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La liberté pour quoi faire? de Bernanos

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Message par Isabelle-Marie le Ven 1 Nov 2019 - 16:47

Extrait de la conférence de Bernanos donnée en 1947 à la Sorbonne où il traite du pouvoir écrasant du machinisme sur l'individu et comment celui-ci se trouve tenté de se soumettre à ce pouvoir dans une société de plus en plus déspiritualisée
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REVOLUTION ET LIBERTE

Le mot de révolution n’est pas encore pour nous, Français, un mot du vocabulaire technique, un mot de technicien. Nous croyons que la révolution est une rupture. La révolution est un absolu. Celle que nous attendons se fera contre le système tout entier, ou elle ne se fera pas. Je dis système pour ne pas dire civilisation, car il apparaît de plus en plus que le système tel qu’il se présente à nous (ou plutôt dans lequel nous sommes peu à peu absorbés) n’est pas une civilisation, mais une organisation totalitaire et concentrationnaire du monde, qui a pris la civilisation humaine comme de surprise, à la faveur de la plus grande crise que l’histoire ait jamais connue, et dont le double aspect matériel et spirituel peut se définir ainsi : la déspiritualisation de l’homme coïncidant avec l’envahissement de la civilisation par les machines, l’invasion des machines prenant à l’improviste une Europe déchristianisée, une Europe déspiritualisée, capable de sacrifier, presque sans lutte à l’intelligence pratique et à sa brutale efficience, à l’intelligence pratique monstrueusement hypertrophiée, toutes les autres formes supérieures de l’activité de l’esprit.

Je dis que cette organisation a été totalitaire et concentrationnaire dès le principe, même lorsqu’elle prenait le masque et le nom de la liberté, puisque le libéralisme asservissait l’homme à l’économie pour que l’État,- ou l’espèce de parasite auquel on ose encore donner ce nom – pût s’emparer tout ensemble, le moment venu, de l’homme et de l’économie ,le capitalisme des trusts frayant la voie au trust des trusts, au trust suprême, au trust unique : à l’État technique divinisé, au Dieu d’un  univers sans Dieu, comme je l’écrivais déjà en 1930 dans cette Grande Peur des bien-pensants, dont le dernier acte s’est joué à Vichy.

[…]

Le technicien fait peur à l’homme moyen ; l’homme moyen est devant le technicien comme un chien dressé devant son dresseur. Mais je ne suis pas dressé, je suis seulement debout. Je suis un homme debout ! Je ne prétends pas parler au nom des électeurs. Les électeurs sont dressés pour le cirque. Oh ! Il y a plusieurs cirques ! Le plus grand cirque de France portait hier un nom, aujourd’hui, il en porte un autre. Qu’importe ! Les électeurs sont dressés pour le cirque. Mais il y a tout de même un homme dans chaque électeur, vous ne croyez pas ? Eh bien, c’est au nom de cet homme que je parle, ou tout au moins de ce que vous en avez laissé. Je connais les hommes mieux que les  techniciens, pour la raison qu’un homme ne connaît que deux choses dans l’animal qu’il dresse : sa peur et sa faim. Je connais les hommes mieux qu’eux ; Je les fais vivre dans mes livres, et si les techniciens, si sûrs  d’eux-mêmes, essayaient d’en faire autant, ils n’aboutiraient pour la plupart qu’à des niaiseries.

Oh ! Je ne dis pas qu’ils savent seulement se servir des hommes. Il en est, entre eux, qui croient les aimer, mais ce qu’ils aiment en eux c’est eux-mêmes, c’est l’idée à laquelle ils sont toujours prêts à les sacrifier. Vous êtes devant l’homme avec vos techniques, vos statistiques, vos tests et tous les instruments de mensuration psychologique, comme d’autres techniciens devant un poème de Baudelaire. Et quand ils ont fini leur travail, pauvres bêtes ! Voici que passe un adolescent de quinze ans, qui vient peut-être d’être recalé à son baccalauréat, mais qui a reçu du ciel le don divin de la poésie. Il ouvre les yeux, il regarde et en un éclair le poème divin coupé en petits morceaux par des cuistres rajuste miraculeusement ses tronçons épars et se met à chanter pour son ami.

Hélas ! Je pense à cette parole du Christ, si mystérieuse, si poignante : « En ce temps-là aurai-je encore des amis parmi vous ? » L’heure n’est pas loin, sans doute, où l’humanité, devenue l’objet passif de toutes les expériences de  laboratoire, ainsi qu’une douce bête entre les mains des vivisecteurs, comptera de plus en plus de sauveurs aux mains rouges, et pas un ami !

L’humanité a été victime jusqu’à ce jour de beaucoup d’expériences, mais ces expériences étaient jadis des expériences empiriques, elles étaient faites au petit bonheur, elles se contredisaient souvent les unes les autres. C’est pour la première fois qu’elle entre dans un laboratoire admirablement outillé, pourvu de toutes les ressources de la technique, et dont elle peut sortir mutilée à jamais. En ce cas, les opérateurs s’essuieront les mains à leur blouse écarlate, et c’en sera fini pour toujours. J’ai bien le droit de regarder ce laboratoire en face. Les opérateurs se disent sûrs d’eux. Mais sont-ils sûrs de ce  qu’ils ont là, étendu devant eux, sur leur table d’opération ? Si l’homme n’était pas ce qu’ils croient ? Si leur définition de l’homme se révélait un jour fausse ou incomplète ? Et, par exemple, ils le tiennent pour un animal industrieux, soumis au déterminisme des choses, et néanmoins indéfiniment perfectible. Mais si l’homme était réellement crée à l’image de Dieu ? Qu’il y ait en lui une proportion quelconque, si petite qu’on la suppose, de liberté, à quoi donc aboutiraient leurs expériences, sinon à la mutilation d’un organe essentiel ? S’il existait dans l’homme ce principe d’autodestruction, cette mystérieuse haine de soi que nous appelons péché originel, et que les techniciens n’ont pas manqué d’observer, car il explique toutes les affreuses déceptions de l’histoire ? C’est vrai qu’ils le mettent non au compte de l’homme mais à celui d’une mauvaise organisation du monde. S’ils se trompaient pourtant ? Si l’injustice était dans l’homme et que toutes les contraintes ne faisaient qu’en renforcer la malfaisance ? Si l’homme ne pouvait se réaliser qu’en Dieu ? Si l’opération de l’amputer de sa part divine – ou, du moins d’atrophier systématiquement cette part jusqu’à ce qu’elle tombe desséchée comme un organe où le sang ne circule plus – aboutissait à faire de lui une bête féroce ? Ou pis peut-être, une bête à jamais domestiquée, un animal domestique ? Ou moins encore, un anormal, un détraqué ?
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Message par jacques58fan le Dim 3 Nov 2019 - 4:33

Merci.
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