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Marie d'Agreda "La Cité Mystique de Dieu" livre version numérisée

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Re: Marie d'Agreda "La Cité Mystique de Dieu" livre version numérisée

Message par sga le Ven 21 Avr 2017 - 13:16

CHAPITRE 25



Le voyage de la Très Sainte Marie de la maison de Zacharie à Nazareth.

 

3, 25, 314. La Très Sainte Marie, vivant Tabernacle du Dieu vivant (Apoc. 21: 3), sortit pour retourner de la ville de Juda àcelle de Nazareth, cheminant par les montagnes de la Judée en compagnie de son très fidèle époux Joseph. Et quoique les Évangélistes ne disent point la hâte et la diligence avec laquelle Elle fit ce voyage, comme saint Luc le dit du premier (Luc 1: 39) à cause du mystère spécial que cette hâte renfermait: dans ce voyage aussi et ce retour à Nazareth la Princesse du Ciel chemina avec une grande promptitude à cause des événements qui l'attendaient dans sa maison. Et toutes les pérégrinations de cette divine Souveraine furent une démonstration mystique de ses progrès spirituels et

intérieurs: parce qu'Elle était le Tabernacle véritable du Seigneur (1 Par. 17: 5) qui ne se reposait jamais d'une manière stable dans le pèlerinage de cette vie mortelle; au contraire Elle procédait et passait chaque jour d'un état très élevé de sagesse et de grâce à un autre plus élevé et supérieur; elle cheminait toujours et toujours Elle était unique et étrangère dans ce chemin de la terre; et toujours Elle portait avec Elle-même le Propitiatoire (Nom. 7: 89) véritable où Elle sollicitait sans intermission et Elle acquérait notre salut àtous, avec de grands accroissements de ses dons et de ses faveurs propres.



3, 25, 315. Notre grande Raine et saint Joseph mirent quatre autres jours à ce voyage comme en venant, ainsi que je l'ai dit dans le chapitre 16. Et dans la manière de cheminer et dans leurs divins entretiens et leurs conversations en tout le voyage, il arriva les mêmes choses que j'ai dites [a] et il n'est pas nécessaire de le répéter maintenant. Dans les contentions d'humilité qu'ils avaient d'ordinaire, notre Reine remportait toujours la victoire, sauf lorsque son saint époux interposait l'obédience de ses commandements, car sa plus grande humilité consistait à se rendre obéissante. Mais comme Elle était déjà enceinte de trois mois, Elle marchait plus attentive et plus soigneuse, non que sa grossesse lui fût lourde et pesante, car au contraire Elle lui était d'un très doux allégement, cependant la Mère très attentive et très prudente prenait beaucoup de soin de son Trésor; parce qu'Elle le regardait avec les augmentations et les progrès naturels que le corps très saint de son Fils recevait dans son sein virginal. Et nonobstant la facilité et la légèreté de sa grossesse, quelquefois la fatigue du chemin et la chaleur l'accablaient; parce qu'Elle ne se prévalait point des privilèges de Reine et de Maîtresse des créatures pour ne point souffrir, au contraire, Elle donnait lieu aux incommodités et à la fatigue, pour être en tout Maîtresse de la perfection et l'étampe unique de son Très Saint Fils.



3, 25, 316. Comme sa Divine grossesse était si parfaite du côté de la nature et sa personne très élégante et très délicate et tout à fait sans aucun défaut, le changement dans sa personne paraissait naturellement davantage et la Très Discrète Épouse reconnaissait qu'il serait impossible de le cacher plusieurs jours à son époux très chaste et très fidèle. Avec cette considération Elle le regardait déjà avec une tendresse et une compassion plus grandes à cause de la surprise qui le menaçait de près et qu'Elle aurait désiré lui éviter si Elle eût connu la Volonté

Divine. Mais le Seigneur ne répondit point à ses soucis, parce qu'Il disposait les événements par les moyens les plus opportuns pour Sa gloire, le mérite de saint Joseph et celui de Sa Mère Vierge. Néanmoins la grande Dame demandait à Sa Majesté dans son secret de préparer le Coeur du saint époux par la patience et la sagesse dont il avait besoin et de l'assister de Sa grâce, afin qu'il opérât avec le bon plaisir et l'agrément de la Volonté Divine dans la circonstance qu'Elle attendait; parce qu'Elle jugeait toujours qu'il recevrait une grande douleur en la voyant enceinte.



3, 25, 317. Poursuivant son chemin, la Maîtresse du monde y fit quelques oeuvres admirables quoique toujours d'une manière cachée et secrète. Un jour ils arrivèrent en un lieu non loin de Jérusalem, et dans la même hôtellerie où ils se trouvaient arrivèrent des gens venus d'un autre petit endroit qui allaient à la cité sainte et qui amenaient une jeune femme malade, afin de chercher pour elle quelque remède comme en un lieu plus grand et plus populeux. Et quoiqu'ils la connussent très malade, ils ignoraient sa maladie et la cause de ses souffrances. Cette femme avait été très vertueuse; et l'ennemi commun connaissant son naturel et ses vertus précédentes, se tourna contre elle et la poursuivit comme il fait toujours contre les amis de Dieu, ses ennemis, et il la fit tomber en quelques péchés; et afin de l'entraîner d'un abîme dans un autre, il la tenta par de fausses illusions de méfiance et de douleur désordonnée de son propre déshonneur, et lui troublant le jugement, le dragon trouva moyen d'entrer dans la femme affligée et de la posséder avec plusieurs autres démons. J'ai déjà dit dans la première partie que le dragon infernal avait conçu une grande colère contre toutes les femmes vertueuses, depuis qu'il avait vu dans le Ciel cette Femme vêtue du soleil de la génération de laquelle sont les autres qui la suivent comme on peut l'inférer du chapitre 12 de l'Apocalypse, et à cause de cette indignation il était très fier et très orgueilleux de la possession de ce corps et de cette âme de la femme affligée et il la traitait comme un tyran ennemi.

 

3, 25, 318. Notre divine princesse vit dans son hôtellerie cette femme malade et Elle connut son mal que tous ignoraient; et mue par sa miséricorde maternelle, Elle pria et supplia son Très Saint Fils de lui donner la santé de l'âme et du corps [b. Et connaissant la Volonté Divine qui s'inclinait à la clémence, et usant de la puissance de Reine, Elle commanda aux démons de sortir à l'instant de cette

femme et de la laisser sans jamais plus revenir la molester, et de s'en aller dans les abîmes comme à leur propre et légitime demeure. Ce commandement de notre Grande Reine et Souveraine ne fut pas vocal, mais mental ou imaginaire, de manière que les esprits immondes purent le recevoir; mais il fut si efficace et si puissant que Lucifer et ses compagnons sortirent sans délai de ce corps, et ils furent lancés dans les ténèbres de l'enfer. L'heureuse femme demeura libre et étonnée d'un événement si inopiné; mais elle s'inclina par un mouvement du coeur vers la Très Sainte et Très Pure Souveraine. Elle la regarda avec une admiration et une vénération spéciale, et par cette vue elle reçut deux autres bienfaits. L'un qui lui mouvait le coeur par une intime douleur de ses péchés. L'autre qui lui ôtait ou lui anéantissait les restes et les effets que lui avaient laissés dans le corps ces injustes possesseurs qu'elle avait senti et souffert pendant quelque temps. Elle reconnut que cette divine Étrangère qu'elle avait rencontrée pour sa grande fortune dans le chemin, avait part dans le bien qu'elle éprouvait et qu'elle avait reçu du Ciel. Elle lui parla, et notre Reine lui répondant au coeur, l'exhorta et l'encouragea à la persévérance et aussi Elle la lui mérita pour l'avenir. Les parents qui allaient avec elle connurent aussi le miracle; mais ils l'attribuèrent à la promesse qu'ils accomplissaient de la porter au Temple de Jérusalem en y offrant quelque aumône. Et c'est ce qu'ils firent en louant Dieu; mais ignorant l'Instrument de ce bienfait.



3, 25, 319. Le trouble de Lucifer fut grand et furieux de se voir chassé par le seul commandement de la Très Sainte Marie et dépossédé par cette Femme; et avec une rage pleine d'indignation il disait: «Quelle est cette Femmelette qui nous commande et nous opprime avec tant de force? Quelle est cette nouveauté et comment mon orgueil la souffre-t-elle? Il convient que nous tenions conseil sur cela et que nous traitions de l'anéantir.» Et parce que j'en dirai davantage sur ce point dans le chapitre suivant, je le laisse maintenant. Mais nos divins voyageurs arrivant à une autre hôtellerie dont le maître était un homme de mauvaise vie et de moeurs corrompues; pour commencer son bonheur, Dieu ordonna qu'il reçut la Très Sainte Marie et Joseph son époux d'un air aimable et bienveillant. Il leur fit plus de courtoisie et de services qu'il n'avait coutume d'en faire à d'autres hôtes. Et afin que le retour fût aussi plus avantageux, la grande Reine qui connaissait l'état de la conscience souillée de son hôtelier, pria pour lui et lui laissa le fruit de cette oraison en paiement de l'hospitalité, lui laissant l'âme justifiée, la vie améliorée et la fortune aussi, car pour un léger bienfait qu'il rendit à ses Augustes Hôtes, Dieu la lui augmenta ensuite. La Mère de la grâce fit plusieurs autres

merveilles dans ce voyage; parce que ses émissions étaient divines (Cant. 4: 13), et Elle sanctifiait toutes les âmes si Elle trouvait en elles quelque disposition. Ils mirent fin à leur voyage arrivant à Nazareth où la Princesse du Ciel rangea et nettoya sa maison, avec l'aide et l'assistance de ses saints Anges qui l'accompagnaient toujours en ces humbles ministères comme émules de son humilité et zélés pour sa vénération et son culte. Saint Joseph s'occupait à son travail ordinaire pour sustenter la Reine et Elle ne frustrait (Prov. 31: 11) point l'espérance du Coeur du saint. Elle se ceignait dune force nouvelle (Prov. 31: 17 et 19) pour les mystères qu'Elle attendait et Elle étendait sa main à des choses fortes; et dans son secret Elle jouissait de la vue continuelle du Trésor de son sein et avec cette vue, de faveurs de délices et de consolations incomparables. Elle gagnait de grands mérites et un agrément incomparable de Dieu.



DOCTRINE QUE ME DONNA LA REINE DU CIEL.



3, 25, 320. Ma fille, les âmes qui connaissent Dieu par la lumière de la Foi et qui sont filles de l'Église pour user de cette Vertu et de celles qui leur sont infuses avec Elle, ne doivent point faire de distinction de temps, de lieux, ni d'occupations; parce que Dieu est présent dans toutes les choses et Il les remplit de Son Etre infini (Jér. 23: 24): et en tout lieu et en toute occasion se trouve la Foi pour L'adorer et le reconnaître en esprit et en vérité (Jean 4: 23). Et ainsi comme la création par où l'âme reçoit l'être premier est suivie de la conservation et la vie de la respiration en quoi il n'y a jamais d'intervalle, comme non plus dans la nutrition et l'accroissement jusqu'à ce que l'on arrive au terme; de cette manière la créature raisonnable après avoir été régénérée par la Foi et la grâce ne doit jamais interrompre l'accroissement de cette vie spirituelle, opérant toujours des oeuvres de vie par la Foi, l'Espérance et l'Amour en tout temps et en tout lieu. Et par l'oubli et la négligence que les hommes ont en cela et surtout les enfants de l'Église, la vie de la Foi vient à être comme s'ils ne l'avaient pas, parce qu'ils la laissent mourir (Jac. 2: 26) en perdant la charité. Et ce sont ceux-là qui reçoivent en vain cette âme nouvelle (Ps. 23: 4) que dit David parce qu'ils n'en usent pas plus que s'ils ne l'avaient pas reçue.



3, 25, 321. Je veux, ma très chère, que ta vie spirituelle n'ait pas plus de vides ni d'intervalles que ta vie naturelle. Tu dois toujours opérer par la vie de la grâce et les dons du Très-Haut, priant, aimant, louant, croyant, espérant et adorant ce Seigneur en esprit et en vérité sans distinction de temps, d'occupation ni de lieu. Il est présent en tout, et Il veut être aimé et servi de toutes les créatures raisonnables. Pour cela, lorsque les âmes arriveront à toi avec cet oubli ou d'autres fautes et fatiguées du démon, je te charge de prier pour elles avec une foi vive, et une ferme confiance: car si le Seigneur n'opère pas toujours comme tu le désires et elles le demandent, tu l'auras fait secrètement et tu obtiendras de Lui avoir donné de la complaisance en travaillant comme une fille et une épouse fidèle. Et si tu agis en tout comme je le veux de toi, je t'assure qu'Il t'accordera plusieurs privilèges d'Époux pour le bien des âmes. Fais attention en cela à ce que je faisais quand je regardais les âmes en disgrâce avec le Seigneur, et le soin et le zèle avec lesquels je travaillais pour toutes et singulièrement pour quelques-unes. Lorsque le Très-Haut te manifestera l'état de quelques âmes ou qu'elles te le déclareront, travaille à mon imitation et pour m'obliger; prie pour elle, et reprends-les avec prudence, humilité et modestie; car le Tout-Puissant ne veut pas que tu opères avec bruit, ni que les effets de ton travail se manifestent, mais qu'ils soient cachés; car Il se mesure en cela à ta timidité et à ton désir naturel et Il veut en toi le plus sûr. Et quoique tu doives prier pour toutes les âmes, fais-le plus efficacement pour celles que tu connaîtras être plus conforme à la Volonté divine de le faire.




NOTES EXPLICATIVES

Extraites de celles de Don Creseto, à l'usage des prêtres.

3, 25, [a]. Livre 3, No. 207.

3, 25, [b. Il est vraisemblable que cela soit arrivé en cette occasion et en plusieurs autres quoique l'Évangile n'en parle point; parce que l'Évangile ne rapporte pas tous les faits concernant Jésus-Christ et encore moins ceux de Marie. Saint Jean dit: «Il y a encore beaucoup d'autres choses que Jésus-Christ a faites; si elles étaient écrites en détail, je ne pense pas que le monde lui-même pût contenir les livres qu'il faudrait écrire.» Jean 21: 25.
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Re: Marie d'Agreda "La Cité Mystique de Dieu" livre version numérisée

Message par sga le Sam 6 Mai 2017 - 10:42

CHAPITRE 26



Les démons font un conciliabule dans l'Enfer contre la Très Sainte Marie.



3, 26, 322. J'ai déjà dit en son lieu, chapitre 11, numéro 130, qu'à l'instant où l'ineffable Mystère de l'Incarnation s'exécuta, Lucifer et tout l'enfer sentirent la vertu du bras Puissant du Très-Haut qui les précipita au plus profond des cavernes infernales. Ils demeurèrent là opprimés pendant quelques jours, jusqu'à ce que le même Seigneur leur donnât permission par Son admirable Providence, de sortir de cette oppression dont ils ignoraient la cause. Le grand dragon se leva donc et il sortit dans le monde pour parcourir la terre, cherchant partout s'il n'y avait pas quelque nouveauté à laquelle attribuer celle que lui et tous ses ministres avaient éprouvée en eux-mêmes. Le superbe prince des ténèbres ne confia point cette diligence à ses seuls compagnons, mais il sortit lui-même avec eux, et parcourant

tout le globe avec une astuce et une malignité souveraines, il épiait et s'enquérait de diverses manières pour découvrir ce qu'il cherchait. Il passa trois mois dans ces diligences, et à la fin il revint dans l'enfer aussi ignorant de la vérité qu'il en était sorti; parce que des Mystères si Divins n'étaient pas pour qu'il les comprît alors, sa malignité étant si ténébreuse qu'il ne devait pas goûter de ses effets admirables et il n'avait point à en bénir et à en glorifier leur Auteur comme ceux pour qui fut la Rédemption.

 

3, 26, 323. L'ennemi de Dieu se trouva plus confus et plus abattu sans savoir à quoi attribuer sa nouvelle infortune; et pour conférer de ce cas, il convoqua tous les escadrons infernaux [a], sans réserver aucun démon. Et placé en un lieu éminent en ce conciliabule, il fit ce raisonnement: «Vous savez bien, mes sujets, la grande sollicitude que j'ai apportée à me venger, depuis que Dieu nous a chassés de Sa maison et destitués de notre puissance, tâchant de détruire la Sienne. Et quoiqu'il me soit pas possible de le toucher Lui, néanmoins dans les hommes qu'Il aime je n'ai perdu ni temps ni occasion pour les attirer à mon empire: et par mes forces (Job 41: 25) j'ai peuplé mon royaume, et j'ai tant de gens et de nations qui me suivent et m'obéissent (Luc 4: 6), et chaque jour je gagne d'innombrables âmes en les éloignant de la connaissance de Dieu et de Son obéissance, afin qu'ils n'arrivent point à jouir de ce qu'ils ont perdu: au contraire je dois les attirer dans ces peines éternelles que nous souffrons puisqu'ils ont suivi ma doctrine et mes traces; et je vengerai en elles la colère que j'ai conçue contre leur Créateur. Mais tout ce que j'ai rapporté me paraît peu et je suis toujours stupéfait de cette nouveauté que nous avons éprouvée, parce qu'il ne nous est jamais arrivé aucune chose comme celle-ci depuis que nous avons été précipités du Ciel, ni jamais une aussi grande force ne nous a ruinés et opprimés; et je reconnais que vos forces et les miennes sont beaucoup diminuées. Cet effet si extraordinaire a sans doute des causes nouvelles, et dans notre faiblesse je sens une grande crainte que notre empire soit ruiné.»



3, 26, 324. «Cette affaire demande notre attention et ma fureur est constante et la colère de ma vengeance n'est pas satisfaite. Je suis sorti et j'ai parcouru tout le globe, reconnu tous ses habitants avec grand soin, et je n'ai rencontré aucune chose notable. Les femmes vertueuses et parfaites du genre de Celle-là, notre ennemie que nous connûmes dans le Ciel, je les ai toutes observées et persécutées, pour voir si je la rencontrerais parmi elles, mais je ne trouve point d'indices qu'Elle

soit née; parce que je n'en trouve aucune avec les conditions qu'il me semble que doit avoir Celle qui doit être Mère du Messie. Une Fille que je craignais à cause de ses grandes vertus et que je poursuivis dans le Temple est déjà mariée; et ainsi Elle ne peut être Celle que nous cherchons; parce qu'Isaïe dit qu'Elle doit être Vierge (Is. 7: 14). Néanmoins je la crains et l'abhorre, parce qu'il sera possible qu'étant si vertueuse, la Mère du Messie ou quelque grand prophète naisse d'Elle; et jusqu'à maintenant je n'ai pu l'assujettir en aucune chose; et je pénètre moins de sa Vie que de celle des autres. Elle a toujours résisté invinciblement, et Elle s'efface facilement de ma mémoire, et lorsque je m'en souviens, je ne peux m'approcher autant d'Elle. Et je n'arrive point à connaître si cette difficulté et cet oubli sont mystérieux, ou s'ils naissent de mon propre mépris que je fais d'une femmelette. Mais je rentrerai en moi-même, parce qu'en deux occasions ces jours-ci Elle m'a commandé, et nous n'avons pu résister à son empire et à sa magnanimité, avec quoi Elle nous a chassés de notre possession que nous avions dans ces personnes d'où Elle nous a bannis. Ceci est très digne de réflexion, et seulement pour ce qu'Elle a montré dans ces circonstances, Elle mérite notre indignation. Je détermine de la persécuter et de la soumettre, et que vous m'aidiez dans cette entreprise de toutes vos forces et de votre malice; car celui qui se signalera dans cette victoire recevra de grandes récompenses de mon pouvoir.»



3, 26, 325. Toute la canaille infernale qui écoutait Lucifer attentivement loua et approuva ses intentions et lui dit de n'être point inquiet, que ses triomphes ne s'évanouiraient point ni ne manqueraient pour cette Femme, puisque son pouvoir était si solidement établi et qu'il avait presque tout le monde sous son empire (Eph. 2: 2). Et ils se mirent ensuite à discuter les moyens qu'ils prendraient pour persécuter la Très Sainte Marie comme personne singulière et signalée en sainteté et en vertus et non comme Mère du Verbe fait homme, car le démon ignorait alors le sacrement caché comme je l'ai dit . De cette résolution, il s'en suivit aussitôt pour la divine souveraine une longue lutte avec Lucifer et ses ministres d'iniquité, afin qu'Elle écrasât plusieurs fois la tête de ce dragon infernal (Gen. 3: 15). Et quoique ce combat fut très grand et très signalé contre lui dans la vie de cette Auguste Reine Elle en eut néanmoins un autre encore plus grand lorsqu'Elle demeura dans le monde après l'Ascension de son Très Saint Fils au Ciel. Et j'en parlerai dans la troisième partie de cette Histoire divine [c] pour où ils m'ont remise, parce qu'il fut très mystérieux, car alors Elle était connue de Lucifer pour

Mère de Dieu, et saint Jean en parla dans le chapitre 12 de l'Apocalypse comme je le dirai en son lieu.



3, 26, 326. La Providence du Très-Haut fut admirable dans la dispensation des Mystères incomparables de l'Incarnation et Elle l'est maintenant dans le gouvernement de l'Église catholique. Et il n'y a pas de doute qu'il convient à cette sage et douce Providence de cacher aux démons beaucoup de choses qu'il n'es pas bien qu'ils pénètrent, pour ce que j'ai déjà dit au numéro 318, comme aussi parce que la Puissance divine doit Se manifester davantage dans ces ennemis et afin qu'ils en soient opprimés. Et outre cela, parce que par l'ignorance des Oeuvres que Dieu leur cache, l'ordre de l'Église a son cours plus suavement ainsi que l'exécution de tous les sacrements que Dieu a opérés en elle; et la colère démesurée du démon se refrène mieux en ce que Sa Majesté ne veut point lui permettre. Et quoiqu'il aurait toujours pu et il peut le retenir et l'opprimer, néanmoins le Très-Haut dispense le tout de la manière la plus convenable à Sa Bonté infinie. Pour cela le Seigneur cacha à Ses ennemis la dignité de la Très Sainte Marie, la manière miraculeuse de sa grossesse, son intégrité Virginale [d] avant et après l'enfantement, et en lui donnant un époux, Il lui dissimula davantage tout cela. Ils ne connurent pas non plus la Divinité de Notre Seigneur Jésus-Christ d'un jugement ferme et infaillible jusqu'à l'heure de Sa Mort; et alors ils comprirent beaucoup de Mystères de la Rédemption en quoi ils s'étaient hallucinés et embrouillés; parce que s'ils l'eussent connu dans le temps ils eussent au contraire essayé d'empêcher Sa Mort (1 Cor. 2: Cool, comme le dit l'Apôtre, plutôt que d'inciter les Juifs à la lui donner plus cruelle comme nous le déclarerons plus loin en son lieu [e] et ils eussent prétendu empêcher la Rédemption [f] et manifester au monde que le Christ était vrai Dieu; et c'est pour cela que lorsque saint Pierre Le connut et Le confessa, ce divin Maître lui commanda à lui et aux autres Apôtres de ne le dire à personne (Matt. 16: 20). Et quoique par les miracles que faisait le Sauveur et par les démons qu'Il chassait des corps, comme le rapporte saint Luc, ils venaient à soupçonner qu'Il était le Messie et ils L'appelaient Fils du Dieu très-haut (Luc 8: 28); Sa Majesté ne consentit point à ce qu'ils Lui dissent cela (Luc 4: 34-35), ils ne l'affirmaient pas non plus pour la certitude qu'ils en avaient; parce qu'aussitôt leurs soupçons s'évanouissaient en voyant Notre Seigneur Jésus-Christ pauvre méprisé et fatigué; parce qu'ils ne pénétrèrent jamais le mystère de l'humilité du Sauveur. Leur superbe vaniteuse les aveuglaient.



3, 26, 327. Puis comme Lucifer ne connaissait pas la dignité de Mère de Dieu en la Très Sainte Marie quand il lui prépara cette persécution quoiqu'Elle fût terrible comme on le verra; néanmoins Elle en souffrit une autre qui fut plus cruelle, sachant qui Elle était. Et si dans l'occasion dont je parle il eût compris qu'Elle était Celle qu'il avait vue dans le Ciel vêtu du soleil et qu'Elle devait lui écraser la tête, il serait devenu furieux et il se serait défait dans sa propre rage, se convertissant en éclairs de colère. Et si en la considérant seulement femme sainte et parfaite, ils s'indignèrent tous si fort; il est certain que s'ils eussent connu son excellence, ils eussent troublé toute la nature autant qu'ils l'eussent pu, pour la persécuter et en finir avec Elle. Mais comme le dragon et ses alliés ignoraient d'un côté le Mystère caché de la divine Dame et d'un autre ils sentaient en Elle une vertu si achevée; avec cette confusion ils allaient faisant des tentatives et des conjectures, et ils s'interrogeaient les uns les autres se demandant quelle était cette Femme contre laquelle ils reconnaissaient leurs forces si faibles; et si par aventure Elle était Celle qui devait tenir la place la plus éminente parmi les créatures.

 

3, 26, 328. D'autres répondaient qu'il n'était pas possible que cette Femme fut Mère du Messie que les fidèles attendaient, parce que, outre qu'Elle avait un mari, ils étaient tous les deux très pauvres et très humbles et peu célèbres dans le monde, ils ne se manifestaient point par des miracles et des prodiges et ils ne se faisaient estimer ni craindre des hommes. Et comme Lucifer et ses ministres sont si orgueilleux, ils ne se persuadaient pas qu'une humilité si rare et un mépris de soi-même si extrême fussent compatibles avec la grandeur et la dignité de Mère de Dieu: et tout ce qui l'avait tant mécontenté lui, se voyant avec une moindre excellence, il jugeait que Celui qui était Puissant ne le choisirait pas pour Lui-même. Enfin il fut trompé par sa propre arrogance et par sa superbe remplie de vanité: qui sont les vices les plus ténébreux pour aveugler l'entendement et précipiter la volonté. Salomon dit pour cela que leur propre malice les avait aveuglés (Sag. 2: 21), parce qu'ils ne connurent point que le Verbe Éternel devait choisir de tels moyens pour détruire l'arrogance et la hauteur de ce dragon dont les pensées sont plus distantes des jugements du Seigneur très-haut que le Ciel est distant de la terre (Is. 55: 9); parce qu'il jugeait que le Seigneur descendrait dans le monde contre lui avec un grand apparat et une bruyante ostentation, humiliant avec puissance les superbes, les princes et les monarques que le même démon avait remplis de vanité, comme on le voit en un si grand nombre qui précédèrent la venue de Notre Seigneur Jésus-Christ si pleins d'orgueil et de présomption qu'ils

semblaient avoir perdu le sens et la connaissance d'êtres mortels et terrestres. Lucifer mesurait tout cela par sa propre tête, et il lui semblait que Dieu devait procéder dans cette venue comme il procède lui-même avec sa fureur et selon son inclination contre les Oeuvres de Notre Seigneur.



3, 26, 329. Mais Sa Majesté qui est la Sagesse infinie fit tout au contraire de ce que jugea Lucifer: afin qu'Il arrivât à le vaincre, non par Sa seule Toute-Puissance, mais par l'humilité, la mansuétude, l'obéissance et la pauvreté, qui sont les armes de Sa milice (2 Cor. 10: 4-5) et non par l'ostentation le faste et la vanité mondaine qui s'alimente avec les richesses de la terre. Il vint dissimulé et caché en apparence, Il choisit une Mère pauvre et Il vint mépriser tout ce que le monde apprécie pour enseigner la Science de la Vie par l'exemple et la Doctrine; par là, le démon se trouva trompé et vaincu par les moyens qui l'oppriment et le tourmentent davantage.

 

3, 26, 330. Ignorant tous ces Mystères, Lucifer passa quelques jours à épier et à reconnaître la condition naturelle de la Très Sainte Marie, sa complexion, son tempérament, ses inclinations et le calme de ses actions si égales et si mesurées qui était ce qui ne devait pas être caché à cet ennemi. Et connaissant que le tout était si parfait, son caractère était si doux et que tout cela ensemble formait un mur invincible il revint consulter les démons, leur proposant la difficulté qu'il sentait pour tenter cette Femme, ce qui était une entreprise de très grand soin. Ils fabriquèrent tous différentes grandes machines de tentations pour l'attaque, s'aidant les uns les autres dans cette lutte. Et je parlerai dans les chapitres suivants de la manière dont ils l'exécutèrent et du triomphe glorieux que l'Auguste Princesse remporta sur tous ces ennemis et sur leurs malins et damnés conseils fabriqués avec iniquité

 

DOCTRINE DE LA REINE DU CIEL LA TRÈS SAINTE MARIE.


3, 26, 331. Ma fille, je te désire très attentive et très considérée pour n'être pas possédée de l'ignorance et des ténèbres dont les mortels sont communément obscurcis, oubliant leur salut éternel, sans considérer leur péril, à cause de l'incessante persécution des démons pour les perdre. Ainsi les mortels dorment, se reposent et s'oublient, comme s'ils n'avaient point d'ennemis forts et vigilants. Cette négligence formidable s'origine de deux causes: l'une que les hommes sont si livrés à ce qui est terrestre, animal et sensible qu'ils ne savent pas sentir d'autres blessures que celles qui touchent au sens animal; dans leur estime, tout ce qui est intérieur ne les offense point. L'autre raison est parce que les princes des ténèbres sont invisibles et cachés aux sens, et comme les hommes (1 Cor. 2: 14) charnels ne voient, ne touchent ni ne sentent point ces ennemis, ils oublient de les craindre, tandis que pour cela même ils devraient être plus attentifs et plus soigneux: parce que les ennemis invisibles sont plus adroits et plus astucieux pour offenser en trahison (Eph. 6: 12), et pour cela le danger est d'autant plus certain qu'il est moins manifeste, et les blessures sont d'autant plus mortelles qu'elles sont moins sensibles, plus imperceptibles et moins senties.



3, 26, 332. Écoute donc, ma fille, les vérités les plus importantes pour la Vie véritable et éternelle. Applique-toi à mes conseils, exécute ma Doctrine et reçois mes avertissements, car si tu t'abandonnes à la négligence, je garderai le silence avec toi. Considère donc ce que tu n'as point pénétré jusqu'à présent des conditions de ces ennemis: parce que je te fais savoir que nulle langue et nul entendement humain et angélique ne peuvent manifester la colère et la rage (Apoc. 12: 12) furieuse que Lucifer et ses démons ont conçues contre les mortels, parce qu'ils sont l'image de Dieu même et capables d'en jouir éternellement. Le Seigneur seul comprend l'iniquité et la malice de ce sein orgueilleux et rebelle contre Son saint Nom et Son adoration. Et s'Il ne tenaient pas ces ennemis opprimés par Son bras Puissant, ils détruiraient le monde, ils mettraient tous les hommes en pièces et ils déchireraient leurs chairs plus que des dragons, des bêtes féroces et des loups affamés. Mais le Très Doux Père de Miséricorde les défend, refrène cette colère et garde Ses petits enfants entre Ses bras afin qu'ils ne tombent point dans la fureur de ces loups infernaux.

 

3, 26, 333. Considère donc maintenant avec la pondération dont tu es capable, s'il y a une douleur aussi lamentable que de voir tant d'hommes aveuglés et oublieux d'un tel danger; et que les uns par légèreté, pour des causes frivoles, pour un plaisir court et momentané, d'autres par négligence et d'autres pour leurs appétits déréglés se soustraient volontairement du refuge où le Très-Haut les met et se livrent aux mains furieuses d'ennemis si impies et si cruels: et cela non pour qu'ils exercent en eux leur fureur pendant une heure, un jour, un mois ou un an, mais pour qu'ils le fassent pendant l'éternité avec des tourments indicibles et impondérables. Étonne-toi, ma fille, et crains de voir une folie si horrible et si formidable dans les mortels impénitents; et que les fidèles qui connaissent cela par la foi aient tellement perdu le sens, et que le démon les ait tant affolés et aveuglés au milieu même de la Lumière que leur administre la Foi véritable et catholique qu'ils professent, qu'ils ne voient ni ne connaissent point le danger et qu'ils ne savent point s'en éloigner.



3, 26, 334. Et afin que tu craignes et que tu t'en gardes davantage, sache que ce dragon t'épie et te connais depuis l'heure que tu fus créée et que tu vins au monde; et il rôde nuit et jour et sans repos autour de toi pour attendre l'occasion de te surprendre; et il observe tes inclinations naturelles et même les Bienfaits du Seigneur afin de te faire la guerre avec tes propres armes. Il fait des consultations avec d'autres démons pour ta ruine, et il promet des récompenses à ceux qui s'y appliqueront davantage: ils pèsent pour cela tes actions avec grand soin ils mesurent tes pas et ils travaillent tous à te lancer des filets et des occasions de péril pour chaque oeuvre et pour chaque action que tu intentes. Je veux que tu voies toutes ces vérités dans le Seigneur, où tu connaîtras jusqu'où elles arrivent; et mesure-les ensuite avec l'expérience que tu as, car en l'envisageant tu comprendras s'il est raisonnable que tu dormes au milieu de tant de dangers. Et quoique ce souci importe à tous les mortels, à toi plus qu'à aucun autre pour des raisons spéciales; car bien que je ne te les manifeste pas toutes maintenant, ne doute point pour cela qu'il te convient de vivre très vigilante et très attentive: et il suffit que tu connaisses ton naturel doux et fragile dont les ennemis profiteraient contre toi.



NOTES EXPLICATIVES


Extraites de celles de Don Creseto, à l'usage des prêtres.

3, 26, [a]. "Il convoqua tous les escadrons infernaux..." Ces conciliabules avaient grande raison d'arriver, car le démon chercha à découvrir dans le cours des siècles cette Femme qui devait détruire leur puissance sur la terre, et ils devaient se consulter entre eux à ce sujet. On parle souvent dans la Sainte Écriture de conférences d'Anges ou de démons comme en Job 1: 7; dans 3 Rois 22; en divers Prophètes, Zach. 1: 10; dans l'Évangile Marc 5: 9; Luc 11: 26, etc.

3, 26, [b. Livre 3, No. 130.

3, 26, [c]. Livre 8, No.s 451-527.

3, 26, [d]. Le Seigneur cacha aux démons l'intégrité virginale de Marie. Saint Ignace, martyr, disciple de Saint Jean l'Évangéliste, saint Jérôme et d'autres écrivent la même chose. Il est certain aussi que le diable ne connaissait point la divinité de Jésus-Christ quand il le tenta dans le désert et c'est le sentiment des Pères qu'il ne l'a entièrement connu qu'à la mort de la croix comme l'observe ici la Vénérable.

3, 26, [e]. Livre 6, Nos. 1228, 1251, 1259, 1273.

3, 26, [f]. "Empêcher la Rédemption": c'est-à-dire empêcher que Jésus-Christ mourût et ainsi qu'il rachetât le monde de cette manière; car ils auraient manifesté à Ses ennemis qu'Il était Dieu.
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Re: Marie d'Agreda "La Cité Mystique de Dieu" livre version numérisée

Message par sga le Ven 12 Mai 2017 - 16:14

CHAPITRE 27



Le Seigneur prévient la Très Sainte Marie pour entrer en combat avec Lucifer et le dragon commence à La persécuter.



3, 27, 335. Le Verbe Éternel incarné dans le sein de Marie, la tenant déjà pour Sa Mère et connaissant les conseils de Lucifer, fut attentif à la défense de Son Tabernacle plus estimable que tout le reste des créatures, et cela non seulement avec Sa Sagesse incréée en tant que Dieu, mais aussi avec Sa Science créée en tant qu'homme. Et pour vêtir de force nouvelle l'invincible Souveraine contre la folle audace de ce perfide dragon et de ses trompes, la Très Sainte Humanité S'émut et Se mit comme sur pied [a] dans le Tabernacle Virginal, comme Celui qui s'oppose et qui accourt au combat, indigné contre les princes des ténèbres. Dans cette posture Il fit une oraison au Père Éternel, Lui demandant de renouveler Ses faveurs et Ses grâces envers Sa propre Mère, afin que fortifiée de nouveau Elle écrasât la tête de l'ancien serpent et que ce grand dragon fût humilié et opprimé par une Femme, que ses intentions demeurassent frustrées et ses forces débilitées et que la Reine des cieux sortît victorieuse et triomphante sur l'enfer à la gloire et à la louange de l'Etre même de Dieu et de Sa Mère Vierge.

3, 27, 336. Comme le demanda Notre Seigneur Jésus-Christ, ainsi le concéda et le décréta la Bienheureuse Trinité. Et ensuite fut manifesté d'une manière ineffable à la Vierge Mère son Très Saint Fils qu'Elle avait dans son sein; et dans cette vision Il lui communiqua une plénitude très abondante de biens, de grâces et de Dons indicibles, et Elle connut avec une sagesse nouvelle des mystères très cachés et très sublimes que je ne puis déclarer. Elle comprit spécialement que Lucifer avait fabriqué de grandes machines et des pensées superbes contre la gloire du Seigneur même; et que l'arrogance de cet ennemi s'étendait à boire les eaux (Job 40: 18) pures du Jourdain, et le Très-haut lui donnant ces connaissances, Sa Majesté lui dit: «Mon Épouse et Ma Colombe, la fureur altérée du dragon infernal est si insatiable contre Mon Saint Nom et contre ceux qui L'adorent qu'il prétend les renverser tous sans en excepter aucun, et effacer Mon Nom de la terre des vivants avec une audace et une présomption formidables. Je veux, Mon Amie,

que tu prennes Ma cause à coeur et que tu défendes Mon Saint Honneur, combattant en Mon Nom contre ce cruel ennemi; car Je serai avec toi dans le combat, puisque Je suis dans ton sein Virginal. Et avant de venir au monde, Je veux que tu les détruises et les confondes par Ma vertu Divine, parce qu'ils sont persuadés que la Rédemption des hommes approche, et ils désirent arriver auparavant à les détruire tous et à gagner toutes les âmes du monde sans en excepter aucune. Je confie cette victoire à ta fidélité et à ton amour. Tu combattras en Mon Nom et Moi en toi contre ce dragon, cet antique serpent (Apoc. 12: 9).»


3, 27, 337. Cet avis du Seigneur et la reconnaissance de sacrements si cachés firent de tels effets dans le Coeur de la divine Mère que je ne trouve pas de paroles avec quoi manifester ce que je connais. Et sachant que c'était la Volonté se Son Très Saint Fils qu'Elle défendît l'honneur du Très-Haut, cette Reine très zélée s'enflamma toute entière dans son divin Amour et Elle se revêtit d'une force si invincible que si chacun des démons avait été un enfer entier avec la fureur et la malice de tous les autres ils n'eussent été tous que des fourmis très faibles et très débiles pour s'opposer à la vertu incomparable de notre Capitaine; et Elle les eût tous anéantis et vaincus par la moindre de ses vertus et par le zèle de la gloire et de l'honneur du Seigneur. Notre Défenseur et Protecteur divin ordonna de donner à Sa Très Sainte Mère ce glorieux triomphe sur l'enfer, afin que l'orgueil arrogant de ses ennemis ne s'élevât pas davantage lorsqu'ils se hâtaient si fort de perdre le monde avant qu'arrivât son remède et afin que nous, les mortels, nous nous trouvassions obligés, non seulement envers un amour si estimable de Son Très Saint Fils, mais aussi à notre divine Réparatrice et à notre Défense, laquelle entrant en combat avec Lucifer, le retint, le vainquit et l'opprima, afin que le genre humain ne devînt pas encore plus incapable de recevoir son Rédempteur.


3, 27, 338. O enfants des hommes tardifs et pesants de coeur! Comment ne considérons-nous point des bienfaits si admirables? Qu'est-ce que l'homme (Ps. 8: 5) pour que tu l'estimes et le favorises ainsi, ô Roi Très-Haut? Tu offres ta propre Mère et notre Souveraine au combat et au travail pour notre défense? Qui entendit jamais un exemple semblable? Qui a pu trouver une telle force et une telle industrie d'amour? Où avons-nous le jugement? Qui nous a privés du bon usage de la raison? Quelle dureté est la nôtre? Qui nous a introduit une si horrible

ingratitude? Comment les hommes qui aiment tant l'honneur et qui se donnent tant de soins pour l'acquérir, ne se confondent-ils pas en commettant une telle vilenie et une si infâme ingratitude que d'oublier cette obligation? La reconnaître et la payer par la vie même seraient noblesse et honneur véritables dans les mortels enfants d'Adam.


3, 27, 339. L'obéissante Mère s'offrit à ce conflit et àcette bataille contre Lucifer pour l'honneur de son Très Saint Fils et son Dieu et le nôtre. Elle répondit à ce qu'Il lui commandait et dit: «O mon Très-Haut Seigneur et tout mon Bien, de la Bonté infinie de qui j'ai obtenu l'être, la grâce et la Lumière que je reconnais; je suis toute Vôtre, et Vous, Seigneur, Vous êtes mon Fils par Votre bonté, faites de Votre servante ce qui sera de Votre plus grande gloire et de Votre plus grand agrément; car si Vous êtes en moi et moi en Vous, Seigneur, qui sera puissant contre la vertu de Votre Volonté? Je serai l'Instrument de Votre bras invincible: donnez-moi Votre force et venez avec moi; allons conte l'enfer, au combat contre le dragon et tous ses alliés.» Pendant que la divine Reine faisait cette oraison, Lucifer sortit de ses conciliabules si arrogant et si superbe contre Elle, qu'il réputait toutes les âmes de la perdition desquelles il est si altéré comme une chose de très peu de prix. Et si l'on pouvait connaître cette fureur infernale comme elle était, nous comprendrions bien ce que Dieu en dit au saint homme Job, «qu'il estimait et réputait l'acier comme de la paille et le bronze comme du bois vermoulu (Job 41: 18).» Telle était la colère de ce dragon contre la Très Sainte Marie. Et elle n'est pas moindre maintenant contre les âmes respectivement; car son arrogance méprise la plus sainte, la plus invincible et la plus forte comme une feuille sèche. Que ne fera-t-il donc point des pécheurs qui comme des cannes frêles et pourries ne lui résistent pas? Seules la foi vive et l'humilité de coeur sont les doubles armes (Eph. 6: 16) avec lesquelles nous pouvons le vaincre et le soumettre glorieusement.
 

3, 27, 340. Pour commencer la bataille , Lucifer amena avec lui les sept légions (Apoc. 12: 3) avec leurs principaux chefs qu'il désigna lors de sa chute [c] du Ciel, afin qu'ils tentassent les hommes dans les sept péchés capitaux. Et à chacun de ces sept escadrons il recommanda la lutte contre la Princesse impeccable, afin qu'ils éprouvassent en Elle et contre Elle leurs plus grands efforts. L'invincible Dame était en oraison et le Seigneur le permettant alors, la

première légion entra pour la tenter d'orgueil, ce qui est le ministère spécial de ces ennemis. Pour disposer les passions ou inclinations naturelles en altérant les humeurs du corps, moyen ordinaire de tenter les autres âmes, ils essayèrent de s'approcher de la divine Dame, jugeant qu'Elle était comme les autres créatures de passions désordonnées par le péché; mais ils ne purent s'approcher d'Elle autant qu'ils le désiraient, parce qu'ils sentaient une vertu invincible et un parfum de sa sainteté qui les tourmentaient plus que le feu même dont ils souffraient. Et comme il en était ainsi et que le seul air de la Très Sainte Marie les pénétrait d'une douleur souveraine, toutefois la rage qu'ils concevaient était si furieuse et si démesurée qu'ils méprisaient ce tourment et ils s'efforçaient àl'envi de s'approcher davantage désirant l'offenser et l'altérer.


3, 27, 341. Le nombre des démons était grand et la Très Sainte Marie une pure Femme seule; mais Elle était aussi formidable et aussi terrible contre eux que plusieurs armées bien rangées (Cant. 6: 3). Ces ennemis se présentaient à Elle autant qu'ils le pouvaient avec leurs fables très iniques (Ps. 118: 85). Mais l'Auguste Princesse nous enseignant à vaincre ne s'émut ni ne s'altéra point; Elle ne changea point d'air ni de couleur. Elle ne fit point cas d'eux et Elle n'y prêtait pas plus d'attention que s'ils eussent été des fourmis très débiles: Elle les méprisa avec un Coeur invincible et magnanime; parce que comme cette guerre doit être faite par les vertus, Elle ne doit pas être avec des extrêmes, des agitations et du bruit, mais avec calme, paix intérieure et modestie extérieure. Ils ne purent lui altérer les passions et les appétits; parce que cela ne tombait point sous la juridiction du démon dans notre Reine, car Elle était toute soumise à la raison et Celle-ci à Dieu et le coup du péché n'avait pas touché à l'harmonie de ses puissances et ne les avait point déconcertées, comme dans les autres enfants d'Adam. Et pour cela les flèches de ces ennemis étaient comme dit David des flèches d'enfants (Ps. 63: Cool et leurs machines étaient comme des artilleries sans munitions et ils n'étaient forts que contre eux-mêmes, parce que leur faiblesse leur était un vif tourment. Et quoiqu'ils ignorassent l'innocence et la justice originelle de la Très Sainte Marie et qu'ils ne comprissent point non plus que les tentations communes ne pouvaient l'offenser; mais dans la grandeur de son air et de sa constance, ils conjecturaient leur propre mépris et qu'ils l'offensaient très peu. Et c'était non seulement peu mais point; parce que comme l'Évangéliste dit dans l'Apocalypse et je l'ai rapporté dans la première partie [d], la terre aida la Femme vêtu du soleil lorsque le dragon lança contre Elle les eaux impétueuses des

tentations; parce que le corps terrestre de cette Dame n'était pas vicié dans ses puissances et ses passions comme les autres que le péché toucha.
 

3, 27, 342. Ces démons prirent des figures corporelles, terribles et épouvantables et ajoutant des hurlements cruels, des voix et des rugissements horribles, feignant de grands bruits, des menaces et des tremblements de la terre et de la maison qui semblait menacer ruine et d'autres paniques semblables pour épouvanter, troubler ou émouvoir la Princesse du monde [e], car pour cela seulement ou pour la retirer de l'oraison ils se fussent tenus pour victorieux. Mais le Coeur grand et invincible de la Très Sainte Marie ne se troubla, ne s'altéra ni ne fît aucune mutation. Et il faut avertir ici que pour ce combat, le Seigneur laissa Sa Très Sainte Mère dans l'état commun de la Foi et des vertus qu'Elle avait et ils suspendait l'influence des autres faveurs et des autres consolations qu'Elle avait coutume de recevoir hors de ces occasions. Le Très-Haut l'ordonna ainsi, afin que le triomphe de Sa Mère fût plus glorieux et plus excellent; outre certaines autres raisons que Dieu a dans ce mode de procéder envers les âmes: car Ses jugements touchant la manière dont Il agit avec elles sont insondables (Rom. 11: 33) et cachés. Quelquefois la grande Dame avait coutume de prononcer et de dire: «Qui est comme Dieu qui vit dans les hauteurs, et qui regarde les humbles dans le Ciel et sur la terre (Ps. 112: 5-6)?» Et par ces paroles Elle ruinait ces armes à doubles tranchants qu'ils lui opposaient.


3, 27, 343. Ces loups affamés changèrent leur peau et prirent celle de brebis, laissant les figures épouvantables et se transformant en Anges de lumière très resplendissants et très beaux. Et s'approchant de la divine Souveraine, ils lui dirent: «Tu as vaincu, tu as vaincu, tu es forte, et nous venons t'assister et récompenser ton invincible valeur;» et avec ces flatteries mensongères, ils l'entourèrent et lui offrirent leur faveur. Mais la Très Prudente Dame recueillit tous ses sens, et s'élevant (Lam. 3: 41) au dessus d'Elle-même par le moyen des Vertus infuses, Elle adora le Seigneur en esprit et en vérité (Jean 4: 23) et méprisant les lacs (Eccli 51: 3) de ces langues iniques et de ces mensonges fabuleux, Elle parla à son Très Saint Fils et lui dit: «Mon Seigneur et mon Maître, ma Force, vraie Lumière de lumière, en Votre seule protection est toute ma confiance et l'exaltation de Votre Saint Nom. J'anathématise, j'abhorre et je déteste tous ceux qui le contredisent.» Les opérations de la méchanceté

persévéraient à proposer ses fausses insanités à la Maîtresse de la science, et à offrir des louanges feintes au-dessus des étoiles à Celle qui s'humiliait plus que les créatures infimes; et ils lui dirent qu'ils voulaient la distinguer parmi les femmes et lui faire une faveur exquise qui était de la choisir au Nom du Seigneur pour la Mère du Messie et que sa sainteté fût au-dessus des Patriarches et des Prophètes.


3, 27, 344. L'auteur de cette tromperie extravagante fut Lucifer lui-même d'où sa malice se découvre afin que les autres âmes la connaissent. Mais il était ridicule pour la Reine du Ciel, de lui offrir ce qu'Elle était, et c'étaient eux qui étaient les trompés et les hallucinés, non seulement en offrant ce qu'ils ne savaient ni ne pouvaient donner, mais en ignorant les sacrements du Roi du Ciel renfermés dans la Femme Très Fortunée qu'ils persécutaient. Cependant, l'iniquité du dragon fut grande, parce qu'il savait qu'il ne pouvait accomplir ce qu'il promettait; mais il voulait savoir si par hasard notre divine Souveraine l'était, ou si Elle donnait quelque indice de le savoir. La prudence de la Très Sainte Marie n'ignora pas cette duplicité de Lucifer, et en la méprisant Elle demeura dans une sévérité et une impassibilité admirables. Et tout ce qu'Elle fit au milieu des fausses adulations fut de continuer l'oraison et d'adorer le Seigneur en se prosternant en terre; et en Le confessant Elle s'humiliait Elle-même et Elle se réputait plus méprisable que toutes les créatures et que la poussière même qu'Elle foulait aux pieds. Par cette oraison et cette humilité Elle décolla la superbe présomptueuse de Lucifer tout le temps que cette tentation lui dura. Et quant au reste de ce qui arriva, la sagacité des démons, leurs cruautés et les fables trompeuses qu'ils inventèrent, il ne me paraît pas à propos de tout rapporter, ni de m'étendre à ce qui m'a été manifesté, car ce que j'ai dit suffit pour notre instruction et tout ne peut être confié à l'ignorance des créatures terrestres et fragiles.


3, 27, 345. Ces ennemis de la première légion découragés et vaincus, ceux de la second arrivèrent pour tenter d'avarice la plus Pauvre du monde. Ils lui offrirent de grandes richesses d'or, d'argent, et de joyaux très spécieux. Et afin que tout cela ne parût pas des promesses en l'air, ils lui présentèrent plusieurs de ces choses, quoique d'une manière apparente seulement, leur semblant que le sens a une grande force pour inciter la volonté au délectable présent. Ils ajoutèrent à cette tromperie plusieurs autres raisons artificieuses et ils lui dirent que Dieu lui envoyait tout cela pour le distribuer aux pauvres. Et comme Elle n'en reçut rien, ils

changèrent de tactique et ils lui dirent que c'était une chose injuste qu'Elle fût si pauvre, puisqu'Elle était si sainte; et qu'il y avait plus de raisons pour qu'Elle fût Maîtresse de toutes ces richesses que les autres pécheurs et les méchants; que le contraire était une injustice et un désordre de la Providence du Seigneur, que les justes fussent pauvres et les méchants et les ennemis riches et prospères.


3, 27, 346. C'est en vain, dit le Sage, que l'on jette le filet devant les yeux des oiseaux agiles (Prov. 1: 17). Cela était vrai dans toutes les tentations contre notre Auguste Princesse; mais en celle de l'avarice, la malice du serpent était plus extravagante, puisqu'il tendait le filet en des choses si terrestres et si viles contre le Phénix de la pauvreté qui avait élevé son vol si loin de la terre, au-dessus des Séraphins mêmes. Quoique la Très Prudente Dame fût remplie de Sagesse divine, Elle ne se mit jamais à raisonner avec ses ennemis, comme on ne doit non plus jamais le faire; puisqu'ils combattent contre la vérité manifeste et qu'ils ne s'en donneraient pas pour convaincus quoiqu'ils la connussent. Et pour cela la Très Sainte Marie se prévalut de quelques paroles de l'Écriture, les prononçant avec une humilité sévère, et Elle dit celle du psaume 118: «Haereditatem acquisivi testimonia tua in aeternum. J'ai choisi pour héritage et pour richesses de garder Ta Loi et Tes témoignages, ô mon Seigneur (Ps. 118: 111).» Et Elle en ajouta d'autres, louant et bénissant le Très-Haut avec action de grâces, parce qu'Il l'avait créée et conservée, la sustentant sans qu'Elle le méritât. Et de cette manière si remplie de Sagesse, Elle vainquit et confondit la seconde tentation, les artisans de la méchanceté demeurant tourmentés et confus.


3, 27, 347. Arriva la troisième légion avec le prince impur qui tente dans la faiblesse de la chair; et en celle-ci ils forcèrent davantage parce qu'ils trouvèrent plus d'impossibilité pour exécuter aucune des choses qu'ils désiraient; et ainsi ils obtinrent moins s'il peut y avoir moins dans les unes que dans les autres. Ils intentèrent de lui introduire certaines suggestions et représentations très laides, et de fabriquer d'autres monstruosités indicibles. Mais tout demeura en l'air; parce que la Très Pure Vierge, ayant connu la nature de ce vice, se recueillit toute à l'intérieur et laissa tout l'usage de ses sens suspendu sans aucune opération; et ainsi il ne peut y avoir en Elle suggestion d'aucune chose, ni entrer d'espèce dans sa pensée, parce que rien n'arriva à ses puissances. Et d'une volonté fervente, Elle renouvela plusieurs fois le voeu de chasteté en la présence intérieure du Seigneur;

et Elle mérita plus dans cette circonstance que toutes les vierges qui ont été et qui seront dans le monde. Et le Tout-Puissant lui donna en cette matière une vertu telle que le feu renfermé dans le bronze ne lance pas avec une pareille force et une pareille vélocité la munition qui s'y trouve qu'étaient précipités les ennemis quand ils intentaient de toucher à la pureté de la Très Sainte Marie par quelque tentation.


3, 27, 348. La quatrième légion et tentation fut contre la mansuétude et la patience, procurant de mouvoir la colère de la Très Douce Colombe. Et cette tentation fut plus incommode, parce que les ennemis mirent toute la maison sans dessus dessous; ils rompirent et détruisirent tout ce qu'il y avait d'une manière et en des circonstances telles qu'ils pussent irriter davantage la Très Douce Dame; et ses saints Anges réparèrent aussitôt tout ce dommage. Les démons vaincus en cela prirent des figures de certaines femmes connues de la sérénissime Princesse; et ils allèrent à Elle avec une plus grande indignation et une plus grande fureur que s'ils eussent été les femmes véritables et ils lui dirent des coutumélies exorbitantes, osant la menacer et lui ôter de sa maison certaines choses des plus nécessaires. Mais toutes ces machinations furent frivoles pour qui les connaissait comme la Très Sainte Marie; puisqu'ils ne firent aucun geste ni aucune action qu'Elle ne pénétrât, quoiqu'Elle s'en retirât totalement, sans s'émouvoir ni s'altérer; mais Elle méprisait tout avec une majesté de Reine. Les malins esprits craignirent d'être connus et pour cela méprisés. Ils prirent un autre instrument d'une femme véritable et de condition accommodée pour leur sujet. Ils émurent celle-ci contre la Princesse du Ciel par un artifice diabolique; parce que le démon prit la forme d'une autre de ses amies, et lui dit que Marie la femme de Joseph l'avait déshonorée en son absence disant d'elle plusieurs faussetés que feignit le démon notre ennemi.


3, 27, 349. Cette femme trompée, qui d'un autre côté se mettait facilement en colère, s'en alla en une très grande fureur trouver notre très douce brebis la Très Sainte Vierge et lui dit en face des injures et des insultes exécrables. Mais la laissant peu à peu répandre le courroux qu'elle avait conçu, son Altesse lui parla avec des paroles si humbles et si douces qu'elle la changea tout-à-fait et lui adoucit le coeur. Et lorsqu'elle fut revenue davantage à elle-même, Elle la consola et la calma, l'avertissant de se garder du démon; et lui donnant quelque aumône parce qu'elle était pauvre, Elle la renvoya en paix; avec quoi cet artifice fut dissipé, comme plusieurs autres qu'imagina Lucifer, le père du mensonge, non-seulement

pour irriter la Très Douce Colombe mais aussi par là même la discréditer. Mais le Très-Haut prépara la défense de l'honneur de Sa Très Sainte Mère par le moyen de sa propre perfection, de son humilité et de sa prudence, de telle sorte que le démon ne put jamais la discréditer en aucune chose; parce qu'Elle opérait et procédait si doucement et si sagement envers tous que la multitude des machinations que le démon fabriquait se détruisaient sans avoir aucun résultat. L'égalité et la mansuétude que l'Auguste Souveraine eut en ce genre de tentations fut un sujet d'admiration pour les Anges, et aussi pour les démons mêmes quoique différemment, de voir une telle manière d'opérer dans une créature humaine et une Femme; parce qu'ils n'en avaient jamais connu de semblable.


3, 27, 350. La cinquième légion entra avec la tentation de gourmandise et quoique le démon ne dit point à notre Reine de changer les pierres en pain (Matt. 4: 3), comme ensuite à Son Très Saint Fils, parce qu'ils ne l'avaient pas vu faire d'aussi grands miracles, parce qu'Elle les avait cachés, il la tenta néanmoins de gourmandise (Gen. 3: 6) comme la première femme. Ils lui présentèrent de grandes douceurs qui en apparence conviaient et excitaient l'appétit, et ils tâchèrent de lui exciter les humeurs naturelles, afin qu'Elle sentît quelque faim bâtarde; et ils se fatiguèrent à l'inciter, afin qu'Elle fît attention à ce qu'ils lui offraient. Mais toutes ces diligences furent vaines et sans aucun effet; parce que le Coeur sublime de notre Princesse et notre Souverain était aussi éloigné de tous ces objets si matériels et si terrestres que le Ciel l'est de la terre. Et Elle n'employa pas ses sens à faire attention à la gourmandise, Elle ne l'aperçut presque point; parce qu'en tout Elle défaisait ce qu'avait fait notre mère Eve qui imprudente et sans faire attention au danger posa la vue sur la beauté de l'arbre de la science et sur son doux fruit, et aussitôt elle étendit la main et en mangea, donnant principe à notre perte. La Très Sainte Marie ne fit point ainsi, car Elle fermait et abstrayait ses sens, quoiqu'Elle n'eût pas le danger d'Eve: et celle-ci demeura vaincue pour notre perte et la grande Reine victorieuse pour notre rachat et notre remède.


3, 27, 351. La sixième tentation de l'envie arriva très découragée, voyant la défaite des ennemis précédents; car bien qu'ils ne connussent point toute la perfection avec laquelle la Mère de la Sainteté opérait, ils sentaient néanmoins sa force invincible; et ils la connaissaient si immobile qu'ils désespéraient de pouvoir la réduire à aucune de leurs intentions dépravées. Néanmoins la haine implacable

du dragon et son orgueil jamais désarmé ne se rendaient point; au contraire, ils ajustèrent de nouvelles inventions pour provoquer la grande Amante du Seigneur et de son prochain à envier dans les autres ce qu'Elle ne possédait pas Elle-même et ce qu'Elle abhorrait comme inutile et dangereux. Ils lui firent une relation très étendue de beaucoup de biens et de grâces naturelles que d'autres avaient; et ils lui disaient que Dieu ne les lui avait pas donnés à Elle. Et supposant que les dons surnaturels devaient lui être un motif plus efficace d'émulation, ils lui rapportèrent de grandes faveurs et de grands bienfaits que la droite du Tout-Puissant avait communiqués à d'autres et non à Elle. Mais comment ces fables menteuses auraient-elles pu embarrasser Celle-là même qui était la Mère de toutes les grâces et de tous les dons du Ciel. Parce que les bienfaits du Seigneur qu'ils pouvaient lui représenter avoir été reçus par toutes les créatures étaient tous moindre qu'être Mère de l'Auteur de la grâce; et par celle que Sa Majesté lui avait communiquée et le feu de la Charité qui brûlait dans son sein, Elle désirait avec de vives anxiétés que la droite du Très-Haut les enrichît et les favorisât librement. Puis comment l'envie pouvait-elle trouver place là où la Charité abondait (1 Cor. 13: 4). Mais les cruels ennemis ne se désistaient point. Ils représentèrent ensuite à la divine Reine la félicité apparente des autres qui par les richesses et les biens de la fortune étaient jugés pour fortunés en cette vie et triomphants dans le monde. Et ils portèrent diverses personnes à aller trouver la Très Sainte Marie et à lui dire en même temps la consolation qu'elles avaient de se trouver riches et favorisées de la fortune. Comme si cette trompeuse félicité des mortels n'avait pas été réprouvée tant de fois dans les divines Écritures (Jér. 17: 11; Eccles. 5: 9; Ps. 48: 18 et 20; Matt. 19: 23-24; 1 Tim. 6: 9); et c'étaient la Science et la Doctrine que la Reine du Ciel et son Très Saint Fils venaient enseigner au monde par leurs exemples.


3, 27, 352. Notre divine Dame enseignait à ces personnes àbien user des dons et des richesses temporelles et à en rendre grâces à leur Auteur: et Elle faisait Elle-même, suppléant au défaut de l'ingratitude ordinaire des hommes. Et quoique la très humble Dame se jugeât indigne du moindre bienfait du Très-Haut; néanmoins en fait de vérité sa dignité et sa sainteté très éminentes attestaient en Elle ce que les Saintes Écritures (Prov. 8: 18-19; Eccli. 24: 25) disent en son nom: «Avec moi sont les richesses et la gloire, les trésors et la justice. Mon fruit est meilleur que l'or, l'argent et les pierres précieuses. En moi est toute la grâce de la voie et de la vérité et toute l'espérance de la vie et de la vertu.» Avec cette excellence et cette supériorité Elle vainquait les ennemis, les laissant comme étourdis et confus de

voir que là où ils déployaient toutes leurs forces et leur astuce, ils obtenaient moins, et ils se trouvaient plus ruinés.


3, 27, 353. Son obstination persista néanmoins jusqu'à arriver avec la septième tentation de paresse, prétendant l'introduire en la Très Sainte Marie, en lui excitant quelques indispositions corporelles de lassitude, de fatigue ou de tristesse, ce qui est un art peu connu, avec lequel le péché de la paresse fait de grands progrès dans plusieurs âmes et leur empêche l'avancement dans la vertu. Ils ajoutèrent à cela plusieurs suggestions qu'étant fatiguée Elle remît certains exercices pour quand Elle serait mieux disposée: ce qui n'est pas une moindre fourberie que lorsqu'il nous trompe par d'autres, et nous ne le percevons pas ni nous ne connaissons ce qui est nécessaire. Outre toute cette malice, ils essayèrent d'empêcher la Très Sainte Marie de faire quelques exercices par le moyen des créatures humaines, prenant soin qu'elles allassent la déranger en des heures intempestives, pour la retarder en quelques-unes de ses actions et de ses saintes occupations qui avaient leurs heures et leurs temps marqués. Mais la très prudente et très diligente Princesse connaissait toutes ces machinations et Elle les dissipait par sa sagesse et sa sollicitude, sans que l'ennemi n'obtînt jamais de l'empêcher en aucune chose afin qu'Elle n'opérât pas avec plénitude de perfection. Ces ennemis demeurèrent comme désespérés et débilités et Lucifer furieux contre eux et contre lui-même. Mais renouvelant leur orgueil enragé, ils déterminèrent tous ensemble, comme je le dirai dans le chapitre suivant.




DOCTRINE QUE ME DONNA LA TRÈS SAINTE MARIE.


3, 27, 354. Ma fille, quoique tu aies résumé en un court compendium la bataille prolixe de mes tentations, je veux que de ce que tu as écrit et du reste que tu as connu en Dieu, tu tires les règles et la Doctrine pour résister à l'enfer et pour le vaincre. Pour cela le meilleur moyen de combattre est de mépriser le démon, le considérant ennemi du Dieu Très-Haut sans la sainte crainte et sans l'espérance d'aucun bien, désespéré du remède et opiniâtre dans son infortune, et sans repentir de son iniquité. Et avec cette vérité infaillible tu dois te montrer contre lui

supérieure, magnanime et immuable, le traitant comme contempteur de l'honneur et du culte de son Dieu. Et sachant que tu défends une si juste cause (Eccli. 5: 33), tu ne dois point t'intimider; au contraire, tu dois lui résister avec tous tes efforts et ta vaillance et le contredire en tout ce qu'il intentera, comme si tu étais à côté du même Seigneur pour le nom duquel tu combats; puisqu'il n'y a point de doute que Sa Majesté assiste celui qui combat légitimement. Tu es en lieu et en état d'espérance et destinée à la gloire éternelle si tu travailles avec fidélité pour ton Dieu et ton Seigneur.


3, 27, 355. Considère donc que les démons abhorrent avec une haine implacable ce que tu aimes et ce que tu désires, qui sont l'honneur de Dieu et la félicité éternelle; et ils voudraient te priver de ce qu'ils ne peuvent retrouver. Et Dieu a réprouvé le démon et Il t'offre à toi Sa grâce, Sa vertu et Sa force pour vaincre Son ennemi et le tien et obtenir ton heureuse fin du Repos éternel, si tu travailles fidèlement et si tu observes les commandements du Seigneur. Et quoique l'arrogance (Is. 16: 6) du démon soit grande, sa faiblesse néanmoins est encore plus grande; et il ne vaut pas plus qu'un atome très débile en présence de la vertu Divine. Mais comme son astuce ingénieuse et sa malice excèdent tant les mortels (Job 41: 24), il ne convient pas à l'âme d'entrer en raisons ni en conversations avec lui, soit visiblement ou invisiblement; parce qu'il sort de son entendement ténébreux, comme d'un fourneau de feu, des ténèbres et de la confusion qui obscurcissent le jugement des hommes; s'ils l'écoutent, il les remplit de faussetés et de ténèbres, afin qu'ils ne connaissent ni la vérité et la beauté de la vertu, ni la laideur de leurs tromperies venimeuses. Et avec cela, les âmes ne savent point séparer ce qui est précieux de ce qui est vil (Jér. 15: 19), la vie de la mort, ni la vérité du mensonge; et ainsi ils tombent aux mains de ce dragon cruel et impie.

3, 27, 356. Que ce soit une règle inviolable pour toi de ne point faire attention à ce qu'il te propose dans les tentations de ne point l'écouter et de ne point y réfléchir. Et si tu pouvais te détourner et t'éloigner de manière à ne point l'apercevoir ni connaître sa mauvaise intention ce serait le plus sûr de le regarder de loin; parce que toujours le démon envoie en avant quelque préparation pour introduire son erreur, spécialement aux âmes où il craint que l'entrée lui sera contestée s'il ne la facilite d'abord. Et ainsi il a coutume de commencer par la

tristesse, l'abattement de coeur ou par quelque mouvement ou quelque force qui distraie l'âme et qui la détourne de l'attention et de l'affection du Seigneur; et ensuite il arrive avec le poison dans un vase d'or, afin qu'il ne cause pas tant d'horreur. Au moment que tu reconnaîtras en toi quelques-uns de ces indices, puisque tu as déjà l'expérience, l'obéissance et la Doctrine, je veux qu'avec des ailes de colombe (Ps. 54: 7), tu élèves ton vol, et tu t'éloignes jusqu'à arriver au refuge du Très-Haut, L'invoquant en ta faveur et Lui présentant les mérites de mon Très Saint Fils. Et tu dois aussi recourir à ma protection comme à ta Mère et ta Maîtresse et à celle de tes Anges gardiens et de tous les autres du Seigneur. Ferme aussi tes sens avec promptitude et juge-toi morte pour eux, ou comme une âme de l'autre vie où n'arrive point la juridiction du serpent et du tyran exacteur. Occupe-toi davantage alors dans l'exercice des actes vertueux contraires aux vices qu'il te propose et spécialement dans les actes de Foi, d'Espérance et de Charité qui chassent la timidité et la crainte (1 Jean 4: 18) avec lesquelles la volonté s'affaiblit pour résister.


3, 27, 357. Tu ne dois chercher qu'en Dieu seul les raisons pour vaincre Lucifer et tu ne dois point les donner à cet ennemi de peur qu'il ne te remplisse de fascinations confuses. Juge comme une chose indigne outre qu'elle est dangereuse de te mettre à raisonner avec lui, ni de prêter attention à l'ennemi de celui que tu aimes et le tien. Montre-toi supérieure et magnanime contre lui et offre-toi à garder toutes les Vertus pour toujours. Et contente avec ce Trésor, retire-toi en lui; car la plus grande adresse des enfants de Dieu dans ce combat est de fuir très loin [f]; parce que le démon est orgueilleux et il ressent qu'on le méprise et il désire qu'on l'écoute, se confiant dans son arrogance et ses embûches. Et de là vient l'envie qu'il y a qu'on l'accueille en quelque chose; parce que le menteur ne peut se fier à la force de la vérité, puisqu'il ne la dit pas; et ainsi il met sa confiance à être importun et à revêtir l'erreur d'une apparence de bien et de vérité. Et tant que ce ministre de méchanceté ne se trouve point méprisé, il ne pense jamais être reconnu, et comme une mouche [g] importune il tourne autour de la partie la plus proche de la corruption.


3, 27, 358. Tu ne dois pas être moins vigilante lorsque l'ennemi se sert contre toi des autres créatures, comme il le fait par deux voies: ou en les portant à un amour trop grand, ou au contraire à la haine. Lorsque tu connaîtras une affection

désordonnée en ceux qui te fréquentes, garde la même doctrine qu'à fuir le démon; mais avec cette différence que lui, tu dois l'abhorrer, et les autres créatures tu les considéreras ouvrages du Seigneur et tu ne leur refuseras point ce que tu leur dois en Sa Majesté et pour Lui. Mais, pour t'en éloigner, regarde-les tous comme ennemis, puisque pour ce que Dieu veut de toi et dans l'état où tu es, ce sera le démon qui voudra induire les autres personnes à t'éloigner du même Seigneur, et de ce que tu Lui dois. Si d'un autre côté elles te persécutent avec haine, corresponds avec amour et mansuétude, priant pour ceux qui t'abhorrent et te persécutent et que cela soit avec une affection intime du coeur. Et s'il était nécessaire de dissiper la colère de quelqu'un par des paroles douces ou de détruire quelque erreur en satisfaction de la vérité tu le feras, non pour ta défense, mais pour calmer tes frères et pour leur bien et leur paix intérieure et extérieure: et avec cela tu vaincras tout à la fois et toi-même et ceux qui te haïssent. Pour fonder tout cela il est nécessaire de couper les vices capitaux par les racines, les arracher tout àfait, mourant aux mouvements de l'appétit dans lequel s'enracinent les sept vices capitaux avec lesquels le démon tente, parce qu'il les sème tous dans les passions et les appétits désordonnés et immortifiés.




NOTES EXPLICATIVES

Extraites de celles de Don Creseto, à l'usage des prêtres.

3, 27, [a]. "Se mit comme sur pied". Rien d'impossible en cela. Saint Jean-Baptiste exulta et tressaillit dans le sein de sainte Élisabeth comme le raconte l'Évangile. Il s'agissait ici de prier pour la victoire de Celle qui était créée par Dieu pour écraser la tête du serpent, pour combattre et pour soutenir du côté de l'enfer les plus furieux assauts et leur issue était d'une importance plus grande que l'issue de toutes les batailles du peuple de Dieu même. Moïse se mit à prier longuement sur la montagne les bras élevés pour la victoire d'Israël contre les Amalécites. Combien était-il plus raisonnable que Notre Seigneur Jésus-Christ priât pour la victoire de la grande Antagoniste de l'enfer contre les ennemis bien plus redoutables que les Amalécites qui en étaient la figure!

3, 27, . Si Notre Seigneur Jésus-Christ fut tenté par le diable, Marie, ennemie capitale de ce diable ne devait pas en être exempte. Mais il faut remarquer que cette Auguste Mère de Dieu de pouvait pas souffrir de tentations par suggestion intérieure; parce qu'étant conçue sans péché Elle n'avait point en elle l'aiguillon du péché comme nous, et sa chair immaculée était parfaitement soumise à la raison. C'est pourquoi toutes les tentations en la Très Sainte Marie comme en Jésus-Christ arrivèrent par suggestions externes.

3, 27, [c]. Livre 1, No. 103.

3, 27, [d]. Livre 1, Nos. 129-130.

3, 27, [e]. On voit des artifices semblables employés par les démons contre le grand saint Antoine dans sa vie écrite par saint Athanase: et dernièrement le bienheureux curé d'Ars souffrit de semblables assauts.

3, 27, [f]. Saint Philippe de Néri parlant de la tentation de la chair avait coutume de dire: «Dans cette bataille, ce sont les poltrons et ceux qui fuient qui sont les vainqueurs.»

3, 27, [g]. Saint François d'Assise avait coutume d'appeler le démon du nom de mouche.
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Re: Marie d'Agreda "La Cité Mystique de Dieu" livre version numérisée

Message par sga le Mer 31 Mai 2017 - 18:36

CHAPITRE 28



Lucifer persévère à tenter la Très Sainte Marie avec l'aide de sept légions: la tête de ce dragon demeura vaincue et écrasée.



3, 28, 359. Si le prince des ténèbres avait pu rétrograder dans sa méchanceté avec les victoires que le Reine du Ciel avait obtenues, cette superbe exorbitante serait demeurée défaite et humiliée. Mais comme il s'élève toujours (Ps. 73: 23) contre Dieu et que sa malice ne se rassasie jamais, il demeura vaincu mais non soumis de volonté, il brûlait dans les flammes de sa fureur inextinguible, se trouvant vaincu par une humble et tendre Femme, quand lui et ses ministres infernaux avaient soumis tant d'hommes forts et de femmes magnanimes. Cet ennemi arriva à connaître que la Très Sainte Marie était enceinte, Dieu l'ordonnant ainsi, quoiqu'il connût seulement que c'était un Enfant véritable; parce que la Divinité et d'autres Mystères étaient toujours cachés a ces ennemis: avec quoi ils se persuadèrent qu'Il n'était pas le Messie promis, puisqu'Il était Enfant comme les autres hommes. Cette erreur les dissuada aussi que la Très Sainte Marie fût Mère du Verbe, par lesquels ils craignaient d'avoir la tête écrasée, c'est-à-dire par le Fils et la Mère. Ils jugèrent cependant que d'une Femme si forte et si victorieuse devait naître quelque homme insigne en sainteté. Prévoyant cela le grand dragon conçut contre le Fruit de la Très Sainte marie cette fureur que saint Jean dit dans le chapitre 12 de l'Apocalypse que j'ai rapporté d'autres fois [a], attendant qu'Elle l'enfantât pour le dévorer.

 

3, 28, 360. Lucifer sentit une vertu secrète qui l'opprimait regardant déjà cet Enfant renfermé dans le sein de sa Très Sainte Mère. Et quoiqu'il connût seulement qu'en Sa présence il se trouvait faible de force et comme attaché; cela l'enrageait davantage pour intenter tous les moyens qu'il pouvait en destruction de ce Fils si suspect pour lui et de la Mère qu'il reconnaissait si supérieure dans le combat. Il se manifesta à la divine Dame par divers moyens et prenant des figures visibles épouvantables, comme un taureau très féroce, un dragon épouvantable et d'autres formes, il eût voulu s'approcher d'Elle, et il ne le pouvait. Il luttait et il se trouvait empêché sans savoir par qui ni comment. Il forçait comme une bête

féroce attachée et il jetait des hurlements si épouvantables que si Dieu ne les eût cachés, ils eussent effrayé le monde, et plusieurs fussent morts d'épouvante. Il jetait par la bouche du feu et de la fumée de souffre comme des écumes venimeuses ; et la divine Princesse Marie voyait et entendait tout cela, sans plus s'altérer ni s'émouvoir que si Elle avait vu un moucheron. Il fit d'autres altérations dans les vents, dans la terre et dans la maison, mettant tout sens dessus dessous; mais la Très Sainte Marie ne perdit pas pour cela non plus la sérénité et le calme intérieur et extérieur; car Elle fut toujours invincible et supérieure à tout.



3, 28, 361. Lucifer se trouvant si vaincu, ouvrit sa bouche immonde et mouvant sa langue menteuse et souillée, il vomit la malignité qu'il tenait renfermée au dedans de lui-même, proposant et prononçant en présence de la divine Impératrice toutes les hérésies et les sectes infernales qu'il avait fabriquées avec l'aide de ses ministres dépravés. Parce qu'après qu'ils eurent été tous rejetés du Ciel et qu'il eurent connu que le Verbe Divin devait prendre chair humaine pour être Chef d'un peuple qu'Il comblerait de faveurs et de célestes doctrines, le dragon détermina de fabriquer des erreurs, des sectes et des hérésies contre toutes les vérités qu'il connaissait par rapport à la connaissance, à l'amour, et au culte du Très-Haut. Les démons s'occupèrent à cela plusieurs années qu'ils passèrent jusqu'à la venue de Jésus-Christ notre Seigneur au monde; et Lucifer avait tout ce venin renfermé dans son sein, comme antique serpent. Il répandit tout cela contre la Mère de la Vérité et de la Pureté; et désirant l'infecter, il dit toutes les erreurs qu'il avait fabriquées jusqu'à ce jour-là contre Dieu et Sa Vérité.

 

3, 28, 362. Il ne convient pas de les rapporter ici, encore moins que les tentations du chapitre précédent, parce que ce souffle pestiféré est non-seulement dangereux pour les faibles, mais les très forts doivent aussi le craindre; et il le rejeta et le répandit tout en cette occasion. Et selon ce que j'ai connu, je crois sans doute qu'il ne demeura point d'erreur, d'idolâtrie, ni d'hérésie de toutes celles qui ont été connues jusqu'aujourd'hui dans le monde, que le dragon ne la représentât à l'Auguste Marie; afin que la Sainte Église put chanter d'Elle en toute vérité, en la congratulant de ses victoires, qu'Elle seule décolla et extermina toutes les hérésies dans le monde entier [c]. Ainsi le fit notre victorieuse Sulamite en qui il n'y avait que des choeurs de Vertus ordonnées en forme d'escadrons (Cant. 7: 1), pour opprimer, décapiter et confondre les armées infernales. Elle contredisait, détestait

et anathématisait avec une Foi invincible et une confession très sublime toutes et chacune de leurs faussetés, attestant les Vérités contraires et magnifiant le Seigneur pour elles comme véritable, juste et saint et formant des Cantiques de louanges dans lesquelles étaient renfermées les Vertus et la Doctrine véritable, sainte, pure et louable. Elle demanda au Seigneur par une fervente oraison d'humilier l'orgueil hautain des démons en cela, et de les refréner, afin qu'ils ne répandissent pas tant de si vénéneuses doctrines dans le monde et que celles qu'il avait répandues ne prévalussent point, ainsi que celles qu'à l'avenir il intenterait de semer parmi les hommes.



3, 28, 363. Pour cette grande victoire de notre divine Reine et pour l'oraison qu'Elle fit, je compris que le Très-Haut empêcha avec justice le démon de semer tant d'ivraies d'erreurs dans le monde comme il le désirait et comme les péchés des hommes le méritaient. Et quoiqu'à cause d'eux, les hérésies et les sectes aient été aussi nombreuses qu'on en a vues jusqu'aujourd'hui; néanmoins il y en aurait eu bien davantage si la Très Sainte Marie n'avait pas écrasé la tête du dragon par tant d'insignes victoires, tant de prières et de supplications. Et ce qui peut nous consoler dans la douleur et l'amertume de voir la Sainte Église si affligée de tant d'ennemis infidèles, c'est un grand mystère qui m'a été donné à entendre ici. Et c'est que dans ce triomphe de la Très Sainte Marie et l'autre qu'Elle eut après l'Ascension de son Très Saint Fils aux Cieux, dont je parlerai dans la troisième partie [d], Sa Majesté concéda à notre Reine en récompense de ces combats que par son intercession et ses vertus devaient être consumées et éteintes les hérésies et les fausses sectes qu'il y a contre la sainte Église dans le monde. Je n'ai point connu le temps destiné et marqué pour ce bienfait; mais quoique cette promesse du Seigneur ait quelque condition tacite ou occulte, je suis certaine que si les princes catholiques et leurs vassaux obligeaient cette grande Reine du Ciel et de la terre et l'invoquaient comme leur unique Patronne et Protectrice, et s'ils appliquaient toutes leurs grandeurs et leurs richesses, leur puissance et leur domaine pour l'exaltation de la Foi et du Nom de Dieu et de la Très Pure Marie [ceci sera peut-être la condition de la promesse], s'ils étaient comme ses instruments pour détruire et désarmer les infidèles, exterminant les sectes et les erreurs qui ont tellement perdu le monde ils obtiendraient mcontre eux d'insignes victoires.



3, 28, 364. Avant que Notre Seigneur Jésus-Christ fût né, il parut au démon que sa venue se retardait à cause des péchés du monde, comme je l'ai insinué au chapitre précédent; et pour l'empêcher tout à fait, il prétendit augmenter cet obstacle et multiplier davantage les erreurs et les péchés parmi les mortels [e]; et le Seigneur confondit cet orgueil très inique par le moyen de la Très Sainte Mère avec les triomphes si grandioses qu'Elle obtint. Après que l'Homme-Dieu fut né et fut mort pour nous, le même dragon prétendit perdre et empêcher le Fruit de Son Sang et l'effet de notre Rédemption; et pour cela il commença à fabriquer et à semer les erreurs qui, depuis les Apôtres, ont affligé et affligent la Sainte Église. Notre Seigneur Jésus-Christ a aussi remis à Sa Très Sainte Mère la victoire contre cette méchanceté infernale, parce que seule Elle la mérita et put la mériter. C'est par Elle que l'idolâtrie s'éteignit par la prédication de l'Évangile; par Elle furent aussi consumées d'autres sectes antiques, comme celles d'Arius, de Nestorius, de Pélage et d'autres; et les rois, les princes, les Pères et les Docteurs de la Sainte Église aussi ont aidé par leur travail et leur sollicitude. Puis, comment peut-on douter que si maintenant les princes catholiques, ecclésiastiques et laïques, faisaient avec un zèle ardent la diligence qui les regarde pour aider, disons-nous, à cette divine Souveraine, Elle laisserait de les assister et de les rendre très heureux en cette vie et en l'autre? et qu'Elle exterminerait toutes les hérésies dans le monde? C'est pour cette fin que le Seigneur a tant enrichi Son Église et les royaumes et le monarchies catholiques; parce que si ce n'eût été pour cela, il eût mieux valu qu'ils fussent pauvres; mais il n'était pas convenable de tout faire par miracles, mais par les moyens naturels dont ils pouvaient se servir avec les richesses. Toutefois s'ils s'acquittent de cette obligation ou s'ils ne s'en acquittent pas, ce n'est pas moi d'en juger. Seulement, il me concerne de dire ce que le Seigneur m'a donné à connaître; qu'ils sont d'injustes possesseurs des titres honorifiques et de la puissance suprême que l'Église leur donne s'ils ne L'aident et ne La défendent, et s'ils ne prennent soin avec leurs richesses que le Sang de Notre Seigneur Jésus-Christ ne Se perde; puisque c'est en cela que les princes chrétiens se distinguent des infidèles [f].

 

3, 28, 365. Revenant à mon discours, je dis que le Très-Haut, avec la prévision de Sa Science infinie, connut l'iniquité du dragon infernal, et qu'exerçant son indignation contre l'Église par la semence de ses erreurs qu'il avait fabriquées, il troublerait beaucoup de fidèles et renverserait avec son extrémité les étoiles du Ciel (Apoc. 12: 4) militant qui sont les justes; avec quoi la Justice divine serait

plus provoquée et le Fruit de la Rédemption presque empêché. Sa Majesté détermina avec Son immense pitié d'obvier à cette perte qui menaçait le monde. Et pour disposer de tout avec une plus grande équité et une plus grande gloire de Son saint Nom, Il ordonna que la Très Sainte Marie l'obligeât; parce qu'Elle était seule digne des privilèges, des dons et des prérogatives avec lesquels Elle devait vaincre l'enfer; et seule cette Très Éminente Dame était capable pour une entreprise aussi difficile et d'incliner le Coeur de Dieu même par sa sainteté, sa pureté, ses mérites et ses prières. Et parce qu'il y avait une plus grande exaltation de la Vertu divine qu'il fut manifesté pendant toutes les éternités que le Seigneur avait vaincu Lucifer et sa suite par le moyen d'une pure Créature et une Femme, comme ce dragon avait renversé le genre humain par le moyen d'une autre, et que pour tout cela il n'y en avait point de plus compétente que Sa propre Mère à qui l'Église et tout le monde fût redevable. Pour ces raisons et d'autres que nous connaîtrons en Dieu, Sa Majesté remit l'épée de Sa Puissance dans la main de notre victorieuse Capitaine, afin qu'Elle décapitât le dragon infernal et que cette Puissance ne lui fût jamais révoquée, au contraire qu'avec cette même Puissance Elle défendît et protégeât des Cieux l'Église militante selon les travaux et les nécessités qui lui surviendraient dans les temps futurs.



3, 28, 366. Lucifer persévérant donc dans sa malheureuse lutte, en forme visible comme je l'ai dit, avec ses escadrons infernaux, la sérénissime Marie ne tourna jamais la vue vers eux, ni ne leur prêta attention, quoiqu'Elle les entendît, parce qu'il convenait ainsi. Et parce que l'ouïe ne s'empêche ni ne se ferme comme les yeux, Elle faisait en sorte que les espèces de ce qu'ils disaient n'arrivassent point à l'imagination ni à l'intérieur. Elle ne dit pas non plus avec eux plus de paroles que de leur commander quelquefois de se taire dans leurs blasphèmes. Et ce commandement était si efficace qu'Elle les obligeait à se coller la bouche contre terre; et dans l'intérim la divine Dame faisait de grands Cantiques de louange et de gloire du Très-Haut. Et parlant seulement avec sa Majesté et attestant les Vérités divines, ils étaient si opprimés et si tourmentés qu'ils se mordaient les uns les autres comme des loups carnassiers ou comme des chiens enragés. Parce que toute action de l'Impératrice Marie était pour eux une flèche enflammée et chacune de ses paroles un éclair qui les consumait avec un tourment plus grand que l'enfer même. Et ceci n'est point une exagération, puisque le dragon et ses alliés prétendirent fuir et s'éloigner de la présence de la Très Sainte Marie qui les confondait et les tourmentait; mais le Seigneur les retenait par une force cachée

pour exalter le glorieux triomphe de Sa Mère et Son Épouse, et confondre et anéantir davantage l'orgueil de Lucifer. Et pour cela Sa Majesté ordonna et permit que les démons même s'humiliassent à demander àla divine Dame de leur commander de s'en aller et de les précipiter loin de sa présence où Elle voudrait. Et ainsi Elle les envoya impérieusement en enfer [g] où ils furent quelque espace de temps. Et la grande Triomphatrice demeura toute absorbée dans les louanges divines et les actions de grâces.



3, 28, 367. Lorsque le Seigneur donna permission à Lucifer de se relever, il revint au combat prenant pour instrument certains voisins de la maison de saint Joseph et semant parmi eux et leurs femmes une ivraie diabolique de discorde pour les intérêts temporels, le démon prit la forme humaine d'une personne amie d'eux tous et il leur dit de ne point s'inquiéter entre eux; parce que Marie, la Femme de Joseph avait le tort de tout ce différend [h]. La femme qui représentait le démon avait du crédit et de l'autorité et ainsi elle les persuada mieux. Et quoique le Seigneur ne permît pas que le crédit de sa Très Sainte Mère fut violé en chose grave, il permit cependant pour sa gloire et sa plus grande couronne que toutes ces personnes trompées l'exerçassent en cette occasion. Elles se portèrent de concert àla maison de saint Joseph, et en présence du saint époux, elles appelèrent la Très Sainte Marie et lui dirent des paroles aigres, parce que cette divine Vierge disaient-elles les inquiétaient dans leurs maisons et ne les laissaient point vivre en paix. Cet événement fut de quelque douleur pour notre très innocente Dame, à cause de la peine de saint Joseph qui avait déjà commencé dans cette occasion à faire réflexion sur l'accroissement de son sein Virginal, et Elle regardait dans son coeur et Elle voyait les pensées qui commençaient à lui donner quelque souci. Toutefois Elle tâcha comme sage et prudente de vaincre et de racheter son affliction par l'humilité, la patience et la Foi vive. Elle ne se disculpa point ni Elle ne revint sur son procédé innocent; au contraire, Elle s'humilia et Elle demanda avec soumission à ses voisines trompées que si Elle les avait offensées en quelque chose de le lui pardonner et de se calmer; et avec des paroles pleines de douceur et de Science Elle les éclaira et les pacifia en leur faisant entendre qu'ils n'avaient point de fautes les uns contre les autres. Et satisfaits de cela et édifiés de l'humilité avec laquelle Elle leur avait répondu, ils s'en retournèrent à leurs maisons en paix et le démon s'enfuit, parce qu'il ne put souffrir tant de sainteté et de Sagesse céleste.



3, 28, 368. Saint Joseph demeura quelque peu triste et pensif et il donna lieu à la réflexion, comme je le dirai dans les chapitres qui vont suivre. Mais quoique le démon ignorât le principal motif de la peine de saint Joseph, il voulut se servir de l'occasion, car il n'en perd aucune, pour l'inquiéter. Conjecturant surtout que le sujet pouvait être quelque dégoût qu'il avait avec son épouse de se trouver pauvre et avec une si petite fortune; et le démon tira à deux choses, bien qu'il s'y trompa, car il envoya quelques suggestions de désespoir à saint Joseph, afin qu'il se désolât de sa pauvreté et qu'il la reçut avec impatience ou tristesse; et de même il lui représenta que Marie son Épouse s'occupait bien longtemps en ses recueillements et ses oraisons et qu'Elle ne travaillait point; car elle était sans soin et beaucoup oisive pour être si pauvre. Mais saint Joseph de coeur droit et magnanime et d'une haute perfection, méprisa facilement ces suggestions et les éloigna de lui; et quoique sa tristesse n'eût point d'autre excuse que le souci que la grossesse de son Épouse lui donnait secrètement, celle-là seule eût étouffé toutes les autres. Et le Seigneur le laissant dans le commencement de ses doutes le délivra de la tentation du démon par l'intercession de la Très Sainte Marie qui était attentive à tout ce qui se passait dans le coeur de son très fidèle Époux et Elle demanda à son Très Saint Fils de Se donner pour servi et satisfait de la peine qu'Elle lui donnait de la voir enceinte et de lui alléger les autres peines.



3, 28, 369. Le Très-Haut ordonna que la Princesse du Ciel eut cette bataille prolongée avec Lucifer et Celle-ci lui demanda permission pour que ce dragon et ses légions achevassent d'exercer toutes leurs forces et leur malice, afin qu'en tout et pour tout ils demeurassent foulés aux pieds, écrasés et vaincus; et la divine Dame obtint le plus grand triomphe sur l'enfer que jamais aucune créature ne put obtenir. Ces escadron de méchanceté arrivèrent avec leur chef infernal et se présentèrent devant la divine Reine; et avec une fureur indicible, ils renouvelèrent toutes les machinations de tentations ensemble dont ils s'étaient servis auparavant par parties et ils ajoutèrent le peu qu'ils purent, ce qu'il ne me paraît pas nécessaire de rapporter, car presque tout demeure dit déjà dans ces deux chapitres. Elle fut aussi immobile, aussi supérieure et aussi sereine que si c'eût été les suprêmes choeurs des Anges qui eussent entendu ces fables de l'ennemi (Ps. 118: 85) et aucune impression étrangère ne toucha ni n'altéra ce Ciel de la Très Sainte Marie; quoique les épouvantes, les terreurs, les menaces, les flatteries, les fables et les

faussetés fussent comme composées de toute la malice réunie du dragon qui répandit son fleuve contre cette Femme invincible et forte, la Très Sainte Marie.



3, 28, 370. Pendant qu'Elle était dans ce conflit exerçant des actes héroïques de toutes les vertus contre ses ennemis, Elle eut connaissance que le Très-Haut voulait et ordonnait qu'Elle écrasât et humiliât l'orgueil du dragon, usant du pouvoir et de l'empire de Mère de Dieu et de l'autorité d'une si grande dignité. Et se levant avec une valeur très fervente et très invincible, Elle se tourna vers les démons et leur dit: «Qui est comme Dieu qui vit dans les hauteurs (Ps. 112: 5)?» Et répétant ces paroles elle ajouta aussitôt: «Prince des ténèbres (Eph. 6: 12), auteur du péché et de la mort (1 Jean 3: 8; Sag. 2: 24), au nom du Dieu très-haut je te commande de te taire; et avec tes ministres je te précipite dans l'abîme des cavernes infernales pour où vous êtes députés (Jude 6), d'où vous ne sortirez point jusqu'à ce que le Messie promis vous écrase et vous assujettisse ou le permette.» La divine Impératrice était remplie de Lumière et de splendeur céleste, et le superbe dragon prétendit résister quelque peu à ce commandement, et Elle tourna vers lui la force du pouvoir qu'Elle tenait et l'humilia davantage et avec une plus grande peine, car pour cela Elle obtint ce pouvoir sur tous les démons. Ils tombèrent tous ensemble dans l'abîme et ils demeurèrent étendus au fond de l'enfer de la manière que j'ai dite dans le Mystère de l'Incarnation et que je dirai plus loin dans la tentation et la Mort de Notre Seigneur Jésus-Christ [i]. Et lorsque ce dragon revint pour l'autre bataille que j'ai citée pour la troisième partie avec la même Reine du Ciel, Elle le vainquit [j] si admirablement que j'ai connu que par Elle et son Très Saint Fils la tête de Lucifer fut écrasée et qu'il demeura inepte et sans vigueur et ses forces anéanties, de manière que si les créatures humaines ne lui en donnent pas par leur malice, elles peuvent très bien le vaincre et lui résister par la grâce Divine.



3, 28, 371. Ensuite le Seigneur se manifesta à Sa Très Sainte Mère et en récompense d'une victoire si glorieuse, Il lui communiqua de nouveaux Dons et de nouvelles faveurs et ses milles Anges gardiens se firent voir à Elle corporellement avec une multitude innombrable d'autres, et ils lui firent de nouveaux cantiques à la louange du Très-Haut et à la sienne; et ils lui chantèrent avec une céleste harmonie de voix sensibles ces paroles adressées à Judith qui fut la figure de ce triomphe et la Sainte Église les lui applique [k]: «Tu es belle, Marie notre

Souveraine, et il n'y a pas de tache de faute en toi: tu es la gloire de la Jérusalem céleste (Judith 15: 10; 13: 31)! Tu es l'allégresse d'Israël! Tu es l'honneur du peuple du Seigneur! C'est toi qui magnifies Son Saint Nom! Tu es l'Avocate des pécheurs qui les défend de leur superbe ennemi! O Marie, tu es pleine de grâces et de toutes perfections!» La divine Dame demeura remplie de jubilation louant l'Auteur de tout bien et Lui rapportant ceux qu'Elle recevait; et Elle revint au souci de son époux comme je le dirai dans les chapitres suivants du Livre 4.



DOCTRINE QUE ME DONNA LA MÊME REINE NOTRE SOUVERAINE.



3, 28, 372. Ma fille, la réserve que l'âme doit avoir pour ne point se mettre à raisonner avec les ennemis invisibles ne l'empêche pas de les commander avec une autorité impérieuse au Nom du Très-Haut de se taire, de s'en aller et de se confondre. Ainsi je veux que tu le fasses dans les occasions opportunes où ils te persécuteront; parce qu'il n'y a point d'armes aussi puissantes contre la malice du dragon pour la créature humaine comme de se montrer impérieuse et supérieure en Foi de ce qu'elle est fille de son Père véritable qui est dans les cieux (Matt. 6: 9) et de qui elle reçoit cette vertu et cette confiance contre lui. La cause de ceci est parce que tout le soin de Lucifer depuis qu'il est tombé des cieux est de détourner les âmes de leur Créateur et de semer la zizanie (Matt. 13: 25) et la division entre le Père Céleste et les enfants adoptifs et entre l'épouse et l'Époux des âmes. Et lorsqu'il connaît que quelqu'une est unie avec son Créateur comme membre vivant de son Chef Jésus-Christ, il reprend vigueur et autorité dans la volonté pour la poursuivre avec une fureur pleine de rage et d'envie et il emploie sa malice et ses tromperies pour la détruire: mais comme il voit qu'il ne peut l'obtenir et que son Refuge (Ps. 17: 3) et sa protection véritables et inexpugnables est celle du Très-Haut pour les âmes, il défaille dans ses efforts et il se reconnaît opprimé avec un tourment incomparable. Et si l'épouse généreuse le méprise et le rejette avec magistère et autorité, il n'y a point de vermisseau ni de fourmi plus faible que ce superbe géant.



3, 28, 373. Tu dois t'animer et te fortifier par la vérité de cette Doctrine lorsque le Tout-Puissant ordonnera que la tribulation te trouve et que les douleurs de la mort t'environnent (Ps. 17: 6) dans les grandes tentations, comme celles que j'ai souffertes, parce que c'est l'occasion la plus à propos pour que l'Époux fasse l'expérience de la fidélité de sa véritable épouse. Et si elle l'est, son amour ne doit pas se contenter des affections seulement sans donner d'autre fruit, parce que le désir seul qui ne coûte rien à l'âme n'est pas une preuve suffisante de son amour, ni de l'estime qu'elle fait du bien qu'elle doit aimer et apprécier. La force et la constance dans la souffrance, avec un coeur généreux et magnanime dans les tribulations, tels sont les témoignages de l'amour véritable. Et si tu désires tant faire quelque démonstration et satisfaire à ton Époux, la plus grande sera que lorsque tu te trouveras le plus affligée et sans recours humain, tu te montres alors plus invincible et plus confiante en ton Dieu et ton Seigneur et que tu espères contre l'espérance (Rom. 4: 18) s'il était nécessaire; puisqu'il ne dort point ni ne sommeille celui qui s'appelle le Refuge d'Israël (Ps. 120: 4); et lorsqu'il sera temps il commandera à la mer et aux vents et la tranquillité se fera (Matt. 8: 26).



3, 28, 374. Mais tu dois, ma fille être très considérée dans le commencement des tentations, où il y a un grand danger si l'âme se laisse aussitôt troubler, lâchant la bride aux passions de la concupiscible ou de l'irascible par lesquelles s'obscurcit et s'offusque la lumière de la raison. Car si le démon reconnaît cette altération et s'il s'élève tant de poussière de tempête dans les puissances, comme sa cruauté est si implacable et si insatiable, il prend un courage nouveau et il ajoute feu sur feu, enflammant sa fureur davantage, jugeant et lui semblant que l'âme n'a personne qui la défende et la délivre (Ps. 70: 11) de ses mains: et la rigueur de la tentation s'augmentant davantage, le danger de ne point résister à son plus fort augmente aussi pour celui qui a commencé à se soumettre dès le principe. Je t'avertis de tout cela, afin que tu craignes le risque des premières négligences. N'en aie jamais en une chose qui importe si fort; bien au contraire tu dois persévérer dans l'égalité de tes actions en quelque tentation que tu aies, continuant dans ton intérieur le doux et dévot entretien du Seigneur; et envers le prochain, la douceur, la charité et la prudente affabilité que tu dois avoir envers eux, t'opposant préventivement par l'oraison et la tempérance de tes passions au désordre que l'ennemi prétend y introduire.



NOTES EXPLICATIVES

Extraites de celles de Don Creseto, à l'usage des prêtres.

3, 28, [a]. Livre 1, No. 105.

3, 28, . Le démon employa contre saint Antoine et d'autres saints de pareils artifices d'apparitions monstrueuses, de sifflements, de rugissements, etc., comme on le voit dans leurs vies écrites par les saints Pères et d'autres écrivains anciens et modernes; et cela était permis par Dieu à mesure que la sainteté des individus se prêtait mieux à surmonter les assauts de ce malicieux adversaire: c'est pourquoi, avec la Très Sainte Marie plus sainte et plus forte qu'eux tous et plus haïe de Lucifer, comme sa principale ennemie, ces tentations durent être plus grandes et plus violentes.

3, 28, [c]. Voir le huitième réponse de l'office de l'Annonciation de la bienheureuse Vierge Marie.

3, 28, [d]. Livre 8, No. 528.

3, 28, [e]. Il fit tout cela auprès des gentils par tant d'erreurs des différentes sectes philosophiques anciennes, comme aussi chez le peuple Hébreu en introduisant les erreurs, les rites et les coutumes des gentils à l'approche du temps du Messie comme il appert de la Sainte Écriture dans les Livres des Machabées.

3, 28, [f]. Il est certain que si les princes chrétiens au lieu de guerroyer entre eux, avaient tourné leurs forces contre les infidèles de l'Afrique et de l'Asie; ils

auraient à cette heure détruit l'idolâtrie et l'islamisme qui tiennent esclaves de la superstition encore aujourd'hui plus de quatre cent millions de mortels disgraciés.

3, 28, [g]. Nous voyons dans l'Évangile que la légion de démons qui possédaient l'infortuné Gérasénien demandèrent eux aussi à Jésus-Christ de les chasser et de les envoyer dans le grand troupeau de pourceaux qui passaient là, lesquels aussitôt se précipitèrent avec impétuosité dans la mer. Marc 5: 1-3.

3, 28, [h]. Nous lisons des artifices semblables dans la vie de différents saints, et dernièrement la Vénérable Gherzi de Pontedecimo.

3, 28, [i]. Livre 3, No. 130; Livre 5, No. 999; Livre 6, No. 1421.

3, 28, [j]. Livre 8, No. 452.

3, 28, [k]. Office de l'Immaculée Conception.
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Re: Marie d'Agreda "La Cité Mystique de Dieu" livre version numérisée

Message par sga le Jeu 8 Juin 2017 - 13:21

LIVRE QUATRE



Qui contient les doutes de saint Joseph connaissant la grossesse de la Très Sainte Marie, la naissance de Notre Seigneur Jésus-Christ, Sa Circoncision, l'Adoration des Rois, la Présentation de L'Enfant Jésus au Temple, la fuite en Égypte, la mort des Innocents et le retour à Nazareth.



CHAPITRE 1



Saint Joseph connaît la grossesse de son Épouse la Vierge Marie et il entre dans une grande inquiétude sachant qu'il n'y avait point de part.



4, 1, 375. C'était déjà le cinquième mois de la Divine grossesse de la Princesse du Ciel, quand le très chaste Joseph, son époux avait commencé à avoir quelque réflexion sur la disposition et la croissance de son sein Virginal; parce qu'avec la perfection naturelle et l'élégance de la divine Épouse, comme je l'ai déjà dit, certain signe et certaine inégalité qu'il y avait pouvait moins se cacher et se découvrait davantage. Un jour, la Très Sainte Marie sortant de son oratoire, Saint Joseph la regarda avec ce souci (Matt. 1: 18) et il connut la nouveauté avec une plus grande certitude, sans que le raisonnement put démentir aux yeux ce qui leur était notoire. L'homme de Dieu demeura le coeur blessé d'une flèche de douleur, qui le pénétra jusqu'au plus intime sans trouver de résistance à la force de ses causes qui se joignirent en même temps dans son âme. La première était l'amour très chaste, mais très intense et très véritable qu'il avait pour sa fidèle Épouse où dès le principe son coeur fut plus qu'en dépôt, et par l'entretien agréable et par la sainteté sans égale de la grande Dame, ce lien de l'âme de Saint Joseph s'était

confirmé davantage à son service. Et comme Elle était si parfaite et si accomplie dans la modestie et l'humble sévérité, ainsi Saint Joseph au milieu de son diligent souci pour la servir, avait un désir comme naturel à son amour de la correspondance de son Épouse. Et le Seigneur l'ordonna ainsi afin que le soin de cette satisfaction réciproque rendît le Saint plus empressé pour servir et estimer la divine Souveraine.



4, 1, 376. Saint Joseph s'acquitta de cette obligation comme très fidèle époux et dispensateur du même sacrement qui lui était caché; et plus il était attentif à servir et à vénérer son Épouse, plus son amour était pur, chaste, saint et juste et plus grand était son désir qu'Elle y correspondît; quoiqu'il ne lui en parlât ni le lui manifestât jamais, tant à cause de la révérence à laquelle l'humble majesté de son Épouse l'obligeait, que parce que cette sollicitude ne l'avait point molesté à la vue de son entretien, de sa conversation et de sa pureté plus qu'angéliques. Mais lorsqu'il se trouva dans cette ouverture, la vue lui attestant la nouveauté qu'il ne pouvait nier, son âme demeura brisée par le choc, et quoiqu'il fût convaincu qu'il y avait ce nouvel accident dans son Épouse, il ne donna point au discours plus que ce qu'il ne put nier aux yeux: car comme il était homme saint et droit (Matt. 1: 19) bien qu'il connût l'effet, il suspendit le jugement de la cause; parce que s'il se fut persuadé que son Épouse avait péché, sans doute le saint en serait mort naturellement de douleur.

 

4, 1, 377. A cette cause s'ajouta la certitude qu'il n'avait point de part dans cette grossesse qu'il connaissait par ses yeux et que le déshonneur était pour cela inévitable quand elle viendrait à être sue. Et cette inquiétude avait d'autant plus de poids pour Saint Joseph qu'il était d'un coeur plus généreux et plus honoré et qu'avec sa grande prudence il savait pondérer l'affliction de sa propre infamie et de celle de son Épouse s'ils arrivaient à la souffrir. La troisième cause qui donnait une plus grande angoisse au saint époux était le risque de livrer son Épouse, conformément à la Loi, afin qu'elle fût lapidée (Lev. 20: 10), ce qui était le châtiment des adultères, si Elle était convaincue de ce crime. Entre ces trois considérations, comme entre des pointes d'acier, le coeur de Saint Joseph se trouva blessé d'une peine ou de plusieurs ensemble sans trouver sur le moment d'autre remède pour se soulager que la satisfaction consolidée qu'il avait de son Épouse. Mais comme tous les signes attestaient la nouveauté non imaginée et il ne s'offrait

au saint homme aucune sortie contre eux et il n'osait pas non plus confier sa douloureuse affliction à personne, il se trouvait entouré des douleurs (Ps. 17: 5) de la mort et il sentait avec expérience que la jalousie est dure comme l'enfer (Cant. 8: 6).



4, 1, 378. Il voulait discourir avec lui-même et la douleur lui suspendait les puissances. Si la pensée voulait suivre le sens dans les soupçons, elles s'évanouissaient toutes comme la glace à la force du soleil, et comme la fumée au vent, se souvenant de la sainteté expérimentée de sa modeste et prudente Épouse; s'il voulait suspendre l'affection de son très chaste coeur, il ne le pouvait, parce que toujours il la trouvait un objet digne d'être aimé, et la vérité quoique cachée avait plus de force pour l'attirer que l'erreur apparente de l'infidélité pour le détourner. Ce lien si assuré par des noeuds si solides de vérité, de raison et de justice ne se pouvait rompre. Pour se déclarer avec sa divine Épouse, il ne trouvait point de convenance, ni non plus cette égalité sévère et divinement humble qu'il connaissait en Elle ne le lui permettait pas. Et quoiqu'il vît le changement dans son sein, sa conduite si sainte et si pure ne correspondait point à un pareil oubli de ses obligation, comme on eût pu le présumer; parce que cette faute n'était point compatible avec tant de pureté, d'égalité, de sainteté, de discrétion et toutes les grâces réunies dont l'augmentation était manifeste chaque jour en la très sainte Marie.



4, 1, 379. Le saint époux Joseph en appela de ses peines au tribunal du Seigneur par le moyen de l'oraison, et s'étant mis en Sa Présence il dit: «O Dieu Très-Haut et Seigneur Éternel, mes désirs et mes gémissements (Ps. 37: 10) ne sont point cachés en Votre divine Présence. Je me trouve combattu par les ondes violentes qui sont arrivées à blesser mon coeur. Je l'ai livré (Prov. 31: 11) assuré à l'Épouse que j'ai reçu de Votre main. Je me suis confié à sa grande sainteté; et les témoignages de la nouveauté que je vois me mettent dans une torture de douleur et de crainte que mes espérances soient frustrées. Rien de ce que j'ai connu jusqu'aujourd'hui ne peut mettre de doute à sa pudeur et àses vertus excellentes; mais non plus je ne peux nier qu'Elle soit enceinte. Juger qu'Elle ait été infidèle et qu'Elle Vous ait offensé serait témérité, à la vue d'une pureté et d'une sainteté si extraordinaires: nier ce que la vue m'assure est impossible; mais il ne le sera point pour moi de mourir de la force de cette peine, s'il n'y a pas ici quelque mystère

caché que je ne pénètre pas. La raison la disculpe et le sens la condamne. Elle me cache la cause de sa grossesse, je le vois; que dois-je faire? Dès le principe nous avons conféré des voeux de chasteté que nous avions promis tous deux pour Votre gloire; et s'il était possible qu'Elle eût violé Votre foi et la mienne, je défendrais Votre honneur et pour Votre amour je déposerais le mien. Mais comment une telle sainteté et une telle pureté pourraient-elles se conserver et tout le reste, si Elle avait commis un crime si grave? Et comment étant si sainte et si prudente me cache-t-elle cet événement? Je suspends mon jugement et je me retiens, ignorant la cause de ce que je vois. Je répands mon esprit (Ps. 141: 3) affligé en Votre Présence, ô Dieu d'Abraham, d'Isaac et de Jacob. Recevez mes larmes en sacrifice acceptable; et si mes péchés méritent Votre indignation, obligez-vous, Seigneur, de Votre propre clémence et de Votre propre bénignité, et ne méprisez point mes peines si vives. Je ne juge pas que Marie Vous ait offensé; mais non plus, moi étant son époux, je ne peux présumer aucun mystère, dont je ne puis être digne. Gouvernez mon entendement et mon coeur par Votre divine Lumière afin que je connaisse et que j'exécute le plus acceptable à Votre Volonté.»



4, 1, 380. Saint Joseph persévéra dans cette oraison avec beaucoup plus d'affections et de demandes: car bien qu'il se représentât qu'il y avait quelque mystère qu'il ignorait dans la grossesse de la Très Sainte Marie, néanmoins il ne se rassurait pas en cela; parce qu'il n'y avait point d'autres raisons que celles qui tout au plus se présentaient à lui pour éviter le jugement de la croire coupable en aucune chose, respectant la sainteté de la divine Dame; et ainsi la pensée qu'Elle pouvait être Mère du Messie n'arriva point à la pensée du Saint. Quelquefois il suspendait les soupçons et d'autres fois les évidences les augmentaient et les suscitaient; et ainsi flottant il souffrait des ondes impétueuses d'un côté et de l'autre; et combattu et vaincu il avait coutume de demeurer dans un calme pénible sans se déterminer à croire aucune chose par laquelle il put surmonter son doute, se tranquilliser le coeur et opérer conformément à la certitude que d'un côté ou de l'autre il eut eu pour se gouverner. Pour cela le tourment de Saint Joseph fut si grand qu'il put être une preuve évidente de sa prudence et de sa sainteté incomparable, et mériter par cette affliction que Dieu le rendit capable du bienfait singulier qu'il lui préparait.

 

4, 1, 381. Tout ce qui se passait en secret dans le coeur de saint Joseph était manifeste à la Princesse du Ciel qui le regardait avec la Science et la Lumière

divines qu'Elle avait. Et quoique son Coeur très saint fût rempli de tendresse et de compassion de ce que son époux souffrait, Elle ne lui en disait pas un mot; mais Elle le servait avec soumission et avec soin. Et l'homme de Dieu avec l'air de ne point faire attention, la regardait avec une plus grande sollicitude qu'aucun autre homme n'a jamais eu: et comme en le servant à table et en d'autres occupations domestiques, la grande Souveraine faisait certaines actions et certains mouvements dans lesquels il était inévitable que son état parût davantage quoiqu'il ne lui fût pas pesant ni pénible; saint Joseph faisait attention à tout et il se certifiait davantage dans la vérité avec une plus grande affliction de son âme. Et quoiqu'il fût saint et droit, depuis qu'il était marié avec la Très Sainte Marie il se laissait respecter et servir par Elle, gardant en tout l'autorité de chef et de mari, quoiqu'il la tempérât par une rare humilité et une grande prudence. Toutefois tant qu'il ignora le Mystère de son Épouse, il jugea qu'il devait se montrer toujours supérieur avec la modération convenable, à l'imitation des Pères et des Patriarches anciens de qui il ne devait point dégénérer, afin que les femmes fussent obéissantes et soumises à leurs maris. Et il aurait eu raison de se gouverner de cette manière, si la Très Sainte Marie notre Souveraine eût été comme les autres femmes. Mais quoiqu'Elle fût si différente il n'y en aura jamais d'aussi obéissante, d'aussi humble et d'aussi soumise à son mari que le fut la Très Éminente Reine à son époux. Elle le servait avec un respect et une promptitude incomparables et quoiqu'Elle connût ses soucis et son attention à sa grossesse Elle ne s'excusa pas pour cela de faire toutes les actions qui la concernaient et Elle ne fit rien pour dissimuler et cacher cet état, parce que c'eût été un artifice ou une duplicité qui n'aurait pas été compatible avec la vérité et la candeur angélique qu'Elle avait, ni avec la générosité et la grandeur de son Coeur très noble.



4, 1, 382. L'Auguste Souveraine aurait bien pu alléguer pour sa garantie la vérité de son innocence irrépréhensible et le témoignage de sa cousine sainte Élisabeth et de Zacharie; parce que si saint Joseph avait soupçonné quelque faute en Elle, c'était dans ce temps qu'il aurait pu mieux l'attribuer; et par ce moyen et par d'autres, sans lui manifester le Mystère, Elle pouvait se disculper et tirer saint Joseph d'inquiétude. La Maîtresse de la prudence et de l'humilité ne fit rien de cela, parce qu'il ne s'accordait point avec ses vertus de parler en sa faveur et de confier la satisfaction d'une vérité si mystérieuse à son propre témoignage. Elle remit le tout à la disposition Divine avec une grande Sagesse. Et quoique l'amour qu'Elle avait pour son époux la portât à le consoler et à le tirer de peine, Elle ne le

fit pas en se disculpant, ni en lui cachant son état, mais en le servant avec de plus grandes démonstrations de soumission et d'amour. Souvent Elle le servait à genoux; et quoique cela consolât quelque peu saint Joseph, d'un autre côté il en recevait de plus grands motifs de s'affliger, considérant les nombreuses raisons qu'il avait d'aimer et d'estimer Celle dont il n'était pas sûr d'avoir été offensé. La divine Dame faisait pour lui des prières continuelles et Elle demandait à Dieu de le regarder et de le consoler; et Elle se remettait tout entière à la Volonté de Sa Majesté.



4, 1, 383. Saint Joseph ne pouvait cacher tout à fait sa peine très amère, et ainsi il était souvent triste, pensif et en suspens, et accablé de cette douleur il parlait à sa divine Épouse avec quelque sévérité plus que d'ordinaire; parce que Celle-ci était comme un effet inséparable de l'affliction de son coeur, et non par indignation et par vengeance: car cela n'arriva jamais à sa pensée, comme on le verra plus loin. Néanmoins la Très Prudente Dame ne changea point soin air, ni Elle ne fit aucune démonstration de sentiment; au contraire, Elle prenait pour cela plus de soin de la consolation de son époux. Elle le servait à table, Elle lui donnait le siège, Elle lui apportait la nourriture, Elle lui servait à boire; et après qu'Elle avait fait tout avec une grâce incomparable, saint Joseph lui commandait de s'asseoir, et à chaque heure il s'assurait davantage dans la certitude de sa grossesse. Il n'y a point de doute que cette occasion fut l'une de celles qui exercèrent davantage, non seulement saint Joseph, mais la Princesse du Ciel et qu'en Elle se manifestèrent beaucoup la très profonde humilité et la grande Sagesse de son âme très sainte; et le Seigneur donna lieu à exercer et à éprouver toutes ses vertus, car non-seulement Il ne lui commanda point de taire le sacrement de sa grossesse, mais Il ne lui manifesta pas Sa Volonté Divine aussi expressément qu'en d'autres événements. Il semble que Dieu lui remît le tout et le confiât à la Science et aux vertus Divines de son Épouse choisie, la laissant opérer avec ces mêmes vertus sans autre illustration ou faveur spéciale. La Providence de Dieu donnait occasion à la Très Sainte Marie et à son très fidèle époux Joseph d'exercer chacun respectivement les vertus et les Dons qu'Il Leur avait départis, et Il se réjouissait à notre manière de concevoir, de la Foi, de l'Espérance, de l'Amour, de l'humilité, de la patience, de la quiétude et de la sérénité de ces Coeurs candides au milieu d'une si douloureuse affliction. Et pour exalter Sa gloire et donner au monde cet exemple de sainteté et de prudence et entendre les douces clameurs de la Très Sainte Mère et de son très auguste époux, qui Lui étaient acceptables et agréables Il se faisait comme sourd,

selon notre manière de concevoir, afin qu'ils les renouvelassent et Il dissimulait sans leur répondre jusqu'au temps opportun et convenable.



DOCTRINE DE LA TRÈS SAINTE REINE, NOTRE SOUVERAINE.



4, 1, 384. Ma très chère fille, les pensées et les fins du Seigneur sont très sublimes et Sa Providence envers les âmes est forte et suave (Sag. 8: 1), et il est admirable dans le gouvernement de tous, spécialement de Ses amis et de Ses élus (Ps. 67: 36). Et si les mortels arrivaient à connaître le soin amoureux avec lequel ce Père des miséricordes est attentif à les guider et à les diriger, ils seraient plus oublieux d'eux-mêmes et ils ne se livreraient point à des soucis si pénibles (Matt. 6: 25), si inutiles et si dangereux avec lesquels ils vivent inquiets et sollicitent divers appuis des autres créatures; parce qu'ils s'abandonneraient assurés à la Sagesse et à l'Amour Infini qui aurait soin (1 Pet. 5: 7) de toutes leurs pensées, paroles et actions et de tout ce qui leur convient avec une douceur et une suavité paternelles. Je ne veux point que tu ignores cette vérité, mais que tu comprennes comment le Seigneur depuis Son éternité a présents dans Son Entendement divin tous les prédestinés qui doivent être en divers temps et en divers âges; et par la force invincible de Sa Sagesse et de Sa Bonté Infinies, Il dispose et dirige tous les biens qui leur conviennent, pour qu'ils obtiennent enfin ce que le Seigneur a déterminé à leur égard.



4, 1, 385. C'est pour cela qu'il importe tant à la créature raisonnable de se laisser diriger par la main du Seigneur, si livrant tout entière à Sa divine disposition; parce que les hommes mortels ignorent (Eccles. 7: 1) leurs voies et la fin à laquelle ils doivent arriver par elles; et ils ne peuvent par eux-mêmes en faire choix, avec leur ignorance, si ce n'est avec une grande témérité et un grand danger de leur perdition. Mais s'ils se livrent de tout coeur à la Providence du Très-Haut, Le reconnaissant pour leur Père et eux-mêmes pour Ses enfants et Ses ouvrages, Sa Majesté se constitue leur Protecteur, leur Refuge et leur Gouverneur avec tant d'amour qu'Il veut que le Ciel et la terre connaissent que c'est un office qui Le regarde Lui-même de gouverner les Siens et ceux qui se confient et s'abandonnent

à Lui. Et si Dieu était capable de recevoir de la peine ou d'avoir de la jalousie comme les hommes, Il en aurait de ce qu'une créature prît part au soin des âmes, ou de ce qu'elles allassent chercher quelqu'une des choses dont elles ont besoin en quelque autre qu'en Lui-même qui a pris tout cela à Sa charge (Sag. 12: 13). Et les mortels ne peuvent ignorer cette vérité s'ils considèrent ce que, même parmi eux, un père fait pour ses enfants, un époux pour son épouse, un ami pour son ami, et un prince pour le favori qu'il aime et qu'il veut honorer. Tout cela n'est rien en comparaison de l'amour que Dieu a pour les siens et ce qu'Il veut et peut faire pour eux.



4, 1, 386. Mais quoique pour la plupart, les hommes croient cette vérité en général, nul ne peut comprendre quel est l'Amour divin et quels sont Ses effets particuliers envers les âmes qui se résignent et s'abandonnent totalement à Sa volonté. Et tu peux, ma fille, manifester ce que tu en connais et il ne convient pas de le faire; mais ne le perds pas de vue dans le Seigneur. Sa Majesté dit qu'il ne périra pas un cheveu (Luc 21: 18) de Ses élus, parce qu'Il les a tous comptés (Luc 12: 7). Il gouverne leurs pas vers la vie et Il les détourne de la mort (Ps. 36: 23). Il considère leurs oeuvres, Il corrige (Prov. 3: 12) leurs défauts avec amour, Il surpasse leurs désirs, Il prévient (Sag. 6: 14) leurs sollicitudes, Il les défend dans le danger (Sag. 5: 17), Il les console dans le calme (Cant. 8: 5), Il les fortifie dans le combat (Ps. 26: 3), Il les assiste dans la tribulation (Ps. 90: 15), Il les défend de l'erreur par Sa Sagesse, Il les sanctifie par Sa Bonté, Il les fortifie par Sa Puissance, et comme infini, à la Volonté de qui personne ne peut résister (Esth. 13: 9) ou s'opposer, Il exécute ce qu'Il peut, Il peut tout ce qu'Il veut et Il veut Se livrer tout entier au juste qui est dans Sa grâce et qui se fie à Lui seul. Qui peut comprendre combien grandes et nombreuses seraient les grâces qu'Il répandrait dans un coeur disposé de cette manière pour les recevoir.



4, 1, 387. Si tu veux, mon amie, que je t'obtienne cette bonne fortune, imite-moi avec une véritable sollicitude et tourne-là tout entière dès aujourd'hui à obtenir efficacement une véritable résignation à la Providence divine. Et si Dieu t'envoie des tribulations, des peines, et des travaux, reçois-les et embrasse-les avec égalité de coeur, avec quiétude de ton esprit avec patience, Foi vive et espérance dans la Bonté du Très-Haut qui te donnera toujours le plus sûr et le plus convenable pour ton salut. Ne fais élection d'aucune chose, car Dieu sait et

connaît tes voies; fie-toi à ton Père et ton Époux céleste qui te protège et te défend avec Son Amour très fidèle. Considère mes oeuvres puisqu'elles ne te sont point cachées et sache qu'après les travaux soutenus par mon Très Saint Fils, la plus grande affliction que je souffris dans ma Vie fut celle des tribulations de mon époux Joseph et ses peines dans l'occasion que tu écris.
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Re: Marie d'Agreda "La Cité Mystique de Dieu" livre version numérisée

Message par sga le Lun 12 Juin 2017 - 17:22

CHAPITRE 2



Les doutes de saint Joseph augmentent: il se détermine à laisser son Épouse et il fait oraison pour cela.



4, 2, 388. Au milieu de la tourmente de soucis qui combattaient dans le coeur très droit de saint Joseph, il s'efforçait parfois avec sa prudence de chercher quelque calme et de reprendre vigueur dans son affliction, discourant tout seul et tâchant de réduire en doute la grossesse de son Épouse. Mais il était tiré de cette erreur chaque jour davantage par l'augmentation du sein Virginal de la divine Reine, qui avec le temps allait en se manifestant avec plus d'évidence; et le glorieux Saint ne trouvait point d'autres causes auxquelles recourir, la possibilité du doute lui était frustrée et elle était peu constante: aussitôt il passait du doute qu'il cherchait à la certitude véhémente en autant que le temps s'avançait. Dans ces augmentations, la divine Princesse était toujours plus agréable et l'on ne pouvait soupçonner d'autres indispositions; car de toutes manières Elle se perfectionnait en beauté, en santé, en agilité et en grâces; autant de motifs, de soupçons et de filets pour le très chaste amour et la peine de saint Joseph, sans pouvoir s'éloigner de toutes ses affections, en même temps que ces diverses agitations le tourmentaient. A la fin elles le vainquirent de telle sorte qu'il arriva à se persuader tout à fait de l'évidence. Et quoique son esprit se conformât toujours à la Volonté de Dieu; néanmoins la chair infirme sentait le suprême de la douleur de l'âme par laquelle il arriva à un point où il ne trouvait aucune sortie dans la cause de sa tristesse. Il sentit un ébranlement ou une défaillance dans les forces du

corps, laquelle défaillance sans arriver à une maladie déterminée lui débilita néanmoins les forces et le fit maigrir quelque peu; et l'on connaissait à son visage la tristesse et la mélancolie profondes qui l'affligeaient. Et comme il souffrait seul, sans chercher le soulagement de se communiquer et de décharger de quelque manière l'oppression de son coeur, comme le font ordinairement les autres hommes; la tribulation que le saint souffrait venait ainsi à être plus grave et moins réparable naturellement.



4, 2, 389. La douleur de la Très Sainte Marie qui pénétrait son Coeur n'était pas moindre: mais quoiqu'elle fût très grande, l'espace de son Coeur magnanime et généreux était très grand aussi; et ainsi Elle dissimulait ses peines, mais non le souci que celles de son époux saint Joseph lui donnaient, avec quoi Elle détermina de l'assister davantage et de prendre soin de sa santé et de sa consolation. Mais comme c'était une loi inviolable dans la Très Prudente Reine d'opérer toutes ses actions dans la plénitude de la Sagesse et de la Science, Elle taisait toujours la vérité du Mystère [a] qu'Elle n'avait point ordre de manifester et quoiqu'Elle fût la seule qui pût soulager son époux Joseph par cette voie, Elle ne le fit point pour respecter et garder le sacrement du Roi céleste (Tob. 12: 7). Elle faisait par Elle-même tout ce qu'Elle pouvait; Elle lui parlait de sa santé, et Elle lui demandait ce qu'il désirait qu'Elle fit pour son service et le soulagement des indispositions qui le rendaient si languissant. Elle le priait de prendre quelque repos et quelque récréation, puisqu'il était juste de subvenir à la nécessité et de réparer les forces défaillantes du corps pour travailler ensuite pour le Seigneur. Saint Joseph était attentif à tout ce que sa divine Épouse faisait; et pondérant en lui-même cette vertu et cette discrétion et sentant les saints effets de son entretien et de sa présence il disait: "Est-il possible qu'une Femme qui a de telles moeurs et en qui se manifeste si fort la grâce du Seigneur, me mette dans une telle tribulation? Comment cette prudence et cette sainteté sont-elles compatibles avec les signes que je vois d'infidélité à Dieu et à moi qui l'aime de tout coeur. Si je veux la renvoyer ou m'éloigner, je perds sa compagnie désirable, toute ma consolation, ma maison et ma quiétude. Quel bien trouverai-je comme Elle si je me retire? Quelle consolation aurai-je si je suis privé de celle-ci? Mais tout pèse moins que l'infamie d'une si grande infortune et que l'on comprenne de moi que j'aie été complice en quelque délit. Cacher l'événement n'est pas possible parce que le temps doit le manifester, quoique je le dissimule et le taise maintenant. Me faire l'auteur de cette grossesse serait un vil mensonge contre ma propre conscience et

ma réputation. Je ne peux la reconnaître pour mienne ni l'attribuer à une cause que j'ignore. Que ferai-je donc dans une telle angoisse? Le moindre de mes maux sera de m'absenter et de quitter ma demeure, avant que n'arrive l'enfantement dans lequel je me trouverais plus confus et plus affligé, sans savoir quel conseil et quelle détermination prendre, voyant en ma maison un enfant qui ne serait pas le mien.»



4, 2, 390. La Princesse du Ciel qui regardait avec une grande douleur la détermination de son époux saint Joseph de la laisser et de s'absenter, se tourna vers les saint Anges ses gardiens et leur dit: «Esprits bienheureux et ministres du Roi Suprême qui vous éleva à la félicité dont vous jouissez et qui m'accompagnez par Sa Bonté comme mes sentinelles et Ses très fidèles serviteurs, je vous prie, mes amis, de représenter à Sa Clémence les afflictions de mon époux Joseph. Demandez qu'il le console et le regarde comme Dieu et Père véritable. Vous qui obéissez présentement à Ses Paroles, écoutez aussi mes prières; je vous le demande, je vous en prie et vous en supplie par Celui qui étant Infini voulu S'incarner dans mes entrailles, que vous subveniez sans retard à l'opposition où se trouve le coeur très fidèle de mon époux et qu'en le soulageant de ses peines vous lui ôtiez de l'esprit et de la pensée la détermination qu'il a prise de s'absenter.» Les Anges qu'Elle destina pour cette fin obéirent à leur Reine, et ils envoyèrent aussitôt au coeur de saint Joseph de saintes inspirations, le persuadant de nouveau que Marie son Épouse était Très Sainte et Très Parfaite; que l'on ne pouvait croire d'Elle aucune chose indigne, que Dieu est incompréhensible dans Ses Oeuvres (Eccli. 11: 4) et très secret dans Ses Jugements équitables, qu'Il est toujours très fidèle envers ceux qui se confient (Lam. 3: 25) en Lui, qu'Il ne méprise et n'abandonne personne dans la tribulation (Ps. 33: 19).



4, 2, 391. Avec ces saintes inspirations et d'autres encore, l'esprit troublé de saint Joseph se calmait un peu quoiqu'il ne sût point par l'ordre de qui cet apaisement lui venait; mais comme l'objet de sa tristesse ne s'améliorait pas, il y revenait aussitôt, sans trouver aucune issue de quelque chose de fixe et de certain en quoi il put se rassurer, et il revenait à renouveler ses intentions de s'absenter et de quitter son Épouse. La divine Dame connaissant cela, jugea qu'il était déjà nécessaire de prévenir ce danger et de demander le remède au Seigneur avec plus d'instances. Elle se tourna tout entière vers son Très Saint Fils et avec une ferveur

et une affection intime Elle Lui dit: «Seigneur et Bien-Aimé de mon âme, si Vous me donnez permission je parlerai en Votre Royal Présence, quoique je ne sois que poussière et cendre (Gen. 18: 37), et je manifesterai mes gémissements qui ne peuvent Vous être cachés (Ps. 37: 10). Il est juste mon Seigneur, que je ne sois point lente à aider l'époux que Vous m'avez donné de Votre main. Je le vois dans la tribulation où Votre Providence l'a mis et ce ne serait point de la pitié de l'y laisser. Si j'ai trouvé grâce à Vos yeux (Ex. 34: 9), je Vous supplie, Seigneur, et Dieu Éternel pour l'Amour qui Vous obligea à venir dans les entrailles de Votre esclave pour le remède des hommes (1 Jean 4: 9), de bien vouloir consoler Votre serviteur Joseph et de le disposer afin qu'il aide à l'accomplissement de Vos grandes Oeuvres. Votre servante ne sera pas bien sans époux qui l'assiste, la protège et la défende. Ne permettez point mon Seigneur et mon Dieu, qu'il exécute sa détermination et qu'en s'absentant il me quitte.»



4, 2, 392. Le Très-Haut répondit à cette prière: «Ma Colombe et Mon Amie, J'accourrai avec promptitude à la consolation de Mon serviteur Joseph; et après que Je lui aurai déclaré par le moyen de mon Ange le Mystère qu'il ignore, tu pourras lui parler clairement de tout ce que J'ai opéré en toi, sans garder davantage le silence en cela à l'avenir. Je le remplirai de mon Esprit et Je le rendrai capable de ce qu'il doit faire dans ces Mystères. Il t'aidera et t'assistera en tout ce qui t'arrivera.» Avec cette promesse du Seigneur, la Très Sainte Marie demeura confortée et consolée, rendant des actions de grâces très soumises au Seigneur qui, avec un ordre si admirable, disposait toutes les choses avec poids et mesure; parce que, outre la consolation qu'eut la grande Souveraine, demeurant délivré de cette inquiétude, Elle connut combien il était convenable pour son époux d'avoir souffert cette tribulation où son esprit avait été éprouvé et dilaté pour les grandes choses qui devaient lui être confiées.



4, 2, 393. En même temps saint Joseph conférant de ses doutes en lui-même, ayant déjà passé deux mois dans cette grande tribulation; et vaincu par la difficulté, il dit: «Je ne trouve pas de moyen plus opportun dans ma douleur que de m'absenter. Je confesse que mon Épouse est Très Parfaite, et je ne vois rien en Elle qui ne l'accrédite comme Sainte; mais enfin, Elle est enceinte et je ne pénètre pas ce mystère. Je ne veux point offenser sa vertu en la livrant à l'exécution de la Loi, mais non plus je ne peux pas attendre la fin de la grossesse.

Je partirai aussitôt et je m'abandonnerai à la Providence du Seigneur qui me gouverne.» Il détermina de partir cette nuit suivante et il prépara pour son voyage un habit qu'il avait et quelques hardes pour se changer et il en fit un petit paquet. Il avait retiré un peu d'argent qu'on lui devait pour son travail et avec cet équipage il résolut de partir à minuit. Mais à cause de la nouveauté du cas et de la bonne habitude qu'il avait, il fit oraison au Seigneur après s'être retiré pour ce sujet, et il Lui dit: «Dieu Éternel et très haut de nos Pères Abraham, Isaac et Jacob, véritable et unique Refuge des pauvres et des affligés, Votre Clémence connaît la douleur et l'affliction dont mon coeur est affligé. Vous connaissez aussi, ô Seigneur, bien que je sois indigne, mon innocence dans la cause de ma peine et l'infamie et le danger dont me menace l'état de mon Épouse. Je ne la juge point pour adultère, parce que je connais en Elle de grandes vertus et une grande perfection; mais je vois avec certitude qu'Elle est enceinte. J'ignore la cause et le mode de l'événement; mais je ne trouve point d'issue en quoi me tranquilliser. Je me détermine pour le moindre dommage qui est de m'éloigner d'Elle, et d'aller en quelque endroit où personne ne me connaisse, et abandonné à Votre Providence, j'achèverai ma vie dans un désert. Ne m'abandonnez point, mon Seigneur et mon Dieu Éternel, parce que je ne désire que Votre plus grand honneur et Votre service.»

 

4, 2, 394. Saint Joseph se prosterna en terre, faisant voeu d'aller au Temple de Jérusalem, offrir une partie de ce peu d'argent qu'il avait pour son voyage; et c'était pour demander que Dieu protégeât et défendit Marie, son Épouse des calomnies des hommes et qu'Il la délivrât de tout mal. Telle était la droiture de l'homme de Dieu et l'appréciation qu'il faisait de la divine Reine. Après cette oraison il se coucha pour dormir un peu, afin de sortir à minuit à l'insu de son Épouse, et pendant son sommeil il lui arriva ce que je dirai dans le chapitre suivant. La grande Princesse du Ciel assurée de la Parole divine, regardait de son oratoire ce que saint Joseph faisait et disposait, car le Tout-Puissant le lui faisait voir. Et connaissant le voeu qu'il avait fait pour Elle et le paquet et le pécule si pauvre qu'il avait préparés, remplie de tendresse et de compassion, Elle fit une nouvelle oraison pour lui avec action de grâce, louant le Seigneur dans Ses Oeuvres, et dans l'ordre avec lequel Il les dispose au-dessus de toute pensée des hommes.

Sa Majesté donna lieu à ce que tous deux, la Très Sainte Marie et saint Joseph arrivassent à la dernière extrémité de la douleur intérieure, afin que le bénéfice de

la consolation Divine fût plus admirable et plus estimable, outre les mérites qu'ils accumulaient par ce martyre prolongé Et quoique la grande Dame fût constante dans la Foi et l'Espérance que le Très-Haut accourrait en temps opportun au remède de tout, et que pour cela Elle se taisait et Elle ne manifestait pas le sacrement du Roi, qu'il ne lui avait pas commandé de déclarer; néanmoins la détermination de saint Joseph l'affligea grandement; parce qu'Elle se représenta les grands inconvénients d'être abandonnée seule, sans appui et sans compagnie pour la défendre et la consoler de la manière commune et ordinaire: puisque tout ne doit pas être cherché par un ordre miraculeux et surnaturel. Néanmoins toutes ces angoisses ne furent pas suffisantes pour qu'Elle manquât d'exercer des vertus aussi excellentes que celle de la magnanimité, supportant les afflictions, les soupçons et les déterminations de saint Joseph; celle de la prudence, considérant que le sacrement était grand et qu'il n'était pas bien de se déterminer par soi à le découvrir; celle du silence, se taisant comme Femme forte, se signalant entre toutes, se retenant pour ne point dire ce qu'Elle avait tant de raisons humaines de déclarer; celle de la patience en souffrant et de l'humilité en donnant lieu aux soupçons de saint Joseph. Elle exerça admirablement plusieurs autres vertus dans cette affliction avec laquelle Elle nous enseigna à attendre le remède du Très-Haut dans les plus grandes tribulations.



DOCTRINE QUE ME DONNA LA REINE DU CIEL,

LA TRÈS SAINTE MARIE.




4, 2, 395. Ma fille, la Doctrine que je te donne avec l'exemplaire que tu as écrit de mon silence est que tu l'aies pour règle afin de te gouverner dans les faveurs et les sacrements du Seigneur, les gardant dans le secret de ton sein. Et quoiqu'il te paraisse convenable pour la consolation de quelque âme de les manifester, tu ne dois point faire ce jugement par toi seule, sans consulter Dieu d'abord et ensuite l'obéissance: parce que ces matières spirituelles ne doivent pas être gouvernées par l'affection humaine où opèrent si fort les passions ou les inclinations de la créature; et avec elles il y a grand danger de juger convenable ce qui est

pernicieux, et pour le service de Dieu, ce qui Lui est une offense; et ce n'est pas par les yeux de la chair et du sang (1 Cor. 2: 14) que se fait le discernement entre les mouvements intérieurs, connaissant lesquels sont Divins et qui naissent de la grâce et lesquels sont humains, engendrés par les affections désordonnées. Et quoique ces deux affections et leurs causes soient très différentes, néanmoins si la créature n'est pas très éclairée et très bien morte aux passions, elle ne peut connaître cette différence ni séparer ce qui est précieux de ce qui est vil (Jér. 15: 19). Et ce danger est très grand lorsqu'il y a quelque motif temporel et humain qui concourt et qui intervient parce qu'alors l'amour propre et naturel a coutume de s'introduire à dispenser et à gouverner les choses divines et spirituelles avec des précipices dangereux et réitérés.



4, 2, 396. Que ce soit donc un document général de ne jamais déclarer aucune chose à personne sans mon ordre, si ce n'est à celui qui te gouverne. Et puisque je me suis constituée ta Maîtresse, je ne manquerai pas de te donner ordre et conseil en cela et en tout le reste, afin que tu ne te détournes point de la Volonté de mon Très Saint Fils. Mais je t'avertis de faire une grande estime des faveurs et des bienfaits du Très-Haut. Traite-les avec magnificence (Eccli. 39: 17-19), et préfère leur estime, leur exécution et la reconnaissance que tu dois en avoir à toutes les choses inférieures et surtout à celles qui sont de ton inclination. Quant à moi, la crainte révérencielle que j'eus m'obligea beaucoup au silence, jugeant, comme je le devais pour si estimable le Trésor qui était déposé en moi. Et nonobstant l'amour et l'obligation naturelle que j'avais pour mon seigneur et mon époux Joseph et la douleur et la compassion de ses afflictions dont je désirais le tirer, je me tus et je dissimulai, posant avant tout l'Agrément du Seigneur et Lui remettant la cause qu'Il se réservait à Lui seul. Apprends aussi par là à ne jamais te disculper, quoique tu te trouves très innocente de ce qu'on t'impute. Incline le Seigneur en te fiant à Son Amour. Remets-Lui ton honneur et ton crédit et en attendant, vaincs par la patience et l'humilité, par les actions et les paroles douces celui qui t'offense. Outre cela je t'avertis de ne jamais juger mal de personne, lors même que tu verrais de tes yeux des indices qui te porteraient à cela: car la charité parfaite et simple t'enseigne à donner une issue prudente à tout et à interpréter en bien les fautes d'autrui. Dieu a mis en cela pour exemple Mon époux Joseph, puisque nul n'eut plus d'indices et nul ne fut plus prudent à retenir son jugement; parce que dans la loi de la charité discrète et sainte c'est une prudence et non une témérité de s'en remettre à des causes supérieures que l'on ne comprend point, plutôt que de

juger et d'inculper le prochain dans ce qui n'est pas un péché manifeste. Je ne te donne pas ici une Doctrine spéciale pour ceux qui sont dans l'état du mariage, parce qu'ils en ont une manifeste dans le cours de ma Vie; et tous peuvent en profiter, quoique je la dirige maintenant à ton avancement; car je le désire avec un amour spécial. Écoute-moi, ma très chère, et exécute mes conseils et mes paroles de Vie.



NOTES EXPLICATIVES

EXTRAITES DE CELLES DE DON CRESETO, À L'USAGE DES PRÊTRES.



4, 2, [a]. «Ces secrets,» écrits Nicolas de Lyre, «ne devaient être révélés qu'en autant qu'il était de la Volonté divine; et pour cela la Vierge fit bien de les taire, tenant fermement que comme ce Mystère avait été révélé à sainte Élisabeth, de même il serait aussi révélé aux autres quand le temps opportun en serait venu selon le bon plaisir Divin.» Et Cornelius a Lapide ajoute «que la Très Sainte Vierge ne révéla point un si Divin secret pour ne point exalter ses propres Dons.» [In Math., I, 19].



4, 2, [b. «O louange inestimable de Marie,» écrit saint Jean Chrysostôme [op. imperf. in Matt. hom. I.], «Joseph croyait plus à sa chasteté qu'à son sein, plus à sa grâce qu'à sa nature. Il croyait qu'il était plus possible qu'une femme pût concevoir sans homme que Marie pût pécher.» Saint Jérôme répète la même chose.
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Re: Marie d'Agreda "La Cité Mystique de Dieu" livre version numérisée

Message par sga le Ven 30 Juin 2017 - 13:44

CHAPITRE 3



L'Ange du Seigneur parle à saint Joseph en songe et lui déclare le Mystère de l'Incarnation et les effets de cette Ambassade.



4, 3, 397. La douleur de la jalousie est un si vigilant réveille-matin pour celui qui en souffre que souvent même au lieu de le réveiller elle le tient en veille et lui ôte le sommeil et le repos. Personne ne souffrit cette maladie comme saint Joseph, quoiqu'en vérité personne n'en eut moins de cause, s'il l'eût connu alors. Il était doué d'une grande Science et d'une grande Lumière pour voir et pénétrer la sainteté et les qualités de sa divine Épouse qui étaient inestimables. Et dans cette connaissance se rencontrant les raisons qui l'obligeaient à abandonner la possession de tant de bien, il était inévitable qu'à la science de ce qu'il perdait s'ajoutait la douleur (Eccles. 1: 18) de le quitter. Pour cette raison la peine de saint Joseph surpassa tout ce que les hommes ont souffert en cette matière; parce qu'aucun ne se fit une plus grande idée de sa perte ni personne ne put la connaître et l'estimer comme lui. Mais joint à cela, il y eut une grande différence entre la jalousie ou les soupçons de ce fidèle serviteur et les autres qui ont coutume de souffrir cette affliction. Parce que les jaloux ajoutent à l'amour ardent et véhément un grand souci de ne le point perdre et de conserver ce qu'ils aiment, et cette affection est suivie par nécessité naturelle de la douleur de perdre l'objet aimé et d'imaginer que quelqu'un veut la leur ôter; et cette douleur ou maladie est celle que l'on appelle communément "jalousie". Dans les sujets qui ont les passions désordonnées, par manque de prudence et d'autre vertu, la peine et la douleur ont coutume de causer des effets variés de colère, de fureur, d'envie contre la même personne aimée ou contre celui qui empêche la correspondance de l'amour mal ou bien ordonné, et ainsi s'élèvent les tempêtes d'imaginations et de soupçons anticipés que les mêmes passions engendrent; d'où s'originent les velléités de chérir et d'abhorrer, d'aimer et de s'en repentir; et l'irascible et la concupiscible sont en lutte continuelle, sans qu'il y ait de raison et de prudence pour les assujettir et les dominer, car cette espèce de maladie obscurcit l'entendement, pervertit la raison et éloigne de soi la prudence.



4, 3, 398. Mais saint Joseph n'eut pas ces désordres vicieux, ni il ne put les avoir, non-seulement à cause de son insigne sainteté, mais à cause de celle de son Épouse, car il ne connaissait point de faute qui l'indignât et il n'eut aucune idée qu'Elle eut employé son amour en aucun autre, contre qui ou de qui il eût de l'envie pour le repousser avec colère. Dans la grandeur de son amour, la jalousie de saint Joseph consista seulement en un doute ou un soupçon conditionné, si sa Très Chaste Épouse lui avait correspondu dans l'amour; car il ne trouvait point comment vaincre ce doute en face d'une raison déterminée comme l'étaient les indices du soupçon. Et il ne fut pas nécessaire qu'il y eut plus de certitude concernant l'objet de son inquiétude pour que la douleur fût si véhémente; parce que dans un gage aussi propre que l'épouse, il est juste de ne point admettre de consorts; et pour que les expériences opérassent une telle maladie, le moindre indice d'infidélité et la plus légère crainte de perdre l'objet le plus beau, le plus parfait et le plus agréable de son entendement et de sa volonté suffisaient à l'amour chaste et véhément du saint, qui avait possédé tout son coeur. Car lorsque l'amour a des motifs si justes, les liens et les noeuds qui le retiennent sont grands et efficaces, et les chaînes en sont très fortes, surtout, n'ayant point les contraires des imperfections qui les rompent. Notre Reine n'avait ni dans le Divin, ni dans le naturel, aucune chose qui modérât et tempérât l'amour de son saint époux, au contraire, Elle le fomentait par des titres et des causes répétées.



4, 3, 399. Saint Joseph s'endormit avec cette douleur qui allait jusqu'à la tristesse, un peu après l'oraison que j'ai dite, sûr de se réveiller pour sortir de sa maison à minuit, sans qu'il put être entendu de son épouse, selon sa pensée. La divine Princesse attendait le remède et le sollicitait par ses humbles prières; parce qu'Elle connaissait que la tribulation et le trouble de son époux arrivant à un tel point, au suprême de la douleur, le temps de la Miséricorde et du soulagement de son coeur si affligé s'approchait. Le Très-Haut envoya le saint Archange Gabriel (Matt. 1: 20-21) afin que pendant que saint Joseph était endormi, le mystère de la grossesse de Marie son Épouse lui fut manifesté par révélation Divine. Et l'Archange accomplissant cette ambassade alla vers saint Joseph et lui parla en songe [a], comme dit saint Matthieu, et il lui déclara tout le Mystère de l'Incarnation et de la Rédemption dans les paroles que l'Évangile rapporte. On peut avoir quelque surprise, comme j'en ai eu moi-même, de voir que le saint

Archange parlât à saint Joseph endormi et non éveillé; parce que le Mystère était si haut en non facile à comprendre, et surtout dans la disposition où le saint se trouvait, si troublé et si affligé; et le même sacrement ayant été manifesté à d'autres, non endormis mais éveillés.

 

4, 3, 400. Dans ces Oeuvres du Seigneur, la raison dernière est celle de Sa Divine Volonté Juste, Sainte et Parfaite en tout. Mais je dirai comme je pourrai quelque chose pour notre instruction. La première raison fut parce que saint Joseph était si prudent, si rempli de Lumière divine et il avait une si haute idée de Marie notre Sainte Reine qu'il ne fut pas nécessaire de le persuader par des moyens plus forts pour qu'il fût assuré de sa dignité et des Mystères de l'Incarnation, car les inspirations Divines portent beaucoup de fruit dans les coeurs bien disposés. La seconde raison fut parce que son trouble b] avait commencé par les sens, voyant la grossesse de son Épouse, et il fut juste qu'ayant donné motif à l'erreur et au soupçon, ils fussent comme mortifiés et privés de la vision angélique et de donner entrée à la désillusion de la vérité. La troisième raison est conséquente à celle-ci, parce que saint Joseph, sans commettre de péché, souffrit ce trouble par lequel les sens demeurèrent comme dans la torpeur et peu propre à la vue et à la communication sensible du saint Ange; et ainsi il lui parla et il lui communiqua l'ambassade dans une occasion où les sens scandalisés auparavant, étaient empêchés par la suspension de leurs opérations; et ensuite le saint homme étant revenu à eux se disposa et se purifia par plusieurs actes, comme je le dirai, pour recevoir l'influence de l'Esprit-Saint: car le trouble était un obstacle à tout cela.



4, 3, 401. Par ces raisons, on comprendra pourquoi Dieu parlait en songe aux anciens Pères, plus que maintenant avec les fidèles enfants de la Loi de l'Évangile, où ce mode de révélation en songe est moins ordinaire, et les paroles des Anges avec une plus grande manifestation et une plus grande communication son plus fréquentes. La raison de cela est parce que selon la disposition Divine, le plus grand obstacle qui empêche que les âmes aient un entretien et une communication très familière avec Dieu et Ses Anges sont les péchés même légers, ainsi que les imperfections. Et depuis que le Verbe Divin s'est fait homme et a conversé avec les hommes, les sens se sont purifiés; et chaque jour nos puissances se purifient, demeurant sanctifiées par le bon usage des sacrements sensibles par lesquels elles

se spiritualisent et s'élèvent en quelque manière, et sortant de leur torpeur, elles deviennent habiles dans leurs opérations pour la participation des influences Divines. Et nous devons ce bienfait plus que les anciens au Sang de Notre Seigneur Jésus-Christ en vertu duquel nous somme sanctifiés par les Sacrements, recevant en eux des effets Divins de grâces spéciales, et en quelque-uns le caractère spirituel qui nous signale et nous dispose pour de fins plus hautes. Mais quand le Seigneur parlait ou parle encore quelquefois en songe, il exclut les opérations des sens, comme ineptes et indisposés pour entrer aux noces spirituelles de Sa communication ou de Ses influences spirituelles.



4, 3, 402. On infère aussi de cette Doctrine que pour que les âmes reçoivent les faveurs cachées du Seigneur, il est requis qu'elles soient non seulement sans péché et qu'elles aient des mérites et la grâce; mais qu'elles aient aussi la plénitude de la paix et de la tranquillité [c], parce que si la république des puissances est troublé, comme dans saint Joseph, elle n'est pas disposée par des effets si Divins et si délicats, comme ceux que l'âme reçoit par la vue du Seigneur et Ses caresses. Et cela est si ordinaire que lors même que la créature mérite beaucoup par la tribulation et en souffrant des afflictions, comme l'époux de la Reine du Ciel, néanmoins cette altération empêche; parce que dans la souffrance, il y a travail et conflit avec les ténèbres; et la jouissance est de reposer en paix dans la possession de la Lumière, et il n'est pas possible avec elle d'être à la vue des ténèbres, quoique ce soit pour les chasser. Mais au milieu de conflit et du combat des tentations qui est comme en songe et de nuit, on a coutume d'entendre et de percevoir la voix du Seigneur par le moyen des Anges comme il arriva à notre saint Joseph qui écouta et entendit tout ce que disait saint Gabriel: de ne point craindre, de demeurer avec Marie son Épouse (Matt. 1: 20-21) car ce qu'Elle avait conçu dans son sein était l'Oeuvre du Saint-Esprit; qu'Elle aurait un Fils qui s'appellerait Jésus et qui serait Sauveur de Son peuple et qu'en tout ce Mystère s'accomplirait la prophétie d'Isaïe (Is. 7: 14) qui dit: «qu'une Vierge concevrait et enfanterait un Fils qui s'appellerait Emmanuel, ce qui signifie Dieu avec nous.» Saint Joseph ne vit pas l'Ange par des espèces imaginaires, il entendit seulement la voix intérieure et il comprit le Mystère. Des paroles qu'il lui dit, on infère que saint Joseph avait déjà quitté la Très Sainte Marie dans sa détermination, puisqu'il lui commanda de la recevoir sans crainte.



4, 3, 403. Saint Joseph s'éveilla instruit du Mystère qui venait de lui être révélé et persuadé que son Épouse était Mère véritable de Dieu même. Et entre la joie de son bonheur non imaginé et la nouvelle douleur de ce qu'il avait fait, il se prosterna en terre et avec un autre trouble d'humilité, craintif et joyeux, il fit des actes héroïques d'humilité et de reconnaissance. Il rendit grâces au Seigneur pour le Mystère qui lui était révélé et de ce que Sa Majesté l'avait fait l'époux de Celle qui était choisie pour être Sa Mère, se reconnaissant lui-même indigne d'être son esclave. Avec cette connaissance et ces actes de vertu, l'esprit de saint Joseph demeura serein et disposé pour recevoir de nouveaux effets de l'Esprit-Saint. Par le doute et le trouble passé s'assurent en lui les fondements très profonds de l'humilité qu'il devait avoir, lui à qui était confiée la disposition des plus hauts Conseils du Seigneur; et la mémoire de cet événement fut une école permanente qui lui dura toute la vie. Cette prière à Dieu étant faite, le saint homme commença à se réprimander lui-même disant: «O ma divine Épouse et ma Très Douce Colombe, élue par le Très-Haut pour Sa Mère et Son Habitation! Comment cet indigne esclave a-t-il eu la hardiesse de douter de Ta fidélité? Comment la poussière et la cendre donna-t-elle lieu àce que la Reine du Ciel et de la terre et la Maîtresse de toutes les créatures la servit? Comment n'ai-je pas baisé le sol que Tes pieds avaient touché? Comment n'ai-je pas mis tous mes soins à Te servir à genoux? Comment lèverai-je les yeux en Ta présence et oserai-je demeurer en Ta compagnie et ouvrir mes lèvres pour Te parler? Seigneur Dieu Éternel, donnez-moi la grâce et les forces pour lui demander pardon; et inclinez son Coeur à user de miséricorde et à ne point mépriser comme il le mérite ce serviteur qui se reconnaît. Hélas! comme Elle était remplie de Lumière et de grâce et qu'Elle renferme en Elle l'Auteur de la Lumière, toutes mes pensées lui étaient découvertes et après en avoir eu de la laisser effectivement, ce sera de l'audace de paraître devant ses yeux? Je connais mon grossier procédé et ma lourde erreur; puisqu'à la vue de tant de sainteté, j'ai admis des pensées et des doutes indignes sur sa très fidèle correspondance que je ne méritais pas. Et si pour mon châtiment, Votre Justice avait permis que j'exécutasse ma détermination erronée, quelle aurait été mon infortune! Je reconnaîtrai éternellement, Très Sublime Seigneur, un bienfait aussi incomparable. Donnez-moi, ô Roi Tout-Puissant, de quoi Vous rendre quelque digne rétribution. J'irai à ma Souveraine et mon Épouse, confiant dans la douceur de sa clémence, et prosterné à ses pieds, je lui demanderai pardon, afin que pour Elle, Vous, mon Dieu et mon Seigneur Éternel, Vous me regardiez comme Père et Vous me pardonniez mon erreur.»

 

4, 3, 404. Avec cette transformation le saint époux sortit de son appartement se trouvant éveillé aussi heureux que différent de ce qu'il était lorsqu'il s'était endormi. Et comme la Reine du Ciel était toujours dans sa retraite, il ne voulut point la troubler dans la douceur de sa contemplation, jusqu'à ce qu'Elle le voulût (Cant. 2: 7). En attendant, l'homme de Dieu délia le paquet qu'il avait préparé, répandant d'abondantes larmes avec des affections très contraires à celles qu'il avait senties auparavant. Et pleurant et commençant à révérer sa divine Épouse, il prépara la maison, il balaya le sol qui devait être touché de ses pieds sacrés, et il s'employa à d'autres occupations domestiques qu'il avait coutume de remettre à la divine Dame quand il ne connaissait pas sa dignité, et il résolut de changer de méthode et de style dans sa manière d'agir avec Elle, s'appliquant à lui-même l'office de serviteur et à Elle celui de maîtresse. Et sur cela, ils eurent dès ce jour entre eux deux des contentions admirables sur qui devait servir et se montrer plus humble. La Reine des Cieux regardait tout ce qui se passait pour saint Joseph sans qu'aucune pensée, ni aucun mouvement ne lui fût caché. Et lorsqu'il fut l'heure, le Saint arriva à l'appartement de son Altesse qui l'attendait avec la mansuétude, la joie et l'agrément que je dirai dans le chapitre suivant.



DOCTRINE QUE ME DONNA LA DIVINE ET

TRÈS SAINTE DAME MARIE.



4, 3, 405. Ma fille, tu as un doux motif de louer le Seigneur et ce que tu as compris dans ce chapitre, connaissant l'ordre admirable de Sa Sagesse en affligeant et en consolant (1 Rois 2: 6) Ses élus et Ses serviteurs; dans l'un et l'autre cas, Il est très Sage et très Pieux pour les tirer de toutes ces épreuves, avec de plus grands accroissements de mérite et de gloire. Outre cet avertissement, je veux que tu en reçoives un autre très important pour ta conduite, et pour l'étroit entretien que le Très-Haut veut avec toi. C'est que tu tâches de te conserver toujours dans la tranquillité et la paix intérieure sans admettre aucun trouble qui te la fasse perdre ou qui l'empêche, et cela pour quelque événement que ce soit de cette vie mortelle: ce qui arriva à mon époux Joseph dans la circonstance que tu as

écrite, te servant d'exemple et d'enseignement. Le Très-Haut ne veut pas que la créature se trouble avec la tribulation, mais qu'elle mérite; qu'elle défaille, mais qu'elle fasse expérience de ce qu'elle peut avec la grâce. Et quoique les vents impétueux de la tentation aient coutume de jeter dans le port de la plus grande paix et de la plus grande connaissance de Dieu, et du trouble même la créature peut tirer sa connaissance et son humiliation: néanmoins si elle ne se réduit pas à la tranquillité et au repos intérieur, elle n'est pas disposée pour que le Seigneur la visite, l'appelle et l'élève à Ses caresses Divines; parce que Sa Majesté ne vient point dans le tourbillon (3 Rois 19: 12), et les rayons de ce suprême Soleil de justice ne peuvent être perçus tant qu'il n'y a point de sérénité dans les âmes.



4, 3, 406. Et si le défaut de calme empêche tant l'entretien intime du Seigneur, il est clair que les péchés sont un plus grand obstacle pour obtenir ce grand bienfait. Je veux que tu sois attentive à cette Doctrine et ne pense pas avoir droit d'user de tes puissances contre elle. Et puisque tu as tant de fois offensé le Seigneur, implore Sa miséricorde, pleure et lave-toi amplement; et sache que tu as l'obligation, à peine d'être condamnée comme infidèle, de garder ton âme et de la conserver pure, nette et sereine pour l'éternelle demeure du Tout-Puissant, afin que son Maître la possède et qu'Il habite (1 Cor. 3: 16) dignement en elle. L'ordre de tes sens et de tes puissances doit être une harmonie comme d'instruments d'une musique très douce et très délicate; et plus il en est ainsi, plus il y a danger de désaccord, et pour cette raison, le soin de les garder et de les conserver intacts de tout le terrestre doit être plus grand; parce que le seul air infect des objets mondains suffit pour déranger, troubler et infecter des puissances si consacrées à Dieu. Travaille donc et vis soigneuse avec toi-même et aie l'empire sur tes puissances et leurs opérations. Et si parfois tu t'altères, te troubles et te déconcertes dans cet ordre, tâche de te retourner aussitôt vers la Lumière divine, la recevant sans altération ni défiance, et opérant avec elle le plus parfait et le plus pur. En cela je te donne pour exemple mon saint époux Joseph qui donna crédit au saint Ange sans soupçon ni retard et qui exécuta ensuite avec une prompte obéissance ce qui lui fut commandé, avec quoi il mérita d'être élevé à de grandes récompenses et à une grande dignité. Et s'il s'est tant humilié sans avoir péché en ce qu'il fit, seulement pour s'être troublé avec tant de fondements quoiqu'apparents , considère toi qui n'es qu'un pauvre vermisseau, combien tu dois te reconnaître et t'humilier jusqu'à la poussière, pleurant tes négligences et tes péchés, jusqu'à ce que le Très-Haut te regarde comme Père et comme Époux.



NOTES EXPLICATIVES

Extraites de celles de Don Creseto, à l'usage des prêtres.

4, 3, [a]. Saint Jean Chrysostôme dit aussi: «Pourquoi en songe? Parce que Joseph était un homme très fidèle et il n'avait pas besoin d'une vision plus manifeste.» Silveira se répand encore plus sur ce sujet.

4, 3, [b. Paschase dit aussi que l'Ange lui apparut en songe et non dans une autre révélation plus manifeste, pour désigner le doute de son âme, car pendant qu'il était dans les angoisses et les anxiétés du doute il était opprimé comme d'un sommeil d'infidélité et il ne pouvait voir l'Ange d'une vision plus claire.

4, 3, [c]. Et cette Doctrine est communément admise dans la théologie, et basée sur la Sainte Écriture: "Le Seigneur n'était point dans la commotion."
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Re: Marie d'Agreda "La Cité Mystique de Dieu" livre version numérisée

Message par sga le Mar 4 Juil 2017 - 14:25

CHAPITRE 4



Saint Joseph demande pardon à la Très Sainte Marie son Épouse et la divine Souveraine le console avec une grande prudence.

 

4, 4, 407. Le ravisé saint Joseph attendait que la Très Sainte Marie son Épouse sortît de sa retraite: et lorsqu'il fut l'heure la Mère du Roi du Ciel ouvrit la porte du pauvre cabinet où Elle habitait et aussitôt le saint époux se jeta à ses pieds avec une humilité et une vénération profondes et dit: «Madame et mon Épouse, Mère véritable du Verbe Éternel, voici Votre serviteur prosterné aux pieds de Votre

clémence. Par le même Dieu et Seigneur que Vous avez dans Votre sein Virginal, je Vous prie de me pardonner mon audace. Je suis sûr, Madame, qu'aucune de mes pensées n'est cachée à Votre Sagesse et à Votre Lumière divine. Grande fut ma hardiesse de tenter de Vous quitter et non moindre la grossièreté avec laquelle je Vous ai traitée jusqu'à présent comme mon inférieure, sans Vous servir comme Mère de mon Seigneur et mon Dieu. Mais Vous savez aussi que j'ai fait tout cela avec ignorance, parce que je ne savais pas le sacrement du Roi du Ciel et la grandeur de Votre dignité, quoique j'aie vénéré en Vous d'autres Dons du Très-Haut. Ne prêtez pas attention, Madame, aux ignorances d'une vile créature qui se reconnaissant, offre désormais son coeur et sa vie à Votre honneur et à Votre service. Je ne me relèverai point de Vos pieds sans savoir que je suis en Votre grâce, que Vous me pardonnez mon désordre et que j'ai obtenu Votre bienveillance et Votre bénédiction.»



4, 4, 408. La Très Sainte Marie entendant les paroles humbles de son saint époux Joseph éprouva divers effets; car Elle se réjouit dans le Seigneur avec une grande tendresse, de le voir instruit des Mystères de l'Incarnation qu'il confessait et vénérait avec une foi et une humilité si sublimes. Mais, un peu affligée de la détermination qu'Elle vit en lui de la traiter à l'avenir avec le respect et la soumission qu'il promettait; car avec cette nouveauté la Très Humble Souveraine se représenta que l'occasion d'obéir et de s'humilier comme servante de son époux s'échappait de ses main. Et comme celui qui se trouve tout à coup dépouillé de quelque riche joyau ou de quelque trésor grandement estimé, ainsi la Très Sainte Marie se contrista en apprenant que saint Joseph ne la traiterait plus comme sujette et inférieure en tout, puisqu'il la reconnaissait Mère du Seigneur. Elle le releva de ses pieds et Elle se mit à genoux devant lui, et quoiqu'il tâchât de l'empêcher il ne le put; parce qu'Elle était invincible en fait d'humilité, et répondant à saint Joseph Elle lui dit: «C'est moi, mon seigneur et mon époux qui dois vous demander pardon, et vous qui devez remettre les peines et les amertumes que vous avez reçues de moi; et ainsi, je vous en supplie à genoux, oubliez vos inquiétudes; puisque le Très-Haut a accepté vos désirs et les afflictions que vous y avez souffertes.»



4, 4, 409. Il sembla à propos à la divine Souveraine de consoler son époux et pour cette raison et non point pour se disculper, Elle ajouta et dit: «Malgré mon

désir je ne pouvais par ma seule inclination vous donner aucune connaissance du Sacrement caché que le Très-Haut a renfermé en moi, parce que comme esclave de Sa Majesté il était juste d'attendre Sa parfaite et Sainte Volonté. Je ne me suis point tue parce que je ne vous estime point comme mon seigneur et mon époux: je suis et serai toujours votre fidèle servante, correspondant à vos désirs et à vos saintes affections. Mais ce que je vous demande de l'intime de mon Coeur pour le Seigneur que j'ai dans mes entrailles, est que vous ne changiez point dans votre conduite et dans votre conversation l'ordre et le style que vous avez gardé jusqu'à présent. Le Seigneur ne m'a point faite Sa Mère pour être servie et être Maîtresse en cette vie, mais pour être la servante de tous et votre esclave, obéissant à votre volonté. Tel est, seigneur, mon office, et sans cela je vivrai affligée et sans consolation. Il est juste que vous me le laissiez, cet office, puisque le Très-Haut l'a ordonné ainsi, me donnant, votre protection et votre sollicitude, afin qu'à votre ombre je sois assurée et que je puisse avec votre aide, élever le fruit de mon sein , mon Seigneur et mon Dieu.» Par ces raisons et d'autres remplies d'une suavité très efficace, la Très Sainte Marie consola et calma saint Joseph, et Elle le releva du sol pour conférer de tout ce qui était nécessaire. Et pour cela, comme la divine Souveraine n'était pas seulement remplie de l'Esprit-Saint, mais qu'Elle avait avec Elle comme Mère le Verbe Divin, duquel et du Père cet Esprit Divin procède, Elle opéra d'une manière spéciale dans l'illustration de saint Joseph et le saint reçut une grande plénitude d'influences Divines. Et tout renouvelé en ferveur et en esprit, il dit:



4, 4, 410. «Madame Vous êtes bénie entre toutes les femmes, heureuse et bienheureuse dans toutes les nations et les générations. Que le Créateur du Ciel et de la terre soit exalté avec une louange éternelle; parce qu'Il Vous a regardée de Son suprême trône royal et Il Vous a choisie pour Son Habitation: et en Vous seule Il a accompli les promesses antiques qu'Il avait faites à nos Pères et aux Prophètes. Que toutes les générations Le bénissent; parce qu'en aucune génération Il ne S'est magnifié autant qu'avec Votre humilité; et Il m'a choisi, moi, le plus vil des vivants, dans sa grande Bonté pour être Votre serviteur.» Dans ces bénédictions et ces paroles que dit saint Joseph, il fut illuminé de l'Esprit Divin de la même manière que sainte Élisabeth lorsqu'elle répondit à la salutation de notre Reine et notre Maîtresse; quoique la Lumière et la Science que le saint époux reçut fussent admirables comme il convenait pour sa dignité et son ministère. Et la divine Souveraine écoutant les paroles du béni saint Joseph, répondit aussi par le

Cantique du Magnificat et en le répétant comme Elle l'avait dit à sainte Élisabeth, Elle en ajouta d'autres nouveaux, et par ces Cantiques Elle fut tout enflammée et élevée en une extase très sublime, et soulevée de terre dans un globe de lumière resplendissante qui l'entourait et Elle demeura toute transformée comme avec des Dons de gloire.



4, 4, 411. A la vue d'un objet si Divin, saint Joseph demeura dans l'admiration et tout rempli d'une jubilation incomparable; parce qu'il n'avait jamais vu sa Très Bénite Épouse avec une gloire semblable et une excellence si éminente. Et alors il la connut avec une grande clarté et une grande plénitude: parce que l'intégrité et la pureté de la Princesse du Ciel et le mystère de sa dignité lui furent conjointement manifestés; il vit et connut dans son sein Virginal l'Humanité Très Sainte et l'Enfant-Dieu, l'union des deux natures dans la Personne du Verbe, il L'adora et Le reconnut pour son Rédempteur véritable avec une révérence et une humilité profondes et il s'offrit à Sa Majesté avec des actes d'amour héroïques. Le Seigneur le regarda avec une bénignité et une clémence telle qu'Il n'en usa de semblable envers aucune autre créature; parce qu'Il l'accepta et lui donna le titre de Père Putatif et pour correspondre à un surnom si nouveau, il lui donna une grande plénitude de Science et de Dons célestes, comme la piété chrétienne peut et doit présumer. Et je ne m'arrêterai pas à déclarer la grandeur des excellences de saint Joseph qui m'a été déclaré, parce qu'il serait nécessaire de me rallonger plus que ne le demande le sujet de cette Histoire.



4, 4, 412. Mais ce fut un argument de la grandeur d'âme du glorieux saint Joseph et un indice de son insigne sainteté de ne point mourir ou défaillir de la jalousie de son Épouse bien-aimée, c'est un sujet de plus grande admiration qu'il n'ait pas été opprimé par la joie inopinée qu'il reçut de ce qui arriva dans cette circonstance où il fut détrompé. Dans le premier cas on découvre sa sainteté; mais dans le second il reçut de telles augmentations et de tels dons du Seigneur que si Dieu ne lui eût point dilaté le coeur il n'eût pu les recevoir ni résister à la jubilation de son esprit. Il fut élevé et renouvelé en tout pour traiter dignement avec Celle qui était Mère de Dieu même et Sa propre Épouse et pour dispenser conjointement avec Elle ce qui était nécessaire au Mystère de l'Incarnation et au soin d'élever Le Verbe Incarné, comme nous le dirons plus loin. Et afin qu'il demeurât en tout plus capable et qu'il reconnût les obligations de servir sa divine Épouse, il lui fut donné

connaissance que tous les dons et les bienfaits qu'il avait reçus de la main du Très-Haut lui étaient venus par Elle et pour Elle: ceux qu'il avait reçus avant d'être son époux, parce que le Seigneur l'avait élu pour cette dignité et ceux qu'Il lui donnait alors, parce qu'Elle les avait gagnés et mérités. Et il connut la prudence incomparable avec laquelle la grande Souveraine avait procédé à son égard, non seulement en le servant avec une obéissance si inviolable et une humilité si profonde, mais en le consolant dans sa tribulation, en sollicitant pour lui la grâce et l'assistance de l'Esprit-Saint, dissimulant avec une discrétion souveraine et ensuite le calmant, le pacifiant et le disposant afin qu'il fût apte à recevoir les influences de l'Esprit Divin. Et comme la Princesse du Ciel avait été l'Instrument de la sanctification du Baptiste et de sa mère sainte Élisabeth, Elle le fut aussi pour la plénitude de grâce que saint Joseph reçut avec une plus grande abondance [a]. Le très heureux époux connut et comprit tout cela et il correspondit à tout comme serviteur très fidèle et très reconnaissant.



4, 4, 413. Les saints Évangélistes ne firent point mémoire de ces grand sacrements et de beaucoup d'autres qui arrivèrent à notre Reine et à son époux saint Joseph, non-seulement parce que ceux-ci les gardèrent dans leur coeur, sans que l'humble Souveraine ni saint Joseph ne les manifestassent à personne; mais aussi parce qu'il ne fut point nécessaire d'introduire ces merveilles dans la Vie de Notre Seigneur Jésus-Christ qu'ils écrivirent afin que par leur foi se répandit la nouvelle Église et la Loi de grâce; au contraire elles pouvaient être peu convenables pour la gentilité dans sa première conversion. Et l'admirable Providence réserva ces choses par Ses jugements cachés et Ses secrets insondables pour tirer de Ses Trésors les choses anciennes et les nouvelles (Matt. 13: 52) dans le temps le plus opportun prévu par Sa divine Sagesse, quand l'Église déjà fondée et la Foi catholique assise, les fidèles se trouveraient dans le besoin de l'intercession, du Refuge et de la protection de leur grande Reine et Souveraine. Et connaissant avec une nouvelle Lumière, quelle Mère amoureuse et quelle Avocate puissante ils ont dans les Cieux, avec son Très Saint Fils à qui le Père a donné la Puissance de juger (Jean 5: 22), ils accourussent à Elle comme unique Refuge et Asile des pécheurs. Si ces temps affligés sont arrivés pour l'Église, ses larmes et ses tribulations le disent assez: puisqu'elles ne furent jamais plus grandes que lorsque ses propres enfants nourris à son sein l'affligent, la bouleversent et dissipent le Trésor du Sang de son Époux (Héb. 10: 29) et cela avec une plus grande cruauté que les ennemis les plus acharnés. Quand la nécessité réclame, quand le sang

répandu des enfants crie bien haut et beaucoup plus celui de notre Pontife Jésus-Christ (Héb. 12: 22, 24) foulé aux pieds et profané sous différents prétextes de justice, que font les plus fidèles, les enfants les plus catholiques et les plus constants de cette mère si affligée qui est la Sainte Église? Pourquoi gardent-ils tant le silence? Pourquoi n'élèvent-ils point la voix vers la Très Sainte Marie? Pourquoi ne l'invoquent-ils et ne l'obligent-ils point? Qu'y a-t-il d'étonnant si le remède tarde tant à venir quand nous sommes si lâches pour le chercher et pour reconnaître qu'il se trouve en cette Souveraine, la Mère véritable de Dieu même. Je confesse que cette Cité de Dieu renferme des mystères magnifiques (Ps. 86: 3) et nous le confessons et le proclamons avec une foie vive. Ils sont si nombreux que leur plus grande connaissance demeure réservée après la résurrection générale et les saints les connaîtront dans le Très-Haut. Mais en attendant que les coeurs pieux et fidèles considèrent la bonté de leur Maîtresse et leur Mère très aimante, de déployer quelques-uns de ses sacrements si nombreux et si cachés par un instrument très vil, que dans sa faiblesse et sa timidité a pu être encouragé seulement par le précepte et le bon plaisir de la Mère de Pitié, intimés à différentes reprises.



DOCTRINE DE LA DIVINE REINE, NOTRE MAÎTRESSE.



4, 4, 414. Ma fille, à cause de mon désir que je t'ai manifesté: que tu composes ta vie selon le miroir de la mienne et que mes oeuvres soient la règle inviolable des tiennes, je te déclare dans cette Histoire, non-seulement les sacrements et les mystères que tu écris, mais beaucoup d'autres que tu ne peux déclarer ni manifester; et ils doivent tous demeurer gravées sur les tables de ton coeur et pour cela je renouvelle en toi le souvenir de la leçon où tu dois apprendre la Science de la Vie Éternelle, accomplissant mes fonctions de Maîtresse. Sois prompte à obéir et à l'exécuter comme disciple soigneuse et obéissante; et sers-toi maintenant de l'exemple de l'humble sollicitude et du zèle de mon époux saint Joseph, de sa soumission et de l'appréciation qu'il fit de la Lumière et de l'Instruction divine; et comme il avait le coeur bien préparé, il se trouvait dans une bonne disposition pour accomplir avec promptitude la Volonté Divine, il fut changé et réformé tout à fait avec autant de plénitude de grâces qu'il convenait pour le ministère auquel le

Très-Haut le destinait. Que la connaissance de tes péchés serve donc à t'humilier avec soumission et non à empêcher le Seigneur de Se servir de toi en ce qu'Il veut sous prétexte que tu es indigne.



4, 4, 415. Mais en cette occasion je veux te manifester une juste plainte et une grave indignation du Très-Haut contre les mortels, afin que tu la comprennes mieux, aidée de la grâce Divine à la vue de l'humilité et de la mansuétude que j'eus à l'égard de mon époux Joseph. Cette plainte du Seigneur et la mienne est causée par la perversité inhumaine que les hommes ont de se traiter les uns les autres sans charité et sans humilité: en quoi concourent trois péchés qui désobligent beaucoup le Très-Haut et moi aussi et qui Nous empêchent d'user d'autant de Miséricorde envers eux. Le premier est que les hommes connaissant qu'ils sont tous enfants d'un même Père qui est dans les Cieux (Is. 44: Cool, ouvrages de Ses mains, formés d'une même nature (Act. 17: 6), alimentés gracieusement, vérifiés (Matt. 6: 25) par Sa Providence, et nourris à une même table (Ps. 127: 2) des Mystères et des Sacrements divins, spécialement avec Son propre Corps et Son propre Sang, oublient et négligent tout cela dès qu'il intervient un léger intérêt terrestre; et comme des hommes sans raison, ils se troublent, s'indignent et se remplissent de désordres, de rancunes, de trahisons et de murmures, et parfois de vengeances impies et inhumaines et de haines mortelles les uns contre les autres. Le second est que, lorsque par la fragilité humaine et le peu de mortification, troublés par la tentation du démon, ils tombent dans quelqu'un de ces péchés, ils ne tâchent point de le rejeter aussitôt et de se réconcilier entre eux, comme des frères qui sont à la vue du juste Juge et ils refusent de L'avoir pour Père Miséricordieux, Le sollicitant plutôt comme Juge sévère et rigide (Matt. 18: 34) de leurs péchés, puisqu'aucun n'irrite plus Sa justice que la haine et la vengeance. Le troisième qui L'indigne beaucoup est que parfois lorsque quelqu'un veut se réconcilier avec son frère, celui qui se tient pour offensé ne l'accepte pas et demande plus de satisfaction que celle qu'il sait lui-même être suffisante pour satisfaire au Seigneur (Matt. 18: 32-32) et même de celle dont il veut se servir envers Sa Majesté: puisque tous veulent que contrits et humiliés, Dieu même qui a été plus offensé les reçoive, les accepte et les pardonne, et eux qui ne sont que poussière et cendre demandent vengeance de leurs frères et ne se donnent pas pour satisfaits avec ce dont le suprême Seigneur Se contente pour les pardonner.



4, 4, 416. De tous les péchés que les enfants de l'Église commettent, il n'en est aucun qui soit plus horrible que ceux-ci aux yeux du Très-Haut et ainsi tu le connaîtras en Dieu même et dans la force qu'Il a mise dans Sa divine Loi, commandant à chacun de pardonner à son frère lors même qu'il pécherait contre lui soixante dix fois sept fois (Matt. 18: 22); et quoique ce frère dise plusieurs fois par jour qu'il se repent, le Seigneur ordonne que le frère offensé lui pardonne autant de fois sans nombre (Luc 17: 4). Et Sa justice établit des peines très formidables contre celui qui ne le ferait pas, parce qu'il scandalise les autres comme on doit en conclure quand Dieu Lui-même dit cette menace: «Malheur à celui qui aura scandalisé (Matt. 18: 7) et par qui le scandale vient et arrive! Il aurait mieux valu pour lui, tomber au fond de la mer avec une pesante meule de moulin au cou: » ce qui signifie le danger et la difficulté de porter remède à ce péché, comme il serait difficile de se sauver, à celui qui serait tombé dans la mer avec une meule de moulin au cou (Luc 17: 2) Ces paroles marquent aussi le châtiment de ce péché dans l'abîme des peines éternelles; et c'est pourquoi il vaudrait mieux pour les fidèles de s'arracher les yeux (Matt. 18: 8-9) et de se couper les mains, puisque mon Très Saint Fils le commande ainsi, plutôt que de scandaliser les petits par ces péchés.

 

4, 4, 417. O ma très chère fille, combien ne dois-tu pas pleurer avec des larmes de sang la laideur et les dommages de ce péché, que contriste l'Esprit-Saint (Eph. 4: 30), donne de superbes triomphes au démon, rend les créatures raisonnables monstrueuses et efface en elles l'image (Matt. 5: 44-45) de leur Père Céleste! Quoi de plus impropre, de plus laid et de plus monstrueux que de voir un homme formé de terre, qui n'a que les vers et la corruption, s'élever contre un autre comme lui avec tant d'orgueil et d'arrogance! Il n'y a point de paroles pour décrire cette méchanceté et pour persuader aux mortels de la craindre et de se garder de la colère du Seigneur (Matt. 3: 7). Mais toi, ma très chère, préserve ton coeur de cette contagion, imprimes-y et graves-y une doctrine si utile et si profitable pour l'exécuter. Ne juge jamais qu'en offensant et en scandalisant le prochain il n'y ait q'une petite faute, parce qu'elles pèsent toutes beaucoup en la Présence de Dieu. Sois muette et mets une forte garde à toutes tes puissances et à tes sens (Ps. 140: 3-4) pour l'observation rigoureuse de la charité envers les ouvrages du Très-Haut. Donne-moi cette satisfaction, car je te veux très parfaite dans une vertu si excellente, et je te l'impose comme mon précepte rigoureux; ne pense, ne dis ni ne fais jamais aucune chose pour offenser ton prochain, ne consens par aucun titre

que tes sujettes le fassent, et personne s'il est possible en ta présence. Pèse bien, ma très chère, ce que je te demande; parce que c'est la Science la plus Divine et la moins comprise des mortels. Que mon humilité et ma mansuétude, effets de l'amour sincère avec lequel j'aimais non seulement mon époux, mais tous les enfants de mon Père Céleste, te servent d'exemple qui t'oblige et de remède unique et efficace à tes passions. J'estimais toutes les créatures humaines et je les regardais comme achetées et rachetées à si haut prix (1 Pet. 1: 18-10). Avertis tes religieuses avec vérité, fidélité, délicatesse et charité que bien que tous ceux qui n'accomplissent point ce commandement que mon Fils appela sien et nouveau (Jean 15: 12) offensent gravement la Divine Majesté, Son indignation est sans comparaison plus grande contre les religieux qui devant être les enfants parfaits de leur Père (Matt. 5: 48), le Maître de cette vertu, il y en a beaucoup qui la détruisent comme les mondains devenant plus odieux qu'eux.



NOTES EXPLICATIVES

Extraites de celles de Don Creseto, à l'usage des prêtres.

4, 4, [a]. Expression très semblables à celles de Saint Jean Chrysostôme [Hom. IV, in Matt.]; il dit entre autres choses: «Comme Jésus-Christ existant dans le sein de Marie sanctifia saint Jean-Baptiste par Elle; par Elle aussi Il communiqua à saint Joseph une certaine grâce souveraine.» Saint Bernardin de Sienne [Apud A Lapide, in Prov. XXXI, 12,] dit: «Je crois que saint Joseph put recevoir tout le trésor du Coeur de la Bienheureuse Vierge qu'Elle lui dévoilait très lisiblement, parce que tout ce qui est à la femme est au mari... Que d'exhortations, de consolations, de promesses, d'illuminations et de révélations des biens éternels ne reçut-il pas par sa sainte Épouse Marie!... C'est pourquoi je crois que saint Joseph fut très pur dans sa virginité, très profond dans son humilité, très ardent dans sa charité, très sublime dans sa contemplation,» etc.
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Re: Marie d'Agreda "La Cité Mystique de Dieu" livre version numérisée

Message par sga le Mar 11 Juil 2017 - 12:37

CHAPITRE 5



Saint Joseph détermine de servir en tout la Très Sainte Marie et ce que fit son Altesse; et certaines choses qu'ils observaient dans leur manière de procéder.



4, 5, 418. Le très fidèle époux Joseph demeura avec une idée si haute et si digne de son Épouse la Très Sainte Marie, après que sa dignité lui eut été révélée en même temps que le Mystère de l'Incarnation, qu'il fut changé en un nouvel homme, quoiqu'il eût toujours été très saint et très parfait: il se détermina alors àagir envers la divine Souveraine avec une manière et une révérence nouvelles, comme je le dirai plus loin. Et cela était conforme àla sagesse du saint et dû à l'excellence de son Épouse; puisqu'il était serviteur et l'Auguste Marie, Maîtresse du Ciel et de la terre; et c'est ce que saint Joseph connut à la Lumière divine. Et pour satisfaire à son affection, honorant et vénérant Celle qu'il connaissait comme Mère de Dieu même, lorsqu'il lui parlait étant seuls tous les deux, ou lorsqu'il passait devant Elle, il lui faisait la génuflexion [a] avec grand respect, et il ne voulait point consentir à ce qu'Elle le servît, voulant qu'Elle songeât à son autorité, il ne voulait pas non plus qu'Elle s'occupât à des offices humbles, comme de balayer la maison, de laver la vaisselle, et d'autres choses semblables: parce que le très heureux époux voulait faire toutes ces oeuvres serviles, afin de ne point déroger à la dignité de la Reine.

 

4, 5, 419. Mais la divine Souveraine, qui était très humble entre les humbles et que nul ne pouvait vaincre en humilité, disposa les choses de manière que la palme de toutes les vertus demeura toujours entre ses mains. Elle demanda à saint Joseph de ne point lui rendre cette révérence de fléchir le genou en sa présence; car quoiqu'il dût cette révérence au Seigneur qu'Elle portait dans son sein, toutefois pendant qu'Il y était et qu'Il ne se manifestait pas, on ne pouvait distinguer dans cet acte, la personne de Jésus-Christ de la sienne. Et par cette persuasion le saint se conforma au goût de la Reine du Ciel, et il rendait ce culte au Seigneur qu'Elle portait dans ses entrailles seulement lorsqu'Elle ne l'apercevait pas et il faisait de même pour la Mère respectivement, selon ce qui était dû à chacun. Ils eurent ensemble d'humbles disputes pour l'exercice des autres actions et des oeuvres

serviles. Parce que saint Joseph ne pouvait se vaincre à consentir que la grande Reine et Souveraine les fit, et pour cela il tâchait d'anticiper. La divine Épouse faisait la même chose, les lui prenant des mains autant qu'Elle pouvait [b. Mais comme saint Joseph pouvait prévenir plusieurs de ces oeuvres serviles dans le temps qu'Elle passait dans sa retraite, il lui frustrait ses désirs continuels d'être servante et de faire tout le service domestique de sa maison comme telle. Blessée dans ses affections la divine Dame eut recours à Dieu avec d'humbles plaintes et Elle Le pria d'obliger effectivement saint Joseph de ne point l'empêcher d'exercer l'humilité comme Elle le désirait. Et comme cette vertu est si puissante au tribunal Divin et qu'elle y a entrée libre, il n'y a point de demande qui soit petite (Eccli. 35: 21) accompagnée de cette vertu, car elle les rend toutes grandes et elle incline l'Etre immuable de Dieu à la clémence. Il écouta cette prière et il disposa que l'Ange gardien du Saint lui parlât intérieurement et lui dît les paroles suivantes: «Ne frustre point les humbles désirs de Celle qui est supérieure à toutes les créatures du Ciel et de la terre; donne lieu à l'extérieur à ce qu'Elle te serve, et dans l'intérieur garde-lui un respect souverain, et en tout temps et en tout lieu rends l'adoration due au Verbe fait chair, dont la Volonté est de venir servir avec Sa divine Mère et non d'être servi (Matt. 20: 28), pour enseigner au monde la science de la vie et l'excellence de l'humilité. Tu peux l'aider en quelque chose du travail, et vénère toujours en Elle le Seigneur de toutes les créatures.»



4, 5, 420. Avec cette instruction et ce commandement du Très-Haut, saint Joseph donna lieu aux exercices humbles de la divine Princesse et ils eurent tous deux l'occasion d'offrir au Seigneur un sacrifice acceptable de leur volonté: la très sainte Marie en mettant toujours à profit sa très profonde humilité et son obéissance envers son époux dans tous les actes de ces vertus qu'Elle exerçait avec une perfection héroïque, sans en omettre aucun, qu'Elle pût faire; et saint Joseph en obéissant au Très-Haut avec une prudente et sainte confusion, qui lui était occasionnée en ce qu'il se voyait assisté et servi par Celle qu'il reconnaissait pour sa Maîtresse et la Maîtresse de toutes les créatures, la Mère de Dieu, du Créateur même. Le prudent saint Joseph compensait avec ce motif pour l'humilité qu'il ne pouvait exercer en d'autres actes qu'il remettait à son Épouse; parce que cela l'humiliait et l'obligeait davantage à s'abaisser dans son estime avec une plus grande crainte révérencielle; et il regardait avec cette crainte la Très Sainte Marie et en Elle le Seigneur qu'Elle portait dans son sein Virginal, où il L'adorait, Lui donnant gloire et magnificence. Et quelquefois en récompense de sa sainteté et de

son respect, ou pour un plus grand motif de l'une et de l'autre, le même Enfant Dieu Incarné lui était manifesté d'une manière admirable et il Le regardait dans le sein de Sa Très Pure Mère comme à travers un miroir très clair [c]. Et l'Auguste Reine traitait et conférait plus familièrement avec le glorieux saint des Mystères de l'Incarnation, car Elle ne craignait plus de faire ces divines conférences depuis que le très heureux époux avait été illustré et informé des sacrements magnifiques de l'union hypostatique des deux natures Divine et humaine dans le sein Virginal de son Épouse.



4, 5, 421. Aucune langue humaine n'est capable de manifester les conversations et les entretiens célestes que la Très Sainte Marie avait avec le Bienheureux Saint Joseph. J'en dirai quelque chose comme je le pourrai dans les chapitres suivants. Mais qui pourra déclarer les effets que produisaient dans le coeur très doux et très dévot de ce saint, non-seulement d'être l'époux de Celle qui était la vraie Mère de son Créateur, mais aussi de se trouver servi par Elle comme si Elle eût été une humble esclave et la considérant dans un degré de sainteté et de dignité au-dessus des suprêmes Séraphins et inférieure à Dieu seul. Et si la Divine droite enrichit de bénédiction la maison et la personne d'Obédédom (1 Par. 13: 14) pour avoir hospitalisé l'Arche figurative de l'Ancien Testament pendant quelques mois; quelles bénédictions ne furent-elles pas données à saint Joseph à qui avait été confiée l'Arche véritable et le Législateur même qui y était renfermé. Le bonheur et la félicité de ce saint furent incomparables! Et non seulement parce qu'il avait dans sa maison l'Arche vivante et véritable du nouveau Testament, l'autel, le Sacrifice et le Temple, car tout lui fut livré; mais pour qu'il l'eut dignement comme serviteur fidèle et prudent, il fut constitué (Matt. 24: 45) par le Seigneur même sur sa Famille, afin qu'il subvînt à tout en temps opportun, comme dispensateur très fidèle. Que toutes les nations et les générations le connaissent et le bénissent, que tous annoncent ses louanges; puisque le Seigneur n'a fait avec aucune d'elles (Ps. 147: 20) ce qu'il a fait avec saint Joseph. Moi indigne et pauvre vermisseau à la lumière de secrets si vénérables, j'exalte et magnifie ce Seigneur Dieu, le confessant pour Saint, Juste et Miséricordieux, Sage et Admirable dans la disposition de toutes Ses grandes Oeuvres.



4, 5, 422. L'humble mais heureuse maison de saint Joseph était distribuée en trois pièces [d] dans lesquelles elle consistait presque tout entière, pour l'habitation

ordinaire des deux Époux, parce qu'ils n'eurent aucun serviteur ni aucune servante. Dans une pièce, saint Joseph dormait; dans l'autre il travaillait et avait les instruments de son métier de charpentier; dans le troisième demeurait d'ordinaire et dormait la Reine des Cieux et Elle y avait pour cela un petit lit fait de la main de saint Joseph; et ils gardèrent cet ordre depuis le commencement qu'ils se marièrent et vinrent dans leur maison. Avant que le saint époux sut la dignité de son Auguste Dame, il allait très rarement la voir, car tant qu'Elle ne sortait point de sa retraite il s'occupait à ses ouvrages, à moins qu'il n'y eut quelque affaire sur laquelle il fut très nécessaire de la consulter. Mais après qu'il fut informé de la cause de sa félicité, le saint homme était très officieux et pour renouveler sa consolation, il venait d'ordinaire très souvent à la retraite de l'Auguste Souveraine pour la visiter et savoir ce qu'Elle lui commandait. Mais il s'approchait toujours avec une humilité extrême et une crainte révérencielle; et avant de lui parler, il reconnaissait silencieusement l'occupation qu'avait la divine Reine: et souvent il la voyait en extase élevée de terre et remplie de lumière éclatante; d'autres fois en compagnie des ses saints Anges en colloques divins avec eux; d'autres fois prosternée en terre en forme de croix et parlant avec le Seigneur. Le très heureux Joseph fut participant de toutes ces faveurs. Mais quand la grande Reine était dans cette disposition et ces occupations, il ne s'enhardissait pas davantage qu'à la regarder avec un respect profond; et il méritait parfois d'entendre une harmonie et une musique céleste très douce que les Anges faisaient à leur Reine; et de percevoir une odeur admirable qui le confortait et tout cela le remplissait de joie et d'allégresse spirituelle.



4, 5, 423. Les deux saints Époux vivaient seuls dans leur maison; parce qu'ils n'avaient aucun domestique, comme je l'ai dit, non-seulement à cause de leur profonde humilité, mais cela fut aussi convenable, afin qu'il n'y eût point de témoins de merveilles aussi visibles comme celles qui arrivaient entre eux, auxquelles ceux du dehors ne devaient point participer. La Princesse du Ciel ne sortait point non plus de sa maison, si ce n'était pour une cause très urgente du service de Dieu et du bénéfice du prochain; parce que si quelque chose était nécessaire, cette heureuse femme sa voisine l'apportait, la même que j'ai dit [e] qui servit saint Joseph pendant que la Très Sainte Marie fut à la maison de Zacharie: et elle reçu un si bon retour de ses services que non-seulement elle fut sainte et parfaite, mais toute sa maison et sa famille fut bien fortunée par la protection de la Reine et la Maîtresse du monde qui prit beaucoup de soin de cette femme laquelle

étant voisine, l'Auguste Marie vint la soigner dans quelque maladies, et enfin Elle la remplit ainsi que tous les siens des bénédictions du Ciel.



4, 5, 424. Saint Joseph ne vit jamais dormir sa divine Épouse et il ne sut pas par expérience si Elle dormait; quoique le saint la priât de prendre quelque repos, surtout dans le temps de sa grossesse sacrée. Le lieu du repos de la Princesse était le lit que j'ai déjà dit, fait des mains de saint Joseph et Elle y avait deux couvertures entre lesquelles Elle se couchait pour prendre quelque court et saint sommeil. Son vêtement de dessous était une tunique ou chemise de toile comme du coton, plus douce que le linge commun et ordinaire. Après qu'Elle fut sortie du Temple, Elle ne changea jamais cette tunique qui ne vieillit jamais ni ne fut jamais tachée et personne ne la vit, et saint Joseph ne sut pas qu'Elle la portait; parce qu'il ne voyait que le vêtement extérieur qui était manifeste à tous les autres. Ce vêtement extérieur était couleur de cendre comme je l'ai dit [f], et la grande Dame du Ciel ne changeait que celui-ci et les poignets; non qu'ils fussent salis, au contraire parce qu'étant visibles à tous, ceux-ci ne pussent remarquer qu'ils étaient toujours dans une même état. Rien de ce qu'Elle portait sur son corps Virginal et très Pur ne fut taché ni sali car Elle ne transpirait point et Elle n'était point sujette aux incommodités que souffrent les corps sujets au péché des enfants d'Adam. Elle était très pure en tout et les ouvrages de ses mains étaient faits avec une correction et une netteté souveraines, et c'était avec la même propreté qu'Elle préparait les habits et les autres choses nécessaires à saint Joseph. Sa nourriture était très peu de chose et très limitée; mais Elle mangeait chaque jour et avec le Saint. Jamais Elle ne mangeait de viande, quoique son époux en mangeât et Elle lui en préparait. Son aliment consistait en quelques fruits, du poisson, du pain ordinaire et des herbes cuites; mais Elle prenait de tout cela avec poids et mesure et de la chaleur naturelle, sans que rien ne surpassât ou n'excédât en devenant une corruption nuisible, et c'était la même chose du boire, quoiqu'il lui vînt quelque ardeur plus que naturelle de ses actes très fervents. Elle garda toujours cet ordre dans la quantité de la nourriture, mais dans la qualité Elle le varia et le changea selon les différents événements de sa très sainte Vie, comme je le dirai plus loin [g].



4, 5, 425. La Très Pure Marie fut en tout d'une perfection consommée, sans qu'aucune grâce ne lui manquât et toutes étant dans la plénitude de perfection

consommée, dans le naturel et le surnaturel. Seulement les paroles me manquent pour l'expliquer: et elles ne me satisfont jamais, voyant combien elles restent éloignées de ce que je connais, et d'autant plus de ce qu'un objet si souverain renferme en soi-même. Je crains toujours mon insuffisance et je me plains de mes termes limités et de mes paroles impropres, je crains d'être plus audacieuse que je ne le dois en poursuivant ce qui excède tant mes forces; mais celles de l'obéissance me portent je ne sais avec quelle douce violence, qu'elles animent ma pusillanimité et qu'elles m'empêchent de me désister de mon entreprise, comme l'attentive considération de la grandeur de l'oeuvre et de la petitesse de mon discours le conseillerait. J'agis par obéissance et c'est par elle que me viennent tant de biens. Elle viendra la première pour me disculper.



DOCTRINE DE LA REINE DU CIEL LA TRÈS SAINTE MARIE.



4, 5, 426. Ma fille, je te veux studieuse et diligente à l'école de l'humilité, comme te l'enseignera tout le progrès de ma Vie; et tel doit être le premier et le dernier de tes soins, si tu veux te préparer pour les doux embrassements du Seigneur, t'assurer Ses faveurs et jouir des trésors de la Lumière cachée aux superbes (Matt. 11: 25); parce que sans la caution de l'humilité, de telles richesses ne peuvent être confiées à aucune créature. Je veux que toutes tes compétitions soient pour t'humilier toujours davantage en ta réputation et ton estime; et que tu sentes ce que tu fais dans les actions extérieures, afin de faire selon ce que tu penses de toi. Ce doit être une instruction et une confusion pour toi et pour toutes les âmes qui ont le Seigneur pour Père et pour Époux de voir que la présomption et l'orgueil sont plus puissants dans les enfants de la sagesse mondaine (Luc 16: Cool que l'humilité et la science véritables dans les enfants de la Lumière. Considère l'étude, la sollicitude et la vigilance infatigables des hommes altiers et arrogants. Regarde leur émulation pour se faire valoir dans le monde, leurs prétentions jamais satisfaites quoique vaines; comment ils opèrent conformément à ce qu'ils présument trompeusement d'eux-mêmes; comment ils présument ce qu'ils ne sont point; et pendant qu'ils ne sont point tels qu'ils se croient, ou justement parce qu'ils ne le sont point; ils opèrent comme s'ils l'étaient, pour acquérir des biens qu'ils ne méritent point quoiqu'ils soient terrestres. Ce serait donc un affront et une

confusion pour les élus que l'erreur puisse faire plus avec les enfants de perdition que la vérité en eux; et qu'ils soient si rares dans le monde ceux qui veulent rivaliser dans le service de leur Dieu et leur Créateur avec ceux qui servent la vanité, et que tous étant appelés il y en ait si peu d'élus (Matt. 20: 16).



4, 5, 427. Tâche donc, Ma fille, de gagner cette science et d'y remporter la palme sur les enfants des ténèbres et considère ce que je fis en contre-apposition de leur orgueil pour le vaincre dans le monde par le désir de l'humilité. En cela le Seigneur et moi Nous te voulons très sage et très capable. Ne perds jamais l'occasion de faire les oeuvres humbles et ne consens jamais à ce que personne te les ravisse; et si les occasions de t'humilier te manquent ou bien si elles ne sont pas assez fréquentes, cherche-les et demande à Dieu qu'Il te les donne; parce que Sa Majesté aime à voir cette sollicitude et cette émulation en ce qu'Il désire. Et seulement pour ce bon plaisir du Seigneur tu dois être très officieuse et très diligente comme fille de Sa maison, Sa domestique et Son épouse: car en cela aussi l'ambition humaine t'enseignera à n'être point négligente. Considère la fatigue qu'une femme prend dans sa maison et sa famille pour accroître et avancer sa fortune, ne perdant aucune occasion pour la faire valoir, rien ne lui paraît de trop, et s'il arrive que quelque chose se perde si petite soit-elle (Luc 15: Cool, elle en sent du déplaisir. Tout cela marque la cupidité mondaine, et il n'est pas raisonnable que la Sagesse du Ciel soit plus stérile par la négligence de celui qui la reçoit. Et ainsi Je veux qu'il ne se trouve en toi ne négligence ni oubli en ce qui t'importe si fort et que tu ne perdes aucune occasion où tu puisses t'humilier et travailler pour la gloire de ton Seigneur, mais que tu les procures et les cherches et que tu fasses ton profit de toutes, comme fille et épouse très fidèle, afin que tu trouves grâce aux yeux du Seigneur et aux miens comme tu le désires.



NOTES EXPLICATIVES

Extraites de celles de Don Creseto, à l'usage des prêtres.

4, 5, [a]. C'était se prosterner en même temps devant le Verbe Incarné et présent dans le sein de l'Auguste Vierge-Mère. Du reste, Jacob aussi se prosterna devant Essaü et Esther devant Assuérus, sans que cela doive être taxé d'adoration. C'est un acte de vénération plus ou moins grand selon la dignité que l'on connaît dans la personne que l'on vénère.

4, 5, b]. Ceux qui voudraient trouver à redire à cette description minutieuse de notre Vénérable ressemblerait à cette Michol, fille de Saül, qui regarda d'un oeil de mépris le roi David parce qu'il dansait devant l'Arche du Seigneur. [2 Rois 6: 16].

4, 5, [c]. La vie des saints les plus favorisés de Dieu nous fournit des exemples analogues à celui dont parle ici la Vénérable.

4, 5, [d]. Voir de Geramb, Pèlerinage à Jérusalem, lettre 38.

4, 5, [e]. Livre 3, No. 227.

4, 5, [f]. Livre 4, No. 401.

4, 5, [g]. Livre 6, Nos. 1038, 1109 et ailleurs.
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Re: Marie d'Agreda "La Cité Mystique de Dieu" livre version numérisée

Message par sga le Ven 28 Juil 2017 - 10:28

CHAPITRE 6



Quelques conférences et quelques entretiens de la Très Sainte Marie et de saint Joseph sur les choses divines et d'autres événements admirables.



4, 6, 428. Avant que saint Joseph eut connu le Mystère de l'Incarnation, la Princesse du Ciel avait coutume de lui lire en certains moments opportuns les divines Écritures, spécialement les Psaumes et d'autres Prophètes, et Elle les lui expliquait comme Maîtresse très sage et le saint époux qui était aussi capable de cette Sagesse, l'interrogeait sur plusieurs choses, et il avait de l'admiration et de la consolation des réponses divines que son épouse lui donnait, ainsi ils bénissaient et louaient alternativement le Seigneur. Mais après que ce béni saint fut éclairé par la connaissance du Mystère divine, notre Reine lui parlait comme à celui qui était élu pour être le coadjuteur des oeuvres et des mystères admirables de notre réparation et ils conféraient avec une plus grande clarté et de plus grands développements de toutes les Prophètes et de tous les oracles divins touchant la conception du Verbe par une Mère Vierge, Sa naissance, Son éducation et Sa Très Sainte Vie. Son Altesse lui expliquait tout, conférant d'avance sur ce qu'ils devaient faire lorsqu'arriverait le jour si désiré où l'Enfant viendrait au monde, qu'Elle l'aurait dans ses bras et qu'Elle l'alimenterait de son lait Virginal et que le saint époux participerait de cette félicité souveraine entre tous les mortels. Seulement Elle parlait moins de Sa Passion et de Sa Mort et de ce qu'Isaïe et Jérémie écrivirent sur ce sujet (Is. 53: 7; Jér. 11: 19); il semblait à la prudente Reine qu'il n'était pas à propos d'affliger son époux qui était d'un coeur doux et sensible en anticipant ce souvenir, ni de l'informer davantage outre ce qu'il pouvait savoir par les conférences qui se faisaient parmi les anciens sur la venue du Messie et comment Elle devait s'opérer. La Très Prudente Vierge voulut aussi attendre que le Seigneur le manifestât à Son serviteur ou qu'Elle connût Sa Divine Volonté.



4, 6, 429. Et le très fidèle et très heureux Joseph était tout enflammé par ces conférences et ces douces conversations et avec des larmes de joie il disait à sa divine Épouse: «Est-il possible, Madame, que je doive voir mon Dieu et mon Réparateur dans Vos très chastes bras? Que je l'y adorerai, que je l'écouterai et

que je le toucherai! Que mes yeux verront Son Divin visage et que la sueur du mien sera si fortunée que d'être employée à Son entretien et à Son Divin service? que nous Lui parlerons et que nous converserons avec Lui? D'où me vient à moi une fortune si grande, que personne ne peut la mériter? Oh! que je m'afflige d'être si pauvre! Qui aurait de riches palais pour Le recevoir et beaucoup de trésors à Lui offrir?» L'auguste Reine répondait: «Mon seigneur et Mon époux, il est juste que votre affection et votre sollicitude s'étendent à tout ce qui est possible pour le service de votre Créateur. Mais ce grand Dieu et notre Seigneur ne veut pas venir au monde au milieu des richesses et de la majesté royale et pompeuse; parce qu'Il n'a pas besoin d'aucune de ces choses (Ps. 15: 2) et Il ne descendrait pas pour elles des cieux sur la terre. Il vient seulement pour racheter le monde et diriger les hommes par les droits sentiers de la Vie Éternelle (Jean 10: 10); et cela doit être par le moyen de l'humilité et de la pauvreté, et Il veut naître, vivre et mourir dans cette pauvreté, pour déraciner des coeurs la lourde cupidité et l'arrogance qui empêchent leur bonheur. Pour cela Il a choisi notre pauvre et humble maison et Il ne nous veut point riches des biens faux, apparents et transitoires qui sont vanité de vanités et affliction d'esprit (Eccles. 1: 14): qui oppriment et obscurcissent l'entendement pour connaître et pénétrer la Lumière.»



4, 6, 430. D'autres fois, le saint demandait à la très pure Dame de lui enseigner les qualités et l'usage des vertus, spécialement de l'amour de Dieu, pour savoir comment il devait agir envers le Très-Haut fait homme, et pour n'être point réprouvé comme serviteur inutile et incapable de Le servir. La Reine et Maîtresse des vertus condescendait à ces demandes et Elle expliquait ces vertus à son époux, ainsi que la manière de les exercer avec toute plénitude de perfection. Mais en toutes ces instructions elle procédait avec une humilité et une discrétion si rares qu'Elle ne paraissait pas Maîtresse, même de son propre époux, quoiqu'Elle le fût; au contraire Elle disposait cela par manière de conférence, ou en s'adressant au Seigneur et d'autres fois en interrogeant saint Joseph et l'informant avec les questions mêmes; et en tout Elle laissait toujours sauve sa très profonde humilité, sans qu'il s'y trouvât jamais même un geste qui y fût contraire dans la très prudente Souveraine. C'étaient parfois ces entretiens et d'autres fois la lecture des saintes Écritures qui se mêlaient au travail corporel lorsqu'il était indispensable de s'y appliquer. Et quoique saint Joseph eût pu être soulagé par la compassion de la très aimable Dame qui le lui témoignait avec une rare discrétion de le voir travailler et se fatiguer; néanmoins à cette consolation s'ajoutait la céleste Doctrine, avec

l'attention de laquelle l'heureux saint travaillait plus avec les vertus qu'avec les mains. Et la très douce Colombe avec une prudence de Vierge très sage l'assistait de ce divin aliment, lui déclarant le très heureux fruit des travaux. Et comme dans son estime Elle se jugeait indigne de ce que son époux la sustentât par ce moyen, dans cette considération, Elle était toujours humiliée, comme étant débitrice des sueurs de saint Joseph, et Elle les recevait comme une grande aumône et une faveur libérale. Toutes ces raison l'obligeaient comme si Elle eût été la créature la plus inutile de la terre. Et quoiqu'Elle ne pouvait pas aider le saint dans le travail de son métier parce qu'il n'est pas proportionné aux forces des femmes et beaucoup moins à la modestie et à la réserve de la divine Reine, néanmoins en ce qui lui convenait, Elle le servait comme une humble domestique et il n'était pas possible que sa discrète humilité et la reconnaissance qu'Elle avait pour saint Joseph souffrissent une moindre correspondance de son coeur très noble.



4, 6, 431. Entre autres choses visibles miraculeuses qui furent manifestées à saint Joseph avec les conversations de la Très Sainte Marie, il arriva un jour dans ce temps de sa grossesse qu'il vint beaucoup d'oiseaux de différentes sortes fêter la Reine et la Maîtresse des créatures [a] et l'entourant comme en lui faisant un choeur, ils chantèrent avec une harmonie admirable, comme ils avaient coutume d'autres fois; et c'étaient toujours des cantiques miraculeux comme de venir visiter la divine souveraine. Saint Joseph n'avait jamais vu cette merveille jusqu'à ce jour; et rempli d'admiration et de joie il dit à son Auguste Épouse: «Est-il possible, Madame, que les simples oiseaux et les créatures sans raison accomplissent mieux leurs obligations que moi! Car si elles Vous reconnaissent, Vous servent et Vous révèrent en ce qu'elles peuvent, il sera juste que moi j'accomplisse ce que je dois en justice.» La très pure Vierge lui répondit: «Mon seigneur, en ce que font les oiseaux du ciel, leur Auteur nous offre un motif efficace pour que nous qui Le connaissons, nous fassions un digne emploi de toutes nos forces et de toutes no puissances à Sa louange, comme ils viennent Le reconnaître dans mon sein; mais je suis créature et pour cela le respect ne m'est pas dû à moi, il n'est pas juste que je l'accepte; mais je dois tâcher que tous louent le Très-Haut; parce qu'il a regardé Sa servante (Luc 1: 48) et il m'a enrichie des Trésors de Sa Divinité.



4, 6, 432. Il arriva aussi très souvent que la divine Dame et son époux saint Joseph se trouvaient très pauvres et destitués du secours nécessaire pour la vie:

parce qu'ils étaient très libéraux envers les pauvres de ce qu'ils avaient et ils n'étaient jamais soucieux (Matt. 6: 25), comme les enfants de ce siècle, afin de pourvoir à la nourriture et au vêtement avec les diligences anticipées de la cupidité méfiante; et le Seigneur disposait que la foi et la patience de Sa Très Sainte Mère et de saint Joseph ne fussent pas oisives, et comme ces nécessités étaient pour la divine Dame d'une consolation incomparable, non seulement à cause de son amour pour la pauvreté, mais aussi à cause de son humilité prodigieuse, avec laquelle Elle se jugeait indigne du soutien nécessaire pour vivre, et il lui paraissait très juste qu'il manquât à Elle seule comme à Celle qui ne le méritait pas; et avec cette confession Elle bénissait le Seigneur dans sa pauvreté; et seulement pour son époux Joseph qu'Elle réputait digne, comme saint et juste, Elle demandait au Très-Haut de lui donner dans la nécessité le secours qu'il attendait de Sa main. Le Tout-Puissant n'oubliait point Ses pauvres jusqu'à la fin (Ps. 73: 19), parce qu'en donnant lieu au mérite et à l'exercice, Il donnait aussi l'aliment dans le temps le plus opportun (Ps. 144: 15). Et Sa divine Providence le disposait de différentes manières. Quelquefois Il mouvait le coeur des voisins et des connaissances de la Très Sainte Marie et du glorieux saint Joseph et Il les portait à les secourir par quelque don gracieux ou quelque dette. D'autres fois et le plus ordinairement, sainte Élisabeth les secourait de sa maison; car depuis qu'elle avait eu la Reine du Ciel dans sa maison, la très dévote Matrone demeura avec ce souci de les secourir à temps par quelques bienfaits et quelques dons, à quoi l'humble Princesse correspondait toujours par quelque ouvrage de ses mains. En certaines occasions opportunes, Elle se servait aussi pour la plus grande gloire du Très-Haut de la Puissance que comme Maîtresse des créatures Elle avait sur celles-ci et Elle demandait aux oiseaux de l'air, de lui apporter des poissons de la mer ou des fruits des champs et ils l'exécutaient à point: et quelquefois ils lui portaient du pain dans leur bec de là où le Seigneur le disposait. Et souvent le saint et heureux époux était témoin de tout cela.



4, 6, 433. En certaines circonstances ils étaient aussi secourus d'une manière admirable par le moyen des saints Anges: et pour rapporter l'un des nombreux miracles qui arrivèrent à la Très Sainte Marie et à saint Joseph on doit dire d'abord que la grandeur d'âme, la foi et la libéralité du saint étaient si grandes qu'il ne put jamais entrer dans son affection ni mouvement de cupidité, ni aucune sollicitude. Et quoiqu'il travaillât de ses mains et sa divine Épouse aussi, ils ne demandaient jamais le prix de leurs ouvrages ni ils ne disaient: cela vaut tant, ni, vous devez me

donner tant; parce qu'ils faisaient les ouvrages non par intérêt; mais par obéissance et par charité pour ceux qui les demandaient, et ils laissaient à ceux-ci de donner quelque retour, le recevant non pas tant comme prix et paiement que comme aumône gratuite. Telles étaient la sainteté et la perfection que saint Joseph apprenait à l'École du Ciel, qu'il avait dans sa maison. Et de cette manière n'étant pas récompensés de leur travail, ils venaient à être dans la nécessité, et la nourriture et le soutien leur manquaient parfois, jusqu'à ce que le Seigneur y pourvût. Il arriva un jour que l'heure du repas ordinaire étant passée sans qu'ils eussent rien à manger et afin de rendre grâces au Seigneur pour cette affliction en attendant qu'Il ouvrît Sa puissante main (Ps. 144: 16), ils se mirent en oraison jusqu'à très tard, et pendant ce temps les saints Anges leur préparèrent le repas et leur mirent la table [c]; il y avait quelques fruits du pain très blanc et des poissons, et en outre une espèce de desserts ou de conserves d'une suavité et d'une vertu admirable. Puis quelques-uns des Anges allèrent appeler leur Reine et d'autres son époux saint Joseph. Ceux-ci sortirent de leur retraite et reconnaissant le bienfait du Ciel, il rendirent grâces au Très-Haut avec larmes et ferveur puis ils mangèrent; et ensuite ils firent des cantiques de louanges grandioses.



4, 6, 434. Plusieurs autres événements semblables à ceux-ci se passaient entre la Très Sainte Marie et son époux; car comme ils étaient seuls sans témoins, à qui cacher ces merveilles, le Seigneur ne les épargnait pas à leur égard, puisqu'ils étaient les dispensateurs de la plus grande des merveilles de Son bras Puissant. j'avertis seulement que lorsque je dis que la divine Dame faisait des cantiques de louange, ou par elle seule, ou bien ensemble avec saint Joseph et les Anges, on doit toujours entendre que c'étaient des cantiques nouveaux, comme celui (1 Rois 2: 1) que fit Anne, mère de Samuel, et ceux de Moïse (Deut. 32: 1; Ex. 15: 1), d'Ézéchiel (Is. 38: 10) et d'autres Prophètes (Is. 12: 1), lorsqu'ils avaient reçu quelque grand bienfait de la main du Seigneur. Et si ceux que la Reine du Ciel fit et composa étaient demeurés écrits, on pourrait en faire un grand volume qui serait un objet d'admiration incomparable pour le monde.

 

DOCTRINE QUE ME DONNA LA MÊME REINE, NOTRE SOUVERAINE.


4, 6, 435. Ma fille très aimée, je veux que la science du Seigneur soit plusieurs fois renouvelée en toi, et qu'il y ait une science de vive voix (Sag. 1: 7) en toi, afin que tu connaisses et que les mortels connaissent la dangereuse erreur et le jugement pervers qu'ils forment, comme amateurs du mensonge (Ps. 4: 3) dans les choses temporelles et visibles. Qui est-ce parmi les hommes qui ne soit pas compris dans la fascination de la cupidité démesurée (Sag. 4: 12)? Tous généralement mettent leur confiance dans l'or (Bar. 3: 18) et les biens temporels, et pour les augmenter ils emploient toutes leurs sollicitudes dans les forces humaines; avec cela ils occupent dans ce pénible labeur la vie et le temps qui leur est donné pour mériter le bonheur et le repos éternel. Et ils se livrent de cette manière à ce labyrinthe et à ce souci, comme s'ils ne connaissaient point Dieu ni Sa Providence; parce qu'ils ne se souviennent pas de Lui demander ce qu'ils désirent, ni non plus ils ne le désirent point de manière qu'ils puissent le demander et l'espérer de Sa main. Et ainsi ils perdent tout, parce qu'ils se fient à la sollicitude du mensonge et de la tromperie (Ps. 48: 7) auxquels ils livrent l'effet de leurs désirs terrestres. Cette cupidité aveugle est la racine de tous les maux (1 Tim. 6: 10), parce que pour leur châtiment, le Seigneur indigné de tant de perversité, abandonne les mortels qui se livrent à un esclavage de cupidité si vilain et si servile où leurs entendements s'aveuglent et où leurs volontés s'endurcissent (Ps. 48: 13). Et ensuite pour leur plus grand châtiment le Très-Haut éloigne d'eux Sa vue, comme d'objets horribles et Il leur refuse Sa protection Paternelle, ce qui est la dernière infortune dans la vie humaine.



4, 6, 436. Et quoiqu'il soit vrai que personne ne peut se cacher (Ps. 138: 7) des yeux du Seigneur, néanmoins lorsque les prévaricateurs et les ennemis de Sa Loi le désobligent, il éloigne d'eux Son amoureux regard et l'attention de Sa Providence de telle manière, qu'ils viennent à rester aux mains de leur propre désir (Ps. 80: 13) et ils ne comprennent point ni n'obtiennent les effets du soin Paternel que le Seigneur a de ceux qui mettent toute leur confiance en Lui. Ceux qui la mettent dans leur propre sollicitude et dans l'or qu'ils touchent et qu'ils palpent cueillent le fruit de ce qu'ils espéraient. Mais autant l'Etre divin et Sa Puissance infinie sont éloignées de la vileté et de la limitation des mortels autant les effets de la cupidité humaine éloignent ceux de la Providence du Très-Haut qui Se constitue

le Refuge et la protection des humbles qui se confient en Lui (Ps. 17: 31), parce que Sa Majesté regarde ceux-ci avec tendresse et amour (Ps. 32: 18), Il Se complaît en eux, Il les place dans Son coeur et Il prête attention à tous leurs désirs et leurs sollicitudes (Ps. 9: 17). Nous étions pauvres, mon saint époux et moi et nous endurions en certains temps de grandes nécessités; mais aucune ne fut assez puissante pour faire entrer dans notre coeur la contagion de l'avarice ni de la cupidité. Nous prenions soin seulement de la gloire du Très-Haut, nous abandonnant à Sa sollicitude très fidèle et très amoureuse. Et Il Se tint pour si obligé de cela comme tu l'as compris et écrit, puisqu'Il remédiait à notre pauvreté de tant de manières différentes, jusqu'à commander aux esprits angéliques de nous assister, de nous pourvoir et de nous préparer le repas.



4, 6, 437. Je ne veux point dire par là que les mortels s'abandonnent à l'oisiveté et à la négligence; au contraire il est juste que tout le monde travaille; et il y a aussi un vice très répréhensible à ne point le faire. Mais ni le repos ni le travail ne doivent être désordonnés et la créature ne doit point mettre sa confiance dans sa propre sollicitude, ni celle-ci ne doit point étouffer ni empêcher l'Amour divin (Luc 8: 14); on ne doit pas non plus vouloir avoir plus que ce qui suffit pour passer la vie (Prov. 30: Cool avec tempérance, ni non plus se persuader que pour l'obtenir la Providence du Créateur leur manquera et lorsqu'il semble tarder, on ne doit pas pour cela s'affliger et perdre confiance (Eccli. 2: 11). Et celui qui a l'abondance ne doit pas espérer en elle (Eccli. 31: Cool ni se livrer à l'oisiveté pour oublier que l'homme est sujet à la peine du travail (Job 5: 7). Et ainsi l'abondance et la pauvreté doivent être attribuées à Dieu (Eccli. 11: 14) pour en user saintement et d'une manière ordonnée à la gloire du Créateur et gouverneur de toutes choses. Si les hommes se conduisaient avec cette science, l'assistance du Seigneur ne manquerait à personne, parce qu'Il est un vrai Père, la nécessité non plus ne serait pas un scandale pour le pauvre, ni la prospérité pour le riche. Je veux de toi, ma fille, l'exécution de cette Doctrine et quoiqu'en toi je la donne à tous, tu dois spécialement l'enseigner à tes sujettes, afin qu'elles ne se troublent point ni qu'elles perdent confiance à cause des nécessités qu'elles souffriront et qu'elles ne soient pas démesurément inquiètes du manger et du vêtement (Matt. 6: 25), mais qu'elles se confient dans le Très-Haut et qu'elles s'abandonnent à Sa Providence; parce que si elles Lui correspondent dans l'amour, je les assure que le nécessaire ne leur manquera jamais. Exhortes-les aussi à ce que leurs conversations et leurs entretiens roulent toujours sur des choses saintes et divines (1 Pet. 1: 15), et pour

la louange et la gloire du Seigneur selon la doctrine de Ses ministres, des Écritures et des Livres Saints, afin que leur conversation soit dans les Cieux (Phil. 3: 20) avec le Très-Haut et avec moi, qui suis leur Mère et leur Supérieure, et avec les esprits angéliques pour qu'elles leur soient semblables dans l'amour.



NOTES EXPLICATIVES

Extraites de celles de Don Creseto, à l'usage des prêtres.

4, 6, [a]. Nous avons déjà justifié ailleurs de semblables prodiges par l'Histoire des Saints et les raisons théologiques.

4, 6, [b. Ainsi faisait le corbeau avec saint Paul, premier ermite, lui apportant la moitié d'un pain pendant cinquante ans, comme le racontent saint Jérôme et saint Athanase dans la vie de saint Antoine. Marie et Joseph étaient encore plus précieux aux yeux de Dieu que ce bon saint.

4, 6, [c]. Il n'y a rien d'invraisemblable en cela: les Anges firent la même chose plus tard envers Jésus-Christ dans le désert comme le racontent saint Matthieu et saint Marc.
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Re: Marie d'Agreda "La Cité Mystique de Dieu" livre version numérisée

Message par sga le Ven 11 Aoû 2017 - 17:16

CHAPITRE 7


La Très Sainte Marie prépare la layette et les langes pour l'Enfant-Dieu avec des désirs très ardents de Le voir déjà né de son sein.


4, 7, 438. La divine grossesse de la Mère du Verbe Éternel était déjà très avancée, et pour opérer en tout avec une plénitude de prudence céleste, quoiqu'Elle sût qu'il était nécessaire de préparer le trousseau et les choses indispensables pour son enfantement désiré, néanmoins Elle ne voulut rien disposer sans la Volonté et l'Ordre du Seigneur et de son saint époux pour se conformer en tout aux lois de servante obéissante et très fidèle. Bien qu'en ce qui était de son office de Mère et de Mère seule de son Très Saint Fils, en qui aucune créature n'avait de part, Elle eut pu agir par Elle seule, cependant Elle ne le fit pas sans en parler à son saint époux Joseph et Elle lui dit: «Mon seigneur, il est déjà temps de préparer les choses nécessaires pour la naissance de mon Très Saint Fils. Et quoique Sa majesté infinie veuille être traitée comme les enfants des hommes, en S'humiliant à souffrir leurs pénalités, il est juste néanmoins de notre part que dans Son service et Son honneur dans le soin et l'assistance de Son Enfance nous montrions que nous Le reconnaissons comme notre Dieu, notre Roi et notre Seigneur véritable. Si vous me donnez permission, je commencerai à disposer les langes et les mantilles pour Le recevoir. J'ai une toile filée de mes mains qui servira maintenant pour les premiers langes de lin; et vous, seigneur, vous chercherez une autre étoffe, douce, souple et de couleur humble pour les mantilles; car plus tard je Lui ferai une tunique sans couture et tissée qui sera à propos. Et afin que nous réussissions en tout, faisons une oraison spéciale, demandant à Sa Majesté qu'Elle nous gouverne, nous dirige et nous manifeste Sa Volonté Divine de manière que nous procédions avec Son plus grand agrément.»


4, 7, 439. «Mon Épouse et Madame, répondit saint Joseph, s'il était possible de servir mon Seigneur et mon Dieu avec le propre sang de mon coeur, pour faire ce que Vous me commandez, je me tiendrais pour satisfait de le répandre dans les tourments les plus atroces à défaut des grandes richesses et des brocards que je voudrais avoir pour Vous servir en cette circonstance Disposez ce qui sera convenable, car je veux Vous obéir en tout comme Votre serviteur.» Ils firent une oraison et le Très-Haut répondit par un même langage à chacun en particulier, renouvelant la connaissance que l'Auguste Dame avait eue plusieurs fois auparavant, parce que Sa Majesté lui dit de nouveau à Elle et à son époux Joseph: «Je suis venu du Ciel sur la terre pour élever l'humilité et abaisser l'orgueil, pour honorer la pauvreté et mépriser les richesses, pour détruire la vanité et fonder la vérité et pour faire une digne estime des afflictions. Et pour cela Ma Volonté est que vous Me traitiez à l'extérieur dans l'humilité que j'ai reçue comme si j'étais

l'enfant de vous deux et que vous Me reconnaissiez dans l'intérieur comme vrai Dieu et Fils de Mon Père Éternel, avec la vénération et l'amour qui Me sont dus comme Homme-Dieu.
 

4, 7, 440. Confirmés par cette Voix divine en la Sagesse avec laquelle ils devaient procéder dans la manière d'élever l'Enfant-Dieu, la Très Sainte Marie et Joseph conférèrent sur le style le plus parfait et le plus sublime de le révérer comme leur vraie Dieu infini, style et manière qui n'avaient jamais été vus dans les pures créatures, et de le traiter conjointement aux yeux du monde, comme s'Il eût été fils des deux, puisque les hommes le penseraient ainsi et que le même Seigneur le voulait. Et ils accomplirent cet accord et ce commandement avec tant de plénitude que ce fut l'admiration du Ciel et j'en dirai davantage plus loin [a] Ils déterminèrent de même que dans la sphère et l'état de leur pauvreté, il était raisonnable de faire pour l'Enfant-Dieu, tout ce qui était possible, sans excès ni défaut; afin que le sacrement du Roi (Tob. 12: 7) fût caché sous le voile de l'humble pauvreté et que l'amour enflammé qu'ils avaient ne demeurât point frustré en ce qu'ils pouvaient faire. Ensuite saint Joseph, en échange de quelques ouvrages de ses mains, chercha des étoffes de laine, comme la divine Épouse avait dit: l'une blanche et l'autre plus violette que beige, les deux étant des meilleurs qu'il put trouver; et la divine Reine en tailla les premiers draps pour envelopper son Très Saint Fils; et de la toile qu'Elle avait filée et tissée, Elle tailla les petites chemises et les bandes pour le couvrir. Cette toile était très délicate, comme sortant de telles mains, et Elle l'avait commencée dès le jour qu'Elle était entrée dans la maison avec saint Joseph, dans l'intention de l'offrir au Temple. Et quoique ce désir fût commué en quelque chose de beaucoup mieux, néanmoins de la toile qui resta, la layette de l'Enfant-Dieu étant faite, l'Auguste Vierge accomplit son offrande dans le Temple de Jérusalem. La grande Souveraine fit de ses mains tous ces préparatifs et les langes nécessaires pour le Divin enfantement, et Elle les cousit et les confectionna étant toujours à genoux et avec des larmes d'une dévotion incomparable. Saint Joseph prépara différentes fleurs et des herbes, de celles qu'il put trouver et d'autres aromates dont la diligente Mère fit une eau plus odorante que si Elle avait été faite par les Anges, et Elle en arrosa les langes consacrés pour l'Hostie et le sacrifice qu'Elle attendait (Eph. 5: 2); Elle les plia, les aligna et les mit dans une cassette dans laquelle Elle les apporta ensuite avec Elle à Bethléem, comme je le dirai plus loin .


4, 7, 441. Toutes ces oeuvres de la Princesse du Ciel, la Très Sainte Marie, doivent être comprises et pesées, non point dénudées et sans âme comme je les raconte, mais revêtues de beauté, pleine de sainteté et de magnificence et dans une plus grande plénitude et un plus grand comble de perfection que le jugement humain peut découvrir; car Elle traitait magnifiquement toutes les oeuvres de la Sagesse (2 Mach. 2: 9) divine, et comme Mère de la même Sagesse et comme Reine de toutes les vertus. Elle offrait le sacrifice de la nouvelle dédicace et du Temple du Dieu vivant dans l'Humanité très sainte de son Fils qui devait naître au monde. L'Auguste Dame connaissait plus que tout le reste des créatures, la hauteur incompréhensible du Mystère d'un Dieu qui S'Incarne et vient au monde; et non incrédule mais remplie d'admiration, de vénération et d'un amour enflammé Elle répétait souvent ces paroles de Salomon (2 Par. 6: 18) en fabriquant le Temple: «Comment sera-t-il possible que Dieu habite avec les hommes sur la terre! Si tout le Ciel et les Cieux des cieux sont étroits pour Vous recevoir, combien plus le sera cette Habitation de l'Humanité qui a été fabriquée dans mes entrailles!» Mais si le Temple qui servit seulement pour que Dieu y écoutât les prières qui y seraient offertes à Sa Majesté fut construit et dédié avec un apparat si splendide (3 Rois 6: 7: 8: ) d'or, d'argent, de trésors et de sacrifices; que devait faire la Mère du vrai Salomon dans la construction et la dédicace du Temple vivant où habitait (Col. 2: 9) corporellement la plénitude de la véritable Divinité du même Dieu éternel et incomparable? La Très Sainte Marie accomplie tout ce que contenaient en figure, ces sacrifices et ces trésors sans nombre qui furent offerts pour le Temple figuratif, et non par des préparatifs d'or, d'argent et de brocard, car en ce temps Dieu ne cherchait point ces offrandes, mais avec les vertus héroïques et les richesses de la grâce et des Dons du Très-Haut, avec lesquelles Elle faisait des cantiques de louange. Elle offrait les holocaustes de son coeur très ardent, Elle discourait par toutes les Écritures saintes, et Elle appliquait et rapportait à ce Mystères les Hymnes, les Psaume et les Cantiques y ajoutant beaucoup plus. Elle opérait véritablement et mystiquement les figures anciennes par l'exercice des vertus et des actes intérieurs et extérieurs. Elle conviait et appelait toutes les créatures, afin qu'elles louassent Dieu et qu'elles rendissent honneur, louange et gloire à leur Créateur et qu'elles l'attendissent pour être sanctifiées par Sa venue au monde. Son très fortuné et très heureux époux l'accompagnait en plusieurs de ces oeuvres.


4, 7, 442. Les mérites très sublimes que la Princesse du Ciel accumulait par ces actes et ces exercices et l'agrément et la complaisance que le Seigneur en recevait ne peuvent être expliqués par aucune langue ni aucun entendement humain. Si le moindre degré de grâce que toute créature reçoit par un acte de vertu qu'elle exerce vaut plus que tout l'univers, quelle est la valeur de la grâce qu'obtint Celle qui excéda non-seulement les ancien sacrifices, les offrandes, les holocaustes et tous les mérites humains, mais ceux mêmes des suprêmes Séraphins en les surpassant beaucoup [c]? Les affections amoureuses de la divine Dame arrivaient à de telles extrémités en attendant son Fils et son Dieu véritable pour Le recevoir dans ses bras, Le nourrir à son sein, L'alimenter de sa main, Le traiter et Le servir, L,adorant fait homme de sa propre chair et de son propre sang, elles arrivaient dis-je à de telles extrémités que la divine Souveraine eût expiré et se fût dissoute dans ce très doux incendie d'amour si Elle n'avait été préservée de la mort par une assistance miraculeuse du même Dieu et si sa vie n'avait été confortée et corroborée. Elle eût perdu la vie plusieurs fois si son Très Saint Fils ne l'avait conservée autant de fois, parce qu'Elle le contemplait d'ordinaire dans son sein Virginal, et Elle voyait avec une clarté divine son Humanité unie à la Divinité et tous les actes intérieurs de cette âme très sainte, le mode et la posture de son corps et les prières qu'Il faisait pour Elle, pour saint Joseph et tout le genre humain et singulièrement pour les prédestinés. Elle connaissait tous ces mystères et d'autres et Elle s'enflammait tout entière dans l'imitation et la louange, comme renfermant dans son sein le feu incandescent qui éclaire et ne consume pas (Ex. 3: 2).


4, 7, 443. Au milieu de tant d'incendie de la Flamme divine, Elle disait quelque fois en parlant à son Très Saint Fils: «Mon très doux Amour. Créateur de l'Univers, quand mes yeux jouiront-ils de la Lumière de Votre divin Visage? Quand mes bras seront-ils consacrés en l'autel de l'Hostie que Votre Père Éternel attend? Quand baiserai-je comme servante les lieux que Vos pas auront foulés et arriverai-je comme Mère au baiser désiré de mon âme (Cant. 1: 1)? afin que je participe avec Votre Souffle divin de Votre propre Esprit? Quand la Lumière inaccessible (Jean 1: 9) qui est Vous-même, Dieu véritable de Dieu véritable et Lumière de la Lumière, se manifestera-t-elle aux hommes (Bar. 3: 38), depuis tant de siècles que Vous avez été caché à notre vue? Quand les enfants d'Adam captifs pour leurs péchés connaîtront-ils leur Rédempteur, verront-ils leur salut (Is. 52: 10), trouveront-ils parmi eux leur Maître (Is. 30: 20); leur Frère et leur Père véritable? O Lumière de mon âme, ma Vertu, mon Bien-Aimé pour qui je vis en

mourant! Fils de mes entrailles, comment fera-t-Elle l'office de Mère, Celle qui ne sait point faire celui d'esclave et qui ne mérite pas un tel titre? Comment Vous traiterai-je dignement, moi qui ne suis qu'un vil et pauvre vermisseau? Comment Vous servirai-je et Vous assisterai-je, Vous, étant la Sainteté et la Bonté Infini, et moi -poussière et cendre? Comment oserai-je parler en Votre présence ou demeurer devant Votre divine Face? Vous, Seigneur de tout mon être, qui m'avez choisie, étant petite, parmi les autres enfants d'Adam, gouvernez mes actions, dirigez mes désirs et enflammez mes affections, afin qu'en tout je réussisse à Vous donner du goût et de l'agrément. Et que ferai-je, mon Bien-Aimé, si Vous sortez de mes entrailles au monde pour souffrir des affronts et mourir pour le genre humain, si je ne meurs avec Vous et si je ne Vous accompagne au sacrifice, Vous qui êtes mon être et ma vie? Que la cause et le motif qui doit Vous ôter la Vôtre ôte aussi la mienne;`puisqu'elles sont si unies. Moins que Votre mort suffira pour racheter le monde et des milliers de mondes; que je meure pour Vous et que je souffre des ignominies;`et Vous avec Votre Amour et Votre Lumière, sanctifiez le monde et éclairez les ténèbres des mortels. Et s'il n'est pas possible de révoquer le décret du Père Éternel, afin que la Rédemption soit abondante (Ps. 129: 7) et que Votre Charité excessive (Eph. 2: 4) demeure satisfaite, recevez mes affections et que j'aie part en tous les travaux de Votre Vie, puisque Vous êtes mon Fils et mon Seigneur.
 

4, 7, 444. La variété de ces affections et d'autres très douces rendaient la Reine des Cieux très belle aux yeux du Prince (Esth. 2: 9) des éternités qu'Elle avait dans le Tabernacle de son sein Virginal. Et toutes ces affections avaient coutume de se mouvoir conformément aux actions de cette très sainte Humanité déifiée; parce que la divine Mère les regardait pour les imiter. Et parfois l'Enfant-Dieu dans cette Caverne sacrée Se mettait à genoux pour prier le Père, d'autres fois en forme de croix, comme s'essayant pour elle [d]. Et de là, comme du suprême trône des Cieux Il le fait encore, Il regardait et connaissait par la Science de Son âme très sainte tout ce qu'Il connaît maintenant sans qu'aucune créature présente, passée ou future avec toute leurs pensées et leurs mouvements ne Lui fût cachée; et Il était attentif à toutes ces âmes comme Maître et Rédempteur. Et comme tous ces mystères étaient manifestes à Sa divine Mère et que pour correspondre à cette Science Elle était remplie de grâce et de Dons célestes; Elle opérait en tout avec une plénitude et une sainteté si hautes, qu'il n'y a point de paroles pour que la capacité humaine puisse l'expliquer. Mais si notre jugement n'est pas perverti et si

notre coeur n'est pas de pierre insensible et dure il n'est pas possible qu'à la vue et au toucher d'Oeuvres aussi efficaces qu'admirables, il ne se trouvent point blessés d'une douleur amoureuse et d'une reconnaissance soumise.


DOCTRINE QUE ME DONNA LA TRÈS SAINTE REINE MARIE.


4, 7, 445. Par ce chapitre, je veux, ma fille que tu demeures instruite de la décence avec laquelle on doit traiter toutes les choses consacrées et dédiées au culte Divin et de l'irrévérence avec laquelle les ministres mêmes du Seigneur l'offensent par cette négligence. Et ils ne doivent point mépriser ni oublier le courroux de Sa Majesté contre eux pour la grossière malhonnêteté et l'ingratitude avec lesquelles ils traitent les ornements et les choses sacrées qu'ils ont d'ordinaire dans les mains, sans attention et sans aucun respect. Et l'indignation du Très-Haut est beaucoup plus grande envers ceux qui ont les fruits et le salaire de Son Sang très Précieux et qui les perdent et les consument en vanités et en turpitudes ou en choses profanes et moins décentes. Ils cherchent pour leurs douceurs et leurs commodités le plus précieux et le plus estimable et ils appliquent le plus grossier, le plus méprisé et le plus vil pour le culte et l'honneur du Seigneur. Et lorsque ceci arrive, spécialement pour les linges qui touchent au Corps et au Sang de Jésus-Christ mon Très Saint Fils, comme sont les corporaux et les purificatoires, je veux que tu entendes comment les saints Anges qui assistent à l'éminent et sublime sacrifice de la Messe sont comme mortifiés et détournent la vue de semblables ministres; et ils s'étonnent de ce que le Tout-Puissant les supporte si longtemps et qu'Il dissimule leur audace et leur insolence. Et quoique tous ne commettent pas ce péché, il y en a néanmoins plusieurs; et il y en a peu qui se signalent en démonstration et en sollicitude pour le culte Divin et qui traitent extérieurement les choses sacrées avec plus de respect: Ils sont le petit nombre, et même parmi eux, tous ne le font pas avec une intention droite et pour la révérence qui est due, mais par vanité et pour d'autres fins terrestres: de manière que ceux qui adorent le Créateur en esprit et en vérité, purement et avec un coeur sincère viennent à être très rares (Jean 4: 24).


4, 7, 446. Considère, ma très chère fille, ce que nous pouvons éprouver, nous qui sommes à la vue de l'Etre incompréhensible du Très-Haut et qui connaissons que Son immense Bonté créa les hommes pour L'adorer et Lui rendre le respect et la vénération (Eccli. 17: Cool; et pour cela Il leur a laissé cette loi dans la nature (Eccli. 17: 7) et Il leur a abandonné tout le reste des créatures gratuitement (Eccli. 17: 3); et ensuite nous regardons l'ingratitude avec laquelle ils correspondent à leur Créateur immense; puisqu'ils refusent pour Son honneur les choses mêmes qu'ils reçoivent de Sa main libérale, et pour cela ils choisissent le plus vil et le plus abject (Mal. 1: Cool, et pour leur vanité le plus précieux et le plus estimable. Ce péché est peu considéré et peu connu, et ainsi je veux que non-seulement tu le pleures avec une douleur véritable, mais que tu le compenses en ce qui te sera possible, pendant que tu seras supérieure. Donne le meilleur au Très-Haut et avertis tes religieuses de s'occuper de l'entretien et de la propreté des choses sacrées; et non seulement en celles de leur couvent mais en travaillant à faire la même chose pour les églises pauvres qui manquent de corporaux et d'autres sortes d'ornements. Et qu'elles aient une confiance assurée que le Seigneur leur paiera ce saint zèle de Son culte sacré et Il remédiera à leur pauvreté et Il secourra comme Père les nécessités du couvent qui ne viendra jamais à une plus grande pauvreté pour cela. Tel est l'office le plus propre et le plus légitime des épouses de Jésus-Christ et elles doivent s'y exercer le temps qui leur reste après celui du choeur et les autres obligations de l'obéissance. Et si toutes les religieuses prenaient à coeur ces occupations si honnêtes, si louables et si agréables à Dieu, rien ne leur manquerait pour la vie, et elles formeraient sur la terre un état angélique et céleste. Et parce qu'elles ne veulent pas s'appliquer à ce service du Seigneur, plusieurs abandonnées de la main Divine se tournent vers des légèretés et des distractions si dangereuses qu'étant abominables à mes yeux, je ne veux pas que tu les écrives ni que tu y penses, sauf pour les pleurer de l'intime de ton coeur et demander à Dieu le remède de ces péchés qui L'irritent, L'offensent et Lui déplaisent tant.


4, 7, 447. Mais parce que ma volonté s'incline avec des raisons spéciales à regarder amoureusement les religieuses de ton couvent, je veux que tu les avertisses en mon nom et de ma part et que tu les obliges avec une amoureuse force à vivre toujours retirées et mortes au monde, avec un oubli inviolable de tout ce qu'il y a, et que leurs conversations entre elles soient dans le Ciel (Phil. 3: 20) et les choses Divines; et qu'au-dessus de toute estime, elles conservent intactes la paix et la charité que je leur recommande si souvent. Et si elles m'obéissent en

cela, je leur promets ma protection éternelle et je me constitue leur Mère, leur Protectrice et leur défense, comme je suis la tienne; et je leur promets de même ma continuelle et efficace intercession auprès de mon Très Saint Fils, si elles ne me désobligent point. Pour tout cela, persuade-leur toujours d'avoir pour moi une grande dévotion et un amour spécial, et qu'elles les écrivent dans leur coeur; car avec cette fidélité de leur part elles obtiendront tout ce que tu désires, outre ce que je ferai pour elles. Et afin qu'elles s'occupent joyeusement et promptement des choses du culte Divin, et qu'elles considèrent comme leur affaire propre tout ce qui y appartient, rappelle-leur ce que je faisais pour le service de mon Très Saint Fils et pour le Temple. Je veux que tu comprennes que les saints Anges étaient dans l'admiration du zèle, de la sollicitude, de l'attention et de la propreté avec lesquels je traitais toutes les choses qui devaient servir à mon Fils et mon Seigneur. Et cette sollicitude respectueuse et amoureuse me fit préparer tout ce qui était nécessaire pour Son entretien, sans qu'il me manquât rien, comme quelques-uns le pensent, pour Le couvrir et Le servir, comme tu l'entendras en toute cette Histoire; parce qu'il n'était pas possible à ma prudence et à mon amour d'être négligente ou imprévoyante en cela.


NOTES EXPLICATIVES

Extraites de celles de Don Creseto, à l'usage des prêtres.

4, 7, [a]. Livre 4, Nos. 506, 508, 536, 545.

4, 7, [b. Livre 4, No. 452.

4, 7, [c]. On peut voir sur cela Suarez [III p., t 2, disp. 18, sect. 2 et 4].

4, 7, [d]. Lorsque le Verbe prit l'humanité ce fut avec l'usage de la raison, il se peut donc très bien que, dès lors existant dans la prison maternelle, il pliât le
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Re: Marie d'Agreda "La Cité Mystique de Dieu" livre version numérisée

Message par sga le Ven 18 Aoû 2017 - 13:46

CHAPITRE 8



L'édit de l'empereur César Auguste d'enregistrer tout l'empire se publia et ce que fit saint Joseph quand il le sut.



4, 8, 448. Il était déterminé par la Volonté immuable du Très-Haut que le Fils Unique du Père naîtrait dans la cité de Bethléem (Mich. 5: 2); et en vertu de ce décret Divin, plusieurs saints Prophètes anciens (Éz. 34: 23; Jér. 30: 9) le prophétisèrent avant qu'il s'accomplit, parce que la détermination de la Volonté absolue du Seigneur est toujours infaillible et les cieux et la terre manqueraient avant qu'elle manquât de s'accomplir (Matt. 24: 35); puisque personne ne peut y résister. Le Seigneur disposa l'exécution de ce décret immuable par le moyen d'un édit que l'empereur César Auguste publia dans l'empire romain, afin que comme le rapporte saint Luc (Luc 2: 1), tout le globe fût inscrit et dénombré. L'empire romain s'étendait alors à la plus grande partie connue de la terre, et pour cela ils s'appelaient les maîtres de tout le monde, ne faisant point compte du reste [a]. Et cette inscription était de se confesser tous vassaux de l'empereur et de lui payer un tribut, un cens déterminé b], comme à un maître naturel dans les choses temporelles: et pour cette reconnaissance chacun accourait s'inscrire dans le registre commun (Luc 1: 3) de sa propre cité. Cet édit arriva à Nazareth et à la connaissance de saint Joseph qui l'apprit au dehors: il revint à la maison affligé et contristé;`et il rapporta à sa divine Épouse ce qui se passait avec la nouveauté de l'édit. La Très Prudente Vierge répondit à saint Joseph: «Mon seigneur [c] et mon époux, que l'édit de l'empereur terrestre ne vous mette point dans cette inquiétude, car tous les événements qui nous arrivent sont au compte du Seigneur, le Roi du Ciel et de la terre; et Sa Providence nous assistera et nous gouvernera en toute rencontre. Remettons-nous donc à Lui pleins de confiance et nous ne serons pas frustrés.»



4, 8, 449. La Très Saint Marie était instruite de tous les mystères de son Très Saint Fils, et Elle en savait déjà les prophéties et leur accomplissement, et que le Fils Unique du Père Éternel et le sien devait naître à Bethléem comme pauvre pèlerin. Mais Elle ne manifesta rien de tout cela à saint Joseph; parce que sans l'ordre du Seigneur Elle ne déclarait point ses secrets. Et ce qui ne lui était pas commandé de dire, Elle le taisait tout à fait avec une prudence admirable, nonobstant le désir de consoler son très fidèle et très saint époux Joseph, parce qu'Elle voulait s'abandonner à sa conduite et à son obéissance et ne point procéder comme prudente et sage avec Elle-même contre le conseil du Sage (Prov. 3: 7). Ils traitèrent ensuite de ce qu'ils devaient faire; parce que l'Enfantement de la divine Dame s'approchait déjà, sa grossesse étant si avancée, et saint Joseph lui dit: «Reine du Ciel et de la terre et ma Dame, si Vous n'avez point l'ordre du Très-Haut pour d'autre chose, il me semble inévitable que j'aille accomplir cet édit de l'empereur. Et quoiqu'il suffise que j'aille seul, parce que cette obligation concerne les chefs de famille, je n'oserais point Vous laisser, sans assister à Votre service, je ne vivrais point sans Votre présence et je n'aurais pas un moment de repos étant éloigné, il n'est pas possible que mon coeur soit tranquille sans Vous voir. Je vois que Votre divin Enfantement est très proche pour que Vous veniez avec moi à notre cité de Bethléem où nous devons cette profession d'obéissance à l'empereur`et ainsi pour cette raison et à cause de ma grande pauvreté, je crains de Vous mettre dans un risque aussi évident. Si l'Enfantement arrive dans le chemin avec incommodité et que je ne puisse y pourvoir, ce serait pour moi une peine incomparable. Cette inquiétude m'afflige, je Vous supplie, Madame, de la présenter devant le Très-Haut et de Le prier qu'Il écoute mes désirs de ne point m'éloigner de Votre compagnie.»



4, 8, 450. L'humble Épouse obéit à ce que saint Joseph ordonnait; et quoiqu'Elle n'ignorât point la Volonté Divine, Elle ne voulut point non plus omettre cette action de pure obéissance, comme sujette très respectueuse. Elle présenta au Seigneur la volonté et les désirs de son très fidèle époux et Sa Majesté lui répondit: «Mon Amie et Ma Colombe, obéis à mon serviteur Joseph en ce qu'il t'a proposé et ce qu'il désire. Accompagne-le dans le voyage: Je serai avec toi et Je t'assisterai avec un amour et une protection Paternelle dans les travaux et les tribulations que tu souffriras pour Moi; et quoiqu'elles doivent être très grandes,

Mon puissant bras te tirera glorieuse de tout. Tes pas seront beaux (Cant. 7: 1) à Mes yeux; marche et ne crains point, car telle est Ma Volonté.» Ensuite le Seigneur à la vue de la divine Mère commanda aux saints Anges de sa garde avec une nouvelle intimation et un nouveau précepte de la servir en ce voyage avec une assistance spéciale et une sollicitude plus diligente, selon les magnifiques et mystérieux événements qui se présenteraient en tout ce temps. Outre les mille Anges qui la gardaient d'ordinaire, le Seigneur commanda à neuf mille autres d'assister leur Reine et leur Maîtresse et de la servir de manière à l'accompagner tous les dix mille ensemble dès le jour qu'Elle commencerait le voyage. Ils l'accomplirent tous ainsi comme serviteurs et ministres très fidèles du Seigneur et ils la servirent comme je le dirai plus loin [d]. La grande Reine fut renouvelée et préparée par une nouvelle Lumière divine en laquelle Elle connut d'autres mystères nouveaux concernant les afflictions qui se présenteraient, après la Naissance de l'Enfant-Dieu par la persécution d'Hérode et d'autres tribulations et d'autres soucis qui devaient lui survenir. Elle offrit pour tout cela son Coeur invincible, préparé (Ps. 107: 1) et non troublé, et Elle rendit grâces au Seigneur de tout ce qu'Il opérait et disposait en Elle.



4, 8, 451. La grande Reine du Ciel revint avec la réponse à saint Joseph et Elle lui déclara la Volonté du Très-Haut de lui obéir et de l'accompagner dans son voyage à Bethléem. Le saint époux fut rempli d'une joie et d'une consolation nouvelles; et reconnaissant cette grande faveur de la main du Très-Haut, il Lui en rendit grâces avec des actes profonds d'humilité et de révérence, et s'adressant à sa divine Épouse il lui dit: «Madame, Vous êtes la cause de mon allégresse, de ma félicité et de ma fortune! Il ne me reste plus qu'à m'affliger dans ce voyage des travaux que Vous devez y souffrir, parce que je n'ai point de capitaux pour les vaincre et pour Vous y mener avec la commodité que je voudrais Vous préparer pour le voyage. Mais nous trouverons à Bethléem des parents, des amis et des connaissances de notre famille; et j'espère qu'ils nous recevront avec charité, et là, Vous vous reposerez de la fatigue du chemin, si le Très-Haut le dispose, comme moi Votre serviteur je le désire.» Il est vrai que le saint époux Joseph le prévoyait ainsi avec affection; mais le Seigneur avait disposé ce qu'il ignorait alors; et parce que ses désirs furent frustrés, il sentit ensuite une plus grande amertume et une plus grande douleur, comme on le verra. La Très Sainte Marie ne déclara pas à saint Joseph ce qu'Elle avait prévu dans le Seigneur du Mystère de son divin Enfantement, quoiqu'Elle sût bien que les choses n'arriveraient pas comme il le

pensait: mais au contraire Elle lui dit en l'animant: «Mon époux et mon seigneur, je vais avec beaucoup de satisfaction en votre compagnie; et nous ferons le voyage comme pauvres au Nom du Très-Haut: puis Sa Majesté ne méprise pas la pauvreté, car Il vient pour la chercher avec beaucoup d'amour. Et supposé que Sa protection et Sa défense soient (Ps. 17: 31) avec nous dan le besoin et l'affliction, mettons en Elles notre confiance. Et vous, mon seigneur, remettez entre (Ps. 54: 23) Ses mains toutes vos inquiétudes.»



4, 8, 452. Ils déterminèrent ensuite le jour de leur départ et le saint Époux sortit avec diligence par Nazareth, afin de chercher une monture pour porter la Maîtresse du monde et il n'en trouva pas facilement, à cause du grand nombre de personnes qui sortaient des différentes villes pour obéir à ce même édit de l'empereur. Mais après beaucoup de diligence et de soucis pénibles saint Joseph trouva un modeste petit âne que nous appellerions fortuné s'il était possible, car il l'a été entre tous les animaux irraisonnables, puisqu'il ne porta pas seulement la Reine de toutes les créatures et en elle le Roi des rois et le Seigneur des seigneurs, mais aussi il se trouva ensuite à la Naissance de l'Enfant (Is. 1: 3) et il rendit au Créateur le service que les hommes lui refusèrent, comme on le dira plus loin. Ils préparèrent le nécessaire pour le voyage, qui fut de cinq jours et l'équipage des divins Voyageurs fut avec le même apparat qu'ils portèrent dans le premier voyage qu'ils firent à la maison de Zacharie, comme je l'ai déjà dit, Livre 3, Chapitre 15, numéro 196, parce qu'ils portaient seulement des fruits, du pain et quelques poissons, ce qui était la nourriture et le régal ordinaire dont ils usaient. Et comme la Très Prudente Vierge savait que le temps de revenir à leur maison tarderait beaucoup, Elle apporta avec Elle non-seulement les mantilles et les langes pour son Enfantement divin; mais Elle disposa discrètement les choses de manière qu'elles fussent toutes à l'intention des fins du Seigneur et des événements qu'Elle attendait; et Elle confia sa maison à quelqu'un qui en prit soin jusqu'à son retour.



4, 8, 453. Le jour et l'heure de partir pour Bethléem arriva: et comme le très fidèle et très fortuné Joseph traitait déjà avec une nouvelle et souveraine révérence son Auguste Épouse, il allait souvent, comme serviteur soigneux et vigilant, s'enquérir et tâcher de savoir en quoi il pouvait la servir et lui donner de l'agrément: et il la pria avec une grande affection de l'avertir de tout ce qu'Elle désirait et ignorait, pour son repos, son soulagement et son bon plaisir et pour

donner de la complaisance au Seigneur qu'Elle portait dans son sein Virginal. L'humble Reine remercia son époux de ces saintes affections, et les renvoyant à la gloire et à l'honneur de son Très Saint Fils, Elle le consola et l'anima pour la fatigue qu'il éprouverait dans le chemin en l'assurant de nouveau de l'agrément qu'avait Sa Majesté de toutes ses sollicitudes et Elle l'encouragea à recevoir avec égalité et allégresse de coeur les peines qu'ils auraient à ressentir à cause de leur pauvreté. Pour commencer ce voyage, l'Impératrice des Cieux se mit à genoux et demanda à saint Joseph sa bénédiction. Et quoique l'homme de Dieu en fût très confus et qu'il fît difficulté de la donner à cause de la dignité de son Épouse, Elle vainquit néanmoins en humilité et Elle l'obligea à la lui donner. Saint Joseph le fit avec une grande crainte et une grande révérence et aussitôt, il se prosterna en terre avec d'abondantes larmes et il la pria de l'offrir de nouveau à son Très Saint Fils et de lui obtenir le pardon et la grâce Divine. Avec cette préparation ils partirent de Nazareth pour Bethléem au milieu de l'hiver, ce qui rendait le voyage plus pénible et plus incommode. Mais la Mère de la Vie qui La portait dans son sein ne prêtait attention qu'à Ses divins effets et à Ses colloques réciproques, Le regardant toujours dans son sein Virginal, L'imitant dans Ses Oeuvres et Lui donnant plus de complaisances et plus de gloire que tout le reste des créatures ensemble.

 

DOCTRINE QUE ME DONNA LA TRÈS SAINTE REINE MARIE.



4, 8, 454. Ma fille, en tout le cours de ma vie et en chacun des chapitres et des mystères que tu écris, tu connaîtras la Providence divine et admirable du Très-Haut et Son amour paternel envers moi, Son humble esclave. Et quoique la capacité humaine ne puisse dignement pénétrer et pondérer ces Oeuvres admirables et d'une si haute sagesse, on doit néanmoins les vénérer de toutes ses forces et se disposer pour mon imitation et pour la participation des faveurs que le Seigneur me fit. Parce que les mortels ne doivent point s'imaginer que le Seigneur ait voulu Se montrer infiniment Saint, Puissant et Bon seulement pour moi; et il est certain que si toutes les âmes se livraient tout à fait à la disposition et au gouvernement de ce doux Seigneur, elles connaîtraient aussitôt par expérience cette fidélité, cette suavité et cette ponctualité efficaces avec lesquelles Sa Majesté disposait envers moi toutes les choses qui touchaient à Sa gloire et à Son service: et elles goûteraient aussi ces effets si doux et ces mouvements Divins que je

sentais avec la soumission que j'avais pour Sa Très Sainte volonté; et elles recevraient respectivement l'abondance de Ses Dons qui sont comme réprimés dans l'Océan infini de Sa Divinité. Et de cette manière, si l'on donnait quelque conduit au poids des eaux de la Mer par où elles trouveraient une issue selon leur inclination, elles courraient avec une impétuosité invincible; de même la grâce et les bienfaits du Seigneur procéderaient sur les créatures raisonnables si elles y donnaient lieu et si elles n'empêchaient point leurs cours. Les mortels ignorent cette science; parce qu'ils ne s'arrêtent point à méditer et à considérer les oeuvres du Très-Haut.



4, 8, 455. Je veux de toi que tu l'étudies et que tu l'écrives dans ton coeur et que de même tu apprennes de mes oeuvres le secret que tu dois garder de ton intérieur et de ce qui y est renfermé, ainsi que la prompte obéissance et la soumission à tous, plaçant toujours le sentiment des autres avant ton propre jugement. Mais cela doit être de manière que pour obéir à tes supérieurs et à tes pères spirituels tu dois toujours fermer les yeux, quoique tu connaisses que dans certaines choses qu'ils te commandent il doit arriver le contraire; de même que je savais qu'il n'en serait pas comme mon saint Époux espérait dans le voyage de Bethléem. Et si quelqu'un inférieur ou égal, te le commande, garde silence et dissimule et fais tout ce qui ne sera point péché ou imperfection. Écoute tout le monde avec silence et attention afin d'apprendre. Tu seras plus lente et plus retenue à parler car cela est prudent et avisé. Je te rappelle aussi de nouveau de demander au Seigneur de te donner Sa bénédiction et tout ce que tu feras, afin de ne point t'éloigner de Sa divine Volonté. Et si tu en as l'opportunité, demande aussi permission et bénédiction à ton père et ton maître spirituel, afin de n'être point privée de la perfection et du grand mérite de ces Oeuvres et de me donner à moi-même la satisfaction que je désire de toi.


NOTES EXPLICATIVES


Extraites de celles de Don Creseto, à l'usage des prêtres.



4, 8, [a]. D'après le témoignage du Suétone, Corn. A Lapide dit [in Matt. II, 1,] qu'Auguste ne commandait ni aux Goths, ni aux Arméniens, ni aux Indiens. Au contraire une grande partie de l'Afrique, l'Arabie déserte, l'Assyrie, la Sarmatie, la Germanie, etc., n'appartenaient point à l'empire d'Auguste.



4, 8, b]. Cette inscription fut faite, continue A Lapide, soit afin de compter le nombre des sujets d'Auguste, soit pour recueillir le tribut pour suppléer aux fonds publics épuisés par tant de guerres précédentes.



4, 8, [c]. Sara aussi appelait son époux Abraham du nom de son seigneur et en est loué par l'Esprit-Saint par la bouche de l'Apôtre saint Pierre [1 Pet. 3: 6].



4, 8, [d]. Livre 4, Nos. 456-461, 470, 589, 619, 622, 631, 634.
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Re: Marie d'Agreda "La Cité Mystique de Dieu" livre version numérisée

Message par sga le Ven 18 Aoû 2017 - 13:49

CHAPITRE 9


Le voyage que la Très Sainte Marie fit de Nazareth à Bethléem en compagnie du saint époux Joseph et des Anges qui l'assistaient.


4, 9, 456. La Très Pure Marie et le glorieux Joseph partirent de Nazareth pour Bethléem aussi seuls que pauvres et humbles pèlerins aux yeux du monde, sans qu'aucun des mortels les réputât et les estimât plus que ce que l'humilité et la pauvreté obtiennent d'eux. Mais, ô mystères admirables du Très-Haut, cachés aux superbes (Matt. 11: 25) et insondables à la prudence charnelle! Ils ne marchaient

point seuls ni pauvres, ni méprisés, mais prospères, abondants et magnifiques. Ils étaient l'objet le plus digne du Père Éternel et de Son Amour immense et le plus estimable à Ses yeux. Ils portaient avec eux le Trésor (Col. 2: 3) du Ciel et de la Divinité même. Toute la cour des citoyens célestes les vénérait. Toutes les créatures insensibles reconnaissaient l'Arche sainte et véritable du Testament mieux que les eaux du Jourdain reconnurent sa figure et son ombre, quand elles se séparèrent courtoisement pour lui donner libre passage, à elle et à ceux qui la suivaient (Jos. 3: 16). Elle était accompagnée par les dix mille Anges que j'ai déjà dit, numéro 450, qui furent marqués par Dieu même pour servir Sa Majesté et Sa Très Sainte Mère en tout ce voyage. Ces escadrons célestes allaient en forme humaine visible pour la divine Dame, étant chacun plus resplendissant qu'autant de soleils, lui faisant escorte. Et Elle allait au milieu d'eux mieux garnie et défendue que le lit de Salomon (Cant. 3: 7) avec les soixante-dix braves d'Israël qui l'entouraient l'épée à la ceinture. Outre ces dix mille Anges Elle était assistée d'un grand nombre d'autres qui descendaient des Cieux et qui y remontaient, envoyés par le Père Éternel à Son Fils Unique Incarné et à Sa Très Sainte Mère et qui retournaient d'auprès d'eux avec les ambassades qui étaient envoyées et dépêchées.
 

4, 9, 457. Avec ce royal apparat caché aux mortels, la Très Sainte Marie et saint Joseph cheminaient, assurés que les pierres des tribulations n'offenseraient point leurs pieds; parce que le Seigneur avait commandé à Ses Anges de les porter dans les mains (Ps. 90: 12) de leur défense et de leur garde. Et les ministres très fidèles accomplissaient ce commandement, servant leur grande Reine comme vassaux, avec une admiration de joie et de louange, de voir réunis ensemble en une pure Créature tant de sacrements, de perfection, de grandeurs et de trésors de la Divinité; et le tout avec la dignité et la décence qui surpassait même la propre capacité angélique. Ils faisaient de nouveaux cantiques au Seigneur, et ils contemplaient ce Souverain Roi (Cant. 3: 9) de gloire, reposant sur son dossier d'or; et la divine Mère qui était comme le char incorruptible et vivant; comme l'épi (Lév. 23: 10) fertile de la terre promise qui renfermait le grain vivant; comme le riche navire du marchand (Prov. 31: 14) qui Le portait afin qu'Il naquît dans la maison du pain et que mourant sur la terre Il fût multiplié dans les Cieux (Jean 12: 24-25). Le voyage dura cinq jours; parce qu'à cause de la grossesse de la Vierge-Mère son époux la menait très doucement. Et l'Auguste Reine ne connut point de nuit dans ce voyage; parce qu'en certains jours qu'ils marchèrent une partie de la

nuit, les Anges émettaient une si grande splendeur qu'ils valaient tous les luminaires du ciel ensemble quand ils ont leur plus grande force à midi dans le jour le plus serein. Et saint Joseph jouissait de ce bienfait et de la vue des Anges dans ces heures de nuit; et alors il se formait un choeur céleste de tous ensemble, dans lequel la grande Dame et son époux alternaient; avec quoi les champs se transformaient en nouveaux Cieux. Et la Reine jouit en tout le voyage de la vue et de la splendeur de ses ministres et ses vassaux et des très doux colloques intérieurs qu'Elle avait avec eux.

4, 9, 458. Le Seigneur mêlait quelques peines à ces faveurs et à ces consolations admirables et surtout quelques incommodités qui se présentèrent à la divine Reine dans le voyage. Parce que le grand concours de monde dans les hôtelleries à cause du grand nombre de personnes qui voyageaient à l'occasion de l'édit impérial était très pénible et très incommode à la Très Pure Vierge Mère, vu sa réserve et sa modestie, et ainsi qu'à son époux Joseph; parce qu'ils étaient moins admis que d'autres comme pauvres et timides, et il leur arrivait plus d'incommodités qu'aux riches: car le monde gouverné par l'extérieur sensible distribue d'ordinaire ses faveurs à rebours et avec acception de personnes. Nos saints Pèlerins entendaient plusieurs paroles dures dans les hôtelleries où ils arrivaient fatigués et en certains endroits on les renvoyait comme des gens inutiles et méprisables; et souvent ils recevaient la Reine du Ciel dans un recoin de vestibule, et d'autres fois même nos Saints n'en obtenaient pas autant, et l'auguste Reine et son époux se retiraient en d'autres lieux plus humbles et moins décents selon l'estime du monde; mais en n'importe quel lieu, quelque méprisable qu'il fût, la cour des Citoyens du Ciel était avec leur suprême Roi et leur Auguste Reine: et aussitôt ils l'entouraient tous et ils la renfermaient comme dans un mur impénétrable, avec quoi le Tabernacle de Salomon (Cant. 3: 7) était assuré et défendu des craintes nocturnes. Et son très fidèle époux Joseph voyant la souveraine des Cieux si bien gardée par cette milice Divine, reposait et dormait; parce qu'Elle aussi prenait soin de cela, afin qu'il se reposât quelque peu de la fatigue du chemin et Elle entrait en des colloques célestes avec les dix mille Anges qui l'assistaient.


4, 9, 459. Salomon comprit de grands mystères de la Reine du Ciel par diverses métaphores et similitudes et dans le chapitre 3 il parla plus expressément

de ce qui arriva à la divine Mère dans la grossesse de son Très Sainte Fils et ce voyage qu'Elle fit pour son Enfantement sacré; parce que ce fut alors que s'accomplit à la lettre tout ce qui y est dit du lit de Salomon, de son char et de son dossier d'or, de la garde qu'il lui mit des très vaillants d'Israël qui jouissent de la vision Divine et tout le reste que cette prophétie contient, dont l'intelligence suffit pour l'avoir indiqué en ce qui a été dit, afin de tourner toute mon admiration vers le sacrement de la Sagesse Infinie dans ces Oeuvres si vénérables pour la créature. Y aura-t-il quelqu'un d'assez dur parmi les mortels dont le coeur ne s'attendrisse? ou de si orgueilleux qui ne se confonde? ou de si peu attentif qui ne soit dans l'admiration de voir une merveille composée de tant d'extrêmes variés et contraires? Le Dieu infini et véritablement secret et caché dans le Tabernacle Virginal d'une tendre jeune Vierge remplie de beauté et de grâce, innocente, pure, suave, douce, aimable aux yeux de Dieu et des hommes, au-dessus de tout ce que le même Seigneur a créé et créera jamais! Cette grande Souveraine avec le Trésor de la Divinité méprisée, affligée, mésestimée et rejetée de l'ignorance aveugle et de l'orgueil mondain! Et d'un autre côté, étant relayée dans les lieux les plus contemptibles, Elle était aimée et estimée de la Bienheureuse Trinité, réjouie par Ses caresses, servie par Ses Anges, révérée, défendue et protégée par Sa garde magnifique et vigilante! O enfants des hommes, tardifs et durs (Ps. 4: 3) de coeur, combien vos poids et vos jugements sont trompeurs (Ps. 61: 10), comme dit David, car vous estimez les riches et méprisez les pauvres, vous élevez les orgueilleux et abaissez les humbles, vous rejetez les justes et applaudissez ceux qui sont remplis de vanité! Aveugle est votre dictamen (Jac. 2: 4) et erronée votre élection avec lesquels vous vous trouvez frustrés dans vos propres désirs. O ambitieux qui cherchez des richesses et des trésors, et qui vous trouvez pauvres et n'embrassez que le vent; si vous aviez reçu l'Arche véritable de Dieu, vous auriez reçu et obtenu beaucoup de bénédiction de la Droite divine, comme Obédédom (2 Rois 6: 11); mais parce que vous l'avez méprisée, il vous arrivera à plusieurs ce qui arriva à Osa (2 Rois 6: 7), car vous êtes restés châtiés comme lui.


4, 9, 460 La divine Dame connaissait et regardait en tout cela la variété des âmes qu'il y avait en tous ceux qui allaient et venaient, et Elle pénétrait leurs pensée les plus secrètes [a] et l'état de chacun, de grâce ou de péché et les degrés qu'ils avaient dans ces différentes extrémités; et elle connaissait de plusieurs âmes si elles étaient prédestinées ou réprouvées, si elles devaient persévérer, tomber ou se relever; et toute cette variété lui donnait des motifs d'exercer des actes héroïque

de vertus envers les uns et pour l'avantage des autres; car Elle obtenait la persévérance pour plusieurs , pour d'autres des secours efficaces, afin qu'ils s'élevassent du péché à la grâce; et pour d'autres Elle pleurait et exclamait au Seigneur avec d'intimes affections; et quoiqu'elle ne priât pas aussi efficacement pour les réprouvés, Elle sentait une douleur très intense de leur perdition finale. Et avec ces peines Elle fatiguait souvent incomparablement plus que par le travail du chemin et Elle en éprouvait quelque défaillance dans le corps et les saints Anges, remplis de lumière et d'éclatante beauté l'appuyaient sur leurs bras afin qu'Elle y prît quelque repos et quelque soulagement. Elle consolait les malades, les affligés et les nécessiteux qu'Elle rencontrait par le chemin, seulement en priant pour eux et en demandant à son Très Saint Fils le remède de leurs afflictions et de leurs nécessités; parce qu'en ce voyage à cause de la multitude et du concours du monde, Elle se retirait seule sans parler, étant très attentive à sa Divine grossesse qui se manifestait déjà à tous. Tel était le retour que la Mère de Miséricorde donnait aux mortels pour la mauvaise hospitalité qu'Elle en recevait.


4, 9, 461 Et pour une plus grande confusion de l'ingratitude des hommes, il arriva qu'étant en hiver et arrivant aux hôtelleries par les grands froids, les neiges et les pluies, car le Seigneur ne voulut point que cette peine leur manquât il leur fallait se retirer aux lieux vils où étaient les animaux mêmes; parce que les hommes ne leur en donnaient point d'autres: et la courtoisie et l'humanité qui leur manquaient à eux, les bêtes insensibles les avaient, se retirant et respectant leur Auteur et Sa Mère qui L'avait dans son sein Virginal. La Maîtresse des créatures aurait bien pu commander aux vents, au verglas et à la neige de ne la point offenser: mais Elle ne le faisait pour ne point se priver de l'imitation de Son Très Saint Fils dans la souffrance, même avant qu'Il sortît de son sein Virginal; et ainsi ces intempéries la fatiguèrent quelque peu dans le chemin. Mais le soigneux et fidèle époux saint Joseph était très attentif à la couvrir; et les esprits angéliques le faisaient davantage, spécialement le Prince saint Michel qui assista toujours au côté droit de la Reine sans la quitter un moment dans ce voyage; et souvent il la servait en la soutenant avec le bras, lorsqu'Elle se trouvait fatiguée. Et lorsque c'était la Volonté du Seigneur, il la défendait des tempêtes inclémentes et il rendait beaucoup d'autres offices au service de la divine Dame et du Fruit béni de son sein, Jésus.


4, 9, 462 Avec la variété alternée de ces merveilles, nos pèlerins, la Très Sainte Marie et Joseph arrivèrent à la ville de Bethléem le cinquième jour de leur voyage à quatre heures du soir, le samedi, car en ce temps du solstice d'hiver, à l'heure dite le soleil s'en va déjà et la nuit s'approche. Ils entrèrent dans la ville cherchant quelque maison de pension; et parcourant plusieurs rues, non-seulement pour trouver les maisons de leurs connaissances et de leur famille les plus proches: ils ne furent reçus d'aucun et ils furent refusés de plusieurs avec mauvaise grâce et avec mépris. La Très Modeste Reine suivait son époux, et lui, il frappait de maison en maison et de porte en porte au milieu du tumulte de beaucoup de monde. Et quoique l'Auguste Vierge-Mère n'ignorât point que les coeurs et les maisons des hommes seraient fermés pour eux, néanmoins pour obéir à saint Joseph Elle voulut souffrir cette affliction et cette honte ou pudeur très honnête qu'Elle avait à cause de sa modestie, de son âge et de son état; ce qui fut une peine plus grande que de manquer d'hôtellerie. Et en passant par la ville ils arrivèrent à la maison où étaient le registre et le rôle public; et pour ne point y revenir ils s'inscrivirent et ils payèrent le fisc et la monnaie du tribut royal, avec quoi ils sortirent de cette obligation. Poursuivant leurs recherches, ils arrivèrent à d'autres hôtels; mais ayant demandé à loger en plus de cinquante maisons ils furent partout refusé et rejetés; les esprits célestes étaient dans l'admiration des Mystères sublimes du Seigneur, de la douceur et de la patience de Sa Mère Vierge et de la dureté et de l'insensibilité des hommes. Dans cette admiration, ils bénissaient le Très-Haut de Ses Oeuvres et de Ses Sacrements cachés, parce que dès ce jour Il voulut accréditer et élever à tant de gloire l'humilité et la pauvreté méprisées des mortels.

4, 9, 463 Il était neuf heures du soir lorsque le très fidèle Joseph rempli d'une amertume et d'une douleur intime se tourna vers sa Très Prudente Épouse et lui dit: «Ma très douce Dame, mon coeur défaille de douleur en cette circonstance, voyant que je ne peux Vous accommoder non-seulement comme Vous le méritez et comme mon affection le désirait; mais même Vous trouvant sans l'abri et le repos que l'on refuse rarement ou presque jamais aux plus pauvres mêmes et aux plus méprisés du monde. Cette permission du Ciel a sans doute un mystère, que les coeurs des hommes ne se meuvent point pour nous recevoir dans leurs maisons. Je me souviens, Madame, qu'hors des murs de la ville il y a une caverne qui a coutume de servir d'auberge aux pasteurs et à leurs troupeaux. Avançons vers là, et si par chance elle est désoccupée, Vous aurez là du ciel quelque refuge, puisque

Vous en êtes dépourvue de la terre.» La Très Prudente Vierge lui répondit: «Mon époux et mon seigneur, que votre coeur très compatissant ne s'afflige pas de ce que les désirs très ardents produits par l'affection que vous avez pour le Seigneur ne s'exécutent point. Et puisque je L'ai dans mes entrailles, je vous supplie par Lui-même que nous Lui rendions grâces de ce qu'Il en a ainsi disposé. Le lieu que vous dites sera très à propos pour mon désir. Que vos larmes se changent en joie avec l'amour et la possession de la pauvreté qui est le riche et inestimable trésor de mon Très Saint Fils (Marc 10: 21). Il vient des Cieux pour le chercher (2 Cor. 8: 9), préparons-le-Lui avec jubilation de nos âmes car la mienne n'a pas d'autre consolation, et faites-moi voir que vous vous réjouissez aussi en cela. Allons contents où le Seigneur nous guide.» Les saints Anges dirigèrent par là les divins Époux, leur servant de flambeaux très lumineux; et arrivant à l'antre ou grotte ils la trouvèrent vide et seule. Remplis d'une consolation céleste, ils louèrent le Seigneur pour ce bienfait; et il arriva ce que je dirai dans le chapitre suivant.


DOCTRINE QUE ME DONNA LA REINE DU CIEL,







LA TRÈS SAINTE MARIE.


4, 9, 464. Ma très chère fille, si tu es d'un coeur tendre et docile pour le Seigneur, les Mystères divins que tu as écrits et compris seront puissants pour mouvoir en toi de douces et amoureuses affections envers l'Auteur de tant de sublimes merveilles, en présence desquelles je veux que dès aujourd'hui tu fasses une nouvelle et grande appréciation de te voir rebutée et mésestimée du monde. Et dis-moi, mon amie, si en échange de cet oubli et de ce mépris reçus avec une volonté joyeuse, Dieu place en toi les yeux et la force de Son très doux Amour, pourquoi n'achèteras-tu pas si bon marché ce qui vaut non moins qu'un prix infini? Que te donneront les hommes mêmes quand ils te célébreront et t'estimeront le plus. Et que laisseras-tu si tu les méprises? Tout n'est-il pas que mensonge et vanité (Ps. 4: 3)? N'est-ce pas une ombre fugitive (Sag. 5: 9) et momentanée qui s'évanouit entre les mains de ceux qui travaillent pour la saisir. Puis quand tu trouverais tout dans les tiennes que ferais-tu de grand en les méprisant

gratuitement? Considère bien combien moins tu feras en les rejetant pour acquérir l'Amour de Dieu même, le mien et celui des Anges. Refuse tout cela de tout coeur, ma très chère. Et si le monde ne te méprise pas autant que tu dois le désirer, méprise-le toi, et demeure libre, dégagée et seule, afin d'être accompagnée du souverain Bien, ton Dieu et ton Tout (2 Pet. 1: 4) et de recevoir avec plénitude les très heureux effets de Son amour et d'y correspondre avec liberté.


4, 9, 465. Mon Très Saint Fils est un Amant si fidèle des âmes qu'Il me posa afin que je fusse Maîtresse et Exemplaire vivant pour leur enseigner l'amour de l'humilité et le mépris efficace de la vanité et de l'orgueil. Ce fut aussi par Son ordre que Sa Majesté et moi Sa servante et Sa Mère, Nous fûmes privés de l'abri et de l'accueil parmi les hommes, donnant ainsi par cet abandon un motif aux âmes amoureuses et affectueuses de Lui offrir elles-mêmes un abri dans leur intérieur et afin qu'Il Se tînt pour obligé par une volonté si attentive à venir et à demeurer en elles; Il chercha aussi la solitude et la pauvreté, non parce qu'Il avait besoin de ces moyens pour opérer les vertus dans un degré très parfait, mais pour enseigner aux mortels que c'était le chemin le plus court et le plus sûr pour arriver au plus sublime de l'Amour divin et de l'union avec Dieu même.


4, 9, 466. Tu sais bien, Ma très chère, que tu es sans cesse admonestée et enseignée par la Lumière d'en-haut, afin qu'oublieuse du terrestre et du visible tu te ceignes de force et tu t'élèves à m'imiter, copiant en toi selon tes forces, les actes et les vertus que je te manifeste de ma vie. Et c'est le premier but de la Science que tu reçois pour l'écrire; afin que tu aies en moi cette règle et que tu t'en serves pour composer ta vie et tes oeuvres de la manière que j'imitais celles de mon très doux Fils. Et tu dois modérer la crainte que ce commandement t'a causée, l'imaginant supérieur à tes forces: reprends courage avec cette parole que mon Très Saint Fils a dite par l'Évangéliste saint Matthieu: «Soyez parfaits, comme Mon Père céleste est parfait.» Cette Volonté du Très-Haut qu'Il propose à la Sainte Église n'est pas impossible à Ses enfants, et s'ils s'y disposent de leur côté, Il ne refusera à aucun cette grâce pour obtenir la ressemblance avec le Père Céleste; parce que mon Très Saint Fils la leur a méritée. Mais le pesant oubli et le mépris que les hommes font de leur Rédempteur empêche que Son Fruit soit efficacement obtenu par eux.


4, 9, 467. Ma fille, je veux de toi spécialement cette perfection, et je t'y convie par le moyen de la douce Loi de l'Amour à laquelle ma Doctrine est dirigée. Considère et pèse avec la Lumière divine en quelle obligation je te mets, et travaille à y correspondre avec la prudence d'une fille fidèle et soigneuse, sans que tu sois embarrassée par aucune difficulté ni aucun travail, et que tu n'omettes ni vertu ni acte de perfection quelque difficile qu'il soit. Et tu ne dois pas te contenter de prendre soin d'être dans l'amitié de Dieu et de sauver ton âme propre; mais si tu veux être parfaite à mon imitation et te conformer à ce que l'Évangile enseigne, tu dois procurer le salut des autres âmes et l'exaltation du saint Nom de mon Fils et être un instrument entre Ses mains Puissantes pour les choses fortes et Son plus grand agrément et Sa plus grande gloire.


NOTES EXPLICATIVES

Extraites de celles de Don Creseto, à l'usage des prêtres.


4, 9, [a]. Plusieurs saints eurent de Dieu le don de pénétrer les coeurs: et d'en voir plus ou moins les pensées. La Bienheureuse Marie des Anges en donna la raison: «Deux amants passionnés ne peuvent se retenir de se communiquer l'un à l'autre leurs secrets», vie écrite par le p. Anselme c. 39. Mais ce que Dieu accorda à plusieurs saints ne l'aurait-il pas accordé à Sa Mère? Saint Ambroise dit: «Dans les privilèges de la grâce aucun saint des plus illustres ne surpassa Marie.» [De inst. Virg. c. 5]. Et Albert-le-Grand, [Bibl. Mar. in Luc, 13]: «Marie eut toutes les grâces générales et spéciales de toutes les créatures dans le suprême degré.» Voir saint Thomas de Villeneuve, [Ser. 2, de Assumpt., et Suarez, in 3 p. q. 27, 5. 2, disp. 13, sect. 2].


4, 9, [b. On voit que ces dons gratuitement donnés contribuaient aussi beaucoup à la plus grande sanctification de Marie et à l'augmentation de ses mérites, comme aussi au bénéfice d'autrui. Voir Suarez p. 3, t. 2, disp. 13, sect. 3.].
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