enfer n'arrivent point; où le Très-Haut puisse reposer dans ta quiétude et trouver en toi une demeure et un temple digne de Sa gloire. Les assauts et les tentations du dragon ne te manqueront pas, et ils seront tous avec une astuce souveraine. Vis préparée et avisée pour ne point te troubler ni recevoir d'inquiétude dans l'intérieur de ton
âme. Garde ton trésor en son secret et jouis des délices du Seigneur, des doux effets de Son chaste amour, des influences de Sa Science; puisqu'Il t'a choisie et signalée en cela parmi plusieurs générations, étendant Sa main très libérale pour toi.

7, 5, 70. Considère donc ta vocation et sois assurée que le Très-Haut t'offre de nouveau la participation et la communication de Son Esprit Divin et de Des Dons. Mais sache que lorsqu'Il les concède, Il n'ôte pas la liberté de la volonté; parce qu'Il la laisse toujours libre de faire l'élection du bien et du mal à son arbitre; et ainsi il convient qu'en confiance de la Faveur divine, tu prennes une résolution efficace de m'imiter en toutes les oeuvres que tu connais de ma Vie et de ne point empêcher les effets et la vertu des Dons de l'Esprit-Saint. Et afin que tu comprennes mieux cette Doctrine, je te dirai la pratique des sept Dons.

7, 5, 71. Le premier, qui est la "Sagesse", administre la connaissance et le goût des choses Divines, pour mouvoir le cordial amour que tu dois exercer en elles, désirant et recherchant en tout le bon, le meilleur, le plus parfait et le plus agréable au Seigneur. Tu dois concourir à cette motion en te livrant tout entière à l'approbation de la Volonté divine et en méprisant tout ce qui peut t'empêcher, quelque aimable que ce soit pour la volonté et désirable pour l'appétit. Le Don de "l'Entendement" qui est le second aide à cela, donnant une Lumière spéciale pour pénétrer profondément l'objet représenté à l'esprit. Tu dois coopérer et concourir avec cette intelligence, détournant et éloignant l'attention et le discours de ces connaissances bâtardes et étrangères que le démon présente par lui-même ou par le moyen des autres créatures, pour distraire l'entendement, afin qu'il ne pénètre pas bien la Vérité des choses Divines. Cela l'embarrasse beaucoup, parce que ces deux intelligences sont incompatibles et que la capacité humaine est limitée, et étant diminuée et partagée sur plusieurs choses elle comprend moins, et elle fait moins d'attention à chacune que si elle ne s'appliquait qu'à l'intelligence des choses Divines. On expérimente en cela la vérité de l'Évangile que «nul ne peut servir deux maîtres (Matt. 6: 24).» Et lorsque l'âme est tout entière attentive à l'intelligence du bien et qu'elle le pénètre; le troisième Don qui est la "Force" est nécessaire pour exécuter avec résolution tout ce que l'entendement a connu de plus saint, de plus parfait et de plus agréable au Seigneur. Et les difficultés ou les empêchements qui se présenteront pour le faire doivent être vaincus par la Force,
la créature s'exposant à souffrir toute sorte de travail et de peine, pour ne point se priver du Bien souverain et véritable qu'elle connaît.

7, 5, 72. Mais parce qu'il arrive souvent qu'avec l'ignorance naturelle et le doute joint à la tentation, la créature n'obtient point les conclusions ou les conséquences de la Vérité divine qu'elle a connue, et avec cela elle s'embarrasse pour opérer le meilleur parmi les sentiments qui lui offre la prudence de la chair, le Don de "Science" qui est le quatrième sert pour cela; et il donne la Lumière pour inférer certaines choses bonnes des autres, et elle enseigne le plus certain et le plus assuré, et à l'expliquer s'il était nécessaire. Après ce Don vient celui de la "Piété" qui est le cinquième; et il incline l'âme avec une forte suavité à tout ce qui est véritablement de l'agrément et du service du Seigneur et du bienfait spirituel de la créature qui l'exécute; non avec quelque passion naturelle, mais avec un motif saint parfait et vertueux. Le sixième Don de "Conseil" lui sert pour se gouverner en tout avec une haute prudence; car il dirige la raison pour opérer avec succès et sans témérité; prenant les moyens et les conseillant avec discrétion pour soi et pour les autres, afin de choisir les moyens les plus proportionnés aux fins honnêtes et saintes. Tous ces Dons sont suivis du dernier de la "Crainte" qui les garde et les scelle tous. Ce Don incline le coeur à fuir tout ce qui est imparfait et à se racheter de ce qui est dangereux et en désaccord avec les vertus et la perfection de l'âme; ainsi il lui sert de mur de défense. Il est nécessaire de comprendre la matière et le mode de cette sainte Crainte, afin que la créature n'y excède point et qu'elle ne craigne point là où il n'y a rien à craindre, comme il t'est arrivé tant de fois par l'astuce du serpent, qui en échange de la Crainte sainte à essayé d'introduire en toi la crainte désordonnée des bienfaits mêmes du Seigneur. Mais avec cette Doctrine tu demeureras avertie comment tu dois pratiquer les Dons du Très-Haut et te comporter avec eux. Et je t'avertis et t'enseigne que la science de craindre est l'effet propre des Faveurs que Dieu communique et Il la donne à l'âme avec tranquillité, paix, douceur et suavité, afin qu'elle sache estimer et apprécier le Don, et il n'y en a aucun de petit qui vient de la main du Très-Haut, que la Crainte n'empêche point de bien connaître la faveur de Sa Main puissante, et afin que cette crainte la porte à le remercier de toutes ses forces et à s'humilier jusqu'à la poussière. Et toi connaissant ces Vérités sans erreur et quittant la lâcheté de la crainte servile, la filiale demeurera, et avec elle comme avec une boussole, tu navigueras assurée dans cette vallée de larmes.
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Message par sga le Ven 21 Fév 2020 - 16:10

CHAPITRE 6


Les Apôtres sortirent du Cénacle pour prêcher à la multitude qui accourut, comment ils leur parlèrent en diverses langues; presque trois mille se convertirent ce jour-là; et ce que la Très Sainte Marie fit en cette occasion.


7, 6, 73. L'Esprit-Saint descendit sur les Apôtres avec des signes si visibles et si notoires que toute la cité de Jérusalem s'émut avec ses habitants, étonnés de la nouveauté qui n'avait jamais été vue; et la rumeur (Act. 2: 6) de ce qui avait été vu sur la maison du Cénacle se répandit et toute la multitude du peuple accourut pour savoir l'événement. On célébrait en ce jour l'une des fêtes ou pâques des Hébreux; et pour cette raison, comme par une disposition du Ciel, la ville était remplie d'étrangers de toutes les nations du monde, à qui le Très-Haut voulait manifester cette merveille nouvelle et les principes avec lesquels la nouvelle Loi de grâce que le Verbe Incarné notre Rédempteur et notre Maître avait ordonnée pour le salut du monde et qui commençait à être prêchée et à se répandre.

7, 6, 74. Avec la plénitude des Dons de l'Esprit-Saint les Apôtres étaient enflammés dans la Charité et sachant que toute la cité de Jérusalem accourait aux portes du Cénacle, ils demandèrent permission à leur Reine et leur Maîtresse de sortir pour les prêcher; parce que tant de grâce ne pouvait demeurer un instant oisive, sans redonder au bien des âmes et à une gloire nouvelle de son Auteur. Ils sortirent tous de la maison du Cénacle et placés à la vue de toute la multitude, ils commencèrent à prêcher les Mystères de la Foi et du Salut Éternel. Et comme ils avaient été renfermés et retirés jusqu'à cette heure, ils sortirent alors avec un courage très inopiné, et leurs paroles sortaient de leurs bouches comme des éclairs d'une Lumière et d'un Feu nouveau qui pénétraient les auditeurs; ceux-ci demeurèrent tous étonnés et comme stupéfaits d'une nouveauté si étrange qu'elle
n'avait jamais été vue ni entendue dans le monde. Ils se regardaient les uns les autres et ils s'interrogeaient avec surprise, disant: «Qu'est-ce que nous voyons? Est-ce que tous ceux-ci qui nous parlent ne sont point Galiléens? Comment donc les entendons-nous chacun en notre propre langue en laquelle nous sommes nés? Juifs et prosélytes; Romains et Latins; Grec, Crétois et Arabes; Parthes, Mèdes et tout le reste des diverses parties du monde nous les entendons parler et nous les comprenons dans nos langues! O grandeur de Dieu! qu'Il est admirable dans Ses Oeuvres!»

7, 6, 75. Cette merveille, de ce que toutes les nations de langues si variées comme il y avait à Jérusalem entendissent parler les Apôtres, chaque nation en sa langue, leur causa un grand étonnement joint à la Doctrine qu'ils prêchaient. J'avertis cependant qu'avec la plénitude de Science et de Dons qu'ils avaient reçus gratuitement, chacun des Apôtres fut instruit et capable de parler en toutes les langues des nations, parce qu'il était nécessaire pour leur prêcher l'Évangile; néanmoins ils ne parlèrent en cette circonstance que la langue de la Palestine. Et en parlant, et n'articulant que cette langue, ils étaient entendus de toutes les nations, comme s'ils eussent parlé à chacun dans sa propre langue. De sorte que la voix que chacun des Apôtres articulait en langue hébraïque, arrivait aux oreilles des auditeurs en la propre langue de sa nation. Et tel fut le miracle que Dieu opéra alors, afin qu'ils fussent mieux reçus et compris des nations si différentes. Et la raison de cela fut pour ne point répéter le Mystère que saint Pierre prêchait en la langue de chacun de ceux qui l'écoutaient. Mais il ne le prêchait qu'une fois et cette fois-là tous l'écoutaient et le comprenaient chacun dans sa propre langue, et la même chose arrivait aux autres Apôtres; parce que si chacun avait parlé dans la langue de celui qui l'écoutait il eût été nécessaire de répéter les mêmes paroles pour le moins dix-sept fois, pour tant de nations que saint Luc rapporte, qui étaient dans l'auditoire (Act. 2: 9-11) pour que chacun pût entendre sa langue maternelle; et il se serait passé plus de temps en cela que celui que l'on infère du Texte sacré; outre que c'eût été une plus grande confusion et une plus grande incommodité de répéter tant de fois la même chose ou pour chacun de parler en même temps tant de langues; le miracle non plus n'eût pas été si intelligible pour nous comme celui que j'ai déclaré.

7, 6, 76. Les nations qui entendirent les Apôtres ne comprirent point la merveille, quoiqu'elles s'étonnassent d'entendre chacun son idiome natif et propre. Et ce que le Texte de saint Luc dit, que les Apôtres commencèrent à parler en diverses langues (Act. 2: 4), fut parce qu'à l'instant, ils les entendirent et ils les parlèrent toutes, comme je le dirai plus loin [a], et ils pouvaient les parler; et parce qu'en ce jour ceux qui vinrent au Cénacle les entendaient prêcher chaque nation dans sa langue. Mais la nouveauté et l'étonnement causèrent des effets différents dans les auditeurs qui se divisèrent en sentiments contraires, selon la disposition de chacun. Ceux qui écoutaient pieusement les Apôtres comprirent beaucoup de la Divinité et de la Rédemption des hommes dont ils parlaient avec élévation et avec ferveur; et ils étaient excités et mus par la force de leurs paroles à de vifs désirs de connaître la Vérité, et ils étaient illustré par la Lumière divine et remplis de componction pour pleurer les péchés et en demander Miséricorde; et ils acclamaient les Apôtres avec larmes, et ils leur disaient de leur enseigner ce qu'ils devaient faire pour obtenir la Vie Éternelle. D'autres qui étaient durs de coeur s'indignaient contre les Apôtres, demeurant à jeun des grandeurs Divines qu'ils annonçaient et qu'ils proclamaient; et au lieu de les admettre, ils appelaient les Apôtres novateurs et bigots. Et beaucoup de Juifs plus impies leur donnaient dans leur envie et leur perfidie une censure plus rigide, leur attribuant d'être ivres et d'avoir perdu le sens (Act. 2: 13). Et quelques-uns de ceux-là étaient revenus à eux de la chute qu'ils avaient faite par le tonnerre que l'Esprit-Saint avait causé; parce qu'ils se relevèrent plus obstinés et plus rebelles contre Dieu.

7, 6, 77. L'Apôtre saint Pierre prit les devants comme Chef de l'Église pour combattre ce blasphème, et parlant à plus haute voix il leur dit: «Hommes (Act. 2: 14-15) qui êtes Juifs et vous qui vivez dans Jérusalem, écoutez mes paroles, et qu'il soit notoire à vous tous que ceux qui sont avec moi ne sont point enivrés par le vin comme vous voulez l'imaginer, puisque l'heure de midi où les hommes ont coutume de commettre ce désordre n'est pas encore passée. Mais sachez tous que ce que Dieu a promis par le Prophète Joël (Joël 2: 28) s'est accompli en eux, quand il a dit: "Il arrivera dans les temps future que Je répandrai Mon Esprit sur toute chair et que vos fils et vos filles prophétiseront, et les jeunes et les vieux auront des visions et des songes de Dieu. Je donnerai Mon Esprit à Mes serviteurs et à Mes servantes et Je ferai des prodiges dans le ciel et des merveilles sur la terre, avant que vienne le jour du Seigneur grand et manifeste. Et celui qui invoquera le Nom du Seigneur, celui-là sera sauvé." Ecoutez donc mes paroles,
Israélites (Act. 2: 22). Vous êtes ceux qui par les mains des méchants avez ôté la vie à Jésus de Nazareth qui était un homme Saint, approuvé de Dieu par les vertus, les prodiges et les miracles qu'Il a opérés dans votre peuple, que vous connaissez et dont vous êtes témoins: et Dieu L'a ressuscité des morts conformément aux prophéties de David (Ps. 15: 8 et 10); car le saint roi ne put parler de lui-même, puisque vous avez le sépulcre où est son corps; mais comme prophète il parla du Christ, et nous sommes témoins de L'avoir vu ressuscité et monter aux Cieux par Sa propre Vertu, pour S'asseoir à la droite du Père, comme aussi le même David l'avait prophétisé (Ps. 109: 1). Que les incrédules entendent ces paroles et ces Vérités que la malice de leur perfidie veut nier; malice à laquelle s'opposeront les merveilles du Très-Haut qu'Il opérera en nous Ses serviteurs, en témoignage de la Doctrine de Jésus-Christ et de Son admirable Résurrection.»

7, 6, 78. «Que toute la maison d'Israël entende donc, et qu'elle connaisse avec certitude que Jésus que vous avez crucifié, Dieu L'a fait Son Christ oint, le Seigneur de tout, et qu'Il L'a ressuscité le troisième jour d'entre les morts.» Les coeurs de plusieurs de ceux qui étaient là furent touchés de componction en entendant ces paroles, et ils demandèrent avec beaucoup de larmes à saint Pierre et aux autres Apôtres ce qu'ils pourraient faire pour leur propre remède. Saint Pierre poursuivant leur dit (Act. 2: 37-38): «Faites une véritable pénitence et recevez le Baptême au Nom de Jésus par qui vos péchés vous seront pardonnés et vous recevrez aussi l'Esprit-Saint; parce que cette promesse a été faite pour vous, pour vos fils et pour ceux qui sont plus éloignés, que le Seigneur attirera et appellera. Tâchez donc maintenant de vous servir du remède et d'être sauvés en vous détournant de cette génération perverse et incrédule.» Saint Pierre ainsi que les autres Apôtres leur prêcha plusieurs autres paroles de Vie, avec quoi les Juifs perfides et les autres incrédules demeurèrent très confus; et comme ils ne pouvaient rien répondre, ils s'éloignèrent et se retirèrent du Cénacle. Mais ceux qui reçurent la véritable Doctrine et la Foi de Jésus-Christ furent presque trois mille (Act. 2: 41), et ils se joignirent tous aux Apôtres et furent baptisés par eux, à la grande crainte et la grande terreur de tout Jérusalem; parce que les prodiges et les merveilles que les Apôtres opéraient imposèrent une grande épouvante et une grande frayeur à ceux qui ne croyaient point.

7, 6, 79. Les trois mille qui se convertirent ce jour-là par le sermon de saint Pierre étaient de toutes les nations qui étaient alors à Jérusalem, afin que le bruit de la Rédemption arrivât aussitôt à toutes les nations, que de toutes il se formât une même Église et que la grâce de l'Esprit-Saint s'étendît à toutes sans exclure aucun peuple ni aucune nation, puisque l'Église Universelle devait se composer de toutes les nations. Il y eut aussi plusieurs des Juifs qui avaient suivi notre Sauveur Jésus-Christ avec piété et compassion et qui avaient assisté à Sa Passion et à Sa Mort comme je l'ai déjà dit [b]. Il s'en convertit aussi quelques-uns de ceux qui y avaient coopéré, quoique très peu, parce qu'il n'y en eut pas plus qui se disposèrent; car s'ils l'eussent fait, ils eussent tous été admis à la Miséricorde et pardonnés de leur erreur. Le sermon achevé, les Apôtres se retirèrent ce soir-là au Cénacle avec une grande partie de la multitude des nouveaux enfants de l'Église, pour rendre compte de tout à la Mère de Miséricorde, la Très Pure Marie et que les nouveaux convertis à la Foi la connussent et la vénérassent.

7, 6, 80. Mais la grande Reine des Anges n'ignorait rien de tout ce qui était arrivé, parce qu'Elle avait entendu de sa retraite la prédication des Apôtres, et Elle connut jusqu'aux moindres pensées des auditeurs, car les coeurs de tous lui avaient été découverts. La Très Pieuse Mère était demeurée tout le temps prosternée, le visage collé à la poussière, demandant avec larmes la conversion de tous ceux qui embrassèrent la Foi du Sauveur, et des autres s'ils avaient voulu coopérer aux secours et à la grâce du Seigneur. Et pour aider les Apôtres dans cette grande oeuvre qu'ils faisaient, donnant principe à la prédication, et les auditeurs afin qu'ils y fissent attention, la Très Sainte Marie envoya plusieurs des Anges qui l'accompagnaient, afin qu'ils assistassent inviolablement les uns et les autres par de saintes inspirations qu'ils leur administraient, encourageant les saints Apôtres, leur donnant du courage pour publier et manifester avec beaucoup de ferveur les Mystères cachés de la Divinité et de l'Humanité de notre Rédempteur Jésus-Christ. Les Anges exécutèrent le tout comme leur Reine l'ordonnait; et dans cette circonstance Elle opéra avec sa puissance et sa sainteté conformément à la grandeur de cette merveille nouvelle et à la mesure de la cause et de la matière qui se traitait. Lorsque les Apôtres arrivèrent en sa présence avec ces prémices si abondantes de leur prédication et de l'Esprit-Saint, Elle les reçut tous avec une allégresse incroyable et une suavité de véritable et pieuse Mère.

7, 6, 81. L'Apôtre saint Pierre parla aux nouveaux convertis et leur dit: «Mes frères, serviteurs du Très-Haut, voici la Mère de Jésus notre Rédempteur et notre Maître, dont vous avez reçu la Foi, Le reconnaissant pour Dieu et homme véritable. Elle Lui a donnée la forme humaine, Le concevant dans ses entrailles; et Il en est sorti, Sa Mère demeurant Vierge avant l'enfantement, dans l'enfantement et après l'enfantement; recevez-la pour votre Mère, votre Refuge et votre Médiation, car c'est par Elle que vous recevrez, et nous aussi, la Lumière, le Conseil, le Remède de nos péchés et de nos misères.» Avec cette exhortation de l'Apôtre et la vue de la Très Sainte Marie, ces nouveaux fidèles reçurent des effets admirables de Lumière et de consolation intérieure; parce que ce privilège de faire de grands bienfaits intérieurs et de donner une Lumière particulière à ceux qui la regardaient avec piété et vénération, lui avait été augmenté et renouvelé quand Elle avait été dans le Ciel à la droite de Son Très Saint Fils. Et comme tous ces croyants reçurent cette faveur par la présence de la grande Dame, ils se prosternèrent à ses pieds et lui demandèrent avec larmes de leur donner à tous la main et la bénédiction. Mais l'humble et prudent Reine s'excusa de le faire, parce que les Apôtres présents étaient prêtres et saint Pierre, Vicaire de Jésus-Christ, jusqu'à ce que le même Apôtre lui eût dit: «Madame, ne refusez point à ces fidèles ce que leur piété demande pour la consolation de leurs âmes.» La Très Sainte Marie obéit au Chef de l'Église, et avec une humble sérénité de Reine Elle donna la bénédiction aux nouveaux convertis.

7, 6, 82. Mais l'amour qui excitait leurs coeurs les mut à désirer que la divine Mère leur dit quelques paroles de consolation, et l'humilité et la révérence les embarrassait pour l'en supplier. Et comme ils avaient fait attention à l'obéissance qu'Elle avait pour saint Pierre, ils se tournèrent vers lui et ils lui demandèrent de la prier de ne point les congédier de sa présence sans leur dire quelques paroles pour les encourager. Il parut à saint Pierre qu'il convenait de consoler ces âmes nouvellement nées en Jésus-Christ notre Sauveur, par sa prédication et celle des autres Apôtres; mais comme il savait que la Mère de la Sagesse n'ignorait point ce qu'Elle devait opérer, il n'osa point lui dire plus que ces paroles: «Madame, soyez attentive aux prières de ces serviteurs Vos enfants.» Aussitôt la grande Dame obéit et Elle parla aux convertis et leur dit: «Mes très chers frères dans le Seigneur, rendez grâces au Dieu tout-puissant et louez-Le de tout coeur, parce que vous avez été attirés et appelés d'entre tous les hommes, au Chemin véritable de la Vie Éternelle par la connaissance de la Sainte Foi que vous avez reçue. Soyez fermes en elle pour la confesser de tout coeur, et pour croire et comprendre tout ce que la Loi de Grâce contient, comme son Maître véritable, Jésus, mon Fils et votre Rédempteur l'ordonna et l'enseigna, pour écouter les Apôtres et leur obéir, car ils vous enseigneront et vous catéchiseront; et par le Baptême vous serez marquées du signe et du caractère d'enfants du Très-Haut. Je m'offre comme votre servante, pour vous assister en tout ce qui sera nécessaire pour votre consolation, et je prierai pour vous mon Fils, Dieu Éternel et je Lui demanderai de vous regarder comme tendre Père et de vous manifester l'allégresse de Sa Face dans la félicité véritable; et qu'il vous communique maintenant Sa grâce.»

7, 6, 83. Avec cette très douce exhortation ces nouveaux enfants de l'Église demeurèrent confortés, remplis de Lumière, de révérence et d'admiration de ce qu'ils avaient conçu de la Reine du monde; et lui demandant de nouveau sa bénédiction, ils se retirèrent ce jour-là de sa présence, renouvelés et améliorés par des Dons admirables de la Droite du Très-Haut. Les Apôtres et les disciples continuèrent dès ce jour sans intermission leur prédication et leurs merveilles, et pendant toute cette octave ils catéchisèrent non seulement les trois mille qui se convertirent le jour de la Pentecôte, mais plusieurs autres qui recevaient chaque jour la Foi. Et parce qu'ils venaient de toutes les nations, les Apôtres leur parlaient et les catéchisaient chacun en leur propre langue, car pour cela j'ai déjà dit [c] qu'ils parlèrent en diverses langues depuis cette heure. Il n'y eut pas que les Apôtres qui reçurent cette grâce, bien qu'en eux elle fut plus grande et plus signalée; mais les disciples la reçurent aussi et tous les cent vingt qui étaient dans le Cénacle et les saintes femmes qui reçurent l'Esprit-Saint. Et il était ainsi nécessaire alors, parce que la multitude de ceux qui venaient à la Foi était grande. Et quoique tous les hommes et plusieurs femmes allassent aux Apôtres, néanmoins il y en avait beaucoup d'autres qui, après les avoir entendues accouraient à la Magdeleine et à ses compagnes et elles les catéchisaient, les enseignaient et en convertissaient d'autres qui arrivaient a la rumeur des miracles qu'elles faisaient, parce que cette grâce fut aussi communiquée aux saintes femmes, qui guérissaient toutes les infirmités en posant seulement les mains sur les têtes; elles donnaient la vue aux aveugles, la langue aux muets, les pieds aux perclus et la vie à plusieurs morts [d]. Et quoique ces merveilles et d'autres fussent principalement opérées par les Apôtres; néanmoins les uns et les autres mettaient Jérusalem dans l'étonnement et la crainte, sans qu'on y parlât d'autre
chose que des prodiges et de la prédication des Apôtres de Jésus, de Ses disciples et de ceux qui suivaient Sa Doctrine.

7, 6, 84. Le bruit de cette nouveauté s'étendait jusqu'au dehors de la ville; parce qu'aucun n'arrivait avec une infirmité qu'il n'en fût guéri, non seulement pour la confirmation de la Loi et de la Foi nouvelles de Notre-Seigneur; mais aussi pour que le désir naturel que les hommes ont de la vie et de la santé corporelle les stimulât, afin que venant chercher la guérison des corps, ils entendissent des Paroles divines et s'en retournassent sains de corps et d'âme, comme il arrivait communément à tous ceux qui s'approchaient pour être guéris par les Apôtres. Avec cela le nombre des fidèles se multipliait chaque jour, et leur ferveur, leur foi et leur charité étaient si ardentes qu'ils commencèrent tous à imiter la pauvreté de Jésus-Christ, méprisant leurs richesses et leurs biens particuliers, offrant tout ce qu'ils avaient aux pieds des Apôtres (Act. 2: 45), sans reconnaître ni se réserver aucune chose comme leur appartenant. Ils mettaient tout en commun pour les fidèles et ils voulaient tous se débarrasser du danger des richesses et vivre dans la pauvreté, la sincérité, l'humilité et l'oraison continuelle, sans admettre d'autre souci que celui du Salut Éternel. Ils se réputaient tous comme des frères, des enfants d'un même Père qui est dans les cieux (Matt. 23: 8-9). Et comme ils possédaient tous en commun la Foi, l'Espérance, la Charité et les Sacrements, la grâce et la Vie Éternelle qu'ils cherchaient; pour cela l'inégalité leur paraissait dangereuse entre des Chrétiens, enfants d'un même Père, héritiers de Ses Biens et professeurs de Sa Loi; il leur paraissait dissonant qu'ayant tant d'union dans le principal et l'essentiel, les uns fussent riches et les autres pauvres, sans se communiquer ces biens temporels comme ceux de la grâce, puisque ces biens viennent tous d'un même Père pour tous Ses enfants.

7, 6, 85. Tel fut le siècle d'or et l'heureux commencement de l'Église de l'Évangile, d'où le cours du fleuve réjouit la Cité de Dieu (Ps. 45: 5) et le courant de la grâce et des Dons de l'Esprit-Saint fertilisa ce nouveau paradis de l'Église récemment plantée de la main de Notre-Seigneur Jésus, se trouvant au milieu l'Arbre de la Vie, la Très Sainte Marie. Alors la Foi était vive, l'Espérance ferme, la Charité ardente, la sincérité pure, l'humilité véritable, la justice très droite, quand les fidèles ne connaissaient point l'avarice, ne suivaient point la vanité, foulaient aux pieds le faste, ignoraient la cupidité, l'orgueil, l'ambition qui ont
ensuite tant prévalu parmi ceux qui professent la Foi, qui se confessent disciples de Jésus-Christ et qui Le nient par les oeuvres. Nous donnerons pour excuse que c'étaient alors les prémices de l'Esprit-Saint (Rom. 8: 23), que les fidèles étaient moins nombreux, que les temps maintenant sont différents et que dans la sainte Église vivait alors la Mère de la Sagesse et de la Grâce, la Très Sainte Marie notre Dame, dont la présence, les prières et la protection les défendaient et les confirmaient pour croire et opérer héroïquement.

7, 6, 86. Nous répondrons à cette réplique dans le cours de cette Histoire, où l'on comprendra que c'est par la faute des fidèles que tant de vices se sont introduits dans les limites de l'Église, car ils ont donné la main au démon, ce que lui-même avec son orgueil et sa malice n'imaginait pas obtenir parmi les Chrétiens. Et je dis seulement à présent que la vertu et la grâce de l'Esprit-Saint ne s'achevèrent point dans ces prémices. Cette grâce est toujours la même, et elle serait aussi efficace en plusieurs jusqu'à la fin de l'Église, comme elle le fut en quelques-uns dans ses principes si les autres Chrétiens étaient aussi fidèles que ces premiers. Il est vrai que les temps ont changé; mais ce changement de la vertu au vice et du bien au mal ne consiste point dans le changement des cieux et des astres, mais en celui des hommes qui se sont détournés du droit chemin de la Vie Éternelle et qui cheminent vers la perdition. Je ne parle pas maintenant des païens et des hérétiques qui sont devenus tout à fait insensés, non seulement en se détournant de la Lumière véritable de la Foi et même de la raison naturelle. Je parle des fidèles qui apprécient d'être enfants de la Lumière; mais qui se contentent d'en avoir seulement le nom, et qui s'en prévalent parfois pour donner couleur de vertu à leurs vices et masquer leurs péchés.

7, 6, 87. Il ne sera pas possible d'écrire dans cette troisième partie la moindre des merveilles et des oeuvres grandioses que la grande Reine à faites dans la primitive Église; mais on pourra en inférer beaucoup de ce que j'écrirai et des années qu'Elle vécut dans le monde après l'Ascension; parce qu'Elle n'a point cessé ni ne s'est reposée, Elle n'a pas perdu un moment ni une occasion de faire quelque bienfait signalé à l'Église en commun ou en particulier, soit en priant ou en intercédant auprès de son Très Saint Fils, sans que rien ne lui fût refusé, soit en exhortant, enseignant, conseillant et répandant la grâce Divine dont Elle était la Trésorière et la Dispensatrice, par divers moyens parmi les enfants de l'Évangile.
Et entre les mystères cachés qui m'ont été manifestés, touchant le pouvoir de la Très Sainte Marie, l'un est que dans ces années qu'Elle vécut dans la Sainte Église, il y en eut très peu respectivement qui se damnèrent, et plus qui se sauvèrent qu'en plusieurs siècles ensuite, comparant un siècle avec ces quelques années.

7, 6, 88. Je confesse que cette félicité de ce siècle plus qu'heureux pourrait nous causer une sainte envie, à nous qui naissons dans la Lumière de la Foi en ces pires et derniers temps, si le pouvoir, la charité et la clémence de cette suprême Impératrice étaient moindres avec la succession des années. Il est vrai que nous n'obtenons point la bonne fortune de la voir, de lui parler et de l'entendre corporellement par les sens; et en cela ces premiers enfants de l'Église furent plus heureux. Mais sachons tous que nous fûmes présents [e], même en ce siècle, dans la Science divine et la Charité de cette pieuse Mère; parce qu'Elle nous vit et nous connut tous dans l'ordre et la succession de l'Église qui nous touchait de naître en elle; et Elle pria et intercéda pour nous tous comme pour ceux qui vivaient alors. Et Elle n'est pas moins puissante maintenant qu'Elle est dans le Ciel qu'Elle l'était alors sur la terre: et Elle est aussi notre Mère comme Elle l'était des premiers Chrétiens et Elle nous regarde pour ses enfants comme eux. Mais, ô douleur! que notre Foi, notre ferveur et notre dévotion sont bien différentes: notre Mère n'est pas changée, sa charité n'est pas amoindrie, et son intercession et sa protection ne le seraient point si dans ces temps affligés nous recourions à Elle reconnaissants, humiliés et fervents, sollicitant son intercession et abandonnant notre sort entre ses mains avec une espérance assurée du remède, comme ces premiers enfants et ces dévots le faisaient; car aussitôt toute l'Église Catholique connaîtrait sans doute à sa fin, la même protection qu'Elle eut de cette Reine dans ses commencements.

7, 6, 89. Revenons au soin que la pieuse Mère avait des Apôtres et des nouveaux convertis, s'appliquant à la consolation et à la nécessité de tous et de chacun. Elle exhortait et animait les Apôtres et les Ministres de la Parole divine; renouvelant en eux l'attention qu'ils devaient avoir pour la puissance et les démonstrations si prodigieuses avec lesquelles son Très Saint Fils commençait à planter la Foi de Son Église; la Vertu que l'Esprit-Saint leur avait communiquée pour les rendre de si dignes Ministres; l'assistance du puissant Bras du Très-Haut qu'ils reconnurent toujours; et les engagea surtout à Le reconnaître et à Le louer pour l'Auteur de toutes ces Oeuvres et ces merveilles, d'en rendre d'humbles
remerciements; et de poursuivre avec une confiance assurée la prédication et l'exhortation des fidèles et l'exaltation du Nom du Seigneur, afin qu'Il fût connu, loué et aimé de tous. Elle exécutait la première cette Doctrine et cette admonestation qu'Elle fit au Collège des Apôtres, par des prosternations, des humiliations, des louanges, des cantiques et des bénédictions au Très-Haut. Et c'était avec tant de plénitude qu'Elle ne manqua point de rendre des actions de grâces et de faire des prières ferventes au Père Éternel pour chacun des convertis; parce qu'Elle les avait tous présents et distincts dans son esprit.

7, 6, 90. Et Elle faisait non seulement ces oeuvres pour chacun; mais Elle les recevait tous, Elle les écoutait et les consolait par des Paroles de Vie et de Lumière. En ces jours après la venue de l'Esprit-Saint, plusieurs lui parlèrent en secret, lui manifestant leur intérieur que la grande Reine n'ignorait point, et la même chose arrivait ensuite pour ceux qui se convertissaient à Jérusalem. Elle connaissait les coeurs de tous, leurs affections, leurs inclinations et leurs caractères; et avec cette Science et cette Sagesse divine, Elle s'accommodait à la nécessité et au naturel de chacun; et Elle leur appliquait la médecine salutaire que leur maladie demandait. Par ce moyen la Très Sainte Marie fit pour d'innombrables âmes des bienfaits si rares et des faveurs si grandes qu'elles ne peuvent être connues en cette vie.

7, 6, 91. Nul de ceux que la divine Maîtresse informa et catéchisa dans la Foi ne fut damné et il y en eut beaucoup qui obtinrent cet heureux sort, parce qu'alors et ensuite tant qu'ils vécurent Elle fit une oraison spéciale pour eux, et ils furent tous inscrits au Livre de la Vie. Et pour obliger son Très Saint Fils, Elle Lui disait: «Mon Seigneur, Vie de mon Âme, je suis revenue au monde par Votre Volonté et Votre Agrément pour être la Mère de Vos enfants et mes frères, les fidèles de Votre Église. Mon Coeur ne peut souffrir que le Fruit de Votre Sang d'un prix infini soit perdu dans ces enfants qui sollicitent mon intercession, et ils ne doivent pas être malheureux, parce qu'ils se sont servi de ce vil Vermisseau de terre pour incliner Votre Clémence. Recevez-les, mon Fils, pour Votre gloire au nombre de Vos amis et de Vos prédestinés.» Le Seigneur répondait à ces prières que ce qu'Elle Lui demandait se ferait. Et je crois que la même chose arrive maintenant en faveur de ceux qui méritent l'intercession de la Très Sainte Marie et qui la demandent de tout leur coeur; parce que si cette Mère Immaculée s'approche de son Fils avec de semblables pétitions, comment peut-on imaginer que le Seigneur puisse lui refuser le peu qu'Elle Lui demande, après Lui avoir donné tout son propre être, afin qu'Elle Le vêtit de la chair et de la nature humaine et qu'en cette nature Elle L'élevât et Le nourrît à ses mamelles Virginales.

7, 6, 92. Plusieurs de ces nouveaux fidèles revenaient à l'Auguste Dame, avec la haute idée qu'ils avaient de la voir et de l'entendre, et ils lui apportaient des joyaux, des richesses et de grands dons; les femmes spécialement se dépouillaient de leurs parures pour les offrir à la divine Maîtresse. Mais Elle ne recevait ni n'acceptait aucune de ces choses. Et s'il convenait d'en recevoir quelqu'une, Elle disposait secrètement les coeurs, afin que ces fidèles allassent vers les Apôtres qui dispensaient de tout cela, le répartissant avec charité, équité et justice entre les fidèles les plus pauvres et les plus nécessiteux. Mais l'humble Mère en remerciait comme si Elle l'eût reçu pour Elle-même. Elle recevait les pauvres et les malades avec une clémence ineffable et Elle en guérissait plusieurs d'infirmités anciennes et invétérées. Elle remédia à de grandes nécessités, cachées par la main de saint Jean, car Elle était attentive à tout sans omettre aucune chose de vertu. Et comme les Apôtres et les disciples s'occupaient tout le jour à la prédication et à la conversion de ceux qui venaient à la Foi, L'Auguste Reine prenait soin de leur préparer tout ce qui était nécessaire pour leur nourriture et leur entretien; et l'heure arrivée, Elle servait personnellement les prêtres à genoux, leur demandant la main pour la baiser avec une humilité et une révérence incroyables. Elle faisait surtout cela à l'égard des Apôtres, regardant leurs âmes confirmées en grâce et connaissant les effets que l'Esprit-Saint avait opérés en elles et leur dignité de souverains prêtres et de Fondateurs de l'Église (Eph. 2: 20). Quelquefois Elle les voyait avec une grande splendeur qu'ils émettaient et tout cela augmentait le respect et la vénération qu'Elle avait pour eux.

DOCTRINE QUE ME DONNA LA REINE DES ANGES.

7, 6, 93. Ma fille, tu trouveras beaucoup de mystères cachés de la prédestination des âmes renfermés en ce que tu as connu des événements de ce chapitre. Considère combien la Rédemption des hommes fut puissante pour tous, puisqu'elle fut si surabondante et si copieuse (Rom. 5: 20). La Parole de la Vérité divine fut proposée à tous ceux qui entendirent la prédication, ou elle arriva à leur connaissance par les effets de la venue de mon Fils au monde. Et outre la prédication extérieure et la connaissance du remède, il fut donnée des inspirations et des secours intérieurs à tous, afin qu'ils le cherchassent et le reçussent. Tu es étonnée avec tout cela, qu'au premier Sermon de l'Apôtre, il s'en convertit trois mille de la grande multitude de personnes qui étaient à Jérusalem. Tu devrait être plus étonnée de voir qu'il s'en convertit si peu maintenant au Chemin du Salut Éternel, quand l'Évangile est si répandu, la prédication si fréquente, les ministres si nombreux, la Lumière de l'Évangile plus claire, et la connaissance des Mystères divins plus expresse: et avec tout cela les hommes sont plus aveugles, les coeurs plus endurcis, l'orgueil plus élevé, l'avarice sans aucun voile et tous les vices sans retenue et sans crainte de Dieu.

7, 6, 94. Dans cette perversité et ce sort très malheureux, les mortels ne peuvent pas se plaindre de la Providence très sublime et très juste du Seigneur qui a offert et qui offre à chacun Sa Miséricorde paternelle, et qui enseigne le Chemin de la Vie et aussi celui de la mort, et c'est avec une Justice très équitable qu'Il laisse endurcir le coeur de quelqu'un. Les réprouvés se plaignent d'eux-mêmes sans remède, et ils connaissent, maintenant qu'il n'est plus temps, ce qu'ils pouvaient et devaient connaître dans le temps opportun. Que peuvent-ils alléguer pour leur excuse, si dans la vie courte et momentanée qui leur est accordée pour mériter la Vie Éternelle, ils ferment les oreilles et les yeux à la Vérité et à la Lumière; s'ils écoutent le démon en se livrant à toute sa volonté très impie et s'ils usent si mal de la Bonté et de la Clémence du Seigneur? S'ils ne savent pas pardonner une injure; si pour tout tort très léger ils intentent des vengeances si cruelles, s'ils pervertissent tout l'ordre de la raison et de la fraternité naturelle pour thésauriser de la fortune; s'ils oublient la peine éternelle pour un plaisir honteux; et surtout s'ils méprisent les inspirations, les secours et les avis que Dieu leur envoie, afin qu'ils craignent leur perdition et qu'ils ne s'y livrent point, comment pourront-ils se plaindre de la Clémence divine? Que les mortels qui ont péché contre Dieu se détrompent donc, car sans pénitence il n'y a point de grâce, sans
amendement il n'y a point de rémission, et sans pardon il n'y a point de gloire. Mais de même que la gloire ne sera concédée à aucun indigne, elle ne sera pas non plus refusée à celui qui sera digne; et la Miséricorde n'a jamais manqué ni ne manquera jamais pour celui qui veut la gagner.

7, 6, 95. Je veux, ma fille, que tu cueilles de toutes ces Vérités les enseignement salutaires qui te conviennent. Que le premier soit de recevoir avec attention toutes les saintes inspirations que tu auras, toute doctrine ou avis que tu entendras, soit qu'elle vienne du dernier ministre du Seigneur, ou de toute créature; et tu dois considérer prudemment que ce n'est point par hasard ni sans une disposition Divine qu'elle arrive à ta connaissance; puisqu'il n'y a point de doute que la Providence du Très-Haut ordonne le tout pour te donner quelque avis; et ainsi tu dois le recevoir avec une humble reconnaissance et en conférer dans ton intérieur pour comprendre quelle vertu tu peux et dois opérer, avec cette exhortation qui t'a été donnée et de l'exécuter comme tu la connaîtras et l'entendras. Et lors même que la chose te paraîtrait petite ne la méprise pas; car par cette bonne oeuvre tu te disposes pour d'autres de plus grande vertu et de plus grand mérite. Considère en second lieu le tort que le mépris de tant de secours, d'inspirations, d'appels et d'autres Bienfaits du Seigneur fait dans les âmes; puisque l'ingratitude qui se commet en cela justifie la Justice avec laquelle le Très-Haut vient à abandonner plusieurs pécheurs endurcis. Et si ce danger est si formidable, combien le sera-t-il en toi si tu perds une grâce si abondante et des faveurs comme celles que tu as reçues de la Clémence du Seigneur, au-dessus de plusieurs générations. Et parce que mon Très Saint Fils ordonne tout pour ton bien et pour celui des autres âmes, je veux en dernier lieu, qu'à mon imitation comme tu l'as connue, il s'engendre en ton coeur une affection très cordiale d'aider tous les enfants de l'Église et tous les autres que tu pourras, invoquant le Très-Haut de l'intime de ton coeur, Le suppliant de regarder toutes les âmes avec des yeux de Miséricorde et de les sauver. Et offre-toi à souffrir s'il est nécessaire, afin qu'elles obtiennent ce bonheur, te souvenant de ce qu'elles ont coûtés à mon Fils et ton Époux, puisqu'Il a répandu Son Sang et donné Sa vie pour les racheter et aussi combien j'ai travaillé dans l'Église. Demande continuellement à la Miséricorde divine le Fruit de cette Rédemption; et pour cela je t'impose mon obéissance.

NOTES EXPLICATIVES
Extraites de celles de Don Creseto, à l'usage des prêtres.
7, 6, [a]. Livre 7, No. 83.
7, 6, [b]. Livre 6, No. 1387.
7, 6, [c]. Livre 7, No. 76.
7, 6, [d]. Si tant de Saints dans les siècles postérieurs eurent le don des miracles, comme il appert dans les procès authentiques de leurs vies: combien plus les premiers Disciples du Rédempteur durent-ils avoir ce don, eux qui outre leur grande proximité avec ce divin Maître, vivaient aussi dans un temps où les miracles étaient indispensables à la conversion du monde.
7, 6, [e]. Livre 5, No. 789.
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Message par sga le Ven 6 Mar 2020 - 12:05

CHAPITRE 7


Les Apôtres et les disciples se réunissent pour résoudre quelques doutes en particulier sur la forme du Baptême; ils le donnent aux nouveaux catéchumènes; saint Pierre célèbre la première Messe, et ce que la Très Sainte Marie opéra en tout cela.


7, 7, 96. Il n'appartient point au sujet de cette Histoire d'y poursuivre l'ordre des Actes des Apôtres, comme l'écrivit saint Luc, ni de rapporter tout ce que les Apôtres firent après la descente du Saint-Esprit; parce que quoiqu'il soit certain
que la grande Reine et Maîtresse de l'Église eut la connaissance et la science de tout; néanmoins plusieurs choses eurent lieu quand Elle n'était pas présente, et il n'est pas nécessaire de les rappeler ici; il n'est pas possible non plus de déclarer la manière avec laquelle son Altesse concourut à toutes les oeuvres des Apôtres et des disciples et à chacun des événements en particulier; car il serait nécessaire pour cela de composer plusieurs grands volumes. Il suffit pour mon sujet et pour tisser ce discours de choisir ce qui est indispensable de ce que l'Évangéliste réserve dans les Actes des Apôtres; avec quoi on comprendra beaucoup de ce qu'il omit touchant notre Reine et notre Dame; parce que ce n'était pas de son sujet et il ne convenait pas de l'écrire.

7, 7, 97. Mais comme les Apôtres continuaient la prédication et les prodiges qu'ils opéraient dans Jérusalem, le nombre des croyants croissait aussi, tellement que dans les sept jours après la venue de l'Esprit-Saint, ils arrivèrent à cinq milles, comme le dit saint Luc dans le chapitre 4 (Act. 4: 4). Et ils les catéchisaient tous pour leur donner le Baptême, les disciples principalement étant occupés à cela; parce que les Apôtres prêchaient et avaient quelques controverses avec les Pharisiens et les Sadducéens. Ce septième jour la Reine des Anges étant retirée dans son oratoire, et considérant combien croissait ce petit troupeau de son Très Saint Fils, multiplia ses prières, le présentant à Sa Majesté et Lui demandant de donner la Lumière aux Apôtres Ses ministres, afin de commencer à disposer le gouvernement nécessaire pour la direction la plus assurée de ces nouveaux enfants de la Foi. Et prosternée en terre Elle adora le Seigneur et Lui dit: «Dieu Éternel et très-haut, ce vil Vermisseau Vous loue et Vous exalte pour l'Amour immense que Vous avez pour le genre humain; et parce que Vous manifestez si libéralement Votre Miséricorde de Père, appelant tant d'hommes à la connaissance et à la Foi de Votre Très Saint Fils glorifiant et exaltant l'honneur de Votre Saint Nom dans le monde. Je supplie Votre Majesté mon Seigneur, d'enseigner Vos Apôtres et mes seigneurs et de leur donner la Lumière de tout ce qui convient à Votre Église, afin qu'ils puissent disposer et ordonner le gouvernement nécessaire pour son amplification et sa conservation.»

7, 7, 98. Aussitôt la Très Prudente Mère connut dans cette vision qu'Elle avait de la Divinité que le Seigneur était très propice, car Il répondit à ses prières: «Marie, Mon Épouse, que veux-tu? que Me demandes-tu? Parce que ta voix et tes
anxiétés ont résonné doucement à Mes oreilles (Cant. 2: 14). Demande ce que tu désires car Ma Volonté est inclinée à tes prières.» La Très Sainte Marie répondit: «Mon Dieu et mon Seigneur, Patron de tout mon être, mes désirs et mes gémissements (Ps. 37: 10) ne sont point cachés à Votre Sagesse infinie. Je veux, je cherche et je sollicite Votre plus grand agrément et Votre approbation, Votre plus grande gloire et l'exaltation de Votre Nom dans la Sainte Église. Je Vous présente ces nouveaux enfants que Vous avez sitôt multipliés, et mon désir qu'ils reçoivent Votre saint Baptême, puisqu'ils sont déjà informés de la Sainte Foi. Et si c'est de Votre Volonté et de Votre service, je désire aussi que les Apôtres, Vos prêtres et Vos ministres commencent déjà à consacrer le Corps et le Sang de Votre Fils et le mien, afin qu'avec ce Sacrifice admirable et nouveau, ils Vous rendent grâce et louanges pour le Bienfait de la Rédemption des hommes et de ceux que Vous avez faits au monde par elle, et de même afin que nous les enfants de l'Église pour lesquels il sera de Votre Volonté, nous recevions cet Aliment de Vie Éternelle. Je suis Femme, poussière et cendre, la moindre Servante des fidèles, et pour cela je me retiens de le proposer à Vos prêtres, les Apôtres. Mais, Seigneur, inspirez au coeur de Votre Vicaire Pierre d'ordonner ce que Vous voulez»

7, 7, 99. La nouvelle Église dut aussi beaucoup de Bienfait à la Très Sainte Marie, car on commença par sa très prudente attention et son intercession à consacrer le Corps et le Sang de son Très Saint Fils et à célébrer la première Messe dans l'Église après l'Ascension et la venue de l'Esprit-Saint. Et il était raisonnable qu'on commençât par sa diligence à distribuer le Pain de Vie (Jean 6: 35) à ses enfants, puisqu'Elle était le Navire (Prov. 31: 14) riche et prospère qui L'avait apporté des Cieux.. Pour cela le Seigneur lui répondit: «Mon Amie et Ma Colombe, que ce que tu désires et demandes se fasse. Mes Apôtres avec Pierre et Jean te parleront et tu ordonneras par eux ce que tu désires afin qu'il s'exécute.» Ils entrèrent tous aussitôt en la présence de la grande Reine qui les reçut avec la révérence accoutumée, se mit à genoux et leur demanda la bénédiction. Saint Pierre la lui donna [a] comme Chef des Apôtres. Il parla pour tous et il proposa à la Très Sainte Marie comment les nouveaux convertis étaient déjà catéchisés dans la Foi et les Mystères du Seigneur; et qu'il était juste de leur donner le Baptême et de les marquer pour enfants de Jésus-Christ et agrégés au giron de la Sainte Église; et il demanda à la divine Maîtresse d'ordonner ce qui serait de plus grande prudence et de l'approbation du Très-Haut. La Très Prudente Mère répondit: «Seigneur vous êtes Chef de l'Église et Vicaire de mon Très Saint Fils en elle; et
tout ce qui sera ordonné par vous en Son Nom, Sa Très Sainte Volonté l'approuvera; et ma volonté est la Sienne avec la votre.»

7, 7, 100. Avec cela saint Pierre ordonna que le jour suivant qui correspondait au dimanche de la Très Sainte Trinité, le saint Baptême fût donné aux catéchumènes qui s'étaient convertis pendant cette semaine, et notre Reine et les autres Apôtres l'approuvèrent. Ensuite il se présenta un autre doute touchant le Baptême qu'ils devaient recevoir, si ce serait celui de Jean ou celui de Notre-Seigneur Jésus-Christ. Il semblait à quelques-uns de cette Congrégation que l'on devait donner le baptême de Jean qui était de pénitence, et que par cette porte ils devaient entrer à la Foi et à la justification des âmes. D'autres au contraire dirent qu'avec le Baptême de Jésus-Christ et Sa Mort, avait expiré le baptême de saint Jean, qui servait pour préparer les coeurs à recevoir le Rédempteur, et que le Baptême de Sa Majesté donnait la grâce pour purifier et laver tous les péchés à celui qui était disposé; et qu'il était nécessaire de l'introduire aussitôt dans la Sainte Église [b].

7, 7, 101. Saint Jean et saint Pierre approuvèrent ce sentiment et la Très Sainte Marie le confirma; ainsi il fut établi que le Baptême de Notre-Seigneur Jésus-Christ fût introduit aussitôt, et que les nouveaux convertis et les autres qui viendraient à l'Église en fussent baptisés. Et quand à la matière et la forme du Baptême il n'y eut pas de doute parmi les Apôtres; parce qu'ils convinrent tous que la matière devait être de l'eau naturelle et élémentaire; et la forme: "Je te baptise au Nom du Père, et du Fils, et du Saint-Esprit"; parce que le Seigneur même, notre Sauveur avait signalé cette manière et cette forme et Il les avait pratiquées en ceux qu'Il avait baptisés de Sa main. Cette forme de Baptême s'est toujours gardée jusqu'à ce jour. Et lorsqu'on dit dans les Actes des Apôtres qu'ils baptisaient au Nom de Jésus (Act. 2: 38), cela ne s'entend point de la forme, mais de l'Auteur du Baptême qui était Jésus, à la différence du baptême de saint Jean. Et c'était la même chose de baptiser au Nom de Jésus, qu'avec le Baptême de Jésus; mais la forme était celle que le même Seigneur avait dite, exprimant les trois Personnes de la Très Sainte Trinité (Matt. 28: 19), comme Fondement et Principe de toute la foi et de la Vérité Catholique [c]. Avec cette résolution les Apôtres convinrent que tous les cathéchumènes se réuniraient le jour suivant dans la maison du Cénacle
pour être baptisés; et que les soixante-douze disciples se chargeraient de les préparer pour ce jour.

7, 7, 102. Après cela la grande Dame parla à toute cette Congrégation et leur ayant demandé permission Elle leur dit: «Mes seigneurs, le Rédempteur du monde mon Fils, Dieu véritable, offrit au Père Éternel le Sacrifice de Son Corps sacré et de Son Sang pour l'Amour qu'Il avait pour les hommes, Se consacrant Lui-même sous les espèces du pain et du vin, dans lesquelles Il détermina de demeurer dans la Sainte Église, afin qu'en elle Ses enfants aient un Sacrifice et un Aliment de Vie Éternelle et un gage très assuré de celle qu'ils attendent dans les Cieux. Le Père doit être apaisé par ce Sacrifice qui contient les Mystères de la Vie et de la Mort de Son Fils; et en Lui et par Lui l'Église rendra à Dieu les actions de grâces et de louanges qu'elle Lui doit comme à son Dieu et son Bienfaiteur. Vous êtes les prêtres et les ministres à qui seul il appartient de L'offrir. Mon désir est si c'est votre volonté que vous donniez principe à ce Sacrifice non sanglant, et que vous consacriez le Corps et le Sang de mon Très Saint Fils, afin que nous remerciions pour le Bienfait de Sa Rédemption pour avoir envoyé l'Esprit-Saint à l'Église et afin qu'en Le recevant les fidèles commencent à goûter ce Pain de Vie et à jouir de Ses divins Effets. Et parmi ceux qui auront reçu le Baptême, ceux qui paraîtront le plus capables, et qui seront préparés, pourront être admis à la communion du Corps sacré, puisque le Baptême est la première disposition pour Le recevoir.»

7, 7, 103. Tous les Apôtres et les disciples se conformèrent à la volonté de la Très Sainte Marie; et ils rendirent grâce du Bienfait qu'ils recevaient tous de son avis et de sa Doctrine; et il demeura déterminé que le jour suivant après le Baptême des catéchumènes, le Corps et le Sang de Jésus-Christ seraient consacrés et que saint Pierre en serait le prêtre, puisqu'il était le Souverain Pontife de l'Église. Le saint Apôtre l'accepta, et avant de sortir de cette assemblée il y proposa un autre doute afin qu'il fût résolu, touchant la dispensation et le gouvernement par lequel les aumônes et les biens des convertis qui leur étaient offerts fussent disposés; et afin qu'ils le considérassent tous, il le proposa de cette manière.

7, 7, 104. «Mes très chers frères, vous savez déjà que notre Rédempteur et notre Maître, Jésus-Christ nous a ordonné et enseigné par l'exemple la Doctrine et les Préceptes (Matt. 8: 20; Luc 14: 3), la véritable pauvreté en laquelle nous devons vivre, délivrés et débarrassés des soucis de l'argent et de la fortune, sans désirer ni amasser des trésors en cette vie. Et outre cette Doctrine salutaire, nous avons devant les yeux l'exemple très récent et très formidable de la perdition de Judas qui était aussi Apôtre comme nous et il s'est perdu misérablement par son avarice et son amour de l'argent; il est tombé de la dignité d'Apôtre dans l'abîme de la méchanceté et de la damnation éternelle. Nous devons éloigner de nous ce danger si épouvantable et nul ne doit posséder ni manier d'argent, pour imiter et suivre notre Chef et notre Maître dans une pauvreté souveraine. Je sais que c'est cela même que vous désirez tous, sachant que pour nous retirer de cette contagion, le Seigneur nous a mis aussitôt le risque et le châtiment devant les yeux. Et afin que nous demeurions tous libres de cet embarras que nous éprouvons dans les dons et les aumônes que les fidèles nous offrent, il est nécessaire de prendre pour l'avenir une forme de gouvernement. Il convient que dans cette manière nous déterminions maintenant le mode et l'ordre de gouvernement que l'on doit garder en recevant et en dispensant l'argent et les dons qui nous seront offerts.»

7, 7, 105. Tout le Collège des Apôtres et des disciples se trouva quelque peu embarrassé pour prendre un moyen convenable dans ce gouvernement et ils proposèrent diverses opinions. Quelques-uns dirent de nommer un majordome qui recevrait tout l'argent et toutes les offrandes, afin de les distribuer et de les dépenser pour subvenir aux nécessités de tous. Mais ce plan ne fut pas bien accepté par ce Collège de pauvres et de disciples du Maître de la pauvreté. D'autres se prononcèrent pour que l'on déposât le tout en qu'on le confiât à une personne de confiance hors du Collège, qui en fût maître et seigneur, puisqu'avec les fruits ou comme les rentes il secourût les nécessités des autres fidèles; en cela aussi ils étaient dans le doute comme dans les autres moyens qui avaient été proposés. La grande Maîtresse de l'humilité, la Très Sainte Marie les écouta tous sans dire un mot; tant parce qu'Elle portait ce respect aux Apôtres, que parce que si Elle eût d'abord donné son sentiment, nul n'eût manifesté son opinion propre, et quoiqu'Elle fût Maîtresse de tous, Elle se montrait toujours disciple qui écoutait et qui apprenait. Mais saint Pierre et saint Jean voyant la diversité des sentiments qui étaient proposés par les autres, supplièrent la divine Mère de les diriger tous dans ce doute en leur déclarant ce qui serait le plus agréable à son Très Saint Fils.

7, 7, 106. La Très Sainte Dame obéit aussitôt, et s'adressant à toute cette Congrégation Elle leur dit: «Mes seigneurs et mes frères, j'ai été à l'école de notre Maître véritable, mon Très Saint Fils depuis l'heure qu'Il naquit de mes entrailles jusqu'à ce qu'Il mourût et montât aux Cieux et je n'ai jamais vu ni connu dans le cours de Sa Vie divine qu'Il ait touché ou manié l'argent de Ses mains, ni non plus qu'Il ait reçu des dons de valeur ou de prix. Et lorsque nouveau-né, Il reçu les dons que Lui offrirent les Rois de l'Orient en L'adorant (Matt. 2: 11), ce ne fut que pour le Mystère qu'ils signifiaient et pour ne point frustrer les pieuses intentions de ces Rois qui étaient les prémices des Gentils. Mais étant dans mes bras, Il m'ordonna sans délai de les distribuer aussitôt entre les pauvres et le Temple, comme je le fis. Et il m'a dit plusieurs fois dans Sa Vie qu'entre les hautes fins pour lesquelles Il était venu au monde en forme humaine, l'une fut pour élever la pauvreté et l'enseigner aux mortels de qui elle était abhorrée; et par Sa conversation, Sa Doctrine et Sa très sainte Vie, Il m'a toujours manifesté, et ainsi je l'ai compris, que la sainteté et la perfection qu'Il venait enseigner devait être fondée sur une souveraine pauvreté volontaire et un grand mépris des richesses; et que plus cette pauvreté serait grande dans l'Église, plus s'élèverait la sainteté qu'elle aurait en tout temps, et qu'on le connaîtrait ainsi dans les siècles futurs.»

7, 7, 107. «Puisque nous devons suivre les pas de notre Maître véritable et mettre Sa Doctrine en pratique, pour L'imiter et fonder Son Église avec elle et avec Son exemple, il faut que nous embrassions tous la plus haute pauvreté, que nous la vénérions et que nous l'honorions, comme mère légitime des vertus et de la sainteté. Et ainsi il me semble que nous devons tous bannir de notre coeur l'amour et la cupidité des richesses et de l'argent, et que nous nous abstenions tous d'en manier et d'accepter des dons de grande valeur. Et afin que nul ne soit attaqué de l'avarice, on peut choisir six ou sept personnes de vie approuvée et de vertu bien fondée, pour recevoir les offrandes et les aumônes et le reste de ce dont les fidèles voudront se déposséder pour vivre plus assurés et pour suivre mon Fils et leur Rédempteur sans embarras de fortune. Et que tout cela ait nom d'aumône et non de rente ni d'argent, ni de revenu, et que l'usage en soit pour les nécessités communes de tous, et de nos frères les pauvres, les nécessiteux et les infirmes; et que ni l'Église ni aucun dans notre Congrégation ne reconnaisse aucune chose comme lui appartenant plus en propre qu'à ses frères. Et si ces aumônes offertes pour Dieu ne suffisent pas pour tous, ceux qui seront marqués pour cela les demanderont en Son Nom: et que nous comprenions tous que notre vie doit dépendre de la très sublime Providence de mon Très Saint Fils, et non de l'argent et de l'avidité d'en acquérir ou d'amasser des richesses sous prétexte de nous sustenter, mettant plutôt notre confiance en Dieu, et recourant à la mendicité modérée quand il sera nécessaire.»

7, 7, 108. Aucun des Apôtres ni des autres fidèles ne répliqua à la détermination de leur grande Reine et la nôtre, mais ils reçurent et embrassèrent tous sa Doctrine, la reconnaissant l'unique Disciple légitime du Seigneur et Maîtresse de l'Église. Par la Disposition divine, la Très Prudente Mère ne voulut point confier à aucun des Apôtres l'enseignement et le soin d'asseoir dans l'Église le solide fondement de la perfection Chrétienne et Évangélique; parce qu'une Oeuvre si ardue demandait le magistère et l'exemple de Jésus-Christ et de Sa propre Mère. Ils furent les Inventeurs et les Artisans de cette très noble pauvreté et Ceux qui l'honorèrent et la professèrent les premiers. Et tous les Apôtres et les enfants de la primitive Église suivirent ces deux Maîtres. Cette manière de pauvreté persévéra pendant plusieurs années. Ensuite elle ne se conserva pas en tous par la fragilité humaine et la malice de l'ennemi, et la pauvreté volontaire vint à se réduire seulement à l'état ecclésiastique. Et parce qu'aussi le temps la rendit difficile ou impossible, Dieu suscita l'état religieux où la pauvreté primitive fut renouvelée et ressuscitée en tout ou en la plus grande partie, en divers instituts; et elle se conserva ainsi dans l'Église jusqu'à la fin, et ceux qui la suivent, l'honorent et l'aiment plus ou moins, jouissent des privilèges de cette vertu. Aucun des états que la Sainte Église approuve n'est exclu de la perfection proportionnée et nul n'a d'excuse de ne point suivre la plus haute dans l'état où il vit. Néanmoins comme il y a plusieurs demeures (Jean 14: 2) dans la Maison de Dieu il y a aussi un ordre et des degrés, que chacun tienne celui qui le touche selon le genre de son état. Mais sachons tous que le premier pas dans l'imitation de Jésus-Christ et dans Son École est la pauvreté volontaire; et celui qui la suit plus étroitement peut allonger le pas avec plus de légèreté pour s'approcher davantage de Jésus-Christ et participer avec abondance des autres vertus et des autres perfections.

7, 7, 109. Cette assemblée du Collège Apostolique fut conclue par la détermination de la Très Sainte Marie, et six hommes prudents furent nommés pour recevoir les aumônes et les dispenser. La grande Dame demanda la bénédiction aux Apôtres qui sortirent pour continuer leur ministère, et les disciples pour préparer les catéchumènes à recevoir le Baptême le jour suivant. La Reine sortit assisté de ses Anges et des autres Marie pour disposer et préparer la salle où son Très Saint Fils avait célébré les cènes, et Elle la nettoya et la balaya, pour y consacrer de nouveau le jour suivant comme il était convenu. Elle demanda au maître de la maison le même ornement qui avait été mis le jeudi de la Cène, comme il a été dit en son lieu [d]; et l'hôte plein de dévotion offrit le tout avec la souveraine vénération en laquelle il tenait la Très Sainte Marie. Son Altesse prépara aussi le même plat et le même calice dans lesquels notre Sauveur avait consacré. Elle prépara pour le Baptême de l'eau pure et des bassins avec lesquels il pût s'exécuter avec décence et facilité. Après cette préparation la pieuse Mère se retira et passa cette nuit en des affections très ferventes, des prosternations, des actions de grâces et d'autres exercices accompagnés d'une oraison très sublime, offrant au Père Éternel tout ce qu'Elle connut avec sa sagesse très sublime pour se disposer dignement pour la Communion qu'Elle attendait et aussi afin que les autres la reçussent avec l'Agrément de Sa très sublime Majesté, et Elle demanda la même chose pour ceux qui devaient être baptisés.

7, 7, 110. Le jour suivant au matin, qui était l'octave de l'Esprit-Saint, tous les fidèles et les catéchumènes se réunirent avec les Apôtres et les disciples dans la maison du Cénacle et lorsqu'ils furent tous assemblés saint Pierre les prêcha, leur déclarant la nature et l'excellence du Sacrement de Baptême, la nécessité qu'ils en avaient et les Effets divins qu'ils en recevaient, demeurant marqués par le Caractère intérieur, comme membre du Corps Mystique de l'Église et régénérés dans l'être d'enfants de Dieu et héritiers de Sa gloire par la grâce sanctifiante et la rémission des péchés. Il les exhorta à garder la Loi divine à laquelle ils s'obligeaient par leur propre volonté et à l'humble reconnaissance de ce Bienfait et de tous les autres qu'ils recevaient de la Main du Très-Haut. Il leur déclara de même la vérité du très saint Mystère de l'Eucharistie qu'ils devaient célébrer, consacrant le Corps et le Sang véritables de Jésus-Christ, afin qu'ils L'adorassent tous et que ceux qui devaient Le recevoir s'y préparassent.

7, 7, 111. Avec ce sermon tous les nouveaux convertis furent embrasés de ferveur; parce qu'ils s'étaient disposés véritablement de tout leur coeur, que les
paroles des Apôtres étaient vives et pénétrantes et que la grâce intérieure était très abondante. Ensuite le Baptême commença, donné par la main des Apôtres avec un grand ordre et beaucoup de dévotion de la part de tous. Pour cela les catéchumènes entraient par une porte du Cénacle et sortaient par une autre quand ils étaient baptisé, et les disciples et les autres fidèles les assistaient pour les guider sans confusion. La Très Sainte Marie était présente à tout, quoique retirée dans un côté du Cénacle; et Elle faisait pour tous des oraisons et des cantiques de louanges. Elle connaissait l'effet que le Baptême produisait en chacun, en un degré plus ou moins grand des vertus qui étaient tous lavés et renouvelés dans le Sang de l'Agneau et que leurs âmes recevaient une pureté et une candeur Divine. Et en témoignage de cela il descendait du Ciel à la vue de tous ceux qui étaient présents une Lumière visible très claire sur chacun de ceux que l'on achevait de baptiser. Par cette merveille, Dieu voulut autoriser le principe de ce grand Sacrement dans Son Église et consoler ces premiers enfants qui entraient en elle par cette porte, ainsi que nous qui recevons ce bonheur moins considéré et moins remercié que nous devons.

7, 7, 112. Cet acte du Baptême fut conclue, quoiqu'il en eût plus de cinq mille qui le reçurent ce jour-là. Et pendant que les baptisés rendaient grâces pour un Bienfait si admirable, les Apôtres se mirent un moment en oraison avec tous les disciples et les autres fidèles. Ils se prosternèrent tous en terre, confessant et adorant le Seigneur, Dieu immuable et infini et reconnaissant leur propre indignité pour Le recevoir dans l'Auguste Sacrement de l'autel. Avec cette humilité et cette adoration profondes, ils se préparèrent prochainement à communier. Et ils dirent ensuite les mêmes oraisons et les même Psaumes que Notre-Seigneur Jésus-Christ avait dits avant de consacrer, imitant cette action en tout comme ils l'avaient vu faire à leur divin Maître. Saint Pierre prit dans ses mains le pain azyme qui était préparé et levant d'abord les yeux au Ciel avec une révérence admirable, il prononça sur le pain les Paroles de la consécration du Corps Très Saint de Jésus-Christ comme le Seigneur Jésus Lui-même les avait dites auparavant. Le Cénacle fut à l'instant rempli d'une splendeur visible et d'une immense multitude d'Anges, et toute cette lumière se dirigea surtout vers la Reine du Ciel et de la terre, ce que tous remarquèrent. Saint Pierre consacra ensuite le calice et il fit avec le Corps sacré et le Sang précieux les mêmes cérémonies que notre Sauveur (1 Cor. 11: 23-25), les élevant, afin que tous L'adorassent. Après cela l'Apôtre se communia lui-même et ensuite les onze Apôtres, comme la Très Sainte Marie les avaient prévenus. Ensuite saint Pierre communia la divine Mère, les esprits céleste qui étaient là l'assistant avec une révérence ineffable. Pour s'approcher de l'autel la grande Dame fit trois humiliations ou prosternations, jusqu'à arriver à toucher le sol de son visage.

7, 7, 113. Elle retourna ensuite à sa place où Elle était auparavant; et il n'est pas possible de manifester par des paroles les Effets que la communion de l'Eucharistie produisit dans cette suprême Créature; parce qu'Elle fut tout entière transformée, élevée et absorbée dans ce divin Incendie de l'Amour de son Très Saint Fils auquel Elle avait participé avec Son Corps sacré. Elle demeura élevée et abstraite; mais les saint Anges la recouvrirent quelque peu par la volonté de la même Reine, afin que les assistants ne fissent pas plus attention qu'il convenait aux Effets divins qu'ils eussent pu connaître en Elle. Les disciples poursuivirent, communiant après notre Reine, et après eux les fidèles qui avaient cru auparavant communièrent aussi. Mais des cinq mille baptisés, il n'y en eut que mille qui communièrent ce jour, parce qu'ils n'étaient pas tous assez instruits ni assez préparés pour recevoir le Seigneur avec la connaissance et la disposition si attentive que ce grand Sacrement, ce Mystère de l'autel demande. La forme de la Communion dont les Apôtres usèrent en ce jour, fut de communier tous sous les deux espèces du Pain et du Vin avec la Très Sainte Marie et les cent vingt disciples en qui l'Esprit-Saint était venu; mais les nouveaux baptisés ne communièrent que sous les espèces du Pain. Néanmoins cette différence ne se fit pas parce que les nouveaux fidèles étaient moins dignes de ces espèces du Vin que des autres; mais parce que les Apôtres connurent qu'en quelque espèce que ce fût, ils recevaient une même Chose en entier, qui était Dieu Sacramenté et qu'il n'y avait point de précepte pour chacun des fidèles, ni non plus de nécessité de communier sous les deux espèces; et à cause de la multitude il y eût eu un grand danger d'irrévérence et d'autres inconvénients très graves à communier sous les espèces du Sang; ce qui n'existait point alors à cause du petit nombre de ceux qui Les recevaient. Mais j'ai compris que dès la primitive Église, on commença la coutume de communier sous la seule espèce du Pain ceux qui ne célébraient ni ne consacraient point. Et quoiqu'aussi, sans être prêtres quelques-uns communiassent sous les deux espèces; cependant la Sainte Église en croissant et se répandant par tout le monde, ordonna convenablement, comme étant gouvernée par l'Esprit-Saint, que les laïques et ceux qui ne consacraient point à la Messe communiassent seulement le Corps sacré; et qu'il appartînt à ceux qui célèbrent ce
Festin divin de communier sous les deux espèces qu'ils consacrent. Telle est la sécurité de la Sainte Église romaine.

7, 7, 114. La Communion de tous étant achevée, saint Pierre donna fin aussi au Mystère sacré par quelques oraisons et quelques Psaumes qu'il offrit avec les autres Apôtres en action de grâces et en demande, parce qu'alors il n'avait pas encore été désigné ni ordonné d'autres rites, cérémonies ou prières, car ces prières furent ajoutées ensuite en divers temps pour accompagner la sainte Action de la Consécration et de la Communion. Aujourd'hui l'Église romaine a ordonné très heureusement, très saintement et très sagement tout ce que contient la Messe pour ce Mystère que les prêtres du Seigneur célèbrent. Après tout ce que j'ai dit, les Apôtres demeurèrent un autre espace de temps en oraison. Et lorsqu'il fut temps, ils sortirent pour d'autres choses et pour prendre l'aliment nécessaire, parce qu'il était déjà tard ce jour-là. Notre grande Reine et Maîtresse rendit grâces au Très-Haut pour tous, et Sa Majesté Se complut en cela et Il accepta les prières que Sa Bien-Aimée Lui fit pour les présents et les absents dans la Sainte Église.

DOCTRINE QUE ME DONNA LA GRANDE REINE DES ANGES,
LA TRÈS SAINTE MARIE.

7, 7, 115. Ma fille, quoique tu ne puisses pénétrer dans la vie présente le secret de l'Amour que j'eus pour les hommes et celui que j'ai toujours pour eux; néanmoins avec ce que tu as compris pour ta plus grande instruction, je veux que tu considères de nouveau comment le Très-Haut répandit en moi une participation ineffable de Sa Charité de Sa Miséricorde infinie envers les enfants d'Adam lorsqu'Il me donna dans le Ciel le titre de Mère et de Maîtresse de la Sainte Église. Et comme j'étais pure Créature et que le Bienfait était si immense, par la force qui opérait en moi, j'eusse perdu plusieurs fois la vie naturelle si la Puissance divine ne m'eût conservée par miracle. Je ressentais souvent ces effets dans la reconnaissance même que j'avais lorsque quelques âmes entraient dans l'Église et
ensuite dans la gloire; parce que seule je connaissais et pesais entièrement cette félicité; et comme je la connaissais j'en remerciais le Très-Haut avec une ferveur et une humiliation intense. Mais c'était lorsque je demandais la conversion de quelque pécheur ou que quelqu'un venait à se perdre que je défaillais davantage dans mes affections. Dans ces occasions et d'autres, je souffris beaucoup plus entre la joie et la douleur que tous les martyrs dans tous leurs tourments; parce que j'opérais pour chacune des âmes avec une force surexcellente et surnaturelle. Les enfants d'Adam me doivent tout cela, car j'offris pour eux tant de fois ma Vie. Et si je ne suis pas maintenant dans cet état pour l'offrir, l'Amour avec lequel je sollicite leur Salut Éternel n'est pas moindre, mais plus haut et plus parfait.

7, 7, 116. Et si l'Amour de Dieu eut en moi une telle force à l'égard du prochain, tu comprendras par là quelle devait être celle que je ressentais avec le Seigneur même lorsque je Le recevais Sacramenté. Et je te déclare en cela un secret de ce qui m'arriva la première fois que je Le reçus de la main de saint Pierre: en cette occasion le Très-Haut donna lieu à la violence de mon Amour jusque-là que mon Coeur s'ouvrit réellement et donna lieu comme je le désirais à ce que mon Fils Sacramenté y entrât et S'y déposât comme un Roi sur Son trône légitime et dans Son Tabernacle. Avec cela, tu comprendras, ma très chère, que si je pouvais avoir une douleur dans la gloire dont je jouis, une des causes qui m'en donnerait une très grande est la grossièreté formidable et l'audace des hommes qui s'approchent pour recevoir le Corps sacré de mon Très Saint Fils, les uns impurs et abominables, d'autres sans vénération et sans respect, et presque tous sans attention, sans connaissance et sans pondération de ce que pèse et vaut cette Bouchée, qui n'est pas moins que Dieu même pour la Vie et la mort Éternelle.

7, 7, 117. Crains donc, ô ma fille, ce danger téméraire; pleures-le en tant d'enfants de l'Église, demandes-en le remède au Seigneur; et avec la Doctrine que je te donne, rends-toi digne de connaître et de pondérer profondément ce Mystère d'Amour; et lorsque tu t'approches pour Le recevoir, purifie ton entendement et secoue-le de toute espèce de choses terrestres, et ne prends garde à aucune si ce n'est que tu vas recevoir Dieu même, infini et incompréhensible. Étends-toi au-dessus de tes forces dans l'humilité, l'amour et la reconnaissance, puisque tout sera moins que ce que tu dois et ce que demande ce Mystère vénérable. Afin de mieux te disposer tu auras pour Miroir et Exemplaire ce que je faisais dans ces occasions où je veux que tu m'imites spécialement pour l'intérieur comme tu le fais dans les trois humiliations corporelles; la quatrième que tu as ajoutée m'est aussi bien agréable, pour révérer la partie de la Chair et du Sang qui est dans le Sacrement, comme mon Très Saint Fils l'a reçue de mes entrailles. Continue toujours cette dévotion; puisqu'ainsi il est vrai qu'une partie de mon propre sang et de ma substance est dans le Corps consacré comme tu l'as compris. Et comme tu sentirais une grande douleur avec l'affection que tu as si tu voyais fouler aux pieds le Corps et le Sang consacrés et que quelqu'un les foulât avec mépris et pour leur faire de l'ignominie; tu dois éprouver la même douleur avec amertume et avec larmes, sachant qu'il y a tant d'enfants de l'Église qui Le traitent aujourd'hui avec irrévérence et sans aucune crainte ni décorum. Pleure donc cette infortune, pleure parce qu'il y en a peu qui la pleurent, et pleure parce que les fins si intentionnelles de l'immense Amour de mon Très Saint Fils sont frustrées. Et afin que tu pleures davantage, je te fais savoir que comme il y en avait tant qui se sauvaient dans la primitive Église ainsi il y en a tant maintenant qui se damnent. Et je ne te déclare pas en cela ce qui arrive chaque jour; parce que si tu le comprenais, ayant comme tu as une vraie Charité, tu en mourrais de douleur. Cette perte arrive parce que les enfants de la Foi suivent les ténèbres, aiment la vanité, désirent les richesses et presque tous recherchent la délectation sensible et trompeuse, laquelle aveugle et obscurcit l'entendement et lui met des ténèbres épaisses avec lesquelles il ne connaît point la vérité, il ne sait point faire la distinction du bien et du mal et il ne pénètre pas la vérité et la Doctrine de l'Évangile.

NOTES EXPLICATIVES
Extraites de celles de Don Creseto, à l'usage des prêtres.
7, 7, [a]. Il n'est pas étonnant que saint Pierre ait donné la bénédiction à la Très Sainte Marie à la demande de cette Auguste Vierge, puisqu'il représentait Dieu même, comme Vicaire de Jésus-Christ.
7, 7, [b]. Quelques-uns ont opiné que le baptême de pénitence devait précéder celui de l'entière justification, jugeant qu'il convenait de faire précéder le Baptême de Jésus-Christ d'un temps de préparation, comme l'Église le faisait plus tard avec les nouveaux convertis, faisant précéder le Baptême du catéchuménat. Du reste on trouve dans les Actes des Apôtres, qu'assez longtemps après la descente du Saint-Esprit, certains disciples de Jésus-Christ entre lesquels était Apollo, lequel "enseignait diligemment les choses qui sont de Jésus", croyaient encore que le baptême de saint Jean suffisait. On ne doit donc pas trouver étonnant ce que la Vénérable écrit ici.
7, 7, [c]. C'est une doctrine commune des saints Pères que l'invocation distincte des trois Personnes divines est nécessaire pour la validité du Baptême. Ainsi pensaient saint Justin, Origène, Tertullien, saint Cyprien, saint Athanase, saint Clément d'Alexandrie, les deux saints Grégoire, de Nazianze et de Nysse, saint Augustin, etc. Voir Histoire des Dogmes; et c'est aussi la tradition et l'usage universel de l'Église, malgré l'opinion contraire de certains scolastiques. Le concile de Trente n'a point défini directement la question, mais indirectement: il approuva la sentence commune de la nécessité de l'invocation expresse des trois Personnes divines; c'est pourquoi il ne serait pas licite de pratiquer différemment; et si par erreur le contraire se produisait, comme il est déjà arrivé du temps de saint Bernard, le Baptême serait au moins douteux et il devrait absolument être répété sous condition. Voir Migne, cours complet de théologie, De la forme du Baptême.
7, 7, [d]. Livre 6, Nos. 1158, 1181.
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Message par sga le Ven 13 Mar 2020 - 13:15

CHAPITRE 8


On déclare le miracle par lequel les Espèces Sacramentelles se conservaient en la Très Sainte Marie d'une Communion à l'autre; et le mode de ses opérations après qu'Elle fût descendue du Ciel dans l'Église.


7, 8, 118. Jusqu'à cette heure je n'ai touché ce Bienfait qu'en passant, me réservant d'en faire une déclaration plus grande en son lieu qui est celui-ci; afin qu'une si grande merveille du Seigneur en faveur de Sa Mère très aimante ne demeure point dans cette Histoire sans l'intelligence que notre piété peut désirer. Ma propre insuffisance pour m'expliquer m'afflige; parce que non seulement j'ignore infiniment plus que j'entends; mais ce que je connais, je le déclare avec défiance et avec peu de satisfaction de mes termes et de mes raisons moins compréhensives de mon concept. Néanmoins je n'ose point laisser en silence les Bienfaits que notre grande Reine reçut de la puissante Droite de son Très Saint Fils; parce que s'ils furent grandioses et ineffables auparavant, ils crûrent dès lors avec une belle variété; en quoi il fut manifesté que la Puissance qui les opérait était infinie et que la capacité de cette Élue unique entre tourtes les créatures qui les recevait était presque immense.

7, 8, 119. Dans ce Bienfait rare et prodigieux que les Espèces sacramentelles avec le Corps sacré se conservaient toujours dans le sein de la Très Sainte Marie, on ne doit pas chercher d'autre cause, hors celle qu'eurent les autres Faveurs dans lesquelles Dieu Se signala uniquement envers cette grande Dame, qui est Sa Volonté sainte et Sa Sagesse infinie avec laquelle Il opère toujours tout ce qui convient avec poids et mesure. Pour raison il suffit à la prudence et à la piété Chrétienne de savoir que Dieu eut pour Mère naturelle cette seule pure Créature [a] et que seule entre toutes les autres Elle fut digne de l'être. Et comme cette merveille fut seule et sans exemple, ce serait une ignorance grossière de chercher des exemplaires pour nous persuader que le Seigneur a fait à l'égard de
Sa Mère ce qu'Il n'a pas fait et ce qu'Il ne fera pas avec les autres âmes; puisque Marie seule sort et s'élève au-dessus de l'ordre commun de tous. Mais quoique tout cela soit vrai, le Seigneur veut qu'avec les lumières de la Foi et d'autres illustrations, nous atteignions aux raisons de convenance et d'équité pour lesquelles Son Bras puissant opéra ces merveilles à l'égard de Sa digne Mère, afin qu'en de telles merveilles nous Le connaissions et Le louions en Elle et par Elle, et que nous comprenions combien toutes nos espérances et nos sort sont assurés entre les mains d'une si puissante Reine en qui son Fils a déposé toutes les forces de Son Amour. Et conformément à ces vérités, je dirai ce qui m'a été donné à entendre du mystère dont je parle.

7, 8, 120. La Très Sainte Marie vécut trente-trois ans en compagnie de son Fils et son Dieu véritable, et depuis l'heure que Sa Majesté naquit de son sein Virginal, Elle ne L'a jamais quitté jusqu'à la Croix. Elle L'à élevé, servi, accompagné, suivi et imité, opérant en tout et toujours comme Sa Mère, Sa Fille, Son Épouse, Son Amie et Sa Servante très fidèle; jouissant de Sa vue, de Sa conversation, de Sa Doctrine, et des Faveurs qu'avec tous ces mérites et ces services Elle a reçues dans la vie mortelle. Jésus monta aux Cieux, et la force de l'Amour et de la raison L'obligèrent à amener avec Lui Sa Très Aimante Mère pour n'être point là sans Elle, ni Elle dans le monde sans Sa Présence et Sa Compagnie. Mais la Charité très ardente qu'Ils avaient tous Deux pour les hommes rompit en quelque manière possible ce lien et cette union, obligeant notre amoureuse Mère de revenir au monde pour fonder l'Église, et le Fils qui l'envoya consentit à l'absence qui s'interposait entre eux Deux pour ce temps. Mais le Fils de Dieu étant puissant pour compenser cette privation à Sa Bien-Aimée d'une certaine manière possible, c'était comme une dette d'Amour de le faire; et cet Amour n'eût pas été si accrédité ni si manifeste s'Il eût nié à Sa Très Pure Mère la Faveur de l'accompagner sur la terre, tout en étant glorieux à la droite de Son Père. Outre cela, l'Amour très ardent de la Bienheureuse Mère nourri de la Présence de son Fils très pur et y étant accoutumé, eût vécu dans une violence intolérable si pendant tant d'années Elle ne L'eût eu présent de la manière possible, étant dans la Sainte Église.

7, 8, 121. Notre-Seigneur Jésus-Christ satisfaisait à cela comme Il le fit en étant toujours Sacramenté dans le Coeur de Sa Très Heureuse Mère dans le Ciel.
Et en quelque manière, Il lui compensa abondamment par cette Présence sacramentelle celle qu'Elle avait lorsqu'Il vivait dans le monde avec Sa Très Douce Mère; parce qu'alors Il S'absentait souvent pour vaquer aux Oeuvres de la Rédemption, et dans ces circonstances Elle était affligée par les doutes ou les craintes des travaux de son Très Saint Fils et soit qu'Il revint à Elle ou qu'Il demeurât hors de sa compagnie, lors même qu'Elle en jouissait Elle ne pouvait oublier la Passion et la Mort de la Croix qui L'attendait. Cette douleur tempérait parfois la joie de L'avoir et de Le conserver. Mais lorsqu'Il était déjà à la droite du Père Éternel, la tourmente de la Passion étant passée, et ce même Seigneur son Fils étant Sacramenté dan son sein Virginal, la divine Mère jouissait alors de Sa vue sans crainte et sans anxiété. Dans le Fils Elle avait toute la Bienheureuse Trinité [b] présente, par cette manière de vision que j'ai déjà dite. Alors s'accomplissait et s'exécutait à la lettre ce que cette grande Reine dit dans les cantiques (Cant. 3: 4): «Je l'ai et je ne le laisserait point; je le tiendrai et ne le laisserai point aller, jusqu'à ce que je l'aie attiré à la maison de ma mère l'Église. Là je lui donnerai à boire (Cant. 8: 2) du vin aromatique et du suc de mes grenades.»
7, 8, 122. Par ce Bienfait accordé à Sa Très Sainte Mère, le Seigneur Se dégagea aussi de la promesse faite à Son Église dans la personne des Apôtres, d'être avec eux jusqu'à la fin des siècles (Matt. 28: 20), accomplissant cette Parole depuis l'heure qu'Il la leur avait donnée, bien avant de monter aux Cieux, car alors Il était déjà Sacramenté dans le Coeur de Sa Mère, comme je l'ai dit dans la seconde partie [c]. Elle n'eût pas été accomplie dès lors s'Il n'eût été dans l'Église par ce miracle nouveau; parce que dans ses premières années, les Apôtres n'avaient point de Temple, ni de disposition pour garder continuellement la Sainte Eucharistie, et ainsi ils La consommaient toute le jour qu'ils célébraient. La Très Sainte Marie fut seule le Temple et le sanctuaire dans lequel le Très Saint Sacrement fut conservé pendant quelques années, afin que le Verbe Incarné ne manquât point à l'Église pendant aucun instant de temps, depuis qu'Il était monté au Ciel jusqu'à la fin du monde. Et quoiqu'Il ne fût point là pour l'usage des fidèles, Il y était pour leur profit et pour d'autres fins très glorieuses; parce que la grande Reine du Ciel priait et intercédait pour tous les fidèles dans le Temple de soi-même. Elle adorait Jésus-Christ Sacramenté dans l'Église; et moyennant cette Dame et la Présence qu'Il avait en Elle, Il était présent et uni par ce moyen au corps mystique des fidèles. Et surtout cette Auguste Dame, Mère de Dieu rendit ce siècle plus heureux en ayant son Fils et son Dieu véritable Sacramenté dans son sein, qu'en étant comme maintenant dans d'autres custodes ou d'autres tabernacles; parce qu'en celui de la Très Sainte Marie Il fut toujours adoré avec un culte et une révérence souveraines, et il n'y fut jamais offensé, comme Il l'est maintenant dans les églises. Il eut en Marie avec plénitude les délices qu'Il avait désirées pendant des siècles éternels avec les enfants des hommes (Prov. 3: 31); et L'assistance perpétuelle de Jésus-Christ dans Son Église étant ordonnée à cette fin, Sa Majesté ne l'ordonnait pas si adéquatement comme en étant Sacramenté dans le Coeur de Sa Très Pure Mère. Elle était la sphère la plus légitime de l'Amour divin et comme l'élément propre et le centre où Il Se reposait; et toutes les créatures hors la Très Sainte Marie étaient en sa comparaison comme étrangères et en elles cet Incendie de la Divinité qui brûle toujours dans une Charité infinie n'avait point sa place ni sa sphère.

7, 8, 123. Et selon les intelligences que j'ai eues de ce mystère, j'ose dire de l'Amour avec lequel notre Sauveur Jésus-Christ estimait Sa Très Sainte Mère et de l'obligation pour ainsi dire où Elle Le mettait, que s'Il ne l'avait pas toujours accompagnée étant avec Elle sous les Espèces consacrées, le Fils même serait revenu de la droite du Père dans le monde pour lui faire compagnie le temps que Sa Mère eût vécu dans l'Église. Et s'il eût été nécessaire pour cela que les habitants du Ciel et ses courtisans eussent manquée de l'assistance et de la Présence de la Très Sainte Humanité pendant ce temps, il eût estimé cela moins que de manquer de la compagnie de Sa Mère [d]. Et il n'y a point d'exagération à dire cela, lorsque nous devons confesser que le Seigneur trouvait en Marie Immaculée une correspondance et un genre d'Amour plus semblable à celui de Sa Volonté qu'en tous les Bienheureux ensemble; et Sa Majesté l'aimait plus que tous avec un autre Amour correspondant. Si le pasteur de la parabole Évangélique laissa quatre-vingt-dix-neuf brebis (Matt. 28: 12) pour aller en chercher une seule qui lui manquait; et nous ne disons pas pour cela qu'il laissa le plus pour le moins; ce n'eût pas paru non plus une nouveauté dans le Ciel que ce divin Pasteur Jésus y eût laissé tout le reste des Saints pour descendre demeurer en compagnie de cette Brebis très candide qui Le vêtit de sa propre nature et qui en Elle Le nourrit et L'éleva. Les yeux de cette Épouse, cette Mère bien aimée L'eussent sans doute obligé à voler (Cant. 6: 4) des hauteurs et à venir sur la terre, où Il était venu auparavant pour le remède des enfants d'Adam, étant moins obligé, ou pour mieux dire étant désobligé par leurs péchés et il était venu en outre pour souffrir pour eux. Et s'Il était descendu pour vivre avec Sa Très Sainte Mère, ce n'eût pas été pour souffrir et mourir, mais pour recevoir la joie de l'avoir avec Lui. Néanmoins, il ne Lui fut pas nécessaire pour cela d'abandonner le Ciel, puisqu'en descendant Sacramenté, Il satisfaisait à Son Amour et à celui de Sa Très Heureuse Mère, dans le Coeur de laquelle ce véritable Salomon reposait comme dans Son lit (Cant. 3: 7), sans quitter la droite de Son Père.

7, 8, 124. Le mode d'après lequel le Très-Haut opérait ce miracle était celui-ci: Lorsque la Très Sainte Marie communiait, les Espèces sacramentelles se retiraient du lieu ordinaire de l'estomac où l'aliment naturel se cuit et se digère, afin qu'elles ne fussent point confondues, mêlées ni altérées avec le peu d'aliment que la grande Dame mangeait quelquefois. Le Très Saint Sacrement retiré du lieu de l'estomac se mettait dans le Coeur même de Marie [e], comme en retour du sang qu'il avait donné dans l'Incarnation du Verbe afin que cette Humanité très sainte avec laquelle Il s'unit hypostatiquement fût formée, comme je l'ai déclaré dans la seconde partie [f]. La communion de la Sainte Eucharistie s'appelle une "extension de l'Incarnation", et ainsi il était juste que l'heureuse Mère qui avait concouru à cette même Incarnation du Verbe Éternel participât de cette extension par un autre mode nouveau et particulier.

7, 8, 125. La chaleur du coeur dans les vivants parfaits est très grande; et dans l'homme elle ne sera pas moindre à cause de sa très grande excellence, et de sa plus grande noblesse dans l'être, les opérations et la longueur de la vie [g], et la prévoyance de la nature lui achemine quelque peu d'air ou de ventilation avec laquelle se rafraîchit et se tempère cette ardeur innée qui est la racine de celle que tout animal possède. Et cela étant ainsi, et dans la complexion généreuse de notre Reine la chaleur de son Coeur était intense et les affections et les opérations de son Amour enflammé la lui augmentaient, néanmoins les Espèces sacramentelles collées à son Coeur ne s'altéraient point ni ne se consumaient. Et quoiqu'il fût nécessaire pour les conserver de multiplier les miracles, ceux-ci ne doivent point être épargnés dans cette Créature unique qui était tout entière un prodige des miracles qui étaient épilogués en Elle. Cette Faveur commença dès la première Communion qu'Elle reçut à la Cène, comme je l'ai dit en son lieu [h] et pour la continuer les premières Espèces se conservèrent jusqu'à la seconde Communion qu'Elle reçut de la main de saint Pierre, le jour de l'octave de la Pentecôte. Et il arriva alors qu'en recevant de nouveau les Espèces, au moment de les transmettre à l'estomac, les anciennes qu'Elle avait dans le Coeur se consumèrent et les nouvelles qu'Elle avait reçues y entrèrent à leur place. Avec cet ordre miraculeux ces Espèces sacramentelles se succédèrent les unes aux autres dans son Coeur depuis ce jour jusqu'à la dernière heure de sa très sainte Vie, sans que son Fils et son Dieu véritable Sacramenté n'y manquât jamais.

7, 8, 126. Avec ce Bienfait et celui que j'ai déjà dit de la vision continuelle et abstractive de la Divinité [i], la Très Sainte Marie demeura si divinisée et ses opérations et ses puissances si élevées au-dessus de toute pensée humaine qu'il sera impossible de le comprendre en cette vie mortelle, ni d'en avoir l'idée proportionnée que nous faisons des autres choses, et je ne trouve point de termes pour déclarer le peu qui m'en a été manifesté. Après qu'Elle fut descendue du Ciel, Elle demeura toute renouvelée et changée dans l'usage des sens corporels pour l'exercice qu'Elle en avait; parce que d'un côté Elle était absente de son Très Saint Fils en qui Elle les employait dignement quand Elle se communiquait par ces mêmes sens, et d'un autre côté Elle sentait et comprenait comment Elle L'avait dans son Coeur où Il attirait et recueillait toute son attention. Dès le jour qu'Elle descendit du Ciel, Elle fit un nouveau pacte avec ses yeux et Elle eut un empire et un pouvoir nouveau pour ne point accepter les espèces ordinaires qui entraient par eux des choses terrestres et visibles, excepté ce qui était précisément nécessaire pour gouverner les enfants de l'Église, et pour comprendre ce qu'Elle devait opérer et disposer en cela. Elle ne se servait point de ces espèces et il ne lui était pas nécessaire d'en user pour raisonner, ni de recourir à l'officine intérieure où elles se déposent dans les autres pour servir à la mémoire et à l'entendement; parce qu'Elle faisait tout cela avec d'autres espèces infuses et avec la Science qui lui était communiquée par la vision abstractive de la Divinité, de la manière que les Bienheureux connaissent et regardent en Dieu ce que ce Miroir volontaire veut leur manifester en Lui-même ou par une autre vision ou science des créatures en elles-mêmes. De cette manière notre Reine entendait tout ce qu'Elle devait opérer de la Volonté divine en chacune des ses oeuvres, et Elle n'usait point de la vue pour savoir et apprendre rien, quoiqu'Elle regardât d'une simple vue par où Elle marchait et avec qui Elle s'entretenait.
 
7, 8, 127. Elle usait un peu plus du sens de l'ouïe, parce que cela était nécessaire pour écouter les Apôtres et les fidèles, et tout ce qu'ils lui racontaient de l'état des âmes, de l'Église, de leurs nécessités et de leurs consolations: à quoi il était nécessaire de répondre pour leur donner sa doctrine et ses conseils. Mais Elle gouvernait ce sens de l'ouïe avec un tel empire, qu'Elle n'en recevait point d'espèces de son ni de voix qui dissonât tant soit peu de la sainteté et de la perfection très sublimes de sa dignité, ou qui ne fût point nécessaire pour l'usage de la charité envers le prochain. Elle n'usait point de l'odorat pour percevoir aucune odeur terrestre, ni des objets ordinaires de ces sens; mais Elle en sentait une autre plus céleste par l'intervention des Anges, qui la lui fournissaient avec de grands motifs de louer le Créateur. Elle eut aussi un grand changement dans le sens du goût; parce qu'après qu'Elle eut été dans le Ciel Elle connut qu'Elle pouvait vivre sans aliment, quoiqu'il ne lui eût point été commandé de n'en point prendre, laissant cela à sa volonté; et ainsi Elle mangeait très rarement et très peu, et c'était lorsque saint Pierre ou saint Jean l'en priaient, ou afin de ne point causer d'admiration en ne la voyant point manger; de sorte qu'Elle ne le faisait que par obéissance ou par humilité; et alors Elle ne percevait point le goût ou la saveur commune des aliments, et Elle ne les distinguait pas plus par ce sens que si un corps apparent ou glorieux eût mangé [j]. Le toucher était aussi de cette manière; parce qu'Elle distinguait très peu ce qu'Elle touchait et Elle n'avait point en cela de délectation sensible; mais Elle sentait le toucher des Espèces sacramentelles avec une suavité et une jubilation admirables, et d'ordinaire Elle y était attentive.

7, 8, 128. Toutes ces faveurs dans l'usage des sens lui furent accordées à sa prière; parce qu'Elle avait consacré de nouveau tous ses sens et toutes se puissances à la plus grande gloire du Très-Haut et à opérer avec toute plénitude de vertu, de sainteté et de perfection très éminentes. Et quoique pendant toute sa Vie, depuis sa Conception Immaculée, Elle eût satisfait à la dette (Matt. 25: 20) de servante fidèle et de prudente Dispensatrice de la plénitude de Sa grâce et de Ses Dons, comme il a été dit dans tout le cours de cette Histoire; néanmoins après qu'Elle fut montée au Ciel avec son Fils, Elle fut améliorée en tout et la Tout-Puissance divine lui accorda une manière nouvelle d'opérer, et bien que cette manière fût celle d'une Voyageuse, parce qu'Elle ne jouissait pas encore de la Vision Béatifique comme les compréhenseurs, néanmoins ses opérations dans les sens avaient une participation et une similitude avec celle des Saints glorifiés dans le corps et dans l'âme, plus grande qu'avec celles des autres voyageurs. On ne peut expliquer par un autre exemple l'état si heureux, si singulier et si Divin avec lequel notre Auguste Reine la Dame du Ciel demeura, lorsqu'Elle revint gouverner la Sainte Église.

7, 8, 129. La sagesse et la science intérieures correspondaient à cette manière d'opérer avec les puissances sensitives; parce qu'Elle connaissait la Volonté et les Décrets du Très-Haut et tout ce qu'Elle devait et voulait opérer, en quel temps, de quelle manière, avec quel ordre et quelle opportunité chaque oeuvre devait être faite, avec quelles paroles et quelles circonstances, de sorte que les Anges mêmes qui nous assistent sans perdre de vue le Seigneur ne la surpassaient point en cela. Au contraire, leur Reine opérait les vertus avec une si haute sagesse qu'Elle leur était un sujet d'admiration; parce qu'ils connaissaient qu'aucune autre pure Créature ne pouvait la surpasser ni arriver à ce comble de sainteté et de perfection avec lesquelles cette divine Dame opérait. L'une des choses qui fut pour Elle d'une joie souveraine était l'adoration et la révérence que les sublimes esprits rendaient à son Fils Sacramenté dans son Coeur. Les Saints dans le Ciel avaient fait la même chose lorsqu'Elle était montée en compagnie de son Très Saint Fils, Le portant conjointement renfermé dans son Coeur sous les Espèces sacramentelles, car cette vue avait été un nouveau sujet de joie et d'allégresse. Et celle que la grande Dame recevait par la révérence que les Anges donnaient au très-haut Sacrement dans son Coeur résultait de la même science qu'Elle avait pour connaître la grossièreté et la bassesse des mortels à vénérer le Corps sacré et consacré du Seigneur. En compensation de ce manquement qu'ils devaient tous commettre, Elle offrait à Sa Majesté le culte et la révérence que Lui donnaient les Princes célestes qui connaissent plus dignement ce Mystère et qui Le vénéraient sans erreur ni négligence.

7, 8, 130. Le Corps de son Très Saint Fils glorieux lui était manifesté quelquefois au dedans d'Elle-même; d'autres fois avec la beauté naturelle de Son Humanité très Sainte; d'autres fois et presque continuellement Elle connaissait tous les miracles que le très Auguste Sacrement de l'Eucharistie contient. La Très Sainte Marie jouissait de toutes ces merveilles et de plusieurs autres que nous ne pouvons comprendre en cette vie corruptible; parfois ces merveilles lui étaient manifestées en elles-mêmes, et d'autres fois dans la vision abstractive de la Divinité; et comme les Espèces de la Divinité lui étaient données, de même il lui en était aussi donné de toutes les choses qu'Elle devait opérer pour Elle-même ou pour l'Église. Et ce qui était le plus estimable pour Elle fut de connaître la joie et la complaisance de son Très Saint Fils d'assister Sacramenté dans son Coeur très candide, et cette complaisance était sans doute plus grande, selon ce qui m'a été donné à connaître, que d'être en compagnie des Saints. Oeuvre de la Puissance infinie tout à fait singulière, unique et prodigieuse!
Toi seule Tu fus pour Ton Créateur un Ciel plus agréable que le suprême Ciel inanimé qu'Il avait créé pour Son Habitation (Ps. 113: 16). Celui qui ne peut être contenu dans ces espaces sans mesure (3 Rois 8: 27), Se mesura et Se renferma en Toi seule, et Il trouva un siège et un trône convenable non seulement dans Ton sein Virginal, mais dans l'espace immense de Ta capacité et de Ton amour. Toi seule tu ne fus jamais sans être un Ciel et Dieu ne fut pas sans Toi depuis qu'Il T'a donné l'être et Il reposera en Toi avec la plénitude de Ses complaisances pendant tous les siècles de Son interminable éternité. Que toutes les nations Te connaissent, que toutes les générations Te bénissent (Luc 1: 48) que toutes les créatures te magnifient, et qu'en Toi elles connaissent et louent leur Dieu et leur Rédempteur véritable qui par Toi seule nous a visités (Luc 1: 68) et relevés de notre chute malheureuse.

7, 8, 131. Qui parmi les hommes, ou même parmi les Anges, peu décrire cette conflagration d'amour qui brûle dans le Coeur le plus pure de cette grande Reine si pleine de Sagesse? Qui peu comprendre l'élan de la rivière de la Divinité, qui inondât et absorbât cette Cité de Dieu (Ps. 45: 5)? Quelles aspirations et quelles actes de vertus n'a-t-Elle pas entreprise tout en exerçant les Dons incommensurable de grâce qui lui ont été données. Quelles prières et pétitions n'a-t-Elle pas répandue pour la Saint Église! Quelle ravissement d'amour pour nous ne l'ont-t-Elle pas envahie! Quelles Dons n'a-t-Elle pas mérité et obtenue pour nous! Seul l'Auteur de ce merveilleux Prodige peut les connaître. Mais de notre côté, en union avec cette douce Mère, relevons notre espoir, réanimons notre Foi et excitons notre amour; sollicitons son entretien et son assistance, car Celui qui est son Fils et notre Frère, ne refusera rien a Celle qu'Il a choisie pour Son Amour, comme j'ai dit et dirait encore plus loin.

DOCTRINE QUE ME DONNA LA GRANDE REINE DES ANGES,
LA TRÈS SAINTE MARIE.

7, 8, 132. Ma fille, par tout ce que je t'ai manifesté jusqu'à présent de ma Vie et de mes oeuvres, tu es bien informée qu'il n'y a point d'autre miroir ni d'autre original en aucune autre créature hors de moi, où tu puisses copier la plus grande sainteté et la plus grande perfection que tu désires. Mais à présent tu es arrivée à déclarer le suprême état de vertu que j'eus dans la vie mortelle. Par ce bienfait je te laisse plus obligée à renouveler tes désirs et à mettre toute l'attention de tes puissances en la parfaite imitation de ce que je t'enseigne. Désormais il est temps, ma très chère, et il est raisonnable que tu te livres toute à ma volonté et à ce que je veux de toi. Et afin que tu t'animes davantage à obtenir ce bien, je veux t'avertir que lorsque mon Très Saint Fils Sacramenté entre en ceux qui Le reçoivent avec ferveur et vénération, s'étant préparés de toutes leurs forces pour Le recevoir avec pureté de coeur et sans tiédeur, quoique les Espèces sacramentelles se consomment dans ces âmes, Sa Majesté demeure par un autre mode spécial [k] de Sa grâce, par laquelle Il les assiste, les enrichit et les gouverne, en retour de la bonne hospitalité qu'elles Lui firent. Il y a peu d'âmes qui obtiennent cette faveur, parce qu'il y en a beaucoup qui l'ignorent et qui s'approchent du Très-Haut sans cette disposition, comme par hasard, par coutume, et sans se préparer par la vénération et la sainte crainte qu'elles doivent. Mais toi, étant avertie de ce secret, je veux que tous les jours, puisque tu le reçois tous les jours par obéissance à tes supérieurs, tu t'approches dignement préparée, afin que ce grand Bienfait ne te soit pas refusé.

7, 8, 133. Pour cela tu dois te servir de l'attention et du souvenir de ce que je faisais comme tu l'as connu; par là tu dois régler tes désirs, ta ferveur, ta dévotion, ton amour et toutes les actions avec lesquelles tu dois préparer ton coeur comme temple et demeure de ton Époux et ton souverain Roi. Travaille donc à recueillir toutes tes forces dans ton intérieur et avant de Le recevoir et après L'avoir reçu sois attentive à la fidélité d'épouse que tu dois Lui garder; et en particulier tu dois poser des cadenas à tes yeux et des serrures (Ps. 140: 3) de
circonstance à tous tes sens, afin que dans le temple du Seigneur il n'entre aucune image profane ni étrangère. Conserve-toi toute pure et nette de coeur; parce que la plénitude de la Sagesse (Sag. 1: 4) et de la Lumière divine ne peut entrer dans celui qui est impur. Et tu connaîtras tout cela à la vue de celle que Dieu t'a donnée si tu y prends garde avec toute la droiture de ton intention. Et supposé que tu ne peux éviter tout à fait l'entretien avec les créatures, il convient que tu aies un grand empire sur tes sens et que par eux tu ne reçoives pas les espèces d'aucune chose sensible qui ne puisse t'aider pour opérer le plus saint et le plus pur des vertus. Sépare ce qui est précieux de ce qui est vil (Jér. 15: 19) et la vérité de l'erreur. Et afin que tu m'imites en cela avec perfection, je veux que tu considère dès maintenant ce que tu dois faire en toutes choses grandes ou petites, afin que tu n'erres point, pervertissant l'ordre de la raison et de la Lumière divine.

7, 8, 134. Considère donc avec attention l'erreur commune des mortels et les dommages lamentables dont ils souffrent; parce qu'ils ne se meuvent d'ordinaire dans les déterminations de la volonté que par la force de ce qu'ils perçoivent des objets par le moyen des sens, et ils choisissent aussitôt ce qu'ils ont à faire sans autre consultation ni attention. Et comme le sensible meut ensuite les passions et les inclinations animales, il est inévitable que les opérations ne se fassent point avec un sain jugement de la raison, mais avec l'impétuosité des passions, excitées par les sens et par leurs objets. Pour cela celui qui considère l'injure par la douleur qu'elle cause s'incline aussitôt à la vengeance. Et celui qui ne suit que l'appétit du bien d'autrui qu'il regarde se détermine à l'injustice. C'est de cette manière qu'opèrent tant et tant de malheureux qui suivent la concupiscence des yeux, les effets de la chair et l'orgueil de la vie (1 Jean 2: 16), et c'est ce que le monde et le démon offrent parce qu'ils n'ont pas d'autre chose à leur donner. Avec cette erreur inconsidérée, ils suivent les ténèbres pour la lumière, l'amer pour le doux, le venin mortel pour le remède de leurs passions et l'ignorance aveugle pour la sagesse; cette ignorance étant comme elle est diabolique et terrestre. Toi, ma fille, garde-toi de cette erreur pernicieuse et ne te détermine jamais et ne te gouverne en aucune chose par le sensible et par les sens, ni pour les avantages qui te sont représentés par eux. Examine d'abord tes actions avec la Science et la Lumière intérieure que Dieu t'a communiquées, afin de ne point agir à l'aveugle, et Il te la donnera toujours pour cela. Ensuite cherche le conseil de ton supérieur et de ton directeur, si tu peux l'avoir avant de choisir ce que tu auras à faire. Et si ton prélat et ton supérieur te manquent, demande conseil
à un autre inférieur, car c'est encore plus sûr que d'agir par ta propre volonté que les passions peuvent troubler et obscurcir. Tu dois garder cet ordre dans tes oeuvres, spécialement les extérieures, procédant en cela avec réserve, avec secret et conformément à ce que demanderont la Charité envers le prochain et les occasions qui se présenteront; en quoi il est nécessaire de ne point perdre le nord de la lumière intérieure dans la navigation et le golfe profond de l'entretien avec les créatures, où il y a toujours danger de périr.

NOTES EXPLICATIVES
Extraites de celles de Don Creseto, à l'usage des prêtres.

7, 8, [a]. Tellement que l'enfantement ne convenait pas à la Vierge si Elle n'enfantait pas un Dieu. C'est pourquoi le Créateur des hommes qui comme homme devait naître de l'homme, devait Se choisir entre toutes, ou plutôt Se créé une Mère telle qu'Il savait Lui convenir et telle qu'Elle pût Lui plaire et Lui être agréable. O Femme singulièrement vénérable et admirable au-dessus de toutes les femmes. [St. Bernard, Hom. II, supr. Missus.].
7, 8, [b]. Livre 7, No. 32.
7, 8, [c]. Livre 6, No. 1505. En effet par ces paroles: «Voici que Je suis avec vous jusqu'à la consommation des siècles», le Sauveur promit de rester avec les Apôtres et avec l'Église non seulement en tant que Dieu, mais aussi en tant qu'homme, comme l'observent les interprètes [Voir A. Lapide], et c'est pour cela qu'il institua la Sainte Eucharistie qui se conserva au milieu d'eux dans le sein de la Très Sainte Vierge, où il S'était complu d'habiter aussi avant de naître.
7, 8, [d]. Il n'y a pas de créature plus excellente que la Très Sainte Marie, dit saint Jean Chrysostôme. Donc Dieu l'aima plus que toutes les autres créatures.
7, 8, [e]. Si le Seigneur a pu et voulu entrer dans le Cénacle à portes closes, pourquoi n'aurait-Il pu et voulu entrer miraculeusement dans le Coeur de Sa Très Douce Mère, du sein de laquelle Il était déjà miraculeusement sorti à portes closes. De plus, s'Il a pu et voulu faire ouvrir le coeur de sainte Thérèse non allégoriquement, mais bien réellement par un Ange, comme cela fut vérifié après sa mort par l'autopsie et comme on le voit encore présentement [Bollandistes. Vie de Ste. Thérèse, c. 13]; pourquoi n'aurait-Il pu et voulu en faire autant avec le Coeur de Sa Mère, moyennant la Sainte Eucharistie qui est beaucoup plus qu'un Ange. C'est pourquoi le Père Séraphin, Passionniste, [La Vierge divine Maîtresse, Inst. CLIII] tient que le Coeur de Marie a été réellement ouvert, et que ce fait appartient au genre de "stigmatisation complète". Il y a la stigmatisation du coeur, il y a celle des mains et des pieds, et il y a celle de la tête. Saint François eut celle des mains, des pieds et du coeur; sainte Véronique eut celle de la tête, et ainsi d'autres Saintes. La Très Sainte Marie ne devait pas être moins privilégiée que les autres Saints?
7, 8, [f]. Livre 3, No. 137.
7, 8, [g]. La Vénérable parle ici de la chaleur du coeur et non du reste du corps. En général dans le reste du corps, selon les physiciens, la chaleur serait plus grande dans les oiseaux que dans l'homme, mais non quant au coeur, selon saint Thomas, [I P., q. 91].
7, 8, [h]. Livre 6, No. 1297.
7, 8, [i]. Livre 7, No. 32.
7, 8, [j]. La Vénérable ne dit point que les corps glorieux ne peuvent percevoir les odeurs; parce que le contraire est démontré dans la vie de sainte Catherine de Gênes, Vie écrite par son confesseur, [c. 44]; mais elle dit seulement
que la Très Sainte Marie ne distinguait point les odeurs ni les saveurs communes et terrestres, si ce n'est comme les eût perçues un corps glorieux; laissant intacte la question si ces mêmes corps glorieux perçoivent ou non les odeurs ou les saveurs spirituelles et célestes, comme il est croyable et comme il appert de la vie de différentes Saintes, entre lesquelles sainte Perpétue et sainte Félicité, martyres. L'on sait aussi que les corps ne doivent point être détruits mais spiritualisés, de manière que la jouissance en soit alors immensément plus grande. Et en vérité la vue ne sera point détruite, pourquoi les quatre sens le seraient-ils?
7, 8, [k]. C'est l'union que les théologiens avec Corn. A. Lapide, [in Joan., VI, 57 in fine], appellent "union personnelle", bien distincte de l'union sacramentelle, de celle qui est purement spirituelle, et de celle qui se fait par la grâce. Schram l'explique, [Inst. Théol. Myst., tom. 1, p. 1, c. 3, #152]. Reguera, [Prax. Theol. Mys.], Lessius [Liv. 12, de perfect. div., c. 15] et autres en parlent aussi.
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Marie d'Agreda "La Cité Mystique de Dieu" livre version numérisée - Page 7 Empty Re: Marie d'Agreda "La Cité Mystique de Dieu" livre version numérisée

Message par sga le Dim 29 Mar 2020 - 10:18

CHAPITRE 9


La Très Sainte Marie connut que Lucifer se levait pour persécuter l'Église; et ce qu'Elle fit contre cet ennemi, protégeant et défendant les fidèles.


7, 9, 135. La grande Dame du monde était dans le suprême degré de la grâce et de la sainteté possibles à une pure Créature et Elle regardait des yeux de sa science divine le petit troupeau de l'Église qui allait chaque jour en se multipliant. Et de la haute montagne où la droite de son Fils tout-puissant l'avait placée, Elle veillait comme Mère et Bergère très vigilante et Elle reconnaissait s'il survenait pour les tendres brebis de son bercail quelques dangers ou quelques embûches de la part des loups carnassiers de l'enfer dont la haine contre les nouveaux enfants de l'Évangile lui était manifeste. Et cette vigilance de la Mère de la Lumière servait de garnison et de fortification à cette famille sainte que la pieuse Reine avait reconnue comme sienne, et qu'Elle estimait comme l'héritage et la part de son Très Saint Fils, choisie et élue par le Très-Haut entre tout le reste des mortels. La nacelle de la nouvelle Église chemina pendant quelques jours d'une façon prospère, gouvernée par la divine Maîtresse; tant par les conseils qu'Elle lui donnait, la Doctrine et les avertissements dont Elle l'enseignait et les oraisons et les prières qu'Elle offrait incessamment pour le troupeau de Jésus-Christ, sans perdre un seule moment ni une seule occasion d'être attentive à tout ce qui lui était nécessaire et pour la consolation des Apôtres et des autres fidèles.

7, 9, 136. Peu de jours après la venue de l'Esprit-Saint, répétant ses demandes, Elle dit au Seigneur: «Mon Fils, vrai Dieu d'Amour et mon Seigneur, je connais que le petit troupeau de votre Sainte Église, dont Vous m'avez faite Mère et Protectrice, ne vaut pas moins que le prix infini de Votre Vie et de Votre Sang, avec quoi vous l'avez racheté de la puissance des ténèbres, il sera juste que je Vous offre aussi ma vie et tout ce que je suis pour la conservation et l'augmentation de ce pourquoi Vous avez tant d'estime dans Votre Volonté sainte. Que je meure, mon Dieu, s'il est nécessaire, pour que Votre Nom soit exalté, et Votre gloire répandue par tout le monde. Recevez, mon Fils, le sacrifice de mes lèvres et de ma volonté que je Vous offre avec Vos propres mérites. Regardez Vos fidèles avec pitié, dirigez ceux qui n'espèrent qu'en Vous et qui se livrent à Votre sainte Foi. Gouvernez Pierre Votre Vicaire, afin qu'il gouverne sûrement les brebis que Vous lui avez recommandées. Gardez tous les Apôtres, Vos ministres et mes seigneurs; prévenez-les de la bénédiction de Votre douceur (Ps. 20: 4), afin que nous écoutions tous Votre Volonté sainte et parfaite.»
7, 9, 137. Le Très-Haut répondit à ces pétitions de notre Reine et lui dit: «Mon Épouse et mon Amie, choisie entre les créatures pour la plénitude de Mes complaisances, Je suis attentif à Tes désirs et à Tes demandes. Mais Tu sais déjà que l'Église doit suivre Mes pas et Ma Doctrine, en M'imitant par le Chemin de la Souffrance et de Ma Croix que doivent embrasser Mes Apôtres, mes disciples, mes amis intimes et tous ceux qui Me suivront; puisqu'ils ne peuvent l'être sans cette condition de travailler et de souffrir (Matt. 10: 38). Il est nécessaire aussi que la barque de Mon Église porte le lest des persécutions, avec lesquelles elle aille assurée entre les prospérités du monde et ses dangers. Ainsi le requiert Ma Providence très sublime des fidèles et des prédestinés. Considère donc et contemple l'ordre avec lequel cela doit être disposé.»

7, 9, 138. Aussitôt une vision fut manifestée à la grande Dame et Elle vit Lucifer avec une grande multitude de démons qui le suivaient, et ils s'élevaient des cavernes infernales, où ils avaient été opprimés depuis qu'ils avaient été vaincus et précipités du mont Calvaire, comme il a été dit en son lieu [a]. Elle vit que ce dragon avec sept têtes montait comme par la mer, les autres le suivant, et bien que quant à ses forces il sortait très débilité, de la manière que le convalescent qui, après une longue maladie, ne peut presque point se tenir; néanmoins dans l'orgueil et le courroux il sortait avec une indignation et une arrogance implacables, mais dans cette occasion elles paraissaient plus grands que sa force comme l'avait dit Isaïe (Is. 16: 6), parce que d'un côté elles manifestaient l'ébranlement que la victoire de notre Sauveur lui avait causé et le triomphe de la Croix qu'Il avait remporté sur lui; et pour cela il découvrait un volcan d'indignation et de fureur qui brûlait dans son sein contre la Sainte Église et ses enfants. Étant sorti sur la terre il la parcourut et la reconnut toute entière; et ensuite il se dirigea vers Jérusalem pour y exécuter son indignation furieuse sur les brebis de Jésus-Christ. Il commença à les considérer de loin, les guettant, et rôdant autour de ce troupeau humble mais formidable pour sa malice arrogante.

7, 9, 139. Lorsque le dragon connut le grand nombre qui s'était soumis à la Sainte Foi et qu'il y en avait journellement qui recevaient le saint Baptême et que les Apôtres prêchaient et opéraient tant de merveilles au bénéfice des âmes, que les convertis renonçaient aux richesses et les abhorraient, et tous les principes de la sainteté invincible avec laquelle ils fondaient la nouvelle Église, la fureur qu'il avait s'accrut encore par cette nouveauté et il jetait des hurlements formidables, se reconcentrant dans sa propre malice. Et comme il s'enrageait contre lui-même pour le peu qu'il pouvait contre Dieu et pour boire les eaux pures du Jourdain (Job 40: 18) qu'il désirait; il prétendait s'approcher de la congrégation des fidèles, et il ne le pouvait point, parce qu'ils étaient TOUS UNIS EN UNE PARFAITE CHARITÉ. Cette vertu comme celles de la Foi, de l'Espérance et de l'humilité était une forteresse invincible pour le dragon et ses ministres d'iniquité. Il rôdait et épiait pour reconnaître si quelque brebis du troupeau de Jésus-Christ se négligeait pour l'investir et la dévorer. Il cherchait plusieurs voies et plusieurs stratagèmes pour les tenter et en attirer quelqu'un à lui donner la main et l'entrée, par où il pût ouvrir une brèche dans la force des vertus qu'il apercevait en tous;
mais il trouvait le tout préparé et défendu par la vigilance des Apôtres et la force de la grâce, et beaucoup plus par la protection de la Très Sainte Marie.

7, 9, 140. Lorsque l'Auguste Mère connut tout cela et qu'Elle vit Lucifer avec une si grande armée de démons, et l'indignation pleine de malice avec laquelle il s'élevait contre l'Église et l'Évangile, son Coeur très compatissant fut transpercé d'une flèche de douleur et de compassion, comme Celle qui connaissait d'un côté la faiblesse et l'ignorance des hommes, et de l'autre l'astuce et la fureur malicieuses de l'ancien serpent. Et pour retenir et refréner son orgueil la Très Sainte Marie se tourna contre lui et lui dit: «Qui est comme Dieu qui habite dans les hauteurs (Ps. 112: 5)? O ennemi stupide et vaniteux du Tout-Puissant! Que Celui-là même qui t'a vaincu sur la Croix et qui a écrasé ton arrogance en rachetant le genre humain de ta cruelle tyrannie te commande maintenant, que Sa Puissance t'anéantisse et que Sa Sagesse te confonde et te précipite au profond de l'enfer. Et moi je le fais en Son Nom, afin que tu ne puisses empêcher l'exaltation et la gloire que tous les hommes Lui doivent comme à leur Dieu et leur Rédempteur.» Ensuite la pieuse Mère continua ses demandes et s'adressant au Seigneur, Elle dit: «O mon Père et mon Dieu très haut, si la puissance de Votre Bras ne retient et n'écrase la fureur que je vois dans le dragon infernal et dans ses démons, sans doute il détruira et perdra tout le globe de la terre dans ses habitants. Vous êtes un Dieu de Clémence et de Miséricorde pour Vos créatures, ne permettez pas, Seigneur, que ce serpent venimeux répande son poison sur les âmes rachetées (Apoc. 7: 14) et lavées du Sang de l'Agneau, Votre Fils vrai Dieu. Est-il possible qu'elles puissent se livrer elles-mêmes à une bête, un ennemi si cruel? Comment mon Coeur se reposera-t-il si je vois quelqu'une des âmes à qui appartient le prix de Son Sang? Oh! si la colère de ce dragon se tournait seulement contre moi et si Vos rachetés étaient sauvés! Mon Seigneur éternel, je combattrai Vos combats contre Vos ennemis. Revêtez-moi de Votre force pour que je les humilie et que j'écrase leur orgueil altier.»

7, 9, 141. En vertu de cette oraison et de cette résistance de la puissante Reine, Lucifer s'intimida grandement et il n'osa point alors approcher d'aucun du saint Collège des Fidèles. Mais sa fureur ne reposa point pour cela; au contraire il prit pour arbitre de se servir des Scribes et des Pharisiens et de tous les Juifs qu'il reconnut constants dans leur obstination et leur perfidie. Il alla à eux par le moyen de plusieurs suggestions et il les remplit de haine et d'envie contre les Apôtres et les fidèles de l'Église. Et il obtint par le moyen des incrédules la persécution qu'il ne put intenter par lui-même. Il leur mit dans l'imagination qu'il leur résultait de la prédication des Apôtres le même dommage et un plus grand que celle de leur Maître Jésus de Nazareth, dont ils voulaient introduire le Nom et Le célébrer devant ceux qui L'avaient crucifié comme malfaiteur: parce que cela redondait à leur grand déshonneur, et que les disciples, étant si nombreux et faisant tant de miracles parmi le peuple, attireraient tout après eux; et que les sages et les docteurs de la Loi seraient méprisés et qu'ils ne recueilleraient point les gains qu'ils avaient coutume, parce que les nouveaux disciples et les croyants donnaient tout aux nouveaux prédicateurs qu'ils suivaient; et que cette perte commençait déjà à se faire sentir vivement pour les anciens maîtres, à cause du grand nombre qui suivaient déjà les Apôtres.

7, 9, 142. Ces conseils d'iniquité étaient très accommodés à la cupidité aveugle et à l'ambition des Juifs, et ainsi ils les reçurent comme très sains et très conformes à leurs désirs. Il résulta de là que les Pharisiens, les magistrats et les prêtres firent tant d'assemblées et de rassemblements contre les Apôtres, comme saint Luc (Act. 4: 5-6) le rapporte dans leurs Actes. La première fut quand saint Pierre et saint Jean à la porte du Temple, donnèrent la santé à un paralytique de naissance qui avait quarante ans d'âge et il était connu par tout Jérusalem. Et comme ce miracle fut si patent et si admirable, la cité se rassembla en grand nombre étant tous stupéfaits et comme hors d'eux-mêmes. Saint Pierre leur fit un grand sermon, prouvant que l'on ne pouvait être sauvé par aucun autre Nom que par celui de Jésus, en vertu duquel saint Jean et lui avaient guéri cet homme paralytique depuis tant d'années. A cause de ce miracle les prêtres s'assemblèrent le jour suivant et ils appelèrent les deux Apôtres afin qu'ils comparussent en jugement devant les prêtres. Mais comme le miracle était si notoire et que le peuple en glorifiait Dieu, les iniques juges se trouvèrent si confus qu'ils n'osèrent point châtier les deux Apôtres, quoiqu'ils leur commandassent de ne point prêcher et de ne point enseigner au peuple au Nom de Jésus de Nazareth. Mais saint Pierre leur répliqua avec un courage invincible qu'ils ne pouvaient leur obéir en ce commandement, parce que Dieu commandait le contraire et qu'il n'était pas juste de désobéir à Dieu pour obéir aux hommes. Avec cette menace ils laissèrent les deux Apôtres libres pour lors; et ceux-ci vinrent aussitôt rendre compte à la Très Sainte Marie de ce qui leur était arrivé, quoiqu'Elle sût tout, parce qu'Elle l'avait
connu en vision. Ils se mirent ensuite en une oraison très sublime et pendant qu'ils priaient, l'Esprit-Saint survint de nouveau sur eux tous avec des signes visibles.

7, 9, 143. Peu de jours après arriva le châtiment miraculeux d'Ananie et de sa femme Saphire, qui tentés de cupidité, prétendirent tromper saint Pierre, mentant à l'Apôtre en lui apportant la moitié du prix dont ils avaient vendu un héritage et cachant l'autre partie. Peu auparavant, Barnabé, lévite et naturel de Chypre qui s'appelait aussi Joseph, avait vendu un autre héritage et en avait apporté tout le prix aux Apôtres. Et afin que l'on connût qu'ils devaient tous agir avec cette vérité, Ananie et Saphire furent châtiés, restant morts l'un après l'autre aux pieds de saint Pierre. A ce miracle si épouvantable ils furent tous saisis de crainte à Jérusalem, et les Apôtres prêchaient avec une plus grande liberté. Mais les magistrats et les Sadducéens s'indignèrent contre eux et ils les prirent et les menèrent à la prison publique, où ils furent peu de temps, parce que la grande Reine les en délivra, comme je le dirai plus loin.

7, 9, 144. Je ne veux point laisser sous silence le secret qui intervint dans la chute d'Ananie et de Saphire, sa femme. Il arriva que lorsque la grande Dame du Ciel connut que Lucifer et ses démons provoquaient les prêtres et les magistrats à empêcher la prédication des Apôtres et que par ses suggestions ils avaient appelé saint Pierre et saint Jean en jugement après le miracle du paralytique, et ils leur commandèrent de ne point prêcher au Nom de Jésus; la pieuse Mère considérant l'empêchement qui en résultait pour la conversion des âmes si cette malice n'était arrêtée, se tourna de nouveau contre le dragon, comme Elle l'avait promis au Seigneur, et prenant la cause comme sienne avec une plus grande valeur que Judith celle d'Israël, Elle s'adressa à ce cruel tyran et lui dit: «Ennemi du Très-Haut, comment oses-tu et peux-tu t'élever contre ses créatures lorsqu'en vertu de la Passion et de la Mort de mon Fils vrai Dieu tu es resté vaincu, opprimé et dépouillé de ton empire tyrannique? Que peux-tu, ô basilic venimeux, attaché et emprisonné dans les peines infernales pour toute l'éternité du Très-Haut? Ne sais-tu pas que tu es assujetti à Sa Puissance infinie et que tu ne peux résister à Sa Volonté invincible, Il te commande donc, et moi en Son Nom et en Sa Puissance, je te commande de descendre immédiatement avec les tiens dans l'abîme, d'où tu es sorti, pour persécuter les enfants de l'Église.»

7, 9, 145. Le dragon infernal ne put résister à ce commandement de la puissante Reine, parce que son Très Saint Fils permit pour une plus grande terreur des démons, qu'ils Le connussent tous Sacramenté dans le Coeur de Son invincible Mère, comme sur le trône de Sa Majesté et de Sa Toute-Puissance. La même chose arriva en d'autres occasions où la Très Sainte Mère confondait Lucifer, de ce dont je parlerai plus loin [b]. En cette circonstance que je dis, il se précipita dans les abîmes avec toutes ses légions qui l'accompagnaient et alors ils tombèrent tous ruinés et opprimés par la Vertu divine qu'ils sentaient dans cette Femme singulière. Les démons demeurèrent quelque temps atterrés dans l'abîme et jetant des hurlements épouvantables, s'enrageant contre eux-mêmes pour leur malheureux sort dans lequel ils ne pouvaient cesser d'être, et parce qu'ils désespéraient de vaincre la puissante Reine et tous ceux qu'Elle prenait sous sa protection. Dans ce désespoir furieux, Lucifer parla à ses démons, et conférant avec eux, il leur dit: «Quelle est cette infortune en laquelle je me vois! Dites-moi que ferai-je contre cette Ennemie qui m'abat et me tourmente de la sorte? Seule Elle me fait une plus grande guerre que toutes les autres créatures ensemble. Cesserai-je de la persécuter, afin qu'Elle n'achève point de me détruire? Je sors toujours vaincu dans ses combats, et Elle, victorieuse. Je reconnais que mes forces diminuent toujours, et peu à peu Elle achèvera de les anéantir et je ne pourrai rien faire contre les disciples de son Fils. Mais, comment souffrirai-je un dommage si injuste? Où est mon pouvoir altier? Devrai-je m'assujettir à une Femme de condition et de nature si inférieures et si viles, en ma comparaison? Mais je n'ose pas maintenant combattre avec Elle. Tâchons de renverser quelqu'un de ses enfants qui suit sa Doctrine et avec cela ma confusion sera soulagé et je serai satisfait.»

7, 9, 146. Le Seigneur permit que le dragon et les siens revinssent tenter les fidèles et les exercer. Et arrivant à connaître l'état qu'ils avaient et la grandeur de leurs vertus avec lesquelles ils étaient fortifiés, ils ne trouvaient point d'entrée et ils ne pouvaient en réduire aucun aux insanies et aux fausses illusions qu'ils leur offraient. Mais reconnaissant les naturels et les inclinations de tous, par où, ô douleur! ils nous font toujours une guerre cruelle, ils trouvèrent qu'Ananie et Saphire sa femme étaient inclinés à l'argent, et ils l'avaient toujours cherché avec avarice. Le démon leur fit la blessure par ce côté où il les connut plus faibles, et il leur lança à l'imagination de se réserver quelque partie du prix d'un héritage qu'ils avaient vendu pour le donner aux Apôtres dont ils avaient reçu le Foi et le
Baptême. Ils se laissèrent vaincre par cette ville tromperie, parce qu'elle était conforme à leur basse inclination, prétendant tromper saint Pierre. Le saint Apôtre eut révélation de leur péché et il les châtia par la mort subite qu'ils eurent à ses pieds, d'abord Ananie, et ensuite Saphire qui sans savoir ce qui était arrivé à son mari, vint peu de temps après mentant comme lui, elle expira aussi en présence des Apôtres.

7, 9, 147. Dès la première intention de Lucifer, notre Reine avait eu connaissance de ce qui se tramait, et comment Ananie et Saphire acceptaient ses damnées suggestions. La pieuse Mère remplie de compassion et de douleur se prosterna en la divine Présence et avec une clameur intime Elle dit: «Hélas! mon Seigneur et mon Fils, comment ce dragon sanguinaire a-t-il pris ces simples brebis de Votre troupeau? Comment, mon Dieu, mon Coeur souffrira-t-il de voir la contagion de l'avarice et du mensonge dans les âmes qui ont coûté Votre Sang et Votre Vie? Si ce très cruel ennemi s'empare d'elles sans punition, cette perte fera du progrès par l'exemple du péché et la faiblesse des hommes, et les uns suivront les autres dans la chute. Moi, mon Bien-Aimé, je perdrai la vie dans cette peine, parce que j'ai connu ce que pèse le péché dans Votre Justice, et plus celui des enfants que celui des étrangers. Remédiez donc à cette perte, ô mon Bien-Aimé, comme Vous me l'avez fait connaître.» Le Seigneur répondit: «Ma Mère et mon Élue, que Votre Coeur où Je vis ne s'afflige point, car Je tirerai de ce mal beaucoup de bien pour Mon Église et Ma Providence l'a permis pour cette fin. Par le châtiment que Je ferai de ces péchés, Je laisserai les autres fidèles avertis afin qu'ils craignent par l'exemple qui demeure dans l'Église, et qu'ils se gardent à l'avenir du mensonge et de la cupidité de l'argent; car le même châtiment ou Ma colère, plane sur tous ceux qui commettront la même faute; parce que Ma Justice est toujours la même contre les rebelles à Ma Volonté, comme Ma Sainte Loi l'enseigne.»

7, 9, 148. Avec cette réponse du Seigneur, la Très Sainte Marie se consola, quoiqu'Elle eût beaucoup de compassion du châtiment que la vengeance Divine prit de ces deux trompés, Ananie et Saphire. Pendant que tout cela arrivait, Elle fit de très sublimes oraisons pour les autres fidèles, afin qu'ils ne fussent point trompés par le démon, et Elle se tourna de nouveau contre lui, l'atterra et le précipita, afin qu'il n'irritât point les Juifs contre les Apôtres. Et en vertu de cette
force avec laquelle Elle retenait les ennemis infernaux, les enfants de la primitive Église jouissaient de beaucoup de paix et de tranquillité. Cette félicité et cette protection de notre Auguste Reine et Souveraine se serait toujours continuée, si les hommes ne l'avaient point méprisée en se livrant aux mêmes tromperies et à d'autres pires que celles d'Ananie et de Saphire. Oh! si les fidèles craignaient cet exemple et imitaient celui des Apôtres! Il arriva que de la prison où j'ai déjà dit qu'ils avaient été mis, ils invoquèrent la faveur Divine et celle de leur Reine et leur Mère véritable; et lorsque son Altesse connut par la Lumière divine qu'ils étaient en prison, Elle se prosterna devant la face de Dieu et Elle fit pour eux cette oraison:

7, 9, 149. «Mon très haut Seigneur, Créateur de l'Univers, je m'assujettis de tout mon Coeur à Votre Volonté divine et je reconnais, mon Dieu, qu'ainsi il convient, comme Votre Sagesse infinie le dispose et l'ordonne que les disciples suivent leur Maître qui est Vous-même, vraie Lumière et Guide de Vos élus; ainsi je le confesse, mon fils; parce que Vous êtes venu au monde en forme et en habit d'humilité, afin de lui donner du crédit et de détruire l'orgueil; afin d'enseigner le Chemin de la Croix par la patience dans les afflictions et les déshonneurs des hommes. Je connais aussi que Vos Apôtres et Vos disciples doivent suivre cette Doctrine et l'établir dans l'Église. Mais s'il est possible, ô Bien-Aimé de mon Âme, qu'ils aient pour maintenant la liberté et la vie afin de fonder Votre Sainte Église, de prêcher au monde Votre Nom suprème et de l'amener à la vraie Foi; je Vous supplie, mon Seigneur, de me donner permission de favoriser Pierre Votre Vicaire, Jean, mon fils et Votre bien-aimé, et tous ceux qui sont en prison par la ruse de Lucifer. Que cet ennemi ne se glorifie point de ce qu'il a triomphé maintenant contre Vos serviteurs et que sa tête ne s'élève point contre les autres enfants de l'Église. Mon Seigneur, écrasez son orgueil et qu'il soit confus en Votre Présence.»

7, 9, 150. Le Très-Haut répondit à cette prière: «Mon Épouse, que ce que Tu veux se fasse, car telle est Ma Volonté. Envoie Tes Anges afin qu'ils détruisent les oeuvres de Lucifer, car Ma force est avec Toi.» Avec cette approbation, la grande Reine dépêcha aussitôt l'un de ceux de sa garde qui était de hiérarchie très supérieure, afin qu'il allât à la prison où les Apôtres étaient renfermés, leur ôter les liens et les en tirer libres. Ce fut l'Ange que saint Luc mentionne dans le chapitre 5 des Actes des Apôtres (Act. 5: 19-20), qui de nuit délivra les Apôtres de la prison, comme la Très Sainte Marie le lui avait ordonné, bien que l'Évangéliste saint Luc ne déclara point le secret de ce miracle. Mais les Apôtres le virent plein de splendeur et de beauté, et il leur dit comment il était envoyé par leur Reine pour les délivrer de la prison comme il le fit, et il leur commanda d'aller prêcher, comme il arriva aussi. Après cet Ange, Elle en dépêcha d'autres vers les magistrats et les prêtres afin d'éloigner d'eux Lucifer et ses démons qui les troublaient et les irritaient contre les Apôtres, et de leur donner de saintes inspirations afin qu'ils n'osassent point les offenser ni les empêcher de prêcher. Ces Divins esprits obéirent aussi, et ils accomplirent si bien cette légation qu'il en résulta ce que saint Luc dit lui-même dans le chapitre mentionné du discours que ce vénérable docteur de la Loi, appelé Gamaliel, fit dans le consistoire. Parce que les autres juges se trouvaient dans la confusion touchant ce qu'ils feraient des Apôtres qu'ils avaient mis en prison et qui étaient déjà libres, prêchant dans le Temple, sans savoir par qui ni comment ils avaient été délivrés de la prison. Alors Gamaliel donna pour conseil aux prêtres de ne point s'embarrasser de ces hommes, mais de les laisser prêcher; parce que si c'était un oeuvre de Dieu, ils ne pourraient point l'empêcher, et si elle ne l'était pas, elle s'évanouirait aussitôt, comme il était arrivé en ces années à deux autres faux prophètes qui avaient inventé en Judée et en Palestine de nouvelles sectes: l'un s'appelait Théodas et l'autre Judas le Galiléen, et ils périrent tous deux avec ceux de leur suite.

7, 9, 151. Ce conseil de Gamaliel fut donné par l'inspiration des saints Anges de notre grande Reine et ce fut aussi par leur inspiration que les autres juges le reçurent, quoique ceux-ci commandèrent aux Apôtres de ne plus prêcher Jésus de Nazareth; parce que leur propre réputation et leur propre intérêt les mouvaient à cela. Mais ils renvoyèrent les Apôtres avec quelque châtiments qu'ils leur donnèrent, parce qu'ils les avaient déjà pris une autre fois, après qu'ils étaient sortis de la prison pour prêcher par ordre de l'Ange qui leur avait donné la liberté. Les Apôtres revenaient aussitôt rendre compte à la Très Sainte Marie de tous leurs exercices et leurs travaux comme à leur Maîtresse et leur Mère; et la Très Prudente Reine les recevait avec une affection maternelle et avec allégresse de les voir si constants dans les souffrances, et si zélés pour le salut des âmes. Elle leur disait: «Mes seigneurs, vous me paraissez maintenant des imitateurs et des disciples véritables de votre Maître, lorsque vous souffrez pour Son Nom des affronts et des contumélies et que vous L'aidez à porter la Croix d'un coeur joyeux; vous êtes maintenant de dignes ministres et coopérateurs, afin que le fruit de Son Sang s'obtienne dans les hommes, pour le salut desquels Il l'a répandu. Que Sa puissante Droite vous bénisse et vous communique Sa Vertu divine.» Elle leur disait cela à genoux et en leur baisant la main, et ensuite Elle les servait, comme je l'ai déjà dit [c].

DOCTRINE QUE ME DONNA LA GRANDE REINE DES ANGES,
LA TRÈS SAINTE MARIE.

7, 9, 152. Ma fille, tu as beaucoup d'avis importants pour ton salut et celui de tous les fidèles enfants de la Sainte Église en ce que tu as compris et écrit dans ce chapitre. En premier lieu on doit pondérer la sollicitude et le dévouement avec lesquels je prenais soin du salut éternel de tous les croyants, sans omettre ni oublier la moindre de leurs nécessités et le moindre de leurs dangers. Je leur enseignais la Vérité, je priais incessamment, je les animais dans les travaux, j'inclinais le Très-Haut à les assister, et outre tout cela je les défendais des démons, de leurs tromperies et de leurs rage furieuse. Tous ces bienfaits je les fais maintenant du Ciel; et si tous ne les expérimentent point ce n'est point que je ne les sollicite de mon côté, mais c'est parce que les fidèles qui m'invoquent de tout leur coeur et qui se disposent pour mériter et mettre à profit le fruit de mon amour maternel sont très rares. Je les défendrais tous du dragon s'ils m'invoquaient et s'ils craignaient les erreurs si pernicieuses dont il les enveloppe et les enlace pour leur damnation éternelle. Afin que les fidèles se réveillent de leur léthargie dans ce péril formidable je leur donne maintenant ce nouveau souvenir. Je t'assure, ma fille, que tous ceux que se damnent après la Mort de mon Très Saint Fils et les Faveurs et les Bienfaits qu'Il a accordés au monde par mon intercession, ont de plus grands tourments dans l'enfer que ceux qui se perdirent avant qu'Il fût venu au monde et que j'y fusse. Aussi, ceux qui dès maintenant entendront ces Mystères et les mépriseront pour leur perdition seront dignes de peines nouvelles et plus grandes.

7, 9, 153. Ils doivent de même considérer l'estime qu'ils doivent faire de leurs propres âmes, puisque j'ai tant fait et que je fais tant chaque jour pour elles, depuis que mon Très Saint Fils les a rachetées par Sa Passion et Sa Mort. Cet oubli dans les hommes est très répréhensible et digne d'un châtiment épouvantable. Quelle est leur raison et quel est leur jugement, qu'un homme qui a la Foi, travaille tant pour un plaisir momentané des sens, qui au plus long s'achève avec la vie et d'autres fois dans un temps très court? Et qu'il ne fasse pas plus de cas et d'appréciation de son âme qui est éternelle et qu'il l'oublie tant, comme si elle devait s'achever et se consumer avec les choses visibles? Ils ne songent point que lorsque tout périt l'âme commence alors a souffrir ou à jouir de ce qui sera éternel et sans fin. Mais toi, connaissant cette Vérité et la perversité des mortels, ne sois pas étonnée que le dragon infernal soit aujourd'hui si puissant contre les hommes; parce que là où il y a un combat continuel, celui qui sort victorieux recouvre les forces que perd celui qui est vaincu. Cela se vérifie surtout dans la lutte cruelle et continuelle avec les démons; car si les âmes le vainquent, elles demeurent fortes, et lui il demeure débilité; comme il arriva lorsque mon Fils le vainquit et moi ensuit. Mais si ce serpent se reconnaît victorieux contre les hommes, alors il élève sa tête superbe et il se prévaut de leur faiblesse, reprenant une nouvelle vigueur et un empire plus grand, comme il l'a aujourd'hui dans le monde, parce que les amateurs de sa vanité se sont assujettis à lui, la suivant sous sa bannière et ses fables trompeuse. Avec ce dommage, l'enfer a dilaté sa bouche et plus il en avale et en attire plus sa soif insatiable est grande, désirant ensevelir dans les cavernes infernales tout le reste des hommes.

7, 9, 154. Crains, ô ma très chère, crains ce danger comme tu le connais et vis dans une vigilance continuelle pour ne point ouvrir de porte dans ton coeur aux tromperies de cette très cruelle bête. Tu as un avertissement dans Ananie et Saphire, car parce qu'il avait reconnu en eux la cupidité de l'argent, le démon entra dans leurs âmes et il les assaillit par cette ouverture. Je ne veux point que tu désires aucune chose de la vie mortelle, et je veux que tu réprimes et que tu éteignes en toi de telle sorte toutes tes passions et les inclinations de la nature faible, que les esprits malins mêmes avec toute leur vigilance ne puissent découvrir et toi aucun mouvement désordonné d'orgueil, de cupidité, de vanité, de colère, ni d'aucune autre passion. Telle est la science des Saints, sans quoi nul ne vit assuré dans la chair mortelle; et par l'ignorance de cette science une multitude d'âmes périssent. Apprends-la avec diligence et enseigne-la à tes religieuses, afin que chacune soit une vigilante sentinelle d'elle-même. Avec cela, elles vivraient dans la paix et la Charité véritable et non feinte; et chacune et toutes ensemble, unies dans la quiétude et la tranquillité de l'Esprit divin, fortifiées par l'exercice de toutes les vertus, formeraient une forteresse inexpugnable pour les ennemis. Souviens-toi du châtiment d'Ananie et de Saphire et rappelle-le à la mémoire de tes religieuses; exhorte-les à être très fidèles observatrices de leur Règle et des Constitutions, car elles mériteront avec cela ma protection et mon patronage très spécial.

NOTES EXPLICATIVES
Extraites de celles de Don Creseto, à l'usage des prêtres.
7, 9, [a]. Livre 6, No. 1421.
7, 9, [b]. Livre 8, No. 490.
7, 9, [c]. Livre 7, No. 92.
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Message par sga le Ven 10 Avr 2020 - 15:05

CHAPITRE 10


Les faveurs que la Très Sainte Marie faisait aux Apôtres par le moyen de ses Anges; le salut qu'Elle obtint à une femme à l'heure de la mort et d'autres événements de quelques-uns qui se damnèrent.


7, 10, 155. Comme la nouvelle Loi de grâces se répandait à Jérusalem, le nombre des fidèles croisait chaque jour et la nouvelle Église de l'Évangile se développait (Act. 5: 14), de même croissait aussi la sollicitude et l'attention de leur grande Reine et Maîtresse, la Très Sainte Mère, pour les nouveaux enfants que les Apôtres engendraient (1 Cor. 4: 15) en Notre-Seigneur Jésus-Christ, par leur prédication. Et comme ils étaient les fondements de l'Église (Eph. 2: 19-20), sur lesquels, comme sur des pierres très fermes, devait se poser la solidité de cet admirable édifice; pour cela la Très Prudente Reine-Mère prenait soin du Collège des Apôtres avec une vigilance spéciale. Et Elle augmentait toute cette divine attention, connaissant l'indignation de Lucifer contre les disciples de Jésus-Christ, et surtout, contre les saints Apôtres, comme ministres du salut éternel des autres fidèles. Il ne sera jamais possible d'arriver à dire ou à connaître les offices, les faveurs et les bienfaits qu'Elle fit à tout le Corps de l'Église et à chacun de ses membres mystiques, en particulier aux Apôtres et aux disciples; parce que, selon ce qui m'a été donné à connaître, il ne se passa point de jour ni d'heure où Elle n'opérât à leur égard une ou plusieurs merveilles. Je dirai dans ce chapitre quelques événements qui sont de grands enseignements pour nous, à cause des secrets qu'ils contiennent de la Providence cachée du Très-Haut. On peut en inférer quels durent être la Charité très vigilante et le zèle des âmes dont la Très Sainte Marie usait envers elles.


7, 10, 156. Elle aimait et servait tous les Apôtres avec une affection et une vénération incroyables, tant à cause de leur sainteté extrême qu'à cause de leur dignité de prêtres et de leur ministère de fondateurs et de prédicateurs de l'Évangile. Tant qu'ils demeurèrent ensemble à Jérusalem, Elle les servait, les assistait, les conseillait et les gouvernait, comme je l'ai dit [a]. A cause de l'accroissement de l'Église, il fut aussitôt nécessaire qu'ils commençassent à sortir de Jérusalem pour baptiser et recevoir à la Foi les habitants de plusieurs lieux circonvoisins qui se convertissaient, quoiqu'ils revinssent aussitôt à la ville; parce qu'ils ne se séparèrent ni ne s'éloignèrent intentionnellement de Jérusalem que lorsqu'ils eurent l'ordre de le faire. On voit dans les Actes des Apôtres que saint
Pierre alla à Lydda (Act. 9: 38 et 40) et à Joppé où il ressuscita Tabithe puis il fit d'autres miracles et revint à Jérusalem. Quoique saint Luc raconte ces sorties après la mort de saint Étienne dont je parlerai dans le chapitre suivant, néanmoins il s'en convertit plusieurs de la Palestine dans le temps qui se passa jusqu'à ce que tout cela fût arrivé, et il était nécessaire que les Apôtres sortissent pour les prêcher et les confirmer dans la Foi, et ils revenaient à Jérusalem, pour rendre compte de tout à leur divine Maîtresse.

7, 10, 157. Dans tous ces voyages et ces prédications l'ennemi commun tâchait d'empêcher la Parole divine ou son fruit, excitant beaucoup de contradictions et d'altercations de la part des incrédules contre les Apôtres, leurs auditeurs et les convertis. Et dans ces persécutions, ils souffraient chaque jour de grands inconvénients et de grands troubles; parce qu'il semblait au dragon infernal qu'il pouvait les investir avec une plus grande confiance, les trouvant absents et éloignés de leur Refuge, leur Protectrice et leur Maîtresse. Cette grande Reine des Anges était si formidable à l'enfer que, quoique la sainteté des Apôtres fût si éminente, néanmoins il semblait à Lucifer que sans Marie, il les prenait désarmés et en position opportune pour lui de les tenter et de les assaillir. La superbe et la fureur de ce dragon sont telles, qu'il est écrit dans le livre de Job (Job 41: 18-19) qu'il répute l'acier le plus dur comme une faible paille et le bronze comme si c'était un bois pourri. Il ne craint point les flèches ni la fronde; mais il craint tant la Très Sainte Marie, qu'il attendait pour tenter les Apôtres qu'ils fussent absents de ce Refuge.

7, 10, 158. Mais il ne leur manquait pas pour cela, parce que du poste élevé de sa très sublime sagesse, Elle apercevait tous les points, et, sentinelle très vigilante, Elle découvrait les pièges de Lucifer et Elle accourait au secours de ses enfants et des ministres du Seigneur. Et lorsque les Apôtres ne pouvaient lui parler étant absents, dès qu'Elle les voyait affligés, Elle leur envoyait ses Anges pour les assister, les consoler, les animer et les prévenir, et quelquefois, afin que les démons qui les persécutaient prissent la fuite. Les esprits célestes exécutaient tout cela avec promptitude, comme leur Reine l'ordonnait. Quelquefois ils le faisaient secrètement par des inspirations et des consolations intérieures qu'ils donnaient aux Apôtres, d'autres fois et le plus ordinairement, ils se manifestaient d'une manière visible avec des corps resplendissants et très beaux et ils disaient aux Apôtres tout ce qu'il convenait, ou tout ce que leur Maîtresse voulait leur faire savoir. Et cette manière de leur apparaître était fréquente à cause de la sainteté et de la pureté des Apôtres et à cause de la nécessité qu'il y avait alors de les favoriser avec tant d'abondance, de consolation et d'énergie. Ils n'eurent jamais aucune angoisse, ni aucune affliction où la Très Aimante Mère ne les secourût par ces moyens, outre les oraisons continuelles, les demandes et les actions de grâces qu'Elle offrait pour eux. Elle était la Femme Forte (Prov. 31: 15-21) dont les domestiques étaient pourvus de doubles vêtements et la Mère de famille qui leur fournissait à tous la nourriture et qui plantait la vigne du Seigneur par le fruit de ses mains.

7, 10, 159. Elle avait le même soin respectivement pour tous les autres fidèles; et quoiqu'ils fussent nombreux à Jérusalem et dans la Palestine, Elle avait de tous la science et la connaissance pour les favoriser dans leurs nécessités et leurs tribulations [b]. Et Elle était attentive non seulement à celles des âmes, mais aussi à celles des corps, outre le grand nombre de ceux qu'Elle guérissait de maladies très graves. Il y en avait d'autres à qui Elle savait n'être point convenable de leur donner la santé du corps; ceux-là Elle les servait en plusieurs choses personnellement, les visitant et les soulageant; Elle prenait plus de soin des plus pauvres, et Elle leur donnait souvent à manger de sa main; Elle faisait leurs lits, prenait soin de leur propreté, comme si Elle eût été la servante de chacun, et Elle était infirme avec l'infirme. L'humilité, la Charité et la sollicitude de l'Auguste Dame étaient si grandes qu'Elle ne refusait à ses enfants les fidèles aucun office, ni aucun service ou ministère et lorsqu'ils allaient à Elle pour leur consolation, Elle ne les méprisait point, quelque infimes ou humbles qu'ils fussent. Elle les remplissait tous de joies et de consolations très douces dans leurs afflictions, avec quoi celles-ci devenaient faciles. Et ceux qui ne pouvaient accourir personnellement vers Elle, parce qu'ils étaient éloignés, Elle les favorisait d'une manière cachée par le moyen de ses Anges, ou bien par des oraisons et des prières Elle leur obtenait des Bienfaits intérieurs et d'autres secours.

7, 10, 160. Sa piété maternelle se signalait singulièrement envers ceux qui étaient à l'heure de la mort et qui mouraient; parce qu'Elle en assistait plusieurs dans ce dernier combat, et Elle les y aidait, jusqu'à ce qu'ils fussent en état de sécurité éternelle. Pour ceux qui allaient au purgatoire, Elle faisait de ferventes
prières et des oeuvres pénales, comme des prosternations en forme de croix, des génuflexions et d'autres exercices par lesquels Elle satisfaisait pour ces âmes. Ensuite Elle dépêchait quelqu'un de ses Anges, afin qu'il tirât du purgatoire ces âmes pour qui Elle avait satisfait, qu'il les portât au Ciel et les présentât à son Fils en son Nom, comme le bien propre du même Seigneur, et le fruit de Son Sang et de Sa Rédemption. Ce bonheur arriva à plusieurs âmes dans le temps que la Dame du Ciel était habitante sur la terre. Et je crois que ce même bonheur n'est pas refusé maintenant à celles qui se disposent pendant leur vie à mériter sa présence pour l'heure de leur mort, comme je l'ai écrit dans un autre endroit [c]. Mais parce qu'il serait nécessaire d'étendre beaucoup cette Histoire, si je devais rapporter les Bienfaits que la Très Sainte Marie a faits à l'heure de la mort à plusieurs qu'Elle y aidait: je ne puis m'y arrêter; mais je dirai un événement arrivé à une fille qu'Elle délivra de la gueule du dragon infernal: parce qu'étant si rare et si digne de considération pour tous, il n'est pas juste de le refuser à cette Histoire ni à notre instruction.

7, 10, 161. Il arriva donc à Jérusalem qu'une fille de parents humbles et peu favorisés de la fortune se convertit parmi les cinq mille qui reçurent d'abord le Baptême. Cette femme pauvrette, s'occupant au service de sa maison, tomba malade et la maladie lui dura plusieurs jours, sans que sa santé s'améliorât. A cette occasion, comme il a coutume d'arriver aux autres âmes, elle alla en se refroidissant dans sa première ferveur, et elle se négligea en commettant certaines fautes avec quoi elle put perdre la grâce baptismale. Lucifer qui ne se négligeait point, altéré d'attirer quelqu'une de ces âmes, s'attaqua à celle-ci et l'investit avec une cruauté souveraine, Dieu le permettant ainsi pour Sa plus grande gloire et celle de Sa Très Sainte Mère. Le démon apparut à la fille sous la forme d'une autre femme pour mieux la tromper, et il lui dit avec flatterie de se retirer beaucoup de ces gens qui prêchaient le Crucifié et de ne point leur donner crédit en tout ce qu'ils disaient, parce qu'ils la trompaient en tout; et que si elle ne le faisait point les prêtres et les juges la châtieraient, comme ils avaient crucifié le Maître de cette Loi nouvelle et trompeuse qu'ils lui avaient enseignée à elle; et qu'avec ce remède elle serait bonne et qu'elle vivrait ensuite contente et sans danger. La fille lui répondit: «Je ferai ce que vous me dites; mais cette Dame que j'ai vue avec ces hommes et ces femmes et qui me semble si agréable et si douce, qu'ai-je à faire à son sujet? parce que je l'aime beaucoup.» Le démon lui répliqua:
«Celle-là que tu dis est la pire de tous, et Elle est la première que tu dois abhorrer en te retirant de ses tromperies, et c'est ce qui t'importe le plus.»

7, 10, 162. L'âme de cette très simple colombe demeura infectée de ce mortel venin de l'antique serpent, et au lieu de s'améliorer dans la santé du corps l'infirmité alla en s'aggravant, de sorte qu'elle s'approchait de la mort naturelle et éternelle. L'un des soixante-douze disciples qui allait visiter les fidèles eut connaissance de la grave maladie de cette femme; parce qu'un voisin de sa maison lui dit qu'il y avait là une femme de sa secte très près d'expirer. Il entra la voir et l'anima par de saintes paroles et se rendit compte de sa nécessité. Mais la malade était si opprimée par les démons qu'elle ne le reçut point, ni ne lui dit un seul mot, bien qu'il l'exhortât et la prêchât pendant longtemps; au contraire elle se couvrait et se retirait pour ne point l'entendre. Le disciple reconnut par ces signes la perdition de la malade, quoiqu'il en ignorât la cause; et il alla promptement rendre compte de cette perte à l'Apôtre saint Jean; lequel sans délai visita la femme. Il l'exhorta et lui dit des Paroles de Vie Éternelle, si elle voulait les recevoir. Mais il lui arriva la même chose qu'au disciple parce qu'elle leur résista à tous deux avec opiniâtreté. L'Apôtre vit plusieurs légions de démons qui entouraient la malade; parce que lorsqu'il s'approcha ils se retirèrent, mais ils ne cessaient de faire effort pour revenir aussitôt renouveler les illusions dont la misérable femme était remplie.

7, 10, 163. L'Apôtre reconnaissant son endurcissement s'en alla très affligé en donner connaissance à la Très Sainte Marie et lui demander le remède. La grande Reine tourna aussitôt la vue intérieure vers la malade et connut l'état malheureux et dangereux de cette âme et comment l'ennemi l'y avait mise. La pieuse Mère se lamenta sur cette simple petite brebis trompée par le loup sanguinaire et infernal; et prosternée en terre Elle pria et demanda le rachat de la misérable fille. Mais le Seigneur ne répondit pas un mot à cette demande de Sa Très Sainte Mère; non parce que ses prières ne Lui étaient point agréables, au contraire pour cela même, et pour entendre plus longtemps ses clameurs Il se fit sourd; et pour nous enseigner qu'elles étaient la Charité et la prudence de l'Auguste Mère et Maîtresse dans les occasions où il était nécessaire d'en user. Le Seigneur la laissa pour cela dans l'état commun et ordinaire que l'Auguste Dame avait, sans lui ajouter de nouvelle illustration en ce qu'Elle demandait. Mais Elle
ne se désista point pour cela et sa Charité très ardente ne s'attiédit point, connaissant que pour ce silence du Seigneur Elle ne devait point manquer à son office de Mère, tant qu'Elle ne savait pas expressément la Volonté divine. Elle se gouverna avec cette prudence dans cet événement et Elle ordonna aussitôt à l'un de ses Anges d'aller porter remède à cette âme, de la défendre des démons et de l'exhorter par de saintes inspirations, afin qu'elle s'éloignât de leurs tromperies et se convertît à Dieu. L'Ange fit cette ambassade avec la promptitude avec laquelle ils savent obéir à la Volonté du Très-Haut; mais il ne put réduire cette femme obstinée par les diligences qu'il put faire comme Ange et qu'il fit en effet, pour la détromper. Une âme qui se livre au démon peut venir à un pareil état.

7, 10, 164. Le saint Ange revint à sa Reine et lui dit: «Madame, je viens d'aider cette femme dans le péril de sa damnation, comme Vous, Mère de Miséricorde, me l'avez ordonné; mais sa dureté est telle qu'elle n'a point accepté ni écouté les saintes inspirations que je lui ai données. J'ai combattu avec les démons pour la défendre d'eux, et ils ont résisté, alléguant le droit que cette âme leur avait donné volontairement, en quoi elle persévère librement. La puissance de la Justice divine n'a pas concouru avec moi comme je le désirais, en obéissant à Votre volonté, et je ne peux, Madame, vous donner la consolation que vous désirez.» La pieuse Mère s'affligea beaucoup de cette réponse; mais comme Elle était la Mère de l'Amour, de la Science et de la sainte Espérance (Eccli. 24: 24), Elle ne put perdre ce qu'Elle nous a mérité et enseigné à tous. Se retirant de nouveau pour demander le remède de cette âme trompée, Elle se prosterna en terre et dit: «Mon Seigneur et Dieu de Miséricorde, voici ce vil vermisseau de terre; châtiez-moi et affligez-moi et que je ne voie point que cette âme marquée par les prémices de Votre Sang et trompée par le serpent demeure comme dépouille de la méchanceté et de la haine qu'il a contre Vos fidèles.»

7, 10, 165. La Très Sainte Marie persévéra un certain temps, mais le Très-Haut ne lui répondit pas non plus pour éprouver son Coeur invincible et sa Charité envers le prochain. La Très Prudente Vierge considéra ce qui arriva au Prophète Élisée pour ressusciter le fils de la Sunamite son hôtesse, que le bâton du Prophète que lui appliqua Giézi son disciple ne suffit pas pour lui donner la vie, et il fut nécessaire que le même Élisée s'approchât en personne et touchât le défunt et qu'il se mesurât et s'ajustât avec lui, avec quoi il lui rendit la vie. Ni l'Ange, ni l'Apôtre n'avaient été assez puissants pour ressusciter cette misérable femme du péché et de l'erreur de Satan; et ainsi la grande Dame détermina d'aller en personne lui porter remède. Ainsi Elle le proposa au Seigneur dans l'oraison qu'Elle fit pour elle; et quoiqu'Elle n'eût point de réponse de Sa Majesté, comme l'oeuvre même lui donnait permission, Elle se leva et commença à faire quelques pas pour sortir de la pièce où Elle était, et à cheminer avec saint jean où était la malade qui était quelque peu distante du Cénacle. Mais comme Elle commençait à faire les premiers pas, Elle fut retenue par les Anges à qui Dieu avait commandé de la porter et de l'accompagner; mais ne le lui avait point manifesté à Elle-même. La Reine les interrogea et leur demanda pourquoi ils la retenaient. Ils lui répondirent: «Parce qu'il n'est point raisonnable que nous consentions que Vous alliez par la cité, quand nous pouvons Vous porter avec une plus grande décence.» Ensuite ils la mirent dans la chambre de la fille malade, laquelle étant pauvre et ne parlant point, était abandonnée de tous: elle était seule et entourée de démons qui attendaient son âme pour l'emporter.

7, 10, 166. Mais à l'instant qu'arriva la Reine des Anges, tous les malins esprits s'enfuirent comme des éclairs et comme se jetant les uns sur les autres avec des hurlements terribles. Et la puissante Dame leur commanda avec empire de descendre dans l'abîme, jusqu'à ce qu'Elle leur permît d'en sortir; et c'est ce qu'ils firent sans pouvoir lui résister. La pieuse Mère s'approcha de la malade, et l'appelant par son nom, Elle lui prit la main et lui dit de très douces Paroles de Vie avec lesquelles Elle la renouvela tout entière, et celle-ci commença à respirer et à revenir à elle. Et répondant à la Très Sainte Marie, elle dit: «Madame, une femme qui m'a visitée, m'a persuadée que les disciples de Jésus me trompaient et de m'éloigner aussitôt d'eux et de Vous; parce qu'il m'arriverait quelque grand mal si j'acceptais la Loi qu'ils m'enseignaient.» La Reine lui répliqua et lui dit: «Ma fille, celle qui t'a paru une femme est le démon ton ennemi. Je viens te donner de la part du Très-Haut la Vie Éternelle; reviens donc à sa Foi véritable que tu as reçue auparavant, et confesse-Le de tout ton coeur pour ton Rédempteur et ton vrai Dieu, qui mourut en Croix pour ton remède et celui de tout le monde: adore-Le, invoque-Le et demande-Lui pardon de tes péchés.»

7, 10, 167. «Tout cela,» répondit la malade, «je le croyais auparavant et ils m'ont dit que c'est très mal et qu'ils me châtieront si je le confesse.» La divine Maîtresse lui répliqua: «Mon amie, ne crains point cette tromperie; mais sache que le châtiment et les peines qui sont à craindre sont celles de l'enfer, où les démons t'amenaient. Maintenant tu es très proche de la mort et tu peux obtenir le remède que je t'offre si tu me donnes crédit, et tu seras délivrée du feu éternel qui te menaçait pour ton erreur.» Avec cette exhortation et la grâce que la Très Sainte Marie obtint pour cette pauvre femme elle se mut avec de grandes larmes de componction et elle lui demanda sa faveur dans ce péril, étant soumise pour tout ce qu'Elle lui commanderait. Aussitôt l'Auguste Dame lui fit protester la Foi de Jésus-Christ Notre-Seigneur et faire un acte de contrition pour se confesser. La grande Reine disposa qu'elle reçût les Sacrements, appelant les Apôtres afin qu'ils les lui administrassent. L'heureuse femme répétait des actes de contrition et d'amour, invoquant Jésus et Sa Mère qui la gouvernait, puis, elle expira dans les mains de sa Réparatrice qui avait demeuré deux heures avec elle; afin que le démon ne revînt point la tromper. Ce secours fut si puissant que non-seulement il la ramena au Chemin de la Vie Éternelle, mais il lui obtint tant d'aides que cette heureuse âme sortit libre de péché et de peine. Aussitôt Elle l'envoya au Ciel par l'un de ses douze Anges, qui portaient sur leur poitrine, le signe ou la devise de la Rédemption et qui avaient des palmes et des couronnes dans les mains pour secourir les dévots de cette grande Reine. J'ai déjà parlé de ces Anges dans la première partie, [Livre 1], chapitre 14, numéro 202, et chapitre 18, numéro 273; et il n'est point nécessaire de le rapporter maintenant. J'avertis seulement que ces saints Anges que la Reine envoyait pour diverses opérations, Elle les choisissait conformément aux grâces et aux vertus qu'ils avaient pour le bénéfice des hommes.

7, 10, 168. Après que la Reine eut porté remède à cette âme, les Anges la ramenèrent dans son oratoire sur la même nuée où ils l'avaient emmenée; ensuite Elle s'humilia et se prosterna en terre, adorant le Seigneur et Lui rendant grâces pour le Bienfait d'avoir tiré cette âme de la gueule du dragon infernal; et pour elle cette divine Dame fit un cantique de louange au Très-Haut. Sa grande Sagesse ordonna cette merveille afin que les Anges et les Saints du Ciel, les Apôtres et aussi les démons mêmes comprissent le pouvoir incomparable de la Très Sainte Marie: et de même qu'Elle était la Maîtresse de tous, de même aussi tous ensemble, ils ne seraient pas aussi puissants qu'Elle; et qu'Il ne lui refuserait rien de ce qu'Elle demanderait pour ceux qui l'auraient aimée, servie et invoquée; puis cette heureuse fille pour l'amour qu'elle avait eu pour cette divine Dame ne fut point privée du remède; et les démons demeurèrent opprimés, confus et découragés, pensant ne pouvoir prévaloir contre ce que la Très Sainte Marie veut et peut pour ses dévots. Les autres choses que l'on peut remarquer de cet exemple pour notre instruction, je les remets à la considération et à la prudence des fidèles.

7, 10, 169. Il n'en arriva pas de même à deux autres convertis à la Foi qui ne méritèrent point l'intercession de la Très Sainte Marie; et parce que cet exemple peut servir aussi d'avis et de règle, comme celui d'Ananie et de Saphire pour connaître l'astuce de Lucifer à tenter et à perdre les hommes, je l'écrirai comme je l'ai compris, avec les avertissements qu'il renferme, pour craindre avec David, les justes jugements du Très-Haut. Après le miracle que j'ai rapporté, le démon eut permission de revenir avec les siens dans le monde et de tenter les fidèles; parce qu'il convenait ainsi pour la couronne des justes et des prédestinés. Il sortit de l'enfer avec une plus grande rage contre eux, et il commença à chercher par où il ouvrirait une porte pour les assaillir, découvrant les inclinations mauvaises de chacun, comme il le fait maintenant, avec la confiance que l'expérience lui a donnée, que nous, imprudents enfants d'Adam, nous suivons d'ordinaire les inclinations et les passions, plutôt que la raison et la vertu. Et comme la multitude ne peut être très parfaite en toutes ses parties, et que l'Église croissait en nombre, aussi la ferveur de la Charité s'attiédissait en quelques-uns; et le démon avait un plus grand champ pour sursemer sa zizanie. Il reconnut qu'il y avait parmi les fidèles deux hommes qui avaient eu de mauvaises inclinations et de mauvaises habitudes avant de se convertir; et qu'ils désiraient la faveur et quelque étroite dépendance de certains princes des Juifs, dont ils espéraient quelques intérêts temporels d'honneur et de fortune; et avec cette cupidité qui fut toujours la racine de tous les maux, ils temporisaient et ils flattaient les puissants, dont ils désiraient la faveur.

7, 10, 170. Par ces défauts le démon jugea que les fidèles étaient faibles dans la Foi et les vertus, et qu'il pourrait les renverser par le moyen des principaux Juifs dont ils dépendaient. Et tel que le serpent le pensait, il l'exécuta et l'obtint, envoyant plusieurs suggestions au coeur incrédule de ces prêtres, afin qu'ils reprissent et menaçassent les deux convertis, pour avoir admis la Foi du Christ et reçu le Baptême. Ils firent comme le démon le leur inspirait, avec une grande aigreur et une grande autorité. Et comme l'indignation des puissants intimide les moindres qui sont faibles de coeur, et ces deux convertis l'étaient, ayant de l'attache pour leurs propres intérêts temporels; avec cette faiblesse puérile ils résolurent d'apostasier la Foi de Jésus-Christ, afin de ne point tomber dans la disgrâce de ces Juifs puissants en qui ils avaient quelque malheureuse et fausse confiance. Aussitôt ils se retirèrent de toute l'assemblée des autres fidèles et ils cessèrent d'assister à la prédication et aux saints exercices que les autres faisaient, et par là leur chute et leur perdition fut connue.

7, 10, 171. Les Apôtres se contristèrent beaucoup pour la ruine de ces fidèles et pour le scandale que les autres recevraient d'un exemple si pernicieux dans les principes de l'Église. Ils conférèrent entre eux s'ils donneraient connaissance de l'événement à la Très Sainte Marie, parce qu'ils craignaient la désolation et la douleur qu'ils lui causeraient. L'Apôtre saint Jean les avertit que l'Auguste Dame savait toutes les choses de la Sainte Église, et que celles-ci ne pourraient être cachées de sa sainte Charité et à sa très vigilante attention. Avec cela ils allèrent tous lui rendre compte de ce qui se passait pour ces deux apostats, qu'ils avaient exhortés afin de les ramener à la vraie Foi, à laquelle ils avaient renoncé et qu'ils avaient reniée. La pieuse et prudente Mère ne dissimula point sa douleur, parce qu'Elle ne voulait point la cacher dans la perte des âmes déjà agrégées à l'Église. Il convenait aussi que les Apôtres connussent dans le sentiment de la grande Reine, l'estime qu'ils devaient faire des enfants de l'Église, et le zèle si ardent avec lequel ils devaient tâcher de les conserver dans la Foi et de les ramener au Chemin du Salut. Notre Auguste Reine se retira aussitôt à son oratoire, et prosternée en terre, comme Elle avait coutume, Elle fit une profonde oraison pour ces deux apostats, répandant d'abondantes larmes de sang pour eux.

7, 10, 172. Et pour modérer en quelque chose sa douleur par la science des jugements cachés du Très-Haut, Sa Majesté répondit et lui dit: «Mon Épouse, choisie entre mes créatures, Je veux que tu connaisses Mes justes Jugements dans ces deux âmes pour lesquelles tu Me pries, et en d'autres qui doivent entrer dans Mon Église. Ces deux qui ont apostasié Ma vraie Foi auraient pu faire plus de tort que de profit parmi les autres fidèles, s'ils eussent persévéré dans leur conversation et leur compagnie, parce qu'ils sont de moeurs très dépravées et ils ont empiré dans leurs inclinations déréglées; avec quoi Ma Science infinie les connaît pour des réprouvés, et ainsi il convient de les détourner du troupeau des fidèles, et de les retrancher du Corps mystique de Mon Église, afin qu'ils ne gâtent point les autres et qu'ils ne leur communiquent point leur contagion. Il est nécessaire, Ma Chérie, que conformément à Ma très sublime Providence, il entre dans Mon Église des prédestinés et des réprouvés, les uns qui doivent se damner par leurs péchés et d'autres qui par Ma grâce doivent se sauver par des bonnes oeuvres; Ma Doctrine et l'Évangile doit être comme le filet qui recueille toutes sortes de poissons, bons et mauvais, prudents et insensés; et l'ennemi sèmera sa zizanie parmi le Grain (Matt. 13: 19) Pur de la Vérité, afin que les justes se justifient davantage, et les immondes, s'ils le veulent par leur malice, se rendent plus immondes (Apoc. 22: 11).»

7, 10, 173. Tel fut la réponse que le Seigneur donna à la Très Sainte Marie dans cette oraison, renouvelant en Elle la participation de Sa Science divine, avec laquelle son Coeur affligé se dilata, connaissant l'équité de la justice du Très-Haut en condamnant avec raison ceux qui par leur malice se rendaient réprouvés et indignes de l'Amitié de Dieu et de Sa gloire. Mais comme la divine Mère avait le poids du Sanctuaire, dans sa Sagesse, sa Science et sa Charité très éminentes, Elle seule parmi toutes les créatures pesait et pondérait dignement combien c'est une chose épouvantable pour une âme que de perdre Dieu éternellement et de demeurer condamnée à des tourments éternels en compagnie des démons, et sa douleur était mesurée à cette pondération. Nous savons déjà que les Anges et les Saints du Ciel qui connaissent en Dieu ce Mystère ne peuvent avoir ni douleur ni peine, parce que la douleur n'est pas compatible avec cet état très heureux. Et si la douleur était compatible avec la gloire dont ils jouissent, leur douleur serait conforme à la connaissance qu'ils ont de cette perte de la damnation de ceux qu'ils aiment avec une charité si parfaite et qu'ils désirent avoir avec eux dans la gloire.

7, 10, 174. Or les peines et la douleur que les Bienheureux ne peuvent ressentir de la damnation des hommes étaient dans la Très Sainte Marie dans un degré d'autant plus supérieur à celui qu'ils auraient eu que cette Dame les surpassait dans la Sagesse et la Charité. Pour sentir la douleur Elle était dans l'état de voyageuse et pour en connaître la cause Elle avait la Science des Compréhenseurs; parce que lorsqu'Elle avait joui de la Vision Béatifique, Elle avait connu l'Être de Dieu et l'Amour qu'Il a pour le salut des hommes, Amour venant d'une Bonté infinie, et combien Il S'affligerait de la perte d'une âme s'Il était capable de douleur. Elle connaissait la laideur des démons, la colère qu'ils ont contre les hommes, la nature des peines infernales et la compagnie éternelle des mêmes démons et de tous les damnés. Quelle peine, quelle douleur et quelle compassion, tout cela et ce que je n'arrive point à pondérer ne causaient-ils point dans un Coeur aussi doux, aussi amoureux et aussi tendre que celui de notre Très Aimante Marie, sachant que ces deux âmes et un nombre presque infini d'autres avec elles se perdraient dans la Sainte Église! Elle se lamentait sur cette infortune et Elle répétait souvent: «Est-il possible qu'une âme doive se priver par sa volonté de voir éternellement la Face de Dieu, et qu'elle choisisse de voir celles de tant de démons dans le feu éternel.»

7, 10, 175. La Très Prudente Dame se réserva le secret de la réprobation de ces nouveaux apostats sans le communiquer aux Apôtres. Mais en cette occasion, étant ainsi affligée et retirée, l'Évangéliste saint Jean entra pour la visiter et savoir ce qu'Elle lui commanderait de faire, ou en quoi il pourrait la servir. Et comme il la vit si triste et si affligée, l'Apôtre fut troublé et lui ayant demandé la permission de lui parler, il lui dit: «Madame, Mère de mon Seigneur Jésus-Christ depuis la Mort de Sa Majesté je n'ai pas vu Votre air aussi affligé et aussi douloureux qu'à cette heure, ni Votre visage et Vos yeux ainsi baignés de sang. Dites-moi, Madame, s'il est possible, la cause d'une douleur et d'une affliction si nouvelle, et si je puis Vous en soulager en donnant ma propre vie.» La Très Sainte Marie lui répondit: «Mon fils, je pleure maintenant pour cette même cause.» Saint Jean comprit que le souvenir de la Passion avait renouvelé dans la pieuse Mère une douleur aussi nouvelle et aussi vive: et dans cette pensée il lui répliqua: «Madame, vous pouvez désormais modérer Vos larmes, puisque Votre Fils et notre Rédempteur est glorieux et triomphant dans les Cieux à la droite de Son Père Éternel. Et quoiqu'il ne soit point raisonnable que nous oubliions ce qu'Il a souffert pour les hommes, il est juste aussi que Vous Vous réjouissiez des Biens qui ont résulté de Sa Passion et de Sa Mort.»

7, 10, 176. «Si après que mon Fils est mort,» répondit la Très Sainte Marie, «ceux qui L'offensent et Le nient et qui perdent le Fruit inestimable de Son Sang veulent le crucifier de nouveau, il est juste que je pleure, connaissant Son Amour si ardent pour les hommes qu'Il souffrirait pour le salut de chacun ce qu'Il a souffert pour tous. Voyant cet Amour immense si mal remercié et la perdition éternelle de tant d'âmes qui devraient Le connaître, il ne m'est pas possible de modérer ma douleur, ni avoir la vie, si le même Seigneur qui me l'a donnée ne me la conserve. O enfants d'Adam, formés à l'Image de mon Fils et mon Seigneur, à quoi pensez-vous? Où avez-vous le jugement et la raison pour sentir votre malheur si vous perdez Dieu éternellement?» Saint Jean répliqua: «Ma Mère et ma Maîtresse, si Votre douleur est pour les deux qui ont apostasiée, Vous savez bien que parmi tant d'enfants, il doit y avoir des serviteurs infidèles, puisqu'en notre apostolat, Judas a prévariqué à l'École même de notre Rédempteur et notre Maître.» «O Jean,» répondit la Reine, «si Dieu avait une Volonté déterminée de la perte de quelques âmes, je pourrais alléger quelque peu ma peine; mais quoiqu'Il permette la damnation des réprouvés, parce qu'ils veulent se perdre, ce n'était point une Volonté absolue de la Bonté divine, car Il voudrait les sauver tous (1 Tim. 2: 4), s'ils ne Lui résistaient point par leur libre arbitre. Et il en a coûté une sueur de Sang à mon Très Saint Fils de voir qu'ils ne seraient pas tous prédestinés et qu'ils n'obtiendraient pas tous efficacement le Fruit du Sang qu'Il répandait pour eux. Et s'Il pouvait maintenant dans le Ciel avoir de la douleur pour une âme qui se perd, Il en aurait sans doute une plus grande que de souffrir pour elle. Puis moi qui connais cette Vérité et qui vis dans une chair passible, il est raisonnable que je sente ce que mon Fils désire tant et n'obtient pas.» Avec ces raisons et d'autres de la Mère de Miséricorde, saint Jean s'émut aux larmes et au pleur, en quoi il l'accompagna pendant assez longtemps.

DOCTRINE QUE ME DONNA LA REINE DU CIEL.

7, 10, 177. Ma fille, puisque tu as compris particulièrement dans ce chapitre la douleur et l'amertume incomparables avec lesquelles je pleurai la perte des âmes d'autrui, tu connaîtras par là ce que tu dois faire pour la tienne et les autres, afin de m'imiter dans la perfection que je veux de toi. Je n'aurais refusé aucun tourment ni même la mort s'il avait été nécessaire pour remédier à chacun de ceux qui se damnent et je l'aurais réputé comme un repos, dans ma très ardente Charité. Puis donc que tu ne meurs point de cette douleur, ne refuse point de souffrir au moins pour cette cause tout ce que le Seigneur ordonnera, ni de prier et de travailler de toutes tes forces pour faire éviter tout péché dans tes frères si tu
peux l'empêcher; et lorsque tu ne l'obtiens pas aussitôt et si tu ne connais pas que le Seigneur t'écoute, ne perds point la confiance pour cela, mais ranime-la et persévère; car cette lutte ne peut jamais lui déplaire, puisqu'il désire plus que toi le salut de tous ses rachetés. Si toutefois tu n'étais point entendue et si tu n'obtenais point ce que tu demandes, applique les moyens que la prudence et la charité requièrent et prie avec de nouvelles instances; car le Très-Haut S'oblige toujours de cette charité envers le prochain et de l'amour qui porte à empêcher le péché dont Il S'offense. Il ne veut point la mort du pécheur (Ézéch. 33: 11) et comme tu l'as écrit, Il n'a pas eu de Volonté absolue et antécédente de perdre Ses créatures; au contraire Il voudrait les sauver toutes si elles ne se perdaient; et quoiqu'Il le permette dans Sa Justice à cause de la condition libre des hommes, Il permet ce qui Lui est désagréable. Ne te décourage jamais dans ces prières; mais celles qui seront pour les choses temporelles, présente-les Lui et demande que Sa Sainte Volonté se fasse en ce qui convient.

7, 10, 178. Et si je veux que tu travailles avec tant de ferveur et de charité pour le salut de tes frères, considère ce que tu dois faire pour le tien et en quelle estime tu dois tenir ta pauvre âme pour laquelle un prix infini a été offert. Je veux t'avertir comme Mère que lorsque la tentation et les passions t'incitent à commettre des péchés, quelque légers qu'ils soient, souviens-toi de la douleur et des larmes qu'il m'en coûta de savoir les péchés des mortels et de désirer de les empêcher. Tu ne voudrais point, ma très chère, me donner la même cause; car bien que je ne puisse maintenant recevoir cette peine, au moins tu me priverais de la joie accidentelle que je recevrais de ce qu'ayant daigné être ta Mère et ta Maîtresse pour te gouverner comme ma fille et ma disciple, tu deviennes parfaite comme étant enseignée à mon École. Si tu étais infidèle en cela, tu frustrerais beaucoup mes désirs que tu sois agréable à mon Très Saint Fils en toutes tes oeuvres et que tu accomplisses en toi Sa Volonté Sainte en toute plénitude. A la Lumière infuse que tu reçois, pèse combien tes péchés seraient graves, si tu en commettais quelques-uns, après avoir été si favorisée et si bénéficiée du Seigneur et de Moi; mais souviens-toi en tout de mon enseignement, de mes douleurs et de mes larmes et surtout de ce que tu dois à mon Très Saint Fils qui est si libéral envers toi, te favorisant et t'appliquant le Fruit de Son Sang; afin de trouver en toi quelque retour et quelque remerciement.

NOTES EXPLICATIVES
Extraites de celles de Don Creseto, à l'usage des prêtres.
7, 10, [a]. Livre 7, Nos. 89, 92, 102.
7, 10, [b]. Elle les connaissait tous comme parfaite imitatrice du véritable et divin Pasteur, plein d'Amour, qui disait de Lui-même qu'Il connaît toutes Ses brebis: «Ego sum Pastor Bonus, et cognosco oves Meas.» Combien de pasteur des âmes qui ne prennent point soin de connaître une à une leurs brebis, ou s'ils les connaissent pour en retirer la laine et le lait, ils ne se soucient point d'en connaître les besoins, surtout les spirituels. Mercenaires qu'ils sont, ils ne se soucient point des brebis, au lieu de donner leur vie pour elles! Ainsi n'était pas la Très Sainte Marie, parfaite Imitatrice du divin Pasteur.
7, 10, [c]. Livre 5, No. 929.
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Message par sga le Sam 18 Avr 2020 - 11:38

CHAPITRE 11

On déclare quelque chose de la prudence avec laquelle la Très Sainte Marie gouvernait les nouveaux fidèles; et ce qu'Elle fit envers saint Étienne en sa vie et à sa mort et d'autres événements.

7, 11, 179. Il était conséquent au ministère de Mère et de Maîtresse de la Sainte Église que le Seigneur avait donné à la Très Sainte Marie, qu'Il lui donnât aussi la Science et la Lumière proportionnées à un office si sublime, afin qu'Elle connût tous les membres de ce corps mystique dont le gouvernement spirituel la touchait, et qu'Elle appliquât à chacun la Doctrine et le magistère conformément à son grade, à sa nature et à sa nécessité. Notre Reine reçut ce Bienfait avec autant de plénitude et d'abondance de Sagesse et de Science divine qu'on peut l'inférer de tout le discours que j'écris. Elle connaissait tous les fidèles qui entraient dans
l'Église, Elle pénétrait leurs inclinations naturelles, le degré de grâce et de vertus qu'ils avaient, le mérite de leurs oeuvres, les principes et les fins de chacun; et Elle n'ignorait rien de toute l'Église, sauf si le Seigneur lui cachait quelquefois pour un certain temps quelque secret qu'Elle venait ensuite à connaître lorsqu'il convenait. Et toute cette Science n'était point dénuée et stérile; mais une égale participation de la charité de son Très Saint Fils y correspondait, avec laquelle Elle les aimait tous comme Elle les connaissait et les regardait. Et comme Elle connaissait conjointement le sacrement de la Volonté divine, Elle dispensait selon toute cette Sagesse, avec poids et mesure les affections de la Charité intérieure; ainsi Elle n'en donnait pas plus à celui à qui Elle devait moins, ni moins à celui qui méritait d'être plus aimé et estimé: défaut dans lequel nous, ignorants enfants d'Adam, nous tombons très souvent, même en ce qui nous paraît justifié.

7, 11, 180. Mais la Mère de la Science et de l'Amour ordonnée ne pervertissait point l'ordre de la justice distributive en confondant les affections; parce qu'Elle les dispensait à la Lumière de l'Agneau qui l'illuminait et la gouvernait, afin qu'Elle donnât à chacun ce qui lui était dû de son Amour intérieur plus ou moins; quoiqu'en cela Elle fût pour tous une Mère très pieuse, très aimante, sans oubli, sans tiédeur et sans parcimonie. Mais dans les effets et les démonstrations extérieures, Elle se gouvernait par d'autres règles de prudence souveraine, étant attentive à éviter les particularités dans le gouvernement de tous, et les légers défauts par lesquels les émulations et les envies viennent à s'engendrer dans toutes les familles, les communautés et les républiques où il y en a plusieurs qui voient les actions publiques et qui en jugent. C'est une passion naturelle en tous naturellement de désirer d'être estimés et surtout de ceux qui sont puissants: et à peine se trouvera-t-il quelqu'un qui ne présume pas de lui-même avoir autant de mérite que l'autre pour être aussi favorisé et même plus. Cette maladie ne pardonne pas les plus élevés par leur état, ni même par leur vertu, comme on le vit dans le Collège des Apôtres; car pour quelque signe particulier qui excita en eux le soupçon, s'émut aussitôt entre eux la question de la prééminence et de la dignité supérieure dans le sacré Collège, et ils la proposèrent à leur Maître (Matt. 18: 1).

7, 11, 181. La grande Reine était très prudente pour éviter et prévenir ces disputes, étant très égale et très uniforme dans les faveurs et les démonstrations qu'Elle faisait envers tous, à la vue de l'Église. Et cette Doctrine fut non-seulement digne d'une telle Maîtresse, mais très nécessaire dans les commencements du gouvernement de l'Église; afin qu'elle y demeurât établie pour les prélats qui devaient y gouverner et parce que dans ces commencements très heureux, tous les Apôtres, les disciples et d'autres fidèles resplendissaient par les miracles et d'autres Dons divins, comme plusieurs se signalent dans ces derniers siècles par les lettres et les sciences acquises. Et il convenait d'enseigner à tous qu'aucun ne devait s'élever dans la vaine présomption, ni se juger digne d'être plus honoré et plus favorisé de Dieu et de Sa Très Sainte Mère dans les choses extérieures, ni pour ces grands Dons-là ni pour ceux-ci qui sont moindres. Il suffit à celui qui est juste d'être aimé de Dieu et d'être dans Son amitié; et il ne serait d'aucun profit à celui qui ne l'est point d'avoir le bénéfice de l'honneur et de l'estime visible.

7, 11, 182. Mais la grande Dame ne manquait point pour cette réserve à la vénération et à l'honneur qui était dû de justice à chacun des Apôtres et des fidèles pour la dignité ou le ministère qu'il avait; parce que dans cette vénération Elle était aussi un exemplaire pour tous de ce qu'ils devaient faire dans les choses d'obligation: comme Elle enseigna la prudence dans la réserve pour les choses qui étaient volontaires et sans la dette d'obligation. Notre grande Reine fut si admirable et si prudente en tout, qu'Elle ne trouva jamais querelleur aucun des fidèles qui traitaient avec Elle et aucun ne put lui refuser le respect, ni avec raison, ni avec apparence de raison; au contraire ils l'aimaient tous et ils la bénissaient, se trouvant remplis de joie et comme débiteurs à son sujet; obligés qu'ils étaient à ses faveurs et à sa piété maternelle. Nul ne put avoir le soupçon qu'Elle lui manquerait au moment du besoin ni qu'Elle lui refuserait alors la consolation. Personne ne connut qu'il en était mésestimé et qu'Elle en aimât ou favorisât d'autres plus que lui; Elle ne lui donnait pas non plus de motif pour faire en cela aucune comparaison. Telles furent la Sagesse et la discrétion de cette Reine! et tellement ajustées posait-Elle les balances de l'Amour extérieur sur l'axe de la prudence! Outre cela, Elle ne voulait point distribuer par Elle-même les offices et les dignités qui étaient réparties entre les fidèles, ni intercéder pour aucun afin qu'elles lui fussent données. Elle remettait le tout au sentiment et au vote des Apôtres, pour lesquels, dans son secret, Elle obtenait du Seigneur la bonne réussite.

7, 11, 183. Sa très profonde humilité l'obligeait aussi à agir aussi sagement, avec quoi Elle l'enseignait à tous; puisqu'ils connaissaient qu'Elle était Mère de la Sagesse, et qu'Elle n'ignorait rien ni ne pouvait errer dans ce qu'Elle faisait. Elle voulut néanmoins laisser ce rare exemple dans la Sainte Église, afin que nul ne présumât de sa science, de sa prudence ou de sa vertu, et encore moins dans les matières graves; mais que tous comprissent que la sécurité est attachée à l'humilité et au conseil, et la présomption au jugement propre, lorsqu'il y a obligation de ne point agir avec lui seul. Elle connaissait aussi que d'intercéder pour les autres, et de les favoriser par des choses temporelles entraîne ensuite quelque autorité présomptueuse; et il y en a une plus grande de recevoir volontairement les remerciements que font ceux qui sont favorisés et bénéficiés. Toutes ces inégalités et tous ces manques de vertu étaient très éloignés de la suprême sainteté de la divine Maîtresse, et pour cela Elle nous enseigna par son vivant exemple la manière de gouverner nos oeuvres pour ne point frauder le mérite ni empêcher la plus grande perfection. Elle procédait de telle façon dans cette réserve qu'Elle ne refusait point pour cela aux Apôtres le conseil et la direction de leurs offices et de leurs actions pour lesquels ils la consultaient très fréquemment: Elle faisait la même chose envers les autres disciples et les fidèles de la Sainte Église; parce qu'Elle opérait le tout avec plénitude de Sagesse et de Charité

7, 11, 184. Parmi les Saints qui furent très fortunés en méritant un amour spécial de la grande Reine du Ciel, l'un fut saint Étienne qui faisait partie des soixante-douze disciples; parce que dès qu'il commença à suivre Notre-Seigneur Jésus-Christ, la Très Sainte Marie le regarda avec une affection spéciale entre les autres, lui donnant la première place ou l'une des premières places dans son estime. Elle connut aussi que ce Saint était choisi par le Maître de la Vie pour défendre Son honneur et Son saint Nom et donner sa vie pour Lui. Outre cela l'invincible Saint était d'une nature agréable, douce et suave; et outre ce bon naturel, la grâce le rendit beaucoup plus aimable pour tous et plus docile pour toute sainteté. Cette condition était très agréable pour la Très Douce Mère; et lorsqu'Elle trouvait quelqu'un de ce naturel doux et pacifique, Elle avait coutume de dire que celui-là ressemblait davantage à son Très Saint Fils. Elle aimait tendrement saint Étienne pour ces qualités et les vertus héroïques qu'Elle connaissait en lui, donnant au Seigneur des remerciements et à lui des
bénédictions, parce que Dieu l'avait créé, appelé et choisi pour être les prémices de Ses Martyrs; et Elle l'aimait beaucoup dans son intérieur avec l'estimation prévue de son martyre; parce que son Très Saint Fils lui avait révélé ce secret.

7, 11, 185. L'heureux Saint correspondait aux Bienfaits qu'il recevait de notre Sauveur Jésus-Christ et de Sa Bienheureuse Mère avec une attention et une vénération très fidèles; parce qu'il était non seulement pacifique, mais humble de coeur, et ceux qui le sont véritablement sont beaucoup obligés des bienfaits, quoiqu'ils ne soient pas si grands que ceux que le saint disciple Étienne recevait. Il eut toujours une très haute idée de la Mère de Miséricorde et il sollicitait sa grâce avec cette appréciation et cette dévotion très ferventes. Il l'interrogeait sur plusieurs choses mystérieuses; parce qu'il était très savant, rempli de Foi et de l'Esprit-Saint, comme le dit saint Luc (Act. 6: Cool. La grande Maîtresse répondait à toutes ses interrogations, le confortait et l'animait, afin qu'il combattît invinciblement pour l'honneur du Christ. Et afin de le confirmer davantage dans sa grande Foi, la Très Sainte Marie le prévint du martyre et Elle lui dit: «Vous, Étienne, vous serez le premier-né des Martyrs que mon Très Saint Fils et mon Seigneur engendrera par l'exemple de Sa Mort; et vous suivrez Ses pas comme un courageux disciple suit son Maître et un vaillant soldat, son capitaine; vous porterez l'Étendard de la Croix dans la milice du Martyre. Pour cela il convient que vous vous armiez de force avec le bouclier de la Foi, et croyez que la Vertu du Très-Haut vous assistera dans votre combat.»

7, 11, 186. Cet avis de la Reine des Anges enflamma grandement le coeur de saint Étienne du désir du martyre, comme on le voit de ce qui est rapporté de lui dans les Actes des Apôtres, où l'on dit non seulement qu'il était rempli de grâce et de force; et qu'il opérait de grands prodiges et de grandes merveilles à Jérusalem; mais après les Apôtres saint Pierre et saint Jean, l'on ne dit d'aucun qu'il disputât (Act. 6: 9-10) avec les Juifs et qu'il les confondît avant saint Étienne, à la sagesse et à l'esprit duquel ils ne pouvaient résister, parce qu'il les prêchait, les réprimandait et les confondait avec un coeur intrépide. Saint Étienne faisait tout cela, enflammé par le désir du martyre que la grande Reine lui avait assuré qu'il obtiendrait. Et comme si un autre eût dû lui enlever cette couronne, il s'offrait avant tous les autres aux disputes avec les rabbins et les docteurs de la Loi de Moïse, et il soupirait après les occasions de défendre l'honneur de Jésus-Christ pour lequel il savait qu'il devait donner sa vie. L'attention maligne du dragon infernal qui arriva à connaître le désir de saint Étienne tourna contre lui sa rage et il prétendit empêcher les pas de l'invincible disciple, afin qu'il n'arrivât point à obtenir un martyre public, en témoignage de la Foi de Jésus-Christ. Et pour l'arrêter il incita les Juifs les plus incrédules à lui donner secrètement la mort. Lucifer était tourmenté par la vertu et le courage qu'il reconnaissait dans saint Étienne et il craignait qu'avec ces vertus il fît de grandes oeuvres pendant sa vie et à sa mort en accréditant la Foi et la Doctrine de son Maître. Et avec la haine que les Juifs avaient contre le saint disciple, il leur persuada facilement de lui ôter la vie en secret.

7, 11, 187. Ils l'intentèrent plusieurs fois dans le peu de temps qui se passa depuis la venue de l'Esprit-Saint jusqu'au martyre du Saint. Mais la grande Dame du monde qui connaissait la malice et les trames de Lucifer et des Juifs, délivra saint Étienne de toutes leurs embûches jusqu'à ce qu'il fût temps opportun de mourir lapidé, comme je le dirai ensuite. En trois occasions différentes la Reine envoya l'un de ses Anges qui l'assistaient, afin de tirer saint Étienne d'une maison où ils prétendaient lui ôter la vie en l'étouffant. Et le saint Ange le tira de ce danger d'une manière invisible pour les Juifs qui le cherchaient, mais non point pour le Saint qui le vit, et il connut que l'Ange le portait au Cénacle et le présentait à sa Reine et sa Maîtresse. D'autres fois Elle l'avisait par le même Ange de ne point aller à telle rue ou à telle maison où ils l'attendaient pour en finir avec lui. D'autres fois la grande Reine le retenait, afin qu'il ne sortît point du Cénacle, parce qu'Elle connaissait qu'ils le guettaient pour le tuer. Et non seulement ils l'attendirent quelques nuits à la sortie du Cénacle pour aller à sa demeure; mais en d'autres maisons, ils lui tendirent les mêmes embûches et les mêmes trahisons. Parce que saint Étienne allait comme je l'ai dit avec un zèle très ardent, pour consoler plusieurs fidèles nécessiteux, et non seulement il ne craignait point les dangers et les occasions de mourir, mais au contraire il les désirait et les recherchait. Et comme il ne savait pas pour quelle heure le Seigneur lui gardait cette grande félicité et voyant que la Bienheureuse Mère le délivrait tant de fois des dangers, il avait coutume de se plaindre amoureusement à Elle et il lui disait: «Madame et mon Refuge, quand donc doit arriver le jour et l'heure où je paierai à mon Dieu et mon Maître la dette de ma vie, en me sacrifiant pour l'honneur et la gloire de Son Saint Nom?»

7, 11, 188. Ces plaintes de l'amour de Jésus-Christ dans son serviteur Étienne étaient pour la Très Sainte Marie d'une jubilation inconcevable; et Elle avait coutume de lui répondre avec une maternelle et douce affection: «Mon fils, serviteur très fidèle du Seigneur, le temps déterminé par Sa très sublime Sagesse arrivera bientôt, et vos espérances ne se trouveront point frustrées. Travaillez maintenant pendant le temps qui vous reste dans la Saint Église, car vous aurez assurément la couronne de votre nom; et rendez-en continuellement grâces au Seigneur qui vous l'a préparée.» La pureté et la sainteté de saint Étienne étaient très nobles et d'une perfection éminente, de manière que les démons ne pouvaient s'approcher de lui qu'à une grande distance; et pour cela il était très aimé de Jésus-Christ et de Sa Très Sainte Mère. Les Apôtres l'ordonnèrent diacre. Et avant qu'il fût martyr, sa vertu et sa sainteté était très héroïque: par là il mérita d'être le premier qui remporta la palme sur tous après la Passion. Et pour manifester davantage la sainteté de ce grand Saint, premier Martyr, j'ajouterai ici ce que j'ai entendu, conformément à ce que saint Luc rapporte dans le chapitre 6 des Actes des Apôtres.

7, 11, 189. Il s'éleva une discussion (Act. 6: 1) à Jérusalem entre les fidèles convertis; parce que les Grecs se plaignaient des Hébreux, de ce que dans le ministère et le service quotidien des convertis, les veuves des Grecs n'étaient point reçues comme celle des Hébreux. Les uns et les autres étaient des Juifs Israélites, quoiqu'ils appelassent Grecs, ceux qui étaient nés en Grèce et Hébreux ceux qui étaient naturels de la Palestine: voici en quoi consistait la plainte des Grecs. Ce ministère quotidien était l'administration et la distribution des aumônes et des offrandes qui se dépensaient à sustenter les fidèles. Ce ministère fut confié à six hommes approuvés et recommandables, comme je l'ai déjà dit dans le chapitre 7 [a], et cela fut ordonné ainsi par le conseil de la Très Sainte Marie, comme je l'ai dit en cet endroit. Mais le nombre des fidèles croissant, il fut nécessaire de désigner aussi quelques femmes veuves et d'âge mûr, afin qu'elles travaillassent dans le même ministère et qu'elles prissent soin du soutien des fidèles, en particulier des autres femmes et des malades; elles distribuaient entre eux ce que donnaient les six dispensateurs ou aumôniers marqués. Ces femmes étaient nommées d'entre les Hébreux. Et il paraissait aux Grecs qu'ils avaient peu de confiance aux leurs, en ne les admettant ni ne les occupant point dans ce ministère, et ils se plaignirent devant les Apôtres de ce dommage.

7, 11, 190. Pour régler ce différend, le Collège Apostolique fit assembler la multitude des fidèles et ils leur dirent (Act. 6: 2): «Il n'est pas juste que nous laissions la prédication de la Parole de Dieu pour nous appliquer à prendre soin de l'entretien des frères qui viennent à la Foi. Choisissez-vous sept hommes d'entre vous qui soient des hommes sages et remplis de l'Esprit-Saint, et nous chargerons ceux-ci du soin et du gouvernement de tout cela, afin que nous nous occupions à la prière et à la prédication. Et vous recourrez à eux dans les doutes et les différends qui se présenteront touchant l'entretien des croyants.» Ils approuvèrent tous ce sentiment et ils choisirent sept hommes, sans aucune distinction de nations, comme le rapporte saint Luc. Et le premier et le principal fut saint Étienne dont la foi et la sagesse étaient connues de tous. Ces sept demeurèrent comme surintendants des six premiers et des veuves qui servaient, sans exclure les Grecs plus que d'autres; parce qu'ils ne considéraient point la nationalité mais la vertu de chacun. Celui qui fit le plus pour apaiser cette discorde fut saint Étienne qui éteignit aussitôt, par sa sagesse admirable et sa sainteté la discussion des Grecs, et il facilita les Hébreux afin qu'ils s'accordassent tous comme enfants de Jésus-Christ notre Sauveur et Maître, et qu'ils procédassent avec sincérité et charité, sans partialité ni acception de personnes, comme ils le firent au moins les mois qu'il vécut.

7, 11, 191. Mais saint Étienne ne laissa pas pour cette occupation la prédication et les disputes avec les Juifs incrédules. Et comme ceux-ci ne pouvaient lui donner la mort en secret, ni résister à sa sagesse en public, vaincus par une haine mortelle, ils cherchèrent des faux témoins contre lui. Ils l'accusèrent de blasphème contre Dieu et contre Moïse et qu'il ne cessait point de parler contre le saint Temple et contre la Loi, et qu'il assurait que Jésus de Nazareth devait détruire l'un et l'autre. Et comme les faux témoins attestaient tout cela et que le peuple s'irritait par les faussetés qu'ils lui imputaient pour cela, ils mirent la main sur saint Étienne et ils le menèrent à la salle où étaient les prêtres avec les juges de la cause. Le président écouta sa défense (Act. 7: 1) devant tous; dans cette réponse le Saint parla avec une sagesse très sublime, prouvant par les anciennes Écritures que Jésus-Christ était le véritable Messie promis en elles; et pour
conclusion du sermon il leur reprocha leur dureté et leur incrédulité avec tant d'efficace que comme ils ne trouvaient que répondre, ils se bouchèrent les oreilles et ils grinçaient des dents contre lui.

7, 11, 192. La Reine du Ciel eut connaissance de l'arrestation de saint Étienne et Elle lui envoya à l'instant l'un de ses Anges avant ses disputes avec les pontifes, afin qu'il l'animât de sa part pour le combat qui l'attendait. Saint Étienne lui répondit par le même Ange qu'il allait plein de joie confesser la Foi de son Maître et avec un coeur intrépide pour donner la vie pour cette même Foi, comme il l'avait toujours désiré, et que son Altesse l'aidât dans cette occasion comme Mère et Reine très clémente, et qu'il n'avait point d'autre peine que celle de n'avoir pu lui demander sa bénédiction pour mourir avec elle comme il le désirait, la priant de la lui donner de sa retraite. Ces dernières paroles émurent de compassion les entrailles maternelles de la Très Sainte Marie, outre l'amour et l'appréciation qu'Elle avait de saint Étienne, et la grande Dame désirait l'assister personnellement dans cette occasion où le Saint devait rendre honneur à son Dieu et son Rédempteur et offrir sa vie pour Sa défense. La Très Prudente Mère considérait les difficultés qu'il y avait de sortir par les rues de Jérusalem dans un temps où la ville était en commotion et non moins pour trouver une opportunité de parler à saint Étienne.

7, 11, 193. Elle se prosterna en oraison demandant la Faveur divine pour son disciple bien-aimé; et Elle présenta au Seigneur le désir qu'Elle avait de le favoriser dans cette dernière heure. Et la Clémence du Très-Haut qui est toujours attentif aux prières et aux désires de Son Épouse et Sa Mère et qui voulait aussi rendre plus précieuse la mort de Son fidèle serviteur et disciple Étienne, envoya du Ciel une nouvelle multitude d'Anges qui avec ceux de la Très Sainte Marie la porteraient aussitôt où était le Saint; ce qui s'exécuta à l'instant comme le Seigneur le commandait; et les saints Anges mirent leur Reine dans une nuée resplendissante et ils la portèrent au tribunal où était saint Étienne, et le grand prêtre achevait d'examiner les accusations qu'on lui faisait. Cette vision fut cachée à tous, hors saint Étienne qui vit la grande Dame devant lui en l'air, remplie de gloire et de splendeur Divine; et il vit aussi les Anges qui la portaient dans la nuée. Cette faveur incomparable alluma de nouveau la flamme de l'Amour divin et le zèle ardent de l'honneur de Dieu dans son défenseur Étienne. Et outre
la joie nouvelle qu'il reçut par la vue de la Très Sainte Marie, il arriva aussi que les splendeurs que la grande Reine émettait, frappant le visage de saint Étienne, se réverbéraient en lui et lui causaient une beauté et une clarté admirables.

7, 11, 194. De cette nouveauté résulta l'attention (Act. 6: 15) avec laquelle saint Luc dit dans le chapitre 6 des Actes des Apôtres que les Juifs qui étaient dans cette salle ou tribunal regardèrent saint Étienne, et ils virent sa face comme celle d'un Ange; parce que sans doute cela leur paraissait plus que d'un homme. Et Dieu ne voulut point cacher cet effet de la présence de Sa Très Sainte Mère, afin que la confusion de ces Juifs perfides fût plus grande, s'ils ne se réduisaient à la Vérité que saint Étienne leur prêchait avec un miracle si visible. Mais ils ne connurent point la cause de cette beauté surnaturelle de saint Étienne, parce qu'ils n'étaient point dignes de la connaître et il ne convenait point alors de la manifester, et saint Luc pour cette raison ne la déclara pas non plus. La Très Sainte Marie parla à saint Étienne et Elle lui dit des Paroles de Vie et de consolation admirables, et Elle l'assista en lui donnant des bénédictions de suavité et de douceur, priant le Père Éternel pour lui, afin qu'Il le remplît de nouveau de Son Divin Esprit en cette occasion. Tout s'accomplit comme la Reine le demanda, ainsi que le manifestent la sagesse et le courage invincibles avec lesquels saint Étienne parla aux princes des Juifs et il prouva la Venue de Jésus-Christ comme Messie et Sauveur, commençant son discours depuis la vocation d'Abraham, jusqu'aux Rois et aux Prophètes du peuple d'Israël, avec ces témoignages incontestables de toutes les Écritures de l'Ancien Testament.

7, 11, 195. A la fin de son sermon notre Sauveur lui apparut à la prière de la Reine qui était présente en récompense de son zèle invincible; pour cela le Ciel s'ouvrit et Jésus Se manifesta debout à la droite de la Vertu du Père, comme pour assister et aider le Saint dans ce combat et cette lutte. Saint Étienne leva les yeux et dit (Act. 7: 55): «Voici que je vois les Cieux ouverts et leur gloire, et en elle je vois Jésus à la droite de Dieu même.» Mais la dureté et la perfidie des Juifs prirent ces paroles pour des blasphèmes, et ils se bouchèrent les oreilles pour ne point les entendre. Et comme la peine du blasphème selon la Loi était de mourir lapidé, ils commandèrent de l'exécuter dans saint Étienne. Alors ils se jetèrent tous sur lui comme des loups, afin de le tirer de la ville avec une grande impétuosité et un grand tumulte. Et lorsque cela commençait à s'exécuter, la Très Sainte Marie lui donna sa bénédiction et Elle prit congé du Saint en l'encourageant avec une grande tendresse et Elle commanda à tous les Anges de sa garde de l'assister et de l'accompagner dans son martyre, jusqu'à ce qu'ils eussent présenté son âme en la Présence du Seigneur. Et il n'y eut qu'un des Anges de l'assistance de la Très Sainte Marie qui la ramena au Cénacle avec d'autres qui étaient descendus du Ciel pour la mener en présence de saint Étienne.

7, 11, 196. Du Cénacle, la grande Dame vit tout le martyre de saint Étienne et ce qui arriva dans une vision spéciale; comment ils le traînaient (Act. 7: 57) hors de la cité avec une grande violence et de grandes vociférations, le donnant pour blasphémateur et digne de mort; comment Saul était l'un de ceux qui y concouraient davantage, et comment, zélé pour la Loi de Moïse, il gardait les vêtements de tous ceux qui s'en dépouillaient pour lapider saint Étienne, comment il était blessé des pierres qui pleuvaient sur lui; et que quelques-unes demeuraient fixée dans la tête du Martyr enchâssées avec l'émail de son sang. La compassion que notre Reine eut d'un martyre si cruel fut très grande et très sensible; mais plus grande était la joie de ce que saint Étienne l'obtenait si glorieusement. La Pieuse Mère priait avec larmes pour ne point lui manquer de son oratoire; et lorsque l'invincible Martyr se sentit près d'expirer, il dit (Act. 7: 58-59): «Seigneur, recevez mon esprit;» et ensuite il ajouta à genoux et à haute voix: «Seigneur, n'imputez point à ces hommes ce péché.» La Très Sainte Marie l'accompagna aussi dans ces prières avec une jubilation incroyable, de voir que le fidèle disciple imitait si exactement son Maître, priant pour ses ennemis et ses malfaiteurs et remettant son esprit entre les mains de son Créateur et son Réparateur.

7, 11, 197. Saint Étienne expira opprimé et blessé par les pierres des Juifs, demeurant eux-même plus endurcis dans leur perversité. Et les Anges de la Reine portèrent immédiatement cette âme très pure en la Présence de Dieu, pour être couronnée d'honneur et de gloire éternelle. Notre-Seigneur Jésus-Christ la reçut avec ces paroles de Son Évangile et de Sa Doctrine (Matt. 25: 23): «Ami, monte plus haut; viens à Moi, serviteur fidèle, car si tu l'as été dans les choses courtes et de peu de valeur, je te récompenserai avec abondance; je te confesserai (Matt. 10: 32) devant Mon Père pour Mon fidèle serviteur et Mon ami; parce que tu M'as confessé devant les hommes.» Tous les Anges, les Patriarches, les Prophètes et tout les Saints reçurent une joie accidentelle spéciale ce jour-là, et ils donnèrent
des félicitations à l'invincible Martyr, le reconnaissant pour les prémices de la Passion du Sauveur et le Capitaine de tous ceux qui après sa mort le suivraient par le martyre. Cette âme très heureuse fut colloquée dans une place de gloire très supérieure et très proche de la Très Sainte Humanité de notre Sauveur Jésus-Christ. La Bienheureuse Mère participait de cette joie par la vision qu'Elle avait de tout; et Elle fit avec les Anges des cantiques de bénédictions à la louange du Très-Haut. Les Anges qui revinrent du Ciel laissèrent là saint Étienne et rendirent à la Reine des actions de grâces pour les faveurs qu'Elle avait faites au Saint, jusqu'à le faire placer dans la Félicité Éternelle dont il jouissait.

7, 11, 198. Saint Étienne mourut neuf mois après la Passion et la Mort de notre Rédempteur Jésus-Christ, le vingt-six décembre, le même jour que la Saint Église célèbre son martyre, et ce jour-là il accomplissait trente-quatre ans d'âge et c'était aussi l'an trente-quatre de la naissance de notre Sauveur, un jour étant déjà passé en l'an trente-cinq. De sorte que saint Étienne naquit un jour après la naissance de notre Sauveur et il n'eut de plus d'âge que les neuf mois qui se passèrent depuis la Mort de Jésus-Christ jusqu'à la sienne; mais sa naissance et son martyre tombèrent le même jour, et ainsi il m'a été donné à entendre. L'oraison de la Très Saint Marie et celle de saint Étienne méritèrent la conversion de Saul, comme nous le dirons plus loin [b]. Et afin qu'elle fût plus glorieuse, le Seigneur permit que dès ce jour-là le même Saul prît pour son compte de persécuter l'Église et de la détruire, se signalant au-dessus de tous les Juifs dans la persécution qui s'excita après la mort de saint Étienne, étant demeurés indignés contre les nouveaux fidèles, comme je le dirai dans le chapitre suivant. Les disciples recueillirent le corps de l'invincible Martyr et ils lui donnèrent la sépulture avec un grand pleur (Act. 8: 2), de ce qu'un homme si sage et si zélé défenseur de la Loi de grâce leur manquerait. Je me suis rallongé quelque peu en parlant de lui parce que j'ai connu la sainteté insigne de ce premier Martyr et parce qu'il a été si dévot et si favorisé de la Très Sainte Marie.


DOCTRINE QUE ME DONNA LA GRANDE REINE DES ANGES.

7, 11, 199. Ma fille, les mystères divins représentés et proposés aux sens terrestres des hommes, y résonnent peu lorsqu'ils les trouvent distraits et accoutumés aux choses visibles, et lorsque l'intérieur n'est pas pur, limpide et débarrassé des ténèbres du péché; parce que la capacité humaine qui est lourde et courte par elle-même pour s'élever aux choses élevées et Célestes, s'éloigne plus du vrai si outre sa vertu limitée elle s'embarrasse à considérer et à aimer ce qui est apparent; et accoutumée à l'obscurité, elle s'éblouit avec la Lumière. Pour cette cause les hommes terrestres (1 Cor. 2: 14) se forment une idée si basse et si inégale des Oeuvres merveilleuses du Très-Haut et de celles que je faisais aussi et que je fais chaque jour pour eux. Ils foulent aux pieds les Pierres précieuses et ils ne distinguent point le Pain des enfants de l'aliment grossier des brutes irraisonnables. Tout ce qui est Céleste et Divin leur paraît insipide; parce qu'ils ne les savent point au goût des plaisirs sensibles; et ainsi ils sont incapables de considérer les choses sublimes et de profiter de la Science de Vie et du Pain d'entendement qui y est renfermée

7, 11, 200. Mais le Très-Haut a voulu te préserver de ce danger, ma très chère, et Il t'a donnée une Science et une Lumière, améliorant tes sens et tes puissances afin que ces mêmes puissances étant devenues habiles et ravivées par la force de la grâce Divine, tu sentes et tu juges sans erreur les mystères et les sacrements que je te manifeste. Et quoique je t'aie dit plusieurs fois qu'en la vie mortelle tu ne les pénétreras point ni ne les pèseras entièrement; néanmoins tu peux et tu dois en faire une digne appréciation selon tes forces, pour ton instruction et l'imitation de mes oeuvres. Dans la variété ou la contrariété des peines et des désolations dont toute ma Vie fut tissée, même après que j'eusse été avec mon Très Saint Fils à Sa droite dans le Ciel et que je fusse revenue dans le monde, tu comprendras que la tienne doit être de la même condition pour me suivre comme Mère, si tu veux être ma disciple et fortunée. Dans l'humilité prudente et égale avec laquelle je gouvernais les Apôtres et tous les fidèles sans partialité ni singularité tu as une règle pour savoir comment tu dois procéder dans le gouvernement de tes sujettes avec mansuétude, modestie, humble sévérité et surtout sans acception de personne et sans te signaler avec quelqu'une en ce qui est dû à toutes et ce qui peut être commun. Cela facilite la charité et l'humilité véritables de ceux qui gouvernent; parce que si l'on opérait avec ces vertus, on ne serait pas si absolu dans le commandement, ni si présomptueux de son propre sentiment et l'on ne pervertirait pas l'ordre de la justice avec tant de dommage,comme toute la Chrétienté en souffre aujourd'hui; parce que l'orgueil, la vanité, l'intérêt, l'amour-propre et celui de la chair et du sang se sont élevés dans presque toutes les actions et les oeuvres du gouvernement; avec quoi tout est rempli d'écarts et toutes les républiques sont pleines d'injustices et de confusion épouvantables.

7, 11, 201. Dans le zèle très ardent que j'avais de l'honneur de mon Très Saint Fils, vrai Dieu et que Son Saint Nom fût prêché et défendu; dans la joie que je recevais quand Sa Divine Volonté s'exécutait en cela et que le Fruit de la Passion et de Sa Mort profitait dans les âmes par l'extension de la Sainte Église, dans les faveurs que je fis au glorieux Martyr Étienne, parce qu'il était le premier qui offrait sa vie pour cette entreprise; en tout cela, ma fille, tu trouveras de grands motifs de louer le Très-Haut pour Ses Oeuvres Divines et dignes de vénération et de gloire et de m'imiter, moi, en bénissant Son immense Bonté de la Sagesse qu'Il m'a donnée, pour opérer en tout avec plénitude de sainteté, selon Son Agrément et son approbation

NOTES EXPLICATIVES
Extraites de celles de Don Creseto, à l'usage des prêtres.
7, 11, [a]. Livre 7, Nos. 107, 109.
7, 11, [b]. Livre 7, No. 263.
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Message par sga le Ven 24 Avr 2020 - 13:50

CHAPITRE 12


La persécution que l'Église souffrit après la mort de saint Étienne; combien notre Reine y eut à endurer, et comment les Apôtres ordonnèrent le Symbole de la Foi Catholique par ses soins.


7, 12, 202. Le même jour que saint Étienne mourut lapidé, saint Luc dit qu'il s'éleva une grande persécution (Act. 8: 1) contre l'Église qui était à Jérusalem. Et il dit en particulier que Saul (Act. 8: 3) la dévastait, cherchant par toute la cité les disciples de Jésus-Christ pour les arrêter et les dénoncer aux magistrats, comme il fit de plusieurs fidèles qui furent pris et maltraités et quelques-uns moururent dans cette persécution. Et quoiqu'elle fût très terrible à cause de la haine que les princes des prêtres avaient conçue contre tous ceux qui suivaient la Doctrine de Jésus-Christ et parce que Saul se montrait entre tous, très ardent défenseur et émulateur de la Loi de Moïse, comme il le dit lui-même dans son Épître aux Galates (Gal. 1: 13); néanmoins cette indignation judaïque avait un autre cause cachée, et ceux mêmes qui la ressentaient dans ses effets ignoraient de quel principe elle s'originait.

7, 12, 203. Cette cause était la sollicitude de Lucifer et de ses démons qui, par le martyre de saint Étienne, s'étaient troublés et émus avec une indignation diabolique contre les fidèles et surtout contre la Reine et la Maîtresse de l'Église, la Très Sainte Marie. Le Seigneur permit pour la plus grande confusion du dragon, qu'il la vit quand les Anges la portèrent en la présence de saint Étienne. Et Lucifer soupçonna, par ce Bienfait si extraordinaire et la sagesse de saint Étienne, que la pieuse Reine ferait la même chose à l'égard des autres Martyrs qui s'offriraient à la mort pour le Nom de Jésus-Christ, ou que du moins Elle les aiderait et les assisterait de sa protection et de son refuge, afin qu'ils ne craignissent point les tourments de la mort, mais qu'ils s'y livrassent avec un coeur invincible. Ce moyen des tourments et des douleurs était celui que l'astuce diabolique avait choisi pour intimider les fidèles et les détourner de la suite de Jésus-Christ, notre Sauveur, lui semblant que les hommes aiment tant leur vie et craignent tant les douleurs et la mort, et surtout lorsqu'elles sont très violentes, que pour ne point les souffrir et y mourir, ils renieraient la Foi ou ils refuseraient de la recevoir. Le serpent a toujours suivi ce dessein, quoique sa malice ait été trompée en cela dans le cours de l'Église, comme il lui est arrivé dans le Chef des Saints, Notre-Seigneur Jésus-Christ où il se trompa d'abord.

7, 12, 204. Mais en cette occasion, comme l'Église était au principe et que le dragon se trouva si troublé en irritant les Juifs contre saint Étienne, il demeura confus. Et lorsqu'il le vit mourir si glorieusement il assembla les démons et leur dit: «Je suis troublé par la mort de ce disciple et la faveur qu'il a reçue de cette Femme, notre ennemie; parce que si Elle fait cela avec les autres disciples et ceux qui suivent son Fils, nous ne pourrons en vaincre ni en renverser aucun par le moyen des tourments et de la mort; au contraire, ils s'animeront par l'exemple à souffrir et à mourir tous comme leur Maître et nous demeurerons vaincus et opprimés par la voie par laquelle nous intentions de les détruire, puisque le plus grand triomphe et la plus grande victoire qu'ils puissent remporter sur nous, pour notre tourment, est de donner leur vie pour la Foi que nous désirons éteindre. Nous nous égarons par ce chemin; mais je n'en trouve point d'autre et je n'arrive point à deviner la manière de poursuivre ce Dieu Incarné, Sa Mère et ceux de Leur suite. Est-il possible que les hommes soient si prodigues de la vie qu'ils désirent tant, et que sentant si fort la souffrance, ils se livrent aux tourments pour imiter leur Maître? Mais ma juste indignation ne s'apaise pas pour cela. Je ferai que d'autres souffrent la mort pour mes erreurs, comme ceux-ci le font pour leur Dieu. Et tous ne mériteront pas le patronage de cette Femme invincible et ne seront pas si courageux que de vouloir souffrir des tourments si inhumains comme ceux que je leur fabriquerai. Allons et irritons les Juifs, nos amis, afin qu'ils détruisent cette gente et qu'ils effacent de la terre le Nom de leur Maître.»

7, 12, 205. Lucifer mit aussitôt en exécution cette pensée et il alla avec une multitude innombrable de démons vers tous les princes et les magistrats des Juifs, et les autres du peuple qu'il connaissait plus incrédules, et il les remplit tous de confusion et d'envie furieuse contre ceux qui suivaient Jésus-Christ; et par des suggestions et des faussetés, il leur alluma le zèle trompeur de la Loi de Moïse et des anciennes traditions de leurs ancêtres. Il ne fut pas difficile au démon de semer cette ivraie dans des coeurs si perfides et si gâtés par plusieurs autres péchés; et ainsi ils la reçurent de toute leur volonté. Ils traitèrent ensuite en plusieurs assemblées ou conférences d'en finir tout d'un coup avec tous les disciples et les sectateurs de Jésus-Christ. Les uns disaient de les exiler de
Jérusalem; d'autres, de tout le royaume d'Israël, d'autres de n'en laisser aucun en vie, afin que cette secte s'éteignît d'une fois; d'autres enfin étaient de sentiment de les tourmenter avec rigueur, pour faire une crainte et un avertissement pour les autres de ne point s'approcher d'eux et de les priver ensuite de leurs biens, avant qu'ils pussent les consumer en les livrant aux Apôtres. Cette persécution fut si grave comme dit saint Luc (Act. 8: 1) que les soixante-douze disciples s'enfuirent de Jérusalem, se répandant par toute la Judée et la Samarie, quoiqu'ils allassent prêcher par tout le pays avec un coeur invincible. Les Apôtres demeurèrent à Jérusalem avec la Très Sainte Marie et plusieurs fidèles, mais ceux-ci restaient timides et abattus, se cachant beaucoup des diligences par lesquelles Saul les cherchait pour les prendre.

7, 12, 206. La Bienheureuse Mère, qui était présente et attentive à tout, donna ordre en premier lieu le jour de la mort de saint Étienne que son corps fût recueilli et enseveli, car cela aussi se fit par son commandement; et Elle demanda de lui apporter une Croix que le Martyr portait sur lui. Il l'avait fait à l'imitation de la Reine Elle-même, parce qu'après la venue de l'Esprit-Saint, la divine Dame en portait aussi une sur Elle, et à son exemple, les autres fidèles portaient de ces Croix dans la primitive Église. Elle reçut cette Croix de saint Étienne avec une vénération spéciale, tant pour la Croix elle-même que parce que le Martyr l'avait portée. Elle l'appela "Saint" et Elle commanda de recueillir ce qui serait possible de son sang et de le conserver avec estime et vénération, comme d'un Martyr déjà glorieux. Elle loua sa sainteté et sa constance en présence des Apôtres et de plusieurs fidèles, afin de les consoler et de les animer par son exemple dans cette tribulation [a].

7, 12, 207. Et afin que nous comprenions en quelque partie la grandeur du Coeur magnanime que notre Reine manifesta dans cette persécution et dans les autres que l'Église eut dans le temps de sa très sainte Vie, il est nécessaire de récapituler les Dons que le Très-Haut lui avait communiqués, les rapportant à la participation aussi spéciale et aussi ineffable de Ses Attributs Divins qu'il était nécessaire, afin que «le Coeur de son Mari Se confiât» à cette Femme Forte (Prov. 31: 11) et qu'Il lui confiât les Oeuvres "ad extra" que la Toute-Puissance de Son Bras avait faites; parce que dans sa manière d'opérer, la Très Sainte Marie s'élevait sans doute au-dessus de toute la vertu des créatures et Elle s'assimilait à Celle de Dieu même, dont Elle semblait être l'Étampe ou l'Image unique. Aucune oeuvre, ni aucune pensée des hommes ne lui étaient cachées; Elle pénétrait toutes les intentions et les machinations des démons; Elle n'ignorait rien de ce qu'il convenait de faire dans l'Église. Et quoiqu'Elle eût tout cela compris ensemble dans son esprit; son intérieur ne se troublait point dans la disposition de tant de choses; Elle ne s'embarrassait point dans les unes pour d'autres; Elle ne se confondait ni ne s'excitait dans l'exécution; Elle ne se fatiguait point de la difficulté; Elle n'était point opprimée par la multitude de ses soins; Elle n'oubliait point les absents pour secourir les présents; il n'y avait point de vide ni de défaut dans sa prudence; parce qu'Elle semblait immense et sans aucune limite; et ainsi Elle était attentive à tout comme à chaque chose en particulier, et à chacun comme s'il eût été le seul dont Elle prenait soin. Et comme le soleil illumine, vivifie et réchauffe tout sans fatigue, sans oubli, sans incommodité et sans aucun manquement de sa part; ainsi notre grande Reine, choisie comme le Soleil pour son Église, la gouvernait, l'animait, et donnait la Vie à tous ses enfants sans manquer à aucun.

7, 12, 208. Et lorsqu'Elle vit l'Église si troublée et si affligée par la persécution des démons et des hommes qu'ils irritaient, Elle se tourna aussitôt contre les auteurs de la méchanceté et Elle commanda impérieusement à Lucifer et à ses ministres de descendre alors dans l'abîme où ils tombèrent à l'instant sans pouvoir lui résister et en jetant des hurelements; et ainsi ils furent huit jours entiers comme attachés et emprisonnés, jusqu'à ce qu'il leur fût permis de se relever de nouveau. Cela fait, Elle appela les Apôtres, les consola et les anima, afin qu'ils fussent constants et qu'ils espérassent la faveur divine dans cette tribulation; et en vertu de cette exhortation nul ne sortit de Jérusalem. Les disciples s'absentèrent, parce qu'ils étaient nombreux et qu'ils n'eussent pu se cacher comme il convenait alors; et ils allèrent tous prendre congé de leur Mère et leur Maîtresse et ils partirent avec sa bénédiction. Elle les exhorta et les encouragea tous, leur ordonnant de ne point défaillir par la crainte de la persécution, ni de cesser de prêcher Jésus-Crucifié, comme de fait ils le prêchèrent dans la Judée, la Samarie et d'autres endroits. Elle les conforta et les secourut par le ministère de ses Anges qu'Elle leur envoyait dans les afflictions qui se présentaient à eux, afin de les animer et de les porter même quand il était nécessaire, comme il arriva à Philippe dans le chemin de la ville de Gaza, lorsqu'il baptisa l'éthiopien, serviteur de la reine Candace; ce que saint Luc rapporte dans le chapitre 8 (Act. 8: 39). Elle envoyait aussi les mêmes Anges pour secourir et aider les fidèles qui étaient à l'article de la mort; et ensuite Elle prenait soin de soulager les âmes qui allaient en purgatoire.

7, 12, 209. En cette persécution, les afflictions et les soucis furent plus grands dans les Apôtres que dans les autres fidèles; parce que comme Docteurs et Fondateurs de l'Église, il convenait qu'ils l'assistassent tant à Jérusalem qu'au dehors. Et quoiqu'ils fussent remplis de Science et de Dons de l'Esprit-Saint, l'entreprise était néanmoins si ardue et la contradiction si puissante que, sans le conseil et la direction de leur unique Maîtresse, ils se fussent souvent trouvés comme attachés et écrasés. C'est pourquoi ils la consultaient fréquemment, Elle les convoquait aussi et Elle ordonnait des assemblées et des conférences pour ce dont il convenait davantage de traiter, conformément aux occasions et aux affaires occurrentes; car seule Elle pénétrait les choses présentes et Elle prévenait avec certitude les futures; et par son ordre, ils sortaient de Jérusalem et ils allaient où il était nécessaire d'accourir; comme saint Pierre et saint Jean allèrent à Samarie, lorsqu'ils eurent la notice qu'ils recevaient la prédication de la Foi (Act 8: 14). Au milieu de toutes ses propres occupations et des tribulations de ses fidèles qu'Elle aimait et dont Elle prenait soin comme de ses enfants, la grande Dame était immuable dans son être très parfait de repos et de tranquillité avec une inviolable sérénité de son esprit.

7, 12, 210. Elle disposait ses actions de manière qu'il lui restait du temps pour se retirer souvent seule; et quoique les oeuvres extérieures ne l'empêchassent point de prier, néanmoins Elle en faisait plusieurs dans la solitude, qu'Elle se réservait de faire dans son secret. Elle se prosternait en terre, Elle se collait avec la poussière, Elle soupirait et Elle pleurait pour le remède des mortels et sur la chute de tant d'âmes qu'Elle connaissait comme réprouvées. Et comme Elle avait la Loi de l'Évangile écrite dans son Coeur très pur, avec l'Étampe de l'Église, tout le cours de cette même Église et les travaux et les tribulations que les fidèles devaient souffrir; Elle conférait de tout cela en Elle-même avec le Seigneur, afin d'ordonner et de disposer toutes les choses par cette Lumière divine et cette Science de la Volonté Sainte du Très-Haut. Là Elle renouvelait cette participation de l'Être de Dieu et de Ses Perfections dont Elle avait besoin pour des Oeuvres divines, comme celles qu'Elle faisait dans le gouvernement de l'Église sans en manquer aucune, avec tant de plénitude de sagesse et de sainteté qu'en toutes ces Oeuvres Elle paraissait plus qu'une pure Créature, quoiqu'Elle le fût. Parce qu'Elle était élevée dans ses pensées; inestimable dans sa sagesse; très prudente dans ses conseils; très droite et très assurée dans ses jugements; très sainte dans ses oeuvres; véritable et sincère dans ses paroles, et belle et parfaite en toute bonté. Pour les faibles Elle était pieuse; pour les humbles, amoureuse et douce; pour les orgueilleux, de majesté sévère. Son excellence propre ne l'élevait point, l'adversité ne la troublait point, les travaux ne la faisaient point succomber; et en tout Elle était un Portrait de son Fils dans l'opération.

7, 12, 211. La Très Prudente Mère considéra que les disciples qui étaient répandus pour prêcher le Nom et la Foi de Notre-Seigneur Jésus-Christ, n'avaient point d'instruction ni de règle déterminée pour se gouverner tous uniformément dans la prédication sans distinction ni contradiction, afin que tous les fidèles crussent les même Vérités expresses. Elle connut de même qu'il était nécessaire que tous les Apôtres se répartissent aussitôt par tout le globe, afin de répandre et de fonder l'Église par leur prédication; et qu'il fallait qu'ils fussent tous unis dans la Doctrine sur laquelle devait se fonder toute la Vie et la Perfection Chrétiennes. Pour tout cela la Très Prudente Mère de la Sagesse jugea qu'il convenait de réduire en un bref Sommaire tous les Mystères divins que les Apôtres devaient prêcher et que les fidèles devaient croire, afin que ces Vérités épiloguées en peu d'Articles fussent plus à la portée de tous, et que toute l'Église s'unît en elles sans différence essentielle, et qu'elles servissent comme de colonnes immuables pour élever sur elles l'édifice spirituel de cette nouvelle Église de l'Évangile.
7, 12, 212. Pour disposer cette affaire dont Elle connaissait l'importance, la Très Sainte Marie représenta ses désirs au Seigneur même qui les lui donnait; et Elle persévéra pendant plus de quarante jours dans cette oraison, avec des jeûnes, des prosternations et d'autres exercices. Et de même qu'il fut nécessaire que Moïse comme médiateur entre Dieu et le peuple jeûnât et priât pendant quarante jours sur le mont Sinaï pour que Dieu donnât la Loi écrite; de même aussi pour la Loi de grâce, notre Sauveur Jésus-Christ fut Auteur et Médiateur entre Son Père Éternel et les hommes, et la Très Sainte Marie fut Médiatrice entre eux et son Très Saint Fils; afin que l'Église de l'Évangile reçût cette nouvelle Loi écrite dans les coeurs, réduite aux Articles de la Foi qui ne changeront ni ne manqueront point en elle, parce que ce sont des Vérités divines et indéfectibles. L'un de ces jours qu'Elle persévéra dans ces prières, s'adressant au Seigneur, Elle Lui dit: «Seigneur très haut et Dieu Éternel, Créateur et Gouverneur de tout l'Univers, par Votre Clémence ineffable, Vous avez donné principe à l'Oeuvre magnifique de Votre Sainte Église. Il n'est pas conforme à Votre Sagesse, mon Seigneur, de laisser imparfaites les Oeuvres de Votre puissante Droite; élevez donc à sa haute perfection cette Oeuvre que Vous avez si glorieusement commencée. Que les péchés des mortels ne Vous empêchent point, ô mon Dieu, quand le Sang et la Mort de Votre Fils Unique et le mien crient au-dessus de leur malice; puisque ces clameurs ne sont point pour demander vengeance comme le sang d'Abel (Gen. 4: 10), mais pour demander pardon pour ceux mêmes qui l'ont répandu. Regardez les nouveaux enfants qu'Il Vous a engendrés et ceux que Votre Église aura dans les siècles futurs; et donnez Votre Esprit Divin à Pierre, Votre Vicaire, et aux autres Apôtres, afin qu'ils réussissent à disposer en un ordre convenable les Vérités sur lesquelles doit s'appuyer Votre Église; et que ses enfants sachent ce qu'ils doivent croire, tous sans distinction.»

7, 12, 213. Pour répondre à ces demandes de la Mère, Notre-Seigneur Jésus-Christ, son Très Saint Fils descendit personnellement des Cieux et lui manifestant Sa gloire immense Il lui parla et lui dit: «Ma Mère et Ma Colombe, reposez-vous dans vos anxiétés affectueuses et rassasiez par Ma Présence et Ma vue la soif vive que vous avez de Ma gloire et de l'augmentation de Mon Église. Je suis celui qui peut et veut vous les donner, et vous, Ma Mère, Celle qui peut M'y incliner et Je ne refuserai rien à vos prières et à vos désirs.» A ces paroles, la Très Sainte Mère demeura prosternée en terre, adorant la Divinité et l'Humanité de son Fils et son Seigneur en des colloques très sublimes et très mystérieux, avec quoi se tempérèrent les anxiétés dont Elle souffrait pour les soins de l'Église, parce que Sa Majesté lui promit de grands Dons et de grands Bienfaits en sa considération.

7, 12, 214. Dans la prière que la Reine faisait pour les Apôtres, outre que le Seigneur lui promit de les assister, afin qu'ils réussissent à disposer le Symbole de la Foi, Sa Majesté déclara à Sa Très Sainte Mère, les mots, les termes et les propositions dont il devait être formé. La Très Prudente Dame avait été instruite de tout cela, comme je l'ai dit dans la seconde partie [b], mais d'une manière générale; cependant alors qu'arrivait le temps de l'exécution de tout ce qu'Elle avait entendu, Il voulut renouveler le tout dans le Coeur très Pur de Sa Mère-Vierge, afin que les Vérités infaillibles sur lesquelles l'Église est fondée sortissent de la bouche même de Jésus-Christ. Il était convenable aussi de prévenir de nouveau l'humilité de la grande Dame, afin qu'avec cette humilité Elle se conformât à s'entendre nommer dans le Credo, comme Mère de Dieu et Vierge avant et après l'Enfantement, pendant qu'Elle vivait en chair mortelle parmi ceux qui devaient prêcher et croire cette Vérité divine. Cependant il n'y avait rien à craindre pour Celle qui devait entendre prêcher d'Elle-même une si grande excellence, puisqu'Elle avait mérité que Dieu regardât son humilité (Luc 1: 48) pour opérer en Elle la plus grande de Ses Merveilles; et de connaître Elle-même qu'Elle était Mère et Vierge était d'un plus grand poids que de l'entendre seulement prêcher dans l'Église.

7, 12, 215. Notre-Seigneur Jésus-Christ prit congé de Sa Bienheureuse Mère et retourna à la droite de Sons Père Éternel. Et aussitôt, Il inspira au coeur de Son Vicaire saint Pierre et des autres d'ordonner tous ensemble le Symbole de la Foi Universelle de l'Église. Avec cette motion ils allèrent conférer avec la divine Maîtresse des convenances et des nécessités qu'il y avait dans cette résolution. On détermina alors de jeûner dix jours continus et de persévérer dans la prière, comme le demandait une affaire si ardue, afin qu'ils y fussent illustrés de l'Esprit-Saint. Ces dix jours étant accomplis et quarante que la Reine traitait avec le Seigneur de cette matière, les douze Apôtres s'assemblèrent en présence de la grande Mère et Maîtresse de tous, et saint Pierre leur fit un discours dans lequel il leur dit ces raisons:

7, 12, 216. Mes très chers frères, la Miséricorde divine a voulu favoriser Sa Sainte Église par Sa Bonté infinie et les mérites de notre Sauveur et Maître Jésus-Christ, commençant à multiplier si glorieusement Ses enfants en peu de jours comme nous le connaissons et l'expérimentons tous. Et c'est pour cela que son puissant Bras a opéré tant de merveilles et de prodiges et qu'Il les renouvelle chaque jour par notre ministère de Sa Volonté divine dans cette Oeuvre de Ses mains pour la gloire et l'honneur de Son Saint Nom. Avec ces faveurs, Il nous a envoyé des tribulations et des persécutions du démon et du monde, afin qu'avec elles nous L'imitions comme notre Sauveur et notre Chef et afin que l'Église avec
ce lest, chemine plus sûrement vers le Port du Repos et la Félicité Éternelle. Les disciples se sont répandus par les cités circonvoisines à cause de la haine des princes des prêtres et ils prêchent de tous côtés la Foi de Notre-Seigneur et notre Rédempteur Jésus-Christ. Et nous aussi, il est nécessaire que nous allions aussitôt la prêcher par tout le globe comme le Seigneur nous l'a commandé avant de monter aux Cieux (Matt. 28: 19). Et afin que nous prêchions tous une même Doctrine et que les fidèles la croient; parce que la Sainte Foi doit être (Eph. 4: 5) une, comme le Baptême dans lequel ils la reçoivent est un, il convient que tous réunis ensemble dans le Seigneur, nous déterminions les Vérités et les Mystères qui doivent être proposés expressément; afin que tous les croient sans différence dans toutes les nations du monde. C'est une promesse infaillible du Sauveur que là où seront réunis deux ou trois en Son Nom, Il sera au milieu d'eux (Matt. 18: 20), et nous espérons fermement en cette Parole que maintenant Son Divine Esprit nous assistera, afin que nous entendions et déclarions en Son Nom par un décret invariable les Articles que la Sainte Église doit recevoir pour se fonder en eux jusqu'à la fin du monde, puisqu'elle doit demeurer jusqu'alors.»

7, 12, 217. Tous les Apôtres approuvèrent cette proposition de saint Pierre. Et ensuite le même Saint célébra la Messe et communia la Très Sainte Marie et les autres Apôtres, et l'ayant achevée ils se prosternèrent en terre, priant et invoquant le Divin Esprit, et la Très Sainte Marie fit la même chose. Et ayant prié quelque temps l'on entendit un tonnerre comme lorsque l'Esprit-Saint vint la première fois sur tous les fidèles réunis, et le Cénacle où ils étaient fut à l'instant rempli de lumière et de splendeur admirable, et ils furent tous illustrés et remplis de l'Esprit-Saint [c]. Alors la Très Sainte Marie leur demanda que chacun prononçât et déclarât un Mystère ou ce que l'Esprit Divin leur fournirait. Saint Pierre commença et tous poursuivirent dans cette forme [d].

SAINTE PIERRE:
Je crois en Dieu, le Père, Tout-Puissant, Créateur du Ciel et de la terre,
SAINT ANDRÉ:
Et en Jésus-Christ Son Fils Unique Notre-Seigneur,
SAINT JACQUES LE MAJEUR:
Qui a été conçu par l'oeuvre de l'Esprit-Saint, est né de la Vierge Marie,
SAINT JEAN:
A souffert sous la puissance de Ponce Pilate; a été crucifié; est mort, et a été enseveli,
SAINT THOMAS:
Est descendu aux enfers, le troisième jour est ressuscité d'entre les morts,
SAINT JACQUES LE MINEUR:
Est monté aux Cieux, est assis à la droite de Dieu le Père tout-puissant,
SAINT PHILIPPE:
ET DE LÀ IL VIENDRA JUGER LES VIVANTS ET LES MORTS,
SAINT BARTHÉLÉMY:
JE CROIS AU SAINT-ESPRIT,
SAINT MATTHIEU:
LA SAINTE ÉGLISE CATHOLIQUE, LA COMMUNION DES SAINTS,
SAINT SIMON:
LE PARDON DES PÉCHÉS,
SAINT THADDÉE:
LA RÉSURRECTION DE LA CHAIR,
SAINT MATHIAS:
LA VIE ÉTERNELLE. AMEN.

7, 12, 218. Les Apôtres ordonnèrent ce Symbole, que nous appelons vulgairement le Credo, après le martyre de saint Étienne et avant que l'année de la Mort de notre Sauveur fût accomplie. Depuis, la Sainte Église pour convaincre l'hérésie d'Arius et de plusieurs autres hérésiarques, dans les conciles qu'elle fit contre eux, expliqua davantage les Mystères que le Symbole des Apôtres contient et elle composa le Symbole ou Credo qui se chante à la Messe. Mais ils sont tous deux une même chose en substance et ils contiennent les quatorze Articles [e] que la Doctrine Chrétienne nous propose pour nous catéchiser dans la Foi, avec laquelle nous sommes obligés de les croire pour être sauvés. Et à l'instant où les Apôtres achevèrent de prononcer tout ce Symbole, l'Esprit-Saint l'approuva d'une voix qui fut entendue au milieu d'eux tous et qui dit: «Vous avez bien déterminé.» Ensuite la grande Reine et Dame des Cieux rendit grâces au Très-Haut avec tous les Apôtres, et Elle les remercia eux aussi parce qu'ils avaient mérité l'assistance de l'Esprit Divin pour parler comme Ses instruments, avec tant de succès à la gloire du Seigneur et pour le bien de l'Église. Et pour une plus grande confirmation et un plus grand exemple de ses fidèles, la Très Prudente Maîtresse se mit à genoux aux pieds de saint Pierre et Elle protesta la Sainte Foi Catholique, comme elle est contenue dans le Symbole qu'ils achevaient de prononcer. Elle le fit pour Elle-même et pour tous les enfants de l'Église avec ces paroles, s'adressant à saint Pierre: «Mon seigneur, que je reconnais pour Vicaire de Mon Très Saint Fils, moi, vil vermisseau en mon Nom et en celui de tous les fidèles de l'Église, je confesse et je professe tout ce que vous avez déterminé pour des Vérités Infaillibles et Divines de Foi Catholique et dans cette Foi je bénis et je loue le Très-Haut de qui ces Vérités procèdent.» Elle baisa la main du Vicaire de Jésus-Christ et des autres Apôtres, étant la Première qui professa la Sainte Foi de l'Église après que les Articles en furent déterminés.

DOCTRINE QUE ME DONNA LA GRANDE REINE DES ANGES,
LA TRÈS SAINTE MARIE.

7, 12, 219. Ma fille, je veux te manifester d'autres secrets de mes oeuvres, outre ce que tu as écrit dans ce chapitre, pour ta plus grande instruction et ta consolation. Après que les Apôtres eurent ordonné le Credo, je te fais savoir que je le répétais plusieurs fois le jour à genoux et avec un profond respect. Et lorsque j'arrivais à prononcer cet article: "Qui est né de la Vierge Marie", je me prosternais en terre avec une humilité, un remerciement et une louange au Très-Haut tels qu'aucune créature ne peut le comprendre. Et dans ces actes j'avais tous les mortels présents, afin de les faire aussi pour eux et de suppléer à l'irrévérence avec laquelle ils prononceraient des paroles si vénérables. Et le Seigneur a éclairé la Sainte Église par Son intercession, afin qu'elle répète tant de fois dans l'Office divin "le Credo", "l'Ave Maria" et le "Pater Noster": que les religieux ont coutume de s'incliner quand ils le disent, et que tous les fidèles fléchissent le genou dans le Credo de la Messe aux paroles: "Et incarnatus est", etc.; afin que l'Église s'acquitte en quelque partie de la dette qu'elle a de ce que le Seigneur lui a donné cette connaissance, et pour les Mystères si dignes de respect et de remerciement que le Symbole contient.

7, 12, 220. Mes saints Anges avaient coutume de me chanter souvent le Credo avec une harmonie et une suavité céleste, avec quoi mon esprit se réjouissait dans le Seigneur. D'autres fois ils me chantaient "l'Ave Maria" jusqu'à ces paroles, "Jésus, le fruit de vos entrailles est béni". Et lorsqu'ils nommaient le Très Saint Nom de Jésus ou celui de Marie, ils faisaient une inclination très profonde, avec laquelle ils m'enflammaient de nouveau en des effets d'humilité pleine d'amour, et je me collais à la poussière, reconnaissant l'Être de Dieu comparé avec le mien terrestre. O ma fille, demeure donc attentive au respect avec lequel tu dois prononcer le "Credo", le "Pater Noster" et "l'Ave Maria", et ne tombe pas dans la grossièreté imprudente que plusieurs fidèles commettent en cela. Et l'on ne doit point perdre le respect qui leur est dû à cause de la fréquence avec laquelle on dit ces Oraisons et ces Paroles divines dans l'Église. Cependant cette hardiesse résulte de ce qu'ils les prononcent des lèvres et qu'ils ne méditent point ni ne font attention à ce qu'elles signifient et ce qu'elles contiennent en elles. Pour toi je veux qu'elles soient la matière continuelle de ta méditation; et pour cela le Très-Haut t'a donné la tendresse que tu as pour la Doctrine Chrétienne. Et sa Majesté a pour agréable et moi aussi que tu la portes sur toi et que tu la lises souvent, comme tu as coutume, et je te le commande aujourd'hui de nouveau. Et conseille-le à tes inférieures, parce que c'est un joyau qui orne les épouses de Jésus-Christ, et tous les Chrétiens devraient la porter sur eux.

7, 12, 221. Le soin que j'eus de faire écrire le Symbole de la Foi aussitôt qu'il fut nécessaire dans la Sainte Église doit être aussi un enseignement pour toi. La tiédeur pour connaître ce qui regarde la gloire de Dieu et le service du Très-Haut et le bien de sa propre conscience est très répréhensible, ainsi que de ne point le mettre aussitôt en oeuvre, ou au moins, faire les diligences possibles pour l'obtenir. Et cette confusion sera plus grande pour les hommes, puisque lorsqu'il leur manque quelque chose temporelle, ils ne veulent point attendre aucun délai pour l'obtenir et aussitôt ils crient et demandent à Dieu qu'Il le leur envoie à satisfaction; comme cela arrive si la santé leur manque, ou les fruits de la terre, et même d'autres choses moins nécessaires ou plus superflues et plus dangereuses; et en même temps, quoiqu'ils connaissent en beaucoup d'obligations la Volonté et l'Agrément du Seigneur, ils ne font point semblant de comprendre ou ils diffèrent avec mépris ou manque d'amour. Sois donc attentive à ce désordre pour ne point le commettre. Et comme je fus si soigneuse en ce qui convenait de faire pour les enfants de l'Église, tâche toi aussi d'être ponctuelle en tout ce que tu comprendras être de la Volonté de Dieu, pour le bénéfice de ton âme ou celle des autres à mon imitation.

NOTES EXPLICATIVES

Extraites de celles de Don Creseto, à l'usage des prêtres.

7, 12, [a]. De là on voit que les Apôtres eux-mêmes établirent la fête de saint Étienne. Corn. A. Lapide écrit: «A sa mort, saint Étienne reçut tant d'honneur et de culte que saint Clément écrivait [Lib. VIII, Cant. c. XXXIII] que les saints Apôtres avaient ordonné qu'il serait célébré une fête publique chaque année le jour de son martyre: c'est pourquoi saint Martial, disciple des Apôtres, dédia un autel à saint Étienne en France, comme il l'atteste lui-même dans un épître aux Bordelais, etc. In Act. Apost. VII, 59.
7, 12, [b]. Livre 5, No. 733.
7, 12, [c]. Ceci est conforme à l'antique tradition de l'Église que nous trouvons enregistrée dans Ruffin [Praefat. Expos. Symbol. ad Laurent.]: «Avant de se séparer les Apôtres établirent en commun une règle de ce qu'ils avaient à prêcher. Étant donc tous rassemblés et remplis de l'Esprit-Saint, ils composèrent un court résumé de leur future prédication, en exprimant chacun ce qu'ils sentaient, et ils déterminèrent de donner cette règle aux croyants.»
7, 12, [d]. Que le Symbole ait été composé par les Apôtres, c'est une tradition primitive, universelle et ininterrompue. Ceci est attesté par Tertullien en plusieurs endroits de ses oeuvres [Lib. de Praescript. Haeret, c. 37]; saint Jérôme [Epist. 61 ad Pammach.]; saint Léon, pape [Epis. 13 ad Pulcher.]. Voir Baronius, [an 44, n. 55 et suiv.].
Que chaque Apôtre ait énoncé un Article, on le trouve dans le sermon [115e de Temp.] de saint Augustin.
Enfin que la Très Sainte Marie et les Apôtres aient fait écrire plusieurs copies du Symbole pour le répandre plus promptement et d'une manière plus assurée et plus stable parmi les fidèles; c'est ce qui aurait été fait par quiconque aurait voulu consigner une règle précise de Foi, comme on le fait aujourd'hui avec
les petits catéchismes que l'on répand en quantité de copies, c'est pourquoi on présume que les Apôtres ont fait ce qui se fait ordinairement.
7, 12, [e]. Il y a quatorze Articles en réalité; car saint Pierre en embrasse deux, l'existence de Dieu et la création; et saint Matthieu aussi deux, l'Église Catholique et la Communion des Saints.
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Message par sga le Sam 2 Mai 2020 - 15:48

CHAPITRE 13


La Très Sainte Marie remet le Symbole de la Foi aux disciples et à d'autres fidèles: ils opèrent avec ce Symbole de grands miracles; la répartition du monde entre les Apôtres fut déterminée; et d'autres Oeuvres de la grande Reine du Ciel.


7, 13, 222, La Très Prudente Marie était si diligente, si vigilante et si soigneuse dans le gouvernement de sa famille, la Saint Église, comme Mère et Femme Forte (Prov. 31: 27), dont le Sage a dit qu'Elle considéra les sentiers et les voies de sa maison, pour ne point manger son pain dans l'oisiveté. La grande Dame les considéra et les connut avec plénitude de Science; et comme Elle était ornée de la pourpre de la Charité et de la candeur de sa pureté incomparable, comme Elle n'ignorait rien ainsi Elle n'omettait rien de tout ce dont ses enfants avaient besoin, ainsi que ses domestiques les fidèles. Aussitôt que le symbole des Apôtres fut composé, Elle en fit d'innombrables copies de ses mains, ses saints Anges l'assistant, l'aidant et lui servant aussi de secrétaires pour l'écrire, afin que tous les disciples qui étaient dispersés et qui prêchaient par la Palestine le reçussent sans délai. Elle en envoya quelques copies à chacun afin qu'ils les distribuassent, et avec une lettre particulière en laquelle Elle le leur ordonnait et leur donnait notice de la manière et de la forme que les Apôtres avaient gardées pour composer et ordonner ce Symbole qui devait être prêché et enseigné à tous ceux qui viendraient à la Foi, afin qu'ils le crussent et le confessassent.

7, 13, 223. Et parce que les disciples étaient en différentes villes et en différents endroits, les uns loin et d'autres plus proches Elle remit le Symbole et son instruction par le moyen des autres fidèles qui les leur remettaient; et à ceux qui étaient plus éloignés, Elle les leur envoyait par ses Anges: lesquels se manifestaient et parlaient à quelques-uns des disciples, et cela arriva avec le plus grand nombre; mais à d'autres ils ne se manifestaient point et les leur laissaient pliés dans leur main, d'une façon invisible, leur inspirant au coeur des effets admirables, et par là avec les lettres de la Reine Elle-même, ils connaissaient la manière dont leur venait la dépêche. Outre ces diligences qu'Elle fit par Elle-même, Elle donna ordre aux Apôtres de distribuer aussi à Jérusalem et en d'autres lieux, le Symbole qu'ils avaient écrit et d'informer tous les croyants de la vénération en laquelle ils devaient le tenir à cause des Mystères très sublimes qu'il contenait et parce que le Seigneur même l'avait ordonné, envoyant l'Esprit-Saint, afin qu'il l'inspirât et l'approuvât, et comment cela était approuvé, et en un mot tout ce qui était nécessaire, afin qu'ils comprissent tous que telle était la FOI UNIQUE, INVARIABLE et CERTAINE que l'on DEVAIT CROIRE, CONFESSER et PRÊCHER dans l'Église, POUR OBTENIR la grâce et la Vie Éternelle.

7, 13, 224. Avec cette instruction et ces diligences, le Credo des Apôtres fut distribué en très peu de jours parmi les fidèles de l'Église, avec un fruit et une consolation incroyables de tous; parce qu'avec la ferveur qu'ils avaient tous communément, ils le reçurent avec une vénération et une dévotion souveraines. Et l'Esprit Divin qui l'avait ordonné pour affermir l'Église, le confirma aussitôt par de nouveaux miracles et par des prodiges, non seulement par le moyen des Apôtres et des disciples, mais aussi par celui de plusieurs autres fidèles. Plusieurs de ceux qui reçurent l'écrit du Symbole avec une vénération et une affection spéciale reçurent l'Esprit-Saint qui descendait sur eux en forme visible avec une Lumière divine qui les entourait extérieurement et qui les remplissait de Science et d'Effets célestes. Par cette merveille, d'autres s'enflammaient et se mouvaient dans le désir très ardent de l'avoir et de le révérer. D'autres en posant le Credo sur les malades, les morts et les possédés du démon, rendaient la santé aux malades, ressuscitaient les morts et chassaient les démons. Au milieu de ces merveilles, il arriva un jour qu'un Juif incrédule entendant un Catholique qui lisait avec dévotion le Credo, s'irrita contre le croyant avec une grande fureur et alla le lui ôter des mains; mais avant de l'exécuter le Juif tomba mort aux pieds du Catholique. Comme ceux qui
allaient se faire baptiser étaient adultes, on leur demandait de confesser aussitôt la Foi par le Symbole des Apôtres; et à cette confession et cette protestation, l'Esprit-Saint venait visiblement sur eux.

7, 13, 225. Le Don des langues que l'Esprit-Saint donnait se continuait aussi très notoirement, non seulement en ceux qui l'avaient reçu le jour de la Pentecôte, mais en plusieurs fidèles qui le reçurent ensuite; et ils aidaient à prêcher et à catéchiser les nouveaux croyants; parce que lorsqu'ils prêchaient ou parlaient à plusieurs de diverses nations, chaque nation entendait sa langue, quoiqu'ils parlassent la langue hébraïque. Et lorsqu'ils parlaient à ceux d'une même langue ou d'une même nation, ils leur parlaient en cette langue comme je l'ai déjà dit [a] à la venue de l'Esprit-Saint, le jour de la Pentecôte. Outre cette merveille, les Apôtres en faisaient beaucoup d'autres; parce que lorsqu'ils imposaient les mains sur les croyants, ou qu'ils les confirmaient dans la Foi, l'Esprit-Saint venait aussi sur eux (Act. 8: 17). ET les miracles et les prodiges que le Très-Haut opéra dans ces commencements de l'Église furent si nombreux qu'il serait nécessaire de faire plusieurs volumes pour les écrire tous. Saint Luc écrivit dans les Actes des Apôtres ceux qu'il convenait d'écrire en particulier, afin que l'Église ne les ignorât pas tous; et il dit en général qu'il y en avait beaucoup (Act. 5: 12), parce qu'ils ne pouvaient être rapportés dans une aussi courte Histoire.

7, 13, 226. Connaissant et écrivant cela j'eus une très grande admiration de ce que la Bonté très libérale du Tout-Puissant envoya si souvent l'Esprit-Saint sous une forme visible aux fidèles de la primitive Église. A cette admiration il me fut répondu ce qui suit: Premièrement qu'on peut inférer de cela combien c'était une chose d'un grand poids, selon la Sagesse, la Bonté et la Puissance de Dieu, d'attirer les hommes à la participation de Sa Divinité dans la Félicité et la Gloire Éternelles; et que pour obtenir cette fin, le Verbe Éternel était descendu du Ciel en chair visible communicable et passible; ainsi la troisième Personne descendit dans une autre forme visible sur l'Église de la manière qu'il convenait, et aussi souvent pour la fonder et l'établir également avec fermeté, et avec des démonstrations de la Toute-Puissance divine et de l'Amour qu'Il a pour elle. Deuxièmement, parce que dans ces principes, d'un côté, les mérites de la Passion et de la Mort de Jésus-Christ étaient récents; et joints aux prières et à l'intercession de Sa Très Sainte Mère, ils opéraient avec une plus grande force dans l'acceptation du Père Éternel selon notre manière de concevoir; et parce que, de l'autre côté, les nombreux et très graves péchés que les enfants mêmes de l'Église ont commis ne s'étaient pas interposés; par ces péchés ils ont mis tant d'obstacles aux Bienfaits du Seigneur et à Son Divin Esprit qu'Il ne Se communique pas maintenant aussi familièrement avec les hommes que dans la primitive Église.

7, 13, 227. Un an passé après la Mort de notre Sauveur les Apôtres, par l'inspiration Divine, traitèrent de sortir pour prêcher la Foi par tout le monde; parce qu'il était déjà temps de publier le Nom de Dieu parmi les nations et de leur enseigner le Chemin du Salut Éternel. Et pour savoir la Volonté du Seigneur dans la distribution des royaumes et des provinces qui devaient toucher à chacun pour sa prédication, ils déterminèrent par le conseil de la Reine de jeûner et de prier dix jours continus. Ils gardèrent cette coutume dans les affaires les plus ardues, depuis qu'après l'Ascension ils avaient persévéré dans la même prière et les mêmes jeûnes, en se disposant pour la venue de l'Esprit-Saint pendant tous ces dix jours. Ces exercices étant accomplis, le Vicaire de Jésus-Christ célébra la Messe le dernier jour et la Très Sainte Marie communia ainsi que les onze Apôtres, comme ils l'avaient fait pour déterminer le Symbole et je l'ai dit dans le chapitre précédent. Après la Messe et la Communion ils demeurèrent tous dans une oraison très sublime, invoquant singulièrement l'Esprit-Saint, afin qu'Il les assistât et qu'Il manifestât Sa Sainte Volonté dans cette affaire.

7, 13, 228. Cela fait, saint Pierre parla et leur dit: «Mes très chers frères, prosternons-nous tous ensemble devant la Présence divine, et confessons de tout coeur et avec un souverain respect Notre-Seigneur Jésus-Christ, vrai Dieu et Maître et Rédempteur du monde, et protestons Sa Sainte Foi avec le Symbole qu'Il a donné par l'Esprit-Saint, offrons-nous à l'accomplissement de Sa Volonté Divine.» Ils firent ainsi et ils dirent le Credo, et aussitôt ils poursuivirent à haute voix avec saint Pierre, disant: «Dieu Éternel et très-haut, nous, vils vermisseaux et pauvres hommes que Notre-Seigneur Jésus-Christ a choisis pour ministres par la Bonté de Sa seule Clémence, afin d'enseigner Sa Doctrine, de prêcher Sa sainte Loi et de fonder Son Église par tout le monde, nous nous prosternons en Votre divine Présence avec un même coeur et une même âme. Et pour accomplir Votre Volonté Sainte et Éternelle, nous nous offrons à souffrir et à sacrifier nos vies pour confesser, enseigner et prêcher Votre Sainte Foi comme Notre-Seigneur et Maître Jésus nous l'a commandé. Nous ne voulons point éviter le travail, ni les incommodités, ni les tribulations qu'il faudra souffrir jusqu'à la mort pour cette Oeuvre. Mais nous défiant de notre fragilité, nous Vous supplions, Seigneur et Dieu très-haut de nous envoyer Votre Divin Esprit pour nous gouverner et pour diriger nos pas par le droit chemin à l'imitation de notre Maître et nous revêtir d'une force nouvelle; et maintenant, qu'il nous enseigne et nous manifeste à quels royaumes ou à quelles provinces il sera plus agréable à Votre approbation que nous partions chacun pour aller prêcher Votre Saint Nom [b].»

7, 13, 229. Cette oraison achevée, il descendit une lumière sur le Cénacle qui les entoura tous, et l'on entendit une voix qui dit: «Que Pierre, mon Vicaire, désigne à chacun les provinces et ce sera son sort. Je le gouvernerai et l'assisterai de Ma Lumière et de Mon Esprit.» Le Seigneur remit cette nomination à saint Pierre pour confirmer de nouveau en cette occasion la puissance qu'Il lui avait donnée de Chef et de Pasteur Universel de toute l'Église, et afin que les autres Apôtres comprissent qu'ils devaient la fonder dans tout le monde sous l'obéissance de saint Pierre et de ses successeurs auxquels elle devait être sujette et subordonnée, comme aux Vicaires de Jésus-Christ. C'est ce qu'ils comprirent tous et il m'a été donnée à connaître que telle fut la Volonté du Très-Haut. Et pour exécuter cette Volonté très Sainte, saint Pierre en entendant cette Voix commença le partage des royaumes par lui-même et il dit: «Moi, Seigneur, je m'offre à souffrir et à mourir, suivant mon Rédempteur et mon Maître, prêchant son Saint Nom et Sa Foi maintenant à Jérusalem, et ensuite dans le Pont, la Galatie, la Bithynie et la Cappadoce, provinces de l'Asie, et je mettrai mon siège d'abord à Antioche et ensuite à Rome, où j'assiérai et fonderai la Chaire de Jésus-Christ, notre Sauveur et Maître, afin que le Chef de Sa Sainte Église ait là sa place.» Saint Pierre dit cela parce qu'il avait ordre du Seigneur de désigner l'Église romaine pour être le siège et la tête de toute l'Église Universelle. Sans cet ordre, saint Pierre n'eût pas déterminée une affaire aussi difficile et d'un si grand poids.

7, 13, 230. Saint Pierre poursuivit et dit: «Le serviteur de Jésus-Christ, notre très cher frère André Le suivra prêchant Sa Sainte Foi dans les provinces de la Scythie d'Europe, d'Épire et de Thrace; et de la ville de Patras en Achaïe, il gouvernera toute cette province et le reste de ce qui le touche en partage, autant qu'il lui sera possible.
«Le serviteur de Jésus-Christ, notre très cher frère Jacques le Majeur Le suivra dans la prédication de la Foi en Judée, en Samarie et en Espagne; d'où il reviendra à cette ville Jérusalem et prêchera la Doctrine de Notre-Seigneur et Maître.
«Le très cher frère Jean obéira à la Volonté de notre Sauveur et Maître, comme Il le lui a manifesté de la Croix. Il accomplira l'office de fils envers notre Mère et notre Reine et il lui administrera le Mystère Sacré de l'Eucharistie; il prendra aussi soin des fidèles de Jérusalem en notre absence. Et lorsque notre Rédempteur et notre Dieu emmènera avec Lui aux Cieux Sa Bienheureuse Mère, il suivra son Maître dans la prédication de l'Asie Mineure et il prendre soin de ces églises de l'île de Patmos, où il ira par la persécution.
«Le serviteur de Jésus-Christ, notre très cher frère Thomas Le suivra prêchant dans l'Inde, dans la Perse et parmi les Parthes, les Mèdes, les Hyrcaniens, les Brachmanes, les Bactriens. Il baptisera les trois Rois Mages [c] et il leur donnera connaissance de tout, car ils l'attendent, et ils le chercheront eux-mêmes par la renommée qu'ils entendront de sa prédiction et de ses miracles.
«Le serviteur de Jésus-Christ, notre très cher frère Jacques Le suivra en étant pasteur et évêque de Jérusalem, où il prêchera au judaïsme, et il accompagnera Jean dans l'assistance et le service de l'Auguste Mère de notre Sauveur.
«Le serviteur de Jésus-Christ, notre très cher frère Philippe Le suivra par la prédication et l'enseignement des provinces de la Phrygie et de la Scythie d'Asie, et dans la cité appelée Hiéropolis de Phrygie.
«Le serviteur de Jésus-Christ, notre cher frère Barthélemy Le suivra prêchant en Lycaonie, partie de la Cappadoce dans l'Asie; et il passera à l'Inde Citérieure et ensuite à l'Arménie Mineure.
«Le serviteur de Jésus-Christ, notre très cher frère Matthieu enseignera d'abord aux Hébreux, et ensuite il suivra son Maître, passant à prêcher en Égypte et en Éthiopie.
«Le serviteur de Jésus-Christ, notre très cher frère Simon Le suivra prêchant en Babylonie, en Perse et aussi dans le royaume d'Égypte.
«Le serviteur de Jésus-Christ, notre très cher frère Jude-Thaddée suivra notre Maître prêchant en Mésopotamie, et ensuite il se joindra avec Simon pour prêcher dans la Babylonie et dans la Perse.
Le serviteur de Jésus-Christ, notre très cher frère Mathias Le suivra en prêchant Sa Sainte Foi dans l'Éthiopie intérieure et dans l'Arabie et ensuite il retournera en Palestine. Que l'Esprit du Très-Haut nous conduise tous, qu'il nous gouverne et nous assiste, afin qu'en tout lieu et en tout temps nous fassions Sa Volonté Parfaite et Sainte, et qu'Il nous donne maintenant Sa Bénédiction; et en Son Nom je la donne à tous.»

7, 13, 231. Saint Pierre dit tout cela: et au même instant qu'il acheva de parler, on entendit un tonnerre d'une grande force, et le Cénacle fut rempli d'éclat et de splendeur, comme de la Présence de l'Esprit-Saint. Et au milieu de cette lumière on entendit une Voix douce et forte qui dit: «Recevez chacun le sort qui vous touche.» Ils se prosternèrent en terre et ils dirent tous ensemble: «Seigneur très haut, à Votre Parole et à celle de Votre Vicaire nous obéissons avec promptitude et allégresse de coeur et notre esprit est joyeux et rempli de Votre suavité au milieu de Vos Oeuvres admirables.» Cette obéissance si soumise et si prompte que les Apôtres eurent pour le Vicaire de notre Sauveur Jésus-Christ fut un effet de la Charité très ardente avec laquelle ils désiraient mourir pour leur Sainte Foi, et les disposa en cette occasion afin que l'Esprit Divin vint de nouveau sur eux, les confirmant dans la grâce et les Dons qu'ils avaient reçus auparavant et les augmentant par d'autres nouveaux. Ils reçurent une Lumière et une Science nouvelles de toutes les nations et des provinces que saint Pierre leur avait désignées et ils connurent chacun la nature, les conditions et les coutumes des royaumes qui les touchaient; la disposition de la terre et son site dans le monde, comme s'ils eussent eu une mappe très distincte et très abondante écrite intérieurement. Le Très-Haut leur donna un nouveau Don de force pour les travaux; d'agilité pour les chemins, quoique les Anges dussent les y aider plusieurs fois; et ils demeurèrent dans leur intérieur embrasés comme des Séraphins dans la Flamme de l'Amour divin, élevés au-dessus de la condition et de la sphère de la nature.

7, 13, 232. La Bienheureuse Reine des Anges était présente à tout cela et Elle voyait à découvert tout ce que la Puissance divine opérait dans les Apôtres et en Elle-même; car Elle participa plus que tous les autres en cette occasion des influences de la Divinité, parce qu'Elle était dans un degré suréminent à toutes les créatures; et pour cela l'augmentation de Ses Dons devait être proportionnée et s'élever au-dessus de tous les autres sans mesure. Le Très-Haut renouvela dans le très pur Esprit de Sa Mère la Science infuse de toutes les créatures et en particulier de tous les royaumes et de toutes les nations qui avaient été données aux Apôtres. Son Altesse connut aussi ce qu'ils connaissaient et plus que tous; parce qu'Elle eut une science et une notice individuelle de toutes les personnes à qui ils devaient prêcher dans ces royaumes la Foi de Jésus-Christ; et Elle demeura dans cette science aussi instruite de tout le globe et de tous ses habitants qu'Elle l'était respectivement de son oratoire et de ceux qui y entraient.

7, 13, 233. Cette science était comme de souveraine Maîtresse, de Mère, de Gouvernante et de Dame de cette Église que le Tout-Puissant avait mise dans ses mains, comme je l'ai déjà dit [d]; et plus loin il sera nécessaire de toucher souvent ce sujet. Elle devait prendre soin de tous, du plus élevé en sainteté comme du moindre des misérables pécheurs d'Ève. Et si nul ne devait recevoir aucun Bienfait, ni aucune faveur de la main du Fils que ce ne fut par celle de sa Mère, il fallait que la très fidèle Dispensatrice de la grâce connût tous ceux de sa famille, dont Elle devait prendre soin comme Mère et une telle Mère. Et l'Auguste Dame avait non seulement des espèces infuses de tout ce que j'ai dit, mais après cette connaissance, Elle en avait une autre actuelle quand les Apôtres et les disciples prêchaient; parce que leurs travaux, leurs périls et les pièges que le démon fabriquait contre eux lui étaient manifestes; ainsi que les prières et les oraisons qu'eux et les fidèles faisaient, afin qu'Elle les secourût par les siennes ou par le moyen de ses Anges ou par Elle-même; comme Elle le faisait par tous ces moyens, comme nous le verrons plus loin [e] en plusieurs événements.

7, 13, 234. Je veux seulement avertir ici qu'outre la Science infuse que notre Reine avait de toutes les choses par les espèces de chacune, Elle en avait une autre connaissance en Dieu par la vision abstractive avec laquelle Elle contemplait continuellement la Divinité. Mais il y avait une différence entre ces deux modes de science: car lorsqu'Elle regardait en Dieu les travaux des Apôtres et de tous les fidèles de l'Église, comme cette vision était de si grande joie et d'une certaine participation de la Béatitude, Elle ne causait point la douleur et la compassion sensible que la pieuse Mère avait lorsqu'Elle connaissait ces tribulations en Elle-même; parce que dans cette vision Elle les ressentait et les pleurait avec une compassion maternelle. Et afin qu'Elle ne fût pas privée de ce mérite et de cette perfection, le Très-Haut lui accorda toute cette science pour le temps qu'Elle fut Voyageuse. Et joint à cette multitude d'espèces et de Sciences infuses, Elle avait l'empire sur ses puissances, comme je l'ai déjà dit [f] afin de ne point accepter d'autres espèces ou images acquises, outre celles qui étaient nécessaires pour l'usage précis de la vie ou pour quelque oeuvre de charité ou de perfection des vertus. Avec cet ornement et cette beauté manifestée aux Anges et aux Saints, la divine Maîtresse était un Objet d'admiration et de louange, en quoi ils glorifiaient le Très-Haut pour le digne emploi de tous Ses Attributs en la Très Sainte Marie.

7, 13, 235. Elle fit dans cette circonstance une oraison très profonde pour la force et la persévérance des Apôtres dans la prédication de tout le monde. Et le Seigneur lui promit de les garder et de les assister pour manifester en eux et par eux la gloire de Son Nom, et à fin de les récompenser par la digne rétribution de leurs travaux et de leurs mérites. Par cette promesse la Très Sainte Marie demeura remplie de jubilation et de reconnaissance et Elle exhorta les Apôtres à en rendre des remerciements de tout leur coeur et de partir joyeux et confiants, pour la conversion du monde. Et leur disant plusieurs autres paroles de Vie et de suavité, Elle s'agenouilla et leur donna à tous la congratulation de l'obéissance qu'ils avaient montrée au Nom de son Très Saint Fils, et Elle les remercia de Sa part pour le zèle qu'ils manifestaient de l'honneur du Seigneur et du bien des âmes, à la conversion desquelles ils se sacrifiaient. Elle baisa la main à chacun des Apôtres, leur promettant son intercession auprès du Seigneur, sa sollicitude pour les servir, et Elle leur demanda leur bénédiction comme Elle avait coutume; et ils la lui donnèrent tous comme prêtres.

7, 13, 236. Peu de jours après que cette répartition des provinces fut faite pour la prédication, ils commencèrent à sortir de Jérusalem, particulièrement ceux à qui il touchait de prêcher dans les provinces de la Palestine, et saint Jacques le Majeur fut le premier. D'autres persévérèrent plus longtemps à Jérusalem, parce que le Seigneur voulait que la Foi de son Saint Nom fût prêchée là d'abord (Act.13: 36) avec une plus grande force et une plus grande abondance, et que les Juifs fussent appelés et attirés les premiers aux noces de l'Évangile, s'ils voulaient y venir et y entrer; car ce peuple fut plus favorisé dans ce Bienfait de la Rédemption, quoiqu'il fût plus ingrat que les Gentils. Ensuite les Apôtres s'en allèrent aux royaumes qui touchaient à chacun, selon que le temps et l'opportunité le demandaient, se gouvernant en cela par l'Esprit Divin, le conseil de la Très Sainte Marie et l'obéissance de saint Pierre. Mais lorsqu'ils partaient de Jérusalem, ils allaient d'abord chacun visiter les Lieux Saints, comme le Jardin, le Calvaire, le saint Sépulcre, le lieu de l'Ascension, Béthanie et les autres qu'il était possible. Ils les vénéraient tous avec des larmes et une révérence admirable, admirant la terre qu'avait touchée le Seigneur. Ensuite ils allaient au Cénacle et ils le vénéraient pour les Mystères qui s'y étaient opérés, et ils prenaient congé de la grande Dame du Ciel et se recommandaient de nouveau à son intercession. Et la Bienheureuse Mère leur faisait ses adieux avec des paroles très douces et remplies de la Vertu divine.

7, 13, 237. Mais la sollicitude et l'attention maternelles de la Très Prudente Dame furent admirables pour prendre congé des Apôtres comme une vraie Mère prend congé de ses enfants. Parce qu'Elle fit en premier lieu pour chacun des douze une tunique tissée, semblable à celle de notre Sauveur Jésus-Christ, d'une couleur entre le violet et le cendré et Elle se servit pour les faire du ministère de ses Anges. Et avec cette attention Elle envoya les Apôtres vêtus sans différence et avec une égalité uniforme entre eux avec leur Maître Jésus; parce qu'Elle voulut qu'ils L'imitassent et qu'ils fussent connus pour Ses disciples, même par l'habit extérieur. La grande Dame fit conjointement douze croix, ayant les pieds ou supports de la hauteur des personnes des Apôtres et Elle donna à chacun la sienne, afin qu'Il la portât avec lui dans sa pérégrination et sa prédication, tant en témoignage de ce qu'il prêchait que pour la consolation spirituelle de ses travaux. Et tous les Apôtres gardèrent et portèrent ces croix jusqu'à la mort. Et parce que plusieurs louaient la Croix qu'ils portaient, quelques tyrans prirent occasion de martyriser sur la même Croix ceux qui y moururent heureusement.

7, 13, 238. Outre cela, la pieuse Mère donna à chacun des douze Apôtres une petite cassette de métal qu'Elle fit à cette intention, et Elle mit en chacun trois épines de la Couronne de son Très Saint Fils, et quelques parties des langes dans lesquels Elle enveloppait le Sauveur lorsqu'il était Enfant, et d'autres qui reçurent Son Sang très précieux dans la Circoncision et la Passion. Elle avait gardé tous ses gages sacrés avec une dévotion et une vénération souveraines comme Mère et Dépositaire des Trésors du Ciel. Et pour les donner aux douze Apôtres Elle les appela tous ensemble et Elle leur parla avec une majesté de Reine et un agrément de Mère très douce, et Elle leur dit que ces gages qu'Elle remettait à chacun étaient le plus grand Trésor qu'Elle eût pour les enrichir avant leur départ pour leurs pérégrinations, qu'ils porteraient avec eux le vivant souvenir de son Très Cher Fils et le Témoignage certain que le même Seigneur les aimait, comme enfants et ministres du Très-Haut. Avec cela, Elle les leur consigna et ils les reçurent avec des larmes de vénération et de joie, et ils remercièrent l'Auguste Dame de ces faveurs et ils se prosternèrent devant Elle, adorant ces Reliques sacrées; puis s'embrassant les uns les autres, ils se firent leurs bons souhaits, et saint Jacques s'en alla le premier. Car ce fut lui qui commença ces missions.

7, 13, 239. Mais selon ce qui m'a été donnée à entendre, les Apôtres ne prêchèrent pas seulement dans les provinces que saint Pierre leur avait alors partagées, mais en plusieurs autres voisines de celles-là et plus éloignées. Et il n'es pas difficile de le comprendre parce qu'ils étaient souvent portés d'un côté à l'autre par le ministère des Anges, et cela non seulement pour prêcher, mais aussi pour se consulter les uns les autres, spécialement le Vicaire de Jésus-Christ, saint Pierre et surtout en la présence de la Très Sainte Marie, de la faveur et du conseil de Laquelle ils eurent besoin dans l'entreprise difficile de planter la Foi en des royaumes si divers et des nations si barbares. Et si pour donner à manger à Daniel l'Ange porta (Dan. 14: 35) le prophète Habacuc à Babylone; il n'est pas merveille que le même miracle se soit fait à l'égard des Apôtres, les portant dans les lieux où il était nécessaire de prêcher Jésus-Christ, de donner connaissance de la Divinité et de planter l'Église Universelle pour le remède de tout le genre humain. J'ai déjà fait mention de la manière dont l'Ange du Seigneur transporta Philippe [g], l'un des soixante-douze disciples du chemin de Gaza à Azot, comme le raconte saint Luc (Act. 8: 40). Et toutes ces merveilles et d'autres innombrables que nous ignorons furent convenables pour envoyer quelques hommes pauvres à tant de royaumes, de provinces et de nations possédées du démon, remplies d'idolâtries, d'erreurs et d'abominations, comme était tout le monde lorsque le Verbe Humanisé vint le racheter.

DOCTRINE QUE ME DONNA LA REINE DES ANGES

7, 13, 240. Ma fille, la Doctrine que je te donne dans ce chapitre est un commandement de pleurer amèrement, avec des soupirs et des gémissements intimes de ton âme, et des larmes de sang si tu peux en obtenir, la différence qu'a la Sainte Église dans l'état présent, de celui qu'elle a eu dans ses principes [h]; combien l'or très pur de la sainteté s'est obscurci (Lam. 4: 1) et sa saine couleur s'est changée, perdant cette ancienne beauté dans laquelle les Apôtres l'ont fondée, et cherchant d'autres embellissements et des couleurs étrangères et trompeuses, pour couvrir la laideur et la confusion des vices qui l'ont si malheureusement obscurcie et remplie d'une horreur formidable. Afin de pénétrer cette vérité dès son principe et son fondement, il convient que tu renouvelles en toi-même la Lumière que tu as reçue pour connaître la force et le poids avec lesquels la Divinité s'incline à communiquer Sa Bonté et Ses Perfections à Ses créatures. L'impétuosité du Souverain Bien pour répandre Son courant dans les âmes est si véhémente qu'elle ne peut être empêchée que par la volonté humaine qui doit le recevoir, par le libre arbitre qui lui est donné pour cela; et lorsqu'avec son libre arbitre elle résiste à l'inclination et aux influences de la Bonté infinie, elle la tient violentée à notre manière de concevoir et Son Amour immense est contristé dans Sa nature très libérale. Mais si les créatures n'empêchaient point la Bonté de Dieu et la laissaient opérer avec son efficacité, elle inonderait toutes les âmes et elle les remplirait de la participation de Son Être divin et de Ses Attributs. Elle relèverait de la poussière ceux qui sont tombés (1 Rois 2: Cool, elle enrichirait les pauvres enfants d'Adam, elle les élèverait de leurs misères et elle les assiérait avec les Princes de Sa gloire.

7, 13, 241. De là, ma fille, tu entendras deux choses que la sagesse humaine ignore. L'une est l'agrément et le service que font au Souverain bien les âmes qui avec un zèle ardent de Sa gloire, et par leur travail et leur sollicitude, aident à ôter des autres âmes l'obstacle qu'elles ont mis par leurs péchés pour que le Seigneur ne les justifie point et ne leur communique tant de biens dont elles peuvent participer de Sa Bonté immense et que le Très-Haut désire opérer en elles. La complaisance que Sa Majesté reçoit d'être aidé dans cette oeuvre ne peut être connue en cette vie mortelle. C'est pour cela qu'est si grave le ministère des Apôtres, des prélats, des ministres et des prédicateurs de la Parole divine, qui succèdent dans cet office à ceux qui plantèrent l'Église, et qui travaillent à son amplification et à sa conservation; parce qu'ils doivent tous être coopérateurs et exécuteurs de l'Amour immense que Dieu a pour les âmes qu'Il a créées pour les faire participantes de Sa Divinité. La seconde chose que tu dois pondérer est la grandeur et l'abondance des Dons et des Faveurs que la Puissance infinie communique aux âmes qui ne mettent point d'empêchement à Sa Bonté très libérale. Le Seigneur a manifesté aussitôt cette Vérité dans les commencements de l'Église de l'Évangile, afin qu'elle demeurât testifiée aux fidèles qui devaient y entrer, par tant de prodiges et de merveilles qu'Il fit en faveur des premiers, l'Esprit-Saint descendant si fréquemment sur eux en signes visibles, et par les miracles que tu as écrits que les fidèles opéraient avec le Symbole de la Foi et d'autres faveurs secrètes qu'ils recevaient de la main du Très Haut.

7, 13, 242. Mais ce fut dans les Apôtres et les disciples que sa Bonté et Sa Toute-Puissance resplendirent davantage; parce qu'il n'y avait point en eux d'empêchement ni d'obstacle à Sa Volonté Sainte et Éternelle, et ils furent en vérité des instruments et des exécuteurs de l'Amour divin, des imitateurs et des successeurs de Jésus-Christ et des sectateurs de Sa Vérité; et pour cela ils furent élevés à une participation ineffable des Attributs de Dieu même, en particulier de Sa Science, de Sa Sainteté et de Sa Toute-Puissance, avec lesquelles ils opéraient tant de merveilles, pour eux et pour les âmes, que les mortels ne peuvent jamais les exalter dignement. Après les Apôtres, d'autres enfants de l'Église naquirent à leur place, de génération en génération (Ps. 44: 17), en qui cette Sagesse divine et ses effets allèrent en se transvasant. Et laissant maintenant les Martyrs innombrables qui répandirent leur sang et qui donnèrent leur vie pour la Sainte Foi, considère les Patriarches des religions, les grands Saints qui y ont fleuri, les docteurs, les évêques, les prélats et les hommes apostoliques en qui se sont tant manifestés la Bonté et la Toute-Puissance de la Divinité, afin que les autres n'eussent point d'excuse si Dieu ne fait point en eux, qui sont les ministres du salut des âmes, et en tous les autres fidèles, les merveilles et les faveurs qu'il a faites en faveur des premiers et qu'il a continuées en ceux qu'il a trouvés idoines pour les faire.

7, 13, 243. Et afin que la confusion des mauvais ministres qu'a aujourd'hui la Sainte Église soit plus grande, je veux que tu comprennes comment, dans la Volonté Éternelle avec laquelle le Très-Haut détermina de communiquer Ses Trésors infinis aux âmes, Il les dirigea immédiatement vers les prélats, les prêtres, les prédicateurs et dispensateurs de Sa Parole divine en premier lieu, afin qu'ils fussent tous, en autant qu'il était de la Volonté du Seigneur, d'une sainteté et d'une perfection plus angélique qu'humaine et qu'ils eussent la jouissance de plusieurs privilèges de nature et de grâce, parmi les autres vivants; et avec ces Bienfaits singuliers ils se rendraient de dignes ministres du Très-Haut s'ils ne pervertissaient l'ordre de Sa Sagesse infinie et s'ils correspondaient à la dignité pour laquelle ils ont été appelés et élus entre tous. Cette piété immense est la même à présent que dans la primitive Église; l'inclination du Souverain Bien a enrichir les âmes ne s'est point changée, ni cela n'est point possible; sa Bonté libérale ne s'est point diminuée; l'Amour pour Son Église est toujours à son point; la Miséricorde regarde les misères et celles d'aujourd'hui sont sans mesure; la clameur des brebis de Jésus-Christ arrive au suprême degré qu'elle peut atteindre; les prélats, les prêtres et les ministres de l'Église ne furent jamais en si grand nombre. Si donc tout cela est ainsi, à quoi doit-on attribuer la perdition de tant d'âmes et la ruine du peuple Chrétien et que non seulement les infidèles ne viennent pas aujourd'hui à la Sainte Église, mais qu'ils la tiennent si affligée et si remplie de tristesses! Que les prélats et les ministres de Jésus-Christ ne resplendissent point, ni Jésus-Christ en eux, comme dans les siècles passés.

7, 13, 244. O ma fille, je te convie pour que ton pleur s'émeuve sur cette perdition! Considère les pierres (Lam. 4: 1) du sanctuaire disséminées sur les places des cités. Remarque combien les prêtres du Seigneur sont devenus semblables au peuple (Is. 24: 2), quand ils auraient dû rendre le peuple saint et semblable à eux-mêmes. La dignité sacerdotale et ses riches et précieux vêtements de vertus sont souillés de la contagion des mondains; les oints du Seigneur consacrés pour Son entretien et Son culte seul, se sont dégradés de leur noblesse et de leur déité; ils ont perdu leur décorum pour s'abaisser aux actions viles, indignes de leur excellence si élevée parmi les hommes. Ils affectent la vanité; ils suivent la cupidité et l'avarice; ils servent l'intérêt; ils aiment l'argent; ils mettent leur espérance dans des trésors d'or et d'argent; ils s'assujettissent à honorer les puissants et les mondains; et ce qui plus est, la bassesse des femmes mêmes; et parfois ils se rendent participants des assemblées et des conseils de méchanceté. A peine y a-t-il une brebis du troupeau de Jésus-Christ qui reconnaisse en eux la voix de Son Pasteur ou qui trouve l'aliment et le pâturage salutaire de la vertu et de la sainteté dont ils devraient être maîtres. Les petits demandent du pain et il n'y a personne qui leur en distribue (Lam. 4: 4). Et quand cela se fait pour l'intérêt ou la cérémonie seulement, si la main est lépreuse, comment donnera-t-elle l'aliment salutaire à l'infirme et au nécessiteux? Et comment le souverain Médecin lui confiera-t-il le remède dans lequel consiste la vie? Si ceux qui doivent être intercesseurs et médiateurs se trouvent coupables de plus grands péchés, comment obtiendront-ils miséricorde pour les coupables qui en ont d'autres moindres ou de semblables?

7, 13, 245. Telles sont les causes pourquoi les prélats et les prêtres de ces temps-ci ne font point les merveilles qu'ont faites les Apôtres et les disciples de l'Église primitive et les autres qui imitèrent leur vie avec un zèle ardent de l'honneur du Seigneur et de la conversion des âmes. Pour cela les Trésors de la Mort et du Sang de Jésus-Christ qu'Il laissa dans l'Église ne profitent point, tant dans Ses prêtres et Ses ministres que dans les autres mortels, parce que s'ils les méprisent eux-mêmes, et s'ils oublient de les mettre à profit en eux, comment les distribueront-ils aux autres enfants de cette famille? Pour cela les infidèles maintenant ne se convertissent pas comme alors à la connaissance de la vraie Foi, quoiqu'ils voient à la vue des princes de l'Église, des ministres et des prédicateurs de l'Évangile. L'Église est enrichie maintenant plus que jamais de biens temporels, de rentes et de possessions; elle est remplie d'hommes savants par la science acquise, de prélatures et de dignités abondantes; et comme tous ces bienfaits sont dus au Sang de Jésus-Christ, ils doivent tous être convertis à Son honneur et à Son service en étant employés à la conversion des âmes, à sustenter Ses pauvres et à faire resplendir le culte sacré et la vénération de Son Saint Nom.

7, 13, 246. Que les captifs qui sont rachetés par les rentes des églises le disent, si cela se fait; ainsi que les infidèles qui sont convertis, les hérésies qui sont extirpées, et la quantité des trésors ecclésiastiques qui sont employés à cela; ils le diront aussi les palais qui ont été bâtis avec ces trésors, les majoras qui ont été fondés, les tours de vent qui ont été élevées, et ce qui est plus lamentable, les emplois profanes et très honteux auxquels plusieurs les consument, déshonorant le Souverain Prêtre, Jésus-Christ, et vivant aussi distants et aussi éloignés de Son imitation et de celle des Apôtres à qui ils ont succédé, que vivent éloignés du Seigneur même les hommes les plus profanes du monde. Et si la prédication des ministres de la Parole de Dieu est morte et sans vertu pour vivifier les auditeurs, ce n'est point la faute de la Vérité et de la Doctrine des Saintes Écritures, mais de leur mauvais usage par l'intention détournée des ministres. Ils changent la fin de la gloire de Jésus-Christ pour leur propre honneur et leur vaine estime; le bien spirituel pour le bas intérêt du salaire: et lorsque ces deux fins sont obtenues, ils ne se soucient point d'autre fruit de leur prédication. Et pour cela ils ôtent à la sainte et salutaire Doctrine sa sincérité, sa pureté et même parfois sa vérité avec lesquelles les Auteurs sacrés l'écrivirent et les saints Docteurs l'expliquèrent, et ils la réduisent à des subtilités de leur esprit propre qui causent plus d'admiration et de goût que de profit aux auditeurs. Et comme elle arrive si adultérée aux oreilles des pécheurs, ils la reconnaissent pour la doctrine du talent de celui qui prêche, plutôt que de la Charité de Jésus-Christ; et ainsi elle ne porte point de vertu ni d'efficace pour pénétrer les coeurs quoiqu'elle porte de l'artifice pour réjouir les oreilles.

7, 13, 247. Ne t'étonne point, ma très chère, que la Justice divine ait tant abandonné les prélats, les ministres de Jésus-Christ et les prédicateurs de Sa Parole en châtiment de ces vanités, de ces abus et d'autres encore que le monde n'ignore point; et que l'Église soit maintenant dans un état si abject après en avoir eu un si élevé dans ses commencements. Et s'il y a quelques-uns des prêtres et des ministres de Jésus-Christ qui ne soient point compris dans ces vices si lamentables, l'Église en est plus redevable à mon Très Saint Fils dans un temps où il se trouve plus offensé et plus désobligé de tous. Il est très libéral envers ces bons; mais ils sont peu nombreux, comme l'attestent la ruine du peuple Chrétien et le mépris auquel sont arrivés les prêtres et les prédicateurs de l'Évangile; parce que si les parfaits et les zélateurs des âmes étaient plus nombreux, nul doute que les pécheurs se réformeraient et s'amenderaient, que plusieurs infidèles se convertiraient, et que tous regarderaient et écouteraient les prédicateurs et les prélats avec une crainte et une vénération saintes; ils les respecteraient à cause de leur dignité et de leur sainteté et non pour l'autorité et le faste avec lesquels ils s'acquièrent cette révérence qui doit plutôt s'appeler applaudissement mondain et sans profit. Et ne sois pas confuse ni intimidée pour avoir écrit tout cela, car ils
savent eux-mêmes que c'est la vérité et tu ne l'as pas écrit par ta volonté mais par mon obéissance, afin que tu le pleures et que tu convies le Ciel et la terre à t'aider dans ces larmes, parce qu'il y en a peu qui les aient, et c'est la plus grande injure que le Seigneur reçoive de tous les enfants de Son Église.

NOTES EXPLICATIVES
Extraites de celles de Don Creseto, à l'usage des prêtres.
7, 13, [a]. Livre 7, No. 83.
7, 13, [b]. La Vénérable dit au no. 227, que la proposition de l'assignation des provinces à chaque Apôtre arriva un an passé après la Mort du Sauveur, c'est-à-dire l'an 35 de Jésus-Christ, parce qu'Il mourut au commencement de l'an 34. Or le Père Séraphin, [Apostolat de Marie] observe très bien que les Apôtres purent traiter de la division des provinces même un an avant que de l'exécuter en se séparant. Du reste il est certain que saint Jacques le Majeur partit pour l'Espagne pas plus tard que l'an 36 de Jésus-Christ, comme l'écrivait Lucius Destre dès le quatrième siècle et comme il est prouvé par de nombreux documents cités par Bivario, [Comm. in Chron. Dest. 36]; c'est pourquoi la division des provinces fut être projetée quelque temps auparavant. Lucius Destre la met vers la fin de l'an 34 de Jésus-Christ: mais les Apôtres ne partirent pas en même temps. Toutefois l'an 38 de Jésus-Christ il n'y avait plus aucun Apôtre à Jérusalem, excepté saint Pierre et saint Jacques le Mineur, puisque saint Paul qui y arriva cette année-là n'y trouva point d'autres Apôtres que ces deux. Ainsi il écrit aux Galates: «Ensuite après trois ans, je vins à Jérusalem pour voir Pierre et je demeurai avec lui quinze jours. Mais je ne vis aucun Apôtre, si ce n'est Jacques, le frère du Seigneur.»
7, 13, [c]. De nombreuses autorités prouvent à l'évidence ce fait du Baptême des trois Mages conféré par saint Thomas. Voir l'Histoire des Rois
Mages, par Hermann Crombach, [tom. III, l. 1, c. XXV]. Le Père Séraphin prouve par les documents ecclésiastiques la conformité de tout ce que la Vénérable écrit, touchant les provinces échues à chaque Apôtre avec la vraie tradition antique. Voir Apostolat de Marie.
7, 13, [d]. Livre 6, No. 1524.
7, 13, [e]. Livre 7, Nos. 318, 324, 339; Livre 8, No. 567.
7, 13, [f]. Livre 7, No. 126.
7, 13, [g]. Livre 7, No. 208.
7, 13, [h]. Tout ce que la Vénérable dit ici de l'affaiblissement de la foi et de la déchéance des moeurs dans l'Église est conforme à ce qu'en dirent: Saint Bernard, [Serm. 3 in Can. et ailleurs]; Sainte Brigitte, [L. I Rév., c. 47-49; et L. IV, 132, 133, 135]; Alvarez Pelagio, [L. I, De Planctu Ecclesiae, a. 67]; Saint Vincent de Paul, [Voir l'Esprit de saint Vincent de Paul]; et autres.
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Message par Nicolas-p le Mer 6 Mai 2020 - 14:45

ce livre très long est un trésor!

je le relis actuellement et je me rends compte a chaque fois de ma petitesse de mon intelligence limitée: Maria d'agréda pourtant peu instruite écrit des vérités que seuls les plus érudits pourraient oser essayer de retranscrire et sans lui arriver ne serait ce qu'une seconde à sa cheville!

sa description de la chute des anges est confondant! sa description de la trinité est d'une justesse inouïe! justesse à laquelle malgré tous mes efforts je n'arrive pas à comprendre. je suis décidément bien limité.

quelle lumière!  quelle justesse!

elle éclaire l'écriture sainte, la connaissance de Dieu, du christ de Marie de l'histoire de l'église comme peu d'écrits ont put le faire.

il est incompréhensible qu'elle soit si peu connue!
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Message par sga le Ven 29 Mai 2020 - 14:45

CHAPITRE 14


La conversion de saint Paul; ce que la Très Sainte Marie y opéra et d'autres mystères cachés.

7, 14, 248. L'Église notre Mère, gouvernée par le Divine Esprit, célèbre la conversion de saint Paul comme l'un des plus grands miracles de la Loi de grâce pour la consolation universelle des pécheurs; puisque de persécuteur injurieux (1 Tim. 1: 13) contre le Nom de Jésus-Christ, et blasphémateur comme il le dit lui-même, il obtint miséricorde et fut changé en Apôtre par la grâce Divine. Et parce que notre Reine eut tant de part à son obtention, on ne peut refuser à cette Histoire cette rare merveille du Tout-Puissant. Mais l'on comprendra mieux sa grandeur en déclarant l'état que saint Paul eut quand il s'appelait Saul et était persécuteur de l'Église, et les causes qui le portèrent à se signaler pour un si vif défenseur de la Loi de Moïse et persécuteur de celle de Notre-Seigneur Jésus-Christ.

7, 14, 249. Saint Paul eut deux principes qui le rendirent distingué dans son judaïsme. L'un était son propre naturel et l'autre fut la diligence du démon qui le connut. Saint Paul était par sa condition naturelle d'un coeur grand, magnanime, très noble, officieux, actif, efficace et constant dans ses entreprises. Il avait plusieurs vertus morales acquise. Il se prisait grand observateur de la Loi de Moïse, studieux et docte en elle; quoiqu'en fait de vérité, il fut ignorant, comme il le confessa à son disciple Timothée (1 Tim. 1: 13), parce que toute sa science était humaine et terrestre; il entendait la Loi, comme plusieurs autres Israélites, seulement selon la lettre, sans esprit ni Lumière de Dieu, ce qui est nécessaire pour l'entendre légitimement et pénétrer ses Mystères. Mais comme son ignorance lui paraissait une vraie science et qu'il était tenace dans son entendement, il se montrait grand zélateur (Gal. 1: 14) des traditions des rabbins; et il jugeait que c'était une chose indigne et dissonante que l'on publiât contre eux et contre Moïse, comme il pensait, une Loi nouvelle inventée par un Homme crucifié comme criminel, Moïse ayant reçu sa Loi sur la montagne, donnée par Dieu même. Avec ce motif il conçut une grande haine et un grand mépris du Christ, de Sa Loi et de Ses disciples. Et pour cette erreur il s'aidait de ses propres vertus morales, si toutefois elles peuvent être appelées vertus, étant sans vraie charité; parce qu'en cela il présumait de lui-même de ce qu'il ne tombait point en d'autres erreurs, comme il arriva à plusieurs enfants d'Adam qui sont contents d'eux-même quand ils font quelque oeuvre vertueuse, et avec cette fausse satisfaction il ne s'appliquait point à réformer d'autres vices plus grands. C'était avec cette erreur que Saul vivait et opérait, très attachés à l'ancienneté de sa Loi Mosaïque ordonnée par Dieu même, pour l'honneur de Qui il croyait avoir du zèle, parce qu'il n'avait point compris cette Loi qui, dans les cérémonies et les figures, était temporelle et non éternelle; un autre Législateur (Deut. 18: 15) plus puissant et plus sage que Moïse devant nécessairement lui succéder, comme il le dit lui-même.

7, 14, 250. La malice de Lucifer et de ses ministres se joignit au zèle indiscret de Saul et à sa nature véhémente pour l'irriter, le mouvoir et accroître la haine qu'il avait pour la Loi de notre Sauveur Jésus-Christ. J'ai parlé plusieurs fois dans le cours de cette Histoire des conseils de méchanceté et des desseins infernaux que ce dragon fabriquait contre la Saint Église. Et l'un de ces desseins était de chercher avec une vigilance souveraine les hommes qui seraient les plus accommodés et plus proportionnés par leurs inclinations et leurs moeurs, afin de se servir d'eux comme d'instruments et d'exécuteurs de son iniquité. Parce que Lucifer même par lui seul et ses démons, quoiqu'ils puissent tenter les âmes en particulier, n'a pas le pouvoir d'élever son étendard en public, il ne peut se faire chef d'aucune secte ou d'aucun parti contre Dieu, s'il ne se sert en cela de quelque homme que d'autres suivent, aussi aveugles et aussi illusionnés. Cet ennemi cruel était furieux de voir les heureux commencements de la Sainte Église; il craignait ses progrès et il brûlait d'une envie démesurée de ce que les hommes d'une nature inférieure arrivassent à la participation de la Divinité et de la gloire qu'il avait perdues par son orgueil. Il reconnut les inclinations de Saul, les coutumes et l'état qu'il avait dans la conscience; et il lui sembla que le tout cadrait très bien avec ses désirs de détruire l'Église de Jésus-Christ par le moyen des autres incrédules qui seraient à propos pour l'exécuter.

7, 14, 251. Lucifer consulta sur cette méchanceté les autres démons dans un conciliabule particulier qu'il fit pour cela: et il fut décrété d'un commun accord que le dragon lui-même avec d'autres assisterait Saul sans le laisser un instant, et lui enverrait des suggestions et des raisons appropriées à l'indignation qu'il avait contre les Apôtres et tout le troupeau de Jésus-Christ; car il les recevrait toutes, puisqu'elles lui seraient représentées comme autant de triomphes pour lui, l'irritant avec quelque couleur de vertu fausse et apparente. Le démon exécuta tout cet accord sans perdre aucun moment ni aucune occasion. Et quoique Paul eût été mécontent et opposé à la Doctrine de notre Sauveur, depuis que ce divin Maître l'avait prêchée par Lui-même, surtout dans le temps que Sa Majesté vivait dans le monde, il ne s'était pas déclaré si ardent zélateur de la Loi de Moïse et si adversaire de celle du Seigneur, jusqu'à ce qu'il découvrit à la mort de saint Étienne l'indignation dont le dragon infernal commençait à l'irriter contre ceux qui suivaient Jésus-Christ. Et comme cet ennemi trouva en cette occasion le coeur de Saul si prompt à exécuter les mauvaises suggestions qu'il lui envoyait, sa malice demeura si altière qu'il lui sembla qu'il n'avait plus rien à désirer et que cet homme ne résisterait à aucune des méchancetés qui lui seraient proposées.

7, 14, 252. Avec cette confiance impie, Lucifer prétendit que Saul ôtât lui-même la vie à tous les Apôtres, et ce qui est encore plus formidable, qu'il fît la même chose à la Très Sainte Marie. L'orgueil de ce très cruel dragon arriva à une pareille insanie. Mais il s'y trompa; parce que le caractère de Saul était plus noble et plus généreux, et réfléchissant à cela, il lui sembla que c'était une chose indigne de son honneur et de sa personne de commettre cette trahison et d'agir comme un vil sicaire, quand il pouvait, lui semblait-il, détruire la Loi de Jésus-Christ avec raison et justice. Et il éprouva une plus grande horreur d'offenser la Vie de Sa Bienheureuse Mère à cause du décorum qu'il lui devait comme femme; et parce qu'il l'avait vue si composée et si constante dans les tourments et la Passion de Jésus-Christ, il avait semblé à Saul qu'Elle était une Femme grande et digne de vénération; et ainsi il conçut quelque compassion de ses afflictions et de ses peines; car tous connaissaient qu'Elle en avait souffert de très grandes. Pour cela il ne reçut point contre la Très Sainte Marie la suggestion inhumaine que le démon lui avait proposée. Et cette compassion des peines de la Reine n'aida pas Saul qu'un peu pour hâter sa conversion. Il n'accepta pas plus la trahison contre les Apôtres, quoique Lucifer la lui colorât avec des raisons apparentes, comme une oeuvre digne de son généreux courage. Refusant ces méchancetés, il résolut néanmoins de surpasser tous les Juifs en poursuivant l'Église jusqu'à ce qu'il l'eût détruite avec le Nom de Jésus-Christ.

7, 14, 253. Le dragon et ses ministres demeurèrent contents de cette détermination de Saul, étant donné qu'ils ne pouvaient obtenir davantage. Pour que l'on connaisse la colère qu'ils ont contre Dieu et Ses créatures, dès ce jour ils firent un autre conciliabule pour conférer comment ils conserveraient la vie de cet homme qu'ils trouvaient si bien disposé à exécuter leurs méchancetés. Ces ennemis mortels savent bien qu'ils n'ont point de juridiction sur la vie des hommes et qu'ils ne peuvent ni la donner ni l'ôter, si Dieu ne le permet en quelque cas particulier; mais ils voulurent cependant se faire les médecins et les tuteurs de la vie et de la santé de Saul, afin de la lui conserver autant que leur pouvoir s'étendait, mouvant son imagination, afin qu'il se gardât de ce qui était nuisible et qu'il usât du plus salutaire, appliquant d'autres causes naturelles pour lui conserver la santé. Mais avec toutes ces diligences, ils ne purent empêcher que la grâce Divine opérât en Saul tout ce que voulait son Auteur; mais les démons ne pouvaient douter ou s'imaginer que Saul accepterait la Loi de Jésus-Christ et que la vie qu'ils tâchaient de conserver et d'allonger dût être pour leur propre ruine et leur tourment. La Sagesse du Très-Haut ordonnait de telles Oeuvres laissant le démon se tromper dans ses conseils de méchanceté, afin qu'il tombât (Ps. 56: 7) dans la fosse et les lacs qu'il tend contre Dieu, et que toute ses machinations vinssent à servir à la Volonté Divine sans qu'il pût y résister.

7, 14, 254. Avec ce grand conseil de Sa très sublime Sagesse, le Seigneur ordonnait que la conversion de Saul fût plus admirable et plus glorieuse. Pour cela Il donna lieu à ce que Saul incité par Lucifer à l'occasion de la mort de saint Étienne, allât au prince des prêtres, respirant feu et menace contre les disciples du Seigneur qui s'étaient répandus hors de Jérusalem, leur demandât une commission et des lettres d'office pour les amener prisonniers à Jérusalem de quelque endroit qu'il les trouvât. Saul offrit sa personne, sa fortune et sa vie pour cette entreprise et de faire ce voyage à ses dépens et sans salaire pour la défense de la Loi de ses ancêtres, afin que celle que les disciples du Crucifié prêchaient depuis peu ne prévalût point contre elle. Cette offre lui facilita davantage le sentiment du grand prêtre et de ceux de son conseil; et ils donnèrent aussitôt à Saul la commission qu'il demandait, spécialement pour Damas où ils avaient ouï dire que quelques-uns des disciples s'étaient réfugiés de Jérusalem. Il disposa son voyage, prévenant des ministres de la justice et quelques soldats pour l'accompagner. Mais la compagnie la plus nombreuse et le plus grand apparat fut de plusieurs légions de démons qui sortirent de l'enfer pour l'assister dans cette entreprise, leur semblant qu'avec une telle préparation ils en finiraient avec l'Église et que Saul la dévasterait à feu et à sang. Et c'était à la vérité l'intention qu'il avait et celle que Lucifer et ses ministres lui fournissaient, à lui ainsi qu'à tous ceux qui le suivaient.
Mais laissons-le maintenant sur le chemin de Damas où il dirige son voyage afin de prendre dans les synagogues de cette ville tous les disciples de Jésus-Christ.

7, 14, 255. Rien de tout cela n'était caché à la grande Reine du Ciel; car outre la Science et la vision avec lesquelles Elle pénétrait jusqu'à la pensée la plus intime des hommes et des démons, les Apôtres lui donnaient avis de tout ce qui s'opérait contre les disciples de Jésus-Christ. Elle savait aussi depuis très longtemps que Saul devait être Apôtre du Seigneur même, prédicateur des Gentils et un homme très signalé et très admirable dans l'Église; parce que son Très Saint Fils l'avait informé de tout cela, comme je l'ai déjà dit dans la seconde partie de cette Histoire [a]. Mais comme la persécution croissait et que le fruit que Saul devait faire et attirer au nom de Chrétien avec tant de gloire pour le Seigneur était retardé; et dans le même temps, les disciples de Jésus-Christ qui ignoraient le secret du Très-Haut s'affligeaient et s'intimidaient quelque peu, connaissant l'indignation avec laquelle il les cherchait et les poursuivait; tout cela fut cause d'une grande douleur pour la pieuse Mère de la grâce. Et pondérant avec sa divine prudence combien pesait cette affaire, Elle se vêtit d'un nouveau courage et d'une nouvelle confiance pour demander le remède de l'Église et la conversion de Saul, et prosternée en présence de son Fils, Elle fit cette oraison [b]:

7, 14, 256. «Très haut Seigneur, Fils du Père Éternel, Dieu Vivant et véritable, engendré de Sa propre Substance indivisible et mon Fils et la Vie de mon Âme par l'ineffable condescendance de Votre Bonté infinie, comment Votre Esclave à qui Vous avez recommandé Votre Église vivra-t-Elle, si la persécution que Vos ennemis ont excitée vient à prévaloir, et si Votre Pouvoir immense ne s'emploie à la vaincre? Comment mon Coeur souffrira-t-il de voir le prix de Votre Sang et de Votre Mort méprisé et foulé aux pieds? Si Vous m'avez donné pour mes enfants, Seigneur, ceux que Vous engendrez dans Votre Église, et je les aime et les regarde avec un amour de Mère, comment aurai-je de la consolation de les voir opprimés et détruits parce qu'ils confessent Votre Saint Nom et qu'ils Vous aiment avec un coeur sincère? La Puissance et la Sagesse sont à Vous (1 Par. 29: 11), et il n'est pas juste que le dragon infernal, l'ennemi de Votre gloire et le calomniateur de mes enfants et Vos frères se glorifie contre Vous. Confondez, mon Fils, l'antique superbe de ce serpent qui s'élève de nouveau orgueilleux contre Vous, répandant sa fureur contre les simples brebis de Votre troupeau.
Considérez combien il a trompé Saul que Vous avez choisi et désigné pour Votre Apôtre. Il est temps désormais, mon Dieu, d'opérer avec Votre Toute-Puissance et de racheter cette âme par qui et en qui tant de gloire doit résulter pour Votre Saint Nom et tant de biens pour tout l'univers.»

7, 14, 257. La Très Sainte Marie persévéra pendant longtemps dans cette oraison, s'offrant à souffrir et à mourir s'il était nécessaire pour le remède de la Sainte Église et la conversion de Paul. Et comme la Sagesse infinie l'avait préparée par le moyen des prières de Sa Mère très aimante, Il descendit du Ciel en personne pour exécuter cette merveille et Il lui apparut et Se manifesta à Elle dans le Cénacle où Elle priait dans sa retraite et son oraison. Sa Majesté lui parla avec l'Amour et la tendresse de Fils qu'Il avait habituellement et Il lui dit: «Mon Amie et Ma Mère, en qui J'ai trouvé la complaisance et l'agrément de Ma parfaite Volonté, quelles sont vos demandes? Dites-Moi ce que Vous désirez.» L'humble Reine se prosterna de nouveau en terre, comme Elle avait coutume en la Présence de son Très Saint Fils, L'adora comme vrai Dieu et Lui dit: «Mon très haut Seigneur, Vous connaissez de loin les pensées et les coeurs des créatures et mes désirs sont découverts à Vos yeux. Ma demande est comme de celle qui connaît Votre Charité infinie envers les hommes et qui est Mère de l'Église, Avocate des pécheurs et Votre Esclave. Si j'ai tout reçu de Votre immense Amour sans l'avoir mérité, je ne peux craindre que Vous méprisiez mes désirs pour Votre gloire. Je demande, mon Fils, que Vous regardiez l'affliction de Votre Église et que Vous hâtiez comme Père amoureux le secours de Vos enfants engendrés par Votre Très Précieux Sang.»

7, 14, 258. Le Seigneur désirait entendre la voix et les clameurs de Sa Mère et Son Épouse très aimante; et pour cela Il Se laissa prier davantage en cette circonstance, comme marchandant la chose même qu'Il désirait lui donner et qui ne devait pas être refusée à de tels Mérites et à une si grande Charité. Par cette industrie de l'Amour divin, notre bien-aimé Sauveur Jésus-Christ et Sa Très Douce Mère eurent quelques colloques, Celle-ci demandant le remède à cette persécution par la conversion de Saul. Sa Majesté lui répondit dans cette conférence et lui dit: «Ma Mère, comment Ma Justice demeura-t-elle satisfaite, pour que la Miséricorde s'incline à user de Ma Clémence envers Saul, lorsqu'il est dans le souverain degré de l'incrédulité et de la malice, méritant Mon châtiment et Ma juste indignation, et servant de tout coeur Mes ennemis pour détruire Mon Église et effacer Mon Nom du monde?» A cette raison si concluante dans les termes de Justice, il ne manqua pas de solution et de réponse à la Mère de la Sagesse et de la Miséricorde; et avec cette miséricorde, Elle répliqua et dit: «Seigneur Dieu Éternel et mon Fils, les péchés de Paul de Vous furent point un empêchement pour le choisir pour Votre Apôtre, et un vase d'élection dans l'acceptation de Votre Entendement divin, et pour l'écrire dans Votre Mémoire Éternelle; ces eaux n'éteignirent point le Feu de Votre divin Amour (Cant. 8: 7) comme Vous me l'avez manifesté Vous-même. Plus efficaces et plus puissants furent Vos Mérites infinis en vertu desquels Vous avez ordonné l'édifice de Votre Église bien-aimée et ainsi je ne demande point une chose que Vous n'avez point déterminée Vous-même; mais je me plains, mon Fils, de ce que cette âme court vers son plus grand précipice et sa plus grande perdition ainsi qu'à celle des autres, si cela peut arriver en lui comme dans les autres, et je m'afflige de ce que sont retardées la gloire de Votre Nom, l'allégresse des Anges et des Saints (Luc 15: 10), la consolation des Justes, la confiance que recevront les pécheurs et la confusion de Vos ennemis. Or donc, mon Fils et mon Seigneur, ne méprisez point les prières de Votre Mère; que Vos divins Décrets s'exécutent et que je voie Votre Nom exalté; car c'est désormais le temps et l'occasion opportune, et mon Coeur ne souffre point que tant de bien soit retardé pour l'Église.»

7, 14, 259. Dans cette prière, la flamme de la Charité s'embrasa dans le Coeur très chaste de l'Auguste Reine et Maîtresse, et Elle lui eût sans doute consumé la Vie naturelle si le Seigneur ne la lui eût conservée par une Vertu miraculeuse; quoique pour S'obliger davantage d'un amour si excessif dans une pure Créature, Il donna lieu à ce que la Bienheureuse Mère arrivât en cette circonstance à souffrir quelque douleur et à éprouver comme une défaillance sensible. Mais son Fils ne pouvant résister davantage, selon notre manière de concevoir à la force d'un tel amour qui Lui blessait le Coeur, la consola et la renouvela Se donnant pour obligé de ses prières et disant: «Ma Mère choisie entre toutes les créatures, que votre volonté se fasse sans délai. Je ferai à l'égard de Saul tout ce que vous Me demandez et Je le mettrai dans l'état qu'il soit dès maintenant le défenseur de Mon Église, dont il est le persécuteur, et le prédicateur de Ma gloire et de Mon Nom. Je vais le recevoir aussitôt dans Mon Amitié et Ma grâce.»

7, 14, 260. Notre bien-aimé Sauveur Jésus-Christ disparut aussitôt de la présence de Sa Très Saint Mère, et Elle resta à continuer son oraison avec une claire vision de ce qui arrivait. Le Seigneur apparut bientôt à Saul près de la cité de Damas vers laquelle il se dirigeait avec une course accélérée, s'avançant plus dans la haine contre Jésus que dans le chemin. Le Seigneur Se manifesta à lui dans une nuée d'une splendeur admirable et avec une gloire immense et Saul fut en même temps entouré de la Lumière divine au dedans et au dehors, son coeur et ses sens demeurant vaincus, sans pouvoir résister à tant de force. Il fut précipité de son cheval à terre et il entendit en même temps une Voix d'en Haut qui lui disait: «Saul, Saul (Act. 9: 4), pourquoi Me persécutes-tu?» Il répondit tout troublé et avec une grande crainte: «Qui es-Tu, Seigneur?» La Voix répliqua et dit: «Je suis Jésus que tu persécutes; c'est une chose dure pour toi de résister à Ma Puissance.» Saul répondit de nouveau avec un plus grand tremblement et une plus grande crainte: «Seigneur, que me commandes-Tu et que veux-Tu faire de moi?» Ceux qui étaient présents et qui accompagnaient Saul entendirent ces demandes et ces réponses, quoiqu'ils ne vissent point notre Sauveur Jésus-Christ, comme Saul Le voyait; mais ils virent la splendeur qui l'entourait et ils demeurèrent tous effrayés et remplis de crainte et d'admiration d'un événement si inopiné et si subit, et ainsi ils demeurèrent pendant un certain temps presque pâmés et transis.

7, 14, 261. Cette nouvelle merveille inouïe dans le monde fut plus grande et plus efficace dans ce qui était secret et caché que dans ce qui était apparent aux sens; parce que Saul demeura non seulement soumis, prosterné, aveugle et affaibli dans son corps, de manière que s'il n'eût été conforté par la Puissance divine, il eût expiré aussitôt; mais dans l'intérieur il demeura encore plus changé en un homme nouveau que lorsqu'il était passé du néant à l'être naturel qu'il avait; et plus éloigné de ce qu'il était auparavant que la lumière ne l'est des ténèbres, et le plus haut du Ciel de l'infime de la terre; parce qu'il passa de l'image et de la ressemblance d'un démon à celle d'un Séraphin sublime et embrasé. L'ordre de la Sagesse et de la Toute-Puissance divine fut de triompher de Lucifer et des ses démons dans cette conversion miraculeuse de telle sorte qu'en vertu de la Passion et de la Mort de Jésus-Christ, la malice de ce dragon demeurât vaincue par le moyen de la nature humaine, contreposant les Effets de la grâce et de la Rédemption dans un homme au péché de Lucifer même et à ses effets. Il en fut ainsi, parce que dans le court espace de temps que Lucifer était passé par son orgueil d'un Ange à un démon, la Vertu de Jésus-Christ fit passer Saul d'un démon
à un Ange dans la grâce. La beauté suprême était descendue dans la nature angélique à la plus grande laideur; et dans la nature humaine la plus grande laideur passa à la beauté parfaite. Lucifer était descendu ennemi de Dieu du plus haut des Cieux au plus profond de la terre et un homme Ami de Dieu monta de la terre au Suprême Ciel.

7, 14, 262. Et parce que ce triomphe n'eût pas été tout à fait glorieux si le vainqueur n'eût donné à un homme plus que ce que Lucifer avait perdu. Le Tout-Puissant voulut ajouter cette grandeur à la victoire qu'Il remportait sur le démon dans la personne de Saul. Parce que quoique Lucifer tombât d'une grâce très supérieure qu'il avait reçue, il ne perdit pas néanmoins la Vision béatifique, ni il n'en fut privé, parce qu'elle ne lui avait pas été manifestée, et il ne s'était pas disposé pour la mériter avant de l'avoir perdue; mais à l'instant que Paul se disposa pour être justifié et qu'il obtint la grâce, la gloire lui fut aussi communiquée [c] et il vit clairement la Divinité quoique de passage. O vertu invincible de la Puissance divine! ÔEfficace infinie des mérites de la Vie et de la Mort de Jésus-Christ! Il était certainement juste et raisonnable que si la malice du péché avait changé en un instant l'Ange en démon, la grâce de notre Rédempteur fût plus puissante et plus abondante (Rom. 5: 20) que le péché, relevant de ce péché un homme pour le placer, non seulement dans une si grande grâce, mais aussi dans une si grande gloire! Cette merveille fut plus grande que d'avoir créé les Cieux [d] et la terre avec tous leurs habitants: plus grande que de donner la vue aux aveugles, la santé aux malades, et la vie aux morts. Félicitons-nous, pécheurs, de l'espérance que nous donne cette justification merveilleuse, puisque nous avons le même Seigneur qui justifia Paul pour notre Réparateur, notre Père et notre Frère, et Il est non moins Puissant et non moins Saint pour nous qu'Il le fût pour lui.

7, 14, 263. Dans le temps que Paul était prosterné en terre contrit de ses péchés et renouvelé tout entier par la grâce justifiante et d'autres Dons infus, il fut illuminé et préparé en toutes ses puissances intérieures comme il convenait. Avec cette préparation il fut élevé au Ciel empyrée, qu'il appela troisième Ciel, confessant aussi qu'il ne savait point si ce ravissement fut dans son corps ou seulement dans son esprit. Mais là il vit la Divinité intuitivement et clairement par une vision plus qu'ordinaire, quoique transitoire. Outre l'Être de Dieu et Ses Attributs de perfection infinie, il connut le Mystère de l'Incarnation et de la
Rédemption des hommes, tous les Mystères de la Loi de grâce et l'état de l'Église. Il connut le Bienfait incomparable de sa justification et l'oraison que saint Étienne avait faite pour lui et beaucoup plus celle que la Très Sainte Marie avait faite, et que par Elle sa justification lui avait été accélérée et que dans l'Acceptation divine Elle lui avait été préparée en vertu des Mérites de cette Auguste Vierge après ceux de Jésus-Christ. Dès lors il demeura reconnaissant et avec une intime affection de vénération pour la grande Reine du Ciel, dont la dignité lui fut manifestée et il la reconnut toujours pour sa Restauratrice. Il connut de même l'office d'Apôtre pour lequel il était appelé et dans lequel il devait travailler et souffrir jusqu'à la mort. Outre ces Mystères il lui en fut révélé d'autres très cachés qu'il affirme lui-même n'être pas permis de manifester (2 Cor. 12: 4). Et il s'offrit à accomplir tout ce qu'il connut être de la Volonté Divine et de se sacrifier tout entier pour l'exécuter, comme il l'accomplit ensuite. La bienheureuse Trinité accepta le sacrifice et l'offrande de ses lèvres, et le désigna et le nomma, en présence de tous les courtisans du Ciel, prédicateur et Docteur des Nations et vase d'élection pour porter le Saint Nom du Très-Haut par tout le monde [e].

7, 14, 264. Ce fut un jour de grande joie et de grande allégresse accidentelle pour les Bienheureux (Luc 15: 7) et ils firent tous de nouveaux cantiques de louange, magnifiant le Pouvoir divin pour une merveille si rare et si nouvelle. S'ils reçoivent une nouvelle joie pour la conversion de tout pécheur, quelle fut leur jubilation pour une conversion où la Grandeur et la Miséricorde du Seigneur se manifestaient tellement, et qui redondait en un Bienfait si grandiose pour tous les mortels et une si grande gloire pour la Sainte Église. Saul changé en saint Paul revint du ravissement; et se relevant de terre il se reconnut aveugle, car il ne pouvait voir la lumière du soleil. Ils le menèrent à Damas, dans la maison de l'une de ses connaissances où il fut trois jours sans boire ni manger à l'admiration de tous; mais dans une oraison très sublime. Il se prosterna en terre, et comme il était déjà en état de pleurer ses péchés avec douleur et détestation de sa vie passée, quoiqu'il fût justifié, il dit: «Hélas, en quelles ténèbres et en quel aveuglement ai-je vécu et comment est-ce que je marchais si pressé à la perdition éternelle! Ô Amour infini! ô Charité sans mesure! ô suavité très douce de la Bonté Éternelle! Qui Vous a obligé, mon Seigneur, Dieu Immense, à une telle démonstration envers ce vil vermisseau, Votre blasphémateur et Votre ennemi? Mais qui a pu Vous obliger si ce n'est Vous-même et les prières de Votre Mère et Votre Épouse? Lorsque je Vous persécutais aveugle et dans les ténèbres, Vous, Seigneur, Vous
veniez à ma rencontre. Lorsque j'allais répandre le sang innocent qui aurait toujours crié contre moi, Vous qui êtes Dieu de Miséricorde, Vous me laviez et me purifiez dans le Vôtre et Vous me rendiez participant de Votre Divinité ineffable. Comment chanterai-je éternellement des miséricordes si inouïes? Comment déplorerai-je ma vie si odieuse à Vos yeux? Que les Cieux et la terre proclament Votre gloire. Je prêcherai Votre Saint Nom et je Le défendrai au milieu de Vos ennemis.» Saint Paul répétait ces oraisons et d'autres dans son oraison avec une douleur incomparable et d'autres actes de charité très ardente, avec une humilité et une reconnaissance profonde.

7, 14, 265. Le troisième jour de la chute de la conversion de Saul, le Seigneur parla en vision à l'un des disciples appelé Ananie qui était à Damas. Et Sa Majesté appelant Ananie par son nom comme Son ami et Son serviteur, lui commanda d'aller à la maison d'un homme qui s'appelait Judas, lui indiquant l'endroit où il vivait, qu'il y trouverait Saul de Tarse et que pour signe il le trouverait en oraison. Saut eut en même temps une autre vision du Seigneur où il connut le disciple Ananie, et il le vit s'approchant de lui et en lui posant les mains sur la tête il lui rendit la vue. Mais le disciple Ananie n'eut point alors connaissance de cette vision de Saul, et ainsi il répliqua au Seigneur et Lui dit: «Je suis informé, Seigneur, de cet homme qui a persécuté Vos saints à Jérusalem et en a fait un grand carnage; et non satisfait de cela, il est venu en cette ville avec des réquisitoires des princes des prêtres pour prendre tous ceux qui invoquent Votre Nom; puis Vous envoyez une simple brebis comme moi pour aller à la recherche du loup même qui veut la dévorer?» Le Seigneur répliqua: «Va, car celui que tu juges être Mon ennemi est un vase d'élection pour moi, afin qu'il porte Mon Nom par toutes les nations et par tous les royaumes, et aux enfants d'Israël. Et Je peux lui signaler, comme Je le ferai, ce qu'il doit souffrir pour Mon Nom.»

7, 14, 266. Ananie obéit en la foi ce cette parole du Seigneur, et il se rendit aussitôt où était Paul. Il le trouva en prière et il lui dit: «Frère Saul, Notre-Seigneur Jésus qui t'a apparu dans le chemin par où tu venais m'envoie afin que tu reçoives la vue et que tu sois rempli de l'Esprit-Saint.» Il reçut aussi la Sainte Communion de la main d'Ananie, [e] avec laquelle il fut conforté et remis en vigueur. Il rendit grâces pour tous ces Bienfaits à l'Auteur de la main de qui ils venaient. Ensuite il mangea et reçut l'aliment corporel dont il n'avait point goûté
durant ces trois jours. Il demeura quelques jours à Damas, conférant et s'entretenant avec les disciples du Seigneur qui vivaient là. Et se prosternant à leurs pieds il leur demanda pardon, les priant de le recevoir comme leur serviteur et leur frère, quoique le moindre et le plus indigne de tous. Avec leur assentiment et leur conseil il sortit aussitôt en public et il commença à prêcher Jésus-Christ, pour le Messie et le Rédempteur du monde, avec une ferveur, une sagesse et un zèle si grands qu'il confondait les Juifs incrédules qui vivaient à Damas où ils avaient plusieurs synagogues. Ils étaient tous dans l'admiration de la nouveauté et ils disaient avec étonnement: «Cet homme n'est-il pas par hasard celui qui a persécuté à feu et à sang tous ceux qui invoquaient ce Nom à Jérusalem? Et est-ce qu'il n'est pas venu en cette ville pour les mener enchaînés devant les princes des prêtres? Quelle est donc cette nouveauté que nous voyons en lui?»

7, 14, 267. Saint Paul prenait chaque jour des forces et il prêchait avec un plus grand courage (Act. 9: 20), convainquant les Juifs et les Gentils, de manière qu'ils parlèrent de lui ôter la vie, et il arriva ce que nous toucherons plus loin. Cette merveilleuse conversion de saint Paul eut lieu un an et un mois après le martyre de saint Étienne, le vingt-cinq janvier, le jour même que la Sainte Église la célèbre, et c'était la trente-sixième année de la naissance de Jésus-Christ; parce que saint Étienne mourut l'an trente-quatre et étant entré un jour dans l'an trente-cinq, comme je l'ai déjà dit, et la conversion de saint Paul [f] arriva le premier mois de l'an trente-six [g66] étant accompli; et saint Jacques alors était déjà occupé à sa prédication, comme je le dirai en son lieu [h].

7, 14, 268. Revenons à notre Auguste Reine la Maîtresse des Anges qui connut tout ce qui se passait pour Saul, avec la Science et la vision dont j'ai parlé plusieurs fois [i]: Elle vit son premier état très malheureux, sa fureur contre le Nom de Jésus-Christ, sa chute et la cause qu'elle eut, son changement, sa conversion et surtout sa faveur singulière et miraculeuse qu'il reçut d'être élevé au Ciel empyrée, de voir clairement la Divinité et tout le reste qui arriva à Damas. Il était non seulement convenable et comme dû à la pieuse Mère que ce grand mystère lui fût manifesté comme Mère du Seigneur et de Sa Saint Église et comme Instrument d'une merveille si nouvelle, mais aussi parce qu'Elle seule pouvait L'exalter dignement, plus que saint Paul même et plus que le Corps mystique de l'Église: et il n'était pas juste qu'un Bienfait si nouveau, une Oeuvre si prodigieuse de la Droite du Tout-Puissant demeurât sans la reconnaissance et le remerciement que les mortels Lui devaient pour cela. La Très Sainte Marie le fit avec plénitude et Elle fut la première qui célébra la solennité de ce nouveau miracle avec le retour possible à tout le genre humain. L'Auguste Mère convia tous ses Anges et d'autres en multitude innombrable vinrent du Ciel en sa présence, et avec tous ces Choeurs divins, Elle fit un cantique de louange pour glorifier et exalter la Puissance et la Sagesse et la Miséricorde libérale qui s'était manifestée en saint Paul; et un autre cantique aux mérites de son Fils très Saint, en vertu desquels cette conversion pleine de prodiges et de merveilles s'était opérée. Le Très-Haut demeura payé et comme satisfait, selon notre manière de concevoir, pour ce qu'Il avait opéré en saint Paul au bénéfice de Son Église, par cette reconnaissance et cette fidélité de la Très Sainte Marie.

7, 14, 269. Mais nous ne pouvons passer sous silence les conférences que le nouvel Apôtre eut avec lui-même touchant la place qu'il aurait dans le Coeur de la pieuse Mère et le jugement qu'Elle devait avoir fait, le sachant tellement ennemi et persécuteur de son Très Saint Fils et de Ses disciples pour détruire l'Église. Ces réflexions dans saint Paul naquirent moins de l'ignorance que de l'humilité et de la vénération avec lesquelles il regardait la Mère de Jésus dans son esprit. Mais il ne savait point alors que l'Auguste Dame du Ciel connaissait tout ce qui lui était arrivé. Et quoiqu'il la considérât et la connût si pieuse, après qu'Elle lui eut été manifestée comme Médiatrice de sa conversion et de son remède, comme il le connut en Dieu; néanmoins la laideur de sa vie passée l'abattait, l'humiliait et lui causait quelque timidité, comme indigne de la grâce d'une telle Mère dont il avait persécuté le Fils si aveuglément et si furieusement. Il lui semblait qu'il fallait une miséricorde infinie pour lui pardonner des péchés si graves et la Mère était une pure Créature. D'un autre côté, il était soulagé d'entendre qu'Elle avait pardonnée à ceux-là mêmes qui avaient crucifié son Fils et qu'en cela Elle L'avait imité comme Mère. Les disciples lui disaient combien Elle était pieuse et douce envers les pécheurs et les nécessiteux, et avec cela il s'enflammait davantage dans le désir de la voir et il se proposait dans son âme de se jeter à ses pieds et de baiser le sol où Elle les aurait posés. Mais ensuite il était confondu par la honte de paraître en la présence de Celle qui était la véritable Mère de Jésus et qui devait se réputer si offensée et qui vivait en chair mortelle. Il pensait s'il serait à propos de la supplier de lui donner un châtiment, parce que cela lui paraissait quelque sorte de satisfaction; mais il lui semblait aussi que cette vengeance n'était point compatible avec sa clémence; puisque sans vengeance Elle avait demandé et obtenu une miséricorde si libérale pour lui.

7, 14, 270. Le Seigneur permit que saint Paul souffrît quelque peine douloureuse mais douce au milieu de ces réflexions: et enfin se parlant à lui-même il dit: «Anime-toi, homme vil et pécheur, car Celle qui a prié pour toi te recevra et te pardonnera sans doute car Elle est la Mère véritable de Celui qui est mort pour ton remède, et Elle agira comme Mère d'un tel Fils, car ils sont tous Deux Miséricorde et Clémence et ils ne mépriseront point le coeur contrit et humilié (Ps. 50: 19).» Les craintes et les raisonnements qui se passaient dans le coeur de saint Paul n'étaient point cachés à la Mère de Dieu, parce qu'Elle connaissait tout avec sa Science très sublime. Elle comprit aussi qu'il n'était pas possible que le nouvel Apôtre vînt en sa présence avant longtemps et mue d'une affection et d'une compassion maternelles Elle ne put permettre que la consolation que saint Paul désirait lui fût tant retardée; et afin de la lui donner, de Jérusalem où Elle était, Elle appela l'un de ses Anges et lui dit: «Esprit divin, ministre de mon Fils et mon Seigneur, je compatis à la douleur et au souci que Paul ressent dans son humble coeur. Je vous supplie, mon Ange, d'aller aussitôt à Damas le conforter et le consoler dans ses craintes. Vous lui donnerez des félicitations de son heureux sort et vous l'avertirez de la reconnaissance qu'il doit éternellement à la clémence avec laquelle mon Fils et mon Seigneur l'a attiré à son Amitié et à Sa grâce en le choisissant pour Son Apôtre, qu'Il n'a jamais fait à aucun homme une aussi grande miséricorde que celle qu'Il a manifestée en lui. Et vous lui direz de ma part que je l'aiderai en tous ses travaux, comme Mère, et que je le servirai comme Servante que je suis de tous les Apôtres et des ministres qui prêchent le Saint Nom et la Doctrine de mon Fils. Vous lui donnerez la bénédiction en mon Nom et vous lui direz que je la lui envoie an Nom de Celui qui a daigné S'incarner dans mes entrailles et S'alimenter à mes mamelles.»

7, 14, 271. Le saint Ange s'acquitta ponctuellement de cette obédience et cette ambassade, arrivant avec promptitude en la présence de saint Paul qui continuait toujours son oraison; parce que ceci arriva un jour après son Baptême, le quatrième de sa conversion. L'Ange se manifesta à lui en forme humaine visible avec une lumière et une beauté admirables, et il lui rapporta tout ce que la Très Sainte Marie lui avait ordonné. Saint Paul écouta cette ambassade avec une humilité incomparable et avec révérence et jubilation de son esprit, puis répondant à l'Ange il parla ainsi: «Souverain ministre du Dieu Tout-Puissant et Éternel, moi très vil entre les hommes, je vous supplie, esprit divin et très doux, que de même que vous connaissez ma dette et la Bonté de la Miséricorde Infinie qui a manifesté Ses richesses en moi, vous Lui rendiez des actions de grâces et de dignes louanges, de ce qu'Il m'a marqué du Caractère et de la Lumière divine de Ses enfants, quoique je ne le méritasse point. Lorsque je m'éloignais davantage de Sa Bonté infinie Il m'a suivi; lorsque je Le fuyais, Il est sorti à ma rencontre; lorsque je me livrais aveuglément à la mort, Il m'a donné la Vie, et lorsque je Le persécutais comme ennemi, Il m'a élevé à Sa grâce et à Son Amitié, récompensant les plus grandes injures par les plus grands Bienfaits. Nul ne s'est rendu aussi odieux (1 Tim. 1: 13) et aussi horrible que moi, et nul n'a été pardonné et favorisé aussi libéralement. Il m'a tiré de la gueule du lion, afin que je fusse un des brebis de Son troupeau. Vous êtes témoin de tout cela, mon seigneur, aidez-moi donc à être éternellement reconnaissant. Je vous prie de dire à la Mère de Miséricorde et ma Maîtresse que son indigne esclave est prosterné à ses pieds, vénérant la terre qu'ils ont foulée et je la supplie d'un coeur brisé de pardonner à celui qui fut si hardi que de vouloir détruire le Nom et l'Honneur de son Fils vrai Dieu; d'oublier mon offense et d'agir envers ce pécheur et blasphémateur comme Mère toujours Vierge qui a conçu, enfanté et nourri le même Seigneur qui lui a donné l'être et qui l'a choisie pour cela entre toutes les créatures. Je suis digne de châtiment et de vengeance pour tant d'égarements et je suis prêt à les recevoir; mais que j'y sente la clémence de ses yeux pleins de miséricorde et qu'Elle ne me rejette point de sa grâce et de sa protection. Qu'Elle me reçoive comme enfant de son Église qu'Elle aime tant, car je sacrifie mes désirs et mon sang pour son développement et sa défense, et j'obéirai en tout à la volonté de Celle que je reconnais pour ma Médiatrice et la Mère de la grâce.»

7, 14, 272. Le saint Ange revint avec cette réponse en la présence de la Très Sainte Marie, et quoique sa sagesse ne l'ignorât point, le souverain ambassadeur la lui rapporta. Elle l'écouta avec une jubilation spéciale et Elle rendit de nouveau des actions de grâces et des louanges au Très-Haut pour les Oeuvres de Sa divine Droite qu'Il faisait dans le nouvel Apôtre Paul et pour le bienfait qui en résultait à toute l'Église et à ses enfants. Je parlerai dans le chapitre suivant selon ce qui me sera possible de la confusion et de l'oppression
que les démons reçurent de cette conversion merveilleuse de saint Paul et de plusieurs autres secrets qui m'ont été manifestés dans la malice de ce dragon.

DOCTRINE QUE ME DONNA LA REINE DES ANGES,
LA TRÈS SAINTE MARIE.

7, 14, 273. Ma fille, aucun des fidèles ne doit ignorer que le Très-Haut eût pu réduire et convertir saint Paul, en le justifiant sans faire tant de merveilles comme Son Pouvoir infini interposa dans cette Oeuvre miraculeuse. Mais il les fit pour testifier aux hommes combien Sa Bonté est inclinée à les pardonner et à les élever dans Son Amitié et Sa grâce, et pour leur enseigner aussi comment ils doivent coopérer de leur côté et répondre à Ses appels par l'exemple de ce grand Apôtre. Le Seigneur en excite et en appelle plusieurs par la force de Ses inspirations et de Ses secours, et il y en a plusieurs qui répondent, se justifient et reçoivent les Sacrements de la Sainte Église; mais ils ne persévèrent pas tous dans cette justification et il y en a encore moins qui poursuivent et marchent vers la perfection; au contraire, ayant commencé par l'esprit, ils déclinent et finissent par la chair. La cause pourquoi ils ne persévèrent point dans la grâce et reviennent aussitôt à tomber dans leurs péchés, est parce qu'ils ne dirent point dans leur conversion ce qu'a dit saint Paul (Act. 9: 6): «Seigneur, que voulez-Vous faire de moi et que voulez-Vous que je fasse pour Vous?» Et si quelques-uns le prononcent des lèvres, ce n'est point de tout leur coeur, où ils réservent toujours quelque amour d'eux-mêmes, de l'honneur, de la fortune, du goût, du plaisir et de l'occasion du péché où ils viennent aussitôt à trébucher et à tomber.

7, 14, 274. Mais l'Apôtre fut un véritable et vivant exemplaire des convertis à la Lumière de la grâce, non seulement parce qu'il passa d'une extrémité de péché à une autre si distante de grâces et de faveurs admirables; mais aussi parce qu'il coopéra avec sa volonté à cette vocation, s'éloignant totalement de son mauvais état et de son propre vouloir, s'abandonnant tout entier à la Volonté et à la Disposition divine. Ces paroles: "Seigneur, que voulez-Vous faire de moi," contiennent cette abnégation de soi-même et cette soumission à la Volonté de Dieu, dans lesquelles consista tout son remède en autant qu'il était de son côté. Et parce qu'il les dit de tout son coeur contrit et humilié, il se dépouilla de toute sa volonté et il se livra à celle du Seigneur, et il détermina de n'avoir dès lors de puissance ni de sens pour servir aux périls de la vie animale et sensible en laquelle il avait erré. Il se livra à l'obéissance du Très-Haut, par n'importe quel moyen ou quelle voie il pourrait connaître Sa Volonté, afin de l'exécuter sans délai ni réplique, comme il l'accomplit ensuite en entrant dans la ville au commandement du Seigneur et en obéissant à Ananie en tout ce que ce disciple lui ordonna. Et comme le Très-Haut, qui scrute les secrets du coeur (Jér. 17: 10) humain, connut la vérité avec laquelle Paul correspondait à sa vocation et se livrait tout entier à la Volonté et à la Disposition divine, c'est pour cela que non seulement Il l'admit avec tant de bon plaisir; mais qu'Il multiplia en lui tant de grâces et de faveurs miraculeuses; car quoique Paul ne pût les mériter, il ne les eût pas reçues s'il n'eût pas été si résigné à la Volonté du Seigneur, avec cette résignation il fut disposé à les recevoir.

7, 14, 275. Conformément à ces vérités, je veux, ma fille, que tu opères avec toute plénitude ce que je t'ai ordonné et proposé tant de fois: que tu te renonces et que tu t'éloignes de toutes les créatures et que tu oublies les choses visibles, apparentes et trompeuses. Répète plusieurs fois et plus par le coeur que par les lèvres: "Seigneur, que voulez-Vous faire de moi?" Parce que si tu veux faire ou admettre quelque action ou quelque mouvement par ta volonté, il ne sera pas vrai que tu ne veux en tout, que la Volonté du Seigneur. L'instrument n'a point d'autre mouvement que celui qu'il reçoit de la main de l'artisan, et s'il en avait un propre il contrarierait la volonté de celui qui le gouverne. La même chose arrive entre Dieu et l'âme; et si elle a quelque volonté sans attendre que Dieu la meuve, elle s'oppose à l'Agrément du même Seigneur. Et comme Il lui conserve les privilèges de la liberté qu'Il lui a donnée Il la laisse errer; parce qu'elle le veut et qu'elle n'attend point d'être gouvernée par son Auteur.

7, 14, 276. Et parce qu'il ne convient pas que toutes les opérations des créatures dans la vie mortelle soient miraculeusement gouvernées par la Puissance divine; afin que les hommes n'en appellent point à l'erreur, Dieu leur a mis Sa Loi
dans leur coeur et ensuite dans Sa Sainte Église, afin qu'ils connaissent par elle la Volonté divine, qu'ils se règlent par elle et qu'ils l'accomplissent. Outre cela il a mis dans Son Église les supérieurs, ses ministres afin qu'il fût obéi en eux et que les âmes eussent cette sécurité en les écoutant et leur obéissant comme au Seigneur (Luc 10: 16) lui-même. Tu as tout cela, ma très chère, avec une grande abondance, pour ne point accepter de mouvement, de réflexion, de désir ni de pensée aucune, et ne point faire ta volonté en aucune action, sans la volonté et l'obéissance de celui qui a la charge de ton âme; parce que le Seigneur t'envoie à lui, comme Paul à son disciple Ananie. Mais outre cela, ton obligation est aussi plus étroite; parce que le Très-Haut t'a regardée avec un amour spécial et des grâces particulières, et Il te veut comme un instrument dans sa main, Il t'assiste, te gouverne et te meut lui-même, par moi ou par Ses saints Anges; et Il le fait avec la fidélité, l'attention et la continuité que tu connais. Considère donc combien il est raisonnable que tu meures entièrement à ta volonté et que la Volonté divine ressuscite en toi, et que celui qui donne l'âme et la vie à tous tes mouvements et à toutes tes opérations soit seul en toi. Coupe court à tous tes discours et tes réflexions, et sache que si tu résumais dans ton entendement la sagesse des plus doctes, le conseil des plus prudents et toute l'intelligence que les Anges ont par nature, avec cela tu serais souverainement éloignée de réussir à connaître la Volonté du Seigneur et à t'abandonner tout entière à Son approbation. Dieu seul connaît ce qui te convient et Il le veut avec un Amour éternel; Il a choisi tes voies et Il t'y gouverne. Laisse-toi mener et guider par Sa Lumière divine, sans perdre le temps à discourir sur ce que tu as à faire, parce que le péril d'errer est grand en cela, et toute ta sécurité et ton heureuse réussite est dans ma Doctrine. Écris-la dans ton coeur et pratique-la de toutes tes forces, afin que tu mérites mon intercession et que le Très-Haut t'attire à Lui par elle.

NOTES EXPLICATIVES
Extraites de celles de Don Creseto, à l'usage des prêtres.
7, 14, [a]. Livre 5, No. 734.
7, 14, [b]. Rutilius écrit à ce sujet: «C'est une tradition que la Mère de Dieu ne pria pas seulement pour saint Étienne, pendant qu'on le lapidait, mais aussi pour saint Paul, alors Saul, qui gardait les vêtements de ceux qui lapidaient Étienne.» [In exposit. Psalmi 86].
7, 14, [c]. Saint Thomas Aquin, le Vénérable Bède, et plusieurs autres Docteurs tiennent que le ravissement de saint Paul au troisième Ciel, c'est-à-dire au Paradis et à la vision de Dieu arriva précisément au temps de sa conversion. On peut opiner aussi qu'il ait été ravi plusieurs fois, comme l'on croit être arrivé à sainte Thérèse et à d'autres Saints auxquels saint Paul n'était certes pas inférieur.
7, 14, [d]. Saint Grégoire-le-Grand, [L. III, dial. c. XVIII], et saint Thomas, [I-II, q. 113, a. 9 et 10], enseignent que la justification de l'impie est une oeuvre plus grande que la création du Ciel et de la terre et que la résurrection des morts.
7, 14, [e]. Tout ce que la Vénérable écrit ici du changement total de saint Paul est conforme à ce qu'en écrivirent les plus doctes interprètes, spécialement saint Grégoire-le-Grand, pape, [II Moral. c. VI et VII]; Corn. A. Lapide, [in Act. IX, 6]; et d'autres. On peut avoir une idée de l'illumination intérieure de l'Apôtre en lisant ce qui arriva dans l'esprit d'Alphonse Marie de Ratisbonne au moment de sa conversion.
7, 11, [f]. Une note dans l'edition Espagnol de 1970, par l'Imprimeur FARESO, P. 1248, indique que la phrase «Il reçut aussi la Sainte Communion de la main d'Ananie, avec laquelle» semble avoir été effacer par l'auteur du manuscrit original.
7, 14, [g]. La Vénérable commence l'année du 25 décembre, c'est-à-dire du jour précis de la naissance de Jésus-Christ, comme on a coutume de le faire en plusieurs Églises.
7, 14, [h]. Quelques-uns crurent que la conversion de saint Paul était arrivée l'an 35 de Jésus-Christ; mais Oecumenius, Sanchez, Lorin, Baronius et plusieurs autres soutiennent qu'elle arriva au commencement de l'an 36, c'est-à-dire dans la seconde année après l'Ascension de Notre-Seigneur au 25 janvier comme la met le Martyrologe Romain qui dit: «Conversion de l'Apôtre saint Paul en la seconde année après l'Ascension de Notre-Seigneur Jésus-Christ.»
7, 14, [i]. Livre 7, No. 319.
7, 14, [j]. Livre 7, No. 179.
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Marie d'Agreda "La Cité Mystique de Dieu" livre version numérisée - Page 7 Empty Re: Marie d'Agreda "La Cité Mystique de Dieu" livre version numérisée

Message par sga le Ven 5 Juin 2020 - 16:49

CHAPITRE 15


On déclare la guerre cachée que les démons font aux âmes; la manière dont le Seigneur les défend par Ses Anges, par la Très Sainte Marie et par Lui-même; et un conciliabule que firent ces ennemis après la conversion de saint Paul contre la Reine et l'Église.


7, 15, 277. Toute l'Église catholique est informée et ses enfants sont avertis par l'abondante doctrine des Saintes Écritures (Gen. 3: 1; 1 Par. 21: 1; Job 2: 7; Zach. 3: 1; Matt. 13: 19) et celle des Docteurs et des Théologiens, de la malice et de la cruauté très vigilantes avec lesquelles l'enfer les persécute, s'efforçant avec son astuce de les emmener tous, s'il lui était permis, aux tourments éternels. Nous savons aussi par les mêmes Écritures comment la Puissance infinie du Seigneur nous défend, afin que si nous voulons nous servir de Sa faveur et de Sa protection invincible, nous cheminons avec sécurité, jusqu'à ce que nous obtenions, si nous le méritons, la Félicité Éternelle qu'Il nous a préparée par les mérites de Jésus-
Christ notre Sauveur. Saint Paul dit que toutes les Saintes Écritures furent écrites pour nous assurer dans cette confiance et nous consoler par cette sécurité (Rom. 15: 4), de peur que notre espérance fût vaine, l'ayant sans les oeuvres, puisque nous ayant dit de jeter toute notre sollicitude dans le Seigneur qui a soin de nous (1 Pet. 5: 7), il ajoute aussitôt: «Soyez sobres et vigilants, parce que votre adversaire le diable rôde autour de vous comme un lion rugissant, cherchant qui il pourra prendre pour le dévorer.»

7, 15, 278. Ces avis de la Sainte Écriture sont donnés en commun et en général. Et bien que les hommes, enfants de l'Église, pourraient, de ces mêmes avis et de l'expérience continuelle, descendre au jugement prudent et particulier des embûches et des persécutions que tous les démons font pour notre perte; néanmoins, comme les hommes sont terrestres et charnels (1 Cor. 2: 14), accoutumées seulement à ce que les sens perçoivent, ils n'élèvent point leur pensée vers les choses plus hautes, ils vivent dans une fausse sécurité, ignorant la cruauté inhumaine et occulte avec laquelle les démons leur procurent leur perdition et l'obtiennent. Ils ignorent aussi la protection divine avec laquelle ils sont défendus et protégés; et ils ne remercient point pour ce Bienfait ni ils ne craignent point ce danger, ignorants et aveugles qu'ils sont. Saint Jean dit dans l'Apocalypse (Apoc. 12: 12): «Malheur à la terre, parce que Satan est descendu vers vous avec une grande indignation de sa colère!» L'Évangéliste entendit cette voix douloureuse dans le Ciel où les Saints auraient une grande douleur, s'ils pouvaient en avoir, de la guerre qu'un ennemi si mortel, si puissant et si indigné venait faire aux hommes. Mais quoique les Saints ne puissent avoir de douleur de ce danger; néanmoins ils ont compassion de nous sans douleur; et nous, avec un oubli et une léthargie lamentables, nous n'avons point de douleur ni de compassion pour nous-mêmes. J'ai compris dans tout le cours de cette Histoire que c'est pour réveiller de ce sommeil ceux qui la liront que m'a été donnée la connaissance des mystères occultes de méchanceté que les démons ont eus et ont toujours contre les Mystères de Jésus-Christ et contre l'Église et ses enfants, comme je les ai écrits en plusieurs endroits, déclarant certains secrets cachés aux hommes de la guerre invisible que les esprits malins nous font pour nous entraîner à leur volonté. Le Seigneur m'a déclaré davantage cette vérité, à l'occasion de ce qui arriva dans la conversion de saint Paul, afin que je l'écrivisse et que l'on connût la lutte et l'altercation continuelle que nos Anges ont au-dessus de nos sens avec les démons, touchant la défense des âmes, et comment la Puissance divine les surmonte par les Anges, ou la Très Sainte Vierge, ou Notre-Seigneur ou par Lui-même, le Tout-Puissant.

7, 15, 279. Il y a dans la Sainte Écriture des témoignages clairs de ces altercations et de ces luttes que les saints Anges ont avec les démons pour nous défendre de leur envie et de leur malice; il suffit à mon sujet de les supposer sans les rapporter. Ce que le saint Apôtre Jude-Thaddée dit dans son Épître canonique est notoire: que saint Michel contesta (Jude 9) avec le diable sur ce que cet ennemi prétendait manifester le corps de Moïse que le saint Archange avait enterré par le commandement du Seigneur dans un lieu caché aux Juifs. Et Lucifer prétendait qu'il fût découvert pour induire le peuple à l'adorer par des sacrifices, afin de pervertir le culte de la Loi en idolâtrie; et saint Michel s'opposait à ce que le sépulcre fût manifesté. Cette inimitié de Lucifer envers les hommes est aussi ancienne que la désobéissance de ce dragon, et aussi remplie de fureur et de cruauté qu'il a été et qu'il est superbe contre Dieu, depuis qu'il a connu dans le Ciel que le Verbe Éternel voulait prendre chair humaine et naître de cette Femme (Apoc. 12: 1) qu'il vit vêtue du soleil: de ce dont il a été dit quelque chose dans la première partie [a]. La haine que cet ange superbe a contre Dieu et ses créatures lui est née de ce qu'il a réprouvé les conseils de la Sagesse Éternelle et de ce qu'il n'a point assujetti son entendement. Et comme il ne peut exécuter cette haine contre le Seigneur il l'exerce dans les ouvrages de ses mains. Et comme le démon, avec sa nature d'Ange, conçoit avec immobilité, pour ne point rétrograder de ce que sa volonté a une fois déterminé; pour cela quoiqu'il change de plans en inventant des moyens, il ne change point son affection de persécuter les hommes. Au contraire, cette haine a crû et croît davantage en lui par les faveurs que Dieu fait aux Justes et aux Saints de Son Église, et par les victoires que remporte sur lui la race de cette Femme son ennemie, par laquelle Dieu le menaça que bien qu'il lui tendrait des embûches, néanmoins «qu'Elle lui écraserait la tête (Gen. 3: 15).»

7, 15, 280. Mais comme cet ennemi est un esprit intellectuel et qu'il ne se fatigue point dans l'opération, il se hâte tant à nous persécuter qu'il commence le combat dès l'instant même que nous commençons dans le sein de nos mères à avoir l'être que nous avons. Et ce combat et ce duel ne s'achève que lorsque l'âme se sépare du corps, se vérifiant ce que dit le saint homme Job: que la vie de l'homme est un combat (Job 7: 1) sur la terre. Ce combat consiste non seulement en ce que nous sommes conçus dans le péché originel, et de là nous sortons avec le "fomes peccati" et les passions désordonnées qui nous inclinent au mal; mais outre cette guerre et cette contradiction que nous portons toujours avec nous dans notre nature, le démon nous combat avec une plus grande indignation, se servant de toute son astuce, de toute sa malice, et du pouvoir qui lui est permis, et ensuite de nos propres sens, de nos puissances, de nos inclinations et de nos passions. Outre tout cela, il tâche de se servir d'autres causes naturelles, afin que par leur moyen il nous empêche le remède du Salut Éternel à la fin de notre vie. Et si cela ne se peut, il ne néglige point pour nous pervertir et nous renverser de la grâce, d'intenter aucun dommage ni aucune offense de tout ce qu'il comprend avec son intelligence qu'il peut faire contre nous depuis l'instant de notre conception jusqu'au dernier instant de notre vie, temps que dure aussi notre défense.

7, 15, 281. Cela se passe de cette manière, particulièrement parmi les enfants de l'Église. Aussitôt que le démon connaît qu'il y a quelque génération naturelle du corps humain, il observe d'abord l'intention de ses parents, s'ils sont en péché ou en grâce, s'ils excédèrent ou non dans l'usage de la génération: ensuite la complexion des humeurs qu'ils ont: parce que les corps engendrés y participent d'ordinaire. Il fait attention de même aux causes naturelles, non seulement aux causes particulières, mais aussi aux générales qui concourent à la génération et à l'organisation des corps humains. Et avec les longues expériences qu'ils ont, ils découvrent de tout cela autant qu'ils peuvent la complexion ou les inclinations qu'aura celui qui est engendré; et ils ont coutume de faire dès lors de grands pronostics pour l'avenir. Et s'ils le font bon, ils tâchent d'empêcher autant qu'ils peuvent la dernière génération ou infusion de l'âme, présentant des dangers ou des tentations aux mères, afin qu'elles avortent dans les quarante ou quatre-vingts jours que tarde l'infusion de l'âme. Mais lorsqu'ils connaissent que Dieu crée et unit l'âme, l'indignation et la rage de ces dragons est grande, afin que la créature ne sorte point à la lumière, et qu'elle n'arrive point à recevoir le Baptême si elle naît dans un lieu où on puisse le lui donner aussitôt. Pour cela ils induisent les mères par des suggestions et des tentations à commettre beaucoup de désordres et d'excès avec lesquels elles meuvent la créature avant le temps, ou elle meurt dans leur sein; car parmi les catholiques ou les hérétiques qui usent du Baptême, les démons se contenteraient de le leur empêcher, afin qu'ils ne fussent point justifiés, et qu'ils allassent aux Limbes où ils ne doivent point voir Dieu; quoique parmi les païens et les idolâtres, ils ne mettent point tant de soin, parce que là leur damnation sera certaine.

7, 15, 282. Contre cette malignité du dragon, le Très-Haut a préparé la protection de sa défense par divers moyens. Le plus commun est celui de Sa grande Providence générale avec laquelle Il gouverne les causes naturelles, afin qu'elles aient leurs effets; parce qu'en cela Il a limité leur pouvoir, par lequel ils pourraient bouleverser le monde si le Seigneur l'abandonnait à sa malice implacable. Mais la Bonté du Créateur ne le permet point et Il ne veut point livrer Ses Oeuvres, ni le gouvernement des choses inférieures et encore moins celui des hommes à leurs ennemis jurés et mortels, qui ne servent dans l'univers que comme de vils bourreaux dans une république bien ordonnée. Et si les hommes dépravés ne donnaient point la main à ces ennemis, recevant leurs erreurs et commettant des péchés qui méritent châtiment, toute la nature garderait son ordre dans les effets propres des causes communes et particulières; et il n'arriverait point tant de disgrâces et de dommages parmi les fidèles comme il en arrive dans les fruits de la terre, les maladies, les morts imprévus, et tant de maléfices que le démon a inventés. Tout cela et d'autres événements malheureux du côté des créatures viciées par les désordres et les péchés proviennent de ce que nous avons donné la main au démon et de ce que nous avons mérité d'être châtiés par sa malice puisque nous nous y sommes livrés.

7, 15, 283. Outre cette Providence générale, il y a aussi la protection particulière des saints Anges à qui le Très-Haut a commandé de nous porter dans leurs mains (Ps. 90: 12), comme dit David, afin de ne point nous laisser tomber dans les filets de Satan; et il dit dans un autre endroit qu'il enverra ses Anges (Ps. 33: Cool, lesquels nous entoureront de leur défense et nous délivreront des dangers. Cette défense commence aussi comme la persécution dès le sein où nous recevons l'être humain et elle persévère jusqu'à ce que nos âmes soient présentées au tribunal du jugement de Dieu, selon l'état et le sort que chacun aura mérités. A l'instant que la créature est conçue, le Seigneur commande aux Anges de la garder, elle et sa mère. Et ensuite Il lui assigne à son temps opportun un Ange particulier pour sa garde, comme je l'ai dit dans la première partie [b]. Mais dès la génération, les Anges ont de grandes luttes avec les démons pour défendre les créatures qu'ils reçoivent sous leur protection. Les démons allèguent qu'ils ont juridiction sur elle, parce qu'elle a été conçue dans le péché, fille de malédiction, indigne de la grâce et de la faveur divine et esclave des mêmes démons. L'ange la défend en opposant qu'elle a été conçue par l'ordre des causes naturelles sur lesquelles l'enfer n'a point autorité; et que si elle a le péché originel, elle l'a contracté avec la nature même, que ce fut le péché de ses premiers parents et non celui de sa volonté particulière; et que nonobstant le péché, Dieu l'a créée afin qu'elle Le connaisse, Le loue et Le serve et qu'en vertu de Sa Passion et de Ses Mérites elle puisse mériter la gloire; et que ces fins ne doivent point être empêchées par la seule volonté du démon.

7, 15, 284. Ces ennemis allèguent aussi que les parents de la créature n'eurent point dans sa génération la fin ni l'intention droite qu'ils devaient avoir et qu'ils excédèrent et péchèrent dans l'usage de la génération. Ce droit est le plus fort que l'ennemi peut avoir contre les créatures dans le sein de leurs mères; parce que sans doute les péchés pourraient les priver beaucoup de la protection divine ou font que la génération soit empêchée. Mais quoique cela arrive souvent et que les créatures conçues périssent quelquefois sans sortir à la lumière, néanmoins les Anges les gardent ordinairement. Et s'ils sont enfants légitimes, ils allèguent que leurs parents ont reçu le Sacrement et les bénédictions de l'Église; et s'ils ont quelques vertus, s'ils sont charitables, pieux et s'ils ont d'autres dévotions ou d'autres bonnes oeuvres; les anges allèguent tout cela et ils s'en servent comme d'armes contre les démons, pour défendre ceux qui leur sont confiés. La lutte est plus grande en ceux qui ne sont point enfants légitimes; parce que le démon a plus de juridiction dans la génération en laquelle Dieu est si offensé et les parents mériteraient de justice un châtiment rigoureux; ainsi Dieu manifeste beaucoup plus Sa Miséricorde libérale en conservant les enfants illégitimes. Et les saints Anges l'allèguent pour cela et qu'ils sont des effets naturels, comme je l'ai dit plus haut [c]. Lorsque les parents n'ont pas de vertu, ni de mérites propres, mais des péchés et des vices, alors les Anges allèguent aussi en faveur de la créature les mérites qui se trouvent dans leurs ancêtres, aïeuls ou frères et les prières de leurs amis et de ceux à qui ils ont été confiés, et que l'enfant n'a point de péché parce que ses parents sont pécheurs, ou qu'ils aient excédé dans la génération. Ils allèguent aussi que ces enfants avec la vie peuvent arriver à de grandes vertus et à une grande sainteté, et que le démon n'a point le droit d'empêcher celui que les enfants ont d'arriver à connaître et à aimer leur Créateur. Quelquefois Dieu leur manifeste que les enfants sont choisis pour quelque grande oeuvre au service de l'Église; et alors la défense des Anges est très vigilante et très puissante; mais les démons augmentent aussi leur fureur et leur persécution, pour ce qu'ils conjecturent du soin même des Anges.

7, 15, 285. Toutes ces luttes et celles que nous dirons encore sont spirituelles comme le sont les Anges, et les démons avec lesquels ils les ont, et les armes avec lesquelles combattent les Anges et le Seigneur même sont spirituelles aussi. Mais les armes les plus offensives contre les esprits malins sont les Vérités divines des Mystères de la Divinité et de la Trinité Bienheureuse, de notre Sauveur Jésus-Christ, de l'union hypostatique, de la Rédemption et de l'Amour immense avec lequel Il nous aime en tant que Dieu et en tant qu'homme, procurant notre Salut Éternel. Ensuite la sainteté et la pureté de la Très Sainte Marie, ses mystères et ses mérites. De nouvelles espèces de tous ces sacrements sont données aux démons, afin qu'ils les entendent et qu'ils y soient attentifs, les saints Anges ou Dieu Lui-même les contraignant à cela. Et il arrive alors que les démons croient et qu'ils tremblent (Jac. 2: 19), comme dit saint Jacques; parce que ces Vérités les atterrent et les tourmentent de manière que pour n'y être point aussi attentifs ils se précipitent dans l'abîme; et ils ont coutume de demander à Dieu de leur ôter ces espèces qu'ils reçoivent, comme celles de l'union hypostatique, parce qu'elles les tourmentent plus que le feu qu'ils souffrent, à cause de la haine qu'ils ont des Mystères de Jésus-Christ. Pour cela les Anges répètent souvent dans ces combats: «Qui est comme Dieu? Qui est comme Jésus-Christ Dieu et homme véritable qui mourut pour le genre humain? Qui est comme la Très Sainte Marie notre Reine qui fut exempte de tout péché et qui donna chair et forme humaine au Verbe Éternel dans ses entrailles, étant Vierge et demeurant toujours Vierge?»

7, 15, 286. La persécution des démons et la défense des Anges se continuent à la naissance de la créature. C'est ici que se signale davantage la haine mortelle de ce serpent envers les enfants qui peuvent recevoir l'eau du Baptême; parce qu'il travaille beaucoup pour la leur empêcher par toutes les voies possibles; et l'innocence des enfants crie au Seigneur ce que dit Ézéchias (Is. 38: 14): «Seigneur, répondez pour moi, car je souffre violence.» Parce qu'il semble que les Anges le font au nom de l'enfant, les gardant à cet âge avec un plus grand soi: parce que désormais ils sont hors de leur mère, et ils ne peuvent se protéger par eux-mêmes, et le dévouement de ceux qui les élèvent ne peut prévenir tant de dangers qu'il y a à cet âge. Mais les saints Anges y suppléent souvent; car ils les défendent lorsqu'ils dorment ou sont seuls, et en d'autres occasions où plusieurs enfants périraient s'ils n'étaient point défendus par leurs Anges. Nous qui sommes arrivés à recevoir le saint Baptême et la Confirmation, nous avons dans ces Sacrements une défense puissante contre l'enfer, par le Caractère avec lequel nous sommes marqués enfants de l'Église, par la justification avec laquelle nous sommes régénérés en enfants de Dieu et en héritiers de Sa gloire, par les vertus de Foi, d'Espérance, de Charité et d'autres avec lesquelles nous demeurons ornés et fortifiés pour bien opérer, par la participation aux autres Sacrements et par les suffrages de l'Église où nous sont appliqués les mérites de Jésus-Christ et de ses Saints, et d'autres grands Bienfaits que nous, tous les fidèles, nous confessons; et si nous nous en servions, nous vaincrions le démon avec ces armes, et il n'aurait point de part en aucun des enfants de la Sainte Église.

7, 15, 287. Mais ô douleur! qu'ils sont rares ceux qui en arrivant à l'usage de la raison ne perdent point aussitôt la grâce du Baptême et ne se font de la bande du démon contre leur Dieu! Ici il semble que ce serait justice de nous abandonner et de nous refuser la protection de Sa Providence et de Ses Anges. Mais Il ne fait pas ainsi; parce qu'au contraire, lorsque nous commençons à démériter de l'avoir, alors Il l'augmente avec une plus grande Clémence, pour manifester en nous les richesses de Sa Bonté infinie. On ne peut expliquer par des paroles quelles sont la malice, l'astuce et la diligence du démon pour faire tomber les hommes et les induire en quelque péché, dès qu'ils arrivent à entrer dans les années et dans l'usage de la raison. Ils prennent pour cela leur course de loin, tâchant de faire en sorte qu'ils s'accoutument dans les années de l'enfance à plusieurs actions vicieuses, qu'ils en voient et en entendant d'autres semblables dans leur parents, dans ceux qui les élèvent et dans la compagnie des autres plus vicieux et plus âgés; que les parents négligent de prévenir ce danger en ces tendres années de leurs enfants; parce qu'alors tout ce qu'ils aperçoivent par les sens s'imprime en eux comme dans une cire molle et sur une table rase, et le démon meut par là leurs inclinations et leurs passions, et les hommes opèrent communément par elles à moins qu'ils ne soient gouvernés par un secours spécial. D'ici il résulte que les enfants, en arrivant à l'usage de la raison, suivent les inclinations et les passions dans le sensible et le délectable des espèces desquelles ils ont la fantaisie ou imagination remplie. Et les ayant fait tomber dans le péché le démon prend possession de leurs âmes et il acquiert un nouveau droit et une nouvelle juridiction sur eux pour les attirer à d'autres péchés, comme il arrive d'ordinaire par malheur en un si grand nombre.

7, 15, 288. Le soin et la diligence des saints Anges n'est pas moindre à prévenir cette perte et à nous défendre du démon. Pour cela ils donnent beaucoup de saintes inspirations à leurs parents de prendre soin de l'éducation de leurs enfants, de les catéchiser et d'autres dévotions, de les retirer de tout mal et de les habituer à la vertu. Ils envoient les mêmes inspirations aux enfants, plus ou moins, comme ils vont en grandissant et selon la lumière que le Seigneur leur donne de ce qu'il veut opérer dans les âmes. Les anges ont de grandes luttes avec les démons au sujet de cette défense; parce que ces malins esprits allèguent contre les enfants tous les péchés qu'il y a dans les parents et les actions déréglées que ces mêmes enfants commettent; car bien qu'ils ne soient point coupables, le démon dit néanmoins que toutes ces oeuvres sont siennes et qu'il a le droit de les continuer dans cette âme. Et si elle commence à pécher avec l'usage de la raison, la résistance qu'ils font est forte, afin que les Anges ne les retirent point du péché. Les Anges allèguent pour cela les vertus de leurs parents et de leurs ancêtres et les bonnes actions des mêmes enfants. Et quand ce ne serait pas plus que d'avoir prononcé les Noms de Jésus et de Marie quand ils apprirent à les nommer, ils allèguent cette oeuvre pour les défendre par ce moyen; parce qu'ils ont commencé à honorer le saint Nom du Seigneur et de Sa Mère, et s'ils ont d'autres dévotions et s'ils savent les prières Chrétiennes et les disent. Les Anges se servent de tout cela, comme des propres armes de l'homme pour les défendre du démon, car nous lui ôtons par toute bonne oeuvre quelque chose du droit qu'il avait acquis sur nous par le péché originel et surtout par les actuels.

7, 15, 289. L'homme étant déjà entré dans l'usage de la raison, le duel et le combat entre les Anges et les démons vient à être plus contentieux; parce que dès le moment que nous commettons quelque péché, ce serpent apporte une extrême sollicitude à faire en sorte que nous perdions la vie avant de faire pénitence et que nous nous damnions. Et afin que nous tombions en d'autres péchés nouveaux, il remplit toutes les voies qu'il y a en tous les états de filets et de périls, sans excepter aucun état, quoiqu'il ne mette pas en tous les mêmes dangers. Mais si les hommes connaissaient ce secret comme il arrive en effet, et s'ils voyaient les lacs et les embûches que le démon a mis par la faute des hommes mêmes, ils iraient
tout tremblants, et plusieurs changeraient d'état ou ne le prendraient point, d'autres abandonneraient les postes, les offices et les dignités qu'ils désirent. Mais ils vivent mal assurés en ignorant leur propre risque; parce qu'ils ne savent point comprendre ni croire autre chose que ce qu'ils perçoivent par les sens; et ainsi ils ne craignent leur ruine malheureuse. C'est pour cela qu'il y a tant d'insensés et si peu de prudents et de vrais sages; qu'il y en a beaucoup d'appelés et peu d'élus; que les vicieux et les pécheurs sont sans nombre et les vertueux et les parfaits très rares. Le démon recouvre des actes positifs de possession dans l'âme selon que les péchés de chacun se multiplient; et s'il ne peut ôter la vie à celui qu'il tient esclave, il tâche au moins de le traiter comme un vil serviteur, alléguant qu'il est tous les jours plus sien, et qu'il veut lui-même l'être; et qu'il n'est pas juste de le lui ôter et de lui donner des secours, puisqu'il ne les accepte point; ni de lui appliquer les Mérites de Jésus-Christ, puisqu'il les méprise; ni l'intercession des Saints, puisqu'il les oublie.

7, 15, 290. Avec ces titres et d'autres qu'il n'est pas possible de rapporter ici, le démon prétend raccourcir le temps de la pénitence pour ceux qu'il regarde comme siens. Et s'il ne l'obtient pas, il prétend leur empêcher les voies par où ils peuvent arriver à se justifier et les âmes en qui il l'obtient sont nombreuses. Mais la protection divine ne manque à aucune ainsi que la défense des saints Anges qui nous délivrent du péril de la mort un nombre infini de fois; et cela est si certain qu'à peine y a-t-il quelqu'un qui n'ait pu le connaître dans le cours de sa vie. Ils nous envoient des appels et des inspirations continuelles; ils mettent en oeuvre toutes les causes et les moyens convenables pour nous avertir et nous exciter. Et ce qui plus est, ils nous défendent de la fureur et de la rage des démons, et ils allèguent contre eux pour notre défense tout ce que l'entendement d'un Ange bienheureux peut pénétrer et tout ce à quoi s'étendent son pouvoir et son ardente charité. Et tout cela est souvent nécessaire à l'égard d'un grand nombre d'âmes qui se sont livrées à la juridiction du démon et qui n'usent de leur liberté et de leur puissances que pour cette témérité. Je ne parle point des païens, des idolâtres et des hérétiques, car bien que les Anges gardiens les défendent, leur donnent de bonnes inspirations, et les meuvent parfois pour qu'ils fassent quelque bonnes oeuvres morales et que les Anges allèguent ensuite ces bonnes oeuvres pour leur défense; néanmoins le plus qu'ils font communément est de défendre leur vie, afin que Dieu ait sa cause plus justifiée, leur ayant donné tant de temps pour se convertir. Les Anges travaillent aussi afin qu'ils ne fassent point autant de péchés que les démons prétendent; parce que la charité des saints Anges s'étend au moins à ce qu'ils ne méritent point autant de peines, pendant qu'au contraire la malice des démons s'efforce de leur procurer les plus grandes [d].

7, 15, 291. C'est dans le Corps mystique de l'Église que se font les plus grands combats entre les Anges et les démons, selon les différents états des âmes. Ils les défendent tous communément, se servant comme d'armes communes du saint Baptême avec le Caractère qu'ils ont reçu, de la grâce, des vertus, des bonnes oeuvres et des mérites si quelques-uns en ont, des dévotions qu'ils ont pour les Saints, des oraisons des justes qui prient pour eux et de tout bon mouvement qu'ils ont eu en toute leur vie. Cette défense est très puissante dans les justes; parce que, comme ils sont dans la grâce et l'Amitié de Dieu, les Anges ont un plus grand droit contre les démons, et ainsi ils les éloignent et leur montrent les âmes justes et saintes, qui sont formidables à l'enfer; et l'on devrait estimer la grâce au-dessus de tout ce qui est créé seulement pour ce privilège. Il y a d'autres âmes tièdes, imparfaites qui tombent en péché et qui par intervalles s'en relèvent; les démons allèguent plus de droit contre celle-ci, afin d'user de leur cruauté envers elles. Mais les saints Anges les défendent et ils travaillent beaucoup afin que «le roseau brisé n'achève point de se rompre et que la mèche encore fumante ne finisse point de s'éteindre,» comme dit Isaïe (Is. 42: 3).

7, 15, 292. Il y a d'autres âmes si dépravées et si malheureuses qu'elles n'ont pas fait en toute leur vie une seule bonne oeuvre, depuis qu'elles ont perdu la grâce du baptême; ou si elles se sont relevées quelquefois du péché, elles y sont retourné ensuite si stablement qu'il semble qu'elles ont terminé leurs comptes avec Dieu, et elles vivent et agissent comme si elles étaient sans espérance d'une autre vie, sans crainte de l'enfer, et sans réflexion sur le malheur du péché. Il n'y a dans ces âmes aucune action vitale de la grâce, ni aucun mouvement de vertu véritable et les saints Anges n'ont à alléguer aucune chose bonne et efficace du côté de l'âme pour sa défense. Les démons réclament: «Celle-ci au moins est à nous de toutes manières, elle est assujettie à notre empire et la grâce n'a point de part en elle.» Et les démons représentent pour cela aux Anges tous les péchés, toutes les méchancetés et tous les vices de cette âme qui sert volontairement un si mauvais maître. Ce qui se passe alors entre les démons et les Anges est incroyable et indicible; parce que les ennemis résistent avec une fureur souveraine, afin qu'il ne lui soit point donné d'inspiration et de secours. Et comme ils ne peuvent résister en cela au Pouvoir divin, ils mettent au moins tous leurs efforts afin qu'ils ne les reçoivent point et qu'ils ne fassent pas attention à l'appel du Ciel. Et il arrive d'ordinaire une chose très notable en ces âmes: c'est que toutes les fois que Dieu leur envoie par Lui-même ou par le moyen de Ses Anges, quelque sainte inspiration ou quelque bon mouvement, il est nécessaire de faire fuir les démons et de les éloigner de cette âme, afin qu'elle y soit attentive et afin que ces oiseaux de proie ne viennent détruire aussitôt cette sainte Semence (Luc 8: 11-12). Les Anges font d'ordinaire cette défense par ces paroles que j'ai dites plus haut: «Qui est comme Dieu qui habite dans les Hauteurs? Qui est comme Jésus-Christ assis à la droite du Père Éternel? Qui est comme la Très Sainte Marie?» et d'autres semblables qui font fuir les dragons infernaux et qui les font tomber parfois dans l'abîme, quoiqu'ils reviennent ensuite à leur combat, parce que leur colère n'est pas finie.

7, 15, 293. Les ennemis tâchent aussi par tous leurs efforts de faire en sorte que les hommes multiplient leurs péchés, afin que le nombre de leurs iniquités se comble aussitôt et que le temps de la pénitence et de la vie leur soit raccourci, afin de les emmener à leurs tourments. Mais les saints Anges qui se réjouissent tant de la conversion du pécheur, lorsqu'ils ne peuvent l'obtenir, travaillent beaucoup auprès des enfants de l'Église pour les retenir autant qu'ils peuvent, leur évitant des occasions infinies de péché et faisant en sorte qu'ils s'y retiennent et qu'ils pèchent moins. Et lorsqu'avec toutes ces diligences et d'autres que les mortels ne savent pas, ils ne peuvent réduire tant d'âmes qu'ils connaissent dans le péché, ils se servent de l'intercession de la Très Sainte Marie et ils la prient de s'interposer comme Médiatrice auprès du Seigneur et de se mettre en avant pour confondre les démons. Et afin que les pécheurs obligent sa très clémente Miséricorde de quelque manière les Anges prennent soin que leurs âmes aient quelque dévotion spéciale envers cette grande Dame du Ciel et qu'elles lui fassent quelques services qu'elles puissent lui offrir. Et quoiqu'il soit vrai que les bonnes oeuvres faites en péché sont mortes et ne sont que des armes très faibles contre le démon; néanmoins elles ont toujours quelque congruité quoiqu'éloignée, à cause de l'honnêteté de leurs objets et leurs bonnes fins; et avec elles le pécheur est moins indisposé que sans elles. Ces oeuvres, présentées surtout par les Anges, et encore mieux par la Très Sainte Marie, ont je ne sais quelle vie ou quelle ressemblance de vie en la Présence du Seigneur qui les regarde différemment que dans le pécheur; et quoiqu'il ne s'oblige point pour ces oeuvres, il le fait pour celui qui l'en prie.

7, 15, 294. Un nombre infini d'âmes sortent du péché et des griffes du dragon par cette voie, la Très Sainte Marie s'interposant lorsque la défense des Anges ne suffit pas; parce que les âmes qui arrivent à un état si formidable sont sans nombre, et elles ont besoin alors d'un bras aussi puissant que celui de cette Auguste Reine. C'est pourquoi les démons sont si tourmentés de leur propre fureur lorsqu'ils connaissent qu'un pécheur invoque cette grande Dame ou s'en souvient; parce qu'ils savent déjà la Miséricorde avec laquelle Elle les reçoit et qu'en mettant la main à leur cause Elle la fait sienne; et il ne leur reste point d'espérance ni de force pour lui résister; au contraire ils se donnent aussitôt pour vaincus et soumis. Et il arrive souvent quand Dieu veut faire quelque conversion particulière, que la même Reine commande avec empire aux démons de s'éloigner de cette âme et de s'en aller à l'abîme, ce qui arrive toujours quand Elle le leur commande. D'autres fois, sans que la même Dame du Ciel leur commande, Dieu leur pose de nouvelles espèces de ses Mystères, du Pouvoir et de la Sainteté qui sont renfermés en Elle, et avec ces connaissances nouvelles ils prennent la fuite et ils sont atterrés et vaincus, abandonnant les âmes qui répondent et coopèrent à la grâce que Notre-Dame leur obtient de son Très Saint Fils [e].

7, 15, 295. Mais quoique l'intercession de cette Auguste Reine soit si puissante et son empire si formidable aux démons, et que le Très-Haut ne fasse aucune faveur à l'Église et aux âmes, sans que la Très Sainte Marie n'intervienne; néanmoins l'Humanité du Verbe Incarné Lui-même combat pour nous en plusieurs occasions et nous défend de Lucifer et de ses alliés, Se déclarant en notre faveur, Lui et Sa Mère, anéantissant et vainquant les démons. Tel est le grand Amour qu'Il a pour les hommes et combien Il prend soin de leur Salut Éternel. Et cela arrive non seulement quand les âmes se justifient par le moyen des Sacrements; car alors les ennemis sentent plus immédiatement contre eux la Vertu de Jésus-Christ et Ses Mérites; mais aussi en d'autres conversions merveilleuses, où Il donne à ces malins esprits des espèces particulières avec lesquelles Il les renverse et les confond, leur représentant un ou plusieurs de ces Mystères, comme je l'ai dit plus haut. C'est de cette manière que furent opérées les conversions de saint Paul, de la Magdeleine et d'autres Saints; la Puissance divine agit aussi de même quand il est nécessaire de défendre quelque royaume Catholique ou la Sainte Église contre les trahisons et les méchancetés que l'enfer forge contre eux pour les détruire. En de semblables événements, non seulement la Très Sainte Humanité, mais aussi la Divinité infinie avec la Puissance que l'on attribue au Père se déclare immédiatement contre les démons de la manière que nous avons dite, leur donnant une connaissance et des espèces nouvelles des Mystères de la Toute-Puissance, par laquelle Elle veut les opprimer, les vaincre et les dépouiller de la proie qu'ils ont faite ou qu'ils intentent de faire.

7, 15, 296. Lorsque le Très-Haut interpose ces moyens si puissants contre le dragon infernal; tout ce royaume de confusion demeure atterré et craintif au fond de l'abîme durant plusieurs jours, faisant des lamentations et des hurlements et ne pouvant se mouvoir de ce lieu pour revenir dans le monde, jusqu'à ce que le Seigneur leur en donne la permission. Mais lorsqu'ils connaissent qu'ils l'ont, ils reviennent persécuter les âmes avec leur antique indignation. Et quoiqu'il semble que leur orgueil et leur arrogance ne s'ajustent point à revenir à l'envi contre Celui qui les a renversés et vaincus; néanmoins la jalousie qu'ils ont de ce que les hommes peuvent arriver à jouir de Dieu et la rage avec laquelle ils veulent les en empêcher, prévalent dans ces démons pour ne point se désister de nous persécuter jusqu'à la fin de notre vie. Mais si les péchés des hommes n'avaient point offensé si démesurément la Miséricorde divine, j'ai compris que Dieu userait souvent de Sa Puissance infinie pour défendre plusieurs âmes, même d'une manière miraculeuse. Il ferait en particulier ces démonstrations pour défendre de Corps mystique de l'Église et certains royaumes Catholiques, rendant inutiles les conseils de l'enfer avec lesquels Lucifer tâche de détruire la Chrétienté comme nous le voyons de nos yeux dans ces siècles infortunés; et nous ne méritons point que la Puissance divine nous défende, parce que tous communément nous irritons Sa Justice et le monde s'est confédéré avec l'enfer, au pouvoir duquel Dieu abandonne celui qui s'y livre, puisque les hommes s'obstinent si aveuglément et si contentieusement à faire cette folie.

7, 15, 297. Cette protection du Très-Haut se manifesta dans la conversion de saint Paul que nous avons vue; parce que le Très-Haut l'avait choisi dès le sein de sa mère, comme il le dit lui-même (Gal. 1: 15-16), le marquant dans Son Entendement divin pour Son Apôtre et un vase d'élection. Et quoique le cours de sa vie jusqu'à la persécution de l'Église se passa avec une variété d'événements en laquelle le démon s'éblouit, comme il arrive à l'égard de plusieurs âmes; néanmoins depuis sa conception il avait observé et examiné son naturel et le soin avec lequel les Anges le défendaient et le gardaient. De là lui vint dans les premières années la haine qui lui fit désirer de lui ôter la vie. Mais comme il ne put l'obtenir, il tâcha au contraire de la lui conserver, lorsqu'il le vit persécuteur de l'Église, comme je l'ai dit plus haut. Et comme les Anges ne furent pas assez puissants pour retirer Saul et le révoquer de cette erreur par laquelle il s'était livré au démon de si grand coeur, la Très Sainte Marie entra prenant sa cause comme sienne et en sa considération, Jésus-Christ Lui-même avec le Père Éternel interposa Sa Vertu divine et Il le tira de Son Bras tout-puissant des griffes du dragon; et celui-ci fut confondu et précipité jusqu'à l'abîme en un moment, par la Présence de Jésus-Christ, avec tous ses démons qui allaient pour accompagner Saul et l'exciter sur le chemin de Damas.

7, 15, 298. Lucifer et ses démons éprouvèrent en cette circonstance le fouet de la Toute-Puissance divine et ils demeurèrent pendant quelques jours foudroyés, abattus et comme attachés par Elle au fond des cavernes infernales. Mais au moment que le Seigneur leur ôta ces espèces qu'Il leur avait données pour les confondre, ils revinrent capables de respirer pour ainsi dire dans leur indignation. Et le grand dragon convoqua les autres et leur parla de cette manière: «Comment est-il possible que j'aie du repos à la vue de ces dommages si répétés que je reçois chaque jour de ce Verbe Incarné et de cette Femme qui L'a engendré et enfanté fait homme! Où est ma force? où est ma puissance, ma fureur et les grands triomphes que j'ai remportés avec elles sur les hommes, depuis que Dieu m'a rejeté sans raison du Ciel dans cet abîme. Il paraît, mes amis, que le Tout-Puissant veut fermer les portes de ces enfers et rendre celles du Ciel patentes, avec quoi notre empire demeurera détruit et mes pensées et mes désirs d'attirer à ces tourments tout le reste des hommes s'évanouiront. Si dieu fait de telles Oeuvres pour eux après les avoir rachetés par Sa Mort; s'Il leur manifeste tant d'Amour; s'Il les gagne et les réduit à Son Amitié avec un Bras si puissant et avec tant de merveilles, quand ils auraient les coeurs de diamant et des caractères de bêtes féroces, ils se laisseraient vaincre par tant d'Amour et de Bienfaits. Ils L'aimeront et Le suivront tous; ou si non, ils sont plus rebelles et plus obstinés que nous autres. Quelle sera l'âme si insensible qui ne se voie contrainte à être reconnaissante envers cet Homme-Dieu qui lui procure avec tant de tendresse la propre gloire dont Il jouit. Saul était notre ami, l'instrument de mes projets, sujet à ma volonté et à mes ordres, ennemi du Crucifié, et je l'avais destiné pour lui donner de très cruels tourments dans cet enfer. Et au milieu de tout cela Il me l'a ôté inopinément des mains, et de Son Bras puissant et fort il a élevé un petit homme terrestre à une grâce et à des Bienfaits si élevés, que nous, ses ennemis, nous en sommes dans l'admiration. Quelles oeuvres Saul a-t-il faites pour gagner une si bonne fortune, un grade si élevé? N'était-il pas à mon service, exécutant mes ordres, et offensant le même Dieu? Puis si le Seigneur a été si libéral envers lui, que fera-t-Il pour d'autres moins pécheurs? Et lors même qu'Il ne les appellerait et ne les convertirait pas à Lui avec tant de merveilles, Il les réduirait par le Baptême et d'autres Sacrements par lesquels les hommes se justifient tous les jours. Et avec cet exemple si rare, Il attirera le monde après Lui, quand je prétendais éteindre l'Église par Saul, maintenant il la défendra avec beaucoup de courage. Est-il possible que je voie la nature vile des hommes élevée à la félicité et à la grâce que j'ai perdues, et qu'elle doive entrer dans les Cieux d'où j'ai été rejeté? Cela me tourmente plus que le feu dans ma propre fureur. J'en rage et je m'affole de ce que je ne puis m'anéantir. Que Dieu le fasse et ne me conserve pas dans cette peine. Puisque cela ne doit pas être, dites-moi, mes vassaux, que ferons-nous contre ce Dieu si puissant? Nous ne pouvons L'offenser Lui, mais nous pouvons en tirer vengeance dans ces hommes qu'Il aime tant; puisque nous contrevenons en cela à Sa Volonté. Et parce que ma grandeur est plus offensée et plus indignée contre cette Femme notre ennemie qui Lui a donné l'être humain, je veux intenter de nouveau de la détruire et de venger l'injure qu'Elle nous a faite de nous avoir ôté Saul et de nous avoir précipités dans cet enfer. Je ne reposerai point que je ne l'aie vaincue. Pour cela je détermine d'exécuter contre Elle tous les plans que ma science a inventés contre Dieu et contre les hommes après que je fusse descendu dans l'abîme. Venez tous m'aider à cette entreprise et exécuter ma volonté.»

7, 15, 299. Jusqu'ici arriva la proposition et l'exhortation de Lucifer. Et quelques démons répondirent et lui dirent: «Notre capitaine et notre chef, nous sommes prêts à t'obéir, connaissant combien cette Femme notre ennemie nous opprime et nous tourmente; mais il sera possible qu'Elle nous résiste par Elle seule et qu'Elle méprise nos diligences et nos tentations, comme nous savons qu'Elle l'a fait en d'autres circonstances, se montrant supérieure à tout. Ce qu'Elle ressentira surtout, ce sera que nous la touchions dans les sectateurs de son Fils, parce qu'Elle les aime comme Mère et Elle prend grand soin d'eux. Élevons en même temps la persécution contre les fidèles, car nous avons pour cela de notre côté tout le judaïsme irrité contre cette nouvelle Église du Crucifié, et nous obtiendrons tout ce que nous projetons contre ces fidèles par le moyen des Pontifes et des Pharisiens; et ensuite tu tourneras ta rage conter cette Femme ennemie.» Lucifer approuva ce conseil se montrant satisfait des démons qui le lui proposèrent, et ainsi ils demeurèrent d'accord dans le dessein de sortir pour détruire l'Église par le moyen des autres, comme ils l'avaient intenté par Saul. Les choses que je dirai plus loin résultèrent de ce décret, ainsi que le combat que la Très Sainte Marie eut avec ce dragon et ses démons, remportant de grands triomphes pour la Sainte Église, comme je l'ai mentionné pour ce lieu dans la première partie, chapitre 10 [f].

DOCTRINE QUE ME DONNA LA GRANDE DAME DES ANGES.

7, 15, 300. Ma fille, tu n'arriveras dans cette vie mortelle, avec aucune pondération de paroles, à manifester entièrement l'envie de Lucifer et de ses démons contre les hommes; la malice, la fourberie, l'astuce et les mensonges avec lesquels son indignation les poursuit pour les entraîner dans le péché et ensuite dans les peines éternelles. Il essaye d'empêcher toutes les bonnes oeuvres qu'ils font, et s'ils les font il les calomnie et il travaille à les pervertir et à les détruire. La malice prétend introduire dans les âmes tous les maux que son génie invente. La protection divine est admirable contre cette iniquité souveraine, si les hommes correspondaient et coopéraient de leur côté. L'Apôtre les avertit pour cela de prendre garde et de vivre avec prudence au milieu des périls et des embûches des ennemis; non comme des insensés (Eph. 515-16), mais comme sages, rachetant le temps, parce que les jours de la vie mortelle sont mauvais et remplis de dangers. Et il dit dans un autre endroit (1 Cor. 15: 58. «Qu'ils soient stables et constants pour abonder en toute bonne oeuvre, parce que leur travail ne sera pas en vain devant le Seigneur.» L'ennemi connaît cette Vérité et il la craint; et aussi il essaye avec une malice souveraine de décourager les âmes en commettant un péché, afin que défiantes, elles se désespèrent et abandonnent toutes les bonnes oeuvres, et qu'ainsi les armes avec lesquelles les saints Anges peuvent les défendre et faire la guerre aux démons leur soient ôtées. Et quoique ces oeuvres dans le pécheur n'aient aucune âme de charité, ni aucune vie de mérite de la grâce et de la gloire, elles sont néanmoins d'un grand profit pour celui qui les fait. Et il arrive quelquefois que pour s'être accoutumé à bien opérer, la Miséricorde divine s'incline à donner des secours plus efficaces pour faire les mêmes oeuvres avec plus de ferveur et de plénitude, ou avec douleur des péchés et charité véritable, avec lesquelles les pécheurs arrivent à obtenir la justification.

7, 15, 301. De tout le bien que fait la créature, nous les Bienheureux nous prenons quelque motif pour la défendre de ses ennemis et pour demander à la Miséricorde divine de la regarder et de la tirer du péché. Les Saints s'obligent aussi de la dévotion affectueuse que l'on a pour eux et de se voir invoqués et appelés au secours de tout coeur, dans les besoins et les dangers. Et si les Saints sont ainsi inclinés par la charité qu'ils ont à favoriser les hommes parmi les périls et les contradictions qu'ils savent que le démon leur cherche; ne sois pas étonnée, ma très chère, si je suis si miséricordieuse envers les pécheurs qui m'invoquent et qui recourent à ma clémence pour leur remède, car je le leur désire infiniment plus qu'ils ne le désirent eux-mêmes. On ne saurait compter tous ceux que j'ai rachetés du dragon infernal pour avoir eu de la dévotion envers moi, quand ce n'était que de réciter un Ave Maria, ou de prononcer une seule parole pour m'honorer et m'invoquer. Ma charité pour eux est tellement grande que s'ils m'invoquaient à temps et de tout leur coeur, nul ne périrait. Mais les pécheurs et les réprouvés ne le font pas; parce que les blessures spirituelles du péché ne les affligent point, parce qu'elles ne sont point sensibles pour le corps, et plus elles se répètent, moins elles causent de douleur et de sentiment; parce que le second péché est déjà une blessure dans un corps mort qui ne sait ni craindre, ni prévenir, ni sentir le dommage qu'il reçoit.

7, 15, 302. De cette insensibilité si affreuse résulte dans les hommes l'oubli de leur damnation éternelle et de la sollicitude avec laquelle les démons la leur procurent. Ils dorment et se reposent dans leur propre perte, sans savoir en quoi ils fondent leur fausse sécurité, tandis qu'il serait juste de craindre leur damnation, et de réfléchir à la mort éternelle qui les menacent de si près, ou au moins de recourir au Seigneur, à moi et aux Saints pour demander le remède. Mais ils ne savent point faire cela même qui leur coûte si peu, jusqu'au temps où ils ne peuvent souvent plus l'obtenir; parce qu'ils le demandent sans les conditions qu'il convient pour qu'il leur soit accordé. Et si je l'obtiens pour quelques-uns aux dernières extrémités, parce que je vois combien il a coûté à mon Fils de les racheter; ce privilège néanmoins ne peut être une loi commune pour tous. C'est
pour cela que tant d'enfants de la Sainte Église se damnent; parce qu'ils méprisent, les ingrats et les insensés qu'ils sont, tant de remèdes si puissants que leur a offerts la Clémence divine dans le temps le plus opportun. Ce sera aussi une nouvelle confusion pour eux de connaître la Miséricorde du Très-Haut et la piété avec laquelle je veux les sauver, ainsi que la charité des Saints pour intercéder pour eux; et de n'avoir point voulu donner à Dieu la gloire, et à moi et aux Saints la joie que nous eussions eue de leur procurer le remède, s'ils nous eussent invoqués de tout leur coeur.

7, 15, 303. Je veux, ma fille, te manifester un autre secret. Tu sais déjà que mon Fils et mon Seigneur a dit dans l'évangile (Luc 15: 10): «Les anges ont de la joie dans le Ciel quand quelque pécheur fait pénitence et se convertit au Chemin de la Vie Éternelle par le moyen de sa justification.» La même chose arrive à sa manière quand les justes font des oeuvres de vertu véritable et méritent de nouveaux degrés de gloire. Puis de la manière que la chose arrive dans la conversion des pécheurs et les mérites, il y a de même une autre nouveauté dans les démons et dans l'enfer quand les justes pèchent ou quand les pécheurs commettent de nouveaux péchés; parce que les hommes n'en font aucun, quelque petit qu'il soit, dont les démons dans l'enfer n'aient point de complaisance, et ceux qui les tentent donnent avis aussitôt à ceux qui sont dans ces cachots éternels, afin qu'ils aient connaissance et qu'ils se réjouissent de ces nouveaux péchés, les gardant comme en registres, pour accuser les délinquants devant le juste Juge; et afin qu'ils sachent qu'ils ont un plus grand empire et une plus grande juridiction sur les malheureux pécheurs qu'ils ont réduits à leur volonté plus ou moins, selon la gravité du péché qu'ils ont commis. Telle est la haine qu'ils ont contre les hommes et la trahison qu'ils leur font, quand ils les trompent par quelque plaisir apparent et momentané. Mais le Très-Haut qui est Juste en toutes Ses oeuvres ordonna aussi, comme un châtiment de cette perfidie que la conversion des pécheurs et les bonnes oeuvres des justes fussent aussi un tourment particulier pour ces ennemis qui se réjouissent de la perdition des hommes avec une iniquité souveraine.

7, 15, 304. Ce fléau de la Providence divine tourmente grandement tous les démons, parce que non seulement il les confond et les opprime dans la haine mortelle qu'ils ont contre les hommes, mais le Seigneur, par les victoires des Saints et des pécheurs convertis, leur ôte en grande partie les forces que leur avaient données et que leur donnent ceux qui se laissent vaincre par leurs tromperies et qui pèchent contre leur Dieu véritable. Les ennemis, avec le tourment nouveau qu'ils reçoivent en ces occasions, tourmentent aussi les damnés; et comme il y a une joie nouvelle dans le Ciel pour la pénitence et les oeuvres saintes des pécheurs, il y a aussi dans l'enfer un nouveau scandale et une confusion nouvelle avec des hurlements et des désespoirs des démons qui causent de nouveau des peines accidentelles en tous ceux qui vivent dans ces cachots de confusion et d'horreur. De cette manière, le Ciel et l'enfer se communiquent à la conversion et à la justification du pécheur, mais avec des effets contraires. Lorsque les âmes se justifient par le moyen des Sacrements, particulièrement par la confession faite avec une douleur véritable, il arrive souvent que les démons n'osent point paraître devant le pénitent pendant quelque temps, et ils sont des heures sans avoir le courage de le regarder, s'il ne leur donne lui-même des forces en étant ingrat et en retournant aussitôt aux dangers et aux occasions de péché; car alors les démons perdent la crainte que la véritable pénitence et la justification leur avaient imposée.

7, 15, 305. Il ne peut y avoir de tristesse ni de douleur dans le Ciel; mais si cela était possible, les Saints n'en auraient jamais autant d'aucune chose du monde, si ce n'est de ce que celui qui est justifié vient à retomber et à perdre la grâce et de ce que le pécheur s'en éloigne davantage et se rend plus incapable de l'acquérir. Le péché de sa nature est aussi puissant pour émouvoir le Ciel par la douleur et la peine, que la vertu et la pénitence le sont pour tourmenter l'enfer. Considère donc, ma très chère, dans quelle ignorance dangereuse de ces vérités les mortels vivent communément, privant le Ciel de la joie qu'il reçoit de la justification de toute âme, Dieu de la gloire extérieure qui Lui en résulte, et l'enfer de la peine et du châtiment que les démons reçoivent en punition de ce qu'ils se réjouissent de la chute et de la perdition des hommes. Je veux de toi qu'avec la Science que tu as reçue, tu travailles à compenser pour ces maux, comme servante fidèle et prudente. Et tâche de t'approcher toujours du Sacrement de la Confession avec une intime douleur de tes péchés et avec ferveur, appréciation et vénération; car ce remède est un sujet de grande terreur pour le dragon et il s'efforce beaucoup d'en détourner les âmes ou de les tromper astucieusement, afin qu'elles reçoivent ce Sacrement avec tiédeur, par coutume, sans contrition et sans les conditions avec lesquelles il convient de le recevoir. Le démon procure cela, non seulement pour perdre les âmes, mais aussi pour éviter le tourment qu'il reçoit de voir qu'un vrai pénitent justifié l'opprime et le confond dans la malignité de son orgueil.

7, 15, 306. Outre tout cela, je t'avertis, mon amie, que bien que ce soit une vérité infaillible que ces dragons infernaux sont les auteurs et les maîtres du mensonge et qu'ils ne traitent avec les hommes qu'avec l'envie de les tromper en tout, et ils prétendent, avec une astuce redoublée, répandre toujours en eux l'esprit d'erreur avec lequel ils les perdent; néanmoins quand ces ennemis confèrent entre eux dans leurs conciliabules des déterminations frauduleuses qu'ils emploient pour tromper les mortels, ils traitent alors de certaines Vérités qu'ils connaissent et qu'ils ne peuvent nier, parce qu'ils les entendent toutes et ils les communiquent, non pour les enseigner aux hommes, mais pour les obscurcir dans leur esprit, et les mélanger des erreurs et des faussetés qui leur servent pour introduire leur méchanceté. Et parce que tu as déclaré dans ce chapitre et dans toute cette Histoire tant de conciliabules et de secrets de la malice de ces serpents malfaisants, ils sont très indignés contre toi; parce qu'ils jugeaient que ces secrets n'arriveraient jamais à la connaissance des hommes et que ceux-ci ne sauraient point ce qu'ils machinent contre eux dans leurs assemblées et leurs conférences. Pour cette raison, ils tâcheront de tirer vengeance de l'indignation qu'ils ont conçue contre toi; mais le Très-Haut t'assistera si tu L'invoques et si tu tâches d'écraser la tête du dragon. Demande aussi à la Clémence divine que ces avis et cette Doctrine que je te donne servent à détromper les mortels et que le Seigneur leur donne Sa Lumière divine pour profiter de ce Bienfait. Et toi la première, tâche de correspondre fidèlement de ton côté, comme la plus obligée entre tous les enfants de ce siècle; puisque ton ingratitude serait plus horrible selon que tu reçois davantage, et le triomphe des démons tes ennemis serait plus grand si, connaissant leur malice, tu ne t'efforçais de les vaincre avec la protection du Très-Haut et de Ses Anges.

NOTES EXPLICATIVES
Extraites de celles de Don Creseto, à l'usage des prêtres.
7, 15, [a]. Livre 1, Nos. 90, 91.
7, 15, [b]. Livre 1, No. 114.
7, 15, [c]. Livre 7, No. 283.
7, 15, [d]. Quel devoir c'est pour les fidèles de ne point tant oublier leurs Anges Gardiens; et combien les pasteurs devraient inculquer cette dévotion.
7, 15, [e]. Cette Doctrine de la Vénérable touchant la puissance de Marie sur les démons est tout à fait conforme au sentiments unanime des saints Pères. Saint Anselme écrit: «Nous en avons vu plusieurs qui en se souvenant du Nom de Marie, le démon s'enfuyait.» [De excell. Virg., c. VI]. Et saint Bonaventure: «En entendant le Nom de Marie, aussitôt les démons laissent l'âme, etc.. [In Psal. B. V.].
7, 15, [f]. Livre 1, No. 128.
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Message par sga le Ven 12 Juin 2020 - 11:59

CHAPITRE 16


La Très Sainte Marie connaît les conseils du démon pour persécuter l'Église; Elle en demande le remède en la Présence du Très-Haut dans le Ciel; Elle avertit les Apôtres; saint Jacques va prêcher en Espagne où la Très Sainte Marie le visite une fois.


7, 16, 307. Lorsqu'après la conversion de saint Paul, Lucifer fabriquait avec ses princes des ténèbres la vengeance qu'ils désiraient prendre de la Très Sainte Marie et des enfants de l'Église, comme je l'ai dit dans le chapitre précédent, ils ne s'imaginaient point que la vue de la grande Reine, la Maîtresse du monde, pénétrait ces cavernes obscures et profondes de l'enfer et le plus caché de leur conseil de méchanceté. Dans cette erreur ces dragons très sanguinaires se promettaient plus assurément la victoire et l'exécution de leurs décrets contre Elle et contre les disciples de son Très Saint Fils. Mais la Bienheureuse Mère regardait de sa retraite dans la clarté de sa divine Science tout ce que ces ennemis de la Lumière déterminaient. Elle connut toutes leurs fins et les moyens qu'ils s'imaginaient pour les exécuter; l'indignation qu'ils avaient contre Dieu et contre Elle, leur haine mortelle contre les Apôtres et les autres fidèles de l'Église. Et quoique joint à cela, la Très Prudente Dame considérait que les démons ne peuvent rien exécuter de leur malice sans la permission du Seigneur; néanmoins, comme le combat est inévitable dans la vie mortelle, et Elle connaissait la fragilité humaine et l'ignorance que les hommes ont d'ordinaire de l'astuce malicieuse avec laquelle les démons sollicitent leur perdition; ainsi ce lui occasionna un grand souci et une grande douleur d'avoir vu les mesures et les conseils si perfides que les ennemis formaient pour détruire les fidèles.

7, 16, 308. Avec cette science et cette charité très éminentes participées si immédiatement de celles du Seigneur même, il lui fut aussi communiqué un autre genre d'activité infatigable, semblable à l'Être de Dieu qui opère toujours comme acte très pur; parce que la très diligente Mère était continuellement en sollicitude et en amour actuels de la gloire du Très-Haut et du remède et de la consolation de ses enfants; et Elle conférait dans son Coeur très chaste et très prudent les Mystères souverains; le passé avec le présent, et tout cela avec le futur, le prévenant avec une discrétion et une prévoyance plus qu'humaine. Le désir très ardent du salut de tous les enfants de l'Église et la compassion maternelle qu'Elle ressentait de leurs travaux et de leurs dangers la sollicitaient pour rendre siennes propres toutes les tribulations qui les menaçaient; et Elle désirait les souffrir pour tous s'il était possible, autant qu'il était du côté de son amour; afin que les autres qui suivaient Jésus-Christ travaillassent dans l'Église avec allégresse et avec joie en méritant la grâce et la Vie Éternelle; et que les peines et les tribulations de tous fussent tournées contre Elle seule. Et quoique cela ne fût pas possible dans l'équité et la Providence divine, toutefois, nous les hommes, nous devons
néanmoins à la Charité de la Très Sainte Marie cette affection rare et merveilleuse et que la Volonté de Dieu y consentît effectivement parfois pour satisfaire son Amour, le reposer dans ses anxiétés, cette Mère souffrant pour nous et nous méritant de grands Bienfaits.

7, 16, 309. Elle ne connut point en particulier ce que ces ennemis complotaient contre Elle dans ce conciliabule; parce qu'Elle ne comprit que leur grande indignation contre Elle. Et ce fut une disposition divine de lui cacher quelque chose de ce qu'ils préparaient d'une façon déterminée, afin que le triomphe qu'Elle devait remporter sur l'enfer fût ensuite plus glorieux, comme nous le dirons plus loin [a]. Cette prévention des tentations et des persécutions que l'invincible Reine devait souffrir n'était point nécessaire comme dans les autres fidèles qui n'étaient point de coeur si élevé et si magnanime et dont Elle eut une connaissance plus expresse des travaux et des persécutions. Et comme Elle recourait à l'oraison en toutes les affaires pour en conférer avec le Seigneur, enseignée par la Doctrine et l'exemple de son Très Saint Fils, Elle fit aussitôt cette diligence se retirant seule; et avec une ferveur et une révérence admirable, prosternée en terre comme Elle avait coutume, Elle fit oraison et dit:

7, 16, 310. «Seigneur très haut et Dieu Éternel, Incompréhensible et Saint, voici cette humble Servante, ce vil vermisseau de terre, prosternée en Votre Présence: je Vous supplie, Père Éternel, par Votre Fils Unique, mon Seigneur Jésus-Christ, de ne point rejeter mes prières et mes gémissements que je présente de l'intime de mon Âme devant Votre Charité immense, avec celle qui sortit de l'Incendie d'Amour de Votre Coeur et que Vous avez communiquée à Votre Esclave. Au nom de toute Votre Sainte Église, de Vos Apôtres et de Vos fidèles serviteurs, je présente, mon Seigneur, le Sacrifice du Sang et de la Mort de Votre Fils Unique; celui de Son Corps Sacramenté; les prières et les oraisons acceptables et agréables qu'Il Vous a offertes dans le temps de Sa Chair mortelle et passible; l'Amour avec lequel Il a pris la forme humaine dans mes entrailles, pour racheter le monde, je L'y ai porté neuf mois et je L'ai nourri et alimenté à mes mamelles: je présente le tout, mon Dieu, afin que Vous me donniez permission de Vous demander ce que désire mon Coeur ouvert devant Vos yeux.»

7, 16, 311. Dans cette oraison, la grande Reine fut élevée à une extase divine, où Elle vit son Fils unique priant le Père Éternel, à la droite duquel Il était, de concéder ce que Sa Très Sainte Mère demandait, puisque toutes ses demandes méritaient d'être entendues et admises; parce qu'Elle était Sa vraie Mère, agréable en tout à Son Acceptation divine. Elle vit aussi comment le Père Éternel Se donnait pour obligé et Se complaisait dans ses prières, et que la regardant avec un Agrément souverain, il lui disait: «Marie, ma Fille, monte plus haut.» A cette voix du Père, une multitude innombrable d'Anges de différents ordres descendit des Cieux; et arrivant en la présence de la Très Sainte Marie, ils la relevèrent de la terre où Elle était prosternée et son front collé. Ensuite ils la portèrent en Corps et en Âme au Ciel empirée et ils la mirent devant le trône de la Bienheureuse Trinité qui lui fut manifestée par une vision très sublime, quoique ce ne fût pas intuitivement mais par espèces. Elle se prosterna devant le trône et Elle adora l'Être de Dieu dans les trois Personnes divines avec une humilité et une révérence très profondes; et Elle rendit grâces à son Très Saint Fils d'avoir présenté sa pétition au Père Éternel et Elle Le supplia de le faire de nouveau. Sa Majesté Souveraine qui, à la droite du Père, reconnaissant pour digne Mère la Reine des Cieux, ne voulut point oublier l'obéissance qu'Il lui avait montrée sur la terre; au contraire Il renouvela en présence de tous les courtisans du Ciel cette reconnaissance de Fils, et comme tel, Il présenta de nouveau au Père les désirs et les supplications de Sa Bienheureuse Mère, à quoi le Père Éternel répondit et dit ces paroles:

7, 16, 312. «Mon Fils en qui ma Volonté Sainte a la plénitude de Mon Agrément, mes yeux sont attentifs aux clameurs de Votre Mère et Ma Clémence est inclinée à tous ses désirs et à toutes ses demandes.» Et se tournant vers la Sainte Marie, Il poursuivit et dit: «Mon Amie et Ma Fille, choisie entre des milliers pour Mon approbation, tu es l'Instrument de Ma Toute-Puissance et le Dépôt de Mon Amour; repose dans tes sollicitudes, et dis-Moi, Ma Fille, ce que tu demandes, car Ma Volonté S'incline à tes désirs et tes demandes sont Saintes à Mes yeux.» Avec cette approbation la Très Sainte Marie parla et dit: «Mon Père Éternel et Dieu très haut, qui donnez l'être et la conservation à tout ce qui est créé, mes désirs et mes supplications sont pour Votre Sainte Église, regardez-La miséricordieusement, car Elle est l'Oeuvre de Votre Fils Unique Incarné; acquise et plantée par Son propre Sang. Le dragon infernal s'élève de nouveau contre Elle avec tous Vos ennemis ses alliés, et ils prétendent la ruine et la perdition de Vos fidèles qui sont le fruit de la Rédemption de Votre Fils et mon Seigneur. Confondez les conseils de méchanceté de cet antique serpent, et défendez Vos serviteurs les Apôtres et les autres fidèles de l'Église. Et afin qu'ils demeurent libres des embûches et de la fureur de ces ennemis, qu'elles se tournent toutes contre moi, s'il est possible. Moi, mon Seigneur, je suis une et pauvre, et Vos serviteurs sont nombreux, qu'ils jouissent, eux, de Vos faveurs et de la tranquillité, et qu'ils poursuivent la cause de Votre exaltation et de Votre gloire, et que je souffre, moi, les tribulations qui les menacent. Je combattrai avec Vos ennemis, et Vous, par la Puissance de Votre Bras, Vous les vaincrez et les confondrez dans leur méchanceté.»

7, 16, 313. «Mon Épouse et Ma Bien-Aimée,» répondit le Père Éternel, «tes désirs sont acceptables à Mes yeux, et Je concéderai ta demande autant qu'il est possible. Je défendrai Mes serviteurs en ce qu'il sera convenable pour Ma gloire, et Je les laisserai souffrir en ce qu'il sera nécessaire pour leur couronne. Et afin que tu entendes le secret de Ma Sagesse avec laquelle il convient de dispenser ces Mystères, Je veux que tu montes à Mon trône, où ta Charité ardente te donne place dans le consistoire de Notre grand Conseil et dans la participation singulière de Nos Attributs divins. Viens, Mon Amie, et tu comprendras Nos secrets pour le gouvernement de l'Église, ses accroissements et ses progrès: et tu exécuteras ta volonté qui sera la Nôtre, comme nous te la manifesterons maintenant.» La Très Sainte Marie connut que par la Force de cette Voix très douce, Elle était élevée au trône de la Divinité et colloquée à la droite de son Fils unique, à l'admiration et à la jubilation de tous les Bienheureux qui connurent la Voix et la Volonté du Tout-Puissant. Et ce fut de fait une chose nouvelle et admirable pour tous les Anges et les Saints de voir qu'une Femme fût élevée en chair mortelle [b] et appelée au trône du grand conseil de la Bienheureuse Trinité, pour lui rendre compte des Mystères cachés aux autres, et qui étaient renfermés dans le Sein de Dieu même, pour le gouvernement de Son Église.

7, 16, 314. Il semblerait que ce serait une grande merveille si on faisait cela en quelque ville du monde à l'égard d'une femme, de l'appeler aux assemblées où l'on traite du gouvernement public. Et ce serait une plus grande nouveauté de l'introduire dans les tribunaux et les assemblées des conseils suprêmes, où l'on confère et l'on résout les affaires publiques de plus grande difficulté et de plus grand poids pour les royaumes et pour leur gouvernement. Cette nouveauté semblerait peu sûre et avec raison, puisque Salomon dit qu'il chercha la Vérité et la raison parmi les hommes, il en trouva un entre mille qui la pénétrait (Eccl. 7: 29); mais des femmes, aucune. Il y en a si peu qui aient le jugement constant et droit à cause de leur fragilité naturelle que selon l'ordre naturel, on ne le présume d'aucune; et s'il y en a quelque-unes, elles ne sont point comptées pour traiter d'affaires difficiles et de grand raisonnement, sans une autre lumière que celle qui est ordinaire et naturelle. Cette loi commune ne comprenait point notre grande Reine et Maîtresse; parce que si notre mère Ève commença comme ignorante à détruire la maison de ce monde que Dieu avait édifiée; la Très Sainte Marie qui fût très sage et Mère de la Sagesse, la réédifia (Eccli. 24: 24) et la renouvela avec sa prudence incomparable, et par cette prudence Elle fut digne d'entrer au Conseil de la Très Sainte Trinité où cette réparation se traitait.

7, 16, 315. Là Elle fut interrogée de nouveau sur ce qu'Elle désirait et demandait pour Elle et pour toute l'Église, en particulier pour les Apôtres et les disciples du Seigneur. La Très Prudente Mère déclara de nouveau ses fervents désirs de la gloire et de l'exaltation du Saint Nom du Très-Haut et du soulagement des fidèles dans la persécution que les ennemis du Seigneur ordonneraient contre eux. Et quoique Leur Sagesse infinie connût tout cela, Ils commandèrent néanmoins à l'Auguste Dame de le proposer, pour y donner leur approbation, S'y complaire et la rendre plus capable des Mystères nouveaux de la Sagesse divine et de la prédestination des élus. Pour me manifester et m'expliquer en ce qui m'a été donné à entendre de ce sacrement, je dis que comme la volonté de la Très Sainte Marie était très droite, très sainte et souverainement agréable et ajustée à la Trinité Bienheureuse en tout et pour tout, il semble à notre manière d'entendre que Dieu ne pouvait vouloir aucune chose contre la volonté de cette Très Pure Dame, à la sainteté ineffable de laquelle Il était incliné, et comme blessé par les cheveux et les yeux (Cant. 4: 9) d'une Épouse si aimée, unique entre toutes les créatures; et comme le Père Éternel la traitait comme Fille, le Fils comme Mère, l'Esprit-Saint comme Épouse; et Ils lui avaient livré l'Église, leur Coeur Se confiant en Elle (Prov. 31: 2); pour tous ces titres les trois Personnes divines ne voulaient point ordonner aucune chose dans l'exécution sans la consultation, la sagesse et comme l'approbation de cette Reine de l'Univers [c].

7, 16, 316. Et afin que la Volonté du Très-Haut et celle de la Très Sainte Marie fussent une seule et même dans ces Décrets, il était nécessaire que l'Auguste Dame du Ciel reçût d'abord une participation nouvelle de la Science divine et des Conseils très cachés de Sa Providence avec lesquels Il dispose avec poids et mesure (Sag. 11: 21) toutes les choses de Ses créatures, leurs fins et leurs moyens, avec une équité et une convenance souveraines. Pour cela il fut donné en cette occasion à la Très Sainte Marie une Lumière nouvelle et très claire de tout ce qu'il convenait que la Puissance divine opérât et disposât dans l'Église militante. Elle connut les raisons très secrètes de toutes ces Oeuvres, combien il convenait qu'il y eût d'Apôtres qui souffrissent et mourussent avant qu'Elle sortît de cette vie, et quels étaient ces Apôtres; les travaux qu'il était convenable que les Apôtres souffrissent pour le Nom du Seigneur; les raisons qu'il y avait pour cela, conformément aux jugements cachés du Très-Haut et à la prédestination des Saints; et qu'ils plantassent ainsi l'Église, répandant leur propre sang, comme Sa Majesté leur Rédempteur l'avait fait, afin de La fonder sur Sa Passion et Sa Mort. Elle entendit aussi que par cette connaissance de ce qu'il convenait que les Apôtres et les disciples souffrissent, Elle compensait par sa propre douleur et sa propre compassion celle de ne point souffrir Elle-même tout ce qu'Elle désirait; parce que ce travail momentané (2 Cor. 4: 17) pour arriver à la Récompense Éternelle qui les attendait était inévitable pour eux. Et afin que la grande Dame eût une matière plus abondante de ce mérite, quoiqu'Elle connût la mort prochaine que saint Jacques devait souffrir et l'emprisonnement de saint Pierre en même temps, la délivrance des chaînes dont l'Ange tirerait l'Apôtre ne lui fut point déclarée alors. Elle comprit de même que le Seigneur accorderait à chacun des Apôtres et des fidèles le genre de peines et de martyre proportionné avec les forces de sa grâce et de son esprit.

7, 16, 317. Et pour satisfaire en tout à la charité très ardente de cette Mère Immaculée, le Seigneur lui concéda de soutenir de nouveau ses combats avec les dragons infernaux et de remporter sur eux les victoires et les triomphes que les autres mortels ne pouvaient obtenir; et avec cela, de leur écraser la tête et de confondre leur arrogance, pour les débiliter contre les enfants de l'Église et diminuer leurs forces. Tous les Dons et la participation des Attributs divins lui furent renouvelés pour ces luttes et les trois Personnes donnèrent à l'Auguste Reine Leur bénédiction. Tous les saints Anges la ramenèrent à l'oratoire du Cénacle dans la même forme qu'ils l'avaient portée au Ciel empyrée. Aussitôt qu'Elle se trouva hors de cette extase, Elle se prosterna en terre en forme de Croix, et collé à la poussière avec une humilité incroyable, et répandant de tendres larmes, Elle fit des actions de grâces au Tout-Puissant pour ce Bienfait nouveau dont Il l'avait favorisé sans avoir oublié pendant ce temps-là les démonstrations de son humilité incomparable. Elle conféra quelque temps avec ses saints Anges des Mystères et des besoins de l'Église pour subvenir par leur ministère à ce qui était le plus précis. Il lui parut convenable de prévenir les Apôtres en quelque chose et de les encourager en les animant pour les afflictions que l'ennemi commun leur causerait; parce qu'il armait contre eux sa plus grande batterie. Elle parla pour cela à saint Pierre, à saint Jean et aux autres qui étaient à Jérusalem et Elle leur donna avis de plusieurs choses en particulier qui devaient leur arriver à eux et à toute la Sainte Église, et Elle les confirma dans la connaissance qu'ils avaient déjà de la conversion de saint Paul, leur déclarant le zèle avec lequel il prêchait le Nom et la Loi de leur Seigneur et leur Maître.

7, 16, 318. Elle envoya les Anges aux Apôtres et aux disciples qui étaient déjà en dehors de Jérusalem, et afin de leur donner connaissance de la conversion de saint Paul, de les prévenir et de les encourager avec les mêmes avis que la Reine avait donnés à ceux qui étaient présents. Elle ordonna en particulier à l'un des ses Anges de donner connaissance à saint Paul des embûches que le démon tendait contre lui, de l'animer et de le confirmer dans l'espérance de la Faveur divine dans ses tribulations. Les Anges firent toutes ces ambassades avec leur promptitude accoutumée, obéissant à leur grande Reine et Souveraine, et se manifestant en forme visible aux Apôtres et aux disciples à qui Elle les envoyait. Cette faveur de la Très Sainte Marie fut pour tous d'une consolation incroyable et d'un courage nouveau; et chacun lui répondit par le moyen des mêmes ambassadeurs avec une humble reconnaissance, lui promettant de mourir joyeux pour l'honneur de leur Maître et leur Rédempteur. Saint Paul se signala aussi dans cette réponse; parce que sa dévotion et ses désirs de voir sa Réparatrice et de lui être reconnaissant, le sollicitant pour de plus grandes démonstrations et une soumission plus grande. Saint Paul était alors à Damas, prêchant et disputant avec les Juifs de ces synagogues, quoiqu'il allât ensuite prêcher en Arabie; et de là il retourna une autre fois à Damas, comme je le dirai plus loin [d].

7, 16, 319. Saint Jacques le Majeur était plus loin qu'aucun des Apôtres; parce qu'il fut le premier qui sortit de Jérusalem pour prêcher, comme je l'ai dit plus haut [e]; et ayant prêché quelques jours en Judée, il vint en Espagne [f]. Pour ce voyage, il s'embarqua au port de Joppé qui s'appelle maintenant Jaffa. Et ce fut l'an trente-cinq du Seigneur, au mois d'août qui s'appelait sextil, un an et cinq mois après la Passion du Seigneur, huit mois après le martyre de saint Étienne, et cinq mois avant la conversion de saint Paul, conformément à ce que j'ai dit dans le chapitre 11 et 14 de cette troisième partie. De Jaffa il vint en Sardaigne; et sans s'arrêter dans cette île, il arrive en peu de temps en Espagne et il débarqua dans le port de Carthagène [g], où il commença sa prédication dans ces royaumes. Il s'arrêta peu de jours à Carthagène et gouverné par l'Esprit du Seigneur, il prit le chemin pour Grenade où il connut que la moisson était abondante et l'occasion opportune pour souffrir des travaux pour son Maître, comme il arriva en effet.

7, 16, 320. Et avant de le rapporter, j'avertis que notre grand Apôtre fut l'un des très chers et très privilégiés de la grande Dame du monde. Et quoiqu'Elle ne se signalât pas beaucoup avec lui dans les démonstrations extérieures, à cause de l'égalité avec laquelle Elle les traitait tous très prudemment, comme je l'ai dit dans le chapitre 11, et parce que saint Jacques était son parent; car quoique saint Jean, son frère, avait aussi la même parenté, avec la Très Sainte Marie, il y avait des raisons différentes; parce que tout le Collège savait que le Seigneur même sur la Croix (Jean 19: 26-27) l'avait désigné pour fils de Sa Mère Immaculée, et ainsi il n'y avait point d'inconvénient pour les Apôtres avec saint Jean comme il y en eût eu avec son frère saint Jacques ou avec d'autres, si la Très Prudente Reine et Maîtresse se fût signalée en démonstrations extérieures: mais dans son intérieur, Elle avait pour saint Jacques un amour très spécial dont j'ai dit quelque chose dans la seconde partie [h], et Elle le lui manifesta par des faveurs très singulières qu'Elle lui fit en tout le temps qu'il vécut jusqu'à son martyre. Saint Jacques les méritait à cause de la pieuse et singulière affection qu'il avait pour la Très Sainte Marie, se distinguant beaucoup dans sa dévotion intime et sa vénération. Et il eut besoin de la protection d'une si grande Reine; parce qu'il était d'un coeur généreux et magnanime, et d'un esprit très fervent, avec quoi il s'offrait aux travaux et aux dangers avec un courge invincible. Pour cela il fut le premier de tous les Apôtres qui sortit pour la prédication de la Foi et qui souffrit le martyre. Et dans le temps qu'il allait prêchant et pérégrinant, il fut un vrai foudre comme «fils de tonnerre»
(Marc 3: 17), et c'est pour cela qu'il fut appelé et désigné par ce nom prodigieux lorsqu'il était entré dans l'apostolat.

7, 16, 321. Dans sa prédication en Espagne, il rencontra des travaux et des persécutions incroyables que le démon lui suscita par le moyen des Juifs incrédules. Et celles qu'il eut ensuite en Italie et dans l'Asie Mineure ne furent pas petites; et c'est de là qu'il retourna à Jérusalem prêcher et souffrir le martyre, ayant parcouru en peu d'années tant de provinces éloignées et de nations différentes. Et parce qu'il n'est pas de ce sujet de rapporter tout ce que saint Jacques souffrit en des voyages si variés, je dirai seulement que ce qui convient à cette Histoire. Et du reste, j'ai entendu que la grande Reine du Ciel eut une attention et une affection spéciales pour saint Jacques pour les raisons que j'ai dites, et que par le moyen de ses Anges Elle le défendit et le racheta de dangers grands et nombreux et Elle le consola et le conforta en plusieurs fois différentes, l'envoyant visiter, lui donnant des notices et des avis particuliers, comme il en avait besoin plus que les autres Apôtres dans le temps si court qu'il vécut. Plusieurs fois notre Sauveur Jésus-Christ Lui-même envoya du Ciel des Anges pour défendre Son grand Apôtre et le porter de certains endroits en d'autres, le guidant dans ses voyages et sa prédication.

7, 16, 322. Parmi les faveurs que saint Jacques reçut de la Très Sainte Marie, pendant qu'il demeura dans ces royaumes d'Espagne, il en reçut deux très signalées, parce que la grande Reine vint en personne le visiter et le défendre dans ses périls et ses tribulations. L'une de ces venues de la Très Sainte Marie en Espagne est celle qu'Elle fit à Saragosse, apparition aussi certaine que célèbre dans le monde et que l'on ne peut nier aujourd'hui sans détruire une vérité si pieuse, confirmée et assise par de grand miracles et des témoignages pendant mil six cents ans et plus: et je parlerai de cette merveille dans le chapitre suivant. De l'autre qui fut la première, je ne sache point qu'il y en ait mémoire en Espagne, parce qu'elle fut plus cachée. Elle arriva à Grenade et fut de cette manière, comme il m'a été donné à entendre: Les Juifs avaient dans cette ville quelques synagogues, depuis le temps qu'ils étaient passés de la Palestine en Espagne où ils vivaient avec plus de commodité à cause de la fertilité de la terre et parce qu'ils étaient très proches des ports de la mer Méditerranée pour la correspondance de Jérusalem. Ils avaient déjà eu connaissance de ce qui était arrivé à Jérusalem au sujet de Jésus-Christ notre Rédempteur, lorsque saint Jacques arriva pour prêcher à Grenade. Et quoique quelques-uns désirassent être informés de la Doctrine qu'Il avait prêchée et savoir quel fondement elle avait; néanmoins il y en avait d'autres, et c'était le plus grand nombre, qui avaient déjà été prévenus par le démon avec une incrédulité impie qui ne voulaient point la recevoir ni permettre qu'elle fût prêchée aux Gentils, parce qu'elle était contraire à Moïse et aux rites judaïques et que si les Gentils recevaient cette nouvelle Loi ils détruiraient tout le judaïsme. Avec cette erreur diabolique les Juifs empêchaient la Foi du Christ parmi les Gentils qui savaient que Notre-Seigneur Jésus-Christ était Juif; et voyant comment ceux de Sa nation et de Sa Loi Le rejetaient comme faux et trompeur, ils ne s'inclinaient pas si facilement à Le suivre dans les commencements de l'Église.

7, 16, 323. Le saint Apôtre arriva à Grenade et commença la prédication; alors les Juifs sortirent pour lui résister, le publiant pour un homme aventurier, trompeur, auteur de fausses sectes, un sorcier et un enchanteur. Saint Jacques menait avec lui douze disciples à l'imitation de son Maître. Et comme ils persévéraient tous à prêcher, la haine des Juifs et des autres qui les accompagnaient croissait en proportion; de sorte qu'ils intentèrent d'en finir avec eux; et en effet, ils ôtèrent aussitôt la vie à l'un des disciples de saint Jacques qui s'opposait aux Juifs avec un zèle ardent. Mais comme le saint Apôtre et ses disciples non seulement ne craignaient pas la mort, mais désiraient, au contraire, souffrir pour le Nom de Jésus-Christ, ils continuèrent la prédication de leur Sainte Foi avec un plus grand courage. Et après qu'ils eurent travaillé pendant plusieurs jours et qu'ils eurent converti un grand nombre d'infidèles de cette ville et de cette région, la fureur des Juifs s'enflamma davantage contre eux. Ils les prirent tous et les traînèrent hors de la ville attachés et enchaînés, et au milieu des champs ils leur attachèrent de nouveau les pieds, afin qu'ils ne s'enfuissent point, parce qu'ils les tenaient pour des magiciens et des enchanteurs. Ils étaient au moment de les décapiter tous ensemble, pendant que le saint Apôtre ne cessait d'invoquer la faveur du Très-Haut et de Sa Mère-Vierge; et s'adressant à Elle, il lui dit: «Très Sainte Marie, Mère de mon Seigneur et mon Rédempteur Jésus-Christ, favorisez en ce moment Votre serviteur. O Mère très douce et très clémente, priez pour moi et pour ces fidèles qui professent la Sainte Foi. Et si c'est la Volonté du Très-Haut que nous achevions ici notre vie pour la gloire de Son Saint Nom, demandez, Madame, qu'Il reçoive mon âme en la présence de Sa Face divine. Souvenez-Vous de moi, Mère très pieuse et bénissez-moi au Nom de Celui qui Vous a
choisie entre toutes les créatures. Recevez le sacrifice que j'ai de ne point voir maintenant Vos yeux si miséricordieux, si cette heure doit être la dernière de ma vie. O Marie! ô Marie!»

7, 16, 324. Saint Jacques répéta plusieurs fois ces dernières paroles. Mais la grand Reine, de l'oratoire du Cénacle, entendit tout ce qu'il dit, car de là Elle regardait par une vision très expresse tout ce qui se passait pour Jacques, son très aimant Apôtre. Avec cette intelligence, les entrailles maternelles de la Très Sainte Marie s'émurent d'une tendre compassion pour la tribulation dans laquelle son serviteur souffrait et l'invoquait. Elle eut une plus grande douleur de se trouver si loin, bien qu'Elle savait que rien n'est difficile à la Puissance divine, et Elle s'inclina avec quelque affection à désirer aider et défendre son Apôtre dans cette peine. Cette compassion s'accrut davantage dans la Très Clémente Mère parce qu'elle savait qu'il devait être le premier qui donnerait sa vie et son sang pour son Très Saint Fils. Mais Elle ne demanda point au Seigneur ni à ses Anges de la porter où était saint Jacques; parce que sa prudence admirable la retint de faire cette demande, car Elle savait que la Providence divine ne refuserait rien, ni ne manquerait en rien s'il était nécessaire: et dans la demande de ces miracles Elle réglait ses désirs sur la Volonté du Seigneur avec une discrétion et une réserve souveraine, quand Elle vivait en chair mortelle.

7, 16, 325. Mais son Fils vrai Dieu qui était attentif à tous les désirs d'une telle Mère, comme saints, justes et pleins de piété, commanda à l'instant aux mille Anges qui l'assistaient d'exécuter le désir de leur Reine et Maîtresse. Ils se manifestèrent tous à Elle en forme humaine et ils lui dirent ce que le Très-Haut leur commandait; et sans aucun délai, ils la reçurent dans un trône formé d'une belle nuée et ils la portèrent en Espagne dans le champ où saint Jacques et ses disciples étaient enchaînés. Et les ennemis qui les avaient pris avaient déjà mis à nu leurs cimeterres ou coutelas pour les décapiter tous. Seul l'Apôtre vit la Reine du Ciel dans la nuée d'où Elle lui parla et Elle lui dit avec une douce tendresse: «Jacques, mon fils, très chéri de mon Seigneur Jésus-Christ, ayez bon courage et soyez éternellement béni par Celui qui vous a créé et appelé à Sa divine Lumière. Allons, serviteur fidèle du Très-Haut, levez-vous et soyez libre des chaînes.» En la présence de la Très Sainte Marie, l'Apôtre s'était prosterné en terre comme il lui avait été possible étant si lié. Et à la voix de la Très Puissante Reine, ses chaînes et celles de ces disciples furent détachées instantanément et ils se trouvèrent libres. Mais les Juifs qui avaient les armes dans les mains tombèrent tous par terre, où ils demeurèrent privés de sentiment pendant quelques heures. Les démons qui les assistaient et les provoquaient furent précipités dans l'abîme; alors saint Jacques et ses disciples purent librement rendre grâce au Très-Haut pour ce Bienfait. L'Apôtre remercia tout particulièrement la divine Mère avec une humilité et une jubilation incomparables de son âme. Les disciples de saint Jacques connurent le miracle par l'événement, quoiqu'ils ne vissent pas la Reine ni les Anges; et leur maître leur donna la connaissance qui convenait pour les confirmer dans la foi, l'espérance et la dévotion en la Très Sainte Marie.

7, 16, 326. Ce rare Bienfait de la Reine fut plus grand non seulement parce qu'Elle défendit saint Jacques de la mort, afin que toute l'Espagne jouit de sa prédication et de sa Doctrine; mais de Grenade Elle lui ordonna sa pérégrination et Elle commanda à cent des Anges de sa garde d'accompagner l'Apôtre, de le conduire et de le guider d'un lieu à l'autre, et de le défendre partout lui et ses disciples de tous les dangers qui se présenteraient, et après avoir parcouru tout le reste de l'Espagne, de le diriger à Saragosse. Les cent Anges exécutèrent tout cela comme leur Reine le leur ordonnait et les autres la ramenèrent à Jérusalem. Saint Jacques voyagea par toute l'Espagne avec cette compagnie et cette garde céleste, plus assuré que les Israélites dans le désert. Il laissa à Grenade quelques-uns des disciples qu'il menait ordinairement avec lui et qui ensuite souffrirent là le martyre; puis il poursuivit ses voyages avec les autres disciples qu'il avait et d'autres qu'il reçut, prêchant en plusieurs endroits de l'Andalousie. Il vint ensuite à Tolède et de là il passa en Portugal et en Galice par Astorga, se détournant à divers endroits, il arriva dans la province de Rioja et il alla par Lograno à Tudèle et à Saragosse, où il se passa ce que je dirai dans le chapitre suivant. Dans toute cette pérégrination, saint Jacques laissa des disciples dans les différentes villes d'Espagne, plantant la Foi et le Culte divin. Les miracles qu'il fit dans ce royaume furent si nombreux et si prodigieux que ceux que l'on sait ne doivent point paraître incroyables, parce qu'il y en a beaucoup plus que l'on ignore [i]. Le fruit qu'il fit par la prédication fut immense [j], eu égard au temps qu'il demeura en Espagne, et ça été une erreur de dire ou de penser qu'il en convertit très peu parce qu'il laissa la Foi plantée dans tous les endroits et tous les lieux où il passa; et pour cela il ordonna tant d'évêques dans ce royaume pour le gouvernement des enfants qu'il avait engendrés en Jésus-Christ.

7, 16, 327. Pour donner fin à ce chapitre, je veux avertir que j'ai connu par différents moyens les nombreuses opinions contraires des historiens ecclésiastiques sur plusieurs choses que j'écris; comme sont, la sortie des Apôtres de Jérusalem pour prêcher, la répartition qu'ils firent de tout le monde par le sort et la composition du Symbole de la Foi, le départ de saint Jacques et sa mort. J'ai entendu que les écrivains varient beaucoup sur tous ces événements et d'autres, en marquant les années et les temps où ils arrivèrent et en les ajustant avec le texte des livres canoniques. Mais je n'ai point ordre du Seigneur pour satisfaire à tous ces doutes et d'autres, ni pour réconcilier ces controverses; au contraire, j'ai déclaré dès le commencement [k] que Sa Majesté m'a ordonné et commandé d'écrire cette Histoire sans opinions, ou afin qu'il n'y en eût point par la connaissance de la vérité. Et si ce que j'écris s'accorde avec le texte sacré et ne s'y oppose en aucune chose, et s'il correspond à la dignité de la matière que je traite, je ne peux donner une plus grande autorité à l'Histoire et la piété Chrétienne ne demandera pas non plus davantage. Il sera possible aussi que quelques différences des théologiens soient concordées par cet ordre; et ceux qui sont savants et lettrés feront cela.

DOCTRINE QUE ME DONNA LA REINE DU CIEL,
LA TRÈS SAINTE MARIE.

7, 16, 328. Ma fille, la merveille que tu as écrite dans ce chapitre, de ce que la Puissance infinie m'a élevée à Son trône royal pour conférer avec moi des Décrets de Sa Sagesse et de Sa Volonté divines, est si grande et si singulière qu'elle surpasse toute capacité humaine dans la vie des voyageurs; et les hommes ne connaîtront ce sacrement que dans la Patrie et la Vision Béatifique, avec une jubilation spéciale de gloire accidentelle; et parce que ce Bienfait, cette faveur admirable fut comme un effet et une récompense de la charité très ardente avec laquelle j'aimais et j'aime le Souverain Bien, et de l'humilité avec laquelle je me reconnaissais Son Esclave, et que ces vertus m'élevèrent au trône de la Divinité et m'y donnèrent place quand je vivais en chair mortelle, je veux que tu aies une plus grande connaissance de ce Mystère qui fut sans doute des plus élevés que la Toute-Puissance divine ait opérés en moi, et de plus grande admiration pour les Anges et les Saints. Et je veux que tu changes celle que tu as en un souci très vigilant de m'imiter et de me suivre en celles par lesquelles je méritai de telles faveurs.

7, 16, 329. Sache donc, ma très chère, que ce ne fut pas seulement une fois, mais plusieurs fois que je fus élevée au trône de la Bienheureuse Trinité EN CHAIR MORTELLE, après la venue de l'Esprit-Saint jusqu'à ce que je montai après ma mort pour jouir éternellement de la gloire que j'ai. En ce qui te reste à écrire de ma Vie tu comprendras d'autres secrets de ce Bienfait. Mais chaque fois que la Droite du Très-Haut me le concéda, je reçus par différents moyens des Effets très abondants de grâce et de Dons qui sont renfermés dans la Puissance infinie et dans la capacité qu'Il m'a donnée pour la participation ineffable et presque immense des Perfections divines. Quelquefois le Père Éternel me disait dans ces faveurs: «Ma Fille et Mon Épouse, ton amour et ta fidélité au-dessus de toutes les créatures Nous obligent et Nous donnent la plénitude de la complaisance que Notre Sainte Volonté désire. Monte à Notre place, à Notre trône, afin d'être absorbée dans l'abîme de Notre Divinité et d'avoir autant qu'il est possible à une pure Créature la quatrième place dans cette Trinité. Prends possession de cette gloire dont Nous mettons les Trésors en tes mains. Le Ciel, la terre et tous les abîmes sont à toi. Jouis, au-dessus de tous les Saints, en la vie mortelle, des privilèges des Bienheureux. Que toutes les nations te servent, ainsi que toutes les créatures à qui Nous avons donné l'être qu'elles ont; que toutes les puissances des Cieux t'obéissent; que les suprêmes Séraphins soient soumis à ton obéissance, et que dans Notre Consistoire éternel, tous Nos Biens soient en commun avec toi. Entends le grand conseil de Notre Sagesse et de Notre Volonté; aie part en Nos Décrets, puisque ta volonté est très droite et très fidèle. Pénètre les raisons que Nous avons pour ce que nous déterminons justement et saintement; et que votre volonté et la Notre soient une, et un le motif de ce que Nous disposons pour Notre Église.

7, 16, 330. Le Très-Haut gouvernait ma volonté avec cette Bonté aussi ineffable que singulière pour la conformer avec la Sienne, afin que rien ne s'exécutât dans l'Église que ce ne fût par ma disposition; et celle-ci était celle du même Seigneur dont je connaissais les raisons, les motifs et les convenances dans Son Conseil éternel. Je vis en Lui qu'Il n'était pas possible selon la loi commune que je souffrisse tous les travaux et les tribulations de l'Église et spécialement des Apôtres, comme je le désirais. Quoiqu'il fût impossible d'exécuter cette affection de charité, elle ne me détourna point de la Volonté de Dieu, car Il me la donna comme en indice et en témoignage de l'amour sans mesure dont je L'aimais: et à cause du Seigneur j'avais tant de charité envers les hommes que je désirais souffrir les travaux et les peines de tous. Et parce que cette charité était véritable de mon côté et que mon Coeur était prêt à l'exécuter s'il était possible, pour cela elle fut si agréable aux yeux du Seigneur qu'il me la récompensa comme si le l'eusse exécutée de fait; parce que je souffris une grande douleur de ne point souffrir pour tous. De là naquit en moi la compassion que j'eus des Martyres et des tourments dans lesquels les Apôtres moururent et les autres qui souffrirent pour Jésus-Christ; parce que j'étais affligée et tourmentée en tous et avec tous, et je mourais en quelque manière avec eux. Tel fut l'amour que j'eus pour les fidèles, mes enfants; et maintenant c'est la même chose hors la souffrance, quoiqu'ils ne connaissent ni ne savent jusqu'où ma charité les oblige à être reconnaissants.

7, 16, 331. Je recevais ces Bienfaits ineffables lorsque j'étais élevée de ce monde et placée à la droite de mon Fils, jouissant de Ses prééminences et de Ses gloires, de la manière qu'il était possible de les communiquer à une pure Créature. Les Décrets et les sacrements cachés de la Sagesse infinie se manifestaient en premier lieu à l'Humanité très Sainte de mon Seigneur, avec l'ordre admirable qu'Elle a avec la Divinité à qui Elle est unie dans le Verbe Éternel. Et ensuite ils m'étaient communiqués à moi d'une autre manière; parce que l'union de Son Humanité avec la Personne du Verbe est immédiate et substantielle et intrinsèque pour Elle, et ainsi Il participe de la Divinité et de Ses Décrets avec un ordre correspondant et proportionné à l'union substantielle et personnelle. Mais moi je recevais cette faveur par un autre ordre admirable et sans exemplaire, surtout ayant lieu dans une pure Créature sans avoir la Divinité; mais comme semblable à l'Humanité très Sainte et après Elle la plus immédiate à la Divinité même. Et tu ne pourras maintenant comprendre ni pénétrer davantage ce Mystère. Mais les Bienheureux le connurent chacun dans le degré de Science qui le touche et ils comprirent tous cette conformité et cette similitude que j'avais avec mon Très Saint Fils et aussi la différence; et tout leur fut un motif et l'est maintenant pour faire de nouveau cantiques de gloire et de louange au Tout-Puissant; parce que cette merveille fut l'une des plus grandes que Son puissant Bras a opérées envers moi.

7, 16, 332. Je te déclare un autre secret, afin que tu étendes davantage tes forces et celles de la grâce en affections et en saints désirs, quoique ce soit en ce que tu ne peux exécuter. C'est que lorsque je connaissais les Effets de la Rédemption dans la justification des âmes et la grâce qui leur était communiquée pour les purifier et les sanctifier par la contrition, ou par le Baptême et d'autres Sacrements, je faisais tant d'appréciation de ce Bienfait que j'en avais comme une sainte émulation et de saints désirs. Et comme je n'avais point de péché dont j'eusse à me justifier et à me purifier, je ne pouvais recevoir cette faveur dans le degré dont les pécheurs la recevaient. Mais parce que je pleurai leurs péchés plus qu'eux tous, et que je remerciai le Seigneur pour ce Bienfait accordé aux âmes avec une Miséricorde si libérale, j'obtins par ces effets et ces oeuvres plus de grâce que celle qui fut nécessaire pour justifier tous les enfants d'Adam. Tellement le Très-Haut Se laissait obliger de mes oeuvres et si grande fut la vertu que le Seigneur même leur donna, afin qu'elles trouvassent grâce à Ses yeux divins.

7, 16, 333. Considère maintenant, ma fille, en quelle obligation tu es, puisque je te laisse informée et illustrée de tant de secrets vénérables. Ne garde point les talents oisifs; ne méprise ni ne perds point tant de Biens du Seigneur; suis-moi par l'imitation parfaite de toutes les oeuvres que je te manifeste de moi. Et souviens-toi continuellement afin de t'enflammer davantage dans l'Amour divin, comment mon Très Saint Fils et moi, Nous soupirions toujours dans la vie mortelle pour le salut des âmes de tous les enfants d'Adam et Nous pleurions la perte éternelle que tant d'âmes se procurent elles-mêmes avec une fausse et trompeuse allégresse. Je veux que tu te signales et que tu t'exerces beaucoup dans cette charité et ce zèle, comme très fidèle épouse de mon Fils qui pour cette Vertu S'est livré à la Mort de la Croix; et aussi comme ma fille et ma disciple; car si la force de cette Charité ne m'ôta point la vie, ce fut parce que le Seigneur me la conserva par miracle, mais c'est elle qui m'a donné place dans le trône et le Conseil de la Trinité Bienheureuse. Mon amie, si tu étais aussi diligente et aussi fervente à m'imiter; aussi attentive à m'obéir que je le veux de toi, je t'assure que tu participerais aux faveurs que je fis à mon serviteur Jacques, j'accourrais dans
tes tribulations et je te gouvernerais comme je te l'ai souvent promis; et outre cela le Très-Haut serait plus libéral envers toi que tu ne le peux le désirer.

NOTES EXPLICATIVES

Extraites de celles de Don Creseto, à l'usage des prêtres.
7, 16, [a]. Livre 8, No. 512.
7, 16, [b]. Tous les Saints au dire de l'Écriture sont élevés à s'asseoir sur le trône même de Jésus-Christ; l'on ne doit donc point s'étonner que Marie Sa Mère y ait été élevée à la préférence de tous, comme le raconte ici la Vénérable. "Celui qui aura vaincu, je lui donnerai de s'asseoir avec moi sur le trône, comme moi j'ai vaincu et je me suis assis avec mon Père sur son trône." [Mais Marie fut élevée en chair mortel]. Note d'Éditeur.
7, 16, [c]. «Telle est la Volonté du Seigneur,» dit saint Bernard «qui totum nos habere voluit per Mariam, que nous ayons tout par Marie.» [Serm. de Nativ. Virg.].
7, 16, [d]. Livre 8, No. 375.
7, 16, [e]. Livre 7, No. 236.
7, 16, [f]. Quelques écrivains mirent en doute la prédication de saint Jacques le Majeur en Espagne. C'est le propre cas de dire qu'il n'y a pas de vérité historique, quelque certaine qu'elle soit, qui n'ait été révoquée en doute par quelque critique. Il faut admettre avant tout la tradition commune, constante et immémoriale de ce que saint Jacques le Majeur fut l'Apôtre de l'Espagne. On peut en voir des preuves dans les Bollandistes.
7, 16, [g]. L'itinéraire tracé par la Vénérable est confirmé par un monument antique et très recommandable, qui est le Bréviaire Arménien rédigé par le Patriarche de Jérusalem en 1054, où il est écrit que «saint Jacques s'étant embarqué à Joppé vint en Sardaigne et de là à Carthagène d'Espagne, d'où il partit ensuite pour évangéliser diverses cités de ce royaume; qu'il alla plus tard en Galice et de là à Saragosse, où il fonda par ordre de la Sainte Vierge une église en l'honneur de cette Auguste Reine.» Voir les Bollandistes, 25 juillet.
7, 16, [h]. Livre 6, No. 1084.
7, 16, [i]. Celui qui voudra connaître quelques-uns de ces miracles marqués ici par la Vénérable doit consulter les Bollandistes au 25 juillet.
7, 16, [j]. Il ne pouvait être autrement, vu la grâce de Jésus-Christ qui avait envoyé les Apôtres et qui avait certainement rendu leur ministère fécond.
7, 16, [k]. Livre 1, No. 10.
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Message par sga le Ven 19 Juin 2020 - 21:12

CHAPITRE 17


Lucifer dispose une autre persécution nouvelle contre la Très Sainte Marie et l'Église. Cette Reine la manifeste à saint Jean et Elle détermine par son ordre d'aller à Éphèse; son Très Saint Fils lui apparaît et lui commande d'aller à Saragosse visiter l'Apôtre saint Jacques; et ce qui y arriva.


7, 17, 334. Saint Luc fait mention de la persécution que l'enfer excita contre l'Église après la mort de saint Étienne dans le chapitre 8 des Actes des Apôtres (Act. 8: 1), où il l'appelle grande, parce qu'elle le fut jusqu'à la conversion de saint Paul par la main de qui le dragon infernal l'exécutait. J'ai parlé de cette persécution dans les chapitres 12 et 14 de cette partie. Mais on entendra par ce qui a été dit dans les derniers chapitres que cet ennemi de Dieu ne se reposa point ni ne se donna pour vaincu, pour ne plus s'élever de nouveau contre la Très Sainte Marie et contre la Sainte Église. Et l'on eût connu de ce que le même saint Luc rapporte dans le chapitre 12 (Act. 12: 1-3) de l'arrestation de saint Pierre et de saint Jacques faite par Hérode, que cette persécution fut de nouveau après la conversion de saint Paul, lors même qu'il n'eût pas dit expressément que le même Hérode envoya des troupes pour affliger certains enfants de l'Église. Et j'avertis, afin que l'on comprenne mieux tout ce que j'ai déjà dit et ce que je dirai plus loin, que ces persécutions étaient toutes fabriquées et excitées par les démons qui irritaient les persécuteurs, comme je l'ai dit diverses fois [a]. Et parce que la divine Providence leur donnait cette permission à certains temps et à d'autres, la leur ôtait et les précipitait dans l'abîme, comme il arriva dans la conversion de saint Paul et en d'autres occasions; pour cela l'Église primitive jouissait quelquefois de la tranquillité et du repos, comme il est arrivé en tous les siècles, et en d'autres temps ces trêves s'achevant, elle était molestée et affligée.

7, 17, 335. La paix était convenable pour la conversion des fidèles et la persécution pour leur mérite et leur exercice, et ainsi la Sagesse et la Providence de Dieu les alternait et les alterne toujours. Pour ces causes, il y eut, après la conversion de saint Paul, quelques mois de quiétude et même plusieurs, pendant que Lucifer et ses démons étaient opprimés dans l'enfer, jusqu'à ce qu'ils revinssent à sortir, comme je le dirai ensuite. Et saint Luc parle de cette tranquillité dans le chapitre 9 (Act. 9: 31), après la conversion de saint Paul, lorsqu'il dit que l'Église était en paix par toute la Judée, la Galilée et la Samarie; qu'elle s'édifiait et marchait dans la crainte du Seigneur et la consolation de l'Esprit-Saint. Et quoique l'Évangéliste raconte cela après avoir écrit la venue de saint Paul à Jérusalem, cette paix fut bien auparavant; parce que saint Paul vint à Jérusalem la cinquième année après sa conversion, comme je le dirai plus loin [b], mais saint Luc la raconte d'une façon anticipée après sa conversion pour ordonner son Histoire, comme il arriva aux Évangélistes en beaucoup d'autres événements; car ils ont coutume de les anticiper dans l'Histoire pour dire ce qui touche au sujet dont ils parlent; parce qu'ils n'écrivent pas sous forme d'annales tous les événements de leur Histoire, quoiqu'ils gardent l'ordre des temps et ce qui est essentiel.

7, 17, 336. Tout cela entendu, et poursuivant ce que j'ai dit dans le chapitre 15 du conciliabule que fit Lucifer après la conversion de saint Paul je dis que cette conférence dura quelque temps, et dans cette assemblée, le dragon infernal avec ses démons prit divers moyens et pensa à divers expédients pour détruire l'Église, et renverser s'il pouvait la grande Reine de l'État très sublime de sainteté dans lequel il l'imaginait; quoique ce serpent en ignorât infiniment plus que ce qu'il en connaissait. Ces jours étant passés où l'Église avait du repos, les princes des ténèbres sortirent de l'abîme pour exécuter les conseils de méchanceté qu'ils avaient fabriqués dans ces cachots. Le grand dragon Lucifer sortit comme chef de tous; et c'est une chose digne d'attention que l'indignation et la fureur de cette bête très cruelle fut si grande contre la Très Sainte Marie et l'Église, qu'il tira de l'enfer plus de deux tiers de ses démons pour cette entreprise qu'il intentait; et il eût sans doute laissé tout ce royaume de ténèbres dépeuplé, si sa propre malice ne l'eût obligé à laisser là quelque partie de ces ministres infernaux pour le tourment des damnés; parce que, outre le feu éternel que la Justice divine leur administre et qui ne pouvait leur manquer, ce dragon ne voulut point que leur manquassent non plus la vue et la compagnie de ses démons, afin que les hommes ne reçussent point ce petit soulagement, pour le temps que les démons seraient hors de l'enfer. Pour cette cause les démons ne manquent jamais dans ces cavernes, et ceux-ci ne veulent point épargner ce fléau aux malheureux damnés; quoique Lucifer ait tant d'envie de détruire les mortels qui vivent dans le monde. Tel est le seigneur impie, cruel et inhumain que servent les infortunés pécheurs.

7, 17, 337. La colère de ce dragon était arrivée à un degré suprême et impondérable, à cause des événements qu'il connaissait dans le monde depuis la Mort de notre Rédempteur, la sainteté de Sa Mère et la faveur et la protection que les fidèles avaient en Elle, comme il l'avait expérimenté en saint Étienne, en saint Paul et en d'autres événements. Pour cela Lucifer prit siège à Jérusalem, afin d'exécuter par lui-même la batterie contre le plus fort de l'Église, et pour gouverner de là tous les escadrons infernaux, qui ne gardent un ordre que pour faire la guerre afin de détruire les hommes, tandis que pour le reste ils ne sont tous que confusion et désarroi. Le Très-Haut ne leur donna point la permission que leur envie désirait, parce qu'ils eussent bouleversé et détruit le monde en un instant; mais Il la leur donna avec limitation et en autant qu'il convenait, afin qu'affligeant l'Église elle se fondât sur le sang et les mérites des Saints, et qu'avec eux elle jetât plus profondément les racines de sa fermeté; et que la Vertu et la Sagesse du Pilote qui gouvernait cette nacelle de l'Église fût manifestée davantage dans les persécutions et les tourments. Lucifer commanda immédiatement à ses ministres d'entourer toute la terre pour reconnaître où étaient les Apôtres et les disciples du Seigneur et où Son Nom était prêché et de lui donner connaissance de tout. Le dragon se mit dans la cité sainte le plus loin qu'il put des Lieux consacrés par le Sang et les Mystères de notre Sauveur; car ces Lieux étaient formidables pour lui et ses démons, et à mesure qu'ils s'en approchaient, ils sentaient leurs forces se débiliter et ils étaient opprimés par la Vertu divine. Et ils expérimentent cet effet aujourd'hui et ils le sentiront jusqu'à la fin du monde. Grande douleur certainement que ce refuge pour les fidèles soit aujourd'hui au pouvoir des païens ennemis, à cause des péchés des hommes; et heureux sont les quelques enfants de l'Église qui jouissent de ce privilège, comme sont les enfants de notre grand Père et Réparateur de l'Église, saint François!

7, 17, 338. Le dragon fut informé par les relations que lui en firent les démons de l'état des fidèles et de tous les lieux où l'on prêchait la Foi de Jésus-Christ. Il leur donna de nouveaux ordres, afin que les uns assistassent pour les persécuter, assignant de plus grands ou de moindres démons, selon la différence des Apôtres, des disciples et des fidèles. Il commanda à d'autres ministres d'aller et venir pour lui rendre compte de ce qui arriverait et de porter ses ordres touchant ce qu'ils devaient opérer contre l'Église. Lucifer désigna aussi quelques hommes incrédules, perfides, de mauvaises conditions et de moeurs dépravée, afin que ces démons les irritassent, les provoquassent et les remplissent de rage et d'envie contre ceux qui suivaient Jésus-Christ. Hérode et plusieurs Juifs furent de ce nombre, à cause de la haine qu'ils avaient contre le Seigneur même qu'ils avaient crucifié, dont ils désiraient effacer le Nom de la terre des vivants (Jér. 11: 19). Ils se servirent aussi d'autres Gentils des plus aveugles et des plus attachés à l'idolâtrie; et ces ennemis recherchèrent avec soin entre les uns et les autres quels étaient les pires et les plus perfides pour se servir d'eux et les rendre des instruments propres à leur méchanceté. Ils amenèrent par ces moyens la persécution contre l'Église, et le dragon infernal a toujours usé de cet art diabolique pour détruire la vertu, le Fruit de la Rédemption et du Sang de Jésus-Christ. Ils firent de grands ravages dans la primitive Église parmi les fidèles, les persécutant par diverses manières de tribulations qui ne sont point écrites et qui ne sont pas sues dans l'Église; quoique ce que saint Paul dit d'une manière générale des anciens saints, dans son Épître aux Hébreux (Héb. 11: 35-38), arriva dans les nouveaux. Outre ces persécutions extérieures, le démon lui-même et les autres affligeaient tous les justes, les Apôtres, les disciples et les fidèles par des persécutions cachées, des suggestions, des illusions et d'autres iniquités, comme ils le font aujourd'hui envers tous ceux qui veulent marcher par la Loi divine, et suivre notre Rédempteur et notre Maître Jésus-Christ. Il n'est pas possible de connaître en cette vie tout ce que fit Lucifer dans la primitive Église pour l'éteindre ainsi que tout ce qu'il fait maintenant avec la même intention.

7, 17, 339. Mais rien ne fut caché alors à l'Auguste Mère de la Sagesse; parce qu'Elle connaissait tout ce secret des ténèbres, caché aux autres mortels, dans la clarté de sa Science éminente. Et quoique les coups et les blessures n'ont pas coutume de faire tant d'impression en nous lorsqu'ils nous trouvent prévenus, et la Très Prudente Reine était très instruite des afflictions futures de la Sainte Église et aucune ne pouvait lui venir avec ignorance et à l'improviste; néanmoins comme elles touchaient aux Apôtres et à tous les fidèles, elles lui blessaient le Coeur où cette Reine les tenait avec un amour d'entrailles de Mère très pieuse: et sa douleur se réglait avec sa Charité presque immense; et elle lui eût coûté plusieurs fois la vie si le Seigneur ne la lui eût conservé miraculeusement, comme je l'ai répété en divers endroits. Et la connaissance de la colère et de la malice de tant de démons si vigilants et si astucieux, contre de si peu fidèles, simples, pauvres, de conditions fragile et remplis de leurs propres misères, eût produit de grands effets en toute âme juste et parfaite dans l'amour de Dieu. Avec cette connaissance la Très Sainte Marie eût oublié d'autres sollicitudes d'Elle-même et toutes ses peines si Elle en eût eu pour accourir au remède et à la consolation de ses enfants. Elle multipliait pour eux ses prières, ses soupirs, ses larmes et ses diligences. Elle leur donnait de grands conseils, des avis et des exhortations pour les prévenir et les animer, particulièrement aux Apôtres et aux disciples. Elle commandait souvent aux démons avec un empire de Reine et Elle tira de leurs griffes d'innombrables âmes qu'ils trompaient et pervertissaient et Elle les rachetait de la mort éternelle. D'autres fois Elle empêchait des cruautés et des embûches très grandes qu'ils tramaient contre les ministres de Jésus-Christ; parce que Lucifer intenta aussitôt d'ôter la vie aux Apôtres comme il l'avait essayé par le moyen de Saul, et je l'ai dit plus haut [c]; la même chose arriva aussi à l'égard d'autres disciples qui prêchaient la Sainte Foi.

7, 17, 340. Quoique la divine Maîtresse gardât avec ces soins et cette compassion un calme intérieur et une tranquillité souveraine sans que la
sollicitude de Mère officieuse la troublât et Elle conservait à l'extérieur une égalité et une sérénité de Reine; néanmoins les peines de coeur contristèrent un peu son air dans la sphère de son affabilité et de sa modération. Et comme saint Jean l'assistait avec une attention si dévouée et une dépendance filiale, la petite nouveauté dans l'air de sa Mère et sa Maîtresse ne put être cachée à la vue de cet aigle perspicace. L'Évangéliste s'affligea grandement et ayant conféré de son souci avec lui-même, il alla au Seigneur et lui demandant une nouvelle Lumière pour ne point errer il Lui dit: «Seigneur Dieu immense, Réparateur du monde, je confesse l'obligation où Vous m'avez mis sans mérite de ma part et par Votre seule Bonté, me donnant pour Mère Celle qui est véritablement la Votre; parce qu'Elle Vous a conçu, enfanté et nourri à son sein. Moi, Seigneur, je suis demeuré par ce Bienfait prospère et enrichi du plus grand Trésor du Ciel et de la terre. Mais votre Mère et ma Maîtresse est demeurée seule et pauvre sans votre Royale Présence que tous les Anges et les hommes ne peuvent compenser, et combien moins ce vil vermisseau, Votre serviteur. Aujourd'hui, mon Dieu, et Rédempteur du monde, je vois triste et affligée Celle qui Vous a donné la forme humaine et qui est l'allégresse de Votre peuple; je désire la consoler et alléger sa peine; mais je suis insuffisant pour le faire. La raison et l'amour me sollicitent; la vénération et la fragilité me retiennent. Donnez-moi, Seigneur, la Vertu et la Lumière de ce que je dois faire, selon Votre Agrément et le service de Votre digne Mère.»

7, 17, 341. Après cette oraison saint Jean demeura quelque temps dans le doute s'il interrogerait la grande Dame du Ciel touchant le sujet de sa peine. D'un côté il le désirait avec affection; d'un autre il n'osait point à cause du respect et de la sainte crainte avec lesquels il la regardait; et quoiqu'encouragé intérieurement, il s'approchât trois fois de la porte de l'oratoire où était la Très Sainte Marie, la timidité le retint pour ne point entrer lui demander ce qu'Elle désirait. La divine Mère connut tout ce que saint Jean faisait, et ce qui se passait dans son intérieur. Et à cause des égards que la céleste Mère de l'humilité avait pour l'Évangéliste, comme prêtre et ministre du Seigneur, Elle se leva de l'oraison, sortit où il était et lui dit: «Seigneur, dites-moi ce que vous commandez à votre Servante.» J'ai déjà dit d'autres fois que la grande Reine appelait les prêtres et les ministres de son Très Saint Fils "Seigneurs" [d]. L'Évangéliste fut consolé et ranimé par cette faveur et il répondit quoique non sans quelque timidité: «Madame, la raison et le désir de Vous servir m'ont obligé à réfléchir à Votre tristesse et à penser que Vous avez quelque peine, dont je désire Vous soulager.»

7, 17, 342. Saint Jean ne s'étendit point en plus de raisons, mais la Reine connut le désir qu'il avait de l'interroger touchant ses sollicitudes; et comme très obéissante, Elle voulut répondre à sa volonté avant qu'il la lui eût manifestée par des paroles, le reconnaissant pour son supérieur et qu'Elle regardait comme tel. La Très Sainte Marie se tourna vers le Seigneur et lui dit: «Mon Dieu et mon Fils, Vous m'avez laissé Votre serviteur Jean en Votre place, afin qu'il m'accompagnât et m'assistât et je l'ai reçu comme mon prélat et mon supérieur, aux désirs et aux volontés duquel, les connaissant, je désire afin que cette humble Servante qui Vous appartient vive et se gouverne toujours par Votre obéissance. Donnez-moi permission de lui manifester mon souci, comme il désire le savoir.» Elle sentit aussitôt le "fiat" de la Volonté Divine. Et s'étant mise à genoux aux pieds de saint Jean, Elle lui demanda la bénédiction et lui baisa la main. Puis lui demandant la permission de parler Elle lui dit: «Seigneur, la cause de la douleur qui afflige mon Coeur est parce que le Très-Haut m'a manifesté les tribulations qui doivent venir à l'Église et les persécutions que tous ses enfants auront à souffrir et les Apôtres de plus grandes. J'ai vue que le dragon infernal avec d'innombrables légions d'esprits malins est sorti des cavernes de l'abîme sur la terre pour disposer et exécuter cette méchanceté dans le monde; et ils veulent avec une rage et une fureur implacables détruire le Corps de la Sainte Église. Cette cité de Jérusalem se troublera la première et plus que les autres; ils y ôteront la vie à l'un des Apôtres et d'autres seront pris et affligés par l'industrie du démon. Mon Coeur se contriste et s'afflige de compassion à cause de la contradiction que les ennemis feront à l'exaltation du Saint Nom du Très-Haut et au remède des âmes.»

7, 17, 343. L'Évangéliste s'affligea et se troubla aussi un peu par cet avis. Mais avec le confort de la grâce divine il répondit à la grande Reine disant: «Ma Mère et ma Maîtresse, Votre Sagesse n'ignore point que le Très-Haut tirera de ces travaux et de ces tribulations de grands fruits pour Son Église et Ses fidèles enfants, et qu'Il les assistera dans leur tribulations. Nous sommes prêts, nous les Apôtres, à sacrifier nos vies pour le Seigneur qui offrit la Sienne pour tout le genre humain. Nous avons reçu des Bienfaits immenses; il n'est pas juste qu'ils soient oisifs et stériles en nous. Lorsque nous étions petits à l'École de notre Maître et notre Seigneur, nous avons agi comme des enfants. Mais depuis qu'Il nous a enrichis de Son Esprit Divin et qu'Il a allumé en nous le Feu de Son Amour, nous avons perdu la pusillanimité et nous désirons suivre le Chemin de Sa Croix qu'Il nous a enseigné par Sa Doctrine et Ses exemples; et nous savons que l'Église doit être plantée et se conserver par le sang de ses ministres et de ses enfants. Vous, Madame, priez pour nous, qu'avec la Vertu divine et Votre protection nous obtenions la victoire sur nos ennemis, et nous triompherons d'eux tous pour la gloire du Très-Haut. Mais si c'est en cette ville de Jérusalem que doit s'exécuter le fort de la persécution, il me semble, Madame et ma Mère qu'il n'est pas juste que Vous l'y attendiez, de peur que la rage de l'enfer n'intente quelque offense contre le Tabernacle de Dieu, par le moyen de la malice des hommes.»

7, 17, 344. La grande Dame et Reine du Ciel s'inclinait sans crainte à demeurer à Jérusalem à cause de l'amour et de la compassion qu'Elle avait pour les Apôtres et tous les autres fidèles, pour leur parler, les consoler et les animer tous dans la tribulation qui les menaçait. Mais Elle ne manifesta pas cette affection à l'Évangéliste quoiqu'elle fût si sainte; parce qu'elle sortait de son dictamen et Elle le soumit à l'humilité et à l'obéissance de l'Apôtre; parce qu'Elle le tenait pour son prélat et son supérieur. Avec cette soumission, sans répliquer à l'Évangéliste, Elle lui rendit grâces pour le courage avec lequel il désirait souffrir et mourir pour Jésus-Christ; et quant à ce qui concernait sa sortie de Jérusalem, Elle lui dit d'ordonner ce qu'il jugeait le plus convenable, qu'Elle obéirait en tout comme Sujette, et qu'Elle prierait Notre-Seigneur de le gouverner de Sa Lumière divine, afin qu'il choisît ce qui serait de Son plus grand Agrément et de la plus grande exaltation de Son Saint Nom. Avec cette résignation d'un si grand exemple pour nous et qui fait tant de reproches à notre obéissance, l'Évangéliste détermina d'aller à la ville d'Éphèse, dans les confins de l'Asie Mineure. Et le proposant à la Très Sainte Marie, il lui dit: «Madame et ma Mère, pour nous éloigner de Jérusalem et avoir hors d'ici une occasion opportune de travailler à l'exaltation du Nom du Très-Haut, il me paraît bien de nous retirer à la ville d'Éphèse où Vous ferez dans les âmes le fruit que je n'espère point à Jérusalem. Je désirerais être comme l'un de ceux qui assistent au trône de la Très Sainte Trinité pour Vous servir dignement dans ce voyage; mais je suis un vil vermisseau de terre; cependant le Seigneur sera avec nous et Vous L'avez propice en tous lieux comme Votre Dieu et Votre Fils.»

7, 17, 345. Le départ pour Éphèse demeura déterminé en accommodant et en disposant les choses à Jérusalem et en avertissant les fidèles de ce qui convenait, et la grande Dame se retira à son oratoire où Elle fit cette oraison; «Dieu Éternel et très haut, Votre humble Servante se prosterne devant Votre Royale Présence, et je Vous supplie de l'intime de mon Âme de me gouverner et de me diriger selon Votre plus grand Agrément et Votre Approbation; je veux faire ce voyage par obéissance à Votre serviteur Jean dont la volonté sera la Vôtre; Il n'est pas raisonnable que Votre Servante et Votre Mère si obligée par Votre puissante Main, fasse un pas qui ne soit pour Votre plus grande gloire et l'exaltation de Votre Saint Nom. Écoutez, Seigneur, mes désirs et mes prières afin que j'opère le plus assuré et le plus juste.» Le Seigneur lui répondit aussitôt et lui dit: «Mon Épouse et Ma Colombe, Ma volonté a disposé le voyage pour Mon plus grand Agrément. Obéissez à Jean, et allez à Éphèse, car Je veux manifester là Ma Clémence en faveur de quelques âmes par le moyen de votre présence et de votre assistance; pour le temps qui sera convenable.» Par cette réponse, la Très Sainte Marie demeura plus consolée et plus informée de la Volonté Divine, et Elle demanda la bénédiction à Sa Majesté et la permission de disposer le voyage lorsque l'Apôtre le déterminerait; et rempli du Feu de la Charité, Elle s'enflamma dans le désir du bien des âmes d'Éphèse, dont le Seigneur lui avait donnée des espérances de retirer un fruit de son goût et de ses complaisances.

7, 17, 346. La Très Sainte Marie vient de Jérusalem à Saragosse en Espagne par la Volonté de son Fils notre Sauveur pour visiter saint Jacques, ce qui arriva dans cette venue, et l'année et le jour dans lesquels Elle se fit.
Tout le soin de notre Auguste Mère et Maîtresse, la Très Sainte Marie, était employé et converti à l'augmentation et à l'extension de la Sainte Église, à la consolation des Apôtres, des disciples et des autres fidèles et à les défendre du dragon infernal et de ses ministres dans la persécution et les embûches que ces ennemis leur préparaient. Avant de partir de Jérusalem et d'aller à Éphèse Elle ordonna et disposa plusieurs choses avec son incomparable charité, par Elle-même et par le ministère de ses saints Anges autant qu'il lui fût possible, pour prévenir tout ce qui lui paraissait convenable en son absence, parce qu'Elle n'avait point alors de notice du temps que durerait ce voyage et de son retour à Jérusalem. La plus grande diligence qu'Elle put faire fut sa continuelle et puissante oraison et ses
prières à son Très Saint Fils, afin qu'Il défendît Ses Apôtres et Ses serviteurs par la Puissance infinie de Son Bras et qu'Il écrasât l'orgueil de Lucifer, rendant vaines les méchancetés qu'il fabriquait dans son astuce, contre la gloire du même Seigneur. La Très Prudente Mère savait que Jacques serait le premier des Apôtres qui répandrait son sang pour Notre-Seigneur Jésus-Christ et pour cette raison ainsi que pour le grand amour que l'Auguste Reine avait pour lui, comme je l'ai dit plus haut [e], Elle fit pour lui une oraison particulière entre tous les Apôtres.

7, 17, 347. Le quatrième jour avant son départ pour Éphèse, la divine Mère étant dans ces pétitions, sentit dans son très chaste Coeur quelque nouveauté et des effets très doux comme il lui était arrivé d'autres fois, pour quelque Bienfait particulier qui s'approchait. Ces Oeuvres s'appellent "Paroles du Seigneur" dans le style de l'Écriture; et la Très Sainte Marie Lui répondant comme Maîtresse de la Science; lui dit: «Mon Seigneur, que me commandez-Vous de faire? Que voulez-Vous de moi? Parlez, mon Dieu, car Votre servante écoute.» En répétant ces mots Elle vit son Très Saint Fils qui descendait du Ciel en personne pour la visiter dans un trône de majesté ineffable et accompagné d'innombrables Anges de tous les Ordres et Choeurs célestes. Sa Majesté entra avec toute cette grandeur dans l'oratoire de Sa Bienheureuse Mère; et la religieuse et humble Vierge L'adora avec un culte excellent et une vénération de l'intime de son Âme Immaculée. Le Seigneur lui parla aussitôt et lui dit: «Ma Très Aimante Mère de qui J'ai reçu l'Être humain pour sauver le monde, Je suis attentif à vos prières et à vos désirs saints et agréables à mes yeux. Je défendrai Mes Apôtres et l'Église, et Je serai son Père et son Protecteur, afin qu'Elle ne soit point vaincue et que les portes de l'enfer ne prévalent point contre Elle (Matt. 16: 18). Vous savez bien qu'il est nécessaire pour Ma gloire que les Apôtres travaillent avec Ma grâce, et qu'à la fin ils Me suivent par le Chemin de la Croix et de la mort que Je souffris pour racheter le genre humain. Le premier qui doit M'imiter en cela est Jacques, mon fidèle serviteur, et Je veux qu'il souffre le martyre dans cette ville de Jérusalem. Et afin qu'il y vienne et pour d'autres fins de Ma gloire et de la vôtre, c'est Ma Volonté que vous alliez immédiatement le visiter en Espagne où il prêche Mon Saint Nom. Je veux ma Mère que vous alliez à Saragosse où il est maintenant et que vous lui ordonniez de venir à Jérusalem et qu'avant de partir de cette ville de Saragosse, il y construise un Temple en l'honneur et avec le titre de votre Nom, où vous soyez vénérée et invoquée, pour le bien de ce royaume, Ma gloire et Mon bon plaisir et celui de Notre Bienheureuse Trinité.»

7, 17, 348. La grande Reine du Ciel reçut cette obédience de son Très Saint Fils avec une nouvelle jubilation de son Âme. Et avec la digne soumission Elle répondit: «Mon Seigneur et mon Dieu véritable, que Votre Sainte Volonté se fasse dans Votre Servante et Votre Mère pendant toute l'éternité et qu'en Elle toutes les créatures Vous louent pour les Oeuvres admirables de Votre immense Piété envers Vos serviteurs. Je Vous magnifie et Vous bénis en elles, mon Seigneur, et je Vous rends d'humbles actions de grâces au nom de toute la Sainte Église et au mien. Donnez-moi permission, mon Fils, de pouvoir promettre en Votre Saint Nom la protection spéciale de Votre Bras puissant dans le Temple que vous commandez à Votre serviteur Jacques d'édifier; et que ce lieu sacré soit une partie de mon héritage pour tous ceux qui y invoqueront avec dévotion Votre Nom et la faveur de mon intercession par Votre Clémence.»

7, 17, 349. Notre Rédempteur Jésus-Christ lui répondit: «Ma Mère en qui Ma Volonté Se complaît, Je vous donne Ma royale Parole que Je regarderai avec une Clémence spéciale et que Je remplirai de bénédiction de douceur ceux qui M'invoqueront dans ce Temple avec humilité et votre dévotion par le moyen de votre intercession. J'ai déposé et livré tous Mes Trésors dans vos mains; et comme Ma Mère qui tenez Ma place et Ma Puissance vous pouvez enrichir et distinguer ce lieu et y promettre votre faveur, car j'accomplirai tout ce qui sera de votre agréable volonté.» La Très Sainte Marie remercia de nouveau pour cette promesse de son fils et son Dieu tout-puissant. Aussitôt par le Commandement du même Seigneur un grand nombre des Anges qui accompagnaient cette Dame formèrent d'une nuée resplendissante un trône royal, et ils la mirent dans ce trône comme Reine et Maîtresse de l'Univers. Après lui avoir donné Sa bénédiction Notre-Seigneur Jésus-Christ avec les autres Anges S'éleva aux Cieux. Et Sa Mère Immaculée dans les mains des Séraphins et accompagnée de ses mille Anges et d'autres partit pour Saragosse en Espagne, en âme et en corps mortel [f]. Et quoique le voyage eût pu se faire dans un temps très court, le Seigneur ordonna que ce fût de manière que les saints Anges formant des choeurs d'harmonie très douce allassent en chantant à leur Reine des louanges de jubilation et d'allégresse.

7, 17, 350. Les uns chantaient "l'Ave Maria"; d'autres, "Salve Sancta parens" et "Salve Regina"; d'autres, "Regina coeli laetare" [g], etc., alternant ces cantiques en choeurs et se répondant les uns aux autres avec une harmonie et une consonance si concertée que la capacité humaine ne peut s'en faire une idée. La grande Dame du Ciel répondait aussi opportunément, rapportant toute cette gloire à l'Auteur qui la lui donnait et avec un Coeur aussi humble que cette faveur et ce Bienfait étaient magnifiques. Elle répétait souvent: «Saint, Saint, Saint, Dieu des armées (Is. 6: 3), aie miséricorde des misérables enfants d'Ève. À toi est la gloire, à Toi est la Puissance et la Majesté, Tu es le seul Saint, le Très-Haut, le Seigneur de toutes les armées célestes et de toutes les créatures.» Les Anges répondaient aussi à ces cantiques si doux aux oreilles du Seigneur; et avec cela ils arrivèrent à Saragosse quand la minuit s'approchait déjà.

7, 17, 351. Le très heureux Apôtre saint Jacques était avec ses disciples hors de la ville, près du mur qui correspondait aux rives de la rivière de l'Erbe et il s'était éloigné d'eux de quelque espace. Quant aux disciples, les uns étaient endormis, les autres en prière avec leur maître et ils étaient tous loin de penser à la nouveauté qui leur arrivait, la procession des saints Anges s'étendit un peu avec la musique de manière que non seulement saint Jacques put la voir de loin, mais aussi les disciples, avec quoi ceux qui dormaient s'éveillèrent, et ils furent tous remplis de suavité intérieure et d'admiration, avec une consolation céleste qui les occupa et les rendit presque muets, les laissant en suspens et répandant des larmes d'allégresse. Ils reconnurent une grande lumière dans l'air, plus que si c'eût été en plein midi; quoiqu'elle ne s'étendît point universellement; mais elle était restreinte en un certain espace comme dans un grand globe. Avec cette admiration et cette joie nouvelles ils demeurèrent sans se mouvoir jusqu'à ce que leur maître les appela. Par ces effets merveilleux qu'ils éprouvèrent, le Seigneur ordonna qu'ils fussent prévenus et attentifs à ce qui leur serait manifesté de ce grand Mystère. Les saints Anges posèrent le trône de leur Reine et Maîtresse à la vue de l'Apôtre qui était dans une oraison très sublime, et il entendait la musique et il percevait la lumière plus que les disciples. Les Anges portaient avec eux une petite colonne de marbre ou de jaspe toute prête; et ils avaient formé d'une autre matière différente une petite Image de la Reine du Ciel. D'autres Anges portaient cette Image avec une grande vénération, et tout avait été préparé cette nuit-là par la puissance avec laquelle ces divins esprits opèrent dans les choses auxquelles leur vertu s'étend.

7, 17, 352. La Reine du Ciel se manifesta à saint Jacques de la nuée et du trône où Elle était, entourée des choeurs des Anges qui avaient tous une beauté et une splendeur admirables, quoique l'Auguste Dame les surpassât tous en tout. L'heureux Apôtre se prosterna en terre et il révéra la Mère de son Créateur et son Rédempteur avec une profonde révérence, et en même temps il vit la colonne ou pilier dans les mains de certains Anges. La pieuse Dame lui donna la bénédiction au Nom de son Très Saint Fils et lui dit: «Jacques, serviteur du Très-Haut, soyez béni de Sa Droite, qu'Il vous dirige et vous manifeste l'allégresse de Son divin Visage.» Et tous les Anges prononcèrent: «Amen.» La Reine du Ciel poursuivit et dit: «Mon fils Jacques, le Très-Haut, le Dieu tout-puissant du Ciel a désigné et destiné ce lieu, afin que vous y consacriez et dédiiez sur la terre un Temple, une Maison de prière, où Il veut que sous le titre de mon Nom le Sien soit exalté et magnifié et que les Trésors de Sa divine Droite soient communiqués, ouvrant libéralement Ses antiques Miséricordes à tous ses fidèles qui les obtiendront par mon intercession, s'ils les demandent avec une foi véritable et une pieuse dévotion. Et je leur promets au Nom du Très-Haut de grands Bienfaits et des bénédictions de douceur, mon Refuge et ma Protection véritables; parce que ce Temple doit être ma Maison, ma possession et mon propre héritage. Et cette colonne demeurera ici en témoignage de cette vérité et de cette promesse et ma propre Image y sera placée, car elle persévérera et durera en ce lieu où vous édifierez mon Temple avec la sainte Foi, jusqu'à la fin du monde. Vous commencerez aussitôt cette Maison du Seigneur, et quand vous Lui aurez fait ce service, vous partirez pour Jérusalem, où mon Très Saint Fils veut que vous lui offriez le sacrifice de votre vie dans le même lieu où Il a donné la Sienne pour la Rédemption des hommes.»

7, 17, 353. La grande Reine mit fin à son discours, commandant aux Anges de placer la colonne et sur elle la sainte Image dans le même lieu et le même poste qu'ils ont aujourd'hui, et ils l'exécutèrent ainsi en un instant. Aussitôt que la colonne fut érigée et que l'Image sacrée y fut assise, les mêmes Anges et aussi le saint Apôtre reconnurent ce lieu et ce titre pour la Maison de Dieu (Gen. 28: 17), la Porte du Ciel, et une Terre Sainte et consacrée pour un Temple à la gloire du Très-Haut et l'invocation de Sa Bienheureuse Mère. En foi de cela, ils rendirent le culte, l'adoration et la révérence à la Divinité. Saint Jacques se prosterna en terre,
et les Anges célébrèrent les premiers avec le même Apôtre, par de nouveaux cantiques, la nouvelle et la première dédicace de Temple institué sur le globe après la Rédemption des hommes, et au Nom de la grande Dame du Ciel et de la terre. Telle fut l'origine très heureuse du sanctuaire de Notre-Dame du Pilier de Saragosse, que l'on appelle avec juste raison la "camera angelica" [h], la chambre angélique, la propre Maison de Dieu et de Sa Très Pure Mère, digne de vénération de tout le globe et la sûre et ferme garantie des Bienfaits et des faveurs du Ciel que nos péchés ne perdront point. Il me semble que notre grand Patron et notre Apôtre, le second Jacob commença ce Temple plus glorieusement que le premier Jacob, le sien de Béthel, lorsqu'il cheminait étranger vers la Mésopotamie, quoique ce titre et cette pierre (Gen. 28: 18) qu'il éleva fût le lieu du futur Temple de Salomon [i]. Là Jacob vit sous l'ombre et la figure, l'échelle mystique avec les saints Anges; mais ici notre Jacob vit de ses yeux corporels la véritable Échelle du Ciel et plus d'Anges qu'en celle-là. Là il éleva la pierre en titre pour le Temple qui fut détruit plusieurs fois et qui en quelques siècles devait finir; mais ici dans la fermeté de cette véritable colonne consacrée furent assurés le Temple, la Foi et le Culte du Très-Haut jusqu'à ce que le monde s'achève, les Anges montant et descendant des hauteurs avec les oraisons des fidèles et avec des Bienfaits et des faveurs incomparables que notre Reine et Notre-Dame distribue à ceux qui en ce lieu l'invoquent et l'honorent avec dévotion et vénération.

7, 17, 354. Notre Apôtre rendit d'humbles actions de grâces à la Très Sainte Marie et lui demanda la protection de ce royaume d'Espagne d'une manière spéciale et surtout de ce Lieu consacré à son Nom et à sa dévotion. La divine Mère lui promit tout cela et lui donnant de nouveau sa bénédiction, les Anges la ramenèrent à Jérusalem dans le même ordre qu'ils l'avaient emportée. À sa demande le Très-Haut ordonna que pour garder ce sanctuaire et le défendre, il y demeurât un Ange chargé de sa garde, et depuis ce jour jusqu'à présent, il persévère dans ce ministère, et il continuera autant que durera et demeurera là l'Image sainte et la colonne. D'ici a résulté la merveille que tous les fidèles Catholiques reconnaissent, que ce Sanctuaire s'est conservé illésé et si intact pendant plus de seize cents ans au milieu de la perfidie des Juifs, de l'idolâtrie des Romains, de l'hérésie d'Arius et de la fureur barbare des Maures et des païens; et l'admiration des Chrétiens serait plus grande s'ils avaient connaissance en particulier des arbitres et des moyens que tout l'enfer a fabriqués en divers temps pour détruire ce Sanctuaire par le moyen de tous ces infidèles et de toutes ces nations. Je ne m'arrête point à rapporter ces événements parce qu'il n'est pas nécessaire et ils n'appartiennent pas à mon sujet. Il suffit de dire que Lucifer l'a essayé plusieurs fois par tous ces ennemis de Dieu, et le saint Ange qui garde ce Lieu sacré l'a défendu chaque fois.

7, 17, 355. Mais j'avertis de deux choses qui m'ont été manifestées afin que je les écrivisse ici. L'une que les promesses rapportées ici, tant de notre Sauveur Jésus-Christ que de Sa Très Sainte Mère de conserver ce Temple et ce Lieu qui Leur est consacré, quoiqu'elles paraissent absolues ont une condition renfermée ou implicite, comme il arrive en plusieurs autres promesses de la Sainte Écriture qui touchent à des Bienfaits particuliers de la grâce divine. Et la condition est que nous agissions de notre côté de manière à ne point obliger Dieu à nous priver de la faveur et de la Miséricorde qu'Il nous offre et nous promet. Et parce que Sa Majesté réserve dans le secret de Sa Justice le poids de ces péchés par lesquels nous pouvons Le désobliger, pour cela Il n'exprime ni ne déclare point cette condition; et parce qu'aussi nous sommes avertis dans Sa Sainte Église que Ses promesses et Ses faveurs ne sont pas afin que nous en usions contre le même Seigneur, ni que nous péchions en confiance de Sa Miséricorde libérale, puisqu'il n'y a point d'offense qui nous en rende aussi indignes que celle-là. Les péchés de ces royaumes et de cette pieuse ville de Saragosse peuvent être si grands et si nombreux que nous arrivions à mettre de notre côté la condition et le nombre par où nous méritions d'être privés de ce Bienfait admirable et de cette protection de l'Auguste Reine et Maîtresse des Anges.

7, 17, 356. Le second avertissement non moins digne de considération est que Lucifer et ses démons connaissent ces vérités et ces promesses du Seigneur; et la malice de ces dragons infernaux a prétendu et prétend toujours introduire de plus grands vices et de plus grands péchés dans cette ville illustre et dans ses habitants avec plus d'astuce et d'efficacité que dans les autres et spécialement des péchés qui peuvent le plus désobliger et offenser la pureté de la Très Sainte Marie. L'intention de cet ancien serpent regarde deux choses exécrables: l'une que les fidèles désobligent Dieu s'il est possible, pour qu'Il ne leur conserve pas ce Sanctuaire, et par cette voie que Lucifer obtienne ce qu'il n'a pu par d'autres; l'autre que s'il ne peut obtenir cela, qu'il empêche pour le moins dans les âmes la vénération et la piété de ce Temple sacré et les grands Bienfaits que la Très Sainte Marie y a promis à ceux qui la prieront dignement. Lucifer et ses démons connaissent bien que les voisins et les habitants de Saragosse sont obligés à la Reine des Cieux, avec une dette plus étroite que plusieurs autres cités et provinces de la Chrétienté; parce qu'elle a au dedans des ses murs l'Officine et la Fontaine des faveurs et des Bienfaits que d'autres vont y chercher: et s'ils étaient pires par la possession de tant de biens, et s'ils méprisaient la Bonté et la Clémence que personne ne put leur mériter; cette ingratitude à Dieu et à Sa Très Sainte Mère mériterait une plus grande indignation et un châtiment plus grave de la Justice divine. Je confesse avec joie à tous ceux qui liront cette Histoire que je tiens pour un heureux voisinage de l'écrire à deux journées seulement de Saragosse, et je regarde ce Sanctuaire avec tendresse de mon âme, à cause de la dette que tous connaîtront que j'ai à la grande Dame du Monde. Je me reconnais aussi obligée et reconnaissante à la piété de cette ville. Et en retour de tout cela, je voudrais renouveler dans ses habitants, par des voix vives et pénétrantes, la dévotion intime et cordiale qu'ils doivent à la Très Sainte Marie et les faveurs qu'ils peuvent obtenir par Elle, et perdre, par leur oubli et leur peu d'attention. Qu'ils se considèrent donc plus bénéficiés et plus obligés que d'autres fidèles. Qu'ils estiment leur Trésor, qu'ils en jouissent heureusement et qu'ils ne fassent point du Propitiatoire de Dieu une maison inutile et commune, la convertissant en tribunal de Justice; puisque la Très Saint Marie l'a posée l'atelier et le tribunal de ses miséricordes.

7, 17, 357. La vision de la Très Sainte Marie étant passée, saint Jacques appela ses disciples qui étaient absorbés par la musique et la splendeur, quoiqu'ils n'entendissent ni ne vissent autre chose. Le grand maître leur donna connaissance de ce qui convenait, afin qu'ils l'aidassent dans l'édification de ce Temple sacré à laquelle il se mit en toute diligence, et avant de partir de Saragosse il acheva la petite chapelle où est la sainte Image et la colonne, avec la faveur et l'assistance des Anges. Ensuite les Catholiques construisirent avec le temps le Temple somptueux et le reste qui orne et qui accompagne ce célèbre Sanctuaire. L'Évangéliste saint Jean n'eut pas connaissance alors de ce voyage de la Mère de Dieu en Espagne et Elle ne le lui manifesta point, parce que ces faveurs et ces excellences n'appartenaient point à la Foi universelle de l'Église, et pour cela Elle les gardait dans son Coeur: quoiqu'Elle en déclarât d'autres plus grandes à saint Jean et à d'autres Évangélistes; parce qu'elles étaient nécessaires pour la Foi et l'instruction commune des fidèles. Mais lorsque saint Jacques revint d'Espagne par Éphèse, il rendit compte alors à son frère Jean de ce qui était arrivé dans ses pérégrinations et sa prédication en Espagne; et il y déclara les deux fois qu'il y avait été favorisé des visions de la Bienheureuse Mère, et de ce qui lui était arrivé à Saragosse dans cette seconde vision et du Temple qu'il y avait bâtit en cette ville. Et plusieurs des Apôtres et des disciples eurent connaissance de ce miracle par la relation de l'Évangéliste à qui il le raconta lui-même après son retour à Jérusalem pour les confirmer dans la Foi et la dévotion envers la Dame du Ciel, et dans la confiance en sa protection. Et il en fut ainsi, parce que dès lors ceux qui connurent cette faveur de saint Jacques l'appelaient et l'invoquaient dans leurs nécessités et leurs afflictions; et la pieuse Mère en secourut plusieurs, et tous le furent en des occasions de dangers.

7, 17, 358. Cette merveilleuse apparition de la Très Sainte Marie à Saragosse eut lieu au commencement de la quarantième année de la naissance de son Fils, notre Sauveur, la seconde nuit du deuxième jour de janvier. Et il s'était passé quatre ans, quatre mois et dix jours depuis la sortie de saint Jacques de Jérusalem pour la prédication, parce que le saint Apôtre était sorti l'an trente-cinq, le vingt août, comme je l'ai déjà dit [j]. Et après l'apparition, il bâtit le Temple, revint à Jérusalem, y prêcha un an, deux mois et vingt-trois jours, et il mourut le 25 mars de l'an quarante et un. Lorsque la grande Reine des Anges lui apparut à Saragosse, Elle avait cinquante-quatre ans d'âge, plus trois mois et vingt-quatre jours; et après qu'Elle fut revenue à Jérusalem Elle partit pour Éphèse, comme je le dirai dans le livre et le chapitre suivant; et Elle partit le quatrième jour. De sorte que ce Temple lui fut dédié plusieurs années avant sa glorieuse transition, comme on l'entendra quand je déclarerai à la fin de cette Histoire de Notre-Dame, son âge et l'année où Elle mourut; car il se passa plus de temps depuis cette apparition qu'on ne le dit d'ordinaire. Et Elle était déjà vénérée en Espagne d'un Culte public pendant toutes ces années et Elle y avait des Temples; parce qu'ils lui en édifièrent ensuite d'autres à l'imitation de Saragosse, et ils lui élevèrent des autels avec une solennelle vénération.

7, 17, 359. Cette excellence et cette merveille est celle qui sans contredit exalte L'Espagne au-dessus de tout ce qu'on en peut dire; puisqu'elle a remporté la palme sur toutes les nations et les royaumes du globe, dans la vénération, le Culte et la dévotion publique de la grande Reine et Impératrice du Ciel, la Très Sainte Marie; et pendant que cette Vierge Immaculée vivait en chair mortelle, l'Espagne s'est signalée auprès d'Elle en l'honorant et en l'invoquant plus que les autres nations ne l'on fait après qu'Elle fut morte et montée aux Cieux pour ne plus revenir au monde. J'ai entendu que c'est en retour de cette piété et de cette dévotion antique et générale de l'Espagne envers la Très Sainte Marie, que cette pieuse Mère a tant enrichi publiquement ces royaumes d'un si grand nombre de ses Images apparues et de tant de sanctuaires qu'il y a, dédiés à son saint Nom, plus que dans les autres royaumes du monde. La divine Mère a voulu par ces faveurs très spéciales, se rendre plus familière dans ces royaumes, leur offrant son Refuge par tant de temples et de sanctuaires comme Elle a, venant à notre rencontre de toutes parts et de toutes les provinces, afin que nous la reconnaissions comme notre Patronne et notre Mère et aussi afin que nous entendions que la défense de son honneur et l'extension de sa gloire par tout le globe est confié à cette nation.

7, 17, 360. Je prie et supplie humblement tous les naturels et les habitants d'Espagne, et je les avertis au Nom de cette Dame de réveiller leur souvenir, de raviver leur Foi, de renouveler et de ressusciter l'ancienne dévotion envers la Très Sainte Marie et de se reconnaître plus sujets et plus obligés à son service que d'autres nations et d'avoir surtout en vénération souveraine le Sanctuaire de Saragosse, comme étant d'une plus grande dignité et d'une plus grande excellence que tous les autres, et comme l'original de la piété et de la vénération que l'Espagne reconnaît pour cette Reine. Et que tous ceux qui liront cette Histoire croient que cette monarchie a reçu par la Très Sainte Marie toutes ses fortunes et ses grandeurs antiques, pour les services qu'ils lui firent en elle; et si aujourd'hui nous les reconnaissons si ruinées et presque perdues, notre négligence l'a ainsi méritée, avec laquelle nous l'obligeons de nous abandonner au délaissement que nous sentons. Si nous désirons le remède de tant de calamités, nous ne pouvons l'obtenir que par la main de cette puissante Reine, l'obligeant par de nouveaux services et de singulières démonstrations. Et puisque le Bienfait admirable de la Foi Catholique et ceux que j'ai rapportés nous vinrent par le moyen de saint Jacques, notre grand Patron et Apôtre, que l'on renouvelle aussi sa dévotion et son invocation, afin que par son intercession le Tout-Puissant renouvelle Ses merveilles.


DOCTRINE QUE ME DONNA LA REINE DU CIEL,
LA TRÈS SAINTE MARIE.

7, 17, 361. Ma fille, tu es avertie que ce n'est pas sans mystère que je t'ai tant de fois manifesté dans le cours de cette Histoire les secrets de l'enfer contre les hommes, les conseils et les trahisons qu'il fabrique pour les perdre, la rage furieuse avec laquelle il le procure; sans perdre ni instant, ni lieu, ni occasion, et sans laisser pierre qu'il ne meuve, ni voie, ni état, ni personne auxquels il ne pose plusieurs lacs pour les faire tomber, et il en sème de plus trompeurs et de plus périlleux encore, étant plus cachés contre ceux qui vivent soigneusement et qui désirent la Vie Éternelle et l'Amitié de Dieu. Outre ces avis généraux, les conciliabules et les précautions qu'ils inventent et disposent contre toi t'ont été souvent manifestés. Il importe à tous les enfants de l'Église de sortir de l'ignorance où ils vivent de périls si inévitables de leur perdition éternelle, sans connaître ni considérer que ce fut le châtiment du premier péché de perdre la lumière de ces secrets, et ensuite, lorsqu'ils pourraient la mériter, ils s'en rendent plus incapables et plus indignes par leurs propres péchés. Avec cela plusieurs de ces fidèles vivent aussi oublieux et aussi négligents que s'il n'y avait point de démons qui les poursuivraient et les tromperaient; et s'ils y prennent garde parfois, c'est en passant et très superficiellement, et ils reviennent aussitôt à leur oubli qui en plusieurs ne pèse pas moins que les peines éternelles. Si le démon leur dresse des embûches en tous temps, en tous lieux, en toute occasion et en toutes leurs oeuvres, il est juste et dû que les Chrétiens ne fassent pas un pas sans demander la faveur de Dieu pour connaître le danger et n'y point tomber. Mais comme l'oubli que les enfants d'Adam ont de cela est si honteux, à peine font-ils une oeuvre qu'ils ne soient frappés et blessés du serpent infernal et du venin qu'il répand par sa bouche, avec quoi ils accumulent péchés à péchés, maux à maux, qui irritent la Justice divine et qui leur empêchent la Miséricorde.

7, 17, 362. Au milieu de ces périls, je t'avertis, ma fille, que comme tu as connu contre toi une plus grande indignation et un plus grand soin de l'enfer, tu en aies, toi, avec la grâce divine un aussi continuel et aussi grand qu'il te convient pour vaincre cet astucieux ennemi. Considère ce que je fis quand je connus l'intention de Lucifer de me persécuter, moi et la Sainte Église: je multipliai les prières, les larmes, les soupirs et les oraisons; et parce que les démons voulaient se servir d'Hérode et des Juifs de Jérusalem, j'abandonnai cette ville, quoique je pusse y demeurer avec moins de crainte et que je fusse inclinée à cela, afin de donner l'exemple de la prudence et de l'obéissance; d'un côté m'éloignant du danger, et de l'autre me gouvernant par la volonté et l'obéissance de saint Jean. Tu n'es point forte et tu as un plus grand danger à cause des créatures; et outre cela tu es ma disciple, tu as mes oeuvres et ma Vie pour exemplaire de la tienne; et ainsi je veux qu'en reconnaissant le péril tu t'en éloignes; et s'il était nécessaire, coupe au plus sensible et appuie toi toujours sur l'obéissance de celui qui te gouverne, t'en servant comme d'une boussole assurée ou d'une forte colonne pour ne point tomber. Considère beaucoup si l'ennemi te cache quelque piège sous une piété apparente; garde-toi de faire dommage à ton âme pour en gagner d'autres. Ne te fie point à ton jugement, quoiqu'il te paraisse bon et assuré; ne fais point difficulté d'obéir en aucune chose, puisque moi par obéissance je suis sortie pour voyager avec beaucoup de travaux et d'incommodités.

7, 17, 363. Renouvelle aussi tes affections et tes désirs de suivre mes pas et de m'imiter avec perfection afin de poursuivre ce qui reste de ma Vie et l'écrire dans ton coeur. Cours par le chemin de l'humilité et de l'obéissance après l'odeur de ma Vie et de mes vertus, car si tu m'obéis comme je le veux de toi et comme je t'exhorte et te le répète si souvent, je t'assisterai comme ma fille dans tes nécessités et tes tribulations et mon Très Saint Fils accomplira en toi Sa Volonté comme tu le désires avant que tu achèves cette Oeuvre et les promesses que tu as tant de fois entendues de Nous seront exécutées et tu seras bénie de Sa puissante Droite. Exalte et magnifie le Très-Haut pour la faveur qu'Il fit à mon serviteur Jacques à Saragosse, pour le Temple qu'il y construisit avant ma transition et pour tout ce que j'ai manifesté de cette merveille; et parce que ce Temple fut le premier de la Loi de l'Évangile et d'un souverain agrément pour la Bienheureuse Trinité.

NOTES EXPLICATIVES
Extraites de celles de Don Creseto, à l'usage des prêtres.
7, 17, [a]. Livre 7, Nos. 141, 186, 205, 250.
7, 17, [b]. Livre 8, No. 487.
7, 17, [c]. Livre 7, No. 252.
7, 17, [d]. Livre 7, Nos. 99, 102, 106 et fréquemment.
7, 17, [e]. Livre 7, No. 320.
7, 17, [f]. «C'est une tradition très antique» écrit le cardinal d'Aguirre [Coll. Con. Hisp. 5. I, Diss. IX, excurs. 7, no. 94], «confirmé par les privilèges des pontifes romains et des rois et appuyée par les écrits d'auteurs anciens et très grave que la Très Sainte Marie encore vivante apparut à saint Jacques, sur une colonne, près de Saragosse.» Et il ajoute: «que nul ne saurait combattre cette tradition sans encourir la note de téméraire et d'impie.»
On trouve des traces de cette tradition dans un document très antique en manuscrit sur parchemin que l'on conserve dans les archives du sanctuaire del Pilar, ou colonne de Saragosse. Il y est dit que saint Jacques se trouvant avec ses disciples sur le bord du fleuve, entendit à minuit la voix des Anges qui chantaient: «Ave Maria, gratia plena, etc...» Qu'ensuite la Sainte Vierge appela l'Apôtre, lui parla et lui ordonna d'ériger une église en Son honneur et d'y mettre la colonne et la statue que les Anges lui présentaient. Qu'enfin saint Jacques plein de joie remercia Marie et avec l'aide de ses compagnons il se mit à l'oeuvre. La longueur du document nous empêche de le rapporter ici, mais on peut le voir dans les bollandistes. [Voir de S. Jacques, 25 juillet, no. 559-564].
7, 17, [g]. La Vénérable ne dit point que les Anges chantaient ces hymnes en entier, mais elle en marque seulement les initiales. Quoiqu'il en soit on admet l'origine angélique de "l'Ave Maria", étant de l'Archange Gabriel, Luc 1: 26 et suiv.; et aussi du "Regina coeli" que saint Vincent Ferrier dit avoir été chanté par les Anges à Marie après la résurrection de Jésus-Christ. Voir Sylveira, et que les
historiens attestent avoir été chanté de nouveau par les Anges, sous saint Grégoire I, pape, au moment de la cessation miraculeuse de la peste à Rome. [V. C. Sigonium, De regno Ital., lib. 1]. Les initiales des deux autres hymnes de composition angélique ou non, peuvent également avoir été chantées par les esprits célestes dans la translation de la Vierge Immaculée, et Dieu a pu disposer ensuite qu'elles fussent écrites identiques par celui qui les mit en usage dans l'Église pour les louanges à la Très Sainte Vierge, si même elle ne les a pas eues de la tradition.
7, 17, [h]. Ce sont les paroles précises du pape Calixte III.
7, 17, [i]. Selon les Hébreux, Nicolas de Lyre et Cajetan.
7, 17, [j]. Livre 7, No. 319.
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Message par sga le Ven 26 Juin 2020 - 13:35

LIVRE HUIT


Le voyage de la Très Sainte Marie avec saint Jean à Éphèse; le glorieux martyre de saint Jacques; la mort et le châtiment d'Hérode; la destruction du temple de Diane; le retour de la Très Sainte Marie d'Éphèse à Jérusalem; l'instruction qu'Elle donna aux Évangélistes; l'état très sublime que son Âme très pure eut avant de mourir; sa très heureuse transition, son Assomption aux Cieux et son Couronnement.


CHAPITRE 1


La Très Sainte Marie part de Jérusalem avec saint Jean pour Éphèse; saint Paul vient de Damas à Jérusalem; saint Jacques y revient; il visite la grande Reine à Éphèse; on déclare les secrets qui arrivèrent à tous dans ces voyages.


8, 1, 365. La très sainte Marie revint de Saragosse à Jérusalem dans les mains des Séraphins, laissant cette ville et ces royaumes d'Espagne améliorés et enrichis par sa présence, par sa protection et ses promesses et par le Temple que saint Jacques construisit avec l'assistance et la faveur des saints Anges, comme titre et monument de son Nom sacré. Au moment que l'Auguste Reine du Ciel et des Anges descendit de la nuée ou trône dans lequel ils la portaient et qu'Elle eut foulé le sol du Cénacle, Elle s'y prosterna, se collant à la poussière pour louer le Très-Haut pour les faveurs et les Bienfaits que par Elle, Sa puissante Droite avait opérés en saint Jacques et en ces royaumes dans ce miraculeux voyage. Et considérant avec son humilité ineffable que le Temple était édifié en son Nom et à son invocation pendant qu'Elle vivait en chair mortelle, Elle s'anéantit et s'abaissa dans sa propre estime en la divine Présence comme si Elle avait totalement oublié qu'Elle était véritable Mère de Dieu, Créature impeccable et supérieure en sainteté au-dessus de tous les suprêmes Séraphins, les surpassant sans mesure. Elle s'humilia et remercia pour ces Bienfaits, comme si Elle eut été un vermisseau et la moindre et la plus pécheresse des créatures. Et Elle jugea qu'avec cette dette Elle