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Marie d'Agreda "La Cité Mystique de Dieu" livre version numérisée

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Re: Marie d'Agreda "La Cité Mystique de Dieu" livre version numérisée

Message par sga le Lun 5 Fév 2018 - 12:58

CHAPITRE 24



Les Pèlerins Jésus, Marie et Joseph arrivent avec quelques détours jusqu'à la ville d'Héliopolis et il s'y passe de grandes merveilles.



4, 24, 641. J'ai déjà touché que la fuite du Verbe fait homme eut d'autres mystères et des fins plus hautes que de Se retirer d'Hérode et de Se défendre de sa colère; par ce que ce fut au contraire le moyen que le Seigneur prit pour aller en Égypte et y opérer les merveilles qu'il fit, dont les anciens Prophètes parlèrent (Éz. 30: 13; Os. 11: 1) et très expressément Isaïe (Is. 19: 1) quand il dit: que le Seigneur monterait sur une nuée légère et qu'Il entrerait en Égypte, et que les simulacres [a] de l'Égypte seraient émus devant Sa face et que le coeur des Égyptiens se troublerait au milieu d'eux; et d'autres choses que contient cette prophétie et qui arrivèrent dans le temps de la Naissance de Notre Seigneur Jésus-Christ. Mais laissant ce qui n'appartient point à mon sujet, je dis que Jésus, Marie et Joseph poursuivant leurs pérégrinations dans la forme que nous avons déclarée, arrivèrent après plusieurs jours de marche à la terre et aux endroits peuplés de l'Égypte. Et pour arriver à S'établir à Héliopolis, Ils furent guidés par les Anges pour faire quelque détour, le Seigneur l'ordonnant ainsi, afin qu'Ils entrassent d'abord en plusieurs autres lieux où Sa Majesté voulait opérer certaines merveilles et certains bienfaits dont Il devait enrichir l'Égypte. Et ainsi Ils passèrent plus de cinquante jours, et Ils marchèrent plus de deux cents lieues; quoiqu'il n'eût pas été nécessaire de tant marcher pour arriver là où ils prirent siège et domicile [b.

 

4, 24, 642. Les Égyptiens étaient très adonnés à l'idolâtrie et aux superstitions qui l'accompagnent d'ordinaire et il y avait jusqu'aux petits endroits de cette

province qui étaient pleins d'idoles. En plusieurs il y avait des temples et dans ces temples différents démons [c] auxquels les malheureux habitants accouraient pour les adorer par des sacrifices et des cérémonies ordonnées par les mêmes démons qui donnaient des réponses et des oracles à leurs demandes, par lesquels les gens insensés et superstitieux se laissaient conduire aveuglément. Avec ces erreurs ils vivaient dans une si grande démence et si attachés à l'adoration des démons qu'il fallait le bras fort (Luc 1: 51) du Seigneur qui est le Verbe fait chair pour racheter ce peuple abandonné et le tirer de l'oppression dans laquelle Lucifer le tenait, oppression plus dure et plus dangereuse que celle en laquelle ils mirent (Ex. 1: 11) le peuple de Dieu. Pour obtenir cette victoire sur le démon et pour éclairer ceux qui vivaient dans la région et l'ombre de la mort (Luc 1: 79), et afin que ce peuple vît la grande Lumière que dit Isaïe, le Très-Haut détermina que le Soleil de justice (Mal. 4: 2) Jésus-Christ, peu de jours après Sa Naissance apparût en Égypte dans les bras de Sa Très Heureuse Mère et qu'Il allât faisant des détours et des circuits dans cette terre pour l'éclairer tout entière par la vertu de Sa Lumière divine.



4, 24, 643. L'Enfant-Jésus arriva donc avec Sa Mère et saint Joseph à la terre habitée de l'Égypte. Et en entrant dans les différents endroits, l'Enfant-Dieu dans les bras de Sa Mère, levant les yeux au Ciel et les mains jointes, priait le Père et demandait le salut de ces habitants esclaves du démon. Et aussitôt Il usait de la Puissance divine et royale sur ceux qui étaient là dans les idoles, et Il les lançait et les précipitait dans l'abîme et ces démons sortaient comme des éclairs chassés des nues, et ils descendaient jusqu'au fond le plus éloigné des cavernes infernales (Luc 10: 18) et ténébreuses. En même temps les idoles tombaient avec un grand fracas, les temples s'écroulaient et les autels de l'idolâtrie étaient ruinés. La cause de ces effets prodigieux était notoire à la divine Souveraine qui accompagnait son Très Saint Fils dans Ses prières, comme coopératrice en tout du salut des hommes. Saint Joseph aussi connaissait que toutes ces Oeuvres étaient opérées par le Verbe Incarné et il Le bénissait et Le louait pour ces merveilles avec une sainte admiration. Mais quoique les démons sentissent la force de la Puissance de Dieu, ils ne connaissaient point d'où venait cette vertu.



4, 24, 644. Les peuples de l'Égypte furent étonnés d'une nouveauté si imprévue; quoique parmi les plus savants il y eût une certaine lumière ou tradition reçue des anciens dès le temps que Jérémie [d] fut en Égypte, de ce qu'un roi des

Juifs viendrait dans ce royaume et que les temples des idoles de l'Égypte seraient détruits. Mais ceux du peuple n'avaient point de connaissance de cette venue, ni non plus les savants de la manière dont cela devait arriver, et ainsi grande fut la crainte et la confusion de tous, parce qu'ils se troublèrent et ils craignirent, conformément à la prophétie d'Isaïe. A cause de cette nouveauté, s'interrogeant les uns les autres, quelques-uns s'approchèrent de notre grande Reine et Souveraine, et de saint Joseph, et avec la curiosité de voir les étrangers ils raisonnaient avec eux de la ruine de leurs temples et des dieux qu'ils adoraient. Et la Mère de la Sagesse prenant motif de ces demandes, commença à détromper ces peuples, leur donnant connaissance du vrai Dieu et leur enseignant qu'Il était L'unique Dieu et Créateur du Ciel et de la terre (Eccli. 1: Cool et Celui qui seul devait être adoré et reconnu pour Dieu (Deut. 6: 13); et que les autres étaient faux et menteurs (Bar. 6: 44) et qu'ils ne se distinguaient pas du bois, de la fange ou des métaux dont ils étaient formés, qu'ils n'avaient point de yeux ni d'oreilles, ni aucun pouvoir (Ps. 113: 4); et que les artistes mêmes pouvaient les défaire et les détruire comme ils les avait faits, et aussi tout autre homme, parce que tous étaient plus nobles et plus puissants; et que les réponses qu'ils donnaient venaient des démons trompeurs et menteurs qui étaient en eux, et qu'ils n'avaient aucune vertu véritable, parce que Dieu seul est véritable.



4, 24, 645. Comme la divine Dame était si suave et si douce dans ses paroles, et celles-ci si vives et si efficaces; son air si paisible et si aimable et les effets de ses entretiens étaient si salutaires, la renommée des Étrangers et des Pèlerins s'étendait dans les endroits où ils arrivaient et il y avait un grand concours de gens qui venaient pour Les voir et Les entendre. Et comme l'oraison et la prière du Verbe Incarné opérait en même temps et qu'Il leur gagnait de grands secours, arrivant la nouveauté de la ruine des idoles, l'émotion des gens était incroyable, ainsi que le changement des coeurs, se convertissant à la connaissance du vrai Dieu et faisant pénitence de leurs péchés, sans savoir d'où ni comment leur venait ce bien. Jésus et Marie poursuivirent parmi plusieurs peuples de l'Égypte opérant ces merveilles et beaucoup d'autres, chassant les démons, non-seulement des idoles, mais aussi de plusieurs corps qu'ils avaient possédés, guérissant plusieurs malades de grandes et dangereuses maladies, illuminant les coeurs de différentes personnes, et la divine Dame et saint Joseph, catéchisant et enseignant le chemin de la vérité et de la Vie Éternelle. Par ces bienfaits temporels et d'autres qui

émeuvent tant le vulgaire ignorant et terrestre, un grand nombre était attiré à entendre l'enseignement et la Doctrine de la Vie et le Salut de leurs âmes.



4, 24, 646. Ils arrivèrent à la cité d'Hermopolis qui était vers la Thébaïde et quelques-uns l'appellent ville de Mercure. Il y avait beaucoup d'idoles et de démons très puissants et ils assistaient en particulier dans un arbre qui était à l'entrée de la ville; parce que comme les gens d'alentour l'avaient vénéré à cause de sa grandeur et de sa beauté, le démon prit occasion d'usurper cette adoration, plaçant son siège dans cet arbre. Mais quand le Verbe fait chair arriva à sa vue, le démon renversé dans l'abîme, non-seulement laissa ce siège, mais l'arbre s'inclina jusqu'au sol, comme reconnaissant de son sort; parce que même les créatures insensibles témoignent combien la domination de cet ennemi est tyrannique. Le miracle des arbres qui s'inclinent arriva d'autres fois dans le chemin où leur Créateur passait, quoiqu'il ne demeurât point de souvenir de toutes ces choses. Néanmoins cette merveille d'Hermopolis persévéra plusieurs siècles, car ensuite les feuilles et les fruits de cet arbre guérissaient de différentes infirmités. Quelques auteurs écrivirent au sujet de ce miracle [e], comme aussi d'autres qui arrivèrent dans les villes par où ils passaient, parlant de la venue et de l'habitation du Verbe Humanisé et de Sa Très Sainte Mère dans cette terre. Comme aussi d'une fontaine qui est près du Caire [f] où la divine Dame puisait de l'eau, et Elle en but ainsi que l'Enfant, et Elle y lava les mantilles, car tout cela fut vrai, et la tradition et la vénération de ces merveilles ont duré jusqu'à présent, non-seulement parmi les fidèles qui visitent les Lieux Saints, mais parmi les infidèles mêmes qui reçoivent parfois certains bienfaits temporels de la main du Seigneur, ou pour justifier davantage Sa cause envers eux, ou pour que ce souvenir se conserve. Semblable souvenir existe encore en d'autres endroits où Ils demeurèrent et opérèrent de grandes merveilles [g]. Mais il n'est pas nécessaire d'en faire relation ici parce que leur principal séjour pendant qu'Ils demeurèrent en Égypte fut dans la cité d'Héliopolis, qui s'appelle non sans mystère Cité du Soleil et maintenant on l'appelle le grand Caire.



4, 24, 647. En écrivant ces merveilles, je demandai avec admiration à la grande Reine du Ciel, comment Elle avait pérégriné avec l'Enfant-Dieu en tant de terres et de lieux non connus, me semblant que pour cette raison ils avaient augmenté beaucoup leurs travaux et leurs peines. Son Altesse me répondit: «Ne sois pas

étonnée de ce que pour gagner tant d'âmes mon Très Saint Fils et moi, nous ayons si longtemps pérégriné, puisque pour une seule nous eussions fait le tour du monde, s'il avait été nécessaire et s'il n'y avait pas eu d'autre remède.» Mais s'il nous semble qu'Ils firent beaucoup pour le salut des hommes, c'est parce que nous ignorons l'immense amour avec lequel Ils nous aimèrent et parce que nous ne savons pas non plus aimer en retour de cette dette.



4, 24, 648. Avec la nouveauté que l'enfer ressentit en y voyant descendre un si grand nombre de démons, précipités par une nouvelle vertu étrange pour eux, Lucifer s'altéra beaucoup. Et s'embrasant dans le feu de sa fureur, il sortit dans le monde, le parcourant en divers endroits pour découvrir la cause d'événements si nouveaux. Il passa par toute l'Égypte où les temples et les autels étaient tombés avec leurs idoles; et arrivant à Héliopolis qui était une plus grande ville et où la destruction de son empire avait été plus notable, il tâcha de savoir et d'examiner avec grande attention quelle sorte de gens il y avait. Il ne rencontra point d'autre nouveauté sinon que la Très Sainte Marie était venue en cette cité et cette terre; car il ne fit point de considération de l'Enfant-Jésus, Le jugeant un enfant comme les autres sans différence; parce qu'il ne Le connaissait pas. Mais comme il avait été vaincu tant de fois par les vertus et la sainteté de la Prudente Mère-Vierge, il entra en de nouveaux soupçons, parce qu'il lui semblait qu'une femme était peu pour de si grandes oeuvres: mais néanmoins il détermina de nouveau de la poursuivre et de se servir pour cela de ses ministres d'iniquité.



4, 24, 649. Il revint aussitôt en enfer et convoquant un conciliabule des princes des ténèbres, il leur rendit compte de la ruine des idoles et des temples d'Égypte; car lorsque les démons en sortirent, ils furent précipités par la Puissance divine avec tant de promptitude, de peine et de confusion qu'ils ne s'aperçurent point de ce qui arrivait aux idoles et aux lieux qu'ils quittaient. Mais Lucifer les informa de tout ce qui se passait et de ce que son empire se détruisait dans toute l'Égypte, et il leur dit qu'il ne comprenait point ni qu'il ne découvrait la cause de sa ruine; parce qu'il n'avait rencontré dans cette terre que la Femme son ennemie, c'était ainsi que le dragon appelait la Très Sainte Marie; et bien qu'il connût que sa vertu était très signalée, il ne présumait pas qu'Elle eût toute la force qu'il avait expérimentée en cette circonstance. Néanmoins qu'il déterminait de lui faire une nouvelle guerre et que tous eussent à s'y préparer. Les ministres de Lucifer répondirent qu'ils étaient

prêts à lui obéir; et le consolant dans sa fureur désespérée, ils lui promirent la victoire, comme si leurs forces eussent été égales à leur arrogance (Is. 16: 6).



4, 24, 650. Plusieurs légions sortirent de l'enfer ensemble et se dirigèrent vers l'Égypte où était la Reine des Cieux; leur semblant que s'ils la vainquaient, ils répareraient leurs pertes seulement avec ce triomphe et ils recouvreraient tout ce que la Puissance de Dieu leur avait ôté dans ce misérable royaume, car ils soupçonnaient que la Très Sainte Marie était l'Instrument de tout cela. Et prétendant s'approcher pour la tenter conformément à leurs intentions diaboliques, ce fut une chose merveilleuse qu'ils ne leur fut pas possible de s'en approcher à plus de deux mille pas de distance; parce que la vertu Divine les retenait d'une façon cachée et ils comprenaient que cette vertu sortait de vers la même Dame. Et quoique Lucifer et les autres ennemis s'efforçassent et s'excitassent, ils étaient débilités et retenus comme par de fortes chaînes qui les tourmentaient sans pouvoir s'étendre vers le lieu où était la Très Invincible Reine qui regardait tout cela avec la Puissance de Dieu même dans ses bras. Et Lucifer, persévérant dans cette lutte, fut tout à coup précipité une autre fois dans l'abîme avec tous ses escadrons d'iniquité. Cette oppression et cette ruine donna un grand tourment et un grand souci au dragon. Et comme la même chose s'était répétée plusieurs fois en ces jours, depuis l'Incarnation, comme je l'ai déjà dit [h], ceci lui donna à soupçonner que le Messie était venu au monde. Mais comme le Mystère lui était caché et qu'il l'attendait plus manifeste et plus bruyant il demeurait toujours confus et équivoqué, rempli de la fureur et de la rage qui le tourmentait et il s'affolait à chercher la cause de son malheur; et plus il la ruminait dans son esprit, plus il l'ignorait et moins il la connaissait.



DOCTRINE DE LA REINE DU CIEL LA TRÈS SAINTE MARIE.

 

4, 24, 651. Ma fille, la consolation des mes fidèles et amies de mon Très Saint Fils est grande et estimable au-dessus de tout bien lorsqu'elles considèrent qu'elles servent un Seigneur qui est Dieu de Dieu et Seigneur des seigneur, Celui qui a seul l'empire (1 Tim. 6: 16), la puissance et le domaine sur toutes les créatures, Celui qui règne et qui triomphe de Ses ennemis. Dans cette vérité l'entendement se

délecte, la mémoire se récrée, la volonté jouit, et toutes les puissances de l'âme dévote se livrent sans crainte à la suavité qu'elles éprouvent avec de si nobles opérations, regardant cet Objet de Bonté, de Sainteté et de Puissance Infinie qui n'a besoin de personne (2 Mach. 14: 35) et de la Volonté de qui dépend tout ce qui est créé (Apoc. 4: 11). Oh! que de biens ensemble les créatures perdent lorsqu'elles oublient leur félicité et qu'elles emploient toute leur vie et toutes leurs puissances à s'occuper des choses visibles, à aimer ce qui est momentané et à chercher les biens apparents et faux! Avec la science et la Lumière que tu as, je veux, ma fille que tu te rachètes de ce danger et que ton entendement et ta mémoire s'occupent toujours avec la vérité de l'Être de Dieu. Plonge-toi et submerge-toi dans cette mer interminable, répétant continuellement: «Qui est comme Dieu (Ps. 112: 5-6) notre Seigneur qui ne dépend de personne, qui humilie les superbes et qui renverse ceux que le monde aveugle appelle puissants; qui triomphe du démon et qui l'opprime jusqu'au profond de l'enfer.»



4, 24, 652. Et afin que tu puisses mieux dilater ton coeur dans ces Vérités, et acquérir avec elles une plus grande supériorité sur les ennemis du Très-Haut et les tiens, je veux que tu m'imites selon ton possible, te glorifiant dans les victoires et les triomphes de Son bras Tout-Puissant et tâchant d'avoir quelque part en ceux qu'Il veut toujours remporter sur ce cruel dragon. Il n'est pas possible qu'aucune langue de créature, quand ce serait celle des séraphins, déclare ce que mon âme éprouvait quand je regardais dans mes bras mon Très Saint Fils qui opérait tant de merveilles contre Ses ennemis, et dans le bienfait de ces âmes aveuglées et tyrannisées par leurs erreurs, et que l'exaltation du Nom du Très-Haut croissait et se dilatait par Son Fils Unique Incarné. Dans cette jubilation mon âme exaltait le Seigneur et je faisais avec mon Très Saint Fils de nouveaux cantiques de louanges, comme Sa Mère et l'Épouse de l'Esprit Divin. Tu es fille de la Sainte Église, épouse de mon Fils très béni, et favorisée de Sa grâce; Il est juste que tu sois diligente et zélé à Lui acquérir cette gloire et cette exaltation, travaillant contre Ses ennemis et combattant avec eux, afin que ton Époux aie ce triomphe.

 

NOTES EXPLICATIVES

Extraites de celles de Don Creseto, à l'usage des prêtres.

4, 24, [a]. Prophétie vérifiée littéralement quand les Assyriens et les Chaldéens combattirent contre l'Église sous Sennachérib et Nabuchodonosor, mais vérifiée ensuite d'une manière plus sublime à l'arrivée de l'Enfant-Dieu en Égypte, fuyant devant Hérode. Ce fut alors que le Seigneur visita l'Égypte en personne, sur la nuée légère, c'est-à-dire dans son Humanité et sur les bras de Marie, comparée à une nuée légère par sa pureté et la plénitude de grâces qu'Elle fait pleuvoir sur la terre. A une telle vue les idoles des Égyptiens tombèrent, et les coeurs des Égyptiens se troublèrent, plusieurs se convertissant au culte du vrai Dieu. Dom Calmet écrit, [Isaïe, XIII, 1]: «Plusieurs anciens enseignèrent qu'à l'arrivée de Jésus-Christ en Égypte, les idoles furent miraculeusement renversées et fracassées contre terre en exécution de cette prophétie.» Tostado ajoute [Isaïe, IX, 60]: «Qu'il y avait en Égypte un temple dans la cité d'Héliopolis où il y avait autant d'idoles que de jours dans l'année et que ces idoles tombèrent à l'entrée du Sauveur en Égypte.» Silveira en donne la raison [L. 2, c. 7, q. 13, n. 53] disant: «Il fut très convenable qu'à l'entrée du Fils de Dieu fait chair toutes les idoles tombassent, puisqu'à l'entrée de l'Arche dans le temple de Dagon, cette idole tomba aussi.» Ruffin atteste la même chose, [L. 2, c. 7]: «En Thébaïde, dans les confins d'Hermopolis, nous avons vu un temple dans lequel tous les simulacres tombèrent par terre à l'entrée du Sauveur dans cette ville.» Voir Cornelius A Lapide, [in Isaïe, XIX, 1 et In Hierem., XLIV, 30].



4, 24, [b. Si Marie et Joseph avaient été à Héliopolis de Jérusalem directement par le chemin d'Égypte, il n'y aurait pais eu plus de 60 lieues ou heures. Mais comme Dieu voulut conduire Israël dans le déserts sous Moïse non par une voie direct, mais avec divers détours vers la terre promise, ainsi il voulut conduire en Égypte la Sainte Famille par diverses stations, selon Ses hautes fins. Un Ange guidait Israël et plusieurs Anges escortaient le vraie Israël, Fils de Dieu dans ce chemin et ce désert.



4, 24, [c]. Selon le témoignage des écrivains païens et des chrétiens, il y avait dans les idoles des démons qui donnaient des réponses. Il y a de cela des preuves irréfragables dans les écrits non seulement des Pères, mais aussi des ennemis du Christianism. Saint Jean Chrysostôme, raconte sur cela, [de S. Bab., Tom, 1, in Gent.], des faits dont il fut lui-même témoin et les témoignages de plusieurs de ses auditeurs auxquels il en appelle; mais il est confirmé en ceci par l'empereur Julien l'Apostat [Nisop.] et par les paiëns Libanius [Orat., 61], et Ammiamis Marcellinus dans son [Histoire, Lib., 22], et par d'autres encore. A l'arrivée des reliques de Saint Babile, l'oracle d'Apollon devint muet et ne put plus donner de réponse jusqu'à ce que l'impie Julien eût fait ôter ces reliques, afin que, écrit Libanius, le favori de Julien, Apollon, délivré de ce mort, put prononcer ses prédictions selon son talent. De même, on lit dans la vie de saint Grégoire le Thaumaturge, ce qui arriva de l'oracle devenu forcément muet par sa présence; et dans Eusèbe, [Praep. Evang. 1 v.], et en d'autres on lit plusieurs témoignages de ce fait.

Puis il est reconnu que l'Égypte était le siège des superstitions idolâtriques et des plus anciens oracles. Là on adorait comme divinités, des chiens, des chats, des crocodiles, le boeuf Apis, le bélier, les légumes des jardins, etc. De sorte que Juvenal raillait les Égyptiens, écrivant que pour eux les dieux naissaient jusque dans les jardins. Il est aussi reconnu que l'un des sièges principaux de tant de superstitions était la ville d'Héliopolis, ou cité du Soleil, ou l'on adorait spécialement le soleil avec une grande multitude d'autres dieux, comme écrit Strabon [Lib., 17]. De l'Égypte, tant de superstitions se propagèrent en Grèce et à Rome. Or par l'entrée du Fils de Dieu Enfant dans l'Égypte, le Très-Haut voulut commencer à guérir le mal dans sa source. Eusèbe atteste qu'à l'approche de la sainte Famille, les démons cachés depuis tant de siècles dans les idoles où ils se jouaient des Égyptiens par leurs réponses ambigües, sentirent l'approche d'une Puissance inconnue dont ils furent secoués et atterrés; c'est pourquoi ils prirent la fuite comme les ténèbres fuient à l'approche de la lumière. Selon saint Athanase et Origène qui vivaient sur les lieux où ces événements s'étaient accomplis et selon plusieurs autres docteurs, les idoles furent alors ébranlés et les oracles, réduits au silence. Evagre, ou l'auteur de la Vie des Pères, affirme avoir vu un temple où toutes les fausses divinités avaient été renversées par terre à l'arrivée du Fils de Dieu. Voir Pallade [in Lausiaca, 52, Ruffin, lib. 27], etc.



4, 24, [d]. Voir saint Dorothée, [In Synopsi de vita prophet in Jerem.]. Saint Epiphane écrit, [apud A. Lapide in Jerem., XLIV], que ce Prophète prophétisa en Égypte et donna aux prêtres d'Égypte un signe et il dit que toutes leurs idoles tomberaient quand viendrait en Égypte une Mère Vierge avec son Enfant. Isaïe prédit la même chose comme l'explique saint Jérôme et Procope, [ibide., saint Chrysostôme, in Matt., 2] etc. Enfin saint Epiphane, saint Dorothée et autres écrivirent que pour cette prophétie le Prophète Jérémie fut lapidé peu après à Tanis, et mourut ainsi martyr.



4, 24, [e]. S'agissant du voyage d'un Dieu, il aurait été étonnant s'il ne s'était point opéré de merveilles et si ses créatures ne lui eussent pas fait hommage. C'est pourquoi le fait d'un arbre qui s'incline devant lui n'est point surprenant puisqu'il y avait jusqu'aux montagnes qui auraient dû s'incliner devant leur Créateur, leur Roi et leur Seigneur. Jésus-Christ même a dit: «Si vous aviez la foi vous diriez à cet arbre: ôte-toi d'ici et transporte-toi dans la mer; et Je vous assure que cela arriverait.» Du reste le fait des arbres dont parle ici la Vénérable est confirmé par plusieurs graves théologiens et par une solide tradition. Il suffit de lire Nicéphore [l. 10, c. 31]; Sozomène [l. 5, c. 21]; Brocard [in descript. Terrae sanctae], et autres. Voici les paroles de Sozomène: «Il existe à Hermopolis, ville de la Thébaïde, un arbre appelé Persis, dont les feuilles, les fruits et l'écorce même opèrent sur les malades beaucoup de guérisons. Selon la tradition il arriva que comme Joseph, le Sauveur et Sa sainte Mère fuyant devant Hérode s'approchaient des portes de la ville d'Hermopolis, cet arbre quoique très haut se courba devant le Sauveur et L'adora ployant ses rameaux jusqu'à terre. Je rapporte ce que j'ai appris de plusieurs personnes. Ce prodige fut ordonné pour signifier que Celui qui apparaissait dans cette ville était le Fils de Dieu, ou bien comme il est encore plus vraisemblable que ce bel et grand arbre, objet du culte idolâtrique des païens était secoué à la vue de Celui qui venait renverser la puissance de l'enfer déjà frappé de terreur, ou bien aussi que toutes les autres idoles d'Égypte seraient émues à l'arrivée du Messie, selon l'oracle d'Isaïe. Délivré de l'hôte infernal, qui y habitait pour y être adoré, cet arbre demeura comme monument perpétuel et il délivrait ceux qui avaient la foi, des maladies dont ils souffraient.» A Matarieh, l'on voit encore un antique sycomore que les étrangers vont visiter.

Voici ce qu'en dit le Père Géramb qui l'a vu de ses yeux [Pèlerinages à Jérusalem, t. II, lett., 48]: «Ce sycomore est très cher aux chrétiens, parce que

selon la tradition, la Sainte Famille dans Sa fuite Se reposa sous son ombre. Cet arbre universellement vénéré en Orient se trouve au milieu d'un vaste jardin. Il offre des phénomènes de végétation extraordinaires. J'ai mesuré sa grosseur: il a plus de six brasses de circonférence. Grand nombre de personnes prennent plaisir à sculpter leur nom sur l'écorce de cet arbre majestueux, dont l'aspect produit des impressions d'autant plus vives qu'il rappelle à la piété chrétienne les faits les plus propres à l'émouvoir: la persécution d'un tyran contre l'Enfant-Dieu, les angoisses maternelles de Marie, les sollicitudes et les soins de Joseph.



4, 24, [f]. Baronius [Annal. an. 1. No. 47] et Brocard [Descript. Terrae Sanctae, p. 2, c. 4] écrivant ainsi de cette fontaine: «Entre Héliopolis et Babylone d'Égypte se trouve le Jardin appelé "du Baume". Ce jardin est baigné d'une source, petite mais abondante. On tient que la Sainte Vierge allant en Égypte, y lava plusieurs fois son Divin Fils et aussi les langes consacrés à l'usage du Sauveur Enfant. Près de cette fontaine est une pierre où Marie exposait les langes au soleil. Ces objets sont en vénération auprès des Chrétiens et même auprès des Sarrasins.» Le Père Géramb dit à ce sujet: «Nous vîmes la fontaine qui, selon la tradition est due à un miracle. Dieu la fit surgir de terre pour désaltérer l'Enfant-Jésus, Marie et Joseph dans ce pays brûlé par les ardeurs du soleil, où le plus grand tourment des voyageurs est la chaleur et la soif. L'eau de cette fontaine est douce et agréable: celle de toutes les autres est saumâtre et de mauvais goût. Il était très naturel que Dieu fît pour Son Fils ce qu'Il n'avait point dédaigné de faire à l'intercession de Moïse pour un peuple murmurateur et ingrat à la montagne d'Horeb. L'idée de la Sainte Famille qui, accablée de fatigue, se restaure à l'onde pure d'une fontaine qu'Elle doit à a Bonté de Celui qui la fit avertir miraculeusement par un Ange de fuir en Égypte, pénètre si profondément mon coeur que je ne saurais résister au mouvement qui me porte à y croire. Mon âme se sent attirée et élevée vers le Ciel à la considération d'un tel bienfait, et trouve meilleur d'écouter la voix d'une tradition qui ne fut jamais démentie par aucun récit contraire, que le vain raisonnement d'une incrédulité orgueilleuse et aride; mon âme, je le répète, se répand en actes d'admiration, de bénédictions et de remerciements.



4, 24, [g]. On peut dire avec Maldonat [in c. 2 Jean] et avec Suarez [in 3 p., q. 37, disp. 18, sect. 3], que le miracle de Cana ne fut pas absolument le premier, mais seulement le premier dirigé à la manifestation publique de la gloire et de la Divinité de Jésus-Christ, comme le remarque le même Évangile de saint Jean qui

ajoute: "et il manifesta Sa gloire". Mais cela ne prouve point que Jésus-Christ n'ait point fait plusieurs autres prodiges auparavant d'une façon privée. D'autant plus, dit Suarez, que «dans ces oeuvres qui ont été accomplies pendant l'Enfance de Jésus-Christ, elles se faisaient de manière que l'Enfant lui-même ne s'en montrait pas l'Auteur; mais elles étaient faites par Dieu pour Son amour singulier et Sa bienveillance envers Lui.»



4, 24, [h]. Livre 3, Nos. 130, 318, 370; Livre 4, No. 643.
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Re: Marie d'Agreda "La Cité Mystique de Dieu" livre version numérisée

Message par sga le Ven 9 Fév 2018 - 17:29

CHAPITRE 25



Jésus, Marie et Joseph établissent Leur domicile dans la cité d'Héliopolis par la Volonté de Dieu: Ils ordonnent là Leur vie pour le temps de Leur exil.



4, 25, 653. Les souvenirs qui demeurèrent dans plusieurs lieux de l'Égypte de certaines merveilles que le Verbe Incarné y opéra, ont pu donner occasion aux saints et aux autres auteurs d'écrire, les uns que les très saints Exilés habitèrent dans une cité, et que les autres affirmèrent qu'ils habitèrent dans une autre. Mais tous peuvent dire vrai et se concorder, distinguant les temps où ils arrêtèrent à Hermopolis, à Memphis ou Babylone d'Égypte, et à Matarieh; puis ils furent non-seulement dans ces cités mais en d'autres encore. Ce que j'ai compris est que, les ayant parcourues, ils arrivèrent à Héliopolis et y fixèrent leur demeure; parce que les saints Anges qui les guidaient dirent à la divine Reine et à saint Joseph qu'ils devaient s'arrêter dans cette ville; car outre la ruine des idoles et de leurs temples qui eut lieu à leur arrivée, comme partout ailleurs, le Seigneur déterminait de faire dans cette ville d'autres merveilles pour Sa gloire et pour le rachat de plusieurs âmes; et que selon l'heureux pronostic de son nom qui était, "cité du soleil", le Soleil de justice (Mal. 4: 2) et de grâce apparût aux habitants de cette ville, afin de les illuminer plus abondamment. A cet avis ils établirent là leur demeure ordinaire; et aussitôt saint Joseph sortit pour la chercher, offrant le paiement qui serait juste; et le Seigneur disposa qu'il trouvât une maison humble et pauvre, mais

suffisante pour leur habitation, et un peu retirée de la ville, comme la Reine du Ciel le désirait [a].



4, 25, 654. Ayant donc trouvé ce domicile à Héliopolis, ils y établirent leur résidence permanente. Et la divine Dame se retirant aussitôt dans ce lieu écarté avec son Très Saint Fils et son époux Joseph, se prosterna en terre et la baisa avec une profonde humilité et une affectueuse reconnaissance et Elle rendit grâces au Très-Haut pour avoir trouvé ce lieu de repos après un si pénible et si long voyage. Elle remercia la terre même et les éléments de l'y avoir sustenté; parce qu'à cause de son incomparable humilité Elle se jugeait toujours indigne de tout ce qu'Elle recevait. Elle adora l'Être Immuable de Dieu dans ce lieu, dirigeant à Son culte et à Sa révérence tout ce qu'Elle devait y opérer. Elle Lui fit intérieurement hommage et sacrifice de ses puissances et de ses sens et Elle s'offrit à souffrir promptement, allégrement et diligemment autant de peines que le Tout-Puissant voudrait lui en envoyer dans cet exil; car sa prudence les prévoyait et son affection les embrassait. Elle les appréciait par la science que les peines et les afflictions sont bien reçues au tribunal Divin, et que son Très Saint Fils devait les avoir pour héritage et pour très riche trésor. De cet exercice élevé et de cette sublime habitation, Elle s'humilia à nettoyer et à disposer la pauvre maisonnette avec l'aide des saints Anges, étant allée emprunter jusqu'à l'instrument pour la balayer. Et quoique nos divins Étrangers se trouvassent suffisamment accommodés des pauvres murailles de la maison, il leur manquait tout le reste du ménage et de la nourriture nécessaires pour la vie. Et parce qu'ils étaient déjà en pays habité, les provisions miraculeuses dont ils avaient été secourus dans la solitude par la main des Anges vinrent à cesser; et le Seigneur les remit à la table ordinaire des plus pauvres qui est l'aumône mendiée. Et étant arrivés à sentir la nécessité et à souffrir de la faim, saint Joseph sortit pour la demander pour l'amour de Dieu: afin qu'avec un tel exemple les pauvres ne se plaignent point de leur affliction, qui ne soient confus d'y remédier par ce moyen quand ils n'en trouveront pas d'autres; puisque la mendicité fut si tôt mise en pratique pour sustenter la vie du Seigneur même de toutes les créatures, afin qu'Il fut obligé par cette voie à donner comptant cent pour un.



4, 25, 655. Les trois premiers jours de Leur arrivée à Héliopolis, comme aussi dans les autres endroits de l'Egypte, la Reine du Ciel n'eut pas d'autre aliment pour

Elle et pour son Divin Fils que ceux que son Père putatif Joseph demanda en aumône, jusqu'à ce qu'il commençât à gagner quelque secours par son travail. Et avec cela il fit un lit nu dans lequel la Mère se couchait et un berceau pour l'Enfant, et le saint Époux n'en avait point d'autre que la terre nue et la maison sans meuble, jusqu'à ce que par ses propres sueurs il pût acquérir quelques-uns des plus indispensables pour vivre tous les trois. Et je ne veux pas passer sous silence ce qui m'a été donné de connaître: qu'au milieu d'une telle pauvreté et de nécessités si extrêmes, la Très Sainte Marie et saint Joseph ne firent point mémoire de leur maison de Nazareth, ni de leurs parents, ni de leurs amis, ni des présents des Rois qu'ils avaient distribués et qu'ils auraient pu garder. Ils parlèrent de toute autre chose que cela, ils ne se plaignirent point de se trouver si à l'étroit et si abandonnés en tournant leur attention vers le passé et vers la crainte de l'avenir. Au contraire, ils demeurèrent en tout dans une égalité, une allégresse et une quiétude incomparables, s'abandonnant à la divine Providence dans leur dénuement et leur plus grande indigence. O petitesse de nos coeurs infidèles! et que d'angoisses et de troubles pénibles n'ont-ils pas coutume de souffrir en se trouvant pauvres et avec quelque nécessité! Ensuite nous nous plaignons d'avoir perdu telle occasion d'avoir pu prévenir ou gagner ce remède-ci ou celui-là; que si nous avions fait ceci ou cela nous ne nous puissions pas trouvés dans cette nécessité ou dans celle-là. Toutes ces angoisses sont vaines et insensées, parce qu'elles ne sont d'aucun remède. Et quoiqu'il eût été bon de n'avoir point donné cause à nos afflictions par nos péchés, car plusieurs fois nous nous les attirons; cependant nous sentons d'ordinaire le dommage temporel acquis et non le péché par où nous le méritons. Nous sommes lents et insensés de coeur pour percevoir les choses spirituelles (1 Cor. 2: 14) de notre justification et de nos accroissements de la grâce; et sensibles, terrestres et audacieux pour nous livrer aux choses terrestres et à leurs inquiétudes. La vie de nos Pèlerins est une réprimande sévère de notre grossièreté et de notre rusticité.



4, 25, 656. La Très Prudente Dame et son époux s'accommodèrent avec allégresse, seuls et dénués de toutes les choses temporelles dans la pauvre maisonnette qu'ils trouvèrent. Et des trois appartements qu'il y avait, l'un fut consacré pour le temple ou sanctuaire où serait l'Enfant-Jésus et avec Lui Sa Très Pure Mère. Là furent mis le berceau et le lit nu, jusqu'à ce qu'ils arrivassent après quelques jours, par le travail du saint époux et la piété de certaines femmes dévotes qui s'affectionnèrent à la Reine, à avoir quelques couvertures pour se

couvrir tous. Un autre appartement fut destiné pour le saint époux, où il dormait et se retirait pour prier. Et le troisième servait d'officine et d'atelier pour travailler de son métier. La grande Dame voyant l'extrême pauvreté où ils étaient et que le travail de saint Joseph devait être plus grand pour subsister dans une terre où ils n'étaient pas connus, détermina d'aider, travaillant Elle aussi de ses mains pour le soulager en ce qu'elle pouvait. Et comme Elle l'avait déterminé, Elle l'exécuta, cherchant des travaux des mains par le moyen de ces pieuses femmes qui commencèrent à la fréquenter, affectionnées à sa modestie et à sa douceur. Et comme tout ce qu'Elle faisait et touchait sortait si parfait de ses mains, la renommée de la propreté de ses ouvrages se répandit aussitôt et Elle ne manqua jamais de travail pour nourrir son Fils vrai Dieu et vrai Homme.



4, 25, 657. Il parut à notre Reine qu'il était bien de passer tout le jour dans le travail, afin de gagner tout ce qui était nécessaire pour manger, vêtir saint Joseph, meubler sa maison quoique pauvrement et en payer la location, et de passer la nuit dans ses exercices spirituels. Elle détermina cela, non qu'Elle eut quelque cupidité ni non plus qu'Elle manquât un seul moment du jour à la contemplation car Elle y était toujours en présence de l'Enfant-Dieu, comme je l'ai déjà dit et le dirai tant de fois. Mais Elle voulut remettre à la nuit certaines heures qu'Elle vaquait de jour à des exercices spéciaux; afin de travailler davantage et ne point demander ni espérer que Dieu opérât des miracles en ce qu'Elle pouvait obtenir pas sa diligence et en ajoutant plus de travail; car en de tels cas nous demanderions plus de miracle pour la commodité que pour la nécessité. La Très Prudente Reine demandant au Père Éternel que Sa Miséricorde les pourvut du nécessaire pour alimenter Son Fils Unique; mais Elle travaillait en même temps. Et comme quelqu'un qui ne se fiait ni à Elle-même ni à sa diligence, Elle demandait au Seigneur en travaillant ce qu'Il nous concède par ce moyen, à nous les autres créatures.



4, 25, 658. L'Enfant-Dieu se complut beaucoup dans cette prudence de Sa Mère et dans la conformité qu'Elle avait avec son étroite pauvreté; et en retour de cette fidélité de Mère, Il voulut lui alléger en quelque chose le travail qu'Elle avait commencé. Et un jour, il lui parla de Son berceau et lui dit: «Ma Mère, Je veux disposer l'ordre de votre vie et de votre travail corporel.» La divine Mère s'agenouilla aussitôt et répondit: «Mon doux Amour, Seigneur de tout mon être, je Vous loue et je Vous exalte pour avoir condescendu à mon désir et à mes pensées

qui s'acheminaient à ce que Votre Divine Volonté réglât mes oeuvres et dirigeât mes pas (Ps. 118: 133) selon Votre bon plaisir, et qu'elle ordonnât l'occupation que je dois avoir en chaque heure du jour, selon Votre agrément. Et puisque Votre Divinité a pris chair humaine et que Votre Grandeur a daigné condescendre à mes ardents désirs, parlez, Lumière de mes yeux, car Votre servante Vous écoute». Le Seigneur lui dit: «Ma très chère Mère, dès l'entrée de la nuit, [c'est-à-dire vers les neuf heures], vous dormirez et vous vous reposerez quelque peu. De minuit jusqu'au lever du jour, vous vous occuperez dans les exercices de la contemplation avec Moi, et Nous louerons Mon Père Éternel. Ensuite vous vous appliquerez à préparer le nécessaire pour votre nourriture et celle de saint Joseph. Puis vous Me donnerez à Moi l'aliment et vous Me tiendrez dans vos bras jusqu'à l'heure de Tierce, où vous me mettrez dans les bras de votre époux pour le soulagement de son travail. Et parce qu'ici vous n'avez point les Saintes Écritures dont la lecture vous était une consolation, vous lirez dans Ma Science la Doctrine de la Vie Éternelle, afin que vous Me suiviez en tout par une imitation parfaite. Et priez toujours Mon Père Éternel, pour les pécheurs [b.»



4, 25, 659. La Très Sainte Marie se gouverna selon cette règle tout le temps qu'Elle fut en Égypte. Et chaque jour Elle donnait le sein à l'Enfant-Dieu trois fois; car lorsqu'Il lui marqua la première fois qu'elle avait à le Lui donner, Il ne lui commanda point de ne point le Lui donner d'autres fois, comme Elle le fit dès la Naissance. Lorsque la divine Souveraine travaillait Elle était toujours à genoux en présence de l'Enfant-Jésus; et parmi les colloques et les conférences qu'ils avaient, il était très ordinaire que le Roi de Son berceau et la Reine de son travail faisaient des cantiques mystérieux de louange. Et s'ils eussent été écrits, il y en aurait plus que tous les Psaumes et les cantiques que l'Église célèbre, et plus que tous ceux qu'on y conserve écrits maintenant; puis il n'y a point de doute que Dieu par l'instrument de Son Humanité et de la Très Sainte Marie ait parlé avec une plus grande élévation et plus d'admiration que par David, Moïse, Marie, Anne et tous les prophètes. Dans ces cantiques la divine Mère demeurait toujours renouvelée et remplie de nouvelles affections envers la Divinité et d'aspirations efficaces à l'union envers son Être immuable, parce que seule Elle était le Phénix qui renaissait dans cet incendie et l'Aigle royale qui pouvait regarder fixement le Soleil de l'ineffable Lumière et de si près, où aucune autre créature ne put jamais élever jusque là son vol. Elle accomplissait la fin pour laquelle le Verbe Divin prit chair dans ses entrailles Virginales et qui fut de diriger et de porter les créatures

raisonnables à Son Père Éternel. Et entre toutes Elle était la seule que l'obstacle du péché n'empêchassent point, ni ses effets, ni les passions et les appétits, mais qui était libre de tout le terrestre et de tout le poids de la nature; Elle voulait à la suite de son Bien-Aimé, Elle s'élevait à une habitation sublime, et Elle ne s'arrêtait point jusqu'à ce qu'Elle fût arrivé à son centre qui était la Divinité. Et comme Elle avait toujours à la vue la Voie (Jean 14: 6) et la Lumière qui est le Verbe Incarné, et que son désir et son affection étaient toujours dirigés vers l'Être Immuable du Très-Haut, Elle courait à Lui avec ferveur, et Elle était plus dans la fin que dans les moyens, plus où Elle aimait que là où Elle animait.



4, 25, 660. Quelquefois aussi l'Enfant-Dieu dormait en présence de Sa Mère heureuse et fortunée, afin que ce qu'il dit en cela fût vrai aussi: «Je dors mais Mon Coeur veille (Cant. 5: 2).» Et comme ce corps très saint de son Fils était pour Elle un cristal très pur et très clair par où Elle regardait et pénétrait le secret de Son Âme déifiée et Ses opérations, ainsi, Elle se mirait et se remirait dans ce Miroir Immaculé (Sag. 7: 26); et c'était une consolation spéciale pour la divine Souveraine de voir la partie supérieure de l'Âme très sainte de son Fils si vigilante dans les Oeuvres héroïques de Voyageur et de Compréhenseur conjointement; et en même temps de voir les sens dormir avec tant de quiétude et une si rare beauté de l'Enfant, tout l'humain étant hypostatiquement uni à la Divinité. Notre langue ne peut pas suffire pour parler sans nuire à la matière des douces affections, des élévations enflammées et des oeuvres héroïques que faisait la Reine du Ciel dans ces circonstances. Mais là où les paroles manquent, la Foi et le coeur opèrent.



4, 25, 661. Lorsqu'il était temps de donner à saint Joseph le soulagement de tenir l'Enfant-Jésus, la divine Mère lui disait: «Mon Fils et mon Seigneur, regardez Votre fidèle serviteur avec un amour de Fils et de Père, et prenez Vos délices dans la pureté de son âme si droite et si agréable à Vos yeux.» Et Elle disait au Saint: «Mon époux, recevez dans vos bras le Seigneur qui tient dans Sa main tous les globes du ciel et de la terre à qui Il donna l'être par Sa seule Bonté infinie. Reposez-vous de vos fatigues avec Celui qui est la gloire de toutes les créatures.» Le Saint remerciait pour cette ferveur avec une profonde humilité; et il demandait parfois à sa divine Épouse si ce ne serait pas une témérité de sa part de faire quelque caresse à l'Enfant. Et rassuré par la prudente Mère il lui en faisait; et ainsi avec ce soulagement, il oubliait la fatigue de son travail et tout lui revenait très

facile et très doux. Lorsque la Très Sainte Marie et saint Joseph mangeaient ils avaient toujours avec eux l'Enfant-Dieu. La divine Dame Le prenait dans ses bras en mangeant et en servant la table; ce qu'Elle faisait avec un décorum parfait; et Elle donnait à son âme très pure un plus grand aliment qu'à son corps, Le révérant, L'adorant et L'aimant comme Dieu Éternel; et Le sustentant dans ses bras comme Enfant, Elle Le caressait avec l'affection d'une tendre mère pour son fils chéri. Il n'est pas possible de peser l'attention avec laquelle Elle s'exerçait dans les deux offices: de Créature envers son Créateur, Le regardant selon la Divinité, Fils du Père Éternel, comme Roi des rois et Seigneur des seigneurs (Apoc. 19: 16), Auteur et Conservateur de tout l'Univers et comme homme véritable dans son Enfance pour Le servir et L'élever en qualité de Mère. Dans ces deux extrêmes et ces deux motifs d'amour, Elle était tout embrasée et enflammée en des actes héroïques d'admiration, de louange et d'affectueux amour. En tout le reste que les deux divins Époux opéraient, je ne peux dire seulement qu'ils étaient un sujet d'admiration pour les Anges et qu'ils donnaient la plénitude à la sainteté et à l'agrément du Seigneur.



DOCTRINE DE LA REINE DU CIEL LA TRÈS SAINTE MARIE.



4, 25, 662. Ma fille, étant vrai, comme il l'est que j'entrai en Egypte avec mon Très Saint Fils et mon époux, où nous ne connaissions ni amis, ni parents dans un pays de religion étrangère, sans défense, sans protection ni secours humains pour nourrir un Fils que j'aimais tant; tout cela laisse bien entendre la tribulation et les travaux que nous souffrîmes, puisque le Seigneur donnait lieu à ce que Nous fussions affligés. Et il ne t'est pas possible de faire une juste considération de la patience et de la constance avec lesquelles Nous les supportâmes; et les Anges mêmes sont incapables de peser la récompense que me donna le Très-Haut pour l'amour et la conformité avec lesquels je supportai tout, plus que si j'avais été dans la plus grande prospérité. Il est vrai qu'il me peinait beaucoup de voir mon Époux dans une si grande nécessité et une si grande gêne; mais dans cette même peine, je bénissais même le Seigneur d'avoir à la souffrir. Dans cette très noble patience et cette pacifique longanimité, je veux, ma fille, que tu m'imites dans les occasions où le Seigneur te placera; et qu'en elles tu saches dispenser avec prudence les vertus de l'intérieur et celles de l'extérieur donnant à chacune ce que tu dois, dans l'action et la contemplation, sans que l'une empêche l'autre.



4, 25, 663. Lorsque le nécessaire à la vie manquera à tes inférieures, travaille dûment à le chercher. Et laisser quelquefois ta propre quiétude pour cette obligation n'est pas la perdre, d'autant plus que tu observeras l'avis que je t'ai donné plusieurs fois, de ne point perdre de vue le Seigneur pour aucune occupation: puisque si tu es soigneuse tout peut se faire avec Sa divine Lumière et sa grâce sans te troubler. Et lorsque les choses peuvent être dûment gagnées par des moyens humains, l'on ne doit pas attendre des miracles, ni s'éviter la peine de travailler, pensant que Dieu pourvoira et assistera surnaturellement; parce que Sa Majesté concourt avec les moyens doux, communs et convenables, et que le travail du corps est un moyen opportun pour qu'il serve l'âme et qu'il fasse son sacrifice au Seigneur, et qu'il acquière son mérite de la manière qu'il peut. Et en travaillant la créature raisonnable peut louer Dieu et L'adorer en esprit et en vérité. Et pour le faire, ordonne toutes tes actions à son actuel bon plaisir, consulte Sa Majesté pour les faire, les pesant au poids du sanctuaire ayant l'attention fixée sur la Lumière divine que le Tout-Puissant répandra en toi.

 

NOTES EXPLICATIVES

Extraites de celles de Don Creseto, à l'usage des prêtres.

4, 25, [a]. La maison de la Sainte Famille à Héliopolis était donc un peu à côté de la ville. Et ce devait être vers Matarieh, parce que c'était là selon Adricomius que se trouve le "jardin des baumes" et la "Fontaine de la Vierge". «Matarieh ou Matarea,» écrit D. Rodriguaer Sabrino, [Stor. della Ter. San. Tom. II no. Il Cairo] «est un lieu où la Vierge séjourna deux mois. Il y a en cette maison une pierre sur laquelle on dit que le Divin Enfant S'asseyait pendant que Sa Mère s'occupait à travailler. Là tout près se trouve la fontaine où la Vierge lavait et prenait l'eau pour boire. Et c'est justement avec cette eau qu'est arrosé aujourd'hui le "jardin des baumes" qui y est contigu et que l'on appelle le jardin de Jésus.

4, 25, [b. Il suffit de lire le Lévitique et aussi l'Exode c. 25 et 46, pour voir à combien de détails minutieux Dieu descendit pour la construction de l'Arche et du Tabernacle. On ne doit donc pas être surpris que le Divin Enfant Se soit occupé Lui aussi de prescrire à Sa Mère, véritable Arche et Tabernacle vivant de l'Esprit-Saint, de ce qu'Elle devait faire dans le cours de la journée, même quant aux occupations les plus minutieuses.
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Re: Marie d'Agreda "La Cité Mystique de Dieu" livre version numérisée

Message par sga le Mer 7 Mar 2018 - 13:00

CHAPITRE 26




Des merveilles que l'Enfant-Jésus, Sa Très Sainte Mère et saint Joseph opérèrent à Héliopolis d'Égypte.


4, 26, 664. Lorsqu'Isaïe (Is. 19: 1) dit que le Seigneur entrerait en Égypte sur une nuée légère pour les merveilles qu'Il voulait opérer dans ce royaume, en appelant nuée Sa Très Sainte Mère, ou comme d'autres disent, l'Humanité qu'Il avait reçue d'Elle, il n'y a pas de doute que par cette métaphore il voulût signifier qu'au moyen de cette Nuée divine [a] il devait fertiliser et féconder cette terre stérile des coeurs des habitants, afin que désormais Elle produisît de nouveaux fruits de sainteté et de connaissance de Dieu, comme il arriva après que cette Nuée céleste y fut entrée. Parce qu'aussitôt la Foi du vrai Dieu se répandit en Égypte, l'idolâtrie fut détruite et le chemin de la Vie Éternelle s'ouvrit, car jusqu'alors le démon l'avait tenu tellement fermé qu'à peine y avait-il dans cette province quelqu'un qui connût la vraie Divinité lorsque le Verbe Incarné y entra. Et quoiqu'il y en eût quelques-uns qui avaient acquis cette connaissance par la communication avec les Hébreux qu'il y avait dans cette contrée; néanmoins ils mêlaient avec cette connaissance de grandes erreurs, des superstitions et le culte des démons, comme le firent en d'autres temps les Babyloniens qui vinrent vivre à Samarie (4 Rois 17: 24-25). Mais après que le Soleil de justice eût illuminé l'Égypte et que l'eût fertilisée la Nuée allégée de tout péché, la Très Sainte Marie, elle demeura si féconde en sainteté et en grâce qu'elle donna des fruits abondants pendant tant de siècles, comme on le voit dans les saints qu'elle produisit ensuite, et dans les ermites en si grand nombre que firent distiller ces montagnes (Joël 3: 18), travaillant le très doux miel ce la sainteté et de la perfection chrétienne b].


4, 26, 665. Afin de disposer ce bienfait que le Seigneur préparait pour les Égyptiens Il prit Son siège dans la cité d'Héliopolis, comme je l'ai dit. Et en y entrant, comme elle était si peuplée et si pleine d'idoles, de temples et d'autels du démon et que tous s'écroulèrent avec grand bruit, frappant de terreur tous ceux qui se trouvaient voisins, grande fut la commotion et le trouble que toute la ville souffrit de cette nouveauté inouïe. Ils allaient tous comme atterrés et hors d'eux-mêmes, et joint à cela la curiosité de voir les étrangers nouvellement arrivés fit qu'ils venaient en très grand nombre, hommes et femmes, parler à notre grande Reine et au glorieux Joseph. La divine Mère qui savait le mystère et la Volonté du Très-Haut, répondit à tous prudemment, sagement et doucement, leur parlant beaucoup au coeur et les laissant dans l'admiration de Sa grâce incomparable, illustrés par la très sublime Doctrine qu'Elle leur disait et en les détrompant des erreurs où ils étaient: et prenant occasion de guérir quelques-uns des malades qui allaient à Elle, Elle les aidait et les consolait de toutes manières. Ces miracles allèrent en se divulguant de telle sorte qu'en très peu de temps il vint un si grand concours de monde qui cherchaient la divine Étrangère que la Très Prudente Dame fut obligée de prier Son Très Saint Fils de lui ordonner ce qui était de Sa Volonté qu'Elle fît à l'égard de ces gens. L'Enfant-Dieu lui répondit: de les informer tous de la Vérité et de la connaissance de la Divinité et de leur enseigner Son culte et comment ils devaient sortir du péché.


4, 26, 666. Notre céleste Princesse exerça cet office de Prédicateur et de Docteur des Égyptiens, comme Instrument de son Très Saint Fils qui donnait de la vertu à ses paroles. Et le fruit qui se fit dans ces âmes fut tel qu'il faudrait plusieurs livres s'il fallait rapporter les merveilles qui arrivèrent et les âmes qui se convertirent à la Vérité dans les sept années qu'Ils furent dans cette province; parce qu'elle demeura toute sanctifié et remplie de bénédictions de douceur (Ps. 20: 4). Lorsque la divine Dame écoutait et répondait à ceux qui venait à Elle, Elle prenait toujours l'Enfant-Jésus, comme Celui qui était l'Auteur de cette grâce et de toutes celles que les pécheurs recevaient. Elle parlait à tous selon le besoin de chacun et selon sa capacité pour entendre et percevoir la Doctrine de la Vie Éternelle. Elle leur donna Lumière et connaissance, non seulement de la Divinité, mais de ce qu'il n'y avait qu'un seule Dieu et qu'il était impossible qu'il y en eût plusieurs. Elle leur enseigna aussi tous les articles et toutes les vérités qui touchaient à la Divinité et à la création du monde. Et ensuite Elle leur déclara comment le même Dieu devait le racheter et le réparer; et Elle leur enseigna tous

les commandements qui touchent au Décalogue qui sont de la loi naturelle même, la manière avec laquelle ils devaient rendre leur culte à Dieu, L'adorer et espérer la Rédemption du genre humain.


4, 26, 667. Elle leur donna à entendre comment il y avait des démons, ennemis du vraie Dieu et des hommes, et Elle les détrompa des erreurs qu'ils avaient en cela par leurs idoles et par les réponses fabuleuses qu'ils leur donnaient et les péchés très horribles auxquels ils les induisaient et les provoquaient pour aller les consulter et comment ils les tentaient ensuite secrètement par des suggestions et des mouvements désordonnés. Et quoique la Reine du Ciel fût si libre de tout ce qui était imparfait; néanmoins pour la gloire du Très-Haut et le remède de ces âmes, Elle ne dédaignait pas de les dissuader des péchés impurs et très honteux dans lesquels toutes l'Égypte était plongée. Elle lui déclara aussi comment le Réparateur de tant de maux qui devait vaincre le démon, conformément à ce qui était écrit de Lui était déjà venu, quoiqu'Elle ne leur dît pas qu'Elle L'avait dans les bras. Et afin qu'ils reçussent mieux toute cette Doctrine et qu'ils s'affectionnassent à la Vérité Elle la confirmait par quelques miracles guérissant toute espèce d'infirmités et des démoniaques qui venaient de divers endroits. Et la même Reine allait aux hôpitaux [c] et là Elle consolait ceux qui étaient tristes et Elle soulageait ceux qui étaient affligés, Elle donnait des secours aux nécessiteux; et Elle les réduisait tous avec son suave amour, les avertissant avec une aimable sévérité, et les obligeant en se faisant leur bienfaitrice.


4, 26, 668. Dans le soin des infirmes qui avaient des plaies, la divine Souveraine se trouva balancée entre deux affections: l'une de la charité qui l'obligeait à soigner les plaies de ses propres mains, l'autre de sa réserve de ne toucher personne. Et afin qu'Elle gardât cette réserve comme il convenait, son Très Saint Fils lui répondit de soigner les hommes seulement par ses paroles et en les avertissant; qu'ainsi ils demeureraient sains; et les femmes qu'Elle pouvait les guérir de ses mains, touchant et nettoyant leurs plaies. Et c'est ce qu'Elle fit dès lors, exerçant les offices de mère et d'infirmière, respectivement, jusqu'à ce qu'ensuite au bout de deux ans, saint Joseph commençât aussi à guérir les malades, comme je le dirai. La Reine assistait surtout les femmes avec une charité si incomparable, qu'étant la pureté même et si délicate, si libre d'infirmités et d'incommodités Elle soignait néanmoins leurs plaies si ulcérées qu'elles fussent et

Elle leur appliquait de ses mains les linges et les bandages nécessaires, et ainsi Elle compatissait comme si Elle eût enduré les maux de chacun de ces malades. Il arrivait quelquefois que pour les guérir Elle demandait permission à son Très Saint Fils de Le quitter de ses bras, et Elle Le couchait dans le berceau et Elle assistait les pauvres; et le Seigneur même des pauvres était dans cette assistance (Matt. 25: 40) par un autre moyen avec la charitable et humble Souveraine. Mais dan ces soins et ces oeuvres, chose admirable! la Très Modeste Reine ne regardait jamais au visage aucun homme ni aucune femme. Et lors même que leur plaie s'y trouvait, sa réserve était si extrême qu'ensuite Elle n'aurait pu reconnaître personne au visage, si Elle ne les avait pas reconnus tous avec la Lumière intérieure.


4, 26, 669. Avec les fortes chaleurs de l'Égypte et beaucoup de désordres de ce misérable peuple, les maladies étaient graves et ordinaires dans ces contrées; et pendant que l'Enfant-Jésus et Sa Très Sainte Mère étaient là, la peste éclata à Héliopolis et en d'autres endroits. Pour ces raisons et à cause de la renommée des merveilles qu'ils opéraient, un grand nombre de personnes accouraient à eux de tout le pays et tous s'en retournaient sains de corps et d'âme. Et afin que la grâce du Seigneur se répandit en eux avec une plus grande abondance et que la Très Pieuse Mère eût un coadjuteur dans les miséricordes qu'Elle opérait comme vivant Instrument de son Fils unique, Sa Majesté détermina à la prière de la divine Souveraine que saint Joseph aussi eût part au ministère de l'enseignement et de la guérison des malades; et pour cela Elle lui obtint une nouvelle Lumière intérieure et une nouvelle grâce de sainteté. Et vers la troisième année qu'ils étaient en Égypte, le saint époux commença à exercer ces Dons du Ciel; il enseignait, guérissait et catéchisait d'ordinaire les hommes et la grande Souveraine les femmes. Avec ces bienfaits si continuels et la grâce et l'efficace [d] qui étaient répandues sur les lèvres de notre Reine, le fruit qu'Elle faisait était incroyable à cause de l'affection que tous éprouvaient, soumis à sa modestie et attirés par la vertu de sa sainteté. Ils lui offraient beaucoup de dons et de richesses, afin qu'Elle s'en servît: mais Elle n'acceptait ni ne réservait jamais aucune chose pour Elle, parce qu'ils se nourrirent toujours de son travail des mains et de celui de saint Joseph. Et lorsque parfois Elle recevait quelque présent de la part de ceux dont son Altesse connaissait qu'il était juste et convenable de recevoir, Elle distribuait le tout aux pauvres et aux nécessiteux. Et pour cette fin seulement Elle consentait à la piété et à la consolation de quelques dévots; et même à ceux-là Elle donnait souvent en retour quelque chose des ouvrages qu'Elle faisait. De ces oeuvres

merveilleuses on peut inférer toutes celles qu'ils firent en Égypte pendant l'espace de sept ans qu'ils furent à Héliopolis; parce qu'il est impossible de les rapporter toutes dans leur nombre et leurs détails.


DOCTRINE QUE ME DONNA LA REINE DU CIEL

LA TRÈS SAINTE MARIE.
 

4, 26, 670. Ma fille, tu as éprouvé de l'admiration de connaître les oeuvres de miséricorde que j'exerçais en Égypte, assistant les pauvres et les malades de tant d'infirmités pour leur donner la santé, de l'âme et du corps. Mais tu comprendras combien tout cela était compatible avec ma réserve et mon affection pour la retraite, si tu considères l'immense amour avec lequel mon Très Saint Fils voulut aller aussitôt en naissant porter le remède à ce royaume et faire en faveur de ses habitants le premier essai du feu de charité qui brûlait dans son sein pour le salut des mortels. Il me communiqua à moi cette charité et il me rendit l'Instrument de la Sienne et de Sa Puissance, sans laquelle je ne me serais pas hasardée en tant d'oeuvres par moi-même; parce que j'était toujours inclinée à ne parler ni à me communiquer à personne: mais la Volonté de mon Fils et mon Seigneur était mon gouvernement en tout. Je veux de toi, mon amie, que tu travailles à mon imitation pour le bien et le salut de tes proches, tâchant de me suivre en cela avec la perfection et les conditions avec lesquelles j'agissais. Tu ne dois point chercher les occasions toi-même; mais le Seigneur te les enverras; sauf lorsque pour quelque grande raison il sera nécessaire que tu t'offres à ces oeuvres de toi-même. Mais en toutes ces circonstances, travaille, avertis et éclaire ceux que tu pourras avec la lumière que tu possèdes, non comme prenant l'office de maîtresse, mais comme celle qui veut consoler et compatir aux afflictions de ses frères et qui veut apprendre la patience en eux, usant de beaucoup d'humilité et de prudente retenue, jointes à la pratique de la charité.


4, 26, 671. Avertis, corrige et gouverne tes inférieures, les dirigeant dans le chemin de la plus grande vertu et de l'agrément du Seigneur; parce qu'après avoir opéré la vertu toi-même avec perfection, le plus grand service pour Sa Majesté sera que tu l'enseigne aux autres, selon tes forces et la grâce que tu as reçue. Et pour ceux à qui tu ne peux parler, demande et implore leur remède incessamment; et avec cela tu étendras ta charité à tous. Et parce que tu ne peux pas servir les malades du dehors, compense-le en servant celles de ta maison, accourant à leur service, à leur récréation et à leur propreté par toi-même. Et en cela ne t'imagine pas supérieure à cause de ton office d'abbesse puisque par cela tu es mère et tu dois le montrer dans le soin et l'amour de toutes tes religieuses, et pour le reste tu dois toujours être la moindre dans ton estime. Et comme le monde occupe ordinairement les plus pauvres et les plus méprisés à servir les malades parce que comme ignorant il ne connaît point la sublimité de ce ministère; pour cela, je te donne à toi comme à la plus pauvre et à la dernière de toutes l'office d'infirmière, afin que tu l'exerces en m'imitant.



NOTES EXPLICATIVES


Extraites de celles de Don Creseto, à l'usage des prêtres.

4, 26, [a]. Suarez écrit à ce propos [I. P., t. II, disp. 17, sect. 1]: «Procope, dans Isaïe, comprend par la nuée légère la Vierge sacrée, dans les bras de laquelle le Sauveur du monde fut porté en Égypte. Celle-ci fut appelée nuée; parce que c'est par Elle que Dieu fit pleuvoir la grâce du Christ sur la terre comme le dit saint Ambroise [De Instit. Virg.]. Elle est nommée légère parce qu'Elle ne fut pas alourdie par la semence virile, comme le dit le même saint Ambroise et saint Jérôme sur Isaïe, ou parce qu'Elle n'avait aucun poids de péché, ni de passion ou de concupiscence, ou parce qu'Elle volait au-dessus de toutes ces choses, comme le dit Procope.»

4, 26, b]. A ce même propos, saint Jean Chrysostôme put dire que Jésus-Christ changea l'Égypte en un espèce de Paradis: «Non vraiment, le ciel ne

resplendit pas autant avec le choeur de ses astres variés que l'Égypte est distinguée et illustré de pour avoir été la demeure de tant de moines et de Vierges.» [Tom. VIII, in Matt]. Trimégiste en saint Augustin [De Civit. l. VIII, c. 14] dit aussi: «Égypte, image du ciel et temple de tout le monde.»

Ce ne serait pas connaître le Coeur de Jésus ni Celui de Marie que de supposer qu'Ils pussent parcourir l'Égypte sans y faire de grands biens aux âmes.

4, 26, [c]. Les anciens Égyptiens qui avaient établi une caste spéciale de médecins, avaient aussi un soin très particulier des malades.

4, 26, [d]. On a parlé ailleurs de la Science infuse dont la Très Sainte Marie avait été favorisé par Dieu, certainement plus que toute autre créature. Elle avait cette Science que saint Augustin appelle "matutinale" par laquelle Elle voyait les créatures en Dieu; et celle que les saints appellent "vespertinale" par laquelle Elle les voyait en elles-mêmes, sans avoir besoin des sens extérieurs. C'est à celle-ci que la Vénérable fait allusion en ce lieu
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Re: Marie d'Agreda "La Cité Mystique de Dieu" livre version numérisée

Message par sga le Mer 7 Mar 2018 - 13:03

CHAPITRE 27


Hérode détermine la mort des Innocents; la Très Sainte Marie le connaît et ils cachent saint Jean pour le soustraire à la mort.


4, 27, 672. Laissons maintenant l'Enfant-Jésus avec Sa Très Sainte Mère et saint Joseph sanctifiant ce royaume par leur présence et leurs bienfaits que la Judée ne mérita point, et retournons pour savoir à quoi s'arrêta l'astuce et l'hypocrisie diabolique d'Hérode. L'inique roi attendit le retour des Mages et le rapport qu'ils lui feraient d'avoir trouvé et adoré le Roi des Juifs nouveau-né pour Lui ôter la vie inhumainement. Il demeura trompé, sachant que les Mages avaient été à Bethléem avec Marie et Joseph; et que prenant un autre chemin ils étaient déjà hors des confins de la Palestine, car il fut informé de tout cela ainsi que de certaines choses qui s'étaient passées dans le Temple; parce que se trompant par sa

propre astuce, il attendit quelques jours jusqu'à ce qu'il lui semblât que déjà les Rois de l'Orient tardaient; et le souci de son ambition l'obligea à s'informer d'eux. Il consulta de nouveau quelques docteurs de la Loi, et comme ce qu'ils disaient de Bethléem conformément aux Écritures concordait avec ce qui était arrivé, il commanda de chercher notre Reine et son très doux Enfant ainsi que le glorieux saint Joseph avec de grandes perquisitions. Mais le Seigneur qui leur avait commandé de sortir de nuit de Jérusalem, avait conséquemment caché leur voyage, afin que personne ne le sût ni ne trouvât aucune trace de leur fuite. Et les ministres d'Hérode ni aucun autre n'ayant pu les découvrir, ils lui répondirent que cet homme, cette Femme et cet Enfant ne se trouvaient pas dans tout le pays.


4, 27, 673. Sur cela, l'indignation d'Hérode s'enflamma (Matt. 2: 16) sans lui laisser un instant de repos et sans qu'il put trouver aucun moyen ni aucun remède pour empêcher le dommage qu'il craignait du nouveau Roi. Mais le démon qui le connaissait prêt à toute méchanceté lui envoya dans la pensée de grandes suggestions pour le consoler, lui proposant d'user de sa puissance royale et de décapiter tous les enfants de cette contrée, qui ne passeraient pas deux ans; parce qu'il était inévitable d'envelopper aussi parmi eux le Roi des Juifs [a] qui était né dans ce temps. Le roi tyran se réjouit à cette pensée qui n'était jamais venue à aucun autre barbare, et il l'embrassa sans la crainte et l'horreur qu'une action si sanglante aurait pu causer à tout homme raisonnable. Et pensant et discourant comment l'exécuter à la satisfaction de son goût et de sa colère, il fit réunir quelques troupes de soldats sous la conduite de quelques-uns de ses ministres en qui il avait le plus de confiance et il leur commanda, sous peine de châtiments très graves, de tuer tous les enfants qui n'auraient pas plus de deux ans, dans Bethléem et ses environs. Et cela fut exécuté comme Hérode l'avait commandé, remplissant toute la contrée de confusion, de gémissements et de larmes des parents de ces innocents condamnés à mort, sans que personne ne put résister ni les secourir.


4, 27, 674. Ce commandement impie d'Hérode sortit six mois après la Naissance du Rédempteur [b. Et lorsqu'il commença à s'exécuter, il arriva que notre grande Reine était un jour avec son Très Saint Fils dans les bras; et regardant Son Âme et Ses opérations, Elle y connut comme dans un clair miroir tout ce qui se passait à Bethléem, plus clairement que si Elle eût été présent aux clameurs des enfants et de leurs parents. La divine Dame vit aussi comment son Très Saint Fils

priait le Père Éternel pour les pères et les mères des Innocents, et qu'Il Lui offrait les défunts comme prémices de Sa mort; et parce qu'ils étaient sacrifiés à cause de leur propre Rédempteur (Apoc. 14: 4) Il demandait que l'usage de la raison leur fût donné [c], afin qu'ils offrissent leur vie volontairement et qu'ils reçussent la mort pour la gloire du même Seigneur et qu'Il leur payât ce qu'ils souffraient par des récompenses et des couronnes de martyrs. Le Père Éternel Lui concéda tout cela et notre Reine le connut dans son Fils unique et Elle L'accompagna et L'imita dans l'offrande et les prières qu'Il faisait. Elle accompagna aussi les pères et les mères des martyrs dans la douleur, la compassion et les larmes pour la mort de leurs enfants. Et Elle fut la véritable et première Rachel qui pleura (Jér. 31: 15) les enfants de Bethléem et les siens: et aucune autre mère ne sut les pleurer comme Elle, parce qu'aucune ne sut être Mère comme l'était notre Reine et notre Souveraine.


4, 27, 675. Elle ne savait point alors ce que sainte Élisabeth avait fait pour préserver son fils Jean, conformément à l'avis que la même Reine lui avait donné par l'Ange quand ils sortirent de Jérusalem pour l'Égypte, comme je l'ai déjà dit, chapitre 22, numéro 623. Et quoiqu'Elle ne doutât point que tous les mystères qu'Elle avait connus par la Lumière divine, de son office de Précurseur, s'accompliraient en lui; néanmoins Elle ne savait point le souci et l'affliction dans lesquels la cruauté d'Hérode avait mis la sainte Matrone Élisabeth et son fils, ni par quels moyens ils s'en étaient défendus. La Très Douce Mère n'osa point interroger son Divin Fils sur cet événement, à cause de la révérence et de la prudence avec lesquelles Elle Le traitait dans ces révélations, et Elle se retirait et s'anéantissait en Elle-même avec patience et humilité. Mais Sa Majesté répondit à son pieux et compatissant désir et Il lui déclara comment Zacharie, père de saint Jean mourut quatre mois après son Enfantement Virginal et presque trois mois après que leurs Majestés étaient sorties de Jérusalem: et que sainte Élisabeth n'avait point d'autre compagnie que celle de son fils, l'enfant Jean, qu'avec lui elle passait sa solitude et son abandon retirée dans un lieu écart; parce qu'avec l'avis qu'elle eut de l'Ange et voyant ensuite la cruauté qu'Hérode commençait à exercer, elle s'était résolue à fuir au désert avec son enfant [d] et à habiter parmi les bêtes féroces pour s'éloigner de la persécution d'Hérode; et que sainte Élisabeth avait pris cette détermination par l'impulsion et l'approbation du Très-Haut, et qu'elle était cachée dans une grotte ou rocher où elle se sustentait elle-même avec son fils Jean [e] avec une grande affliction et une grande incommodité.


4, 27, 676. La divine Souveraine connut de même qu'après trois mois de cette vie solitaire saint Élisabeth mourrait dans le Seigneur, et que Jean demeurerait dans ce lieu solitaire et, qu'il ne s'en éloignerait pas jusqu'à ce que par l'ordre du Très-Haut, il sortît pour prêcher la pénitence comme Son Précurseur. L'Enfant-Jésus manifesta tous ces mystères en ces sacrements à Sa Très Sainte Mère ainsi que d'autres bienfaits profonds et cachés que sainte Élisabeth et son fils reçurent dans ce désert. Elle connut tout cela de la même manière qu'Il lui apprit la mort des enfants innocents. A cette connaissance la divine Dame demeura remplie de joie et de compassion: l'une de savoir que l'enfant Jean était en sûreté, l'autre des afflictions qu'ils souffraient dans cette solitude. Ensuite Elle demanda permission à son Très Saint Fils de prendre soin dès lors de sa cousine Élisabeth et de l'enfant Jean. Et depuis, selon la Volonté du même Seigneur Elle les envoyait visiter fréquemment par les Anges qui la servaient et Elle leur envoyait par eux certaines choses à manger, ce qui était le plus grand régal que ces ermites, le fils et la mère, eussent dans ce désert. De l'Égypte notre grande Souveraine eut avec eux par le moyen des Anges une correspondance continuelle et cachée. Et lorsqu'arriva pour sainte Élisabeth l'heure de mourir, Elle lui envoya un grand nombre de ces esprits célestes pour l'assister et l'aider ainsi que son enfant Jean qui avait alors quatre ans; et avec ces mêmes Anges il enterra sa mère défunte dans ce désert. Dès lors, la Reine envoyait chaque jour la nourriture [f] à saint Jean, jusqu'à ce qu'il eût l'âge de se sustenter par son travail et son industrie, avec des herbes (Marc 1: 6), des racines et du miel sauvage, avec quoi il vécut dans une si grande abstinence dont je dirai plus loin quelque chose [g].,


4, 27, 677. Il n'y a aucune langue ni aucune pensée des créatures qui puissent arriver à concevoir et à exprimer les mérites et les augmentations de sainteté et de grâce que la Très Sainte Marie amassait et accumulait au milieu de toutes ces oeuvres si admirables; parce qu'Elle usait de tout avec une prudence plus qu'angélique. Et ce qui lui donna motif de louange, de tendresse et d'admiration envers le Tout-Puissant fut de voir combien Sa divine Providence fut libérale à l'égard des Innocents lorsque Son Très Saint Fils et Elle-même prièrent pour eux; Elle connut comme si Elle eût été présente le nombre excessif de ceux qui moururent, les plus grands n'ayant pas plus de deux ans, d'autres huit jours, d'autres deux mois, d'autres six; qu'il leur fut accordé à tous plus ou moins l'usage

de la raison et une connaissance infuse très sublime de l'Être de Dieu, et une Foi, une Espérance et une Charité parfaites, avec lesquelles ils exercèrent des actes héroïques de Foi, d'adoration, de révérence, d'amour et de compassion pour leurs parents. Ils prièrent pour eux; et en rémunération de leurs sentiments, le Seigneur leur donna la Lumière et la grâce pour acquérir les Biens Éternels. Ils acceptèrent volontairement le martyre, la nature demeurant dans la faiblesse de son âge puéril, avec laquelle ils éprouvaient une douleur plus sensible et leur mérite s'augmentait. Une multitude d'Anges les assistaient et les portaient aux Limbes au sein d'Abraham. Ils réjouirent les saints Pères par leur présence parce qu'ils leur confirmèrent l'espérance qu'ils avaient déjà que désormais l'attente de leur liberté ne serait pas longue. Tout cela fut l'effet des prières de l'Enfant-Dieu et de celles de Sa Très Sainte Mère. Et Celle-ci connaissant ces merveilles s'embrasa d'amour et dit (Ps. 112: 1): «Laudate, pueri, Dominum.» Et l'Impératrice du Ciel, accompagnant les enfants, loua l'Auteur de ces Oeuvres si magnifiques et si dignes de Sa Bonté et de Sa Toute-Puissance. La Très Pure Marie seule les connaissait et les traitait avec la sagesse et le poids qu'elles demandaient. Mais Elle fut la seule aussi qui sans exemple, étant si alliée à Dieu même, connut le degré et le point de l'humilité et qui l'eut dans sa perfection; parce qu'étant la Mère de la pureté, de l'innocence et de la sainteté, Elle s'humilia plus que ne surent s'humilier toutes les créatures profondément humiliées par leurs propres péchés. Seule la Très Sainte Marie entre toutes les créatures atteignit à cette manière de s'humilier à la vue même de bienfaits et de dons plus hauts que toutes les créatures ensemble ne purent recevoir; parce que seule Elle pénétra dignement que la créature ne peut donner le retour proportionné (Ps. 115: 12) aux bienfaits et encore moins à l'Amour Infini d'où ils s'originent en Dieu: et la divine Souveraine se humiliant avec cette Science y mesura son amour, sa reconnaissance et son humilité; et Elle donnait la plénitude à tout, en autant qu'une pure Créature était capable de donner la digne rétribution, seulement en reconnaissant qu'aucune d'elles n'est digne par un autre moyen.


4, 27, 678. A la fin de ce chapitre, je veux avertir qu'en plusieurs des choses que j'écris, il me paraît y avoir une grande diversité d'opinions entre les saints Pères et les auteurs: comme celle qu'il y a concernant le temps où Hérode exécuta sa cruauté [h] contre les enfants innocents, et si cette cruauté s'étendit aux enfants nés d'alors et qui n'avaient que quelques jours ou qui ne passaient pas deux ans; et d'autres doutes à la déclaration desquels je ne m'arrête pas, parce que cela n'est pas

nécessaire à mon sujet, et parce que je n'écris que ce qui m'a été enseigné et dicté, ou ce que l'obéissance m'ordonne quelquefois de demander, afin de tisser cette divine Histoire. Et dans les choses que j'écris il ne convient point d'introduire de dispute; parce que j'ai compris dès le principe comme je l'ai dit [i] alors que le Seigneur voulait que j'écrivisse toute cette Oeuvre sans opinions; mais avec la vérité que la Lumière divine m'enseignerait. Et quant au jugement qu'il y a à faire si ce que j'écris a de la convenance avec le vérité de l'Écriture et avec la majesté et la grandeur du sujet que je traite, et si les choses ont entre elles-mêmes une suite et une connexion convenables; tout cela je le remets à la doctrine de mes directeurs et de mes supérieurs et au jugement des sages et des dévots. La variété des opinions est presque inévitable parmi ceux qui écrivent, les auteurs se réglant les uns sur les autres, et les derniers suivant ceux des anciens qui les satisfont les mieux; mais le plus grand nombre des uns et des autres à part des histoires canoniques se fondent sur des conjectures, ou sur des auteurs douteux, et je ne peux écrire selon cet ordre, parce que je suis une femme ignorante.



DOCTRINE DE LA REINE DU CIEL

LA TRÈS SAINTE MARIE.


4, 27, 679. Ma fille, quant à ce que tu as écrit dans ce chapitre, je veux que la douleur et la crainte avec lesquelles tu l'as écrit te servent de doctrine. La douleur pour reconnaître que la créature noble et créée par la main du Seigneur à Son image et à Sa ressemblance (Sag. 2: 23) avec des conditions si excellentes et si Divines, comme de connaître Dieu, de L'aimer, d'être capable de Le voir et d'En jouir éternellement, oublie tant cette dignité et se laisse avilir et abaisser à des appétits brutaux et horribles, comme de répandre le Sang innocent de Celui qui ne pouvait faire de mal à personne. Cette compassion doit t'obliger à pleurer la ruine de tant d'âmes, et surtout dans le siècle où tu vis, où la même ambition que celle d'Hérode a enflammé tant de haines et d'inimitiés cruelles parmi les enfants de l'Église, causant la perte d'un nombre infini d'âmes et que le Sang de mon Très Saint Fils qui fut répandu pour leur prix et leur rachat (Eph. 1: 7) est perdu et ne profite pas. Pleure amèrement cette perte.


4, 27, 680. Mais instruis-toi par les autres et pèse bien ce que peut faire une passion aveugle reçue dans la concupiscible; parce que si le coeur l'accepte de plein gré, ou elle brûle au feu de la concupiscence si son désir s'exécute, ou dans celui de la colère si elle ne peut l'obtenir. Crains ce danger, ma fille, non seulement en ce qu'Hérode fit; mais aussi en ce que tu comprends et connais à chaque heure des autres. Prends bien garde de t'affectionner à aucune chose si petite qu'elle paraisse; parce que pour allumer un grand feu il suffit d'une très petite étincelle. Et dans cette matière de mortification des inclinations, je te répète souvent cette Doctrine et je le ferai davantage en ce qui reste, parce que la plus grande difficulté de la vertu consiste à mourir à tout ce qui est délectable et sensible, et parce que tu ne peux être un instrument dans les mains du Seigneur comme Sa Majesté le veut si tu n'effaces de tes puissances jusqu'aux espèces de toute créature, afin qu'elles ne trouvent point entrée dans la volonté. Et je veux que ce soit pour toi une loi inviolable que tout ce qui a l'être hors de Dieu, de Ses Anges et de Ses Saints soit pour toi comme s'il n'était pas. Telle doit être ta possession, et c'est pour cela que le Seigneur te découvre Ses secrets et t'invite à Sa conversation familière, et intime, et moi avec la mienne; afin que tu ne puisses ni vivre ni vouloir sans Sa Majesté.


NOTES EXPLICATIVES

Extraites de celles de Don Creseto, à l'usage des prêtres.

4, 27, [a]. "De deux ans et au-dessus", dit saint Matthieu. De là quelques-uns prirent occasion de dire qu'Hérode tarda environ deux ans à ordonner cette tragédie. [Lucius Dexter, in chron. ecc.]; autres que l'étoile était apparue aux Mages deux ans après. [Chrysostôme, ecc.]. Mais ces opinions n'ont point de base historique et elles ne sont pas conformes à la raison.

4, 27, [b. L'on peut concevoir qu'Hérode ne se détermina pas tout à fait aussitôt à ce carnage, parce qu'après le départ des Rois jusqu'à la Purification, tout était fini en silence et comme l'observe saint Augustin [De Ev. Con., 1, 2, c. 11], il supposa naturellement que les Mages n'ayant rien trouvé avaient pris un autre chemin par honte de retourner à Jérusalem pour dire qu'ils s'étaient trompés; et après la Purification, quand il y eut rumeur d'un Enfant présenté dans le Temple et confessé par Siméon et par Anne, certainement il ne se décida pas non plus à ce massacre aussitôt, mais il commanda d'abord de chercher de diverses manières si l'on trouverait cet Enfant; mais sans faire connaître qu'il le faisait avec un dessein coupable, au contraire avec le désir de L'adorer; mais quand il vit ensuite qu'il ne réussissait pas à en trouver des traces, il médita avec maturité la meilleure manière de s'en défaire; car les politiques n'agissent pas avec précipitation; enfin il se décida à donner un ordre imprévu, afin de réussir plus sûrement. Et pour le même but il ne se contenta point de faire tuer les enfants de sept mois, mais pour ôter aux soldats tout lieu d'erreur touchant l'âge des enfants, et aux parents tout moyen de faire passer leurs enfants pour plus grands que sept mois [Tirin. in c. II, Matt.], il voulut que le massacre comprit tous ceux qui ne dépassaient pas deux ans. L'Abbé Rupert [lib. I, de Vict., c. 2, apud A. Lapide], ajoute qu'Hérode, conformément au dire de Joseph Flavius [Antiq. et de Bello Ind.], avant de faire justicier Antipâtre eut besoin d'en demander permission à Auguste, dut en faire autant avant de faire massacrer tant d'enfants, acte bien plus grave; et cela demandait du temps.


4, 27, [c]. Si Dieu donna l'usage de la raison à saint Jean-Baptiste avant de naître et c'est une sentence de saint Augustin [op., 57, ad Dardan], il put le donner aussi aux enfants de Bethléem qui furent ses précurseurs en mourant, comme saint Jean-Baptiste le fut en prêchant. Saint Thomas admet que l'usage de la raison dans l'enfance ne doit pas être nié avoir été donné à d'autres qu'à Jésus-Christ [3. p. q. 27, a. 3]. Saint Bernard l'affirme de saint Victor [Serm. 2 de sa fête]; Surius et Denys le Chartreux l'écrivent de saint Nicolas: et on lit la même chose de saint Benoît, de saint Robert, de saint Jacques de la Marque. Saint Grégoire de Tours [l. 3, His, Franc.,] et Sophrone [in Prat. spir., c 14] le racontent au sujet d'autres saints. Qu'y aurai-il d'étonnant que Dieu l'eût accordé aux "prémices des Martyrs"?

C'est pourquoi saint Cyprien [Serm. de Stella et Magis], accorde aux saints Innocents l'usage de la raison, écrivant d'eux: «Aussitôt les enfants deviennent

Martyrs. Leurs âmes promptement dépouillées de leur enveloppe enfantine, ornées de la plénitude de l'intelligence, s'empresse à la rencontre du Christ, cherchant la récompense promise à ceux de Sa milice, arrivent avec joie à la paix et à la Lumière éternelle.»

Du reste on ne doit pas nier aux premiers Martyrs de Jésus-Christ "la parfaite auréole du Martyre"; or ils ne pouvaient l'avoir sans l'usage anticipé de la raison, parce que l'auréole suppose le combat.


4, 27, [d]. Que saint Jean-Baptiste ait été soustrait à Hérode, par sainte Élisabeth, et porté dans le désert, c'est ce qu'écrivent: [Nicéphore L. I His., c. 14; A Lapide, in Matt. II; Baronius. Ann. I. n. 28].


4, 27, [e]. Tous ceux qui voyagent en Terre Sainte nous parlent de cette grotte où sainte Élisabeth se retira avec l'enfant Jean, appelée par Nicéphore "une certaine caverne dans la montagne". Mgr. Mislin [Les Saints Lieux, Let. 31] écrit: «La grotte du Baptiste est située sous une haute colline qui domine la vallée du Thérébinthe. Elle est d'un accès très difficile; mais quand on est dedans, elle se trouve ainsi appropriée à la destination qu'elle eut pour la vie d'ermite; elle semble faite de main d'homme et l'on sent le désir d'y demeurer.

C'est une cellule naturelle, longue de dix à douze pieds, large de six. Elle a deux ouvertures: l'une sert de porte, l'autre de fenêtre. Celle-ci regarde sur la vallée et a une très belle vue. Au fond de la grotte, il y a un rocher taillé à propos pour servir de siège et de lit. On l'appelle le lit de saint Jean. Une source d'eau fraîche et limpide surgit d'une fissure de la montagne: elle vient former un petit bassin au pied de la grotte et elle va se répandre en bas sur la vallée, traçant une marge étroite de son passage. Et c'est là que le saint Précurseur passa son enfance dont l'Évangile dit qu'il croissait et se fortifiait dans l'esprit; et il demeura dans le désert jusqu'au jour de sa manifestation en Israël.


4, 27, [f]. Saint Jean était un enfant extraordinaire; c'est pourquoi il était bien convenable que Dieu usât de moyens extraordinaires pour conserver la vie à celui qui devait plus tard Lui préparer la voie. D'ailleurs comment aurait pu vivre autrement un enfant seul dans un désert après la mort de sa mère?


4, 27, [g]. Livre 5, No. 943.


4, 27, [h]. La Vénérable ayant dit au numéro 674 que le massacre fut ordonnée six mois après la Nativité de Notre-Seigneur, montre qu'il arriva aussitôt en juin suivant. Et il est probable qu'Hérode mourut dans le mois de Casleu suivant, c'est-à-dire de novembre, comme le porte le calendrier des Juifs qui célèbrent toujours le jour de leur délivrance de ce tyran, qui arriva par sa mort.


4, 27, [i]. Livre 3, No. 10.


4, 27, [j]. D'autres éditions au lieu de possession disent profession.
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Re: Marie d'Agreda "La Cité Mystique de Dieu" livre version numérisée

Message par sga le Mar 13 Mar 2018 - 14:48

CHAPITRE 28





L'Enfant-Jésus parle à saint Joseph après un an accompli, et la Très Sainte Mère traite de Le mettre sur pied et de Le chausser; et Elle commence à célébrer les jours de l'Incarnation et de la Nativité.





4, 28, 681. Dans l'une des conférences ou conversations que la Très sainte Marie avait avec son époux Joseph sur les Mystères du Seigneur, il arriva qu'un jour, l'Enfant-Jésus ayant accompli Sa première année, Sa Majesté détermina de rompre le silence et de parler d'une voix claire et formée au très fidèle Joseph, qui faisait l'office de père vigilant, comme il avait parlé à la divine Mère dès Sa Naissance, ainsi que je l'ai déjà dit, chapitre 10, numéro 480, et chapitre 18 numéro 577. Et les deux saints Époux traitaient de l'Être Infini de Dieu et de la Bonté qui L'avait porté à un amour si excessif (Jean 3: 16) qui Le fit envoyer du Ciel Son Fils Unique pour être Maître (Is. 55: 4) et Rédempteur des hommes, Lui donnant la forme (Phil. 2: 7) humaine en laquelle Il put converser avec eux (Bar. 3: 28) et souffrir les peines de la nature déchue; dans cette méditation, saint Joseph

éprouvait beaucoup d'admiration et il s'embrasait en affections de reconnaissance et de louange de Son amour. Dans cette circonstance, l'Enfant-Dieu étant dans les bras de Sa Mère et faisant d'eux sa première chaire de Docteur, parla à saint Joseph d'une voix intelligible et lui dit: «Mon Père, je suis venu du Ciel (Jean 18: 37) sur la terre pour être la Lumière (Jean 8: 12) du monde et le racheter des ténèbres du péché; pour chercher et connaître (Jean 10: 4 et 14) mes brebis comme Bon Pasteur et leur donner le pâturage et l'aliment de la Vie Éternelle (Jean 6: 69), leur enseigner le chemin qui y conduit et leur en ouvrir les portes (Ps. 23: 7) qui étaient fermées: Je veux que vous soyez, tous deux, enfants (Jean 12: 36) de la Lumière, puisque vous l'avez si proche.»



4, 28, 682. Ces paroles de l'Enfant-Jésus pleines de Vie et d'efficace Divine répandirent un amour, une révérence et une allégresse nouvelles dans le coeur du Patriarch Joseph. Il se mit à genoux aux pieds de l'Enfant-Dieu avec une humilité très profonde, et il Lui rendit grâces de ce que la première parole qu'il Lui avait entendu prononcer avait été de l'appeler "père". Il demanda à sa Majesté avec beaucoup de larmes, de l'éclairer et de le porter à l'accomplissement de Sa très parfaite Volonté et de lui enseigner à être reconnaissant pour les bienfaits si incomparables qu'il recevait de Sa main libérale. Les parents qui aiment beaucoup leurs enfants reçoivent de la gloire et une grande consolation quand ils découvrent quelques pronostics qui annoncent que ces êtres chéris seront sages ou grands dans les vertus: et quoique ceux-ci ne le soient point: néanmoins à cause de leur inclination, ils exaltent et célèbrent beaucoup ordinairement les puérilités que leurs enfants font et disent; parce que la tendre affection qu'ils ont pour leurs petits enfants peut faire faire tout cela. Quoique saint Joseph ne fut pas le père de l'Enfant-Dieu selon la nature, mais père putatif, néanmoins l'amour naturel qu'il avait excédait sans mesure tout l'amour avec lequel les pères naturels aiment leurs enfants; parce qu'en lui la grâce et même la nature furent plus puissantes qu'en tous les pères de la terre, et plus qu'en tous les pères ensemble; et par cet amour et l'estime qu'il faisait d'être père putatif de l'Enfant-Jésus, on doit mesurer la jubilation de son âme si pure en s'entendant appeler père par le Fils de Dieu même, du Père Éternel, en Le voyant si beau et si plein de grâce et qu'il commençait à parler avec une Doctrine et une Sagesse si hautes.



4, 28, 683. Pendant toute cette première année de l'Enfant-Dieu, Sa Très Douce Mère L'avait porté enveloppé dans les langes et le maillot où les autres enfants ont coutume d'être, parce qu'Il ne voulut point Se montrer différent en cela, en témoignage de Son Humanité véritable et aussi de l'amour qu'Il avait pour les mortels pour qui Il souffrait cette gêne qu'Il eût pu éviter. La Très Prudente Mère jugeant qu'il était déjà temps de Le sortir du maillot, et de Le mettre sur pied, ou de Le chausser, comme on dit, se mit à genoux devant l'Enfant-Dieu qui était dans le berceau et Elle Lui dit: «Mon Fils, très doux Amour de mon âme et mon Seigneur, je désire comme Votre esclave être ponctuelle à Vous donner du goût. O Lumière de mes yeux, Vous avez déjà été beaucoup de temps opprimé dans les liens de Vos langes et en cela Vous avez fait une grande délicatesse d'amour envers les hommes: il est désormais temps que Vous changiez d'habillement. Dites-moi, mon Seigneur, que ferai-je pour Vous mettre sur pied».



4, 28, 684. «Ma Mère, répondit l'Enfant, les liens de Mon enfance, ne M'ont pas paru gênants, à cause de l'amour que J'ai pour les âmes que J'ai créées et que Je viens racheter; puisque dans Mon âge parfait Je dois être pris, lié et livré (Matt. 20: 18) à Mes ennemis et par eux à la mort; et si ce souvenir M'est doux à cause de l'Agrément (Héb. 10: 7) de Mon Père éternel, tout le reste Me sera facile. Mon vêtement dans ce monde doit être seul et unique: parce que Je ne veux de lui qu'une seule chose c'est qu'il Me couvre; quoique tout l'univers (Ps. 23: 1) M'appartienne, parce que Je lui ai donné l'être, Je l'abandonne néanmoins aux hommes, afin qu'ils Me doivent davantage et afin de leur enseigner aussi comment ils doivent pour Mon Amour et pour imiter Mon Exemple, refuser et mépriser tout ce qui est superflu pour la vie naturelle. Vous Me vêtirez, Ma Mère, d'une longue tunique de couleur humble et commune. Je ne porterai que celle-là et elle croîtra avec Moi. Et ce sera sur celle-là qu'ils jetteront (Ps. 21: 19) le sort à Ma mort; parce qu'elle ne doit pas même rester à Ma disposition, mais à celle des autres; afin que les hommes voient que Je suis né et que J'ai voulu vivre pauvre et dénué des choses visibles, car elles oppriment et obscurcissent le coeur humain étant terrestres. Dès le moment que Je fus conçu dans Votre sein Virginal, Je fis cet abandon et cette renonciation de tout ce que le monde contient et renferme, quoique tout soit mien par l'union de Ma nature humaine à la Personne divine; et Je n'ai pas eu d'autre action en ce qui regarde les choses visibles, outre que de les offrir toutes à Mon Père Céleste, y renonçant pour Son Amour et ne recevant pour la vie naturelle que ce qu'elle demandait afin de la donner (Jean 10: 15) ensuite

pour les hommes. Je veux enseigner et reprendre le monde par cet exemple, afin qu'il aime la pauvreté et qu'il ne la méprise point; puisque Moi qui suis le Seigneur de tout, J'ai refusé tout et J'ai renoncé à tout, ce sera une confusion pour ceux qui Me connaissent par la Foi de désirer ce que J'ai enseigné à mépriser».



4, 28, 685. Les paroles de l'Enfant-Dieu firent dans la divine Mère divers effets admirables; parce que la mémoire ou la représentation de la mort et des liens de Son Très Saint Fils transperça Son Coeur très candide et très compatissant; et Elle admira la Doctrine et l'Exemple d'une pauvreté et d'une nudité si extrêmes qui la porta à l'imiter. L'amour immense du Seigneur pour les mortels l'enflamma aussi à Le remercier pour tous; et Elle fit en cela des actes héroïques de plusieurs vertus. Et connaissant que l'Enfant-Jésus ne voulait point d'autre vêtement ni aucune chaussure, Elle dit à Sa Majesté: «Mon Fils et mon Seigneur, Votre Mère n'aura pas le coeur ni le courage de Vous mettre sur le sol les pieds nus dans un âge si tendre. Mon Amour, acceptez pour Vos pieds quelque protection qui les défende. Je connais aussi que le vêtement âpre que vous Me demandez sans user d'autre linge dessous, affligera beaucoup Votre âge et Votre nature délicate». L'Enfant-Jésus Lui répondit: «Ma Mère, J'accepte pour Mes pieds quelque chose de pauvre, jusqu'à ce qu'arrive le temps de Ma prédication; parce qu'alors Je dois la faire déchaussé. Mais Je ne veux pas user de linge, parce que c'est un foment de la chair et de plusieurs vices dans les hommes, et Je veux enseigner à plusieurs à y renoncer pour Mon amour et Mon imitation».



4, 28, 686. La céleste Reine mit aussitôt une grande diligence à accomplir la Volonté de son Très Saint Fils. Et cherchant de la laine naturelle et non teinte Elle la fila de ses mains très délicatement et Elle en tissa une petite tunique toute d'une pièce sans couture, à la manière de ce qui se fait à l'aiguille, elle ressemblait plus proprement au tricot, parce qu'elle faisait un petit cordonnet, et elle n'était pas comme du drap lisse. Elle la tissa sur un petit métier comme se font les ouvrages que l'on appelle de tulle, la tissant mystérieusement toute d'une pièce (Jean 19: 23) sans couture. Et il y eut deux choses miraculeuses, l'une qu'elle sortit toute égale et sans pli, l'autre que la couleur naturelle de la laine s'améliora et se changea à la prière et à la volonté de la divine Reine, en une couleur très parfaite entre le violet et l'argenté, demeurant en un milieu qui ne se pouvait déterminer à aucune couleur; parce qu'elle n'était ni violette, ni argentée, ni beige et elle avait de tout

cela. Elle fit aussi des sandales, comme celles que l'on appelle espadrilles, [alpargatas], d'un fil fort, avec lesquelles Elle chaussa l'Enfant-Dieu. Outre cela, Elle Lui fit une demi-tunique de toile, afin qu'elle Lui servît de linge autour de Ses reins. Je dirai dans le chapitre suivant ce qui arriva à la vêture de l'Enfant-Dieu.



4, 28, 687. Depuis les Mystères de l'Incarnation et de la Nativité du Verbe Divin il y eut une année accomplie respectivement pour chacun après qu'ils furent en Égypte. Ces jours si solennels pour la céleste Reine furent célébrés par Elle; commençant cette coutume dès la première année, Elle l'observa toute sa Vie, comme on le verra dans la troisième partie [a], touchant les Mystères qui furent ensuite célébrés. Pour celui de l'Incarnation, Elle commençait de grands exercices neuf jours avant, en correspondance des neuf jours qui précédèrent dans les dispositions et les bienfaits si grands et si admirables qu'Elle reçut, comme je l'ai dit dans le commencement de cette seconde partie. Le jour qui correspondait à celui de l'Incarnation et de l'Annonciation, Elle conviait les saints Anges du Ciel b] avec ceux de sa garde, afin qu'ils l'aidassent à célébrer ces Mystères magnifiques, à les reconnaître et à en rendre de dignes actions de grâces au Très-Haut. Et prosternée en terre en forme de croix, Elle priait le même Enfant-Jésus de louer le Père Éternel pour elle et de Le remercier de ce que Sa divine Droite l'avait favorisée et de ce qu'Il avait fait pour le genre humain, lui donnant Son propre Fils Unique. Elle répétait la même chose lorsque s'accomplissait l'année de son Enfantement Virginal. Et la divine Souveraine était très consolée et très favorisée du Très-Haut en ces jours-là; parce qu'Elle renouvelait la reconnaissance et la mémoire continuelle de ces sacrements, si sublimes. Et parce qu'Elle avait eu l'intelligence de ce qui était agréable au Père Éternel et de ce qu'Il Se complaisait dans le sacrifice de douleur qu'elle faisait prosternée en terre en forme de croix en souvenir de ce que son divin Agneau devait être cloué sur une croix Elle usait de cet exercice dans toutes les fêtes, demandant que la Justice divine s'apaisât et sollicitant miséricorde pour les pécheurs. Et embrasée dans le feu de la Charité, Elle se levait et donnait fin à la célébration des fêtes par des cantiques admirables qu'Elle disait alternativement avec les saints Anges; lesquels s'organisaient en choeur de musique céleste et sonore avec laquelle ils disaient leur verset et la Reine répondait; ce qu'Elle faisait plus doucement (Cant. 2: 14) pour les oreilles de Dieu et avec une plus grande acceptation que tous les choeurs des Séraphins sublimes et bienheureux; parce que les échos de ses vertus excellentes résonnaient

jusqu'en la Présence de la Bienheureuse Trinité et devant le tribunal de l'Être du Dieu Éternel.



DOCTRINE QUE ME DONNA LA REINE ET LA SOUVERAINE DU CIEL.



4, 28, 688. Ma fille, ta capacité ne peut comprendre parfaitement, ni non plus celle de toutes les créatures ensemble, quel fut l'esprit de pauvreté de Mon Très Saint Fils et celui qu'Il m'enseigna à moi. Mais de tout ce que je t'ai manifesté tu peux comprendre beaucoup de l'excellence de cette vertu que Son Auteur et Son Maître aima tant et combien Il abhorra le vice de la cupidité. Le Créateur ne pouvait (Sag. 11: 25) abhorrer les mêmes choses auxquels Il avait donné l'être: mais avec Son immense Sagesse Il connut le dommage incomparable que les mortels devaient recevoir de l'avarice et de l'avidité désordonnée des choses visibles et que cet amour insensé devait pervertir la plus grande partie de la nature humaine. Et selon la science que j'eus du grand nombre des pécheurs et des réprouvés que le vice de l'avarice et de la cupidité perdrait, ainsi en proportion fut la haine que j'en eus.



4, 28, 689. Pour obvier à ce dommage et lui préparer quelque remède et quelque antidote, mon Très Saint Fils choisit la pauvreté et l'enseigna par les paroles et par l'exemple d'un si admirable dénuement; et afin que si les mortels ne profitaient point de ce médicament, le médecin qui leur prépara le salut et le remède eût Sa cause justifiée, J'enseignai et exerçai cette Doctrine toute ma Vie et avec elle les Apôtres fondèrent l'Église; et les Patriarches et les Saints qui l'ont réformée et qui la sustentent ont fait et enseigné la même chose; parce que tous ont aimé la pauvreté comme moyen unique et efficace de la sainteté et ils ont abhorré les richesses, comme brandon de tous les maux et racine (1 Tim. 6: 10) de tous les vices. Je veux que tu aimes cette pauvreté et que tu la cherches avec toute diligence; parce qu'elle est l'ornement des épouses de mon Très Doux Fils, sans laquelle je t'assure, ma très chère, qu'Il les méconnaît et les répudie comme monstrueusement inégales et dissemblables; parce qu'il n'y a pas de proportion entre l'épouse riche et abondante en superfluités et l'époux très pauvre et destitué de tout; il ne peut y avoir d'amour réciproque avec tant d'inégalité.



4, 28, 690. Et si, étant fille légitime tu veux m'imiter parfaitement selon tes forces comme tu dois le faire, il est clair que moi pauvre, je ne te reconnaîtrai pas pour ma fille, si tu ne l'es point et je n'aimerai pas en toi ce que j'ai abhorré pour moi-même. Aussi je t'avertis que tu ne dois pas oublier les bienfaits du Très-Haut que tu reçois si largement, et si tu n'es pas très attentive et très reconnaissante en cela, tu viendras facilement à tomber dans cet oubli et cette grossièreté par la gravité et la lenteur même de la nature. Renouvelle ce souvenir plusieurs fois chaque jour rendant toujours grâces au Seigneur avec une humble et amoureuse affection. Et parmi tous les bienfaits, les plus admirables sont de t'avoir appelée et attendue; d'avoir dissimulé et couvert tes fautes et outre cela d'avoir multiplié des faveurs réitérées. Ce souvenir causera dans ton coeur de fortes et douces affections d'amour pour travailler avec diligence: et tu trouveras dans le Seigneur une nouvelle grâce et une nouvelle rémunération parce qu'Il S'incline beaucoup vers un coeur fidèle et reconnaissant; au contraire, Il S'offense grandement de ce que Ses bienfaits et Ses Oeuvres ne soient pas estimés et remerciés; parce que comme Il les fait avec une grande plénitude d'Amour Il veut que l'on y corresponde par un retour officieux, loyal et affectueux.



NOTES EXPLICATIVES

Extraites de celles de Don Creseto, à l'usage des prêtres.



4, 28, [a]. Livre 8, No. 642.



4, 28, [b. Voici ce que disent les Bollandistes au 25 mars, parlant de la fête de l'Annonciation: «Cette fête solennelle est si antique que l'on doit en assigner l'origine à la très reconnaissante Affection de la Vierge Mère de Dieu, qui avait coutume de la célébrer chaque année, avec une vénération singulière et un culte très dévot en reconnaissance de ce bienfait Divine qui lui fut accordé en ce jour à Elle-même comme à tout le genre humain; etc..
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Re: Marie d'Agreda "La Cité Mystique de Dieu" livre version numérisée

Message par sga le Jeu 15 Mar 2018 - 16:53

CHAPITRE 29



La Très Sainte Vierge revêt l'Enfant-Jésus de la tunique sans couture et Elle Le chausse; et les Actes et les Exercices que le même Seigneur faisait.



4, 29, 691. Pour vêtir l'Enfant-Dieu de la petite tunique tissée ainsi que du linge et des sandales que Sa Mère Lui avait travaillés de ses mains, la Très Prudente Reine se mit à genoux en présence de son Très Doux Fils et Elle Lui parla de cette manière: «Seigneur très-haut, Créateur du Ciel et de la terre, je désirerais Vous vêtir, s'il était possible, selon la dignité de Votre divine Personne: je voudrais aussi avoir pu faire le vêtement que je Vous apporte du sang de mon Coeur; mais je juge qu'il sera de Votre agrément, pour ce qu'il a de pauvre et d'humble. Pardonnez, mon Seigneur et mon Dieu les fautes, et recevez l'affection de cette poussière et cette cendre inutile et donnez-moi permission de Vous habiller.» L'Enfant-Jésus reçut le service et l'hommage de Sa Très Pure Mère, et ensuite Elle Le vêtit, Le chaussa et Le mit sur pied. La petite tunique Lui vint à Sa mesure, jusqu'à Lui couvrir les pieds sans L'embrasser, et les manches Le couvraient jusqu'à la moitié des mains et Elle n'avait pris aucune mesure auparavant. Le col de la tunique était rond sans être ouvert par devant, et quelque peu élevé et ajusté presque jusqu'à la gorge, et étant ainsi la divine Mère la mit par la tête de l'Enfant, sans l'ouvrir; parce que le vêtement Lui obéissait pour l'accommoder gracieusement à Sa Volonté. Et Il ne l'ôta jamais jusqu'à ce que les bourreaux Le dépouillassent pour Le flageller, et ensuite pour Le crucifier; parce qu'elle alla toujours en croissant avec le Corps sacré autant qu'il était nécessaire. La même chose arriva des sandales et des linges intérieurs que la Très Prudente Mère lui mit. Et rien ne s'usa ni ne vieillit en trente-deux ans, et la tunique ne perdit point sa couleur ni son lustre avec lesquels elle sortit des mains de la grande Dame; et elle ne se tacha point ni ne se salit, encore moins, parce qu'elle fut toujours dans le même état. Les vêtements que le Rédempteur déposa pour laver les pieds à Ses Apôtres (Jean 13: 4) était un manteau ou chape qu'Il portait sur les épaules: et ce fut aussi la même Vierge qui le fit après qu'ils revinrent à Nazareth; et Il alla en croissant avec la tunique et de la même couleur quelque peu plus obscur, tissé de la même manière [a].



4, 29, 692. L'Enfant et Seigneur des éternités demeura sur pied, car depuis Sa Naissance Il avait été enveloppé de langes et d'ordinaire dans les bras de Sa Très Sainte Mère. Il parut très beau (Ps. 44: 3), au-dessus des enfants des hommes. Et les Anges étaient dans l'admiration du choix qu'Il avait fait d'un habillement si pauvre, lui qui revêt les cieux de lumière et les champs de beauté. Il marcha ensuite très parfaitement en présence de Ses parents; mais avec ceux du dehors, il dissimula cette merveille pendant quelque temps, la Reine Le prenant dans ses bras, lorsqu'il arrivait des étrangers du dehors, ou quand ils partaient de la maison. Grand fut la jubilation de la divine Dame et du saint époux Joseph de voir marcher leur Enfant de si rare beauté. Il reçut le sein de Sa Mère jusqu'à ce qu'Il eut accompli un an et demi et Il le laissa. Et du reste Il mangea toujours peu dans la quantité et dans la qualité. Sa nourriture était au commencement quelques petites soupes à l'huile et aux fruits ou au poisson. Et jusqu'à ce qu'Il fût grand, la Vierge-Mère Lui donnait à manger trois fois par jour, comme Elle Lui donnait le lait auparavant; le matin, après-midi et à la nuit. L'Enfant-Dieu ne le demanda jamais; mais l'amoureuse Mère prenait soin, avec une rare advertance de Lui donner la nourriture à ses heures; jusqu'à ce qu'ayant grandi, Il mangeait en même temps que les divins Époux et pas plus. Il persévéra ainsi jusqu'à l'âge parfait dont je parlerai plus loin. Et lorsqu'Il mangeait avec Ses parents, ceux-ci attendaient toujours que l'Enfant Divin donnât la bénédiction au commencement et les grâces à la fin du repas.

 

4, 29, 693. Après que l'Enfant-Jésus allait par Lui-même, Il commança à Se retirer et à demeurer seul quelque temps dans l'oratoire de Sa Mère. Et la Très Prudente Dame désirant savoir la Volonté de son Très Saint Fils d'être seul ou avec Elle, le même Seigneur répondit à sa pensée, et lui dit: «Ma Mère, entrez et soyez toujours avec Moi, afin que vous m'imitiez et que vous copiiez Mes Oeuvres; parce que Je veux que la sublime perfection que J'ai désirée (1 Tim. 2: 4), pour les âmes s'étampe et se copie en vous. Parce que si elles n'avaient pas résisté à Ma Volonté première, elles eussent été remplies de sainteté et de Dons, et elles eussent reçu ces Dons très copieux et très abondants. Mais le genre humain ayant empêché Ma Volonté première, Je veux que Mon bon plaisir s'accomplisse en vous seule et que les Trésors et les biens de Ma Droite que les autres créatures ont perdus et dont elles n'ont pas profité, soient déposés dans votre âme. Prêtez donc attention à Mes Oeuvres, afin de M'imiter en elles.»



4, 29, 694. Par cette ordre la divine Dame fut de nouveau constituée Disciple de son Très Saint Fils. Et il se passa dès lors entre eux Deux tant de mystères si cachés qu'il n'est pas possible de les dire et qui ne seront connus qu'au jour de l'Éternité. L'Enfant-Dieu Se prosternait souvent en terre, d'autres fois il Se tenait en l'air en forme de croix, élevé au-dessus du sol, et toujours Il priait le Père pour le salut des mortels. Et Sa Très Sainte Mère Le suivait et L'imitait en tout; parce que les opérations intérieures de l'Âme très sainte de son Très Doux Fils lui étaient manifestes comme les opérations extérieures du Corps. J'ai parlé quelquefois dans cette Histoire de cette Science et de cette connaissance de la Très Pure Marie [b et il est indispensable d'en renouveler plusieurs fois la mémoire, car telle fut la Lumière et l'Exemplaire par où Elle copia sa sainteté; et ce fut un bienfait si singulier pour son Altesse que toutes les créatures ensemble ne peuvent ni le comprendre ni le manifester. La divine Souveraine n'avait pas toujours des visions de la Divinité; mais Elle avait toujours celle de l'Humanité et de l'Âme très sainte de son Très Saint Fils et de toutes Ses Oeuvres; et Elle regardait d'une manière spéciale les effets qui résultaient en elles des unions hypostatique et béatifique. Quoiqu'en substance Elle ne vit pas toujours la gloire ni l'union, néanmoins Elle connaissait les actes intérieurs avec lesquels l'Humanité révérait, magnifiait et aimait la Divinité à laquelle Elle était unie; et cette faveur fut singulière dans la Mère-Vierge.



4, 29, 695. Il arrivait souvent dans ces exercices que l'Enfant-Jésus pleurait et suait du Sang [c] à la vue de Sa Très Sainte Mère, ce qui arriva plusieurs fois avant l'Agonie du jardin [d] et la divine Vierge Lui essuyait le Visage, et Elle regardait dans Son intérieur et Elle connaissait la cause de cette angoisse qui était toujours la perte des réprouvés et des ingrats pour les bienfaits de leur Créateur et leur Réparateur, et parce que les Oeuvres de la Puissance et de la Bonté infinie du Seigneur ne devaient pas être profitables en eux. D'autres fois la Très Heureuse Mère Le trouvait tout brillant et rempli de splendeur et les Anges Lui chantaient de doux cantiques de louanges. Et Elle connaissait aussi que le Père Éternel Se complaisait dans Son Fils Unique et Bien-Aimé (Matt. 17: 5). Toutes ces merveilles commencèrent dès que l'Enfant-Dieu eut commencé à marcher après avoir accompli Sa première année. Et le seul témoin de toutes Ses Oeuvres fut Sa Très Sainte Mère, dans le Coeur (Luc 2: 19) de laquelle elles devaient être

déposées comme en Celle qui était seule l'Unique (Cant. 6: Cool et l'Élue pour son Fils et son Créateur. Les prières qu'Elle faisait pour le genre humain, les oeuvres de louange, de révérence et de gratitude avec lesquelles Elle accompagnait l'Enfant-Jésus: tout cela excède ma capacité et je ne puis dire ce que je connais. Je m'en remets à la foi et à la piété chrétiennes.



4, 29, 696. L'Enfant-Jésus croissait avec l'admiration et l'agrément de tous ceux qui Le connaissaient. Et arrivant à toucher Ses six ans, Il commença à sortir de Sa maison quelquefois pour aller aux malades et aux hôpitaux, où Il visitait les nécessiteux et Il les consolait et les confortait mystérieusement dans leurs afflictions. Plusieurs Le connaissaient à Héliopolis et Il attirait à Lui tous les coeurs par la force de Sa Divinité et de Sa Sainteté, et plusieurs personnes Lui offraient des présents; et selon les raisons et les motifs qu'Il connaissait par Sa Science Il les acceptait ou les refusait et Il les distribuait parmi les pauvres. Mais dans l'admiration que causaient Ses raisons pleines de Sagesse et Son maintien grave et très modeste, plusieurs allaient donner des félicitations et des bénédictions à Ses parents d'avoir un tel Fils. Néanmoins le monde ignorait les Mystères du Fils et de la Mère; mais le Seigneur du monde donnait lieu à tout cela pour l'honneur de Sa Très Sainte Mère, afin que les hommes la vénérassent en Lui et pour Lui autant qu'il était possible alors, sans connaître la raison particulière de Lui donner une plus grande révérence.



4, 29, 697. Plusieurs enfants d'Héliopolis s'approchaient de notre Enfant Jésus, comme il est ordinaire dans un âge égal et une similitude extérieure. Et comme il n'y avait pas grand raisonnement en eux ni grand malice pour scruter ou juger s'Il était plus qu'homme ou pour empêcher la Lumière, le Maître de la sainteté la donnait à tous ceux qu'il convenait. Il les instruisait de la connaissance de la Divinité et des vertus; Il les instruisait et les catéchisait dans le chemin de la Vie Éternelle plus abondamment que les plus grands. Et comme Ses paroles étaient vives et efficaces (Héb. 4: 12), Il les attirait et les excitait, les leur imprimait dans le coeur, de manière que tous ceux qui eurent cette fortune furent ensuite de grands hommes et des saints; parce qu'avec le temps ils donnèrent le fruit de cette semence céleste (Luc 8: Cool semée de si bonne heure dans leurs âmes.



4, 29, 698. La divine Mère avait connaissance de toutes ces Oeuvres admirables. Et lorsque son Très Saint Fils revenait de faire (Jean 6: 39) la Volonté de Son Père Éternel, concernant les brebis qu'Il Lui avait recommandées, la Reine des Anges, étant seule avec Lui, se prosternait en terre, afin de Lui rendre grâces pour les Bienfaits qu'Il faisait aux petits et aux innocents qui ne Le connaissaient point pour leur Dieu véritable; et Elle Lui baisait le pied comme Souverain Pontife (Héb. 4: 14) de la terre et des Cieux. Elle faisait la même chose lorsque l'Enfant sortait, et Sa Majesté la relevait de terre avec un agrément et une bienveillance de Fils. Sa Mère Lui demandait aussi Sa bénédiction pour toutes les oeuvres qu'Elle faisait; et Elle ne perdait jamais d'occasion d'exercer toutes les vertus avec l'affection et la force de la grâce. Et Elle ne l'eut jamais vide, augmentant cette grâce qui lui était donnée et opérant toujours avec toute plénitude. Cette grande Reine cherchait des manières et des moyens pour s'humilier, adorant le Verbe Incarné par de très profondes génuflexions, des prosternations affectueuses et d'autres cérémonies pleines de sainteté et de prudence. Et ce fut avec une telle Sagesse qu'Elle causait de l'admiration aux Anges mêmes qui l'assistaient; et alternant des louanges divines, ils se disaient les uns aux autres: «Quelle est cette pure Créature si abondante en délices (Cant. 8: 5) pour notre Créateur et Son Fils? Quelle est Celle-ci qui est si prudente et si sage à donner l'honneur et la révérence dus au Très-Haut, qu'Elle nous devance tous avec une affection incomparable dans son attention et sa promptitude?»

4, 29, 699. Après que cet admirable et très bel Enfant eut commencé à grandir et à marcher Il gardait dans l'entretien et la conversation avec Ses parents plus de sévérité que lorsqu'Il était plus jeune; et les caresses les plus tendres qui avaient toujours été dans la mesure que J'ai dite [e] cessèrent tout à fait; parce que l'Enfant-Dieu montrait dans son air tant de majesté et de déité cachée que s'Il ne l'eût pas tempérée par quelque suavité et quelque agrément, Il eût causé une si grande crainte révérencielle que souvent Ses parents mêmes n'eussent pas osé Lui parler. Néanmoins la divine Mère et aussi saint Joseph éprouvaient à Sa vue des effets efficaces et divins dans lesquels se manifestaient la Vertu et la Puissance de la Divinité: et Il était en même temps Père bénin et très compatissant. Avec cette majesté et cette magnificence très graves, Il Se montrait Fils de la divine Mère, et Il traitait saint Joseph comme celui qui avait le nom et l'office de père; et ainsi Il leur obéissait (Luc 2: 51) comme un enfant très humble obéit à ses parents. Tous ces offices et toutes ces actions de sévérité, d'obéissance, de majesté, d'humilité,

de gravité divine et d'affabilité humaine, le Verbe Incarné les dispensait avec une Sagesse infinie, donnant à chacune ce qu'elle demandait sans que la grandeur se confondit ou se contrariât avec la petitesse. La céleste Dame était très attentive à tous ces sacrements et seule Elle pénétrait hautement et dignement, comme il était possible à une pure Créature, les Oeuvres de son Très Saint Fils et la manière que Son immense Sagesse gardait en elles. Et ce serait tenter l'impossible de vouloir déclarer par des paroles les effets que tout cela produisait dans son esprit très pur et très prudent, et comment Elle imitait son très doux Fils, copiant en Elle-même une Image vivante de Son ineffable sainteté. Il n'est pas possible de compter les âmes qu'Ils réformèrent et qu'Ils sauvèrent à Héliopolis et dans toute l'Égypte, les malades qu'ils guérirent, les merveilles qu'il opérèrent dans les sept années qu'Ils y habitèrent. La cruauté d'Hérode fut une si heureuse faute pour l'Égypte! Et la Bonté et la Sagesse infinies ont une force telle que des péchés même et des maux elles ordonnent de grands biens et elles les tirent de ces mêmes péchés. Et si d'un côté ces péchés refusent ces miséricordes et leur ferment la porte d'un autre côté cette bonté élève la voix (Job 34: 24) et fait qu'on lui ouvre et qu'on lui donne entrée, parce que son ardente charité (Cant. 8: 7) et la propension qu'elle a à favoriser le genre humain ne peuvent être éteintes par les grandes eaux de nos fautes et de nos ingratitudes.



DOCTRINE QUE ME DONNA LA REINE DES CIEUX

LA TRÈS SAINTE MARIE.



4, 29, 700. Ma fille, dès le premier commandement que tu eus d'écrire cette Histoire de ma vie, tu as connu qu'entre autres fins du Seigneur, l'une d'elles est de faire connaître au monde ce que les mortels doivent à Son Amour et au mien, pour lesquels ils sont si insensibles et si oublieux. Il est vrai que tout est compris et tous se manifeste en ce qu'Il est mort sur la croix (Jean 3: 16) pour eux, car ce fut le dernier terme auquel purent arriver les affections de Son immense Charité. Mais la mémoire de ce Bienfait donne du dégoût à plusieurs qui sont très ingrats. Et ce sera pour eux et pour tous un nouveau stimulant de connaître quelque chose de ce que Sa Majesté fit pour eux pendant trente-trois ans; puisque chacune de Ses

Oeuvres est d'un prix infini et mérite une reconnaissance éternelle. La Puissance divine me plaça afin que j'en fusse témoin; et je t'assure, ma très chère, que dès le premier instant qu'il fut conçu en mon sein Il ne Se reposa, ni ne cessa de faire entendre Ses clameurs à Son Père et de demander le salut des hommes. Et dès lors Il commença à embrasser la Croix (Héb. 10: 5), non seulement par l'affection, mais aussi effectivement de la manière qui Lui était possible, usant de la posture de crucifié dans Son Enfance, et continuant ces exercices pendant toute Sa Vie. Je L'imitai en cela, L'accompagnant dans les oeuvres et les prières qu'Il faisait pour les hommes, depuis le premier Acte qu'Il fit de remercier pour les Bienfaits de Sa Très Sainte Humanité.



4, 29, 701. Que les mortels voient maintenant que si je fus témoin et coopératrice de leur salut, je ne le serai pas aussi au jour du jugement de ce que Dieu a justifié si abondamment Sa cause envers eux; et si je ne refuserai pas très justement mon intercession à ceux qui ont follement méprisé et oublié tant de faveurs et de Bienfaits si suffisants, effets de l'Amour divin de Mon Très Saint Fils et du mien. Quelle réponse, quelle décharge et quelle excuse auront-ils étant si bien avertis et si éclairés de la Vérité? Comment les ingrats et les endurcis peuvent-ils espérer la Miséricorde d'un Dieu très juste et très équitable qui leur a donné le temps opportun et déterminé, qui les y a conviés, appelés, attendus et favorisés avec des bienfaits immenses et qui les ont tous refusés et perdus pour suivre la vanité? Crains, ma fille, cette ingratitude qui est le plus grand des périls et des aveuglements; renouvelle dans ta mémoire les Ouvres de mon Très Saint Fils et les miennes, et imite-les en toute ferveur. Continue les exercices de la croix avec l'ordre de l'obéissance, afin que tu aies présents en eux ce que tu dois imiter et reconnaître. Mais sache que mon Fils et mon Seigneur pouvait racheter le genre humain sans souffrir autant, mais Il voulut accroître Ses peines avec un Amour immense pour les âmes. La correspondance due à une telle Bonté doit être pour la créature de ne point se contenter de peu, comme les hommes le font d'ordinaire avec une ignorance infortunée. Ajoute une vertu à une autre vertu et un travail à un autre travail, pour correspondre à ton obligation et pour Nous accompagner, Mon Seigneur et moi en ce que Nous avons tant travaillé dans le monde. Et offre le tout pour les âmes, l'unissant à mes mérites en la Présence du Père Éternel.



NOTES EXPLICATIVES

Extraites de celles de Don Creseto, à l'usage des prêtres.



4, 29, [a]. Au sujet de la tunique de Jésus-Christ il faut remarquer "premièrement", qu'elle fut faite des mais de Marie Elle-même. Euthime, [in Joan, c. 12] écrit: «Cette tunique selon la tradition que nous avons reçue des Pères fut l'oeuvre de la Mère de Dieu.» La Très Sainte Marie révéla la même chose à sainte Brigitte [lib. 7. Rev. c. 8]. "Deuxièmement", elle crût avec l'Enfant-Dieu. C'est une tradition très antique approuvée par [A Lapide, in Matt. XXVII, 35]. Ce n'est pas étonnant que Dieu ait fait pour Son Fils ce qu'Il avait déjà fait dans le désert en faveur des enfants de Son peuple Israël et cela pendant quarante ans. Saint Justin [Dial. cum Tryph.] écrit des mêmes Israélites: «Leurs vêtements ne vieillirent point ni ne s'usèrent et même ceux des plus jeunes crurent avec eux.» Cornelius A Lapide répète la même chose et elle est conséquente avec le texte de l'Écriture. "Troisièmement": le Sauveur n'eut pas d'autre vêtement, plus un manteau que les soldats se partagèrent entre eux sur le Calvaire en en faisant quatre parts; plus une petite tunique ou linge de dessous pour la décence. Il pratiqua le premier, tout ce qu'Il prescrivit aux Apôtres: «Ne possédez ni deux tuniques, ni chaussures» et aussi ce que le Baptiste avait dit auparavant: «Que celui qui a deux tuniques en donne une à celui qui n'en a pas.» "Quatrièmement": La tunique du Sauveur est conservée à Trèves dans la cathédrale. Voir M. I. Marx: [Histoire de la robe de Jésus-Christ, Bruxelles, 1845]; Calmet [Dictionnaire de la Bible, Tom. IV, au mot vêtements]; A Lapide [in Matt., XXVII, 35], etc..

Dans l'église des Bénédictins d'Argenteuil, près Paris, on vénère aussi un manteau couleur pourpre, comme affirme Calmet qui l'a vu des ses yeux, et que l'on croit une partie du manteau extérieur que les quatre soldats se partagèrent. Mais la tunique véritable et sans couture est à Trèves. Ainsi le Père Séraphin.

4, 29, [b]. Livre 4, Nos. 481, 534, 546.

4, 29, [c]. Ce qui arriva dans le Jardin des Olives put arriver plusieurs fois. D'ailleurs suer le sang n'est pas une chose tout à fait inouïe. On a vu quelquefois des vieillards, des jeunes gens et des enfants suer le sang. On peut voir la dissertation sur la sueur de sang dans la Bible de Vence, Rosino Lentilio enregistra, dans les Éphémérides d'Allemagne, le fait d'un enfant qui sua le sang à la vue de deux de ses frères massacrés pour un délit dont l'enfant avait été innocemment complice. Et Jésus-Christ enfant avait bien d'autres causes plus grandes de suer plusieurs fois le sang avec Sa Science et Sa Charité infinies, puisqu'Il portait sur Lui tous les péchés du monde qu'il S'était assumés pour les expier!

4, 29, [d]. Livre 5, Nos. 848, 912.

4, 29, [e]. Livre 4, Nos. 545, 549.
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Re: Marie d'Agreda "La Cité Mystique de Dieu" livre version numérisée

Message par sga le Mar 20 Mar 2018 - 11:32

CHAPITRE 30



Jésus, Marie et Joseph reviennent de l'Égypte à Nazareth par la Volonté du Très-Haut.



4, 30, 702. L'Enfant Jésus accomplit en Égypte [a] Ses sept ans d'âge, qui étaient le temps de ce mystérieux exil déterminé par la Sagesse éternelle: et afin d'accomplir les prophéties il était nécessaire de retourner à Nazareth. Un jour le Père Éternel intima cette Volonté à Son Très Saint Fils en présence de Sa divine Mère, pendant qu'Ils étaient ensemble dans leurs exercices, et la divine Reine la connut dans le miroir de cette âme déifiée, et Elle vit comment Il acceptait l'obédience du Père Éternel pour l'exécuter. La grande Dame fit la même chose, quoiqu'Elle eut déjà plus de connaissances et de dévots en Égypte qu'à Nazareth. Le Fils et la Mère ne manifestèrent point à saint Joseph le nouvel ordre du Ciel. Mais cette nuit-là l'Ange du Seigneur lui parla en songe, comme dit saint Matthieu et il l'avisa de prendre l'Enfant (Matt. 2: 19) et la Mère et de retourner dans la terre d'Israël, parce qu'Hérode était déjà mort ainsi que ceux qui avec lui voulaient ôter

la Vie à l'Enfant-Dieu. Le Très-Haut aime tant le bon ordre dans toutes les choses créées, que, l'Enfant-Jésus étant Dieu véritable et Sa Mère si supérieure en sainteté à son époux, Il ne voulut pas néanmoins que la disposition du voyage en Galilée vînt ni du Fils ni de la Mère; mais Il remit le tout à saint Joseph qui avait l'office de chef en cette famille si Divine; et cela afin de donner à tous les mortels la règle et l'exemplaire de ce qui plaît au Seigneur: que toutes les choses soient gouvernées par l'ordre naturel et disposées par Sa Providence; et que les inférieurs et les sujets dans le corps mystique, lors même qu'ils sont plus excellentes en d'autres qualités et d'autres vertus, doivent obéir et se soumettre à ceux qui sont supérieurs et prélats dans l'office visible.



4, 30, 703. Saint Joseph alla aussitôt rendre compte du commandement du Seigneur à l'Enfant-Jésus et à Sa Très Pure Mère; et ils répondirent tous deux que la Volonté du Père céleste se fît. Sur cela ils déterminèrent leur voyage sans retard; ils distribuèrent aux pauvres les quelques meubles qu'ils avaient dans leur maison. Et cela se fit par la main de l'Enfant-Dieu; parce que la divine Mère Lui donnait souvent les aumônes qu'Elle avait, pour les porter aux nécessiteux, connaissant que l'Enfant, comme Dieu de Miséricorde voulait l'exécuter par Ses mains. Et lorsque Sa Très Sainte Mère Lui donnait ces aumônes, Elle s'agenouillait et Lui disait: «Prenez mon Fils et mon Seigneur ce que Vous voulez pour les répartir entre Vos amis et Vos frères (Matt. 24: 40) les pauvres.» Dans cette heureuse maison qui demeura consacrée et sanctifiée en Temple par l'habitation de sept années du Souverain Prêtre Jésus, il entra quelques personnes des plus dévotes et des plus pieuses qui restaient à Héliopolis; parce que leur sainteté et leurs vertus leur gagnèrent le bonheur qu'ils ne connaissaient point, quoiqu'à cause de ce qu'elles avaient vu et expérimenté, elles se réputassent bien fortunées de vivre où leurs dévots étrangers avaient habité tant d'années. Cette piété et cette dévote affection leur fut payée par une Lumière abondante et des secours pour obtenir la Vie Éternelle.



4, 30, 704. Ils partirent d'Héliopolis pour la Palestine avec la même compagnie des Anges qui les avaient menés dans l'autre voyage. La grande Reine allait sur l'ânon, avec l'Enfant-Jésus sur ses genoux et saint Joseph marchait à pied très proche du Fils et de la Mère. La séparation des connaissances et des amis qu'ils avaient fut très douloureuse pour tous ceux qui perdaient de si grands bienfaiteurs;

et ils prirent congé d'eux avec des sanglots et des larmes incroyables connaissant et confessant qu'ils perdaient toute leur consolation, leur défense et le remède à leur nécessités. Et avec l'amour que les Égyptiens avaient pour les Trois, il paraît très difficile qu'ils leur eussent permis de sortir d'Héliopolis, si la Puissance divine ne l'eût facilité; parce qu'ils sentaient secrètement dans leurs coeurs la nuit de leurs misères, en voyant s'éloigner d'eux Celui qui les éclairait (Jean 1: 9) et les consolait. Avant d'entrer dans les endroits non peuplés, ils passèrent par certains lieux de l'Égypte et partout ils répandaient des bienfaits et des grâces, parce que les merveilles qu'ils avaient faites jusqu'alors n'étaient pas si cachées qu'il n'y en eût une grande connaissance dans tout le pays, les malades, les affligés et les nécessiteux sortaient pour chercher leur remède et tous le rapportaient pour l'âme et le corps. Beaucoup de malades furent guéris et une grande multitude de démons furent chassés, sans qu'ils connussent qui les précipitait dans l'abîme; quoiqu'ils sentissent la Vertu divine qui les contraignait et qui faisait tant de bien aux hommes.



4, 30, 705. Je ne m'arrête point à rapporter les événements particuliers que l'Enfant-Jésus et Sa Bienheureuse Mère eurent dans ce voyage et cette sortie de l'Égypte parce que cela n'est pas nécessaire et ne serait pas possible, sans m'arrêter beaucoup dans cette Histoire. Il suffit de dire que tous ceux qui s'approchèrent d'eux avec quelque affection plus ou moins pieuse sortirent de leur présence éclairés de la Vérité, secourus de la grâce et blessés d'amour Divin; et ils sentaient une force cachée qui les mouvait et les obligeait à suivre le bien, et laissant le chemin de la mort, à chercher celui de la Vie Éternelle. Ils venaient au Fils attirés (Jean 6: 44) par le Père; et ils revenaient au Père envoyés par le Fils (Jean 14: 6) avec la Lumière divine qui brillait dans leurs entendements pour connaître la Divinité du Père, bien qu'Il la cachât en Lui-même parce qu'il n'était pas temps de la manifester, quoiqu'il opérât toujours des effets Divins de ce Feu (Luc 12: 49) qu'Il venait répandre et allumer sur la terre.



4, 30, 706. Les mystères que la Volonté divine avait déterminés étant accomplis en Égypte, nos divins Pèlerins sortirent de la terre peuplée, laissant ce royaume plein de miracles et de merveilles; et ils entrèrent dans les déserts par où ils étaient venus. Et ils y souffrirent d'autres afflictions nouvelles, semblables à celles qu'ils avaient supportées en venant de la Palestine: parce que le Seigneur

donnait toujours temps et lieu à la nécessité et à la tribulation, afin que le remède fût opportun (Ps. 144: 15). Et Il le leur envoyait Lui-même par le moyen de Ses saints Anges, dans ces épreuves: parfois c'était de la même manière que dans le premier voyage, et d'autres fois l'Enfant-Jésus Lui-même leur commandait d'apporter de la nourriture à Sa Très Sainte Mère et à son époux, lequel, pour jouir davantage de cette faveur, écoutait l'ordre donné aux ministres spirituels et il voyait comment ils obéissaient et se montraient prompts, et ensuite, ce qu'ils apportaient; alors le saint Patriarche reprenait courage et se consolait de la peine de n'avoir point l'aliment nécessaire pour le Roi et la Reine des Cieux. D'autres fois aussi l'Enfant-Dieu usait de Sa Puissance divine et faisait que de quelques petits morceaux de pain se multipliât tout ce qui était nécessaire. Le reste de ce voyage fut comme j'ai dit au chapitre 22 de ce livre, et pour cela il ne me paraît pas nécessaire de le rapporter. Mais quand ils arrivèrent aux confins de la Palestine, le soigneux époux eut connaissance qu'Archélaüs avait succédé dans le royaume de Judée (Matt. 2: 22) à Hérode son père. Et craignant qu'avec le royaume il eût aussi hérité de sa cruauté contre l'Enfant-Jésus, le Saint détourna son chemin, sans monter à Jérusalem, ni passer par la Judée, il traversa par la terre des tribus de Dan et d'Issachar, à la Galilée inférieure, cheminant par le côté de la mer Méditerranée, laissant Jérusalem à main droite.



4, 30, 707. Ils passèrent à Nazareth leur patrie, car l'Enfant devant être appelé Nazaréen(Matt. 2: 23). Et ils trouvèrent leur antique et pauvre maison à la garde de cette sainte femme, parente de saint Joseph au troisième degré, qui vint le servir quand notre Reine était absente dans la maison de sainte Élisabeth, comme je l'ai dit dans le troisième livre, chapitre 17, no. 227. Avant de sortir de la Judée, lorsqu'ils partirent pour l'Égypte, le saint époux lui avait écrit de prendre soin de la maison et de ce qu'ils y laissaient. Ils trouvèrent tout très bien gardé et cette parente qui les reçut avec grande consolation, à cause de l'amour qu'elle avait pour notre grande Reine, quoiqu'elle ne sût point alors sa dignité. La divine Dame entra avec son Très Saint Fils et son époux Joseph: et aussitôt Elle se prosterna en terre, adorant le Seigneur et Lui rendant grâces de les avoir amenés à leur repos, libres de la cruauté d'Hérode, et de les avoir défendu des dangers de leur exil et pendant des voyages si longs et si pénibles, surtout de ce qu'ils revenait avec leur Très Saint Fils si grand et si rempli de grâce et de vertu (Luc 2: 40).



4, 30, 708. La Bienheureuse Mère ordonna aussitôt sa vie et ses exercices avec la disposition de l'Enfant-Dieu; non pas qu'Elle se fut désordonnée en aucune chose dans le chemin, car la Très Prudente Dame continuait toujours respectivement ses actions très parfaites dans le chemin, à l'imitation de son Très Saint Fils; mais étant désormais tranquille dans sa maison, Elle avait la disposition pour faire beaucoup de choses qui n'étaient pas possibles au dehors. Quoique sa plus grande sollicitude fût partout de coopérer avec son Très Saint Fils au salut des âmes, qui était l'oeuvre recommandée par le Père Éternel. Notre Reine ordonna ses exercices avec le même Rédempteur pour cette fin très sublime, et ils s'y occupaient comme nous le verrons dans le cours de cette seconde partie. Le saint époux disposa aussi ce qui regardait son office et ses occupations, afin de gagner par son travail la vie de l'Enfant-Dieu, celle de la Mère, et la sienne. Telle fut la félicité de ce saint Patriarche; car si ce fut un châtiment et une peine pour les autres enfants d'Adam d'être condamnés au travail des mains et à la sueur de leur visage pour obtenir l'aliment de leur vie naturelle (Gen. 3: 19) par ce moyen, ce fut pour saint Joseph une bénédiction, un bienfait et une consolation sans égale d'avoir été choisi pour alimenter par son travail et ses sueurs le même Dieu à qui appartiennent (Esth. 13: 10-11) le Ciel et la terre et tout ce qu'ils renferment, ainsi que Sa Très Sainte Mère.



4, 30, 709. La Reine des anges prit à coeur de reconnaître ce souci et ce travail de saint Joseph. Et en cette correspondance, Elle le servait et Elle prenait soin de sa pauvre nourriture et de sa récréation, avec un soin, une attention, une reconnaissance et une bienveillance admirable. Elle lui était obéissante en tout et Elle était humiliée dans son estime, comme si Elle eût été servante et non Épouse, et ce qui plus est, Mère du Créateur et du Seigneur de tout Lui-même. Elle se réputait indigne de tout ce qui a l'être, et même de la terre qui la soutenait; parce qu'Elle jugeait qu'en justice toutes les choses devaient lui manquer. Et dans la connaissance de ce qu'Elle avait été créée de rien sans pouvoir obliger Dieu à lui accorder ce bienfait ni aucun autre à son avis: Elle avait tellement fondé sa rare humilité qu'Elle vivait toujours humiliée jusqu'à la poussière et plus vile en sa propre estime que cette même poussière. Pour tout bienfait si petit fut-il, Elle remerciait le Seigneur avec une admirable sagesse, comme Origine et Cause Première de tout bien; Elle remerciait aussi les créatures comme instruments de Sa Puissance et de Sa Bonté: les uns parce qu'ils lui faisaient des bienfaits; d'autres, parce qu'ils lui en refusaient; d'autres parce qu'ils la souffraient; en un mot Elle se

reconnaissait endettée et Elle les comblait de bénédictions, de douceur, et Elle se mettait aux pieds de tous; cherchant des moyens, des artifices, des expédients et des industries, afin qu'aucun temps ni aucune occasion ne se passât sans opérer en tout le plus saint, le plus parfait et le plus élevé des vertus avec l'admiration des Anges, et l'Agrément et les Complaisances du Très-Haut.



DOCTRINE QUE ME DONNA LA REINE DES CIEUX.



4, 30, 710. Ma fille, dans les oeuvres que le Très-Haut opéra envers moi, me commandant de pérégriner de certains pays ou royaumes en d'autres, mon Coeur ne se troubla jamais, mon esprit ne se contrista point; parce que j'étais toujours prête à exécuter en tout la Volonté Divine. Et quoique Sa Majesté me donnât à connaître la fin très sublime de Ses Oeuvres, néanmoins ce n'était pas toujours dans les principes, afin que je souffrisse davantage; parce qu'on ne doit pas chercher d'autres raisons dans la soumission de la créature, si ce n'est que c'est le Seigneur qui commande et que c'est Lui qui dispose tout. Et les âmes qui désirent uniquement plaire au Seigneur, se soumettent par cette seule connaissance, sans aucune distinction d'événements prospères ou contraires et sans faire attention aux sentiments de leurs propres inclinations. Je veux de toi que tu t'avances dans cette sagesse; à mon imitation, et pour l'obligation que tu as envers mon Très Saint Fils, reçois la prospérité et l'adversité de la vie mortelle avec un visage égal et avec sérénité d'âme, sans que l'une te contriste et que l'autre t'élève en une vaine joie; mais considère seulement que le Très-Haut ordonne le tout pour Son bon plaisir.



4, 30, 711. La vie humaine est tissée de cette variété d'événements, les uns de joie et d'autres de peine pour les mortels; les uns qu'ils abhorrent et d'autres qu'ils désirent. Et comme la créature est d'un coeur étroit et limité, de là vient qu'elle s'incline avec inégalité vers ces extrêmes; parce qu'elle reçoit avec trop de plaisir ce qu'elle désire et ce qu'elle aime. Et au contraire, elle se désole et se contriste quand il lui arrive ce qu'elle abhorre et ne voulait pas. Ces changements et ces vicissitudes font péricliter toutes les vertus ou plusieurs; parce que l'amour désordonné de quelque chose qu'elle n'obtient pas la porte aussitôt à en désirer une autre, cherchant en de nouveaux désirs l'allégement de la peine ressentie pour ceux

qu'elle n'a pas obtenus; et si elle les obtient, elle se dérègle et s'enivre dans la joie d'avoir ce qu'elle désirait; et avec ces velléités elle se jette dans de plus grands désordres de mouvements et de passions différentes. Considère donc ce péril, ma très chère, et coupe-le par la racine, en conservant ton coeur indépendant et attentif à la seule Providence divine, sans le laisser incliner à ce que tu désireras ou à ce qui te plaira; ni à abhorrer ce qui te sera pénible. Réjouis-toi et délecte-toi seulement dans la Volonté de ton Seigneur; que tes désirs ne te précipitent point, ni tes craintes de quelque événement que ce soit ne t'abattent point: que les occupations extérieures ne te divertissent point de tes saints exercices, ni ne t'en empêchent, encore moins le respect et l'attention aux créatures, et considère en tout ce que je faisais. Suis mes traces avec diligence et affection.



NOTES EXPLICATIVES



Extraites de celles de Don Creseto, à l'usage des prêtres.



4, 30, [a]. C'est une sentence commune du peuple chrétien que Joseph demeura sept ans en Égypte avec l'Enfant et la Vierge et ce fut aussi révélé à sainte Brigitte, [S. 6, c. 59]. Cela est conforme à l'Évangile qui dit qu'alors, «non seulement Hérode était mort; mais aussi les autres qui cherchaient à faire mourir l'Enfant.» Il n'est pas probable que tous soient morts en un an ou deux seulement, saint Jérôme écrivant: «Les prêtres et les scribes méditaient en même temps de faire mourir le Seigneur,» et «Hérode y consentait avec ardeur," ajoute Denys le Chartreux; outre que la cour d'Hérode était suffisamment fournie d'impies de sa marque.
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Re: Marie d'Agreda "La Cité Mystique de Dieu" livre version numérisée

Message par sga le Ven 23 Mar 2018 - 18:35

LIVRE CINQ



Qui contient la perfection avec laquelle la Très Sainte Marie copiait et imitait les opérations de l'Âme de son Très Saint Fils, comment Il l'informait de la Loi de grâce, des articles de la Foi, des Sacrements, des dix Commandements; promptitude et hauteur avec laquelle Elle l'observait; mort de saint Joseph, prédication de saint Jean-Baptiste; jeûne et baptême de notre Rédempeur; vocation des premiers Disciples et baptême de Marie, notre Souveraine.





CHAPITRE 1



Le Seigneur dispose la Très Sainte Marie par quelque sévérité et quelque absence étant à Nazareth, et des fins qu'Il eut dans cet exercice



5, 1, 712. Jésus, Marie et Joseph vinrent demeurer à Nazareth et cette humble et pauvre demeure où ils vivaient se convertit en un nouveau Ciel. Il serait nécessaire de faire beaucoup de livres et de chapitres pour dire les mystères et les sacrements qui se passèrent entre l`Enfant-Dieu et Sa Très Pure Mère, jusqu'à ce que Sa Majesté accomplit les douze ans de Son âge et ensuite jusqu'à Sa prédication; et en tout cela, je ne dirais encore que peu de chose, à cause de la grandeur ineffable de l'objet et de la petitesse de femme ignorante avec laquelle je suis. Je dirai quelque chose avec la Lumière que cette Auguste Souveraine m'a donnée, et je laisserai toujours le plus de ce qu'il y aurait à dire, parce qu'il n'est pas possible ni convenable d'y atteindre en cette vie, et le reste est réservé pour celle que nous attendons.



5, 1, 713. Peu de jours après le retour de l'Égypte à Nazareth, le Seigneur détermina d'exercer Sa Très Sainte Mère, de la manière qu'Il fit dans Son enfance,

comme il a été dit dans le second livre de la première partie, chapitre 27, quoique maintenant Elle soit plus robuste dans l'usage de l'Amour et de la plénitude de la Sagesse. Mais comme la Puissance de Dieu est infinie et la matière de Son divin Amour immense, et aussi la capacité de la Reine était supérieure à toutes les créatures, le même Seigneur ordonna de l'élever au plus grand état de sainteté et de mérites. Et joint à cela, comme véritable Maître spirituel, Il voulut former une Disciple si sage et si excellente qu'ensuite Elle put être une Maîtresse consommée et un Exemplaire vivant de la Doctrine de son Maître, comme la Très Sainte Marie le fut après l'Ascension de son Fils, Notre Seigneur aux Cieux et j'en parlerai dans la troisième partie [a]. Il était nécessaire et convenable aussi pour l'honneur de notre Rédempteur Jésus-Christ que la Doctrine Évangélique, avec laquelle et en laquelle Il devait fonder la nouvelle Loi de grâce très sainte, sans tache (Eph. 5: 27) et sans ride, demeurât accréditée dans son efficace et sa vertu, formant quelque pure créature en qui ses effets se trouvassent adéquatement et complètement et qui fût le plus parfait en ce genre sur laquelle toutes les autres créatures pussent se régler et se mesurer. Et c'était fondé sur la raison que cette Créature fût la Bienheureuse Marie, comme Mère du Seigneur même de la sainteté et Celle qui Lui était la plus proche.



5, 1, 714. Le Très-Haut détermina que la divine Dame serait la première Disciple de Son école et l'Aînée de la nouvelle Loi de grâce l'Étampe adéquate de Son Idée et la Matière disposée où s'imprimerait le sceau de Sa Doctrine et de Sa Sainteté comme dans une cire molle; afin que le Fils et la Mère fussent les deux tables véritables (Ex. 31: 18) de la nouvelle Loi qu'Il venait enseigner au monde. Et pour obtenir cette fin très sublime préparée dans la divine Sagesse, Il lui manifesta tous les Mystères de Sa Doctrine et de la Loi de l'Évangile; le Rédempteur traita de tout et Il en conférait avec Elle, depuis qu'ils furent revenus de l'Égypte jusqu'à ce qu'Il sortît pour prêcher, comme nous le verrons dans le discours ci-après. Le Verbe Incarné et Sa Sainte Mère s'occupèrent à ces sacrements cachés pendant les vingt-trois ans qu'Ils furent à Nazareth avant la prédication, et comme tout cela regardait la divine Mère dont les Évangélistes n'écrivirent pas la Vie, pour cela ils le passèrent sous silence, sauf ce qui arriva à douze ans, quand l'Enfant-Jésus voulut se faire perdre à dessein comme le rapporte saint Luc (Luc 2: 43) et comme je le dirai ci-après. La Très Sainte Marie seule fut pendant ce temps Disciple de son Fils unique. Et outre les dons ineffables de sainteté et de grâce qu'Il lui avait communiqués jusqu'à cette heure, Il répandit en

Elle une nouvelle Lumière et Il la fit participante de Sa Science divine en déposant en Elle et en gravant dans son Coeur toute la Loi de grâce et toute la Doctrine qu'Il devait enseigner dans Son Église jusqu'à la fin du monde. Et Il le fit d'une manière si haute qu'on ne peut l'exprimer par aucun terme ni aucune parole; et l'Auguste Souveraine demeura si docte et si sage qu'Elle seule eût suffi pour illuminer plusieurs mondes s'il y en avait eu, par son enseignement.



5, 1, 715. Pour élever cet édifice dans le Coeur très pur de Sa Très Sainte Mère au-dessus de tout ce qui n'était pas Dieu, le Seigneur en jeta les fondements en l'éprouvant dans la force de l'amour et de toutes les vertus. Pour cela le Seigneur s'absenta intérieurement en lui retirant cette vue ordinaire qui lui causait une continuelle jubilation et une joie spirituelle correspondante à ce bienfait. Je ne dis point que le Seigneur la laissa; mais qu'étant avec Elle et en Elle d'une manière ineffable par Sa grâce, Il lui cachait Sa vue et Il suspendait les effets très doux qu'Elle en recevait, tandis que cette divine Reine en ignorait la cause et le mode parce que Sa Majesté ne lui avait rien manifesté. Outre cela, sans rien lui donner à entendre, son propre Fils, son Enfant-Dieu Se montra plus sévère que de coutume envers Elle et Il Se tenait moins avec Elle corporellement; parce qu'il Se retirait souvent et Il lui disait peu de paroles et c'était avec une gravité et une majesté très grandes. Et ce qui pouvait le plus l'affliger était de trouver éclipsé ce Soleil qui Se reflétait dans le miroir cristallin de la Très Sainte Humanité, où Elle avait coutume de voir les opérations de Son Âme très pure, de sorte que désormais Elle ne pouvait point les voir comme à l'ordinaire, pour copier cette Image vivante comme Elle le faisait auparavant [b.

 

5, 1, 716. Cette nouveauté sans aucun autre avis fut le creuset où l'or très pur du saint amour de notre grande Reine se renouvela et monta de carat. Car étonnée de ce qui arrivait sans se trouver prévenue, Elle recourut aussitôt à l'humble concept qu'Elle avait d'Elle-même, se jugeant indigne de la vue du Seigneur qui Se cachait à Elle; et Elle attribua tout cela à ce que son ingratitude et son peu de correspondance n'avaient point donné au Très-Haut, au Père des Miséricordes, le retour qu'Elle Lui devait pour les Bienfaits de Sa main très libérale. La Très Prudente Reine ne ressentait point que les consolations très douces et les caresses ordinaires du Seigneur lui manquassent; mais le doute si Elle L'avait dégoûté, ou si Elle avait manqué en quelque chose de Son service et

de Son bon plaisir, transperçait son Coeur très candide d'une flèche de grande douleur. L'amour ne sait point penser moins lorsqu'il est si véritable et si noble; parce qu'il s'emploie tout entier à l'agrément et au bien de celui qu'il aime; mais lorsqu'il s'imagine l'avoir dégoûté ou qu'il le croit mécontent, il ne sait point reposer hors de l'agrément et de la satisfaction de son bien-aimé. Ces angoisses amoureuses de la divine Mère étaient pour son Très Saint Fils d'un souverain agrément, parce qu'elles l'enamouraient de nouveau et les tendres affections de Son Unique et Son Élue Lui blessaient (Cant. 4: 9) le Coeur. Mais avec une amoureuse industrie, quand la douce Mère Le cherchait et voulait Lui parler (Cant. 3: 1) Il Se montrait toujours sévère et Il dissimulait Ses complaisances. Et avec cette sévérité mystérieuse, l'incendie du Coeur très chaste de la Mère élevait sa flamme comme la fournaise ou le bûcher ardent frappé d'une petite goutte d'eau.



5, 1, 717. La candide Colombe faisait des actes héroïques de toutes les vertus. Elle s'humiliait plus bas que la poussière;`Elle révérait son Très Saint Fils avec une adoration profonde; Elle bénissait le Père et Lui rendait grâces pour Ses Bienfaits et Ses Oeuvres admirables, se conformant à Sa divine disposition et à Son bon plaisir; Elle cherchait Sa Volonté Sainte et Parfaite pour l'accomplir en tout; Elle s'enflammait dans l'Amour, la Foi et l'Espérance; et dans toutes les oeuvres et les événements (Cant. 1: 11), ce nard très odorant émettait une odeur de suavité pour le Roi de rois qui reposait dans le Coeur de la Très Sainte Marie (Cant. 1: 15), comme dans Son Lit et Son Tabernacle fleuri et parfumé. Elle persévérait en des prières continuelles avec des larmes, des gémissements et des soupirs réitérés de l'intime du Coeur; Elle répandait sa prière (Ps. 141: 3) en la Présence du Seigneur et Elle prononçait sa tribulation devant la Face divine. Et souvent Elle Lui disait vocalement des paroles d'une douceur incomparable et d'une douleur amoureuse:



5, 1, 718. «Créateur de tout l'Univers,» disait-Elle, «Dieu Éternel et Tout-Puissant, infini en Sagesse et en Bonté, incompréhensible dans Votre être et Vos perfections; je sais bien que mon gémissement n'est point caché à Votre Sagesse, et vous savez, mon Bien-Aimé, la blessure qui transperce mon Coeur. Si j'ai manqué comme servante inutile, à Votre service et à Votre goût; pourquoi, ô Vie de mon âme, ne m'affligez-Vous et ne me châtiez-Vous point par toutes les douleurs et les peines de la vie mortelle où je me trouve? et que je ne voie point la sévérité de Votre Visage que mérite celui qui Vous a offensé? Toutes les

afflictions seraient moindres: mais mon Coeur ne peut pas supporter de Vous voir indigné; parce que Vous êtes seul, Seigneur, ma Vie, mon Bien, ma Gloire et mon Trésor. Mon Coeur ne fait aucune estime ni aucun compte de tout ce que Vous avez créé (Ps. 72: 20), ni leurs espèces n'entrèrent jamais dans mon âme, outre que pour magnifier Votre grandeur et Vous reconnaître pour Maître et Créateur de tout. Que ferai-je donc, mon Bien et mon Seigneur, si la Lumière de mes yeux (Ps. 37: 11), le But de mes désirs, la Boussole de mon pèlerinage, la Vie que me donne l'être et tout l'Être qui m'alimente et me donne la Vie me manquent (Jér. 9: 1)? Qui donnera des fontaines de larmes à mes yeux, afin qu'ils pleurent de ce que je n'ai point profité de tant de Biens reçus, d'avoir été si ingrate dans le retour que je devais? Mon Seigneur, ma Lumière, mon Guide, ma Vie et mon Maître, qui gouverniez par Vos Oeuvres plus que très parfaites et très excellentes, les miennes fragiles et tièdes: si Vous me cachez cet Exemplaire, comment réglerai-je ma vie selon Votre goût? Qui me conduira dans cet exil obscur? Que ferai-je? Vers qui me tournerai-je si Vous me refusez Votre patronage?»



5, 1, 719. La biche blessée ne reposait pas avec tout cela (Ps. 41: 3); mais altérée des fontaines très pures de la grâce, Elle recourait aussi à ses saint Anges, et Elle avait avec eux de longues conférences et de longs colloques, et Elle leur disait: «Augustes Princes, favoris intimes du suprême Roi, Ses amis et aussi mes gardiens, par votre félicité assurée de voir toujours Son (Matt. 18: 10) divin Visage dans la Lumière (1 Tim. 6: 16) inaccessible, je vous prie de me dire la cause de Son courroux, s'il y en a une. Priez aussi pour moi en Sa royale Présence, afin qu'Il me pardonne par votre intercession, si par hasard je L'ai offensé. Rappelez-Lui, mes amis, que je suis pauvre quoique formée (Job 10: 9) de Ses mains et scellée de Son Image; et qu'Il n'oublie point cette pauvresse (Ps. 73: 19) jusqu'à la fin; puisque je Le confesse et L'exalte humblement. Demandez qu'Il donne du courage à ma crainte et la Vie à Celle qui ne l'a pas sans L'aimer. Dites-moi comment et avec quoi je Lui donnerai de l'agrément et je mériterai l'allégresse de Sa Face?» Les Anges lui répondirent: «Notre Reine et notre Souveraine, Votre Coeur est assez grand (Ps. 4: 2) pour qu'il ne reste point vaincu par la tribulation; et nul ne connaît plus que Vous combien le Seigneur est proche de l'affligé qui L'invoque (Ps. 90: 14). Sans doute Il a Son attention tournée vers Votre affection et Il ne méprise point Vos amoureux (Ps. 37: 10) gémissements. Vous le trouverez toujours un Père compatissant et Votre affectueux Fils unique regarde Vos larmes.» «Sera-ce paraventure de la témérité,» répliquait la Très Aimante Mère,

«de m'approcher de Sa Présence? Sera-ce trop d'audace de Lui demander prosternée, qu'Il me pardonne si je Lui ai déplu par quelque faute? Que ferai-je? Quel remède trouverai-je dans mes craintes?» Les saint Princes répondaient: «Le coeur humble ne (Ps. 50: 19) déplaît pas à notre Roi; Il pose en lui les yeux (Ps. 101: 18) de Son Amour et Il ne Se (Prov. 8: 31) dégoûte jamais des clameurs de celui qui L'aime en tout ce qu'Il opère amoureusement.»



5, 1, 720. Les saints Anges entretenaient et consolaient quelque peu leur Reine et leur Souveraine par ces colloques et ces réponses, lui signifiant en elle par des termes généraux l'amour singulier et l'agrément du Très-Haut dans Ses douces angoisses. Et ils ne se déclaraient pas davantage parce que le même Seigneur voulait avoir en Elle Ses délices (1 Pet. 2: 21). Et quoique son Très Saint Fils en tant qu'homme véritable, avec l'amour naturel qu'Il lui portait, comme à Sa Mère et Mère seule et sans père, arrivât souvent à s'attendrir avec la compassion naturelle de la voir si affligé et si douloureuse; mais cependant Il conservait et cachait Sa compassion avec la sévérité de Son air. Et quelquefois lorsque la Très Aimante Mère L'appelait pour qu'Il allât manger, Il S'arrêtait, et d'autres fois Il allait sans la regarder et sans lui dire une parole. Mais quoiqu'en toutes ces occasions la grande Reine répandît beaucoup de larmes et qu'Elle représentât àson Fils les amoureuses angoisses de son Coeur, Elle faisait cela avec tant de poids et de mesure, et avec des actions si prudentes et si pleines de Sagesse, que si l'admiration eût pu se trouver en Dieu, car Elle ne le peut, il est certain que Sa Majesté en aurait eu de trouver un si grand comble de sainteté et de perfections. Mais l'Enfant-Jésus en tant qu'homme recevait une jouissance et une complaisance spéciales de voir les effets de Son divin Amour et de Sa grâce si bien mis à profit dans Sa Mère-Vierge. Et les saints Anges Lui donnaient une nouvelle gloire et ils Lui faisaient de nouveaux cantiques de louange pour ce prodige de vertus admirables et inouïes.



5, 1, 721. Afin que l'Enfant-Jésus dormît et Se reposât, Son amoureuse Mère Lui avait préparé une couchette par les mains du Patriarche Joseph et une seule couverture, car dès qu'Il sortit du berceau, quand ils étaient encore en Egypte, Il ne voulut point en accepter d'autre, ni plus d'abri. Et même dans cette couchette, Il ne se couchait point toujours; mais quelquefois, étant assis sur ce lit dur, Il S'y inclinait sur un pauvre oreiller de laine que la même Souveraine Lui

avait fait. Et lorsque Son Altesse voulut Lui préparer un meilleur lit, Son Très Saint Fils Lui répondit que le lit où Il devait s'étendre serait seulement le lit nuptial de la Croix, pour enseigner au monde par l'exemple qu'on ne doit pas passer au repos éternel par ces repos qui sont aimés dans la Babylone de ce monde, et qu'en la vie mortelle souffrir est un soulagement. Dès lors la divine Dame L'imita dans cette manière de se coucher avec une nouvelle sollicitude et une nouvelle attention. Quand il était déjà tard et qu'il était temps de se retirer, la céleste Maîtresse de l'humilité avait coutume de se prosterner devant son Très Saint Fils qui était dans ce petit lit de repos; et là Elle Lui demandait chaque soir de lui pardonner de ne s'être pas employée à Le servir pendant ce jour avec plus de soin ni à être aussi reconnaissante à Ses bienfaits comme Elle le devait. Elle Lui rendait grâces de nouveau pour tout, et Elle Le confessait avec beaucoup de larmes pour le vrai Dieu et le Rédempteur du monde; et Elle ne se levait point du sol jusqu'à ce que son Fils unique le lui eût commandé et l'eût bénie. Elle répétait ce même exercice le matin, afin que son divin Maître et son Précepteur lui ordonnât ce qu'Elle devait opérer tout le jour à Son service, et c'est ce que son Altesse accomplissait avec beaucoup d'amour.



5, 1, 722. Mais en cette occasion de sa sévérité, Il changea aussi Son style et Son air. Et lorsque la Très Candide Mère arrivait pour L'adorer et Le révérer dans son exercice accoutumé, quoiqu'Elle accrût ses larmes et ses gémissements de l'intime de son Coeur, Il ne lui répondait pas une parole, outre qu'Il l'écoutait avec sévérité et qu'Il lui commandait de s'en aller. Et il n'y a pas d'expression qui arrive à manifester les effets qui s'opéraient dans le Coeur Très Pur de l'amoureuse Mère et la Très Douce Colombe de voir son fils, vrai Dieu et vrai homme si changé dans Son air, si grave dans Son Visage et si parcimonieux dans Ses paroles, et dans tout Son extérieur, si différent de ce qu'Il avait coutume de Se montrer envers Elle. La divine Reine examinait son intérieur, reconnaissait l'ordre de ses oeuvres, leurs conditions et leurs circonstances, et faisait plusieurs fois la revue, par l'attention et la mémoire, de cette officine céleste de son âme et de ses puissances; et quoiqu'Elle ne pût y trouver de ténèbres en aucune part parce que tout était Lumière, Sainteté, Pureté et Grâce; néanmoins comme Elle savait que devant les yeux de Dieu, ni les Cieux, ni les Étoiles ne sont pas purs comme dit Job (Job 15: 15) et qu'Il trouvent à reprendre dans les esprits (Job 4: 18) angéliques eux-mêmes, la grande Reine craignait que par hasard Elle ignorât quelque défaut qui fût manifeste au Seigneur. Et avec ce doute Elle souffrait des

défaillances d'amour; car comme l'amour est fort comme la mort (Cant. 8: 6) il cause des douleurs d'une peine inextinguible dans cette très noble émulation remplie de toute Sagesse. Cet exercice dura plusieurs jours ànotre Reine, dans lesquels son Très Saint Fils l'éprouva avec une joie incomparable et Il l'éleva à l'état de Maîtresse Universelle des créatures rémunérant la loyauté et la délicatesse de son amour par une grâce abondante et copieuse outre l'éminente grâce qu'Elle avait déjà. Ensuite il arriva ce que je dirai dans le chapitre suivant.



DOCTRINE DE LA REINE DU CIEL, LA TRÈS SAINTE MARIE.



5, 1, 723. Ma fille, je te vois désireuse d'être disciple de mon Très Saint Fils, parce que tu as entendu et écrit comment je le fus. Et je veux pour ta consolation que tu considères et que tu connaisses que Sa Majesté n'exerça par l'office de Maître qu'une seule fois, ni seulement dans le temps qu'Il enseigna (Matt. 28: 20) Sa Doctrine en forme humaine, comme elle est contenue dans les Évangiles et dans Son Église; mais qu'Il fait toujours le même office en faveur des âmes et Il le fera jusqu'à la fin du monde, les avertissant, leur dictant et leur inspirant le meilleur et le plus saint, afin qu'elles le mettent en oeuvre. Et Il fait cela envers toutes les âmes absolument, quoique selon Sa Divine Volonté ou la disposition et l'attention de chacune, elles reçoivent une plus ou moins grande instruction. Si tu as toujours profité de cette vérité, tu as une longue expérience de ce que le très haut Seigneur ne dédaigne point d'être Maître du pauvre (Matt. 11: 5), ni d'enseigner le méprisé et le pécheur s'ils veulent prêter attention à Sa Doctrine intérieure. Et parce que tu désires savoir maintenant la disposition que Sa Majesté veut que tu aies de ton côté pour faire envers toi l'office de Maître dans le degré que ton coeur désire, je veux te le dire de la part du même Seigneur et t'assurer que s'Il te trouve une matière disposée, Il mettra dans ton âme, comme Auteur et Maître véritable et sage, Sa Sagesse, Sa Lumière et Son Instruction avec une grande plénitude.



5, 1, 724. En premier lieu, tu dois avoir la conscience pure, nette, sereine et tranquille, et une sollicitude incessante afin de ne point tomber en aucune faute ni

aucune imperfection, pour aucun événement du monde. En outre tu dois t'éloigner et te dégager en même temps de tout ce qui est terrestre de manière qu'il ne demeure en toi, comme je t'en ai déjà avertie, ni espèce ni souvenir d'aucune chose humaine ou visible, mais seulement le coeur sincère, serein et clair. Et lorsque ton intérieur sera ainsi dégagé et libre des ténèbres et des espèces terrestres qui les causent; alors tu seras attentive au Seigneur (Ps. 44: 11), inclinant ton oreille comme une fille chérie qui oublie son peuple de cette vaine Babylone et la maison de son père Adam et tous les restes du péché: et je t'assure qu'Il te dira des paroles de Vie Éternelle (Jean 6: 69). Ensuite il te convient de L'écouter avec révérence et avec une humble reconnaissance, de faire une digne appréciation de Sa Doctrine et de l'exécuter avec toute promptitude et diligence; parce que rien ne peut être caché (Héb. 4: 13) à ce grand Seigneur et Maître des âmes, et Il se détourne et Se retire avec dégoût lorsque la créature est ingrate et négligente à obéir et à reconnaître un si haut Bienfait. Les âmes ne doivent point penser que ces éloignements du Seigneur leur arrive toujours comme celui qu'Il eut envers moi; parce qu'en moi il fut sans péché de ma part et avec amour excessif; mais dans la créature où il y a tant de péchés, de grossièreté, d'ingratitude et de négligence, c'est ordinairement une peine et un châtiment mérité.



5, 1, 725. Examine donc maintenant, ma fille et considère tes omissions et tes fautes en ne faisant point la digne estime que tu dois de la Doctrine et de la Lumière que tu as reçues avec une instruction particulière du divin Maître et de mes avertissements. Modère tes craintes excessives désormais et ne doute plus que c'est le Seigneur qui te parle et t'enseigne; puisque la Doctrine même rend témoignage de sa vérité et t'assure de son Auteur; parce qu'elle est sainte, parfaite, pure et sans tache. Elle t'enseigne le meilleur et elle te reprend de tout défaut, quelque petit qu'il soit; et outre cela tes directeurs et tes pères spirituels l'approuvent. Je veux aussi que tu aies toujours soin de m'imiter en ce que tu as écrit et de venir inviolablement chaque matin et chaque soir me dire avec humilité tes péchés, puisque je suis ta Maîtresse, les reconnaissant avec une douleur et une contrition parfaite afin que j'intercède pour toi auprès du Seigneur, et, comme Mère, que j'obtienne de Lui qu'Il te pardonne. Aussitôt que tu apercevras quelque faute ou quelque imperfection, reconnais-la et pleure-la sans retard et demandes-en pardon au Seigneur avec le désir de t'amender. Si tu es attentive et fidèle en ce que je te commande, tu seras la disciple du Très-Haut et la mienne comme tu le désires; parce que la grâce et la pureté de l'âme est la disposition la plus éminente

et la plus adéquate pour recevoir les influences de la Lumière divine et de la Science infuse que le Rédempteur du monde communique à ceux qui sont Ses véritables disciples.

 

NOTES EXPLICATIVES



Extraites de celles de Don Creseto, à l'usage des prêtres.

5, 1, [a]. Livre 7, Nos. 106, 183, 209.

5, 1, [b. Nous lisons dans l'Évangile d'autres exemples des manières quelque peu sévères que le Seigneur montra envers Sa Très Aimante Mère, non par manque d'amour ou de respect, mais pour Ses fins très sublimes, entre lesquelles les saints Pères notent celle de manifester comment Il était supérieur en tant que Dieu à Sa Mère Elle-même. Ainsi quand Il dit: «Ne savez-vous pas qu'il faut que Je sois aux choses qui regardent mon Père?» [Luc 2: 49]. Et quand de nouveau Il répondit à Sa Mère: «Femme, qu'y a-t-il entre vous et Moi? mon heure n'est pas encore venue;» comme feignant de la repousser. Mais Il Se servait de ces traitements un peu sévères, comme de disposition pour exalter encore plus Sa Mère, lui accordant de plus grandes faveurs. Aussi après ces paroles dites dans le Temple, voici qu'Il S'assujettit totalement à Elle pendant vingt ans environ: «et Il leur était soumis»; et après les paroles dites aux noces, il opère en faveur de sa Mère, le premier de Ses miracles d'une manière publique. Ainsi ces humiliations apparentes et d'autres faites à Sa Mère étaient ordonnées à lui procurer une exaltation et des faveurs nouvelles d'autant plus signalées. Du reste la sévérité apparente que l'Enfant montra envers Sa Mère dans la circonstance rapportée ici par la Vénérable d'Agreda ne dura qu'environ trente jours; et le Seigneur S'en servit pour lui départir les faveurs les plus admirables et la rendre non seulement théoriquement, mais aussi pratiquement, Maîtresse consommée de toute vertu et de toute perfection. Ce que le Seigneur devait opérer envers les disciples les plus chers devait précéder expérimentalement dans la Maîtresse, les privant de temps en temps de Sa Présence sensible, de Ses caresses et de Ses douceurs spirituelles,

pour les perfectionner de plus en plus, comme Il le fit envers tous les principaux saints, saint François d'Assise, saint François de Sales, sainte Thérèse d'Avila et tant d'autres, etc. Ainsi Canisius écrit, [de Mar. disp., lib. IV, c. 22]: «Il a plu àJésus-Christ d'exercer la patience singulière de Sa Mère avant de l'exalter et de la préférer aux autres, tentant de l'éprouver, l'éprouvant comme avec mésestime.»

Du reste pour qui aurait encore difficulté d'admettre de telles épreuves de Jésus à l'égard de Sa Mère, comme ne pouvant être conciliés avec Son amour pour Elle et avec la sainteté de cette divine Vierge, il suffirait d'observer que l'absence des trois jours, quand Il voulut rester dans le Temple à son insu et lui causer tant d'appréhensions, fut une épreuve encore plus dure: c'est pourquoi, si le Sauveur voulut éprouver Sa Mère en cela afin de la perfectionner davantage, Il put l'éprouver en d'autres circonstances, et par des manières différentes pour des fins également sublimes.
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Re: Marie d'Agreda "La Cité Mystique de Dieu" livre version numérisée

Message par sga le Ven 30 Mar 2018 - 16:22

CHAPITRE 2



Les opérations de l'âme de Notre Rédempteur Jésus-Christ sont de nouveau manifestées à la Très Sainte Marie, ainsi que tout ce qui lui avait été caché; Il commence à l'informer de la Loi de grâce.



5, 2, 726. L'intelligence humaine a fait de grands et longs raisonnements sur la nature et la qualité de l'amour, de ses causes et des ses effets. Et il faudrait beaucoup ajouter à tout ce qui est dit en matière d'amour pour expliquer l'amour saint et divin de la Très Sainte Marie, Notre-Dame; parce qu'après celui de l'âme très sainte de Notre Seigneur Jésus-Christ, il n'y a eut point d'aussi noble ni d'aussi excellent en toutes les créatures humaines et angéliques que celui que la divine Souveraine a eu et a encore, puisqu'Elle a mérité d'être appelée Mère du Bel Amour (Eccli 24: 24). La matière ou objet du saint Amour est unique et la même en tous, qui est Dieu pour Lui-même et les autres choses créées pour Lui; mais le sujet où cet amour est reçu, les causes par où il s'engendre et les effets qu'il produit sont très inégaux et ils furent en notre grande Reine dans le suprême degré d'une pure Créature. En elle furent sans mesure et sans borne la pureté du Coeur, la Foi, l'Espérance, la crainte sainte et filiale, la Science et la Sagesse, les Bienfaits, leur souvenir et leur estime et toutes les autres causes que peut avoir le saint et divin

Amour. Cette flamme ne s'engendre ni ne s'allume point de la manière de l'amour insensé et aveugle qui entre par la stupidité des sens et ensuite on ne lui trouve ni raison ni voie. Mais le saint et pur Amour entre par la connaissance très noble, par la force de Sa Bonté infinie et de Sa Suavité inexplicable; car comme Dieu est Sagesse et Bonté, Il ne veut pas seulement être aimé avec douceur, mais aussi avec sagesse et avec connaissance de ce que l'on aime.



5, 2, 727. Ces amours ont quelque ressemblance de plus dans les effets que dans les causes; parce que s'ils viennent à soumettre le coeur et à s'en rendre maîtres, ils en sortent difficilement. Et d'ici vient la douleur que le coeur humain ressent quand il rencontre le refus, la froideur ou moins de correspondance en ce qu'il aime; parce que c'est la même chose que de l'obliger à rejeter de soi l'amour; et comme il s'empare tant du coeur et qu'il ne trouve point la sortie facile, quoique la raison le lui propose parfois, cette dure violence qu'il souffre vient à causer des douleur mortelles. Tout cela est folie et aveuglement dans l'amour mondain et aveugle. Mais dans l'Amour divin, c'est une souveraine Sagesse: parce que là où il ne peut se trouver de raisons de cesser d'aimer, la plus grande prudence est d'en chercher pour aimer plus intimement et pour obliger le Bien-Aimé. Et comme la volonté emploie toute sa liberté dans cette occupation, elle aime d'autant plus librement le Souverain Bien qu'elle vient à être moins portée à aimer autre chose: et dans cette glorieuse émulation, la volonté qui est la maîtresse et la reine de l'âme, vient à demeurer l'heureuse esclave de son propre amour et elle ne veut point, ni elle ne peut presque point se refuser à cette libre servitude. Et avec cette libre violence, si elle trouve du refus ou de la froideur dans le Souverain Bien qu'elle aime, elle souffre des douleurs et des défaillances mortelles, comme celle à qui manque l'Objet de la Vie: parce qu'elle ne vit que pour aimer et savoir qu'elle est aimée.



5, 2, 728. D'ici on comprendra quelque chose de tout ce que le Coeur très pur et très ardent de notre Reine souffrit par l'absence du Seigneur, l'Objet de son amour lui étant caché, les craintes qu'Elle avait de Lui avoir déplu la laissant souffrir tant de jours. Parce qu'étant un compendium presque immense d'humilité et d'Amour divin, et ne sachant point la cause de cette sévérité et de ces éloignements de son Bien-Aimé, Elle vint à souffrir un martyre, martyre le plus doux et le plus rigoureux qu'ait jamais inventé ni le génie humain ni l'angélique.

Seule la Très Sainte Marie qui fut la Mère du Saint Amour et qui arriva au suprême Amour qui peut se trouver dans une pure Créature, sut et put souffrir ce martyre dans lequel Elle surpassa toutes les peines des martyrs et les pénitences des confesseurs. Et dans son Altesse s'accomplit ce que l'Époux des Cantiques dit: «Si un homme donne tout le bien de sa maison pour l'amour, il le méprisera comme si ce n'était rien.» Parce qu'en cette circonstance, Elle oublia tout le visible et le créé et aussi sa propre vie: et Elle compta tout cela pour rien, jusqu'à ce qu'Elle eût trouvé la grâce et l'amour de son Très Saint Fils et son Dieu qu'Elle craignait d'avoir perdu, quoiqu'Elle Le possédât toujours. On ne peut expliquer par des paroles son souci, sa sollicitude, sa vigilance et les diligences qu'Elle fit pour se rendre favorable son Très Doux Fils et le Père Éternel.

 

5, 2, 729. Il y avait déjà trente jours que ce combat lui durait; et c'étaient plusieurs siècles pour Celle qui paraissait ne pouvoir vivre un seul instant sans la satisfaction de son Amour et de son Bien-Aimé. Et selon notre manière de concevoir, le Coeur de notre Enfant-Jésus ne pouvait plus Se contenir, ni la force de l'Amour qu'Il avait pour Sa Très Douce Mère ne pouvait pas non plus résister davantage; parce que le Seigneur Lui-même souffrait une admirable et douce violence de l'avoir tant affligée et de l'avoir tant laissée en suspens. Il arriva qu'un jour l'humble et Auguste Reine entra en la Présence de l'Enfant-Dieu et se jetant à Ses pieds avec des larmes et des soupirs de l'intime de son âme, Elle Lui parla et Lui dit: «Mon Bien-Aimé et mon Très Doux Amour, qu'est-ce que vaut la petitesse de cette poussière et de cette cendre comparée à Votre pouvoir immense. Qu'est-ce que peut faire pour Votre Bonté infinie toute la misère de la créature. Vous surpassez notre bassesse en tout et nos imperfections et nos défauts sont anéantis par la Mer immense de Votre Miséricorde. Si je n'ai point réussi à Vous servir comme je confesse que je le dois, châtiez mes négligences et pardonnez-les; mais, ô mon Fils et mon Seigneur, que je voie l'allégresse de Votre Face qui est mon Salut, et cette Lumière désirée qui me donnait l'être et la Vie. Voici la pauvresse humiliée jusqu'à la poussière, et je ne me relèverai point de Vos pieds jusqu'à ce que je voie clairement le Miroir où mon âme se mirait.»



5, 2, 730. Notre Reine humiliée devant son Très Saint Fils dit ces raisons et d'autres pleines de sagesse et d'un amour très ardent. Et comme Sa Majesté désirait plus de la restituer à Ses délices que l'Auguste Reine Elle-même, Il lui

répondit avec beaucoup de complaisances ces paroles: «Ma Mère, levez-vous.» Et comme ces mots étaient prononcées par Celui-là même qui était la Parole du Père Éternel, ils eurent tant d'efficace, que la divine Mère demeura instantanément toute transformée et élevée en une extase très sublime, en laquelle Elle vit la Divinité abstractivement. Dans cette vision le Seigneur la reçut avec de très doux embrassements et de très douces paroles de Père et d'Époux, par lesquelles Elle passa des larmes à la jubilation, de la peine à la joie et de l'amertume à une très suave douceur. Sa Majesté lui manifesta de grands mystères de Ses fins sublimes dans la nouvelle Loi de l'Évangile. Et pour l'écrire tout entière dans son Coeur très candide la Bienheureuse Trinité la signala et la distingua pour être l'Aînée et la Première Disciple du Verbe fait chair, afin de former en Elle comme le patron et l'exemplaire sur lequel devaient se copier tous les saints: Apôtres, Martyrs, Docteurs, Confesseurs, Vierges, et tous les autres justes de la nouvelle Église et de la Loi de grâce que le Verbe devait fonder dans la rédemption des hommes.



5, 2, 731. Tout ce que la divine Dame dit d'Elle-même, comme la Sainte Église le lui applique dans le chapitre 24 de l'Ecclésiastique sous le type de la Sagesse divine correspond à ce mystère. Et je ne m'arrêterai point à la déclaration de ce chapitre; parce que le mystère que j'écris étant su, on comprendra comment tout ce que l'Esprit-Saint dit là en son nom convient à notre grande Reine. Il suffit de rapporter quelque chose de la lettre, afin que tous entendent une partie d'un sacrement si admirable. «Je suis sortie,» dit cette Auguste Souveraine, «de la bouche du Très-Haut (Eccli 24: 5-16), Première-Née avant toutes les créatures; j'ai fait naître dans le Ciel la Lumière indéfectible, et comme une nuée j'ai couvert toute la terre; j'ai habité dans les hauteurs, et mon trône est dans la colonne de la nuée. Moi seule j'ai fait le tour des Cieux, et j'ai pénétré le profond de l'abîme, et j'ai marché sur les ondes de la mer et j'ai demeuré dans toute la terre; et j'ai eu la primauté dans tous les peuples et toutes le nations, et par ma vertu j'ai subjugué les coeurs de tous les grands et de tous les humbles et dans toutes ces choses j'ai cherché le repos; et dans l'héritage du Seigneur j'ai fixé ma demeure. Alors le Créateur de l'Univers me commanda et me dit: et Celui qui me créa reposa dans mon tabernacle, et Il me dit: "Habite en Jacob et hérite en Israël et étends tes racines dans Mes élus." Dès "ab initio" et avant les siècles j'ai été créée, et jusqu'au siècle futur je demeurerai et dans l'habitation sainte j'ai exercé mon ministère devant Lui. Et ainsi j'ai été affermie dans Sion, et en même temps je me suis reposée dans la cité sanctifiée et j'ai eu puissance en Jérusalem. Et j'ai pris

racine dans le peuple honoré et son héritage est dans la part de mon Dieu et mon séjour est dans la plénitude des saints.»



5, 2, 732. L'Ecclésiastique continue ensuite d'autres excellences de la Très Sainte Marie et il revient à dire: «J'ai étendu mes rameaux comme le thérébinthe et mes rameaux sont d'honneur et de grâce. J'ai donné un fruit de suave odeur, comme la vigne: et mes fleurs sont des fruits d'honneur et d'honnêteté. Je suis la Mère du Bel Amour et de la crainte et de la connaissance et de la sainte Espérance. En moi est la grâce de toute voie et de toute vérité: En moi toute l'espérance de la Vie et de la Vertu. Venez à moi, vous tous, ceux que me désirez, et vous serez remplis de mes générations: parce que mon esprit est plus doux que le miel et mon héritage au-dessus du rayon de miel: ma mémoire demeurera dans toutes les générations des siècles. Ceux qui me goûteront auront encore faim; et ceux qui me boiront auront encore soif. Celui qui m'écoutera ne sera point confondu: ceux qui agissent par moi ne pécheront pas. Et ceux qui m'illustreront obtiendront la Vie Éternelle.» Jusqu'ici c'est assez de la lettre du chapitre de l'Ecclésiastique, dans lequel le coeur humain et pieux sentira aussitôt tant de concepts des mystères et des sacrements de la Très Sainte Marie que leur vertu cachée portera son coeur à cette Souveraine, cette Mère de la grâce et lui donnera à comprendre dans ces paroles sa grandeur inexplicable et son excellence en laquelle la Doctrine et le magistère de son Fils la constituèrent par décret de la Bienheureuse Trinité. L'éminente Princesse fut l'Arche véritable (Apoc. 11: 19) du Nouveau Testament; et du surplus de sa sagesse et de sa grâce, comme d'une mer immense rédonda tout ce qu'ont reçu et tout ce que recevront les autres Saints jusqu'à la fin du monde.

 

5, 2, 733. La divine Mère revint de son extase et Elle adora de nouveau son Très Saint Fils, et Elle Lui demanda de lui pardonner si Elle avait commis quelque négligence à Son service. Sa Majesté lui répondit en la relevant d'où Elle était prosternée et lui dit: «Ma Mère, j'ai beaucoup de complaisance de vos affections et de votre Coeur, et Je veux que vous le dilatiez et que vous le prépariez de nouveau pour recevoir Mes témoignages. J'accomplirai la Volonté de Mon Père et J'écrirai dans votre Coeur la Doctrine évangélique que Je viens enseigner au monde. Et vous, Ma Mère; vous la mettrez en exécution comme Je le désire et le veux.» La Très Pure Reine Lui répondit: «Mon Fils et mon Seigneur, que je trouve grâces à Vos yeux; et gouvernez mes puissances par les droits sentiers (Ps. 26: 11) de Votre

bon plaisir. Et, parlez, mon Maître, car Votre servante écoute (1 Rois 3: 10) et Elle Vous suivra jusqu'à la mort.» Dans cette conférence que l'Enfant-Dieu et Sa Très Sainte Mère eurent ensemble, tout l'intérieur de l'âme très sainte du Christ et Ses opérations furent de nouveau découvertes et manifestées à la grande Souveraine, et ce bienfait s'accrut depuis cette occasion, tant du côté du sujet qui était la divine Disciple que de celui de l'Objet; parce qu'Elle reçut une Lumière plus claire et plus haute, et Elle vit dans son Très Saint Fils toute la Loi évangélique avec tous ses mystères, ses secrets et sa Doctrine, selon que le divin Architecte l'avait idéalisée dans Son Entendement et déterminée dans Sa Volonté de Réparateur et de Maître des hommes. Outre ce magistère qui était pour la Très Sainte Marie seule Il en ajoutait un autre; parce qu'Il lui enseignait en paroles et Il lui déclarait le caché (Ps. 50: Cool de Sa Sagesse et ce à quoi ni les hommes ni les Anges ne purent atteindre. De cette Sagesse que la Très Pure Marie apprit sans fiction (Sag. 7: 13), Elle communiqua sans envie toute la Lumière qu'Elle répandit avant et surtout après l'Ascension de Notre Seigneur Jésus-Christ.



5, 2, 734. Je connais bien qu'il appartient à cette Histoire de manifester ici les mystères très cachés qui se passèrent entre Notre Seigneur Jésus-Christ et Sa Mère dans ces années de Son enfance et de Sa jeunesse jusqu'à Sa prédication; parce que toutes ces choses se passèrent a l'égard de la divine Mère et dans son enseignement: mais je confesse de nouveau ce que j'ai déjà dit au numéros 711, 712, 713, de mon incapacité et de celle de toutes les créatures pour un si haut sujet. Et il serait nécessaire aussi pour cette déclaration d'écrire tous les mystères et les secrets de la divine Écriture, toute la Doctrine Chrétienne, les vertus, toutes les Traditions de la Sainte Église, la réfutation des erreurs et des fausses sectes, les déterminations de tous les saints Conciles et tout ce qui sustente l'Église et la conservera jusqu'à la fin du monde, et ensuite d'autres grands mystères de la vie et de la gloire des Saints; la Lumière que les Docteurs ont eue, ce que les Martyrs et les Vierges ont souffert, et la grâce qu'ils ont reçu pour le faire et le souffrir. La Très Sainte Marie connut individuellement tout cela et beaucoup plus que je ne peux expliquer, avec une pénétration, une compréhension et une évidence très grandes: et Elle en rendit grâces et Elle opéra en tout ce qui était possible à une pure Créature, à l'égard du Père Éternel comme Auteur de tout et à l'égard de son Fils unique comme Chef de l'Église. Je parlerai de tout cela plus loin, en autant qu'il me sera possible.



5, 2, 735. Et quoiqu'Elle fut occupée à de telles Oeuvres avec la plénitude qu'elles demandaient, tenant son attention fixée à son Fils et son Maître, Elle ne manqua jamais aux choses qui regardaient Son service corporel, le soin de Sa vie et de celle de saint Joseph; parce qu'Elle subvenait à tout sans manquement ni défaut, Elle leur donnait leurs repas et Elle les servait, et à son Très Saint Fils, Elle les présentait toujours à genoux avec une révérence incomparable. Elle prenait soin aussi de ce que l'Enfant-Jésus assistât à la consolation de son père putatif comme s'il eût été son père naturel. Et l'Enfant-Dieu obéissait à Sa Mère en tout cela et Il Se tenait en différents intervalles de temps auprès de saint Joseph dans son travail corporel, en quoi le Saint était assidu, pour sustenter à la sueur de son visage le Fils du Père Éternel, et Sa Mère. Et après que l'Enfant-Jésus eut grandi, Il aidait quelquefois saint Joseph en ce qui paraissait possible à Son âge; et d'autres fois Il faisait quelques miracles sans avoir égard aux forces naturelles, afin de soulager le Saint et de lui faciliter davantage le travail; parce qu'en ces matières ces merveilles étaient entre eux trois seulement.

 

DOCTRINE QUE ME DONNA LA REINE DU CIEL.



5, 2, 736. Ma fille, je t'appelle de nouveau dès ce jour pour être ma disciple et ma compagne dans la pratique de la Doctrine céleste que mon Très Saint Fils a enseignée à Son Église par le moyen des saints Évangiles et des divines Écritures. Je veux de toi que tu prépares ton coeur avec une diligence et une attention nouvelle, afin que tu reçoives la semence sainte et vivante (Luc 8: Cool de la parole du Seigneur comme une terre choisie et que son fruit soit cent pour un. Que ton coeur soit attentif à mes paroles; et joint à cela que ta lecture continuelle soit les Évangiles, et médite et pèse dans ton secret la Doctrine et les mystères que tu y comprendras. Écoute la voix de ton Maître et ton Époux. Il vous convie et vous appelle (Jean 6: 69) tous à entendre Ses paroles de Vie Eternelle. Mais l'erreur dangereuse de la vie mortelle est si grande qu'il y a très peu d'âmes qui veuillent écouter et comprendre (Matt. 7: 14) le chemin de la lumière. Plusieurs suivent le délectable que le prince des ténèbres leur présente; et marchent avec ces ténèbres ne sachant pas où ils dirigent leur fin. Le Très-Haut t'appelle, toi, par la voie et les sentiers de la Lumière véritable ; suis-la par mon imitation et tu obtiendras ton désir. Refuse-toi à tout ce qui est terrestre et visible; ne le connais ni ne le regarde

point, ne l'aime point et n'y fais point attention: évite d'être connue; que les créatures n'aient en toi aucune part, garde ton secret et ton trésor de la fascination humaine et diabolique. Tu obtiendras tout cela si tu mets à exécution la Doctrine de l'Évangile que nous t'enseignons avec la perfection que tu dois, comme disciple de mon Très Saint Fils et la mienne. Et afin de t'obliger à une fin si haute, aie présent à la mémoire le bienfait que la disposition Divine t'a accordé en t'appelant pour être novice et ensuite professe de l'imitation de ma Vie, de ma Doctrine et de mes vertus en suivant mes traces; et de cet état passe au noviciat plus élevé et à la profession plus parfaite de la religion Catholique, t'ajustant à la Doctrine de l'Évangile et à l'imitation du Rédempteur du monde, courant après l'odeur de Ses vertus et par les droits sentiers de Sa vérité. Le premier état de ma disciple doit être une disposition pour l'être de mon Très Saint Fils et ces deux, pour obtenir le dernier état de l'union avec l'Être Immuable de Dieu. Et tous les trois sont des bienfaits d'une valeur incomparable qui te mettent dans l'obligation d'être plus parfaite que les sublimes Séraphins. Et la divine Droite te les a accordés pour te disposer, te préparer et te rendre compétente et capable de recevoir l'instruction, l'intelligence et la Lumière de Vie, de mes oeuvres, de mes vertus, de mes mystères et de mes sacrements, afin que tu les écrives. Et le Très-Haut Seigneur a daigné t'accorder cette Miséricorde libérale sans que tu l'aies méritée à cause de mon intercession et de mes prières. Et je les ai rendues efficaces en rémunération de ce que tu as soumis ton jugement craintif et pusillanime à la Volonté du Très-Haut et à l'obéissance de tes supérieurs qui t'ont manifesté et intimé à tant de reprises différentes l'ordre d'écrire ma Vie. La récompense la plus utile et la plus avantageuse pour ton âme est celle qui t'a été donnée dans ces trois états ou voies mystiques, très sublimes, mystérieuses, cachées à la prudence (Matt. 11: 25) charnelle et agréables à l'acceptation Divine. Elles contiennent des Doctrines très abondantes comme il t'a été enseigné et comme tu l'as expérimenté pour arriver à leur fin. Écris-les à part et fais-en un traité, car c'est la Volonté de mon Très Saint Fils. Que son titre soit celui que tu as promis dans l'introduction de cette Histoire et qui dit: «Les loi de l'épouse, le plus haut degré de son chaste amour et le fruit cueilli de l'Arbre de Vie de cette Histoire [a].


NOTES EXPLICATIVES

Extraites de celles de Don Creseto, à l'usage des prêtres.

5, 2, [a]. Livre 1, Intro, 9; voir aussi Livre 8, No. 808 concernant l'Arbre de Vie.
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Re: Marie d'Agreda "La Cité Mystique de Dieu" livre version numérisée

Message par sga le Mar 24 Avr 2018 - 18:36

CHAPITRE 3



La Très Sainte Marie et Saint Joseph montent à Jérusalem tous les ans conformément à la Loi et ils amènent avec eux l'Enfant-Jésus.

 

5, 3, 737. Quelques jours après que notre Reine et notre Dame fut de retour à Nazareth avec son Très Saint Fils et son époux Joseph, le temps arriva où le précepte de la Loi de Moïse obligeait les Israélites de se présenter à Jérusalem devant le Seigneur. Ce commandement obligeait trois fois l'année (Ex. 23: 14) comme on le voit dans l'Exode et le Deutéronome (Deut. 16: 1). Cependant, il n'obligeait point les femmes, mais les hommes (Ex. 23: 17); et pour cette raison elles pouvaient y aller par dévotion, ou n'y pas aller; parce qu'elles n'avaient pas de commandement ni non plus de prohibition. La divine Dame et son époux conférèrent de ce qu'ils devaient faire dans ces occasions. Le Saint était incliné à amener avec lui la grande Reine son Épouse et le divin Enfant, pour L'offrir de nouveau au Père Éternel, comme il le faisait toujours dans le Temple. Et la piété et le culte du Seigneur attiraient aussi la Très Pure Mère: mais comme Elle ne se décidait pas facilement en de semblables choses sans le conseil et la Doctrine de son Maître, le Verbe fait chair, Elle Le consulta sur cette détermination. Et celle qu'Ils prirent fut que saint Joseph irait deux fois l'année seul à Jérusalem, et que la troisième fois Ils monteraient tous Trois ensemble. Ces solennités auxquelles les Israélites allaient au Temple étaient: l'une celle des Tabernacles (Deut. 16: 13), l'autre celle des Semaines qui était pour la Pentecôte (Deut. 16: 9-10), et enfin celle des Azymes (Deut. 16: Cool qui était la Pâque de parasceve. Et à celle-ci ils montaient tous ensemble, le Très Doux Jésus, la Très Pure Marie et saint Joseph.

Elle durait sept jours et il y arriva ce que je dirai dans le chapitre suivant. Et aux deux autres fêtes, saint Joseph montait seul, sans l'Enfant ni la Mère.



5, 3, 738. Les deux fois dans l'année que le saint époux Joseph montait seul à Jérusalem, il faisait ce voyage pour lui et sa divine Épouse et au Nom du Verbe Incarné, avec la Doctrine et la faveur duquel le Saint allait rempli de grâces, de dévotion et de Dons célestes, offrir au Père Éternel l'offrande qui était réservée comme en dépôt pour son temps. Et dans l'intérim, comme substitut du Fils et de la Mère qui restaient, priant pour lui, il faisait dans le Temple de mystérieuses oraisons, offrant le sacrifice de ses lèvres. Et comme il y offrait et présentait Jésus et la Très Sainte Marie, son oblation était acceptable pour le Père Éternel au-dessus de tout ce que le reste du peuple Israélite offrait. Mais lorsque le Verbe fait homme et la Vierge-Mère montaient pour la fête de la Pâque en compagnie de saint Joseph, ce voyage était plus admirable pour lui et les courtisans du Ciel: parce que toujours cette procession solennelle que j'ai dite d'autres fois en de semblables occasion se formait composée des trois Voyageurs, Jésus, Marie et Joseph et les dix mille Anges qui les accompagnaient en forme humaine visible: et tous allaient avec la beauté resplendissante et la profonde révérence qu'ils avaient d'habitude, servant leur Créateur et leur Reine, comme je l'ai dit en d'autres voyages. Celui-ci était de presque trente lieues, distance de Nazareth à Jérusalem. Et le même ordre était gardé dans l'aller et le retour dans cet accompagnement et ce service des saints Anges, selon la nécessité et la disposition du Verbe fait chair.



5, 3, 739. Ils étaient plus longtemps dans ces voyages qu'en d'autres, car après qu'ils furent de retour de l'Égypte à Nazareth, l'Enfant-Jésus voulut les faire à pied: et ainsi Ils marchaient tous Trois, le Fils et les très saint Parents. Et il fallait aller lentement; parce que l'Enfant-Jésus, commença aussitôt à Se fatiguer pour le service du Père Éternel et pour notre bienfait; et Il ne voulait pas user de Sa Puissance immense pour éviter la fatigue du chemin; au contraire Il procédait comme homme passible donnant lieu ou permission aux causes naturelles d'avoir leurs effets propres, comme la fatigue était l'effet de la marche. Et quoique la première année qu'ils firent ce trajet la divine Mère et son époux eurent soin de soulager quelque peu l'Enfant-Dieu en Le prenant quelquefois dans leurs bras; néanmoins ce repos était très court, et ensuite Il alla toujours à pied. La Très Douce Mère ne Lui évitait pas cette peine; parce qu'Elle connaissait Sa Volonté de

souffrir; mais Elle Le menait d'ordinaire par la main et d'autres fois c'était le saint Patriarche Joseph. Et comme l'Enfant Se fatiguait et souffrait de la chaleur, la Très Prudente et Très Amoureuse Mère s'attendrissait et pleurait souvent par la compassion naturelle. Elle L'interrogeait sur le malaise qu'Il éprouvait et s'Il Se trouvait fatigué, et Elle essuyait Son divin Visage plus beau que les cieux et leurs luminaires. La Reine faisait tout cela à genoux avec une révérence incomparable. Et le divin Enfant lui répondait avec amabilité, et Il lui manifestait la complaisance avec laquelle Il acceptait ces travaux pour la gloire de Son Père Éternel et le bien des hommes. Ils s'occupaient à ces conférences et ces entretiens entremêlés de chants et de louanges divines une grande partie du chemin, comme je l'ai dit en d'autres voyages [a].



5, 3, 740. D'autres fois comme l'Auguste Reine et Souveraine regardait d'un côté les actions intérieures de son Très Saint Fils et d'un autre la perfection de Sa sainte Humanité déifiée, Sa beauté et Ses opérations dans lesquelles Sa grâce Divine allait en se manifestant; la manière dont Il allait en croissant dans l'Être et les opérations d'Homme parfait: et la Très Prudente Dame conférait (Luc 2: 19) de tout cela dans son Coeur, Elle faisait des actes héroïques de toutes les vertus et Elle s'enflammait et s'embrasait dans l'Amour Divin. Elle regardait aussi l'Enfant-Dieu comme Fils du Père Éternel et vrai Dieu, et sans manquer à l'amour de Mère naturelle et véritable, Elle était attentive à la révérence qu'Elle Lui devait comme à son Dieu et son Créateur: et tout cela se trouvait conjointement dans son Coeur très candide et très pur. L'Enfant allait souvent les cheveux flottant au vent, lesquels ne croissaient pas plus que le nécessaire et aucun ne Lui tomba jusqu'à ce que les bourreaux les Lui arrachèrent: et à cette vue de l'Enfant-Jésus, la Très Douce Mère sentait d'autres effets et des affections pleines de suavité et de sagesse. Et tout ce qu'Elle faisait intérieurement et extérieurement était un sujet d'admiration pour les Anges et très agréable à son Très Saint Fils et son Créateur.



5, 3, 741. En tous ces voyages que le Fils et la Mère firent au Temple, ils opéraient des Oeuvres héroïques pour le bien des âmes; car Ils en convertissaient plusieurs à la connaissance de Dieu, Ils les tiraient du péché et Ils les justifiaient, les ramenant au chemin de la Vie Éternelle; quoiqu'ils opérassent tout cela d'une manière cachée, parce qu'il n'était pas encore temps pour le Maître de la sainteté, de Se manifester. Mais comme la divine Mère connaissait que ces Oeuvres étaient

celles que le Père Éternel avait recommandées (Jean 12: 49) à Son Fils et qu'elles devaient alors s'exécuter en secret, Elle y concourait comme instrument de la Volonté du Rédempteur du monde; mais couvert et dissimulé. Et afin de se gouverner en tout avec plénitude de Sagesse, la Très Prudente Reine consultait et interrogeait toujours l'Enfant-Dieu sur tout ce qu'ils devaient faire dans ces pérégrinations, en quel lieu et en quelles hôtelleries ils devaient aller; parce que la Princesse du Ciel connaissait que dans ces résolutions son Très Saint Fils disposait les moyens opportuns pour les Oeuvres admirables que Sa Sagesse avait prévues et déterminées.



5, 3, 742. Ils passaient parfois les nuits dans les hôtelleries et d'autres fois dans les champs, car ils y demeurèrent quelque fois; mais en quelque lieu que ce fût, l'Enfant-Dieu et Sa Très Pure Mère ne se séparaient point L'un de L'autre. La grande Dame assistait toujours auprès de son Fils et son Maître et Elle était attentive à Ses actions pour les imiter et les suivre en tout. Elle faisait la même chose dans le Temple où Elle connaissait et regardait les oraisons et les demandes que le Verbe Incarné faisait à Son Père Éternel, et comment, Il S'humiliait selon l'Humanité en laquelle Il était inférieur et comment Il reconnaissait les Dons qu'Il recevait de la Divinité avec une révérence profonde. Et parfois la Bienheureuse Mère entendait la voix du Père qui disait: «Celui-ci est Mon Fils bien-aimé en qui J'ai mes délices et mes complaisances (Matt. 17: 5).» D'autres fois l'Auguste Souveraine regardait et connaissait que son Très Saint Fils priait le Père Éternel pour Elle et la présentait comme Sa vraie Mère; et cette connaissance lui causait une jubilation incomparable. Elle connaissait aussi comment Il priait pour le genre humain et qu'Il offrait Ses Oeuvres et Ses travaux au Père Éternel pour toutes ces fins. Elle L'imitait, Le suivait et L'accompagnait dans ces prières.



5, 3, 743. Il arrivait aussi d'autres fois que les saint Anges faisaient des cantiques et une musique très suave au Verbe fait homme quand Ils entraient dans le Temple, comme aussi dans les chemins; et l'heureuse Mère les écoutait et les voyait, et Elle comprenait tous ces mystères, étant remplie d'une Lumière et d'une Sagesse nouvelles; et son Coeur très pur s'embrasait et s'enflammait dans l'Amour Divin. Et le Très-Haut lui communiquait de nouveaux Dons et de nouvelles faveurs, et il n'est pas possible de les comprendre dans mes courtes raisons. Mais par ces Dons le Seigneur la prévenait et la préparait pour les afflictions qu'Elle

devait souffrir; parce que souvent, après de tels Bienfaits, les affronts, les ignominies et les douleurs que son Très Saint Fils devait souffrir dans cette cité de Jérusalem lui étaient représentés comme dans une mappemonde. Et afin qu'elle pût considérer aussitôt tout cela en Lui avec plus de douleur, Sa Majesté avait coutume de Se mettre en même temps à prier devant sa Très Douce Mère et en sa présence; et comme Celle-ci Le regardait avec la Lumière de la Sagesse divine et L'aimait conjointement comme son Dieu et son Fils véritable, Elle était transpercée du glaive pénétrant (Luc 2: 35) que Siméon lui avait prédit; et Elle répandait beaucoup de larmes en prévoyant les injures que son Très Doux Fils devait recevoir (Is. 53: 3), les peines et la mort ignominieuse (Sag. 2: 20) qu'ils devaient Lui donner; et que cette beauté au-dessus de tous les enfants des hommes (Ps. 44: 3) serait enlaidie plus que celle d'un lépreux (Is. 53: 4) et que ses yeux verraient tout cela. Pour apaiser quelque peu sa douleur, l'Enfant-Dieu avait coutume de Se tourner vers Elle et de lui dire de dilater son Coeur par la Charité qu'Elle avait pour le genre humain, et d'offrir ces peines qu'Ils souffriraient tous deux au Père Éternel pour le remède des hommes. Le Très Saint Fils et la Très Sainte Mère faisaient cette offrande ensemble, la Bienheureuse Trinité y prenant Ses complaisances; et Ils les appliquaient plus spécialement pour les fidèles et en particulier pour les prédestinés qui devaient profiter des mérites et de la Rédemption du Verbe Incarné. Dans ces occupations Jésus et Marie passaient très doucement les jours en particulier où ils montaient pour visiter le Temple de Jérusalem.



DOCTRINE QUE ME DONNA LA TRÈS SAINTE MARIE.



5, 3, 744. Ma fille, si tu considères le poids de tes obligations avec une pondération profonde et attentive, le travail que tu auras pour accomplir les commandements et la sainte Loi du Seigneur dont je t'ai chargée plusieurs fois te paraîtra très facile et très doux (Matt. 11: 30). Ce doit être le premier pas de ton pèlerinage, comme le principe et le fondement de toute la perfection chrétienne. Mais je t'ai enseigné plusieurs fois que l'accomplissement des préceptes du Seigneur doit être non avec froideur et tiédeur, mais avec toute ferveur et dévotion, parce que cette dévotion t'obligera et te portera à ne point te contenter seulement d'une vertu commune, mais à t'avancer à plusieurs oeuvres volontaires, ajoutant par amour ce que Dieu n'impose point par obligation: car c'est une

industrie de Sa sagesse, afin de Se donner pour obligé à l'égard de Ses amis et de Ses serviteurs, comme Il veut l'être de toi. Considère, ma très chère, que le chemin de la vie mortelle à l'éternelle est long, pénible et dangereux, long par la distance (3 Rois 19: 7); pénible par la difficulté (Matt. 7: 14), dangereux par la fragilité humaine et l'astuce des ennemis. Et surtout le temps (1 Cor. 7: 29) est court, la fin incertaine (Eccles. 9: 2) et cette fin est, bienheureuse et fortunée (Matt. 25: 34 et 41) ou malheureuse et infortunée: et l'une et l'autre sont irrévocables (Eccles. 11: 3). Et depuis le péché d'Adam, la vie animale et terrestre des mortels est puissante (Job 7: 20) contre ceux qui la suivent; les chaînes des passions sont fortes, la guerre est (Job 7: 1) continuelle; le délectable est présent aux sens et les fascine (Sag. 4: 12) facilement; l'honnête est plus caché dans ses effets et sa connaissance: et tout cela ensemble rend ce pèlerinage douteux dans son résultat et plein de péril et de difficultés.



5, 3, 745. Parmi tous ces dangers, celui de la chair n'est pas le moindre à cause de la faiblesse humaine; et pour cela et aussi parce qu'il est plus continuel et plus domestique il en renverse plusieurs de la grâce. Le moyen le plus court et le plus sûr pour le vaincre doit être pour toi comme pour tous les autres de disposer ta vie dans l'amertume et la douleur sans y accepter aucun repos ni aucun délice des sens, et de faire un pacte inviolable avec eux de ne point se dérégler ni s'incliner (Job 31: 1) plus que la force et la règle de la raison ne le permettent. A ce soin tu dois en ajouter un autre, qui est de tendre toujours par de fervents désirs au bon plaisir du Seigneur et à la fin dernière où tu désires arriver. Pour tout cela il te convient d'être toujours attentive à l'imitation de ce que je faisais, imitation à laquelle je te convie et t'appelle, avec le désir que tu arrives à la plénitude de la vertu et de la sainteté. Fais attention à la ponctualité et à la ferveur avec lesquelles j'opérais tant de choses; non parce que le Seigneur me les commandait, mais parce que je connaissais qu'elles étaient de Son plus grand agrément. Multiplie tes actes fervents, tes dévotions, tes exercices spirituels, et en tout cela les prières et les offrandes au Père Éternel pour le remède des hommes. Aide-les aussi par les exemples et les exhortations que tu pourras donner. Console les affligés, ranime les faibles, aide ceux qui sont tombés, et offre ton sang et ta vie pour tous s'il est nécessaire. Surtout, remercie mon Très Saint Fils de ce qu'Il souffre si bénignement la honteuse ingratitude des hommes sans manquer à leur bienfait et à leur conservation. Considère l'Amour invincible qu'Il a eu et qu'Il a, et comment je L'ai accompagné, et je L'accompagne encore maintenant dans cette Charité. Et

je veux que tu suives ton Époux et moi qui suis ta Maîtresse et une vertu si excellente.



NOTES EXPLICATIVES

Extraites de celles de Don Creseto, à l'usage des prêtres.

5, 3, [a]. Livre 4, No. 627 et 637.
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Re: Marie d'Agreda "La Cité Mystique de Dieu" livre version numérisée

Message par sga le Ven 27 Avr 2018 - 16:24

CHAPITRE 4



A l'âge de douze ans Jésus monte avec Ses parents à Jérusalem et Il y demeure caché d'eux dans le Temple.



5, 4, 746. Les très saints, Jésus, Marie et Joseph continuaient leurs voyages qu'ils faisaient au Temple, comme je l'ai déjà dit et la station qu'ils y faisaient dans le temps de la Pâque des Azymes: et l'Enfant-Dieu arrivant à Sa douzième année, lorsqu'il convenait déjà que les splendeurs de Son inaccessible Lumière commençassent à paraître, ils montèrent ensemble à Jérusalem comme ils avaient coutume. Cette solennité des Azymes durait sept jours, conformément à la disposition de la Loi; et le premier et le dernier étaient les plus célèbres. Pour cela nos Divins et Célestes Pèlerins s'arrêtaient à Jérusalem tout ce septénaire, célébrant la fête par le culte du Seigneur et les oraisons en usage chez les autres Israélites; bien que dans le sacrement caché ils fussent si singuliers et si différents de tous les autres. L'heureuse Mère et son saint époux recevaient respectivement en ces jours de la main du Seigneur des faveurs et des bienfaits au-dessus de toute pensée humaine.



5, 4, 747. Le septième jour de la solennité étant passé, ils se mirent en chemin pour retourner à Nazareth. Et au sortir de la cité de Jérusalem l'Enfant-Dieu quitta Ses parents sans qu'ils pussent y prendre garde (Luc 2: 43) et Il resta caché pendant qu'ils poursuivaient leur chemin, ignorant l'événement. Pour exécuter cela, le Seigneur Se servit de la coutume et du concours du peuple. Comme ce concours était si grand dans ces solennités, les étrangers avaient coutume de se diviser par bandes, les femmes se séparant des hommes pour la décence et la réserve convenables. Les enfants qu'ils amenaient à ces fêtes accompagnaient leurs pères ou leurs mères [a] indistinctement; parce qu'en cela il n'y avait pas de danger d'inconvenance: ainsi saint Joseph put penser que l'Enfant-Jésus allait en compagnie de Sa Très Sainte Mère avec laquelle il était d'habitude; et il ne pouvait pas imaginer qu'Elle irait sans Lui; parce que la divine Reine L'aimait, et Le connaissait au-dessus de toute créature humaine et angélique. L'Auguste Dame n'avait pas tant de raisons pour juger que son Très Saint Fils allât avec le Patriarche saint Joseph; mais le Seigneur même la divertit par d'autres pensées divines et saintes, afin qu'elle n'y fit pas attention au commencement, et qu'ensuite lorsqu'elle se reconnut seule et sans son bien-aimé et Très Doux Fils, Elle pensât que le glorieux saint Joseph le menait avec lui et que le Seigneur des Cieux l'accompagnait pour sa consolation.



5, 4, 748. Les très saint époux, Marie et Joseph cheminèrent tout un jour (Luc 2: 44) avec cette présomption, comme dit saint Luc. Et lorsque les étrangers sortaient et s'éloignaient de la ville, chacun se réunissait ensuite à sa femme ou à sa famille. La Très Sainte Marie et son époux se retrouvèrent dans le lieu où ils devaient se réunir et passer la première nuit ensemble, après la sortie de Jérusalem. Et la grande Dame voyant que l'Enfant-Dieu ne venait pas avec saint Joseph comme Elle l'avait pensé et le saint Patriarche ne le trouvant point avec Sa Mère, ils demeurèrent tous deux presque muets d'épouvante et d'étonnement sans pouvoir même parler pendant quelque temps. Et chacun, gouvernant respectivement son jugement par sa très profonde humilité, se donnait la faute à soi-même de n'avoir pas été attentif en laissant leur Très Saint Fils se perdre de vue; parce qu'ils ignoraient le Mystère et la manière dont Sa Majesté l'avait exécuté. Les divins Époux reprirent un peu haleine et ils conférèrent de ce qu'ils devaient faire avec une douleur souveraine. Et l'amoureuse Mère dit à saint Joseph: «Mon époux et mon seigneur, mon Coeur n'aura point de repos si nous ne retournons en toute diligence chercher mon Très Saint Fils.» C'est ce qu'ils firent,

commençant leurs recherches parmi leurs parents et leurs amis; et nul ne put leur en donner de nouvelles, ni adoucir leur douleur; bien au contraire, elle fut augmentée de nouveau par leurs réponses qu'ils ne L'avaient point vu dans le chemin depuis Jérusalem.

 

5, 4, 749. La Mère affligée se tourna vers ses saints Anges. Et ceux qui portaient cet insigne du Très Saint Nom de Jésus dont j'ai parlé dans la Circoncision étaient demeurés avec le même Seigneur, et les autres accompagnaient Sa Très Pure Mère; et cela arrivait toujours lorsqu'ils se séparaient. A ceux-ci qui étaient au nombre de dix mille, leur Reine demanda et dit: «Mes amis et mes compagnons, vous savez bien la juste cause de ma douleur; je vous prie d'être ma consolation dans cette affliction amère, en me donnant connaissance de mon Bien-Aimé (Cant. 3: 2), afin que je Le cherche et que je Le trouve. Donnez quelque soulagement à mon Coeur affligé qui, étant absent de son Bien et de sa Vie se sort de son lieu pour Le chercher.» Les saints Anges qui savaient la Volonté du Seigneur de donner à Sa Très Sainte Mère cette occasion de si grand mérite, et qu'il n'était point temps de lui manifester le sacrement, quoiqu'ils ne perdissent point de vue leur Créateur et notre Réparateur, lui répondirent en la consolant par d'autres raisons`mais ils ne lui dirent point alors où était son Très Saint Fils, ni les occupations qu'Il avait. Par cette réponse et par de nouveaux doutes qu'ils causèrent à la Très Prudente Dame, ses inquiétudes, ses larmes et ses soupirs s'accrurent avec une douleur souveraine, pour chercher avec diligence, non la drachme perdue (Luc 15: Cool, comme l'autre femme de l'Évangile, mais tout le Trésor du Ciel et de la terre.



5, 4, 750. La Mère de la Sagesse discourait avec Elle-même, formant dans son Coeur diverses pensées. Et la première qui se présenta fut si Archélaüs [b, imitant la cruauté de son père Hérode, avait eu connaissance de l'Enfant-Jésus et l'avait pris. Et quoiqu'Elle sût par les divines Écritures (Sag. 2: 13; Is. 53: 2; Dan. 9: 26), les révélations et la Doctrine (Jean 7: 30) de son Très Saint Fils et son Maître divin que le temps de la Passion et de la Mort de son Rédempteur et le nôtre n'était pas arrivé et qu'ils ne Lui ôteraient pas alors la vie; Elle arriva néanmoins à soupçonner et à craindre qu'ils L'eussent mis en prison et qu'ils Le maltraitassent. Elle soupçonna aussi avec une humilité très profonde si par aventure Elle ne L'avait point dégoûté par son service et son assistance; et s'Il

S'était retiré au désert avec Son futur précurseur saint Jean. D'autres fois parlant avec son Bien-Aimé absent, Elle Lui disait: «Doux Amour et gloire de mon âme, avec le désir que Vous avez de souffrir pour les hommes, vous n'éviterez aucun travail, ni aucune peine (Héb. 10: 5) par Votre immense Charité; au contraire, je pense, ô mon Maître et mon Seigneur, que Vous les cherchez intentionnellement (Is. 53: 7). Où irai-je? Où Vous trouverai-je, Lumière de mes yeux (Tob. 10: 4)? Voulez-Vous que ma vie défaille par le glaive qui le sépare de Votre présence? Mais je ne m'étonne pas, mon Bien-Aimé, que Vous châtiiez par Votre absence Celle qui ne sut point profiter du bienfait de Votre compagnie. Pourquoi, Seigneur, m'avez-Vous enrichie des douces joies de Votre enfance, si je devais manquer sitôt de Votre aimable assistance et de Votre Doctrine? Mais, hélas! si je n'ai pu mériter de Vous avoir pour Fils et de jouir de Vous pendant ce temps, je confesse que je dois Vous remercier de ce que Votre bonté a voulu m'accepter pour esclave (Luc 1: 48). Puis étant Votre indigne Mère, si je puis me prévaloir de ce titre pour Vous chercher comme mon Dieu et mon Bien, donnez-moi, Seigneur, permission de le faire et accordez-moi ce qui me manque pour être digne de Vous trouver, car avec Vous je vivrais dans le désert, dans les travaux, les peines, les tribulations en quelque part que Vous soyez. O mon Maître, mon âme désire que par les douleurs et les tourments Vous me laissiez mériter en partie, ou de mourir si je ne Vous trouve, ou de vivre à Votre service et en Votre compagnie. Lorsque Votre Être divin se cacha de mon intérieur, la présence de Votre aimable Humanité me resta, et quoique sévère et moins caressante que de coutume, je trouvais Vos pieds pour m'y prosterner; mais à présent je suis privée de ce bonheur, et le Soleil qui m'illuminait m'a été caché de toute manière et il ne me reste que les angoisses et les gémissements. Ah! Vie de mon âme, que de soupirs je peux exhaler vers Vous de l'intime de mon Coeur, mais ils ne sont pas dignes de Votre grande clémence, puisque je n'ai point connaissance où mes yeux Vous trouveront.»



5, 4, 751. La Très Candide Colombe persévéra dans les larmes et les gémissements, sans se reposer, sans se calmer, sans dormir ni manger le trois jours continus. Et quoique les dix mille Anges l'accompagnassent en forme humaine et la regardassent si affligée et si douloureuse, néanmoins ils ne lui manifestaient pas où Elle trouverait l'Enfant perdu. Le troisième jour la grande Reine se résolut d'aller Le chercher au désert où était saint Jean, parce qu'Elle était inclinée à croire que son Très Saint Fils était avec lui, puisqu'Elle ne trouvait point d'indice qu'Archélaüs L'eut fait arrêter. Et lorsqu'Elle voulut exécuter cette détermination

et diriger ses pas à cette fin, les saints Anges la retinrent et lui dirent de ne point aller au désert, parce que le Verbe divin Incarné n'y était pas. Elle détermina aussi d'aller à Bethléem, pensant peut-être qu'Il était dans la campagne où Il était né. Les saints Anges la détournèrent encore de faire cette diligence, disant que le Seigneur n'était pas si loin. Et quoique la Bienheureuse Mère écoutât ces réponses, et connût que ces sublimes esprits n'ignoraient point où était l'Enfant-Jésus, Elle fut si prudente, si humble et si retenue avec sa rare prudence qu'Elle ne leur répliqua point ni Elle ne leur demanda pas davantage où Elle Le trouverait, parce qu'Elle en inféra qu'ils le lui cachaient par la Volonté du Seigneur (2 Mach. 2: 9). C'était avec cette vénération que la Reine des Anges traitait les sacrements du Très-Haut et Ses ministres et Ses ambassadeurs. Et cet événement fut l'un de ceux qui se présentèrent et dans lesquels on pouvait découvrir davantage la grandeur de son Coeur royal et magnanime.



5, 4, 752. Tout ce que les Martyrs ont éprouvé et souffert n'arrive point à la douleur que la Très Sainte Marie eu dans cette occasion; la patience, la conformité et la souffrance de cette Dame n'eurent point d'égal ni ne peuvent en avoir; parce que la perte de son Très Saint Fils était au-dessus de toute chose créée. Sa connaissance, son amour et son estime surpassaient toute considération imaginable. Son doute était si grand, sans connaître la cause, comme je l'ai dit déjà. En outre le Seigneur la laissa pendant ces trois jours dans l'état commun qu'Elle avait coutume d'avoir lorsqu'Elle était privée des faveurs particulières et Elle se trouvait presque dans l'état ordinaire de la grâce, car, hors la vue et les entretiens des saint Anges, Il lui suspendit d'autres Dons et d'autres Bienfaits qu'Il communiquait fréquemment à son âme très sainte. De tout cela on connaîtra en partie quelle devait être la douleur de la divine et amoureuse Mère. Mais, ô prodige de sainteté, de prudence, de force et de perfection! avec une peine et une tribulation si excessives et si inouïes, elle ne se troubla point, Elle ne perdit point la paix intérieure ni l'extérieure, Elle n'eut point de pensée de colère, ni de désespoir, ni aucun mouvement ni aucune parole inégale, ni de tristesse ou de courroux désordonné, comme il arrive d'ordinaire aux autres enfants d'Adam dans les grandes afflictions; et même sans cela toutes leurs puissances et leurs passions se déconcertent! Malgré toutes ses afflictions la Maîtresse des vertus opéra avec une harmonie et une consonance céleste. Et quoique sa douleur lui eût blessé le Coeur, et que cette douleur fût sans mesure, Elle eut pourtant une mesure dans toutes ses actions et Elle n'eut point de cesse ni de manquement dans la révérence

et la louange du Seigneur, Elle ne fit point d'intervalle dans ses oraisons et ses prières pour le genre humain et pour qu'il lui fût concédé de trouver son Très Saint Fils.



5, 4, 753. Elle Le chercha pendant trois jours continus avec cette Sagesse divine et cette diligence souveraine, interrogeant différentes personnes et discourant et donnant des signes de son Bien-Aimé aux filles de Jérusalem (Cant. 5: 10-11), parcourant la cité par les rues et les places (Cant. 3: 2), accomplissant dans cette occasion ce que Salomon dit de cette Dame dans les Cantiques. Certaines femmes l'interrogeaient pour savoir quels étaient les signes (Cant. 5: 9) de son unique Enfant qui était perdu; et Elle répondait avec ceux que l'Épouse dit en son Nom: «Mon Bien-Aimé est blanc et coloré, choisi entre mille.» Une femme entre autres l'ayant entendue lui dit: «Cet Enfant avec les mêmes signes arriva hier à ma porte pour demander l'aumône et je la lui donnai; et Sa grâce et Sa beauté m'ont ravi le coeur. Et lorsque je Lui donnai l'aumône, je sentis dans mon intérieur une douce force et une compassion bien vive de voir un enfant si gracieux pauvre et abandonné.» Telles furent les premières nouvelles que la douloureuse Mère reçut de son Fils unique à Jérusalem. Et respirant un peu dans sa douleur Elle poursuivit ses recherches, et quelques autres femmes lui dirent, presque la même chose. Avec ces indices, Elle dirigea ses pas vers l'hôpital de la cité, jugeant qu'Elle trouverait avec les pauvres l'Artisan et l'Époux de la pauvreté, comme parmi ses frères et ses amis légitimes (Matt. 25: 40). Et s'informant de Lui, ils répondirent que l'Enfant qui avait ces signes les avait visités ces jours-là, leur apportant quelques aumônes et les laissant très consolés dans leurs afflictions [c].



5, 4, 754. Tous ces indices et ces signes causaient dans la divine Souveraine des affections très douces et très tendres qu'Elle envoyait de l'intime de son Coeur à son Fils secret et caché. Et il lui vint ensuite en pensé que puisqu'Il n'était point avec les pauvres Il devait êtres sans doute dans le Temple comme dans la maison de Dieu et de l'oraison. A cette pensée les saints Anges lui répondirent: «Notre Reine et notre souveraine, Votre consolation est très proche; bientôt Vous verrez la Lumière de Vos yeux, pressez le pas et arrivez au Temple.» Le glorieux Patriarche saint Joseph vint en la présence de son épouse dans cette circonstance; car pour doubler les diligences il avait pris un autre chemin pour chercher l'Enfant-

Dieu. Et il avait aussi été avisé par un autre Ange d'aller au Temple. Il avait souffert une affliction et une douleur incomparables et excessives pendant ces trois jours, courant d'un côté et de l'autre, parfois avec sa divine Épouse, d'autres fois sans Elle et avec une peine très grave. Et sa vie eût été dans un danger manifeste, si la main du Seigneur ne l'eût point confortée et si la Très Prudente Reine ne l'eût consolé et si Elle n'eût pris soin qu'il prît quelque nourriture et quelques moments de repos de sa grande fatigue; parce que son affection si vive et si véritable pour l'Enfant-Dieu le portait avec véhémence à Le chercher avec anxiété, sans se souvenir d'alimenter sa vie ni de se secourir la nature. Sur cet avis des saints Princes la Très Sainte marie et saint Joseph allèrent au Temple où il arriva ce que je dirai dans le chapitre suivant.



DOCTRINE QUE ME DONNA LA REINE DU CIEL

LA TRÈS SAINTE MARIE



5, 4, 755. Ma fille, les mortels savent par une expérience très souvent répétée que l'on ne perd point sans douleur ce que l'on aime et ce que l'on possède avec plaisir. Cette vérité si connue par les preuves doit réprouver les mondains et leur faire connaître le peu d'amour qu'ils ont envers leur Dieu et leur Créateur, puisqu'il y en a tant qui Le perdent et si peu qui se plaignent de cette perte; parce qu'ils ne méritent jamais de L'aimer ni de Le posséder par la force de la grâce. Et comme ils ne s'affligent point de perdre le Bien qu'ils n'aiment pas et qu'ils ne possédaient pas; c'est pourquoi, L'ayant perdu ils négligent de Le chercher. Mais il y a une grande différence dans ces pertes ou ces absences du Bien véritable; parce que ce n'est pas la même chose que Dieu Se cache pour l'examen de l'amour et l'augmentation des vertus, ou qu'Il s'en éloigne en punition des fautes. La première est une industrie de l'Amour divin et un moyen pour se communiquer davantage à la créature qui Le désire et Le mérite. La seconde est un juste châtiment de l'indignation Divine. Dans la première absence du Seigneur, l'âme s'humilie par la sainte crainte, l'amour filial et le doute où elle est de la cause de cette absence. Et quoique la conscience ne lui reproche rien, le coeur tendre et rempli d'amour connaît le danger, sent la perte et vient à être bienheureux, comme

dit le Sage; parce qu'il est toujours craintif (Eccles. 9: 1-2) au sujet de cette perte, et l'homme ne sait pas s'il est digne d'amour ou de haine de la part de Dieu et tout est réservé pour la fin. Et dans le temps de cette vie mortelle les mêmes choses arrivent communément au juste et au pécheur sans différence.



5, 4, 756. Ce danger, dit le Sage, est le pire et le plus grand de toutes les choses qui arrivent sous le soleil; parce que les impies et les réprouvés se remplissent de malice et de dureté de coeur avec une fausse et dangereuse sécurité voyant que les choses arrivent à eux et aux autres, sans différence et qu'on ne peut connaître avec certitude qui est l'élu ou le réprouvé, l'ami ou l'ennemi, le juste ou le pécheur; qui mérite la haine et qui, l'amour. Mais si les hommes recouraient sans passion et sans erreur à la conscience, elle répondrait à chacun la vérité qui lui convient de savoir; puis lorsqu'elle réclame (Luc 12: 57) contre les péchés commis, c'est une folie très honteuse de ne point s'attribuer à soi-même les maux et les dommages que l'on souffre et de ne point se reconnaître abandonné et sans la présence de la grâce et avec la perte du Tout et du Souverain Bien. Et si la raison était libre, le plus grand argument serait de ne pas sentir avec une intime douleur la perte ou le manque de la joie spirituelle et des effets de la grâce. Parce que le manque de ce sentiment dans une âme créée et ordonnée pour la félicité éternelle est un fort indice qu'elle ne la désire ni ne l'aime, puisqu'elle ne la cherche point avec diligence jusqu'à arriver à avoir quelque satisfaction et quelque prudente sécurité à laquelle elle peut arriver dans cette vie mortelle de n'avoir pas perdu le Souverain Bien par sa faute.



5, 4, 757. Je perdis mon Très Saint Fils quant à la présence corporelle et quoique je demeurasse avec l'espérance de Le retrouver, l'amour et le doute de la cause de Son absence ne me donnèrent point de repos jusqu'à ce que je vinsse à Le trouver. Je veux que tu imites cela, ma très chère, soit que tu Le perdes par ta faute ou par une industrie de Sa part. Et afin que ce ne soit pas par châtiment, tu dois te Le procurer avec tant de force que ni la tribulation, ni l'angoisse, ni la nécessité, ni le péril, ni la persécution, ni le glaive, ni le sublime, ni le profond ne puissent s'interposer (Rom. 8: 35) entre toi et ton Bien; puis si tu es fidèle comme tu le dois et si tu ne veux point Le perdre, nul ne sera assez puissant pour t'en priver, ni les Anges, ni les Principautés, ni les Puissances, ni aucune autre créature. Si fort est

le lien de Son amour et si fortes sont ses chaînes que nul ne peut les rompre si ce n'est la propre volonté de la créature.

NOTES EXPLICATIVES

Extraites de celles de Don Creseto, à l'usage des prêtres.

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Re: Marie d'Agreda "La Cité Mystique de Dieu" livre version numérisée

Message par sga le Ven 25 Mai 2018 - 17:41

CHAPITRE 5



Après trois jours la Très Sainte Marie et Joseph trouvent l'Enfant-Jésus dans le Temple disputant avec les docteurs.



5, 5, 758. Dans le chapitre précédent il a été répondu en partie au doute que quelques-uns peuvent avoir, comment notre Auguste Reine et Souveraine étant si attentive et si diligent à accompagner et à servir son Très Saint Fils Le perdit de vue pour qu'Il demeurât à Jérusalem. Et quoiqu'il suffise pour réponse que le Seigneur Lui-même le disposa ainsi, je dirai ici néanmoins quelque chose de plus de la manière dont la chose arriva sans négligence ni inadvertance volontaire de l'amoureuse Mère. Il est certain que bien que l'Enfant-Dieu Se servît du concours du peuple, Il usa d'un autre moyen surnaturel qui était presque nécessaire pour divertir l'attention de Sa soigneuse Mère et Sa compagne; parce que sans ce moyen Elle n'eût pas laissé de faire attention à ce que le Soleil qui la guidait dans toutes ses voies s'éloignait d'Elle. Il arriva qu'au moment où les hommes se séparaient des femmes, comme je l'ai déjà dit, le puissant Seigneur répandit en Sa divine Mère une vision intellectuelle de la Divinité avec laquelle la force de ce divine Objet l'appela et l'éleva toute à l'intérieur; et Elle demeura si abstraite, si embrasée et si élevée au-dessus des sens qu'Elle ne put en user pendant un très long intervalle de temps que pour poursuivre son chemin: et le reste du temps Elle demeura tout enivrée dans la suavité de la consolation Divine et de la vue du Seigneur (Cant 5: 1). Saint Joseph eut la cause que j'ai dite [a], quoique son intérieur aussi fût élevé dans une autre contemplation très sublime qui lui rendit l'erreur que l'Enfant allait avec Sa Mère plus facile et plus mystérieuse. Par ce moyen le Très Doux Jésus S'absenta de Ses parents et demeura à Jérusalem. Et lorsque la Reine revint à Elle longtemps après, se trouvant seule et, sans son Très Saint Fils Elle soupçonna qu'Il était avec son père putatif (Luc 2: 44).



5, 5, 759. Cela arriva très proche des portes de la cité où l'Enfant-Dieu retourna aussitôt, allant par les rues, et regardant avec la vue de Sa Science divine tout ce qui devait Lui arriver en cette ville, Il l'offrit à Son Père Éternel pour le salut des âmes. Il demanda l'aumône pendant ces trois jours pour ennoblir dès lors l'humble mendicité comme première-née de la sainte Pauvreté. Il visita les

hôpitaux des pauvres, les consolant tous, et Il partagea avec eux les aumônes qu'Il avait reçues; Il donna secrètement à quelques malades la santé du corps et à plusieurs celle de l'âme, les illustrant intérieurement et les ramenant au chemin de la Vie Éternelle. Et Il fit ces merveilles avec une plus grande abondance de grâce et de Lumière envers quelques-uns des bienfaiteurs qui Lui donnèrent l'aumône, commençant dès lors à accomplir la promesse qu'Il devait faire ensuite à Son Église: que celui qui reçoit le juste (Matt. 10: 41) et le prophète en qualité de prophète, recevra la solde et la récompense du juste et du prophète.



5, 5, 760. S'étant occupé à ces oeuvres et d'autres de la Volonté du Père Éternel, Il alla au Temple. Et le jour, que dit l'Évangéliste saint Luc, les rabbins qui étaient maîtres et docteurs de la Loi (Luc 2: 46), se réunirent dans un lieu où l'on conférait de certains doutes et de certains points des Écritures. En cette circonstance l'on disputait de la venue du Messie, car depuis quelques années la rumeur s'était répandue parmi le peuple que déjà le temps de Sa venue était accompli et qu'Il était dans le monde, quoiqu'inconnu; cette croyance s'était accrue surtout par les nouveautés et les merveilles qui s'étaient accomplies à la naissance du Baptiste et aussi par la visite des Rois de l'Orient. Ils étaient tous assis à leurs places avec l'autorité que les maîtres et ceux qui se tiennent pour savants ont coutume de représenter. L'Enfant-Jésus s'approcha de l'assemblée de ces magnats; et celui qui était Roi des rois et Seigneur des seigneurs (Apoc. 19: 16), la Sagesse infinie (1 Cor. 1: 24) Elle-même et Celui qui corrige les Sages (Sag. 7: 15) Se présenta devant les docteurs du monde comme humble disciple manifestant qu'Il S'approchait pour écouter ce qui se disputait et Se rendre capable de la matière dont on y conférait: qui était de savoir si le Messie promis était venu, ou si le temps où Il devait venir au monde était arrivé.



5, 5, 761. Les opinions des lettrés variaient beaucoup sur cet article, les uns affirmant et les autres niant. Et ceux qui niaient alléguaient certains témoignages des Écritures et des prophéties entendues avec la grossièreté que dit l'Apôtre: «La lettre tue lorsqu'elle est entendue sans l'esprit (2 Cor. 3: 6).» Parce que ces sages avec eux-mêmes affirmaient que le Messie devait venir dans une majesté et une grandeur royale et donner la liberté à Son peuple par la force et Sa grande Puissance, le rachetant temporellement de toute servitude des Gentils, et il n'y avait point d'indice de cette Puissance et de cette liberté dans l'état où étaient les

Hébreux, incapables de secouer le joug et la domination des Romains. Ce sentiment eut une grande force dans ce peuple charnel et aveugle; parce qu'ils entendaient pour eux seuls la majesté et la grandeur du Messie promis et la rédemption qu'Il venait accorder à Son peuple avec Sa grande Puissance qu'ils croyaient devoir être temporelle et terrestre comme toutefois les Juifs aveuglés (Is. 6: 10) par le voile (2 Cor. 3: 15) qui obscurcit leurs coeurs l'attendent encore aujourd'hui. Et ils n'arrivent point à connaître que la gloire, la majesté et la Puissance de notre Rédempteur et la liberté qu'Il vint donner au monde n'est pas terrestre, temporelle et périssable; mais céleste, spirituelle et éternelle; et non seulement pour les Juifs quoiqu'elle leur ait d'abord été offert, mais pour tout le genre humain d'Adam sans distinction.



5, 5, 762. Jésus, le Maître de la Vérité reconnut que la dispute se concluait à cette erreur; car bien que quelques-uns s'inclinassent vers la raison contraire, ils étaient peu nombreux et ils restaient opprimés par les raisons et l'autorité des autres. Et comme Sa divine Majesté était venue au monde pour rendre témoignage à la Vérité (Jean 18: 37) qui est Lui-même, Il ne voulut point consentir à ce que la tromperie et l'erreur contraire demeurât établie par l'autorité des sages dans cette circonstance où il importait si fort de la manifester Sa Charité immense ne souffrit point de voir cette ignorance de Ses Oeuvres et de Ses Fins très sublimes dans les docteurs qui devaient être des ministres compétents de la Doctrine véritable afin d'enseigner au peuple le chemin de la Vie et de faire connaître l'Auteur de cette Vie, notre Réparateur. L'Enfant-Dieu S'approcha davantage de la discussion pour manifester la grâce qui était répandue (Ps. 44: 3) sur Ses lèvres. Il entra au milieu de tous ces docteurs avec une majesté et une beauté très rares, comme désirant interroger sur quelque doute. Et par son air agréable, il éveilla dans ces sages le désir de L'écouter avec attention.



5, 5, 763. L'Enfant-Dieu parla et dit: «J'ai écouté et entendu entièrement le doute dont il a été traité touchant la venue du Messie et la solution qu'on y a donnée. Et afin de proposer ma difficulté au sujet de cette détermination Je rappelle que les Prophètes disent que Sa venue sera avec une grande Puissance et une grande Majesté, comme il a été rapporté ici avec les témoignages allégués. Parce qu'Isaïe dit qu'Il sera notre Législateur et notre Roi (Is. 33: 22), qu'Il sauvera Son peuple; et Il affirme en un autre endroit qu'Il viendra de loin (Is. 30: 7) avec

une grande fureur; David assure qu'Il embrassera tous Ses ennemis (Ps. 96: 3); Daniel affirme (Dan. 7: 14) que toutes les tribus et les nations le serviront. L'Ecclésiastique dit qu'Il viendra avec Lui une grande multitude de saints (Eccli. 24: 3). Et les Prophètes et les autres Écritures sont remplies de semblables promesses, pour manifester Sa venue avec des signes très clairs et très patents si on les regarde avec Lumière et attention. Mais le doute se fonde en ces endroits et en d'autres des Prophètes, car tous doivent être également véritables, quoiqu'ils paraissent contraires en apparence. Et ainsi il est nécessaire qu'ils s'accordent donnant à chacun le sens dans lequel il peut et doit convenir avec l'autre. Ainsi donc, comment entendrons-nous maintenant ce que dit le même Isaïe, qu'Il viendra de la terre des vivants et que personne ne pourra raconter Sa génération (Is. 53: Cool. Qu'Il sera rassasié d'opprobres, qu'Il sera conduit à la mort, comme la brebis à la boucherie et qu'Il n'ouvrira pas la bouche (Is. 53: 7). Jérémie affirme que les ennemis du Messie se réuniront pour Le persécuter et jeter du poison dans son pain (Jér. 11: 19) et effacer Son Nom de la terre, quoiqu'ils ne prévaudront point. David dit qu'Il sera L'opprobre du peuple et des hommes et qu'Il sera foulé aux pieds et méprisé (Ps. 21: 7) comme un ver de terre. Zacharie annonce qu'Il viendra doux et humble assis sur une humble bête (Zach. 9: 9). Et tous les Prophètes disent la même chose des signes que doit porter le Messie promis.»



5, 5, 764. «Mais comment sera-t-il possible» ajouta l'Enfant-Dieu, «d'ajuster ces prophéties les unes avec les autres, si nous supposons que le Messie doit venir avec la Majesté et la Puissance des armes pour vaincre tous les rois et les monarques avec violence et en répandant le sang d'autrui? Nous ne pouvons nier que devant venir deux fois, la première, pour racheter le monde et l'autre, pour le juger; les prophéties doivent être appliquées à ces deux avènements, donnant à chacun ce qui le regarde. Et comme les fins de ces deux avènements doivent être différents, les conditions le seront aussi, puisqu'Il ne doit pas faire le même office dans les deux, mais des offices très divers et contraires. Dans le premier Il doit vaincre le démon, le renverser de l'empire qu'il a acquis sur les âmes par le premier péché. Et pour cela Il doit en premier lieu satisfaire à Dieu pour tout le genre humain; et ensuite enseigner aux hommes le chemin de la Vie Éternelle par Ses paroles et Ses exemples et la manière de vaincre leurs ennemis et de servir et d'adorer leur Créateur et Rédempteur; de correspondre aux Dons et aux Bienfaits de Sa main et de bien en user. Il doit ajuster Sa Vie et Sa Doctrine à toutes ces fins dans Son premier avènement. Le second doit être pour demander un compte

exact à tous dans le jugement universel et donner à chacun la rétribution de Ses oeuvres bonnes ou mauvaises, châtiant Ses ennemis avec fureur et indignation. Et les Prophètes disent cela du second avènement.»



5, 5, 765. «Conformément à tout ceci, si nous voulons entendre que le premier avènement sera avec Puissance et Majesté, qu'Il régnera d'une mer à l'autre (Ps. 71: Cool, comme dit David, et que Son royaume sera glorieux, comme le disent d'autres Prophètes (Is. 52: 13; Jér. 30: 9; Ez. 37: 28; Zach. 9: 9), tout cela ne se peut entendre matériellement du royaume et de l'apparat sensible, majestueux et corporel, mais du nouveau royaume spirituel qu'Il fondera dans la nouvelle Église qui s'étendra par tout le globe avec Majesté, Puissance, richesse de Grâce et de Vertu contre le démon. Avec cette concordance toutes les Écritures demeurent uniformes, et sans quoi elles ne peuvent s'accorder entre elles. Et de ce que le peuple de Dieu est soumis aux Romains sans pouvoir rétablir son empire, non-seulement ce n'est pas un signe que le Messie n'est pas venu, mais c'est au contraire un témoignage infaillible qu'Il est déjà dans le monde, puisque notre Patriarche Jacob laissa ce signe afin que ses descendants Le connussent, lorsqu'ils verraient la tribu de Juda privée du sceptre (Gen. 44: 10) et du gouvernement d'Israël; et maintenant vous confessez que ni cette tribu de Juda, ni aucune autre n'espère avoir le gouvernement ni le recouvrer. Les semaines de Daniel (Dan. 9: 25) prouvent aussi tout cela, car il est indubitable qu'elles sont déjà accomplies. Et celui qui a mémoire se souviendra de ce que J'ai entendu dire, qu'il y a peu d'années on vit à Bethléem une grande splendeur; et il fut annoncé à de pauvres bergers (Luc : 9 et 11) que le Rédempteur était né; et ensuite des Rois guidées par une étoile (Matt. 2: 1), vinrent de l'Orient, cherchant le Roi des Juifs pour L'adorer. Et tout cela était ainsi prophétisé (Mich. 5: 2; Ps. 71: 10; Is. 60: 6). Et le roi Hérode, père d'Archélaüs le croyant infailliblement, fit mourir tant d'enfants, seulement pour ôter la vie entre tous au Roi qui était né (Matt. 2: 16) car il craignait qu'Il lui succédât dans le royaume d'Israël.»

5, 5, 766. L'Enfant-Jésus dit encore d'autres raisons, avec l'efficace de Celui qui en interrogeant enseignait avec une Puissance (Luc 4: 32) divine. Et les scribes et les lettrées qui L'écoutaient gardèrent tous le silence, et convaincus, ils se regardaient les uns les autres; et ils se demandaient avec une grande admiration (Luc 2: 47): «Quelle est cette merveille? Quel Enfant prodigieux! D'où vient-Il et

de qui est-Il le Fils?» Mais demeurant dans cette admiration, ils ne connurent ni ne soupçonnèrent point qui était Celui qui les enseignait ainsi et les éclairait sur une vérité si importante. Dans cette circonstance et avant que l'Enfant-Dieu eut achevé Son raisonnement arrivèrent Sa Très Sainte Mère et le saint époux, juste à temps pour entendre Ses dernières paroles. Et l'argument concluant, tous les docteurs de la Loi se levèrent avec étonnement et remplis d'admiration. La divine Dame absorbée dans la joie qu'Elle éprouvait, s'approcha de son Fils très aimant et Lui dit en présence de tous les assistants ce que saint Luc rapporte (Luc 2: 48): «Mon Fils, pourquoi en avez-Vous agi ainsi? Voyez que Votre père et moi, nous Vous cherchions remplis de douleur.» La divine Mère fit cette amoureuse plainte avec une affection et une révérence égales, L'adorant comme Dieu et Lui représentant son affliction comme à son Fils. Sa Majesté lui répondit (Luc 2: 49): «Mais pourquoi me cherchiez-vous? Ne savez-vous point qu'il Me faut prendre soin des choses qui regardent Mon Père?»



5, 5, 767. L'Évangéliste dit qu'ils ne comprirent point le mystère de ces paroles; parce qu'Il le cacha alors à la Très Sainte Marie et à saint Joseph. Et cela procéda de deux causes; l'une parce que la joie intérieure qu'ils eurent de cueillir ce qu'ils avait semé avec larmes les transporta beaucoup, se voyant en la présence de leur riche Trésor qu'ils avaient trouvé. L'autre raison fut parce qu'ils n'arrivèrent pas à temps pour comprendre la matière qui avait été traitée dans cette dispute. Outre ces raisons, il y en eut une autre pour notre Reine si attentive, et ce fut parce qu'il y avait un rideau qui lui cachait l'intérieur de son Très Saint Fils, dans lequel sans cela Elle aurait pu tout connaître; et ceci ne lui fut donc pas manifesté aussitôt, mais seulement plus tard. Les docteurs se retirèrent, conférant entre eux de la stupéfaction qu'ils avaient d'avoir entendu la Sagesse Éternelle, quoiqu'ils ne la connussent pas. Et la Très Heureuse Mère, demeurant presque seule avec son Très Saint Fils, Lui dit avec une affection maternelle et en Lui tendant les bras: «Permettez, mon Fils, à mon Coeur défaillant de Vous manifester sa douleur, et sa peine afin que ma vie ne se brise pas au milieu de cette peine si toutefois elle est utile pour Vous servir. Ne me rejetez point de Votre Face, recevez-moi digne de Vous, et ne me châtiez point par Votre absence.» L'Enfant-Dieu la reçut avec un air agréable et Il S'offrit à être son Maître et son Compagnon jusqu'au temps opportun et convenable. Avec cela le Coeur candide et enflammé de l'Auguste Souveraine se tranquillisa et ils cheminèrent vers Nazareth.



5, 5, 768. Mais s'étant un peu éloignés de Jérusalem, lorsqu'ils se trouvèrent seuls dans le chemin, la Très Prudente Reine se prosterna en terre, adora son Très Saint Fils et Lui demanda Sa bénédiction; parce qu'Elle ne l'avait point fait extérieurement lorsqu'Elle L'avait trouvé dans le Temple parmi le peuple, si avisée et si attentive Elle était pour ne perdre aucune occasion de pratiquer la plénitude de la sainteté. L'Enfant-Jésus la releva de terre et lui parla avec un air agréable et de douces raisons. Et ensuite Il lui tira le voile et lui manifesta de nouveau Son Âme très sainte et Ses opérations avec une profondeur et une clarté plus grandes qu'auparavant. Et la divine Mère connut dans l'intérieur du Fils de Dieu tous les Mystères et toutes les Oeuvres que le même Seigneur avait opérés dans ces trois jours d'absence. Elle comprit aussi tout ce qui s'était passé dans la dispute des docteurs et ce que L'Enfant leur avait dit et les raisons qu'Il avait eues pour ne point Se manifester plus clairement pour le véritable Messie; et Il révéla et manifesta à Sa Mère-Vierge plusieurs autres secrets et plusieurs sacrements cachés, et cette céleste Reine servait d'archives où étaient déposés et conservés tous les Trésors du Verbe Incarné afin qu'Elle donnât en tout et pour tout le retour de louange et de gloire qui était dû à l'Auteur de tant de merveilles. Et la Vierge-Mère fit tout cela avec l'agrément et l'approbation du même Seigneur. Ensuite Elle pria Sa Majesté de Se reposer un peu dans le champ et d'accepter quelque nourriture. Et Il la reçut de la main de Notre Dame, car Elle prenait soin de tout comme Mère de la Sagesse même (Eccli. 24: 24).



5, 5, 769. Dans le cours du voyage la divine Mère conféra avec son Très Doux Fils des Mystères qu'Il lui avait manifestés dans Son intérieur, touchant la dispute des rabbins. Et le Maître céleste L'informa de nouveau verbalement de ce qu'Il lui avait montré par l'intelligence; et Il lui déclara en particulier que ces scribes et ces savants n'arrivèrent point à connaître que Sa Majesté était le Messie à cause de la présomption et de l'arrogance qu'ils avaient de leur propre science; parce que leurs entendements étaient obscurcis par les ténèbres de l'orgueil qui les empêchaient de percevoir la Lumière divine, quoique celle que l'Enfant-Dieu leur proposa fût très grande et Ses raisons les eussent convaincus suffisamment s'ils eussent eu l'affection de leur volonté disposée par l'humilité et le désir de la Vérité. Et à cause de l'obstacle qu'ils mirent, ils ne la découvrirent pas quoiqu'elle fût si patente à leurs yeux. Notre Rédempteur convertit au Chemin du Salut

plusieurs âmes pendant ce voyage. Et Il prenait Sa Très Sainte Mère qui était présente pour Instrument de Ses merveilles; Il éclairait les coeurs de tous ceux à qui la divine Souveraine parlait par le moyen même de ses saintes admonitions et de ses raisons très prudentes. Ils donnèrent la santé à plusieurs malades, Ils consolèrent ceux qui étaient tristes et affligés et Ils répandirent de tous côtés la grâce et la miséricorde sans perdre aucun lieu ni aucune occasion opportune. Et parce que j'ai écrit certaines merveilles particulières semblables à celles-ci [b], en d'autres voyages qu'Ils firent, je ne me rallongerai pas maintenant à en rapporter d'autres, car il faudrait écrire plusieurs chapitres et passer beaucoup de temps pour les raconter toutes, tandis que d'autres choses plus précises de cette Histoire m'appellent.



5, 5, 770. Ils revinrent à Nazareth où ils s'occupèrent à ce que je dirai plus loin. L'Évangéliste saint Luc abrégeant, renferma en peu de paroles les Mystères de son Histoire en disant que l'Enfant-Jésus était soumis (Luc 2: 51) à Ses parents, ce qui s'entend de la Très Sainte Marie et de saint Joseph, et que Sa divine Mère conférait de tous ces événements les notant et les conservant dans son Coeur; et que Jésus croissait en sagesse, en âge et en grâce (Luc 2: 52) devant Dieu et devant les hommes et je parlerai plus loin de tout cela selon ce que j'en ai compris. Seulement, je rapporterai maintenant que l'obéissance et l'humilité de notre Maître et notre Dieu envers Ses parents furent un sujet d'admiration nouvelle pour les Anges. Et la dignité et l'excellence de Sa Très Sainte Mère le fut aussi, car Elle mérita que le même Dieu fait homme lui fût confié et assujetti, afin qu'avec le patronage de saint Joseph Elle disposât de Lui et Le gouvernât comme sa Chose propre. Et quoique cette sujétion et cette obéissance fût comme conséquente à la maternité naturelle, néanmoins pour user de ce droit de Mère dans le gouvernement de son Fils comme supérieure dans ce genre, il lui fut nécessaire d'avoir une grâce différente de celle qu'il fallait pour Le concevoir et L'enfanter. Et la Très Sainte Marie eut avec plénitude ces grâces convenables et proportionnées pour tous ces offices et ces ministères: et Elle eut cette plénitude si pleine et si abondante qu'Elle débordait sur le très heureux époux saint Joseph, afin qu'il fût lui aussi le digne père putatif du Très Doux Jésus et le chef de cette Famille.



5, 5, 771. La grande Reine correspondait de son côté par des actes héroïques. Et entre autres excellences, Elle eut une humilité presque incompréhensible et une reconnaissance remplie de dévotion de ce que Sa Majesté daignât demeurer en sa compagnie et revenir avec Elle. Ce bienfait que la divine Souveraine jugeait être si nouveau, d'autant qu'Elle s'en croyait indigne, augmenta dans son Coeur très fidèle la sollicitude et l'amour pour servir son Fils-Dieu. Et Elle était si incessante à Le remercier, si ponctuelle, si attentive et si soigneuse à Le servir toujours à genoux et égalée à la terre, que les sublimes Séraphins en étaient dans l'admiration. Outre cela Elle était très officieuse pour L'imiter dans toutes Ses actions comme Elle les connaissait, et Elle mettait toute son attention à les dépeindre et à les exécuter respectivement. Et avec cette plénitude de sainteté Elle avait blessé (Cant. 4: 9) le Coeur de Notre Seigneur Jésus-Christ, et Elle L'avait lié, selon notre manière de concevoir, par des chaînes (Os. 11: 4) d'un amour invincible. Et ce Seigneur étant obligé comme Dieu et comme Fils véritable de cette divine Princesse, il se trouvait à y avoir entre le Fils et la Mère une correspondance réciproque et un cercle divin d'Amour et d'Oeuvres qui s'élevait au-dessus de tout entendement créé. Parce que dans l'Océan de Marie entraient tous les riches courants de la grâce et des faveurs du Verbe Incarné; et cet océan ne débordait pas, parce qu'il avait la capacité et l'espace pour les recevoir, mais ces courants retournaient à leur Principe, l'heureuse Mère de la Sagesse les Lui renvoyant afin qu'ils revinssent une autre fois, comme si ces flux et reflux de la Divinité allassent entre le Fils et la Mère seulement. Tel est le mystère de ces humbles remerciements si souvent répétés de l'Épouse (Cant. 2: 16-17): «Mon Bien-Aimé est à moi et je suis à Lui, qui se repait parmi les lis, pendant que le jour s'approche et que les ombres s'enfuient.» Et d'autres fois (Cant. 6: 2): «Je suis à mon bien-Aimé et mon Bien-Aimé est à moi: Je suis à mon Bien-Aimé et Il se tourne vers moi.»



5, 5, 772. Le feu de l'Amour divin qui brûlait dans le coeur de notre Rédempteur, lequel était venu pour embraser la terre (Luc 12: 49), trouvant une matière proche et disposée, qui était le Coeur très pur de Sa Mère, accomplit et opéra avec une activité souveraine des effets si illimités que le même Seigneur seul peut les connaître comme Il a pu les opérer. J'avertis d'une seule chose dont l'intelligence m'a été donnée, et c'est que dans les démonstrations extérieures de l'Amour que le Verbe fait homme avait pour Sa Très Sainte Mère, Il mesurait les oeuvres et les signes, non par Son inclination naturelle de Fils, mais par l'état que

la grande Reine avait pour mériter comme Voyageuse; parce que Sa Majesté savait que si dans les démonstrations et les faveurs Il l'eût consolée autant que l'inclination de Son amour naturel de Fils pour une telle Mère le demandait, Il l'eût empêchée en quelque chose de mériter autant qu'il convenait par la jouissance continuelle des délices de son Bien-Aimé. Et pour cela le Seigneur retint en partie cette force naturelle de Sa propre Humanité, et Il donna lieu à ce que Sa divine Mère, bien que très sainte, opérât et méritât en souffrant étant privée de la douce et continuelle récompense qu'Elle eût pu avoir avec les faveurs visibles de son Très Saint Fils. Et pour cette raison, l'Enfant-Dieu gardait dans la conversation ordinaire plus de retenue et de gravité. Et bien que la Très Diligente Reine fût si soigneuse à Le servir et à Lui fournir et Lui préparer tout ce qui était nécessaire, et cela avec une révérence incomparable; néanmoins en cela son Très Saint Fils ne faisait pas autant de démonstrations que la sollicitude de Sa Mère en méritait de Lui.



DOCTRINE DE LA REINE DU CIEL, LA TRÈS SAINTE MARIE.



5, 5, 773. Ma fille, toutes les Oeuvres de mon Très Saint Fils et les miennes sont remplies d'une Doctrine mystérieuse et d'un enseignement Divin pour les mortels qui les considèrent avec une révérence attentive. Sa Majesté s'absenta de moi, afin que Le cherchant avec douleur et avec larmes (Ps. 125: 5) je Le trouvasse avec allégresse et fruit de mon esprit. Et je veux que tu m'imites dans ce mystère, Le cherchant avec une amertume telle, qu'elle excite en toi une sollicitude incessante, sans te reposer toute ta vie en aucune chose, jusqu'à ce que tu Le possèdes (Cant. 3: 4) et que tu ne Le quittes plus. Afin que tu comprennes mieux les sacrements du Seigneur, sache que Sa Sagesse infinie créa d'une telle manière les créatures capables de Son éternelle félicité, qu'Elle les posa dans la voie, mais absentes et douteuses d'elles-mêmes, afin qu'elles vivent toujours dans les sollicitudes et les douleurs jusqu'à ce qu'elles arrivent à Le posséder; et cette sollicitude engendre dans la même créature une crainte continuelle et une grande haine du péché ce par quoi seul elle peut perdre Dieu: afin que dans le tourbillon de la conversation humaine elle ne se laisse point enlacer ni envelopper dans les choses visibles et terrestres. Le Créateur aide cette sollicitude, ajoutant à la raison naturelle les vertus de Foi et d'Espérance qui sont le stimulant de l'amour par lequel la créature cherche et trouve sa dernière fin. Outre ces vertus et d'autres

qu'Il répand par le sacrement de Baptême, Il envoie des inspirations et des secours par lesquels Il excite et meut l'âme absente du même Seigneur, afin qu'elle ne L'oublie point et qu'elle ne s'oublie point elle-même tant qu'elle est privée de Son aimable Présence; mais au contraire, qu'elle poursuive sa carrière jusqu'à arriver à la fin désirée où elle trouvera tout le comble (Ps. 16: 15) de son inclination et de ses désirs.



5, 5, 774. De là tu comprendras l'ignorance honteuse des mortels et combien il y en a peu qui s'arrêtent à considérer l'ordre mystérieux de leur création et de leur justification et les Oeuvres du Très-Haut dirigées à une si haute fin. De cet oubli il s'ensuit tant de maux dont souffrent les créatures, prenant possession des biens terrestres et des plaisirs trompeurs, comme s'ils étaient leur félicité et leur fin dernière. Ceci est la souveraine perversité contre l'ordre du Créateur; parce que les mortels veulent jouir des choses visibles dans cette vie courte et transitoire comme si elles étaient leur dernière fin; tandis qu'ils doivent user des créatures que pour obtenir le Créateur et non pour le perdre. Considère donc, ma très chère, ce risque de la folie humaine; et tout le délectable, sa joie, son ris, juge tout cela pour une erreur (Eccles. 2: 2); et dis au consentement sensible qu'il se laisse tromper vainement, qu'il engendre la folie, qu'il enivre le coeur, qu'il empêche et détruit toute sagesse véritable. Vis toujours dans la sainte crainte de perdre la Vie Éternelle et ne te réjouis point hors du Seigneur jusqu'à ce que tu L'aies obtenue. Fuis la conversation humaine, crains ses dangers; et si Dieu te met en quelqu'un de ces dangers pour Sa gloire par le moyen de l'obéissance, quoique tu doives te fier à Sa protection, tu ne dois point cependant être lente et négligente à t'en préserver. Ne confie point ton naturel à l'amitié et à l'entretien des créatures; c'est en cela que consiste ton plus grand péril; parce que le Seigneur t'a donné une nature agréable et tendre, afin que tu t'inclines facilement à ne point Lui résister dans Ses Oeuvres et que tu emploies à Son Amour ce bien qu'Il t'a fait. Mais si tu donnes entrée à l'amour des créatures, elles te porteront sans doute à t'éloigner du Souverain Bien et à pervertir l'ordre et les Oeuvres de Sa Sagesse infinie. Et c'est une chose indigne d'employer le plus grand bienfait de la nature dans un objet qui ne soit pas le plus noble de cette même nature. Élève-toi au-dessus de tout ce qui est créé et au-dessus de toi-même (Lam. 3: 41). Relève les opérations de tes puissances et représente-leur le très noble Objet de l'Être de Dieu, celui de mon Fils Bien-Aimé et ton Époux qui est beau et agréable (Ps. 44: 3) entre tous les

enfants des hommes; et aime-Le de tout ton coeur, de toute ton âme et de tout ton esprit.



NOTES EXPLICATIVES

Extraites de celles de Don Creseto, à l'usage des prêtres.

5, 5, [a]. Livre 5, No. 747.

5, 5, [b. Livre 4, Nos. 624, 645, 667, 669, 704.
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Re: Marie d'Agreda "La Cité Mystique de Dieu" livre version numérisée

Message par sga le Sam 2 Juin 2018 - 9:36

CHAPITRE 6



Vision qu'eut la Très Sainte Marie lorsque l'Enfant-Jésus avait douze ans, pour continuer en Elle l'image et la doctrine de la Loi de l'Évangile.



5, 6, 775. Dans les chapitres 1 et 2 de ce livre, j'ai commencé ce que je dois poursuivre dans celui-ci et les suivants, non sans une juste crainte de mon discours embarrassé et insuffisant et beaucoup plus de la tiédeur de mon coeur pour traiter des sacrements cachés qui arrivèrent entre le Verbe Incarné et Sa Bienheureuse Mère pendant les dix-huit ans qu'ils furent à Nazareth, de retour de Jérusalem et de la dispute des docteurs, jusqu'à la trentième année du Seigneur lorsqu'Il sortit pour la prédication. Sur le rivage de cette mer de Mystères je me trouve toute troublée et intimidée, suppliant le très haut et très sublime Seigneur, avec une intime affection de mon âme de commander à un Ange de prendre la plume afin que ce sujet ne demeure point offensé; ou que Sa Majesté comme Puissant et Sage parle pour moi, qu'Il m'éclaire et qu'Il dirige mes puissances, afin que gouvernées par Sa divine Lumière, elles soient un instrument de Sa Volonté et de Sa Vérité seules et que la fragilité humaine n'y ait point de part dans l'insuffisance d'une femme ignorante.



5, 6, 776. J'ai déjà dit dans les chapitres cités comment notre grande Souveraine fut l'unique et première Disciple de son Très Saint Fils, Disciple élue entre toutes les créatures pour être l'Image choisie où s'estampât la nouvelle Loi de l'Évangile et de son Auteur et pour servir dans Sa nouvelle Église comme de Patron et d'Original unique, à l'imitation de laquelle tous les autres Saints pussent se former ainsi que les effets de la Rédemption des hommes. Le Verbe fait chair procéda dans cette Oeuvre comme un excellent artiste qui a compris l'art de la peinture dans toutes ses parties et ses conditions: car entre plusieurs Oeuvres de ses mains, Il tâche d'en achever une en toute perfection et habileté qui l'accrédite d'elle-même, qui publie la grandeur de son Auteur et qui soit comme un Exemplaire de toutes Ses Oeuvres. Il est certain que toute la sainteté et la gloire des Saints furent l'Oeuvre (Eph. 1: 3; Jean 1: 16) de l'Amour de Jésus-Christ et de Ses mérites; et tous ces Saints furent des Oeuvres parfaites de Ses mains: mais comparées avec la grandeur de la Très Sainte Marie, elles semblent petites et des imperfections de l'art: parce que tous les Saints en eurent quelques-unes. Seule cette vivante Image de son Fils Unique n'en eut point et le premier coup de pinceau qui fut donné dans sa formation fut de plus haute perfection que les dernières retouches des suprêmes esprits et des Saints. Elle est le modèle de toute la sainteté et de toutes les vertus des autres et le terme où arriva l'Amour de Jésus-Christ en une pure Créature; parce que la grâce et la gloire que la Très Sainte Marie put recevoir ne furent données à aucune et Elle reçut toutes celles qui purent être données à d'autres et son Très Béni Fils lui donna toutes celles qu'Elle put recevoir et qu'Il put lui communiquer [a].



5, 6, 777. La variété des saints et leurs degrés (Ps. 18: 1) exaltent en silence l'Artiste de toute sainteté, et les moindres et les petits rendent les grands plus grands, et ils exaltent tous ensemble la Très Sainte Marie, demeurant glorieusement surpassés par sa sainteté incomparable, et heureusement fortunés de la part en laquelle ils l'imitent, entrant dans cet ordre dont la perfection rejaillit sur tous. Et si la Très Pure Marie est la suprême Créature qui éleva au plus haut point l'ordre des Justes, par cela même Elle vient à être comme un Instrument ou un Motif de la gloire que les Saints ont en tel ou tel degré. Et dans la manière que Notre-Seigneur Jésus-Christ garda en formant cette Image de Sa sainteté, on voit quoique de loin sa perfection, si l'on prend garde combien Il travailla en Elle et

combien Il travailla dans tout le reste de l'Église. Pour fonder et enrichir cette Sainte Église, appeler les Apôtres, prêcher à Son peuple, établir la nouvelle Loi de l'Évangile, pour tout cela la prédication de trois ans suffit et pendant ce temps Il accomplit surabondamment cette Oeuvre que son Père Éternel lui avait recommandée (Jean 6: 38) et Il justifia et sanctifia tous les croyants: et pour imprimer dans Sa Bienheureuse Mère l'Image de Sa sainteté, il ne s'employa pas seulement trois ans, mais trois fois dix ans, opérant sans cesse en Elle avec la force de Sa Puissance et de Son Amour divin sans faire aucun intervalle où Il manquât d'ajouter à chaque heure grâces sur grâces, Dons sur Dons, Bienfaits sur Bienfaits, Sainteté sur Sainteté. Et après tout cela Elle resta en état de pouvoir être retouchée de nouveau par Lui avec ce qu'Elle reçut, après que son Très Saint Fils Jésus-Christ fut remonté vers Son Père, comme je le dirai dans la troisième partie. La raison se trouble, le discours défaille à la vue de cette Auguste Reine; parce qu'Elle fut élue comme le soleil (Cant. 6: 9), et sa splendeur ne permet pas d'être examinée par des yeux terrestres ou par aucune autre créature [b].



5, 6, 778. Notre Rédempteur Jésus-Christ commença à manifester cette Volonté envers cette divine Mère après qu'Ils furent revenus de l'Égypte à Nazareth comme je l'ai déjà dit [c], et toujours Il poursuivait Son office de Maître en l'enseignement et par le pouvoir Divin qui l'illustrait avec de nouvelles intelligences des Mystères de l'Incarnation et de la Rédemption. Après qu'ils furent revenus de Jérusalem lorsque l'Enfant-Dieu avait douze ans, la grande Reine eut une vision de la Divinité non intuitive, mais par espèces; néanmoins très sublime et remplie de nouvelles influences de la même Divinité et de connaissances des secrets du Très-Haut. Elle connut spécialement les décrets de l'Entendement et de la Volonté du Seigneur par rapport à la Loi de grâce (Eph. 2: 14-15) que le Verbe fait chair devait fonder et la Puissance qui Lui avait été donnée (Matt. 28: 18) dans le consistoire de la Bienheureuse Trinité. Elle vit conjointement que le Père Éternel consignait pour cette fin à Son Fils fait homme ce Livre fermé que saint Jean rapporte dans le chapitre 5 de l'Apocalypse, scellé de sept sceaux, car il ne se trouva personne ni dans le Ciel ni sur la terre qui ouvrît ou déliât les sceaux (Apoc. 5: 1) jusqu'à ce que l'Agneau le fît par Sa Passion, Sa Mort, Sa Doctrine et Ses Mérites; avec quoi Il déclara et manifesta aux hommes le secret de ce Livre qui était toute la nouvelle Loi de l'Évangile et l'Église qui devait être fondée dans le monde avec cet Évangile.



5, 6, 779. La divine Dame connut ensuite comment la Très Sainte Trinité décrétait qu'Elle serait la première d'entre tout le genre humain qui lirait ce Livre et qui le comprendrait; et que son Fils unique le lui ouvrirait et le lui manifesterait tout en entier et que tout ce qui y était contenu s'accomplirait, qu'Elle serait la première qui accompagnerait le Verbe comme Lui ayant donné chair humaine, qui Le suivrait et qui aurait sa place légitime immédiatement après Lui dans les sentiers qu'Il avait manifestés dans ce Livre en descendant du Ciel; afin que les mortels montassent à Lui de la terre et que ce Testament serait déposé en Celle qui était Sa Mère véritable. Elle vit comment le Fils du Père Éternel et le sien acceptait ce décret avec beaucoup d'agrément et de bon plaisir; et que Son Humanité très sainte lui obéissait avec une joie indicible parce qu'Elle était Sa Mère; et le Père Éternel Se tourna vers la Très Pure Dame et lui dit:



5, 6, 780. «Mon Épouse et Ma Colombe prépare ton Coeur afin que Nous te rendions participante de la plénitude de Notre Science, selon Notre bon plaisir et afin que le Nouveau Testament et la Sainte Loi de Mon Fils Unique soient écrits dans ton âme. Enflamme tes désirs et applique ton esprit à la connaissance et à l'exécution de Notre Doctrine et de Nos Préceptes. Reçois les Dons de Notre Puissance libérale et de Notre Amour envers toi. Et afin que Nous revienne la digne rétribution, sache que Nous avons déterminé par la disposition de Notre Sagesse infinie, que Mon Fils Unique en l'Humanité qu'il a prise de toi aie l'image et la ressemblance possible en une pure Créature, qui soit comme un effet et un fruit proportionné à Ses mérites et que Son saint Nom y soit exalté et magnifié avec une digne rétribution. Sache donc, Ma fille et Mon Élue qu'il est demandé de ta part une grande disposition. Prépare-toi pour les Oeuvres et les Mystères de Notre puissante Droite.»



5, 6, 781. «Seigneur Éternel et Dieu Immense,» répondit l'humble Dame, «je suis prosternée en Votre divine et royale Présence, connaissant à la vue de Votre Être infini le mien si vil qui est le néant même. Je reconnais Votre grandeur et ma petitesse. Je me trouve indigne du nom de Votre esclave et pour la bénignité avec laquelle Votre clémence m'a regardée, j'offre le fruit de mon sein Votre Fils Unique et je supplie Sa Majesté de répondre pour Sa Mère et Sa servante indigne.

Mon Coeur est prêt (Ps. 56: Cool et dans la reconnaissance de Vos Miséricordes, il défaille (Ps. 72: 26) et se fond en affections parce qu'il ne peut exécuter les véhémences de ses désirs. Mais si j'ai trouvé grâces (Esth. 7: 3) à Vos yeux, je parlerai, mon Seigneur et mon Dieu, en Votre Présence, pour demander seulement avec supplication à Votre royale Majesté de faire en Votre esclave tout ce que Vous demandez et commandez, puisque nul ne peut le faire, hors Vous-même, Seigneur et Roi très haut. Et si Vous demandez de mon côté le Coeur libre et soumis je Vous l'offre pour souffrir et obéir à Votre Volonté jusqu'à la mort.» Aussitôt la divine Princesse fut remplie de nouvelles influences de la Divinité, illuminée, purifiée, spiritualisée et préparée avec une plus grande plénitude de l'Esprit-Saint qu'Elle n'avait reçue jusqu'à ce jour; parce que ce Bienfait fut très mémorable pour l'Impératrice des Hauteurs. Et quoique tous ses Bienfaits fussent très sublimes, sans exemple et sans aucun autre semblable dans les autres créatures, pour cette raison chacun d'eux paraissait le suprême et marquait le "nec plus ultra"; mais dans la participation des perfections Divines, il n'y a point de limitation de leur côté, si la capacité de la créature ne faisait point défaut. Et comme celle-ci était grande dans la Reine du Ciel et qu'Elle croissait avec les faveurs mêmes, les Bienfaits qui étaient sublimes la disposaient pour d'autres encore plus sublimes. Et comme la Puissance divine ne trouvait point d'obstacle qui L'empêchât, Elle acheminait tous Ses Trésors pour les déposer dans les Archives assurées et très fidèles de la Très Sainte Marie Notre-Dame.



5, 6, 782. Elle sortit toute renouvelée de cette vision extatique et Elle alla en la Présence de son Très Saint Fils, et prosternée à Ses pieds Elle Lui dit: «Mon Seigneur, ma Lumière et mon Maître, voici Votre Mère indigne préparée pour l'accomplissement de Votre Sainte Volonté. Recevez-moi de nouveau pour Votre Disciple et Votre Servante, et prenez dans Votre puissante main l'Instrument de Votre Sagesse et de Votre Volonté. Exécutez en moi le bon plaisir du Père Éternel et le Vôtre.» Le Très Saint Fils reçut Sa Mère avec une majesté et une autorité de Maître et lui fit une admonition très sublime. Il lui enseigna avec de puissantes raisons et un grand poids la valeur et la profondeur que contenaient les Oeuvres mystérieuses que le Père Éternel lui avait recommandées touchant l'affaire de la Rédemption des hommes et la fondation de la nouvelle Église et de la Loi de l'Évangile qui avaient été déterminées dans l'Entendement divin. Il lui déclara et lui manifesta de nouveau comment Elle devait être Sa Compagne et Sa Coadjutrice dans l'exécution de mystères si hauts et si cachés en recevant les prémices de la

grâce et en en faisant le premier usage; et que pour cela la Très Pure Souveraine devait L'assister dans Ses travaux jusqu'à la Mort de la Croix, Le suivant avec un Coeur préparé, grand, constant, dilaté et invincible. Il lui donna une Doctrine céleste, afin qu'Elle se préparât à recevoir toute la Loi de l'Évangile, à la comprendre et à la pénétrer, et à exécuter tous ses préceptes et ses conseils avec une perfection très sublime. L'Enfant-Jésus déclara d'autres grands sacrements à Sa Bienheureuse Mère en cette circonstance, touchant les Oeuvres qu'Il ferait dans le monde. Et la divine Dame s'offrit à tout avec une humilité profonde, en toute obéissance, révérence et reconnaissance, et avec un amour très véhément et très affectueux.



DOCTRINE QUE ME DONNA LA DIVINE SOUVERAINE.



5, 6, 783. Ma fille, je t'ai appelée et conviée à me suivre par la plus grande imitation que pourront tes forces, aidées de la grâce Divine, et cela plusieurs fois dans le cours de ta vie, surtout en ce temps que tu écris la mienne. Maintenant je t'intime de nouveau cet appel et cette obligation, depuis que la Bonté du Très-Haut t'a donné une Lumière et une intelligence si claire du sacrement que Son Puissant bras opéra dans mon Coeur, en y écrivant toute la Loi de grâce et la Doctrine de Son Évangile et l'effet que cette faveur produisit en moi, la manière dont je L'en remerciai et comment je correspondis dans l'imitation adéquate et très parfaite de mon Très Saint Fils et mon Maître. Tu dois réputer la connaissance que tu as de tout cela comme l'une des plus grandes faveurs et l'un des plus grands bienfaits que Sa Majesté t'a accordés, puisque tu y trouvera comme dans un Miroir très clair la somme et l'épilogue de la plus grande sainteté et de la perfection la plus sublime et tu verras à découvert dans ton esprit les sentiers de la Lumière (Prov. 4: 18) divine, par où tu chemineras assurée (Jean 12: 35) et sans les ténèbres de l'ignorance qui aveuglent tous les mortels.



5, 6, 784. Viens donc, ma fille, viens à ma suite; et afin que tu m'imites comme je le veux de toi et que tu sois illuminée dans ton entendement, l'esprit élevé, le coeur préparé et la volonté fervente, dispose-toi par la liberté et la séparation de toutes choses, comme ton Époux te le demande; éloigne-toi de tout ce qui est terrestre et visible; quitte toute créature; renonce à toi-même (Matt. 16:

24), ferme les yeux aux fables trompeuses (Ps. 39: 5) du monde et du démon. Et dans ses tentations je t'avertis de ne point t'embarrasser ni t'affliger beaucoup. Parce que s'il obtient de te retenir de manière à ce que tu ne puisses pas t'avancer, avec cela il aura remporté sur toi une grande victoire et tu n'arrivera pas à être robuste dans la perfection. Sois donc attentive au Seigneur désireux de la beauté de ton âme, libéral pour te l'accorder, puissant pour déposer en elle les Trésors de Sa Sagesse et plein de sollicitude pour t'obliger à les recevoir. Laisse-Le écrire dans ton coeur Sa divine Loi de l'Évangile et que cette Loi soit ton étude, ta méditation de jour (Ps. 1: 1-2) et de nuit, ton souvenir et ton aliment, la Vie de ton âme et le nectar de ton goût spirituel avec quoi tu obtiendras ce que le Très-Haut veut de toi et moi ce que je désire.



NOTES EXPLICATIVES

Extraites de celles de Don Creseto, à l'usage des prêtres.

5, 6, [a]. «Image parfaite et excellente du divin Architecte.» Saint André de Crète. «Son seul Auteur surpassa cet ouvrage.» S. Pierre-Damien «Oeuvre admirable du Seigneur.» Saint Bonaventure.

5, 6, [b]. «Il est réservé à Dieu seul de la connaître.» Saint Bernardin de Sienne. «Elle est plus grande qu'on peut le penser ou que le regard de l'esprit peut le découvrir.» Saint Thomas de Villeneuve. «Couronne inaccessible à tous les Saints à cause de son éclat.» Saint Grégoire de Nazianze, [in tra., de Chirs, patient., in fine]. «Ce qu'Elle a fait est incomparable, ce qu'Elle a reçu est ineffable, ce qu'Elle a mérité est incompréhensible.» Saint Ildephonse, [Serm. de Assumpt.]. «Je vous le demande, y a-t-il quelqu'un des hommes ou des Anges qui puisse pénétrer l'immensité de cet Amour?» Saint Anselme, [De excell. Virg. Mar., c. 4].

5, 6, [c]. Livre 5, No. 713
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Re: Marie d'Agreda "La Cité Mystique de Dieu" livre version numérisée

Message par sga le Sam 9 Juin 2018 - 10:27

CHAPITRE 7





On déclare plus expressément les fins du Seigneur dans la Doctrine qu'Il enseigna à la Très Sainte Marie et la manière dont Elle la mettait en pratique.



5, 7, 785. Toute cause qui opère avec liberté et connaissance de ses actions doit nécessairement avoir en elles quelque fin, quelque raison ou quelque motif, par la connaissance desquels elle se détermine et se meut pour les faire: et la connaissance des fins est suivie de la consultation ou de l'élection des moyens pour les obtenir. Cet ordre est plus certain dans les Oeuvres de Dieu qui est la Cause première et suprême d'une Sagesse infinie par laquelle Il dispose et exécute toute chose (Ps. 103: 24), atteignant d'une extrémité à l'autre (Sag. 8: 1) avec force et suavité, comme dit le Sage; et Il ne prétend en aucune le néant et la mort (Sag. 1: 13-14); bien au contraire, il les fait toutes afin qu'elles aient l'être et la vie. Et autant les Oeuvres de Dieu sont admirables, autant les fins qu'Il prétend y obtenir sont plus particulières et plus élevées. Et quoique la fin dernière de toutes soient Sa propre gloire et Sa manifestation (Prov. 16: 4); néanmoins toutes ces choses sont ordonnées par Sa Science infinie, comme une chaîne d'anneaux variés qui, se succédant les uns aux autres, arrivent depuis l'infime créature jusqu'à la Suprême et la plus immédiate à Dieu même, Auteur et Fin Universelle de toutes choses (Apoc. 22: 13).



5, 7, 786. Toute l'excellence de la sainteté de notre grande Souveraine est comprise en ce que Dieu l'a faite l'Étampe ou l'Image vivante de Son propre Fils très saint; et si bien ajustée et si semblable dans la grâce et les opérations qu'Elle paraissait être un autre Christ par communication et privilège. Et ce fut un commerce singulier et Divin entre le Fils et la Mère; parce qu'Elle Lui donna la forme et l'être de la nature humaine (Gal. 4: 4), et le même Seigneur lui donna à Elle un autre être de grâce et spirituel, dans lequel ils eurent respectivement une similitude et une ressemblance comme celle de Son humanité. Les fins que le Très-Haut eut, furent dignes d'une merveille si rare, la plus grande de Ses Oeuvres en une pure Créature. Et dans les chapitres précédents, le premier, le second et le sixième [a], j'ai dit quelque chose de cette convenance du côté de l'honneur de notre Rédempteur Jésus-Christ et de l'efficace de Sa Doctrine et de ses mérites: car

pour le crédit de tout, il était comme nécessaire que la sainteté et la pureté de la Doctrine de Notre Seigneur Jésus-Christ et Son Auteur et Son Maître, l'efficace de la Loi de l'Évangile et le fruit de la Rédemption fussent connus en Sa Très Sainte Mère; et que tout tournât à la gloire souveraine qui pour cela était due au même Seigneur. Et tout cela se trouva en Sa Mère seule avec plus d'intensité et de perfection qu'en tout le reste de la Sainte Église et de ses prédestinés.


5, 7, 787. La seconde fin que le Seigneur eut dans cette Oeuvre regarde aussi le ministère de Rédempteur; parce que les Oeuvres de notre réparation devaient correspondre à celles de la création du monde et le remède du péché à son introduction: et ainsi il convenait que le premier Adam ayant eu une compagne dans le péché en notre mère Eve qui l'avait aidé et porté à le commettre et que le genre humain avait été perdu en lui comme dans son chef; il en arriva de même aussi dans la réparation d'une si grande ruine; que le second et céleste Adam (1 Cor. 15: 47), Notre-Seigneur Jésus-Christ, eut une Compagne et une Coadjutrice dans la Rédemption, Sa Très Pure Mère qui concourut et coopéra au remède, quoique la vertu et la cause adéquate de la rédemption générale se trouvassent seulement dans le Christ, notre Chef (Col. 1: 18). Et afin que ce Mystère fût exécuté avec la dignité et la proportion qui convenait, il fut nécessaire que ce que dit le Très-Haut dans la formation de nos premiers parents s'accomplît en Notre-Seigneur Jésus-Christ et la Très Sainte Marie: «Il n'est pas bien que l'homme soit seul; faisons-lui une autre semblable qui l'aide (Gen. 2: 18).» Et ainsi le Seigneur le fit, comme Il pouvait le faire; de telle sorte qu'Adam parlant déjà pour le second Adam, Jésus-Christ, put dire: «Voici l'os de mes os et la chair de ma chair et elle s'appellera femme [virago]; parce qu'elle a été formée de l'homme (Gen. 2: 23).» Je ne m'arrêterai pas dans une plus grande déclaration de ce sacrement, puisqu'elle vient aussitôt aux yeux de la raison illustrée par la Foi et la Lumière divine, et l'on reconnaît la similitude de Jésus-Christ et de Sa Très Sainte Mère.



5, 7, 788. Un autre motif concourut aussi à ce mystère; et quoique je le place ici le troisième dans l'exécution, il fut le premier dans l'intention; parce qu'il regarde la prédestination éternelle de Notre-Seigneur Jésus-Christ, conformément à ce que j'ai dit dans la première partie [b. Parce que le motif de l'Incarnation du Verbe Éternel et de Sa venue au monde pour être l'Exemplaire [c] et le Maître des créatures, qui fut le premier de cette merveille, devait avoir proportion et












convenance à la grandeur d'une telle Oeuvre, la plus grande de toutes et la fin immédiate à laquelle toutes les autres devaient se rapporter. Et afin que la Sagesse divine gardât cet ordre et cette proportion, il était convenable que parmi les pures créatures il y en eût quelqu'une qui fût adéquate à la Volonté divine dans Sa détermination de venir pour être Maître, et nous adopter dans la dignité d'enfants (Gal. 4: 5) par Sa Doctrine et Sa grâce. Et si Dieu n'avait pas fait la Très Sainte Marie, en la prédestinant parmi les créatures avec son degré de sainteté, et semblable à l'Humanité de son Très Saint Fils, il eût manqué à Dieu ce motif dans le monde, par lequel, selon notre grossière manière de dire, Il justifiait, rendait digne ou disculpait Sa détermination de Se faire homme, conformément à l'ordre et à la manière de Sa Toute-Puissance qui nous est manifeste. Je considère en cela ce qui arriva à Moïse avec ses tables de la Loi (Ex. 31: 18), écrites du doigt de Dieu; lorsqu'il vit le peuple adorer l'idole, il les rompit (Ex. 32: 19), jugeant ses frères déloyaux et indignes de ce Bienfait. Mais ensuite la Loi fut écrite sur d'autres tables, fabriquées par des mains humaines (Ex. 34: 1); et celles-ci demeurèrent dans le monde. Les premières tables formées de la main du Seigneur furent rompues par le premier péché; et il n'y aurait pas eu de Loi Évangélique s'il n'y eût eu d'autres tables, Jésus-Christ et Marie formés d'une autre manière, celle-ci selon la voie commune et ordinaire, et Jésus-Christ par le concours de la volonté et de la substance de Marie (Luc 1: 38). Et si cette Dame n'avait pas concouru et coopéré à la détermination de cette Loi, nous serions demeurés sans elle, nous les autres mortels.



5, 7, 789. La Volonté de notre bien-aimé Seigneur Jésus-Christ embrassait avec la plénitude de Sa Science divine et de Sa grâce toutes ces fins si sublimes en enseignant les Mystères de la Loi de l'Évangile à Sa Bienheureuse Mère. Et afin qu'Elle ne demeurât pas seulement capable de tous ces Mystères, mais aussi des différentes manières d'entendre la Loi; et afin qu'Elle devînt si sage Disciple qu'Elle put ensuite être Elle-même Maîtresse consommée et Mère de la Sagesse (Eccli. 24: 24), le Seigneur usait de différents moyens de l'illustrer. Parfois c'était avec cette vision abstractive de la Divinité qu'Elle eut plus fréquemment en ces temps-là; et d'autres fois quand Elle ne l'avait pas, il lui restait une certaine vision intellectuelle, plus habituelle et moins claire. Et dans l'une et l'autre, Elle connaissait expressément toute l'Église militante, avec l'ordre et la succession qu'elle avait eus depuis le commencement du monde jusqu'à l'Incarnation et qu'elle devait avoir depuis lors jusqu'à la fin du monde et ensuite dans la béatitude. Cette











notion était si claire, si distincte, si compréhensive, qu'elle s'étendait à connaître tous les Saints et les Justes et ceux qui devaient se signaler davantage dans l'Église, les Apôtres, les Martyrs, les Patriarches des religions, les Docteurs, les Confesseurs et les Vierges. Notre Reine les connaissait tous en particulier avec leurs oeuvres, les mérites et les grâces qu'ils devaient obtenir et la récompense qui devait y correspondre.



5, 7, 790. Elle connut ensuite les Sacrements que son Très Saint Fils voulait établir dans la Sainte Église; l'efficacité qu'ils auraient, les effets qu'ils produiraient en ceux qui les recevraient (Jean 1: 16) selon leurs dispositions différentes, et comment tout dépendait de la sainteté; et des mérites de son Très Saint Fils, notre Réparateur. Elle eut de même une notion claire de la Doctrine qu'Il devait prêcher et enseigner, des Écritures anciennes et des futures et de tous les mystères qu'elles contiennent dans les quatre sens, littéral, moral, allégorique et anagogique, et tout ce que les expositeurs devaient en écrire. Et sur cela la divine Disciple en comprenait beaucoup plus. Et Elle connut que cette Science lui était donnée pour être Maîtresse de la Sainte Église, comme en effet Elle le fut en l'absence de son Très Saint Fils, après qu'Il fut monté aux Cieux: et afin que ces nouveaux enfants, les fidèles régénérés dans la grâce eussent dans la divine Dame une Mère amoureuse et soigneuse qui les élevât aux mamelles de Sa Doctrine comme avec un lait très suave, aliment propre des enfants. Et ce fut ainsi que la divine Dame, pendant ces dix-huit ans qu'Elle demeura avec son Fils, reçut et digéra pour ainsi dire la substance Évangélique, qui est la Doctrine de notre Sauveur Jésus-Christ, la recevant du Seigneur Lui-même. Et l'ayant goûtée, et ayant connu son commerce (Prov. 31: 18), Elle en tira le doux aliment (1 Pet. 2: 2), avec quoi élever la primitive Église qui était tendre dans ses fidèles et incapable de la nourriture solide et forte de la Doctrine et des Écritures, et de l'imitation parfaite de leur Maître et leur Rédempteur. Et parce que je parlerai de ce point dans la troisième partie qui est son lieu propre, je ne me rallongerai pas davantage.



5, 7, 791. Hors ces visions et cet enseignement, la grande Reine avait l'enseignement de son Très Saint Fils et de Son Humanité de deux manières que j'ai répétées jusqu'à présent [d]. L'une dans le miroir de Son Âme très sainte et de Ses opérations intérieures qui était en une certaine manière la même Science qui











était de toutes les choses [e]; et là Elle était informée par une autre manière des conseils du Rédempteur, le divin Artisan de la sainteté et des décrets qu'Il avait touchant la sainteté qu'Il devait opérer dans Son Église, par Lui-même et par Ses ministres. L'autre manière était par l'instruction extérieure et verbale; parce que le Seigneur conférait avec Sa digne Mère de toutes les choses qu'Il lui avait manifestées en Lui et en la Divinité. Et Il Se communiquait à Elle en tout ce qui appartenait à L'Église, depuis le plus haut jusqu'au plus bas. Et non seulement cela, mais aussi Il lui dévoilait les choses qui devaient correspondre aux temps et aux événements de la Loi de l'Évangile avec la gentilité et les fausses sectes. Le Seigneur instruisit de tout Sa divine Disciple et notre Maîtresse; et avant qu'Il eût commencé Sa prédication, la Très Sainte Marie était exercée dans Sa Doctrine, et Il la laissait pratiquée en Elle avec une souveraine perfection; parce que la plénitude des oeuvres de notre Auguste Reine correspondait à celle de sa Science et de sa Sagesse immense; et cette Science fut si profonde et avec des espèces si claires, que de même qu'Elle n'ignorait rien Elle ne souffrait point non plus d'équivoque ni dans les espèces ni dans les paroles; et les paroles nécessaires ne lui manquaient jamais, et Elle n'en ajouta jamais une seule de superflue; Elle ne changeait jamais un mot pour l'autre et Elle n'avait pas besoin de discourir pour parler et pour expliquer les Mystères les plus cachés des Écritures dans les circonstances où il était nécessaire de le faire dans la primitive Église.





DOCTRINE QUE ME DONNA LA DIVINE MÈRE, NOTRE-DAME.



5, 7, 792. Ma fille, la bonté et la clémence du Très-Haut qui donna l'être à toute créature pour Lui-même et qui ne refuse à aucune Sa grande Providence, est très fidèle à donner Sa Lumière (Jean 1: 9) à toutes les âmes, afin qu'elles puissent entrer dans le chemin de Sa connaissance et par elle dans celui de la Vie Éternelle si cette âme n'empêche et n'obscurcit point cette Lumière par ses péchés et n'abandonne la conquête du Royaume des Cieux (Matt. 11: 12). Mais envers les âmes qu'Il appelle à Son Église par Ses secrets jugements, Il Se montre plus libéral; parce que dans le Baptême, Il répand en elles avec la grâce d'autres vertus qui s'appellent essentiellement infuses, parce que la créature ne peut pas les acquérir par elle-même; et d'autres infuses accidentellement qu'elle pourrait acquérir par ses oeuvres en travaillant; mais le Seigneur les lui anticipe, afin que











l'âme se montre plus dévote et plus prompte à garder Sa sainte Loi. Outre cette Lumière commune de la Foi, Sa clémence ajoute en faveur d'autres âmes des Dons surnaturels spéciaux de plus grande intelligence et de plus grande vertu, pour connaître et opérer les mystères de la Loi de l'Évangile. Et dans ce bienfait Il S'est montré envers toi plus libéral qu'envers plusieurs générations; et Il t'a favorisée afin que tu te signales, dans l'amour et la correspondance que tu Lui dois, étant toujours humiliée jusqu'à la poussière.



5, 7, 793. Et afin que tu sois avertie de tout par ma sollicitude et mon amour de Mère, je veux te faire connaître comme Maîtresse l'astuce avec laquelle Satan tâche de détruire ces Oeuvres du Seigneur; parce que dès l'heure que les créatures entrent dans l'usage de la raison, chacune est suivie par plusieurs démons vigilants et assidus. Afin que lorsque vient le temps où les âmes doivent élever leur esprit vers la connaissance de Dieu et commencer les opérations des vertus infuses dans le Baptême, alors ces démons tâchent d'arracher cette divine Semence avec une fureur et une astuce incroyable, et s'ils ne peuvent y réussir, ils l'empêchent, afin qu'elle ne donne point de fruit, inclinant les hommes à des oeuvres vicieuses, inutiles ou puériles. Ils les détournent avec cette iniquité afin que ces âmes n'usent point de la Foi, ni de l'Espérance, ni des autres vertus, qu'ils ne se souviennent point qu''ils sont chrétiens, qu'ils ne fassent pas attention à la connaissance de leur Dieu et aux Mystères de la Rédemption et de la Vie Éternelle. Outre cela le même ennemi introduit dans les parents une lâche inadvertance ou un amour aveugle et charnel envers leurs enfants; et il incite les maîtres à d'autres négligences, afin qu'ils ne réfléchissent point à leur mauvaise éducation et ils les laissent se dépraver, acquérir plusieurs habitudes vicieuses, perdre les vertus et leurs bonnes inclinations, et avec cela ils vont en cheminant vers la perdition.



5, 7, 794. Mais le très pieux Seigneur n'oublie pas d'obvier à ce danger en renouvelant la lumière intérieure par de nouveaux secours et de saintes inspirations, par la doctrine de la sainte Église, par ses prédicateurs et ses ministres, par l'usage et le remède efficace des sacrements et par d'autres moyens qu'Il applique pour les réduire au Chemin de la Vie. Et s'il y en a si peu qui reviennent à la santé spirituelle avec tant de remèdes, la cause la plus puissante pour l'empêcher est le mauvais lait des vices et des coutumes dépravées qu'ils sucèrent dans leur enfance. Parce que cette sentence du Deutéronome est véritable:











«Tels furent les jours de la jeunesse telle sera la vieillesse (Deut. 33: 25).» Avec cela les démons recouvrent un plus grand courage et un empire tyrannique sur les âmes, jugeant que comme ils se les assujettirent quand ils avaient moins de fautes et des fautes moindres, ils le feront plus facilement quand ils en commettent de plus nombreuses et de plus grandes. C'est pourquoi ils les y excitent et ils mettent en elles une plus folle hardiesse; parce qu'il arrive qu'avec chaque péché que commet la créature, elle perd davantage ses forces spirituelles et elle se soumet au démon, lequel, comme un tyran ennemi, prend de l'empire sur elle, et l'assujettit dans l'iniquité et la misère, avec quoi elle arrive à être sous les pieds de son iniquité, et il la mène où il veut, de précipice en précipice et d'abîme en abîme; châtiment mérité par celui qui s'est assujetti à lui par le premier péché. Par ces moyens Lucifer a renversé un grand nombre d'âmes dans l'abîme et il en entraîne chaque jour, s'élevant dans son orgueil (Ps. 73: 23) contre Dieu. Et par là il a introduit sa tyrannie dans le monde et l'oublie des fins dernières des hommes; la mort, le jugement, l'enfer et la gloire; et il a précipité tant de nations d'abîme en abîme (Ps. 41: Cool, jusqu'à tomber en des erreurs si aveugles et si bestiales comme les hérésies et les fausses sectes des infidèles en contiennent. Réfléchis donc, ma fille, à un danger si formidable et que la Loi de Dieu ne s'efface jamais de ta mémoire, ainsi que Ses préceptes, et Ses commandements, les vérités Catholiques et la Doctrine de l'Évangile. Ne passe pas un jour sans méditer sur eux (Ps. 118: 92) beaucoup de temps; et conseille la même chose à tes religieuses et à tous ceux qui t'écouteront, parce que leur adversaire le démon veille (1 Pet. 5: Cool et travaille pour obscurcir leur entendement et le détourner de la loi divine, afin qu'elle ne dirige point la volonté qui est une puissance aveugle vers les actes de sa justification, laquelle s'obtient par la Foi vive, l'Espérance certaine, l'Amour fervent, et un coeur contrit et humilié (Ps. 50: 19).







NOTES EXPLICATIVES





Extraites de celles de Don Creseto, à l'usage des prêtres.



5, 7, [a]. Livre 5, Nos. 713, 730, 782.



5, 7, [b]. Livre 1, No. 39.



5, 7, [c]. Jésus-Christ S'incarna pour nous élever à la participation de la nature divine afin que l'homme devînt Dieu, comme s'exprime saint Augustin. Pour cela il fallait qu'il se fît notre Exemplaire et notre Maître; car nous ne pouvions devenir semblables à Dieu sinon en imitant Dieu volontairement d'abord, en Ses vertus et Ses perfections. Voici pourquoi la Vénérable dit que le premier motif pourquoi le Verbe S'incarna fut de Se faire notre Exemplaire et notre Maître.



5, 7, [d]. Livre 4, Nos. 481, 694



5, 7, [e]. Livre 5, Nos. 733, 782.
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Re: Marie d'Agreda "La Cité Mystique de Dieu" livre version numérisée

Message par sga le Mer 13 Juin 2018 - 12:58

CHAPITRE 8



Où l'on déclare la manière dont notre grande Reine exécutait la Doctrine de l'Évangile que son Très Saint Fils lui enseignait.



5, 8, 795. Notre Sauveur croissait en âge et en Oeuvres, sortant déjà de l'Enfance; consommant en toutes et en chacune de ces Oeuvres celle que le Père Éternel Lui avait commise pour le bienfait des hommes. Il ne prêchait point en public; Il ne faisait point non plus en Galilée des miracles aussi patents comme Il en fit ensuite et comme il en avait déjà fait quelques-uns auparavant en Égypte. Mais Il opérait toujours secrètement et d'une façon dissimulée de grands effets dans les âmes et dans les corps de plusieurs Il visitait les pauvres et les malades: Il

consolait les affligés et les opprimés et Il ramenait ceux-ci et plusieurs autres dans le Chemin du Salut, les éclairant par des conseils particuliers et les excitant par des inspirations et des faveurs intimes à se convertir à leur Créateur et à s'éloigner du démon et de la mort. Ces Bienfaits étaient continuels, et pour les faire Il sortait de la maison de Sa Bienheureuse Mère. Et quoique les hommes connussent qu'ils étaient mus et renouvelés par les paroles et la présence de Jésus, néanmoins, ignorant le mystère, ils gardaient le silence ne sachant à qui l'attribuer si ce n'était à Dieu même L'Auguste Souveraine du monde connaissait dans le miroir de l'Âme de son Fils et par d'autres moyens toutes ces merveilles qu'Il faisait, et Elle L'adorait et Lui en rendait grâces lorsqu'Ils étaient ensemble, étant pour cela toujours prosternée à Ses pieds.



5, 8, 796. Le Très Saint Fils passait le reste du temps avec Sa Mère, soit en oraison, soit à l'enseigner et à conférer avec Elle des soucis qu'Il avait de son cher troupeau (Jean 10: 14), des mérites qu'Il voulait accumuler pour leur remède et des moyens qu'Il déterminait d'appliquer pour leur salut éternel. La Très Prudente Mère était attentive à tout et Elle coopérait avec Sa divine Sagesse et Son Amour, L'assistant dans les offices de Père, de Frère, d'Ami, de Maître, d'Avocat, de Protecteur et de Réparateur du genre humain. Ils avaient ces conférences ou par paroles, ou même par les opérations intérieures, au moyen desquelles le Fils et la Mère aussi se parlaient et s'entendaient. Le Très Saint Fils lui disait: «Ma Mère, le fruit de Mes oeuvres dans lequel Je veux fonder l'Église doit être une Doctrine et une Science qui étant crue et exécutée, soit la vie et le salut des hommes: une Loi sainte, efficace et puissante pour éteindre le venin mortel que Lucifer a répandu dans le coeur des hommes par le premier péché. Je veux que par le moyen de Mes préceptes et de Mes conseils ils se spiritualisent et s'élèvent à Ma participation et à Ma ressemblance, et qu'ils soient des dépôts de Mes Trésors vivant dans la chair mortelle et qu'ils arrivent ensuite à la participation de Ma gloire éternelle. Je veux donner au monde la Loi que J'ai donnée à Moïse, mais renouvelée, améliorée et avec une efficacité et une Lumière nouvelle, afin qu'elle comprenne des préceptes et des conseils.»



5, 8, 797. La divine Mère connaissait toutes ces intentions du Maître de la Vie avec une Science très profonde et avec un égal amour Elle les acceptait, les révérait et en rendait grâces au nom de tout le genre humain. Et comme le

Seigneur lui manifestait tous et chacun de ces sacrements, son Altesse connaissait l'efficacité qu'Il leur donnerait ainsi qu'à la loi et à la Doctrine de l'Évangile, et les effets qu'elles produiraient dans les âmes qui les observeraient et la récompense qui y correspondrait; et Elle opéra d'avance en tout comme si Elle l'eût exécutée pour chacune des créatures. Elle connut expressément les quatre Évangiles avec les paroles formelles et les Mystères que les Évangélistes devaient écrire. Elle en comprit en Elle-même toute la Doctrine; parce que sa Science surpassait celle des écrivains eux-mêmes; et Elle aurait pu être leur Maîtresse en les leur déclarant sans se servir de leurs paroles. Elle connut de même que cette Science était comme copiée de celle du Christ, et que les Évangiles qui devaient être écrits étaient comme transcrits et copiés avec cette Science, et qu'ils demeuraient en dépôt dans son âme comme les tables (Héb. 9: 4) de la Loi dans l'Arche du Testament, afin qu'ils servissent d'originaux légitimes et véritables à tous les Saints et les Justes de la Loi de grâce; parce qu'ils devaient tous copier la sainteté et les vertus de celles qui étaient dans les Archives de la grâce, la Très Sainte Marie.



5, 8, 798. Son divin Maître lui donna aussi à connaître l'obligation dans laquelle Il la mettait d'exécuter toute cette Doctrine avec une perfection souveraine pour les fins très sublimes qu'Il avait dans ce bienfait et cette faveur si rare et si insigne. Et si nous avions à raconter ici combien notre grande Reine et Souveraine l'accomplit adéquatement et parfaitement, il serait nécessaire de répéter dans ce chapitre toute sa Vie; puisqu'elle fut toute une somme de l'Évangile, copiée de son propre Fils et son Maître. Quant à savoir ce que cette Doctrine a opéré dans les Apôtres, les Martyrs, les Confesseurs, les Vierges et les autres Saints et les Justes qui ont été et qui seront jusqu'à la fin du monde: nul ne peut le dire et encore moins le comprendre hors le Seigneur Lui-même. Puis considérons que tous les Saints et les Justes furent conçus dans le péché et ils mirent tous (Rom. 5: 12) quelque obstacle: et néanmoins ils crûrent en sainteté, en vertu et en grâce tout en y laissant quelque vide. Mais notre divine Souveraine ne souffrit point ces manquements et ces défauts dans la sainteté; et seule Elle fut une matière adéquatement disposée, n'ayant point de formes qui répugnât à l'activité et aux Dons du bras du Tout-Puissant: Elle reçut sans embarras ni résistance le torrent (Ps. 45: 5) impétueux de la Divinité qui lui était communiqué par son Fils vrai Dieu Lui-même. De là nous comprendrons que ce ne sera que dans la claire vision du Seigneur et dans la Félicité Éternelle que nous arriverons à connaître ce qui

sera convenable de la sainteté et de l'excellence de cette merveille de Sa Toute Puissance.



5, 8, 799. Et quand je voudrais maintenant expliquer quelque chose de ce qui m'a été manifesté, parlant en général et ne disant seulement que le plus gros, je ne trouve point de terme pour le dire; parce que notre Auguste Reine et Maîtresse gardait les préceptes et la Doctrine des Conseils Évangéliques selon la profonde intelligence qui lui en avait été donnée; et il n'y a aucune créature qui soit capable de connaître jusqu'où arrivait la Science et l'Intelligence de la Mère de la Sagesse dans la Doctrine de Jésus-Christ, et ce que l'on en comprend surpasse les termes et les paroles avec lesquels nous nous expliquons. Prenons par exemple la Doctrine de ce premier sermon que le Maître de la Vie fit à Ses disciples sur la montagne, comme saint Luc le rapporte dans le chapitre 5 (Luc 6: 20 etc.), où est renfermée la somme de la perfection Évangélique dans laquelle Il fondait Son Église, déclarant bienheureux tous ceux qui la suivraient.



5, 8, 800. «Bienheureux,» dit notre Maître et Seigneur, «les pauvres d'esprit, parce que le royaume des cieux est à eux (Matt. 5: 3).» Tel fut le premier et solide fondement de toute la vie Évangélique. Et quoique les Apôtres et avec eux notre Père saint François l'entendissent d'une façon sublime; cependant la Très Sainte Marie seule arriva à pénétrer et à peser la grandeur de la pauvreté d'esprit; et Elle l'exécuta comme Elle la comprit jusqu'au dernier point du possible. L'image des richesses temporelles n'entra point dans son Coeur, Elle ne connut point cette inclination; mais aimant les choses comme ouvrages du Seigneur, Elle les abhorrait en tant qu'elles étaient des obstacles et des empêchements à l'amour Divin. Elle en usa très parcimonieusement et seulement en tant qu'elles la mouvaient ou l'aidaient à glorifier le Créateur. La possession de Reine de tous les Cieux et de toutes les créatures était comme due à cette pauvreté très parfaite et admirable. Tout cela est vrai, mais tout cela est très peu comparé à ce que Notre Dame comprit, apprécia et opéra du Trésor de la pauvreté d'esprit, qui est la première béatitude.



5, 8, 801. La seconde: «Bienheureux ceux qui sont doux, parce qu'ils posséderont la terre.» Par sa très douce mansuétude la Très Sainte Marie surpassa

dans cette Doctrine et son exécution, non seulement tous les mortels, comme Moïse (Nom. 12: 3) surpassa dans son temps tous ceux qui vivaient alors, mais même les Anges et les Séraphins; parce que cette Très Candide Colombe en chair mortelle fut plus libre de trouble et de colère dans son intérieur et ses puissances que les esprits qui n'ont point de sensibilité, comme nous. Et ce fut dans ce degré inexplicable qu'Elle fut maîtresse de ses puissances et des opérations du corps terrestre, ainsi que des coeurs de tous ceux qui avaient à traiter avec Elle: et Elle possédait la terre de toutes manières, celle-ci s'assujettissant à son placide commandement. La troisième: «Bienheureux ceux qui pleurent; parce qu'ils seront consolés.» La Très Sainte Marie comprit l'excellence des larmes (Ps. 125: 5) et leur valeur et aussi la folie et le danger des rires (Prov. 14: 13) de joie mondaine plus qu'aucune langue ne peut expliquer; puis lorsque les enfants d'Adam conçus dans le péché originel et ensuite souillés par les péchés actuels se livrent aux rires et aux plaisirs, cette divine Mère, sans avoir aucune faute et sans en avoir eu, connut que la vie mortelle était pour pleurer l'absence du Souverain Bien et les péchés qui ont été et qui sont commis contre Lui: Elle les pleura douloureusement pour tous, et ces larmes très innocentes méritèrent les consolations et les faveurs qu'Elle reçut du Seigneur. Son Coeur très pur fut toujours sous le pressoir à la vue des offenses faites à son Bien-Aimé et son Dieu Éternel et ainsi son Coeur serré (Jér. 9: 1) distillait l'eau que ses yeux répandaient et son pain (Ps. 41: 4) était de pleurer jour et nuit les ingratitudes des pécheurs contre leur Créateur et leur Rédempteur. Aucune pure créature, ni même toutes les créatures ensemble ne pleurèrent plus que la Reine des Anges, pendant que la cause de ce pleur et de ces larmes était dans ces mêmes créatures par le péché et que dans la Très Sainte Marie était celle de la joie et de l'allégresse par la grâce.



5, 8, 802. Dans la quatrième bénédiction qui fait «Bienheureux ceux qui sont affamés et altérés de la Justice,» notre divine Souveraine la souffrit plus grande que le dégoût qu'en ont eu et qu'en auront tous les ennemis de Dieu. Parce qu'arrivant au suprême degré de la justice et de la sainteté, Elle fut toujours altérée de faire plus pour Elle; et à cette soif correspondait la plénitude de grâce avec laquelle le Seigneur la rassasiait, lui appliquant le torrent de Ses trésors et la suavité de Sa Divinité. La cinquième béatitude «des miséricordieux parce qu'ils obtiendront miséricorde de Dieu» eut un degré si excellent et si noble qu'il ne put se trouver qu'en Elle et pour cela Elle s'appelle Mère de Miséricorde, comme le Seigneur s'appelle Père des Miséricordes. Et ce fut qu'en étant très innocente et

sans aucune faute dont Elle eut à demander à Dieu miséricorde Elle eut Elle-même cette miséricorde dans un suprême degré pour tout le genre humain et Elle lui porta remède. Et parce qu'Elle connut avec une Science très sublime l'excellence de cette Vertu, Elle ne l'a jamais refusée, ni ne la refusera jamais à aucun de ceux qui la lui demanderont, imitant en cela Dieu (Is. 30: 18) même très parfaitement, comme aussi à s'avancer et à aller à la rencontre (Ps. 58: 11) des pauvres et des nécessiteux pour leur offrir le remède.



5, 8, 803. La sixième bénédiction qui regarde «ceux qui ont le coeur pur pour voir Dieu» fut sans pareille en la Très Sainte Marie. Parce qu'Elle était élue comme le soleil (Cant. 6: 9), imitant le véritable Soleil de justice ainsi que le soleil matériel qui nous éclaire, lequel n'est point souillé des choses inférieures et impures: il n'entra jamais aucune image des choses impures dans le Coeur et les puissances de notre Très Pure Princesse, au contraire Elle se trouvait en cela comme dans l'impossibilité, par la pureté de ses pensées très limpides: et c'est à cette pureté que put correspondre dès le premier instant la vision qu'Elle eut alors de la Divinité ainsi que les autres qui sont rapportées dans cette Histoire [a], quoiqu'elles ne fussent, qu'en passant et non perpétuelles à cause de son état de Voyageuse. La septième «des pacifiques qui seront appelés enfants de Dieu,» fut accordée à notre Reine avec une sagesse admirable, comme Elle en avait besoin pour conserver la paix de son Coeur et de ses puissances dans les soubresauts et les tribulations de la vie, de la Passion et de la Mort de son Très Saint Fils. Et en toutes ces circonstances et les autres Elle fut un portrait vivant de Sa pacification. Elle ne se troubla jamais désordonnément et Elle sut accepter les plus grandes peines avec la suprême paix, demeurant en tout la Fille parfaite du Père Céleste. Et ce titre de Fille du Père Éternel lui était singulièrement dû pour cette excellence. La huitième qui béatifie «ceux qui souffrent pour la justice» arriva en la Très Sainte Marie au suprême degré possible; puisque l'injure que les hommes lui firent en ôtant l'honneur et la vie à Son Très Saint Fils, le Seigneur du monde parce qu'Il leur avait prêché et enseigné la justice, et avec les circonstances dont Elle fut accompagnée fut soufferte seulement par Marie et Dieu même avec quelque égalité: parce qu'Elle était vraie Mère, comme le Seigneur était le Père de Son Fils Unique. Seule cette Dame imita Sa Majesté en souffrant cette persécution et Elle connut qu'Elle devait exécuter jusque-là la Doctrine que son divin Maître était pour enseigner dans l'Évangile.



5, 8, 804. De cette manière je peux déclarer quelque chose de ce que j'ai connu de la Science de notre Auguste Souveraine en comprenant la Doctrine de L'Évangile et en l'opérant. Et la même chose que j'ai déclarée dans les béatitudes je peux le dire des autres préceptes ou des conseils de l'Évangile et de Ses paraboles; comme sont les Préceptes d'aimer (Matt. 5: 44) ses ennemis, de pardonner les injures (Luc 17: 4), de faire des oeuvres d'une manière cachée (Matt. 6: 3) ou sans vaine gloire, de fuir l'hypocrisie (Matt. 6: 5): et outre cette Doctrine toute celle des conseils de perfection; les paraboles du trésor (Matt. 13: 44), de la perle précieuse (Matt. 13: 45), des Vierges (Matt. 25: 1), de la semence (Matt. 13: 3-4), des talents (Matt. 25: 15) et tout ce que contiennent les quatre Évangélistes. Parce qu'Elle comprit toutes ces choses avec la Doctrine qu'elles contenaient et les fins sublimes vers lesquelles le divin Maître les dirigeait: et Elle comprit comment devait être opéré tout le plus saint et le plus conforme à Sa divine Volonté: et ainsi Elle l'accomplit sans en omettre une seule lettre ni un seul accent (Matt. 5: 18). Nous pouvons dire de cette Souveraine la même chose que dit Notre Seigneur Jésus-Christ, qu'Il n'était pas venu pour abolir (Matt. 5: 17) la Loi, mais pour l'accomplir.



DOCTRINE DE LA REINE DU CIEL, LA TRÈS SAINTE MARIE.



5, 8, 805. Ma fille, il convient au véritable Maître de la Vertu d'enseigner ce qu'Il opère et d'opérer ce qu'Il enseigne (Matt. 5: 19); parce que le dire et le faire sont deux parties du magistère, car les paroles enseignent et l'exemple meut et accrédite, ce qui est enseigné, afin qu'il soit admis et exécuté. Mon Très Saint Fils fit tout cela et moi à Son imitation. Et parce que Sa Majesté ne devait pas toujours être dans le monde, Il voulut laisser les saints Évangiles comme copie de Sa Vie et aussi de la mienne, afin que les enfants de la Lumière (Jean 12: 46), croyant en elle et la suivant, modelassent leur vie sur celle de leur Maître, par l'observance de la Doctrine de l'Évangile qu'Il leur laissait: puis la Doctrine que le même Seigneur m'enseigna et m'ordonna à moi, afin de L'imiter demeurait pratiquée sur la terre. Les saints Évangiles pèsent autant que cela et nous devons autant les estimer et les avoir en vénération. Et je t'avertis que c'est un sujet de très grande gloire et de très

grande complaisance pour mon Très Saint Fils et pour moi de voir que Ses paroles et celles qui contiennent Sa Vie sont dignement respectées et estimées des hommes. Et au contraire le Seigneur répute pour une grande injure que les Évangiles et Sa Doctrine soient oubliés des enfants de l'Église; parce qu'Il s'en trouve tant qui ne les comprennent pas, qui n'y font pas attention, qui ne remercient point pour ce Bienfait et qui n'en font pas plus mémoire que s'ils étaient païens ou qu'ils n'eussent point la Lumière de la Foi.



5, 8, 806. Ta dette est grande de ce côté; parce que je t'ai donné la science de la vénération et de l'appréciation que je fis de la Doctrine de l'Évangile et de ce que je travaillai pour la mettre en oeuvres, et si tu n'as pu connaître en cela tout ce que j'opérais et comprenais, ce qui n'est pas possible à ta capacité; néanmoins je n'ai montré ma bonté envers aucune nation plus qu'envers toi dans ce Bienfait. Considère donc soigneusement comment tu dois y correspondre et ne point faire un mauvais usage de l'amour que tu as conçu pour les divines Écritures et surtout pour les Évangiles et leur très sublime Doctrine. Elle doit être ta lampe (Ps. 118: 105) allumée dans ton coeur; et ma vie, ton Exemplaire et ton Miroir qui te serve pour former la tienne. Pèse combien il t'importe de le faire en toute diligence et combien vaut la complaisance qu'en recevra Mon Fils et Mon Seigneur; car je me donnerai de nouveau pour obligée de faire envers toi l'office de Mère et de Maîtresse. Crains le danger de n'être point attentive aux appels Divins, car d'innombrables âmes se perdent par cet oubli. Et les appels que tu as de la Miséricorde libérale du Tout-Puissant étant si fréquents et si admirables, si tu n'y correspondais pas, ta grossièreté serait très répréhensible et horrible même au Seigneur, à moi et à tous Ses Saints.


NOTES EXPLICATIVES

Extraites de celles de Don Creseto, à l'usage des prêtres.

5, 8, [a]. Livre 1, No. 333; Livre 2, No. 430. Livre 3, No. 138; Livre 4,

No. 473; Livre 5, No. 956; Livre 6, No. 1523; Livre 7, No. 62; Livre 8, No. 494.
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