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Marie d'Agreda "La Cité Mystique de Dieu" livre version numérisée

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Re: Marie d'Agreda "La Cité Mystique de Dieu" livre version numérisée

Message par sga le Ven 21 Avr 2017 - 13:16

CHAPITRE 25



Le voyage de la Très Sainte Marie de la maison de Zacharie à Nazareth.

 

3, 25, 314. La Très Sainte Marie, vivant Tabernacle du Dieu vivant (Apoc. 21: 3), sortit pour retourner de la ville de Juda àcelle de Nazareth, cheminant par les montagnes de la Judée en compagnie de son très fidèle époux Joseph. Et quoique les Évangélistes ne disent point la hâte et la diligence avec laquelle Elle fit ce voyage, comme saint Luc le dit du premier (Luc 1: 39) à cause du mystère spécial que cette hâte renfermait: dans ce voyage aussi et ce retour à Nazareth la Princesse du Ciel chemina avec une grande promptitude à cause des événements qui l'attendaient dans sa maison. Et toutes les pérégrinations de cette divine Souveraine furent une démonstration mystique de ses progrès spirituels et

intérieurs: parce qu'Elle était le Tabernacle véritable du Seigneur (1 Par. 17: 5) qui ne se reposait jamais d'une manière stable dans le pèlerinage de cette vie mortelle; au contraire Elle procédait et passait chaque jour d'un état très élevé de sagesse et de grâce à un autre plus élevé et supérieur; elle cheminait toujours et toujours Elle était unique et étrangère dans ce chemin de la terre; et toujours Elle portait avec Elle-même le Propitiatoire (Nom. 7: 89) véritable où Elle sollicitait sans intermission et Elle acquérait notre salut àtous, avec de grands accroissements de ses dons et de ses faveurs propres.



3, 25, 315. Notre grande Raine et saint Joseph mirent quatre autres jours à ce voyage comme en venant, ainsi que je l'ai dit dans le chapitre 16. Et dans la manière de cheminer et dans leurs divins entretiens et leurs conversations en tout le voyage, il arriva les mêmes choses que j'ai dites [a] et il n'est pas nécessaire de le répéter maintenant. Dans les contentions d'humilité qu'ils avaient d'ordinaire, notre Reine remportait toujours la victoire, sauf lorsque son saint époux interposait l'obédience de ses commandements, car sa plus grande humilité consistait à se rendre obéissante. Mais comme Elle était déjà enceinte de trois mois, Elle marchait plus attentive et plus soigneuse, non que sa grossesse lui fût lourde et pesante, car au contraire Elle lui était d'un très doux allégement, cependant la Mère très attentive et très prudente prenait beaucoup de soin de son Trésor; parce qu'Elle le regardait avec les augmentations et les progrès naturels que le corps très saint de son Fils recevait dans son sein virginal. Et nonobstant la facilité et la légèreté de sa grossesse, quelquefois la fatigue du chemin et la chaleur l'accablaient; parce qu'Elle ne se prévalait point des privilèges de Reine et de Maîtresse des créatures pour ne point souffrir, au contraire, Elle donnait lieu aux incommodités et à la fatigue, pour être en tout Maîtresse de la perfection et l'étampe unique de son Très Saint Fils.



3, 25, 316. Comme sa Divine grossesse était si parfaite du côté de la nature et sa personne très élégante et très délicate et tout à fait sans aucun défaut, le changement dans sa personne paraissait naturellement davantage et la Très Discrète Épouse reconnaissait qu'il serait impossible de le cacher plusieurs jours à son époux très chaste et très fidèle. Avec cette considération Elle le regardait déjà avec une tendresse et une compassion plus grandes à cause de la surprise qui le menaçait de près et qu'Elle aurait désiré lui éviter si Elle eût connu la Volonté

Divine. Mais le Seigneur ne répondit point à ses soucis, parce qu'Il disposait les événements par les moyens les plus opportuns pour Sa gloire, le mérite de saint Joseph et celui de Sa Mère Vierge. Néanmoins la grande Dame demandait à Sa Majesté dans son secret de préparer le Coeur du saint époux par la patience et la sagesse dont il avait besoin et de l'assister de Sa grâce, afin qu'il opérât avec le bon plaisir et l'agrément de la Volonté Divine dans la circonstance qu'Elle attendait; parce qu'Elle jugeait toujours qu'il recevrait une grande douleur en la voyant enceinte.



3, 25, 317. Poursuivant son chemin, la Maîtresse du monde y fit quelques oeuvres admirables quoique toujours d'une manière cachée et secrète. Un jour ils arrivèrent en un lieu non loin de Jérusalem, et dans la même hôtellerie où ils se trouvaient arrivèrent des gens venus d'un autre petit endroit qui allaient à la cité sainte et qui amenaient une jeune femme malade, afin de chercher pour elle quelque remède comme en un lieu plus grand et plus populeux. Et quoiqu'ils la connussent très malade, ils ignoraient sa maladie et la cause de ses souffrances. Cette femme avait été très vertueuse; et l'ennemi commun connaissant son naturel et ses vertus précédentes, se tourna contre elle et la poursuivit comme il fait toujours contre les amis de Dieu, ses ennemis, et il la fit tomber en quelques péchés; et afin de l'entraîner d'un abîme dans un autre, il la tenta par de fausses illusions de méfiance et de douleur désordonnée de son propre déshonneur, et lui troublant le jugement, le dragon trouva moyen d'entrer dans la femme affligée et de la posséder avec plusieurs autres démons. J'ai déjà dit dans la première partie que le dragon infernal avait conçu une grande colère contre toutes les femmes vertueuses, depuis qu'il avait vu dans le Ciel cette Femme vêtue du soleil de la génération de laquelle sont les autres qui la suivent comme on peut l'inférer du chapitre 12 de l'Apocalypse, et à cause de cette indignation il était très fier et très orgueilleux de la possession de ce corps et de cette âme de la femme affligée et il la traitait comme un tyran ennemi.

 

3, 25, 318. Notre divine princesse vit dans son hôtellerie cette femme malade et Elle connut son mal que tous ignoraient; et mue par sa miséricorde maternelle, Elle pria et supplia son Très Saint Fils de lui donner la santé de l'âme et du corps [b. Et connaissant la Volonté Divine qui s'inclinait à la clémence, et usant de la puissance de Reine, Elle commanda aux démons de sortir à l'instant de cette

femme et de la laisser sans jamais plus revenir la molester, et de s'en aller dans les abîmes comme à leur propre et légitime demeure. Ce commandement de notre Grande Reine et Souveraine ne fut pas vocal, mais mental ou imaginaire, de manière que les esprits immondes purent le recevoir; mais il fut si efficace et si puissant que Lucifer et ses compagnons sortirent sans délai de ce corps, et ils furent lancés dans les ténèbres de l'enfer. L'heureuse femme demeura libre et étonnée d'un événement si inopiné; mais elle s'inclina par un mouvement du coeur vers la Très Sainte et Très Pure Souveraine. Elle la regarda avec une admiration et une vénération spéciale, et par cette vue elle reçut deux autres bienfaits. L'un qui lui mouvait le coeur par une intime douleur de ses péchés. L'autre qui lui ôtait ou lui anéantissait les restes et les effets que lui avaient laissés dans le corps ces injustes possesseurs qu'elle avait senti et souffert pendant quelque temps. Elle reconnut que cette divine Étrangère qu'elle avait rencontrée pour sa grande fortune dans le chemin, avait part dans le bien qu'elle éprouvait et qu'elle avait reçu du Ciel. Elle lui parla, et notre Reine lui répondant au coeur, l'exhorta et l'encouragea à la persévérance et aussi Elle la lui mérita pour l'avenir. Les parents qui allaient avec elle connurent aussi le miracle; mais ils l'attribuèrent à la promesse qu'ils accomplissaient de la porter au Temple de Jérusalem en y offrant quelque aumône. Et c'est ce qu'ils firent en louant Dieu; mais ignorant l'Instrument de ce bienfait.



3, 25, 319. Le trouble de Lucifer fut grand et furieux de se voir chassé par le seul commandement de la Très Sainte Marie et dépossédé par cette Femme; et avec une rage pleine d'indignation il disait: «Quelle est cette Femmelette qui nous commande et nous opprime avec tant de force? Quelle est cette nouveauté et comment mon orgueil la souffre-t-elle? Il convient que nous tenions conseil sur cela et que nous traitions de l'anéantir.» Et parce que j'en dirai davantage sur ce point dans le chapitre suivant, je le laisse maintenant. Mais nos divins voyageurs arrivant à une autre hôtellerie dont le maître était un homme de mauvaise vie et de moeurs corrompues; pour commencer son bonheur, Dieu ordonna qu'il reçut la Très Sainte Marie et Joseph son époux d'un air aimable et bienveillant. Il leur fit plus de courtoisie et de services qu'il n'avait coutume d'en faire à d'autres hôtes. Et afin que le retour fût aussi plus avantageux, la grande Reine qui connaissait l'état de la conscience souillée de son hôtelier, pria pour lui et lui laissa le fruit de cette oraison en paiement de l'hospitalité, lui laissant l'âme justifiée, la vie améliorée et la fortune aussi, car pour un léger bienfait qu'il rendit à ses Augustes Hôtes, Dieu la lui augmenta ensuite. La Mère de la grâce fit plusieurs autres

merveilles dans ce voyage; parce que ses émissions étaient divines (Cant. 4: 13), et Elle sanctifiait toutes les âmes si Elle trouvait en elles quelque disposition. Ils mirent fin à leur voyage arrivant à Nazareth où la Princesse du Ciel rangea et nettoya sa maison, avec l'aide et l'assistance de ses saints Anges qui l'accompagnaient toujours en ces humbles ministères comme émules de son humilité et zélés pour sa vénération et son culte. Saint Joseph s'occupait à son travail ordinaire pour sustenter la Reine et Elle ne frustrait (Prov. 31: 11) point l'espérance du Coeur du saint. Elle se ceignait dune force nouvelle (Prov. 31: 17 et 19) pour les mystères qu'Elle attendait et Elle étendait sa main à des choses fortes; et dans son secret Elle jouissait de la vue continuelle du Trésor de son sein et avec cette vue, de faveurs de délices et de consolations incomparables. Elle gagnait de grands mérites et un agrément incomparable de Dieu.



DOCTRINE QUE ME DONNA LA REINE DU CIEL.



3, 25, 320. Ma fille, les âmes qui connaissent Dieu par la lumière de la Foi et qui sont filles de l'Église pour user de cette Vertu et de celles qui leur sont infuses avec Elle, ne doivent point faire de distinction de temps, de lieux, ni d'occupations; parce que Dieu est présent dans toutes les choses et Il les remplit de Son Etre infini (Jér. 23: 24): et en tout lieu et en toute occasion se trouve la Foi pour L'adorer et le reconnaître en esprit et en vérité (Jean 4: 23). Et ainsi comme la création par où l'âme reçoit l'être premier est suivie de la conservation et la vie de la respiration en quoi il n'y a jamais d'intervalle, comme non plus dans la nutrition et l'accroissement jusqu'à ce que l'on arrive au terme; de cette manière la créature raisonnable après avoir été régénérée par la Foi et la grâce ne doit jamais interrompre l'accroissement de cette vie spirituelle, opérant toujours des oeuvres de vie par la Foi, l'Espérance et l'Amour en tout temps et en tout lieu. Et par l'oubli et la négligence que les hommes ont en cela et surtout les enfants de l'Église, la vie de la Foi vient à être comme s'ils ne l'avaient pas, parce qu'ils la laissent mourir (Jac. 2: 26) en perdant la charité. Et ce sont ceux-là qui reçoivent en vain cette âme nouvelle (Ps. 23: 4) que dit David parce qu'ils n'en usent pas plus que s'ils ne l'avaient pas reçue.



3, 25, 321. Je veux, ma très chère, que ta vie spirituelle n'ait pas plus de vides ni d'intervalles que ta vie naturelle. Tu dois toujours opérer par la vie de la grâce et les dons du Très-Haut, priant, aimant, louant, croyant, espérant et adorant ce Seigneur en esprit et en vérité sans distinction de temps, d'occupation ni de lieu. Il est présent en tout, et Il veut être aimé et servi de toutes les créatures raisonnables. Pour cela, lorsque les âmes arriveront à toi avec cet oubli ou d'autres fautes et fatiguées du démon, je te charge de prier pour elles avec une foi vive, et une ferme confiance: car si le Seigneur n'opère pas toujours comme tu le désires et elles le demandent, tu l'auras fait secrètement et tu obtiendras de Lui avoir donné de la complaisance en travaillant comme une fille et une épouse fidèle. Et si tu agis en tout comme je le veux de toi, je t'assure qu'Il t'accordera plusieurs privilèges d'Époux pour le bien des âmes. Fais attention en cela à ce que je faisais quand je regardais les âmes en disgrâce avec le Seigneur, et le soin et le zèle avec lesquels je travaillais pour toutes et singulièrement pour quelques-unes. Lorsque le Très-Haut te manifestera l'état de quelques âmes ou qu'elles te le déclareront, travaille à mon imitation et pour m'obliger; prie pour elle, et reprends-les avec prudence, humilité et modestie; car le Tout-Puissant ne veut pas que tu opères avec bruit, ni que les effets de ton travail se manifestent, mais qu'ils soient cachés; car Il se mesure en cela à ta timidité et à ton désir naturel et Il veut en toi le plus sûr. Et quoique tu doives prier pour toutes les âmes, fais-le plus efficacement pour celles que tu connaîtras être plus conforme à la Volonté divine de le faire.




NOTES EXPLICATIVES

Extraites de celles de Don Creseto, à l'usage des prêtres.

3, 25, [a]. Livre 3, No. 207.

3, 25, [b. Il est vraisemblable que cela soit arrivé en cette occasion et en plusieurs autres quoique l'Évangile n'en parle point; parce que l'Évangile ne rapporte pas tous les faits concernant Jésus-Christ et encore moins ceux de Marie. Saint Jean dit: «Il y a encore beaucoup d'autres choses que Jésus-Christ a faites; si elles étaient écrites en détail, je ne pense pas que le monde lui-même pût contenir les livres qu'il faudrait écrire.» Jean 21: 25.
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Re: Marie d'Agreda "La Cité Mystique de Dieu" livre version numérisée

Message par sga le Sam 6 Mai 2017 - 10:42

CHAPITRE 26



Les démons font un conciliabule dans l'Enfer contre la Très Sainte Marie.



3, 26, 322. J'ai déjà dit en son lieu, chapitre 11, numéro 130, qu'à l'instant où l'ineffable Mystère de l'Incarnation s'exécuta, Lucifer et tout l'enfer sentirent la vertu du bras Puissant du Très-Haut qui les précipita au plus profond des cavernes infernales. Ils demeurèrent là opprimés pendant quelques jours, jusqu'à ce que le même Seigneur leur donnât permission par Son admirable Providence, de sortir de cette oppression dont ils ignoraient la cause. Le grand dragon se leva donc et il sortit dans le monde pour parcourir la terre, cherchant partout s'il n'y avait pas quelque nouveauté à laquelle attribuer celle que lui et tous ses ministres avaient éprouvée en eux-mêmes. Le superbe prince des ténèbres ne confia point cette diligence à ses seuls compagnons, mais il sortit lui-même avec eux, et parcourant

tout le globe avec une astuce et une malignité souveraines, il épiait et s'enquérait de diverses manières pour découvrir ce qu'il cherchait. Il passa trois mois dans ces diligences, et à la fin il revint dans l'enfer aussi ignorant de la vérité qu'il en était sorti; parce que des Mystères si Divins n'étaient pas pour qu'il les comprît alors, sa malignité étant si ténébreuse qu'il ne devait pas goûter de ses effets admirables et il n'avait point à en bénir et à en glorifier leur Auteur comme ceux pour qui fut la Rédemption.

 

3, 26, 323. L'ennemi de Dieu se trouva plus confus et plus abattu sans savoir à quoi attribuer sa nouvelle infortune; et pour conférer de ce cas, il convoqua tous les escadrons infernaux [a], sans réserver aucun démon. Et placé en un lieu éminent en ce conciliabule, il fit ce raisonnement: «Vous savez bien, mes sujets, la grande sollicitude que j'ai apportée à me venger, depuis que Dieu nous a chassés de Sa maison et destitués de notre puissance, tâchant de détruire la Sienne. Et quoiqu'il me soit pas possible de le toucher Lui, néanmoins dans les hommes qu'Il aime je n'ai perdu ni temps ni occasion pour les attirer à mon empire: et par mes forces (Job 41: 25) j'ai peuplé mon royaume, et j'ai tant de gens et de nations qui me suivent et m'obéissent (Luc 4: 6), et chaque jour je gagne d'innombrables âmes en les éloignant de la connaissance de Dieu et de Son obéissance, afin qu'ils n'arrivent point à jouir de ce qu'ils ont perdu: au contraire je dois les attirer dans ces peines éternelles que nous souffrons puisqu'ils ont suivi ma doctrine et mes traces; et je vengerai en elles la colère que j'ai conçue contre leur Créateur. Mais tout ce que j'ai rapporté me paraît peu et je suis toujours stupéfait de cette nouveauté que nous avons éprouvée, parce qu'il ne nous est jamais arrivé aucune chose comme celle-ci depuis que nous avons été précipités du Ciel, ni jamais une aussi grande force ne nous a ruinés et opprimés; et je reconnais que vos forces et les miennes sont beaucoup diminuées. Cet effet si extraordinaire a sans doute des causes nouvelles, et dans notre faiblesse je sens une grande crainte que notre empire soit ruiné.»



3, 26, 324. «Cette affaire demande notre attention et ma fureur est constante et la colère de ma vengeance n'est pas satisfaite. Je suis sorti et j'ai parcouru tout le globe, reconnu tous ses habitants avec grand soin, et je n'ai rencontré aucune chose notable. Les femmes vertueuses et parfaites du genre de Celle-là, notre ennemie que nous connûmes dans le Ciel, je les ai toutes observées et persécutées, pour voir si je la rencontrerais parmi elles, mais je ne trouve point d'indices qu'Elle

soit née; parce que je n'en trouve aucune avec les conditions qu'il me semble que doit avoir Celle qui doit être Mère du Messie. Une Fille que je craignais à cause de ses grandes vertus et que je poursuivis dans le Temple est déjà mariée; et ainsi Elle ne peut être Celle que nous cherchons; parce qu'Isaïe dit qu'Elle doit être Vierge (Is. 7: 14). Néanmoins je la crains et l'abhorre, parce qu'il sera possible qu'étant si vertueuse, la Mère du Messie ou quelque grand prophète naisse d'Elle; et jusqu'à maintenant je n'ai pu l'assujettir en aucune chose; et je pénètre moins de sa Vie que de celle des autres. Elle a toujours résisté invinciblement, et Elle s'efface facilement de ma mémoire, et lorsque je m'en souviens, je ne peux m'approcher autant d'Elle. Et je n'arrive point à connaître si cette difficulté et cet oubli sont mystérieux, ou s'ils naissent de mon propre mépris que je fais d'une femmelette. Mais je rentrerai en moi-même, parce qu'en deux occasions ces jours-ci Elle m'a commandé, et nous n'avons pu résister à son empire et à sa magnanimité, avec quoi Elle nous a chassés de notre possession que nous avions dans ces personnes d'où Elle nous a bannis. Ceci est très digne de réflexion, et seulement pour ce qu'Elle a montré dans ces circonstances, Elle mérite notre indignation. Je détermine de la persécuter et de la soumettre, et que vous m'aidiez dans cette entreprise de toutes vos forces et de votre malice; car celui qui se signalera dans cette victoire recevra de grandes récompenses de mon pouvoir.»



3, 26, 325. Toute la canaille infernale qui écoutait Lucifer attentivement loua et approuva ses intentions et lui dit de n'être point inquiet, que ses triomphes ne s'évanouiraient point ni ne manqueraient pour cette Femme, puisque son pouvoir était si solidement établi et qu'il avait presque tout le monde sous son empire (Eph. 2: 2). Et ils se mirent ensuite à discuter les moyens qu'ils prendraient pour persécuter la Très Sainte Marie comme personne singulière et signalée en sainteté et en vertus et non comme Mère du Verbe fait homme, car le démon ignorait alors le sacrement caché comme je l'ai dit . De cette résolution, il s'en suivit aussitôt pour la divine souveraine une longue lutte avec Lucifer et ses ministres d'iniquité, afin qu'Elle écrasât plusieurs fois la tête de ce dragon infernal (Gen. 3: 15). Et quoique ce combat fut très grand et très signalé contre lui dans la vie de cette Auguste Reine Elle en eut néanmoins un autre encore plus grand lorsqu'Elle demeura dans le monde après l'Ascension de son Très Saint Fils au Ciel. Et j'en parlerai dans la troisième partie de cette Histoire divine [c] pour où ils m'ont remise, parce qu'il fut très mystérieux, car alors Elle était connue de Lucifer pour

Mère de Dieu, et saint Jean en parla dans le chapitre 12 de l'Apocalypse comme je le dirai en son lieu.



3, 26, 326. La Providence du Très-Haut fut admirable dans la dispensation des Mystères incomparables de l'Incarnation et Elle l'est maintenant dans le gouvernement de l'Église catholique. Et il n'y a pas de doute qu'il convient à cette sage et douce Providence de cacher aux démons beaucoup de choses qu'il n'es pas bien qu'ils pénètrent, pour ce que j'ai déjà dit au numéro 318, comme aussi parce que la Puissance divine doit Se manifester davantage dans ces ennemis et afin qu'ils en soient opprimés. Et outre cela, parce que par l'ignorance des Oeuvres que Dieu leur cache, l'ordre de l'Église a son cours plus suavement ainsi que l'exécution de tous les sacrements que Dieu a opérés en elle; et la colère démesurée du démon se refrène mieux en ce que Sa Majesté ne veut point lui permettre. Et quoiqu'il aurait toujours pu et il peut le retenir et l'opprimer, néanmoins le Très-Haut dispense le tout de la manière la plus convenable à Sa Bonté infinie. Pour cela le Seigneur cacha à Ses ennemis la dignité de la Très Sainte Marie, la manière miraculeuse de sa grossesse, son intégrité Virginale [d] avant et après l'enfantement, et en lui donnant un époux, Il lui dissimula davantage tout cela. Ils ne connurent pas non plus la Divinité de Notre Seigneur Jésus-Christ d'un jugement ferme et infaillible jusqu'à l'heure de Sa Mort; et alors ils comprirent beaucoup de Mystères de la Rédemption en quoi ils s'étaient hallucinés et embrouillés; parce que s'ils l'eussent connu dans le temps ils eussent au contraire essayé d'empêcher Sa Mort (1 Cor. 2: Cool, comme le dit l'Apôtre, plutôt que d'inciter les Juifs à la lui donner plus cruelle comme nous le déclarerons plus loin en son lieu [e] et ils eussent prétendu empêcher la Rédemption [f] et manifester au monde que le Christ était vrai Dieu; et c'est pour cela que lorsque saint Pierre Le connut et Le confessa, ce divin Maître lui commanda à lui et aux autres Apôtres de ne le dire à personne (Matt. 16: 20). Et quoique par les miracles que faisait le Sauveur et par les démons qu'Il chassait des corps, comme le rapporte saint Luc, ils venaient à soupçonner qu'Il était le Messie et ils L'appelaient Fils du Dieu très-haut (Luc 8: 28); Sa Majesté ne consentit point à ce qu'ils Lui dissent cela (Luc 4: 34-35), ils ne l'affirmaient pas non plus pour la certitude qu'ils en avaient; parce qu'aussitôt leurs soupçons s'évanouissaient en voyant Notre Seigneur Jésus-Christ pauvre méprisé et fatigué; parce qu'ils ne pénétrèrent jamais le mystère de l'humilité du Sauveur. Leur superbe vaniteuse les aveuglaient.



3, 26, 327. Puis comme Lucifer ne connaissait pas la dignité de Mère de Dieu en la Très Sainte Marie quand il lui prépara cette persécution quoiqu'Elle fût terrible comme on le verra; néanmoins Elle en souffrit une autre qui fut plus cruelle, sachant qui Elle était. Et si dans l'occasion dont je parle il eût compris qu'Elle était Celle qu'il avait vue dans le Ciel vêtu du soleil et qu'Elle devait lui écraser la tête, il serait devenu furieux et il se serait défait dans sa propre rage, se convertissant en éclairs de colère. Et si en la considérant seulement femme sainte et parfaite, ils s'indignèrent tous si fort; il est certain que s'ils eussent connu son excellence, ils eussent troublé toute la nature autant qu'ils l'eussent pu, pour la persécuter et en finir avec Elle. Mais comme le dragon et ses alliés ignoraient d'un côté le Mystère caché de la divine Dame et d'un autre ils sentaient en Elle une vertu si achevée; avec cette confusion ils allaient faisant des tentatives et des conjectures, et ils s'interrogeaient les uns les autres se demandant quelle était cette Femme contre laquelle ils reconnaissaient leurs forces si faibles; et si par aventure Elle était Celle qui devait tenir la place la plus éminente parmi les créatures.

 

3, 26, 328. D'autres répondaient qu'il n'était pas possible que cette Femme fut Mère du Messie que les fidèles attendaient, parce que, outre qu'Elle avait un mari, ils étaient tous les deux très pauvres et très humbles et peu célèbres dans le monde, ils ne se manifestaient point par des miracles et des prodiges et ils ne se faisaient estimer ni craindre des hommes. Et comme Lucifer et ses ministres sont si orgueilleux, ils ne se persuadaient pas qu'une humilité si rare et un mépris de soi-même si extrême fussent compatibles avec la grandeur et la dignité de Mère de Dieu: et tout ce qui l'avait tant mécontenté lui, se voyant avec une moindre excellence, il jugeait que Celui qui était Puissant ne le choisirait pas pour Lui-même. Enfin il fut trompé par sa propre arrogance et par sa superbe remplie de vanité: qui sont les vices les plus ténébreux pour aveugler l'entendement et précipiter la volonté. Salomon dit pour cela que leur propre malice les avait aveuglés (Sag. 2: 21), parce qu'ils ne connurent point que le Verbe Éternel devait choisir de tels moyens pour détruire l'arrogance et la hauteur de ce dragon dont les pensées sont plus distantes des jugements du Seigneur très-haut que le Ciel est distant de la terre (Is. 55: 9); parce qu'il jugeait que le Seigneur descendrait dans le monde contre lui avec un grand apparat et une bruyante ostentation, humiliant avec puissance les superbes, les princes et les monarques que le même démon avait remplis de vanité, comme on le voit en un si grand nombre qui précédèrent la venue de Notre Seigneur Jésus-Christ si pleins d'orgueil et de présomption qu'ils

semblaient avoir perdu le sens et la connaissance d'êtres mortels et terrestres. Lucifer mesurait tout cela par sa propre tête, et il lui semblait que Dieu devait procéder dans cette venue comme il procède lui-même avec sa fureur et selon son inclination contre les Oeuvres de Notre Seigneur.



3, 26, 329. Mais Sa Majesté qui est la Sagesse infinie fit tout au contraire de ce que jugea Lucifer: afin qu'Il arrivât à le vaincre, non par Sa seule Toute-Puissance, mais par l'humilité, la mansuétude, l'obéissance et la pauvreté, qui sont les armes de Sa milice (2 Cor. 10: 4-5) et non par l'ostentation le faste et la vanité mondaine qui s'alimente avec les richesses de la terre. Il vint dissimulé et caché en apparence, Il choisit une Mère pauvre et Il vint mépriser tout ce que le monde apprécie pour enseigner la Science de la Vie par l'exemple et la Doctrine; par là, le démon se trouva trompé et vaincu par les moyens qui l'oppriment et le tourmentent davantage.

 

3, 26, 330. Ignorant tous ces Mystères, Lucifer passa quelques jours à épier et à reconnaître la condition naturelle de la Très Sainte Marie, sa complexion, son tempérament, ses inclinations et le calme de ses actions si égales et si mesurées qui était ce qui ne devait pas être caché à cet ennemi. Et connaissant que le tout était si parfait, son caractère était si doux et que tout cela ensemble formait un mur invincible il revint consulter les démons, leur proposant la difficulté qu'il sentait pour tenter cette Femme, ce qui était une entreprise de très grand soin. Ils fabriquèrent tous différentes grandes machines de tentations pour l'attaque, s'aidant les uns les autres dans cette lutte. Et je parlerai dans les chapitres suivants de la manière dont ils l'exécutèrent et du triomphe glorieux que l'Auguste Princesse remporta sur tous ces ennemis et sur leurs malins et damnés conseils fabriqués avec iniquité

 

DOCTRINE DE LA REINE DU CIEL LA TRÈS SAINTE MARIE.


3, 26, 331. Ma fille, je te désire très attentive et très considérée pour n'être pas possédée de l'ignorance et des ténèbres dont les mortels sont communément obscurcis, oubliant leur salut éternel, sans considérer leur péril, à cause de l'incessante persécution des démons pour les perdre. Ainsi les mortels dorment, se reposent et s'oublient, comme s'ils n'avaient point d'ennemis forts et vigilants. Cette négligence formidable s'origine de deux causes: l'une que les hommes sont si livrés à ce qui est terrestre, animal et sensible qu'ils ne savent pas sentir d'autres blessures que celles qui touchent au sens animal; dans leur estime, tout ce qui est intérieur ne les offense point. L'autre raison est parce que les princes des ténèbres sont invisibles et cachés aux sens, et comme les hommes (1 Cor. 2: 14) charnels ne voient, ne touchent ni ne sentent point ces ennemis, ils oublient de les craindre, tandis que pour cela même ils devraient être plus attentifs et plus soigneux: parce que les ennemis invisibles sont plus adroits et plus astucieux pour offenser en trahison (Eph. 6: 12), et pour cela le danger est d'autant plus certain qu'il est moins manifeste, et les blessures sont d'autant plus mortelles qu'elles sont moins sensibles, plus imperceptibles et moins senties.



3, 26, 332. Écoute donc, ma fille, les vérités les plus importantes pour la Vie véritable et éternelle. Applique-toi à mes conseils, exécute ma Doctrine et reçois mes avertissements, car si tu t'abandonnes à la négligence, je garderai le silence avec toi. Considère donc ce que tu n'as point pénétré jusqu'à présent des conditions de ces ennemis: parce que je te fais savoir que nulle langue et nul entendement humain et angélique ne peuvent manifester la colère et la rage (Apoc. 12: 12) furieuse que Lucifer et ses démons ont conçues contre les mortels, parce qu'ils sont l'image de Dieu même et capables d'en jouir éternellement. Le Seigneur seul comprend l'iniquité et la malice de ce sein orgueilleux et rebelle contre Son saint Nom et Son adoration. Et s'Il ne tenaient pas ces ennemis opprimés par Son bras Puissant, ils détruiraient le monde, ils mettraient tous les hommes en pièces et ils déchireraient leurs chairs plus que des dragons, des bêtes féroces et des loups affamés. Mais le Très Doux Père de Miséricorde les défend, refrène cette colère et garde Ses petits enfants entre Ses bras afin qu'ils ne tombent point dans la fureur de ces loups infernaux.

 

3, 26, 333. Considère donc maintenant avec la pondération dont tu es capable, s'il y a une douleur aussi lamentable que de voir tant d'hommes aveuglés et oublieux d'un tel danger; et que les uns par légèreté, pour des causes frivoles, pour un plaisir court et momentané, d'autres par négligence et d'autres pour leurs appétits déréglés se soustraient volontairement du refuge où le Très-Haut les met et se livrent aux mains furieuses d'ennemis si impies et si cruels: et cela non pour qu'ils exercent en eux leur fureur pendant une heure, un jour, un mois ou un an, mais pour qu'ils le fassent pendant l'éternité avec des tourments indicibles et impondérables. Étonne-toi, ma fille, et crains de voir une folie si horrible et si formidable dans les mortels impénitents; et que les fidèles qui connaissent cela par la foi aient tellement perdu le sens, et que le démon les ait tant affolés et aveuglés au milieu même de la Lumière que leur administre la Foi véritable et catholique qu'ils professent, qu'ils ne voient ni ne connaissent point le danger et qu'ils ne savent point s'en éloigner.



3, 26, 334. Et afin que tu craignes et que tu t'en gardes davantage, sache que ce dragon t'épie et te connais depuis l'heure que tu fus créée et que tu vins au monde; et il rôde nuit et jour et sans repos autour de toi pour attendre l'occasion de te surprendre; et il observe tes inclinations naturelles et même les Bienfaits du Seigneur afin de te faire la guerre avec tes propres armes. Il fait des consultations avec d'autres démons pour ta ruine, et il promet des récompenses à ceux qui s'y appliqueront davantage: ils pèsent pour cela tes actions avec grand soin ils mesurent tes pas et ils travaillent tous à te lancer des filets et des occasions de péril pour chaque oeuvre et pour chaque action que tu intentes. Je veux que tu voies toutes ces vérités dans le Seigneur, où tu connaîtras jusqu'où elles arrivent; et mesure-les ensuite avec l'expérience que tu as, car en l'envisageant tu comprendras s'il est raisonnable que tu dormes au milieu de tant de dangers. Et quoique ce souci importe à tous les mortels, à toi plus qu'à aucun autre pour des raisons spéciales; car bien que je ne te les manifeste pas toutes maintenant, ne doute point pour cela qu'il te convient de vivre très vigilante et très attentive: et il suffit que tu connaisses ton naturel doux et fragile dont les ennemis profiteraient contre toi.



NOTES EXPLICATIVES


Extraites de celles de Don Creseto, à l'usage des prêtres.

3, 26, [a]. "Il convoqua tous les escadrons infernaux..." Ces conciliabules avaient grande raison d'arriver, car le démon chercha à découvrir dans le cours des siècles cette Femme qui devait détruire leur puissance sur la terre, et ils devaient se consulter entre eux à ce sujet. On parle souvent dans la Sainte Écriture de conférences d'Anges ou de démons comme en Job 1: 7; dans 3 Rois 22; en divers Prophètes, Zach. 1: 10; dans l'Évangile Marc 5: 9; Luc 11: 26, etc.

3, 26, [b. Livre 3, No. 130.

3, 26, [c]. Livre 8, No.s 451-527.

3, 26, [d]. Le Seigneur cacha aux démons l'intégrité virginale de Marie. Saint Ignace, martyr, disciple de Saint Jean l'Évangéliste, saint Jérôme et d'autres écrivent la même chose. Il est certain aussi que le diable ne connaissait point la divinité de Jésus-Christ quand il le tenta dans le désert et c'est le sentiment des Pères qu'il ne l'a entièrement connu qu'à la mort de la croix comme l'observe ici la Vénérable.

3, 26, [e]. Livre 6, Nos. 1228, 1251, 1259, 1273.

3, 26, [f]. "Empêcher la Rédemption": c'est-à-dire empêcher que Jésus-Christ mourût et ainsi qu'il rachetât le monde de cette manière; car ils auraient manifesté à Ses ennemis qu'Il était Dieu.
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Re: Marie d'Agreda "La Cité Mystique de Dieu" livre version numérisée

Message par sga le Ven 12 Mai 2017 - 16:14

CHAPITRE 27



Le Seigneur prévient la Très Sainte Marie pour entrer en combat avec Lucifer et le dragon commence à La persécuter.



3, 27, 335. Le Verbe Éternel incarné dans le sein de Marie, la tenant déjà pour Sa Mère et connaissant les conseils de Lucifer, fut attentif à la défense de Son Tabernacle plus estimable que tout le reste des créatures, et cela non seulement avec Sa Sagesse incréée en tant que Dieu, mais aussi avec Sa Science créée en tant qu'homme. Et pour vêtir de force nouvelle l'invincible Souveraine contre la folle audace de ce perfide dragon et de ses trompes, la Très Sainte Humanité S'émut et Se mit comme sur pied [a] dans le Tabernacle Virginal, comme Celui qui s'oppose et qui accourt au combat, indigné contre les princes des ténèbres. Dans cette posture Il fit une oraison au Père Éternel, Lui demandant de renouveler Ses faveurs et Ses grâces envers Sa propre Mère, afin que fortifiée de nouveau Elle écrasât la tête de l'ancien serpent et que ce grand dragon fût humilié et opprimé par une Femme, que ses intentions demeurassent frustrées et ses forces débilitées et que la Reine des cieux sortît victorieuse et triomphante sur l'enfer à la gloire et à la louange de l'Etre même de Dieu et de Sa Mère Vierge.

3, 27, 336. Comme le demanda Notre Seigneur Jésus-Christ, ainsi le concéda et le décréta la Bienheureuse Trinité. Et ensuite fut manifesté d'une manière ineffable à la Vierge Mère son Très Saint Fils qu'Elle avait dans son sein; et dans cette vision Il lui communiqua une plénitude très abondante de biens, de grâces et de Dons indicibles, et Elle connut avec une sagesse nouvelle des mystères très cachés et très sublimes que je ne puis déclarer. Elle comprit spécialement que Lucifer avait fabriqué de grandes machines et des pensées superbes contre la gloire du Seigneur même; et que l'arrogance de cet ennemi s'étendait à boire les eaux (Job 40: 18) pures du Jourdain, et le Très-haut lui donnant ces connaissances, Sa Majesté lui dit: «Mon Épouse et Ma Colombe, la fureur altérée du dragon infernal est si insatiable contre Mon Saint Nom et contre ceux qui L'adorent qu'il prétend les renverser tous sans en excepter aucun, et effacer Mon Nom de la terre des vivants avec une audace et une présomption formidables. Je veux, Mon Amie,

que tu prennes Ma cause à coeur et que tu défendes Mon Saint Honneur, combattant en Mon Nom contre ce cruel ennemi; car Je serai avec toi dans le combat, puisque Je suis dans ton sein Virginal. Et avant de venir au monde, Je veux que tu les détruises et les confondes par Ma vertu Divine, parce qu'ils sont persuadés que la Rédemption des hommes approche, et ils désirent arriver auparavant à les détruire tous et à gagner toutes les âmes du monde sans en excepter aucune. Je confie cette victoire à ta fidélité et à ton amour. Tu combattras en Mon Nom et Moi en toi contre ce dragon, cet antique serpent (Apoc. 12: 9).»


3, 27, 337. Cet avis du Seigneur et la reconnaissance de sacrements si cachés firent de tels effets dans le Coeur de la divine Mère que je ne trouve pas de paroles avec quoi manifester ce que je connais. Et sachant que c'était la Volonté se Son Très Saint Fils qu'Elle défendît l'honneur du Très-Haut, cette Reine très zélée s'enflamma toute entière dans son divin Amour et Elle se revêtit d'une force si invincible que si chacun des démons avait été un enfer entier avec la fureur et la malice de tous les autres ils n'eussent été tous que des fourmis très faibles et très débiles pour s'opposer à la vertu incomparable de notre Capitaine; et Elle les eût tous anéantis et vaincus par la moindre de ses vertus et par le zèle de la gloire et de l'honneur du Seigneur. Notre Défenseur et Protecteur divin ordonna de donner à Sa Très Sainte Mère ce glorieux triomphe sur l'enfer, afin que l'orgueil arrogant de ses ennemis ne s'élevât pas davantage lorsqu'ils se hâtaient si fort de perdre le monde avant qu'arrivât son remède et afin que nous, les mortels, nous nous trouvassions obligés, non seulement envers un amour si estimable de Son Très Saint Fils, mais aussi à notre divine Réparatrice et à notre Défense, laquelle entrant en combat avec Lucifer, le retint, le vainquit et l'opprima, afin que le genre humain ne devînt pas encore plus incapable de recevoir son Rédempteur.


3, 27, 338. O enfants des hommes tardifs et pesants de coeur! Comment ne considérons-nous point des bienfaits si admirables? Qu'est-ce que l'homme (Ps. 8: 5) pour que tu l'estimes et le favorises ainsi, ô Roi Très-Haut? Tu offres ta propre Mère et notre Souveraine au combat et au travail pour notre défense? Qui entendit jamais un exemple semblable? Qui a pu trouver une telle force et une telle industrie d'amour? Où avons-nous le jugement? Qui nous a privés du bon usage de la raison? Quelle dureté est la nôtre? Qui nous a introduit une si horrible

ingratitude? Comment les hommes qui aiment tant l'honneur et qui se donnent tant de soins pour l'acquérir, ne se confondent-ils pas en commettant une telle vilenie et une si infâme ingratitude que d'oublier cette obligation? La reconnaître et la payer par la vie même seraient noblesse et honneur véritables dans les mortels enfants d'Adam.


3, 27, 339. L'obéissante Mère s'offrit à ce conflit et àcette bataille contre Lucifer pour l'honneur de son Très Saint Fils et son Dieu et le nôtre. Elle répondit à ce qu'Il lui commandait et dit: «O mon Très-Haut Seigneur et tout mon Bien, de la Bonté infinie de qui j'ai obtenu l'être, la grâce et la Lumière que je reconnais; je suis toute Vôtre, et Vous, Seigneur, Vous êtes mon Fils par Votre bonté, faites de Votre servante ce qui sera de Votre plus grande gloire et de Votre plus grand agrément; car si Vous êtes en moi et moi en Vous, Seigneur, qui sera puissant contre la vertu de Votre Volonté? Je serai l'Instrument de Votre bras invincible: donnez-moi Votre force et venez avec moi; allons conte l'enfer, au combat contre le dragon et tous ses alliés.» Pendant que la divine Reine faisait cette oraison, Lucifer sortit de ses conciliabules si arrogant et si superbe contre Elle, qu'il réputait toutes les âmes de la perdition desquelles il est si altéré comme une chose de très peu de prix. Et si l'on pouvait connaître cette fureur infernale comme elle était, nous comprendrions bien ce que Dieu en dit au saint homme Job, «qu'il estimait et réputait l'acier comme de la paille et le bronze comme du bois vermoulu (Job 41: 18).» Telle était la colère de ce dragon contre la Très Sainte Marie. Et elle n'est pas moindre maintenant contre les âmes respectivement; car son arrogance méprise la plus sainte, la plus invincible et la plus forte comme une feuille sèche. Que ne fera-t-il donc point des pécheurs qui comme des cannes frêles et pourries ne lui résistent pas? Seules la foi vive et l'humilité de coeur sont les doubles armes (Eph. 6: 16) avec lesquelles nous pouvons le vaincre et le soumettre glorieusement.
 

3, 27, 340. Pour commencer la bataille , Lucifer amena avec lui les sept légions (Apoc. 12: 3) avec leurs principaux chefs qu'il désigna lors de sa chute [c] du Ciel, afin qu'ils tentassent les hommes dans les sept péchés capitaux. Et à chacun de ces sept escadrons il recommanda la lutte contre la Princesse impeccable, afin qu'ils éprouvassent en Elle et contre Elle leurs plus grands efforts. L'invincible Dame était en oraison et le Seigneur le permettant alors, la

première légion entra pour la tenter d'orgueil, ce qui est le ministère spécial de ces ennemis. Pour disposer les passions ou inclinations naturelles en altérant les humeurs du corps, moyen ordinaire de tenter les autres âmes, ils essayèrent de s'approcher de la divine Dame, jugeant qu'Elle était comme les autres créatures de passions désordonnées par le péché; mais ils ne purent s'approcher d'Elle autant qu'ils le désiraient, parce qu'ils sentaient une vertu invincible et un parfum de sa sainteté qui les tourmentaient plus que le feu même dont ils souffraient. Et comme il en était ainsi et que le seul air de la Très Sainte Marie les pénétrait d'une douleur souveraine, toutefois la rage qu'ils concevaient était si furieuse et si démesurée qu'ils méprisaient ce tourment et ils s'efforçaient àl'envi de s'approcher davantage désirant l'offenser et l'altérer.


3, 27, 341. Le nombre des démons était grand et la Très Sainte Marie une pure Femme seule; mais Elle était aussi formidable et aussi terrible contre eux que plusieurs armées bien rangées (Cant. 6: 3). Ces ennemis se présentaient à Elle autant qu'ils le pouvaient avec leurs fables très iniques (Ps. 118: 85). Mais l'Auguste Princesse nous enseignant à vaincre ne s'émut ni ne s'altéra point; Elle ne changea point d'air ni de couleur. Elle ne fit point cas d'eux et Elle n'y prêtait pas plus d'attention que s'ils eussent été des fourmis très débiles: Elle les méprisa avec un Coeur invincible et magnanime; parce que comme cette guerre doit être faite par les vertus, Elle ne doit pas être avec des extrêmes, des agitations et du bruit, mais avec calme, paix intérieure et modestie extérieure. Ils ne purent lui altérer les passions et les appétits; parce que cela ne tombait point sous la juridiction du démon dans notre Reine, car Elle était toute soumise à la raison et Celle-ci à Dieu et le coup du péché n'avait pas touché à l'harmonie de ses puissances et ne les avait point déconcertées, comme dans les autres enfants d'Adam. Et pour cela les flèches de ces ennemis étaient comme dit David des flèches d'enfants (Ps. 63: Cool et leurs machines étaient comme des artilleries sans munitions et ils n'étaient forts que contre eux-mêmes, parce que leur faiblesse leur était un vif tourment. Et quoiqu'ils ignorassent l'innocence et la justice originelle de la Très Sainte Marie et qu'ils ne comprissent point non plus que les tentations communes ne pouvaient l'offenser; mais dans la grandeur de son air et de sa constance, ils conjecturaient leur propre mépris et qu'ils l'offensaient très peu. Et c'était non seulement peu mais point; parce que comme l'Évangéliste dit dans l'Apocalypse et je l'ai rapporté dans la première partie [d], la terre aida la Femme vêtu du soleil lorsque le dragon lança contre Elle les eaux impétueuses des

tentations; parce que le corps terrestre de cette Dame n'était pas vicié dans ses puissances et ses passions comme les autres que le péché toucha.
 

3, 27, 342. Ces démons prirent des figures corporelles, terribles et épouvantables et ajoutant des hurlements cruels, des voix et des rugissements horribles, feignant de grands bruits, des menaces et des tremblements de la terre et de la maison qui semblait menacer ruine et d'autres paniques semblables pour épouvanter, troubler ou émouvoir la Princesse du monde [e], car pour cela seulement ou pour la retirer de l'oraison ils se fussent tenus pour victorieux. Mais le Coeur grand et invincible de la Très Sainte Marie ne se troubla, ne s'altéra ni ne fît aucune mutation. Et il faut avertir ici que pour ce combat, le Seigneur laissa Sa Très Sainte Mère dans l'état commun de la Foi et des vertus qu'Elle avait et ils suspendait l'influence des autres faveurs et des autres consolations qu'Elle avait coutume de recevoir hors de ces occasions. Le Très-Haut l'ordonna ainsi, afin que le triomphe de Sa Mère fût plus glorieux et plus excellent; outre certaines autres raisons que Dieu a dans ce mode de procéder envers les âmes: car Ses jugements touchant la manière dont Il agit avec elles sont insondables (Rom. 11: 33) et cachés. Quelquefois la grande Dame avait coutume de prononcer et de dire: «Qui est comme Dieu qui vit dans les hauteurs, et qui regarde les humbles dans le Ciel et sur la terre (Ps. 112: 5-6)?» Et par ces paroles Elle ruinait ces armes à doubles tranchants qu'ils lui opposaient.


3, 27, 343. Ces loups affamés changèrent leur peau et prirent celle de brebis, laissant les figures épouvantables et se transformant en Anges de lumière très resplendissants et très beaux. Et s'approchant de la divine Souveraine, ils lui dirent: «Tu as vaincu, tu as vaincu, tu es forte, et nous venons t'assister et récompenser ton invincible valeur;» et avec ces flatteries mensongères, ils l'entourèrent et lui offrirent leur faveur. Mais la Très Prudente Dame recueillit tous ses sens, et s'élevant (Lam. 3: 41) au dessus d'Elle-même par le moyen des Vertus infuses, Elle adora le Seigneur en esprit et en vérité (Jean 4: 23) et méprisant les lacs (Eccli 51: 3) de ces langues iniques et de ces mensonges fabuleux, Elle parla à son Très Saint Fils et lui dit: «Mon Seigneur et mon Maître, ma Force, vraie Lumière de lumière, en Votre seule protection est toute ma confiance et l'exaltation de Votre Saint Nom. J'anathématise, j'abhorre et je déteste tous ceux qui le contredisent.» Les opérations de la méchanceté

persévéraient à proposer ses fausses insanités à la Maîtresse de la science, et à offrir des louanges feintes au-dessus des étoiles à Celle qui s'humiliait plus que les créatures infimes; et ils lui dirent qu'ils voulaient la distinguer parmi les femmes et lui faire une faveur exquise qui était de la choisir au Nom du Seigneur pour la Mère du Messie et que sa sainteté fût au-dessus des Patriarches et des Prophètes.


3, 27, 344. L'auteur de cette tromperie extravagante fut Lucifer lui-même d'où sa malice se découvre afin que les autres âmes la connaissent. Mais il était ridicule pour la Reine du Ciel, de lui offrir ce qu'Elle était, et c'étaient eux qui étaient les trompés et les hallucinés, non seulement en offrant ce qu'ils ne savaient ni ne pouvaient donner, mais en ignorant les sacrements du Roi du Ciel renfermés dans la Femme Très Fortunée qu'ils persécutaient. Cependant, l'iniquité du dragon fut grande, parce qu'il savait qu'il ne pouvait accomplir ce qu'il promettait; mais il voulait savoir si par hasard notre divine Souveraine l'était, ou si Elle donnait quelque indice de le savoir. La prudence de la Très Sainte Marie n'ignora pas cette duplicité de Lucifer, et en la méprisant Elle demeura dans une sévérité et une impassibilité admirables. Et tout ce qu'Elle fit au milieu des fausses adulations fut de continuer l'oraison et d'adorer le Seigneur en se prosternant en terre; et en Le confessant Elle s'humiliait Elle-même et Elle se réputait plus méprisable que toutes les créatures et que la poussière même qu'Elle foulait aux pieds. Par cette oraison et cette humilité Elle décolla la superbe présomptueuse de Lucifer tout le temps que cette tentation lui dura. Et quant au reste de ce qui arriva, la sagacité des démons, leurs cruautés et les fables trompeuses qu'ils inventèrent, il ne me paraît pas à propos de tout rapporter, ni de m'étendre à ce qui m'a été manifesté, car ce que j'ai dit suffit pour notre instruction et tout ne peut être confié à l'ignorance des créatures terrestres et fragiles.


3, 27, 345. Ces ennemis de la première légion découragés et vaincus, ceux de la second arrivèrent pour tenter d'avarice la plus Pauvre du monde. Ils lui offrirent de grandes richesses d'or, d'argent, et de joyaux très spécieux. Et afin que tout cela ne parût pas des promesses en l'air, ils lui présentèrent plusieurs de ces choses, quoique d'une manière apparente seulement, leur semblant que le sens a une grande force pour inciter la volonté au délectable présent. Ils ajoutèrent à cette tromperie plusieurs autres raisons artificieuses et ils lui dirent que Dieu lui envoyait tout cela pour le distribuer aux pauvres. Et comme Elle n'en reçut rien, ils

changèrent de tactique et ils lui dirent que c'était une chose injuste qu'Elle fût si pauvre, puisqu'Elle était si sainte; et qu'il y avait plus de raisons pour qu'Elle fût Maîtresse de toutes ces richesses que les autres pécheurs et les méchants; que le contraire était une injustice et un désordre de la Providence du Seigneur, que les justes fussent pauvres et les méchants et les ennemis riches et prospères.


3, 27, 346. C'est en vain, dit le Sage, que l'on jette le filet devant les yeux des oiseaux agiles (Prov. 1: 17). Cela était vrai dans toutes les tentations contre notre Auguste Princesse; mais en celle de l'avarice, la malice du serpent était plus extravagante, puisqu'il tendait le filet en des choses si terrestres et si viles contre le Phénix de la pauvreté qui avait élevé son vol si loin de la terre, au-dessus des Séraphins mêmes. Quoique la Très Prudente Dame fût remplie de Sagesse divine, Elle ne se mit jamais à raisonner avec ses ennemis, comme on ne doit non plus jamais le faire; puisqu'ils combattent contre la vérité manifeste et qu'ils ne s'en donneraient pas pour convaincus quoiqu'ils la connussent. Et pour cela la Très Sainte Marie se prévalut de quelques paroles de l'Écriture, les prononçant avec une humilité sévère, et Elle dit celle du psaume 118: «Haereditatem acquisivi testimonia tua in aeternum. J'ai choisi pour héritage et pour richesses de garder Ta Loi et Tes témoignages, ô mon Seigneur (Ps. 118: 111).» Et Elle en ajouta d'autres, louant et bénissant le Très-Haut avec action de grâces, parce qu'Il l'avait créée et conservée, la sustentant sans qu'Elle le méritât. Et de cette manière si remplie de Sagesse, Elle vainquit et confondit la seconde tentation, les artisans de la méchanceté demeurant tourmentés et confus.


3, 27, 347. Arriva la troisième légion avec le prince impur qui tente dans la faiblesse de la chair; et en celle-ci ils forcèrent davantage parce qu'ils trouvèrent plus d'impossibilité pour exécuter aucune des choses qu'ils désiraient; et ainsi ils obtinrent moins s'il peut y avoir moins dans les unes que dans les autres. Ils intentèrent de lui introduire certaines suggestions et représentations très laides, et de fabriquer d'autres monstruosités indicibles. Mais tout demeura en l'air; parce que la Très Pure Vierge, ayant connu la nature de ce vice, se recueillit toute à l'intérieur et laissa tout l'usage de ses sens suspendu sans aucune opération; et ainsi il ne peut y avoir en Elle suggestion d'aucune chose, ni entrer d'espèce dans sa pensée, parce que rien n'arriva à ses puissances. Et d'une volonté fervente, Elle renouvela plusieurs fois le voeu de chasteté en la présence intérieure du Seigneur;

et Elle mérita plus dans cette circonstance que toutes les vierges qui ont été et qui seront dans le monde. Et le Tout-Puissant lui donna en cette matière une vertu telle que le feu renfermé dans le bronze ne lance pas avec une pareille force et une pareille vélocité la munition qui s'y trouve qu'étaient précipités les ennemis quand ils intentaient de toucher à la pureté de la Très Sainte Marie par quelque tentation.


3, 27, 348. La quatrième légion et tentation fut contre la mansuétude et la patience, procurant de mouvoir la colère de la Très Douce Colombe. Et cette tentation fut plus incommode, parce que les ennemis mirent toute la maison sans dessus dessous; ils rompirent et détruisirent tout ce qu'il y avait d'une manière et en des circonstances telles qu'ils pussent irriter davantage la Très Douce Dame; et ses saints Anges réparèrent aussitôt tout ce dommage. Les démons vaincus en cela prirent des figures de certaines femmes connues de la sérénissime Princesse; et ils allèrent à Elle avec une plus grande indignation et une plus grande fureur que s'ils eussent été les femmes véritables et ils lui dirent des coutumélies exorbitantes, osant la menacer et lui ôter de sa maison certaines choses des plus nécessaires. Mais toutes ces machinations furent frivoles pour qui les connaissait comme la Très Sainte Marie; puisqu'ils ne firent aucun geste ni aucune action qu'Elle ne pénétrât, quoiqu'Elle s'en retirât totalement, sans s'émouvoir ni s'altérer; mais Elle méprisait tout avec une majesté de Reine. Les malins esprits craignirent d'être connus et pour cela méprisés. Ils prirent un autre instrument d'une femme véritable et de condition accommodée pour leur sujet. Ils émurent celle-ci contre la Princesse du Ciel par un artifice diabolique; parce que le démon prit la forme d'une autre de ses amies, et lui dit que Marie la femme de Joseph l'avait déshonorée en son absence disant d'elle plusieurs faussetés que feignit le démon notre ennemi.


3, 27, 349. Cette femme trompée, qui d'un autre côté se mettait facilement en colère, s'en alla en une très grande fureur trouver notre très douce brebis la Très Sainte Vierge et lui dit en face des injures et des insultes exécrables. Mais la laissant peu à peu répandre le courroux qu'elle avait conçu, son Altesse lui parla avec des paroles si humbles et si douces qu'elle la changea tout-à-fait et lui adoucit le coeur. Et lorsqu'elle fut revenue davantage à elle-même, Elle la consola et la calma, l'avertissant de se garder du démon; et lui donnant quelque aumône parce qu'elle était pauvre, Elle la renvoya en paix; avec quoi cet artifice fut dissipé, comme plusieurs autres qu'imagina Lucifer, le père du mensonge, non-seulement

pour irriter la Très Douce Colombe mais aussi par là même la discréditer. Mais le Très-Haut prépara la défense de l'honneur de Sa Très Sainte Mère par le moyen de sa propre perfection, de son humilité et de sa prudence, de telle sorte que le démon ne put jamais la discréditer en aucune chose; parce qu'Elle opérait et procédait si doucement et si sagement envers tous que la multitude des machinations que le démon fabriquait se détruisaient sans avoir aucun résultat. L'égalité et la mansuétude que l'Auguste Souveraine eut en ce genre de tentations fut un sujet d'admiration pour les Anges, et aussi pour les démons mêmes quoique différemment, de voir une telle manière d'opérer dans une créature humaine et une Femme; parce qu'ils n'en avaient jamais connu de semblable.


3, 27, 350. La cinquième légion entra avec la tentation de gourmandise et quoique le démon ne dit point à notre Reine de changer les pierres en pain (Matt. 4: 3), comme ensuite à Son Très Saint Fils, parce qu'ils ne l'avaient pas vu faire d'aussi grands miracles, parce qu'Elle les avait cachés, il la tenta néanmoins de gourmandise (Gen. 3: 6) comme la première femme. Ils lui présentèrent de grandes douceurs qui en apparence conviaient et excitaient l'appétit, et ils tâchèrent de lui exciter les humeurs naturelles, afin qu'Elle sentît quelque faim bâtarde; et ils se fatiguèrent à l'inciter, afin qu'Elle fît attention à ce qu'ils lui offraient. Mais toutes ces diligences furent vaines et sans aucun effet; parce que le Coeur sublime de notre Princesse et notre Souverain était aussi éloigné de tous ces objets si matériels et si terrestres que le Ciel l'est de la terre. Et Elle n'employa pas ses sens à faire attention à la gourmandise, Elle ne l'aperçut presque point; parce qu'en tout Elle défaisait ce qu'avait fait notre mère Eve qui imprudente et sans faire attention au danger posa la vue sur la beauté de l'arbre de la science et sur son doux fruit, et aussitôt elle étendit la main et en mangea, donnant principe à notre perte. La Très Sainte Marie ne fit point ainsi, car Elle fermait et abstrayait ses sens, quoiqu'Elle n'eût pas le danger d'Eve: et celle-ci demeura vaincue pour notre perte et la grande Reine victorieuse pour notre rachat et notre remède.


3, 27, 351. La sixième tentation de l'envie arriva très découragée, voyant la défaite des ennemis précédents; car bien qu'ils ne connussent point toute la perfection avec laquelle la Mère de la Sainteté opérait, ils sentaient néanmoins sa force invincible; et ils la connaissaient si immobile qu'ils désespéraient de pouvoir la réduire à aucune de leurs intentions dépravées. Néanmoins la haine implacable

du dragon et son orgueil jamais désarmé ne se rendaient point; au contraire, ils ajustèrent de nouvelles inventions pour provoquer la grande Amante du Seigneur et de son prochain à envier dans les autres ce qu'Elle ne possédait pas Elle-même et ce qu'Elle abhorrait comme inutile et dangereux. Ils lui firent une relation très étendue de beaucoup de biens et de grâces naturelles que d'autres avaient; et ils lui disaient que Dieu ne les lui avait pas donnés à Elle. Et supposant que les dons surnaturels devaient lui être un motif plus efficace d'émulation, ils lui rapportèrent de grandes faveurs et de grands bienfaits que la droite du Tout-Puissant avait communiqués à d'autres et non à Elle. Mais comment ces fables menteuses auraient-elles pu embarrasser Celle-là même qui était la Mère de toutes les grâces et de tous les dons du Ciel. Parce que les bienfaits du Seigneur qu'ils pouvaient lui représenter avoir été reçus par toutes les créatures étaient tous moindre qu'être Mère de l'Auteur de la grâce; et par celle que Sa Majesté lui avait communiquée et le feu de la Charité qui brûlait dans son sein, Elle désirait avec de vives anxiétés que la droite du Très-Haut les enrichît et les favorisât librement. Puis comment l'envie pouvait-elle trouver place là où la Charité abondait (1 Cor. 13: 4). Mais les cruels ennemis ne se désistaient point. Ils représentèrent ensuite à la divine Reine la félicité apparente des autres qui par les richesses et les biens de la fortune étaient jugés pour fortunés en cette vie et triomphants dans le monde. Et ils portèrent diverses personnes à aller trouver la Très Sainte Marie et à lui dire en même temps la consolation qu'elles avaient de se trouver riches et favorisées de la fortune. Comme si cette trompeuse félicité des mortels n'avait pas été réprouvée tant de fois dans les divines Écritures (Jér. 17: 11; Eccles. 5: 9; Ps. 48: 18 et 20; Matt. 19: 23-24; 1 Tim. 6: 9); et c'étaient la Science et la Doctrine que la Reine du Ciel et son Très Saint Fils venaient enseigner au monde par leurs exemples.


3, 27, 352. Notre divine Dame enseignait à ces personnes àbien user des dons et des richesses temporelles et à en rendre grâces à leur Auteur: et Elle faisait Elle-même, suppléant au défaut de l'ingratitude ordinaire des hommes. Et quoique la très humble Dame se jugeât indigne du moindre bienfait du Très-Haut; néanmoins en fait de vérité sa dignité et sa sainteté très éminentes attestaient en Elle ce que les Saintes Écritures (Prov. 8: 18-19; Eccli. 24: 25) disent en son nom: «Avec moi sont les richesses et la gloire, les trésors et la justice. Mon fruit est meilleur que l'or, l'argent et les pierres précieuses. En moi est toute la grâce de la voie et de la vérité et toute l'espérance de la vie et de la vertu.» Avec cette excellence et cette supériorité Elle vainquait les ennemis, les laissant comme étourdis et confus de

voir que là où ils déployaient toutes leurs forces et leur astuce, ils obtenaient moins, et ils se trouvaient plus ruinés.


3, 27, 353. Son obstination persista néanmoins jusqu'à arriver avec la septième tentation de paresse, prétendant l'introduire en la Très Sainte Marie, en lui excitant quelques indispositions corporelles de lassitude, de fatigue ou de tristesse, ce qui est un art peu connu, avec lequel le péché de la paresse fait de grands progrès dans plusieurs âmes et leur empêche l'avancement dans la vertu. Ils ajoutèrent à cela plusieurs suggestions qu'étant fatiguée Elle remît certains exercices pour quand Elle serait mieux disposée: ce qui n'est pas une moindre fourberie que lorsqu'il nous trompe par d'autres, et nous ne le percevons pas ni nous ne connaissons ce qui est nécessaire. Outre toute cette malice, ils essayèrent d'empêcher la Très Sainte Marie de faire quelques exercices par le moyen des créatures humaines, prenant soin qu'elles allassent la déranger en des heures intempestives, pour la retarder en quelques-unes de ses actions et de ses saintes occupations qui avaient leurs heures et leurs temps marqués. Mais la très prudente et très diligente Princesse connaissait toutes ces machinations et Elle les dissipait par sa sagesse et sa sollicitude, sans que l'ennemi n'obtînt jamais de l'empêcher en aucune chose afin qu'Elle n'opérât pas avec plénitude de perfection. Ces ennemis demeurèrent comme désespérés et débilités et Lucifer furieux contre eux et contre lui-même. Mais renouvelant leur orgueil enragé, ils déterminèrent tous ensemble, comme je le dirai dans le chapitre suivant.




DOCTRINE QUE ME DONNA LA TRÈS SAINTE MARIE.


3, 27, 354. Ma fille, quoique tu aies résumé en un court compendium la bataille prolixe de mes tentations, je veux que de ce que tu as écrit et du reste que tu as connu en Dieu, tu tires les règles et la Doctrine pour résister à l'enfer et pour le vaincre. Pour cela le meilleur moyen de combattre est de mépriser le démon, le considérant ennemi du Dieu Très-Haut sans la sainte crainte et sans l'espérance d'aucun bien, désespéré du remède et opiniâtre dans son infortune, et sans repentir de son iniquité. Et avec cette vérité infaillible tu dois te montrer contre lui

supérieure, magnanime et immuable, le traitant comme contempteur de l'honneur et du culte de son Dieu. Et sachant que tu défends une si juste cause (Eccli. 5: 33), tu ne dois point t'intimider; au contraire, tu dois lui résister avec tous tes efforts et ta vaillance et le contredire en tout ce qu'il intentera, comme si tu étais à côté du même Seigneur pour le nom duquel tu combats; puisqu'il n'y a point de doute que Sa Majesté assiste celui qui combat légitimement. Tu es en lieu et en état d'espérance et destinée à la gloire éternelle si tu travailles avec fidélité pour ton Dieu et ton Seigneur.


3, 27, 355. Considère donc que les démons abhorrent avec une haine implacable ce que tu aimes et ce que tu désires, qui sont l'honneur de Dieu et la félicité éternelle; et ils voudraient te priver de ce qu'ils ne peuvent retrouver. Et Dieu a réprouvé le démon et Il t'offre à toi Sa grâce, Sa vertu et Sa force pour vaincre Son ennemi et le tien et obtenir ton heureuse fin du Repos éternel, si tu travailles fidèlement et si tu observes les commandements du Seigneur. Et quoique l'arrogance (Is. 16: 6) du démon soit grande, sa faiblesse néanmoins est encore plus grande; et il ne vaut pas plus qu'un atome très débile en présence de la vertu Divine. Mais comme son astuce ingénieuse et sa malice excèdent tant les mortels (Job 41: 24), il ne convient pas à l'âme d'entrer en raisons ni en conversations avec lui, soit visiblement ou invisiblement; parce qu'il sort de son entendement ténébreux, comme d'un fourneau de feu, des ténèbres et de la confusion qui obscurcissent le jugement des hommes; s'ils l'écoutent, il les remplit de faussetés et de ténèbres, afin qu'ils ne connaissent ni la vérité et la beauté de la vertu, ni la laideur de leurs tromperies venimeuses. Et avec cela, les âmes ne savent point séparer ce qui est précieux de ce qui est vil (Jér. 15: 19), la vie de la mort, ni la vérité du mensonge; et ainsi ils tombent aux mains de ce dragon cruel et impie.

3, 27, 356. Que ce soit une règle inviolable pour toi de ne point faire attention à ce qu'il te propose dans les tentations de ne point l'écouter et de ne point y réfléchir. Et si tu pouvais te détourner et t'éloigner de manière à ne point l'apercevoir ni connaître sa mauvaise intention ce serait le plus sûr de le regarder de loin; parce que toujours le démon envoie en avant quelque préparation pour introduire son erreur, spécialement aux âmes où il craint que l'entrée lui sera contestée s'il ne la facilite d'abord. Et ainsi il a coutume de commencer par la

tristesse, l'abattement de coeur ou par quelque mouvement ou quelque force qui distraie l'âme et qui la détourne de l'attention et de l'affection du Seigneur; et ensuite il arrive avec le poison dans un vase d'or, afin qu'il ne cause pas tant d'horreur. Au moment que tu reconnaîtras en toi quelques-uns de ces indices, puisque tu as déjà l'expérience, l'obéissance et la Doctrine, je veux qu'avec des ailes de colombe (Ps. 54: 7), tu élèves ton vol, et tu t'éloignes jusqu'à arriver au refuge du Très-Haut, L'invoquant en ta faveur et Lui présentant les mérites de mon Très Saint Fils. Et tu dois aussi recourir à ma protection comme à ta Mère et ta Maîtresse et à celle de tes Anges gardiens et de tous les autres du Seigneur. Ferme aussi tes sens avec promptitude et juge-toi morte pour eux, ou comme une âme de l'autre vie où n'arrive point la juridiction du serpent et du tyran exacteur. Occupe-toi davantage alors dans l'exercice des actes vertueux contraires aux vices qu'il te propose et spécialement dans les actes de Foi, d'Espérance et de Charité qui chassent la timidité et la crainte (1 Jean 4: 18) avec lesquelles la volonté s'affaiblit pour résister.


3, 27, 357. Tu ne dois chercher qu'en Dieu seul les raisons pour vaincre Lucifer et tu ne dois point les donner à cet ennemi de peur qu'il ne te remplisse de fascinations confuses. Juge comme une chose indigne outre qu'elle est dangereuse de te mettre à raisonner avec lui, ni de prêter attention à l'ennemi de celui que tu aimes et le tien. Montre-toi supérieure et magnanime contre lui et offre-toi à garder toutes les Vertus pour toujours. Et contente avec ce Trésor, retire-toi en lui; car la plus grande adresse des enfants de Dieu dans ce combat est de fuir très loin [f]; parce que le démon est orgueilleux et il ressent qu'on le méprise et il désire qu'on l'écoute, se confiant dans son arrogance et ses embûches. Et de là vient l'envie qu'il y a qu'on l'accueille en quelque chose; parce que le menteur ne peut se fier à la force de la vérité, puisqu'il ne la dit pas; et ainsi il met sa confiance à être importun et à revêtir l'erreur d'une apparence de bien et de vérité. Et tant que ce ministre de méchanceté ne se trouve point méprisé, il ne pense jamais être reconnu, et comme une mouche [g] importune il tourne autour de la partie la plus proche de la corruption.


3, 27, 358. Tu ne dois pas être moins vigilante lorsque l'ennemi se sert contre toi des autres créatures, comme il le fait par deux voies: ou en les portant à un amour trop grand, ou au contraire à la haine. Lorsque tu connaîtras une affection

désordonnée en ceux qui te fréquentes, garde la même doctrine qu'à fuir le démon; mais avec cette différence que lui, tu dois l'abhorrer, et les autres créatures tu les considéreras ouvrages du Seigneur et tu ne leur refuseras point ce que tu leur dois en Sa Majesté et pour Lui. Mais, pour t'en éloigner, regarde-les tous comme ennemis, puisque pour ce que Dieu veut de toi et dans l'état où tu es, ce sera le démon qui voudra induire les autres personnes à t'éloigner du même Seigneur, et de ce que tu Lui dois. Si d'un autre côté elles te persécutent avec haine, corresponds avec amour et mansuétude, priant pour ceux qui t'abhorrent et te persécutent et que cela soit avec une affection intime du coeur. Et s'il était nécessaire de dissiper la colère de quelqu'un par des paroles douces ou de détruire quelque erreur en satisfaction de la vérité tu le feras, non pour ta défense, mais pour calmer tes frères et pour leur bien et leur paix intérieure et extérieure: et avec cela tu vaincras tout à la fois et toi-même et ceux qui te haïssent. Pour fonder tout cela il est nécessaire de couper les vices capitaux par les racines, les arracher tout àfait, mourant aux mouvements de l'appétit dans lequel s'enracinent les sept vices capitaux avec lesquels le démon tente, parce qu'il les sème tous dans les passions et les appétits désordonnés et immortifiés.




NOTES EXPLICATIVES

Extraites de celles de Don Creseto, à l'usage des prêtres.

3, 27, [a]. "Se mit comme sur pied". Rien d'impossible en cela. Saint Jean-Baptiste exulta et tressaillit dans le sein de sainte Élisabeth comme le raconte l'Évangile. Il s'agissait ici de prier pour la victoire de Celle qui était créée par Dieu pour écraser la tête du serpent, pour combattre et pour soutenir du côté de l'enfer les plus furieux assauts et leur issue était d'une importance plus grande que l'issue de toutes les batailles du peuple de Dieu même. Moïse se mit à prier longuement sur la montagne les bras élevés pour la victoire d'Israël contre les Amalécites. Combien était-il plus raisonnable que Notre Seigneur Jésus-Christ priât pour la victoire de la grande Antagoniste de l'enfer contre les ennemis bien plus redoutables que les Amalécites qui en étaient la figure!

3, 27, . Si Notre Seigneur Jésus-Christ fut tenté par le diable, Marie, ennemie capitale de ce diable ne devait pas en être exempte. Mais il faut remarquer que cette Auguste Mère de Dieu de pouvait pas souffrir de tentations par suggestion intérieure; parce qu'étant conçue sans péché Elle n'avait point en elle l'aiguillon du péché comme nous, et sa chair immaculée était parfaitement soumise à la raison. C'est pourquoi toutes les tentations en la Très Sainte Marie comme en Jésus-Christ arrivèrent par suggestions externes.

3, 27, [c]. Livre 1, No. 103.

3, 27, [d]. Livre 1, Nos. 129-130.

3, 27, [e]. On voit des artifices semblables employés par les démons contre le grand saint Antoine dans sa vie écrite par saint Athanase: et dernièrement le bienheureux curé d'Ars souffrit de semblables assauts.

3, 27, [f]. Saint Philippe de Néri parlant de la tentation de la chair avait coutume de dire: «Dans cette bataille, ce sont les poltrons et ceux qui fuient qui sont les vainqueurs.»

3, 27, [g]. Saint François d'Assise avait coutume d'appeler le démon du nom de mouche.
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