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Marie d'Agreda "La Cité Mystique de Dieu" livre version numérisée

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Message par sga le Mar 29 Oct 2019 - 13:21

CHAPITRE 24


La blessure qu'ils firent avec la lance dans le Côté de Jésus-Christ déjà mort; Sa descente de la Croix et Sa sépulture, et ce que la Très Sainte Marie opéra dans ces oeuvres, jusqu'à ce qu'Elle revînt au Cénacle.


6, 24, 1436. L'Évangéliste saint Jean dit que la Très Sainte Marie Mère de Jésus était près de la Croix (Jean 19: 25), accompagnée de Marie Magdeleine et de Marie Cléophas, et quoiqu'il le dise avant que le Sauveur expirât, on doit entendre que l'invincible Reine persévéra ensuite, toujours debout, près de la Croix, y adorant son Jésus défunt et la Divinité toujours unie au Corps sacré [a]. L'Auguste Dame du Ciel était très constante et très immobile dans ses vertus ineffables, au milieu des ondes impétueuses des douleurs qui entraient jusqu'à l'intime de son Coeur très chaste; et Elle conférait dans son secret avec sa Science éminente les Mystères de la Rédemption des hommes et l'harmonie avec laquelle la Sagesse divine disposait tous ces sacrements. La plus grande affliction de la Mère de Miséricorde était l'ingratitude déloyale que les hommes montraient à leur propre dommage pour un Bienfait si rare et si digne de remerciements éternels. Elle était inquiète en même temps comment Elle donnerait la sépulture au Corps sacré de son Très Saint Fils, qui Le lui descendrait de la Croix où ses yeux divins étaient toujours élevés. Avec cette douloureuse inquiétude Elle se tourna vers ses saints Anges qui l'assistaient et Elle leur dit: «Ministres du Très-Haut et mes amis dans la tribulation, vous connaissez qu'il n'y a point de douleur semblable à ma douleur; dite-moi donc comment je descendrai de la Croix Celui qu'aime mon Âme, où et
comment je Lui donnerai une sépulture honorable, car ce soin me regarde comme Mère; dites-moi ce que je ferai et aidez-moi dans cette circonstance avec votre diligence.»

6, 24, 1437. Les saint Anges lui répondirent: «Notre Reine et notre Maîtresse, que Votre Coeur affligé se dilate pour ce qui lui reste à souffrir. Le Seigneur tout-puissant a caché aux mortels Sa Gloire et Sa Puissance pour S'assujettir à la disposition impie des hommes cruels et malins, et Il veut toujours consentir que les lois posées par les hommes s'accomplissent, et l'une d'elles est que les sentenciés à mort ne soient pas ôtés de la Croix sans la permission du juge même. Nous serions prêts à Vous obéir et puissants pour défendre notre vrai Dieu et Créateur; mais Sa droite nous retient, parce que Sa Volonté est de justifier Sa cause en tout et de répandre la partie du Sang qui Lui reste pour le bénéfice des hommes, afin de les obliger davantage au retour de Son Amour qui les a rachetés si copieusement (Ps 129: 7) Et s'ils ne profitent point de ce Bienfait comme ils doivent leur châtiment sera lamentable et sa sévérité sera en proportion de la lenteur que Dieu aura mise à Sa vengeance.» Cette réponse des Anges accrut la douleur de la Mère affligée; parce qu'il ne lui avait pas été manifesté que son Très Saint Fils devait être blessé de la lance, et la crainte de ce qui y arriverait au Corps sacré la mit dans une angoisse et une tribulation nouvelles.

6, 24, 1438. Elle vit ensuite la troupe de gens armés qui venait en se dirigeant vers la montée du Calvaire et la crainte de quelque nouvel opprobre qu'ils feraient contre le Rédempteur défunt croissant, Elle parla à saint Jean et aux Marie: «Hélas! ma douleur arrive à l'extrême et mon Coeur se fend dans ma poitrine! Peut-être que les ministres et les Juifs ne sont point satisfaits d'avoir fait mourir mon Fils et mon Seigneur; et qu'ils prétendent maintenant faire quelque nouvelle offense contre Son Corps sacré déjà défunt?» C'était la vigile du grand sabbat des Juifs et pour la célébrer sans autre souci (Jean 19: 31), ils avaient demandé à Pilate la permission de rompre les jambes aux trois justiciés, avec quoi ceux-ci achevassent de mourir, afin qu'ils pussent les descendre des croix ce soir même, et que leurs corps n'y demeurassent point le jour suivant. Cette compagnie de soldats qu'avait vue la Très Saint Marie arriva au Calvaire dans cette intention. A leur arrivée, comme ils trouvèrent les deux larrons vivants, ils leur rompirent les jambes (Jean 19: 32); avec ce tourment ces justiciés achevèrent leur vie. Mais s'approchant de notre Sauveur Jésus-Christ ils Le trouvèrent déjà mort; ainsi ils ne Lui rompirent point les jambes (Jean 19: 33), s'accomplissant ainsi la mystérieuse prophétie de l'Exode où Dieu commandait de ne point rompre les os de l'Agneau figuratif (Ex. 12: 46) qu'ils mangeaient à la Pâque. Mais un soldat appelé Longin [b] s'approcha de la Croix de Jésus et Le perça d'une lance (Jean 19: 34-35) en Lui pénétrant le Côté et aussitôt il sortit du Sang et de l'Eau de la blessure, comme l'affirme saint Jean qui le vit et qui rendit témoignage de la vérité.

6, 24, 1439. Cette blessure de la lance que le saint Corps défunt ne put éprouver, Sa Mère la sentit, recevant la douleur dans son Coeur très chaste comme si Elle eût reçu la blessure. Mais ce tourment fut surpassé par celui de son Âme très sainte, voyant la nouvelle cruauté avec laquelle ils avaient rompu le Côté de son Fils déjà mort. Et mue d'une piété et d'une compassion égales, oubliant son propre tourment, Elle dit à Longin: «Le Tout-Puissant te regarde avec des yeux de Miséricorde pour la peine que tu as donnée à mon Âme.» Son indignation arriva jusqu'ici et non plus loin, ou pour mieux dire, sa très pieuse mansuétude pour notre instruction à tous, quand nous serions offensés. Parce que dans l'estime de la Très Candide Colombe, cette injure que reçut Jésus-Christ mort fut très pondérable, et le retour qu'Elle donna au délinquant fut le plus grand des Bienfaits, qui fut que Dieu le regarda avec des yeux de Miséricorde, rendant des Dons et une Bénédiction à l'offenseur pour ses torts. Et il en arriva ainsi; parce que Notre-Seigneur Jésus-Christ incliné par les prières de Sa Très Sainte Mère, ordonna que quelques gouttes du Sang et de l'Eau qui sortirent de Son divin Côté jaillissent sur la face de Longin et lui donnât, par le moyen de ce Bienfait, la vue corporelle qu'il n'avait presque pas, et lui donnât en même temps la vue de l'âme pour connaître le divin Crucifié; il pleura ses péchés et les lava avec le Sang et l'Eau qui sortirent du Côté du Christ et il Le connut et Le confessa pour Dieu véritable et le Sauveur du monde. Et il Le prêcha aussitôt en présence des Juifs à leur plus grande confusion et en témoignage de leur dureté et de leur perfidie.

6, 24, 1440. La Très Prudente Reine connut le mystère du coup de lance, et comment en ce dernier Sang et cette Eau sortis du Côté de son Très Saint Fils, sortait de Lui la nouvelle Église, lavée et renouvelée en vertu de Sa Passion et de Sa Mort; et que de Son Coeur sacré sortaient comme de leur racine les rameaux qui s'étendraient par tout le monde avec des fruits de Vie Éternelle. Elle conféra de même intérieurement dans son Coeur le mystère de cette pierre frappée de la verge(Ex. 17: 6) de la Justice du Père Éternel, afin qu'il en jaillit une eau vive pour apaiser la soif de tout le genre humain, rafraîchissant et récréant tous ceux qui iraient à elle pour y boire. Elle considéra la correspondance de ces cinq fontaines des Pieds, des Mains et du Côté qui s'ouvrirent dans le nouveau paradis de l'Humanité très sainte de Notre-Seigneur Jésus-Christ, plus abondantes et plus efficaces pour fertiliser le monde que celles (Gen. 2: 10) du paradis terrestre divisées en quatre partie par toute la superficie de la terre. La grande Reine résuma ces mystères et d'autres en un cantique de louanges qu'Elle fit à la gloire de son Très Saint Fils, après qu'Il fut blessé par la lance. Et avec ce cantique Elle fit une oraison très fervente, afin que tous ces sacrements de la Rédemption fussent exécutés au bénéfice de tout le genre humain.

6, 24, 1441. Le jour de Parasceve déclinait déjà vers le soir et la très pieuse Mère n'avait pas encore de certitude de ce qu'Elle désirait qui était la sépulture de son Fils Jésus défunt; parce que Sa Majesté donnait lieu à ce que la tribulation de Sa Mère très aimante fût allégée par les moyens que Sa Providence divine avait disposés, mouvant le coeur de Joseph d'Arimathie et de Nicodême afin qu'ils prissent soin de la sépulture et de l'enterrement de leur Maître. Ils étaient tous deux disciples du Seigneur et justes, quoique non point du nombre des soixante-douze; parce qu'ils étaient cachés par la crainte des Juifs (Jean 19: 38 qui abhorraient comme suspects et ennemis tous ceux qui suivaient la Doctrine de Jésus-Christ Notre-Seigneur et qui Le reconnaissaient pour leur Maître. L'ordre de la Volonté divine n'avait pas été manifesté à la Très Prudente Vierge sur ce qu'Elle désirait de la sépulture de son Très Saint Fils, et sa douloureuse inquiétude croissait avec la difficulté qui lui était présente, en quoi Elle ne trouvait point de sortie par sa propre diligence. Dans cette affliction, elle leva les yeux au Ciel et dit: «Père Éternel et mon Seigneur, j'ai été élevée de la poussière à la dignité très sublime de Mère de Votre Fils Éternel par Votre Sagesse infinie et la condescendance de Votre Bonté; et par Votre propre libéralité de Dieu immense, Vous m'avez concédé de Le nourrir à mes mamelles, de L'alimenter et de L'accompagner jusqu'à la Mort. Il m'appartient maintenant comme Mère de donner à Son Corps sacré une sépulture honorable, et mes forces arrivent à le désirer seulement et mon Coeur à se briser de ne pouvoir l'obtenir. Mon Dieu, je supplie Votre Majesté de disposer par Votre Puissance les moyens afin que je l'exécute.»

6, 24, 1442. La pieuse Mère fit cette oraison après que le Corps de Jésus mort eut reçu le coup de lance. Et peu après, Elle reconnut qu'une autre troupe de gens venait vers le Calvaire avec des échelles et un apparat d'autres choses par lesquelles Elle put s'imaginer qu'ils venaient ôter son Trésor inestimable de la Croix; mais comme Elle ne savait pas la fin, Elle s'affligea de nouveau dans le soupçon de la cruauté des Juifs, et se tournant ver saint Jean Elle lui dit: «Mon fils, quelle est donc l'intention de ceux qui viennent avec tant de préparatifs?» l'Apôtre répondit: «Ne craignez point, Madame, ce sont Joseph et Nicodême qui viennent avec d'autres de leurs serviteurs; et tous sont des amis et des serviteurs de Votre Très Saint Fils et mon Seigneur.» Joseph était juste aux yeux du Très-Haut, et noble dans l'estime du peuple, décurion (Luc 23: 50) par office de gouvernement et faisant partie du conseil comme l'Évangile le donne à entendre lorsqu'il y est dit que Joseph ne consentit point dans le conseil aux oeuvres des homicides de Jésus-Christ, car il Le reconnaissait pour le vrai Messie. Et quoique Joseph fût disciple caché jusqu'à la Mort de Jésus, néanmoins, il se manifesta alors, l'efficace de la Rédemption opérant ces effets nouveaux. Et Joseph déposant la crainte qu'Il avait eue jusqu'alors de l'envie des Juifs, et ne songeant point au pouvoir des Romains, entra hardiment chez Pilate et lui demanda le Corps de Jésus mort sur la Croix, pour L'en descendre et Lui donner une sépulture honorable, affirmant qu'il était innocent et le vrai Fils de Dieu; et que cette vérité était attestée par les miracles de Sa Vie et de Sa Mort [c].

6, 24, 1443. Pilate n'osa point refuser à Joseph ce qu'il demandait; au contraire il lui permit de disposer du Corps mort de Jésus selon tout ce qui lui semblait bien. Joseph sortit ce la maison du juge avec cette permission, et il appela Nicodême qui était juste aussi et savant dans les lettres Divines et humaines et dans les Saintes Écritures, comme on le voit en ce qui arriva lorsqu'il alla de nuit entendre la Doctrine de notre Seigneur, comme saint Jean le raconte (Jean 3: 2). Ces deux saints hommes résolurent avec un vaillant courage de donner la sépulture à Jésus crucifié. Joseph prépara le linceul (Matt. 27: 59) et le suaire pour L'envelopper; et Nicodême acheta jusqu'à cent livres (Jean 19: 39) des aromates dont les Juifs avaient coutume d'oindre les défunts de plus grande noblesse. Ils prirent le chemin du Calvaire avec cette préparation et d'autres instruments,
accompagnés de leurs serviteurs et de quelques personnes pieuses et dévotes en qui opérait dès lors aussi le Sang du divin Crucifié répandu pour tous.

6, 24, 1444. Ils arrivèrent en la présence de la Très Sainte Marie qui assistait au pied de la Croix avec une douleur incomparable, accompagnée de saint Jean et des Marie. Et au lieu de la saluer, la douleur se renouvela en tous avec tant de force et d'amertume par la vue du spectacle lamentable et Divin, que Joseph et Nicodême demeurèrent pendant quelque temps prosternés aux pieds de la grande Reine et tous à celui de la Croix, sans contenir leurs larmes et leurs soupirs et sans proférer une seule parole. Ils pleuraient tous avec des clameurs et des lamentations d'amertume, jusqu'à ce que l'invincible Reine les relevât de terre, les ranimât et les confortât; ils la saluèrent alors avec une humble compassion. La Mère très attentive se montra reconnaissante envers eux de leur piété et du service qu'ils faisaient à leur Dieu, leur Seigneur et leur Maître, en donnant la sépulture à son Corps sacré, et Elle leur promit en Son Nom la récompense de cette oeuvre. Joseph d'Arimathie répondit: «Nous sentons déjà, notre Dame, dans le secret de nos coeurs la force douce et suave du divin Esprit qui nous a mus par des affections si amoureuses que nous ne pouvons les mériter et nous ne savons les expliquer.» Ensuite, ils ôtèrent les capes ou manteaux qu'ils avaient et Joseph et Nicodême approchèrent de leurs mains les échelles de la Sainte Croix et ils montèrent pour déclouer le Corps sacré, la glorieuse Mère étant très proche et saint Jean et la Magdeleine l'assistant. Il sembla à Joseph que la douleur de la divine Dame serait renouvelée si Elle arrivait à toucher le Corps sacré quand ils Le descendraient, et il avertit l'Apôtre de la retirer quelque peu pour la divertir de cet acte. Mais saint Jean qui connaissait plus le Coeur invincible de la Reine répondit qu'Elle avait assisté à tous les tourments du Sauveur depuis le commencement de la Passion et qu'Elle ne Le quitterait pas jusqu'à la fin; parce qu'Elle Le vénérait comme Dieu et qu'Elle L'aimait comme fils de ses entrailles.

6, 24, 1445. Ils la supplièrent néanmoins de prendre en bonne part la prière qu'ils lui faisaient de se retirer un peu pendant qu'ils descendraient leur Maître de la Croix. La grande Dame du Ciel répondit et dit: «Mes très chers Seigneurs, puisque je me suis trouvée à voir clouer mon très doux Fils sur la Croix, veuillez trouver bon que je me trouve à Le déclouer; car quoique cet acte si pieux blesse de nouveau mon Coeur, il donnera d'autant plus de soulagement à ma douleur, que je le verrai et le traiterai davantage.» Sur cela ils commencèrent à disposer la descente de la Croix. Ils ôtèrent d'abord la couronne de la Tête sacré, découvrant les plaies et les ouvertures très profondes qu'elle y laissait. Ils la descendirent avec grande vénération et avec larmes et ils la mirent entre les mains de la Très Douce Mère. Elle la reçut à genoux et Elle l'adora avec un culte admirable [d], l'approchant de son visage Virginal et l'arrosant d'abondantes larmes, recevant par le contact quelque part des blessures des épines. Elle demanda au Père Éternel que ces épines consacrées par le Sang de Son Fils fussent tenues en digne révérence par les fidèles au pouvoir de qui elles viendraient dans les temps à venir [e].

6, 24, 1446. Aussitôt saint Jean, la Magdeleine, les Marie et d'autres femmes, ainsi que des fidèles qui étaient là les adorèrent à l'imitation de la Très Sainte Vierge; et ils firent de même pour les clous. Ils furent d'abord consignés à la divine Mère qui les adora et ensuite tous les assistants. La grande Reine se mit à genoux pour recevoir le Corps mort de son Très Saint Fils et Elle étendit les bras avec le linceul déployé. Saint Jean assistait à la Tête et la Magdeleine aux Pieds pour aider Joseph et Nicodême et tous ensemble ils Le mirent dans les bras de la Très Douce Mère avec une grande vénération et avec larmes. Cette circonstance fut pour la Mère-Vierge d'une consolation et d'une compassion égales; parce que les douleurs du Coeur très chaste de la Mère furent renouvelées de voir cette beauté, la plus grande entre tous les enfants des hommes, blessée et défigurée et Elle éprouvait une douleur et en même temps une joie incomparable de Le tenir dans ses bras et sur son sein, parce que son Amour très ardent se reposait dans son Trésor. Elle L'adora avec un culte et une révérence suprêmes, versant des larmes de Sang. Après son Altesse, toute la multitude des Anges qui l'assistaient L'adorèrent aussi, quoique cet acte fût caché aux assistants. Et saint Jean commençant, ils adorèrent tous le Corps sacré selon leur rang. La Très Prudente Mère assise sur le sol Le tenait dans ses bras, afin que tous Lui rendissent leurs adorations.

6, 24, 1447. Notre grande Reine se gouvernait dans toutes ses actions avec une sagesse et une prudence si Divines que les Anges et les hommes en étaient dans l'admiration; parce que ses paroles étaient d'une grande pondération, très douces pour les caresses et la compassion de Sa Beauté défunte, tendres à cause de la douleur de son Coeur, mystérieuses en ce qu'elles signifiaient et comprenaient. Elle pondérait sa douleur au-dessus de tout ce qui peut en causer aux mortels. Elle mouvait les coeurs à la compassion et aux larmes, Elle les illustrait tous pour connaître le sacrement si Divin qu'ils traitaient. Et outre cela, Elle gardait dans son air une humble majesté entre la sérénité de son visage et la douloureuse tristesse qu'Elle souffrait, sans excéder ni manquer à ce qu'Elle devait. Avec cette vérité si uniforme, Elle parlait à son Très Aimable Fils, au Père Éternel, aux Anges, à ceux qui étaient présents et à tout le genre humain, pour la Rédemption duquel Il S'était livré à la Passion et à la Mort. Je ne m'arrête pas davantage à particulariser les raisons très prudentes et très douloureuses de l'Auguste Dame du Ciel dans cette circonstance; parce que la piété Chrétienne en pensera plusieurs et il ne m'est pas possible de m'arrêter en chacun de ces mystères.

6, 24, 1448. Il y avait déjà quelque temps que la douloureuse Mère avait sur son sein Jésus mort; et parce qu'il était déjà tard, saint Jean et Joseph la supplièrent de donner lieu à l'enterrement de son Fils, le Dieu véritable. La Très Prudente Mère le permit; et sur le même linceul [f], le saint Corps fut oint avec les espèces et les onguents aromatiques (Jean 19: 40) que Nicodême avait apportées, employant dans ces religieuses obsèques toutes les cents livres qui avaient été achetés. Et le Corps déifié ainsi oint fut placé sur une civière pour être porté au sépulcre. La Dame du Ciel, très attentive à tout, convoqua du Paradis plusieurs choeurs d'Anges afin qu'ils accourussent avec ceux de sa garde à l'enterrement du Corps de leur Créateur, et à l'instant ils descendirent des hauteurs en corps visibles pour leur Reine et leur Maîtresse; mais non visibles pour les autres assistants. Il s'ordonna une procession d'Anges et un autre d'hommes, et les porteurs du Corps Très Saint furent saint Jean, Joseph, Nicodême et le Centurion qui avait assisté à la Mort de Jésus et qui L'avait confessé Fils de Dieu [g]. La divine Mère suivait accompagnée de la Magdeleine, des Marie et des autres pieuses femmes, ses disciples. En outre, un grand nombre de fidèles vinrent se joindre au cortège: ceux-ci mus par la Lumière divine étaient venus au Calvaire après le coup de lance. Tous étant rangés en une procession ordonnée, marchèrent en silence et avec larmes vers un jardin qui était proche où Joseph avait sculpté et travaillé artistement un sépulcre (Jean 19: 41) neuf où personne n'avait encore été déposé ni enterré. Ils mirent le Corps divin de Jésus dans ce très heureux sépulcre. Et avant qu'Il fût recouvert par la pierre, Sa prudente et religieuse Mère L'adora de nouveau à l'admiration de tous les Anges et les hommes. Et ils l'imitèrent ensuite les uns et les autres, et ils adorèrent tous leur Seigneur crucifié et enseveli; puis ils fermèrent le sépulcre avec la pierre qui était très grande (Matt. 27: 60) comme dit l'Évangéliste.

6, 24, 1449. Le sépulcre de Jésus-Christ étant fermé, ceux qui s'étaient ouverts à Sa Mort se refermèrent aussi; parce qu'entre autres mystères, ils étaient comme dans l'attente s'ils auraient l'heureux sort de recevoir en eux leur Créateur Incarné défunt, qui était ce qu'ils pouvaient offrir lorsque les Juifs ne recevaient pas vivant ce Jésus qui était leur Bienfaiteur. Plusieurs Anges demeurèrent à la garde du sépulcre, leur Reine et leur Maîtresse le leur ayant commandé comme celle qui y laissait déposé son propre Coeur. Et ils retournèrent tous au Calvaire dans le même silence et le même ordre qu'ils en étaient venus. La divine Maîtresse des vertus s'approcha de la Sainte Croix et l'adora avec une vénération et un culte excellent. Aussitôt, saint Jean, Joseph et tous ceux qui avaient assisté à l'enterrement la suivirent dans cet acte. Il était déjà tard et le soleil baissait; la grande Reine s'en alla du Calvaire pour se réfugier dans la maison du Cénacle, où ceux qui avaient été à l'enterrement l'accompagnèrent: et la laissant dans le Cénacle avec saint Jean, les Marie et ses autres compagnes, les autres fidèles prirent congé de la Vierge-Mère et lui demandèrent sa bénédiction avec beaucoup de larmes et de sanglots. La Très Humble et Très Prudente Dame les remercia des obsèques qu'ils avaient faites à son Très Saint Fils et du bienfait qu'Elle avait reçu; et Elle les congédia remplis d'autres faveurs intérieures et cachées et de bénédictions de douceur de sa pieuse humilité et de son aimable naturel.

6, 24, 1450. Les Juifs confus et troublés de ce qui arrivait, allèrent trouver Pilate (Matt. 27: 62) le samedi matin et lui demandèrent de commander que le sépulcre fût gardé; parce que le Christ, qu'ils avaient appelé séducteur, avait dit et déclaré qu'après trois jours Il ressusciterait, et qu'il serait bien possible que Ses disciples enlevassent Son Corps et dissent qu'Il était ressuscité. Pilate condescendit à cette malicieuse précaution; et il leur concéda les gardes qu'ils demandaient (Matt. 27: 65) et ils les mirent au sépulcre. Mais les pontifes perfides ne prétendaient qu'obscurcir l'événement qu'ils craignaient, comme on le connut ensuite quand ils subornèrent les gardes, afin qu'ils dissent que Notre-Seigneur Jésus-Christ n'était pas ressuscité (Matt. 28: 12-13); mais que Ses disciples
L'avaient volé. Et comme il n'y a point de conseil contre Dieu (Prov. 21: 30) la Résurrection fut divulguée et confirmée davantage par ce moyen.

DOCTRINE QUE ME DONNA LA REINE DU CIEL.

6, 24, 1451. Ma fille, la blessure que mon Très Saint Fils reçut dans le Côté par la lance fut cruelle et douloureuse seulement pour moi; mais ses effets et ses mystères sont très doux pour les âmes saintes qui savent goûter de sa douceur. Quant à moi, elle m'affligea beaucoup, mais à ceux pour qui cette faveur mystérieuse fut dirigée, elle sert de grande consolation et de grand soulagement dans leurs douleurs. Et afin de le comprendre et d'y participer, tu dois considérer que pour l'Amour très ardent que mon Fils et mon Seigneur eut pour les hommes, Il voulut recevoir, outre les plaies des pieds et des mains, celle du Côté sur le Coeur qui est le siège de l'Amour, afin que les âmes entrassent par cette Porte pour le goûter et y participer dans la source même et qu'elles eussent là leur rafraîchissement et leur refuge. Je veux que tu ne cherches que celui-là seul dans le temps de ton exil et que tu aies là ton habitation assurée sur la terre. Là tu apprendras les conditions et les lois de l'Amour dans lequel tu dois m'imiter; là tu comprendras qu'en retour des offenses que tu recevras tu dois rendre des bénédictions à celui qui les fera contre toi ou contre quelque chose qui t'appartient comme tu as connu que j'ai fait quand j'étais désolée de la blessure que mon Très Saint Fils déjà mort avait reçue au Coeur. Et je t'assure, ma très chère, que tu ne peux rien faire de plus puissant auprès du Très-Haut pour obtenir efficacement la grâce que tu désires. Et l'oraison que l'on fait en pardonnant les injures est puissante non-seulement pour soi-même, mais aussi pour l'offenseur; parce que le coeur pieux de mon Très Saint Fils S'émeut en voyant que les créatures L'imitent en pardonnant et en priant pour celui qui les offense, car elles participent en cela de la très ardente Charité qu'Il manifesta sur la Croix. Écris cette Doctrine dans ton coeur, exécute-la pour m'imiter et me suivre dans la vertu dont je fis la plus grande estime. Regarde par cette blessure le Coeur de Jésus-Christ ton Époux et moi qui ai aimé en Lui si doucement et si efficacement les offenseurs et toutes les créatures.

6, 24, 1452. Considère aussi la Providence très ponctuelle et très attentive avec laquelle le Très-Haut accourt opportunément aux nécessités des créatures qui L'invoquent avec une confiance véritable, comme Sa Majesté le fit envers moi quand je me trouvai affligée et abandonnée pour donner la sépulture à mon Très Saint Fils, comme je devais le faire. Pour me secourir dans cette angoisse, le Seigneur disposa avec une pieuse charité et avec affection les coeurs de Joseph et de Nicodême et des autres fidèles qui accoururent pour L'ensevelir. Et la consolation que ces hommes justes me donnèrent dans cette tribulation fut telle qu'à cause de cette oeuvre et de mon oraison, le Très-Haut les remplit des influences admirables de Sa Divinité dont ils furent favorisés tout le temps que dura l'enterrement et la descente de la Croix.; et depuis cette heure ils demeurèrent renouvelés et éclairés sur les Mystères de la Rédemption. Tel est l'ordre admirable de la douce et forte Providence du Très-Haut; car pour S'obliger envers certaines créatures, Il en met d'autres dans l'affliction et il meut la piété de celui qui peut faire le bien au nécessiteux, afin que le bienfaiteur, par la bonne oeuvre qu'il fait, et par l'oraison du pauvre qui la reçoit, soit rémunéré par la grâce qu'il n'eût point méritée par une autre voie. Et le Père des Miséricordes qui inspire la bonne oeuvre et qui y porte par Ses secours, la paye ensuite comme de Justice, parce que nous correspondons à Ses inspirations par le peu que nous coopérons de notre côté, et ce peu étant bon, provient tout de Sa main (Jac. 1: 17).

6, 24, 1453. Considère aussi l'ordre très équitable de cette Providence dans la Justice qu'elle exerce, compensant les offenses qui sont reçues avec patience; puisque mon Très Saint Fils étant mort méprisé, déshonoré, blasphémé des hommes, le Très-Haut ordonna aussitôt qu'Il fût enseveli honorablement et Il en porta plusieurs à Le confesser pour le Rédempteur et vraie Dieu et à Le proclamer Saint, Innocent et Juste; dans l'occasion même où ils achevaient de Le crucifier honteusement Il fut adoré et vénéré avec le culte suprême comme Fils de Dieu; et qu'il y eut jusqu'à Ses ennemis qui sentirent au dedans d'eux-mêmes l'horreur et la confusion du péché qu'ils avaient commis en Le persécutant. Quoique tous ne profitassent point de ces Bienfaits, néanmoins ils furent des effets de l'innocence et de la Mort du Seigneur. Et je concourus moi aussi par mes prières à ce que Sa Majesté fût connu et vénéré de ceux qui Le connaissaient.

NOTES EXPLICATIVES
Extraites de celles de Don Creseto, à l'usage des prêtres.
6, 24, [a]. C'est un dogme de Foi Catholique que Jésus-Christ étant mort, la Personne divine demeura unie tant à l'Âme qu'au Corps mort du Sauveur; c'est pourquoi l'adoration de Latrie proprement dite était due à ce Corps divinisé. «Nous croyons et confessons avec constance que l'Âme de Jésus-Christ étant séparée de Son Corps, la Divinité fut toujours conjointe tant au Corps dans le sépulcre qu'à l'Âme dans les enfers.» [Cat. Rom. De 4 art. Symb. n. 6].
6, 24, [b]. Le soldat qui donna le coup de lance à Jésus est appelé Langin dans le Martyrologe Romain, 15 mars, et il est honoré comme Martyr avec messe et office propre dans la basilique du Vatican à Rome. Qu'il eut les yeux malades et qu'Il en guérit par quelques gouttes du Sang du Côté de Jésus-Christ qui tomba sur lui, nous le savons de saint Grégoire de Nazianze [Carm. de Chris. pat.] de saint Jean Chrysostôme [in Joan.] et de saint Augustin, [Manuale].
Le coup de lance dut être si violent que la pointe entrant au côté droit transperça ce Côté divin et alla sortir du côté gauche. C'est ce que nous rapporte la tradition. Voir Ventura, [Trésor Caché, tom. II, hom. 33]. Qu'ensuite le coup de lance ait été donné du côté droit, cela est confirmé par les stigmates de saint François D'Assise qui avait la blessure du côté à droite; et par saint Grégoire de Nazianze, Innocent III, saint Bernard, saint Bonaventure, et sainte Brigitte. Voir Sylveira, [lib. VIII, c. XX, Q. 4, n. 19]. La même chose est aussi confirmée par les révélations de sainte Gertrude au [Lv. 4, c. 4].
6, 24, [c]. Saint Anselme, [dial. de Pass.] dit lui avoir été révélé par la Très Sainte Vierge que Joseph d'Arimathie, entre autres raisons, représenta aussi à Pilate la grande douleur de la Mère qui était au pied de la Croix et près de mourir de douleur, à laquelle la sépulture de son Fils serait de quelque consolation. [A. Lapidus in Matt. 27: 58].
6, 24, [d]. On doit à la couronne et aux autres instruments de la Passion le même culte qu'à la sainte Croix, c'est-à-dire le culte de Latrie relative, comme saint François de Sales, Docteur de l'Église, le démontre magnifiquement dans son ouvrage L'Étendard de la Croix, [l. 4, c. 5 et 9]; et comme avaient enseigné avant lui pareillement les Docteurs de l'Église, saint Jean Damascène, saint Thomas d'Aquin, saint Bonaventure, etc.
6, 24, [e]. On dit que la couronne d'épines se trouve à Paris dans la Sainte Chapelle. Deux épines de cette couronne sont à Rome dans l'Église de Sainte Croix de Jérusalem. Une autre est à Venise et elle fut portée là de Rhodes où en l'année 1457 elle avait porté des fleurs le Vendredi-Saint, miracle dont furent témoins oculaires plusieurs personnages insignes et doctes.
6, 24, [f]. Le saint Suaire se trouve à Turin.
6, 24, [g]. Ce centurion s'appelait Caius Oppius et était Espagnol. Plus tard il devint prédicateur de l'Évangile et troisième évêque de Milan après saint Barnabé. [Voir Lucius Destro dans sa chronique à l'an 34 de Jésus-Christ.
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Marie d'Agreda "La Cité Mystique de Dieu" livre version numérisée - Page 7 Empty Re: Marie d'Agreda "La Cité Mystique de Dieu" livre version numérisée

Message par sga le Mer 20 Nov 2019 - 18:08

CHAPITRE 25


Comment la Reine du Ciel consola saint Pierre et les autres Apôtres; la prudence avec laquelle Elle procéda après l'enterrement de son Fils, comment Elle vit descendre Son Âme très Sainte au Limbe des saints Pères.


6, 25, 1454. La plénitude de la Sagesse qui illuminait l'entendement de notre Auguste Reine et Maîtresse la Très Sainte Marie n'admettait aucun défaut ni aucun vide par lequel Elle laissât d'apporter advertance et attention, au milieu de
ses douleurs, à toutes les actions que l'occasion et le temps demandaient. Et avec cette Divine prévoyance, Elle conduisait le tout et Elle opérait le plus saint et le plus parfait de toutes les vertus. Après l'enterrement de notre bien-aimé Sauveur Jésus, Elle se retira à la maison du Cénacle, comme je l'ai déjà dit. Et étant dans la pièce où les Cènes avaient été célébrées, accompagnée de saint Jean, des Marie et d'autres saintes femmes qui avaient suivi le Sauveur depuis la Galilée, Elle leur parla ainsi qu'à l'Apôtre; Elle les remercia avec larmes et une profonde humilité pour la persévérance avec laquelle ils l'avaient accompagnée dans le cours de la Passion de son très aimant Fils, au Nom de qui Elle leur promettait la récompense de la piété et de l'affection constante avec lesquelles ils L'avaient suivie; et Elle s'offrit aussi comme Servante et Amie de ces saintes femmes. Elles reconnurent toutes ensemble avec saint Jean cette grande faveur et elles lui baisèrent la main lui demandant sa bénédiction. Elles la supplièrent aussi de se reposer un peu et d'accepter quelque réfection corporelle. La Reine répondit: «Mon repos et mon soulagement doit être de voir mon Fils et mon Seigneur ressuscité. Vous autres, mes très chères, satisfaites à votre nécessité comme il convient, pendant que je me retirerai seule avec mon Fils.»

6, 25, 1455. Elle se retira ensuite accompagnée de saint Jean, et étant seule avec lui, Elle se mit à genoux et lui dit: «Il n'est pas raisonnable que j'oublie les Paroles que mon Très Saint Fils m'a dites sur la Croix. Sa bonté vous a nommé pour mon fils et moi pour votre Mère. Vous, seigneur, vous êtes prêtre du Très-Haut; il est raisonnable que je vous obéisse en tout ce que j'aurai à faire, à cause de cette grande dignité, et dès maintenant je veux que vous me commandiez et m'ordonniez, considérant que j'ai toujours été servante et toute ma joie est mise à obéir jusqu'à la mort.» La Reine dit cela avec beaucoup de larmes. Et l'Apôtre lui répondit en pleurant aussi. «Madame et Mère de mon Rédempteur et mon Seigneur, c'est moi qui dois être soumis à Votre obéissance (Luc 2: 51); parce que le nom de fils ne dit pas autorité, mais soumission et sujétion à sa Mère; et Celui qui m'a fait, moi, prêtre, Vous a fait Vous, Sa Mère, et Il a été assujetti à Votre volonté et à Votre obéissance, étant Créateur de tout l'Univers. Il sera raisonnable que je le sois, et que je travaille de toutes mes puissances à correspondre dignement à l'office qu'Il m'a donné de Vous servir comme Votre fils, en quoi je désirais être plutôt Ange qu'homme terrestre pour l'accomplir.» Cette réponse de l'Apôtre était très prudente, mais elle ne suffit pas pour vaincre l'humilité de la Mère des Vertus, car avec cette humilité Elle répliqua et dit: «Mon fils Jean, ma consolation sera de vous obéir comme chef, puisque vous l'êtes. Je dois toujours avoir un supérieur en cette vie, à qui je puisse soumettre ma volonté et mon sentiment, pour cela vous êtes ministre du Très-Haut et vous me devez cette consolation, comme fils, dans mon amère solitude.» «Ma Mère, que Votre volonté se fasse,» répondit saint Jean, «car en elle est ma sécurité.» Et sans répliquer davantage la divine Mère lui demanda permission de demeurer seule dans la méditation des Mystères de son Très Saint Fils; et Elle lui demanda aussi de bien vouloir sortir, afin de préparer quelque réfection pour les femmes qui l'accompagnaient, de les assister et de les consoler. Elle ne réserva que les Marie, parce qu'elles désiraient persévérer dans le jeûne jusqu'à ce qu'elles vissent le Seigneur ressuscité; et saint Jean dit à celles-ci qu'il leur permettait d'accomplir leur dévote affection.

6, 25, 1456. Saint Jean sortit pour consoler les Marie et il exécuta l'ordre que la Dame du Ciel lui avait donné. Après avoir satisfait à leur nécessité, ces pieuses femmes se retirèrent toutes et passèrent cette nuit en de douloureuses et amère méditations de la Passion et des Mystères du Sauveur. La Très Sainte Marie opérait avec cette Science si divine entre les vagues de ses angoisses et de ses douleurs, sans oublier pour cela l'accomplissement de l'obéissance, de l'humilité, de la Charité et de la prévoyance si ponctuelle pour tout ce qui était nécessaire. Elle ne s'oublia pas d'elle-même pour être attentive à la nécessité de ces pieuses disciples et pour celles-ci Elle ne laissa point d'être soigneuse en tout ce qui convenait à sa plus grande perfection. Elle accepta l'abstinence des Marie comme étant plus fortes et plus ferventes dans l'Amour; Elle fit attention à la nécessité des plus faibles. Elle disposa l'Apôtre en l'avertissant de ce qu'il devait faire à son égard et Elle opéra en tout comme grande Maîtresse de la Perfection et Souveraine de la Grâce. Elle fit tout cela quand les eaux de la tribulation avaient inondé jusqu'à son Âme (Ps. 68: 2). Parce qu'en demeurant seule dans sa retraite Elle lâcha le cours impétueux de ses affections douloureuses et Elle se laissa posséder toute entière intérieurement et extérieurement de l'amertume de son Âme, renouvelant les espèces de tous les Mystères et de la Mort ignominieuse de son Très Saint fils; des Mystères de Sa Vie, de Sa prédication et de Ses miracles; de la valeur infinie de la Rédemption des hommes; de la nouvelle Église qu'Il laissait fondée avec tant de beauté, de richesses de Sacrements et de Trésors de grâce; de la félicité incomparable de tout le genre humain, si abondamment et si glorieusement racheté; du sort inestimable des prédestinés qui l'obtiendraient
efficacement; de l'infortune formidable des réprouvés qui se seront rendus volontairement indignes de la gloire éternelle que son Très Saint Fils leur avait méritée.

6, 25, 1457. L'Auguste Dame du Ciel passa toute cette nuit dans la digne pondération de ces sacrements si sublimes et si cachés, pleurant, soupirant, louant, exaltant les Oeuvres de son Fils, Sa Passion, Ses Jugements très cachés et d'autres mystères très sublimes de la divine Sagesse et de la Providence cachée du Seigneur, et Elle faisait sur tous une très sublime méditation comme unique Mère de la véritable Sagesse, conférant parfois avec les saints Anges et d'autres fois avec le Seigneur Lui-même de ce que Sa Lumière divine lui donnait à éprouver dans son Coeur très chaste. Le samedi matin après quatre heures, saint Jean entra désireux de consoler la douloureuse Mère. Et Elle demanda à genoux de lui donner la bénédiction comme prêtre et son supérieur. Son nouveau fils la lui demanda aussi avec larmes et ils se la donnèrent l'un à l'autre. La divine Reine ordonna qu'il sortît aussitôt à la ville où il rencontrerait bientôt saint Pierre qui venait le chercher, et de le recevoir, de le consoler et de l'amener en sa présence, et de faire la même chose à l'égard des autres Apôtres qu'il rencontrerait, leur donnant l'espérance du pardon et leur promettant son amitié. Saint Jean sortit du Cénacle et à peu de pas il rencontra saint Pierre plein de confusion et de larmes, qui allait très craintif en la présence de la grande Dame. Il venait de la grotte où il avait pleuré son reniement, et l'Évangéliste le consola et lui donna quelque soulagement avec l'ambassade de la divine Mère. Ensuite, ils cherchèrent tous deux les autres Apôtres; ils en retrouvèrent quelques-uns et ils allèrent tous ensemble au Cénacle, où était leur Remède. Saint Pierre entra le premier et seul en présence de la Mère de la Grâce et prosterné à ses pieds, il dit avec une grande douleur: «J'ai péché, Madame, j'ai péché devant mon Dieu, j'ai offensé mon Maître et Vous....» Il ne lui fut pas possible d'en dire davantage, opprimé par les larmes, les soupirs et les sanglots qui s'échappaient de l'intime de son coeur affligé.

6, 25, 1458. La Très Prudente Vierge voyant saint Pierre prosterné en terre et le considérant d'un côté, pénitent de sa faute récente, et de l'autre, chef de l'Église, choisi par son Très Saint Fils pour Son Vicaire, il ne lui sembla pas convenable de se prosterner Elle-même aux pieds du Pasteur qui avait renié si peu auparavant son Maître, son humilité ne souffrait pas non plus de manquer de lui rendre la révérence qui lui était due à cause de son office. Afin de satisfaire à ces deux obligations, Elle jugea qu'il convenait de lui rendre révérence et de lui en cacher le motif. Elle se mit pour cela à genoux le révérant par cette action et pour dissimuler son intention Elle lui dit: «Demandons pardon de votre péché à mon Fils et votre Maître.» Elle fit oraison et Elle encouragea l'Apôtre le confortant dans l'espérance et lui rappelant les Oeuvres et les Miséricordes que le Seigneur avaient faites aux pécheurs pénitents et l'obligation qu'il avait comme Chef du Collège Apostolique de confirmer par son exemple tous les autres dans la constance et la confession de la Foi. Avec ces raisons et d'autres d'une grande force et d'une grande douceur, Elle confirma Pierre dans l'espérance du pardon. Les autres Apôtres entrèrent aussi en la présence de la Très Sainte Marie et prosternés aussi à ses pieds, ils lui demandèrent de leur pardonner leur lâcheté d'avoir abandonné son Très Saint Fils dans Sa Passion. Ils pleurèrent tous amèrement leur péché, la présence de la Mère les mouvant à une plus grande douleur, la voyant remplie d'une compassion si lamentable; mais son air si admirable leur causait des effets Divins de contrition de leurs péchés et d'amour de leur Maître. La grande Reine les releva et les ranima, leur promettant le pardon qu'ils désiraient et son intercession pour l'obtenir. Ensuite, ils commencèrent tous à leur tour à raconter ce qui leur était arrivé à chacun dans leur fuite, comme si la divine Dame du Ciel en eût ignoré quelque chose. Elle les écouta tous gracieusement, prenant occasion de ce qu'ils disaient pour leur parler au coeur, les confirmer dans la Foi de leur Rédempteur et leur Maître et de réveiller en eux Son divin Amour. La Très Sainte Marie obtint tout cela efficacement; parce qu'ils sortirent tous de sa présence et de sa conférence justifiés, remplis de ferveur et avec de nouvelles augmentations de grâce.

6, 25, 1459. Notre grande Reine s'occupa à ces oeuvres une partie du samedi. Et lorsqu'il se fit tard, Elle se retira de nouveau dans sa retraite, laissant les Apôtres renouvelés en esprit et remplis de consolation et de joie du Seigneur; mais toujours affligés de la Passion de leur Maître. Dans la retraite de cette nuit la grande Dame tourna tout son esprit vers les Oeuvres que l'Âme très Sainte de son Fils faisait depuis qu'Il était sorti de Son Corps sacré. Parce que dès lors la Bienheureuse Mère connut comment cette Âme de Jésus-Christ unie à la Divinité descendait au Limbe des saints Pères pour les tirer de cette prison souterraine où ils étaient détenus, depuis le premier juste qui mourut dans le monde, attendant la venue du Rédempteur Universel des hommes. Pour déclarer ce Mystère qui est un
des Articles de la sainte Humanité de Notre-Seigneur Jésus-Christ, il m'a paru à propos de donner connaissance de ce qui m'a été donnée à entendre sur ce lieu du Limbe et son site. Je dis donc que la terre et son globe a deux mille cinq cent deux lieues [a] de diamètre, passant par le centre d'une superficie à l'autre; et jusqu'à la moitié qui est le centre, il y en a mille deux cent cinquante et une; et d'après le diamètre on doit mesurer la circonférence de ce globe. L'enfer des damnés est dans le centre, comme dans le coeur de la terre; et cet enfer est une caverne ou un chaos qui contient plusieurs demeures ténébreuses, avec des diversités de peines, toutes formidables et épouvantables, et de toutes ces demeures il se forme un globe de la manière d'un chaudron d'une grandeur immense, avec une bouche ou entrée très large et très spacieuse. Les démons et tous les damnés étaient dans ce cachot horrible, et ils y seront pour toute l'éternité, tant que Dieu sera Dieu; parce que dans l'enfer il n'y a aucune rédemption (Matt. 25: 41).

6, 25, 1460. A l'un des côtés de l'enfer est le Purgatoire où les âmes des justes se purgent et se purifient, lorsqu'en cette vie ils n'achevèrent point de satisfaire pour leurs péchés et n'en sortirent point aussi purs de leurs défauts qu'ils pussent arriver immédiatement à la Vision Béatifique. Cette caverne est grande aussi, mais beaucoup moins que l'enfer; et quoiqu'il y ait de grandes peines dans le Purgatoire, elles n'ont point de communication avec l'enfer des damnés. Le Limbe est d'un autre côté avec deux demeures différentes. L'une pour les enfants qui meurent sans baptême, avec le seul péché originel, et sans oeuvre du propre arbitre, ni bonne ni mauvaise. L'autre servait pour déposer les âmes des justes déjà purifiées de leurs péchés; parce qu'elles ne pouvaient entrer dans le Ciel, ni jouir de Dieu jusqu'à ce que la Rédemption humaine fût accomplie et que Notre-Seigneur Jésus-Christ ouvrît les portes que le péché d'Adam avait fermées. Cette caverne du Limbe est moindre aussi que l'enfer et ne communique pas avec lui; elle n'a point non plus les peines du sens comme le Purgatoire; parce que les âmes y arrivaient du Purgatoire déjà purifiées et elles étaient seulement privées de la Vision Béatifique, qui est la peine du "dam"; et il y avait là tous ceux qui étaient morts en état de grâce jusqu'au moment où mourut le Sauveur. C'est dans ce lieu du Limbe que son Âme très Sainte descendit avec la Divinité et ce que nous exprimons quand nous disons qu'Il est descendu aux enfers; car ce nom enfers signifie toute partie de ces lieux inférieurs qui sont dans le plus profond de la terre; quoique selon la manière ordinaire de parler nous entendons ordinairement par le nom de Ciel l'empyrée où sont les saints et où ils demeureront pour toujours, comme les damnés dans l'enfer; toutefois le Limbe et le Purgatoire ont d'autres noms particuliers. Après le jugement final il n'y aura que le Ciel et l'enfer qui seront habités; parce que le Purgatoire ne sera plus nécessaire; et tous les enfants doivent sortir du Limbe pour une autre habitation différente.

6, 25, 1461. L'Âme très Sainte de Jésus-Christ arriva à cette caverne du Limbe accompagné d'une multitude innombrable d'Anges qui Le louaient et Lui donnaient Gloire, Force et Divinité (Apoc. 5: 13) comme à leur Roi victorieux et triomphateur. Et pour représenter Sa grandeur et Sa Majesté, ils commandaient que les portes (Ps. 23: 9) de cette antique prison s'ouvrissent, afin que le Roi de la Gloire, puissant dans les combats et le Seigneur des Vertus les trouvât franches et patentes à Son entrée. En vertu de ce commandement, quelques cailloux [b] du chemin se brisèrent et se rompirent, quoique ce n'eût pas été nécessaire pour que le Roi de la gloire et Sa milice y entrassent, car ils étaient tous des esprits très subtils. Par la présence de l'Âme très Sainte, cette caverne obscure fut changée en Ciel, parce qu'elle fut toute remplie d'une splendeur admirable, et les âmes des Justes qui y étaient furent béatifiés par la claire vision de la Divinité et elles passèrent en un instant de l'état d'une attente si longue à la possession éternelle de la Gloire, et des ténèbres à la Lumière inaccessible dont elles jouissent maintenant, elles reconnurent toutes leur Dieu et leur Rédempteur véritable, et Lui rendirent des actions de grâces et des louanges par des cantiques nouveaux disant (Apoc. 5: 12 et 9): L'Agneau qui fut mort est digne de recevoir la divinité, la vertu et la force. Tu nous a rachetés par ton sang, Seigneur, de toutes les tribus, de tous les peuples et de toutes les nations et tu as fait de nous un royaume pour notre Dieu et nous régnerons. A toi, Seigneur, appartiennent la puissance, le règne et la gloire de tes oeuvres.» Sa Majesté commanda aux Anges de tirer du Purgatoire toutes les âmes qui y étaient dans la souffrance et elles furent toutes amenées en Sa Présence [c] à l'instant. Et elles furent absoute des peines qu'il leur restait à souffrir comme en étrennes de la Rédemption des hommes, par le Rédempteur même, et elles furent glorifiées comme les autres âmes des Justes par la Vision Béatifique. De manière que les deux prisons du Limbe et du Purgatoire demeurèrent désertes en ce jour en la présence du Roi.

6, 25, 1462. Ce jour ne fut terrible que pour l'enfer des damnés; parce que ce fut une disposition du Très-Haut que tous connussent et sentissent la descente
du Rédempteur au Limbe, et que les saints Pères et les Justes connussent aussi la terreur que ce Mystère imposa aux démons et aux damnés. Les démons étaient atterrés et opprimés par la ruine qu'ils avaient soufferte sur le mont Calvaire, comme je l'ai déjà dit; et comme ils entendirent de la manière qu'ils parlent et entendent, les voix des Anges qui allaient au devant de leur Roi au Limbe, ils se troublaient et s'épouvantaient de nouveau; et comme des serpents quand ils sont persécutés, ils se cachaient et se collaient aux cavernes infernales les plus reculées. Il survint aux damnés confusion sur confusion, connaissant leurs erreurs avec un plus grand désespoir, et qu'ils avaient perdu la Rédemption dont les Justes avaient profité. Et comme Judas et le mauvais larron étaient beaucoup plus signalés dans cette infortune et qu'ils étaient tombés dans l'enfer plus récemment, leur tourment fut aussi plus grand et les démons s'indignèrent plus contre eux; et les malins esprits se proposèrent autant qu'il dépendait d'eux de poursuivre et de tourmenter davantage les Chrétiens qui avaient professé la Foi Catholique et ceux qui l'avaient niée ou abandonnée et de leur donner un plus grand tourment; parce qu'ils jugeaient que ceux-là méritaient de plus grandes peines que les infidèles à qui la Foi n'avait pas été prêchée.

6, 25, 1463. De sa retraite, la grande Dame de L'Univers eut une vision [d] et une connaissance singulière de tous ces Mystères et d'autres secrets que je ne peux déclarer. Et quoique cette connaissance lui causât une joie admirable dans la portion ou la partie supérieure de l'esprit où Elle la recevait, Elle n'y participa point dans son corps Virginal ni dans ses sens et la partie sensitive, comme cette joie eût pu naturellement redonder en elle. Bien au contraire, lorsqu'Elle sentit que cette jubilation s'étendait à la partie inférieure de son Âme, Elle demanda au Père Éternel de lui suspendre cette redondance, parce qu'Elle ne voulait point la recevoir dans son corps pendant que celui de son Fils était dans le sépulcre et qu'il n'était pas glorifié. Si fidèle et si attentif fut l'Amour de la prudente Mère envers son Fils et son Seigneur, comme Image vivante, adéquate et parfaite de cette Humanité unie à la Divinité. Et avec cette délicatesse attentive Elle demeura remplie de joie dans son Âme, et de douleurs et d'angoisses dans son corps, de la manière qu'il arriva en notre Sauveur Jésus-Christ. Dans cette vision, Elle fit des cantiques de louange, exaltant le mystère de ce triomphe et la Providence très sage et très aimante du Rédempteur, qui voulut, comme Père amoureux et Roi tout-puissant, descendre prendre possession par Lui-même de ce nouveau royaume que Son Père Lui avait livré de Ses propres mains; et Il voulut les racheter par Sa
Présence, afin qu'ils commençassent à jouir en Lui-même de la récompense qu'Il leur avait méritée. Pour toutes ces raisons et les autres qu'Elle connaissait de ce sacrement Elle se réjouissait et Elle glorifiait le Seigneur, comme Coadjutrice et Mère du Triomphateur.

DOCTRINE QUE ME DONNA LA REINE DU CIEL,
LA TRÈS SAINTE MARIE.

6, 25, 1464. Ma fille, sois attentive à l'enseignement de ce chapitre, comme étant plus légitime et plus nécessaire pour toi dans l'état où le Très-Haut t'a placée et pour ce que je veux de toi en correspondance de Son Amour. Ce doit être que tu ne perdes jamais l'attention et la vue du Seigneur dans l'intime et le suprême de ton âme, au milieu de tes oeuvres, de tes exercices et de la communication avec les créatures, que ce soit comme supérieure ou comme sujette, en gouvernant et en commandant ou en obéissant, pour aucune de ces occupations ou d'autres extérieures, et qu'elles ne te distraient point de la Lumière du Saint-Esprit qui t'assistera de Son incessante communication; car mon Très Saint Fils veut voir dans le secret de ton coeur ces sentiers qui demeurent cachés au démon et auxquels les passions n'arrivent point; parce qu'ils guident au sanctuaire où n'entre que le Grand Prêtre (Héb. 9: 7), et où l'âme jouit des embrassements cachés du Roi et de l'Époux, où entièrement désoccupée elle Lui prépare le lit nuptial de Son repos. Là tu trouveras ton Seigneur propice, le Très-Haut libéral, ton Créateur miséricordieux et ton doux Époux et ton Rédempteur amoureux: tu ne craindras pas la puissance des ténèbres, ni les effets du péché que l'on ignore dans cette région de Lumière et de Vérité. Mais l'amour désordonné du visible aussi bien que les négligences dans l'accomplissement de la Loi divine ferment ces voies; toute dépendance et tout désordre des passions les embarrassent, toute attention inutile les empêche, et beaucoup plus l'inquiétude de l'âme et de ne point garder la sérénité et la paix intérieure; car l'âme est requise tout entière, seule, pure et débarrassée de ce qui n'est pas vérité et lumière.

6, 25, 1465. Tu as bien compris et bien expérimenté cette Doctrine, et outre cela je te l'ai manifestée en pratique comme dans un Miroir très clair. La manière d'opérer que j'avais parmi les douleurs, les angoisses et les afflictions de la Passion de mon Très Saint Fils; et parmi des sollicitudes, l'attention, les occupations et le dévouement avec lequel je m'occupai de l'enterrement, des saintes femmes, des Apôtres; et tu as connu en tout le reste de ma vie la même exactitude à joindre ces opérations avec celles de mon esprit, sans qu'elles ne s'opposassent, ni ne s'empêchassent entre elles. Donc pour m'imiter dans cette manière d'opérer comme je le veux de toi, il faut que tu ne reçoives dans ton coeur aucune affection qui t'empêche, ni aucune attention qui te divertisse de ton intérieur, et cela ni pour l'entretien nécessaire avec les créatures, ni pour le travail de ton état, ni pour les peines de la vie de cet exil, ni pour les tentations et la malice du démon. Et je t'avertis, ma très chère, que si tu n'es pas très vigilante dans ce soin, tu perdras beaucoup de temps et des Bienfaits infinis et extraordinaires; tu frustreras les Fins très sublimes et très saintes du Seigneur; tu me contristeras, moi ainsi que les Anges, car nous voulons tous que ta conversation soit avec nous; tu perdras la quiétude de ton esprit, plusieurs degrés de grâce et les accroissements de l'Amour divin que tu désires, et enfin une récompense très copieuse dans le Ciel. Il t'importe autant que cela de m'écouter et de m'obéir en ce que je t'enseigne avec une bonté maternelle. Considère-le, ma fille, pèse-le, et sois attentive à mes paroles dans ton intérieur, afin que tu les mettes en oeuvre par mon intercession et la grâce Divine. Sache m'imiter de même dans la fidélité de l'Amour avec laquelle j'évitai la jouissance et la jubilation pour imiter mon Seigneur et mon Maître, et à Le louer pour cela et pour le Bienfait qu'Il fit aux Saints du Limbe, Son Âme très Sainte descendant les racheter et les remplir de joie par Sa vue, car toutes ces Oeuvres furent des effets de Son Amour infini.

NOTES EXPLICATIVES
Extraites de celles de Don Creseto, à l'usage des prêtres.
6, 25, [a]. La différence entre la mesure du rayon terrestre des astronomes et des géologues modernes d'après Cantin et celle de la Vénérable ne serait que de
vingt lieues, ce qui en matière si vaste et encore si incertaine selon les modernes eux-mêmes, ne serait rien du tout.
6, 25, [b]. Le brisement des rochers marque la présence de la Divinité, dit le P. Sylveira, [l. s, c. 19, q. 6]: «Scissio petrarum signus est Divinitatis.» Aussi à la Mort du Sauveur les pierres se sont rompues.
6, 25, ]c]. Que toutes les âmes du purgatoire aient été délivrées de leurs peines à la descente de Jésus-Christ dans l'enfer, c'est la sentence de plusieurs saints Pères et saint Docteurs. Saint Grégoire assure que Jésus-Christ en descendant dans les enfers délivra tous Ses élus, [lib. VIII, mor. 20]. Et saint Augustin dit qu'Il ne laissa aucun de Ses élus dans les enfers, [Serm. 137 de Temp.]. Et saint Anselme [in Elucid.]: «Le Roi de gloire les a tous absous et les a fait entrer dans la gloire.» Voir A. Lapide [in Oseam, XIII, 14 et in Ecclesiastic XXIV, 45].
6, 25, [d]. «La Bienheureuse Mère du Seigneur avait l'esprit tellement illuminé et fixé dans L'Entendement divin que lorsqu'Elle contemplait son Fils bien-aimé, Elle voyait toujours tous les actes que ce Fils précieux faisait Lui-même dans le Limbe, en dehors du Limbe et dans sa propre Résurrection.» Saint Bernardin, [t. III, Serm. XLVIII, in diae Paschae].
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Message par sga le Ven 29 Nov 2019 - 12:47

CHAPITRE 26


La Résurrection de Notre-Seigneur Jésus-Christ; l'apparition qu'Il fit à Sa Très Sainte Mère avec les saints Pères du Limbe.


6, 26, 1466. L'Âme très Sainte de notre Sauveur Jésus-Christ demeura dans le Limbe depuis trois heures et demie du vendredi soir jusqu'à trois heures du matin du dimanche suivant. A cette heure Il revint au sépulcre, accompagné comme Prince victorieux des mêmes Anges qu'Il avait amenés et des Saints qu'Il avait rachetés de ces prisons inférieures, comme dépouilles de Sa victoire et gages de Son glorieux triomphe, laissant Ses ennemis rebelles châtiés et consternés. Dans le sépulcre il y avait beaucoup d'Anges qui Le gardaient en vénérant le Corps sacré uni à la Divinité. Et par le commandement de leur Reine et de leur Maîtresse, quelques-uns d'entre eux avaient recueilli les reliques du Sang que son Très Saint Fils avaient répandu, les lambeaux de chair qui Lui avaient été déchirés de Ses plaies, les cheveux et la barbe qu'Ils Lui avaient arrachés de Sa Face et de Sa Tête, et tout le reste qui appartenait à l'ornement et à la parfaite intégrité [a] de Son Humanité très Sainte. La Mère de la Prudence prit soin de tout cela. Et les Anges gardaient ces reliques, chacun étant joyeux de la part qui lui était échu en sort de recueillir. Et avant de faire aucune autre chose, le Corps du Rédempteur fut manifesté aux saints Pères, et ils le virent blessé, frappé, défiguré, comme la cruauté des Juifs L'avait mis. Et Le reconnaissant ainsi mort, tous les Patriarches et les Prophètes L'adorèrent; et ils confessèrent de nouveau comment le Verbe fait homme avait véritablement pris sur Lui nos infirmités et nos douleurs (Is. 53: 4), et avait payé avec excès notre dette en satisfaisant à la Justice du Père Éternel pour ce que nous avions mérité, Sa Majesté étant très innocent et sans tache. Nos premiers parents Adam et Ève virent là le ravage qu'avait fait leur désobéissance, le remède coûteux qu'elle avait eu, et la Bonté immense du Rédempteur et Sa grande Miséricorde. Les Patriarches et les Prophètes reconnurent et virent accomplies leurs prophéties et les espérances des Promesses divines. Et comme ils sentaient dans la gloire de leurs âmes l'effet de la Rédemption abondante, ils louèrent de nouveau le Tout-Puissant et Le Saint des saints qui l'avait opérée avec un ordre si merveilleux de Sa Sagesse.

6, 26, 1467. Après cela, toutes les parties et les reliques qui avaient été recueillies par le ministère des Anges furent restituées au Corps sacré défunt, à la vue de tous les Saints, le laissant avec son intégrité et sa perfection naturelle. Au même instant l'Âme très Sainte du Seigneur se réunit à Son Corps et Il lui donna conjointement une Vie et une Gloire Immortelles. Et Il demeura vêtu des quatre dotes de gloire: la "clarté", "l'impassibilité", "l'agilité" et la "subtilité", au lieu du linceul et des onctions avec lesquels ils L'avaient enterré. Ces dotes redondaient dans le Corps déifié de la gloire immense de l'Âme du Christ, notre Bien-Aimé Sauveur. Et quoiqu'elles Lui eussent été dues comme par héritage et participation naturelle dès l'instant de Sa Conception, parce que Son Âme très Sainte fut dès
lors glorifiée et toute cette Humanité très innocente était unie à la Divinité; mais elles Lui furent alors suspendues, sans redonder dans Son Corps très pur, pour Le laisser passible, afin qu'Il méritât notre gloire, Se privant de celle de Son Corps, comme je l'ai dit en son lieu [b]. Et ces dotes Lui furent restituées en la Résurrection, dans le degré et la proportion qui correspondaient à la gloire de Son Âme et à l'union qu'Elle avait avec la Divinité. Et comme la gloire de l'Âme très Sainte de Jésus-Christ est ineffable et incompréhensible pour notre capacité, il est impossible aussi d'expliquer entièrement par des paroles et des exemples la gloire et les dotes de Son Corps divinisé; parce qu'à l'égard de Sa pureté le cristal est obscur. La lumière qu'Il contenait et émettait surpasse celles des autres corps glorieux, comme le jour surpasse la nuit et plus que mille soleils, une étoile; et si toute la beauté des créatures était jointe en une seule, elle paraîtrait une laideur en Sa comparaison, et il n'y a rien de semblable à Elle en tout l'Univers.

6, 26, 1468. La gloire de ces dotes excéda grandement dans la Résurrection la gloire qu'elles eurent dans la transfiguration et en d'autres circonstances où Notre-Seigneur Jésus-Christ Se transfigura comme il a été dit dans le cours de cette Histoire [c], parce qu'alors Il ne la recevait qu'en passant et comme il convenait à la fin pour laquelle Il Se transfigurait, tandis que maintenant Il l'avait avec plénitude pour en jouir éternellement. Par "l'impassibilité" Il demeura invincible à tout pouvoir créé; parce qu'aucune puissance ne pouvait ni Le changer, ni L'altérer. Par la "subtilité" la matière épaisse et terrestre demeura si purifié qu'elle pouvait sans résistance des autres corps, se pénétrer, avec eux, comme si elle eût été un esprit incorporel; et notre Sauveur pénétra ainsi la pierre du sépulcre, sans la mouvoir ni la diviser, de la même manière qu'Il était sorti du sein Virginal de Sa Très Pure Mère. "L'agilité" Le laissa si libre du poids et de la lenteur de la matière qu'il surpassait celle qu'ont les Anges immatériels et Il pouvait Se mouvoir par Lui-même d'un lieu à un autre avec plus de promptitude qu'eux, comme Il le fit dans les apparitions des Apôtres et en d'autres occasions. Les Plaies sacrées qui déformaient auparavant Son Corps très Saint demeurèrent dans les Pieds, les Mains et le Côté si belles, si resplendissantes et si brillantes qu'elles Le rendaient plus beau et plus gracieux, par un mode de variété admirable. Notre Seigneur Se leva du sépulcre avec toute cette gloire et cette beauté. Et Il promit à tout le genre humain en présence des Saints et des Patriarches, la Résurrection Universelle comme un effet de la Sienne, dans la même chair et le même corps de chacun des mortels, et qu'en elle les Justes seraient glorifiés. Et en gage de cette promesse et comme en arrhes de la Résurrection Universelle, Sa Majesté commanda aux âmes de plusieurs Saints qui étaient là de se réunir à leurs corps et de les ressusciter pour la Vie Immortelle. Ce commandement Divin fut exécuté à l'instant et les corps ressuscitèrent, ce que saint Matthieu rapporte (Matt. 27: 52) en anticipant le mystère [d]. De ce nombre furent sainte Anne, saint Joachim et saint Joseph, et d'autres anciens Pères et Patriarches qui furent plus distingués dans la foi et l'espérance de l'Incarnation et qui désirèrent et demandèrent le Seigneur avec de plus grandes anxiétés. Et la résurrection et la gloire de leurs corps fut avancée en retour de ces oeuvres.
6, 26, 1469. Oh! combien ce Lion de Juda, ce Fils de David Se manifestait puissant et admirable! victorieux et fort (Ps. 3: 6)! Personne ne se débarrassa plus promptement du sommeil que le Christ de la mort. Ensuite à Sa voix impérieuse les os secs et épars de ces défunts vieillis se joignirent, et leur chair qui était changée en poussière se renouvela et unie avec les os, fut restauré l'être antique, le tout s'améliorant par les dotes de la gloire que le corps participait de l'âme glorifiée qui lui donnait la Vie. Tous ces Saints furent ressuscités en un instant, et en compagnie de leur Réparateur ils étaient plus lumineux et plus resplendissants que le soleil même, purs, beaux, transparents et légers pour Le suivre partout: nous assurant par leur bonne fortune, dans l'espérance que nous verrons notre Rédempteur dans notre propre chair, avec nos yeux et non avec d'autres, comme Job le prophétisa (Job 19: 25-27) pour notre consolation. L'Auguste Reine du Ciel connaissait tous ces mystères, et Elle y participait par la vision qu'Elle en avait dans le Cénacle. Et au même instant que l'Âme très Sainte de Jésus-Christ était entrée dans Son Corps divinisé et lui avait donné la Vie, correspondit dans celui de la Très Pure Mère la communication de la joie que j'ai dite, dans le chapitre précédent, être retenue dans son Âme très Sainte et comme réprimée en Elle en attendant la Résurrection de son Fils. Et ce Bienfait fut si excellent qu'il la laissa toute transformée de la peine en joie, de la tristesse en allégresse et de la douleur en une jubilation et un repos ineffables. En cette occasion il arriva que l'Évangéliste saint Jean alla la visiter, comme il l'avait fait la veille, afin de la consoler dans son amère solitude, et il trouva inopinément remplie de splendeur et de signes de gloire Celle qui peu auparavant était à peine reconnaissable à cause de sa tristesse. Le saint Apôtre fut dans l'admiration et l'ayant regardée avec une grande révérence, il jugea que le Seigneur devait être déjà ressuscité, puisque Sa divine Mère était renouvelée dans l'allégresse.

6, 26, 1470. Avec cette jubilation nouvelle et les opérations si Divines que la Dame du Ciel faisait dans la vision de ces augustes Mystères, Elle commença à se disposer pour la visite qui était déjà très proche. Et au milieu des louanges, des cantiques et des prières que notre Reine faisait, Elle sentit aussitôt une autre nouveauté en Elle-même, outre la joie qu'Elle avait, et c'était un genre de jubilation et de soulagement célestes, correspondant d'une manière admirable aux douleurs et aux tribulations qu'elle avait ressenties dans la Passion; et ce Bienfait était différent et plus sublime que la redondance de la joie qui résultait comme naturellement de son Âme dans son corps. Après ces effets admirables Elle éprouva soudain un troisième Bienfait différent qui lui était donné par des faveurs nouvelles et Divines. Elle sentit pour cela qu'une nouvelle Lumière de la qualité de celle qui précède la Vision Béatifique lui était infuse; et je ne m'arrête point à expliquer cette Lumière, puisque je l'ai fait en parlant de cette matière dans la première partie [e]. J'ajoute seulement en cette seconde partie que la Reine reçut ces Bienfaits en cette circonstance avec plus d'abondance et d'excellence que dans les autres; parce que la Passion de son Très Saint Fils et les mérites qu'Elle y acquit avaient précédé: et la consolation que la divine Mère reçut de la main de son Fils tout-puissant correspondait à la multitude de ses douleurs.

6, 26, 1471. La Très Saint Marie étant ainsi préparée, notre Sauveur Jésus-Christ entra ressuscité et glorieux [f] accompagné de tous les Saints et les Patriarches. La Reine toujours humble se prosterna en terre et adora son Très Saint Fils: Sa Majesté la releva et l'approcha de Lui-même. Et par ce contact plus grand que celui que demandait la Magdeleine (Jean 20: 17) de l'Humanité et des Plaies très Saintes du Christ, la Mère-Vierge reçut une faveur extraordinaire qu'Elle seule méritait, comme exempte de la Loi du péché. Et quoique ce ne fût pas la plus grande des faveurs qu'elle reçut en cette circonstance, néanmoins il ne lui eut pas été possible de la recevoir si Elle n'eût été conforté par les Anges et le Seigneur Lui-même, afin que ses puissances ne défaillissent point. Ce Bienfait fut que le corps glorieux du Fils renferma en soi-même celui de Sa Très Pure Mère, Se pénétrant avec Elle ou la pénétrant avec Lui, comme si un globe de cristal eût eu au-dedans de soi, le soleil qui l'eût tout rempli de splendeur et de beauté par sa lumière. Ainsi le corps de la Très Sainte Marie demeura uni à Celui de son fils par le moyen de ce contact très Divin, qui fut comme une porte pour entrer à connaître la gloire de l'Âme et du Corps très Saints du même Seigneur. Par ces faveurs, comme par des degrés de Dons ineffables, l'esprit de la grande Dame du Ciel allait en montant à la connaissance de sacrements très occultes. Et étant dans ces degrés, Elle entendit une voix qui lui disait: «Mon Amie, monte plus haut (Luc 14: 10).» En vertu de cette voix, Elle demeura toute transformée et Elle vit la Divinité intuitivement et clairement [g] où Elle trouva le repos et la récompense, quoiqu'en passant, de toutes ses afflictions et de toutes ses douleurs. Ici le silence est forcé, où manquent tout à fait les paroles et le talent pour dire ce qui se passa pour la Très Sainte Marie dans cette Vision Béatifique qui fut la plus haute et la plus Divine qu'Elle avait eue jusqu'alors. Célébrons ce jour avec des louanges d'admiration, des félicitations, un amour et des actions de grâces très humbles, de ce qu'Elle fut si exaltée, de tout ce dont Elle a joui, et de ce qu'Elle a mérité pour nous.

6, 26, 1472. La divine Princesse jouit de l'Être de Dieu avec son Très Saint Fils pendant quelques heures, participant à Sa gloire comme Elle avait participé à Ses tourments. Ensuite Elle descendit de cette vision par les mêmes degrés qu'Elle y était montée; et à la fin de cette faveur Elle demeura de nouveau inclinée sur le bras droit de l'Humanité très Sainte et caressée d'une autre manière par la droite de Sa Divinité (Cant. 2: 6). Elle eut de très doux colloques avec son propre Fils sur les Mystères très sublimes de Sa Passion et de Sa gloire. Et dans ces conférences Elle demeura de nouveau enivrée du Vin de la Charité et de l'Amour qu'Elle but sans mesure dans leur propre source. Tout ce que peut recevoir une pure Créature fut donné abondamment à la Très Pure Marie dans cette circonstance; parce que, selon notre manière de concevoir, l'Équité divine voulut récompenser le préjudice pour ainsi dire, [je dis ainsi, ne pouvant m'expliquer mieux] qu'une Créature si pure et sans tache de péché avait reçu, en souffrant les douleurs et les tourments de la Passion qui étaient les mêmes que Notre-Seigneur Jésus-Christ souffrit comme je l'ai déjà dit plusieurs fois. Et la joie et la faveur dans ce Mystère correspondirent aux peines que la divine Mère avait souffertes.
6, 26, 1473. Après tout cela, l'Auguste Dame du Ciel, toujours dans un état très sublime, se tourna vers les saints Prophètes et les Justes qui étaient là, les reconnut tous et chacun individuellement, selon leur ordre, leur parla respectivement se réjouissant et louant le Tout-Puissant de ce que chacun avait opéré par Sa libérale Miséricorde. Elle eut une joie singulière et Elle parla en particulier avec sainte Anne, saint Joachim, son époux Joseph et le Baptiste; et ensuite avec les Patriarches et les Prophètes et nos premiers parents Adam et Ève. Et ils se prosternèrent tous ensemble devant la divine Dame, la reconnaissant la Mère du Rédempteur du monde, la cause de leur remède et la Coadjutrice de leur Rédemption; et comme telle ils voulurent l'adorer [h] avec un culte et une vénération digne d'Elle, la Sagesse divine le disposant ainsi. Mais la Reine des vertus et la Maîtresse de l'humilité se prosterna en terre et rendit aux Saints la révérence qui leur était due, et le Seigneur le permit, parce que les Saints quoiqu'inférieurs dans la grâce, étaient supérieurs dans l'état de Bienheureux, avec une gloire inamissible et éternelle; et la Mère de la grâce demeurait en vie mortelle et Voyageuse et Elle n'était pas arrivée à l'état de Compréhenseurs. La conférence se continua avec les saints Pères en présence de notre Sauveur Jésus-Christ. Et la Très Sainte Marie convia tous les Anges et les Saints qui y assistaient, à louer le Triomphateur de la mort, du péché et de l'enfer, et ils Lui chantèrent tous des cantiques nouveaux, des psaumes, des hymnes de gloire et de magnificence; et avec cela arriva l'heure où le Sauveur ressuscité fit d'autres apparitions comme je le dirai dans le chapitre suivant

DOCTRINE QUE ME DONNA L'AUGUSTE MAÎTRESSE,
LA TRÈS SAINTE MARIE.

6, 26, 1474. Ma fille, réjouis-toi dans le souci même que tu as de ce que tes paroles n'arrivent pas à expliquer ce que ton intérieur connaît de ces Mystères si hauts que tu as écrits. C'est la victoire de la créature et la gloire du Très-Haut, de se donner pour vaincue par la grandeur de sacrements aussi Augustes que ceux-ci; et l'on peut beaucoup moins les pénétrer dans la chair mortelle. Je sentis les douleurs de la Passion de mon Très Saint Fils; et quoique je ne perdisse point la vie, j'expérimentai mystérieusement les douleurs de la mort; et à ce genre de mort correspondit en moi une autre résurrection mystique et admirable à un état de grâces et d'opérations plus élevées. Et comme l'Être de Dieu est infini, quoique la créature en participe beaucoup, néanmoins il lui reste toujours plus à entendre, à aimer et à jouir. Et quoiqu'à l'aide du raisonnement, tu puisses maintenant découvrir quelque chose de la gloire de mon Seigneur Jésus-Christ, de la mienne et de celle des Saints en repassant les dotes du Corps glorieux, je veux te proposer la règle par laquelle tu peux de là passer à celles de l'âme. Tu sais déjà que les dotes de l'âme sont la "vision", la "compréhension" et la "jouissance". Celles du corps sont celles que tu as répétées: la "clarté", "l'impassibilité", la "subtilité" et "l'agilité".

6, 26, 1475. A toutes ces dotes correspond quelque accroissement pour toute bonne oeuvre méritoire que fait celui qui est en grâce, quand ce ne serait que de mouvoir une paille pour l'amour de Dieu ou de donner un verre d'eau (Matt. 10: 42). Par chacune de ces oeuvres minimes, la créatures acquiert pour quand elle sera bienheureuse une plus grande clarté que celle de plusieurs soleils. Et dans l'impassibilité, elle s'éloigne de la corruption humaine et terrestre, plus que toutes les diligences et les forces des créatures ne peuvent lui résister et plus qu'elles ne peuvent éloigner d'elles ce qui peut les altérer ou les offenser. Dans la subtilité elle s'avance jusqu'à être supérieure à tout ce qui peut lui résister et elle acquiert une nouvelle vertu sur tout ce qu'elle veut pénétrer. Dans la dote de l'agilité, à chaque oeuvre méritoire, il lui correspond plus de puissance pour se mouvoir que n'ont les oiseaux, les vents et toutes les créatures actives, comme le feu et les autres éléments pour se diriger vers leur centre naturel. Par l'accroissement que l'on mérite dans les dotes du corps, tu comprendras l'accroissement qu'on les dotes de l'âme auxquelles elles correspondent et desquelles elles se dérivent. Parce que tout mérite acquiert une plus grande clarté dans la Vision Béatifique et une plus grande connaissance des Attributs et des Perfections divines que n'en ont acquis en cette vie mortelle tous les Docteurs et les savants, qui ont brillé dans l'Église. La dote de la compréhension ou possession et de la fermeté avec laquelle on comprend ce Bien infini et souverain, il est concédé au Juste une nouvelle sécurité et un repos plus estimable que s'il possédait tout le plus précieux et le plus riche, tout le plus désirable et le plus appétible des créatures, lors même qu'il posséderait le tout sans crainte de le perdre. Dans la dote de la jouissance qui est la troisième de l'âme pour l'amour avec lequel elle fait cette petite oeuvre, il lui est accordé pour récompense dans le Ciel des degrés si excellents d'Amour jouissant que la plus grande affection pour les choses visibles que les hommes ont dans cette vie ne pourra jamais arriver à être comparée avec cet accroissement, et la joie qui en résulte n'a aucune comparaison avec tout ce qu'il y a dans cette vie mortelle.

6, 26, 1476. Maintenant, ma fille, élève cette considération; et de ces récompenses si admirables qui correspondent à une seule oeuvre faite pour Dieu, pèse bien quelle sera la récompense des Saints qui ont fait pour l'amour de Dieu tant d'oeuvres si héroïques et si magnifiques, et qui ont souffert des tourments et des martyres si cruels, comme la Sainte Église le connaît. Et si cela arrive dans les Saints, purs hommes et sujets à des péchés et à des imperfections qui retardent le mérite, considère avec toute la hauteur que tu pourras, quelle sera l'élévation de mon Très Saint Fils, et tu sentiras combien la capacité humaine est limitée, surtout dans la vie mortelle, pour comprendre dignement ce mystère, et pour se faire un concept proportionné à une grandeur si immense. L'Âme très Sainte de mon Seigneur était unie substantiellement à la Divinité dans Sa Personne divine par l'union hypostatique, néanmoins les Oeuvres qu'Il fit ensuite pendant trente-trois ans, naissant dans la pauvreté, vivant dans les travaux, aimant comme Voyageur, prêchant, enseignant, souffrant, méritant, rachetant tout le genre humain, fondant l'Église et tout ce que la Foi Catholique enseigne, ces Oeuvres méritèrent la gloire du Corps très pur de mon Fils, et celle-ci correspond à celle de l'Âme et tout est ineffable et d'une grandeur immense, réservé pour être manifesté dans la Vie Éternelle. Et en correspondance de mon Fils et mon Seigneur, le bras du Tout-Puissant fit envers moi des Oeuvres magnifiques dans l'être de pure Créature, avec lesquelles j'oubliai aussitôt les travaux et les douleurs de la Passion. Et la même chose arriva aux Pères du Limbe, et elle arrive aux autres Saints quand ils reçoivent leur récompense. J'oubliai l'amertume et le travail que j'avais soufferts, parce que la jouissance souveraine bannit la peine; mais je ne perdis jamais de vue ce que mon Fils avait enduré pour le genre humain.

NOTES EXPLICATIVES

Extraites de celles de Don Creseto, à l'usage des prêtres.

6, 26, [a]. Saint Thomas dit que Jésus-Christ ressuscitant reprit toutes les particules de Son Corps qui appartenaient à la vérité et à l'intégrité de la nature
humaine: et parmi ces parties il note la chair, les os, le sang, les cheveux, etc. [3 p., q. 54, a. 2].
6, 26, [b]. Livre 3, No. 147.
6, 26, [c]. Livre 4, No. 695; Livre 5, No. 851; Livre 6, No. 1099.
6, 26, [d]. A la Mort du Sauveur, les sépulcres de plusieurs s'ouvrirent; mais leurs corps ne ressuscitèrent que le troisième jour après que Jésus-Christ fut ressuscité, car ce divin Sauveur devait être le premier à entrer dans la Vie immortelle, et il est appelé pour cette raison les prémices de ceux qui dorment: Primitiae dormientium. [1 Cor. 15: 20].
6, 26, [e]. Livre 2, No. 623.
6, 26, [f]. Saint Marc dit que le Sauveur apparut d'abord à Marie Magdeleine; car il parlait des apparitions faites à ceux qui vacillaient dans la Foi. Or, la Magdeleine fut avant les Apôtres en cela. Baronius dit [ad ann. Chris. 34, no. 183]: «La tradition des anciens et des siècles subséquents nous a attesté que notre Seigneur apparut d'abord à Sa Très Sainte Mère avant tous les autres, ce que je pense, aucun coeur pieux ne pourra nier.»
6, 26, [g]. Saint Thomas de Villeneuve affirme qu'à l'apparition de Jésus-Christ à la Très Sainte Vierge lors de la résurrection la divine Mère vit la Divinité intuitivement. [Sermon I sur la Résurrection].
Quant à la compénétration du Corps de Jésus avec celui de Sa divine Mère on ne doit pas s'en étonner, car saint Thomas écrit, [supp. q. 83, a. 3]: «Il peut se faire miraculeusement que deux corps soient en même temps dans un même lieu.»
6, 26, [h]. L'adorer non point avec le culte de Latrie dû seulement à Dieu, mais avec le culte d'Hyperdulie, qui n'est dû qu'à Sa Très Sainte Mère.
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Message par sga le Ven 13 Déc 2019 - 13:12

CHAPITRE 27


Quelques apparitions que fit Notre-Seigneur Jésus-Christ à Marie et aux Apôtres; la connaissance que tous en donnaient à la Reine, et la prudence avec laquelle Elle les écoutait.


6, 27, 1477. Après que notre Sauveur Jésus ressuscité et glorieux eut visité Sa Très Sainte Mère et l'eut remplie de joie, Sa Majesté détermina comme Père et Pasteur amoureux de rassembler les brebis de Son bercail que le scandale de Sa Passion avait troublées et dispersées. Les saints Pères et tous ceux qu'Il avait tirés du Limbe et du Purgatoire L'accompagnaient toujours quoiqu'ils ne se manifestassent point dans les apparitions; parce qu'il n'y avait que la Dame du Ciel qui les voyait, les connaissait et leur parlait, le temps qui s'écoula jusqu'à l'Ascension de son Très Saint Fils. Et lorsqu'Il n'apparaissait point à d'autres, Il assistait toujours avec la Très Aimante Mère dans le Cénacle d'où la divine Dame ne sortit point pendant les quarante jours continus. Là Elle jouissait de la vue du Rédempteur du monde et du choeur des Prophètes et des Saints dont le Roi et la Reine étaient accompagnés. Et pour se manifester aux Apôtres, le Sauveur commença par les femmes, non comme plus faibles, mais comme plus fortes dans la foi et la confiance de Sa Résurrection; car elles méritèrent pour cela d'être les premières dans la ferveur de Le voir ressuscité.

6, 27, 1478. L'Évangéliste saint Marc a fait mémoire (Marc 15: 47) du soin avec lequel Marie Magdeleine et Marie de Joseph prirent garde où le Corps défunt de Jésus demeurait placé dans le sépulcre. Avec cette prévention elles sortirent le samedi soir avec d'autres saintes femmes de la maison du Cénacle pour se rendre à la ville et elles achetèrent de nouveaux onguents aromatiques, afin de se lever de bon matin le jour suivant pour revenir au sépulcre visiter et adorer le Corps sacré de leur Maître, avec l'occasion de L'oindre de nouveau. Elles se levèrent avant l'aube (Marc 16: 2) le dimanche matin pour exécuter leur pieuse affection, ignorant que le sépulcre était scellé et qu'il y avait des gardes par ordre de Pilate (Matt. 27: 65): et dans le chemin elles se demandaient seulement qui leur ôterait la grande pierre avec laquelle elles avaient remarqué que l'on avait fermé le monument; mais l'amour leur donnait du courage pour vaincre cette difficulté, sans savoir comment elles pourraient le faire. Il était nuit lorsqu'elles sortirent de la maison du Cénacle et il faisait déjà jour et le soleil était levé lorsqu'elles arrivèrent au sépulcre; car en ce jour le soleil anticipa les trois heures qu'il s'était obscurci à la Mort du Sauveur. Avec ce miracle les Évangélistes saint Marc et saint Jean concordent; car l'un dit que lorsque les Marie vinrent le soleil était levé (Marc 16: 2) et l'autre, qu'il faisait nuit (Jean 20: 1); parce que tout est vrai: elles sortirent de grand matin et avant l'aube; et le soleil avec sa vitesse et sa diligence les atteignit comme elles arrivaient, quoiqu'elles ne s'arrêtèrent point en chemin. Le monument était un petit souterrain encavé comme une grotte dont la porte était fermée par une grande pierre, et au dedans il y avait dans un côté le sépulcre qui était un peu élevé du sol et dans ce sépulcre reposait le Corps de notre Sauveur.

6, 27, 1479. Peu avant que les Marie arrivassent à reconnaître la difficulté dont elles conféraient, de mouvoir la pierre, il se fit un grand tremblement de terre (Matt. 28: 2) très épouvantable, et en même temps un Ange du Seigneur ouvrit le sépulcre et renversa la pierre qui le couvrait et qui en fermait la porte. A ce grand bruit et à ce mouvement de la pierre les gardes du monument tombèrent par terre et demeurèrent comme morts, évanouis de peur (Matt. 28: 4), quoiqu'ils n'eussent point vu le Seigneur et alors Son Corps n'était point là non plus, parce que lorsque l'Ange ôta la pierre il était déjà ressuscité et sorti du monument. Quoique les Marie eussent éprouvé quelque crainte, elles se ranimèrent, et Dieu même les confortant, elles s'approchèrent et entrèrent dans le monument (Marc 16: 5); et près de la porte elles virent celui qui avait renversé la pierre assis dessus; son visage était resplendissant (Matt. 28: 3) et ses vêtements étaient comme de la neige; il leur parla et leur dit (Marc 16: 6): «Ne craignez point, car je sais que vous cherchez Jésus de Nazareth. Il n'est pas ici, car Il est déjà ressuscité. Entrez et vous verrez le lieu où ils L'avaient mis.» Les Marie entrèrent et elles eurent une grande tristesse en voyant le sépulcre vide; parce qu'elles étaient plus attentives à leur désir de Le voir qu'à croire ce que l'Ange leur disait. Elles virent ensuite deux autres Anges assis aux deux côtés du sépulcre, qui leur dirent (Luc 24: 4-6): «Pourquoi cherchez-vous parmi les morts Celui qui est déjà vivant et ressuscité?
Souvenez-vous qu'Il vous a dit Lui-même en Galilée qu'Il devait ressusciter le troisième jour. Allez immédiatement et donnez avis aux disciples et à Pierre d'aller en Galilée où ils Le verront.»

6, 27, 1480. Avec cet avertissement des Anges, les Marie se souvinrent de ce que leur divin Maître leur avait dit. Et assurées de Sa Résurrection elles revinrent du sépulcre en grande hâte, et elles rendirent compte aux onze Apôtres et à d'autres de ceux qui suivaient le Seigneur, dont plusieurs prirent ce que les Marie leur disaient pour du délire (Luc 4: 11). Ils étaient tellement troublés dans la foi et tellement oublieux des Paroles de leur Rédempteur et leur Maître. Pendant que les Marie remplies de joie et de peur racontaient aux Apôtres ce qu'elles avaient vu, les gardes du sépulcre reprirent vie et revinrent à leurs sens. Et comme ils virent le monument ouvert et sans Corps morts (Matt. 28: 11), ils allèrent rendre compte de l'événement aux princes des prêtres. Ceux-ci se trouvèrent confus et ils assemblèrent un conseil pour déterminer ce qu'ils pourraient faire, afin de démentir la merveille si patente qui ne pouvait être cachée. Et ils tombèrent d'accord de donner beaucoup d'argent aux gardes (Matt. 28: 12-13), afin qu'étant subornés ils dissent que pendant qu'ils dormaient les disciples de Jésus étaient venus voler son Corps du sépulcre. Et les prêtres assurèrent les gardes qu'ils les tireraient en paix et saufs de ce mensonge, et ceux-ci le publièrent parmi les Juifs. Plusieurs d'entre eux furent si insensés que de leur donner crédit; et quelque-uns plus obstinés et plus aveugles le leur donnent jusqu'à présent, croyant le témoignage de ceux qui confessèrent qu'ils dormaient quand ils disent qu'ils virent le vol.

6, 27, 1481. Quoique les Apôtres et les disciples tinrent des divagations ce que les Marie disaient, néanmoins saint Pierre et saint Jean partirent en toute hâte vers le monument (Jean 20: 3), désirant se certifier par leurs yeux, et les Marie y retournèrent à leur suite. Saint Jean arriva le premier, et sans entrer (Jean 20: 4-5), il vit de la porte les suaires éloignés du sépulcre, et il attendit que saint Pierre arrivât, lequel entra le premier et saint Jean après lui, et ils virent la même chose et que le Corps sacré n'était pas dans le sépulcre. Et saint Jean dit qu'il crut (Jean 20: Cool alors, et il s'assura de ce qu'il avait commencé à croire lorsqu'il avait vu la Reine du Ciel changée comme je l'ai dit dans le chapitre précédent. Les deux Apôtres revinrent rendre compte aux autres de ce qu'ils avaient vu avec admiration dans le sépulcre. Les Marie y demeurèrent dans la partie extérieure, conférant avec
admiration tout ce qui arrivait. Et avec une plus grande ferveur et avec larmes la Magdeleine rentra dans le sépulcre pour la considérer; et quoique les Apôtres ne vissent point les Anges, Magdeleine les vit, et ces mêmes Anges lui demandèrent (Jean 20: 13): «Femme, pourquoi pleures-tu?» Marie répondit: «Parce qu'ils ont enlevé mon Seigneur et je ne sais où ils L'on mis.» Après cette réponse, elle sortit dehors dans le jardin où était le sépulcre, et elle rencontra aussitôt le Seigneur quoiqu'elle ne Le connût point. Elle Le prenait au contraire pour le jardinier. Et Sa Majesté lui demanda aussi (Jean 20: 15): «Femme, pourquoi pleures-tu? Qui cherches-tu?» Ne reconnaissant pas Notre-Seigneur Jésus-Christ la Magdeleine lui répondit comme s'Il eût été le jardinier de ce jardin, et vaincue par l'amour et sans plus de réflexion elle Lui dit: «Seigneur si vous L'avez pris, dites-moi où vous L'avez mis; parce que j'irai et je Le prendrai.» Alors le Très Aimant Maître lui répliqua et lui dit: «Marie.» En la nommant Il Se laissa reconnaître par la voix.

6, 27, 1482. Quand la Magdeleine connut que c'était Jésus, elle s'enflamma tout entière dans l'amour et la joie et elle Lui répondit et lui dit (Jean 20: 16): «Mon Maître.» Et se prosternant à Ses Pieds, elle allait les toucher et les baiser, ayant coutume d'avoir cette faveur. Mais le Seigneur la prévint et lui dit (Jean 20: 17): «Ne Me touche point, parce que Je ne suis pas monté à Mon Père, vers qui Je m'en vais; retourne et dis à Mes frères les Apôtres que Je M'en vais à Mon Père et à leur Père.» La Magdeleine partit aussitôt remplie de consolation et de joie, et elle rejoignit les autres Marie à peu de distance. Et comme elle achevait de leur raconter ce qui lui était arrivé, comment elle avait vu Jésus ressuscité, pendant qu'elles étaient toutes dans l'admiration, les larmes et les transports de joie, Il leur apparut à toutes ensemble et Il leur dit (Matt. 28: 9): «Je vous salue.» Elles Le reconnurent et l'Évangéliste saint Matthieu dit qu'elles adorèrent ses Pieds sacrés; et le Seigneur leur commanda de nouveau d'aller vers les Apôtres et de leur dire ce qu'elles avaient vu et qu'ils allassent en Galilée où ils Le verraient ressuscité. Le Seigneur disparut et les Marie hâtant le pas revinrent au Cénacle et racontèrent aux Apôtres tout ce qui leur était arrivé, mais ils étaient toujours lents à leur donner crédit (Luc 24: 11). Ensuite les Marie entrèrent pour donner connaissance de ce qui se passait à la Reine du Ciel. Elle les écouta avec une tendresse et une prudence admirable comme si Elle l'eût ignoré, quoiqu'Elle sût tout par la vision intellectuelle avec laquelle Elle le connaissait. Et comme si Elle l'eût appris, prenant occasion de ce que les Marie lui racontaient, Elle les confirma dans la foi des Mystères et des sacrements sublimes de l'Incarnation et de la Rédemption et des divines Écritures qui en traitent. Mais la Dame du Ciel ne leur dit pas ce qui lui était arrivé, quoiqu'Elle fût la Maîtresse de ces disciples fidèles et dévotes; comme le Seigneur était le Maître des Apôtres pour les restituer à la Foi.

6, 27, 1483. Les Évangélistes ne rapportent pas quand le Seigneur apparut à saint Pierre, quoique saint Luc le suppose (Luc 24: 34). Mais ce fut après les Marie, et plus secrètement seul comme chef de l'Église, avant Son apparition à tous ensemble et à aucun autre des Apôtres; et ce fut ce jour-là même, après que les Marie lui eurent donné connaissance de L'avoir vu. Arriva ensuite l'apparition (Luc 24: 13 et suiv.) que les Évangélistes rapportent et que saint Luc raconte longuement, des deux disciples qui allaient ce soir-là de Jérusalem au bourg d'Emmaüs, qui était à soixante stades de la ville, ce qui fait quatre milles Palestinien et presque deux lieues Espagnol. L'un de ces deux disciples s'appelait Cléophas et l'autre était saint Luc lui-même; et il en arriva de la sorte: Les deux disciples sortirent de Jérusalem après avoir entendu ce que les Marie avaient raconté, et ils continuèrent dans le chemin leur conversation sur les événements de la Passion, la sainteté de leur Maître et la cruauté des Juifs. Ils étaient dans l'étonnement de ce que le Tout-Puissant avait permis qu'un homme si Saint et si innocent souffrît de tels opprobres. L'un deux disait: «Quand avons-nous vu une suavité et une douceur pareilles?» L'autre répétait: «Qui a jamais entendu parler d'une telle patience; Il ne Se plaignait point ni ne changeait Son air si calme et si majestueux. Sa Doctrine était Sainte, Sa vie irréprochable, Ses Paroles traitaient du Salut Éternel, Ses Oeuvres étaient pour le bénéfice de tous; qu'est-ce que les prêtres ont donc vu en Lui pour concevoir tant de haine contre Lui?» L'autre répondait: «Il a été vraiment admirable en tout, et personne ne peut nier qu'Il était un grand Prophète: Il a fait beaucoup de miracles, Il a éclairé les aveugles, guéri les malades, ressuscité les morts et Il a fait à tous des Bienfaits admirables; mais Il a dit (Matt. 20: 19) qu'Il ressusciterait le troisième jour après Sa Mort, qui est aujourd'hui, et c'est ce que nous ne voyons point accompli.» L'autre répliquait: «Il a dit aussi qu'ils devaient Le crucifier et c'est ce qui a été accompli comme Il l'avait dit.»

6, 27, 1484. Au milieu de ces entretiens et d'autres, Jésus leur apparut en habit de pèlerin (Luc 24: 16), comme les rejoignant dans le chemin, et après les avoir salués Il leur dit: «De quoi parlez-vous qu'il Me parait que vous êtes
attristés?» Cléophas répondit: «Tu es le seul étranger à Jérusalem qui ne sait ce qui est arrivé ces jours-ci dans la cité.» Le Seigneur lui dit: «Qu'est-il donc arrivé?» Le disciple répliqua: «Ne sais-tu point ce qu'ont fait les princes des prêtres de Jésus de Nazareth, saint homme puissant, en Oeuvres et en Paroles; comment ils L'ont condamnée et crucifié? Nous avions espérance qu'Il rachèterait Israël en ressuscitant des morts, et le troisième jour de Sa Mort s'achève déjà et nous ne savons ce qu'Il a fait. Cependant, quelques femmes des nôtres nous ont effrayés, parce qu'elles sont allées de grand matin au sépulcre et elles n'ont point trouvé le Corps, et elles affirment qu'elles ont vu des Anges qui leur ont dit qu'Il était déjà ressuscité. Et d'autres de nos compagnons qui ont ensuite accouru au sépulcre ont vue que ce que les femmes avaient raconté était vrai. Mais nous allons à Emmaüs pour y attendre, afin de voir ce que veulent dire ces nouvelles.» Le Seigneur leur répondit: «Vous êtes vraiment stupides et lents de coeur; puisque vous ne comprenez point qu'il convenait ainsi que le Christ souffrît toutes ces peines et une Mort aussi affreuse pour entrer dans Sa gloire.»

6, 27, 1485. Et poursuivant, le divin Maître leur déclara les Mystères de Sa Vie et de Sa Mort pour la Rédemption des hommes, commençant par la figure de l'agneau que Moïse avait commandée de sacrifier et de manger (Ex. 12: 3), rougissant le haut des portes de son sang: et ce que figuraient la mort du grand prêtre Aaron (Nom. 20: 28-29); la mort de Samson (Juges 16: 30) pour les amours de son épouse Dalila, et plusieurs psaumes de David, où ce saint roi prophétisa (Ps. 21: 17-19) le conseil, la Mort de Jésus, le partage des Ses vêtements et que Son Corps ne verrait point la corruption (Ps. 15: 10) du tombeau; ce que la Sagesse dit (Sag. 2: 20), et plus clairement Isaïe et Jérémie (Is. 53 en entier; Jér. 11: 19), de Sa Passion, qu'il paraîtrait un lépreux défiguré, un homme de douleur, qu'Il serait mené comme une brebis à la boucherie sans ouvrir la bouche; et Zacharie qui Le vit transpercé de plusieurs plaies (Zach. 13: 6); et Il leur dit d'autres endroits des Prophètes qui disent clairement les Mystères de Sa Vie et de Sa Mort. Les disciples recevaient peu à peu par l'efficace de ce raisonnement, la chaleur de la Charité et la lumière de la Foi qu'ils avaient éclipsée. Et lorsqu'ils approchaient déjà du bourg d'Emmaüs, le divin Maître, leur donna à entendre qu'Il passait plus loin dans Son voyage; mais ils le prièrent avec instances de demeurer avec eux parce qu'il était déjà tard. Le Seigneur accepta, et invité par les disciples ils se couchèrent conformément à la coutume des Juifs pour manger ensemble. Le Seigneur prit le pain et comme Il avait coutume aussi Il le bénit et le partagea, leur
donnant avec le pain bénit la connaissance infaillible qu'Il était leur Maître et leur Rédempteur.

6, 27, 1486. Les disciples Le reconnurent parce qu'Il leur ouvrit les yeux de l'âme; et dès qu'Il les eut éclairés Il disparut à leurs yeux corporels et alors ils ne Le virent plus. Mais ils demeurèrent remplis de joie et d'admiration conférant entre eux du feu de la Charité qu'Ils avaient éprouvé dans le chemin, quand leur Maître leur parlait et leur déclarait les Écritures. Ils retournèrent sans délai à Jérusalem quand il était déjà nuit (Luc 24: 33). Ils entrèrent dans la maison où les autres Apôtres s'étaient retirés par crainte des Juifs. Et ils les trouvèrent à s'entretenir des notices qu'Ils avaient que le Sauveur était ressuscité et qu'Il était déjà apparu à saint Pierre. Les deux disciples ajoutèrent à cela tout ce qui leur était arrivé dans le chemin et comment ils L'avaient reconnu quand Il leur avait partagé le pain au bourg d'Emmaüs. Saint Thomas était alors présent et quoiqu'il entendît les deux disciples et que saint Pierre confirmait ce qu'Ils disaient assurant qu'il avait vu, lui aussi, son Maître ressuscité, Thomas demeura néanmoins lent et douteux, sans donner crédit au témoignage des trois disciples outre celui des femmes. Et avec quelque découragement, effet de son incrédulité il sortit de la compagnie des autres et s'en alla. Peu après que Thomas fut parti, le Seigneur entra les portes étant fermées et Il apparut aux autres. Étant au milieu d'eux, Il leur dit (Luc 24: 36): «La paix soit avec vous, c'est Moi, ne craignez point.»

6, 27, 1487. Les Apôtres se troublèrent à cette apparition soudaine, craignant que ce qu'ils voyaient fût un esprit ou un fantôme, et le Seigneur leur dit (Luc 24: 38-39): «De quoi vous troublez-vous et recevez-vous tant de pensées différentes? Regardez Mes pieds et Mes mains et sachez que Je suis votre Maître. Touchez de vos mains Mon vrai Corps, car les esprits n'ont pas de chair ni d'os comme vous voyez que J'en ai.» Les Apôtres étaient si troublés et si confus qu'encore qu'ils vissent et qu'ils touchassent les mains couvertes de plaies du Sauveur, ils n'arrivaient pas à croire que c'était Lui qui leur parlait et qu'ils touchaient. Le Maître très aimant leur dit pour les assurer davantage (Luc 24: 41): «Donnez-Moi quelque chose à manger si vous en avez.» Ils Lui présentèrent tout joyeux un morceau de poisson rôti (Luc 24: 42) et un rayon de miel; Il en mangea et Il leur partagea le reste, disant: «Ne savez-vous pas que tout ce qui est arrivé à Mon sujet est la même chose que ce qui était écrit de Moi dans Moïse, les Prophètes, les Psaumes et les Saintes Écritures, et que le tout devait s'accomplir comme il avait été prophétisé?» Et avec ces paroles, Il leur ouvrit les sens et ils Le connurent, et ils comprirent les Écritures qui parlent de Sa Passion, de Sa Mort et de Sa Résurrection le troisième jour. Les ayant ainsi éclairés, Il leur dit de nouveau (Jean 20: 21): «La paix soit avec vous. Comme Mon Père M'a envoyé ainsi Je vous envoie, afin que vous enseigniez au monde la Vérité et la connaissance de Dieu et de la Vie Éternelle, prêchant la pénitence des péchés et la rémission de ces péchés en Mon Nom.» Puis répandant sur eux Son Souffle divin ou son Haleine, Il ajouta et dit (Jean 20: 22): «Recevez l'Esprit-Saint, afin que les péchés que vous aurez pardonnés soient pardonnés, et que ceux que vous n'aurez point pardonnés ne le soient point. Prêchez (Luc 24: 47) à toutes les nations, commençant par Jérusalem.» Sur cela le Seigneur disparut, les laissant consolés et raffermis dans la foi, avec la puissance de pardonner les péchés, eux-mêmes et les autres prêtres.

6, 27, 1488. Tout cela arriva, saint Thomas n'étant point présent comme il a été dit; mais par la disposition du Seigneur, il revint ensuite à la congrégation d'où il s'était absenté et les Apôtres lui racontèrent tout ce qui était arrivé en son absence. Cependant, quoiqu'il les trouvât si changés par la joie nouvelle qu'ils avaient reçue, il demeura néanmoins incrédule et obstiné, affirmant qu'il ne croirait point ce que tous affirmaient s'il ne voyait (Jean 20: 25) d'abord de ses yeux les Plaies et s'il ne touchait la Plaie du côté et les autres de sa main et des ses doigts. L'incrédule Thomas persévéra dans cet endurcissement pendant huit jours, après quoi, le Seigneur revint de nouveau les portes étant fermées et Il apparut au milieu des même Apôtres et de l'incrédule. Il les salua comme de coutume disant: «La paix soit avec vous.» Et appelant ensuite Thomas, Il le reprit avec une suavité amoureuse et lui dit (Jean 20: 27): «Approchez vos mains, Thomas, et touchez les trous qui sont dans les miennes et celui de mon Côté et veuillez ne plus être incrédule, mais soumis et fidèle.» Thomas toucha les Plaies divines et fut éclairé intérieurement pour croire et reconnaître son ignorance. Et se prosternant en terre il dit (Jean 20: 28): «Mon Seigneur et mon Dieu.» Sa Majesté répliqua (Jean 20: 29): «Thomas, tu M'as cru parce que tu M'as vu; mais bienheureux seront ceux qui ne Me verront point et qui Me croiront.» Le Seigneur disparut, les Apôtres et Thomas demeurant remplis de Lumière et d'allégresse. Ils allèrent ensuite tous ensemble rendre compte à la Très Sainte Marie de ce qui était arrivé, comme ils l'avaient fait dès la première apparition.

6, 27, 1489. Les Apôtres alors n'étaient pas aptes à comprendre la grande sagesse de la Reine du Ciel et encore moins les connaissances qu'Elle avait de tout ce qui leur arrivait et des Oeuvres de son Très Saint Fils; ainsi ils lui rendaient compte de ce qui se passait: et Elle les écoutait avec une prudence souveraine et une mansuétude de Mère et de Reine. Après la première apparition, quelques-uns des Apôtres lui avaient raconté l'obstination de Thomas qui refusait de les croire tous, quoiqu'ils affirmassent avoir vu leur Maître ressuscité; et comme il avait persévéré dans son incrédulité pendant ces huit jours, l'indignation de quelques Apôtres contre lui s'était accrue davantage. Ils étaient allés en la présence de l'Auguste Dame du Ciel et l'avaient accusé comme coupable, obstiné, homme grossier, peu éclairé et attaché à son propre sentiment. La pieuse Princesse les écoutait avec un Coeur pacifique et voyant que l'aversion des Apôtres croissait contre lui, car ils étaient encore tous imparfaits, Elle parla à ceux qui étaient les plus indignés, et Elle les tranquillisa en leur disant que les jugements du Seigneur étaient très cachés et qu'Il tirerait de l'incrédulité de Thomas de grands biens pour les autres et de la gloire pour Lui-même; qu'ils devaient attendre et ne point se troubler si tôt. La divine Mère fit une très fervente oraison et des demandes pour Thomas et à cause d'Elle le Seigneur accéléra le remède de cet Apôtre incrédule en Se montrant à lui. Après qu'il se fut soumis ils en donnèrent connaissance à leur Souveraine et leur Maîtresse, Elle les confirma dans leur foi, les avertit et les corrigea; et Elle leur ordonna de rendre grâce au Très-Haut avec Elle pour ce Bienfait, et de demeurer constants dans les tentations puisqu'ils étaient tous sujets au danger de tomber. Elle leur dit plusieurs douces paroles de correction, d'enseignement, d'avertissement et de Doctrine, les prévenant de ce qu'ils auraient à souffrir dans la nouvelle Église.

6, 27, 1490. Notre Sauveur fit d'autres apparitions, comme l'Évangéliste saint Jean le suppose (Jean 20: 30-31) et celles qui suffisent pour la foi de la Résurrection furent seules écrites. Le même Évangéliste écrit aussi l'apparition de Sa Majesté sur la mer de Tibériade où étaient (Jean 21: 1) saint Pierre, saint Thomas, saint Nathanaël, les fils de Zébédée, et deux autres Disciples. Cette apparition est si mystérieuse qu'elle m'a semblé ne devoir pas être omise dans ce chapitre; elle arriva de cette manière. Les Apôtres s'en furent en Galilée après ce qui leur était arrivé à Jérusalem, parce que le Seigneur le leur avait commande,
leur promettant qu'ils Le verraient là. Les sept Apôtres et les disciples se trouvant près de cette mer, saint Pierre leur dit qu'il voulait aller pêcher pour avoir quelque chose pour passer le temps, car il savait pêcher par office. Ils l'y accompagnèrent tous et ils passèrent cette nuit à jeter les filets sans prendre un seul poisson. Le matin notre Sauveur Jésus leur apparut sur le rivage sans Se faire connaître d'abord. La petite barque dans laquelle ils pêchaient était proche et le Seigneur leur demanda: «Avez-vous quelque chose à manger? Nous n'avons rien pris,» répondirent-ils. Sa Majesté répliqua: «Jetez vos filets à droite de la nacelle et vous prendrez quelque chose.» Ils le firent et le filet se remplit de poissons, de manière qu'ils ne pouvaient le lever. Alors saint Jean reconnut Notre-Seigneur Jésus-Christ par ce miracle et s'approchant de saint Pierre, il lui dit: «C'est le Seigneur qui vous parle de la rive.» Sur cet avis, saint Pierre le reconnut aussi, et tout enflammé de ses ferveurs accoutumées, il se vêtit en toute hâte de la tunique dont il s'était dépouillé, et il se jeta à la mer, marchant sur les eaux vers le Maître de la Vie et les autres approchèrent la barque du lieu où ils étaient (Jean 21: 7-Cool.

6, 27, 1491. Ils sautèrent sur le rivage et ils trouvèrent que le Seigneur leur avait déjà préparé de la nourriture: car ils virent le feu, du pain et un poisson sur la braise; cependant Sa Majesté leur dit d'apporter des poissons qu'ils venaient de pêcher et ayant tiré le filet à terre, saint Pierre trouva qu'il y avait cent cinquante-trois poissons, et quoiqu'il y en eût tant le filet ne s'était pas rompu. Le Seigneur leur commanda de manger. Et bien qu'il fût si familier et si affable avec eux, nul ne s'hasarda à Lui demander qui Il était; parce que les miracles et la majesté du Seigneur leur causa une grande crainte et une grande révérence. Il leur partagea le pain et les poissons. Et après qu'ils eurent achevé de manger, Il se tourna vers saint Pierre et lui dit: «Simon, fils de Jona, M'aimes-tu plus que ceux-ci?» Saint Pierre répondit: «Oui, Seigneur, vous savez que je Vous aime.» Le Seigneur répliqua: «Pais Mes agneaux.» Ensuite Il lui demanda une autre fois: «Simon, fils de Jona, M'aimes-tu?» Saint Pierre répliqua la même chose: «Seigneur, Vous savez que je Vous aime.» Le Seigneur fit une troisième fois la même demande: «Simon, fils de Jona, M'aimes-tu?» A cette troisième fois, saint Pierre se contrista et répondit: «Seigneur, Vous savez toutes choses, Vous savez que je Vous aime.» Notre-Seigneur Jésus-Christ lui répondit une troisième fois: «Pais Mes brebis.» Par ces Paroles, Il le fit lui seul le Chef de Son Église, Unique et Universelle, lui donnant l'autorité suprême de Son Vicaire, sur tous les hommes. Et c'est pour cela qu'Il l'examina tant de fois touchant l'amour qu'il avait, comme s'il eût été capable
avec cela seul de la suprême dignité, et comme si cela seul lui eût suffi pour l'exercer dignement.

6, 27, 1492. Le Seigneur intima ensuite à saint Pierre la charge de l'Office qu'Il lui donnait et Il lui dit: «En vérité Je t'assure que lorsque tu seras déjà vieux, tu ne pourras point te ceindre comme quand tu étais jeune, et tu n'iras pas où tu voudras; parce qu'un autre te ceindra et te mènera où tu ne voudras pas.» Saint Pierre comprit que le Seigneur le prévenait de la mort de la croix en laquelle il L'imiterait et Le suivrait. Mais comme il aimait beaucoup saint Jean et qu'il désirait savoir ce qu'il en serait de lui, il demanda au Seigneur: «Qu'est-ce que Vous déterminez de faire de celui que Vous aimez.» Sa Majesté lui répondit: «Que t'importe-t-il à toi de le savoir? Si Je veux qu'il demeure ainsi jusqu'à ce que Je revienne au monde, cela me regarde. Toi, suis-Moi et ne te trouble point de ce que Je veux faire de lui.» A cause de ces paroles, il s'éleva une rumeur parmi les Apôtres que saint Jean ne devait pas mourir. Mais l'Évangéliste lui-même avertit, que Jésus-Christ ne dit point affirmativement qu'il ne mourrait point, comme on le voit par les paroles qui viennent d'être rapportées; il semble au contraire que Jésus cachât intentionnellement la Volonté qu'Il avait de la mort de l'Évangéliste, S'en réservant alors le secret. La Très Sainte Marie eut, par la révélation que j'ai dites plusieurs fois [a], une intelligence claire de tous ces mystères et de toutes ces apparitions. Et comme Archives et Dépositaires des Oeuvres du Seigneur et de Ses Mystères dans l'Église, ces Oeuvres et ces Mystères étaient gravés dans son Âme et Elle les gardait et les conférait dans son Coeur très chaste et très prudent. Et ensuite les Apôtres, et spécialement son nouveau fils saint Jean l'informaient de tous les événements qui se présentaient. L'Auguste Dame du Ciel persévéra dans son recueillement pendant les quarante jours continus après la Résurrection et Elle y jouissait de la vue de son Très Saint Fils, des Anges et des Saints; et ceux-ci chantaient au Seigneur, les hymnes et les louanges que Sa Très Aimante Mère Lui faisait; et les Anges les recueillaient pour ainsi dire de sa bouche pour célébrer les gloires du Seigneur des vertus et des victoires.

DOCTRINE QUE ME DONNA LA TRÈS SAINTE REINE MARIE.

6, 27, 1493. Ma fille, l'enseignement que je te donne dans ce chapitre servira aussi de réponse au désir que tu as de savoir pourquoi mon Très Saint Fils apparut une fois comme pèlerin et une autre fois comme jardinier; et pourquoi Il ne Se donna pas toujours à connaître à la première vue. Sache donc, ma très chère, que bien que les Marie et les Apôtres fussent déjà disciples du Seigneur et en comparaison des autres hommes du monde, ils étaient déjà les meilleurs et les plus parfaits; néanmoins ils étaient enfants dans le degré de la perfection et de la sainteté et ils n'étaient pas aussi avancés qu'ils devaient l'être à l'école d'un tel Maître. Ainsi ils étaient faibles dans la Foi, et moins constants dans les autres vertus et moins fervents que leur vocation et les Bienfaits reçus de la main du Seigneur le demandaient; et les moindres fautes des âmes favorisées et choisies pour l'amitié de Dieu pèsent plus aux yeux de Sa très juste Équité que certains péchés graves des autres âmes qui ne sont point appelées à cette grâce. Pour ces causes, quoique les Apôtres et les Marie fussent amis du Seigneur ils n'étaient pas disposés à ce que le divin Maître leur communiquât, aussitôt, les effets célestes de Sa connaissance et de Sa présence, vu leurs fautes, leurs faiblesses, leur tiédeur et leur lenteur dans l'amour. Mais avant de Se manifester Jésus leur disait des Paroles de Vie par lesquelles Il les disposait en les éclairant et leur donnant la ferveur. Et lorsque la Foi et l'Amour se renouvelaient dans leurs coeurs Il se faisait connaître, et Il leur communiquait l'abondance de Sa Divinité qu'ils sentaient, et d'autres Dons et d'autres grâces par lesquels ils étaient renouvelés et élevés au-dessus d'eux-mêmes. Et quand ils commençaient à jouir de ces faveurs, Il disparaissait, afin qu'ils Le désirassent de nouveau avec de plus ardents désirs de Sa communication et de Son très doux entretien. Tel fut le mystère de Ses apparitions dissimulées à la Magdeleine, aux Apôtres et aux disciples sur le chemin d'Emmaüs. Et Il fait la même chose respectivement à l'égard de plusieurs âmes qu'Il choisit pour Son entretien et Son intime communication.

6, 27, 1494. Par cet ordre admirable de la Providence divine, tu demeureras enseignée et reprise des doutes ou de l'incrédulité où tu es tombée tant de fois, touchant les faveurs et les Bienfaits que tu as reçus de la Clémence divine de mon Très Saint Fils. Il est temps désormais que tu modères en cela les craintes dont tu as toujours souffert; de peur que de l'humilité tu passes à l'ingratitude et que de douteuse tu deviennes entêtée et lente de coeur pour donner crédit aux faveurs Divines. Tu recevras aussi une Doctrine précieuse si tu considères dignement la promptitude de l'immense Charité du Très-Haut (Ps. 33: 19) à répondre aussitôt à ceux qui sont humbles et contrits de coeur (Sag. 6: 13) et à assister à l'instant ceux qui Le cherchent et Le désirent avec amour, qui méditent Sa Passion et Sa Mort et s'en entretiennent. Tu connaîtras tout cela en Pierre, la Magdeleine et les autres disciples. Puis imite, ma fille, la ferveur de la Magdeleine à chercher son Maître sans s'arrêter même avec les Anges, sans s'éloigner du sépulcre avec les autres, sans se reposer un instant jusqu'à ce qu'elle Le trouvât si amoureux et si doux. Elle avait aussi gagné tout cela pour m'avoir accompagnée pendant tout la Passion avec un coeur si ardent. Les autres Marie avaient fait la même chose et pour cela elles avaient mérité de goûter les premières aux joies de la Résurrection. Après elles, saint Pierre l'obtint par l'humilité et la douleur avec lesquelles il pleura son reniement; aussitôt le Seigneur fut incliné à le consoler et Il commanda aux Marie de lui donner à lui-même nommément des nouvelles de Sa Résurrection et ensuite Il le visita, le confirma dans la Foi et le remplit de joie et des Dons de Sa grâce. Il apparut aussi aux deux disciples avant les autres, quoiqu'ils doutassent; parce qu'ils s'entretenaient de Sa Mort et ils y compatissaient. Et je t'assure, ma fille, qu'aucune des bonnes oeuvres que les hommes font de tout leur coeur avec une intention droite ne demeure sans une grande récompense donnée comptant; parce que le feu dans son activité si grand n'enflamme pas si vite l'étoupe très disposée, la pierre ne se meut pas si rapidement vers son centre, tout empêchement lui étant ôté, ni la mer dans son cours ne va et ne coule pas avec autant de force, que la Bonté du Très-haut et Sa grâce se communiquent aux âmes qui se disposent et qui ôtent l'obstacle des péchés, lesquels retiennent l'Amour divin comme violenté. Cette vérité est une des choses qui causent le plus d'admiration dans les Bienheureux qui la connaissent dans le Ciel. Loue le Seigneur pour cette Bonté infinie, et aussi parce qu'Il tire du mal même, des biens grandioses, comme Il l'a fait de l'incrédulité des Apôtres, en laquelle le Seigneur manifesta cet Attribut de Sa Miséricorde envers eux, et Il rendit Sa Résurrection plus croyable pour tous, et Sa bénignité et le pardon des péchés plus manifestes, pardonnant aux Apôtres et oubliant pour ainsi dire leurs fautes pour les chercher et leur apparaître, Se montrant humain à leur égard comme un vrai Père, les éclairant et leur donnant la Doctrine selon leur peu de Foi et leur nécessité.

NOTES EXPLICATIVES
EXTRAITES DE CELLES DE DON CRESETO, À L'USAGE DES PRÊTRES.
6, 27, [a]. Livre 4, Nos. 481, 534; Livre 5, Nos. 990 et fréquemment.
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Message par sga le Ven 20 Déc 2019 - 17:05

CHAPITRE 28


De certains mystères cachés et Divins qui arrivèrent à la Très Sainte Marie après la Résurrection du Seigneur; comment le titre de Mère et de Reine lui fut donné, et l'apparition de Jésus-Christ avant l'Ascension.


6, 28, 1495. L'abondance et la grandeur des mystères en tout le cours de cette Histoire divine m'a rendue pauvre de paroles. Car il est présenté beaucoup de choses à l'entendement dans la Lumière divine et il n'y en a que peu qui puissent être exprimées par des raisons et des termes ordinaire: et dans cette inégalité et ce défaut, j'ai toujours éprouvé une grande violence; parce que l'intelligence est féconde et la parole stérile, et ainsi la production des paroles ne correspond point à la conception des idées; et je demeure toujours avec la crainte touchant les termes que je choisis et très mécontente de ce que je dis; parce que tout est amoindri et rien ne peut suppléer à ce défaut, ni remplir le vide entre l'expression et la compréhension. Et je me trouve dans cet état maintenant qu'il s'agit de déclarer ce qui m'a été donné à connaître des mystères cachés et des sacrements très sublimes dont la Très Sainte Marie fut l'objet dans les quarante jours après la Résurrection de son Fils, notre Rédempteur, jusqu'à Son Ascension dans les Cieux. L'état où la Puissance divine la mit fut nouveau et plus sublime après la Passion et la Résurrection, ses oeuvres furent plus cachées et les faveurs qu'Elle reçut furent proportionnées à sa sainteté très éminente et à la Volonté très cachée de Celui qui les opérait; parce que cette sainteté était la règle avec laquelle Il les mesurait. Et si je devais écrire tout ce qui m'a été manifesté, il serait nécessaire d'étendre beaucoup cette Histoire et d'en faire plusieurs livres. Mais en ce que je dirai, on
pourra découvrir quelque chose de ces sacrements si Divins, à la gloire de notre Auguste Reine et Maîtresse.

6, 28, 1496. J'ai déjà dit au commencement du chapitre précédent que pendant les quarante jours après la Résurrection du Seigneur, Sa Majesté demeurait dans le Cénacle en compagnie de Sa Très Sainte Mère, lorsqu'Il ne S'absentait point pour faire quelques apparitions; et dans ces cas Il revenait ensuite aussitôt en sa présence. Et tout jugement prudent saura comprendre que lorsque le Roi et la Reine du monde étaient ensemble, ils passaient ce temps en des Oeuvres divines et admirables, au-dessus de toute pensée humaine. Et ce que j'ai connu de ces sacrements est ineffable; parce qu'Ils passaient de longs temps en des colloques très doux et d'une incomparable Sagesse, qui étaient pour la Mère très aimante une sorte de joie inférieure à celle de la Vision Béatifique mais supérieure à toute consolation et à toute jubilation imaginable. D'autres fois l'Auguste Reine, avec les Patriarches et les Saints glorifiés qui étaient là, s'occupait à louer et à exalter le Très-Haut. La Très Sainte Marie eut la science et la connaissance de toutes les oeuvres et de tous les mérites de ces Saints, ainsi que des Bienfaits, des Dons et des faveurs que chacun avait reçues de la droite du Tout-Puissant, des mystères, des figures et des prophéties qui avaient précédé dans les anciens Pères. L'Auguste Vierge était si capable et si instruite de tous ces secrets qu'Elle les avait plus présents à sa mémoire pour les contempler que nous pour dire notre "Ave Maria". La Très Prudente Dame du Ciel considéra les grands motifs que tous ces Saints avaient de louer et de bénir l'Auteur de tous les Biens; et bien que tous les Saints glorifiés le faisaient alors et le font toujours par la Vision Béatifique, cependant par la partie en laquelle la divine Princesse parlait avec eux et ils lui répondaient, Elle leur dit qu'Elle voulait qu'avec son Altesse ils louassent et magnifiassent le Seigneur pour tous ces Bienfaits et ces Oeuvres qu'Elle connaissait en eux.

6, 28, 1497. Tout ce choeur sacré de Saints condescendit à la volonté de la Reine et ils commencèrent et poursuivirent avec ordre ce Divine exercice, de manière qu'ils formaient un choeur et que chacun des Bienheureux disait un verset et la Mère de la Sagesse répondait par un autre. Et dans ces très doux cantiques fréquents et alternés l'Auguste Dame du Ciel disait Elle seule autant de versets et de louanges que tous les Anges et les saints ensemble, car les Anges entraient aussi dans ces cantiques nouveaux, admirables pour eux et les autres Saints; car par la sagesse et la révérence que manifestait la divine Princesse en chair mortelle, Elle surpassait tous ceux qui étaient dégagés et qui jouissaient de la Vision Bienheureuse. Tout ce que la Très Sainte Marie fit en ces jours excède la capacité et le jugement des hommes. Mais les pensées et les motifs sublimes de sa divine Prudence furent dignes de son amour très fidèle; parce que connaissant que son Très Saint Fils Se détenait dans le monde principalement pour Elle, afin de l'assister et de la consoler, Elle détermina de Lui compenser cet Amour de la manière qui lui était possible. Pour cela Elle ordonna que les louanges et les chants continuels que ces mêmes Saints Lui eussent donnés dans le Ciel ne Lui manquassent point sur la terre. Et en concourant Elle-même à cette vénération de son Fils et à ces hymnes en Son honneur, Elle les éleva au suprême degré; et ainsi Elle faisait de la maison du Cénacle un Ciel.

6, 28, 1498. Elle passa dans ces exercices la plus grande partie des quarante jours, et il se fit dans ce temps plus d'hymnes et plus de cantiques que tous les Saints et les Prophètes nous en ont laissés. Ils entremêlaient quelquefois les Psaumes de David et les prophéties même de l'Écriture, comme en les glosant, manifestant leurs mystères si profonds et si Divin; et notre Reine signalait davantage les saints Pères qui les avaient dits et prophétisés, reconnaissant les Dons et les faveurs qu'ils avaient reçues de la Droite divine quand il leur avait été révélé tant de sacrements si vénérables. Elle avait aussi une joie indicible lorsqu'Elle répondait à sa sainte Mère, à son père saint Joachim, à saint Joseph, au Baptiste et aux grands Patriarches, et l'on ne peut imaginer en chair mortelle un état plus immédiat à la Fruition Béatifique que celui que notre Auguste Souveraine eut alors. Il arriva une autre grande merveille en ce temps et ce fut que toutes les âmes des Justes qui achevèrent leur vie en grâce pendant ces quarante jours allaient au Cénacle et celles qui n'avaient point de dettes à payer étaient béatifiées là. Mais celles qui devaient aller au Purgatoire attendaient là [a] sans voir le Seigneur les unes trois jours, d'autres cinq, d'autres plus ou moins. Et pendant ce temps la Mère de Miséricorde satisfaisait pour elles par certaines oeuvres pénales, des génuflexions, des prosternations, et surtout par le très ardent amour de Charité avec lequel Elle priait pour ces âmes et leur appliquait comme satisfaction les mérites infinis de son Fils; et avec ce secours Elle leur abrégeait et leur compensait la peine de ne point voir le Seigneur, car ces âmes n'avaient point la peine du sens, et ensuite elles étaient béatifiées et colloquées avec le choeur des Saints. Et la grande Reine faisait d'autres cantiques très sublimes au Seigneur pour chacun de ceux qui arrivaient à l'état des Bienheureux.

6, 28, 1499. Au milieu de tous ces exercices et de toutes ces jubilations dont la Très Pieuse Mère jouissait avec une abondance ineffable, Elle ne s'oubliait point de la misère et de la pauvreté des enfants d'Ève exilés de la gloire; au contraire, Elle tournait comme Mère de Miséricorde ses yeux compatissants vers l'état des mortels et Elle faisait pour tous des prières très ferventes. Elle demanda au Père Éternel de répandre par tout le monde la nouvelle Loi de grâce, de multiplier les enfants de l'Église, de défendre et de protéger cette Église sainte et de faire que la valeur de la Rédemption fût efficace pour tous. Et quoiqu'Elle réglât cette prière quant à l'effet par les Décrets éternels de la Sagesse et de la Volonté divine; néanmoins quant à l'affection de la Très Aimante Mère, le Fruit de la Rédemption s'étendait à tous, leur désirant la Vie Éternelle. Et outre cette prière générale Elle en fit une en particulier pour les Apôtres et parmi ceux-ci spécialement pour saint Jean et saint Pierre, parce qu'Elle tenait l'un d'eux comme son fils et l'autre comme Chef de l'Église. Elle pria aussi pour la Magdeleine et les Marie [b] et pour tous les autres fidèles qui appartenaient alors à l'Église; et Elle demanda l'exaltation de la Foi et du Nom de son Très Saint Fils Jésus.

6, 28, 1500. Peu de jours avant l'Ascension du Seigneur, Sa Très Sainte Mère étant dans l'un des exercices que j'ai dits, le Père Éternel et l'Esprit-Saint apparurent dans le Cénacle sur un trône d'ineffable splendeur, au-dessus des choeurs des Anges et des Saints qui étaient là et des autres esprits qui accompagnaient les Personnes divines. Aussitôt le Verbe fait chair monta sur le trône avec les Deux autres. Et la Mère du Très-Haut toujours humble, retirée dans un recoin, se prosterna en terre et adora la Bienheureuse Trinité avec une révérence souveraine et dans la Trinité, son propre Fils le Verbe fait homme. Le Père Éternel commanda ensuite à deux des Anges les plus élevés d'appeler la Très Sainte Marie. Ils obéirent à l'instant, et s'approchant d'Elle, ils lui intimèrent, avec des voix très douces, la Volonté divine. Elle se leva de la poussière avec une humilité, une confusion et une vénération profondes; et accompagnée des Anges Elle s'approcha du trône où Elle s'humilia de nouveau. Le Père Éternel lui dit (Luc 14: 10): «Mon Amie, montez plus haut;» et ces Paroles opérant ce qu'elles signifiaient, Elle fut élevée par la Vertu divine et posée dans le trône de la Majesté
Royale avec les trois Personnes divines. Ce fut la cause d'une admiration nouvelle pour les Saints de voir une pure Créature élevée à une dignité si excellente. Puis reconnaissant l'Équité et la Sainteté des Oeuvres du Très-Haut, ils Lui en rendirent une gloire et une louange nouvelles, Le confessant comme Grand, Juste, Puissant, Saint et admirable dans tous Ses conseils.

6, 28, 1501. Le Père Éternel S'adressa à la Très Sainte Marie et lui dit: «Ma Fille Je te confie et te recommande l'Église que Mon Fils Unique a fondée, le peuple qu'Il a racheté et la nouvelle Loi de grâce qu'Il a enseignée dans le monde.» Ensuite l'Esprit-Saint lui dit: «Mon Epouse choisie entre toutes les créatures, Je te communique Ma Sagesse et Ma grâce, avec lesquelles les Mystères, les Oeuvres et la Doctrine du Verbe fait homme et tout ce qu'Il a fait dans le monde soient en dépôt dans ton Coeur.» Le Fils Lui-même parla et dit: «Ma Mère très aimante, Je M'en vais à Mon Père et te laisse en Ma place; Je te charge du soin de Mon Église, Je te recommande ses enfants et Mes frères, comme Mon Père Me les a donnés en charge à Moi-même.» Les trois divines Personnes S'adressèrent ensuite au choeur des saints Anges ainsi qu'aux Justes et aux Saints et leur dirent: «Voici la Reine de tout ce qui est créé au Ciel et sur la terre; Elle est la Protectrice de l'Église, la Maîtresse des créatures, la Mère de Miséricorde, l'Avocate des fidèles et des pécheurs, la Mère du bel Amour (Eccli. 24: 24) et de la sainte Espérance; Elle est puissante pour incliner Notre Volonté vers la clémence et la miséricorde. Les Trésors de notre grâce sont déposés en Elle, et son Coeur très fidèle sera les tables où Notre Loi demeurera écrite et gravée. En Elle sont renfermés les Mystères que Notre Toute-Puissance a opérés pour le salut du genre humain. Elle est l'Oeuvre parfaite de Nos mains où la plénitude de Notre Volonté et le courant de Nos Perfections divines se reposent sans aucun empêchement. Celui qui l'invoquera de tout coeur ne périra point. Celui qui obtiendra son intercession arrivera à la Vie Éternelle (Prov. 8: 35). Tout ce qu'Elle Nous demandera lui sera accordé et Nous ferons toujours sa volonté en écoutant ses prières et ses désirs; parce qu'Elle s'est dédiée tout entière et avec plénitude à faire ce qui Nous plaît.» La Très Sainte Marie entendant ces faveurs ineffables, s'humilia et s'abaissa jusqu'à la poussière d'autant plus que la droite du Très-Haut l'exaltait au-dessus de toutes les créatures humaines et angéliques. Et comme si Elle eût été la moindre de toutes, adorant le Seigneur, Elle s'offrit avec des raisons très prudentes et de très ferventes affections, à travailler dans la Sainte Église comme une servante fidèle et à obéir avec promptitude à la Volonté divine en ce qui lui était ordonné. Et dès ce moment, Elle accepta de nouveau la sollicitude de l'Église de l'Évangile, comme l'amoureuse Mère de tous les enfants de cette Église sainte, et Elle renouvela dès ce moment toutes les prières qu'Elle avait faites pour eux jusqu'alors, de manière qu'elles furent incessantes et très ferventes dans tout le cours de sa Vie, comme nous le verrons dans la troisième partie, où l'on connaîtra plus clairement ce que l'Église doit à cette Auguste Reine et Souveraine, ainsi que les Bienfaits qu'Elle lui mérita et lui obtint. Par ces faveurs et celles dont je parlerai plus loin, la Très Sainte Marie demeura avec une telle participation de l'Être de son Fils que je ne trouve point de termes pour l'expliquer, parce qu'Il lui donna une communication de Ses Attributs et de Ses Perfections correspondante au ministère de Mère et de Maîtresse de l'Église, en la place de Jésus-Christ Lui-même, et Il l'éleva à un nouvel être de Science et de Puissance, avec lequel rien ne lui fut cachée, tant des Mystères divins que des secrets des coeurs humains. Elle savait et connaissait quand et comment Elle devait user de la Puissance divine dont Elle participait, à l'égard des hommes, des démons et de toutes les créatures; et en un mot, notre Auguste Reine et Maîtresse reçut et eut avec plénitude et par condescendance tout ce qui peut se trouver en une pure Créature. Il fut donnée quelque Lumière de ces sacrements à saint Jean, afin qu'il connût le degré dans lequel il lui convenait d'estimer et d'apprécier l'inestimable valeur du Trésor qui lui avait été consigné, et depuis ce jour il apporta un soin nouveau à vénérer l'Auguste Dame et à la servir.

6, 28, 1502. Le Très-Haut opéra encore d'autres faveurs et d'autres merveilles envers la Très Sainte Marie pendant ces quarante jours, sans en passer aucun où Il ne Se montrât Puissant et Saint par quelque Bienfait singulier, comme s'Il eût voulu l'enrichir de nouveau avant Son départ pour les Cieux. Le temps déterminé par la Sagesse même pour retourner vers Son Père Éternel s'accomplissait déjà; après avoir manifesté Sa Résurrection par des apparitions évidentes et beaucoup d'arguments comme dit saint Luc (Act. 1: 3), Sa Majesté détermina en dernier lieu d'apparaître et de Se manifester de nouveau à toute cette congrégation d'Apôtres, de disciples et de saintes femmes, qui étaient tous réunis au nombre de cent vingt. Cette apparition eut lieu dans le Cénacle, le jour même de l'Ascension, après l'apparition rapportée par saint Marc (Marc 16: 14) dans son dernier chapitre, car tout cela arriva en un seul jour. Après que les Apôtres furent rendus en Galilée où le Seigneur leur avait commandé d'aller, Il leur avait apparu là auprès de la mer de Tibériade, comme je l'ai dit. Il leur apparut aussi sur la montagne où saint Matthieu dit qu'ils L'adorèrent (Matt. 28: 16-17). Aussi cinq
cents disciples réunis Le virent comme dit saint Paul (1 Cor. 15: 5-6). Après ces apparitions ils revinrent à Jérusalem, le Seigneur le disposant ainsi afin qu'ils se trouvassent à Son admirable Ascension. Et les onze Apôtres étant réunis à table pour manger, le Seigneur entra comme le dit saint Marc et saint Luc aussi (Marc 16: 14; Act. 1;4) dans les Actes des Apôtres, et Il mangea avec eux avec une bonté et une affabilité admirables, tempérant les splendeurs et les beaux brillants de Sa gloire, afin de Se laisser voir à tous. Le repas étant fini, il leur parla avec une majesté sévère et agréable et Il leur dit:

6, 28, 1503. «Mes Disciples, sachez (Matt. 28: 18) que Mon Père Éternel M'a donné toute Puissance dans le Ciel et sur la terre et Je veux vous communiquer cette Puissance, afin que vous plantiez Ma nouvelle Église par tout le monde. Vous avez été incrédules et lents de coeur avant de croire à Ma Résurrection; mais désormais il est temps que, comme Mes fidèles Disciples, vous soyez maîtres de la Foi pour tous les hommes en prêchant Mon Évangile comme vous l'avez entendu de Moi; vous baptiserez tous ceux qui croiront, leur donnant le Baptême au Nom du Père, et du Fils qui est Moi-même, et de l'Esprit-Saint (Matt. 28: 19). Et ceux qui croiront et seront baptisés seront sauvés, et ceux qui ne croiront point seront condamnés (Marc 16: 16). Enseignez aux fidèles tout ce qui regarde Ma sainte Loi (Matt. 28: 20). Et comme confirmation de cette Loi les croyants feront des signes et des merveilles (Marc 16: 17-18): ils chasseront les démons de là où ils seront, ils parleront des langues nouvelles, ils guériront des morsures des serpents, s'ils boivent quelque venin mortel, ce venin ne les offensera point, et ils rendront la santé aux malades en posant les mains sur eux.» Telles furent les merveilles que Notre-Seigneur Jésus-Christ promit pour fonder Son Église par la prédication; et elles se sont toutes accomplies dans les Apôtres et les fidèles de la primitive Église. Et le Seigneur continue les mêmes miracles dans le temps et de la manière que Sa Providence le connaît être nécessaire pour la propagation de Son Église dans le reste du monde et pour sa conservation dans les lieux où elle est déjà établie; parce qu'Il n'abandonne jamais Sa Sainte Église qui est son épouse bien-aimée.

6, 28, 1504. Ce jour-là, pendant que le Seigneur était avec les onze Disciples, d'autres fidèles et de pieuses femmes s'assemblèrent par la disposition Divine dans la maison du Cénacle jusqu'au nombre de cent vingt, comme j'ai déjà dit; parce que le Seigneur avait déterminé qu'ils se trouvassent présents à Son Ascension, et Il voulut premièrement informer toute cette congrégation comme les onze Apôtres respectivement de ce qu'il leur convenait de savoir avant Son Ascension aux Cieux et avant de prendre congé d'eux tous. Étant ainsi réunis et rassemblés dans la paix et la charité en une salle qui était celle où la Cène avait été célébrée, l'Auteur de la Vie se manifesta à eux et leur parla avec un air affable comme un Père amoureux et leur dit:

6, 28, 1505. «Mes très doux enfants, Je remonte vers Mon Père du sein duquel Je suis descendu pour sauver et racheter les hommes. Je vous laisse à Ma place pour votre défense, votre consolation et votre Avocate Ma chère Mère que vous devez écouter et à qui vous devez obéir en tout. Et comme Je vous ai dit que celui qui Me voit (Jean 14: 9), verra aussi Mon Père et que celui qui Me connaît Le connaîtra aussi; de même Je vous assure maintenant que celui qui connaîtra Ma Mère, Me connaîtra; celui qui l'écoute M'écoute; celui qui lui obéira M'obéira; celui qui l'offensera M'offensera et celui qui l'honorera M'honorera aussi. Vous l'aurez tous pour Mère, Supérieure et Chef, ainsi que vos successeurs. Elle répondra à vos doutes, Elle résoudra vos difficultés et vous Me trouverez toujours en Elle lorsque vous Me chercherez; parce que Je serai en Elle jusqu'à la fin du monde, et J'y suis maintenant quoique la manière vous en soit cachée.» Et Sa Majesté dit cela parce qu'Il était sacramenté dans le Coeur de Sa Mère, les espèces qu'Elle avait reçues dans la Cène se conservant jusqu'à ce que la consécration se fit dans la prochaine Messe, comme je le dirai plus loin [c]. Le Seigneur accomplissait ainsi ce que saint Matthieu rapporte qu'Il leur avait dit en cette occasion: «Je suis avec vous jusqu'à la fin du monde (Matt. 28: 20). Le Seigneur parla encore et dit: «Vous tiendrez Pierre comme Chef suprême de Mon Église où Je le laisse pour être Mon Vicaire et vous lui obéirez comme au Pontife suprême. Vous tiendrez Jean comme le fils de Ma Mère, comme Je l'ai nommée et signalé du haut de Ma Croix (Jean 19: 26).» Le Seigneur regardait Sa Très Sainte Mère qui était présente et Il lui manifestait une Volonté comme inclinée, à ordonner à toute cette congrégation de l'adorer et de la vénérer avec le culte que sa dignité de Mère requérait, laissant pour cela quelque précepte spécial dans l'Église. Mais la Très Humble Dame supplia son Fils unique de bien vouloir ne pas lui donner plus d'honneur que celui qui était nécessaire pour exécuter tout ce dont Il l'avait chargée, et que les nouveaux enfants de l'Église ne lui donnassent pas plus de vénération que celle qu'Elle avait toujours eue jusqu'alors, afin que tout le culte sacré fût immédiatement dirigé vers le Seigneur Lui-même et servît à la propagation de l'Évangile et à l'exaltation du Nom de Dieu. Notre Sauveur Jésus-Christ accepta cette très prudente prière de Sa Mère, Se réservant de la faire connaître davantage dans le temps convenable et opportun, quoiqu'Il lui fît des faveurs très extrêmes d'une façon cachée, comme nous le dirons dans le reste de cette Histoire.

6, 28, 1506. Par l'amoureuse exhortation que le divin Maître avait faite à toute cette assemblée, par les Mystères qu'Il leur avait manifestés et voyant qu'Il prenait congé d'eux pour les quitter, la commotion qu'Ils éprouvèrent dans leurs coeurs fut incomparable; parce que la flamme du divin Amour s'embrasait en eux par la foi vive des Mystères de Sa Divinité et de Son Humanité. Au souvenir de Sa Doctrine et des Paroles de Vie qu'ils avaient entendues, de la douceur de Sa vue et de Sa conversation, ils pleuraient tous d'attendrissement et ils soupiraient de l'intime de leur âme à cause de la douleur d'être privés en un instant de tant de Biens ensemble. Ils eussent voulu Le retenir et ils ne le pouvaient point et cela ne convenait pas non plus. Ils eussent voulu Lui faire leurs adieux et ils n'y réussissaient pas. Ils formaient tous dans leurs coeurs des raisons douloureuses entre l'allégresse souveraine et la peine pieuse. Ils disaient: «Comment vivrons-nous sans un tel Maître? Qui nous dira des Paroles de Vie et de consolation comme les Siennes? Qui nous recevra avec un air si aimable et si plein d'Amour? Qui sera notre Père et notre Refuge? Nous restons pupilles et orphelins dans le monde.» Quelques-uns rompirent le silence et dirent: «Ô Seigneur très aimant, notre Père! ô allégresse et Vie de nos âmes! Maintenant que nous Te connaissons pour notre Réparateur, Tu T'éloignes et Tu nous abandonnes! Emmène-nous après Toi, Seigneur, et ne nous rejette pas de Ta vue! Ô notre Espoir! que ferons-nous sans Ta Présence? Où irons-nous si Tu nous quittes? Où nos pas se dirigeront-ils si nous ne Te suivons comme notre Père, notre Chef et notre Maître?» Sa Majesté leur répondit à ces raisons et à d'autres expressions douloureuses et leur dit de ne point s'éloigner de Jérusalem et de persévérer dans la prière jusqu'à ce qu'Il leur eût envoyé l'Esprit-Saint Consolateur que le Père leur avait promis, comme Il l'avait dit aux Apôtres dans le Cénacle. Ensuite il arriva ce que je dirai dans le chapitre suivant.

DOCTRINE QUE ME DONNA LA REINE DU CIEL,
LA TRÈS SAINTE MARIE.

6, 28, 1507. Ma fille, il est juste qu'en étant émerveillée des faveurs secrètes que j'ai reçues de la droite du Tout-Puissant, ton affection se réveille pour Le bénir et Lui rendre des louanges éternelles pour des Oeuvres si admirables. Et quoique je t'en réserve plusieurs que tu connaîtras lorsque tu seras dégagée de la chair mortelle, je veux néanmoins que dès aujourd'hui tu regardes comme ton office propre de louer et d'exalter le Seigneur, car bien que j'aie été formée de la masse commune d'Adam, Il m'a relevée de la poussière, a manifesté en moi la Puissance de Son bras (Luc 1: 51) et Il a opéré des choses si grandes en faveur de Celle qui ne pouvait les mériter dignement. Afin de t'exercer à ces louanges du Très-Haut, répète souvent en mon Nom le cantique que j'ai fait du "Magnificat", dans lequel j'ai renfermé brièvement ces louanges. Lorsque tu seras seule tu le diras prosternée en terre et avec d'autres génuflexions; et ce doit être surtout avec une affection intime de vénération et d'amour. Cet exercice que je te signale sera très agréable et très acceptable à mes yeux, et je le présenterai aux yeux du Seigneur même, si tu le fais comme je le désire de toi.

6, 28, 1508. Et parce que tu es de nouveau dans l'étonnement de ce que les Évangélistes n'on point écrit ces Oeuvres du Seigneur envers moi, je te réponds aussi de nouveau, quoique je te l'aie manifesté d'autres fois [d], parce que je désire que tous les mortels le tiennent en leur mémoire. J'ordonnai moi-même aux Évangélistes de ne point écrire de moi de plus grandes excellences que celles qui étaient nécessaires pour fonder l'Église dans les Articles de la Foi et les Commandements de la Loi divine; parce que je connus comme Maîtresse de l'Église, par la science que le Très-Haut me communiqua pour cet office, qu'il était convenable qu'il en fût alors ainsi dans les commencements. Mes prérogatives étaient renfermées en ce que j'étais Mère de Dieu même et pour cela pleine de grâce: mais la Providence divine se réserva de les faire connaître dans le temps opportun et convenable, quand la Foi serait plus déclarée, et mieux fondée. Dans les temps passés, il y a eu quelques-uns des mystères qui m'appartiennent qui ont été manifestés, mais la plénitude de cette Lumière t'a été donnée, à toi, pauvre et vile créature, à cause de la nécessité du malheureux état du monde, dans lequel la Miséricorde divine veut donner aux hommes ce moyen si opportun, afin qu'ils cherchent tous le remède et le Salut Éternel par mon intercession. Tu as toujours compris cela et tu le connaîtras davantage désormais. Mais en premier lieu, je veux de toi que tu t'occupes tout entière à l'imitation de ma Vie et à la méditation continuelle de mes vertus et de mes oeuvres, afin d'obtenir la victoire que tu désires sur mes ennemis et les tiens.

NOTES EXPLICATIVES
Extraites de celles de Don Creseto, à l'usage des prêtres.
6, 28, [a]. «Le lieu du Purgatoire est double: l'un selon la Loi commune et ainsi c'est un lieu inférieur attenant à l'enfer...L'autre est le lieu du Purgatoire selon la dispensation, et c'est ainsi qu'on lit quelquefois que quelques-uns furent punis en divers endroits.» Saint Thomas, [in 4, Distinct. 24, q. 1, a. 5].
6, 28, [b]. Il y eut trois Marie: Marie-Magdeleine, Marie, femme de Cléophas, c'est-à-dire d'Alphée et mère de saint Jacques le Mineur et de Joseph, et Marie, fille de Cléophas et soeur de saint Jacques et de Joseph. Cette dernière avait deux noms; elle était la même que Salomé, fille Cléophas.
6, 28, [c]. Livre 7, No. 125.
6, 28, [d]. Livre 5, No. 1026; Livre 6, No. 1049; Livre 8, Nos. 560, 562, 564
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Message par sga le Ven 27 Déc 2019 - 16:09

CHAPITRE 29


L'Ascension de notre Rédempteur Jésus-Christ aux Cieux avec tous les Saints qui L'assistaient; Il amène avec Lui Sa Très Sainte Mère pour lui donner la possession de la gloire.


6, 29, 1509. L'heure très heureuse arriva où le Fils Unique du Père Éternel qui était descendu du Ciel pour S'Incarner et Se faire homme, devait y remonter par Sa propre et admirable Ascension, pour S'asseoir à la droite de Son Père, lieu qui Le touchait comme Héritier de Ses éternités, engendré de Sa Substance, en égalité et en unité de nature et de gloire infinie. Il monta aussi parce qu'Il était descendu le Premier jusqu'à l'inférieur de la terre (Eph. 4: 9), comme dit l'Apôtre, laissant accomplies toutes les choses qui avaient été dites et écrites de Sa venue au monde, de Sa Vie, Sa Mort et de la Rédemption des hommes; ayant pénétré comme Seigneur de toutes choses jusqu'au centre de la terre, et ayant mis le sceau à tous Ses Mystères par celui de Son Ascension, en laquelle Il laissa la promesse de l'Esprit-Saint qui ne serait pas venu (Jean 16: 7) si le Rédempteur n'était pas premièrement monté aux Cieux, car ce doux Maître devait conjointement avec Son Père L'envoyer à Sa nouvelle Église. Pour célébrer ce jour si solennel et si mystérieux, notre bien-aimé Jésus choisit pour témoins spéciaux les cent vingt personnes qu'Il réunit dans le Cénacle et à qui Il parla comme il a été dit dans le chapitre précédent. Ces témoins étaient la Très Sainte Marie, les onze Apôtres, les soixante-douze disciples, Marie-Magdeleine, Marthe et leur frère Lazare, les autres Marie et quelques fidèles, hommes et femmes, jusqu'à ce que le nombre susdit de cent vingt fût complet.

6, 29, 1510. Notre divine Pasteur Jésus sortit du Cénacle avec ce petit troupeau, les menant tous devant Lui par les rues de Jérusalem, ayant Sa Bienheureuse Mère à Son côté. Ensuite les Apôtres et tous les autres marchaient selon leur ordre. Ils cheminèrent ainsi jusqu'à Béthanie qui était éloigné d'un peu moins d'une demi-lieue du pied du mont des Oliviers. La compagnie des Anges et celle des Saints qui étaient sortis du Limbe et du Purgatoire suivaient le victorieux Triomphateur avec de nouveaux cantiques de louanges, quoique la Très Sainte
Marie fût seule à jouir de leur vue. La Résurrection de Jésus de Nazareth était déjà divulguée par toute la ville de Jérusalem et dans la Palestine, quoique la malice perfide des princes des prêtres s'efforçât d'établir le faux témoignage (Matt. 28: 13) que les Disciples l'avaient volé; mais plusieurs ne l'acceptèrent point et ne lui donnèrent point crédit. Néanmoins la divine Providence disposa qu'aucun des habitants incrédules ou douteux de la ville ne prît garde à cette sainte procession qui sortait du Cénacle, ni ne les empêchait de passer; parce qu'ils furent tous distraits avec justice, comme étant incapables de connaître ce Mystère si merveilleux; toutefois le Maître et le Chef, Jésus-Christ était invisible à tous les autres, à l'exception des cent vingt justes qu'Il avait choisis afin qu'ils Le vissent monter aux Cieux.

6, 29, 1511. Dans cette sécurité que le Seigneur leur avait préparée ils cheminèrent tous jusqu'au sommet de la montagne des Oliviers; étant arrivés au lieu déterminé, il se forma trois choeurs, l'un des Anges, un autre des Saints et le troisième des Apôtres et des fidèles, qui se partagèrent en deux ailes dont notre Sauveur Jésus-Christ était la Tête. Ensuite la Très Prudente Mère se prosterna aux pieds de son Fils, et Elle L'adora avec une humilité et un culte admirables comme vrai Dieu et Réparateur du monde, et Elle Lui demanda Sa dernière bénédiction. Tous les fidèles qui étaient là firent la même chose à l'imitation de leur Auguste Reine. Et ils demandèrent au Seigneur avec beaucoup de soupirs et de sanglots s'Il devait restaurer en ce temps le royaume d'Israël. Sa Majesté leur répondit que c'était le secret de Son Père Éternel et qu'Il ne leur convenait point de le savoir, et qu'après avoir reçu le Saint-Esprit il était alors convenable et nécessaire pour eux de prêcher (Act. 1: Cool à Jérusalem dans la Samarie et dans tout le monde les Mystères de la Rédemption des hommes.

6, 29, 1512. Sa divine Majesté prit congé de cette heureuse et sainte Congrégation de fidèles avec un air majestueux et affable, joignit les mains et commença à S'élever du sol où Il laissa les marques ou vestiges de Ses Pieds sacrés [a]. Et Il Se dirigea avec un mouvement très doux dans la région de l'air, emportant après Lui les yeux et le coeur de Ses enfants aînés qui Le suivaient par l'affection au milieu de leurs larmes et de leurs soupirs. Et comme au mouvement du Premier Mobile se meuvent aussi les cieux inférieurs que sa vaste sphère renferme, de même notre Sauveur Jésus attira après Lui les choeurs célestes des
Anges, des saints Pères et des autres Saints glorifiés qui L'accompagnaient, les uns en corps et en âme, d'autres en âmes seulement: et ils montèrent et s'élevèrent de la terre en ordre et tous ensemble, accompagnant et suivant leur Roi, leur Capitaine et leur Chef. Le sacrement nouveau et occulte que la droite du Très-Haut opéra en cette occasion fut d'amener avec Lui Sa Très Sainte Mère, pour lui donner dans le Ciel la possession de la gloire et de la place qu'Il lui avait désignée comme Sa Mère véritable, gloire qu'Elle avait acquise par ses mérites et qui lui était préparée pour plus tard. L'Auguste Reine avait été prévenue de cette faveur avant qu'Elle arrivât; parce que son Très Saint Fils la lui avait promise dans les quarante jours qu'Il avait passé en sa compagnie après Sa Résurrection miraculeuse. Et comme ce sacrement ne fut alors manifesté à aucune autre créature humaine et vivante, la Puissance divine opéra d'une manière admirable et merveilleuse que la Très Sainte Marie fût en deux endroits à la fois, afin que la divine Maîtresse demeurât dans la Congrégation des Apôtres et des autres fidèles, persévérant avec eux dans la prière jusqu'à la venue de l'Esprit-Saint, comme il est dit dans les Actes des Apôtres (Act. 1: 14). Ainsi la divine Mère demeura avec les enfants de l'Église, les suivit au Cénacle, assista au milieu d'eux; et en même temps, Elle monta en compagnie du Rédempteur du monde, et dans son propre trône, aux Cieux où Elle fut trois jours avec l'usage le plus parfait de ses puissances et de ses sens; et Elle était en même temps dans le Cénacle avec moins d'exercices de ces mêmes puissances [b].

6, 29, 1513. La Bienheureuse Dame du Ciel fut élevée avec son Très Saint Fils et colloquée à Sa droite; et ainsi s'accomplit ce qu'avait dit David (Ps. 44: 10), que la Reine était à Sa droite avec un vêtement doré des splendeurs de la gloire, et entourée d'une variété de Dons et de grâce, à la vue des Anges et des Saints qui montaient avec le même Seigneur. Et afin que l'admiration de ce grand Mystère excite davantage la dévotion des fidèles, enflamme leur Foi vive, et les incline à exalter l'Auteur d'une merveille si rare et si inouïe, j'avertis ceux qui liront ce miracle que dès que le Très-Haut m'eut déclaré Sa Volonté que j'écrivisse cette Histoire et qu'Il m'eut intimé à plusieurs reprises le Commandement de l'exécuter, pendant le grand espace de temps qui s'est écoulé depuis et les longues années qui se sont passées, Sa Majesté m'a manifesté divers Mystères et Il m'a découvert de grands sacrements de ceux que j'ai déjà écrits et que j'écrirai plus loin; parce que la sublimité du sujet de cette Histoire demandait cette préparation et cette disposition. Je ne recevais pas ces connaissances toutes ensemble; parce que la limitation de la créature n'est pas capable de tant d'abondance. Mais la Lumière de chaque Mystère en particulier m'était renouvelée d'une autre manière pour l'écrire. Les intelligences de tous ces secrets m'ont été données ordinairement aux jours de fête de notre Sauveur Jésus-Christ et de l'Auguste Reine du Ciel; et j'ai connu singulièrement aux mêmes jours plusieurs années consécutives ce grand sacrement que le Très Saint Fils amena au Ciel avec Lui Sa Mère Immaculée le jour de l'Ascension, quoiqu'Elle demeurât dans le Cénacle d'une manière admirable et miraculeuse.

6, 29, 1514. La fermeté que la Vérité divine apporte avec elle ne laisse point de doute pour l'entendement qui la connaît et qui la contemple en Dieu même, où tout est Lumière sans mélange de ténèbres (Jean 1: 5) et où l'on connaît l'objet et la raison. Mais pour celui qui entend raconter ces mystères, il est nécessaire de donner à la piété des motifs, pour demander le crédit de ce qui est obscur. Pour cette raison j'eusse été en doute d'écrire le sacrement caché de cette montée aux Cieux de notre Reine, si ce n'eût pas été une si grande faute de refuser à cette Histoire une merveille et une prérogative qui l'exalte si fort. Le doute s'est présenté à moi lorsque je connus ce mystère la première fois; mais maintenant que je l'écris je ne l'ai plus, depuis que j'ai dit dans la première partie comment en naissant la Princesse des hauteurs fut portée enfant au Ciel empirée; et dans cette second partie que la même chose arriva deux fois dans les neuf jours qui précédèrent l'Incarnation du Verbe, afin de la disposer dignement pour un Mystère si sublime. Et si la Puissance divine a fait à l'égard de la Très Sainte Marie ces faveurs si admirables avant qu'Elle fût Mère du Verbe, la disposant pour qu'Elle le devint, il est beaucoup plus croyable que ces faveurs lui aient été réitérées après qu'Elle avait déjà été consacrée pour L'avoir eu dans son sein Virginal, après Lui avoir donné la forme humaine de son sang très pur, L'avoir nourri du lait de ses mamelles, L'avoir élevé comme son Fils véritable, et L'avoir servi trente-trois ans, Le suivant et L'imitant dans Sa Vie, Sa Passion et Sa Mort avec une fidélité qu'aucune langue ne peut exprimer.

6, 29, 1515. Dans ces faveurs et ces mystères de la Très Sainte Marie, il est bien différent de chercher la raison pourquoi le Très-Haut les a opérés en Elle et pourquoi Il les a tenus cachés dans Son Église pendant tant de siècles. Dans la première recherche c'est la Puissance divine qui doit nous servir de règle, ainsi que l'Amour immense que le Très-Haut porta à Sa Très Sainte Mère et la dignité qu'Il lui donna au-dessus de toutes les créatures. Et comme les hommes en chair mortelle n'arrivent point à connaître entièrement ni sa dignité de Mère, ni l'Amour que lui ont porté et que lui portent son Très Saint Fils et toute la Bienheureuse Trinité, ni les mérites et la sainteté où la Toute-Puissance l'a élevée; à cause de cette ignorance ils limitent la Puissance de Dieu par laquelle ce Seigneur a opéré pour Sa Mère tout ce qu'Il a pu, et Il a pu tout ce qu'Il a voulu. Mais Il S'est donné à Elle seule d'une manière si spéciale que de se faire Fils de sa substance; il était conséquent de faire singulièrement pour Elle dans l'ordre de la grâce ce qu'Il n'a fait pour aucun autre et ce qui n'était ni dû ni convenable pour tout le genre humain: et non seulement les Faveurs, les Bienfaits et les Dons que le Très-Haut fit à Sa Mère doivent être singuliers, mais la règle générale est qu'Il ne lui refusa aucun de ceux qu'Il put lui faire et qui redondât à sa gloire et à sa sainteté, après celle de Son humanité très Sainte.

6, 29, 1516. Mais en ce qui touche la manifestation de ces merveilles à Son Église, il y a d'autres raisons de la très sublime Providence avec laquelle le Seigneur la gouverne et lui donne de nouveaux éclats de Lumière, selon les temps et les nécessités qui se présentent. Parce que le jour fortuné de la grâce qui s'est levé pour le monde par l'Incarnation du Verbe fait chair et la Rédemption des hommes a eu son matin et son midi, comme il aura son couchant; et la Sagesse éternelle dispose tout cela dans le temps et la manière qu'il convient opportunément. Et quoique tous les Mystères de Jésus-Christ, et de Sa Mère soient révélés dans les Saintes Écritures ils ne sont cependant pas tous également manifestés en même temps; mais le Seigneur tire peu à peu le voile qui couvre les figures, les métaphores ou les énigmes, par lesquelles plusieurs mystères ont été révélés, comme étant renfermés et réservés pour leur temps, comme sont les rayons du soleil sous la nuée qui les intercepte jusqu'à ce qu'elle se retire. Et il n'est pas étonnant que le Seigneur ne communique que par partie aux hommes quelques-uns des nombreux rayons de Sa Lumière divine, puisqu'Il en agit ainsi même avec les Anges, car quoique ceux-ci connussent, dès leur création, le Mystère de l'Incarnation en substance et comme en général, comme la fin à laquelle tout leur ministère auprès des hommes était ordonné, néanmoins toutes les conditions, tous les effets et toutes les circonstances de ce Mystère ne furent pas manifestés à ces Divins esprits. Au contraire, ils en connurent beaucoup depuis les cinq mille deux cents ans et plus de la création du monde. Cette nouvelle connaissance de ce qu'ils ne savaient point en particulier leur causait de nouveaux
effets d'admiration, de louange et de gloire qu'ils en rendaient à l'Auteur, comme je l'ai répété plusieurs fois dans tout le cours de cette Histoire [c]. Par cet exemple je réponds à l'étonnement que le mystère que j'écris ici de la Très Sainte Marie peut causer en celui qui l'entend pour la première fois, mystère qui est demeuré caché jusqu'à ce que le Très-Haut ait voulu le manifester avec les autres que j'ai écrits et que j'écrirai plus loin.

6, 29, 1517. Avant que j'eusse été instruite de ces raisons, quand je commençai à connaître ce mystère, que notre Sauveur Jésus-Christ avait amené Sa Mère avec Lui à Son Ascension, mon admiration ne fut pas petite, non tant en mon nom, que pour les autres auxquels cette connaissance devait arriver. Entre les autres choses que je compris alors dans le Seigneur, je me souvins de ce que saint Paul a laissé écrit de lui-même dans l'Église, lorsqu'il rapporta le ravissement qu'il eut, jusqu'au troisième Ciel qui est celui des Bienheureux, où il laisse en doute s'il fut ravi avec son corps ou hors de son corps, sans affirmer ni nier aucune de ces deux manières, supposant au contraire que ce put être selon l'une ou l'autre. Je compris aussi que ce ravissement arriva à l'Apôtre dans le commencement de sa conversion, de manière qu'il put être porté au Ciel empirée corporellement, quand aucun mérite n'avait encore précédé en lui, mais seulement des péchés, et que la Puissance divine n'a point vu de péril ni d'inconvénient dans l'Église de lui accorder ce miracle; comment pourrait-on douter que le Seigneur a fait la même faveur à Sa Mère, surtout après tant de mérites et de sainteté ineffables? De plus le Seigneur ajouta que s'il fut accordé à d'autres Saints de monter en corps et en âme avec Sa Majesté, de ceux qui étaient ressuscités dans leur corps à la Résurrection de Jésus-Christ, il y avait plus de raisons d'accorder cette faveur à Sa Très Pure Mère, puisque lors même que ce Bienfait n'aurait été accordé à aucun des mortels, il eût été dû en quelque sorte à la Très Sainte Marie pour avoir souffert avec le Seigneur. Et il était raisonnable qu'Elle entrât en part avec Lui de la joie et du triomphe avec lesquels Il arrivait pour prendre possession de la droite de Son Père, afin que Sa Mère prît aussi possession de la sienne, Elle qui Lui avait donné de sa propre substance cette nature humaine en laquelle Il montait triomphant aux Cieux. Et ainsi, comme il était convenable que le Fils et la Mère ne fussent point éloignés dans cette gloire, il l'était aussi qu'aucun autre du genre humain, n'arrivât en corps et en âme à la possession de cette félicité éternelle avant la Très Sainte Marie, quand c'eût été son Père ou sa Mère, son époux Joseph et les autres. En ce jour sans la Très Sainte Marie, cette partie de joie accidentelle leur
eût manqué à tous, ainsi qu'au Seigneur même, son Très Saint Fils Jésus, si Elle n'était pas entrée avec eux dans la Patrie Céleste comme Mère de leur Réparateur et Reine de toutes les créatures, qu'aucun de ses vassaux ne devait surpasser dans cette faveur et ce Bienfait.

6, 29, 1518. Ces congruités me paraissent suffisantes pour que la piété Catholique se console et se réjouisse par la connaissance de ces mystères et de ceux de cette nature que je dirai plus loin dans la troisième partie. Et revenant au discours de cette Histoire, je dis que notre Sauveur amena Sa Très Saint Mère avec Lui dans Son Ascension aux Cieux, pleine de gloire et de splendeur à la vue des Anges et des Saints à la jubilation et à l'admiration incroyable de tous. Et il fut très convenable que les Apôtres et les autres fidèles ignorassent alors ce mystère; parce que s'ils eussent vu leur Mère et leur Maîtresse monter avec Jésus-Christ, la désolation les eût affligés sans mesure ni recours d'aucun soulagement: puisqu'il ne leur en restait point d'autre plus grand que d'imaginer qu'ils avaient avec eux la Bienheureuse Dame, leur Très Douce Mère. Cependant grands furent leurs soupirs, leurs larmes et leurs clameurs qu'ils donnaient de l'intime de l'âme, quand ils virent, que leur Maître, leur Rédempteur très aimant S'éloignait par la région de l'air. Et quand ils Le perdaient déjà de vue, une nuée très brillante s'interposa entre le Seigneur et ceux qui demeuraient sur la terre, et par cette nué Il leur fut caché (Act. 1: 9) tout à fait et ils cessèrent de Le voir. La Personne du Père Éternel venait dans cette nuée, car Il descendit du suprême Ciel à la région de l'air pour recevoir Son Fils fait homme et la Mère qui Lui avait donné l'Être nouveau dans lequel Il retournait. Et le Père Éternel Les approchant de Lui-même, les reçut avec un embrassement inséparable d'Amour Infini, ce qui fut un sujet de joie nouvelle pour les Anges qui venaient du Ciel en armées innombrables, assistant la Personne du Père Éternel. Ensuite pénétrant en un court espace de temps les éléments et les globes célestes toute cette divine Procession arriva au Lieu suprême de l'empirée. Les Anges qui étaient montés de la terre avec leur Roi et leur Reine, Jésus et Marie, et ceux qui retournaient de la région de l'air, s'adressèrent à l'entrée aux autres qui étaient demeurés dans les hauteurs et ils répétèrent ces paroles de David (Ps. 23: 7) en y ajoutant d'autres qui déclarent le mystère et ils dirent:

6, 29, 1519. «Ouvrez, Princes, ouvrez vos portes éternelles, qu'elles se lèvent et soient ouvertes, afin qu'Il entre dans Sa Demeure le grand Roi de la gloire, le Seigneur des Vertus, Celui qui est Puissant dans les combats, le Fort et le Vainqueur qui vient victorieux et triomphant de tous Ses ennemis. Ouvrez les portes du souverain Paradis et qu'elles soient toujours franches et patentes; car Il monte, le nouvel Adam, le Réparateur de tout le genre humain, Celui qui est riche en Miséricorde (Eph. 2: 4-5), abondant en Trésors de Ses propres mérites, chargé des dépouilles et des prémices de la copieuse Rédemption (Ps. 129: 7) qu'Il a opérée dans le monde par Sa Mort. Il a restauré la ruine de notre nature, et Il a élevé la nature humaine à la suprême dignité de Son propre Être immense. Il revient désormais avec le royaume des rachetés et des élus que Son Père Lui a donné. Sa libérale Miséricorde a laissé aux mortels la puissance de reconquérir, de justice (2 Tim. 4: 7-Cool, le droit qu'ils avaient perdu par le péché de mériter par l'observation de Sa Loi la Vie Éternelle, comme Ses frères et les héritiers des Biens de Son Père; et pour Sa plus grande gloire et notre joie Il amène avec Lui et à Son côté la Mère de Piété qui Lui a donné la forme humaine en laquelle Il a vaincu le démon, et notre Reine vient si agréable et si spécieuse qu'Elle réjouit ceux qui la regardent. Sortez, sortez, divins Courtisans et vous verrez notre Roi très beau avec le diadème (Cant. 3: 11) que Lui a donné Sa Mère, et Sa Mère couronnée de la gloire que lui a donnée son Fils.»

6, 29, 1520. Avec cette jubilation qui surpasse notre pensée, cette Procession si bien ordonnée et si nouvelle arriva au Ciel empirée. Les Anges et les Saints étant placés en deux choeurs, notre Rédempteur Jésus-Christ et Sa Bienheureuse Mère passèrent et tous rendirent selon leur rang la suprême adoration à chacun et aux Deux respectivement, chantant des cantiques nouveaux de louange aux Auteurs de la Vie et de la grâce. Le Père Éternel fit asseoir le Verbe Incarné à Sa droite dans le trône de la Divinité, avec tant de gloire et de majesté qu'il mit tous les habitants des Cieux dans une nouvelle admiration et une nouvelle crainte révérencielle, car ils connaissaient par la Vision claire et intuitive, la Divinité de gloire et de Perfections infinies renfermée et unie substantiellement dans une Personne à l'Humanité très Sainte embellie et élevée à la prééminence et à la gloire qui Lui résultaient de cette union inséparable; que les yeux n'ont point vues (Is. 44: 4), que les oreilles n'ont point entendues et qui n'ont jamais pu entrer dans une pensée créée.

6, 29, 1521. La sagesse et l'humanité de notre Reine très prudente montèrent à leur comble en cette occasion; parce qu'au milieu de ces Faveurs si divines et si admirables, elle demeura comme sur le marche-pied du trône royale, anéantie dans sa propre connaissance de pure Créature terrestre; et prosternée Elle adora le Père et Elle Lui fit de nouveaux cantiques de louange pour la gloire qu'Il communiquait à Son Fils élevant en Lui Son Humanité déifiée dans une grandeur et une gloire si éminentes. Ce fut pour les Anges et les Saints un nouveau motif d'admiration et de joie de voir la très prudente humilité de leur Reine de qui ils copiaient avec une sainte émulation, comme d'un Miroir vivant ses vertus d'adoration et de révérence. Aussitôt on entendit une voix du Père qui lui disait: «Ma fille, monte plus haut.» Son Très Saint Fils l'appela aussi disant: «Ma Mère, lève-toi et monte au lieu que Je te dois pour M'avoir imité et suivi.» L'Esprit-Saint lui dit: «Mon Épouse et Mon Amie, arrive à Mes embrassements éternels.» Ensuite fut manifesté à tous les bienheureux le décret de la Bienheureuse Trinité par lequel elle signalait la droite de Jésus-Christ comme la place et le siège de Sa Très Heureuse Mère pour toute l'éternité, en récompense de ce qu'Elle Lui avait donné l'Être humain de son propre sang, et de ce qu'Elle L'avait élevé, servi, imité et suivi avec la plénitude de perfection possible à une pure Créature; déclarant qu'aucun autre de la nature humaine ne prendrait possession de cette place et de cet état inamissible qui lui correspondait, au contraire que la Reine l'aurait et qu'après sa Vie Elle serait placée en ce lieu qui lui était désigné de justice comme supérieure, avec une distance souveraine de tout le reste des Saints.

6, 29, 1522. En complément de ce décret la Très Sainte Marie fut colloquée dans le trône de la Bienheureuse Trinité à la droite de son Très Sainte Fils, connaissant Elle-même, aussi bien que tous les autres Saints, que la possession de cette place lui était donnée non seulement pour toutes les éternités, mais aussi en laissant à l'élection de sa volonté si Elle voulait y demeurer, sans la quitter dès lors, ni retourner au monde. Parce que c'était comme une Volonté conditionnée des Personnes divines qu'en autant qu'il était du côté du Seigneur, Elle demeurât dans cet état. Et afin qu'Elle choisit, l'état qu'avait la Sainte Église militante sur la terre lui fut manifesté, ainsi que la solitude et la nécessité des fidèles dont la protection était laissée à son choix. Cet ordre de la Providence admirable du Très-Haut fut de donner occasion à la Mère de Miséricorde de se surpasser et de se
devancer Elle-même, et d'obliger le genre humain par un acte de piété et de clémence comme celui qu'Elle fit, semblable à celui qu'avait fait son Fils en acceptant l'état passible pour nous racheter, et en suspendant la gloire qu'Il pouvait et devait recevoir dans Son Corps. La Bienheureuse Mère L'imita aussi en cela, afin qu'Elle fut en tout semblable au Verbe Incarné; et la grande Dame du Ciel connaissant sans erreur tout ce qui lui était proposé, se leva du trône et prosternée en Présence des trois Personnes, Elle parla et dit: «Mon Seigneur et mon Dieu éternel et tout-puissant, en acceptant dès maintenant cette récompense que m'offre Votre Bonté ce serait pour mon repos. En retournant dans le monde afin de travailler davantage dans la vie mortelle parmi les enfants d'Adam, en aidant les fidèles de Votre Sainte Église, ce doit être pour la gloire et l'agrément de Votre Majesté et pour le bénéfice de mes enfants exilés et voyageurs. J'accepte le travail et je renonce pour le temps présent au repos et à la joie que je reçois de Votre Présence. Je connais bien ce que je possède et ce que je reçois, et je le sacrifie à l'amour que j'ai pour les hommes. Acceptez mon sacrifice, ô Seigneur de tout mon être, et que Votre Vertu divine me gouverne dans l'entreprise que Vous m'avez confiée. Que Votre Foi se répande, que Votre saint Nom soit exalté et que Votre Église acquise par le Sang de Votre Fils Unique, et le mien se multiplie; car je m'offre de nouveau à travailler pour votre gloire et pour gagner toutes les âmes que je pourrai [d].

6, 29, 1523. La Très Pieuse Mère, la Reine des Vertus fit cette résignation jamais imaginée; et Elle fut si agréable en l'Acceptation divine que le Seigneur la lui récompensa aussitôt, la disposant par les purifications et les illuminations que j'ai rapportés d'autres fois [e] pour voir la Divinité intuitivement; car dans cette vision elle ne L'avait vue jusqu'alors que par la vision abstractive, avec tout ce qui avait précédé. Et étant ainsi élevée, la divinité Se manifesta à Elle dans la Vision Béatifique et Elle fut comblée de gloire et de Bien célestes tels qu'ils ne peuvent être racontés ni connus en cette vie.

6, 29, 1524. Le Très-Haut renouvela en Elle tous les Dons qu'Il lui avait communiqués jusqu'alors et Il les confirma et les scella de nouveau dans le degré qui convenait, pour l'envoyer une autre fois comme Mère et Maîtresse de la Sainte Église, et avec le titre qu'Il lui avait donné auparavant de Reine de l'Univers, d'Avocate et de Maîtresse des fidèles: et comme le sceau s'imprime dans une cire molle, ainsi par la vertu de la Toute-Puissance divine, l'Être humain et l'Image du Christ fut réimprimé de nouveau dans la Très Sainte Marie, afin qu'Elle retournât avec ce Signe à l'Église militante, où Elle devait être le Jardin véritablement fermé et scellé (Cant. 4: 12) pour garder les eaux de la Vie Éternelle. O mystères aussi vénérables que sublimes! O secrets de la Majesté divine dignes de toute révérence! O charité et clémence de la Très Sainte Marie, jamais imaginés des ignorants enfants d'Ève! Ce ne fut pas sans mystère que Dieu remit au choix de cette Mère unique et pieuse le secours de Ses enfants les fidèles; ce fut une industrie, afin de nous manifester dans cette merveille ce maternel amour que peut-être nous ne serions pas parvenus à connaître en tant d'autres Oeuvres. Ce fut un Ordre divin, afin que cette excellence ne lui manquât point à Elle, ni à nous, cette dette et cet exemple si admirable pour nous provoquer. A la vue de cette superfine tendresse, tout ce que les Saints ont fait et ce que les Martyrs ont souffert ne peut nous paraître beaucoup, puisqu'ils se sont privés de quelque contentement momentané pour arriver au repos, tandis que notre Très Aimante Mère s'est privée de la joie véritable pour revenir au secours de ses petits enfants. Comment éviterons-nous notre confusion quand nous ne voulons même pas nous priver d'un plaisir léger et trompeur qui nous acquiert la mort et l'inimitié de Dieu même, ni pour reconnaître ce bienfait, ni pour imiter cet exemple, ni pour obliger cette Auguste Reine, ni pour acquérir sa Compagnie éternelle et celle de son Fils. Bénie soit une telle Femme, que les Cieux mêmes la louent et que toutes les générations l'appellent Fortunée et Bienheureuse!

6, 29, 1525. J'ai mis fin à la première partie de cette Histoire par le chapitre 31 des paraboles de Salomon, déclarant par ce même chapitre les vertus excellentes de cette grande Reine qui fut l'unique Femme Forte de l'Église et je peux fermer cette seconde partie avec le même passage, parce que l'Esprit-Saint a tout compris dans la fécondité des Mystères que les Paroles de cet endroit de l'Écriture Sainte renferment. Dans ce grand sacrement dont j'ai traité ici, ce passage se vérifie ici avec une plus grande excellence, par l'état si sublime où la Très Sainte Marie demeura après ce Bienfait. Mais je ne m'arête point à répéter ce que j'ai dit là; parce qu'avec ces explications on comprendra beaucoup de ce que je pourrais dire ici. Je déclarerai seulement comment cette Reine fut la Femme Forte (Prov. 31: 10) dont la valeur et le prix vint de loin et des derniers confins, du Ciel empirée; la confiance que la Bienheureuse Trinité eut en Elle; et le Coeur de son Mari ne Se trouva point frustré, parce que rien ne Lui manqua de ce qu'Il attendait d'Elle. Elle fut le Navire du Marchand qui apporta du Ciel l'Aliment de l'Église; Celle qui la planta par le fruit de ses mains; Celle qui se ceignit de force, qui corrobora son bras pour de grandes choses, qui étendit ses mains vers les pauvres et qui ouvrît ses mains aux abandonnés; Celle qui vit et goûta à la vue de la récompense dans la Béatitude combien ce commerce était bon; Celle qui vêtit ses domestiques avec de doubles vêtements; Celle dont la lampe ne s'éteignit point dans la nuit de la tribulation et qui ne put craindre dans la rigueur des tentations. Pour tout cela avant de descendre des Cieux, Elle demanda au Père Éternel la Puissance, au Fils la Sagesse, à l'Esprit-Saint le feu de Son Amour et à toutes les trois Personnes leur assistance, et pour descendre, leur Bénédiction. Et étant prosternée devant Leur trône Ils la lui donnèrent et Ils la remplirent de nouvelles influences et d'une nouvelle participation de la Divinité. Ils prirent congé d'Elle avec Amour après l'avoir remplie du Trésor ineffable de leur grâce. Les saint Anges et les Justes l'exaltèrent par des bénédictions et des louanges admirables, avec quoi Elle revint à la terre, comme je le dirai dans la troisième partie avec ce qu'Elle opéra dans la Sainte Église le temps qu'il convenait qu'Elle y demeurât; car tout fut pour l'admiration du Ciel et le bénéfice des hommes; car Elle travailla et souffrit toujours pour qu'ils obtinssent la Félicité Éternelle. Comme Elle avait connu la valeur de la Charité dans son Origine ou son Principe: en Dieu Eternel qui est Charité (1 Jean 4: 16), Elle en demeura embrasée, et son pain de jour et de nuit fut Charité; et Elle descendit de l'Église triomphante à la militante, comme une abeille officieuse, chargée des fleurs de la Charité pour travailler le doux rayon de miel de l'Amour de Dieu et du prochain, avec quoi Elle nourrit les tout petits enfants de l'Église primitive, et Elle les éleva jusqu'à en faire des hommes si robustes et si consommés (Eph. 2: 19-20) dans la perfection qu'ils furent des fondements suffisants pour les édifices sublimes de la Sainte Église.

6, 29, 1526. Pour mettre fin à ce chapitre et avec lui à cette seconde partie, je retournerai à la Congrégation des fidèles que nous laissâmes si affligés sur le mont des Oliviers. La Très Sainte Marie ne les oublia point au milieu de ses gloires; et voyant leur tristesse et leur pleur et qu'ils étaient tous comme absorbés regardant vers la région de l'air par où leur Rédempteur et leur Maître leur avait été caché, la douce Mère tourna ses yeux de la nuée où Elle montait et d'où Elle les assistait. Voyant leur douleur, Elle demanda amoureusement à Jésus de consoler Leurs pauvres enfants qu'Ils laissaient orphelins sur la terre. Le Rédempteur du genre humain touché des prières de Sa Mère, dépêcha de la nuée des Anges avec des vêtements blancs et resplendissants, qui apparurent en forme humaine à tous les Disciples et les fidèles et s'adressant à eux ils leur dirent (Act. 1: 11): «Hommes de Galilée, ne persévérez point à regarder au Ciel avec tant d'admiration; parce que ce Seigneur Jésus qui S'est éloigné de vous et est monté au Ciel doit revenir avec la même gloire et la même majesté que vous L'avez vu maintenant.» Par ces paroles et d'autres qu'Ils ajoutèrent, ils consolèrent les Apôtres et les disciples et les autres afin qu'ils ne défaillissent point et qu'ils attendissent dans la retraite la venue et la consolation de l'Esprit-Saint que leur divin Maître leur avait promise.

6, 29, 1527. Mais je remarque que quoique ces paroles des Anges fussent de consolation pour ces hommes et ces femmes, elles furent aussi de reproche de leur peu de foi. Parce que si leur foi avait été bien informée et bien fortifiée par l'amour pur de la Charité, il n'eût été ni nécessaire ni utile de regarder en suspens vers le Ciel, puisqu'ils ne pouvaient plus désormais voir leur Maître ni Le retenir par cet Amour et cette tendresse si sensible qui les obligeait à regarder en l'air par où Il était monté au Ciel: mais au contraire, ils pouvaient Le voir et Le chercher par la foi où Il était, et avec cette foi ils L'eussent trouvé assurément. Du reste c'était une manière oiseuse et imparfaite de Le chercher, puisque ce n'était pas nécessaire de Le voir et de Lui parler corporellement, pour L'incliner à les assister par Sa grâce: et c'était un défaut répréhensible pour des hommes si illustres et si parfaits de ne point le comprendre de cette manière. Les Apôtres et les disciples avaient fréquenté longtemps l'École de notre bien-aimé Jésus et ils avaient bu la Doctrine de la perfection à sa propre source si pure et si cristalline, donc ils eussent pu être déjà très spiritualisés et très capables de la plus haute perfection. Mais notre nature est si malheureuse et si asservi aux sens et si inclinée à chercher son contentement dans les choses sensibles qu'elle veut aimer et goûter sensiblement même ce qui est le plus Divin et le plus spirituel: et accoutumée à cette grossièreté, elle tarde beaucoup à la secouer et à s'en purifier; et parfois elle se trompe quand elle aime l'objet le meilleur avec le plus de sécurité et de satisfaction. Cette vérité fut expérimentée pour notre instruction dans les Apôtres à qui le Seigneur avait dit qu'Il était la Vérité et la Lumière de telle sorte qu'Il était en même temps la Voie et qu'ils devaient arriver par Lui à la connaissance (Jean 14: 7) de Son Père Éternel: car la Lumière n'est pas pour se manifester à elle seule, et la Voie n'est pas pour demeurer en elle-même.

6, 29, 1528. Cette Doctrine si souvent répétée dans l'Évangile et entendue de la bouche même de son Auteur et confirmée par l'exemple de Sa Vie aurait pu élever l'esprit et le coeur des Apôtres à la comprendre et à la pratiquer. Mais le même goût spirituel et sensible qu'ils recevaient de la conversation et de l'entretien de leur Maître et la sécurité avec laquelle ils L'aimaient de justice occupa toutes les forces de leur volonté attachée au sens, de manière qu'ils ne savaient même pas sortir de cet état, ni prendre garde qu'en ce goût spirituel, ils se cherchaient beaucoup eux-mêmes, attirés, entraînés par l'inclination au plaisir spirituel qui vient par les sens. Et si leur Maître même ne les eût pas laissés en montant aux Cieux il eût été très difficile de les éloigner de Sa conversation sans une grande tristesse et une grande amertume et ainsi, ils n'eussent pas été si propres à la prédication de l'Évangile qui devait s'étendre par tout le monde, au prix de beaucoup de travail, de suer, et de la vie même de ceux qui le prêchaient. Ceci était un office pour des hommes non puériles, mais courageux et forts dans l'amour, non amateurs des consolations sensibles de l'esprit, mais disposés à souffrir (2 Cor. 6: Cool l'abondance et la disette, l'infamie et la bonne renommée, les honneurs et les déshonneurs, la tristesse et la joie, conservant dans cette variété l'amour et le zèle de l'honneur de Dieu, avec un coeur magnanime et supérieur à toutes les prospérités et les adversités. Avec cette réprimande des Anges, ils revinrent du mont des Oliviers, au Cénacle (Act. 1: 12) avec la Très Sainte Marie, où ils persévérèrent avec Elle dans l'oraison, attendant la venue de l'Esprit-Saint, comme nous le verrons dans la troisième partie.

DOCTRINE QUE ME DONNA LA REINE DU CIEL,
LA TRÈS SAINTE MARIE.

6, 29, 1529. Ma fille tu donneras une heureuse fin à cette seconde partie de ma Vie, en demeurant instruite et persuadée de la suavité très efficace du divin Amour et de Son immense libéralité envers les âmes qui ne L'empêchent point par elles-mêmes. Il est conforme à l'inclination du souverain Bien et à Sa sainte et parfaite Volonté de réjouir Ses créatures plutôt que de les affliger; de leur donner des consolations plutôt que des afflictions; de les récompenser plutôt que de les châtier, de les dilater plutôt que de les contrister. Mais les mortels ignorent cette Science divine, parce qu'ils désirent que les consolations, les plaisirs et les récompenses terrestres et dangereuses leur viennent de la main du Souverain Bien, faisant passer ces consolations avant les véritables et assurées. L'Amour divin répare cette erreur pernicieuse lorsqu'Il les corrige par les tribulations, les afflige par les adversités, les enseigne par les châtiments; car la nature humaine est lente, grossière et rustique et si l'on ne cultive et ne rompt sa dureté, elle ne donne aucun fruit mûr et savoureux, et avec ses inclinations elle n'est pas bien disposée pour l'entretien très doux et très aimable du Souverain Bien. Et ainsi, il est nécessaire de l'exercer et de la polir par le marteau des travaux et de la renouveler dans le creuset de la tribulation, avec quoi elle se rend disposée et capable des Dons et des faveurs divines, apprenant à ne point aimer les objets terrestres et faux, où la mort est cachée.
6, 29, 1530. Lorsque je connus la récompense que la Bonté éternelle m'avait préparée, tout ce que j'avais souffert me parut peu; c'est pourquoi Dieu disposa par Sa Providence admirable que je revinsse à L'Église militante par ma propre volonté et ma propre élection; parce que cet ordre venait à être de plus grande exaltation pour le saint Nom du Très-Haut et de plus grande gloire pour moi, et le secours de L'Église et de ses enfants s'ensuivait de la manière la plus sainte et la plus admirable. Et il me sembla que c'était une chose due d'être privée pendant ces années que je vécus dans le monde de la félicité que j'avais dans le Ciel et de revenir dans le monde acquérir de nouveaux fruits d'Oeuvres et d'Agrément du Très-Haut; parce que je devais tout à la Bonté divine qui m'avait élevée de la poussière. Apprends donc de cet exemple, ma très chère, et anime-toi courageusement à m'imiter, dans le temps où la Sainte Église se trouve si affligée et si environnée de tribulations, sans avoir de ses enfants qui tâchent de la consoler. Je veux que tu travailles avec courage dans cette cause, priant, demandant et invoquant le Tout-Puissant de l'intime de ton coeur pour ses fidèles; souffrant pour cela et donnant même ta propre vie s'il était nécessaire, car je t'assure, ma fille, que ta sollicitude sera très agréable aux yeux de mon Très Saint Fils et aux miens.
Que tout soit pour la gloire et l'honneur du Très-Haut, Roi des siècles, Immortel et Invisible (1 Tim. 1: 17), et de Sa Très Sainte Mère, la Vierge Marie, pendant toutes les éternités.
NOTES EXPLICATIVES
Extraites de celles de Don Creseto, à l'usage des prêtres.
6, 29, [a]. On voit encore sur le mont des Oliviers les vestiges sacrés des Pieds du Sauveur imprimés sur le roc à Son Ascension au Ciel. Saint Cyrille de Jérusalem dans ses Catéchismes en appelait en témoignage tous les habitants de la ville. Corn. A. Lapide [in Act. Apost., I, 12].
6, 29, [b]. C'est ce que l'on appelle "bilocation" dont on a constaté plusieurs exemples dans la vies des Saints, spécialement dans la vie de saint Alphonse de Liguori, de saint Antoine de Padoue et d'autres.
6, 29, [c]. Livre 4, Nos. 631, 692; Livre 5, No. 997; Livre 6, Nos. 1261, 1286.
6, 29, [d]. La nature humaine tend par elle-même à la dissolution et à la mort, «parce qu'elle a une matière composé de contraires, c'est pourquoi l'homme est naturellement corruptible.» Saint Thomas [I-2, quest. 85, art. VI]. Mais Dieu accorda le Don de l'immortalité au premier homme et à tous ses descendants, supposé que leur premier père Adam conservât la sainteté et la grâce originelle en laquelle il avait été constitué. Pour cela, dans cet état primitif, l'homme était, comme l'écrit très bien saint Augustin, mortel par sa nature de corps animal, mais immortel par le bienfait du Créateur. [De genes. ad litt. lib. VI cap. XXV; «mortalis de conditione corporis animalis, immortalis beneficio conditoris.»
Mais Adam pécha, et ce péché frappa toute la nature humaine tellement qu'elle resta incontinent privée de la grâce et en même temps du Don de l'immortalité. Depuis lors la mort régna dans le monde, non plus comme simple défaut de nature, mais comme peine du péché. Néanmoins la Très Sainte Vierge étant exempte du péché originel devait être aussi exempte de la peine de ce péché, c'est-à-dire de la mort en tant que celle-ci est la peine du péché. La Sainte Église enseigne dans la définition dogmatique de l'Immaculée Conception: que la création de la Très Sainte Marie fut décidée par le même et identique décret par lequel l'Incarnation du Verbe fut décrété: uno eodemque Decreto cum Divinae sapientiae Incarnatione. Il s'en suit donc, comme saint Liguori l'enseigne dans "Les Gloires de Marie", qu'Elle n'a pas encouru la dette de contracter le péché, ni non plus la dette de la mort, peine du péché.
6, 29, [e]. Livre 2, Nos. 626 etc.
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Message par sga le Ven 3 Jan 2020 - 10:42

LIVRE VII


INTRODUCTION


7, Intro, 1. Plus celui qui navigue sur une mer haute et dangereuse s'y trouve avancé, plus il a coutume de craindre les tourments et les corsaires ennemis dont il peut être assailli. L'ignorance et la faiblesse augmentent ce souci; parce qu'il ne sait ni quand, ni par où il rencontrera le danger, ni non plus s'il sera assez puissant pour le détourner avant qu'il arrive, ou pour y résister quand il arrivera. C'est cela même qui m'arrive à moi, lancée sur la mer immense de l'excellence et des grandeurs de la Très Sainte Marie, quoique ce soit une mer de lait, pleine d'une sérénité très tranquille; car je la connais et la confesse comme telle. Et il ne me suffit pas pour vaincre mes craintes de me trouver si avancée dans cet océan de la grâce, ayant écrit la première et la seconde partie de sa très sainte Vie; parce que j'ai connu en Elle-même, comme dans un miroir immaculé, avec une plus grande lumière et une plus grande clarté mon insuffisance et ma vileté propres; l'Objet de cette Histoire divine m'est représenté avec la connaissance la plus évidente comme plus impénétrable et moins compréhensible pour tout entendement créé. Les ennemis, les princes des ténèbres ne reposent pas non plus; mais comme des corsaires très nuisibles, ils prétendent m'affliger et me décourager par de fausses illusions et des tentations pleines d'iniquité et d'astuce au-dessus de toute ma pondération. Le navigateur n'a pas d'autre recours, si ce n'est de tourner sa vue vers le nord, où l'étoile de la mer fixe et assurée le gouverne et le guide à travers les vagues. Je tâche de faire la même chose dans la tourmente de mes tentations et de mes craintes variées. Et tournée vers mon Étoile, la Très Sainte Marie et vers le Nord de la Volonté divine que je connais par l'obéissance, souvent affligée, troublée et craintive, je crie du fond de mon coeur et je dis: Seigneur, Dieu très haut, que ferais-je parmi mes doutes? Poursuivrai-je cette Histoire ou changerai-je d'intention? Et vous, Mère de la grâce et ma Maîtresse, déclarez-moi la Volonté de Votre Très Saint Fils et la Vôtre.

7, Intro, 2. Je confesse avec vérité et comme je le dois à la Bonté divine qu'Il a toujours répondu à mes clameurs, et Il ne m'a jamais refusé Sa Clémence paternelle, me déclarant par divers moyens que c'était Sa Volonté que je continuasse à écrire. Cette vérité de l'assistance de la Lumière divine est entendue en ce que j'ai déjà écrit la première et la seconde partie; néanmoins, outre cette faveur, le Seigneur m'a tranquillisée et rassurée très souvent par Lui-même, par Sa Très Sainte Mère et Ses Anges, ajoutant assurances sur assurances et témoignages sur témoignages pour vaincre mes craintes et mes lâchetés. Et ce qui est plus, les Anges visibles, qui sont les prélats et les ministres du Seigneur dans Sa Sainte Église m'ont approuvée, et ils m'on intimé la Volonté du Très-Haut, afin que je la crusse et l'exécutasse sans crainte en poursuivant cette Histoire divine. L'intelligence de la Lumière ou Science infuse, ne m'a pas non plus manqué, laquelle avec une suavité forte et une force suave, appelle, enseigne et meut à connaître le plus sublime de la perfection, le plus pur de la sainteté, le suprême de la vertu et le plus aimable de la volonté et tout cela m'est offert comme renfermé et réservé dans cette Arche Mystique de la Très Sainte Marie, comme une manne cachée, afin que tous s'approchent pour la posséder et la goûter.

7, Intro, 3. Néanmoins, pour entrer dans cette troisième partie et commencer à l'écrire, j'ai eu de nouvelles et fortes contradictions, non moins difficiles à vaincre que pour les deux premières. Je peux affirmer sans crainte que je n'ai pas écrit une phrase ni un mot, ni je ne me suis déterminée à l'écrire sans reconnaître plus de tentations que je n'écris de lettres. Et quoique pour l'embarras de mes craintes je me suffise à moi-même, puisque connaissant ce que je suis, je ne puis laisser d'être timide, et je ne puis attendre de moi autre chose que ce que j'expérimente dans ma faiblesse; mais ni cela ni la grandeur du sujet n'étaient les empêchements que je trouvais, quoique je ne les aie pas connus aussitôt, j'ai présenté au Seigneur la seconde partie que j'avais écrite, comme je l'avais fait auparavant de la première. L'obéissance m'obligeait avec rigueur de commencer cette troisième partie, et par la force que cette vertu communique à ceux qui s'y assujettissent, j'animais ma faiblesse et j'encourageais l'abattement que je reconnaissais en moi pour exécuter ce qui m'était commandé. Mais entre les désirs et les difficultés de commencer, je fus flottante pendant quelques jours, comme un navire combattu de forts vents contraires.

7, Intro, 4. D'un côté le Seigneur me répondit de poursuivre ce qui était commencé, que telle était Sa Volonté et Son bon plaisir; et jamais je ne reconnaissais autre chose dans mes prières continuelles. Quoique parfois je dissimulais ces Ordres du Très-Haut et je ne les manifestais pas aussitôt à mon supérieur et à mon confesseur, non pour les cacher, mais pour une plus grande sécurité et pour ne point soupçonner qu'ils se gouvernaient seulement par mes informations; néanmoins Sa Majesté qui est si uniforme dans Ses Oeuvres, leur mettait dans le coeur une nouvelle force, afin qu'avec empire et préceptes ils me le commandassent, comme toujours ils l'ont fait. D'un autre côté l'envie et la malice de l'ancien serpent calomniaient toutes mes oeuvres et tous mes mouvements; et il excitait ou mouvait contre moi une tourmente furieuse de tentations, car parfois il voulait m'élever à la hauteur de son orgueil, et d'autres fois et le plus souvent il voulait m'abattre jusqu'à l'abîme du désespoir et m'envelopper dans une obscurité ténébreuse de craintes désordonnées, joignant à celles-ci diverses tentations intérieures et extérieures, croissant toutes au pas que j'allais dans la poursuite de cette Histoire, et surtout quand j'arrivais à la conclure. Cet ennemi se servit aussi du jugement de quelques personnes à qui je devais des égards par obligation naturelle, et elles ne m'aidaient point à poursuivre ce qui était commencée, et il troublait les religieuses que j'ai à ma charge. Il me semblait aussi que le temps me manquait; parce que je ne devais point laisser de suivre la communauté, ce qui est la plus grand obligation d'une supérieure. Avec toutes ces anxiétés je n'arrivais point à asseoir et à calmer mon intérieur dans la paix et la tranquillité qui était nécessaire et convenable pour recevoir la Lumière actuelle et l'intelligence des Mystères que j'écris; parce que celle-ci ne se perçoit pas bien ni ne se communique en entier parmi les tourbillons des tentations qui inquiètent l'esprit; et elle vient seulement dans un air doux et serein qui tempère les puissances intérieures.

7, Intro, 5. Affligée et troublée de tant de variété de tentations, mes clameurs ne cessaient point. Et un jour en particulier je dis au Seigneur: "Mon très-haut Seigneur, Bien-Aimé de mon âme, mes gémissements ne sont point cachés à Votre Sagesse ainsi que mes désirs de Vous donner du goût et de ne point errer à Votre service. Je me lamente amoureusement en Votre royale Présence, parce que, Seigneur, ou Vous me commandez ce que je ne peux accomplir, ou Vous donnez la main à Vos ennemis et les miens afin que par leur malice ils m'en empêchent." Sa Majesté me répondit à cette plainte, avec quelque sévérité et me dit: «Sache, ô âme, que tu ne peux continuer ce qui est commencé, ni achever d'écrire la Vie de Ma Mère si tu n'es en tout très parfaite et très agréable à Mes yeux; parce que Je veux cueillir en toi le fruit copieux de ce Bienfait, et que tu le reçoives la première avec toute plénitude; et afin que tu en profites comme Je le veux, il est nécessaire que tout ce que tu as de terrestre et de fille d'Adam soit consumé en toi; les effets du péché avec ses inclinations et ses mauvaises habitudes.» Cette réponse du Seigneur excita en moi de nouveaux soucis et des désirs plus enflammés d'exécuter tout ce qu'Il me donnait à connaître en elle; car ce n'était pas seulement une mortification commune des inclinations et des passions, mais une mort absolue de toute la vie animale et terrestre, une rénovation et une transformation en un autre être et une nouvelle vie céleste et angélique.

7, Intro, 6. Et désirant étendre mes forces à ce qui m'était proposé, j'examinais mes inclinations et mes appétits, je parcourais les rues et les recoins de mon intérieur, et je sentais un désir véhément de mourir à tout ce qui est visible et terrestre. Je souffris pendant quelques jours de grandes afflictions et de grandes désolations, en ces exercices; parce qu'avec mes désirs croissaient aussi les dangers et les occasions de distractions avec les créatures qui suffisaient pour m'empêcher; et lorsque je voulais davantage m'éloigner de tout, je me trouvais d'autant plus immergée et opprimée par cela même que j'abhorrais. L'ennemi se servait de tout cela pour me décourager, me représentant comme impossible la perfection de vie que je désirais. A cette désolation s'en joignit une autre nouvelle et extraordinaire avec laquelle je me trouvai inopinément. Ce fut que je commençai à sentir en ma personne une indisposition corporelle si vive et qui me rendait si sensible pour souffrir les travaux que ce qui était très facile me devenait plus intolérable que les plus grands que j'avais eus jusqu'alors. Les occasions de mortifications qui auparavant étaient très supportables m'étaient devenus on ne peut plus violentes, et pour toute douleur sensible je me sentais si faible, qu'elles me paraissaient des blessures mortelles. Souffrir une discipline m'était une défaillance jusqu'à m'évanouir; chaque coup me fendait le coeur; sans exagération je dis que seulement de me toucher une main avec l'autre me faisant couler des larmes, avec une grande confusion et une grande désolation pour moi de me voir si misérable. Et en me faisant effort pour travailler malgré le mal que j'avais, j'expérimentai que le sang me sortait par les ongles.

7, Intro, 7, J'ignorais la cause de cette nouveauté, et je discourais en moi-même et je me disais avec abattement: "Malheur à moi! Quelle est cette misère que j'éprouve? Quel est ce changement que je sens? Le Seigneur me commande de me mortifier et de mourir à tout et je me trouve maintenant plus vivace et moins mortifiée." Je souffris pendant quelques jours de grandes amertumes et de grandes désolations avec mes réflexions. Et pour les modérer le Seigneur me consola, me disant: «Ma fille et Mon épouse, que ton coeur ne s'afflige point par l'affliction et la nouveauté que tu éprouves en souffrant si vivement. J'ai voulu que par ce moyen, les effets du péché demeurassent éteints en toi, et que tu sois renouvelée pour une nouvelle vie et des opérations plus hautes et d'un plus grand agrément pour Moi; et jusqu'à ce que tu obtiennes ce nouvel état tu ne pourras commencer ce qui te reste à écrire de la Vie de Ma Mère et ta Maîtresse.» Avec cette nouvelle réponse du Seigneur je recouvrai quelque courage; parce que toujours Ses Paroles sont de Vie et elles les communiquent au coeur. Et quoique les travaux et les tentations ne se ralentissaient point, je me disposais à travailler et à combattre; mais toujours défiante de ma faiblesse et de ma débilité et craignant de n'y point trouver de remède. Je le cherchais contre elles dans la Mère de la Vie, et je déterminai de lui demander sa faveur véritablement et avec instance, comme à l'unique et dernier Refuge des nécessiteux et des affligés, et comme à Celle de qui, et par qui, me vinrent toujours beaucoup de Biens et de bénéfices à moi, la plus inutile de la terre.

7, Intro, 8, Je me prosternai aux pieds de cette grande Dame du Ciel et de la terre, et répandant mon esprit en sa présence, je lui demandai miséricorde et remède de mes imperfections et de mes défauts. Je lui représentai mes désirs de procurer son agrément et celui de son Très Saint Fils et je m'offris de nouveau pour son plus grand service, quand il devrait m'en coûter de passer par le feu et les tourments et même de répandre mon sang. La pieuse Mère me répondit à cette prière et me dit: «Ma fille, tu n'ignores point que tes désirs que le Très-Haut enflamme de nouveau dans ton coeur sont des gages et des effets de l'Amour avec lequel Il t'appelle pour Son intime communication et Sa familiarité. Sa Volonté très Sainte ainsi que la mienne est que de ton côté tu les exécutes pour ne point empêcher ta vocation ni retarder davantage l'agrément de Sa Majesté que je veux de toi. Je t'avertis et te déclare en tout le discours de la Vie que tu écris l'obligation avec laquelle tu reçois ce nouveau et grand Bienfait afin que tu copies en toi l'étampe vivante de la Doctrine que je te donne, et l'exemplaire de ma Vie selon les forces de la grâce que tu reçois. Tu arrives maintenant à écrire la troisième et dernière partie de mon Histoire, et il est temps que tu t'élèves à ma parfaite imitation, que tu te vêtes de nouvelles forces et que tu étendes la main vers des choses fortes. Avec cette nouvelle vie et ces opérations, tu commenceras ce qui reste à écrire, parce que tu dois exécuter à mesure ce que tu connais. Et sans cette disposition tu ne pourrais l'écrire; parce que la Volonté du Seigneur est que ma Vie demeure plus écrite dans ton coeur que sur le papier et que tu sentes en toi ce que tu écris, afin que tu écrives ce que tu sens.»

7, Intro, 9. «Je veux pour cela que ton intérieur se dépouille de toute image et de toute affection terrestre, afin qu'étant éloignée des choses visibles et les ayant oubliées, ta conversation et ton entretien continuels soient avec le Seigneur, ave moi et Ses Anges, et hors cela tout le reste doit être étranger pour toi. Par la force de cette vertu et de cette pureté que je veux de toi tu écraseras la tête de l'ancien serpent et tu vaincras la résistance qu'il te fait pour opérer et pour écrire. Et parce qu'en admettant ses craintes vaines tu as été lente à répondre au Seigneur, à croire à Ses Bienfaits et à entrer par la voie où Il veut te mener, je veux te dire maintenant, que pour cela Sa Providence divine a permis à ce dragon, comme ministre de Sa Justice, de châtier ton incrédulité et ta résistance à te soumettre à Sa Volonté parfaite. Et le même ennemi a réussi à te faire tomber en certaines fautes, te proposant ses erreurs sous le couvert de bonnes intentions et de fins vertueuses, travaillant à te persuader faussement que tu n'es pas pour de si grandes faveurs et de si grands Bienfaits parce que tu n'en mérites aucun, et il t'a rendue grossière et lente dans la reconnaissance. Il t'a beaucoup embarrassée dans cette tromperie, comme si ces Oeuvres du Seigneur étaient de justice et non de grâce, et tu as manqué d'opérer les grandes choses que tu pourrais avec la grâce de Dieu et tu n'as point correspondu à ce que tu reçois sans aucun mérite de ta part. Ma très chère, il est temps désormais que tu te rassures et que tu croies au Seigneur et à moi qui t'enseigne le plus sûr et le plus élevé de la perfection qui est mon imitation parfaite, et que l'orgueil et la cruauté du dragon soient vaincus et sa tête écrasée par la vertu de Dieu. Il n'est pas raisonnable que tu empêches ou retardes cette vertu; mais ayant tout oublié, tu dois te livrer affectueusement à la Volonté de mon Très Saint Fils et à la mienne; car Nous volons de toi le plus saint, le plus louable et le plus agréable à Nos yeux et à Notre bon plaisir.»

7, Intro, 10. Avec cette instruction de ma divine Dame, ma Mère et ma Maîtresse, mon âme reçut une nouvelle lumière et de nouveaux désirs de lui obéir en tout. Je renouvelai mes propos, je me déterminai à m'élever au-dessus de moi-même avec la grâce du Très-Haut, et je procurai de me disposer afin qu'en moi s'exécutât sans résistance Sa divine Volonté. Je m'aidai de l'âpre et du douloureux de la mortification qui était pénible pour moi à cause de la vivacité et de la sensibilité que je ressentais, comme je l'ai déjà dit; mais la guerre et la résistance du démon ne cessaient point. Je reconnaissais que l'entreprise que j'intentais était très ardue, et que l'état auquel m'appelait le Seigneur était un refuge, mais très haut pour la faiblesse humaine et la gravité terrestre. Je donnerai bien à entendre cette vérité et la lenteur de ma fragilité et de ma torpeur, en confessant que tout le cours de ma vie j'ai travaillé, et le Seigneur avec moi, pour m'élever de la poussière et du fumier de ma vileté, multipliant des Bienfaits et des faveurs qui excèdent mes pensées. Et quoique Sa puissante Droite les a tous dirigés à cette fin, il n'est pas convenable ni possible maintenant de les rapporter; cependant il ne me semble pas juste non plus de les taire tous afin que l'on voie en quel lieu si infime le péché nous met et quelle distance il interpose entre la créature raisonnable et la fin des vertus et de la perfection dont elle est capable, et combien il en coûte pour l'y restituer.

7, Intro, 11. Quelques années avant ce que j'écris maintenant, je reçus de la divine Droite un Bienfait grand et réitéré. Ce fut une espèce de mort comme civile, pour les opérations de la vie animale et terrestre; et à cette mort suivit en moi un autre état nouveau de Lumière et d'opérations. Mais comme toujours l'âme demeure vêtue de la corruption mortelle et terrestre, si le Seigneur ne renouvelle Ses merveilles et s'Il ne la favorise et ne l'aide de Sa grâce. Il renouvela en moi dans cette occasion la faveur que j'ai dite, par le moyen de la Mère de la Piété et cette douce Dame, cette grande Reine me parla et me dit dans une vision: «Considère, ma fille, que désormais tu ne dois pas vivre de ta vie, mais de celle de ton Époux Jésus-Christ en toi, Il doit être la Vie de ton âme et l'Âme de ta vie. Pour cela je veux par moi-même renouveler la vie que nous voulons de toi. Qu'il soit manifeste dès aujourd'hui au Ciel et à la terre que soeur Marie de Jésus, ma fille et ma servante, est morte au monde, et que le Bras du Très-Haut fait cette Oeuvre, afin que cette âme vive avec efficace en cela seul que la Foi enseigne. Par la mort naturelle on quitte tout; et cette âme, éloignée de tout, livra par dernière volonté et testament son âme à son Créateur et son Rédempteur, et son corps à la terre de sa propre connaissance et à la souffrance sans résistance. Mon Très Saint Fils et moi Nous Nous chargeons de cette âme, pour accomplir sa dernière volonté, si avec cette volonté elle Nous obéit avec promptitude. Et Nous célébrons ses obsèques avec les habitants de Notre cour, pour lui donner la sépulture dans le Coeur de l'Humanité du Verbe Éternel qui est le sépulcre de ceux qui meurent au monde dans la vie mortelle. Dès maintenant elle ne doit pas vivre en soi ni par soi avec les opérations d'Adam; parce qu'en elle la Vie du Christ qui est sa vie doit se manifester en toutes ces mêmes opérations. Je supplie Sa Piété immense de regarder cette défunte, et de recevoir son âme pour Lui seul, et de la reconnaître comme pèlerine et étrangère sur la terre, et habitant dans le plus Sublime et le plus Divin. J'ordonne aux Anges de la prendre pour leur compagne, de l'entretenir et de communiquer avec elle comme si elle était libre de la chair mortelle.»
7, Intro, 12. «Je commande aux démons de laisser cette défunte, comme ils laissent les morts qui ne sont point de leur juridiction, et qui n'ont point de part en eux; puisque dès aujourd'hui elle doit demeurer plus morte aux choses visibles que les défunts même le sont au monde. Je conjure les hommes de la perdre de vue et de l'oublier, comme ils oublient les morts, afin qu'ainsi ils la laissent reposer et qu'ils ne l'inquiètent pas dans sa paix. Et toi, ô âme, je te commande et t'avertis de t'imaginer comme l'un de ceux qui sont sortis de ce siècle dans lequel ils vivaient, et qui demeurent en Présence du Très-Haut pour la vie éternelle. Je veux que tu les imites dans l'état de la Foi, quoique la sécurité et la vérité de l'Objet sont les mêmes en toi qu'en eux. Ta conversation doit être dans les Cieux, ton entretien avec ton Époux le Seigneur de toutes les créatures; tes conférences avec les Anges et les Saints, et toute ton attention en moi qui suis ta Mère et ta Maîtresse. Pour tout le reste des choses terrestres et visibles tu ne dois pas avoir plus de vie et de mouvement, d'opérations ni d'actions, qu'un corps mort, qui ne montre aucune vie ni aucun sentiment en tout ce qui lui arrive et ce qu'on peut lui faire. Les torts ne doivent point t'inquiéter, ni les louanges t'émouvoir; tu ne dois point ressentir les injures, ni t'élever quand tu reçois des honneurs; tu ne dois point connaître la présomption, et la méfiance ne doit point t'abattre; tu ne dois consentir à aucune affection de la colère et de la concupiscence; parce que ton modèle dans ces passions doit être un corps mort libre de ces mêmes passions. Tu ne dois pas non
plus attendre du monde plus de correspondance que celle qu'il a avec un corps mort, qui oublie aussitôt ceux qu'il louait vivant; et même ceux qu'il tenait comme très proches et très intimes, il tâche de les éloigner promptement de ses yeux; fût-ce même un père ou un frère; le défunt passe partout sans se plaindre ni se sentir offensé; le mort ne fait pas cas des vivants, et toi fais encore moins d'attention à ce que tu laisses parmi eux.
7, Intro, 13. «Lorsque tu te trouveras ainsi défunte, il ne restera plus qu'à te considérer la pâture des vers et une corruption très vile et très méprisable, afin que tu sois ensevelie dans la terre de ta propre connaissance, de telle manière que tes sens et tes passions n'aient plus l'audace d'émettre une mauvaise odeur devant le Seigneur, ni parmi ceux qui vivent, pour être mal couverts et mal enterrés comme il arrive à un corps mort. L'horreur que tu causerais à Dieu et aux Saints en te manifestant vivante au monde, ou tes passions immortifiées seraient plus grandes que les corps morts découverts sur la terre n'en causeraient aux hommes. L'usage de ses puissances, les yeux, les oreilles, le toucher, et le reste pour servir au goût ou au plaisir, doit être pour toi une grande nouveauté ou un grand scandale, comme si tu voyais un défunt se mouvoir. Mais avec cette mort tu demeureras disposée et préparée pour être l'unique épouse de mon Très Saint Fils, ma fille très chère et ma disciple véritable. Tel est l'état que je veux de toi et la Sagesse si haute que je dois t'enseigner en suivant mes traces et en imitant ma Vie, copiant en toi mes Vertus dans le degré qui te sera concédé. Tel doit être le fruit d'avoir écrit mes excellences et les secrets très sublimes que le Seigneur te manifeste de ma sainteté. Je ne veux point qu'ils sortent du dépôt de ton coeur, sans opérer en toi la Volonté de mon Fils et la mienne, qui est ta souveraine ou grande perfection. Puisque tu bois les eaux de la Sagesse dans leur Origine qui est le Seigneur même; il ne sera pas raisonnable que tu demeures vide et altérée de ce que tu fournis aux autres, ni que tu achèves d'écrire cette Histoire, sans profiter de l'occasion et du grand Bienfait que tu reçois. Prépare ton coeur par cette mort que je veux de toi et tu obtiendras mon désir et le tien.»

7, Intro, 14. La grande Dame du Ciel me dit tout cela en cette circonstance, et Elle m'a répété en plusieurs autres cette Doctrine de Salut et de Vie Éternelle; j'en ai beaucoup écrit dans les doctrines qu'Elle m'a données dans les chapitres de la première et de la seconde partie. Et en tout cela on connaîtra bien ma lenteur et mon peu de gratitude pour tant de Bienfaits, puisque je me trouve toujours si arriérée dans la vertu et si vivante fille d'Adam, cette grande Reine et son puissant Fils m'ayant promis tant de fois que si je meurs au terrestre et à moi-même Ils m'élèveront à un autre état et à une habitation très sublime qu'on me promet de nouveau par grâce avec la faveur Divine. C'est une solitude et un désert au milieu des créatures, sans avoir de commerce avec elles et participant seulement de la Vie et de la participation du Seigneur, de Sa Très Sainte Mère et des saints Anges, laissant gouverner toutes mes opérations et mes mouvements par la force de Sa divine Volonté pour les fins de Sa plus grande gloire et de Son honneur.

7, Intro, 15. En tout le cours de ma vie depuis mon enfance le Très-Haut m'a exercée par quelques afflictions d'infirmités continuelles, de douleurs et d'autres persécutions des créatures. Mais en avançant en âge la souffrance s'est accrue aussi par un nouvel exercice, avec lequel j'ai oublié beaucoup tout le reste, parce qu'il a été une épée à deux tranchants qui a pénétré jusqu'au coeur et a divisé mon esprit et mon âme, comme dit l'Apôtre. Ça été la crainte que j'ai insinuée plusieurs fois et pour laquelle j'ai été reprise en cette Histoire. Je l'ai beaucoup sentie depuis mon enfance, mais elle s'est découverte et a excédé tout à fait depuis que je suis entrée en religion, et que je me suis appliquée toute entière à la vie spirituelle et que le Seigneur a commencé à Se manifester davantage à mon âme. Depuis lors le Seigneur m'a mise sur cette Croix ou dans ce pressoir du coeur, craignant si j'allais par un mauvais chemin, si j'étais trompée, si je perdrais la grâce et l'Amitié de Dieu. Cette peine s'est beaucoup augmentée par la publicité que quelques personnes ont causée imprudemment en ce temps-ci à ma grande désolation, et par les terreurs que d'autres m'ont causée. Cette crainte vive s'est enracinée de telle manière dans mon coeur qu'elle n'a jamais cessé, et je n'ai pu la vaincre tout à fait, ni par la satisfaction et la sécurité que mes confesseurs et mes supérieurs m'ont donnée, ni par la doctrine qu'Ils m'ont enseignée, ni par les réprimandes avec lesquelles ils m'ont corrigée, ni par aucun autre moyen dont ils se sont servi pour cela. Et ce qui plus est, quoique les Anges et la Reine du Ciel et le Seigneur même m'aient continuellement tranquillisée et calmée, et en leur Présence je me sentais libre; néanmoins en sortant de la sphère de cette Lumière divine j'étais aussitôt combattue de nouveau avec une force incroyable, que je reconnaissais venir du dragon infernal et de sa cruauté; avec laquelle j'étais troublée, affligée et contristée, craignant le danger dans la vérité comme si elle ne l'avait pas été. Et cet ennemi m'assaillait davantage en me faisant des terreurs de le communiquer à mes confesseurs, spécialement au supérieur qui me gouvernait, parce qu'il n'y a rien que ce prince des ténèbres craigne plus que la lumière et la puissance qu'on les ministres du Seigneur.

7, Intro, 16. J'ai vécu plusieurs années entre l'amertume de cette douleur et un désir très ardent de la grâce et de ne point perdre Dieu, tant d'événements si variés s'alternant en moi, qu'il serait impossible de les rapporter. Je crois que la racine de cette crainte est sainte, mais plusieurs branches en ont été infructueuses; quoique la Sagesse divine sait Se servir de toutes pour Ses fins; et pour cela il était permis à l'ennemi de m'affliger, se servant du remède du Bienfait même du Seigneur parce que la crainte désordonnée et qui empêche le bien, quoiqu'elle veuille imiter la bonne crainte, est cependant mauvaise et vient du démon. Mes afflictions sont arrivées parfois à un tel point, qu'il me semble que c'est un nouveau bienfait qu'elles n'en aient pas fini avec moi dans la vie mortelle et surtout dans celles de l'âme. Mais le Seigneur, à qui les vents et la mer obéissent et que toutes les choses servent, qui fournit l'aliment à toute créature dans le temps le plus opportun, a voulu par Sa divine Bonté faire la tranquillité dans mon esprit, afin que je la goûtasse avec plus de confiance en écrivant ce qui reste de cette Histoire. Il y a quelques années, Sa divine Majesté me consola en me promettant par Lui-même de me donner la quiétude et de me faire goûter la paix intérieure avant de mourir, et que le dragon était si furieux contre moi, parce qu'il savait que le temps lui manquerait pour me persécuter.

7, Intro, 17. Et pour écrire cette troisième partie, Sa Majesté me parla un jour, et avec une complaisance et une bonté singulière Il me dit ces paroles: «Mon épouse et Mon amie, Je veux alléger tes peines et modérer tes afflictions; calme-toi, Ma colombe, et repose dans la suavité assurée de Mon Amour et de Ma puissante et royale Parole, car Je t'assure que c'est Moi qui te parle par elle, et Je choisis tes voies selon Mon Agrément. C'est Moi qui t'y conduis, et Je suis à la droite de Mon Père Éternel et dans le Sacrement de l'Eucharistie sous les espèces du Pain. Je te donne cette certitude de Ma Vérité, afin que tu te tranquillises et te rassures; parce que Je ne te veux pas pour esclave, Mon amie, mais pour Ma fille et Mon épouse, pour Mes complaisances et Mes délices. Les craintes et les amertumes que tu as souffertes suffisent désormais. Que vienne la sérénité et le calme de ton coeur affligé.» Quelqu'un pensera que ces consolations et ces assurances du Seigneur plusieurs fois répétées n'humilient point et qu'il n'y a qu'à en jouir; cependant elles m'abattent le coeur jusqu'au dernier point de la poussière, et me remplissent de soucis et de craintes pour mon péril. Celui qui s'imaginera le contraire sera peu expérimenté et peu instruit de ces Oeuvres et de ces secrets du Très-Haut. Il est certain que j'ai eu une nouveauté dans mon intérieur et beaucoup de soulagement dans les afflictions et les tentations de ces craintes désordonnées. Mais le Seigneur est si Sage et si Puissant que d'un côté Il rassure l'âme et de l'autre Il l'excite et la met en de nouveaux soucis de sa chute et de ses dangers, avec quoi Il ne la laisse point se relever de sa connaissance et de son humiliation.

7, Intro, 18. Je peut confesser que le Seigneur par ces paroles continuelles et d'autres n'a pas tant tranquillisé mes craintes qu'Il les a ordonnées; parce que je vis toujours avec la peur si je Le dégoûterai ou Le perdrai; comment je serai reconnaissante et je correspondrai à Sa fidélité; comment j'aimerai avec plénitude Celui qui est le Souverain Bien, et qui m'a tant mérité l'amour que je peux et aussi celui que je ne peux pas Lui donner. Possédée de ces craintes, et à cause de ma grande misère, ma pusillanimité et plusieurs fautes, je dis en une de ces occasions au Très-Haut: "O mon très doux Amour, Maître et Seigneur de mon âme, quoique Vous me rassuriez tant pour tranquilliser mon coeur troublé, comment puis-je vivre sans mes craintes dans les périls d'une vie si pénible et si à redouter, pleine de tentations et d'embûches puisque j'ai mon trésor dans un vase fragile, et que je suis plus débile qu'aucune autre créature?" Il me répondit avec une bonté Paternelle, et Il me dit: «Mon épouse et Ma chérie, Je ne veux point que tu quittes la juste crainte de M'offenser; mais c'est Ma Volonté que tu ne te troubles ni ne te contristes désordonnément, ce qui te serait un empêchement pour le parfait et le sublime de Mon Amour. Tu as Ma Mère pour Modèle et pour Maîtresse, afin qu'Elle t'enseigne et que tu l'imites. Je t'assiste de Ma grâce et te conduis par Ma direction. Dis-moi donc, que me demandes-tu ou que cherches-tu pour ta sécurité et ta quiétude.»

7, Intro, 19. Je répliquai au Seigneur et Lui dis avec toute la soumission que je pus: "Seigneur très-haut et mon Père, c'est beaucoup ce que Vous me demandez, quoique je le doive à Votre Bonté et à Votre Amour immense; mais je connais ma faiblesse et mon inconstance et je n'aurai de repos qu'en ne Vous offensant point, ni par une plus courte pensée, ni par aucun mouvement de mes puissances, mais que toutes mes actions soient de Votre bon plaisir et de Votre Agrément." Sa Majesté me répondit: «Mes secours continuels et mes faveurs ne te manqueront point si tu me corresponds. Et afin que tu le fasses mieux, je veux faire avec toi une Oeuvre digne de l'Amour que j'ai pour toi. Je mettrai entre Mon Être Immuable et ta petitesse une chaîne de Ma Providence spéciale, et qu'avec elle tu demeures liée et prise de telle sorte que si par ta faiblesse ou ta volonté tu fais quelque chose qui ne s'accorde point avec Mon goût, tu sentes une force qui te retienne et te ramène à Moi. Tu connaîtras dès maintenant ce Bienfait et tu en sentiras l'effet en toi-même, comme l'esclave qui est attachée avec des liens afin qu'elle ne puisse s'enfuir.»

7, Intro, 20. Le Tout-Puissant a accompli cette promesse avec une grande jubilation et un grand bien de mon âme; parce qu'entre plusieurs autres faveurs et plusieurs autres Bienfaits qu'il ne convient point de rapporter et qui n'appartiennent pas à ce sujet, aucun n'a été pour moi aussi estimable que celui-ci. Non seulement je le reconnais dans les grands dangers, mais aussi dans les plus petits, de manière que si par négligence ou par oubli j'omets quelque bonne oeuvre ou quelque cérémonie sainte, quoique ce ne soit pas plus que de m'incliner au choeur ou de baiser la terre quand j'entre pour adorer le Seigneur, comme nous le pratiquons dans notre couvent, aussitôt je sans une force suave qui me tire et m'avertit de mon défaut, et elle ne me laisse pas commettre, autant qu'il dépend d'elle, la moindre imperfection. Et si je tombe quelquefois comme faible, je sens aussitôt cette force et elle me cause tant de peine qu'elle me fend le coeur. Et cette douleur sert alors de frein qui retient toute inclination désordonnée, et de stimulant pour chercher aussitôt le remède du péché ou de l'imperfection commise. Et comme les Dons du Seigneur sont sans repentance, non seulement Sa Majesté ne m'a pas refusé celui que je reçois par cette chaîne mystérieuse, mais bien au contraire, par Sa divine Bonté, je connus un jour, --- qui était celui de Son saint Nom et de Sa Circoncision, --- que cette chaîne se triplait, afin qu'elle me gouvernât avec une plus grande force et qu'elle fût plus invincible, parce que «le triple lien»,», comme dit le sage (Eccl. 4: 12), «se rompt difficilement.» Ma faiblesse avait besoin de tout cela pour n'être point vaincue par des tentations si importunes et si astucieuses comme l'antique serpent en fabrique contre moi.

7, Intro, 21. Celles-ci allèrent tellement en s'accroissant pendant ce temps, nonobstant les Bienfaits et les Commandements rapportés du Seigneur, de l'obéissance et d'autres que je ne dis point, que je cherchais à m'exempter de commencer à écrire cette dernière partie de cette Histoire; parce que je sentais de nouveau contre moi la fureur des ténèbres et ses puissances qui voulaient me submerger. Ainsi je le compris et je me déclarerai par ce que saint Jean dit dans le chapitre 12 de l'Apocalypse: Que le dragon grand et roux lança de sa bouche un fleuve d'eau contre cette divine Femme, qu'il poursuivait depuis le Ciel; et comme il ne put la submerger ni la toucher, il se tourna très irrité contre les restes et la semence de cette grande Dame, qui étaient signalés par le témoignage de Jésus-Christ dans Son Église. Cet ancien serpent déchaîna sa colère contre moi pendant le temps dont je parle, me troublant et m'obligeant de la manière qu'il put, à commettre quelques fautes qui m'embarrassaient pour la pureté et la perfection de la vie qui était requis de moi et pour écrire ce qui m'était commandé. Et cette bataille persévérant au-dedans de moi-même, arriva le jour que nous célébrâmes la fête du saint Ange Gardien qui est le premier de mars. Étant au choeur à Matines, je sentis à l'improviste un bruit ou mouvement très grand, qui me reconcentra en moi-même avec une crainte révérencielle et qui m'humilia jusqu'à terre. Ensuite je vis une grande multitude d'Anges qui remplissaient la région de l'air par tout le choeur et au milieu d'eux il y en avait un d'un plus grand éclat et d'une plus grande beauté comme sur une estrade et un tribunal de juge. Je compris aussitôt que c'était l'Archange saint Michel. Et à l'instant ils m'intimèrent que le Très-Haut les envoyait avec une puissance et une autorité spéciale pour faire le jugement de mes défauts et de mes péchés.

7, Intro, 22. Je désirais me prosterner en terre et reconnaître mes erreurs pour les pleurer, humiliée devant ces juges souverains: et parce que j'étais en présence des religieuses, je n'osai pas leur donner à remarquer en me prosternant corporellement, mais je fis intérieurement ce qui me fut possible, pleurant mes péchés avec amertume et dans ce temps, je connus que les saints Anges parlant et conférant entre eux disaient: «Cette créature est inutile, lente et peu fervente à opérer ce que le Très-Haut et notre Reine lui commandent, elle n'achève point de donner crédit à leurs Bienfaits et aux continuelles illustrations qu'elle reçoit par notre main. Privons-la de tous ces Bienfaits puisqu'elle n'y coopère point, et qu'elle ne veut pas être si pure ni si parfaite que le Seigneur l'enseigne, ni achever d'écrire la Vie de Sa Très Sainte Mère, comme il lui a été ordonné tant de fois;puisque si elle ne s'amende point, il n'est pas juste qu'elle reçoive tant de si grandes faveurs et une Doctrine d'une sainteté si sublime.» Mon coeur s'affligea et mon pleur s'accrut en entendant ces raisons. Remplie de confusion et de douleur je parlai aux saints Anges avec une intime amertume, et je leur promis l'amendement de mes fautes, jusqu'à mourir pour obéir au Seigneur et à Sa Très Sainte Mère.

7, Intro, 23. Par cette humiliation et ces promesses les esprits angéliques tempérèrent quelque peu la sévérité qu'ils me montraient. Et avec plus de douceur, ils me répondirent que si j'accomplissais avec diligence ce que je leur promettais, ils m'assuraient qu'ils m'assisteraient toujours de leur faveur et de leur refuge, et ils me recevraient pour leur familière et leur compagne, afin de communiquer avec moi comme ils le font entre eux. Je les remerciai de ce bienfait, et je les priai de le faire pour moi envers le Très-Haut. Ils disparurent en m'avertissant que pour la faveur qu'ils m'offraient je devais les imiter dans la pureté, sans commettre de faute, ni d'imperfection avec advertance; et c'était la condition de cette promesse.

7, Intro, 24. Après ces événements et plusieurs autres qu'il ne convient point de rapporter, je demeurai très humiliée, me reconnaissant plus reprise, plus ingrate et plus indigne de tant de Bienfaits, d'Exhortations et de Commandements. Remplie de confusion et de douleur, je conférai avec moi-même que je n'avais point d'excuses désormais ni de disculpations si je résistais à la Volonté divine en tout ce que je connaissais, et qui m'importait si fort. Prenant donc une résolution efficace de le faire ou de mourir à la tâche, je cherchais quelque moyen puissant et sensible qui m'excitât, m'obligeât et m'avertît dans mes inadvertances afin que [s'il était possible], il ne demeurât en moi ni opération, ni mouvement imparfait, et que j'opérasse en tout le plus saint et le plus agréable aux yeux du Seigneur. J'allai à mon confesseur et supérieur et je lui demandai avec toute la soumission et la sincérité possibles de me reprendre sévèrement et de m'obliger à être parfaite et soigneuse en tout ce qui était le plus conforme à la Volonté de Dieu et à exécuter ce que la divine Majesté voulait de moi. Et quoiqu'il fût très vigilant dans ce soin, comme tenant la place de Dieu et connaissant ma voie et Sa très sainte Volonté, néanmoins il ne pouvait toujours m'assister et être présent, à cause des absences auxquelles l'obligeaient les offices de son Ordre et de la supériorité. Je déterminai
aussi de parler à une religieuse qui était souvent avec moi, la priant de me dire d'ordinaire des paroles de réprimande, d'avis ou de crainte pour me mouvoir et m'exciter. J'essayais tous ces moyens et d'autres avec l'ardent désir que je sentais de donner du goût au Seigneur, à Sa Très Sainte Mère et ma Maîtresse, et aux saints Anges, dont la volonté était une seule et même: mon avancement dans la plus grande perfection.

7, Intro, 25. Au milieu de ces soins il m'arriva une nuit que mon saint Ange gardien se manifesta à moi avec une complaisance particulière, et il me dit: «Le Très-Haut veut condescendre à tes désires, et tu cherches avec anxiété qui pourra l'exercer à ton égard. Je serai ton ami et ton compagnon fidèle pour t'avertir et exciter ton attention; et pour cela tu me trouvera présent comme maintenant en toute occasion et en tout temps lorsque tu tourneras les yeux vers moi avec des désirs de te rendre agréable à ton Seigneur et ton Époux, et de Lui garder une entière fidélité. Je t'enseignerai à Le louer continuellement, et tu le feras en alternant Ses louanges avec moi, et je te manifesterai de nouveaux Mystères et des Trésors de Sa grandeur; je te donnerai des intelligences particulières de Son Être immuable et de Ses Perfections divines. Et quand tu seras occupée par l'obéissance ou la Charité, ou bien quand par quelque négligence tu te détourneras ver l'extérieur et le terrestre, je t'appellerai et t'avertirai, afin que tu sois attentive au Seigneur; et pour cela je te dirai quelque parole et souvent ce sera celles-ci: "Qui est comme Dieu qui habite dans les Cieux et dans les humbles de coeur?" D'autres fois je te rappellerai les Bienfaits que tu as reçus de la Droite du Très-Haut et ce que tu dois à Son Amour. D'autres fois, je ferai en sorte que tu Le regardes, et que tu élèves ton coeur vers Lui. Mais il faut que tu sois ponctuelle, attentive et obéissante à ces avertissements et à ces avis.»

7, Intro, 26. «Le Très-Haut ne veut pas non plus te cacher une faveur que tu as ignorée jusqu'à présent entre tant d'autres que tu as reçues de Sa Bonté très libérale, afin que tu Le remercies dès maintenant. C'est que je suis un des mille Anges de la garde de notre grande Reine dans le monde, et de ceux qui étions signalés par la devise de son admirable et saint Nom. Fais attention à moi et tu le verras dans mon sein.» Je le considérai aussitôt et je connus comment il l'avait écrit avec une grande splendeur; et je reçus une nouvelle consolation et une nouvelle jubilation de mon âme. Le saint Ange poursuivit et dit: «Il me commande aussi de t'avertir que, de ces milles Anges, nous sommes rarement signalés pour garder d'autres âmes, et celles que nous avons gardées jusqu'à présent ont toutes été du nombre des Saints et aucune des réprouvées. Considère donc, ô âme, ton obligation de ne point pervertir cet ordre, parce que si tu te perdais avec ce Bienfait, ta peine et ton châtiment seraient des plus sévères de tous les damnés et tu serais comme la plus malheureuse et la plus ingrate parmi les filles d'Adam. La faveur que tu as reçue dans ce Bienfait, que je fusse ton Gardien, moi qui fut un des Gardiens de notre grande Reine la Très Sainte Marie et la Mère de notre Créateur, fut l'ordre de Sa très sublime Providence parce que tu as été élue parmi les mortels dans Son Entendement divin pour écrire et imiter la Vie de Sa Bienheureuse Mère, et afin que je t'enseignasse et que je t'assistasse comme témoin immédiat de ses oeuvres et de ses Excellences divines.

7, Intro, 27. «Et quoique la grande Dame fait principalement cet office par Elle-même; cependant moi je t'administre ensuite les espèces nécessaires pour déclarer ce que la divine Maîtresse t'a enseigné, et je te donne d'autres intelligences que le Très-Haut m'ordonne, afin que tu écrives les Mystères qu'Il t'a manifestés avec une plus grande facilité. Et tu as expérience de tout cela, quoique tu ne connaisses pas toujours l'ordre et le secret caché de cette providence, et que le Seigneur Lui-même, en en usant spécialement à ton égard, me signala afin que je t'obligeasse avec une douce force à l'imitation de Sa Très Pure Mère et notre Reine et afin que tu la suives et lui obéisses dans sa Doctrine. Dès cette heure j'exécuterai ce Commandement avec une plus grande instance et une plus grande efficacité. Détermine-toi donc à être très fidèle et très reconnaissante à tes Bienfaits singuliers et à cheminer vers le plus haut et le plus sublime de la perfection qui t'est demandée et enseignée. Et sache que lors même que tu obtiendrais celle des plus hauts Séraphins, tu demeureras très endettée envers une Miséricorde si abondante et si libérale. La nouvelle manière de vie que le Seigneur veut de toi est tracée et contenue dans la Doctrine que tu reçois de notre grande Reine et Souveraine, et dans le reste que tu entendras et que tu écriras dans cette troisième partie. Écoute-le avec un coeur soumis, remercie pour cela avec humilité; exécute-le avec sollicitude et avec soin; car si tu le fais, tu seras heureuse et bienheureuse.»

7, Intro, 28. Le saint Ange me déclara d'autres choses qui ne sont point nécessaires à ce sujet. Mais je laisse écrit ce que j'ai dit dans cette introduction afin de manifester en partie l'ordre que le Très-Haut a gardé à mon égard pour m'obliger à écrire cette Histoire, comme aussi afin qu'on connaisse en quelque chose les fins que Sa Sagesse a eues de me faire écrire; qui sont non pour moi seule, mais pour tous ceux qui désirent profiter du fruit de ce Bienfait, comme moyen puissant pour rendre efficace celui de notre Rédempteur chacun en soi-même. On connaîtra aussi que la perfection Chrétienne ne s'obtient point sans de grands combats avec le démon et par un travail incessant pour vaincre et assujettir les passions et les mauvaises habitudes de notre nature dépravée. Outre cela, pour commencer cette troisième partie, ma divine Mère et ma Maîtresse me parla, et me dit d'un air agréable: «Ma bénédiction éternelle et celle de mon Très Saint Fils viennent sur toi, afin que tu écrives ce qui reste de ma Vie, que tu l'opères et l'exécutes avec la perfection que Nous désirons.» Amen.
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Message par sga le Ven 10 Jan 2020 - 12:40

LIVRE SEPT


Qui déclare comment la Droite divine accorda à la Reine du Ciel des Dons très sublimes, afin qu'Elle travaillât dans la Sainte Église; la venue de l'Esprit-Saint; le fruit abondant de la Rédemption et de la prédication des Apôtres; la première persécution de l'Église; la conversion de saint Paul et la venue de saint Jacques en Espagne; l'apparition de la Mère de Dieu à Saragosse, et la fondation de Notre-Dame du Pilier.


CHAPITRE 1


Laissant notre Sauveur Jésus à la droite du Père Éternel, la Très Sainte Marie descendit du Ciel sur la terre, afin de planter la nouvelle Église par son assistance et son magistère.

7, 1, 1. J'ai donné une heureuse fin à la seconde partie de cette Histoire, laissant notre grande Reine et Souveraine, la Très Sainte Marie, dans le Cénacle, et en même temps dans le Ciel, assise à la droite de son Fils et son Dieu Éternel, étant présente dans les deux endroits à la fois de la manière miraculeuse qui a été dite, car la Droite divine lui concéda d'être en deux endroits avec son corps très Saint: car le Fils de Dieu et le sien pour rendre Sa glorieuse Ascension plus admirable, l'amena avec Lui pour lui donner la possession des récompenses ineffables qu'Elle avait méritées jusqu'alors, et lui marquer la place qu'Il lui avait préparée dès Son éternité, pour ses mérites passés et les autres qu'Elle devait acquérir encore. J'ai dit aussi comment la Bienheureuse Trinité laissa au libre choix de cette divine Mère de retourner au monde si Elle voulait pour la fondation de l'Église de l'Évangile et pour la consolation des ses premiers enfants; ou de s'éterniser, si Elle le voulait dans ce très heureux état de sa gloire, sans quitter la possession qui lui en était donnée. Parce que la Volonté des trois Personnes divines, comme sous cette condition, s'inclinait par l'Amour qu'Elles avaient pour
cette Créature si singulière, à la conserver dans cet abîme où Elle était absorbée et à ne point la restituer au monde parmi les enfants d'Adam exilés. D'un côté il semblait que la raison de justice le demandât; puisque le monde était déjà racheté par la Passion et la Mort de son Fils, à qui Elle avait coopéré avec toute plénitude et toute perfection. Et la mort n'avait point d'autre droit sur Elle, non seulement à cause de la manière avec laquelle Elle avait souffert ses douleurs à la Mort de notre Sauveur Jésus-Christ comme je l'ai déjà déclaré en son lieu; mais aussi parce que la Reine ne fut jamais tributaire de la mort, du démon ni du péché; et ainsi la Loi commune des enfants d'Adam (Héb. 9: 27) ne la touchait point. Et sans mourir comme eux, le Seigneur désirait qu'il y eût, à notre manière de concevoir, un autre transit par lequel Elle eût passé de l'état de voyageur à celui de compréhenseur, de la mortalité à l'immortalité, et que Celle qui n'avait point commis sur la terre de faute qui méritât la mort n'y mourût point; et le Très-Haut pouvait dans le Ciel même la faire passer d'un état à l'autre.

7, 1, 2. De l'autre côté il ne restait plus que le motif de la charité et de l'humilité de la part de cette Mère très douce et très admirable; parce que l'amour l'inclinait à secourir ses enfants et à travailler, afin que le Nom du Très-Haut fût exalté et manifesté dans la nouvelle Église de l'Évangile. Elle désirait aussi faire entrer plusieurs fidèles à la profession de la Foi par sa sollicitude et son intercession et imiter ses enfants et ses frères du genre humain en mourant sur la terre, quoiqu'Elle ne dût point payer ce tribut (Rom. 6: 23) puisqu'Elle n'avait point péché. Et Elle connaissait avec sa sagesse grandiose et sa prudence admirable combien il est plus estimable de mériter la récompense et la couronne que de posséder pendant quelque court espace de temps, fût-ce même la récompense de la Gloire Éternelle. Cette humble sagesse ne fut pas sans une récompense immédiate; parce que le Père Éternel fit connaître à tous les courtisans du Ciel la vérité de ce que son Altesse désirait et ce que la Très Sainte Marie choisissait pour le bien de l'Église militante et le secours des fidèles. Et dans le Ciel ils connurent tous ce qu'il est juste que nous connaissions maintenant sur la terre: que le Père Éternel Lui-même avait aimé tellement le monde, comme dit saint Jean, qu'Il avait donné Son Fils Unique pour le racheter; ainsi Il donna de même une fois sa Fille la Très Sainte Marie, l'envoyant du sein de Sa gloire, afin de planter l'Église que Jésus-Christ, son Auteur, avait fondée et le Fils Lui-même donna pour cela Sa très aimante et très chère Mère et l'Esprit-Saint, Sa très douce Épouse. Ce Bienfait eut une autre condition qui l'éleva au suprême degré; parce qu'il arriva après les injures que le Rédempteur Jésus-Christ avait reçues dans Sa Passion et Sa Mort ignominieuse, par lesquelles le monde avait démérité d'avoir cette faveur. O Amour Infini! Ô Charité immense! Combien il est manifeste que les grandes eaux de nos péchés (Cant. 8: 7) n'ont pu T'éteindre!

7, 1, 3. Il y avait trois jours entiers que la Très Sainte Marie était dans le Ciel, y jouissant dans son Âme et dans son corps de la gloire de la Droite de son Fils et son Dieu véritable; sa volonté de retourner sur la terre ayant été acceptée, Elle partit pour le monde du plus haut de l'empirée avec la bénédiction de la Bienheureuse Trinité. Sa Majesté commanda à plusieurs des suprêmes Séraphins, les plus proches du trône de la Divinité, ainsi qu'à une multitude innombrable d'Anges choisis de tous les choeurs de l'accompagner. Elle fut aussitôt reçue par une nuée ou un globe de lumière très resplendissante que lui servit de reliquaire ou de litière précieuse qui était mue par les Séraphins mêmes. La beauté et les splendeurs extérieures avec lesquelles cette divine Reine venait ne peuvent venir à la pensée des hommes en cette vie mortelle et il est certain qu'aucune créature vivante ne pouvait la voir ou la regarder naturellement sans perdre la vie. Ainsi, il fut nécessaire que le Très-Haut recouvrît son éclat à ceux qui la regardaient, jusqu'à ce que les lumières et les rayons qu'Elle émettait se fussent tempérés. Il fut accordé au seul Évangéliste saint Jean de voir la divine Reine dans l'abondance et la force qui lui redondaient de la gloire dont Elle avait goûté. On peut bien comprendre l'éclat et la beauté de cette Reine magnifique et cette Maîtresse des Cieux descendant du trône de la Bienheureuse Trinité, puisqu'il résulta tant de splendeurs dans la face de Moïse pour avoir seulement parlé avec Dieu sur la montagne du Sinaï où il avait reçu la Loi, tellement que les Israélites ne pouvaient supporter de le regarder au visage (Ex. 34: 29-30); et nous ne savons pas que le Prophète ait vu clairement la Divinité; et l'eût-il vue, il est certain que cette vision n'arriverait pas au minimum de celle qu'a eue la Mère de Dieu.

7, 1, 4. La grande Reine du Ciel arriva au Cénacle comme Substitut de son Très Saint Fils dans la nouvelle Église de l'Évangile. Elle venait si prospère et si abondante en Dons de la grâce qui lui avait été donnée pour ce ministère qu'Elle fut un sujet d'admiration nouvelle pour les Anges et comme un sujet de stupéfaction pour les Saints; parce qu'Elle était une Étampe vivante de notre Rédempteur et notre Maître Jésus-Christ. Elle descendit de la nuée de lumière où Elle était venue, et sans être vue de ceux qui étaient présents dans le Cénacle, Elle demeura dans son être naturel, en ce sens qu'Elle n'était plus dans un autre lieu. La Maîtresse de la sainte humilité se prosterna en terre à l'instant et se collant à la poussière Elle dit: «Mon Seigneur et mon Dieu très-haut, voici ce vil vermisseau de la terre dont je reconnais avoir été formée, passant du néant à l'être que j'ai par Votre Clémence très libérale. Je reconnais aussi, ô Père très-haut, que Votre Bonté ineffable m'a élevée sans que je l'aie mérité, de la poussière à la dignité de Mère de Votre Fils Unique. Je loue et j'exalte de tout mon Coeur Votre Bonté immense de m'avoir ainsi favorisée. Et en reconnaissance de tant de Bienfaits, je m'offre de nouveau à vivre et à travailler en cette vie mortelle tout le temps que Votre sainte Volonté ordonnera. Je me sacrifie pour être Votre fidèle Servante, celle des enfants de la Sainte Église et de tous ceux qui sont présents à Votre Charité immense; et je Vous prie de les regarder comme Dieu et Père très Clément, je Vous en supplie de l'intime de mon Coeur. J'offre en sacrifice pour eux la privation de Votre gloire et de Votre repos pour les servir, et l'élection de la souffrance avec une entière volonté, laissant de jouir de Vous et me privant de Votre claire vue pour m'exercer en ce qui Vous est agréable.»

7, 1, 5. Les Anges prirent congé de la Reine pour retourner au Ciel d'où ils étaient venus pour l'accompagner, donnant à la terre de nouvelles félicitations de ce qu'ils y laissaient leur Auguste Reine et Maîtresse pour habitante. Et j'avertis qu'en écrivant ceci, les saints Princes me dirent que, comme je n'avais pas nommée très fréquemment dans cette Histoire la Très Sainte Marie, "Reine et Dame des Anges", au moins de ne pas oublier de le faire dans la partie qui restait, à cause de la grande joie qu'ils en reçoivent. Et pour leur obéir et leur donner de la complaisance je la nommerai souvent avec ce titre à l'avenir. Revenant à l'Histoire, il faut avertir que les trois premiers jours que la divine Mère fut dans le Cénacle après être descendue du Ciel, Elle les passa très abstraite de toutes les choses terrestres, jouissant de la redondance de la joie et des effets admirables de la gloire dont Elle avait joui dans le Ciel pendant les trois autres jours. L'Évangéliste saint Jean seul entre tous les mortels eut connaissance de ce sacrement caché; parce qu'il lui fut manifesté en vision comment l'Auguste Reine du Ciel y était montée avec son Très Saint Fils et il l'avait vue descendre avec la gloire et les grâces avec lesquelles Elle était revenue au monde pour enrichir l'Église. Saint Jean fut deux jours comme en suspens et hors de lui dans
l'admiration d'un Mystère si nouveau. Et sachant que Sa Très Sainte Mère était déjà descendue des hauteurs, il désirait lui parler, mais il n'osait point.

7, 1, 6. L'Apôtre bien-aimé combattit presque tout un jour avec lui-même, entre les ferveurs de l'amour et la retenue de l'humilité. Et vaincu par son affection de fils, il résolut de se mettre en présence de la divine Mère dans le Cénacle et en y allant, il se retenait disant: «Comment m'hasarderai-je à faire ce que demande mon désir sans savoir d'abord la Volonté du Très-Haut et celle de ma Maîtresse? Mais mon Rédempteur et mon Maître me l'a donnée pour Mère, et Il m'a favorisé et obligé du titre de fils: puis mon office est de la servir et de l'assister; et son Altesse n'ignore point mon désir; Elle ne le méprisera pas; Elle est douce et miséricordieuse et Elle me pardonnera; je veux me prosterner à ses pieds.» Avec cela saint Jean se détermina et il passa dans le lieu où la divine Reine était en oraison avec les autres fidèles. Et au moment où il leva les yeux pour la regarder, il tomba prosterné en terre avec des effets semblables à ceux que les deux Apôtres et lui-même avaient éprouvés sur le Thabor, quand le Seigneur S'était transfiguré devant eux; parce que les splendeurs que saint Jean aperçut sur le visage de sa Très Sainte Mère étaient très semblables à celles de notre Sauveur Jésus-Christ. Et comme les espèces de la vision dans laquelle il l'avait vue descendre du Ciel lui duraient encore, sa faiblesse naturelle fut opprimée avec une plus grande force, et il tomba par terre. Avec l'admiration et la joie qu'il avait ressenties il demeura ainsi prosterné presque une heure sans pouvoir se relever. Il adora profondément la Mère de son propre Créateur. Les autres Apôtres et les disciples qui étaient dans le Cénacle ne pouvaient point trouver cela étrange, parce que dans le temps que les fidèles attendaient l'Esprit-Saint, ils passaient une grande partie du temps de l'oraison qu'ils faisaient prosternés en forme de Croix à l'imitation de leur divin Maître et selon l'exemple et l'enseignement de la Très Sainte Marie.

7, 1, 7. Pendant que l'humble Apôtre était ainsi prosterné, la pieuse Mère s'approcha et le releva de terre; et se manifestant avec un air plus naturel, Elle s'agenouilla devant lui et lui dit: «Mon Seigneur et mon fils, vous savez déjà que votre obéissance doit me gouverner en toutes mes actions; parce que vous êtes à la place de mon Très Saint Fils et mon Maître pour m'ordonner tout ce que je dois faire; et je veux de nouveau vous demander d'avoir soin de le faire, pour la consolation que j'ai d'obéir.» En entendant ces raisons le saint Apôtre fut dans l'admiration, outre ce qu'il avait vu et connu de la grande Dame, et il se prosterna de nouveau en sa présence, s'offrait pour son esclave et la suppliant de le commander et de le gouverner en tout. Saint Jean persévéra quelque temps dans cette émulation jusqu'à ce que vaincu par l'humilité de notre Reine, il s'assujettit à sa volonté et demeure déterminé à lui obéir en la commandant comme Elle le désirait: parce que c'était une plus grande sécurité pour lui et un rare et puissant exemple pour nous, par lequel notre orgueil est repris et il nous enseigne à l'écraser. Et si nous confessons que nous sommes les enfants et les dévots de cette divine Mère, la Maîtresse de l'Humilité, nous devons comme de Juste l'imiter et la suivre.

DOCTRINE QUE ME DONNA LA GRANDE DAME ET REINE DES ANGES.

7, 1, 8. «Ma fille, je t'ai répété bien des fois jusqu'à présent de t'éloigner de toutes les choses visibles et terrestres, et de mourir à toi-même et à la participation de fille d'Adam, comme je te l'ai enseigné et je t'en avertie dans la Doctrine que tu as écrite dans la première et la seconde partie de ma Vie; maintenant je t'appelle avec une nouvelle affection de Mère tendre et amoureuse, et je te convie de la part de mon Très Saint Fils, de la mienne et de Ses anges, qui t'aiment aussi beaucoup, de faire en sorte qu'oubliant tout ce qui a l'être, tu t'élèves à une autre vie nouvelle, plus élevée et plus céleste, et aussi plus immédiate à la Félicité Éternelle. Je veux que tu t'éloignes tout à fait de Babylone et de tes ennemis, ainsi que de leurs fausses vanités avec lesquelles ils te poursuivent; je veux que tu t'avoisines de la sainte Cité de Jérusalem céleste, et que tu vives dans ses parvis, où tu t'occupes tout entière à mon imitation véritable et parfaite et que tu arrives par elle, aidée de la grâce Divine, à l'union intime de mon Seigneur, ton époux très fidèle et Divin. Écoute donc ma voix, ô ma très chère, avec une dévotion joyeuse et avec toute la promptitude de ton âme. Suis-moi avec ferveur, renouvelant ta vie sur le Modèle que tu écris de la mienne, sois attentive à ce que je fis après que je fus retournée au monde de la Droite de mon Très Saint Fils. Médite mes oeuvres et pénètre-les avec toute sollicitude, afin de copier dans ton âme ce que tu comprendras et ce que tu écriras, selon la grâce que tu reçois. La Faveur divine ne te manquera point si
ta négligence ne t'en rend pas indigne; parce que le Très-Haut ne veut pas la refuser à celui qui fait ce qu'il peut de son coté en tout ce qui est de Son Agrément et de Sa Volonté. Prépare ton coeur et agrandis ses espaces, enflamme ta volonté, purifie ton entendement et dépouille tes puissances de toutes les images et les espèces des créatures visibles, afin qu'aucune ne t'embrasse ni ne t'oblige à commettre seulement la plus petite faute ou l'imperfection la plus légère: alors le Très-Haut pourra déposer en toi Sa Sagesse cachée et tu seras préparée et prompte à opérer avec elle tout ce que Nous t'enseignons et tout ce qui sera le plus agréable à Nos yeux.

7, 1, 9. Ta vie doit être dès aujourd'hui comme celui qui la reçoit étant ressuscité, après être mort à celle qu'il avait auparavant. Et comme celui qui reçoit ce bienfait a coutume de revenir à la vie tout renouvelé, et presque étranger a tout ce qu'il aimait auparavant, changeant les désirs et les qualités réformées et éteintes qu'il avait eues; et il procède en tout différemment. Je veux, ma fille, que tu sois renouvelée de cette manière et avec une plus grande sublimité; parce que tu dois vivre comme si tu participais aux dots de l'âme de la manière qu'il t'est possible avec la Puissance divine qui opérera en toi. Mais il faut que tu t'aides et que tu prépares ton coeur à ces effets si Divins, demeurant libre et comme une table très rase, où le Très-Haut écrive et dessine de Son doigt, comme sur une cire molle, et imprime sans résistance le sceau de mes vertus. Sa Majesté veut que tu sois un instrument dans Sa puissante Main pour opérer Sa sainte volonté: et l'instrument ne résiste pas à la volonté de l'artisan; et s'il a une volonté il n'en use que pour se laisser mouvoir. Or donc, ma très chère, viens, viens où je t'appelle, et sache que si en tout temps il est naturel au Souverain Bien de Se communiquer et de favoriser Ses créatures, néanmoins dans le siècle présent, ce Seigneur et ce Père des Miséricordes veut manifester davantage Sa Clémence libérale envers les mortels; parce que leur temps achève et il y en a peu qui veuillent se disposer à recevoir les Dons de Sa puissante Droite. Ne perds point une occasion si opportune, suis-moi, cours après mes traces, ne contriste pas l'Esprit-Saint en t'arrêtant lorsque je t'invite à un si grand bonheur avec un amour maternel et une Doctrine si haute et si parfaite.
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Message par sga Hier à 12:14

CHAPITRE 2


Dans le chapitre vingt-et-un de l'Apocalypse, l'Évangéliste sainte Jean parle à la lettre de la vision qu'il eut quand il vit descendre du Ciel la Très Sainte Marie Notre-Dame.


7, 2, 10. Il fallait que saint Jean fût le secrétaire des mystères et des sacrements ineffables de la Très Sainte Marie, qui étaient plus cachées à d'autres; et c'était une conséquence de l'office et de la dignité si excellente de fils de la Très Sainte Vierge que notre Sauveur Jésus lui avait donné sur la Croix (Jean 19: 26), comme choisi pour l'objet de Son Amour divin. Pour cela plusieurs des mystères qui avaient précédé en Marie lui furent révélés, et en outre il fut témoin oculaire du secret mystérieux qui arriva le jour de l'Ascension du Seigneur dans les Cieux, concédant à cet Aigle sacré de voir monter le Soleil Notre-Seigneur Jésus-Christ avec une lumière septuplée, comme dit Isaïe (Is. 30: 26), et la Lune avec une lumière comme celle du Soleil, à cause de la ressemblance qu'Elle avait avec Lui. Le très heureux Évangéliste la vit monter et demeurer à la droite de son fils, et il la vit aussi descendre comme il a été dit, avec une admiration nouvelle; parce qu'il vit et connut le changement et la rénovation avec laquelle Elle descendit au monde après la gloire ineffable qu'Elle avait reçue dans le Ciel, avec tant d'influences nouvelles de la Divinité et de participation de Ses Attributs. Notre Sauveur Jésus-Christ avait déjà promis aux Apôtres avant de monter au Ciel qu'Il disposerait avec Sa Très Sainte Mère qu'Elle demeurât avec eux dans l'Église pour leur consolation et leur instruction, comme il a été dit à la fin de la seconde partie [a]. Mais avec la joie et l'admiration de voir la grande Reine à la droite de notre Sauveur Jésus-Christ, l'Apôtre saint Jean oublia pendant quelque temps cette promesse, et absorbé par une nouveauté si inimaginée, il arriva à craindre ou à douter que la divine Mère demeurât là dans la gloire dont Elle jouissait. Et dans ce doute, au milieu de la jubilation qu'il éprouvait, saint Jean souffrit d'autres défaillances amoureuses qui l'affligèrent beaucoup, jusqu'à ce que le souvenir des promesses de son Maître et son Seigneur lui fût renouvelé et qu'il vit de nouveau la Très Sainte Vierge descendre sur la terre.

7, 2, 11. Les mystères de cette vision demeurèrent imprimés dans la mémoire de saint Jean et il ne les oublia jamais, ni les autres mystères de la grande
Reine des Anges qui lui furent renouvelés; et le saint Évangéliste voulait avec un désir très ardent en donner connaissance à la Sainte Église. Mais l'humilité très prudente de Marie Notre-Dame le retint pour ne point les manifester pendant qu'Elle vivait, mais de les garder cachés dans son coeur pour le temps où le Très-Haut ordonnerait autre chose; parce qu'il ne convenait point auparavant de les rendre manifestes et notoires au monde. L'Apôtre obéit à la volonté de la divine Mère. Et quand ce fut le temps et la disposition Divine que l'Évangéliste avant de mourir enrichît l'Église du Trésor de ces sacrements cachés, ce fut par l'ordre de l'Esprit-Saint qu'il les écrivit en métaphores et en énigmes très difficiles à comprendre, comme l'Église le confesse. Et il fut ainsi convenable que ces mystères ne demeurassent point manifestes à tous, mais fermés et scellés, comme les perles dans la nacre ou la coquille, et l'or dans les minéraux cachés de la terre; afin que l'Église les en tirât avec une lumière et une diligence nouvelles quand il serait nécessaire; et dans l'intérim qu'ils fussent comme en dépôt dans l'obscurité des Saintes Écritures, obscurité que les Docteurs sacrés confessent, spécialement dans le livre de l'Apocalypse.

7, 2, 12. J'ai dit quelque chose dans le cours de cette Histoire divine de la providence que le Très-Haut eut pour cacher la grandeur de Sa Très Sainte Mère dans la primitive Église, et je ne m'exempte point de renouveler cet avertissement ici, à cause de l'étonnement que ce Mystère pourrait causer à celui qui le connaîtra maintenant. Et si quelqu'un a du doute à ce sujet il sera beaucoup aidé pour le vaincre en considérant ce que disent différents Saints et différents Docteurs, que Dieu cacha aux Juifs le corps et la sépulture de Moïse (Deut. 34: 5-6), pour éviter que ce peuple si prompt à l'idolâtrie n'errât en donnant l'adoration au corps du Prophète qu'ils avaient tant estimé, ou en le vénérant par quelque culte vain et superstitieux. Et pour la même raison ils disent que lorsque Moïse écrivit la création du monde et de toutes ses créatures, quoique les Anges en fussent la plus noble partie, le Prophète ne déclara point leur création en propre termes, au contraire il la renferma en ces mots qu'il dit: «Dieu créa la lumière (Gen. 1: 3),» donnant lieu à ce qu'on comprit la lumière matérielle qui éclaira ce monde visible, quoique ces paroles signifiassent aussi en métaphore cachée ces lumières substantielles et spirituelles qui sont les saints Anges dont il ne convenait point de laisser alors une plus claire connaissance.

7, 2, 13. Et si la contagion de l'idolâtrie s'attacha au peuple Hébreu par le commerce et le voisinage de la gentilité si aveugle et si inclinée à donner la divinité à toutes les créatures en quelque faculté, les Gentils eussent été en un péril beaucoup plus grand de tomber en cette erreur, si, lorsqu'on commençait à leur prêcher l'Évangile et la Foi de Jésus-Christ notre Sauveur, on leur eût conjointement proposé l'excellence de Sa Très Sainte Mère. Et en preuve de cette vérité, le témoignage de saint Denys l'Aréopagite suffit: car lui qui était un philosophe si sage qu'il connut alors le Dieu de la nature, néanmoins quand il était déjà converti, arrivant à voir la Très Sainte Marie et à lui parler, il dit que si la Foi ne lui eût enseigné qu'Elle était une pure Créature il l'eût adorée et regardée comme Dieu. Les Gentils plus ignorants seraient tombés dans ce danger; ils auraient confondu la Divinité du Rédempteur qu'ils devaient croire avec la grandeur de Sa Très Pure Mère, si on leur eût proposé le tout ensemble, et ils eussent pensé qu'Elle aussi était Dieu comme son Fils, puisqu'Ils étaient si semblables dans la sainteté. Cependant ce danger a déjà cessé depuis que la Loi et la Foi de l'Évangile sont si enracinées dans l'Église, tellement illustrées par la doctrine des saints Docteurs et par tant de merveilles que Dieu a opérées dans cette manifestation du Rédempteur. Et nous savons, par tant de lumière, que Lui seul est Dieu et homme véritable, plein de grâce et de Vérité (Jean 1: 14), et que Sa Mère est pure Créature, et que sans avoir la divinité, Elle est pleine de grâce, immédiate à Dieu et supérieure à toutes les autres créatures. Et dans ce siècle tellement illustré par les Vérités divines, le Seigneur sait quand et comment il convient d'étendre la gloire de Sa Très Sainte Mère en manifestant les énigmes et les secrets des Saintes Écritures où Il l'a renfermée.

7, 2, 14. L'Évangéliste écrivit dans le chapitre 21 de l'Apocalypse le mystère dont je parle avec plusieurs autres de cette grande Reine, usant de métaphore, en particulier en appelant la Très Sainte Marie "Cité de Jérusalem" et la décrivant avec les conditions qu'il poursuit par tout ce chapitre. Et quoique je l'ai expliqué très au long dans la première partie où je la divisai en trois chapitres, l'appliquant comme il me fut donné à entendre, au Mystère de l'Immaculée Conception de la Bienheureuse Mère; il faut maintenant l'expliquer du Mystère de la descente de la Reine des Anges du Ciel sur la terre après l'Ascension de son Très Saint Fils. Et il ne faut point croire pour cela qu'il y ait quelque contradiction ou répugnance dans ces explications, parce que les deux Mystères sont renfermés sous la lettre du texte sacré; puisqu'il n'y a point de doute que la Sagesse divine a pu comprendre dans les mêmes Paroles plusieurs mystères et plusieurs sacrements; et dans une parole qui est dite nous pouvons comprendre deux choses comme dit David qui les entendit sans équivoque (Ps. 61: 12-13) et sans répugnance. Et c'est une des causes de la difficulté de la Sainte Écriture, et qu'il était nécessaire qu'il en fût ainsi, afin que l'obscurité la rendît plus féconde et plus estimable, et que les fidèles arrivassent à la traiter avec une humilité, une attention et une révérence plus grandes. Et étant si remplie de sacrements et de métaphores, un tel style et une telle manière de parler peuvent mieux signifier plusieurs mystères sans violence des termes plus propres.

7, 2, 15. C'est ce que l'on comprendra mieux dans le Mystère dont nous parlons, parce que l'Évangéliste dit: qu'il "vit descendre du Ciel la Sainte Cité de Jérusalem nouvelle et ornée," etc. (Apoc. 21: 2). Et il n'y a point de doute que la métaphore de Cité convient avec vérité à la Très Sainte Marie et qu'Elle descendit alors du Ciel après y être montée avec son Très Béni Fils; et auparavant dans l'Immaculée Conception, en laquelle Elle descendit de l'Entendement divin où Elle avait été formée comme une nouvelle Terre et des Cieux nouveaux, et ceci a été déclaré dans la première partie. Et l'Évangéliste entendit ces deux sacrements quand il la vit descendre corporellement dans l'occasion dont nous parlons, et il les renferma dans ce chapitre. Et ainsi il est maintenant nécessaire de l'expliquer pour ce sujet, bien qu'on répète de nouveau la lettre du texte sacré, mais ce sera avec plus de brièveté, à cause de ce qui a déjà été dit dans la première explication. Et en celle-ci je parlerai au nom de l'Évangéliste pour me restreindre davantage.

7, 2, 16. "Et je vis," dit saint Jean, "un ciel nouveau et une terre nouvelle, parce que le premier ciel s'en alla et il n'y avait plus de mer (Apoc. 21: 1)." Il appelle Ciel nouveau et Terre nouvelle l'Humanité très Sainte du Verbe Incarné, et celle de Sa divine Mère; Ciel par l'habitation et nouveau par la rénovation. La Divinité habite en Jésus-Christ (Col. 2: 9) notre Sauveur en unité de Personnes, par l'union substantielle indissoluble; en Marie par un mode singulier de grâce après Jésus-Christ. Ces Cieux sont très nouveaux, parce que je vis l'Humanité passible qui était demeurée dans le sépulcre morte et couverte de plaies, élevée et colloquée à la droite du Père Éternel, couronnée de la Gloire et des Dots qu'elle avait méritées par Sa Vie et Sa Mort. Je vis aussi Sa Mère qui Lui avait donné l'Être passible et qui avait coopéré à la Rédemption du genre humain, assise à la droite de son Fils (Ps. 44: 10) et absorbée dans l'océan de la Lumière divine et inaccessible, participant de la Gloire de son Fils comme Mère, et qu'Elle avait méritée de justice par ses oeuvres de Charité ineffable. Il appela aussi ciel nouveau et terre nouvelle la patrie des vivants renouvelée par la Lumière de l'Agneau (Apoc. 21: 23), les dépouilles de Ses triomphes et la présence de Sa Mère, qui tous deux, comme Roi et Reine véritables, ont pris possession du Royaume qui sera éternel. Ils l'ont renouvelée par Leurs vues et la joie nouvelle qu'Ils ont communiquée à ses antiques habitants et par les nouveaux enfants d'Adam qu'Ils ont attirés pour le peupler, comme citoyens et habitants qui ne le perdront jamais. Avec cette nouveauté "le premier ciel et la première terre s'en allèrent"; non seulement parce que le Ciel de l'Humanité très Sainte de Jésus-Christ et celui de Marie, où Ils vécurent comme dans le premier Ciel, s'en allèrent aux Demeures Éternelles, y amenant la Terre de l'Être humain, mais aussi parce que dans ce Ciel et cette terre antiques, les hommes passèrent de l'être passible à l'état de l'impassibilité. Les rigueurs de la Justice s'en furent et le repos arriva. L'hiver des travaux passa (Cant. 2: 11) et le printemps de l'allégresse et de la joie éternelles arriva. Le premier Ciel et la première Terre de tous les mortels s'en allèrent de même; parce que Notre-Seigneur Jésus-Christ et Sa Très Sainte Mère entrant dans la Jérusalem céleste, rompirent les cadenas et les serrures qu'il y avait eu pendant cinq mille deux cent trente-trois ans, afin que nul n'y entrât, et que tous les mortels demeurassent sur la terre, si la Justice divine n'était d'abord satisfaite pour l'offense causée par les péchés.

7, 2, 17. Et la Très Sainte Marie fut singulièrement un Ciel nouveau et une Terre nouvelle montant avec son Fils, le Sauveur Jésus et prenant possession de Sa Droite dans la gloire de son Âme et de son corps, sans avoir passé par la mort commune de tous les enfants des hommes. Et quoiqu'auparavant Elle fût un Ciel dans la terre de sa condition humaine où Elle vit la Divinité d'une manière très spéciale, ce premier Ciel et cette première Terre dans cette grande Reine s'en allèrent néanmoins et elle passa d'une manière admirable à être un Ciel nouveau et une Terre nouvelle où Dieu habitait par une gloire souveraine entre toutes les créatures. Avec cette nouveauté, "il n'y eut point de mer" dans cette nouvelle Terre où Dieu habitait; parce que pour Elle les amertumes et les tourments des travaux eussent été finis si Elle eût accepté de demeurer dès lors dans ce très heureux état. Et pour les autres qui demeurèrent dans la gloire en corps et en âme, ou seulement en âme, il n'y avait plus de bourrasque et de péril comme il y en avait dans la première terre de la mortalité.

7, 2, 18. "Et moi, Jean", poursuit l'Évangéliste, "je vis la sainte Cité de Jérusalem qui descendait du Ciel et de Dieu, préparée comme l'épouse ornée pour son époux (Apoc. 21: 2)." «C'est à moi, indigne Apôtre de Jésus-Christ, qu'a été manifesté un sacrement si caché, afin d'en donner connaissance au monde: et j'ai vu la Mère du Verbe Incarné, vraie Cité Mystique de Jérusalem, vision de paix, qui descendait du trône de Dieu même, sur la terre, étant comme vêtue de la Divinité et ornée d'une nouvelle participation de Ses Attributs, de Sagesse, de Puissance, de Sainteté, d'Immutabilité, d'Amabilité et de similitude avec son Fils dans la manière de procéder et d'agir. Elle venait comme Instrument de la Toute-Puissance Droite, comme Vice-Dieu par une nouvelle participation. Et quoi-qu'Elle vint sur la terre pour y travailler au bénéfice des fidèles, se privant volontairement pour cela de la joie qu'Elle avait par la Vision Béatifique, le Très-Haut détermina de l'envoyer préparée et fortifiée de toute la Puissance de Son Bras et de lui compenser l'État et la Vision qu'Elle quittait pendant ce temps, par une autre vue et une autre participation de la Divinité incompréhensible, compatible avec l'état de Voyageuse; mais si Divine et si élevée, qu'Elle surpassât tout entendement humain et angélique. Pour cela Il l'orna de Sa main avec les Dons qui purent s'étendre jusqu'à Elle, et Il la laissa préparée comme une Épouse pour son Homme, le Verbe Incarné: de telle sorte qu'Il ne put désirer en Elle aucune grâce ni aucune excellence qui Lui manquât, et quoiqu'Elle fût absente de Sa droite, cet Homme ne cessa point d'être en Elle et avec Elle, comme dans son Ciel et dans son trône proportionné. Et comme l'éponge reçoit et imbibe en elle-même la liqueur à laquelle elle participe, en en remplissant tous ses vides, de même, à notre manière de concevoir, cette Auguste Dame demeura remplie de l'influence et de la communication de la Divinité.»

7, 2, 19. Le texte poursuit: "Et j'entendis du trône une grande voix qui disait: Regarde le tabernacle de Dieu avec les hommes, et il habitera avec eux, et ils seront son peuple et lui sera leur Dieu (Apoc. 21: 3)." «Cette voix qui sortait du trône attira toute mon attention avec des effets divins de joie et de suavité. Et j'entendis que la grande Dame du Ciel recevait avant de mourir la possession de la récompense méritée, et cela, par une faveur singulière et une prérogative qui n'était due qu'à Elle seule entre tous les mortels. Et quoiqu'aucun de ceux qui arrivent à posséder ce qui leur revient, n'a l'autorité de revenir à la vie et cela n'est pas laissé à leur choix, néanmoins cette grâce a été accordée à cette Épouse unique pour exalter ses gloires: puisqu'étant arrivée à les posséder, et se trouvant reconnue et acclamée par les courtisans du Ciel pour leur Reine et leur Souveraine légitime, Elle descendit volontairement sur la terre, pour être Servante de ses propres vassaux, les élevant et les gouvernant comme ses enfants. Elle mérita de nouveau par cette Charité sans mesure que tous les mortels fussent son peuple et qu'il lui fût donnée une nouvelle possession de l'Église militante, où Elle revenait pour l'habiter et la gouverner; et Elle mérita aussi que Dieu demeurât avec les hommes et qu'il leur fût un Dieu miséricordieux et propice, parce qu'Il demeurait Sacramenté dans le coeur de la Très Pure Marie tout le temps que ce Tabernacle sacré vécut dans l'Église après que cette divine Vierge fut descendue du Ciel. Et seulement pour être en Elle, quand il n'y aurait pas eu d'autres raisons, son propre Fils serait demeuré Sacramenté dans le monde; mais Elle était en outre, par ses mérites et ses bienfaits envers les hommes, un moyen de grâce et de faveurs nouvelles; et pour cela il ajouta et dit: »

7, 2, 20. "Et il essuiera les larmes de ses enfants et désormais il n'y aura point de mort ni de pleurs, ni de clameur (Apoc. 21: 4)." «Parce que cette Dame vient pour être Mère de la grâce, de la Miséricorde, de la joie et de la Vie. C'est Elle qui remplie le monde d'allégresse, qui essuie les larmes qu'y introduisit le péché lequel commença dès notre mère Ève. C'est Elle qui change le deuil en réjouissance, les larmes en jubilation nouvelle, les clameurs en louange et en gloire et la mort du péché, ainsi que les cris des réprouvés et leur douleur irréparable; parce que si auparavant les pécheurs s'étaient retirés dans ce Refuge sacré, ils y eussent trouvé pardon, miséricorde et consolation. Les premiers siècles où Marie, la Reine des Anges manquait s'en sont déjà allés et sont passés avec douleur, ainsi que les clameurs de ceux qui l'ont désirée et qui ne l'ont point vue, comme le monde l'a et la possède maintenant pour son remède et son refuge, pour retenir la Justice divine et pour solliciter miséricorde pour les pécheurs.»

7, 2, 21. "Et celui qui était sur le trône leur dit: Voici que je fais toutes choses nouvelles (Apoc. 21: 5)." «Ce fut la voix du Père Éternel qui me donna à connaître comment Il faisait toutes choses nouvelles: Église nouvelle, Loi nouvelle, Sacrements nouveaux. Et après avoir fait des Faveurs si nouvelles aux hommes comme de leur donner Son Fils Unique, Il leur en faisait une autre très singulière de leur envoyer la Mère si renouvelée, et nouvelle par des Dons admirables et la puissance de distribuer les Trésors de la Rédemption que son Fils avait mis entre ses mains, afin qu'Elle les répandît sur les hommes selon sa très prudente volonté. Pour cela Il l'envoya de son trône royal à l'Église, renouvelée par l'Image de Son Fils Unique, scellée par les Attributs de la Divinité, comme une transcription copiée de cet Original autant qu'il était possible en une pure Créature, afin que d'Elle fût copiée la sainteté de la nouvelle Église de l'Évangile.»

7, 2, 22. "Et il me dit: Écris, parce que ces paroles sont très fidèles et véritables. Et il me dit aussi: Déjà c'est fait. Je suis le principe et la fin et je donnerai à celui qui est altéré de boire gratuitement de la fontaine de vie. Celui qui vaincra possédera ces choses et je serai Dieu pour lui et lui sera un fils pour moi (Apoc. 21: 5-7)." «Le Seigneur même me commanda de Son trône d'écrire ce Mystère, afin que fût attestée la fidélité et la vérité de Ses Paroles et de Ses Oeuvres admirables à l'égard de la Très Sainte Marie, en la grandeur et la gloire de laquelle Il employa Sa Toute-Puissance. Et parce que ces sacrements étaient très cachés et très sublimes je les écrivis en chiffre et en énigme, jusqu'à leur lieu et leur temps marquées pour être manifestés au monde par le Seigneur même; et afin que l'on entendît que déjà tout le possible qui convenait pour le remède et le salut des mortels était fait. Et en disant que "c'était fait", Il rendait ceux-ci responsables en ce qu'il leur avait envoyé Son Fils Unique pour les racheter par Sa Passion et Sa Mort, les enseigner par Sa Vie et Sa Doctrine; et Sa Mère enrichie pour le secours et la protection de l'Église; et enfin l'Esprit-Saint afin qu'Il l'éclairât, la confirmât et la fortifiât de Ses Dons, et qu'Il la fit prospérer, comme Il le lui avait promis. Et parce que le Père Éternel n'avait plus rien à nous donner, Il dit: "Déjà c'est fait". Comme s'Il eût dit: Tout ce qui est possible à Ma Toute-Puissance et convenable à Mon Équité et à Ma Bonté, comme Principe et Fin que Je suis de toute ce qui a l'être. Comme Principe Je le donne à toutes les choses avec la toute-puissance de Ma Volonté, et comme Fin je les reçois, ordonnant par Ma Sagesse les moyens par où ils arrivent à obtenir cette fin. Les moyens se réduisent à Mon Très Saint Fils et à Sa Mère, Ma Bien-Aimée et Mon Unique entre les enfants d'Adam. En Eux sont les Sources vives et pures de la grâce, afin que comme de la Fontaine, de l'Origine et de la Source, boivent tous les mortels (Jean 7: 37) qui altérés de leur Salut s'approcheront pour le chercher. Pour eux Elles se donneront
gratuitement, parce qu'ils ne peuvent les mériter, bien que Mon Fils Unique les leur ait méritées par Sa propre Vie, et Son heureuse Mère les gagne et les mérite pour ceux qui recourent à Elle. Et pour celui qui vaincra le démon, le monde et soi-même qui prétendait lui empêcher ces Eaux de Vie Éternelle, pour ce vainqueur Je serai un Dieu libéral, amoureux et Tout-Puissant, et il possédera tous Mes Biens et ce que Je lui ai préparé par le moyen de Mon Fils et de Sa Mère; parce que Je l'adopterai pour Mon fils et l'héritier de Ma gloire.»

7, 2, 23. "Mais pour les lâches, les incrédules, les odieux, les homicides, les fornicateurs, les sorciers, les idolâtres et tous les menteurs, leur part sera dans l'étang de feu et de soufre embrasé qui est la seconde mort (Apoc. 21: Cool." «J'ai donné à tous les enfants d'Adam Mon Fils Unique afin qu'Il leur soit leur Maître, leur Rédempteur et leur Frère, ainsi que Sa Mère pour être leur Refuge, leur Médiatrice et leur Avocate puissante auprès de Moi; et comme telle je la renvoie au monde, afin qu'ils comprennent tous que Je veux qu'ils se servent de sa protection. Mais pour ceux qui ne vaincront point la crainte de la chair en souffrant, ou qui ne croiront point mes témoignages et Mes merveilles opérées à leur bénéfice et attestées dans Mes Écritures; pour ceux qui les ayant crues se livreront aux immondices honteuses des délices charnelles; pour les sorciers, les idolâtres qui abandonnent Ma Puissance et Ma Divinité véritables et qui suivent le démon, et pour tous ceux qui opèrent l'iniquité et le mensonge, il n'y a point d'autre héritage qui les attende que celui qu'ils ont eux-mêmes choisi pour eux. C'est le formidable feu de l'enfer, lequel, comme un étang de souffre, brûle sans clarté et avec une odeur abominable, où il y a diversité de peines et de tourments pour les réprouvés, correspondant aux abominations que chacun aura commises, quoique tous ces tourments concordent en étant éternels et en privant de la Vision Divine qui béatifie les Saints. Et c'est la seconde mort sans remède, parce qu'ils n'auront point profité des remèdes qu'avait la première mort du péché qu'ils eussent pu restaurer par la Vie de la grâce en vertu de leur Réparateur et de Sa Mère.» Et poursuivant la vision, l'Évangéliste dit:

7, 2, 24. "Et l'un des sept anges qui avaient sept coupes pleines des sept derniers châtiments vint et me dit: Viens et je te montrerai l'Épouse qui est femme de l'Agneau." «Je connus que cet Ange et les autres étaient des plus excellents et des plus élevés auprès du trône de la Bienheureuse Trinité, et qu'il leur était donnée une puissance spéciale pour châtier l'audace des hommes qui commettraient les péchés cités, après qu'auraient été publiés dans le monde le Mystère de la Rédemption, la Vie, la Doctrine et la Mort de notre Sauveur, et l'excellence et la puissance que Sa Très Sainte Mère a pour remédier aux pécheurs qui l'invoquent de tout leur coeur. Et parce que ces mystères seraient manifestés davantage dans la succession des temps par les miracles et la Lumière que le monde recevrait, les exemples et les vies des Saints et en particulier des hommes apostoliques, des fondateurs des Ordres religieux et d'un si grand nombre de martyrs et de confesseurs; pour cela les péchés des hommes dans les derniers siècles seront plus graves et plus détestables et leur ingratitude sera plus lourde et plus digne de châtiments très grands après tant de bienfaits; et conséquemment ils mériteront une plus grande indignation de la colère et de la Justice divine.» Ainsi il est dit que dans les temps future qui sont les temps présents pour nous, Dieu châtierait rigoureusement les hommes avec les dernières plaies, parce qu'elles seraient les dernières, le jour du jugement final s'approchant. Voir le numéro 266 dans la première partie.

7, 2, 25. "Et l'ange m'éleva en esprit à une grande et haute montagne et il me montra la sainte cité de Jérusalem qui descendait du ciel et d'auprès de Dieu même." «Je fus élevée par la force de la Puissance divine à une haute montagne de suprême intelligence et de lumière de sacrements cachés et avec mon esprit illustré je vis l'Épouse de l'Agneau qui était Sa Femme, sous la forme de la sainte Cité de Jérusalem: Épouse de l'Agneau par la similitude et l'Amour réciproque de Celui qui ôta les péchés du monde (Jean 1: 29): et Sa Femme parce qu'elle L'accompagna inséparablement en toutes Ses Oeuvres et Ses merveilles, et par Elle Il sortit du sein de Son Père Éternel pour avoir Ses délices (Prov. 8: 31) avec les enfants des hommes comme frères de cette Épouse et par Elle aussi frères (Matt. 28: 10) du même Verbe humanisé. Je la vis comme Cité de Jérusalem qui renferma en Elle-même et qui donna une habitation spacieuse à Celui que la terre et les Cieux ne peuvent contenir (2 Par. 6: 18); parce que dans cette Cité Il posa le Temple et le Propitiatoire où Il voulut être cherché et obligé, afin de Se montrer propice et libéral envers les hommes. Et je vis comme la Cité de Jérusalem; parce que je vis renfermés dans son intérieur toutes les perfections de la Jérusalem triomphante et le fruit adéquat de la Rédemption des hommes: tout cela était contenu en Elle. Et quoiqu'Elle s'humiliât sur la terre devant tous et qu'Elle se prosternât à nos pieds, comme si Elle eût été la moindre des créatures, je la vis dans les hauteurs, élevée au trône et à la droite (Ps. 44: 10) de son Fils unique, d'où l'Église descendait, Elle était prospère et abondante, pour favoriser les enfants et les fidèles de cette même Église.»

NOTES EXPLICATIVES
Extraites de celles de Don Creseto, à l'usage des prêtres.
7, 2, [a]. Livre 6, No. 1505.
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