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Le Corps et l'Âme

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Le Corps et l'Âme Empty Le Corps et l'Âme

Message par Lotfi le Ven 14 Sep 2012 - 1:45

Jean-Michel Maldamé op
dominicain, professeur à l'Institut catholique
L'embryon corps et âme
Remarques épistémologiques sur le statut de l'embryon humain

La question du statut de l'embryon est nouvelle. Elle se pose en effet à partir des connaissances scientifiques qui permettent l'étude des tout premiers moments de la vie1. On ne dispose donc pas d'une réponse toute faite à puiser dans les livres de théologie, comme le montre les controverses internes à l'école thomiste sur ce point2. Il importe donc de mener une réflexion pour elle-même. Celle-ci est délicate, car sur le sujet plusieurs domaines du savoir se rencontrent3.

En premier lieu, le biologiste a beaucoup à dire et des choses nouvelles ; mais il n'est pas le seul à avoir le droit de parler du sujet. Il y a aussi le médecin dont l'activité ne se réduit pas à la biologie ; il ne se contente pas d'un propos purement cognitif, puisqu'il doit soigner et qu'il prend en compte un malade qu'il considère comme une personne et pas seulement comme un cas4. De même, le psychologue saisit une personnalité non seulement dans un moment de sa vie, mais dans son histoire et donc depuis le commencement de sa vie. Le philosophe a lui aussi beaucoup à dire sur le sujet, car il ne cesse de parler de l'homme ; il est attentif non seulement à ses relations et à ses activités, mais à son être même, qui est objet de respect. Le théologien a lui aussi quelque chose à dire, puisque non seulement il parle de morale, mais qu'il situe l'existence humaine dans la perspective du salut. Le politique lui aussi a le devoir d'agir pour donner un espace de liberté en fixant des limites qui doivent s'articuler à une exigence morale pour l'usage des pouvoirs que l'homme a sur son semblable. Les uns et les autres sont concernés par la question et sont invités à clarifier le statut l'embryon. Plus encore, tous les humains sont concernés, car parler de l'embryon c'est parler des tout premiers commencement de leur vie et se demander : « D'où venons-nous ? Où allons-nous ? »

I. Interdisciplinarité et dialogue

A. Divers modes d'articulation du savoir

1. Face à la multiplicité de propos évoquée, on peut opérer une première forme de partage, en voulant définir des domaines de compétence. Les sciences médicales et biologiques parleraient du corps, tandis que la morale jugerait des intentions, la philosophie des fins et la théologie de la vie éternelle - après la mort. De la sorte, il n'y aurait que juxtaposition des savoirs et le politique se contenterait d'arbitrer en cas de conflit sur tel ou tel point frontière. La question du statut de l'embryon humain serait l'un de ces points frontières, pour lequel il serait important de donner une réponse pour répondre aux chercheurs et aux problème juridiques de la transmission de la vie. Selon cette division des domaines du savoir, chacun écouterait l'autre, sans que ses connaissances en soient modifiées, laissant la question toujours ouverte.

Cette conception n'est pas la nôtre. Elle se heurte, d'abord, à la structure de l'action qui ne se contente pas d'une juxtaposition, mais entend poser des actes où tous les éléments cités plus haut sont présents.

Au plan épistémologique ensuite, cette séparation en des domaines divers est illusoire car les disciplines ne se limitent pas à une partie de la réalité ; elles la considèrent toute ; la différence ne vient que du point de vue et non de la réalité visée. En bonne épistémologie, les scientifiques eux-mêmes savent qu'ils n'observent pas la nature en soi, mais la nature exposée à leur méthode d'investigation et de conceptualisation5.

2. Ainsi, pour parler selon le langage traditionnel, chacune se donne un « objet formel » spécifique, tout en se rapportant à ce qui est dans sa globalité. Les discours ne peuvent pas ne pas se rencontrer. Dans cette perspective, il importe alors de critiquer le langage pour voir quels termes permettent le passage d'un domaine à l'autre et quels concepts peuvent être légitimement utilisés pour servir de médiation entre les domaines du savoir.

Seule cette méthode me semble féconde pour parler de l'embryon. D'une part, elle respecte l'autonomie des savoirs et évite les confusions du concordisme ; d'autre part, elle ne fait pas violence au désir d'unité de l'esprit et aux exigences d'une action efficace. Faute de le faire, on retombe dans la situation actuelle où se juxtaposent les discours. Il y a d'un côté les discours théologiques et humanistes qui proclament la dignité de la personne humaine et son irréductibilité dès les commencements de son existence ; de l'autre, se font entendre les chercheurs soucieux d'efficacité et de prouesses techniques, mettant les politiques et les moralistes devant le fait accompli (comme actuellement avec les embryons surnuméraires). Cette situation ne saurait satisfaire personne, ni le scientifique qui constate les indéniables progrès des connaissances, ni le philosophe qui ne récuse une attitude idéalise, ni le théologien au service d'une foi qui ne méprise en rien la nature créée.

Le modèle proposé suppose donc un dialogue qui, dans l'autonomie reconnue des compétences, utilise des médiations pour élaborer la cohérence du savoir et la rectitude de l'action appuyés l'une et l'autre sur une connaissance plus fine de la réalité.

3. Le théologien doit d'abord reconnaître que les moyens scientifiques ont apporté des éléments nouveaux. Il ne lui suffit pas de répéter les propos des Anciens. L'argument d'autorité ne vaut pas, que ce soit pour une interprétation stricte ou pour une interprétation libérale des propos anciens. Par exemple, le moraliste catholique se trouve devant des interprétations contradictoires sur la question de l'animation de l'embryon - puisqu'à la suite d'Aristote saint Thomas d'Aquin ne reconnaissait qu'une animation humaine tardive (au quarantième ou au quatre-vingtième jour)6. Il lui faut développer la démarche pour elle-même en reconnaissant que les Anciens auraient peut-être dit autre chose s'ils avaient eu les moyens actuels de recherche. Il faut donc tenir compte des résultats apportés par les sciences modernes.

Sur ce point, le théologien doit prendre acte des progrès récents. Toutes les futures mères qui attendent un enfant savent que l'on procède à des échographies pour suivre l'évolution du fœtus. Les embryologistes savent aussi voir une cellule. Grâce à des marqueurs qui ne détruisent pas la cellule, ils peuvent en suivre le développement et les transformations de manière à parler avec précision du devenir d'un vivant.

Cette situation n'est pas sans donner des éléments nouveaux pour le dialogue, à partir d'un certain nombre de points communs.

B. Des points communs


Les difficultés actuelles ne doivent pas mener à surélever les obstacles pour un dialogue entre les savoirs. En effet, il y a un certain nombre de points d'accord qui permettent un dialogue fructueux entre la théologie et la science7.

1. Le premier point est que le théologien et le scientifique se prévalent l'un et l'autre d'un souci de dire la vérité sur l'homme. Certes, leurs méthodes sont différentes, mais l'un et l'autre se réfèrent à l'expérience et à la réflexion systématique. Ils sont donc d'accord pour reconnaître les limites de leur savoir et à ne pas prétendre au monopole de la vérité. Sur ce point, il faut préciser que le théologien n'est pas un esprit religieux qui adhère aveuglément à des vérités révélées prises à la lettre et que le chercheur n'est pas nécessairement un scientiste qui porte à l'absolu les résultats de la science, à l'exclusion de toute autre forme de savoir.

2. Par des voies différentes, le théologien et le biologiste affirment le caractère unique de l'individu - ou personne humaine. L'individu humain réalise une combinaison unique de gènes qui font de lui un individu singulier. Les vrais jumeaux, s'ils ont le même patrimoine génétique, n'ont pas la même histoire et donc pas la même épigénèse qui structure leur héritage génétique.

3. En inventoriant le plus ténu de l'être humain singulier, la structure de son génome et des premières étapes du développement de l'ovocyte, on découvre un processus qui ne peut que susciter l'admiration devant la parfaite régulation d'un processus par ailleurs fort complexe. En effet, dans le déroulement de ce que l'on appelle le programme génétique, on voit apparaître de l'ordre, de la régularité et une manière de beauté inscrite dans le devenir.

4. Les travaux scientifiques renouent avec une autre idée fondamentale de la morale fondée sur la Bible : l'unité du genre humain et la fraternité de tous les humains. Elle était dite dans le langage symbolique par les textes anciens (en la figure d'Adam et de Noé ancêtre l'un et l'autre de tous les humains) ; elle est redite dans la découverte d'un patrimoine commun, hérité d'une longue histoire.
Ainsi entre la science et la théologie, il y a un accord que l'on peut considérer comme fondamental. Il peut permettre un dialogue.

C. Exigences pour la théologie

La situation de nouveauté implique cependant que le théologien ne se contente pas de cet accord. Il doit se confronter à la nouveauté de la situation. Pour cette raison, il doit accepter les enseignements de la science, c'est-à-dire prendre acte d'un savoir qui ne cesse de se transformer et de se renouveler à travers les âges. Il doit donc accepter de réexaminer ses positions au fur et à mesure des changements du savoir.

La révolution venue des sciences de la nature ne doit pas être vécue comme une agression, mais comme une occasion de se renouveler en se précisant. Lorsqu'il s'agit des connaissances en matière d'embryologie, l'observation s'est profondément renouvelée.

Les moyens d'étude sont expérimentaux et théoriques. Pratiques dans la mesure où on peut observer ce qui jadis échappait à l'étude directe. Ainsi aujourd'hui on peut suivre minutieusement le développement d'un être vivant. On peut corrélativement l'isoler de son milieu naturel pour bloquer son développement et le garder en réserve pour des utilisations ultérieures, comme pour des fécondations in vitro où l'on garde des "embryons surnuméraires" en cas d'échec avec ceux qui ont été sélectionnés.

Mais les moyens de la science sont conceptuels, car ils utilisent un formalisme qui leur permet de prévoir leur devenir et d'anticiper sur leur avenir. Il n'est pas indifférent que l'on traite du génome en langage de programme comme si l'agencement des gènes était du sens qui avait besoin de temps pour s'exprimer.

Le langage de la science ne se développe plus aujourd'hui selon un paradigme mécaniste, mais bien selon celui des sciences de l'information8.

Aussi l'embryologie, tant par ses observations que par le langage qui est utilisé dans la construction des modèles théoriques, invite le théologien à revisiter le donné scientifique, de manière à pouvoir donner son propre point de vue en connaissance de cause. Pour ce faire, il doit être attentif à ne pas juger de manière abrupte et pour cela il doit user d'une médiation philosophique explicite. Celle-ci ne saurait être arbitraire ; or la pratique scientifique repose sur des principes, des concepts et des protocoles qui sont partie prenante d'une certaine vision de la nature - une philosophie de la nature. Celle-ci n'entre pas explicitement dans le discours scientifique, mais elle est présente même chez ceux qui ne le soupçonnent pas9.

II. Philosophie de la nature

Le débat sur le statut de l'embryon doit donc évaluer les progrès des connaissances scientifique à partir des concepts qui portent le savoir scientifique et ouvrent sur une vision plus large du réel. Ce point est des plus important, car c'est en effet en philosophie de la nature que se trouvent les difficultés fondamentales.

A. La difficulté philosophique

La philosophie est confrontée à une situation contrastée. D'une part, le constat de l'inachèvement de l'embryon et, d'autre part, le constat d'une transformation continue qui empêche que l'on puisse distinguer des stades nettement séparés de l'existence.

Le premier point est présent même chez les thomistes, comme en témoigne ce propos de Jacques Maritain : « La disposition ultime qui requiert l'âme intellective, çà suppose un cerveau, un système nerveux et un psychisme sensitivo-moteur déjà fort élevés. Admettre que le fœtus humain, dès l'instant de sa conception, reçoit l'âme intellective, alors que rien est encore disposé à cet égard, est à mes yeux une absurdité philosophique. C'est aussi absurde que d'appeler bébé un ovule fécondé. C'est méconnaître complètement le mouvement évolutif, qu'on prend à vrai dire pour un simple mouvement d'augmentation ou de croissance, comme si à force de grossir un cercle devenait carré, ou le Petit Larousse devenait la Divine Comédie »10.Ce propos se situe dans la perspective de l' « animation » de l'embryon.

En sens inverse, cette conception n'est pas reprise par Pascal Ide11 qui prolonge les travaux de Philippe Caspar12. Pour ces disciples de saint Thomas, l'argumentation citée ne vaut pas. Ils se fondent sur la notion de personne qui implique une âme spirituelle et valorise ce que constate un professeur de médecine : « Le fœtus ne pouvait être pris au sérieux tant qu'il était resté un reclus médical dans une cavité opaque. L'œil de l'échographe qui observe l'innocent fœtus découvre une petite créature étrangement active et pas du tout comme le parasite passif qu'on imaginait. 13 ».

L'observation montre en effet que le zygote a des propriétés qui font de lui un être vivant. Il réalise en effet, d'une certaine manière, les qualités qui correspondent à la définition du vivant. En premier lieu, ce qui apparaît dans la continuité de son évolution et de sa différenciation progressive, mais aussi et corrélativement son unité et son identité, puisqu'il n'est pas un partie du corps de la mère. Ces trois caractères (continuité, unité et identité) donnent à reconnaître que l'embryon est un être vivant, un être humain. Cette affirmation rencontre plusieurs objections de la part de ceux qui veulent l'utiliser pour les recherches en biologie.

1. La première est l'existence de jumeaux homozygotes dont l'existence empêche de dire qu'il y a une individuation stricte, puisqu'à deux moments de la première étape de la vie du zygote, il y a des cellules totipotentes.

2. La seconde vient du fait que les premières cellules du zygote ne sont pas toutes destinées à la formation de l'embryon ; une part notable est destinée à devenir le placenta. Ceci sert à refuser à l'embryon les caractéristiques de l'individualité.

3. La troisième est la nécessité d'une nidation pour que le zygote puisse se développer. La fréquence élevée de l'élimination naturelle des zygotes confirme cette thèse, puisque la nature ne saurait être réglée pour être homicide.

4. La quatrième est la nécessité d'un corps organisé, c'est-à-dire suffisamment différencié pour qu'il y ait des activités proprement humaine. Si les Anciens parlaient de quarante ou quatre- vingt jours, les scientifiques reconnaissent le seuil de quatorze jours, parce qu'à ce moment là la différenciation apparaît entre les cellules.
Ces quatre argument sont utilisés par ceux qui refusent de considérer que, dans les premiers stades de la vie de l'œuf fécondé, il y ait un être qui puisse être qualifié de vivant et d'humain.

B. L'émergence

Pour répondre à ces difficultés qui relèvent de l'usage de concepts philosophiques, il nous semble important de rester au plus près de l'observation. Or les moyens qui fondent le savoir biologique mettent en évidence, comme il a été dit plus haut, une transformation progressive. Elle est nommée par un terme important, celui d'émergence, qui permet d'entrer sans artifice dans la réflexion philosophique.

La notion d'émergence tend à unir deux termes qui se présentent en opposition. D'une part, la continuité et, d'autre part, la nouveauté. Il y a continuité parce qu'il n'y a pas de rupture ou de saut entre les stades du phénomène étudié ou de la configuration d'ensemble. Il y a une nouveauté mais celle-ci provient d'un état antérieur qui ne s'est pas seulement modifié par accroissement ou par restructuration.

La notion scientifique de système complexe permet d'en rendre compte. Ce qui était latent et indiscernable paraît. Il y a pour cela une réorganisation des parties de l'ensemble. Le phénomène est commun dans les systèmes ouverts. Il s'applique de manière éminente au développement d'un être vivant. Si l'on distingue des stades, on ne peut marquer des ruptures. Il y a une continuité qui est sous-jacente à l'apparition de formes nouvelles. Pour cette raison, il importe de reconnaître un fondement réel qui demeure au cours de la transformation. C'est ainsi que l'on peut reconnaître une unité et une individualité à l'embryon dont on ne peut nier qu'il soit, depuis le tout premier commencement - la fusion des gamètes -, un organisme. Sur ce point la génétique apporte des éléments nouveaux qu'il importe de prendre en compte.

C. L'information génétique

L'être humain en devenir dans les divers stades de l'embryogénèse - du zygote au fœtus - n'est pas seulement saisi par les caractères des premières cellules. Il doit être étudié en tant qu'organisme.

L'observation traditionnelle est attentive à la forme en devenir et plus exactement à l'organisation. Le terme d'organisme est essentiel à la philosophie biologique et fondateur du savoir médical. De fait, en ses premiers stades de développement, l'être humain n'a pas encore forme humaine. Il est, du point de vue de la forme, semblable aux autres animaux qui lui sont proches. C'est sur cette situation que la législation anglo-saxonne marque une seuil pour l'utilisation médicale des embryons (le 14e jour est celui où commence à apparaître la différenciation cellulaire qui donne naissance au système nerveux).

Or l'étude biologique plus fine de la réalité des cellules montre que l'organisation est déjà présente, même si elle n'a pas eu le temps de s'exprimer. Elle est dans le génome qui est compris comme un code qui préside à la constitution ultérieure et qui donne les régulations nécessaires au développement harmonieux.

La notion de code génétique qui régit les échanges et les transformations permet de porter un jugement global sur l'embryon humain dès le commencement - au stade où il est un zygote. Il n'est pas encore un être ayant forme humaine, mais il a en lui, de manière active, les principes de son devenir qui ne peut être que l'explicitation de son humanité. Pour cette raison, on doit reconnaître le caractère humain du zygote - même constitué de cellules totipotentes - même si à l'échelle de l'observation visuelle, il n'apparaît pas comme tel, car il ressemble à un « amas de cellule » et qu'il est semblable à d'autres vivants proches de lui sur l'échelle de la vie.

La nature ne se réduit pas à la forme extérieure ou à la configuration ; elle est une potentialité ou un pouvoir être. Celui-ci, faute de temps, n'a pas encore produit son fruit et don ne saurait être réduit à ce qu'il apparaît. L'information génétique est inaliénable et donc permet de donner un sens précis à la notion d' « être humain ».

Il en va de même de l'aspect immunologique qui joue un rôle lors de la nidification. A ce moment-là, une part importante des cellules du zygote est utilisée pour sa protection en constituant une barrière qui sépare le soi du non-soi (en l'occurrence le zygote et la matrice de sa mère) tout en permettant l'échange nutritionnel nécessaire à son développement.

On peut ainsi faire surmonter les difficultés évoquées plus haut. Certains auteurs s'appuient sur cette situation pour donner un critère pour l'usage des cellules de l'embryon.

D'abord, la gémellité ne rend pas équivalentes les cellules qui se séparent. En second lieu, la distinction entre les cellules qui donneront le placenta et celles qui donneront l'embryon proprement dit supposent leur articulation dans un organisme unifié. Ensuite, si la nidation est nécessaire pour le développement, ce seuil est déjà inscrit dans le programme génétique. Enfin, le seuil de quatorze jours n'est pas une séparation, mais une complexification déjà inscrite dans la réalité.

Ce dernier point introduit à une question épistémologique. Si on détermine des seuils dans la formation de l'embryon et si l'on parle de stades de manière nette, il faut relever que la détermination de ces stades et de ces seuils relève d'un jugement. La reconnaissance de la nouveauté suppose un acte spécifique. Cet acte est un jugement. La philosophie de la connaissance reconnaît que connaître, c'est juger et que le simple constat ne suffit pas. Or une telle activité suppose la référence à des principes. C'est pourquoi les arguments échangés à propos du statut de l'embryon n'en restent pas au seul plan de la biologie. Non seulement, comme on l'a vu, ils participent d'une philosophie de la nature, mais sur une vision plus large, que l'on peut qualifier de métaphysique et morale, en donnant à ces termes le sens le plus large possible. Il s'agit là de principes universels.

On entre ainsi nécessairement dans une considération nouvelle qui utilise un autre registre de réflexion, celui de la métaphysique et de la morale.

III. Métaphysique et morale

Sur ce point, cette étude propose de renouer avec un concept traditionnel qui permet d'éviter les difficultés déjà soulevées concernant la personne humaine en même temps que tenir compte des aspects biologiques de la pensée sans nier la grandeur de l'être humain. Le terme traditionnel est celui de sujet dont la grandeur est dite par la notion d'âme - en grec psychè.

L'emploi du terme est délicat. En effet, la conception commune dépend toujours de Descartes qui a défini l'âme comme substance spirituelle et l'a exclue de l'étude des vivants non- humains, végétaux ou animaux. Mais la sortie hors du paradigme déterministe opérée par la science moderne permet de redonner sens à ce terme qui dit la spécificité de l'être vivant, le principe qui lui assure son unité et son identité. La notion de psychè ne doit pas être réservée aux seuls psychologues.

A. La notion d'âme

La notion d'âme peut être introduite à partir des termes scientifiques déjà rencontrés, ceux d'information et de système complexe.

Si l'être humain est en devenir et bien individualisé c'est qu'il y a en lui un principe d'unité. Ce ne peut être le comportement cellulaire ni la juxtaposition des cellules elles-mêmes. Les considérations utilitaristes évoquées plus haut s'appuient sur ce fait. Aussi il ne faut pas chercher le principe d'unité dans une continuité seulement matérielle ;étant prise dans le flux de la durée, celle-ci ne peut être prisonnière du temps ; il faut un principe qui transcende le temps et qui, de la sorte, puisse présider au devenir en assurant le passage à une forme plus complexe.

Ce principe ne se réduit pas à un mécanisme ou à une fonction organique - comme le système nerveux - puisqu'il n'a pas encore eu le temps de se mettre en place. Il n'est pas tangible. Mais cela ne signifie pas qu'il n'existe pas réellement.

La tradition philosophique emploie le mot âme pour désigner ce principe qui échappe à la saisie des sens, mais s'impose à l'intelligence ; elle lui donne un sens rigoureux qui demande à être revisité à la lumière des connaissances nouvelles sur l'embryon.

Le concept d'âme permet de dire que l'embryon, s'il obéit aux lois de la biochimie, est plus que de la matière. Il est déjà animé. Et par là il est vraiment un être humain, au sens strict. La distinction entre des niveaux d'animation différents n'est pas utile. Cette âme est d'emblée humaine et contient en elle potentiellement toute la richesse qui se manifestera dans le cours de la vie.

B. Dignité du corps humain

Le zygote et a fortiori l'embryon ne sont donc pas seulement de la matière vivante, étudiée par la biochimie. Cette discipline est fidèle à sa méthode et construit un objet qui lui est proportionné. Mais ce regard n'est pas exhaustif. Il est ouvert à d'autres qui permettent de manifester la richesse de la réalité, en l'occurrence l'être humain en devenir.

Aussi faut-il à ce propos parler non seulement de matière vivante, ou de chair ou d'organisme, mais bien de corps14. Les termes de la philosophie de la vie renvoient ici à un être qui n'est pas dédoublé : il n'y a pas d'une côté, une « âme séparée » et de l'autre « une machine », mais bien un être dont l'unité est assurée par des co-principes, l'âme principe de la vie qui fait que la chair devienne un corps.

La notion scientifique d'organisme se laisse ici assumer dans le concept de corps qui permet de fonder la morale15. Le terme reconnaît l'autonomie et le droit au respect et à la responsabilité. Dire que l'embryon est un corps humain suffit à fonder la morale car il implique qu'il doit être respecté, protégé, estimé et même aimé.

La règle éthique fondamentale de la société européenne trouve ici son fondement : ne pas faire de l'être humain un instrument, car il a valeur de fin. Il ne saurait être réduit à un moyen au service d'une fin qui lui est étrangère. Sur ce point, le regard du biologiste ne suffit pas à conclure. Il apparaît cependant dans celui du médecin qui soigne un corps. Le médecin en effet soigne bien quand il a conscience de la singularité du patient qui s'en remet à son pouvoir médical.

Ceci montre les raisons qu'il y a à donner des limites à l'utilisation de l'embryon humain pour la recherche médicale, fondamentale ou appliquée. En effet, la pratique et la recherche médicales ne sont as un absolu ; elles sont au service de la santé et ne représentent qu'un élément dans la connaissance de l'être humain.

C. Personne humaine ou être humain ?

1. Le discours moral utilise des termes qui disent la grandeur de l'homme. La notion de personne a pris au cours du vingtième siècle une importance capitale pour fonder et promouvoir le respect de la dignité humaine. La personne humaine est en effet sujet de droits imprescriptibles. Le concept de personne se réfère à un être autonome et unique, caractères liés à son fonctionnement biologique : unicité et singularité.

Or l'emploi du terme de personne pour fonder la morale en vient à contredire l'intention de ceux qui en usent. Est exemplaire sur ce point l'attitude du Professeur T. Engelhardt16. Celui- ci donne une définition très haute de la personne dont les caractéristiques sont la singularité, la conscience de soi, l'usage de la raison et la conduite morale, pour constater ensuite que dans les premiers stades de son développement l'embryon ne répond pas à ces exigences. Il apparaît, en effet, que le zygote est constitué de cellules qui ne respectent pas les exigences biologiques de la singularité. Les cellules du zygote sont totipotentes ; en cas de division de l'ovocyte ou même de la séparation d'une des premières cellules, on obtient des jumeaux et donc le critère d'unicité de la personnalité d'un individu n'est pas parfaitement réalisé à ce stade du développement.

Pour faire droit à cette exigence biologique, il me semble imprudent d'employer le registre de langage de la personne. Il est marqué d'exigences qui ne sont pas réalisées dès les premiers stades de la vie. Il suffit de parler d'être humain, puisque, d'une part, ce terme est incontestable au plan scientifique, et, d'autre part, il est spécifique puisqu'il reconnaît sans réserve le caractère humain de l'organisme embryonnaire. Il repose sur un fait incontesté, à savoir que dans les conditions normales d'évolution, l'embryon deviendra un être humain bien développé et irréductiblement distinct de tout autre vivant qui lui est proche.

2. Du point de vue global du jugement sur l'organisme en devenir, on peut également ajouter qu'il est humain non seulement par sa destination (être d'abord un fœtus, puis un enfant), mais aussi par son origine qui le lie à ses géniteurs, un homme et une femme adultes17.

3. L'emploi du terme « être humain » porte sur un être perçu dans la totalité de son devenir. Il n'est pas réductible à ce qu'il est au seul instant où on le considère - car de fait dans les premiers moments, il n'est qu'un « amas de cellule » ; mais il vient de ses géniteurs et va vers une pleine autonomie.

Le terme ne fait nulle violence à la réalité biologique, mais en situant l'embryon dans un cadre plus large, il lui reconnaît une plus grande richesse qui, pour n'être que potentielle, n'est pas moins présente. Le point de vue ne considère pas seulement ce qui pourrait être mais ce qui est déjà là.

Ainsi le point de vue philosophique ne fait nulle violence à la méthode scientifique ; il l'invite à inscrire son propos dans le cadre plus vaste d'une prise en compte de ce qui est donné.

La notion de corps et d'âme suffisent à donner un fondement à un discours moral qui reconnaît par ailleurs la valeur de la relation.

D. Le désir d'enfant

La valeur de la reconnaissance de l'existence d'un principe qui transcende la matérialité du corps humain apparaît dans l'usage d'une expression qui mérite attention et qui revient souvent dans le débat. L'idée de « désir d'enfant ».

La notion est délicate à manier car certains utilisent la notion moderne de personne pour se libérer des exigences venues de la biologie. Il relèvent que la personne est un sujet compris comme un centre de relations. La relation est structurante et constitutive de l'être, au point que l'embryon n'accéderait à la qualité d'être humain que s'il est le fruit d'un « désir d'enfant ». Faute de désir, le zygote ne serait qu'un amas de cellule. La considération faite plus haut sur l'unité de l'embryon suffit à montrer que cette position ne respecte pas la réalité. L'usage de cette expression n'est pas rigoureuse quand elle veut justifier l'avortement ou l'utilisation des embryons surnuméraires.

L'expression de « désir d'enfant » est cependant riche de sens, car elle dit bien que le sujet visé dans l'acte procréateur est bien un enfant, pensé et voulu comme un sujet humain. Mais ce désir des géniteurs ne porte pas seulement sur un enfant né, mais bien sur l'enfant à naître, c'est-à- dire sur l'enfant déjà conçu et même sur l'enfant à concevoir. Le désir d'enfant est global et ne se limite pas à un moment du processus de la gestation.

L'attention à la psychologie est ici nécessaire pour faire percevoir l'unité d'un être humain qui se déploie dans le temps. Le désir ne sépare pas les stades de l'embryogénèse ; il ne divise pas entre les seuils qui changeraient la nature du sujet qui croît, se complexifie et se différencie.

Cet argument ne saurait ignorer la complexité du désir des parents. Il peut être vécu de manière heureuse, mais aussi être source d'angoisse et d'inquiétudes (voire de frayeurs ou de phobies) où se mêlent pulsions de vie et pulsions de mort à l'égard d'un autre qui est à la fois une espérance, mais aussi la source d'une rivalité. Le désir humain n'est pas que conscience claire, mais aussi inconscient et donc échappe à la prétention à la maîtrise.

Pour cette raison, il est important de relever que parler de l'être humain à ses débuts comme d'un objet de désir, c'est percevoir son existence d'être humain, même imparfaitement autonome. C'est reconnaître un vivant ayant déjà un droit de vivre parce qu'il est transcendant aux étapes de son devenir, ce qu'exprime la notion d'âme - en grec psychè.

La psychologie confirme la nécessité de reconnaître un principe d'unité qui ne s'écartant pas de la biologie assure l'unité et la continuité du sujet au travers des étapes de sa croissance.

Le désir reconnaît que la vie qui commence est bien celle d'un être humain, pour le meilleur et pour le pire.

Pour conclure sur ce point, il est donc établi qu'il suffit de dire que, dès la conception, il y a une âme humaine et corrélativement un corps humain. Le langage de l'animation est, pour cette raison, maladroit, car il induit une anthropologie dualiste, comme si le corps était préparé indépendamment de la présence et de l'action de l'âme.

IV. La question du clonage humain

La question du clonage humain a été posée de manière spectaculaire par la déclaration d'un médecin italien annonçant qu'il allait procéder à des clonages pour répondre à des couples atteints de stérilité et par le projet de certains laboratoires. Cette perspective a suscité une levée de boucliers unanimes dans le monde scientifique, politique et religieux. La question touche le statut de l'embryon humain. On ne peut donc pas éluder la question.

La question du clonage n'est pas la plus importante dans le monde médical, mais elle est révélatrice de la culture des pays développés. La prétention à opérer des clonages pour la reproduction humaine participe des grands débats de société. Deux points en font partie. Le premier est à l'évidence un fantasme de toute-puissance. L'homme moderne a une puissance sur la nature ; il produit des merveilles technologiques ; il aimerait aller jusqu'au bout de cette puissance en produisant la vie humaine. Ce qui serait le comble de ses possibilités techniques. Le second est le désir d'avoir des bénéfices thérapeutiques avec la possibilité de réparer l'organisme déficient grâce au clonage. Face à ces désirs il convient de rester lucide parce que le vocabulaire n'est pas précis.

A. Qu'est-ce que le clonage ?

Le terme de clonage est équivoque. Il désigne un mode de reproduction qui est commun chez les végétaux ; c'est une reproduction non sexuée. Il est exceptionnel chez les vivants où il y a une reproduction sexuée. Il existe par exemple chez l'homme pour la conception de vrais jumeaux. Le terme de clonage comme tel n'a donc rien de violent ou d'anormal.

1. Le terme de clonage se réfère à des techniques biologiques modernes. Le terme désigne alors deux réalités différentes.

1°. La première est le clonage reproductif d'organisme par scission de l'embryon fécondé. Quand il est au stade d'une cellule, il peut se diviser en deux. On peut procéder in vitro à la séparation de deux cellules de façon à ce que chacune d'elle produise un embryon. Cette technique est utilisée pour les bovins et les ovins. Elle pourrait s'appliquer à l'homme.

2°. Le second sens du mot se rapporte au clonage par transfert de noyau. C'est aussi un clonage reproductif. La technique consiste à prendre le noyau d'une cellule somatique et à le transférer dans un ovule privé de son noyau. On obtient un organisme vivant. Ce fut le cas avec la célèbre brebis Dolly et avec d'autres animaux obtenus par cette technique. Cette technique pourrait s'appliquer à l'homme.

2. Il ya lieu d'introduire une autre distinction qui se prend de la finalité de l'intervention biologique en distinguant clonage reproductif ou non reproductif.

1°. Le clonage reproductif a pour but de produire des êtres vivants pour eux- mêmes.

2°. Le clonage non reproductif consiste à opérer un clonage pour une finalité thérapeutique ou de recherche fondamentale.

3. Les deux finalités peuvent être atteintes par les deux modes de technique. Dans la recherche actuelle on privilégie la technique de transfert de noyau pour produire des colonies de cellules génétiquement identiques par division successive à partir d'une cellule unique. Elle permet de produire des cellules à partir d'un embryon dont on ne laisse pas se dérouler la croissance. Cette technique peut concerner des cellules embryonnaires ou non ; elles sont utilisées pour aboutir à des lignées cellulaires et à des tissus qui seront utiles dans une thérapie. L'attention à ces techniques (et donc les crédits pour la recherche) est motivée par les espoirs thérapeutiques que l'on accorde aux cellules souches.

Le terme de clonage est employé dans ces cas dont on voit qu'il ne relèvent pas du même statut. Il y a donc une équivoque dans l'emploi du terme sans explication claire.

B. Le clonage reproductif humain

Dans la communauté scientifique comme chez les moralistes et les politiques, il y a actuellement une certaine unanimité pour refuser le clonage reproductif humain. L'examen des raisons avancées pour le récuser permet de voir l'enjeu de la question, au plan biologique, moral et métaphysique.

1. Des raisons d'ordre biologique sont avancées. D'une part, la technique de reproduction n'est pas fiable et en la matière on parle plus en fonction d'un rêve que de la possibilité réelle. L'organisme humain est fort délicat, plus que celui des animaux pour lesquels il y a un nombre considérable d'échecs. D'autre part, les biologistes sont attentifs à la valeur de la bio-diversité. Or le clonage la supprime puisque la reproduction se fait à l'identique.

2. Des raisons d'ordre moral sont utilisées pour récuser une telle pratique. Un principe fondamental de la morale est que l'être humain ne doit pas être utilisé comme moyen en vue d'une fin18. Pour le dire, on dit aujourd'hui que l'être humain ne doit pas être « instrumentalisé ». Il ne peut être utilisé comme une chose19 et l'on dit aujourd'hui qu'il ne doit pas être « réifié ». Cette condamnation prolonge celle de l'esclavage, car à l'évidence le clone humain serait l'esclave parfait et ne vivrait pas pour lui-même.

3. Des raisons psychologiques sont avancées. Elles se développent à partir de la difficulté de la gémellité. Les jumeaux ont de la peine à trouver leur identité. A fortiori un être humain obtenu par clonage. Il ne serait pas lui-même. Il ne serait pas reconnu pour ce qu'il est puisque le clonage aurait pour effet de supprimer la valeur symbolique du corps et du visage humain.

4. Des raisons morales ou psychologiques apparaissent dans la mesure où l'être humain produit par clonage ne serait pas voulu pour lui-même. En outre cette manière de reproduction abolirait un élément essentiel au sujet humain, la filiation : l'être humain s'inscrit dans un lignage. Exclure tout lignage serait une perte de l'identité humaine. C'est une source de folie pour un enfant de ne pas être voulu pour lui-même, comme par exemple quand il est désiré pour remplacer un frère ou une sœur disparue. Les problèmes posés par l'adoption seraient décuplés. Dans l'intérêt donc de l'enfant ainsi conçu, il faut donc récuser ce mode de conception.

Pour ces raisons, le refus du clonage reproductif humain est quasi unanime dans le monde occidental. Comme il peut exister des chercheurs sans scrupules moraux pour le faire, on ne peut que souhaiter que se mette en place rapidement une législation internationale pour l'interdire efficacement et surmonter les divergences de législations des États où l'on a la capacité de le faire.

C. Le clonage non reproductif

Si l'unanimité se fait pour refuser le clonage humain reproductif, ce n'est pas le cas du clonage non reproductif à finalité thérapeutique. Les meilleures connaissances du développement de l'embryon ont montré qu'il existe des cellules souches qui présentent un grand avantage thérapeutique. Ces cellules sont dans l'embryon ; on les appelle pour cette raison « cellules souches embryonnaires ». Elles peuvent être développées et ensuite réimplantées pour une thérapie, en remplaçant des cellules malades ou absentes. Sur ce point, les avis divergent. Deux positions s'affrontent.

La première considère que l'on peut utiliser des cellules souches embryonnaires, parce que jusqu'au stade de quatorze jours, il n'y pas un embryon, mais un pré-embryon. Dans ce cas on pourrait utiliser les cellules prises sur un pré-embryon, et les faire se reproduire pour obtenir une réserve pouvant servir à une thérapie. À cet argument s'ajoute un autre selon lequel, puisqu'il s'agit d'une fabrication d'embryon par transfert de noyau, il n'y a pas eu procréation au sens strict, puisqu'il n'y a pas eu fusion des gamètes. Il n'y a pas eu fécondation, mais fabrication d'un amas cellulaire.

La seconde position récuse cette argumentation en relevant que la distinction embryon/pré-embryon n'est pas satisfaisante - comme on l'a vu plus haut. Ce qui récuse le premier argument. Au deuxième argument, on répond en reconnaissant que la définition de l'embryon par la seule singularité ne suffit pas.

Le Conseil de l'Europe sur la bio-médecine note la « nécessité de respecter l'être humain à la fois comme individu et dans son appartenance à l'espèce humaine ». En effet, l'être humain quel que soit le stade de son développement et son état porte en lui-même la dignité humaine. Même si ses potentialités humaines ne sont pas développées, il appartient à la communauté humaine. Ainsi, même avant d'être constitué comme sujet, l'embryon doit être respecté.

Cette exigence a une conséquence morale immédiate. Si on considère que l'utilisation des techniques brise avec la dignité humaine, il logique de l'interdire. En effet, l'intention ne suffit pas à elle seule de fonder la moralité d'un acte ; il faut que toutes les étapes de la réalisation du projet soient conformes à des exigences de la morale. La fin thérapeutique bonne ne saurait justifier l'emploi de moyens mauvais.

V. Perspective biblique

Le débat théologique introduit des notions qui lui sont propres. Non seulement il assure une tradition où la nature de l'âme est privilégiée, mais il apporte des éléments qui évitent les limites des abstractions métaphysiques, des impératifs de la morale ou des exigences d'efficacité médicale.

A. Le don de la vie

La première notion est celle de don. Elle intervient sans trop de difficulté dans le débat car la notion de « donné » est habituel dans les sciences. Le donné c'est ce qui est déjà-là et que le travail de recherche ne peut ignorer parce que là se trouve l'énigme qu'il scrute.

Le terme peut être repris au sens fort. Le terme de don qualifie la création. La création est un don, le don de l'être. Le corps humain en toutes les étapes de son développement est donné, au sens fort du terme.

Les géniteurs ne sont pas propriétaires de la vie. Ils en sont les gardiens. Ils ont reçu la vie et ils la donnent. S'ils en sont responsables, il n'en sont pas les propriétaires. Cette sorte de gérance est dit par le mythe biblique des origines.

Cette reconnaissance n'est pas étrangère à la recherche scientifique qui est souvent couronnée par l'admiration devant la richesse de la vie. Les premiers débuts de la vie le confirment.

Cet élément nouveau donne à la notion de vie une dimension plus noble et donne au pouvoir humain une dimension plus modeste. Parce qu'elle est l'œuvre de Dieu, la vie est respectable et digne ; et aussi, parce qu'elle vient de Dieu, elle demande aux détenteurs du pouvoir une attitude de respect devant ce qui lui est confié.

Ce respect est une attitude globale. Il est dû à ce qui est réussi et fonctionne pour le mieux. Il est dû aussi à ce qui est fragile, et qui relève de l'échec.

Le don est premier. Il n'est pas limité au seul commencement. Il est présent à tout le devenir.

B. Un horizon plus noble

La considération purement technique se limite au fonctionnement. Si la notion de programme génétique touche au sens, elle ne dit pas explicitement tout ce qui relève de la finalité. Elle se limite à la téléonomie attentive à la construction de l'organisme ce qui est déjà un merveille d'agencement et de réglage. La notion théologique permet d'entendre la notion de finalité dans une richesse plus grande encore. L'être humain est créé à l'image de Dieu et destiné à devenir enfant de Dieu.

Les processus biologiques, dans la fragilité des commencements et dans l'absence de forme manifestement humaine, ne sauraient empêcher que l'on considère ce stade du développement dans une perspective plus grande qui englobe toute l'existence dans un projet plus riche que le seul souci de la survie.

C. L'amour

La considération théologique apporte un élément de plus au débat actuel. L'être humain n'est pas seulement sujet de droit, relevant d'une exigence de justice, selon les exigences de la morale qui fonde la loi et sont l'objet des délibérations des comités d'éthique médicale.

L'être humain est objet d'une attitude qui participe de l'intention de salut manifestée en Jésus-Christ. Aussi le regard sur un être faible et démuni n'est pas seulement fondé sur la reconnaissance de valeurs, mais s'étend à ce qui n'a pas encore acquis de la valeur.

Ainsi l'amour est-il convoqué dans le débat et dans les prises de décision. La vie en ses commencements est digne d'amour. Non à raison d'un intérêt bien compris, en l'occurrence le souci de l'avenir, mais de la situation présente qui peut être de détresse ou de fragilité.

Une exigence plus haute qui accepte de ne pas priver de respect ni de dignité ceux qui sont victimes de l'erreur ou du malheur.

Conclusion : des tâches pour la morale

La question de la dignité humaine est donc revisitée à partir de la question du statut de l'embryon. Il importe de relever que cette notion ne se suffit pas à elle-même. En effet, de son usage on peut tirer le meilleur et le pire. Le pire pour justifier, par exemple, l'eugénisme ou l'euthanasie. Le meilleur pour fonder des interdits qui ont force de loi pour interdire les abus en matière de bio-médecine. Il en va de même dans l'usage de la notion de personne. À vouloir employer des termes surchargés symboliquement et affectivement, on ne répond pas de manière assez précise aux défis posés par les nouvelles connaissances scientifiques et par les pratiques médicales.

Pour cette raison, cette brève étude sur le statut de l'embryon a invité à redonner sens aux concepts d'âme et de corps.

Ces concepts invitent à tenir le plus grand compte des connaissances nouvelles en matière de biologie et de médecine. Or, aujourd'hui, on perçoit mieux que l'être humain est inachevé. Il n'est jamais parfait et dans la plénitude de ses moyens ou de son âge. Mais il est néanmoins humain à toutes les étapes de sa vie, ce qu'expriment les notions d'âme et de corps20. Parce qu'il a une âme humaine, l'embryon est un être humain, dès le commencement de sa vie.

Il résulte de cette reconnaissance qu'il a des droits. Il n'est pas totalement livré à la volonté de ses géniteurs, ni à fortiori à celle du législateur.

Les questions actuelles donnent également l'occasion de rappeler que la qualité morale d'une action humaine est liée à la totalité des actes posés. Pour cette raison, l'usage des embryons doit être réglé par le respect de tout être humain, et nul ne saurait bafouer le droit d'un nombre limité d'individus, même si le but est le bien-être de la majorité.

Cette considération ne saurait faire oublier qu'il faut aussi donc tenir compte des limites réelles de la vie et entrer ainsi dans une approche de la réalité qui tienne compte de la complexité des situations vécues. Ce principe repose sur la nature même de l'être humain qui vit toujours dans des situations particulières.

Au terme de cette réflexion, il importe donc de reconnaître l'embryon humain, corps et âme.


Jean-Michel Maldamé

http://biblio.domuni.org/articlesphilo/embryon/index.htm
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