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Les écrits de Maria Valtorta

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Re: Les écrits de Maria Valtorta

Message par Grosjean le Ven 27 Mar 2009 - 9:58

Cher jld
Je crois que vous pouvez trouver tout cela sur le site du Centre Valtorta:
http://www.maria-valtorta.org/
Peut-être le Grand Panetier peut vous indiquer plus précisément ce que vous demandez mais allez faire un tour sur le site et je pense que vous y trouverez ce que vous cherchez.

Grosjean
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Re: Les écrits de Maria Valtorta

Message par Grosjean le Ven 27 Mar 2009 - 10:04

Vendredi 4ème semaine de Carême (27ème jour)
La mort de Judas


Vous le voyez, hommes, votre Sauveur, votre Roi, couronné de douleur pour vous libérer la tête de tant de fautes qui y fermentent ? Réfléchissez-vous à la douleur qu'a subie ma tête innocente pour expier pour vous, pour vos péchés toujours plus atroces de pensée qui se transforment en actes ? Vous qui vous offensez même quand il n'y a pas de motif de le faire, regardez le Roi offensé, et il est Dieu, avec son ironique manteau de pourpre déchiré, avec le sceptre de roseau et la couronne d'épines. Il est déjà mourant et ils le fouettent encore de leurs mains et de leurs moqueries. Et vous n'en éprouvez pas de la pitié. Comme les juifs vous continuez à me montrer le poing et à crier : "Dehors, dehors ! Nous n'avons pas d'autre Dieu que César", ô idolâtres qui n'adorez pas Dieu, mais vous-mêmes et parmi vous celui qui est le plus autoritaire. Vous ne voulez pas du Fils de Dieu. Pour vos crimes, il ne vous aide pas. Satan est plus serviable. Aussi vous préférez Satan. Du Fils de l'homme vous avez peur, comme Pilate. Et quand vous le sentez vous dominer par sa puissance, et s'agiter par la voix de la conscience qui vous fait des reproches en son nom, vous demandez comme Pilate : "Qui es-tu ? »
Qui je suis, vous le savez. Même ceux qui me nient savent ce que je suis et qui je suis. Ne mentez pas. Vingt siècles m'entourent et mettent en lumière qui je suis et vous font connaître mes prodiges. Pilate est plus pardonnable. Pas vous qui avez un héritage de vingt siècles de christianisme pour soutenir votre foi ou pour vous l'inculquer et ne voulez rien savoir. Et pourtant avec Pilate j'ai été plus sévère qu'avec vous. Je ne lui ai pas répondu. Avec vous je parle, et malgré cela, je ne réussis pas à vous persuader que c'est Moi à qui vous devez adoration et obéissance. Même maintenant vous m'accusez même d'être la ruine de Ma présence en vous, parce que je ne vous écoute pas. Vous dites que vous perdez la foi à cause de cela. Oh ! menteurs ! Où est-elle votre foi ? Où est-il votre amour ? Quand donc priez-vous et vivez-vous avec amour et foi ? Etes-vous des grands ? Rappelez-vous que vous êtes tels parce que je le permets. Etes-vous des anonymes dans la foule ? Rappelez-vous qu'il n'y a pas d'autre Dieu que Moi. Personne n'est plus que Moi et avant Moi. Donnez-moi donc ce culte d'amour qui me revient et je vous écouterai car vous ne serez plus des bâtards mais des fils de Dieu.
Et voilà la dernière tentative de Pilate pour me sauver la vie en admettant qu'il pût la sauver après l'impitoyable flagellation qui ne cessait pas. Il me présente à la foule : "Voilà l'Homme !" A lui, je fais humainement pitié. Il espère dans la pitié de la foule. Mais devant la dureté qui résiste et la menace qui se précise, il ne sait pas accomplir un acte surnaturellement juste et bon et dire : "Je le libère parce qu'il est innocent. Vous êtes des coupables, et si vous ne vous dispersez pas, vous allez connaître la rigueur de Rome". C'est cela qu'il devait dire s'il avait été juste, sans calculer le mal qui pouvait lui en venir par la suite.
Pilate n'est pas vraiment bon. Bon est Longin qui, moins puissant que le Préteur et moins défendu, au milieu du chemin, entouré de peu de soldats et d'une multitude ennemie, ose me défendre, m'aider, m'accorder du repos, me réconforter avec les femmes pieuses, et me permet d’être secouru par le Cyrénéen et d'avoir enfin la Mère au pied de la Croix. Celui-là fut un héros de la justice et devint ainsi un héros du Christ.
Sachez-le, ô hommes qui vous préoccupez uniquement de votre bien matériel, que Dieu intervient même pour ses besoins quand Il vous voit fidèles à la justice qui est une émanation de Dieu. Je récompense toujours celui qui agit avec rectitude. Je défends celui qui me défend. Je l'aime et le secours. Je suis toujours Celui qui a dit : "Qui donnera un simple verre d'eau en mon nom aura sa récompense". A qui me donne de l'amour, eau qui désaltère mes lèvres de Martyr divin, je me donne Moi-même, et donc protection et bénédiction. »

24. JUDAS DE KERIOT APRES SA TRAHISON

Je vois Judas. Il est seul. Il est vêtu de jaune clair avec un cordon rouge à la taille. Mon admoniteur intérieur m'avertit que, depuis peu qu'a été capturé Jésus, Judas, qui s'est enfui tout de suite après, est en proie à un contraste de pensées. En effet l'Iscariote semble un fauve furieux, traqué par une meute de mâtins. Tout souffle de vent dans les feuillages, un bruit quelconque sur la route, l'écoulement d'une fontaine le font sursauter et se retourner soupçonneux et effrayé comme s'il se sentait rejoint par un justicier. Il tourne la tête en la gardant basse, le cou tordu, il tourne les yeux comme quelqu'un qui veut voir et a peur de voir. Si un jeu de lumière de la lune crée une ombre d'apparence humaine, il écarquille les yeux, fait un saut en arrière, devient encore plus livide qu'il ne l'était, s'arrête un instant et puis s'enfuit précipitamment en revenant sur ses pas, en se détournant par d'autres chemins jusqu'à ce qu'un autre bruit, un autre jeu de lumière le fait s'arrêter et s'enfuir dans une autre direction.
Dans sa folle marche il va ainsi vers l'intérieur de la ville, mais une clameur du peuple l'avertit qu'il est près de la maison de Caïphe, et alors, en se portant les mains à la tête et se penchant comme si ces cris étaient autant de pierres qui le lapident, il s'enfuit à perdre haleine. Dans sa fuite, il prend une ruelle qui l'amène tout droit vers la maison où a été consommée la Cène. Il s'en aperçoit quand il est en face à cause d'une fontaine qui coule à cet endroit du chemin. Les pleurs de l'eau qui tombe goutte à goutte dans un petit bassin de pierre, et un faible sifflement du vent qui s'insinue dans le chemin étroit en produisant une lamentation étouffée, doivent lui sembler les pleurs de Celui qu'il a trahi et la plainte du Supplicié. Il se bouche les oreilles pour ne pas entendre et s'échappe, les yeux fermés, pour ne pas voir cette porte par laquelle peu d'heures avant il est passé avec le Maître et par laquelle il est sorti pour aller prendre les hommes armés pour se saisir de Lui.
Dans cette course aveugle il va heurter un chien errant, le premier chien que je vois depuis que j'ai les visions, un gros chien gris et hirsute qui s'écarte en grognant, prêt à s'élancer contre celui qui l'a dérangé. Judas ouvre les yeux et rencontre les pupilles phosphorescentes qui le fixent et il voit la blancheur des crocs découverts qui semblent produire un rire diabolique. Il pousse un cri de terreur. Le chien, qui peut-être le prend pour un cri menaçant, se jette sur lui, et les deux roulent dans la poussière : Judas dessous, paralysé par la peur, le chien dessus. Quand la bête lâche sa proie, considérée peut-être comme indigne de la lutte, Judas saigne à cause de deux ou trois morsures et son manteau a de larges déchirures.
Il a été vraiment mordu à la joue, au point précis où il a baisé Jésus. La joue saigne et le sang souille au cou le vêtement jaunâtre de Judas. Le sang lui fait une sorte de collier, en imbibant le cordon rouge qui serre le vêtement au cou et il le rend plus rouge encore. Judas met la main à sa joue, il regarde le chien qui s'éloigne mais le guette dans l'ouverture d'une porte, il murmure : « Belzébuth ! » et poussant de nouveau un cri, il s'enfuit, poursuivi par le chien pendant quelque temps. Il fuit jusqu'au petit pont qui est près du Gethsémani. Là, soit fatigué de le suivre, soit que l'eau l'éloigne parce qu'il est hydrophobe, le chien abandonne sa proie et revient en arrière en grognant. Judas, qui s'était jeté dans le torrent pour prendre des pierres et les jeter au chien, le voyant s'éloigner, regarde autour de lui et s'aperçoit qu'il a de l'eau jusqu'à mi-mollet. Sans s'occuper de son vêtement de plus en plus trempé, il se penche sur l'eau et boit comme s'il était brûlé par la fièvre et il lave sa joue qui saigne et doit lui faire mal. A la clarté d'un premier éveil de l'aube il remonte sur la berge, de l'autre côté comme s'il avait encore peur du chien et n'osait pas revenir vers la ville.
Il fait quelques mètres et se trouve à l'entrée du Jardin des Oliviers. Il crie : « Non ! Non ! » en reconnaissant l'endroit. Mais ensuite, je ne sais par quelle force irrésistible ou par quel sadisme satanique et criminel, il avance en cet endroit. Il cherche l'endroit où est arrivée la capture. La terre du sentier, foulée par de nombreux pieds, l'herbe piétinée en un point donné et du sang par terre, peut-être celui de Malchus, lui montrent que c'est là qu'il a indiqué l'Innocent aux bourreaux.
Il regarde, il regarde... et puis il pousse un cri rauque et fait un saut en arrière. Il crie : « Ce sang, ce sang !... » et il le montre... à qui ? avec son bras tendu et son index qu'il pointe. Dans la lumière croissante son visage se montre terreux et spectral. Il semble fou. Il a les yeux écarquillés et brillants comme s'il délirait ; ses cheveux ébouriffés par la course et la terreur semblent dressés sur sa tête ; la joue qui enfle lui tord la bouche en un rictus. Son vêtement déchiré, couvert de sang, mouillé, boueux, car la poussière en se mouillant est devenue de la boue, le rend semblable à un mendiant. Son manteau aussi déchiré et boueux pend d'une épaule comme une guenille et il s'y empêtre quand, continuant à crier : « Ce sang, ce sang ! » il recule comme si ce sang était devenu une mer qui monte et submerge. Judas tombe à la renverse et se blesse derrière la tête en heurtant une pierre. Il pousse un gémissement de douleur et de peur. « Qui est-ce ? » crie-t-il. Il doit avoir pensé que quelqu'un l'a fait tomber pour le frapper. Il se retourne avec terreur. Personne ! Il se lève. Maintenant le sang dégoutte aussi sur la nuque. Le cercle rouge s'élargit sur le vêtement. Il ne tombe pas par terre car il y en a peu, le vêtement le boit. Maintenant la corde paraît déjà au cou.
Il marche. Il retrouve la trace du feu allumé par Pierre au pied d'un olivier, mais il ne sait pas que c'est Pierre qui l'a fait et croit que Jésus était là. Il crie : « Allez ! Allez » et avec les deux mains tendues en avant, il paraît repousser un fantôme qui le tourmente. Il s'échappe et va finir justement contre le rocher de l'Agonie.
Maintenant l'aube est nette et permet de bien voir et tout de suite. Judas voit le manteau de Jésus laissé plié sur le rocher. Il le reconnaît. Il veut le toucher. Il a peur. Il allonge la main et la retire. Il veut. Il ne veut pas. Mais ce manteau le fascine. Il gémit : « Non ! Non ! » Puis il dit : « Oui, par Satan ! Oui, je veux le toucher. Je n'ai pas peur ! Je n'ai pas peur ! » Il dit qu'il n'a pas peur, mais la terreur lui fait claquer des dents, et le bruit que fait au-dessus de sa tête une branche d'olivier remuée par le vent et qui heurte un tronc voisin, le fait crier de nouveau. Pourtant il fait un effort et saisit le manteau. Et il rit. Un rire de fou, de démon. Un rire hystérique, saccadé, lugubre, qui n'en finit pas, car il a vaincu sa peur, et il le dit : « Tu ne me fais pas peur, Christ. Plus peur. J'avais une si grand peur de Toi car je te croyais Dieu et fort. Maintenant tu ne me fais plus peur, car tu n'es pas Dieu. Tu es un pauvre fou, un faible. Tu n'as pas su te défendre. Tu ne m'as pas réduit en cendres, comme tu n'as pas lu dans mon cœur la trahison. Mes peurs !... Quel sot ! Quand tu parlais, même hier soir, je croyais que tu savais. Tu ne savais rien. C'était ma peur qui donnait un sens prophétique à tes paroles toutes ordinaires. Tu n'es rien. Tu t'es laissé vendre, indiquer, prendre comme une souris dans son trou. Ta puissance ! Ton origine ! Ah ! Ah ! Ah ! Bouffon ! Le fort, c'est Satan ! Plus fort que Toi. Il t'a vaincu ! Ah ! Ah ! Ah ! Le Prophète ! Le Messie ! Le Roi d'Israël ! Et tu m'as assujetti pendant trois années ! Avec la peur toujours au cœur ! Et je devais mentir pour te tromper avec finesse quand je voulais jouir de la vie ! Mais même si j'avais volé et forniqué sans toute l'astuce que je mettais en œuvre, tu ne m'aurais rien fait. Poltron ! Fou ! Lâche ! Tiens ! Tiens ! Tiens ! J'ai eu tort de ne pas te faire à Toi ce que je fais à ton manteau pour me venger du temps où tu m'as tenu esclave par la peur. Peur d'un lapin !... Tiens ! Tiens ! Tiens ! »
A chaque « tiens ! » il cherche à mordre et à déchirer l'étoffe du manteau. Il le chiffonne dans ses mains. Mais en le faisant, il l'ouvre et apparaissent les taches qui l'humectent. La furie de Judas s'arrête. Il fixe ces taches. Il les touche, il les flaire. C'est du sang... Il le déplie. Elle est bien visible l'empreinte laissée par les deux mains tachées de sang quand il appuyait l'étoffe sur son visage.
« Ah !... Du sang ! Du sang ! Le sien... Non ! » Judas laisse tomber le manteau et regarde autour de lui. Contre le rocher aussi, là où Jésus s'est appuyé le dos quand l'ange le réconfortait, il y a une tache sombre de sang qui sèche. « Là !... Là !... Du sang ! Du sang !... » Il baisse les yeux pour ne pas voir, et il voit l'herbe toute rougie par le sang qui est tombé sur elle. Celui-ci, à cause de la rosée qui l'a dilué, paraît tombé depuis peu. Il est rouge et brille au premier soleil. « Non ! Non ! Non ! Je ne veux pas voir ! Je ne puis voir ce sang ! Au secours ! » Il porte les mains à sa gorge et perd tout contrôle comme s'il se noyait dans une mer de sang. « Arrière ! Arrière ! Laisse-moi ! Laisse-moi ! Maudit ! Mais ce sang, c'est une mer ! Il couvre la Terre ! La Terre ! La Terre ! Et sur la Terre il n'y a pas de place pour moi, car je ne puis voir ce sang qui la couvre. Je suis le Caïn de l'Innocent ! » L'idée du suicide, je crois, est venue à ce moment-là en son cœur.
Le visage de Judas fait peur. Il se jette du talus et s'enfuit par l'oliveraie, sans revenir par la route déjà faite. Il semble poursuivi par des fauves. Il revient dans la ville. Il s'enveloppe comme il peut dans son manteau et cherche à couvrir sa blessure et son visage autant qu'il le peut. Il se dirige vers le Temple. Mais pendant qu'il va dans cette direction à un carrefour il se trouve en face des canailles qui traînent Jésus chez Pilate. Il ne peut se retirer car une autre foule le pousse dans le dos, en accourant pour voir. Et grand comme il est, il domine forcément et il voit. Et il rencontre le regard du Christ...

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Re: Les écrits de Maria Valtorta

Message par Grosjean le Ven 27 Mar 2009 - 10:05

Vendredi 4ème semaine de Carême (27ème jour)(suite)
La mort de Judas


Les deux regards s'enlacent un moment. Puis le Christ passe, lié, frappé, et Judas tombe à la renverse comme s'il s'évanouissait. La foule le piétine sans pitié, et il ne réagit pas. Il doit préférer être piétiné par tout un monde plutôt que de rencontrer ce regard.
Quand la meute déicide est passée avec le Martyr et que le chemin est libre, il se relève et court au Temple. Il bouscule et renverse presque un garde placé à la porte de l'enceinte. D'autres gardes arrivent pour interdire l'entrée au forcené, mais lui, comme un taureau furieux, les écarte tous. L'un d'eux, qui s'accroche après lui pour l'empêcher de pénétrer dans la salle du Sanhédrin où ils sont tous encore rassemblés pour discuter, est saisi à la gorge, étranglé et jeté, sinon mort certainement moribond, en bas des trois marches.
« Votre argent, maudits, je n'en veux pas » crie-t-il debout au milieu de la salle, à l'endroit où était avant Jésus. On dirait un démon qui débouche de l'enfer. Ensanglanté, dépeigné, enflammé par le délire, la bave à la bouche, les mains comme des griffes, il crie et semble aboyer tant sa voix est perçante, rauque, hurlante. « Votre argent, maudits, je n'en veux pas. Vous m'avez perdu. Vous m'avez fait commettre le plus grand péché. Comme vous, comme vous je suis maudit ! J'ai trahi le Sang innocent. Qu'ils retombent sur vous ce Sang et ma mort. Sur vous... Non ! Ah !... » Judas voit le pavé baigné de sang. « Même ici, même ici, il y a du sang partout ! Partout, il y a son sang ! Mais combien de sang a l'Agneau de Dieu pour en couvrir ainsi la Terre et ne pas en mourir ? Et c'est moi qui l'ai répandu ! A votre instigation. Maudits ! Maudits ! Maudits pour l'éternité ! Malédiction à ces murs ! Malédiction à ce Temple profané ! Malédiction au Pontife déicide ! Malédiction aux prêtres indignes, aux faux docteurs, aux pharisiens hypocrites, aux juifs cruels, aux scribes sournois ! Malédiction à moi ! A moi, malédiction ! A moi ! Prenez votre argent et qu'il vous étrangle l'âme dans la gorge, comme à moi la corde » et il jette la bourse à la figure de Caïphe et s'en va en poussant un cri alors que les pièces résonnent en s'éparpillant sur le sol après avoir frappé, en la faisant saigner, la bouche de Caïphe.
Personne n'ose le retenir. Il sort. Il court à travers les chemins. Et fatalement il rencontre deux fois Jésus à l'aller et au retour de chez Hérode. Il abandonne le centre de la ville pour prendre au hasard les ruelles les plus misérables et il finit de nouveau contre la maison du Cénacle. Elle est entièrement fermée, comme abandonnée.
Il s'arrête, la regarde. « La Mère ! » murmure-t-il. « La Mère !... » Il reste indécis... « Moi aussi, j'ai une mère ! Et j'ai tué un fils à une mère !... Pourtant... je veux entrer... revoir cette pièce. Là, il n'y a pas de sang... » Il donne un coup à la porte, un autre... un autre... La maîtresse de maison vient ouvrir et entrouvre la porte, une fente... Et en voyant cet homme bouleversé, méconnaissable, elle jette un cri et essaie de refermer. Mais Judas, d'un coup d'épaule, l'ouvre toute grande et, renversant la femme effrayée, passe outre.
Il court vers la petite porte qui donne sur le Cénacle. Il l'ouvre. Il entre. Un beau soleil entre par les fenêtres grandes ouvertes. Judas pousse un soupir de soulagement. Il entre. Ici, tout est calme et silencieux. La vaisselle est encore comme on l'a laissée. On comprend que pour le moment, personne ne s'en est occupé. On pourrait croire qu'on va se mettre à table.
Judas va vers la table. Il regarde s'il y a du vin dans les amphores. Il y en a. Il boit avidement à l'amphore elle-même qu'il soulève à deux mains. Puis il se laisse tomber assis et appuie sa tête sur ses bras croisés sur la table. Il ne s'aperçoit pas qu'il est assis justement à la place de Jésus et qu'il a devant lui le calice qui a servi pour l'Eucharistie. Il s'arrête un moment jusqu'à ce que s'apaise l'essoufflement causé par sa longue course. Puis il lève la tête et voit le calice, et il reconnaît où il s'est assis.
Il se lève comme possédé. Mais le calice le fascine. Il y a encore au fond un peu de vin rouge et le soleil, en frappant le métal (qui paraît de l'argent) fait briller ce liquide. « Du sang ! Du sang ! Du sang ici aussi ! Son Sang ! Son Sang !... "Faites cela en mémoire de Moi !... Prenez et buvez. Ceci est mon Sang... Le Sang du Nouveau Testament qui sera versé pour vous..." Ah ! Maudit que je suis ! Pour moi il ne peut plus être versé pour la rémission de mon péché. Je ne demande pas pardon car Lui ne peut me pardonner. Hors d'ici ! Hors d'ici ! Il n'y a plus d'endroit où le Caïn de Dieu puisse connaître le repos. A mort ! A mort !... »
Il sort. Il se trouve en face de Marie, debout à la porte de la pièce où Jésus l'a quittée. Elle, entendant du bruit, s'est montrée espérant peut-être voir Jean qui est absent depuis tant d'heures. Elle est pâle comme si elle avait perdu son sang. Elle a des yeux que la douleur rend encore plus semblables à ceux de son Fils. Judas rencontre ce regard qui le regarde avec la même connaissance affligée et consciente dont Jésus l'a regardé en route, et avec un « Oh ! » effrayé il s'adosse au mur.
« Judas ! » dit Marie, « Judas, qu'es-tu venu faire ? » Les paroles mêmes de Jésus, et dites avec un amour douloureux. Judas s'en souvient et pousse un cri.
« Judas » répète Marie « qu'as-tu fait ? A tant d'amour tu as répondu en trahissant ? » La voix de Marie est une caresse tremblante.
Judas va s'échapper. Marie l'appelle d'une voix qui aurait dû convertir un démon. « Judas ! Judas ! Arrête-toi ! Arrête-toi ! Ecoute ! Je te le dis en son nom : repens-toi, Judas. Lui pardonne... » Judas s'est enfui. La voix de Marie, son aspect ont été le coup de grâce, ou plutôt de disgrâce car il résiste.
Il s'en va précipitamment. Il rencontre Jean qui accourt vers la maison pour prendre Marie. La sentence est prononcée. Jésus va aller au Calvaire. C'est le moment de conduire la Mère à son Fils. Jean reconnaît Judas, bien qu'il reste bien peu du beau Judas d'il y a peu de temps. « Toi ici ? » lui dit Jean avec un dégoût visible. « Toi ici ? Malédiction à toi, meurtrier du Fils de Dieu ! Le Maître est condamné. Réjouis-toi, si tu le peux, mais dégage le chemin. Je vais prendre la Mère. Qu'elle, ton autre Victime, ne te rencontre pas, reptile. »
Judas s'enfuit. Il s'est enveloppé la tête dans les lambeaux de son manteau en laissant seulement une fente pour les yeux. Les gens, le peu de gens qui ne sont pas vers le Prétoire, l'évitent comme s'ils voyaient un fou. Et il semble tel.
Il erre à travers la campagne. Le vent apporte de temps à autre un écho de la clameur qui vient de la foule qui suit Jésus en Lui adressant des imprécations. Chaque fois qu'un pareil écho arrive à Judas, il hurle comme un chacal.
Je crois qu'il est réellement devenu fou car il cogne la tête rythmiquement contre les murets de pierre. Ou bien il est devenu hydrophobe parce que, quand il voit un liquide quelconque : eau, lait porté par un enfant dans un récipient, de l'huile qui coule d'une outre, il hurle, il hurle et crie : « Du sang ! Du sang ! Son Sang ! »
Il voudrait boire aux ruisseaux et aux fontaines. Il ne le peut car l'eau lui paraît du sang et il le dit : « C'est du sang ! C'est du sang ! Il me noie ! Il me brûle ! J'ai le feu ! Son Sang, qu'il m'a donné hier, est devenu du feu en moi ! Malédiction à moi et à Toi ! »
Il monte et descend les collines qui entourent Jérusalem. Et son œil, irrésistiblement, va au Golgotha. Et par deux fois il voit de loin le cortège qui monte en serpentant la côte, il regarde et pousse un cri.
Le voilà au sommet. Judas aussi est au sommet d'une petite colline couverte d'oliviers. Il y pénètre en ouvrant une fermeture rustique comme s'il en était le maître ou pour le moins très habitué. J'ai l'impression que Judas ne se souciait pas beaucoup de la propriété d'autrui. Debout sous un olivier à l'extrémité d'un talus, il regarde vers le Golgotha. Il voit se dresser les croix et il comprend que Jésus est crucifié. Il ne peut voir ou entendre, mais le délire ou un maléfice de Satan lui font voir et entendre comme s'il était au sommet du Calvaire.
Il regarde, regarde comme halluciné. Il se débat : « Non ! Non ! Ne me regarde pas ! Ne me parle pas ! Je ne le supporte pas. Meurs, meurs, maudit ! Que la mort ferme ces yeux qui me font peur, cette bouche qui me maudit. Mais moi aussi je te maudis puisque tu ne m'as pas sauvé. »
Son visage est tellement hagard, qu'on ne peut le regarder. Deux filets de bave descendent de sa bouche hurlante. La joue mordue est livide et enflée et fait paraître son visage déformé. Les cheveux collés, sa barbe très noire qui a poussé sur ses joues en ces heures, mettent un bâillon lugubre sur ses joues et son menton. Les yeux, ensuite !... Ils roulent, ils louchent, ils sont phosphorescents. Des yeux de démon. Il arrache de sa taille le cordon de grosse laine rouge qui l’a ceint depuis trois tours. Il en éprouve la solidité en l'enroulant autour d'un olivier et en tirant de toutes ses forces. Il résiste. Il est solide. Il choisit un olivier qui se prête à ce qu'il veut faire. Voilà. Celui qui penche au-delà du talus, avec sa chevelure en désordre, va bien. Il monte sur l'arbre. Il assure solidement un nœud coulant à une branche des plus robustes et qui pend sur le vide. Il a déjà fait le nœud coulant. Il regarde une dernière fois vers le Golgotha, puis il enfile la tête dans le nœud coulant. Maintenant il paraît avoir deux colliers rouges à la base du cou. Il s'assoit sur le talus puis d'un coup se laisse glisser dans le vide.
Le nœud le serre. Il se débat quelques minutes. Ses yeux chavirent, l'asphyxie le rend noir, il ouvre la bouche, les veines du cou se gonflent et deviennent noires. Il envoie quatre ou cinq coups de pieds dans l'air, dans les dernières convulsions. Puis sa bouche s'ouvre et sa langue pend noire et baveuse, les globes oculaires ouverts sortent de la tête montrant le blanc de l'œil injecté de sang, l'iris disparaît vers le haut. Il est mort. Le vent fort, qui s'est levé avant l'orage imminent, balance le macabre pendule et le fait tourner comme une horrible araignée suspendue au fil de sa toile.
La vision finit et j'espère arriver à oublier bientôt tout ceci car je vous assure que c'est une vision horrible.

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Re: Les écrits de Maria Valtorta

Message par Grosjean le Sam 28 Mar 2009 - 9:32

Samedi 4ème semaine de Carême (28ème jour)
Combien de Caïns sur la Terre !


25. « SI JUDAS S'ETAIT JETE AUX PIEDS DE LA MERE EN DISANT : "PITIE", LA MERE DE PITIE L'AURAIT RECUEILLI COMME UN BLESSE »

Jésus dit :
« Horrible, mais pas inutile. Trop de gens croient que Judas a commis une chose de peu d'importance. Certains arrivent même à dire qu'il a eu du mérite car sans lui la Rédemption ne serait pas venue et par conséquent il est justifié devant Dieu.
En vérité je vous dis que si l'Enfer n'avait pas déjà existé, et existé parfait en ses tourments, il aurait été créé pour Judas encore plus horrible et éternel, parce que de tous les pécheurs et de tous les damnés il est le plus damné et le plus pécheur, et pour lui éternellement il n'y aura pas d'adoucissement de sa condamnation.
Le remords aurait pu aussi le sauver, s'il avait fait du remords un repentir. Mais lui n'a pas voulu se repentir. Au premier crime de trahison, encore pardonnable à cause de la grande miséricorde qu'est mon affectueuse faiblesse, il a joint les blasphèmes, les résistances aux voix de la Grâce qui voulaient encore lui parler à travers les souvenirs, à travers les terreurs, à travers mon Sang et mon manteau, à travers mon regard, à travers les traces de l'institution de l'Eucharistie, à travers les paroles de ma Mère. Il a résisté à tout. Il a voulu résister comme il avait voulu trahir. Comme il a voulu maudire. Comme il a voulu se suicider. C'est la volonté qui compte dans les choses, dans le bien comme dans le mal.
Quand quelqu'un tombe sans la volonté de tomber, je pardonne. Tu vois Pierre. Il m'a renié. Pourquoi ? Il ne le savait même pas lui exactement. Un lâche, Pierre ? Non. Mon Pierre n'était pas un lâche. Contre la cohorte et les gardes du Temple il avait osé frapper Malchus pour me défendre et risqué d'être tué de ce fait. Ensuite, il s'était enfui, sans avoir la volonté de le faire. Ensuite, il avait renié, sans avoir la volonté de le faire. Par la suite, il a bien su rester et avancer sur le chemin sanglant de la Croix, sur mon Chemin, jusqu'à arriver à la mort de la croix. Il a su par la suite donner de Moi un excellent témoignage au point d'être tué à cause de sa foi intrépide. Je le défends, mon Pierre. Sa défaillance a été la dernière de son humanité, mais sa volonté spirituelle n'était pas présente à ce moment. Elle dormait, émoussée par le poids de son humanité. Quand elle s'éveilla, elle ne voulut pas rester dans le péché et voulut être parfaite. Je lui ai pardonné tout de suite.
Judas n'as pas voulu. Tu dis qu'il paraissait fou et enragé. Il l'était d'une rage satanique. Sa terreur à la vue du chien, animal rare, en particulier à Jérusalem, venait du fait qu'on l'attribuait à Satan, depuis un temps immémorial, cette forme pour apparaître aux mortels. Dans les livres de magie, on dit encore qu'une des formes préférées de Satan pour apparaître est celle d'un chien mystérieux ou d'un chat ou d'un bouc. Judas, déjà en proie à la terreur qui lui venait de son crime, convaincu qu'il appartenait à Satan à cause de ce crime, vit Satan en cette bête errante.
Celui qui est coupable voit en tout des ombres de peur. C'est sa conscience qui les crée. Ensuite Satan excite ces ombres qui pourraient encore donner le repentir à un cœur, et en fait des larves horribles qui amènent au désespoir. Et le désespoir porte au dernier crime, au suicide. A quoi bon jeter le prix de la trahison, quand ce dépouillement n'est le fruit que de la colère et n'est pas fortifié par une volonté droite de se repentir ? Dans ce cas, se dépouiller des fruits du mal devient méritoire, mais comme il l'a fait, non. Sacrifice inutile.
Ma Mère, et c'était la Grâce qui parlait et la Trésorière qui donnait le pardon en mon nom, lui dit : "Repens–toi, Judas. Il pardonne..." Oh Oui, je lui aurais pardonné ! S'il s'était jeté aux pieds de la Mère en disant : "Pitié !", elle, la Mère de Pitié, l'aurait recueilli comme un blessé et sur ses blessures sataniques, par lesquelles l'Ennemi lui avait inoculé le Crime, aurait répandu ses larmes qui sauvent et me l'aurait amené, au pied de la Croix, en le tenant par la main pour que Satan ne pût le saisir et les disciples le frapper, amené pour que mon Sang tombât d'abord sur lui, le plus grand des pécheurs. Et elle aurait été, elle, la Prêtresse admirable sur son autel, entre la Pureté et la Faute, parce qu'elle est la Mère des vierges et des saints, mais aussi la Mère des pécheurs.
Mais lui n'a pas voulu. Méditez le pouvoir de la volonté dont vous êtes les arbitres absolus. Par elle vous pouvez avoir le Ciel ou l'Enfer. Méditez ce que veut dire persister dans la faute.
Le Crucifié, Celui qui se tient les bras ouverts et attachés pour vous dire qu'il vous aime, et qu'il ne veut pas vous frapper, qu'il ne peut vous frapper parce qu'il vous aime et préfère se refuser de pouvoir vous embrasser, unique douleur de son état de crucifié, plutôt que d'avoir la liberté de vous punir, le Crucifié, objet de divine espérance pour ceux qui se repentent et veulent quitter la faute, devient pour les impénitents un objet d'une telle horreur qu'elle les fait blasphémer et user de violence envers eux–mêmes. Meurtriers de leur esprit et de leur corps à cause de leur persistance dans la faute. Et la vue de Celui qui est doux, qui s'est laissé immoler dans l'espoir de les sauver, prend l'apparence d'un spectre horrifiant.
Marie, tu t'es lamentée de cette vision. Mais c'est le Vendredi de la Passion, ma fille. Tu dois souffrir. Aux souffrances que tu endures à cause de mes souffrances et de celles de Marie, ma mère, tu dois joindre tes souffrances à cause de l'amertume de voir les pécheurs rester pécheurs. Elle a été notre souffrance, celle–là. Elle doit être la tienne. Marie a souffert et souffre encore de cela, comme de mes tortures. Tu dois donc souffrir cela. Maintenant, repose. Dans trois heures tu seras toute mienne et de Marie. Je te bénis, violette de ma passion et passiflore de Marie. »


26. « MARIE DOIT ANNULER EVE »

Jésus dit :
« Le couple Jésus–Marie est l'antithèse du couple Adam–Eve. C'est lui qui est destiné à annuler toute l'œuvre d'Adam et Eve et de ramener l'Humanité au point où elle était quand elle fut créée : riche de grâce et de tous les dons dont le Créateur l'avait comblée. L'Humanité a subi une régénération totale par l'œuvre du couple Jésus–Marie qui sont ainsi devenus les nouveaux parents de l'Humanité. Tout le temps précédent est annulé. Le temps et l'histoire de l'homme se compte à partir du moment où la nouvelle Eve, par un renversement de la création, tire de son sein inviolé le nouvel Adam, par l'œuvre du Seigneur Dieu.
Mais pour annuler les œuvres des deux Premiers, cause de mortelles infirmités, d'une perpétuelle mutilation, d'appauvrissement, et davantage : d'indigence spirituelle – en effet, après le péché, Adam et Eve se trouvaient dépouillés de tout ce que, richesse infinie, le Père saint leur avait donné – ils ont dû, ces deux Seconds, opérer en tout et pour tout d'une manière opposée à celle des deux Premiers. Par conséquent pousser l'obéissance jusqu'à la perfection qui s'anéantit et s'immole dans la chair, dans le sentiment, dans la pensée, dans la volonté pour accepter tout ce que Dieu veut. Par conséquent pousser la pureté jusqu'à une chasteté absolue par laquelle la chair... que fut la chair pour Nous les deux purs ? Un voile d'eau sur l'esprit triomphant, une caresse de vent sur l'esprit roi, un cristal qui isole l'esprit–seigneur et ne le corrompt pas, une impulsion qui soulève et non un poids qui accable. Voilà ce que fut la chair pour Nous. Moins lourde et moins sensible qu'un vêtement de lin, une substance légère mise entre le monde et la splendeur du moi surhumain, un moyen pour faire ce que Dieu voulait. Rien d'autre.
Avons–nous connu l'amour ? Certainement. Le "parfait amour" nous l'avons connu. Ce n'est pas de l'amour, ô hommes, la faim sensuelle qui vous pousse à vous rassasier avidement d'une chair. Cela c'est de la luxure, rien de plus. Tellement vrai qu'en vous aimant ainsi – vous croyez que c'est de l'amour – vous ne savez pas avoir de l'indulgence, vous aider, vous pardonner. Qu'est–ce alors votre amour ? C'est de la haine. C'est uniquement un désir paranoïaque qui vous pousse à préférer la saveur d'un aliment faisandé à la nourriture saine, fortifiante des nobles sentiments. Nous avions le "parfait amour", Nous, les parfaitement chastes. Cet amour embrassait Dieu au Ciel et uni à Lui, comme le sont les branches au tronc qui les nourrit, il s'épanchait et descendait en prodiguant le repos, l'abri, la nourriture, le confort sur la Terre et ses habitants. N'étaient exclus de cet amour aucun de nos semblables, ni les êtres inférieurs, ni la nature végétale, ni les eaux et les astres. Les mauvais eux–mêmes n'étaient pas exclus de cet amour. Eux aussi, en effet, bien que membres morts, étaient pourtant membres du grand corps de la Création et nous voyions donc en eux, bien que défigurée et souillée par leur méchanceté, la sainte figure du Seigneur qui les avait formés à son image et à sa ressemblance.
En jouissant avec les bons, en pleurant sur ceux qui ne l'étaient pas, en priant (amour actif qui s'extériorise en demandant et en obtenant la protection pour ceux qu'on aime) en priant pour les bons afin qu'ils fussent toujours meilleurs pour s'approcher toujours plus de la perfection du Bon qui nous aime du haut des Cieux, en priant pour ceux qui vacillent entre la bonté et la méchanceté pour qu'ils se fortifient et sachent demeurer sur le chemin saint, en priant pour les mauvais pour que la Bonté parle à leurs esprits, les abatte peut–être par la foudre de sa puissance, mais les convertisse au Seigneur leur Dieu, Nous aimions. Comme personne d'autre n'a aimé. Nous poussions l'amour au sommet de la perfection pour combler par notre océan d'amour l'abîme creusé par le manque d'amour des Premiers qui s'aimèrent eux–mêmes plus que Dieu, en voulant avoir plus qu'il ne leur était permis pour devenir supérieurs à Dieu. Par conséquent à la pureté, à l'obéissance, à la charité, au détachement de toutes les richesses de la Terre : chair, puissance, argent, le trinôme de Satan opposé au trinôme de Dieu : foi, espérance, charité ; par conséquent à la haine, à la luxure, à la colère, à l'orgueil : les quatre passions perverses opposées aux quatre vertus saintes : force, tempérance, justice, prudence, Nous devions unir une pratique constante de tout ce qui était opposé à la manière d'agir du couple Adam–Eve.
Et si beaucoup, à cause de notre bonne volonté sans limite, il nous fut encore facile de le faire, l'Eternel seul sait à quel point il fut héroïque d'accomplir cette pratique à certains moments et dans certains cas. Je ne veux ici ne parler que d'un seul, et de ma Mère, pas de Moi. De la nouvelle Eve qui déjà avait repoussé dès ses plus tendres années les flatteries employées par Satan pour la pousser à mordre le fruit et en goûter la saveur qui avait rendue folle la compagne d'Adam ; de la nouvelle Eve qui ne s'était pas bornée à repousser Satan mais l'avait vaincu en l'écrasant par une volonté d'obéissance, d'amour, de chasteté, tellement vaste que lui, le Maudit, en était resté écrasé et dompté. Non ! Non ! Que Satan ne se lève pas de dessous le talon de la Vierge ma Mère ! Il bave et écume, rugit et blasphème. Mais sa bave coule en bas, mais son hurlement ne touche pas l'atmosphère qui entoure ma Sainte qui ne sent pas la puanteur et n'entend pas ses éclats de rire démoniaques, qui ne voit pas, ne voit pas même la bave répugnante du Reptile éternel parce que les harmonies célestes et les célestes parfums dansent énamourés autour de la belle et sainte personne et parce que son œil, plus pur que le lys et plus énamouré que celui de la tourterelle qui roucoule, fixe seulement son Seigneur éternel dont elle est la fille, la Mère et l'Epouse.
Quand Caïn tua Abel, la bouche de sa mère proféra les malédictions que son esprit, séparé de Dieu, lui suggérait contre son prochain le plus intime : le fruit de ses entrailles profanées par Satan et souillées par un désir indécent. Et cette malédiction fut la tache dans le royaume du moral humain, comme le crime de Caïn la tache dans le royaume de l'animal humain. Le sang sur la Terre, répandu par la main d'un frère. Le premier sang qui attire comme un aimant millénaire tout le sang qu'une main d'homme répand en le tirant des veines de l'homme. Malédiction sur la Terre proférée par une bouche humaine, comme si la Terre n'avait pas été suffisamment maudite à cause de l'homme révolté contre son Dieu et avait dû connaître les ronces et les épines et la dureté de la glèbe, la sécheresse, la grêle, le gel, la canicule, elle qui avait été créée parfaite et servie par des éléments parfaits pour être une demeure attrayante et belle pour l'homme son roi.
Marie doit annuler Eve. Marie voit le second Caïn : Judas. Marie sait qu'il est le Caïn de son Jésus : du second Abel. Elle sait que le sang de ce second Abel a été vendu par ce Caïn et que déjà il est répandu. Mais elle ne maudit pas, elle aime et pardonne. Elle aime et rappelle.

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Re: Les écrits de Maria Valtorta

Message par Grosjean le Sam 28 Mar 2009 - 9:32

Samedi 4ème semaine de Carême (28ème jour)(suite)
Combien de Caïns sur la Terre !


Oh ! Maternité de Marie Martyre ! Maternité sublime autant que ta Maternité virginale et divine ! De cette dernière, c'est Dieu qui t'a fait don ! Mais de la première, toi, Mère sainte, Corédemptrice, tu t'es fait don, car toi, toi seule as su en cette heure, alors que tu sentais déjà ton cœur brisé par la flagellation qui m'avait brisé la chair, dire à Judas ces paroles, toi, toi seule as su en cette heure, alors que tu sentais déjà la croix te briser le cœur, aimer et pardonner.
Marie : la nouvelle Eve. Elle vous enseigne la nouvelle religion qui pousse l'amour à pardonner à celui qui vous tue un fils. Ne soyez pas comme Judas qui, à cette Maîtresse de Grâce, ferme son cœur et désespère en disant : "Lui ne peut me pardonner" faisant douter des paroles de la Mère de la Vérité et par conséquent de mes paroles qui n'avaient pas cessé de répéter que j'étais venu pour sauver et non pour perdre, pour pardonner à qui venait vers Moi repenti.
Marie : nouvelle Eve, elle a eu de Dieu un nouveau fils "à la place d'Abel tué par Caïn". Mais elle ne l'eut pas dans une heure de joie brutale qui assoupit la douleur sous les vapeurs de la sensualité et les lassitudes de l'assouvissement. Elle l'a eu dans une heure de douleur totale, au pied d'un gibet, au milieu des râles du Mourant qui était son Fils, des insultes d'une foule déicide et une désolation imméritée et totale puisque Dieu aussi ne la consolait plus.
La vie nouvelle commence pour l'Humanité et pour chaque homme par Marie. Dans ses vertus et sa manière de vivre se trouve votre école. Et dans sa douleur qui eut tous les visages, même celui du pardon au meurtrier de son Fils, se trouve votre salut. »

Jésus dit :
« Un jour je te parlerai encore de Caïn et des Premiers Parents. Il y a beaucoup à dire et à méditer »

Jésus dit :
« Dans la Genèse on lit : "Alors Adam donna à sa femme le nom d'Eve parce qu'elle était la mère de tous les vivants".
Oh ! oui. La femme était née de la "Virago" formée par Dieu pour être la compagne d'Adam, en la tirant de la côte de l'homme. Elle était née avec son destin douloureux parce qu'elle avait voulu naître. Parce qu'elle avait voulu connaître ce que Dieu lui avait caché, en se réservant la joie de lui donner la joie de la postérité sans avilir ses sens. La compagne d'Adam avait voulu connaître le bien qui se cache dans le mal et surtout le mal qui se cache dans le bien, dans le bien apparent. En effet, séduite comme elle l'était par Lucifer, elle avait désiré des connaissances que Dieu seul pouvait connaître sans danger, et elle s'était faite créatrice. Mais en usant indignement de cette force de bien, elle l'avait corrompue en en faisant un acte mauvais car il était désobéissance à Dieu et malice et avidité de la chair.
Désormais elle était la "mère". Lamentation infinie des choses autour de l'innocence de leur reine profanée ! Et lamentation désolée de la reine sur cette profanation dont elle comprend l'importance et l'impossible annulation ! Si ténèbres et cataclysmes accompagnèrent la mort de l'Innocent, les ténèbres et la tempête accompagnèrent la mort de l'Innocence et de la Grâce dans les cœurs des Premiers Parents. La Douleur était née sur la Terre. Et la Providence de Dieu ne l'a pas voulue éternelle, en vous donnant après des années de douleur la joie de sortir de la douleur pour entrer dans la joie si vous savez vivre en âme droite. Malheur à l'homme s'il avait dû se rendre maître humainement de la vie ! Et vivre avec le souvenir de ses crimes et de leur continuel accroissement car vivre sans pécher est pour vous plus impossible que de vivre sans respirer, créatures qui aviez été créées pour connaître la Lumière et que les Ténèbres ont empoisonnées en faisant de vous ses victimes.
Les Ténèbres ! Elles vous entourent continuellement. Elles vous enveloppent en réveillant ce que le Sacrement a effacé, et puisque vous ne lui opposez pas la volonté d'appartenir à Dieu, elle réussit à vous empoisonner de nouveau de son venin que le Baptême avait rendu inoffensif.
Le Dieu Père éloigna l'homme dont étaient visibles les signes de sa désobéissance du lieu des délices paradisiaques pour qu'il ne péchât pas une autre fois et davantage encore en levant sa main avide vers l'arbre de Vie. Il ne pouvait plus se fier à ses enfants le Père, ni se sentir sûr dans son Paradis terrestre. Satan y avait pénétré une fois pour tromper les créatures privilégiées et, s'il avait pu les amener à la faute quand ils étaient innocents, il aurait pu plus aisément le faire maintenant qu'ils n'étaient plus innocents.
L'homme avait voulu tout posséder sans laisser à Dieu le trésor d'être le Générateur. Qu'il s'en aille par conséquent avec la richesse qu'il avait acquise par la violence et l'amène avec lui sur la terre d'exil pour lui rappeler toujours son péché, roi avili et dépouillé de ses dons. La créature paradisiaque était devenue une créature terrestre. Et il devait se passer des siècles de douleur pour que le Seul, qui pût tendre la main vers le fruit de Vie, vînt et cueillît pour toute l'Humanité ce fruit. Le cueillît avec ses mains transpercées et le donnât aux hommes pour qu'ils redevinssent cohéritiers du Ciel et possesseurs de la Vie qui éternellement ne meurt pas.
La Genèse dit encore : "Adam connut ensuite sa femme Eve".
Ils avaient voulu connaître les secrets du bien et du mal. Il était juste qu'ils connussent aussi maintenant la douleur de devoir se reproduire eux–mêmes dans la chair, n'ayant l'aide directe de Dieu que pour ce que l'homme ne peut créer : l'esprit, étincelle qui part de Dieu, souffle que Dieu nous infuse, sceau qui sur la chair appose le signe du Créateur Eternel. Et Eve enfanta Caïn. Eve était chargée de sa faute.
J'appelle ici votre attention sur un fait qui échappe à la plupart. Eve était chargée de sa faute. La douleur n'avait pas encore atteint tout de suite une mesure suffisante pour diminuer sa faute. Comme un organisme chargé de toxines elle avait transmis à son fils ce qui pullulait en elle. Et Caïn, premier fils d'Eve, était né dur, envieux, irascible, luxurieux, pervers, peu différent des fauves pour l'instinct, de beaucoup supérieur pour le bien surnaturel que dans son moi féroce il refusait dans un respect dû à Dieu qu'il regardait comme un ennemi en se croyant permis de ne pas avoir un culte sincère. Satan le poussait à se moquer de Dieu. Qui se moque de Dieu ne respecte personne au monde. Aussi ceux qui sont au contact de ceux qui se moquent de l'Eternel connaissent l'amertume des larmes car il n'y a pas pour eux d'espérance d'amour respectueux de leurs enfants, pas d'assurance d'amour fidèle dans le conjoint, pas de certitude d'amitié honnête chez l'ami.
Des larmes et des larmes baignèrent le visage d'Eve et baignèrent son cœur à cause de la dureté de son fils, en jetant dans son cœur le germe du repentir. Des larmes et des larmes qui lui obtinrent une diminution de la faute, car Dieu pardonne à la douleur de celui qui se repent. Et le cadet d'Eve eut l'âme lavée dans les pleurs de sa mère et il fut doux et respectueux envers ses parents et dévoué à son Seigneur dont il sentait la toute puissance qui rayonnait des Cieux. Il était la joie de sa mère déchue.
Mais le chemin de la douleur d'Eve devait être long et douloureux, en proportion de son chemin dans l'expérience du péché. Dans ce dernier, frémissement des sens ; dans l'autre, frémissement des douleurs. Dans l'un, les baisers ; dans l'autre, le sang. De l'un, un fils ; de l'autre, la mort d'un fils, de celui qu'elle préférait à cause de sa bonté. Abel devint un instrument de purification pour la coupable. Mais quelle douloureuse purification ! Elle emplit de ses cris de douleur la Terre terrifiée par le fratricide et mêla les larmes d'une mère au sang d'un fils, alors que celui qui l'avait répandu en haine de Dieu et de son frère aimé de Dieu fuyait poursuivi par son remords.
Le Seigneur dit à Caïn : "Pourquoi es–tu irrité ?" Pourquoi si tu me manques, t'irrites–tu que je ne te regarde pas avec bienveillance ?
Combien il y a de Caïns sur la Terre ! Ils me donnent un culte dérisoire et hypocrite ou ne m'en donnent pas du tout, et ils veulent que je les regarde avec amour et que je les comble de félicité. Dieu est votre Roi, pas votre serviteur. Dieu est votre Père. Mais un père n'est jamais un serviteur si on juge selon la justice. Dieu est juste, vous ne l'êtes pas. Mais Lui l'est. Il ne peut certainement pas, vous comblant démesurément de ses bienfaits si seulement vous l'aimez un peu, ne pas vous châtier puisque vous le méprisez à ce point. La Justice ne connaît pas deux chemins. Unique est son chemin. Comme vous agissez, ainsi vous obtenez. Si vous êtes bons, vous avez le bien ; si vous êtes mauvais, vous avez le mal. Et, croyez–le, toujours plus grand est le bien que vous avez en comparaison du mal que vous devriez avoir à cause de votre manière de vivre en révolte contre la Loi divine.
Il est dit par Dieu : "N'est–il pas vrai que si tu fais le bien tu auras le bien et si tu fais le mal le péché sera tout de suite à ta porte ?" En fait le bien porte à une constante élévation spirituelle et rend toujours plus capable d'accomplir un bien toujours plus grand jusqu'à atteindre la perfection et devenir saints. Alors qu'il suffit de céder au mal pour se dégrader et s'éloigner de la perfection, connaître la domination du péché qui entre dans le cœur et le fait descendre graduellement à une culpabilité toujours plus grande.
"Mais" dit encore Dieu "mais sous toi sera son désir et tu dois le dominer". Oui. Dieu ne vous a pas fait esclaves du péché. Les passions sont sous vous, pas au–dessus. Dieu vous a donné l'intelligence et la force pour vous dominer. Même aux premiers hommes, frappés par la rigueur de Dieu, Il a laissé l'intelligence et la force morale. Puis maintenant que le Rédempteur a consommé pour vous le Sacrifice vous avez pour aider l'intelligence et la force les fleuves de la Grâce et vous pouvez, et vous devez dominer le désir du mal. Avec votre volonté fortifiée par la Grâce, vous devez le faire. Voilà pourquoi les anges de ma Naissance ont chanté à la Terre : "Paix aux hommes de bonne volonté". J'étais venu pour vous ramener la Grâce et moyennant son alliance avec votre bonne volonté, la Paix serait venue aux hommes. La Paix : gloire du Ciel de Dieu.
"Et Caïn dit à son frère : `Allons dehors' ". Mensonge qui cache sous un sourire la trahison qui tue. La criminalité est toujours mensongère, envers ses victimes et envers le monde qu'elle cherche à tromper. Et elle voudrait aussi tromper Dieu, mais Dieu lit dans les cœurs. "Allons dehors".
Tant de siècles après quelqu'un a dit : "Salut, Maître" et l'a baisé. Les deux Caïns ont caché le crime sous une apparence inoffensive et ont épanché leur envie, leur colère, leur violence et tous leurs mauvais instincts sur la victime, parce qu'ils ne s'étaient pas dominés eux–mêmes, mais par leur propre moi corrompu avaient rendu leur esprit esclave.
Eve monte dans l'expiation. Caïn descend vers l'enfer. Le désespoir le prend et l'y précipite. Et avec le désespoir, dernier coup mortel pour l'esprit déjà languissant à cause de son crime, vient la peur physique, lâche, de la punition humaine. Il n'est plus un être qui se souvient du Ciel l'homme dont l'âme est morte, mais c'est un animal qui tremble pour sa vie animale. La mort dont l'aspect est un sourire pour les justes, puisque par elle ils vont à la joie de la possession de Dieu, est de la terreur pour ceux qui savent que mourir veut dire passer de l'enfer du cœur à l'Enfer de Satan pour toujours. Et comme hallucinés, ils voient partout la vengeance prête à les frapper.
Mais sachez, je parle aux justes, sachez que si le remords et les ténèbres d'un cœur coupable permettent et fomentent les hallucinations du pécheur, il n'est permis à personne de s'ériger en juge pour un frère, et encore moins en justicier. Un seul est Juge : Dieu. Si la justice de l'homme a créé ses tribunaux, et il faut leur confier le soin de rendre la justice, malheur à ceux qui profanent ce nom et jugent poussés par leurs passions personnelles, ou sous la pression des puissances humaines. Malédiction à celui qui se fait le justicier privé de l'un de ses semblables ! Mais malédiction encore plus grande à ceux qui, sans l'influence d'une indignation impulsive mais par un froid calcul humain, envoient à la mort ou au déshonneur de la prison sans juste raison. Que si à celui qui tue celui qui a tué sera donné un châtiment sept fois plus grand, comme a dit le Seigneur qu'il serait arrivé à celui qui aurait frappé Caïn, celui qui sans justice condamne par asservissement à Satan, en qualité de Puissance humaine, sera frappé soixante–dix–sept fois par la rigueur de Dieu. Cela, il faudrait toujours l'avoir présent à l'esprit et particulièrement à cette heure, hommes qui vous tuez réciproquement pour faire de ceux qui sont tombés la base de votre triomphe sans savoir que vous creusez sous vos pieds la trappe où vous serez précipités, maudits par Dieu et par les hommes. Puisque j'ai dit : "Tu ne tueras pas".
Eve monte sur son chemin d'expiation. Le repentir grandit en elle devant les épreuves de son péché. Elle voulait connaître le bien et le mal. Et le souvenir du bien perdu est pour elle comme le souvenir du soleil subitement obscurci ; et le mal est devant elle dans la dépouille de son fils tué, et autour d'elle à cause du vide laissé par son fils meurtrier et fugitif.
Et Set naquit. Et de Set Enos. Le premier prêtre. Vous vous remplissez l'esprit des fleuves de votre science et vous parlez d'évolution comme d'un signe de votre génération spontanée. L'homme–animal s'évoluant, dites–vous, atteindra le surhomme. Oui, c'est vrai. Mais à ma manière, dans mon camp, pas dans le vôtre. Non pas en passant du sort de quadrumanes à celui d'hommes, mais en passant de celui d'hommes à celui d'esprits. Plus l'esprit grandira et plus vous vous évoluerez.
Vous qui parlez de glandes et en avez plein la bouche quand vous parlez d'hypophyse et de glande pinéale, et qui mettez en elle le siège de la vie non pas dans le temps où vous vivez mais dans les temps qui ont précédé et qui succéderont à votre vie actuelle, sachez que votre vraie glande, celle qui fait de vous les possesseurs de la Vie éternelle, c'est votre esprit. Plus il sera développé et plus vous posséderez les lumières divines et évoluerez d'hommes à dieux, dieux immortels, en obtenant ainsi, sans contrevenir au désir de Dieu, à son commandement au sujet de l'arbre de Vie de posséder cette Vie vraiment comme Dieu veut que vous la possédiez, puisque Lui l'a créée pour vous, éternelle et resplendissante, embrassement béatifique avec son éternité qui vous absorbe en elle–même et vous communique ses propriétés.
Plus l'esprit sera évolué et plus vous connaîtrez Dieu. Connaître Dieu veut dire l'aimer et le servir et d'être ainsi capables de l'invoquer pour soi et pour les autres. Devenir par conséquent les prêtres qui de la Terre prient pour leurs frères. Car est prêtre celui qui est consacré, mais l'est aussi le croyant convaincu, fidèle et plein d'amour. L'est surtout l'âme victime qui s'immole elle–même sous l'impulsion de la charité. Ce n'est pas l'habit mais l'âme que Dieu observe. Et je vous dis qu'en vérité à mes yeux beaucoup de tonsurés m'apparaissent qui de sacerdotal n'ont que la tonsure et beaucoup de laïcs pour qui la charité qui les possède et par laquelle ils se laissent consumer est Huile d'ordination qui fait d'eux mes prêtres, inconnus du monde mais connus de Moi qui les bénis. »

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Re: Les écrits de Maria Valtorta

Message par Grosjean le Lun 30 Mar 2009 - 9:32

Lundi 5ème semaine de Carême (29ème jour)
27. JEAN VA PRENDRE LA MERE


A 10,30 du Vendredi (7–4–44). C'est à cette heure que celui qui m'avertit intérieurement me dit que Jean alla trouver Marie.
Je vois le préféré encore plus pâle que quand il était dans la cour de Caïphe avec Pierre. Peut–être que là la lueur du feu allumé lui donnait un reflet de chaleur aux joues. Maintenant il apparaît décharné comme après une maladie grave et exsangue. Son visage ressort de sa tunique lilas comme celui d'un noyé tant sa pâleur est livide. Ses yeux aussi sont obscurcis, ses cheveux mats et dépeignés, la barbe quia poussé en ces heures lui met un voile clair sur les joues et le menton et le fait paraître, blond clair comme il est, encore plus pâle. Il n'a plus rien du doux, du joyeux Jean, ni du Jean fâché qui peu avant dans un accès d'indignation sur le visage s'est retenu difficilement de malmener Judas.
Il frappe à la porte de la maison et, comme si de l'intérieur quelqu'un, craignant de se retrouver en face de Judas, lui demandait qui frappe, il répond : « C'est moi, Jean. » La porte s'ouvre et il entre.
Lui aussi va tout de suite au Cénacle sans répondre à la maîtresse qui lui demande : « Mais qu'arrive–t–il dans la ville ? »
Il s'enferme à l'intérieur et tombe à genoux contre le siège sur lequel était Jésus et il pleure en l'appelant douloureusement. Il baise la nappe à l'endroit où le Maître tenait ses mains jointes, caresse le calice qui était entre ses doigts... Puis il dit : « Oh ! Dieu Très–Haut, aide–moi ! Aide–moi à le dire à la Mère ! Je n'en ai pas le courage !... Et pourtant je dois le dire. C'est moi qui dois le dire puisque je suis resté seul ! »
Il se lève et réfléchit. Il touche encore le calice pour tirer de la force de cet objet touché par le Maître. Il regarde autour... Il voit, encore dans le coin où Jésus l'a posé, le linge dont le Maître s'est servi pour s'essuyer les mains après le lavement des pieds et l'autre dont il s'était ceint la taille. Il les prend, les plie, les caresse et les baise. Il reste encore perplexe, debout, au milieu de la pièce vide. Il dit : « Allons ! » mais il ne se dirige pas vers la porte. Il revient au contraire à la table, prend le calice et le pain entamé dans un coin par Jésus pour en tirer la bouchée et la donner trempée à Judas. Il les baise et les prend avec les deux linges et les tient serrés sur son cœur comme une relique. Il répète : « Allons ! » et soupire. Il marche vers le petit escalier et le monte, le dos courbé, d'un pas hésitant et traînant. Il ouvre, sort.
« Jean, tu es venu ? » Marie est réapparue à la porte de sa pièce, s'appuyant à la porte comme si elle n'avait pas la force de rester debout toute seule.
Jean lève la tête et la regarde. Il voudrait parler et ouvre la bouche, mais il n'y arrive pas. Deux grosses larmes coulent sur ses joues. Il baisse la tête, honteux de sa faiblesse.
« Viens ici, Jean, ne pleure pas. Toi, tu ne dois pas pleurer. Toi, tu l'as toujours aimé et rendu heureux. Que cela te réconforte. »
Ces paroles ouvrent à Jean les digues de ses pleurs. Il pleure si fort et si bruyamment qu'il fait arriver la maîtresse, Marie–Magdeleine, la femme de Zébédée et les autres...
« Viens chez moi, Jean. » Marie se détache de la porte, elle prend par le poignet le disciple et le traîne à l'intérieur de sa pièce comme si c'était un enfant ; elle ferme la porte doucement pour rester seule avec lui.
Jean ne réagit pas. Mais quand il sent se poser sur sa tête la main tremblante de Marie, il tombe à genoux en posant sur le sol les objets qu'il avait contre le cœur et, le visage contre le sol, tenant un pan du vêtement de Marie appuyé sur son visage convulsé, il sanglote : « Pardon ! Pardon ! Mère, pardon ! »
Marie, debout et angoissée, avec une main sur le cœur et l'autre qui pend le long du corps, lui dit d'une voix déchirante : « Que dois je te pardonner à toi, pauvre enfant ? Quoi ? A toi ! »
Jean lève son visage en se montrant comme il est, sans plus de trace d'un orgueil masculin : le visage d'un pauvre enfant en pleurs et il crie : « De l'avoir abandonné ! De m'être enfui ! De ne pas l'avoir défendu ! Oh ! mon Maître ! O Maître, pardon ! Je devais mourir avant de te quitter ! Mère, Mère, qui m'enlèvera désormais ce remords ? »
« Paix, Jean. Lui te pardonne, t'a déjà pardonné. Il n'a jamais tenu compte de ta défaillance. Il t'aime. » Marie parle avec des pauses entre ses courtes phrases, comme si elle était essoufflée, en tenant une main sur la tête de Jean et une sur son pauvre cœur que l'angoisse fait palpiter.
« Mais je n'ai pas su le comprendre pas même hier soir... et j'ai dormi alors que Lui demandait le réconfort de notre veille. Je l'ai laissé seul, mon Jésus ! Et puis je me suis enfui quand ce maudit est venu avec ses brigands... »
« Jean, ne maudis pas. Ne hais pas, Jean. Laisse au Père le jugement à faire. Ecoute : où est–il maintenant ? »
Jean tombe de nouveau la face contre terre en pleurant plus fort.
« Réponds, Jean. Où est mon Fils ? »
« Mère... je... Mère, il est... Mère... »
« Il est condamné, je le sais. Je te demande : où est–il en ce moment. »
« J'ai fait tout mon possible pour qu'il me voie... j'ai cherché à recourir aux puissants pour obtenir de la pitié, pour le faire... pour le faire souffrir moins. Ils ne Lui ont pas fait beaucoup de mal... »
« Ne mens pas, Jean. Pas même par pitié pour une Mère. Tu n'y parviendrais pas et ce serait inutile. Je sais. Depuis hier soir, je l'ai suivi dans sa douleur. Tu ne le vois pas, mais mes chairs sont meurtries par sa flagellation, mais sur mon front se trouvent les épines, j'ai senti les coups... tout. Mais maintenant... je ne vois plus. Maintenant j'ignore où est mon Fils condamné à la croix !... à la croix !... à la croix !... Oh ! Dieu, donne–moi la force ! Lui doit me voir. Je ne dois pas sentir ma douleur tant que Lui sent la sienne. Quand ensuite tout... sera fini, fais–moi mourir alors, mon Dieu, si Tu veux. Maintenant, non. Pour Lui, non. Pour qu'il me voie. Allons, Jean. Où est Jésus ? »
« Il est parti de la maison de Pilate. Cette clameur, c'est la foule qui crie autour de Lui, lié sur les marches du Prétoire, attendant la croix ou marchant déjà vers le Golgotha. »
« Avertis ta mère, Jean, et les autres femmes. Et allons. Prends ce calice, ce pain, ces linges... Mets–les ici. Ils seront pour nous un réconfort... plus tard... et allons. »
Jean ramasse les objets laissés par terre et sort pour appeler les femmes. Et Marie l'attend en passant sur son visage ces linges, comme pour y trouver la caresse de la main de son Fils ; elle baise le calice et le pain et met le tout sur une étagère. Et elle se serre dans son manteau qu'elle fait retomber sur ses yeux, par dessus le voile qui lui enveloppe la tête et l'enroule à son cou. Elle ne pleure pas, mais elle tremble. Il semble que l'air lui manque, tellement elle halète, la bouche ouverte. Jean rentre suivi des femmes en pleurs.
« Filles, taisez–vous ! Aidez–moi à ne pas pleurer ! Allons. » Et elle s'appuie à Jean qui la conduit et la soutient comme si elle était. aveugle.
La vision cesse ainsi. Il est 12,30 c'est–à–dire 11,30 de l'heure solaire.
Ensuite, de 13 à 16 heures (heure solaire), je suis restée abattue, non pas assoupie, mais dans un épuisement si intense que je ne pouvais ni parler, ni bouger, ni ouvrir les yeux. Je pouvais seulement souffrir, et sans rien voir bien que dans ma souffrance je méditasse continuellement l'agonie de Jésus. A l'improviste, à 16 heures, j'ai vu, pendant que je pensais à ses mains clouées, j'ai vu mourir Jésus. Unique chose : mourir. Tourner la tête de gauche à droite dans une ultime contraction, pousser un dernier soupir profond, remuer la bouche dans une tentative de parole changée, par l'impossibilité de la prononcer, en une lamentation profonde qui finit en un gémissement à cause de la mort qui arrête la voix et demeurer ainsi, avec les yeux qui se ferment et la bouche qui reste à moitié ouverte, pendant un instant avec la tête encore droite, raide sur le cou comme pour un spasme convulsif intérieur, et puis retombant en avant mais à droite. Rien d'autre.
Après j'ai repris un peu de force, mais bien peu jusqu'à 19 heures, heure solaire, et puis de nouveau dans un assoupissement terrible jusqu'après minuit. Mais je n'ai aucun réconfort de vision. Je suis seule, moi aussi comme Marie après la sépulture. Pas de vision et pas de parole, et j'en souffre tellement. Pour me consoler un petit peu, je décris comment je voyais bien Jésus hier soir quand se présentait de nouveau pour moi la scène de l'adieu à Marie avant le dernier Repas.
Jésus était déjà à genoux aux pieds de la Mère et la tenait embrassée à la taille en posant la tête sur ses genoux et la levant alternativement pour la regarder. La lumière d'une lampe à trois becs, posée sur le coin de la table près du siège de Marie, donnait en plein sur le visage de mon Jésus. La Mère, au contraire, restait davantage dans l'ombre car la lumière était derrière elle, mais Jésus était bien éclairé.
Et je me perdais dans la contemplation de son visage en observant les plus petits détails. Et je le répète une fois encore. Les cheveux séparés au milieu de la tête et retombant en longues mèches sur les épaules, frisés sur la longueur d'une palme, puis se terminant en vraies boucles. Luisants, fins, bien peignés, d'une couleur blond vif qui, surtout à l'extrémité des boucles, a une franche tonalité de cuivre. Un front très haut, très beau, lisse, des tempes légèrement creusées sur lesquelles les veines azurines mettent une ombre légère d'indigo qui transparaît sous la peau très blanche, de ce blanc particulier de certains individus aux cheveux rouges blonds : un blanc de lait d'une nuance qui tend quelque peu vers l'ivoire mais avec une trace d'azurin, une peau très délicate qui semble celle d'un pétale de camélia blanc, si fine que transparaît la plus légère veine et si sensible que toute émotion s'y exprime par une pâleur plus intense ou un rouge plus vif.
Mais Jésus je l'ai toujours vu pâle, à peine coloré par le soleil en le prenant n'importe quand pendant ses déplacements en Palestine. Marie, au contraire, est plus blanche car elle a vécu plus retirée à la maison et son blanc est plus rosé. Jésus est d'un blanc d'ivoire avec des reflets d'azurin. Le nez est long et droit, légèrement courbé vers les yeux, un très beau nez fin et bien modelé. Les yeux profonds, très beaux, de la couleur que j'ai tant de fois décrite de saphir très foncé. Des sourcils et des cils fournis, mais pas trop, longs, beaux, clairs, châtain foncé mais avec une étincelle d'or au bout de chaque poil. Ceux de Marie sont au contraire d'un châtain très clair, plus fins et moins épais. Peut–être ils paraissent tels parce qu'ils sont tellement plus clairs, si clairs qu'ils sont presque blonds. Jésus a la bouche régulière, plutôt petite, bien dessinée, très semblable à celle de la Mère, avec des lèvres de grosseur convenable, pas trop fines pour ne pas paraître serpentines, ni trop saillantes. Au milieu, elles sont rondes et forment une belle courbe ; les extrémités disparaissent presque en faisant paraître plus petite qu'elle ne l'est la bouche très belle, d'un rouge sain qui s'ouvre sur une dentition régulière, forte, aux dents plutôt longues et très blanches. Celles de Marie sont au contraire petites, mais régulières et également rangées.
Les joues sont maigres, mais pas décharnées. L'ovale est très étroit et allongé mais très beau, avec des pommettes ni trop saillantes ni trop fuyantes. La barbe, épaisse sur le menton et qui se sépare en deux pointes crépues, entoure, sans la couvrir, la bouche jusqu'à la lèvre inférieure et monte, de plus en plus courte, vers les joues où, à la hauteur des coins de la bouche, elle devient extrêmement courte se bornant à mettre une ombre rappelant la poussière de cuivre sur la pâleur des joues. Là où elle est épaisse, elle est d'une couleur de cuivre foncé : un blond rouge foncé. Et de même les moustaches ne sont pas trop épaisses et tenues courtes, de façon à couvrir à peine la lèvre supérieure entre le nez et les lèvres et s'arrêtent aux coins de la bouche. Les oreilles sont petites, bien formées et appliquées sur la tête et pas du tout écartées.
En le voyant si beau, hier soir, et en pensant comme je l'ai vu défiguré quand il m'est apparu, de nombreuses fois, pendant la Passion ou après, mon amour devenait plus profond et plein de compassion pour sa souffrance. Et quand je le voyais se pencher et poser son visage sur la poitrine de Marie, comme un enfant qui a besoin de caresses, je me demandais une fois de plus comment ont fait les hommes pour s'acharner contre Lui, si doux et si bon dans toutes ses actions et conquérant les cœurs par son seul aspect. Je voyais ses mains belles, longues et pâles embrasser les hanches de Marie, la ceinture de Marie, les bras de Marie, et je me disais : « Et d'ici peu elles vont être transpercées par les clous ! » et je souffrais. Que je souffre est visible même pour ceux qui sont le moins observateurs.
Aujourd'hui, je vous ai tant désiré, Père, car il me semblait que alternativement mon cœur éclatait ou cédait et il me semble qu'il y a un siècle que je ne reçois pas Jésus. Heureusement que c'est déjà deux heures du matin du samedi et que s'approche l'heure de la Communion. Mais je suis seule. Jésus se tait, Marie se tait, Jean se tait. J'avais espéré en lui au moins. Rien. Silence absolu et obscurité absolue. C'est vraiment la désolation...

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Re: Les écrits de Maria Valtorta

Message par Grosjean le Lun 30 Mar 2009 - 9:33

Lundi 5ème semaine de Carême (29ème jour)
28. DU PRETOIRE AU CALVAIRE



Après sa condamnation, Jésus reste ainsi, gardé par les soldats attendant la croix, pas plus d'une demie heure, peut–être encore moins aussi. Puis Longin, chargé de présider l'exécution, donne ses ordres.
Mais avant que Jésus soit conduit dehors, sur le chemin, pour recevoir la croix et se mettre en marche, Longin l'a regardé deux ou trois fois avec une curiosité déjà nuancée de compassion et, avec le coup d'œil de quelqu'un habitué à certaines choses, il s'approche de Jésus avec un soldat et Lui offre pour le désaltérer une coupe de vin, je crois, car il coule d'une vraie gourde militaire un liquide d'un blond rosé clair. « Cela te fera du bien. Tu dois avoir soif et dehors, il y a du soleil, et la route est longue. »
Mais Jésus répond : « Que Dieu te récompense de ta pitié, mais ne te prive pas. »
« Mais moi, je suis sain et fort... Toi... Je ne me prive pas... Et puis volontiers je le ferais dans ce cas pour te réconforter... Une gorgée... pour me montrer que tu ne hais pas les païens. »
Jésus ne refuse plus et boit une gorgée de la boisson. Il a les mains déjà déliées, comme il n'a plus le roseau ni la chlamyde et il peut le faire Lui–même. Ensuite il refuse, bien que la boisson fraîche et bonne devrait soulager la fièvre qui déjà se manifeste dans les traces rouges qui s'allument sur ses joues pâles et sur ses lèvres sèches et gercées.
« Prends, prends. C'est de l'eau et du miel. Cela soutient, désaltère... Tu me fais pitié... oui... pitié... Ce n'était pas Toi qu'il fallait tuer d'entre les hébreux... Hélas !... Moi, je ne te hais pas... et je chercherai à ne te faire souffrir que le nécessaire. »
Mais Jésus ne recommence pas à boire... Il a vraiment soif... La soif terrible de ceux qui ont perdu du sang et des fiévreux ...Il sait que ce n'est pas une boisson narcotinisée et il boirait volontiers. Mais il ne veut pas moins souffrir. Mais je comprends, comme je comprends grâce à une lumière intérieure, que, plus que l'eau au miel, le réconforte la pitié du romain.
« Que Dieu te rende en bénédictions ce soulagement » dit–il ensuite. Et il a encore un sourire... un sourire déchirant avec sa bouche enflée, blessée, qu'il remue difficilement aussi parce que, entre le nez et la pommette droite, la forte contusion provoquée par le coup de bâton qu'il a reçu dans la cour intérieure après la flagellation, est fortement enflée.
Arrivent les deux larrons encadrés chacun par une décurie de soldats. C'est l'heure de partir. Longin donne les derniers ordres.
Une centurie est disposée sur deux rangs distants de trois mètres l'un de l'autre, et elle sort ainsi sur la place où une autre centurie a formé un carré pour repousser la foule afin qu'elle ne gêne pas le cortège. Sur la petite place, se trouvent déjà des hommes à cheval : une décurie de cavalerie avec un jeune gradé avec les enseignes qui les commande. Un soldat à pied tient par la bride le cheval moreau du centurion. Longin monte en selle et va à sa place à deux mètres en avant des onze cavaliers.
On apporte les croix : celles des deux larrons sont plus courtes. Celle de Jésus est beaucoup plus longue. Je dis que la pièce verticale n'a pas moins de quatre mètres. Je la vois déjà formée.
J'ai lu à ce sujet, quand je lisais... c'est–à–dire il y a des années, que la croix fut formée en haut du Golgotha et que le long du chemin les condamnés portaient seulement les deux poteaux sur leurs épaules. C'est possible, mais moi, je vois une vraie croix bien formée, solide, avec les bras parfaitement encastrés dans la pièce principale et bien renforcée par des clous et des boulons. En fait, si on réfléchit qu'elle était destinée à soutenir le poids appréciable qu'est le corps d'un adulte et à le soutenir même dans les convulsions finales, appréciables aussi, on comprend qu'elle ne pouvait être montée sur le sommet étroit et incommode du Calvaire.
Avant de donner la croix à Jésus, on Lui passe au cou l'écriteau avec la mention « Jésus le Nazaréen Roi des Juifs ». La corde qui le soutient s'emmêle dans la couronne qui se déplace et griffe là où il n'y a pas déjà de griffures et pénètre en de nouveaux points en donnant une douleur nouvelle, faisant de nouveau couler du sang. Les gens rient d'une joie sadique, insultent, blasphèment.
Maintenant ils sont prêts, et Longin donne l'ordre de marche : « D'abord le Nazaréen, derrière les deux larrons ; une décurie autour de chacun, les sept autres décuries sur les ailes et comme renfort, et le responsable sera le soldat qui fait frapper à mort les condamnés. »
Jésus descend les trois marches qui amènent du vestibule sur la place. Et il apparaît tout de suite avec évidence que Jésus est dans des conditions de grande faiblesse. Il vacille en descendant les trois marches, gêné par la croix qui repose sur son épaule toute écorchée, par l'écriteau qui se déplace devant Lui et dont la corde scie le cou, par les balancements qu'imprime au corps la longue pièce de la croix qui saute sur les marches et sur les aspérités du sol.
Les juifs rient de le voir comme un homme ivre qui tâtonne et ils crient aux soldats : « Poussez–le. Faites–le tomber. Dans la poussière le blasphémateur ! »
Mais les soldats font seulement ce qu'ils doivent faire, c'est–à–dire ordonnent au Condamné de se mettre au milieu du chemin et de marcher. Longin éperonne son cheval et le cortège se met lentement en mouvement.
Longin voudrait aussi faire vite en prenant le chemin le plus court pour aller au Golgotha car il n'est pas sûr de la résistance du Condamné. Mais la pègre déchaînée – et l'appeler ainsi, c'est encore un honneur – ne veut pas de cela. Ceux qui ont été les plus rusés sont déjà en avant, au carrefour où la route bifurque pour aller d'un côté vers les murs, de l'autre vers la ville. Ils s'agitent, crient quand ils voient Longin prendre la direction des murs. « Tu ne dois pas ! Tu ne dois pas ! C'est illégal ! La Loi dit que les condamnés doivent être vus par la ville où ils ont péché ! » Les juifs, qui sont à la queue du cortège, comprennent que par devant on essaie de les frustrer d'un droit et ils unissent leurs cris à ceux de leurs collègues.
Par amour de la paix, Longin prend la route qui va vers la ville et en parcourt un tronçon. Mais il fait signe aussi à un décurion de venir près de lui (je dis décurion parce que c'est un gradé mais c'est peut–être quelqu'un que nous appellerions son officier d'ordonnance) et il lui dit doucement quelque chose. Celui–ci revient en arrière au trot, et à mesure qu'il rejoint le chef de chaque décurie il transmet l'ordre. Ensuite il revient vers Longin pour dire que c'est fait. Enfin il rejoint sa place dans le rang derrière Longin.
Jésus avance haletant. Chaque trou de la route est un piège pour son pied qui vacille et une torture pour ses épaules écorchées, pour sa tête couronnée d'épines sur laquelle descend à pic un soleil exagérément chaud qui de temps à autre se cache derrière un rideau de nuages de plomb, mais qui, même caché, ne cesse pas de brûler. Jésus est congestionné par la fatigue, par la fièvre et par la chaleur. Je pense que même la lumière et les cris doivent le tourmenter. Et s'il ne peut se boucher les oreilles pour ne pas entendre ces cris déchaînés, il ferme à demi les yeux pour ne pas voir la route éblouissante de soleil... Mais il doit aussi les rouvrir parce qu'il bute contre les pierres et contre les trous et chaque fois qu'il bute, c'est une douleur car il remue brusquement la croix qui heurte la couronne, qui se déplace sur l'épaule écorchée, élargit la plaie et augmente la douleur.
Les juifs ne peuvent plus le frapper directement ; mais il reçoit encore quelques pierres et quelques coups de bâton, les premières spécialement dans les petites places remplies par la foule, les seconds au contraire dans les tournants, dans les petites rues où l'on monte et descend des marches tantôt une, tantôt trois, tantôt davantage, à cause des dénivellations continuelles de la ville. Là, nécessairement, le cortège ralentit et il y a toujours quelque volontaire qui défie les lances romaines pour ajouter un nouveau coup au chef d'œuvre de torture qu'a déjà subi Jésus.
Les soldats le défendent comme ils peuvent. Mais même en le défendant ils le frappent parce que les longs manches des lances, brandies en aussi peu d'espace, le heurtent et le font buter. Mais arrivés à un certain point les soldats font une manœuvre impeccable et, malgré les cris et les menaces, le cortège dévie brusquement par un chemin qui va directement vers les murs, en descendant, un chemin qui abrège beaucoup la route vers le lieu du supplice.
Jésus halète toujours plus. La sueur coule sur son visage en même temps que le sang qui coule des blessures de la couronne d'épines. La poussière se colle sur ce visage trempé et le maculent de taches étranges, car il y a aussi du vent maintenant. Des coups de vent syncopés à longs intervalles où retombe la poussière que la foule a élevée en tourbillons, qui amènent des détritus de toute sorte dans ses yeux et dans sa gorge.

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Re: Les écrits de Maria Valtorta

Message par Grosjean le Mar 31 Mar 2009 - 9:26

Mardi 5ème semaine de Carême (30ème jour)
Le Chemin de Croix
"Tout est ici : tout l'amour et toute la haine"


A la Porte Judiciaire sont déjà entassés quantité de gens, ceux qui, prévoyants, se sont choisis de bonne heure une bonne place pour voir. Mais un peu avant d'y arriver, Jésus a déjà failli tomber. Seule la prompte intervention d'un soldat, sur lequel Il va presque tomber, l’empêche d'aller par terre. La populace rit et crie : « Laissez–le ! Il disait à tous : "Levez–vous". Qu'il se lève Lui, maintenant... »
Au–delà de la porte, il y a un torrent et un petit pont. Nouvelle fatigue pour Jésus d'aller sur ces planches disjointes sur lesquelles rebondit plus fortement le long bois de la croix. Et nouvelle mine de projectiles pour les juifs. Les pierres du torrent volent et frappent l’innocent Martyr...
Alors commence la montée du Calvaire. Un chemin nu, sans un brin d'ombre, avec des pierres disjointes, qui attaque directement la montée.
Ici aussi, à l'époque où je lisais, j'ai lu que le Calvaire n'avait que quelques mètres de hauteur. Possible. Ce n'est certainement pas une montagne. Mais c'est une colline, et certainement pas plus basse qu'est par rapport à Lungarni le mont aux Croix, là où se trouve la basilique de Saint Miniato à Florence. On dira : « Oh ! c'est peu de chose ! » Oui, pour quelqu'un qui est sain et fort, c'est peu de chose. Mais il suffit d'avoir le cœur faible pour sentir si c'est peu ou beaucoup !... Je sais qu'après avoir eu le cœur malade, même d'une manière bénigne, je ne pouvais gravir cette pente sans souffrir beaucoup et je devais m'arrêter à chaque instant, n’ayant pourtant pas de fardeau sur les épaules. Et je crois que Jésus avait le cœur très malade surtout après la flagellation et la sueur de sang... et je ne prends en compte rien autre que ces deux choses.
Jésus éprouve donc une douleur aiguë dans la montée et avec le poids de la croix qui, longue comme elle est, doit être très lourde.
Il trouve une pierre qui dépasse et, épuisé comme il l'est, il lève trop peu le pied, il bute et tombe sur le genou droit réussissant pourtant à se relever à l'aide de la main gauche. La foule pousse des cris de joie... Il se relève, il avance de plus en plus courbé et haletant, congestionné, fiévreux...
L'écriteau, qui cahote devant Lui, Lui gêne la vue et son long vêtement, maintenant qu'il avance courbé, traîne par terre par devant et gêne sa marche. Il bute de nouveau et tombe sur les deux genoux, en se blessant de nouveau là où il est déjà blessé ; la croix échappe de ses mains et tombe, après Lui avoir frappé fortement le dos ; elle l'oblige à se pencher pour la relever et à peiner pour la mettre de nouveau sur ses épaules. Pendant qu'il le fait on voit nettement sur son épaule droite la plaie faite par le frottement de la croix, qui a ouvert les plaies nombreuses de la flagellation et en a fait une seule qui transsude de l'eau et du sang, de sorte que la tunique est toute tachée à cet endroit. Les gens applaudissent même, heureux de ces chutes si mauvaises.
Longin incite à hâter le pas, et les soldats, à coups de plat de dague, invitent le pauvre Jésus à avancer. On reprend la marche avec une lenteur de plus en plus grande malgré tous les efforts.
Jésus semble tout à fait ivre tant sa marche est chancelante et il heurte tantôt l'un tantôt l'autre des deux rangs de soldats, occupant toute la route. Les gens le remarquent et crient : « Sa doctrine Lui est montée à la tête. Vois, vois comme il titube ! » Et d'autres, qui ne sont pas du peuple, mais des prêtres et des scribes, ricanent :
« Non ! Ce sont les festins dans la maison de Lazare qui encore Lui montent à la tête. Ils étaient bons ? Maintenant mange notre nourriture... » et d'autres phrases semblables.
Longin, qui se tourne de temps en temps, a pitié et commande une halte de quelques minutes. Et il est tellement insulté par la populace que le centurion ordonne aux troupes de charger. Et la foule lâche, devant les lances qui brillent et menacent, s'éloigne en criant et en descendant çà et là sur la montagne.
C'est ici que je revois sortir de derrière des décombres, peut–être quelque muret éboulé, le petit groupe des bergers. Désolés, bouleversés, poussiéreux, déchirés, ils appellent à eux le Maître par la force de leurs regards. Et Lui tourne la tête, les voit... Il les fixe comme si c'était des visages d'anges, paraît se désaltérer et se fortifier de leurs pleurs, et il sourit... On redonne l'ordre d'avancer et Jésus passe juste devant eux et entend leurs pleurs angoissés. Il tourne avec difficulté la tête de sous le joug de la croix et leur sourit de nouveau...
Ses réconforts... Dix visages... une halte sous le soleil brûlant...
Et puis, tout de suite, la douleur de la troisième chute complète. Et cette fois, ce n'est pas qu'il bute. Mais il tombe par un soudain fléchissement de ses forces, par une syncope. Il s'allonge en se frappant le visage sur les pierres disjointes, restant dans la poussière, sous la croix retombée sur Lui. Les soldats essaient de le relever. Mais comme il paraît mort, ils vont le rapporter au centurion. Pendant qu'ils vont et viennent Jésus revient à Lui, et lentement, avec l'aide de deux soldats dont l'un relève la croix et l'autre aide le Condamné à se mettre debout, il reprend sa place. Mais il est vraiment épuisé.
« Arrangez–vous pour qu'il ne meure que sur la croix ! » crie la foule.
« Si vous le faites mourir avant, vous en répondrez au Proconsul, souvenez–vous en. Le coupable doit arriver vivant au supplice » disent les chefs des scribes aux soldats.
Ceux–ci les foudroient de leurs regards féroces mais, par discipline, ne parlent pas.
Longin, cependant, craint comme les juifs que le Christ ne meure en route et ne veut pas avoir d'ennuis. Sans avoir besoin que quelqu'un le lui rappelle, il sait quel est son devoir de préposé à l'exécution et il y pourvoit. Il le fait en désorientant les juifs qui sont déjà accourus en avant par la route qu'ils ont rejointe de tous les côtés de la montagne en suant et se griffant pour passer à travers les buissons rares et épineux du mont aride et brûlé, tombant sur les détritus qui l'encombrent comme un lieu de déblai pour Jérusalem, mus par le seul désir de ne perdre un seul halètement du Martyr, un seul de ses regards douloureux, un seul geste même involontaire de sa souffrance, uniquement préoccupés d’arriver à une bonne place. Longin donne donc l'ordre de prendre le chemin le plus long qui monte en lacets au sommet et qui est beaucoup moins rapide.
Il semble que ce soit un sentier qui, à force d'être parcouru, soit devenu un chemin suffisamment pratique. Ce croisement de chemin avec l'autre arrive environ à moitié de la montagne. Mais je vois que plus haut, par quatre fois, la route directe se trouve coupée par celle qui monte avec beaucoup moins de pente et qui par compensation est beaucoup plus longue. Et sur cette route, il y a des gens qui montent mais qui ne participent pas à l'indigne chahut des obsédés qui suivent Jésus pour jouir de ses tourments : des femmes pour la plupart, en pleurs et voilées, et quelques petits groupes d'hommes très peu nombreux en vérité, plus en avant de beaucoup que les femmes, qui vont disparaître à la vue quand le chemin fait le tour de la montagne. Ici le Calvaire a une sorte de pointe faite en museau alors que de l'autre côté elle tombe à pic.
Les hommes disparaissent derrière la pointe rocheuse et je les perds de vue.
Les gens qui suivaient Jésus hurlent de rage. C'était plus beau, pour eux, de le voir tomber. Avec des imprécations obscènes au Condamné et à ceux qui le conduisent, ils se mettent en partie à suivre le cortège judiciaire et en partie montent presque en courant par la route rapide pour se dédommager de leur déception par une excellente place au sommet.
Les femmes, qui s'avancent en pleurant, se retournent en entendant les cris, et voient que le cortège tourne de ce côté. Elles s'arrêtent alors en s'adossant au mont, craignant d'être jetées en bas par les juifs violents. Elles abaissent encore plus leurs voiles sur leurs visages et il y en a une qui est complètement voilée comme une musulmane, ne laissant libres que ses yeux très noirs. Elles sont vêtues très richement et ont pour les défendre un vieil homme robuste dont, enveloppé dans son manteau comme il l'est, je ne distingue pas le visage. Je ne vois que sa longue barbe plutôt blanche que noire qui sort de son manteau foncé.
Quand Jésus arrive à leur hauteur, elles sanglotent plus fort et se courbent en profondes salutations. Puis elles s'avancent résolument. Les soldats voudraient les repousser avec leurs lances, mais celle qui est couverte comme une musulmane écarte un instant son voile devant l'enseigne arrivé à cheval pour voir ce que c'est que ce nouvel obstacle, et il donne l'ordre de la faire passer. Je ne puis voir son visage ni son vêtement, car elle a déplacé son voile avec la rapidité d'un éclair et son habit est complètement caché par un manteau qui arrive jusqu'à terre, lourd, fermé complètement par une série de boucles. La main, qui pour un instant sort de dessous pour déplacer le voile, est blanche et belle, et c'est avec ses yeux noirs l'unique chose que l'on voit de cette grande matrone certainement influente puisque l'officier de Longin lui obéit aussitôt.
Elles s'approchent de Jésus en pleurant et s'agenouillent à ses pieds pendant que Lui s'arrête haletant... et pourtant il sait encore sourire à ces pieuses femmes et à l'homme qui les escorte qui se découvre pour montrer qu'il est Jonathas. Mais celui–ci, les gardes ne le font pas passer ; seulement les femmes. L'une d'elles est Jeanne de Chouza. Elle est plus défaite que quand elle était mourante. De rouge, elle n'a que les traces de ses pleurs et puis c'est tout un visage de neige avec ses doux yeux noirs qui, ainsi brouillés comme ils le sont, sont devenus d'un violet foncé comme certaines fleurs. Elle a dans les mains une amphore d'argent et l'offre à Jésus, mais Lui refuse. D'ailleurs son essoufflement est si grand qu'il ne pourrait même pas boire. De la main gauche, il s'essuie la sueur et le sang qui Lui tombe dans les yeux, qui, coulant le long de ses joues rouges et de son cou par les veines gonflées dans le battement essoufflé du cœur, trempe tout son vêtement sur la poitrine.
Une autre femme, qui a près d'elle une jeune servante avec un coffret dans les bras, l'ouvre, en tire un linge de lin très blanc, carré, et l'offre au Rédempteur. Il l'accepte et comme il ne peut avec une seule main le faire par Lui–même, la femme pleine de pitié l'aide, en faisant attention de ne pas heurter la couronne, à le poser sur son visage. Jésus presse le linge frais sur son pauvre visage et l'y tient comme s'il trouvait un grand réconfort. Puis il rend le linge et parle : « Merci Jeanne, merci Nique... Sara... Marcella... Elise... Lidia... Anne... Valeria... et toi... Mais... ne pleurez pas... sur Moi... filles de... Jérusalem... mais sur les péchés... les vôtres et ceux... de votre ville... Bénis... Jeanne... de n'avoir... plus d'enfants... Vois... c'est une pitié de Dieu... de ne pas... de ne pas avoir d'enfants... car... ils souffrent de... cela. Et toi aussi... Élisabeth... Mieux... comme cela a été... que parmi les déicides... Et vous... mères... pleurez sur... vos fils, car... cette heure ne passera pas... sans châtiment... Et quel châtiment, s'il en est ainsi pour... l'Innocent... Vous pleurerez alors... d'avoir conçu... allaité et... d'avoir encore... vos fils... Les mères... de ce moment–là... pleureront parce que... en vérité, je vous le dis... qu'il sera heureux... celui qui alors... tombera... sous les décombres... le premier. Je vous bénis... Allez... à la maison... priez... pour Moi. Adieu, Jonathas... éloigne–les... »
Et au milieu d'un cri aigu de pleurs féminins et d'imprécations juives, Jésus se remet en marche.

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Re: Les écrits de Maria Valtorta

Message par Grosjean le Mar 31 Mar 2009 - 9:27

Mardi 5ème semaine de Carême (30ème jour)(suite)
Le Chemin de Croix
"Tout est ici : tout l'amour et toute la haine"


Jésus est de nouveau trempé de sueur. Les soldats aussi suent et les deux autres condamnés, car le soleil de ce jour d'orage est brûlant comme la flamme et le flanc de la montagne devenu brûlant lui aussi s'ajoute à la chaleur du soleil. Que devait être l'effet de ce soleil sur le vêtement de laine de Jésus, en contact avec les blessures des fouets, il est facile de l'imaginer et d'en être horrifié... Mais Lui ne profère aucune plainte. Seulement, bien que la route soit beaucoup moins rapide et n'ait pas ces pierres disjointes, si dangereuses pour son pied qui traîne maintenant, Jésus titube toujours plus fort, allant heurter un rang de soldats puis le rang opposé, et fléchissant de plus en plus vers la terre.
Ils pensent supprimer cet inconvénient en Lui passant une corde à la taille et en la tenant par les deux bouts comme si c'étaient des rênes. Oui, cela le soutient, mais ne Lui enlève pas son fardeau. Au contraire, la corde en heurtant la croix, la déplace continuellement sur l'épaule et la fait frapper la couronne qui désormais a fait du front de Jésus un tatouage sanglant. De plus, la corde frotte la taille où se trouvent tant de blessures et certainement doit les ouvrir de nouveau. Aussi la tunique blanche se colore à la taille d'un rose pâle. Pour l'aider, ils le font souffrir plus encore.
Le chemin continue, il fait le tour de la montagne, revient presque en avant vers la route rapide. Là se trouve Marie avec Jean. Je dirais que Jean l'a amenée en cet endroit ombragé, derrière la pente de la montagne, pour qu'elle se refasse un peu. C'est l'endroit le plus escarpé de la montagne. Il n'y a que ce chemin qui la côtoie. Au–dessous la côte descend rapidement et au–dessus la pente est aussi forte. A cause de cela les cruels la négligent. Là il y a de l'ombre, car je dirais que c'est le septentrion, et Marie, adossée comme elle l'est à la montagne, est à l'abri du soleil. Elle se tient debout appuyée au flanc de la montagne mais elle est déjà épuisée. Elle aussi halète, pâle comme une morte dans son vêtement bleu très foncé, presque noir.
Jean la regarde avec une pitié désolée. Lui aussi a perdu toute trace de couleur et il est terreux, avec deux yeux las et écarquillés, dépeigné, les joues creusées comme s'il avait été malade. Les autres femmes : Marie et Marthe de Lazare, Marie d'Alphée et de Zébédée, Suzanne de Cana, la maîtresse de la maison et d'autres encore que je ne connais pas, sont au milieu du chemin et regardent si le Sauveur arrive. Ayant vu que Longin arrive, elles accourent près de Marie pour lui donner la nouvelle. Marie, soutenue par le coude par Jean, se détache, majestueuse dans sa douleur, de la côte du mont et se met résolument au milieu du chemin, en ne s'écartant qu'à l'arrivée de Longin qui, du haut de son cheval, regarde la femme pâle et celui qui l'accompagne, blond, pâle, aux doux yeux de ciel comme elle. Et Longin hoche la tête pendant qu'il la dépasse suivi des onze cavaliers.
Marie essaie de passer entre les soldats à pied mais ceux–ci, qui ont chaud et sont pressés, cherchent à la repousser avec leurs lances, d'autant plus que du chemin pavé volent des pierres pour protester contre tant de pitié. Ce sont encore les juifs qui lancent encore des imprécations à cause de l'arrêt causé par les pieuses femmes et disent : « Vite ! Demain c'est Pâque. Il faut tout finir avant le soir ! Complices qui méprisez notre Loi ! Oppresseurs ! A mort les envahisseurs et leur Christ ! Ils l'aiment ! Voyez comme ils l'aiment ! Mais prenez–le ! Mettez–le dans votre Ville maudite ! Nous vous le cédons ! Nous n'en voulons pas ! Les charognes aux charognes ! La lèpre aux lépreux ! »
Longin se lasse et éperonne son cheval, suivi des dix lanciers, contre la canaille qui l'insulte et qui fuit une seconde fois. C'est en le faisant qu'il voit une charrette arrêtée, montée certainement des cultures maraîchères qui sont au pied de la montagne et qui attend avec son chargement de salades que la foule soit passée pour descendre vers la ville. Je pense qu'un peu de curiosité chez le Cyrénéen et ses fils l'ont fait monter jusque là, car il n'était vraiment pas nécessaire de le faire. Les deux fils, allongés sur le tas de légumes, regardent et rient après les juifs en fuite. L'homme, de son côté, un homme robuste sur les quarante–cinquante ans, debout près de l'âne qui effrayé veut reculer, regarde attentivement le cortège.
Longin le dévisage. Il pense qu'il peut lui être utile et lui ordonne : « Homme, viens ici. » Le Cyrénéen fait semblant de ne pas entendre, mais avec Longin on ne plaisante pas. Il répète l'ordre de telle façon que l'homme jette les rênes à un de ses fils et s'approche du centurion.
« Tu vois cet homme ? » lui demande–t–il, et en parlant ainsi, il se retourne pour indiquer Jésus et voit à son tour Marie qui supplie les soldats de la laisser passer. Il en a pitié et crie : « Faites passer la Femme. » Puis il reprend à parler au Cyrénéen : « Il ne peut plus avancer ainsi chargé. Tu es fort. Prends sa croix et porte–la à sa place jusqu'à la cime. »
« Je ne peux pas... J'ai l'âne... il est rétif... les garçons ne savent pas le retenir. »
Mais Longin lui dit : « Va, si tu ne veux pas perdre l'âne et gagner vingt coups comme punition. »
Le Cyrénéen n'ose plus réagir. Il crie aux garçons : « Allez vite à la maison et dites que j'arrive tout de suite » et puis il va vers Jésus.
Il le rejoint juste au moment où Jésus se tourne vers sa Mère qu’il vient de voir venir vers Lui seulement maintenant, avançant si courbé, les yeux presque fermés comme s'il était aveugle. Il crie alors : « Maman ! »
C'est la première parole depuis qu'il est torturé qui exprime sa souffrance. Car dans cette parole, il y a la confession de tout : de toute sa terrible douleur de l'esprit, du moral et de la chair. C'est le cri déchiré et déchirant d'un enfant qui meurt seul, parmi les argousins et au milieu des pires tortures... et qui arrive à avoir peur même de sa propre respiration. C'est la plainte d'un enfant qui délire et que déchirent des visions de cauchemar... Et il veut la mère, la mère parce que seul son frais baiser calme l'ardeur de la fièvre, que sa voix fait fuir les fantômes, que son embrassement rend la mort moins effrayante...
Marie porte la main à son cœur comme si elle avait reçu un coup de poignard et vacille légèrement, mais elle se reprend, hâte sa marche et en allant les bras tendus vers son Fils martyrisé, elle crie : « Fils ! » Mais elle le dit d'une telle manière que qui n'a pas un cœur de hyène le sent se fendre par cette douleur.
Je vois que même parmi les romains il y a un mouvement de pitié... et pourtant ce sont des hommes d'armes habitués aux tueries, marqués de cicatrices. Mais la parole : « Maman ! » et « Fils ! » sont toujours les mêmes pour tous ceux qui, je le répète, ne sont pas pires que des hyènes, et sont dites et comprises partout, et soulèvent partout des flots de pitié...
Le Cyrénéen a cette pitié... Il voit que Marie ne peut embrasser son Fils à cause de la croix, et qu'après avoir tendu les mains, elle les laisse retomber, persuadée de ne pouvoir le faire. Elle le regarde seulement, essayant de sourire de son sourire martyr, pour le réconforter alors que ses lèvres tremblantes boivent ses larmes. Lui, tordant la tête de sous le joug de la croix, cherche à son tour à lui sourire et à lui envoyer un baiser avec ses pauvres lèvres blessées et fendues par les coups et la fièvre. Le Cyrénéen, à ce spectacle, se hâte d'enlever la croix et il le fait avec la délicatesse d'un père, pour ne pas heurter la couronne et ne pas frotter les plaies.
Mais Marie ne peut baiser son Fils... L'attouchement, même le plus léger, serait une torture sur les chairs déchirées, et Marie s'en abstient. Et puis... les sentiments les plus saints ont une pudeur profonde et n’inspirent que le respect ou du moins la compassion. Ici, partout, c'est la curiosité et surtout le mépris. C’est leurs deux âmes angoissées qui s’étreignent seulement
Le cortège se remet en marche sous la poussée d'un peuple furieux qui les presse, les sépare, en repoussant la Mère contre la montagne, l'exposant au mépris de tout un peuple... Maintenant, derrière Jésus, marche le Cyrénéen avec la croix. Et Jésus, libéré de ce fardeau, marche mieux. Il halète fortement, portant souvent la main à son cœur comme s'il avait une grande douleur, une blessure à la région sterno–cardiaque, et maintenant qu'il le peut, n'ayant plus les mains liées, il repousse les cheveux tombés en avant, tout gluants de sang et de sueur, jusque derrière les oreilles, pour sentir l'air sur son visage congestionné, il délace le cordon du cou qui le fait souffrir quand il respire... Mais sa marche est plus facile.
Marie s'est retirée avec les femmes. Elle suit le cortège une fois qu'il est passé, et ensuite, par un raccourci, elle se dirige vers le sommet de la montagne défiant les imprécations de la plèbe sauvage. Maintenant que Jésus est libre, le dernier lacet de la montagne est assez vite parcouru et ils sont proches de la cime toute remplie d'un peuple qui ne cesse de crier.
Longin s'arrête et il ordonne que tous, inexorablement, soient repoussés plus bas, pour dégager la cime, lieu de l'exécution. Une moitié de la centurie exécute l'ordre en accourant sur place et en repoussant sans pitié tous ceux qui s'y trouvent, en se servant pour cela de leurs dagues et de leurs lances. Sous la grêle des coups de plat et des bâtons les juifs de la cime s'enfuient. Et ils voudraient se placer sur l'esplanade qui est au–dessous. Mais ceux qui y sont déjà ne cèdent pas et entre eux ce ne sont que des rixes féroces. Ils semblent tous fous.
Comme je l'ai dit l'an dernier, le Calvaire, à son sommet, a la forme d'un trapèze irrégulier, légèrement plus haut d'un côté, à partir duquel la montagne descend rapidement pour un peu plus de la moitié de sa hauteur. Sur cette petite place on a déjà préparé trois trous profonds tapissés de briques ou d'ardoises, creusés exprès, en somme. Tout près d'eux, il y a des pierres et de la terre prêtes pour butter les croix. D'autres trous, par contre, ont été laissés pleins de pierres. On comprend qu'ils les vident selon le nombre de ceux qui servent.
Sous la cime trapézoïdale, du côté où la montagne ne descend pas, il y a une sorte de plate–forme en pente douce qui forme une seconde petite place. De celle–ci partent deux larges sentiers qui côtoient la cime, de sorte que celle–ci est isolée et surélevée d'au moins deux mètres de tous les côtés.
Les soldats, qui ont repoussé la foule de la cime, apaisent, à coups persuasifs de lances, les rixes et dégagent le chemin pour que le cortège puisse passer sans encombre dans le bout de chemin qui reste, et ils restent là à faire la haie pendant que les trois condamnés, encadrés par les cavaliers et protégés en arrière par l'autre demi–centurie, arrivent au point où ils doivent s'arrêter : au pied du plancher naturel, surélevé qui forme la cime du Golgotha.
Pendant que cela arrive, j'aperçois les Marie et un peu en arrière d'elles Jeanne de Chouza avec quatre autres des dames de tout à l'heure. Les autres se sont retirées et elles doivent l'avoir fait par elles–mêmes car Jonathas est là, derrière sa maîtresse. Il n'y a plus celle que nous appelons Véronique et que Jésus a appelée Nique, et sa servante manque aussi et aussi la dame toute voilée à laquelle les soldats obéirent. Je vois Jeanne, la vieille qu'on appelle Elise, Anne et deux que je ne saurais identifier. Derrière ces femmes et les Marie, je vois Joseph et Simon d'Alphée, et Alphée de Sara avec le groupe des bergers. Ils ont lutté avec ceux qui voulaient les repousser en les insultant, et la force de ces hommes, que multiplient leur amour et leur douleur, s'est montrée si violente qu'ils ont vaincu en se créant un demi–cercle libre contre les juifs lâches qui n'osent que lancer des cris de mort et tendre leurs poings. Mais rien de plus, car les bâtons des bergers sont noueux et lourds et la force et l'adresse ne manquent pas à ces preux. Et je ne me trompe pas de parler ainsi. Il faut un vrai courage pour rester aussi peu nombreux, connus comme galiléens ou fidèles au Galiléen, contre toute une population hostile. L'unique point, de tout le Calvaire, où on ne blasphème pas le Christ !
Le mont, des trois côtés qui descendent en pente douce vers la vallée, n'est qu'une fourmilière. La terre jaunâtre et nue ne se voit plus, et sous le soleil qui va et vient, paraît un pré fleuri de corolles de toutes les couleurs tant sont serrés les couvre–chefs et les manteaux des sadiques qui le couvrent. Au–delà du torrent, sur le chemin, une autre foule ; au–delà des murs, une autre encore. Sur les terrasses les plus proches, une autre. Le reste de la ville nu... vide... silencieux. Tout est ici : tout l'amour et toute la haine. Tout le Silence qui aime et pardonne, toute la Clameur qui hait et lance des imprécations.
Pendant que les hommes préposés à l'exécution préparent leurs instruments en achevant de vider les trous, et que les condamnés attendent dans leur carré, les juifs réfugiés dans le coin opposé aux Marie les insultent. Ils insultent même la Mère : « A mort les galiléens ! A mort ! Galiléens ! Galiléens ! Maudits ! A mort le blasphémateur galiléen ! Clouez sur la croix même le sein qui l'a porté ! Loin d'ici les vipères qui enfantent les démons ! A mort ! Purifiez Israël des femmes qui s'allient au bouc !... »
Longin, qui est descendu de cheval, se tourne et voit la Mère... Il ordonne de faire cesser ce chahut. La demi–centurie, qui était derrière les condamnés, charge la racaille et désencombre complètement la seconde petite place, alors que les juifs s'échappent à travers la montagne en s'écrasant les uns les autres. Les onze cavaliers descendent aussi de cheval et l'un d'eux prend les onze chevaux en plus de celui du centurion et les mène à l'ombre, derrière la côte de la montagne.
Le centurion se dirige vers la cime. Jeanne de Chouza s'avance, l'arrête. Elle lui donne l'amphore et une bourse, et puis se retire en pleurant, pour aller vers le coin de la montagne avec les autres.
Là–haut, tout est prêt. On fait monter les condamnés. Jésus passe encore une fois près de la Mère qui pousse un gémissement qu'elle cherche à freiner en portant son manteau sur sa bouche. Les juges la voient et rient et se moquent d'elle.
Jean, le doux Jean, qui a un bras derrière les épaules de Marie pour la soutenir, se retourne avec un regard féroce, son œil en est phosphorescent. S'il ne devait pas protéger les femmes, je crois qu'il prendrait à la gorge quelqu'un de ces lâches.
A peine les condamnés sont–ils sur le plateau fatal que les soldats entourent la place de trois côtés. Il ne reste vide que celui qui surplombe.
Le centurion donne au Cyrénéen l'ordre de s'en aller et il s'en va de mauvaise grâce cette fois et je ne dirais pas par sadisme, mais par amour, si bien qu'il s'arrête près des galiléens en partageant avec eux les insultes dont la foule prodigue au petit nombre de fidèles au Christ.
Les deux larrons jettent par terre leurs croix en blasphémant. Jésus se tait.
Le chemin douloureux est terminé

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Re: Les écrits de Maria Valtorta

Message par Grosjean le Mer 1 Avr 2009 - 8:40

Mercredi 5ème semaine de Carême (31ème jour)
29. LA CRUCIFIXION


Quatre hommes musclés, qui par leur aspect me paraissent juifs et juifs dignes de la croix plus que les condamnés, certainement de la même catégorie que les flagellateurs, sautent d'un sentier sur le lieu du supplice. Ils sont vêtus de tuniques courtes et sans manches et ils ont dans les mains des clous, des marteaux et les cordes qu'ils montrent aux condamnés en se moquant d'eux. La foule est agitée par un délire cruel.
Le centurion offre à Jésus l'amphore pour qu'il boive la mixture anesthésique du vin myrrhé. Mais Jésus la refuse. Les deux larrons, au contraire, en boivent une quantité. Puis l'amphore à la bouche largement évasée est placée près d'une grosse pierre, presque en haut de la cime.
On donne aux condamnés l'ordre de se dévêtir. Les deux larrons le font sans aucune pudeur. Ils s'amusent même à faire des actes obscènes vers la foule et en particulier vers le groupe sacerdotal tout blanc dans ses vêtements de lin et qui est revenu tout doucement sur la petite place plus basse, en profitant de sa qualité pour s'insinuer à cet endroit. Aux prêtres se sont unis deux ou trois pharisiens et d'autres puissants personnages que la haine rend amis. Et je vois des personnes connues comme le pharisien Giocana et Ismaël, le scribe Sadoc, Eli de Capharnaüm...
Les bourreaux offrent aux condamnés trois loques pour qu'ils se les attachent à l'aine, et les larrons les prennent avec les plus horribles blasphèmes. Jésus, qui se déshabille lentement à cause de la douleur des blessures, la refuse. Il pense peut–être garder les courtes culottes qu'il a gardées même dans la flagellation. Mais quand on Lui dit de les enlever, il tend la main pour mendier le chiffon aux bourreaux pour cacher sa nudité. C'est vraiment l'Anéanti jusqu'à devoir demander un chiffon aux criminels.
Mais Marie a vu et elle a enlevé le long et fin linge blanc qui lui voile la tête sous le manteau foncé et dans lequel elle a déjà versé tant de pleurs. Elle l'enlève sans faire tomber le manteau, le donne à Jean pour qu'il le présente à Longin pour son Fils. Le centurion prend le voile sans difficulté. Quand Jésus va se déshabiller complètement, en se tournant non vers la foule mais vers le côté où il n'y a personne, montrant ainsi son dos sillonné de bleus et des ampoules saignant par les blessures ouvertes ou les croûtes sombres, Longin Lui présente le voile maternel. Jésus le reconnaît. Il s'en enveloppe en lui faisant faire plusieurs fois le tour du bassin en le fixant bien pour qu'il ne tombe pas... Et sur le lin baigné seulement jusqu'alors de pleurs, tombent les premières gouttes de sang, car de nombreuses blessures à peine couvertes de sang coagulé, quand il se baisse pour enlever ses sandales et déposer ses vêtements, se sont rouvertes, et le sang recommence à couler.
Maintenant Jésus se tourne vers la foule, et on voit ainsi que la poitrine aussi, les bras, les jambes ont été toutes frappées par les fouets. A la hauteur du foie il y a un énorme bleu et sous l'arc costal gauche il y a sept traces en relief, terminées par sept petites déchirures sanglantes à l'intérieur d'un cercle violacé... un coup féroce de fouet dans cette région si sensible du diaphragme. Les genoux, contusionnés par les chutes répétées qui ont commencé tout de suite après sa capture et se sont terminées sur le Calvaire, sont noirs d'hématomes et ouverts sur la rotule, spécialement le genou droit, en une vaste déchirure sanglante.
La foule le méprise en formant une sorte de chœur : « Oh ! Beau ! Le plus beau des enfants des hommes ! Les filles de Jérusalem t'adorent... » Et elle entonne sur le ton d'un psaume : « Mon aimé est candide et rubicond, distingué entre mille et mille. Sa tête est d'or pur, ses cheveux des grappes de palmier, soyeux comme la plume du corbeau. Ses yeux sont comme deux colombes qui se baignent dans des ruisseaux non pas d'eau mais de lait, dans le lait de son orbite. Ses joues sont des parterres d'aromates, ses lèvres pourpres sont des lys qui ruissellent une myrrhe précieuse. Ses mains sont faites comme un travail d'orfèvre, terminées en jacinthe rose. Son tronc est de l'ivoire veiné de saphir. Ses jambes sont des colonnes parfaites, de marbre blanc sur des bases d'or. Sa majesté est comme celle du Liban, il est plus majestueux que le cèdre élevé. Sa langue est imprégnée de douceur et lui n'est que délices » et ils rient et crient aussi : « Le lépreux ! Le lépreux ! Tu as donc forniqué avec une idole si Dieu t'a ainsi frappé ? Tu as murmuré contre les saints d'Israël comme Marie de Moïse, si tu as été ainsi puni ? Oh ! Oh ! le Parfait ! Tu es le Fils de Dieu ? Mais non ! Tu es l'avorton de Satan ! Lui, au moins, Mammon est puissant et fort. Toi... tu es une loque impuissante et dégoûtante. »
Les larrons sont attachés sur les croix et amenés à leurs places, l'un à droite, l'autre à gauche par rapport à celle destinée à Jésus. Ils poussent des cris, des imprécations, des malédictions et surtout lorsque les croix sont portées près du trou et les secouent, alors que leurs poignets sont sciés par les cordes, leurs blasphèmes contre Dieu, contre la Loi, les romains et les juifs sont infernaux.
C'est le tour de Jésus. Doux il s'allonge sur le bois. Les deux larrons étaient tellement rebelles, que n'arrivant pas à le faire, les quatre bourreaux avaient dû demander l'intervention des soldats pour les tenir, pour qu'à coups de pieds ils ne repoussent pas les argousins qui les attachaient par les poignets. Mais pour Jésus, il n'est pas besoin d'aide. Il se couche et met la tête où on Lui dit de la mettre. Il ouvre les bras comme on Lui dit de le faire, allonge les jambes comme on le Lui ordonne. Il s'occupe seulement de bien ajuster son voile.
Maintenant son long corps, mince et blanc, se détache sur le bois sombre et le sol jaunâtre. Deux bourreaux s'assoient sur la poitrine pour la tenir immobile. Et je pense à l'oppression et à la souffrance qu'il doit avoir ressenties sous ce poids. Un troisième Lui prend le bras droit en le tenant d'une main à la première partie de l'avant–bras et de l'autre au bout des doigts. Le quatrième, qui a déjà dans les mains le long clou dont la tige quadrangulaire est en pointe, se termine en une plaque arrondie et plate, large comme un sou d'autrefois, regarde si le trou déjà fait dans le bois correspond à la jointure radio–ulnaire du poignet. Il va bien. Le bourreau applique la pointe du clou au poignet, lève le marteau et donne le premier coup.
Jésus, qui avait les yeux fermés, pousse un cri et a une contraction à la suite de la douleur aiguë et ouvre les yeux qui nagent dans les larmes. Ce doit être une douleur atroce qu'il éprouve... Le clou pénètre en rompant les muscles, les veines, les nerfs, en brisant les os...
Marie répond au cri de son Fils torturé par un gémissement qui a quelque chose de la plainte d'un agneau qu'on égorge, et elle se courbe, comme brisée, en tenant sa tête dans ses mains. Jésus pour ne pas la torturer ne crie plus. Mais les coups sont là, méthodiques, âpres, du fer contre le fer... et on pense que dessous c'est un membre vivant qui les reçoit.
La main droite est clouée. On passe à la gauche. Le trou ne correspond pas au carpe. Alors ils prennent une corde, lient le poignet gauche et tirent jusqu'à déboîter la jointure et arracher les tendons et les muscles sans compter qu'ils déchirent la peau déjà sciée par les cordes de la capture. L'autre main aussi doit souffrir car elle est étirée par contrecoup et autour de son clou le trou s'élargit. Maintenant on arrive à peine au commencement du métacarpe, près du poignet. Ils se résignent et ils clouent où ils peuvent, c'est–à–dire entre le pouce et les autres doigts, exactement au centre du métacarpe. Là le clou entre plus facilement, mais avec une plus grande souffrance car il doit couper des nerfs importants, si bien que les doigts restent inertes alors que ceux de la main droite ont des contractions et des tremblements qui indiquent leur vitalité. Mais Jésus ne crie plus, il pousse seulement une plainte rauque derrière ses lèvres fortement fermées, et des larmes de douleur tombent par terre après être tombées sur le bois.
Maintenant c'est le tour des pieds. A deux mètres et plus de l'extrémité de la croix il y a un petit coin, à peine suffisant pour un pied. On y porte les pieds pour voir si la mesure est bonne, et comme il est un peu bas, et que les pieds arrivent difficilement, on étire par les chevilles le pauvre Martyr. Le bois rêche de la croix frotte ainsi sur les blessures, déplace la couronne qui ainsi arrache de nouveaux cheveux et menace de tomber. Un bourreau, d'un coup de poing, la remet en place...
Maintenant ceux qui étaient assis sur la poitrine de Jésus se lèvent pour se placer sur les genoux, car Jésus a un mouvement involontaire pour retirer ses jambes en voyant briller au soleil le clou très long qui, en longueur et en largeur est le double de ceux qui ont servi pour les mains. Et ils pèsent sur les genoux écorchés, et pressent les pauvres jambes couvertes de contusions pendant que les deux autres accomplissent le travail, beaucoup plus difficile de clouer un pied sur l'autre, en cherchant à combiner ensemble les deux jointures des tarses.
Bien qu'ils s'appliquent à tenir les pieds immobiles à la cheville et aux dix doigts, contre le coin, le pied qui est dessous se déplace à cause de la vibration du clou, et ils doivent le déclouer presque parce qu'après être entré dans les parties molles, le clou, déjà épointé pour avoir traversé le pied droit, doit être amené un peu plus vers le milieu. Et ils frappent, frappent, frappent... On n'entend que le bruit atroce du marteau sur la tête du clou, car sur tout le Calvaire ce ne sont que yeux et oreilles tendues, pour recueillir tout geste et tout bruit et en jouir...
Par dessus le son âpre du fer, on entend la plainte sourde d'une colombe : le rauque gémissement de Marie qui se courbe de plus en plus à chaque coup, comme si le marteau la blessait elle, la Mère Martyre. Et on comprend qu'elle semble près d'être brisée par cette torture. La crucifixion est redoutable, égale à la flagellation pour la douleur, plus atroce à voir car on voit le clou disparaître dans les chairs vivantes, mais en compensation, elle est plus brève. Alors que la flagellation épuise par sa durée.
Pour moi, l'Agonie du Jardin, la Flagellation et la Crucifixion sont les moments les plus atroces. Elles me dévoilent toute la torture du Christ. La mort me soulage car je me dis : « C'est fini ! » Mais elles ne sont pas la fin. Elles sont le commencement pour de nouvelles souffrances.
Maintenant la croix est traînée près du trou et elle rebondit sur le sol inégal, en secouant le pauvre Crucifié. On dresse la croix qui échappe par deux fois à ceux qui la lèvent et retombe une fois soudainement, et une autre fois sur le bras droit de la croix, en donnant un affreux tourment à Jésus, car la secousse qu'il subit déplace les membres blessés. Mais quand ensuite on laisse tomber la croix dans son trou, avant d'être immobilisée avec des pierres et de la terre, elle ondule en tous les sens en imprimant de continuels déplacements au pauvre Corps suspendu à trois clous, la souffrance doit être atroce.
Tout le poids du corps se déplace en avant et vers le bas, et les trous s'élargissent, en particulier celui de la main gauche, et s'élargit le trou des pieds alors que le sang coule plus fort. Le sang des pieds coule le long des doigts par terre et le long du bois de la croix, mais celui des mains suit les avant–bras, car ils sont plus hauts aux poignets qu'aux aisselles, par suite de la position, et il coule aussi le long des côtes en descendant de l'aisselle vers la taille. La couronne, quand la croix ondule avant d'être fixée, se déplace car la tête se rabat vers l'arrière, en enfonçant dans la nuque le gros nœud d'épines qui termine la couronne piquante, et puis revient se placer sur le front et griffe, griffe sans pitié.
Finalement la croix est bien en place et il n'y a que le tourment d'y être suspendu. On dresse aussi les larrons qui, une fois mis verticalement, crient comme si on les écorchait vifs à cause de la torture des cordes qui scient les poignets et rendent les mains noires, en gonflant les veines comme des cordes. Jésus se tait. La foule ne se tait plus, au contraire, mais reprend son vacarme infernal.

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Re: Les écrits de Maria Valtorta

Message par Grosjean le Mer 1 Avr 2009 - 8:42

Mercredi 5ème semaine de Carême (31ème jour)(suite)
29. LA CRUCIFIXION


Maintenant la cime du Golgotha a son trophée et sa garde d'honneur. A la limite la plus élevée la croix de Jésus, aux côtés les deux autres. Une demie centurie de soldats l'arme au pied tout autour du sommet, à l'intérieur de ce cercle d'hommes armés, les dix cavaliers maintenant démontés qui jouent aux dés les vêtements des condamnés. Debout, entre la croix de Jésus et celle de droite, Longin. Il semble monter la garde d'honneur au Roi Martyr. L'autre demie centurie, au repos, est aux ordres de l'aide de camp de Longin sur le sentier de gauche et sur la place plus basse, en attendant d'être employée s'il en était besoin. De la part des soldats, c'est une indifférence à peu près totale. Seul quelqu'un lève parfois son visage vers les crucifiés.
Longin, au contraire, observe tout avec curiosité et intérêt, il confronte, et juge mentalement. Il confronte les crucifiés, et le Christ spécialement, avec les spectateurs. Son œil pénétrant ne perd aucun détail et, pour mieux voir, de la main il protège ses yeux car le soleil doit le gêner.
C'est en fait un soleil étrange, d'un jaune rouge d'incendie. Et puis il semble que l'incendie s'éteigne tout à coup à cause d'un nuage noir comme de la poix qui surgit de derrière les chaînes juives et qui parcourt rapidement le ciel et va disparaître derrière d'autres montagnes. Et quand le soleil revient, il est si vif que l'œil ne le supporte que difficilement.
En regardant il voit Marie juste au–dessous du talus, qui tient levé vers son Fils son visage déchiré. Il appelle un des soldats qui jouent aux dés et lui dit : « Si la Mère veut monter avec le fils qui l'accompagne, qu'elle vienne. Accompagne–la et aide–la. »
Et Marie avec Jean, que l'on croit son « fils », monte par un petit escalier creusé dans le tufeau, je crois, et franchit le cordon de soldats pour aller au pied de la croix, mais un peu à l'écart pour être vue et pour voir son Jésus. La foule lui déverse aussitôt les insultes les plus outrageantes, en la joignant dans les blasphèmes à son Fils. Mais elle, de ses lèvres tremblantes et blanches, cherche seulement à le réconforter, avec un sourire déchiré sur lequel viennent s'essuyer les larmes qu'aucune force de volonté ne réussit à retenir dans les yeux.
Les gens, en commençant par les prêtres, scribes, pharisiens, sadducéens, hérodiens et autres de même acabit, se procurent le divertissement de faire une sorte de carrousel en montant par le chemin à pic, en passant le long de la hauteur terminale et en redescendant par l'autre chemin, ou vice versa. Et en passant au pied de la cime, sur la seconde petite place, ils ne manquent pas d'offrir leurs paroles blasphématrices en hommage au Mourant. Toute la turpitude, la cruauté, toute la haine et la folie dont les hommes sont capables avec la langue sortent à flots de ces bouches infernales. Les plus acharnés sont les membres du Temple avec les pharisiens pour les aider.
« Eh bien ? Toi, Sauveur du genre humain, pourquoi ne te sauves–tu pas ? Il t'a abandonné ton roi Belzébuth ? Il t'a renié ? » crient trois prêtres.
Et une bande de juifs : « Toi qui pas plus tard qu'il y a cinq jours, avec l'aide du démon, faisais dire au Père... ah ! ah ! ah ! qu'Il t'aurait glorifié, comment donc ne Lui rappelles–tu pas de tenir sa promesse ? »
Et trois pharisiens : « Blasphémateur ! Il a sauvé les autres, disait–il, avec l'aide de Dieu ! Et il ne réussit pas à se sauver Lui–même ! Tu veux qu'on te croie ? Alors fais le miracle. Tu ne peux, hein ? Maintenant tu as les mains clouées, et tu es nu. »
Et des sadducéens et des hérodiens aux soldats : « Gare à l'envoûtement, vous qui avez pris ses vêtements ! Il a en Lui le signe infernal ! »
Une foule en chœur : « Descends de la croix et nous croirons en Toi. Toi qui détruis le Temple... Fou !... Regarde–là, le glorieux et saint Temple d'Israël. Il est intouchable, ô profanateur ! Et Toi, tu meurs. »
D'autres prêtres : « Blasphémateur ! Toi, Fils de Dieu ? Et descends de là, alors. Foudroies–nous si tu es Dieu. Nous ne te craignons pas et nous crachons vers Toi. »
D'autres qui passent et hochent la tête : « Il ne sait que pleurer. Sauve–toi, s'il est vrai que tu es l'Elu ! »
Les soldats : « Et sauve–toi, donc ! Réduis en cendres cette pègre de la pègre ! Oui ! Pègre de l'empire, voilà ce que vous êtes, canailles de juifs. Fais–le ! Rome te mettra au Capitole et t'adorera comme une divinité ! »
Les prêtres avec leurs compères : « Ils étaient plus doux les bras des femmes que ceux de la croix, n'est–ce pas ? Mais regarde : ils sont déjà prêts à te recevoir tes... (et ils disent un terme infâme). Tu as Jérusalem toute entière pour te servir de paranymphe » et ils sifflent comme des charretiers.
D'autres lancent des pierres : « Change–les en pains, Toi qui multiplies les pains. »
D'autres en singeant les hosannas du dimanche des palmes, lancent des branches, et crient : « Maudit celui qui vient au nom du Démon ! Maudit son royaume ! Gloire à Sion qui le sépare du milieu des vivants ! »
Un pharisien se place en face de la croix, il montre le poing en Lui faisant les cornes et il dit : « "Je te confie au Dieu de Sinaï" disais–tu ? Maintenant le Dieu du Sinaï te prépare au feu éternel. Pourquoi n'appelles–tu pas Jonas pour qu'il te rende un bon service ? »
Un autre : « N'abîme pas la croix avec les coups de ta tête. Elle doit servir pour tes fidèles. Une légion entière en mourra sur ton bois. Je te le jure sur Jéhovah. Et pour commencer j'y mettrai Lazare. Nous verrons si tu l'enlèves à la mort, maintenant. »
« Oui ! Oui ! Allons chez Lazare. Clouons–le de l'autre côté de la croix » et comme des perroquets, ils imitent la parole lente de Jésus en disant : « Lazare, mon ami, viens dehors ! Déliez–le et laissez–le aller. »
« Non ! Il disait à Marthe et à Marie, ses femmes : "Je suis la Résurrection et la Vie". Ah ! Ah ! Ah ! La Résurrection ne sait pas repousser la mort, et la Vie meurt ! »
« Voici Marie avec Marthe. Demandons–leur où est Lazare et allons le chercher. » Et ils s'avancent vers les femmes pour leur demander avec arrogance : « Où est Lazare ? Au palais ? »
Et Marie–Magdeleine, alors que les autres femmes terrorisées fuient derrière les bergers, s'avance, retrouvant dans sa douleur sa vieille hardiesse du temps du péché, et elle dit : « Allez. Vous trouverez déjà au palais les soldats de Rome et cinq cents hommes armés de mes terres et ils vous castreront comme de vieux boucs destinés aux repas des esclaves aux meules. »
« Effrontée ! C'est ainsi que tu parles aux prêtres ? »
« Sacrilèges ! Infâmes ! Maudits ! Tournez–vous ! Derrière vous, vous avez, je le vois, les langues des flammes infernales. »
Les lâches se tournent, vraiment terrorisés, devant l’assurance de Marie, mais s'ils n'ont pas les flammes derrière eux, ils ont aux reins les lances romaines bien pointues. En effet Longin a donné un ordre et la demie centurie, qui était au repos, est entrée en faction et elle pique aux fesses les premiers qu'elle trouve. Ceux–ci s'enfuient en criant et la demie centurie reste pour fermer l'entrée des deux chemins et pour faire un barrage à la petite place. Les juifs crient des imprécations, mais Rome est la plus forte.
La Magdeleine rabaisse son voile – elle l'avait levé pour parler à ceux qui les insultaient – et revient à sa place. Les autres se joignent à elle.
Mais le larron de gauche continue ses insultes du haut de sa croix. Il semble qu'il ait voulu rassembler tous les blasphèmes d'autrui et il les débite tous, en disant pour finir : « Sauve–toi et sauve–nous, si tu veux que l'on te croie. Le Christ, Toi ? Tu es un fou ! Le monde appartient aux fourbes et Dieu n'existe pas. Moi j'existe. Cela est vrai, et pour moi tout est permis. Dieu ? Fariboles ! Mises pour nous tenir tranquilles. Vive notre moi ! Lui seul est roi et dieu ! »
L'autre larron, celui de droite, a Marie presque à ses pieds et il la regarde presque plus qu'il ne regarde le Christ. Depuis un moment il pleure en murmurant : « La mère », il dit : « Tais–toi. Tu ne crains pas Dieu, même maintenant que tu souffres cette peine ? Pourquoi insultes–tu celui qui est bon ? Et son supplice est encore plus grand que le nôtre. Et il n'a rien fait de mal. »
Mais l'autre continue ses imprécations.
Jésus se tait. Haletant à cause de l'effort que Lui impose sa position, à cause de la fièvre et de son état cardiaque et respiratoire, conséquence de la flagellation subie sous une forme aussi violente, et aussi de l'angoisse profonde qui Lui avait fait suer sang, il cherche à se procurer un soulagement, en allégeant le poids qui pèse sur ses pieds, en se suspendant à ses mains par la force des bras. Peut–être le fait–il pour vaincre un peu la crampe qui déjà tourmente ses pieds et que trahit un frémissement musculaire. Mais le même frémissement affecte les fibres des bras qui sont forcés dans cette position et doivent être gelés à leurs extrémités parce que placés plus haut et non irrigués par le sang qui arrive difficilement aux poignets et puis coule par les trous des clous en laissant les doigts sans circulation. Surtout ceux de gauche sont déjà cadavériques et restent sans mouvement, repliés vers la paume. Même les doigts des pieds expriment leur tourment. En particulier les gros orteils, peut–être parce que leur nerf est moins blessé, se lèvent, s'abaissent, s'écartent.
Le tronc ensuite révèle toute sa peine avec son mouvement rapide mais sans profondeur qui le fatigue sans le soulager. Les côtes, très larges et élevées d'elles–mêmes, car la structure de ce Corps est parfaite, sont maintenant dilatées plus qu'il ne faut à cause de la position prise par le corps et de l'œdème pulmonaire qui s'est sûrement formé à l'intérieur. Et pourtant elles ne servent pas à alléger l'effort respiratoire d'autant plus que tout l'abdomen aide par son mouvement le diaphragme qui se paralyse de plus en plus. La congestion et l'asphyxie grandissent de minute en minute, comme l'indique la couleur cyanotique qui souligne les lèvres d'un rose allumé par la fièvre, et les étirements d'un rouge violet qui badigeonne le cou le long des veines jugulaires gonflées, et s'élargissent jusqu'aux joues, vers les oreilles et les tempes, alors que le nez est effilé et exsangue et que les yeux s'enfoncent en un cercle, qui est livide là où il est privé du sang que la couronne a fait couler.
Sous l'arc costal gauche on voit le coup propagé à partir de la pointe du cœur, irrégulier, mais violent, et de temps en temps, par l'effet d'une convulsion interne, le diaphragme a un frémissement profond qui se manifeste par une détente totale de la peau dans la mesure où elle peut s'étendre sur ce pauvre Corps blessé et mourant.
Le Visage a déjà l'aspect que nous voyons dans les photographies du Linceul, avec le nez dévié et gonflé d'un côté, et même le fait de tenir l'œil droit presque fermé, à cause de l'enflure qui existe de ce côté, augmente la ressemblance. La bouche, au contraire, est ouverte, avec sa blessure sur la lèvre supérieure désormais réduite à une croûte.
La soif, donnée par la perte de sang, par la fièvre et par le soleil, doit être intense, au point que Lui, par un mouvement machinal, boit les gouttes de sa sueur et de ses larmes, et aussi les gouttes de sang qui descendent du front jusqu'à ses moustaches, et il s'en humecte la langue... La couronne d'épines l'empêche de s'appuyer au tronc de la croix pour aider la suspension par les bras et soulager les pieds. Les reins et toute l'épine dorsale se courbent vers l'extérieur en restant détachés du tronc de la croix à partir du bassin vers le haut, à cause de la force d'inertie qui fait pencher en avant un corps suspendu comme était le sien.
Les juifs, repoussés au–delà de la petite place, ne cessent pas leurs insultes et le larron impénitent leur fait écho. L'autre, qui maintenant regarde la Mère avec une pitié toujours plus grande, et pleure, lui riposte âprement quand il se rend compte qu'elle aussi est comprise dans l'insulte.
« Tais–toi ! Rappelle–toi que tu es né d'une femme. Et réfléchis que les nôtres ont pleuré à cause de leurs fils, et ce furent des larmes de honte... parce que nous sommes des criminels. Nos mères sont mortes... Je voudrais pouvoir lui demander pardon... Mais le pourrai–je ? C'était une sainte... Je l'ai tuée par la douleur que je lui ai donnée... Je suis un pécheur... Qui me pardonne ? Mère, au nom de ton Fils mourant, prie pour moi. »
La Mère lève un moment son visage torturé et elle le regarde, ce malheureux qui à travers le souvenir de sa mère et la contemplation de la Mère va vers le repentir, et elle paraît le caresser de son regard de colombe.
Dismas pleure plus fort, ce qui déchaîne encore plus les moqueries de la foule et de son compagnon. La première crie : « Bravo ! Prends–la pour mère. Ainsi elle a deux fils criminels ! » Et l'autre renchérit : « Elle t'aime car tu es une copie mineure de son bien–aimé. »

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Re: Les écrits de Maria Valtorta

Message par jld le Mer 1 Avr 2009 - 11:04

Grosjean a écrit:Cher jld
Je crois que vous pouvez trouver tout cela sur le site du Centre Valtorta:
http://www.maria-valtorta.org/
Peut-être le Grand Panetier peut vous indiquer plus précisément ce que vous demandez mais allez faire un tour sur le site et je pense que vous y trouverez ce que vous cherchez.

Merci à Grosjean pour son indication de lien
J.L.d

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Re: Les écrits de Maria Valtorta

Message par Grosjean le Jeu 2 Avr 2009 - 9:36

Jeudi 5ème semaine de Carême (32ème jour)
La mort de Jésus


Jésus parle pour la première fois : « Père, pardonne–leur parce qu'ils ne savent pas ce qu'ils font » (1)
Cette prière vainc toute crainte chez Dismas. Il ose regarder le Christ et dit : « Seigneur, souviens–toi de moi quand tu seras dans ton royaume. Pour moi, il est juste que je souffre ici. Mais donne–moi miséricorde et paix au–delà de la vie. Une fois je t'ai entendu parler et, dans ma folie, j'ai repoussé ta parole. Maintenant je m'en repens. De mes péchés, je me repens devant Toi, Fils du Très–Haut. Je crois que tu viens de Dieu. Je crois en ton pouvoir. Je crois en ta miséricorde. Christ, pardonne–moi au nom de ta Mère et de ton Père très Saint. »
Jésus se tourne et le regarde avec une profonde pitié et il a un sourire encore très beau sur sa pauvre bouche torturée. Il dit : « Moi, je te le dis : aujourd'hui tu seras avec Moi au Paradis. »(2)
Le larron repenti se calme et, ne sachant plus les prières apprises pendant son enfance, il répète comme une oraison jaculatoire : « Jésus Nazaréen, roi des juifs, aie pitié de Moi. Jésus Nazaréen, roi des juifs, j'espère en Toi. Jésus Nazaréen, roi des juifs, je crois à ta Divinité. »
L'autre persiste dans ses blasphèmes.
Le ciel devient toujours plus sombre. Maintenant c'est difficilement que les nuages s'ouvrent pour laisser passer le soleil. Mais ils s'amoncellent en couches de plus en plus sombres, blanches, verdâtres, se surmontent, se démêlent selon les caprices d'un vent froid qui parcourt le ciel à intervalles et puis descend sur la terre et puis se tait de nouveau, et l'air est presque plus sinistre quand il se tait, étouffant et mort, que quand il siffle, coupant et rapide.
La lumière, d'abord vive outre mesure, est en train de devenir verdâtre. Les visages prennent des aspects bizarres. Les soldats, sous leurs casques et dans leurs cuirasses d'abord brillantes et maintenant comme enveloppées dans une lumière verdâtre et sous un ciel de cendre, présentent des profils durs comme sculptés. Les juifs, en majorité bruns de peau, de cheveux et de barbe, paraissent des noyés tant leurs visages deviennent terreux, les femmes des statues de neige bleutée à cause de leur pâleur exsangue que la lumière accentue.
Jésus semble devenir sinistrement livide, comme s'il commençait à se décomposer, comme s'il était déjà mort. La tête commence à retomber sur la poitrine. Ses forces manquent rapidement. Il tremble malgré la fièvre qui le brûle. Et dans sa faiblesse, il murmure le nom que d'abord il a seulement dit du fond du cœur : « Maman ! » « Maman ! ». Il le murmure doucement comme dans un soupir, comme s'il éprouvait déjà un léger délire qui l'empêche de retenir autant que sa volonté le voudrait. Et Marie chaque fois ne peut s'empêcher de Lui tendre les bras comme pour le secourir.
Les gens cruels rient de ce spasme du Mourant et de celle qui le partage. Prêtres et les scribes montent de nouveau par derrière les bergers, qui cependant sont sur la petite place basse. Comme les soldats voudraient les repousser, ils réagissent en disant : « N'y sont–ils pas ces galiléens ? Nous devons y être nous aussi qui devons vérifier que justice soit faite complètement, et nous ne pouvons pas voir de loin dans cette lumière étrange. »
En fait beaucoup commencent à s'impressionner de la lumière qui est en train d'envelopper le monde et certains ont peur. Les soldats aussi regardent le ciel et une sorte de cône qui semble de l'ardoise tant il est sombre, qui s'élève comme un pin de derrière un sommet, semblable à une trombe marine. Il s'élève, s'élève, produisant des nuages de plus en plus noirs, comme si c'était un volcan vomissant de la fumée et de la lave.
C'est dans cette lumière crépusculaire et effrayante que Jésus donne Jean à Marie et Marie à Jean. Il penche la tête car la Mère, pour mieux voir, s'est mise plus près sous la croix, et il lui dit : « Femme, voilà ton fils »(3). « Fils, voilà ta Mère »(4) .
Marie a le visage encore plus bouleversé après cette parole qui est le testament de son Jésus, qui n'a rien à donner à sa Mère sinon un homme, Lui, qui par amour de l'Homme, la prive de l'Homme–Dieu qui est né d'elle. Mais elle, la pauvre Mère, s'efforce de ne pleurer que silencieusement car elle ne peut pas, elle ne peut pas ne pas pleurer... Ses larmes coulent malgré les efforts qu'elle fait pour les retenir, bien que sa bouche ait son sourire déchirant qu'elle fixe sur ses lèvres pour Lui, pour le réconforter Lui...
Les souffrances ne cessent de grandir et la lumière ne cesse de décroître.
C'est dans cette lumière de fond marin que sortent de derrière les juifs Nicodème et Joseph, et disent : « Écartez–vous ! »
« Impossible ! Que voulez–vous ? » disent les soldats.
« Passer. Nous sommes des amis du Christ. »
Les chefs des prêtres se tournent : « Qui ose se déclarer comme ami du rebelle ? » disent les prêtres indignés.
Et Joseph, résolument : « Moi, noble membre du Grand Conseil : Joseph d'Arimathie, l'Ancien, et j'ai avec moi Nicodème, chef des juifs. »
« Qui pactise avec le rebelle est un rebelle. »
« Et qui pactise avec les assassins est un assassin, Eléazar d'Anna. J'ai vécu en juste. Et maintenant je suis âgé et près de mourir. Je ne veux pas devenir injuste alors que déjà le Ciel descend sur moi et avec Lui le Juge éternel. »
« Et toi, Nicodème ! Je m'étonne ! »
« Moi aussi, et d'une seule chose : qu'Israël soit tellement corrompu qu'il ne sait plus reconnaître Dieu. »
« Tu me dégoûtes. »
« Écarte–toi alors, et laisse–moi passer. Je ne demande que cela. »
« Pour te contaminer davantage ? »
« Si je ne me suis pas contaminé en restant près de vous, rien ne me contamine plus. Soldat, pour toi la bourse et le billet de laissez–passer. » Et il passe au décurion le plus proche une bourse et une tablette de cire.
Le décurion en prend connaissance et il dit aux soldats : « Laissez passer les deux. »
Joseph et Nicodème s'approchent des bergers. Je ne sais même pas si Jésus les voit, dans ce brouillard de plus en plus épais et avec son œil qui déjà se voile dans l'agonie. Mais ils le voient et ils pleurent sans respect humain, bien que sur eux s'acharnent les imprécations des prêtres.
Les souffrances sont toujours plus fortes. Le corps éprouve les premières cambrures de la tétanie et chaque clameur de la foule les exaspère. La mort des fibres et des nerfs s'étend des extrémités torturées au tronc, rendant de plus en plus difficile le mouvement de la respiration, plus faible la contraction diaphragmatique et plus désordonné le mouvement cardiaque. Le visage du Christ passe alternativement d'une rougeur intense à la pâleur verdâtre de celui qui meurt par hémorragie. La bouche se meut avec une fatigue plus grande car les nerfs sur-fatigués du cou et de la tête elle–même, qui des dizaines de fois ont servi de levier à tout le corps, en s'arc–boutant sur la barre transversale de la croix, propagent la crampe jusqu'aux mâchoires. La gorge, enflée par les carotides engorgées, doit faire mal et doit étendre son œdème à la langue qui paraît grossie et dont les mouvements sont très lents. La colonne vertébrale, même dans les moments où les contractions tétanisantes ne la courbent pas en un arc complet de la nuque aux anches, appuyées comme points extrêmes au tronc de la croix, se courbe de plus en plus en avant, car les membres ne cessent de s'alourdir du poids de la chair morte.
Les gens voient ces choses peu et mal car la lumière est désormais couleur de cendre sombre et seuls peuvent bien voir ceux qui sont au pied de la croix.
Jésus à un certain moment s'affaisse tout entier vers l'avant et le bas, comme s'il était déjà mort, il n'halète plus, la tête pend inerte en avant. Le corps, depuis les anches vers le haut, est complètement détaché en faisant un angle avec les bras de la croix.
Marie pousse un cri : « Il est mort ! » Un cri tragique qui se propage dans l'air obscurci. Et Jésus semble réellement mort.
Un autre cri de femme lui répond, et dans le groupe des femmes je vois un mouvement. Puis une dizaine de personnes s'éloignent en soutenant quelque chose, mais je ne puis voir qui s'éloigne ainsi. La lumière brumeuse est trop faible. On dirait que l'on est plongé dans une nuée épaisse de cendres volcaniques.
« Ce n'est pas possible » crient des prêtres et des juifs. « C'est une feinte pour nous éloigner. Soldat, pique–le de ta lance. C'est un bon remède pour Lui rendre la voix. » Et comme les soldats ne le font pas, une volée de pierres et de mottes de terre volent vers la croix, frappant le Martyr et retombant sur les cuirasses romaines.
Le remède, comme disent ironiquement les juifs, opère le prodige. Certainement une pierre a frappé adroitement peut–être la blessure d'une main ou la tête elle–même, car ils visaient vers le haut. Jésus pousse un gémissement pitoyable et revient à Lui. Le thorax recommence à respirer avec beaucoup de peine et la tête à se tourner de droite à gauche en cherchant un endroit pour se poser afin de moins souffrir, sans trouver autre chose qu'une peine plus grande.
A grand mal, s'appuyant une fois encore sur ses pieds torturés et ne trouvant sa force que dans sa volonté, uniquement en elle, Jésus se raidit sur la croix, se dresse comme s'il était un homme sain dans toute sa force, il lève son visage en regardant avec des yeux bien ouverts le monde qui s'étend à ses pieds, la ville lointaine qu'on entrevoit à peine comme une vague blancheur dans la brume, et le ciel noir où tout azur et toute trace de lumière ont disparu. Et vers ce ciel fermé, compact, bas, semblable à une énorme plaque d'ardoise sombre, il pousse un grand cri, triomphant par la force de sa volonté, par le besoin de son âme, de l'obstacle des mâchoires raidies, de sa langue enflée, de sa gorge gonflée : « Eloi, Eloi, lamma scébacténi ! » (5) (je l'entends parler ainsi).
Il doit se sentir mourir, et dans un abandon absolu du Ciel, pour reconnaître par un tel cri l'abandon paternel.
Les gens rient et se moquent. Ils l'insultent : « Dieu n'a que faire de Toi ! Les démons sont maudits de Dieu ! »
D'autres crient : « Voyons si Elie qu'il appelle vient le sauver »
Et d'autres : « Donnez–lui un peu de vinaigre, pour qu'il se gargarise la gorge. C'est bon pour la voix ! Elie ou Dieu, car on ne sait pas ce que veut le fou, sont loin... Il faut de la voix pour se faire entendre ! » Et ils rient comme des hyènes ou comme des démons.
Mais aucun soldat ne donne du vinaigre et personne ne vient du Ciel pour le réconforter. C'est l'agonie solitaire, totale, cruelle, même surnaturellement cruelle, de la Grande Victime.
Reviennent les avalanches de douleur désolée qui déjà l'avaient accablé au Gethsémani. Revient la marée des péchés du monde entier pour frapper le naufragé innocent, pour l'engloutir dans leur amertume. Revient surtout la sensation, plus crucifiante que la croix elle–même, plus désespérante que toute torture, que Dieu l'a abandonné et que sa prière ne monte pas vers Lui...

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Re: Les écrits de Maria Valtorta

Message par Grosjean le Jeu 2 Avr 2009 - 9:37

Jeudi 5ème semaine de Carême (32ème jour) (suite)
La mort de Jésus


Et c'est le tourment final. Celui qui accélère la mort car il exprime les dernières gouttes de sang des pores, parce qu'il écrase les dernières fibres du cœur, car il termine ce que la première connaissance de cet abandon a commencé : la mort. Car c'est de cela comme première cause qu'est mort mon Jésus, ô Dieu qui l'as frappé à cause de nous !
Après ton abandon, par l'effet de ton abandon, que devient une créature ? Ou un fou, ou un mort. Jésus ne pouvait pas devenir fou car son intelligence était divine et, spirituelle comme l'est l'intelligence, elle triomphait du traumatisme total de Celui que Dieu frappait. Il devint donc un mort : le Mort, le très Saint Mort, le Mort absolument Innocent. Mort, Lui qui était la Vie, tué par ton abandon et par nos péchés.
L'obscurité devient encore plus épaisse. Jérusalem disparaît complètement. Les pentes du Calvaire lui–même semblent s'annuler. Seule la cime est visible, comme si les ténèbres la surélevaient pour recueillir l'unique et dernière lumière qui restait, en la plaçant comme pour une offrande avec son trophée divin, sur une nappe d'onyx liquide, pour qu'elle soit vue par l'amour et par la haine.
Et de cette lumière qui n'est pas de la lumière vient la voix plaintive de Jésus : « J'ai soif ! »(6).
Il y a en effet un vent qui altère même ceux qui sont en bonne santé, un vent continu, maintenant, violent, chargé de poussière, froid, effrayant. Je pense à la douleur qu'il aura donné par son souffle violent aux poumons, au cœur, au gosier de Jésus, à ses membres glacés, engourdis, blessés. Mais vraiment tout s'est mis à torturer le Martyr.
Un soldat va à un vase où les aides du bourreau ont mis du vinaigre avec du fiel qui, par son amertume, augmente la salivation chez les suppliciés. Il prend l'éponge plongée dans le liquide, l'enfile au bout d'un roseau fin et pourtant rigide qui est déjà préparé tout près et présente l'éponge au Mourant. Jésus se tend avidement vers l'éponge qui approche. On dirait un enfant affamé qui cherche le sein maternel.
Marie qui voit et certainement a cette pensée, gémit, en s'appuyant sur Jean : « Oh ! et je ne puis même pas Lui donner une goutte de mes pleurs... Oh ! mon sein pourquoi ne donnes–tu plus le lait ? Oh ! Dieu pourquoi, pourquoi nous abandonnes–tu ainsi ? Un miracle pour mon Fils ! Qui me soulève pour que je le désaltère de mon sang, puisque je n'ai pas de lait ?... »
Jésus, qui a sucé avidement l'âpre et amère boisson, détourne la tête dégoûté. Cette boisson doit en plus brûler les lèvres blessées et gercées. Il se retire, s'affaisse, s'abandonne.
Tout le poids du corps retombe sur les pieds et en avant. Ce sont les extrémités blessées qui souffrent la peine atroce de s'ouvrir sous le poids d'un corps qui s'abandonne. Plus un mouvement pour soulager cette douleur. Depuis le bassin jusqu'en haut, tout est détaché du bois et reste ainsi.
La tête pend en avant si pesamment que le cou paraît creusé en trois endroits : à la gorge, complètement enfoncée, et de part et d'autre du sterno cléidomastoïdien. La respiration est de plus en plus haletante et entrecoupée. C'est déjà plus un râle syncopé qu'une respiration. De temps à autre un accès de toux pénible apporte aux lèvres une écume légèrement rosée. Les intervalles entre deux expirations deviennent toujours plus longs. L'abdomen est déjà immobile. Seul le thorax se soulève encore, mais avec beaucoup de difficulté et de peine... La paralysie pulmonaire s'accentue toujours plus.
Et toujours plus faible, se transformant en une plainte enfantine, l'appel : « Maman ! » Et la malheureuse murmure : « Oui, mon Trésor, je suis ici. » Et quand la vue qui se voile Lui fait dire : « Maman, où es–tu ? Je ne te vois plus. Toi aussi tu m'abandonnes ? » ce n'est même plus une parole, mais un murmure à peine audible pour qui recueille avec le cœur plutôt qu'avec l'ouïe tous les soupirs du Mourant. Elle dit : « Non, non, Fils ! Moi je ne t'abandonne pas ! Ecoute–moi, mon aimé... Maman est ici, elle est ici... et son seul tourment est de ne pas pouvoir venir où tu es... »
C'est un déchirement... Et Jean pleure sans retenue. Jésus doit entendre ses sanglots, mais il ne dit rien. Je pense que la mort imminente le fait parler comme s'il délirait et ne sait même pas ce qu'il dit et, malheureusement, ne comprend pas même le réconfort maternel et l'amour du Préféré.
Longin – qui sans le remarquer a quitté son attitude de repos avec les mains croisées sur la poitrine et les jambes croisées, à cause de la longueur de l'attente repose tantôt un pied tantôt l'autre, et maintenant au contraire se raidit dans le garde–à–vous, la main gauche sur son épée, la main droite pendant le long de son côté comme s'il était sur les marches du trône impérial – ne veut pas s'émouvoir. Mais son visage s'altère dans l'effort qu'il fait pour vaincre l'émotion et ses yeux brillent d'une larme que seule retient sa discipline de fer.
Les autres soldats, qui jouaient aux dés, ont cessé, et se sont levés pour remettre les casques qui avaient servi pour agiter les dés, et se tiennent en groupe près du petit escalier creusé dans le tuffeau, silencieux, attentifs. Les autres sont de service et ne peuvent changer de position. On dirait des statues. Mais l'un des plus proches et qui entend les paroles de Marie, bougonne quelque chose entre ses lèvres et hoche la tête.
Un silence. Puis nette dans l'obscurité totale la parole : « Tout est accompli ! »(7) et ensuite c'est le halètement de plus en plus rauque avec, entre les râles, des intervalles de silence de plus en plus longs.
Le temps court sur ce rythme angoissé. La vie revient quand l'air est rompu par le halètement âpre du Mourant... La vie cesse quand ce son pénible ne s'entend plus.
On souffre de l'entendre... on souffre de ne pas l'entendre... On dit : « C'est assez de souffrance ! » et on dit : « Oh Dieu ! que ce ne soit pas son dernier soupir. »
Toutes les Marie pleurent, la tête contre le talus. Et on entend bien leurs sanglots car maintenant toute la foule se tait de nouveau pour recueillir les râles du Mourant.
Encore un silence. Puis, prononcée avec une infinie douceur, dans une ardente prière, la supplication : « Père, entre tes mains je remets mon esprit ! »
Encore un silence. Le râle aussi devient léger. Ce n'est plus qu'un souffle qui sort des lèvres et de la gorge.
Puis, voilà, les dernier spasmes de Jésus. Une convulsion atroce, qui paraît vouloir arracher du bois le corps qui y est fixé par trois clous, monte par trois fois des pieds à la tête, court à travers tous les pauvres nerfs torturés, soulève trois fois l'abdomen d'une manière anormale, puis le laisse après l'avoir dilaté comme par un bouleversement des viscères, et Jésus retombe, se creusant comme s'il était vidé ; une nouvelle convulsion le lève, gonfle, resserre si fortement le thorax que la peau se creuse entre les côtes qui se tendent en apparaissant sous l'épiderme et rouvrant les blessures de la flagellation ; elle porte violemment en arrière une, deux, trois fois la tête qui frappe durement contre le bois ; elle contracte en un seul spasme tous les muscles du visage, en accentuant la déviation de la bouche à droite, elle fait ouvrir et dilater les paupières sous lesquelles on voit rouler le globe oculaire et apparaître la sclérotique. Le corps se tend tout entier ; dans la dernière des trois contractions c'est un arc tendu, vibrant, terrible à voir, et puis un cri puissant, impensable en ce corps épuisé, se dégage, déchire l'air, le « grand cri » dont parlent les Evangiles et qui est la première partie du mot « Maman »... Et plus rien...
La tête retombe sur la poitrine, le corps en avant : le frémissement cesse et cesse aussi la respiration. Il a expiré.

La Terre répond au cri de Celui qu'on a tué par un grondement effrayant. Il semble que de mille trombes des géants font sortir un son unique et, sur cet accord terrifiant, voici les notes isolées, déchirantes des éclairs qui sillonnent le ciel en tous sens, tombant sur la ville, sur le Temple, sur la foule... Je crois qu'il y aura eu des gens foudroyés car la foule est frappée directement. Les éclairs sont l'unique lumière, irrégulière, qui permet de voir.
Et puis tout à coup, pendant que durent encore les décharges de la foudre, la terre s'ébranle en un tourbillon de vent cyclonique. Le tremblement de terre et la trombe d'air se fondent pour donner un châtiment apocalyptique aux blasphémateurs. Le sommet du Golgotha ondule et danse comme un plat dans la main d'un fou, dans les secousses sussultoires et ondulatoires qui secouent tellement les trois croix qu'elles semblent devoir les renverser.
Longin, Jean, les soldats s'accrochent où ils peuvent, comme ils peuvent, pour ne pas tomber. Mais Jean avec un bras se tient à la croix et avec l'autre soutient Marie qui, à cause de sa douleur et des secousses, s'abandonne sur son cœur. Les autres soldats, et surtout ceux du côté en pente, ont dû se réfugier au milieu pour ne pas être jetés en bas de la pente. Les larrons crient de terreur, la foule crie encore plus fort et voudrait s'enfuir, mais elle ne le peut. Les gens tombent les uns sur les autres, s'écrasent, se précipitent dans les fentes du sol, se blessent, roulent le long de la pente, deviennent fous.
Par trois fois se répète le tremblement de terre et la trombe d'air et puis c'est l'immobilité absolue d'un monde mort. Seuls des éclairs, mais sans tonnerre, sillonnent encore le ciel et éclairent la scène des juifs qui fuient dans tous les sens, les mains dans les cheveux, ou tendues en avant, ou levées vers le ciel, méprisé jusque là et dont maintenant ils ont peur. L'obscurité est tempérée par une lueur lumineuse qui, aidée par l'émission silencieuse et magnétique des éclairs, permet de voir que beaucoup restent sur le sol : morts ou évanouis, je ne sais. Une maison brûle à l'intérieur des murs et les flammes s'élèvent droites dans l'air immobile, mettant une nuance de rouge vif sur le vert cendre de l'atmosphère.
Marie lève sa tête de dessus la poitrine de Jean et regarde son Jésus. Elle l'appelle car elle le voit mal dans la faible lumière et avec ses pauvres yeux pleins de larmes. Trois fois elle l'appelle : « Jésus ! Jésus ! Jésus ! » C'est la première fois qu'elle l'appelle par son nom depuis qu'il est sur le Calvaire. Enfin, dans un éclair qui fait une sorte de couronne sur la cime du Golgotha, elle le voit, immobile, tout penché en avant, avec la tête tellement inclinée en avant, à droite, au point de toucher l'épaule avec la joue et les côtes avec le menton. Elle comprend. Elle tend ses mains qui tremblent dans l'air obscurci et crie : « Mon Fils ! Mon Fils ! Mon Fils ! » Puis elle écoute... Elle a la bouche ouverte et semble vouloir écouter même avec elle, comme elle a les yeux dilatés pour voir, pour voir... Elle ne peut croire que son Jésus n'est plus...
Jean lui aussi a regardé et écouté et il a compris que tout est fini. De ses bras il saisit Marie et cherche à l'éloigner en disant : « Il ne souffre plus. »
Mais avant que l'apôtre termine la phrase, Marie, qui a compris, se dégage, tourne sur elle–même, se penche vers le sol, porte les mains à ses yeux et crie : « Je n'ai plus de Fils ! »
Et puis elle vacille et tomberait si Jean ne la recueillait toute sur son cœur, puis il s'assoit par terre pour mieux la soutenir sur sa poitrine, jusqu'à ce que les Marie remplacent l'apôtre auprès de la Mère. Elles, en effet, ne sont plus retenues par le cercle supérieur des soldats, car, maintenant que les juifs se sont enfuis, ils se sont rassemblés sur la petite place qui est au–dessous pour commenter l'événement.
La Magdeleine s'assoit où était Jean, et allonge presque Marie sur ses genoux, la soutenant entre ses bras et sa poitrine, baisant son visage exsangue, renversé sur son épaule compatissante. Marthe et Suzanne, avec une éponge et un linge trempés dans le vinaigre, lavent ses tempes et ses narines, pendant que sa belle–sœur lui baise les mains en l'appelant d'une voix déchirante, et dès que Marie rouvre les yeux, et tourne vers elle un regard que la douleur rend pour ainsi dire hébété, elle lui dit : « Fille, fille chérie, écoute... dis–moi que tu me vois... Je suis ta Marie... Ne me regarde pas ainsi !... » Et après que le premier sanglot a ouvert la gorge de Marie et que les premières larmes tombent, elle, la bonne Marie d'Alphée, dit : « Oui, oui, pleure... Ici avec moi, comme près d'une maman, ma pauvre, sainte fille », et quand elle l'entend dire : « Oh ! Marie ! Marie ! tu as vu ? », elle dit en gémissant : « Oui ! oui... mais... mais... fille... oh ! fille !... » Elle ne trouve pas autre chose et elle pleure la vieille Marie, des pleurs désolés auxquels font écho toutes les autres, c'est–à–dire Marthe et Marie, la mère de Jean et Suzanne.
Les autres pieuses femmes ne sont plus là. Je pense qu'elles sont parties et avec elles les bergers, quand on a entendu ce cri de femme...

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Re: Les écrits de Maria Valtorta

Message par Grosjean le Ven 3 Avr 2009 - 9:17

Vendredi 5ème semaine de Carême (33ème jour)
La descente de Croix


Les soldats parlent entre eux.
« Tu as vu les juifs ? Maintenant, ils avaient peur. »
« Et ils se frappaient la poitrine. »
« Les plus terrifiés c'étaient les prêtres ! »
« Quelle peur ! J'ai senti d'autres tremblements de terre. Mais jamais comme celui–là. Regarde : la terre est restée pleine de crevasses. »
« Et il s'est effondré tout un passage de la longue route. »
« Et dessous, il y a des corps. »
« Laisse–les ! Autant de serpents de moins. »
« Oh ! un autre incendie ! Dans la campagne... »
« Mais est–il vraiment mort ? »
« Et tu ne vois pas ? Tu en doutes ? »
Apparaissent de derrière le rocher Joseph et Nicodème. Certainement ils s'étaient réfugiés derrière l'abri de la montagne pour se sauver de la foudre. Ils vont trouver Longin. « Nous voulons le Cadavre. »
« Seul le Proconsul l'accorde. Allez, et vite, car j'ai entendu dire que les juifs veulent aller au Prétoire et obtenir le brisement des jambes. Je ne voudrais pas qu'ils Lui fassent affront. »
« Comment le sais–tu ? »
« Rapport de l'enseigne. Allez. Je vous attends. »
Les deux se précipitent par la descente rapide et disparaissent.
C'est alors que Longin s'approche de Jean et lui dit un mot que je ne comprends pas, puis il se fait donner une lance par un soldat. Il regarde les femmes qui s'occupent toutes de Marie qui reprend lentement des forces. Elles tournent toutes le dos à la croix.
Longin se met en face du Crucifié, étudie bien le coup, et puis le donne. La large lance pénètre profondément de bas en haut, de droite à gauche.
Jean qui se débat entre le désir de voir et l'horreur de la vision, tourne la tête un instant.
« C'est fait, ami » dit Longin et il ajoute : « C'est mieux ainsi. Comme à un cavalier, et sans briser les os... c'était vraiment un Juste ! »
De la blessure suinte beaucoup d'eau et à peine un filet de sang qui déjà forme des grumeaux. Suinte, ai–je dit. Il ne sort qu'en filtrant par la coupure nette qui reste inerte. S'il avait encore respiré, elle se serait ouverte et fermée par le mouvement du thorax et de l'abdomen ...
...Pendant que sur le Calvaire tout garde ce tragique aspect, je rejoins Joseph et Nicodème qui descendent par un raccourci pour faire plus vite.
Ils sont presque en bas quand ils rencontrent Gamaliel. Un Gamaliel dépeigné, sans couvre–chef, sans manteau, avec son splendide vêtement souillé de terre et déchiré par les ronces. Un Gamaliel qui monte en courant et haletant, les mains dans ses cheveux clairsemés et plutôt gris d'homme âgé. Ils se parlent sans s'arrêter.
« Gamaliel ! Toi ? »
« Toi, Joseph ? Tu le quittes ? »
« Moi, non. Mais pourquoi es–tu ici ? Et ainsi ?... »
« Chose terrible ! J'étais dans le Temple ! Le signe ! Le Temple tout ouvert ! Le rideau pourpre et jacinthe pend déchiré ! Le Saint des Saints est découvert ! Anathème sur nous ! » Il a parlé en continuant de courir vers le sommet, rendu fou par la preuve.
Les deux le regardent s'éloigner... ils se regardent... disent ensemble : « "Ces pierres frémiront à mes dernières paroles !" Il le lui avait promis !... »
Ils hâtent leur marche vers la ville.
A travers la campagne, entre le mont et les murs, et au–delà, errent, dans l'air encore obscur, des gens à l'air hébété... Des cris, des pleurs, des lamentations... Il y en a qui disent : « Son Sang a fait pleuvoir du feu ! » D'autres : « Parmi les éclairs Jéhovah est apparu pour maudire le Temple ! » D'autres gémissent : « Les tombeaux ! Les tombeaux ! »
Joseph saisit quelqu'un qui se cogne la tête contre les murs et il l'appelle par son nom, en le traînant avec lui au moment où il entre dans la ville : « Simon, mais qu'est–ce que tu dis ? »
« Laisse–moi ! Un mort toi aussi ! Tous les morts ! Tous dehors ! Et ils me maudissent. »
« Il est devenu fou » dit Nicodème.
Ils le laissent et vont vivement vers le Prétoire.
La ville est en proie à la terreur. Des gens errent en se battant la poitrine ; des gens font un bond en arrière ou se retournent épouvantés en entendant derrière eux une voix ou un pas.
Dans un des si nombreux archivoltes obscurs, l'apparition de Nicodème, vêtu de laine blanche – car pour aller plus vite, il a enlevé sur le Golgotha son manteau foncé – fait pousser un cri de terreur à un pharisien qui s'enfuit. Puis il s'aperçoit que c'est Nicodème et il s'attache à son cou, étrangement expansif, en criant : « Ne me maudis pas ! Ma mère m'est apparue et m'a dit : "Sois maudit pour toujours !" » et puis il s'affaisse sur le sol en disant : « J'ai peur ! J'ai peur ! »
« Mais ils sont tous fous ! » disent les deux.
Ils arrivent au Prétoire. C'est seulement là, pendant qu'ils attendent d'être reçus par le Proconsul, que Joseph et Nicodème réussissent à savoir la raison de telles terreurs. Beaucoup de tombeaux s'étaient ouverts par suite de la secousse tellurique et il y avait des gens qui juraient en avoir vu sortir les squelettes qui, pendant un instant, reprenaient une apparence humaine et s'en allaient en accusant ceux qui étaient coupables du déicide et en les maudissant.
Je les quitte dans l'atrium du Prétoire où les deux amis de Jésus entrent sans faire tant d'histoires de dégoût stupide et de peur de contamination, et je reviens au Calvaire, rejoignant Gamaliel qui, désormais épuisé, monte les derniers mètres. Il avance en se battant la poitrine et, en arrivant sur la première des deux petites places, il se jette par terre, longue forme blanche sur le sol jaunâtre, et il gémit : « Le signe ! Le signe ! Dis–moi que tu me pardonnes ! Un gémissement, même un seul gémissement, pour me dire que tu m'entends et me pardonnes. »
Je comprends qu'il le croit encore vivant. Il ne se détrompe que quand un soldat le heurtant de sa lance lui dit : « Lève–toi et tais–toi. Inutile ! Il fallait y penser avant. Il est mort. Et moi, païen, je te le dis : Celui que vous avez crucifié était réellement le Fils de Dieu ! »
« Mort ? Tu es mort ? Oh !... » Gamaliel lève son visage terrorisé, cherche à voir jusque là haut sur la cime, dans la lumière crépusculaire. Il voit peu, mais assez pour comprendre que Jésus est mort. Et il voit le groupe pieux qui réconforte Marie et Jean, debout à gauche de la croix, tout en pleurs, et Longin debout à droite, dans une posture solennelle et respectueuse.
Il se met à genoux, tend les bras et pleure : « C'était Toi ! C'était Toi ! Nous ne pouvons plus être pardonnés. Nous avons demandé ton Sang sur nous. Et il crie vers le Ciel, et le Ciel nous maudit... Oh ! Mais tu étais la Miséricorde !... Je te dis, moi, qui suis le rabbi anéanti de Juda : "Ton Sang sur nous, par pitié". Asperge–nous avec lui ! Car lui seul peut nous obtenir le pardon... » il pleure. Et puis, plus doucement, il reconnaît sa secrète torture : « J'ai le signe demandé... Mais des siècles et des siècles de cécité spirituelle restent sur ma vue intérieure, et contre ma volonté de maintenant se dresse la voix de mon orgueilleuse pensée d'hier... Pitié pour moi ! Lumière du monde, dans les ténèbres qui ne t'ont pas compris, fais descendre un de tes rayons ! Je suis le vieux juif fidèle à ce qu'il croyait justice et qui était erreur. Maintenant je suis une lande brûlée, sans plus aucun des vieux arbres de la Foi antique, sans aucune semence ni tige de la Foi nouvelle. Je suis un désert aride. Opère le miracle de faire se dresser une fleur qui ait ton nom dans ce pauvre cœur de vieil israélite entêté. Toi, Libérateur, pénètre dans ma pauvre pensée, prisonnière des formules. Isaïe le dit :"... il a payé pour les pécheurs et il a pris sur Lui les péchés des multitudes". Oh ! le mien aussi, Jésus de Nazareth... »
Il se lève. Il regarde la croix qui se fait toujours plus nette dans la lumière qui revient, et puis il s'en va courbé, vieilli, anéanti.
Sur le Calvaire le silence revient, à peine interrompu par les pleurs de Marie.
Les deux larrons, épuisés par la peur, ne parlent plus.
Nicodème et Joseph reviennent rapidement, en disant qu'ils ont la permission de Pilate. Mais Longin, qui ne s'y fie pas trop, envoie au Proconsul un soldat à cheval pour savoir comment il doit faire aussi avec les deux larrons. Le soldat va et revient au galop avec l'ordre de remettre Jésus et de briser les jambes des autres, par volonté des juifs.

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Re: Les écrits de Maria Valtorta

Message par Grosjean le Ven 3 Avr 2009 - 9:18

Vendredi 5ème semaine de Carême (33ème jour) (suite)
La descente de Croix


Longin appelle les quatre bourreaux, qui se sont lâchement accroupis sous le rocher et sont encore terrorisés par l'événement, et ordonne que les deux larrons soient achevés à coups de massue. La chose arrive sans protestations pour Dismas, auquel le coup de massue déferrée au cœur après avoir frappé les genoux, brise à moitié sur ses lèvres le nom de Jésus, dans un râle. Pour l'autre larron, c'est avec des malédictions horribles. Leur râle est lugubre.
Les quatre bourreaux voudraient aussi s'occuper de Jésus pour le détacher de la croix, mais Joseph et Nicodème ne le permettent pas.
Joseph aussi enlève son manteau et dit à Jean de l'imiter et de tenir les échelles pendant qu'eux montent avec des leviers et des tenailles.
Marie s'est levée tremblante, soutenue par les femmes, et s'approche de la croix.
Pendant ce temps, les soldats s'en vont, leur besogne terminée. Longin, avant de descendre au–delà de la place inférieure, se tourne du haut de son cheval pour regarder Marie et le Crucifié. Puis le bruit des sabots résonne sur les pierres et celui des armes contre les cuirasses, et il s'éloigne de plus en plus.
La paume gauche est déclouée. Le bras retombe le long du Corps qui maintenant pend à demi–détaché. Ils disent à Jean de monter lui aussi, en laissant les échelles aux femmes.
Jean, monté sur l'échelle où était d'abord Nicodème, passe le bras de Jésus autour de son cou et le tient ainsi, tout abandonné sur son épaule, en l'enlaçant par son bras à la taille et il le tient par la pointe des doigts pour ne pas heurter l'horrible déchirure de la main gauche, qui est presque ouverte. Quand les pieds sont décloués, Jean a beaucoup de mal à tenir et soutenir le Corps de son Maître entre la croix et son propre corps.
Marie se place déjà au pied de la croix, assise en lui tournant le dos, prête à recevoir son Jésus sur ses genoux.
Mais le plus difficile c'est de déclouer le bras droit. Malgré tous les efforts de Jean, le Corps pend complètement en avant et la tête du clou est profondément enfoncée dans la chair, et comme ils ne voudraient pas le blesser davantage, les deux hommes compatissants peinent beaucoup. Finalement ils saisissent le clou avec les tenailles et le sortent tout doucement.
Jean tient toujours Jésus par les aisselles, avec la tête renversée sur son épaule, pendant que Nicodème et Joseph le saisissent l'un aux cuisses, l'autre aux genoux, et le descendent avec précaution en le tenant ainsi par les échelles.
Arrivés à terre, ils voudraient l'étendre sur le drap qu'ils ont placé sur leurs manteaux, mais Marie le veut. Elle a ouvert son manteau en le laissant pendre d'un côté et écarte les genoux pour faire un berceau à son Jésus.
Pendant que les disciples tournent pour lui donner son Fils, la tête couronnée retombe en arrière et les bras pendent vers la terre et frotteraient le sol avec les mains blessées si la pitié des pieuses femmes ne les tenaient pas pour l'empêcher.
Maintenant il est sur les genoux de sa Mère... Il semble un grand enfant fatigué qui dort pelotonné sur les genoux maternels. Marie le tient avec le bras droit qu'elle a passé derrière les épaules de son Fils et le gauche qu'elle a passé au–dessus de l'abdomen pour le soutenir aux anches. La tête est sur l'épaule maternelle. Elle l'appelle... l'appelle de sa voix déchirante. Puis elle le détache de son épaule et le caresse avec sa main gauche, prend et étend les mains et avant de les croiser elle les baise, et pleure sur les blessures. Puis elle caresse les joues, spécialement là où il y a des bleus et de l'enflure, elle baise les yeux enfoncés, la bouche restée légèrement tordue vers la droite et entrouverte. Elle voudrait remettre en ordre ses cheveux, comme elle l'a fait pour la barbe souillée de sang mais, en le faisant, elle rencontre les épines. Elle se pique pour enlever cette couronne et veut que ce soit elle qui le fasse, avec la seule main qu'elle a de libre et elle repousse tout le monde en disant : « Non ! Non ! Moi ! Moi ! » et il semble qu'elle ait entre ses doigts la tendre tête d'un nouveau–né tant elle le fait avec délicatesse. Et quand elle a pu enlever cette couronne torturante, elle se penche pour soigner par ses baisers toutes les éraflures des épines. De sa main tremblante elle sépare les cheveux en désordre, les remet en ordre, elle pleure et elle parle tout doucement. Avec ses doigts elle essuie les larmes qui tombent sur les pauvres chairs glacées et couvertes de sang, et elle pense les nettoyer avec ses larmes et avec son voile qui est encore autour des reins de Jésus. Elle en tire à elle une extrémité et se met à nettoyer et à essuyer les membres saints. Elle ne cesse de Lui caresser le visage, et puis les mains, et puis les genoux couverts de contusions, et puis elle remonte pour essuyer le Corps sur lequel tombent ses nombreuses larmes.
C'est en le faisant que sa main rencontre l'ouverture du côté. La petite main, couverte d'un linge fin, entre presque toute entière dans le large trou de la blessure. Marie se penche pour voir dans la demi–clarté qui s'est formée, et elle voit. Elle voit le côté ouvert et le cœur de son Fils. Elle crie, alors. Il semble qu'une épée lui ouvre le cœur, à elle aussi. Elle crie, et puis se renverse sur son Fils et paraît morte, elle aussi.
On la secourt, on la réconforte, on veut lui enlever le divin Mort. Elle crie : « Où, où te mettrai–je ? Dans quel lieu qui soit sûr et digne de Toi ? » Joseph, tout penché en une inclination respectueuse, la main ouverte appuyée sur sa poitrine, dit : « Réconforte–toi, ô Femme ! Mon tombeau est neuf et digne d'un grand. Je le Lui donne. Et Nicodème, mon ami, a déjà porté au tombeau les aromates que lui veut offrir personnellement. Mais, je t'en prie, puisque le soir approche, laisse–nous faire... C'est la Parascève. Sois bonne, ô Femme sainte ! »
Jean aussi et les femmes la prient dans le même sens et Marie laisse enlever de ses genoux son Fils, et elle se lève, angoissée, pendant qu'on l'enveloppe dans le drap, et elle les prie : « Oh ! faites doucement ! »
Nicodème et Jean par les épaules, Joseph par les pieds, soulèvent la Dépouille non seulement enveloppée dans le drap mais étendue aussi sur les manteaux qui font office de brancard, et ils descendent par le chemin.
Marie, soutenue par sa belle–sœur et la Magdeleine, suivie par Marthe, Marie de Zébédée et Suzanne, qui ont ramassé les clous, les tenailles, la couronne, l'éponge et le roseau, descend vers le tombeau.
Sur le Calvaire restent les trois croix. Celle du milieu est nue et les deux autres ont leur trophée vivant qui meurt.

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Re: Les écrits de Maria Valtorta

Message par Grosjean le Sam 4 Avr 2009 - 9:16

Samedi 5ème semaine de Carême (34ème jour)
30. LE TOMBEAU DE JOSEPH D'ARIMATHIE. LA TERRIBLE ANGOISSE DE MARIE. L'EMBAUMEMENT DU SAUVEUR



Dire ce que j’éprouve est inutile. Je ferais uniquement un exposé de ma souffrance, et par conséquent sans valeur par rapport à la souffrance que je vois. Je l'écris donc sans commentaires à mon propos.
J'assiste à la sépulture de Notre Seigneur.
Le petit cortège, après avoir descendu le Calvaire, trouve à son pied, creusé dans le calcaire du mont, le tombeau de Joseph d'Arimathie. Ils y entrent les pieux avec le Corps de Jésus.
Je vois le tombeau fait ainsi. C'est une pièce creusée dans la pierre au fond d'un jardin tout fleuri. Cela ressemble à une grotte, mais on se rend compte qu'elle est creusée de main d'homme. Il y a la chambre sépulcrale proprement dite, avec ses loculus (ils sont faits d'une manière différente de ceux des catacombes). Ce sont des sortes de cavités rondes qui pénètrent dans la pierre comme les trous d'une ruche, pour en donner une idée. Pour le moment, ils sont tous vides. On voit l'œil vide de chaque loculus comme une tache noire sur la grisaille de la pierre. Puis, précédant cette chambre sépulcrale, il y a une sorte d'antichambre. En son milieu, une table de pierre pour l'onction. C'est sur elle que l'on pose le Corps de Jésus dans son drap.
Y entrent aussi Jean et Marie. Pas davantage car cette chambre préparatoire est petite et s'il y avait des personnes en plus, ils ne pourraient plus bouger. Les autres femmes sont près de la porte, ou plutôt près de l'ouverture car il n'y a pas de porte proprement dite.
Les deux porteurs découvrent Jésus.
Pendant qu'ils préparent dans un coin sur une espèce de console, à la lumière de deux torches, les bandes et les aromates, Marie se penche sur son Fils et elle pleure, et de nouveau elle l'essuie avec le voile qui est encore aux reins de Jésus. C'est l'unique toilette que reçoit le Corps de Jésus, celle des larmes maternelles, et si elles sont copieuses et abondantes, elles ne servent pourtant qu'à enlever superficiellement et partiellement la poussière, la sueur et le sang de ce Corps torturé.
Marie ne se lasse pas de caresser ces membres glacés. Avec une délicatesse encore plus grande que si elle touchait celles d'un nouveau–né, elle prend les pauvres mains déchirées, les serre dans les siennes, en baise les doigts, les allonge, cherche à réunir les lèvres des blessures comme pour les soigner pour qu'elles fassent moins mal, elle applique sur ses joues ces mains qui ne peuvent plus caresser et elle gémit, elle gémit dans son atroce douleur. Elle redresse et joint les pauvres pieds qui restent ainsi abandonnés, comme s'ils étaient mortellement épuisés de tant de chemin parcouru pour nous. Mais ils ont été trop déplacés sur la croix, surtout celui de gauche qui reste pour ainsi dire à plat, comme s'il n'avait plus de cheville.
Puis elle revient au corps et le caresse, si froid et déjà rigide. Elle voit une nouvelle fois la déchirure de la lance. Maintenant que le Sauveur est couché sur le dos sur la plaque de pierre, elle est ouverte et béante comme une bouche, permettant de mieux voir la cavité thoracique (la pointe du cœur se voit distinctement entre le sternum et l'arc costal gauche, et deux centimètres environ au–dessus se trouve l'incision faite par la pointe de la lance dans le péricarde et le carde, longue d'un bon centimètre et demi alors que l'ouverture externe du côté droit est d'au moins sept centimètres). Marie crie de nouveau comme sur le Calvaire. Il semble que la lance la transperce, tant elle se tord dans sa douleur en portant les mains à son cœur, transpercé comme celui de Jésus. Que de baisers sur cette blessure, pauvre Mère !
Puis elle revient à la tête renversée et la redresse car elle est restée légèrement renversée en arrière et fortement à droite. Elle cherche à fermer les paupières qui s'obstinent à rester entrouvertes, et la bouche restée ouverte, contractée, un peu tordue à droite. Elle peigne les cheveux, qui hier seulement étaient beaux et qui sont devenus un enchevêtrement alourdi par le sang. Elle démêle les mèches les plus longues, les lisse sur ses doigts, les enroule pour leur rendre la forme des doux cheveux de son Jésus, si soyeux et si bouclés. Et elle ne cesse de gémir car elle se souvient de quand il était enfant... C'est le motif fondamental de sa douleur : le souvenir de l'enfance de Jésus, de son amour pour Lui, de ses soins qui craignaient même l'air plus vif pour la petite créature divine, et la comparaison avec ce que Lui ont fait, maintenant, les hommes.
Sa plainte me fait souffrir, et son geste quand elle dit en gémissant : « Que t'ont–ils fait, que t'ont–ils fait, mon Fils ? » ne pouvant le voir ainsi : nu, raide, sur une pierre, elle le prend dans ses bras en Lui passant le bras sous les épaules, en le serrant de l'autre main sur sa poitrine et en le berçant, du même mouvement qu'à la grotte de la Nativité. Tout cela me fait pleurer et souffrir comme si une main me fouillait le cœur.
La terrible angoisse spirituelle de Marie.
La Mère est debout près de la pierre de l'onction et caresse, contemple, gémit et pleure. La lumière tremblante des torches éclaire par instants son visage et je vois de grosses larmes qui roulent sur les joues très pâles de son visage dévasté. Et j'entends les paroles, toutes, bien distinctement, bien que murmurées entre les lèvres, vrai colloque de l'âme maternelle avec l'âme de son Fils. Je reçois l'ordre de les écrire.
« Pauvre Fils ! Que de blessures !... Comme tu as souffert ! Regarde ce qu'ils t'ont fait !... Comme tu es froid, Fils ! Tes doigts sont glacés, et comme ils sont inertes ! Ils paraissent brisés. Jamais, pas même dans le sommeil le plus abandonné de l'enfance, ni dans la lourdeur de ta fatigue d'artisan, ils n'étaient ainsi... Et comme elles sont glacées ! Pauvres mains ! Donne–les à ta Maman, mon trésor, amour saint, mon amour ! Regarde comme elles sont transpercées ! Mais regarde, Jean, quelle déchirure ! Oh ! les cruels ! Ici, ici, donne à ta Maman cette main blessée. Que je te la soigne. Oh ! je ne te ferai pas mal... J'emploierai baisers et larmes, et de mon souffle et de mon amour je te les réchaufferai. Donne–moi une caresse, Fils ! Tu es de glace, moi je brûle de fièvre. Ma fièvre sera soulagée par ta glace et ta glace s'adoucira au contact de ma fièvre. Une caresse, Fils ! Il y a peu d'heures que tu ne me caresses, et elles me paraissent des siècles. Il y a eu des mois sans tes caresses et ils me paraissent des heures, parce que j'attendais toujours ton arrivée et de chaque jour je faisais une heure, de chaque heure une minute, pour me dire que tu n'étais pas éloigné d’une ou plusieurs lunes, mais seulement de quelques jours, mais seulement de quelques heures. Pourquoi maintenant le temps est–il si long ? Oh ! tourment inhumain ! Parce que tu es mort. Ils t'ont tué ! Tu n'es plus sur la Terre ! Plus ! En quelqu'endroit que j'envois mon âme pour chercher la tienne et l'embrasser, puisque te trouver, te posséder, te sentir, était la vie de ma chair et de mon esprit, en quelqu'endroit que je te cherche avec le flot de mon amour, je ne te trouve plus, je ne te trouve plus ! De Toi, il ne me reste que cette dépouille froide, cette dépouille sans âme ! O âme de mon Jésus, ô âme de mon Christ, ô âme de mon Seigneur, où es–tu ? Pourquoi avez–vous enlevé l'âme à mon Fils, hyènes cruelles unies à Satan ? Et pourquoi ne m'avez vous pas crucifiée avec Lui ? Avez–vous eu peur d'un second crime ? (Sa voix devient de plus en plus forte et déchirante.) Et qu'était–ce de tuer une pauvre femme, pour vous qui n'avez pas hésité à tuer Dieu fait Chair ? N'avez–vous pas commis un second crime ? Et n'est–ce pas le plus infâme de laisser une mère survivre à son Fils mis à mort ? »
La Mère, qui en élevant la voix avait aussi levé la tête, maintenant revient se pencher sur le visage éteint et à parler doucement pour Lui seul : « Dans la tombe, au moins ici, à l'intérieur, nous aurions été ensemble, comme nous avons été ensemble dans l'agonie sur le bois, et ensemble dans le voyage au–delà de la vie et à la rencontre de la Vie. Mais si je ne puis te suivre dans le voyage au–delà de la vie, je puis rester ici à t'attendre. »
Elle se redresse et dit à haute voix à ceux qui sont présents : « Eloignez–vous, tous. Moi, je reste. Enfermez–moi ici avec Lui. Je l'attends. Que dites–vous ? Que ce n'est pas possible ? Pourquoi n'est–ce pas possible ? Si j'étais morte, ne serais–je pas ici, couchée à son côté, en attendant d'être composée ? Je serai à son côté, mais à genoux. J'y ai été quand Lui vagissait, tendre et rose, dans une nuit de décembre. J'y serai maintenant dans cette nuit du monde qui n'a plus le Christ. Oh ! vraie nuit ! La Lumière n'est plus !... Oh ! nuit glaciale ! L'Amour est mort ! Que dis–tu, Nicodème ? Je me contamine ? Son Sang n'est pas contamination. Je ne me suis pas contaminée en l'engendrant. Ah ! comme tu es sorti, Toi, Fleur de mon sein, sans déchirer des fibres, mais vraiment comme la fleur du narcisse parfumé qui éclôt de l'âme du bulbe matrice et donne une fleur même si l'embrassement de la terre n'a pas été sur la matrice. Floraison virginale qui se réalise en Toi, ô Fils venu de l'embrassement céleste, et né dans l'envahissement des splendeurs célestes. »
Maintenant la Mère déchirée se penche de nouveau sur son Fils, restant étrangère à tout ce qui n'est pas Lui, et elle murmure doucement : « Mais Toi, te le rappelles–tu, Fils, ce sublime revêtement de splendeurs qui revêtait toutes choses alors que ton sourire naissait au monde ? Te la rappelles–tu cette béatifiante lumière que le Père envoya des Cieux pour envelopper le mystère de ta floraison et te faire trouver moins repoussant ce monde obscur, pour Toi qui étais Lumière et venais de la Lumière du Père et de l'Esprit Paraclet ? Et maintenant ?... Maintenant nuit et froid... Quel froid ! Quel froid ! J'en tremble toute. Plus froid que cette nuit de décembre. Alors il y avait la joie de t'avoir pour me réchauffer le cœur. Et il y en avait deux pour t'aimer... Maintenant... Maintenant je suis seule et mourante moi aussi. Mais je t'aimerai pour deux : pour ceux qui t'ont si peu aimé qu'ils t'ont abandonné au moment de la douleur ; je t'aimerai pour ceux qui t'ont haï ; pour le monde entier, je t'aimerai, ô Fils. Tu ne sentiras pas le froid du monde. Non, tu ne le sentiras pas. Tu ne m'as pas ouvert les entrailles pour naître, mais pour que tu ne sentes pas le froid je suis prête à me les ouvrir et à t'enfermer dans l'embrassement de mon sein. Te souviens–tu comme ce sein t'a aimé, petit germe palpitant ?... C'est toujours ce sein. Oh ! c'est mon droit et mon devoir de Mère. C'est mon désir. Il n'y a que la Mère qui puisse l'avoir, qui puisse avoir pour le Fils un amour aussi grand que l'univers. »
La voix est allée en s'élevant et maintenant, avec toute sa force, elle dit : « Partez. Moi je reste. Vous reviendrez dans trois jours et nous sortirons ensemble. Oh ! revoir le monde appuyée à ton bras, ô mon Fils ! Comme il sera beau le monde à la lumière de ton sourire ressuscité ! Le monde frémissant au pas de son Seigneur ! La Terre a tremblé quand la mort t'a arraché l'âme et que de ton cœur est sorti ton esprit. Mais maintenant elle va trembler... oh ! non plus d'horreur et de douleur, mais d'un suave frémissement que je ne connais pas, mais dont ma féminité a l'intuition, qui émeut une vierge quand, après une absence, elle entend le pas de son époux qui vient pour les noces. Mieux encore : la Terre frémira d'un saint frémissement, comme moi j'en ai été bouleversé jusque dans mes profondeurs les plus profondes, quand j'eus en moi le Seigneur Un et Trine, et quand la volonté du Père avec le feu de l'Amour créa la semence dont tu es venu, ô mon saint Petit, mon Enfant, tout à moi ! Tout ! Tout de la Maman ! de la Maman !... Tout enfant a un père et une mère, même le bâtard a un père et une mère. Mais Toi, tu as eu la Maman seule pour faire ta chair de rose et de lys, pour te faire ces broderies de veines azurées comme nos rivières de Galilée, et ces lèvres de grenade, et ces cheveux plus gracieux que la toison blonde des chèvres de nos collines, et ces yeux, deux petits lacs de Paradis. Non, plutôt qui sont de l'eau d'où vient l'Unique et Quadruple Fleuve du Lieu de délices, et qui porte avec lui, dans ses quatre branches, l'or, l'onyx, le béryl et l'ivoire, et les diamants, et les palmes, et le miel, et les roses, et les richesses infinies, ô Phison, ô Gehon, ô Tigre, ô Euphrate : chemin pour les anges qui se réjouissent en Dieu, chemin pour les rois qui t'adorent, Essence connue ou inconnue, mais Vivante, mais Présente même dans le cœur le plus obscur ! C'est seulement ta Maman qui t'a fait cela avec son "oui"... De musique et d'amour elle t'a formé, de pureté et d'obéissance elle t'a fait, ô ma joie ! Ton cœur, qu'est–ce que c'est ? La flamme du mien qui s'est partagée pour se condenser en une couronne autour du baiser de Dieu à sa Vierge. Voilà ce qu'est ton cœur. Ah ! (le cri est déchirant au point que la Magdeleine accourt pour la secourir en même temps que Jean. Les autres n'osent pas et, en pleurs et voilées, elles jettent un coup d'œil par l'ouverture). Ah ! ils te l'ont brisé ! Voilà pourquoi tu es si froid et pourquoi je suis si froide ! Tu n'as plus en Toi la flamme de mon cœur et moi je ne puis plus continuer à vivre par le reflet de cette flamme qui était mienne et que je t'ai donnée pour te faire un cœur. Ici, ici, ici sur ma poitrine ! Avant que la mort me tue, je veux te réchauffer, je veux te bercer. Je te chantais : "Il n'y a pas de maison, il n'y a pas de nourriture, il n'y a que la douleur". O paroles prophétiques ! Douleur, douleur, douleur pour Toi, pour moi ! Je te chantais : "Dors, dors sur mon cœur". Même maintenant : ici, ici, ici... »

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Re: Les écrits de Maria Valtorta

Message par Grosjean le Sam 4 Avr 2009 - 9:17

Samedi 5ème semaine de Carême (34ème jour) (suite)
30. LE TOMBEAU DE JOSEPH D'ARIMATHIE. LA TERRIBLE ANGOISSE DE MARIE. L'EMBAUMEMENT DU SAUVEUR



Et s'assoyant sur le bord de la pierre, elle le prend sur ses genoux en passant un bras de son Fils sur ses épaules, en appuyant la tête du Fils sur l'épaule et en appuyant sur cette tête la sienne, en le tenant serré contre sa poitrine, en le berçant, en le baisant, déchirée et déchirante.
Nicodème et Joseph s'approchent en plaçant sur une sorte de siège, qui est de l'autre côté de la pierre, des vases et des bandes et un linceul propre et un bassin rempli d'eau, me semble–t–il, et des tampons de charpie, me semble–t–il.
Marie voit et demande à haute voix : « Que faites–vous ? Que voulez–vous ? Le préparer ? Pourquoi ? Laissez–le sur les genoux de sa Maman. Si j'arrive à le réchauffer, il ressuscite plus tôt. Si j'arrive à consoler le Père et à le consoler Lui de la haine déicide, le Père pardonne plus tôt, et Lui revient plus tôt. »
La Douloureuse délire presque.
« Non, je ne vous le donne pas ! Je l'ai donné une fois, une fois je l'ai donné au monde et il ne l'a pas voulu. Il l'a tué parce qu'il ne le voulait pas. Maintenant, je ne le donne plus ! Que dites–vous ? Que vous l'aimez ? Bon ! Mais pourquoi ne l'avez–vous pas défendu ? Vous avez attendu, pour Lui dire que vous l'aimiez, qu'il ne soit plus quelqu'un qui puisse vous entendre. Quel pauvre amour que le vôtre ! Mais si vous craigniez le monde au point de ne pas oser défendre un Innocent, vous deviez au moins me le rendre, à moi, sa Mère, pour qu'elle défende son Enfant. Elle savait qui Il était et ce qu'Il méritait. Vous !... Vous l'avez eu comme Maître, mais vous n'avez rien appris. N'est–ce pas vrai, peut–être ? Je mens, peut–être ? Mais vous ne voyez pas que vous ne croyez pas à sa Résurrection ? Vous y croyez ? Non. Pourquoi êtes vous là, en train de préparer des bandes et des aromates ? Parce que vous jugez que c'est un pauvre mort, aujourd'hui glacé, demain corrompu, et c'est pour cela que vous voulez l'embaumer. Laissez là vos pommades. Venez adorer le Sauveur avec le cœur pur des bergers de Bethléem. Regardez : dans son sommeil, c'est seulement un fatigué qui se repose. Combien il a fatigué dans sa vie ! Il s'est fatigué toujours plus et dans ces dernières heures, ensuite !... Maintenant il repose. Pour moi, pour sa Maman, ce n'est qu'un grand Enfant fatigué qui dort. Bien misérable son lit et sa chambre ! Mais son premier berceau n'était plus beau, ni plus plaisante sa première demeure. Les bergers adorèrent le Sauveur dans son sommeil d'Enfant. Vous adorez le Sauveur dans son sommeil de Triomphateur de Satan. Et puis, comme les bergers, allez dire au monde : "Gloire à Dieu ! Le Péché est mort ! Satan est vaincu ! Que la paix soit sur la Terre et au Ciel entre Dieu et l'homme !" Préparez les chemins pour son retour. Je vous envoie, Moi que la Maternité fait Prêtresse rituelle. Allez. J'ai dit que je ne veux pas. Je l'ai lavé de mes pleurs et cela suffit. Le reste est inutile, et ne vous imaginez pas de le mettre sur Lui. Il sera plus facile pour Lui de se relever s'il est dégagé de ces bandes funèbres et inutiles. Pourquoi me regardes–tu ainsi, Joseph ? Et toi pourquoi, Nicodème ? Mais l'horreur de cette journée vous a–t–elle rendus hébétés ? Avez–vous perdu la mémoire ? Ne vous rappelez–vous pas ? "A cette génération mauvaise et adultère qui cherche un signe, il ne sera donné que le signe de Jonas... Ainsi le Fils de l'homme restera trois jours et trois nuits dans le cœur de la Terre". Ne vous souvenez–vous pas ? "Le Fils de l'homme va être livré aux mains des hommes qui le tueront, mais le troisième jour il ressuscitera". Ne vous rappelez–vous pas ? "Détruisez ce Temple du vrai Dieu et en trois jours je le ressusciterai". Le Temple c'était son Corps, ô hommes. Tu secoues la tête ? Tu me plains ? Tu me crois folle ? Mais comment ? Il a ressuscité les morts et il ne pourra pas se ressusciter Lui–même ? Jean ? »
« Mère !
« Oui, appelle–moi "mère". Je ne peux vivre en pensant que je ne serai pas appelée ainsi ! Jean : tu étais présent quand il ressuscita la fillette de Jaïre et le jeune homme de Naïm. Ils étaient bien morts eux, n'est–ce pas ? Ce n'était pas seulement un lourd assoupissement ? Réponds. »
« Ils étaient morts. La fillette depuis deux heures, le jeune homme depuis un jour et demi. »
« Et ils se sont levés à son commandement ? »
« Et ils se sont levés à son commandement. »
« Vous avez entendu ? Vous deux, vous avez entendu ? Mais pourquoi secouez–vous la tête ? Ah ! peut–être vous voulez dire que la vie revient plus vite en celui qui est innocent et jeune. Mais mon Enfant, il est l'Innocent ! Il est le Toujours Jeune. Il est Dieu, mon Fils !... »
La Mère jette un regard déchirant et fiévreux sur les deux premiers qui, accablés mais inexorables, disposent les rouleaux des bandes désormais trempées dans les aromates. Marie fait deux pas. Elle a reposé le Fils sur la pierre avec la délicatesse de quelqu'un qui dépose un nouveau–né dans son berceau. Elle fait deux pas, se penche au pied du lit funèbre, où la Magdeleine pleure à genoux. Elle la saisit par l'épaule, la secoue, l'appelle : « Marie, réponds. Eux pensent que Jésus ne peut pas ressusciter parce qu'il est un homme et qu'il est mort de blessures, mais ton frère n'était–il pas plus âgé que Lui ? »
« Si. »
« N'était–il pas qu'une plaie ? »
« Si. »
« N'était–il pas déjà décomposé avant de descendre au tombeau ? »
« Si. »
« Et n'est–il pas ressuscité au bout de quatre jours d'asphyxie et de décomposition ? »
« Si. »
« Et alors ? »
Un silence grave et prolongé. Puis un cri inhumain. Marie vacille en portant une main à son cœur. Ils la soutiennent, mais elle les repousse. Elle paraît repousser les pieux. En réalité elle repousse ce qu'elle est seule à voir. Et elle crie : « Arrière ! Arrière ! cruel ! Pas cette vengeance ! Tais–toi ! Je ne veux pas t'entendre ! Tais–toi ! Ah ! il me mord le cœur ! »
« Qui, Mère ? »
« O Jean, c'est Satan ! Satan qui dit : "Il ne ressuscitera pas. Aucun prophète ne l'a dit". O Dieu Très–Haut ! Aidez–moi tous, ô vous esprits bons, ô vous, hommes pieux ! Ma raison vacille ! Je ne me rappelle plus rien. Que disent les prophètes ? Que dit le psaume ? Oh ! qui va me répéter les passages qui parlent de mon Jésus ? »
C'est la Magdeleine qui avec sa voix d'orgue dit le psaume de David sur la Passion du Messie.
La Mère pleure plus fort, soutenue par Jean, et ses larmes tombent sur son Fils mort qui en est inondé. Elle le voit, l'essuie et dit à voix basse : « Tant de larmes, et quand tu avais si soif je n'ai pas même pu t'en donner une goutte. Et maintenant... je t'inonde ! Tu ressembles à un arbuste sous une épaisse rosée. Ici, que la Maman t'essuie, Fils ! Tu as goûté tant d'amertume ! Que sur tes lèvres blessées ne tombe pas aussi l'amertume et le sel des larmes maternelles !... »
Puis elle appelle à haute voix : « Marie. David ne dit pas... Connais–tu Isaïe ? Dis–moi ses paroles... »
La Magdeleine dit le passage sur la Passion et finit dans un sanglot : « ...il a livré sa vie à la mort et on l'a compté parmi les malfaiteurs, Lui qui a enlevé les péchés du monde et a prié pour les pécheurs. »
« Oh ! Tais–toi ! La Mort, non ! Pas livré à la mort ! Non ! Non ! Oh ! que votre non croyance, en s'alliant à la tentation de Satan, me met le doute au cœur ! Et devrais–je ne pas te croire, ô Fils ? Ne pas croire à ta sainte Parole ? ! Oh ! Dis–le à mon âme ! Parle. Des rives lointaines où tu es allé pour délivrer ceux qui attendent ta venue, jette ta voix d'âme à mon âme qui l'attend, à mon âme qui est ici, toute prête à recevoir ta voix. Dis à ta Mère que tu reviens. Dis : "Le troisième jour, je ressusciterai". Je t'en supplie, Fils et Dieu ! Aide–moi à protéger ma Foi. Satan l'enroule dans ses spires pour l'étrangler. Satan a enlevé sa bouche de serpent de la chair de l'homme car tu lui as arraché cette proie, et maintenant il a enfoncé ses crocs venimeux dans la chair de mon cœur et il en paralyse les palpitations, la force et la chaleur. Dieu ! Dieu ! Dieu ! Ne permets pas que je me méfie ! Ne laisse pas le doute me glacer ! Ne donne pas à Satan la liberté de m'amener au désespoir ! Fils ! Fils ! Mets ta main sur mon cœur. Elle chassera Satan. Mets–la sur ma tête. Elle y ramènera la Lumière. Sanctifie mes lèvres par une caresse pour qu'elles aient la force de dire : "Je crois" même contre tout un monde qui ne croit pas. Oh ! quelle douleur c'est de ne pas croire ! Père ! Il faut beaucoup pardonner à celui qui ne croit pas. Car, quand on ne croit plus... quand on ne croit plus... toute horreur devient facile. Je te le dis... moi qui éprouve cette torture. Père, pitié des sans foi ! Donne–leur, Père saint, donne–leur, au nom de cette Hostie consumée et de moi, hostie qui se consume encore, donne ta foi aux sans foi ! »
Un long silence.
Nicodème et Joseph font un signe à Jean et à la Magdeleine.
« Viens, Mère. » C'est la Magdeleine qui parle pour chercher à éloigner Marie de son Fils et à séparer les doigts de Jésus entrelacés dans ceux de Marie qui les baise en pleurant.
La Mère se redresse. Elle est solennelle. Elle étend une dernière fois les pauvres doigts exsangues, pose la main inerte le long du corps. Puis elle abaisse les bras vers la terre, et bien droite, la tête légèrement renversée, elle prie et offre. On n'entend pas de parole. Mais par toute son attitude, on comprend qu'elle prie. C'est vraiment la Prêtresse à l'autel, la Prêtresse au moment de l'offertoire. « Offerimus praeclarae majestati tuae de tuis donis, ac datis, hostiam puram, hostiam sanctam, hostiam immaculatam... »
Puis elle se tourne : « Faites–le donc. Mais Lui ressuscitera. C'est inutilement que vous vous défiez de ma raison et que vous êtes aveugles à la vérité que Lui vous a dit. C'est inutilement que Satan cherche à attaquer ma foi. Pour racheter le monde, il manque aussi la torture que Satan vaincu donne à mon cœur. Je la subis et l'offre pour ceux qui viendront. Adieu, Fils ! Adieu, mon Enfant ! Adieu, mon Petit ! Adieu... Adieu... Saint... Bon... Très aimé et aimable... Beauté... Joie... Source de salut... Adieu... Sur tes yeux... sur tes lèvres... sur tes cheveux d'or... sur tes membres glacés... sur ton cœur transpercé... oh ! sur ton cœur transpercé... mon baiser... mon baiser... mon baiser... Adieu... Adieu !... Seigneur ! Pitié pour moi ! »
Jésus dit :
« Et la torture a continué avec des assauts périodiques jusqu'à l'aube du Dimanche. Je n'ai eu, dans la Passion, qu’une seule tentation. Mais la Mère, la Femme, a expié pour la femme, coupable de tout mal, de très nombreuses fois. Et Satan sur la Victorieuse s'est acharné avec une férocité centuplée. Marie l'avait vaincu. Sur Marie la plus atroce tentation. Tentation contre la chair de la Mère. Tentation contre le cœur de la Mère. Tentation contre l'esprit de la Mère. Le monde croit que la Rédemption prit fin avec mon dernier soupir. Non. La Mère l'a accomplie, en y ajoutant sa triple torture pour racheter la triple concupiscence, en luttant pendant trois jours contre Satan qui voulait l'amener à nier ma Parole et à ne pas croire en ma Résurrection. Marie fut la seule qui continua de croire. Elle est grande et bienheureuse aussi à cause de cette foi.
Tu as connu aussi cela. Tourment qui se retrouve dans le tourment de mon Gethsémani. Le monde ne comprendra pas cette page. Mais "ceux qui sont dans le monde sans être du monde" la comprendront et auront un amour plus fort pour la Mère Douloureuse. C'est pour cela que je te l'ai donnée. Va en paix avec notre bénédiction. »
Les deux préparateurs ont fini la préparation des bandes. Ils vont à la table et dénudent Jésus même de son voile. Ils passent une éponge, me semble–t–il, ou un morceau de lin sur les membres en une préparation très rapide des membres qui dégouttent de mille endroits. Puis ils enduisent d'onguents tout le Corps. Ils l'ensevelissent vraiment sous une couche de pommade. Auparavant ils l'ont soulevé pour nettoyer aussi la table de pierre sur laquelle ils posent le linceul, qui pend de la tête du lit. Ils le reposent sur la poitrine, et enduisent tout le dos, les cuisses, les jambes, toute la partie postérieure. Puis ils le tournent délicatement, en faisant attention à ce que ne s'en aille pas la couche de pommade et puis ils font aussi l'onction de la partie antérieure. D'abord le tronc, puis les membres. D'abord les pieds, et en dernier lieu les mains qu'ils joignent sur le bas ventre. La mixture des arômes doit être collante comme de la gomme, car je vois que les mains restent en place alors qu'avant elles glissaient toujours à cause de leur poids de membres morts. Les pieds, non. Ils conservent leur position : l'un plus droit, l'autre plus allongé. Pour finir, la tête. Après l'avoir enduite avec soin, de manière que les traits disparaissent sous la couche d'onguents, ils lient le menton avec une bande pour maintenir la bouche fermée.
Marie gémit plus fort. Puis ils soulèvent le côté du Linceul qui pend et le replient sur Jésus. Il disparaît sous la grosse toile du linceul. Ce n'est plus qu'une forme couverte par une toile.
Joseph regarde que tout soit bien en place et appuie encore sur le Visage un suaire de lin et d'autres linges, qui ressemblent à de courtes et larges bandes rectangulaires, qui vont de droite à gauche, au–dessus du Corps et tiennent en place le Linceul, bien adhérent au Corps. Ce n'est pas le bandage que l'on voit dans les momies, ni même dans la résurrection de Lazare. C'est un embryon de bandage.
Jésus désormais est annulé. Même sa forme est confondue sous les linges. Cela ressemble à un long paquet de toile, plus étroit aux extrémités et plus large au milieu, appuyé sur la pierre grise. Marie pleure plus fort.

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Re: Les écrits de Maria Valtorta

Message par panetier le Sam 4 Avr 2009 - 15:32

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Re: Les écrits de Maria Valtorta

Message par Grosjean le Lun 6 Avr 2009 - 9:04

Lundi Saint (35ème jour)
31. LE RETOUR AU CENACLE


Joseph d'Arimathie éteint une des torches, donne un dernier coup d'œil et se dirige vers l'entrée du sépulcre en tenant allumée et haute la torche qui reste.
Marie s'incline encore une fois pour baiser le Fils à travers les couvertures. Et elle voudrait le faire en dominant sa peine en une simple forme de respect envers le Cadavre qui, déjà embaumé, ne lui appartient plus. Mais quand elle est toute proche du visage voilé, elle ne se domine plus, et tombe dans une nouvelle crise de désolation.
On la soulève de là non sans peine, on l'éloigne plus difficilement encore du lit funèbre. On remet en place les toiles dérangées et, c'est plutôt en la portant qu'en la soutenant, qu'on éloigne la pauvre Mère. Elle s'éloigne le visage tourné en arrière, pour voir, pour contempler encore son Jésus qui reste seul dans l'obscurité du tombeau.
Ils sortent dans le jardin silencieux dans la lumière du soir. Déjà la clarté relative qui est revenue après la tragédie du Golgotha, commence à s'affaiblir à cause de la nuit qui descend. Et là, dans le verger de Joseph, sous les branchages épais encore sans feuillage et garnis à peine des boutons blancs roses des pommiers, étrangement retardés alors qu'ailleurs ils sont couverts de fleurs épanouies et même déjà fécondés en fruits minuscules, la pénombre est encore plus avancée qu'ailleurs.
Ils roulent la lourde pierre du tombeau dans son logement. Les longues branches d'un rosier ébouriffé descendent du haut de la grotte vers le sol et semblent frapper à cette porte de pierre et dire : « Pourquoi te fermes–tu devant une mère en pleurs ? » Ils paraissent. pleurer eux aussi les gouttes de sang des pétales rouges qui s'effeuillent, avec les corolles qui s'étendent le long de la pierre sombre et les boutons serrés qui frappent contre l'inexorable fermeture. Mais bientôt cette porte du tombeau sera mouillée d'autre sang et d'autres larmes.
Marie, jusqu'alors soutenue par Jean et suffisamment tranquille dans ses sanglots, se dégage de l'apôtre et avec un cri, qui je crois a fait trembler même les fibres des plantes, elle se jette contre la porte, s'attaque à sa saillie pour la repousser. Elle s'écorche les doigts et se brise les ongles sans y réussir et elle fait pression jusque avec sa tête contre la saillie rêche. Et son gémissement a quelque chose du rugissement d'une lionne qui s'évanouit sur le seuil de la trappe où sont renfermés ses petits, pleine de tendresse et féroce par son amour de mère.
Elle n'a plus rien de la douce Vierge de Nazareth, de la femme patiente que l'on connaissait jusque là. C'est la mère seulement et simplement la mère attachée à son enfant par toutes les fibres et tous les nerfs de sa chair et de son amour. C'est la plus vraie « maîtresse » de cette chair qu'elle a engendrée, l'unique maîtresse après Dieu, et elle ne veut pas que lui en soit dérobée la propriété. C'est la « reine » qui défend son diadème : le fils, le fils, le fils.
Toute la révolte et toutes les révoltes qu'en trente–trois ans toute autre femme aurait eues contre l'injustice du monde envers son enfant, toutes les férocités saintes et licites que toute autre mère aurait eues durant ces dernières heures pour frapper et tuer avec ses mains et ses dents les assassins de son enfant, toutes ces choses que par amour du genre humain elle a toujours domptées, s'agitent maintenant dans son cœur, bouillent dans son sang et, douce aussi dans la douleur qui la fait délirer, elle ne fait pas d'imprécations, elle ne s'acharne pas. Mais elle demande seulement à la pierre qu'elle s'ouvre, qu'elle lui cède le pas car sa place est à l'intérieur, où Lui est. Mais elle demande seulement aux hommes, impitoyables dans leur pitié, de lui obéir et d'ouvrir.
Après avoir frappé et ensanglanté avec ses mains la pierre qui résiste, elle se tourne, elle s'appuie les bras ouverts, en embrassant encore les deux bords de la pierre et, terrible dans sa majesté de Mère Douloureuse, elle commande : « Ouvrez ! Vous ne voulez pas ? Eh bien, moi je reste ici. A l'intérieur, non ? Alors ici, à l'extérieur.
C'est ici qu'est mon pain et mon lit. C'est ici qu'est ma demeure. Je n'ai pas d'autres maisons ni d'autre but. Vous, éloignez–vous. Retournez dans ce monde affreux. Moi je reste là où il n'y a pas de cupidité, ni d'odeur de sang. »
« Tu ne peux pas, Femme ! »
« Tu ne peux pas, Mère ! »
« Tu ne peux pas, chère Marie ! »
Ils cherchent à lui détacher les mains de la pierre, effrayés par ces yeux qu'ils ne connaissent pas encore avec cette lueur qui les rend durs et impérieux, vitreux, phosphorescents.
La violence n'est pas le fait des doux et les humbles ne savent pas persister dans l'orgueil... Et Marie perd tout d'un coup la véhémence de sa volonté et le caractère impérieux de son commandement. Elle reprend son doux regard de colombe torturée, perd la majesté de son geste. Elle reprend un geste suppliant et elle joint les mains en priant : « Oh ! laissez–moi ! Au nom de vos morts, au nom des vivants que vous aimez, ayez pitié d'une pauvre mère !... Ecoutez... Ecoutez mon cœur. Il a besoin de paix pour perdre ce battement cruel. Il s'est mis à battre ainsi là–haut, sur le Calvaire. Le marteau faisait ton, ton, ton... et chaque coup blessait mon Enfant... et retentissait dans mon cerveau et dans mon cœur... ma tête est pleine de ces coups, et mon cœur battait avec rapidité comme ce ton, ton, ton, sur les mains, sur les pieds de mon Jésus, de mon petit Jésus... Mon Enfant ! Mon Enfant !... »
Il lui revient tout le tourment qui paraissait calmé après sa prière au Père, près de la table de l'onction. Tous pleurent.
« J'ai besoin de ne pas entendre de cris ni de coups. Et le monde est plein de voix et de rumeurs. Toute voix me semble le "grand cri" qui a pétrifié le sang dans mes veines, et toute rumeur me semble le bruit du marteau sur les clous. J'ai besoin de ne pas voir de visages d'hommes. Et le monde est plein de visages... Cela fait presque douze heures que je vois des visages d'assassins... Judas... les bourreaux... les prêtres... les juifs... Tous, tous assassins !... Au loin ! Au loin... Je ne veux plus voir personne... En tout homme il y a un loup et un serpent. J'éprouve dégoût et peur pour l'homme... Laissez–moi ici, sous ces arbres tranquilles, sur cette herbe fleurie... D'ici peu, il y aura les étoiles... Elles ont toujours été ses amies et les miennes... Hier soir elles ont tenu compagnie à notre solitaire agonie... Elles savent tant de choses... Elles viennent de Dieu... Oh ! Dieu ! Dieu !... » elle pleure et s'agenouille. « Paix, mon Dieu ! Il ne me reste que Toi ! »
« Viens, ma fille ! Dieu te donnera la paix. Mais viens. Demain, c'est le sabbat pascal. Nous ne pourrions pas venir t'apporter de la nourriture... »
« Rien ! Rien ! Je ne veux pas de nourriture ! Je veux mon Enfant ! Je me rassasie de ma douleur et me désaltère de mes pleurs... Ici... Entendez–vous comme pleure ce petit duc ? Il pleure avec moi, et d'ici peu les rossignols pleureront. Et demain, dans le soleil, pleureront les calandres et les fauvettes et tous les oiseaux que Lui aimait, et les tourterelles viendront avec moi pour battre cette pierre et pour dire et répéter: "Lève–toi, mon amour, et viens ! Amour qui te tiens dans la crevasse du rocher, dans la cachette de la pente, laisse–moi voir ton visage, laisse–moi écouter ta voix". Ah ! que dis–je ! Eux aussi, eux aussi, les assassins sournois, me l'ont interpellé avec les paroles du Cantique ! Oui, venez, ô filles de Jérusalem, pour voir votre Roi avec le diadème dont l'a couronné sa Patrie le jour de son mariage avec la Mort, le jour de son triomphe de Rédempteur ! »
« Regarde, Marie ! Les gardes du Temple arrivent. Allons, pour qu'ils ne te méprisent pas. »
« Les gardes ? Leur mépris ? Non. Ce sont des lâches, des lâches. Et si je marchais sur eux, terrible dans ma douleur, ils fuiraient comme Satan devant Dieu. Mais je me souviens que je suis Marie... et je ne les frapperai pas comme j'en aurais le droit. Je resterai bonne... ils ne me verront même pas. Et s'ils me voient et me demandent : "Que veux–tu ?", je leur dirai : "L'aumône de respirer l'air embaumé qui sort de cette fente". Je dirai : "Au nom de votre mère". Tous ont une mère... le bon larron l'a dit aussi... »
« Mais ces gens sont pires que des larrons. Ils vont t'insulter. »
« Oh !... y a–t–il encore une insulte que je ne connaisse pas après celles d'aujourd'hui ? »
C'est la Magdeleine qui trouve la raison qui peut plier la Douloureuse à l'obéissance. « Tu es bonne, tu es sainte, et tu crois, et tu es courageuse. Mais nous que sommes–nous ?... Tu le vois ! La plupart ont fui, ceux qui restent tremblent. Le doute, qui est déjà en nous, nous dominerait. Tu es la Mère. Tu n'as pas seulement des droits et des devoirs sur ton Fils, mais des devoirs et des droits sur ce qui appartient à ton Fils. Tu dois revenir avec nous, parmi nous, pour nous rassembler, pour nous rassurer, pour nous infuser ta foi. Tu l'as dit, après ton juste reproche à notre poltronnerie et à notre mécréance : "Il Lui sera plus facile de ressusciter s'il est débarrassé de ces bandes inutiles". Moi je te dis : "Si nous arrivons à nous unir dans la foi en sa Résurrection, c'est plus vite qu'il ressuscitera. Nous l'appellerons par notre amour..." Mère, Mère de mon Sauveur, reviens avec nous, toi, amour de Dieu, pour nous donner cet amour que tu possèdes ! Veux–tu donc que se perde de nouveau la pauvre Marie de Magdala que Lui a sauvée avec tant de pitié ? »
« Non, on me le reprocherait. Tu as raison. Je dois revenir... chercher les apôtres... les disciples... les parents... tous... Dire... dire : croyez. Dire : Il vous pardonne... A qui l'ai–je déjà dit ? ... Ah ! A l'Iscariote. Il faudra... oui, il faudra le chercher, même lui... car c'est le plus grand pécheur... » Marie reste la tête inclinée sur la poitrine, elle tremble comme par dégoût, et puis elle dit : « Jean, tu le chercheras et me l'amèneras. Tu dois le faire, et moi je dois le faire. Père, que même cela soit fait pour la Rédemption de l'Humanité. Allons. »
Elle se lève. Ils sortent du jardin à moitié obscur. Les gardes les regardent sortir sans intervenir.
La route, poussiéreuse et bouleversée par le fleuve de peuple qui l'a parcourue et frappée de ses pieds, de ses pierres et de ses matraques, fait une courbe autour du Calvaire pour arriver à la voie maîtresse qui est parallèle aux murs. Et ici sont encore plus intenses les traces de l'événement. Deux fois Marie pousse un cri et se penche pour étudier le sol avec une mauvaise lumière, car il lui semble voir du sang et elle pense que c'est celui de son Jésus. Mais, je crois, ce ne sont que des morceaux d'étoffe déchirés dans la mêlée de la fuite.
Le petit torrent, qui court le long de la route, murmure doucement dans le grand silence qui envahit tout. II semble que la ville soit abandonnée tant il ne vient d'elle que le silence. Voici le petit pont qui conduit au rude chemin du Calvaire et, en face, voilà la Porte Judiciaire. Avant de disparaître derrière elle, Marie se retourne pour regarder le sommet du Calvaire... et elle verse des larmes désolées. Puis elle dit : « Allons. Mais conduisez–moi. Je ne veux pas voir Jérusalem, ses rues, ses habitants. »
« Oui, oui, mais pressons nous. Ils vont fermer les portes et tu le vois ? Leur garde est renforcée. Rome craint des soulèvements. »

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Re: Les écrits de Maria Valtorta

Message par Grosjean le Lun 6 Avr 2009 - 9:05

Lundi Saint (35ème jour)(suite)
31. LE RETOUR AU CENACLE


« Elle a raison. Jérusalem est un repaire de tigres ! C'est une tribu d'assassins ! C'est une foule de brigands. Et ce n'est pas seulement vers les biens matériels, mais vers les vies que ces usurpateurs tendent leurs griffes rapaces. Cela fait trente–deux ans qu'ils dressent des embûches à la vie de mon Enfant... C'était un agneau de lait et de rose, c'était un petit agneau aux cheveux d'or frisés... Il savait à peine dire "Maman", et faire les premiers pas et rire de ses petites dents entre ses lèvres de clair corail., quand ils sont venus pour l'égorger... Ils disent maintenant qu'il avait blasphémé, et violé le sabbat, et poussé à la révolte, et visé au trône, et péché avec les femmes... Mais qu'avait–il fait, alors ? Quel blasphème pouvait–il avoir proféré s'il savait à peine appeler sa Maman ? Que pouvait–il violer de la Loi, si Lui, l'Eternel Innocent, était alors aussi le petit innocent de l'homme ? Quelle révolte pouvait–il soulever s'il ne savait pas même faire un caprice ? A quel trône aurait–il visé ? Il avait son trône sur la Terre et au Ciel, et il n'en demandait pas d'autre. Au Ciel, il avait le sein du Père, et sur Terre il avait mon sein. Jamais il n'a eu un regard sensuel, et vous, jeunes et belles, vous pouvez le dire. Mais alors, mais alors... L'exercice de ses sens se bornait au besoin de la tiédeur et de la nourriture, et il était plein d'amour, oui, mais pour ma mamelle tiède pour y poser sa petite figure et dormir ainsi, et pour mon sein duquel mon amour s'écoulait en lait... Oh ! mon Enfant !... Et ils te voulaient mort ! C'est cela qu'ils voulaient t'enlever : la vie ! Ton unique trésor. La Mère pour le Fils, le Fils pour la Mère, pour nous rendre les plus misérables et les plus désolés de l'Univers. Pourquoi enlever la vie au Vivant ? Pourquoi vous arroger le droit d'enlever cette chose qu'est la vie : bien de la fleur et de l'animal, bien de l'homme ? Il ne vous demandait rien, mon Jésus. Pas d'argent, pas de bijoux, pas de maisons. Il en avait une petite et sainte, et il l'avait quittée par amour pour vous, hommes–hyènes. La demeure qu'a le petit de l'animal, il y avait renoncé pour vous, et il s'en était allé, pauvre et seul, à travers le monde sans plus avoir le lit que Lui avait fait le Juste, sans même plus le pain que Lui faisait sa Maman, et il avait dormi là où il avait pu, et il avait mangé comme il avait pu. Dans les maisons des gens honnêtes comme tout fils d'homme, ou sur la couchette d'herbe des prés, veillé par les étoiles. Assis à une table, ou partageant avec les oiseaux de Dieu les grains de blé et les fruits des ronces sauvages. Il ne vous demandait rien mais, au contraire, il vous donnait. Il voulait seulement la vie pour vous donner la Vie par sa parole. Et vous, et toi, Jérusalem, vous l'avez dépouillé de la vie. Es–tu rassasiée et repue de son Sang et de sa Chair ? Ou cela ne te suffit–il pas encore ? Et toi, hyène après avoir été vampire et vautour, veux–tu te repaître de son Cadavre, et, pas encore rassasiée d'opprobres et de tourments, veux–tu encore t'acharner et jouir de déshonorer ses dépouilles et de revoir ses spasmes, ses tremblements, ses hoquets, ses convulsions en moi, dans la Mère de celui que vous avez tué ? Sommes–nous arrivés ? Pourquoi vous arrêtez–vous ? Cet homme, que veut–il de Joseph ? Que dit–il ? »
En fait Joseph a été arrêté par un des rares passants, et dans le silence absolu de la ville déserte on entend très bien leurs paroles.
« On sait que tu es entré dans la maison de Pilate, profanateur de la Loi. Tu en rendras compte. La Pâque t'est interdite ! Tu es contaminé. »
« Toi aussi, Elchias. Tu m'as touché et je suis tout couvert du sang du Christ et de sa sueur de mort ! »
« Ah ! horreur ! Loin ! Loin ! Ce sang, loin ! »
« N'aie pas peur. Il t'a déjà abandonné et maudit. »
« Mais toi aussi, maudit. Et maintenant que tu te mets bien avec Pilate, ne pense pas pouvoir soustraire le Cadavre. Nous avons pris des mesures pour que le jeu cesse. »
Nicodème s'est approché lentement alors que les femmes se sont arrêtées avec Jean, en s'adossant à un portail fermé.
« Nous avons vu » répond Joseph. « Lâches ! Vous avez peur même d'un mort ! Mais de mon jardin et de mon tombeau, je fais ce qui me semble bon. »
« Nous verrons. »
« Nous verrons. J'en appellerai à Pilate. »
« Oui, tu forniques avec Rome, maintenant. »
Nicodème s'avance : « Mieux vaut avec Rome qu'avec le démon, comme vous, déicides ! Et du reste, dis–moi : comment donc reprends–tu courage ? Il y a un moment tu fuyais en proie à la terreur. C'est déjà passé pour toi ? Ce que tu as eu ne te suffit pas encore ? Une de tes maisons n'est–elle pas brûlée ? Tremble ! Le châtiment n'est pas fini. Il vient, au contraire. Il te menace comme la Némésis des païens. Ni gardiens ni sceaux n'empêcheront le Vengeur de se lever et de frapper. »
« Maudit ! » Elchias s'enfuit et s'en va buter contre les femmes. Il comprend et dit une injure atroce à Marie.
Jean ne dit rien, mais d'un saut de panthère s'élance et le terrasse. Il le presse avec ses genoux, lui met les mains autour du cou et lui dit : « Demande–lui pardon ou bien je t'étrangle, démon. » Il ne le laisse que quand l'autre, pressé et à moitié étranglé par les mains de Jean, demande : « Pardon. »
Mais son cri a attiré la ronde. « Halte–là ! Qu'arrive–t–il ? D'autres séditions ? Arrêtez–vous tous ou vous serez frappés. Qui êtes–vous ? »
« Joseph d'Arimathie et Nicodème, autorisés par le Proconsul pour ensevelir le Nazaréen mis à mort, qui reviennent du tombeau avec la Mère, le fils et les parents et amis. Celui–là a offensé la Mère et on l'a obligé à demander pardon. »
« Cela seulement ? Il fallait l'étrangler. Allez. Soldats, arrêtez cet homme. Que veulent–ils d'autre, ces vampires ? Même le cœur des mères ? Salut, juifs ! »
« Quelle horreur ! Mais ce ne sont plus des hommes... Jean, sois bon avec eux. Regarde le souvenir de mon et ton Jésus. Lui prêchait le pardon. »
« Mère, tu as raison. Mais ce sont des criminels et ils me font perdre la tête. Ce sont des sacrilèges : ils t'offensent et je ne puis le permettre. »
« Ce sont des criminels et ils savent qu'ils le sont. Regarde comme il y en a peu dans les rues et comme ils s'esquivent furtivement. Après le crime, les criminels ont peur. De les voir fuir ainsi, entrer dans les maisons, se barricader par peur, me fait horreur. Je les vois tous coupables du Déicide. Regarde là, Marie, ce vieux. Il est déjà au bord de la fosse et pourtant, maintenant que la lumière de cette porte qui s'ouvre l'éclaire, il me semble l'avoir vu défiler accusant mon Jésus, là–haut, sur le Calvaire... Il l'appelait larron... Larron, mon Jésus !... Ce jeune, un peu plus qu'enfant, Lui adressait des blasphèmes obscènes en invoquant son Sang sur lui... Oh ! le malheureux !... Et cet homme ? Si musclé et si fort, se sera–t–il abstenu de le frapper ? Oh ! je ne veux pas voir ! Regardez : sur leurs visages se superpose le visage de leur âme et... et ils n'ont plus des figures d'hommes, mais de démons... Ils étaient courageux contre l'Homme lié, le Crucifié... Et maintenant ils fuient, ils se cachent, ils s'enferment. Ils ont peur. De qui ? D'un mort. Pour eux ce n'est qu'un mort car ils nient qu'il soit Dieu. De quoi donc ont–ils peur ? A qui ferment–ils leurs portes ? Au remords, à la punition. Inutile : le remords est en vous et il vous suivra éternellement. La punition n'est pas humaine. Et contre elle ne servent pas les verrous et les bâtons, les portes et les barreaux. Elle descend du Ciel, de Dieu, vengeur de son Immolé, et elle pénètre au–delà des murs et des portes, et vous marque de sa flamme céleste, vous marque pour le châtiment surnaturel qui vous attend. Le monde viendra au Christ, à Celui qui est le Fils de Dieu et le mien, il viendra à Celui que vous avez transpercé, mais vous, vous serez marqués pour toujours, les Caïns d'un Dieu, marqués comme l'opprobre de la race humaine.
Moi, qui suis née de vous, moi qui suis la Mère de tous, je dois dire que pour moi, votre fille, vous avez été plus que parâtres et que, dans le nombre sans m'imposez le plus de limite de mes enfants, vous êtes ceux qui fatigue pour vous accueillir, car vous êtes souillés du crime envers mon Enfant. Et vous ne vous en repentez pas en disant : "Tu étais le Messie. Nous te reconnaissons et nous t'adorons". Voici une autre ronde romaine. L'Amour n'est plus sur la Terre. La Paix n'est plus parmi les hommes. La Haine et la Guerre s'agitent comme ces torches fumeuses. Ceux qui dominent ont peur du déchaînement de la foule. Ils savent par expérience que quand cette bête qui s'appelle homme a goûté la saveur du sang, elle devient avide de carnage... Mais ne les craignez pas. Ce ne sont pas de vrais lions et de vraies panthères, ce sont des hyènes très lâches. Ils s'acharnent sur l'agneau sans défense, mais ils craignent le lion armé de lances et son autorité. Ne craignez pas ces chacals rampants. Votre pas ferré les met en fuite et l'éclat de vos lances les rend plus doux que des lapins. Ces lances ! L'une d'elles a ouvert le cœur de mon Fils ! Laquelle ? Les voir c'est une flèche au cœur... Et pourtant je voudrais les avoir toutes dans ces mains qui tremblent pour voir quelle est celle qui a encore des traces de sang et dire : "C'est celle–là ! Donne–la–moi, soldat ! Donne–la à une mère en souvenir de ta mère lointaine, et je prierai pour elle et pour toi". Et aucun soldat ne la refuserait car eux, les hommes de guerre, ont été les meilleurs devant l'agonie du Fils et de la Mère. Oh ! pourquoi là–haut n'y ai–je pas pensé ? J'étais comme si on m'avait frappé à la tête. Déjà, elle était abrutie par ces coups... Oh ! quels coups ! Qui me permet de ne plus les entendre ici, dans ma pauvre tête ? La lance... Comme je la voudrais !... »

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Re: Les écrits de Maria Valtorta

Message par Grosjean le Mar 7 Avr 2009 - 9:06

Mardi Saint (36ème jour)
Les pleurs de Marie (suite)


« Nous pouvons la chercher, Mère. Le centurion me paraît très bon avec nous. Je crois qu'il ne la refusera pas. J'irai demain. »
« Oui, oui. Jean. Je suis pauvre, je n'ai que peu d'argent, mais je m'en dépouille jusqu'à la dernière pièce pour avoir ce fer... Oh ! comment j'ai pu ne pas la demander alors ? »
« Marie, ma chérie, personne d'entre nous ne connaissait cette blessure... Quand tu l'as vue, les soldats étaient loin. »
« C'est vrai... Je suis abrutie par la douleur. Et les vêtements ? Je n'ai rien de Lui ! Je donnerais mon sang pour les avoir... » Marie verse de nouveau des pleurs désolés.
Et elle arrive ainsi dans la rue où se trouve le Cénacle. Il est temps car elle est épuisée et elle se traîne vraiment comme une pauvre épave. Et elle le dit.
« Courage ! Nous sommes arrivées, désormais. »
« Arrivées ? Si court le chemin qui ce matin m'a paru si long ? Ce matin ? Etait–ce ce matin ? Pas plus ? Que d'heures ou que de siècles sont passés depuis que je suis entrée hier soir et depuis que je suis sortie ce matin ? Est–ce vraiment moi, la Mère de cinquante ans ou une centenaire, une femme d'il y a longtemps, riche de siècles sur mes épaules courbées et sur ma tête chenue ? Il me semble avoir vécu toute la douleur du monde et qu'elle soit toute sur mes épaules qui plient sous le poids. Croix immatérielle, mais si lourde ! De pierre. Peut–être encore plus lourde que celle de mon Jésus. Car je porte la mienne et la sienne avec le souvenir de son déchirement et la réalité du mien. Entrons, puisque nous devons entrer. Mais ce n'est pas un réconfort, c'est un accroissement de douleur. C'est par cette porte qu'est entré mon Fils pour son dernier repas. C'est par elle qu'il est sorti pour aller à la rencontre de la mort. Et il a dû mettre son pied là où le traître avait mis le sien, en sortant pour appeler ceux qui devaient s'emparer de l'Innocent. C'est contre cette porte que j'ai vu Judas... que j'ai vu Judas ! Et je ne l'ai pas maudit. Mais je lui ai parlé comme une mère déchirée, déchirée pour le Fils bon et pour le fils mauvais... J'ai vu Judas ! C'est le Démon que j'ai vu en lui ! Moi qui ai toujours tenu Lucifer sous mon talon et, ne regardant que Dieu, je n'ai jamais abaissé mon regard sur Satan, j'ai connu son visage en regardant le Traître. J'ai parlé avec le Démon... Et il s'est enfui car il ne supporte pas ma voix. L'aura–t–il laissé maintenant ? De manière que je puisse parler à ce mort et moi, la Mère, le concevoir de nouveau avec le Sang d'un Dieu, pour l'enfanter à la Grâce ? Jean, jure–moi que tu le chercheras et que tu ne seras pas cruel avec lui. Je ne le suis pas, moi qui pourtant en aurais le droit... Oh ! Laissez–moi entrer dans cette pièce où mon Jésus a pris son dernier repas, où la voix de mon Enfant a dit en paix ses dernières paroles ! »
« Oui, nous y irons. Mais maintenant, regarde, viens ici, où nous étions hier. Repose–toi. Salue Joseph et Nicodème qui se retirent. »
« Je les salue, oui. Oh ! je les salue, je les remercie, je les bénis ! »
« Mais viens, viens. Tu vas le faire à loisir. »
« Non. Ici. Joseph... Oh ! je n'ai connu personne de ce nom qui ne m'aimât pas... »
Marie d'Alphée éclate en sanglots.
« Ne pleure pas... Même Joseph... C'était par amour que ton fils se trompait. Il voulait me donner la paix humainement... Mais aujourd'hui !... Tu l'as vu... Oh ! tous les Joseph sont bons avec Marie... Joseph, je te remercie, et toi aussi, Nicodème... Mon cœur se prosterne sous vos pieds fatigués à cause de tant de chemin fait pour Lui... pour les derniers honneurs rendus à Lui... Je n'ai que mon cœur à vous donner... et je vous le donne, amis loyaux de mon Fils... et... et excusez les paroles qu'une mère transpercée vous a dites au tombeau... »
« Oh ! Sainte ! Toi, pardonne ! » dit Nicodème.
« Sois bonne maintenant. Repose dans ta Foi. Nous viendrons demain » ajoute Joseph.
« Oui, nous viendrons. Nous sommes à tes ordres. »
« C'est le sabbat demain » objecte la maîtresse de maison.
« Le sabbat est mort. Nous viendrons. Adieu. Que le Seigneur soit avec nous » et ils s'en vont.
« Viens, Marie. »
« Oui, Mère, viens. »
« Non. Ouvrez. Vous m'avez promis de le faire après les salutations. Ouvrez cette porte ! Vous ne pouvez la fermer à une mère, à une mère qui cherche à respirer dans l'air l'odeur du souffle, du corps de son enfant. Mais ne savez–vous pas que ce souffle et ce corps, c'est moi qui les Lui ai donnés ? Moi, moi qui l'ai porté neuf mois, qui l'ai enfanté, allaité, élevé, soigné ? Ce souffle est mien ! Cette odeur de chair est mienne ! C'est le mien, rendu plus beau dans mon Jésus. Laissez–moi le sentir encore une fois. »
« Mais oui, ma chérie, demain. Aujourd'hui tu es fatiguée. Tu es brûlante de fièvre. Tu ne peux pas. Tu es malade. »
« Oui, malade. Mais c'est parce que j'ai dans les yeux la vue de son Sang et dans le nez l'odeur de son Corps couvert de plaies. Que je voie la table où il s'est appuyé vivant et sain, que je sente le parfum de son corps juvénile. Ouvrez ! Ne me l'ensevelissez pas une troisième fois ! Déjà vous me l'avez caché sous les aromates et les bandes, puis vous me l'avez enfermé sous la pierre. Maintenant pourquoi, pourquoi refuser à une Mère de retrouver son dernier vestige dans le souffle qu'il a laissé derrière cette porte ? Laissez–moi entrer. Je chercherai par terre, sur la table, sur son siège, les traces de ses pieds, de ses mains. Et je les baiserai, je les baiserai jusqu'à me consumer les lèvres. Je chercherai... je chercherai... Peut–être trouverai–je un cheveu de sa tête blonde, un cheveu qui ne soit pas couvert de sang. Mais savez–vous ce que c'est que le cheveu d'un fils pour sa maman ? Toi, Marie de Cléophas, toi, Salomé, vous êtes mères. Et vous ne comprenez pas ? Jean ? Jean ? Ecoute–moi. Je suis ta Mère : Lui m'a faite telle. Lui ! Tu me dois obéissance. Ouvre ! Je t'aime, Jean. Je t'ai toujours aimé parce que tu l'aimais. Je t'aimerai plus encore. Mais, ouvre. Ouvre, te dis–je ! Tu ne veux pas ? Tu ne veux pas ? Ah ! je n'ai donc plus de fils ! ? Jésus ne me refusait jamais rien, parce qu'il était mon fils. Tu refuses. Tu ne l'es pas. Tu ne comprends pas ma douleur... Oh ! Jean, pardon... pardon... Ouvre... Ne pleure pas... Ouvre... Oh ! Jésus !... Jésus !... Ecoute–moi... Que ton esprit opère un miracle ! Ouvre à ta pauvre Maman cette porte que personne ne veut ouvrir ! Jésus ! Jésus ! »
Marie serre les poings et frappe la porte bien close. Son déchirement est au paroxysme. Elle finit par pâlir en murmurant : « Oh ! mon Jésus ! Je viens ! Je viens ! » Elle se renverse sans force dans les bras des femmes qui pleurent. Elles la soutiennent pour l'empêcher de tomber au pied de cette porte, et la transportent ainsi dans la pièce en face.
32. LA NUIT DU VENDREDI SAINT

Marie, secourue par les femmes en pleurs, revient à elle. Elle pleure sans avoir plus d'autre force que celle de pleurer sans arrêt. Il semble vraiment que sa vie doive s'écouler et se consumer toute entière dans ces larmes.
Elles veulent qu'elle se restaure. Marthe lui offre un peu de vin, la maîtresse de maison voudrait qu'elle prenne au moins un peu de miel, Marie d'Alphée, à genoux devant elle, lui offre une tasse de lait tiède en disant : « Je l'ai trait moi–même à la chevrette de la petite Rachel » (peut–être une fille des gens qui sont dans cette Maison de Lazare comme locataires ou comme gardiens, je ne sais). Mais Marie ne veut rien. Pleurer, seulement pleurer. Et demander et s'entendre promettre que l'on cherchera les apôtres et les disciples, que l'on cherchera la lance et les vêtements et que, quand il fera jour, puisque maintenant ils ne veulent pas la laisser aller, elles la laisseront entrer dans la pièce du Cénacle.
« Oui. Si tu es un peu tranquille, si tu reposes un peu, je t'y conduirai » dit sa belle–sœur. « Nous entrerons toutes les deux et, à genoux, je chercherai pour toi toute trace de Jésus... » et Marie d'Alphée sanglote. « Mais tu vois ? Ici tu as la coupe et le pain entamé par Lui, employé par Lui pour l'Eucharistie. Y a–t–il plus saint souvenir ? Tu vois ? Jean te les a apportés dès ce matin pour que tu les voies ce soir... Pauvre Jean qui est là qui pleure et qui a peur... »
« Peur ? Pourquoi ? Viens, Jean. »
Jean sort de l'ombre car dans la pièce il n'y a qu'une petite lampe posée sur la table près des objets de la Passion, et il s'agenouille aux pieds de Marie qui le caresse et lui demande : « Pourquoi as–tu peur ? »
Et Jean, en baisant ses mains et en pleurant : « Parce que tu es malade. Tu es fiévreuse et angoissée... Et tu n'es pas tranquille. Et si tu continues ainsi, tu vas mourir comme Lui est mort... »
« Oh ! si c'était vrai ! »
« Non ! Mère ! Maman ! Oh ! il est plus doux de dire : "Maman", comme à la mienne ! Laisse–moi te le dire... Mais, comme moi je ne trouve pas de différence entre ma mère et toi, et même comme je t'aime plus qu'elle parce que tu es la Mère que Lui m'a donnée et que tu es sa Mère, ne fais pas une trop grande différence entre le Fils né de toi et le fils qui t'a été donné... Et aime–moi un peu comme tu l'aimes Lui... Si c'était Lui qui te dise : "J'ai peur que tu meures", Lui répondrais–tu : "Oh ! si c'était vrai" ? Non. Tu ne le dirais pas. Mais tu regretterais de t'en aller et le .laisser dans un monde de loups, Lui, ton Agneau... Et pour moi tu n'es pas en peine ?... Je suis tellement plus agneau que Lui, non par bonté et pureté, mais par stupidité et par peur. Si tu me manques, le pauvre Jean sera dévoré par les loups sans avoir su donner un bêlement qui parle de son Maître... Veux–tu que je meure ainsi, sans le servir ? Stupide dans la mort comme dans la vie ? Non, n'est–ce pas ? Et alors, Maman, cherche à être tranquille... Pour Lui... Oh ! ne dis–tu pas qu'il ressuscite ? Oui, tu le dis, et c'est vrai. Et alors veux–tu que quand il ressuscitera, il trouve la maison vide de toi ? Car certainement Lui viendra ici... Oh ! pauvre, pauvre Jésus, si au lieu de ton cri d'amour il entendait nos cris de deuil, si au lieu de trouver ton sein pour poser sa tête martyrisée et glorieuse il trouvait la fermeture de ton tombeau... Tu dois vivre. Pour le saluer quand il reviendra... Je ne dis pas "à notre amour". Nous méritons tous les reproches pour la façon dont nous nous sommes conduits. Mais à ton amour. Oh ! que sera la rencontre ? Et Lui, comment sera–t–il ? Mère de la Sagesse, Maman du très ignorant Jean, toi qui sais tout, dis–nous comment il sera, quand il apparaîtra ressuscité. »
« Lazare avait les blessures des jambes cicatrisées, mais on en voyait la trace. Et il apparut enveloppé dans des bandes pleines d'ordure » dit Marthe.
« Il nous fallut le laver à plusieurs reprises... » ajoute Marie.
« Et il était faible, et nous avons dû le restaurer sur son ordre » termine Marthe.

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Re: Les écrits de Maria Valtorta

Message par Grosjean le Mar 7 Avr 2009 - 9:07

Mardi Saint (36ème jour)(suite)
Les pleurs de Marie (suite)


« Le fils de la veuve de Naïm était comme étourdi et semblait un bébé incapable de marcher et de parler couramment, si bien qu'il le rendit à sa mère pour qu'elle lui apprît de nouveau à user des biens de la vie. Et la fillette de Jaïre, Lui–même guida ses premiers pas » dit Jean.
« Je pense que le Seigneur nous enverra un ange pour nous dire :"Venez avec un vêtement propre". Et mon amour l'a déjà préparé. Il est dans le palais. Je n'ai pas pu le filer, mais je l'ai fait filer par ma nourrice, qui maintenant est tranquille sur mon avenir, et ne pleure plus. J'ai pris le lin le plus précieux, et j'ai eu la pourpre par Plautina, et Noémi en a tissé le volant, et moi j'ai fait la ceinture, la bourse et le taleth, les brodant de nuit pour n'être pas vue. Mère, c'est toi qui m'as appris. Ce n'est pas parfait. Mais plus que les perles qui dessinent son Nom sur la ceinture et sur la bourse, ce sont les diamants de mes larmes d'amour et mes baisers qui le rendent beau. Tout point est une palpitation de dévouement pour Lui. Et je la Lui porterai. Tu permets, n'est–ce pas ? »
« Oh !... je ne pensais pas qu'on le priverait de son vêtement... je ne suis pas habitué aux usages du monde et à sa férocité... Je croyais déjà la connaître ...(et des larmes roulent de nouveau le long de ses joues cireuses) mais je vois que je ne savais encore rien... Et je pensais : "Après aussi il aura le vêtement de la Maman". Il Lui plaisait tant ! Il l'avait voulu ainsi et il me l'avait dit depuis longtemps : "Tu feras un vêtement de telle et telle façon, et tu me le porteras pour la Pâque... Car Jérusalem doit me voir dans le vêtement pourpre de roi..." Oh ! cette laine, plus blanche que la neige, pendant que je la filais elle devenait rouge aux yeux de Dieu et aux miens, parce que mon cœur avait reçu une nouvelle blessure de cette parole... Les autres, après des années et des mois, elles s'étaient sinon fermées du moins desséchées de leur suintement de sang. Mais celle–là ! Chaque jour, chaque heure retournait l'épée dans le cœur : "Un jour de moins ! Une heure de moins ! Et ensuite, il sera mort !" Oh ! Oh !... Et le fil sur le fuseau et sur le métier devenait rouge pour moi... On l'a teint ensuite pour le monde... Mais il était déjà rouge... » Marie pleure de nouveau.
Elles cherchent à la soulager en lui parlant de la Résurrection. Suzanne demande : « Que dis–tu ? Comment sera–t–il, ressuscité ? Et comment ressuscitera–t–il ? »
Et elle, égarée, aveuglée à cette heure de martyre rédempteur, répond : « Je ne sais pas... Je ne sais plus rien... sauf qu'il est mort... » Elle éclate de nouveau en des sanglots violents et elle baise le linge qui était aux flancs de son Fils, elle le serre sur son cœur et le berce comme si c'était un enfant...
Elle touche les clous, les épines, l'éponge, et crie : « C'est cela qu'a su te donner ta Patrie ! Du fer, des épines, du vinaigre et du fiel ! Et des insultes, des insultes, des insultes ! Et parmi tous les fils d'Israël, on a dû choisir quelqu'un de Cyrène pour porter la croix. Cet homme est sacré pour moi comme un époux. Et si j'en connaissais un autre qui ait secouru mon Enfant, je lui baiserais les pieds. Mais personne n'a donc eu pitié ? Sortez ! Partez ! Même de vous voir, c'est pour moi une douleur ! Parce que parmi vous tous, parmi vous tous, vous n'avez même pas su obtenir une torture moins cruelle. Serviteurs inutiles et inertes de votre Roi, sortez ! » Elle est terrible dans son emportement. Debout, raide, elle paraît même plus grande, avec ses yeux impérieux, son bras tendu qui indique la porte. Elle commande comme une reine sur le trône.
Tout le monde sort sans réagir pour ne pas l'exciter davantage et s'assoit en dehors de la porte close, pour écouter ses gémissements et tout bruit qu'elle peut faire. Mais après le bruit du siège qu'elle a repoussé et de ses genoux qui frappent le sol, car elle s'est agenouillée la tête contre la table sur laquelle se trouvent les objets de la Passion, on n'entend que ses pleurs sans arrêt et sans réconfort. Elle murmure, mais si doucement que ceux qui sont dehors ne peuvent l'entendre : « Père, Père, pardon ! Je deviens orgueilleuse et méchante. Mais Tu le vois : c'est vrai ce que je dis. Il y avait des foules autour de Lui et à cette fête toute la Palestine est dans les murs saints... Saints ? Non. Plus saints... Ils seraient restés tels si Lui avait expiré en leur intérieur. Mais Jérusalem l'a expulsé comme le vomissement qui donne la nausée. Dans Jérusalem il n'y a donc que le Crime... Eh bien, de tout ce peuple qui le suivait, il n'a pu se rassembler une poignée qui s'impose, je ne dis pas pour le sauver – il devait mourir pour racheter – mais pour le faire mourir sans tant de tortures. Ils sont restés dans l'ombre ou bien ils ont fui... Mon cœur se révolte devant tant de lâcheté. Je suis la Mère. A cause de cela, pardonne mon péché d'orgueilleuse dureté... » et elle pleure ...
...Dehors les autres sont sur les épines et pour plusieurs motifs.
Le maître de maison rentre. Il était sorti par curiosité et il apporte des nouvelles redoutables. On dit que beaucoup de gens sont morts dans le tremblement de terre, que beaucoup ont été blessés dans les corps à corps entre les fidèles du Nazaréen et les juifs, que plusieurs ont été arrêtés et qu'il y aura de nouvelles exécutions pour révoltes et menaces envers Rome, que Pilate a ordonné d'arrêter tous les partisans du Nazaréen et tous les chefs du Sanhédrin présents dans la ville, ou même déjà enfuis à travers la Palestine, que Jeanne est mourante dans son palais, que Manaën a été arrêté par Hérode pour l'avoir insulté en pleine Cour comme complice du Déicide. En somme, un tas de nouvelles catastrophiques...
Les femmes gémissent non pas tant de peur pour elles–mêmes que pour leurs fils et leurs maris. Suzanne pense à son époux, connu parmi les fidèles de Jésus en Galilée. Marie de Zébédée pense à son mari, logé chez un ami, et à son fils Jacques dont elle n'a pas de nouvelles depuis le soir précédent. Et Marthe dit en sanglotant : « Ils seront déjà allés à Béthanie ! Qui ne savait pas ce qu'était Lazare pour le Maître ? »
« Mais il est protégé par Rome, lui » lui réplique Marie Salomé.
« Oh ! protégé ! Qui sait, avec la haine qu'ont pour nous les chefs d'Israël, quelles accusations ils portent contre lui à Pilate... Oh ! Dieu ! » Marthe se met les mains dans les cheveux et elle crie : « Les armes ! Les armes ! La maison en est pleine... et aussi le palais ! Je le sais ! Ce matin, à l'aurore, est venu Lévi, le gardien et il m'a dit...
Mais déjà tu le sais, toi aussi ! Et tu l'as dit aux juifs sur le Calvaire... Sotte ! Tu as mis dans la main des cruels l'arme pour tuer Lazare ! ... »
« Je l'ai dit, oui, j'ai dit la vérité sans le savoir. Mais tais–toi, poule mouillée ! Ce que j'ai dit est la plus sûre garantie pour Lazare. Ils se garderont bien de s'aventurer dans des recherches là où ils savent qu'il y a des gens armés ! Ce sont des lâches ! »
« Les juifs, oui. Mais les romains, non. »
« Je ne crains pas Rome. Elle est juste et paisible dans ses dispositions. »
« Marie a raison » dit Jean. « Longin m'a dit : "J'espère qu'ils vous laisseront tranquilles. Mais s'ils ne le faisaient pas, viens ou envoie quelqu'un au Prétoire. Pilate est bienveillant pour les fidèles du Nazaréen. Il l'était aussi pour Lui. Nous vous défendrons". »
« Mais si les juifs font tout par eux–mêmes ? Hier soir, c'était eux qui ont pris Jésus ! Et, s'ils disent que nous sommes des profanateurs, ils ont le droit de nous prendre. Oh ! mes fils ! J'en ai quatre !
Où sont Joseph et Simon ? Ils étaient sur le Calvaire, et puis ils sont descendus quand Jeanne n'a pas résisté. Pour aider et défendre les femmes... Eux, les bergers, Alphée... tous ! oh ! ils les auront certainement déjà tués. Tu as entendu que Jeanne est mourante ? Elle l'est certainement parce qu'elle est blessée. Et eux, avant que la plèbe puisse frapper une femme, l'auront défendue et seront morts !... Et Jude et Jacques ? Mon petit Jude ! Mon trésor ! Et Jacques, doux comme une fillette ! Oh ! je n'ai plus de fils ! Je suis comme la mère des fils Macchabées ! ... »
Toutes pleurent désespérément. Toutes, sauf la maîtresse de maison qui est allée chercher une cachette pour son mari, et Marie Magdeleine qui ne pleure pas. Mais ses yeux jettent du feu : elle redevient la femme autoritaire d'autrefois. Elle ne parle pas, mais elle darde son regard sur ses compagnes abattues, et elle bout de leur adresser une épithète très claire : « Pusillanimes ! »
Un certain temps passe ainsi... De temps à autre une se lève, ouvre doucement la porte, jette un coup d'œil, la referme.
« Que fait–elle ? » demandent les autres.
Celle qui a regardé répond : « Elle est toujours à genoux. Elle prie » ou bien : « Elle semble parler avec quelqu'un. » Et encore : « Elle s'est levée et fait des gestes en allant çà et là dans la pièce. »

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Re: Les écrits de Maria Valtorta

Message par Père Jean le Mar 7 Avr 2009 - 9:25

Le martyre de la Vierge


Le martyre de la Vierge nous est transmis tant dans la prophétie de Siméon que dans le récit de la Passion du Seigneur. « Cet enfant est là, dit de l’enfant Jésus le saint vieillard, comme un signe de contradiction, et toi-même, il parle maintenant à Marie, un glaive transpercera ton âme. »

Mère bénie, il est bien vrai qu’un glaive a transpercé ton âme. D’ailleurs ce n’était qu’en la transperçant qu’il a pu pénétrer dans la chair de ton Fils. Après que ton Jésus eût rendu l’esprit, la cruelle lance qui lui a ouvert le côté n’a évidemment pas pu atteindre son âme ; mais la tienne, elle l’a bien transpercée. Son âme en effet n’était plus là, mais la tienne ne pouvait pas s’en arracher.

Ne soyez pas étonnés, frères, si on dit que Marie est martyre en son âme. Celui qui s’en étonne oublie - il l’a entendu - que Paul compte parmi les plus grands crimes des païens le manque d’affection. Ce fut loin d’en être ainsi pour le cœur de Marie. Que ce soit loin d’en être ainsi pour ses petits serviteurs.
Sermon de saint Bernard
(dom. As., 14-15)

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Re: Les écrits de Maria Valtorta

Message par Her le Mar 7 Avr 2009 - 13:50

Bonjour,

Dans la révélation de la Passion à Domenico, dans les années 1950, la Sainte Vierge est présentée comme la première stigmatisée.

Meillleures pensées
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Re: Les écrits de Maria Valtorta

Message par Grosjean le Mer 8 Avr 2009 - 9:28

Mercredi Saint (37ème jour)
33. LA LAMENTATION DE LA VIERGE


« Jésus ! Jésus ! Où es–tu ? M'entends–tu encore ? L'entends–tu ta pauvre Maman qui crie, en ce moment, ton Nom saint et béni, après l'avoir gardé dans son cœur pendant tant d'heures ? Ton Nom saint, qui a été mon amour, l'amour de mes lèvres qui goûtaient une saveur de miel en disant ton Nom, de mes lèvres qui maintenant, au contraire, semblent en le disant boire l'amertume qui est restée sur tes lèvres, l'amertume de l'atroce mixture... Ton Nom, amour de mon cœur qui se gonflait de joie quand il le disait, comme il s'était dilaté pour transvaser son sang et t'accueillir et t'en revêtir quand tu es descendu du Ciel vers moi, si petit, si minuscule, que tu aurais pu poser dans le calice de la menthe sauvage.
Toi, si grand, Toi, le Puissant anéanti dans un germe d'homme pour le salut du monde. Ton Nom, douleur de mon cœur, maintenant qu'il est arraché aux caresses de ta Maman pour te jeter dans les bras des bourreaux qui t'ont torturé jusqu'à te faire mourir. J'en ai le cœur broyé, de ce Nom que j'ai dû renfermer pendant tant d'heures et dont le cri augmentait à mesure que croissait ta douleur, jusqu'à l'abattre, comme une chose piétinée par le pied d'un géant. Oh ! oui, ma douleur est gigantesque, elle m'écrase, me broie et il n'est rien qui puisse la soulager.
A qui dire ton Nom ? Rien ne répond à mon cri. Même si je hurlais jusqu'à fendre la pierre qui ferme ton tombeau, tu ne l'entendrais pas puisque tu es mort. N'entends–tu plus ta Maman ? Que de fois ne t'ai–je pas appelé, pendant ces trente–quatre ans, ô mon Fils ! De l’instant où j'ai su que je devais être Mère, et que mon petit se serait appelé "Jésus !". Tu n'étais pas né et moi, en caressant le sein où tu grandissais, je t'appelais doucement : "Jésus !" et il me semblait que tu remuais pour me dire : "Maman !". Je te donnais déjà une voix, je la rêvais déjà, ta voix. Je l'entendais avant qu'elle existât. Et quand je l'ai entendue, faible comme celle d'un agnelet qui vient de naître, qui tremblait dans la nuit froide où tu es né, j'ai connu l'abîme de la joie... et je croyais avoir connu l'abîme de la douleur parce que c'étaient les pleurs de mon Enfant qui avait froid, qui était mal à l'aise, qui versait ses premières larmes de Rédempteur et que je n'avais pas de feu ni de berceau et que je ne pouvais souffrir à ta place, Jésus. Je n'avais que mon sein comme feu et oreiller, et mon amour pour t'adorer, mon Fils saint.
Je croyais avoir connu l'abîme de la douleur... c'était l'aube de cette douleur, c'en était le bord. Maintenant, c'en est le midi. Maintenant c'est le fond. C'est l'abîme ce que je touche maintenant, après y être descendue en ces trente–quatre années, bousculée par tant de choses et prostrée, aujourd'hui, sur le fond horrible de ta Croix.
Quand tu étais petit, je te berçais en chantant : "Jésus ! Jésus !" Quelle harmonie plus sainte et plus belle que ce Nom qui fait sourire les anges au Ciel ? Pour moi, il était plus beau que le chant, si doux, des anges dans la nuit de ta Naissance. J'y voyais à l'intérieur le Ciel, c'était le Ciel entier que je voyais à travers ce Nom. Et maintenant, en le disant à Toi qui es mort et qui ne m'entends pas, et ne me réponds pas, comme si tu n'avais jamais existé, je vois l'Enfer, tout l'Enfer. Voilà : je comprends maintenant ce que veut dire être damné. C'est ne plus pouvoir dire : "Jésus !" Horreur ! Horreur ! Horreur !...
Combien durera cet enfer pour ta Maman ? Tu as dit : "En trois jours, je réédifierai ce Temple". C'est tout aujourd'hui que je me répète ces paroles que tu as dites, pour ne pas tomber tuée, pour être prête à te saluer à ton retour, et te servir encore... Mais comment pourrai–je te savoir mort, pendant trois jours ? Trois jours dans la mort, Toi, Toi, ma Vie ?
Mais comment, Toi qui sais tout, puisque tu es la Sagesse infinie, ne la connais–tu pas la douleur de ta Maman ? Ne peux–tu te l'imaginer en te rappelant quand je t'ai perdu à Jérusalem et que tu m'as vu fendre la foule qui était autour de Toi, avec le visage d'un naufragé qui touche le rivage après une si longue lutte avec l'eau et la mort, avec le visage d'une femme qui sort d'une torture, épuisée, ayant perdu son sang, vieillie, brisée ? Et alors je pouvais penser que tu étais seulement perdu. Je pouvais avoir l'illusion qu'il en était seulement ainsi. Aujourd'hui, non. Aujourd'hui, non. Je le sais que tu es mort. L'illusion n'est pas possible. Je t'ai vu tuer.
Même si la douleur me le faisait oublier, voici ton Sang sur mon voile, qui me dit : "Il est mort ! Il n'a plus de sang ! Celui–ci est le dernier sorti de son Cœur !" De son Cœur ! Du cœur de mon Enfant, de mon Fils ! De mon Jésus ! Oh ! Dieu ! Dieu de pitié, ne me fais pas souvenir qu'on Lui a ouvert le Cœur...
Jésus, je ne puis rester seule ici pendant que tu es seul là–bas. Moi qui n'ai jamais aimé les chemins du monde et les foules, et tu le sais, depuis que tu as quitté Nazareth, je t'ai suivi de plus en plus, pour ne pas vivre loin de Toi. J'ai affronté la curiosité et les mépris, je ne compte pas les fatigues parce qu'elles ne comptaient pour rien quand je te voyais, pour vivre où tu étais. Et maintenant, je suis ici seule, et tu es là–bas seul. Pourquoi ne m'ont–ils pas laissé –dans ton tombeau ? Je me serais assise près de ton lit glacé, en tenant une de tes mains dans les miennes, pour te faire sentir que j'étais près de Toi... Non, pour sentir que tu étais près de moi. Tu ne sens plus rien. Tu es mort !
Que de fois j'ai passé les nuits près de ton berceau, en priant, en aimant, en me délectant de Toi. Veux–tu que je te dise comment tu dormais, avec les petits poings clos comme deux boutons de fleur près de ton petit visage saint ? Veux–tu que je te dise comment tu souriais dans ton sommeil et comment, en te rappelant certainement le lait de la Maman, tu faisais en dormant le geste de sucer ? Veux–tu que je te dise comment tu t'éveillais et ouvrais tes petits yeux et riais, en me voyant penchée sur ton visage et comment tu tendais joyeusement tes menottes, impatient que je te prenne, et comment, avec un petit cri doux comme le trille d'une fauvette, tu réclamais ta nourriture ? Oh ! que j'étais heureuse quand tu t'attachais à mon sein et que je sentais la tiédeur lisse de tes joues, les caresses de tes menottes à ma mamelle !
Tu ne savais pas rester seul sans ta Maman. Et maintenant, tu es seul ! Pardonne–moi, Fils, de t'avoir laissé seul, de ne m'être pas révoltée pour la première fois de ma vie et d'avoir voulu rester là. C'était ma place. Je me serais sentie moins désolée si j'avais été près de ton lit funèbre, pour arranger les langes comme autrefois et les changer... Même si tu n'avais pu me sourire et me parler, il m'aurait semblé t'avoir, de nouveau, petit. Je t'aurais accueilli sur mon cœur pour ne pas te faire sentir la froideur de la pierre, la dureté du marbre. Ne t'ai–je pas tenu aujourd'hui même ? Le sein d'une mère est toujours capable d'accueillir un fils, même s'il est homme. Le fils est toujours un enfant pour sa maman, même s'il est déposé de la croix, couvert de plaies et de blessures.
Combien ! Combien de blessures ! Que de douleur ! Oh ! mon Jésus, mon Jésus si durement blessé ! Ainsi blessé ! Ainsi tué ! Non. Non. Seigneur, non ! Ce ne peut être vrai ! Je suis folle ! Jésus mort ? Je délire. Jésus ne peut mourir ! Souffrir, oui. Mourir, non. Lui est la Vie ! Lui est le Fils de Dieu. Il est Dieu. Dieu ne meurt pas.
Il ne meurt pas ? Et alors pourquoi s'est–il appelé "Jésus" ? Que veut dire "Jésus" ? Cela veut dire... oh ! cela veut dire : "Sauveur" ! Il est mort ! Il est mort parce qu'il est le Sauveur. Il a dû sauver tous les hommes, en se perdant Lui–même... Je ne délire pas, non. Je ne suis pas folle. Non. Si je l'étais ! Je souffrirais moins ! Il est mort. Voici son Sang. Voici sa couronne. Voici les trois clous : c'est avec ceux–ci qu'ils l'ont transpercé !
Hommes, regardez avec quoi vous avez transpercé Dieu, mon Fils ! Et je dois vous pardonner et je dois vous aimer. Parce que Lui vous a pardonné, parce que Lui m'a dit de vous aimer ! Il m'a fait votre Mère, Mère des assassins de mon Enfant ! Une de ses dernières paroles, en luttant contre le râle de l'agonie... "Mère, voici ton fils... tes fils". Même si je n'avais pas été Celle qui obéit, j'aurais dû obéir aujourd'hui, car c'était le commandement d'un mourant.
Voici. Voici. Jésus, je pardonne, je les aime. Ah ! mon cœur se brise dans ce pardon, dans cet amour ! Entends–tu que je leur pardonne et les aime ? Je prie pour eux. Voilà : je prie pour eux... Je ferme les yeux pour ne pas voir ces objets de ta torture pour pouvoir leur pardonner, pour pouvoir les aimer, pour pouvoir prier pour eux. Chaque clou sert à crucifier de ma part toute volonté de ne pas pardonner, de ne pas aimer, de ne pas prier pour tes bourreaux.
Je dois, je veux penser que je suis près de ton berceau. Alors je priais aussi pour les hommes, mais alors c'était facile. Tu étais vivant et moi, bien que je jugeais les hommes cruels, je n'arrivais jamais à penser qu'ils puissent l'être autant pour Toi, qui les avais outre mesure comblés de bienfaits. Je priais, convaincue que ta Parole les aurait rendus bons. En mon cœur, je leur disais en les regardant : "Vous êtes mauvais, malades, maintenant, frères. Mais d'ici peu il parlera, mais d'ici peu Lui vaincra en vous Satan. Il vous donnera la vie perdue !" La vie perdue ! C'est Toi, Toi, Toi qui l'as perdue la vie, pour eux. Mon Jésus !
Si, quand tu étais dans les langes, j'avais pu voir l'horreur de ce jour, mon doux lait se serait changé en poison à cause de la douleur ! Siméon l'a dit : "Une épée te transpercera le cœur". Une épée ? Une forêt d'épées ! Combien de blessures ils t'ont fait, Fils ? Combien de gémissements tu as poussés ? Combien de spasmes ? Combien de gouttes de sang tu as versées ? Eh bien, chacune est une épée pour moi. Je suis une forêt d'épées. En Toi, il n'en est pas une partie de la peau qui ne soit une plaie. En moi, il n'en est pas qui ne soit transpercée. Elles transpercent mes chairs et pénètrent dans le cœur.
Quand j'attendais ta naissance, je te préparais les langes et les linges en filant le plus beau lin de la Terre. Je n'ai pas regardé au prix pour posséder l'étoffe la plus lisse. Comme tu étais beau dans les langes de ta Maman ! Tous me disaient : "Il est beau, ton enfant, Femme !" Tu étais beau ! De la blancheur du lin ressortait ta petite figure rose. Tu avais deux yeux plus bleus que le ciel, et ta petite tête semblait enveloppé d'un nuage d'or tant tes cheveux étaient blonds et soyeux. Ils sentaient la fleur d'amandier à peine ouverte. On croyait que je te parfumais. Non, mon trésor n'avait que le parfum des langes lavés par sa Maman, réchauffés, baisés par son cœur et par ses lèvres. Je n'étais jamais lasse de travailler pour Toi.
Et maintenant ? Je n'ai plus rien à faire pour Toi. Depuis trois ans tu étais loin de la maison, mais tu étais encore le but de mes journées. Penser à Toi. A tes vêtements. A ta nourriture : pétrir la farine et en faire du pain, soigner les abeilles pour te donner le miel, veiller sur les arbres pour qu'ils te donnent des fruits. Comme tu les aimais les choses que te portait ta Maman ! Aucun mets de table riche, aucun vêtement d'étoffe précieuse n'étaient pour Toi comme ces tissus cousus, soignés, préparés par les mains de ta Maman. Quand j'allais te voir, tu regardais tout de suite mes mains, comme quand tu étais tout petit et que Joseph et moi, nous te donnions nos pauvres dons pour te faire sentir que tu étais notre Roi. Tu n'as jamais été gourmand, mon Enfant, mais c'était l'amour que tu cherchais, c'était cela ta nourriture et dans nos soins tu le trouvais. Maintenant aussi, c'était ce que tu trouvais, ce que tu cherchais, mon pauvre Fils, si peu aimé du monde !
Maintenant, plus rien. Tout est accompli. Ta Maman ne fera plus rien pour Toi. Tu n'as plus besoin de rien... Maintenant tu es seul... Et moi, je suis seule... Oh ! heureux Joseph, qui n'a pas vu ce jour. Si moi aussi je n'avais plus été là ! Mais alors tu n'aurais pas eu même ce réconfort de voir ta pauvre Maman. Tu aurais été seul sur la croix, comme tu es seul dans le tombeau, seul avec tes blessures.

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Re: Les écrits de Maria Valtorta

Message par Grosjean le Mer 8 Avr 2009 - 9:29

Mercredi Saint (37ème jour)(suite)
33. LA LAMENTATION DE LA VIERGE


Oh ! Dieu ! Dieu, que de blessures a ton Fils, mon Fils ! Comment ai–je pu les voir sans mourir, moi qui m'évanouissais quand tout petit tu te faisais mal ?
Une fois tu es tombé dans le jardin de Nazareth et tu t'es blessé le front : quelques gouttes de sang. Mais moi, qui m'étais sentie mourir en voyant des gouttes de ton sang à la Circoncision – en effet Joseph dut me soutenir car je tremblais comme quelqu'un qui meurt – il me semblait que cette blessure minuscule devait te tuer, et c'est plus avec mes larmes qu'avec l'eau et l'huile que je l'ai soignée et je ne me suis rassurée, que quand elle n'a plus donné de sang. Une autre fois, tu apprenais à travailler, et tu t'es blessé avec la scie. Une petite blessure. Mais c'était comme si la scie m'avait coupée en deux. Je n'ai eu de repos que quand, six jours après, j'ai vu ta main guérie.
Et maintenant ? Et maintenant ? Maintenant tu as les mains, les pieds, le côté ouvert, maintenant ta chair tombe en lambeaux et ton visage est couvert de contusions. Ce visage que je n'osais effleurer d'un baiser. Ton front et ta nuque sont couverts de plaies et personne ne t'a donné de remède et de réconfort.
Regarde mon cœur, ô Dieu qui m'as frappée dans mon Enfant ! Regarde–le ! N'est–il pas couvert de plaies comme le Corps de Celui qui es mon Fils et le tien ? Les coups de fouets sont tombés sur moi comme une grêle pendant qu'on le frappait. Qu'est la distance pour l'amour ? J'ai souffert les tortures de mon Fils ! Que ne les ai–je souffertes moi seule ! Que n'ai–je été moi sur la pierre du tombeau ! Regarde–moi, ô Dieu ! Mon cœur ne suinte–t–il pas le sang ? Voici le cercle des épines, je le sens. C'est une bande qui me serre et me transperce. Voici le trou des clous : trois stylets fixés dans mon cœur.
Oh ! ces coups ! Ces coups ! Comment le ciel ne s'est–il pas écroulé à cause de ces coups sacrilèges dans la chair de Dieu ? Et ne pouvoir crier ! Ne pouvoir m'élancer pour arracher l'arme aux assassins et m'en faire une défense pour mon Enfant mourant. Mais devoir les entendre, entendre et ne rien faire ! Un coup sur le clou, et le clou entre dans les chairs vivantes. Un autre coup, et il entre encore davantage. Un autre et un autre et les os et les nerfs se brisent, et voilà transpercée la chair de mon Enfant et le cœur de sa Maman.
Et quand ils t'ont élevé sur la Croix ? Combien dois-tu avoir souffert, Fils Saint ! Je vois encore ta main se déchirer dans la secousse de la chute. J'ai le cœur déchiré comme elle. Je suis contusionnée, flagellée, piquée, frappée, transpercée comme Toi. Je n'étais pas avec Toi sur la croix, mais regarde–la, ta Maman ! Est–elle différente de Toi ? Non. Il n'y a pas de différence de martyre. Et même le tien est fini, le mien dure encore. Tu n'entends plus les accusations menteuses, moi je les entends. Tu n'entends plus les blasphèmes horribles, moi je les entends encore. Tu ne sens plus la morsure des épines et des clous, ni la soif et la fièvre. Je suis pleine de pointes de feu et je suis comme quelqu'un qui meurt brûlé et délirant.
Si au moins ils m'avaient laissé te donner une goutte d'eau ! Mes larmes, si la férocité des hommes refusait au Créateur l'eau créée par Lui. Je t'ai donné tant de lait, parce que nous étions pauvres, mon Fils, et dans la fuite en Egypte nous avions tant perdu, et nous avions dû nous refaire un toit, des meubles, sans compter les vêtements et la nourriture, et nous ne savions pas combien l'exil aurait duré, ni ce que nous aurions trouvé en revenant au pays. Je t'ai donné du lait au–delà du temps habituel pour que tu ne sentes pas le manque de nourriture. Jusqu'au moment où nous eûmes la chevrette, c'est moi qui fus ta chevrette, enfant de ta Maman. Tu avais déjà tant de dents et tu mordais... Oh ! joie de te voir rire dans tes jeux enfantins !... Tu voulais marcher. Tu étais si sain et si fort. Moi je te soutenais pendant des heures et des heures, et je ne sentais pas se briser mes reins en restant penchée sur Toi, qui faisais tes petits pas et tu disais à chaque pas : "Maman !", "Maman !". Oh ! béatitude de s'entendre chanter ce nom !
Tu le disais aussi aujourd'hui : "Maman, Maman !" Mais ta Maman ne pouvait que te voir mourir. Je ne pouvais même pas caresser tes pieds ! Tes pieds ? Oh ! même s'ils avaient été à portée de ma main, je n'aurais pu les toucher pour ne pas accroître ton tourment. Comme ils devaient souffrir tes pauvres pieds, ô mon Jésus ! Si j'avais pu monter jusqu'à Toi, et me mettre entre le bois et ton Corps, et t'empêcher de heurter contre le bois dans les convulsions de l'agonie. Je l'entends encore ta tête frapper le bois dans les derniers sursauts. Et ce bruit, ce bruit me rend folle. C'est comme si j'avais un marteau dans la tête.
Reviens, reviens, cher Fils, Fils saint ! Je meurs. Je ne puis me faire à cette désolation qu'est la mienne. Montre–moi de nouveau ton visage. Appelle–moi encore. Je ne puis penser que tu es sans voix, sans regard, dépouille froide et sans vie ! Oh ! Père, secours–moi. Jésus ne m'entend pas ! La Passion n'est–elle pas finie ? Tout n'est–il pas accompli ? Ne suffisent–ils pas ces clous, ces épines, ce sang, ces larmes ? Faut–il encore autre chose pour guérir l'homme ?
Père, je te nomme les instruments de sa douleur et mes pleurs. Mais ceci est ce qu'il y a de moindre. Ce qui l'a fait mourir dans une angoisse surhumaine, a été ton abandon. Ce qui me fait crier, c'est ton abandon. Je ne t'entends plus. Où es–tu, Père saint ? J'étais "la Pleine de Grâce". L'Ange l'a dit : "Salut, Marie, pleine de Grâce, le Seigneur est avec toi, et tu es bénie entre toutes les femmes". Non. Ce n'est pas vrai ! Ce n'est pas vrai ! Je suis comme quelqu'une qui est maudite par Toi à cause de son péché. Tu n'es plus avec moi. La grâce s'est retirée, comme si moi j'étais une seconde Eve pécheresse.
Mais moi, je t'ai toujours été fidèle. En quoi t'ai–je déplu ? Tu as fait de moi ce qui t'a semblé bon et je t'ai toujours dit : "Oui, Père, je suis prête". Les anges peuvent–ils donc mentir ? Et Anne, qui m'a assuré que Tu m'aurais donné ton ange à l'heure de la douleur ? Je suis seule. Je ne trouve plus grâce à tes yeux, je ne te possède plus Toi, Grâce, en moi. Je n'ai plus d'Ange. Mentent–ils donc les Saints ? En quoi t'ai–je déplu, s'ils mentent et si j'ai mérité cette heure ?
Et Jésus ? En quoi a–t–il manqué, ton Agneau pur et doux ? En quoi t'avons–nous offensé, pour qu'en plus du martyre donné par les hommes, on doive avoir la torture incalculable de ton abandon ? Lui, Lui, ensuite, qui était ton Fils et qui t'appelait de cette voix qui a fait frissonner la Terre et se secouer dans un sanglot de pitié ! Comment as–Tu pu le laisser seul en tant de tourments ?
Pauvre Cœur de Jésus qui t'aimait tant ! Où est la marque de la blessure du Cœur ? La voici. Regarde, Père, cette marque. Ici c'est l'empreinte de ma main entrée dans la large blessure de la lance. Ici... Ici... Les pleurs, le baiser de la Mère, qui a brûlé ses yeux et consumé ses lèvres par les pleurs et les baisers, ne l'effacent pas. Ce signe crie en reproches. Ce signe, plus que le sang d'Abel, crie vers Toi de la Terre. Et Toi, qui as maudit Caïn et as exercé sur lui ta vengeance, Tu n'es pas intervenu pour mon Abel, déjà saigné par ses Caïns, et Tu as permis le dernier outrage ! Tu lui as broyé le cœur par ton abandon et Tu as laissé un homme le mettre à nu, pour que je le voie et que j'en sois broyée. Mais de moi, peu importe. C'est pour Lui, pour Lui, que je fais cette demande et que je t'appelle pour que Tu répondes. Tu ne devais pas...
Tu ne devais pas... Oh ! Pardon, Père ! Pardon, Père Saint ! Pardonne à une Mère qui pleure son Enfant... Il est mort ! Il est mort mon Fils ! Mort avec le cœur ouvert. Oh ! Père, Père, pitié ! Je t'aime ! Nous t'avons aimé et Tu nous as tant aimés ! Comment as–Tu permis que fût blessé le Cœur de notre Fils ? Oh ! Père !... Pitié pour une pauvre femme. Je délire, Père. Je suis tienne, ton rien, j'ose te faire des reproches ! Pitié ! Tu as été bon. La blessure, l'unique blessure qui ne Lui a pas fait mal, c'est celle–là.
Ton abandon a servi à le faire mourir avant le coucher du soleil, pour Lui éviter d'autres tortures. Tu as été bon. Tu fais tout dans un but de bonté. Nous sommes nous des créatures qui ne comprenons pas. Tu as été bon. Tu as été bon. Dis–la, mon âme, cette parole pour enlever la morsure de ta souffrance. Dieu est bon et Il t'a toujours aimée, mon âme. Du berceau à cette heure, Il t'a toujours aimée. Il t'a donné toute la joie du temps. Toute. Il t'a donné Lui–même. Il a été bon, bon, bon. Merci, Seigneur, que tu sois béni pour ton infinie bonté
Merci, Jésus. Je te dis merci à Toi aussi ! Moi seule l'ai sentie dans mon cœur quand j'ai vu le tien ouvert. Maintenant ta lance est dans le mien et elle fouille et déchire. Mais c'est mieux ainsi. Tu ne la sens pas.
Mais Jésus, pitié ! Un signe de Toi ! Une caresse, une parole pour ta pauvre Maman au cœur déchiré ! Un signe, un signe, Jésus, si tu veux me trouver vivante à ton retour. »

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Re: Les écrits de Maria Valtorta

Message par Grosjean le Jeu 9 Avr 2009 - 8:18

Jeudi Saint (38ème jour)
Le voile de Véronique

Un coup résolu à la porte fait sursauter tout le monde. Le maître de maison fuit courageusement. Marie de Zébédée voudrait que son fils le suive et elle pousse Jean vers la cour. Les autres, sauf Marie-Madeleine, se serrent l'une contre l'autre en gémissant. C'est elle, Marie de Magdala, qui droite et courageuse va à la porte et demande : « Qui frappe ? »
Une voix de femme répond : « C'est Nique. J'ai quelque chose à donner à la Mère. Ouvrez ! Vite. La ronde fait son tour. »
Jean, qui s'est dégagé de sa mère et est accouru près de Marie-Madeleine, s'affaire autour des multiples serrures tous bien en place ce soir. Il ouvre. Nique entre avec sa servante et un homme musclé qui l'accompagne. On ferme.
« J'ai une chose... » Nique pleure et ne peut parler...
« Quoi ? Quoi ? » Ils sont tous près d'elle, curieux.
« Sur le Calvaire... J'ai vu le Sauveur en cet état... J'avais préparé le voile des reins pour qu'il ne se serve pas des chiffons des bourreaux... Mais il était tout en sueur, avec du sang dans les yeux, et j'ai pensé le Lui donner pour qu'il s'essuie. Et Lui l'a fait... Et il m'a rendu le voile. Je ne m'en suis plus servie... Je voulais le garder comme relique avec sa sueur et son sang. Et, voyant l'acharnement des juifs, après un moment, avec Plautina et les autres romaines Lidia et Valeria ensemble, nous avons décidé de revenir, craignant qu'ils nous enlèvent ce voile. Les romaines sont des femmes viriles. Elles nous ont mises au milieu, la servante et moi, et elles nous ont protégées. Il est vrai qu'elles sont une contamination pour Israël... et qu'il est dangereux de toucher Plautina. Mais cela, on y pense par temps calme. Aujourd'hui, ils étaient tous ivres... A la maison, j'ai pleuré... pendant des heures... Puis est venu le tremblement de terre et je me suis évanouie... Revenue à moi, j'ai voulu baiser ce voile et j'ai vu... Oh !... Il y a dessus le visage du Rédempteur !... »
« Fais voir ! Fais voir ! »
« Non. D'abord à la Mère. C'est son droit. »
« Elle est tellement épuisée ! Elle ne résistera pas... »
« Oh ! ne dites pas cela ! Ce sera pour elle un réconfort, au contraire. Avertissez–la ! »
Jean frappe doucement à l'entrée.
« Qui est–ce ? »
« Moi, Mère. Dehors, il y a Nique... Elle est venue de nuit... Elle t'a apporté un souvenir... un cadeau... Elle espère te réconforter avec cela. «
« Oh ! un seul cadeau peut me réconforter ! Le sourire de son Visage... »
« Mère ! » Jean l'entoure de ses bras de peur qu'elle ne tombe et il dit, comme s'il confiait le vrai Nom de Dieu : « C'est lui. C'est le sourire de son Visage imprimé dans le voile avec lequel Nique l'a essuyé au Calvaire. »
« Oh ! Père ! Dieu Très–haut ! Fils Saint ! Eternel Amour ! Soyez bénis ! Le signe ! Le signe que je vous ai demandé ! Fais–la, fais–la entrer ! »
Marie s'assoit car elle n'est plus maîtresse d'elle–même et, pendant que Jean fait signe aux femmes qui guettent le passage de Nique, Marie revient à elle.
Nique entre et s'agenouille à ses pieds avec sa servante près d'elle. Jean debout près de Marie, lui passe le bras derrière les épaules comme pour la soutenir. Nique ne dit pas un mot, mais elle ouvre le coffre, en tire le voile, le déplie. Et le Visage de Jésus, le Visage vivant de Jésus, le Visage douloureux et pourtant souriant de Jésus, regarde la Mère et lui sourit.
Marie pousse un cri d'amour douloureux et tend les bras. Les femmes lui font écho de l'entrée où elles sont groupées, et l'imitent en s'agenouillant devant le Visage du Sauveur.
Nique ne trouve pas de parole. Elle passe le voile de ses mains aux mains maternelles, et se penche ensuite pour en baiser le bord. Et puis elle sort à reculons, sans attendre que Marie revienne de son extase.
Elle s'en va... Elle est déjà dehors dans la nuit quand on pense à elle... Il ne reste qu'à fermer la porte comme elle était avant.
Marie est de nouveau seule dans un colloque d'âme avec l'image de son Fils car tous se retirent de nouveau.
Il se passe un moment. Puis Marthe dit : « Comment ferons–nous pour les onguents ? Demain c'est le sabbat... »
« Et nous ne pourrons rien prendre... » dit Salomé.
« Et il faudrait le faire... Plusieurs livres d'aloès et de myrrhe... mais il était si mal lavé... »
« Il faudrait que tout soit prêt pour l'aurore du premier jour après le sabbat » observe Marie d'Alphée.
« Et les gardes ? Comment allons–nous faire ? » demande Suzanne.
« Nous le dirons à Joseph s'ils ne nous laissent pas entrer » répond Marthe.
« Nous ne pourrons déplacer la pierre. »
Marie-Madeleine répond : « Oh ! tu dis qu'à cinq nous ne pourrons pas ? Nous sommes toutes robustes... et l'amour fait le reste. »
« Et puis je viendrai avec vous » dit Jean.
« Non, toi vraiment pas. Je ne veux pas te perdre aussi, fils. »
« Mais n'y pense pas. Nous suffirons. »
« Mais en attendant... Qui nous donne les aromates ? »
Elles restent toutes accablées... Puis Marthe dit : « Nous pouvions demander à Nique si c'était vrai ce qu'on disait de Jeanne... des soulèvements... »
« C'est vrai ! Mais nous sommes idiotes. Nous pouvions alors prendre aussi les aromates. Isaac était sur le seuil de sa porte quand nous sommes revenues... »
« Dans le palais, il y a de nombreux petits vases d'essences et il y a de l'encens fin. Je vais les prendre. » Et Marie-Madeleine se lève de sa place et met son manteau.
Marthe crie : « Tu ne vas pas y aller. »
« J'y vais. »
« Tu es folle ! Ils vont te prendre ! »
« Ta sœur a raison. N'y va pas ! »
« Oh ! quelles femmelettes inutiles et criardes vous êtes ! En vérité Jésus avait une belle troupe de suivantes ! Vous avez déjà épuisé votre réserve de courage ? Pour moi, au contraire, plus j'en use et plus il m'en vient. »
« Moi, je vais aller avec elle. Je suis un homme. »
« Et moi je suis ta mère et je te le défends. »
« Sois tranquille, Marie Salomé, et toi aussi, Jean. Je vais seule. Je n'ai pas peur. Je sais ce que c'est de courir dans les rues la nuit. Je l'ai fait mille fois pour pécher... et je devrais craindre maintenant que je vais pour servir le Fils de Dieu ? »
« Mais aujourd'hui la ville est en révolte. Tu as entendu l'homme. »
« C'est un lapin, et vous avec lui. J'y vais. »
« Et si tu trouves les soldats ? »
« Je dirai : "Je suis la fille de Théophile, syrien, serviteur fidèle de César". Et ils me laisseront aller, et puis... L'homme devant une femme jeune et belle est un jouet plus inoffensif qu'un fétu de paille. Je le sais, pour ma honte... »
« Mais où veux–tu trouver des parfums dans le palais puisqu'il n'est plus habité depuis des années ? »
« Tu le crois ? Oh ! Marthe ! Tu ne te souviens pas qu'Israël vous obligea à le quitter parce que c'était un de mes lieux de rendez–vous avec mes amants ? J'y avais tout ce qui servait à les rendre encore plus fous de moi. Quand je fus sauvée par mon Sauveur, j'ai caché dans un endroit, connu de moi seule, les albâtres et les encens dont je me servais pour mes orgies d'amour. Et j'ai juré que ce serait uniquement les pleurs sur mon péché et l'adoration de Jésus très saint qui auraient été les eaux parfumées et les encens ardents de Marie repentie, et que des signes d'un culte profane des sens et de la chair, j'aurais seulement usé pour les sanctifier sur Lui et Lui donner l'onction. Maintenant c'est l'heure. J'y vais. Restez, et tranquilles. Avec moi vient l'ange de Dieu et rien de mal ne m'arrivera. Adieu. Je vous apporterai des nouvelles. Et à Elle ne dites rien... Cela augmenterait son angoisse... »
Et Marie de Magdala sort sûre d'elle, imposante.
« Mère que cela soit pour toi un enseignement... et qu'il te dise de ne pas faire que le monde dise que ton fils est un lâche. Demain, ou plutôt aujourd'hui, car déjà est donnée la seconde veille, j'irai chercher les compagnons comme elle le veut... »
« C'est le sabbat... tu ne peux pas... » objecte Salomé pour le retenir.
« "Le sabbat est mort" je le dis, moi aussi, avec Joseph. L'ère nouvelle est commencée avec, en elle, d'autres lois, d'autres sacrifices et d'autres cérémonies. »
Marie Salomé baisse la tête sur ses genoux et elle pleure sans plus protester.
« Oh ! avoir des nouvelles de Lazare ! » gémit Marie de Cléophas.
« Si vous me laissez aller, vous les aurez. Car les compagnons, Simon le cananéen en avait reçu l'ordre, ont été conduits chez lui, chez Lazare. Jésus l'a dit à Simon en ma présence. »
« Hélas ! Tous là ? Alors tous perdus ! » Marie de Cléophas et Salomé versent des pleurs de désolation.
Il se passe du temps au milieu des pleurs et des attentes.

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Re: Les écrits de Maria Valtorta

Message par Grosjean le Jeu 9 Avr 2009 - 8:21

Jeudi Saint (38ème jour)(suite)
Fin de la Nuit du Vendredi Saint


Puis Marie-Madeleine revient triomphante, chargée de sacs pleins de vases précieux.
« Vous voyez que rien n'est arrivé ? Voici des huiles de toutes espèces, et du nard, et de l'oliban, et du benjoin. Pas de myrrhe ni d'aloès... Moi je ne voulais pas d'amertumes... Je les bois toutes maintenant... Mais en attendant nous mélangerons celles–ci et demain nous prendrons... oh ! en payant, Isaac les donnera même le jour du sabbat... Nous prendrons de la myrrhe et de l'aloès. »
« Ils t'ont vue ? »
« Personne. Dans mon tour, je n'ai même pas rencontré une chauve–souris. »
« Les soldats ? »
« Les soldats ? Je crois qu'ils ronflent sur leurs paillasses. »
« Mais les séditions... les arrestations... »
« C'est la peur de cet homme qui les a vues... »
« Qui est dans le palais ? »
« Mais Lévi et sa femme, tranquilles comme des enfants. Les hommes armés ont pris la fuite... Ah ! Ah ! Nous avons de beaux preux, ma foi !... Ils sont partis dès qu'ils ont appris la condamnation. Je dis la vérité : Rome est dure et elle emploie le fouet... Mais avec cela, elle se fait craindre et servir. Et elle a des hommes, pas des lapins... Oh ! oui ! Lui disait : "Mes fidèles connaîtront le même sort que Moi". Hum ! Si de nombreux romains se rallient à Jésus, c'est possible. Mais s'il doit y avoir des martyrs parmi les israélites ! Il restera seul... Voici mon sac et l'autre c'est celui de Jeanne qui... oui. Nous sommes non seulement lâches, mais menteurs. Jeanne est seulement accablée. Elle et Elise se sont senties mal sur le Golgotha. L'une est une mère qui a vu son fils mort et d'entendre les râles de Jésus lui ont fait éprouver un malaise. L'autre est délicate, elle n'est pas habituée à tant marcher, et au soleil. Mais rien comme blessures, rien comme agonie. Elle pleure comme nous certainement. Pas davantage. Elle regrette d'avoir été éloignée. Elle viendra demain et elle envoie ces aromates, ce qu'elle avait. Avec elle, était restée Valeria sur l'ordre de Plautina, et maintenant elle est partie avec les esclaves chez Claudia, car elles ont beaucoup d'encens. Quand elle viendra, car elle aussi, grâce au Ciel, n'est pas un lièvre qui tremble toujours, ne vous mettez pas à crier comme si vous sentiez le glaive à votre gorge. Allons, levez–vous ! Prenons des mortiers, travaillons. Pleurer ne sert pas, ou au moins pleurez et travaillez. Notre baume sera détrempé par nos larmes, et Il les sentira sur Lui... Il sentira notre amour. » Et elle se mord les lèvres pour ne pas pleurer et pour donner du courage aux autres, vraiment à bout.
Elles travaillent avec énergie.
Marie appelle Jean.
« Mère, qu'as–tu ? »
« Ces coups... »
« Elles pilent les encens... »
« Ah !... Mais... pardonnez... Ne faites pas ce bruit... il me semble que ce sont les marteaux... »
En effet les pilons de bronze contre le marbre des mortiers font vraiment le bruit des marteaux.
Jean le dit aux femmes et elles sortent dans la cour pour qu'on les entende moins.
Jean retourne vers la Mère.
« Comment les ont–elles eus ? »
« Marie de Lazare est allée à son palais et chez Jeanne... Et on en apportera d'autres... »
« Personne n'est venu ? »
« Personne depuis Nique. »
« Mais regarde–le, Jean, comme il est beau même dans sa douleur ! » Marie, les mains jointes, est absorbée en face de la toile qu'elle a étendue contre un coffre en la tendant avec des poids.
« Beau, oui, Mère. Et il te sourit... Ne pleure plus... Déjà plusieurs heures sont passées. Autant de moins pour attendre son retour... » et pourtant Jean pleure...
Marie caresse sa joue, mais elle ne regarde que l'image de son Fils. Jean sort, aveuglé par les larmes.
Marie-Madeleine aussi, qui est revenue prendre des amphores, est dans les mêmes conditions. Mais elle dit à l'apôtre : « II ne faut pas faire voir qu'on pleure, car autrement celles–là ne savent plus rien faire. Et on doit faire... »
« ...et on doit croire » achève Jean.
« Oui, croire. Si on ne pouvait pas croire, ce serait le désespoir. Moi, je crois. Et toi ? »
« Moi aussi... »
« Tu le dis mal. Tu n'aimes pas encore suffisamment. Si tu aimais avec tout, toi–même, tu ne pourrais pas ne pas croire. L'amour est lumière et voix. Même en face des ténèbres de la négation et le silence de la mort, il dit : "Je crois". »
Elle est splendide Marie-Madeleine, si grande et imposante, impérieuse dans sa confession de foi ! Elle doit avoir le cœur torturé, et ses yeux brûlés par les larmes le disent, mais l'âme est invaincue.
Jean la regarde avec admiration et murmure : « Tu es courageuse ! »
« Toujours. Je l'étais au point de défier le monde et j'étais sans Dieu alors. Maintenant que je l'ai Lui, je sens que je puis défier même l'enfer. Toi qui es bon, tu devrais être plus courageux que moi. Car la faute déprime, sais–tu ? Plus qu'une consomption. Mais tu es innocent... C'est pour cela qu'il t'aimait tant... »
« Il t'aimait aussi... »
« Et moi je n'étais pas innocente. Mais j'étais sa conquête et... »
On frappe avec force à la porte.
« Ce sera Valeria. Ouvre. »
Jean le fait sans peur, dominé par le calme de Marie.
C'est en fait Valeria avec ses esclaves qui portent la litière d'où elle est descendue. Elle entre en saluant en latin : « Salve. »
« La paix soit avec toi, sœur. Entre » dit Jean.
« Puis–je offrir à la Mère l'hommage de Plautina ? Claudia aussi y a contribué. Mais si ce n'est pas une douleur pour elle de me voir. »
Jean entre chez Marie.
« Qui frappe ? Pierre ? Judas ? Joseph ? »
« Non, c'est Valeria. Elle a apporté des résines précieuses. Elle voudrait te les offrir... si cela ne te peine pas. »
« Je dois surmonter la peine. Lui a appelé à son Royaume les fils d'Israël et les païens. Il les a tous appelés. Maintenant... il est mort... Mais je suis ici pour Lui, et je reçois tout le monde. Qu'elle entre. »
Valeria entre. Elle a enlevé son manteau foncé et elle a une étole toute blanche. Elle s'incline jusqu'à terre, salue et parle : « Domina, tu sais qui nous sommes : les premières rachetées de l'obscurantisme païen. Nous étions fange et ténèbres. Ton Fils nous a donné ailes et lumière. Maintenant il est... il est endormi dans la paix. Nous connaissons vos usages et nous voulons que les baumes de Rome aussi soient répandus sur le Triomphateur. »
« Que Dieu vous bénisse, filles de mon Seigneur. Et... pardonnez si je ne sais en dire davantage... »
« Ne te force pas, Domina. Rome est forte, mais elle sait aussi comprendre la douleur et l'amour. Elle te comprend, Mère Douloureuse. Adieu. »
« La paix soit avec toi, Valeria ! A Plautina, à vous toutes, ma bénédiction. »
Valeria se retire en laissant ses encens et autres essences.
« Tu le vois, Mère ? Tout le monde donne pour le Roi du Ciel et de la Terre. »
« Oui » dit Marie. « Tout le monde. Et la Mère n'aura pu Lui donner que ses pleurs. »
Un coq chante joyeusement non loin de là. Jean sursaute.
« Qu'as–tu, Jean ? » demande la Vierge.
« Je pensais à Simon Pierre... »
« Mais n'était–il pas avec toi ? » demande Marie-Madeleine qui est entrée dans la pièce.
« Si. Dans la maison d'Anne. Puis j'ai compris que je devais venir ici et je ne l'ai plus vu du tout. »
« D'ici peu, c'est l'aube. »
« Oui. Ouvrez. »
Ils ouvrent les fenêtres et les visages semblent encore plus terreux dans la pâle lumière verte de l'aube.
La nuit du Vendredi Saint est finie.

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Re: Les écrits de Maria Valtorta

Message par Grosjean le Ven 10 Avr 2009 - 9:29

Vendredi Saint (39ème jour)
34. DANS LA JOURNEE DU SAMEDI SAINT


L'aube arrive hésitante, avec peine. Et l'aurore tarde étrangement bien qu'il n'y ait pas de nuages dans le ciel. Mais il semble que les astres aient perdu toute vigueur. De même que pâle était la lune pendant la nuit, ainsi pâle est le soleil à son lever. Voilés... Ils ont peut–être pleuré, eux aussi, pour avoir cet aspect voilé comme les ont les yeux des bons qui ont pleuré et qui pleurent pour la mort du Seigneur ?
A peine Jean comprend que les portes sont rouvertes, il sort, sourd aux supplications maternelles. Les femmes se renferment dans la maison encore plus craintives maintenant que l'apôtre aussi s'en est allé.
Marie, toujours dans sa pièce, les mains sur les genoux, regarde fixement par la fenêtre qui s'ouvre sur un jardin pas très vaste mais suffisamment grand, tout plein de roses fleuries le long des hautes murailles et de parterres fantaisistes. Les touffes de lys, au contraire, n'ont pas encore les tiges des futures fleurs, touffus, beaux, mais n'ayant que les feuilles. Elle regarde, regarde et je crois qu'elle ne voit rien que ce qui est dans son pauvre cerveau fatigué : l'agonie de son Fils.
Les femmes vont et viennent. Elles s'approchent, la caressent, la prient de se restaurer... et chaque fois, avec leur venue, vient un flot d'un parfum lourd, mélangé, étourdissant.
Marie en éprouve chaque fois un frisson, mais rien d'autre. Pas un mot, pas un geste, rien. Elle est épuisée. Elle attend. Elle n'est qu'attente. Elle est Celle qui attend.
Un coup à la porte... Les femmes courent ouvrir. Marie se tourne sur son siège sans se lever et fixe l'entrée entrouverte.
Marie-Madeleine entre. « C'est Manaën... Il voudrait qu'on l'emploie à quelque chose. »
« Manaën... Fais–le entrer. Il a toujours été bon. Mais je croyais que ce n'était pas lui... »
« Qui croyais–tu que c'était, Mère ?... »
« Après... après. Fais passer. »
Manaën entre. Il n'est pas pompeux comme d'habitude. Il a un vêtement très commun, d'un marron presque noir et un manteau pareil. Pas de bijoux et pas d'épée. Rien. Il semble un homme aisé, mais du peuple.
Il se penche d'abord pour saluer, les mains croisées sur la poitrine, puis il s'agenouille comme devant un autel.
« Lève–toi et pardonne–moi si je ne réponds pas à ton inclination. Je ne puis pas... »
« Tu ne dois pas. Je ne le permettrais pas. Tu sais qui je suis. Aussi je te prie de me considérer comme ton serviteur. As–tu besoin de moi ? Je vois que tu n'as pas un homme dans ton entourage. Je sais par Nicodème que tous se sont enfuis. Il n'y avait rien à faire, c'est vrai, mais au moins Lui donner le réconfort de nous voir. Moi... moi, je l'ai salué au Sixte, et ensuite je ne l'ai pas pu car... Mais c'est inutile de le dire. Cela aussi fut voulu par Satan. Maintenant je suis libre et je viens me mettre à ton service. Commande, Femme. »
« Je voudrais savoir et faire savoir à Lazare... Ses sœurs sont en peine, et ma belle–sœur et l'autre Marie aussi. Nous voudrions savoir si Lazare, Jacques, Jude et l'autre Jacques sont saufs. »
« Judas ? L'Iscariote ! Mais il a trahi ! »
« Jude, fils du frère de mon époux. »
« Ah ! J'y vais » et il se lève. Mais en le faisant, il a un mouvement de douleur.
« Mais tu es blessé ? »
« Hum !... oui. Ce n'est rien. Un bras qui me fait un peu souffrir. »
« A cause de nous, peut–être ? Est–ce pour cela que tu n'étais pas là–haut ? »
« Oui, pour cela. Et c'est seulement de cela que je souffre, pas pour la blessure. Le reste de pharisaïsme, d'hébraïsme, de satanisme qui était en moi, car le satanisme est devenu le culte d'Israël, est tout sorti avec ce sang. Je suis comme un petit qui, après qu'on a coupé l'ombilic sacré, n'a plus de contact avec le sang maternel, et les quelques gouttes qui restent encore dans le cordon coupé n'entrent pas en lui, empêchées comme elles le sont par le lacet de lin. Mais elles tombent... inutiles désormais. Le nouveau–né vit avec son cœur et son sang. Ainsi de moi. Jusqu'à présent, je n'étais pas encore complètement formé. Maintenant je suis arrivé à terme, et je viens, et j'ai été mis au Jour. Je suis né d'hier. Ma mère, c'est Jésus de Nazareth. Et il m'a enfanté quand il a poussé son dernier cri. Je sais... car je me suis enfui dans la maison de Nicodème cette nuit. Seulement je voudrais le voir. Oh ! quand vous irez au Tombeau, dites–le–moi. Je viendrai... Son visage de Rédempteur, moi je l'ignore ! »
« Il te regarde, Manaën. Tourne–toi. »
L'homme, qui était entré avec la tête si inclinée et qui ensuite n'avait eu d'yeux que pour Marie, se tourne presque épouvanté et il voit le Voile de Véronique. Il se jette par terre pour adorer...
Et il pleure. Puis il se lève, il s'incline devant Marie et dit : « Je vais. »
« Mais c'est le sabbat. Tu le sais. Déjà ils nous accusent de violer la Loi, à son instigation. »
« Nous sommes pareils, car eux violent la loi de l'Amour. La première est la plus grande. Lui le disait. Que le Seigneur te réconforte. » Il sort.
Et les heures passent. Comme elles sont lentes pour qui attend...
Marie se lève et, en s'appuyant aux meubles, elle se présente à l'entrée. Elle cherche à traverser le vaste vestibule de l'entrée. Mais quand elle n'a plus d'appui, elle vacille comme si elle était ivre. Marthe, qui la voit de la cour qui est au–delà de l'entrée ouverte au bout du vestibule, accourt.
« Où veux–tu aller ? »
« Là, à l'intérieur. Vous me l'avez promis. »
« Attends Jean. »
« C'est assez attendu. Vous voyez que je suis tranquille. Allez, puisque vous avez fait fermer de l'intérieur et faites ouvrir. Moi, j'attends ici. »
Suzanne, car toutes sont accourues, s'en va appeler le maître avec les clefs. Pendant ce temps Marie s'appuie à la petite porte comme si elle voulait l'ouvrir par la force de sa volonté. Voilà l'homme. Craintif, abattu, il ouvre et se retire. Et Marie, aux bras de Marthe et de Marie d'Alphée, entre dans le Cénacle.
Tout est encore comme à la fin de la Cène. La suite des événements et l'ordre donné par Jésus ont empêché qu'on ne dérange. Les sièges ont seulement été reportés à leur place. Et Marie, qui pourtant n'avait pas été dans le Cénacle, va directement à la place où était assis son Jésus. Il semble qu'une main la conduise. Elle semble presque une somnambule tant elle est rigide dans son effort pour y aller... Elle va, tourne autour du lit siège, se glisse entre lui et la table... elle reste debout un moment et puis s'abat en travers de la table, en éclatant en sanglots. Puis elle se calme. Elle s'agenouille et prie, la tête appuyée au bord de la table. Elle caresse la nappe, le siège, la vaisselle, le bord du grand plateau où était l'agneau, le grand couteau qui a servi à découper, l'amphore mise devant cette place. Elle ne sait pas qu'elle touche ce qu'a touché aussi l'Iscariote. Et elle reste comme hébétée, la tête appuyée sur ses bras croisés, qu'elle a mis sur la table.
Toutes se taisent, jusqu'au moment où sa belle–sœur lui dit : « Viens Marie. Craignons les juifs. Voudrais–tu qu'ils entrent ici ? »
« Non, non. C'est un lieu saint. Allons. Aidez–moi... Vous avez bien fait de me le dire. Je voudrais aussi un coffre, beau, grand, fermé pour y renfermer tous mes trésors. »
« Demain, je te le fais apporter du palais. C'est le plus beau de la maison. Il est robuste et sûr. Je te le donne avec joie » promet Marie-Madeleine.
Elles sortent. Marie est vraiment épuisée. Elle vacille en franchissant les quelques marches. Et si sa douleur est moins dramatique, c'est parce qu'elle n'a plus la force d'être telle. Mais dans sa tranquillité, elle est encore plus tragique.
Elles rentrent dans la pièce où elles étaient d'abord et, avant de retourner à sa place, Marie caresse, comme si c'était un visage de chair, le Saint Visage du Voile sanglant.
Un autre coup à la porte. Les femmes se hâtent de sortir et d'entrouvrir la porte. Marie dit de sa voix lasse : « Si c'étaient les disciples, et en particulier Simon Pierre et Judas, qu'ils viennent tout de suite me trouver. »
Mais c'est Isaac le berger. Il entre en pleurant après quelques minutes et se prosterne devant le Voile et puis devant la Mère, et il ne sait que dire. C'est elle qui dit : « Merci. Il t'a vu et je t'ai vu. Je le sais. Il vous a regardé tant qu'il a pu. »
Isaac pleure encore plus fort. Il ne peut parler que quand il a fini de pleurer. « Nous ne voulions pas nous en aller, mais Jonathas nous en a prié. Les juifs menaçaient les femmes... et ensuite, nous n'avons plus pu venir. Tout... tout était fini... Où devions–nous aller alors ? Nous nous sommes dispersés à travers la campagne et quand il a fait nuit, nous nous sommes réunis à moitié route entre Jérusalem et Bethléem. Il nous semblait éloigner sa Mort en allant vers sa Grotte... Mais ensuite, nous avons senti qu'il n'était pas juste d'aller là... C'était de l'égoïsme et nous sommes revenus vers la ville... Et nous nous sommes trouvés sans savoir comment, à Béthanie... »
« Mes fils ! Lazare ! Jacques ! »
« Ils sont tous là. A l'aurore les champs de Lazare étaient couverts de gens errants qui pleuraient... Ses inutiles amis et disciples !... Moi... je suis allé chez Lazare et je croyais être le premier... Pas du tout, il y avait déjà là tes deux fils, femme, et le tien, avec André, Barthélemy, Mathieu. C'est Simon le Zélote qui les avait persuadé d'y aller. Et Maximin, sorti de bon matin dans la campagne, en avait trouvé d'autres. Lazare les a tous secourus et il y est encore occupé. Il dit que le Maître lui en avait donné l'ordre et le Zélote dit la même chose. »
« Mais Simon et Joseph, mes autres fils, où sont–ils ? »
« Je ne sais pas, femme. Nous étions restés ensemble jusqu'au tremblement de terre. Puis... Je ne sais plus rien de précis. Au milieu des ténèbres et des éclairs et des morts ressuscités et du tremblement du sol et du tourbillon de l'air, j'ai perdu la tête. Je me suis trouvé au Temple et je me demande encore comment j'ai pu être là–dedans, au–delà de la limite sacrée. Pense qu'entre moi et l'autel des parfums, il n'y avait qu'une coudée... Pense que là où j'avais les pieds, c'était réservé aux prêtres de service !... Et... et j'ai vu le Saint des Saints !... Oui, car le Voile du Saint est déchiré de haut en bas comme si l'aurait arraché la volonté d'un géant... Si on m'avait vu là à l'intérieur, on m'aurait lapidé. Mais personne n'y voyait plus. Je n'ai rencontré que des spectres de morts et des spectres de vivants. Car ils paraissaient des spectres à la lueur des éclairs, à la clarté des incendies et avec la terreur sur le visage... »

Grosjean
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