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Marie d'Agreda "La Cité Mystique de Dieu" livre version numérisée

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Message par sga le Mar 29 Oct 2019 - 13:21

CHAPITRE 24


La blessure qu'ils firent avec la lance dans le Côté de Jésus-Christ déjà mort; Sa descente de la Croix et Sa sépulture, et ce que la Très Sainte Marie opéra dans ces oeuvres, jusqu'à ce qu'Elle revînt au Cénacle.


6, 24, 1436. L'Évangéliste saint Jean dit que la Très Sainte Marie Mère de Jésus était près de la Croix (Jean 19: 25), accompagnée de Marie Magdeleine et de Marie Cléophas, et quoiqu'il le dise avant que le Sauveur expirât, on doit entendre que l'invincible Reine persévéra ensuite, toujours debout, près de la Croix, y adorant son Jésus défunt et la Divinité toujours unie au Corps sacré [a]. L'Auguste Dame du Ciel était très constante et très immobile dans ses vertus ineffables, au milieu des ondes impétueuses des douleurs qui entraient jusqu'à l'intime de son Coeur très chaste; et Elle conférait dans son secret avec sa Science éminente les Mystères de la Rédemption des hommes et l'harmonie avec laquelle la Sagesse divine disposait tous ces sacrements. La plus grande affliction de la Mère de Miséricorde était l'ingratitude déloyale que les hommes montraient à leur propre dommage pour un Bienfait si rare et si digne de remerciements éternels. Elle était inquiète en même temps comment Elle donnerait la sépulture au Corps sacré de son Très Saint Fils, qui Le lui descendrait de la Croix où ses yeux divins étaient toujours élevés. Avec cette douloureuse inquiétude Elle se tourna vers ses saints Anges qui l'assistaient et Elle leur dit: «Ministres du Très-Haut et mes amis dans la tribulation, vous connaissez qu'il n'y a point de douleur semblable à ma douleur; dite-moi donc comment je descendrai de la Croix Celui qu'aime mon Âme, où et
comment je Lui donnerai une sépulture honorable, car ce soin me regarde comme Mère; dites-moi ce que je ferai et aidez-moi dans cette circonstance avec votre diligence.»

6, 24, 1437. Les saint Anges lui répondirent: «Notre Reine et notre Maîtresse, que Votre Coeur affligé se dilate pour ce qui lui reste à souffrir. Le Seigneur tout-puissant a caché aux mortels Sa Gloire et Sa Puissance pour S'assujettir à la disposition impie des hommes cruels et malins, et Il veut toujours consentir que les lois posées par les hommes s'accomplissent, et l'une d'elles est que les sentenciés à mort ne soient pas ôtés de la Croix sans la permission du juge même. Nous serions prêts à Vous obéir et puissants pour défendre notre vrai Dieu et Créateur; mais Sa droite nous retient, parce que Sa Volonté est de justifier Sa cause en tout et de répandre la partie du Sang qui Lui reste pour le bénéfice des hommes, afin de les obliger davantage au retour de Son Amour qui les a rachetés si copieusement (Ps 129: 7) Et s'ils ne profitent point de ce Bienfait comme ils doivent leur châtiment sera lamentable et sa sévérité sera en proportion de la lenteur que Dieu aura mise à Sa vengeance.» Cette réponse des Anges accrut la douleur de la Mère affligée; parce qu'il ne lui avait pas été manifesté que son Très Saint Fils devait être blessé de la lance, et la crainte de ce qui y arriverait au Corps sacré la mit dans une angoisse et une tribulation nouvelles.

6, 24, 1438. Elle vit ensuite la troupe de gens armés qui venait en se dirigeant vers la montée du Calvaire et la crainte de quelque nouvel opprobre qu'ils feraient contre le Rédempteur défunt croissant, Elle parla à saint Jean et aux Marie: «Hélas! ma douleur arrive à l'extrême et mon Coeur se fend dans ma poitrine! Peut-être que les ministres et les Juifs ne sont point satisfaits d'avoir fait mourir mon Fils et mon Seigneur; et qu'ils prétendent maintenant faire quelque nouvelle offense contre Son Corps sacré déjà défunt?» C'était la vigile du grand sabbat des Juifs et pour la célébrer sans autre souci (Jean 19: 31), ils avaient demandé à Pilate la permission de rompre les jambes aux trois justiciés, avec quoi ceux-ci achevassent de mourir, afin qu'ils pussent les descendre des croix ce soir même, et que leurs corps n'y demeurassent point le jour suivant. Cette compagnie de soldats qu'avait vue la Très Saint Marie arriva au Calvaire dans cette intention. A leur arrivée, comme ils trouvèrent les deux larrons vivants, ils leur rompirent les jambes (Jean 19: 32); avec ce tourment ces justiciés achevèrent leur vie. Mais s'approchant de notre Sauveur Jésus-Christ ils Le trouvèrent déjà mort; ainsi ils ne Lui rompirent point les jambes (Jean 19: 33), s'accomplissant ainsi la mystérieuse prophétie de l'Exode où Dieu commandait de ne point rompre les os de l'Agneau figuratif (Ex. 12: 46) qu'ils mangeaient à la Pâque. Mais un soldat appelé Longin [b] s'approcha de la Croix de Jésus et Le perça d'une lance (Jean 19: 34-35) en Lui pénétrant le Côté et aussitôt il sortit du Sang et de l'Eau de la blessure, comme l'affirme saint Jean qui le vit et qui rendit témoignage de la vérité.

6, 24, 1439. Cette blessure de la lance que le saint Corps défunt ne put éprouver, Sa Mère la sentit, recevant la douleur dans son Coeur très chaste comme si Elle eût reçu la blessure. Mais ce tourment fut surpassé par celui de son Âme très sainte, voyant la nouvelle cruauté avec laquelle ils avaient rompu le Côté de son Fils déjà mort. Et mue d'une piété et d'une compassion égales, oubliant son propre tourment, Elle dit à Longin: «Le Tout-Puissant te regarde avec des yeux de Miséricorde pour la peine que tu as donnée à mon Âme.» Son indignation arriva jusqu'ici et non plus loin, ou pour mieux dire, sa très pieuse mansuétude pour notre instruction à tous, quand nous serions offensés. Parce que dans l'estime de la Très Candide Colombe, cette injure que reçut Jésus-Christ mort fut très pondérable, et le retour qu'Elle donna au délinquant fut le plus grand des Bienfaits, qui fut que Dieu le regarda avec des yeux de Miséricorde, rendant des Dons et une Bénédiction à l'offenseur pour ses torts. Et il en arriva ainsi; parce que Notre-Seigneur Jésus-Christ incliné par les prières de Sa Très Sainte Mère, ordonna que quelques gouttes du Sang et de l'Eau qui sortirent de Son divin Côté jaillissent sur la face de Longin et lui donnât, par le moyen de ce Bienfait, la vue corporelle qu'il n'avait presque pas, et lui donnât en même temps la vue de l'âme pour connaître le divin Crucifié; il pleura ses péchés et les lava avec le Sang et l'Eau qui sortirent du Côté du Christ et il Le connut et Le confessa pour Dieu véritable et le Sauveur du monde. Et il Le prêcha aussitôt en présence des Juifs à leur plus grande confusion et en témoignage de leur dureté et de leur perfidie.

6, 24, 1440. La Très Prudente Reine connut le mystère du coup de lance, et comment en ce dernier Sang et cette Eau sortis du Côté de son Très Saint Fils, sortait de Lui la nouvelle Église, lavée et renouvelée en vertu de Sa Passion et de Sa Mort; et que de Son Coeur sacré sortaient comme de leur racine les rameaux qui s'étendraient par tout le monde avec des fruits de Vie Éternelle. Elle conféra de même intérieurement dans son Coeur le mystère de cette pierre frappée de la verge(Ex. 17: 6) de la Justice du Père Éternel, afin qu'il en jaillit une eau vive pour apaiser la soif de tout le genre humain, rafraîchissant et récréant tous ceux qui iraient à elle pour y boire. Elle considéra la correspondance de ces cinq fontaines des Pieds, des Mains et du Côté qui s'ouvrirent dans le nouveau paradis de l'Humanité très sainte de Notre-Seigneur Jésus-Christ, plus abondantes et plus efficaces pour fertiliser le monde que celles (Gen. 2: 10) du paradis terrestre divisées en quatre partie par toute la superficie de la terre. La grande Reine résuma ces mystères et d'autres en un cantique de louanges qu'Elle fit à la gloire de son Très Saint Fils, après qu'Il fut blessé par la lance. Et avec ce cantique Elle fit une oraison très fervente, afin que tous ces sacrements de la Rédemption fussent exécutés au bénéfice de tout le genre humain.

6, 24, 1441. Le jour de Parasceve déclinait déjà vers le soir et la très pieuse Mère n'avait pas encore de certitude de ce qu'Elle désirait qui était la sépulture de son Fils Jésus défunt; parce que Sa Majesté donnait lieu à ce que la tribulation de Sa Mère très aimante fût allégée par les moyens que Sa Providence divine avait disposés, mouvant le coeur de Joseph d'Arimathie et de Nicodême afin qu'ils prissent soin de la sépulture et de l'enterrement de leur Maître. Ils étaient tous deux disciples du Seigneur et justes, quoique non point du nombre des soixante-douze; parce qu'ils étaient cachés par la crainte des Juifs (Jean 19: 38 qui abhorraient comme suspects et ennemis tous ceux qui suivaient la Doctrine de Jésus-Christ Notre-Seigneur et qui Le reconnaissaient pour leur Maître. L'ordre de la Volonté divine n'avait pas été manifesté à la Très Prudente Vierge sur ce qu'Elle désirait de la sépulture de son Très Saint Fils, et sa douloureuse inquiétude croissait avec la difficulté qui lui était présente, en quoi Elle ne trouvait point de sortie par sa propre diligence. Dans cette affliction, elle leva les yeux au Ciel et dit: «Père Éternel et mon Seigneur, j'ai été élevée de la poussière à la dignité très sublime de Mère de Votre Fils Éternel par Votre Sagesse infinie et la condescendance de Votre Bonté; et par Votre propre libéralité de Dieu immense, Vous m'avez concédé de Le nourrir à mes mamelles, de L'alimenter et de L'accompagner jusqu'à la Mort. Il m'appartient maintenant comme Mère de donner à Son Corps sacré une sépulture honorable, et mes forces arrivent à le désirer seulement et mon Coeur à se briser de ne pouvoir l'obtenir. Mon Dieu, je supplie Votre Majesté de disposer par Votre Puissance les moyens afin que je l'exécute.»

6, 24, 1442. La pieuse Mère fit cette oraison après que le Corps de Jésus mort eut reçu le coup de lance. Et peu après, Elle reconnut qu'une autre troupe de gens venait vers le Calvaire avec des échelles et un apparat d'autres choses par lesquelles Elle put s'imaginer qu'ils venaient ôter son Trésor inestimable de la Croix; mais comme Elle ne savait pas la fin, Elle s'affligea de nouveau dans le soupçon de la cruauté des Juifs, et se tournant ver saint Jean Elle lui dit: «Mon fils, quelle est donc l'intention de ceux qui viennent avec tant de préparatifs?» l'Apôtre répondit: «Ne craignez point, Madame, ce sont Joseph et Nicodême qui viennent avec d'autres de leurs serviteurs; et tous sont des amis et des serviteurs de Votre Très Saint Fils et mon Seigneur.» Joseph était juste aux yeux du Très-Haut, et noble dans l'estime du peuple, décurion (Luc 23: 50) par office de gouvernement et faisant partie du conseil comme l'Évangile le donne à entendre lorsqu'il y est dit que Joseph ne consentit point dans le conseil aux oeuvres des homicides de Jésus-Christ, car il Le reconnaissait pour le vrai Messie. Et quoique Joseph fût disciple caché jusqu'à la Mort de Jésus, néanmoins, il se manifesta alors, l'efficace de la Rédemption opérant ces effets nouveaux. Et Joseph déposant la crainte qu'Il avait eue jusqu'alors de l'envie des Juifs, et ne songeant point au pouvoir des Romains, entra hardiment chez Pilate et lui demanda le Corps de Jésus mort sur la Croix, pour L'en descendre et Lui donner une sépulture honorable, affirmant qu'il était innocent et le vrai Fils de Dieu; et que cette vérité était attestée par les miracles de Sa Vie et de Sa Mort [c].

6, 24, 1443. Pilate n'osa point refuser à Joseph ce qu'il demandait; au contraire il lui permit de disposer du Corps mort de Jésus selon tout ce qui lui semblait bien. Joseph sortit ce la maison du juge avec cette permission, et il appela Nicodême qui était juste aussi et savant dans les lettres Divines et humaines et dans les Saintes Écritures, comme on le voit en ce qui arriva lorsqu'il alla de nuit entendre la Doctrine de notre Seigneur, comme saint Jean le raconte (Jean 3: 2). Ces deux saints hommes résolurent avec un vaillant courage de donner la sépulture à Jésus crucifié. Joseph prépara le linceul (Matt. 27: 59) et le suaire pour L'envelopper; et Nicodême acheta jusqu'à cent livres (Jean 19: 39) des aromates dont les Juifs avaient coutume d'oindre les défunts de plus grande noblesse. Ils prirent le chemin du Calvaire avec cette préparation et d'autres instruments,
accompagnés de leurs serviteurs et de quelques personnes pieuses et dévotes en qui opérait dès lors aussi le Sang du divin Crucifié répandu pour tous.

6, 24, 1444. Ils arrivèrent en la présence de la Très Sainte Marie qui assistait au pied de la Croix avec une douleur incomparable, accompagnée de saint Jean et des Marie. Et au lieu de la saluer, la douleur se renouvela en tous avec tant de force et d'amertume par la vue du spectacle lamentable et Divin, que Joseph et Nicodême demeurèrent pendant quelque temps prosternés aux pieds de la grande Reine et tous à celui de la Croix, sans contenir leurs larmes et leurs soupirs et sans proférer une seule parole. Ils pleuraient tous avec des clameurs et des lamentations d'amertume, jusqu'à ce que l'invincible Reine les relevât de terre, les ranimât et les confortât; ils la saluèrent alors avec une humble compassion. La Mère très attentive se montra reconnaissante envers eux de leur piété et du service qu'ils faisaient à leur Dieu, leur Seigneur et leur Maître, en donnant la sépulture à son Corps sacré, et Elle leur promit en Son Nom la récompense de cette oeuvre. Joseph d'Arimathie répondit: «Nous sentons déjà, notre Dame, dans le secret de nos coeurs la force douce et suave du divin Esprit qui nous a mus par des affections si amoureuses que nous ne pouvons les mériter et nous ne savons les expliquer.» Ensuite, ils ôtèrent les capes ou manteaux qu'ils avaient et Joseph et Nicodême approchèrent de leurs mains les échelles de la Sainte Croix et ils montèrent pour déclouer le Corps sacré, la glorieuse Mère étant très proche et saint Jean et la Magdeleine l'assistant. Il sembla à Joseph que la douleur de la divine Dame serait renouvelée si Elle arrivait à toucher le Corps sacré quand ils Le descendraient, et il avertit l'Apôtre de la retirer quelque peu pour la divertir de cet acte. Mais saint Jean qui connaissait plus le Coeur invincible de la Reine répondit qu'Elle avait assisté à tous les tourments du Sauveur depuis le commencement de la Passion et qu'Elle ne Le quitterait pas jusqu'à la fin; parce qu'Elle Le vénérait comme Dieu et qu'Elle L'aimait comme fils de ses entrailles.

6, 24, 1445. Ils la supplièrent néanmoins de prendre en bonne part la prière qu'ils lui faisaient de se retirer un peu pendant qu'ils descendraient leur Maître de la Croix. La grande Dame du Ciel répondit et dit: «Mes très chers Seigneurs, puisque je me suis trouvée à voir clouer mon très doux Fils sur la Croix, veuillez trouver bon que je me trouve à Le déclouer; car quoique cet acte si pieux blesse de nouveau mon Coeur, il donnera d'autant plus de soulagement à ma douleur, que je le verrai et le traiterai davantage.» Sur cela ils commencèrent à disposer la descente de la Croix. Ils ôtèrent d'abord la couronne de la Tête sacré, découvrant les plaies et les ouvertures très profondes qu'elle y laissait. Ils la descendirent avec grande vénération et avec larmes et ils la mirent entre les mains de la Très Douce Mère. Elle la reçut à genoux et Elle l'adora avec un culte admirable [d], l'approchant de son visage Virginal et l'arrosant d'abondantes larmes, recevant par le contact quelque part des blessures des épines. Elle demanda au Père Éternel que ces épines consacrées par le Sang de Son Fils fussent tenues en digne révérence par les fidèles au pouvoir de qui elles viendraient dans les temps à venir [e].

6, 24, 1446. Aussitôt saint Jean, la Magdeleine, les Marie et d'autres femmes, ainsi que des fidèles qui étaient là les adorèrent à l'imitation de la Très Sainte Vierge; et ils firent de même pour les clous. Ils furent d'abord consignés à la divine Mère qui les adora et ensuite tous les assistants. La grande Reine se mit à genoux pour recevoir le Corps mort de son Très Saint Fils et Elle étendit les bras avec le linceul déployé. Saint Jean assistait à la Tête et la Magdeleine aux Pieds pour aider Joseph et Nicodême et tous ensemble ils Le mirent dans les bras de la Très Douce Mère avec une grande vénération et avec larmes. Cette circonstance fut pour la Mère-Vierge d'une consolation et d'une compassion égales; parce que les douleurs du Coeur très chaste de la Mère furent renouvelées de voir cette beauté, la plus grande entre tous les enfants des hommes, blessée et défigurée et Elle éprouvait une douleur et en même temps une joie incomparable de Le tenir dans ses bras et sur son sein, parce que son Amour très ardent se reposait dans son Trésor. Elle L'adora avec un culte et une révérence suprêmes, versant des larmes de Sang. Après son Altesse, toute la multitude des Anges qui l'assistaient L'adorèrent aussi, quoique cet acte fût caché aux assistants. Et saint Jean commençant, ils adorèrent tous le Corps sacré selon leur rang. La Très Prudente Mère assise sur le sol Le tenait dans ses bras, afin que tous Lui rendissent leurs adorations.

6, 24, 1447. Notre grande Reine se gouvernait dans toutes ses actions avec une sagesse et une prudence si Divines que les Anges et les hommes en étaient dans l'admiration; parce que ses paroles étaient d'une grande pondération, très douces pour les caresses et la compassion de Sa Beauté défunte, tendres à cause de la douleur de son Coeur, mystérieuses en ce qu'elles signifiaient et comprenaient. Elle pondérait sa douleur au-dessus de tout ce qui peut en causer aux mortels. Elle mouvait les coeurs à la compassion et aux larmes, Elle les illustrait tous pour connaître le sacrement si Divin qu'ils traitaient. Et outre cela, Elle gardait dans son air une humble majesté entre la sérénité de son visage et la douloureuse tristesse qu'Elle souffrait, sans excéder ni manquer à ce qu'Elle devait. Avec cette vérité si uniforme, Elle parlait à son Très Aimable Fils, au Père Éternel, aux Anges, à ceux qui étaient présents et à tout le genre humain, pour la Rédemption duquel Il S'était livré à la Passion et à la Mort. Je ne m'arrête pas davantage à particulariser les raisons très prudentes et très douloureuses de l'Auguste Dame du Ciel dans cette circonstance; parce que la piété Chrétienne en pensera plusieurs et il ne m'est pas possible de m'arrêter en chacun de ces mystères.

6, 24, 1448. Il y avait déjà quelque temps que la douloureuse Mère avait sur son sein Jésus mort; et parce qu'il était déjà tard, saint Jean et Joseph la supplièrent de donner lieu à l'enterrement de son Fils, le Dieu véritable. La Très Prudente Mère le permit; et sur le même linceul [f], le saint Corps fut oint avec les espèces et les onguents aromatiques (Jean 19: 40) que Nicodême avait apportées, employant dans ces religieuses obsèques toutes les cents livres qui avaient été achetés. Et le Corps déifié ainsi oint fut placé sur une civière pour être porté au sépulcre. La Dame du Ciel, très attentive à tout, convoqua du Paradis plusieurs choeurs d'Anges afin qu'ils accourussent avec ceux de sa garde à l'enterrement du Corps de leur Créateur, et à l'instant ils descendirent des hauteurs en corps visibles pour leur Reine et leur Maîtresse; mais non visibles pour les autres assistants. Il s'ordonna une procession d'Anges et un autre d'hommes, et les porteurs du Corps Très Saint furent saint Jean, Joseph, Nicodême et le Centurion qui avait assisté à la Mort de Jésus et qui L'avait confessé Fils de Dieu [g]. La divine Mère suivait accompagnée de la Magdeleine, des Marie et des autres pieuses femmes, ses disciples. En outre, un grand nombre de fidèles vinrent se joindre au cortège: ceux-ci mus par la Lumière divine étaient venus au Calvaire après le coup de lance. Tous étant rangés en une procession ordonnée, marchèrent en silence et avec larmes vers un jardin qui était proche où Joseph avait sculpté et travaillé artistement un sépulcre (Jean 19: 41) neuf où personne n'avait encore été déposé ni enterré. Ils mirent le Corps divin de Jésus dans ce très heureux sépulcre. Et avant qu'Il fût recouvert par la pierre, Sa prudente et religieuse Mère L'adora de nouveau à l'admiration de tous les Anges et les hommes. Et ils l'imitèrent ensuite les uns et les autres, et ils adorèrent tous leur Seigneur crucifié et enseveli; puis ils fermèrent le sépulcre avec la pierre qui était très grande (Matt. 27: 60) comme dit l'Évangéliste.

6, 24, 1449. Le sépulcre de Jésus-Christ étant fermé, ceux qui s'étaient ouverts à Sa Mort se refermèrent aussi; parce qu'entre autres mystères, ils étaient comme dans l'attente s'ils auraient l'heureux sort de recevoir en eux leur Créateur Incarné défunt, qui était ce qu'ils pouvaient offrir lorsque les Juifs ne recevaient pas vivant ce Jésus qui était leur Bienfaiteur. Plusieurs Anges demeurèrent à la garde du sépulcre, leur Reine et leur Maîtresse le leur ayant commandé comme celle qui y laissait déposé son propre Coeur. Et ils retournèrent tous au Calvaire dans le même silence et le même ordre qu'ils en étaient venus. La divine Maîtresse des vertus s'approcha de la Sainte Croix et l'adora avec une vénération et un culte excellent. Aussitôt, saint Jean, Joseph et tous ceux qui avaient assisté à l'enterrement la suivirent dans cet acte. Il était déjà tard et le soleil baissait; la grande Reine s'en alla du Calvaire pour se réfugier dans la maison du Cénacle, où ceux qui avaient été à l'enterrement l'accompagnèrent: et la laissant dans le Cénacle avec saint Jean, les Marie et ses autres compagnes, les autres fidèles prirent congé de la Vierge-Mère et lui demandèrent sa bénédiction avec beaucoup de larmes et de sanglots. La Très Humble et Très Prudente Dame les remercia des obsèques qu'ils avaient faites à son Très Saint Fils et du bienfait qu'Elle avait reçu; et Elle les congédia remplis d'autres faveurs intérieures et cachées et de bénédictions de douceur de sa pieuse humilité et de son aimable naturel.

6, 24, 1450. Les Juifs confus et troublés de ce qui arrivait, allèrent trouver Pilate (Matt. 27: 62) le samedi matin et lui demandèrent de commander que le sépulcre fût gardé; parce que le Christ, qu'ils avaient appelé séducteur, avait dit et déclaré qu'après trois jours Il ressusciterait, et qu'il serait bien possible que Ses disciples enlevassent Son Corps et dissent qu'Il était ressuscité. Pilate condescendit à cette malicieuse précaution; et il leur concéda les gardes qu'ils demandaient (Matt. 27: 65) et ils les mirent au sépulcre. Mais les pontifes perfides ne prétendaient qu'obscurcir l'événement qu'ils craignaient, comme on le connut ensuite quand ils subornèrent les gardes, afin qu'ils dissent que Notre-Seigneur Jésus-Christ n'était pas ressuscité (Matt. 28: 12-13); mais que Ses disciples
L'avaient volé. Et comme il n'y a point de conseil contre Dieu (Prov. 21: 30) la Résurrection fut divulguée et confirmée davantage par ce moyen.

DOCTRINE QUE ME DONNA LA REINE DU CIEL.

6, 24, 1451. Ma fille, la blessure que mon Très Saint Fils reçut dans le Côté par la lance fut cruelle et douloureuse seulement pour moi; mais ses effets et ses mystères sont très doux pour les âmes saintes qui savent goûter de sa douceur. Quant à moi, elle m'affligea beaucoup, mais à ceux pour qui cette faveur mystérieuse fut dirigée, elle sert de grande consolation et de grand soulagement dans leurs douleurs. Et afin de le comprendre et d'y participer, tu dois considérer que pour l'Amour très ardent que mon Fils et mon Seigneur eut pour les hommes, Il voulut recevoir, outre les plaies des pieds et des mains, celle du Côté sur le Coeur qui est le siège de l'Amour, afin que les âmes entrassent par cette Porte pour le goûter et y participer dans la source même et qu'elles eussent là leur rafraîchissement et leur refuge. Je veux que tu ne cherches que celui-là seul dans le temps de ton exil et que tu aies là ton habitation assurée sur la terre. Là tu apprendras les conditions et les lois de l'Amour dans lequel tu dois m'imiter; là tu comprendras qu'en retour des offenses que tu recevras tu dois rendre des bénédictions à celui qui les fera contre toi ou contre quelque chose qui t'appartient comme tu as connu que j'ai fait quand j'étais désolée de la blessure que mon Très Saint Fils déjà mort avait reçue au Coeur. Et je t'assure, ma très chère, que tu ne peux rien faire de plus puissant auprès du Très-Haut pour obtenir efficacement la grâce que tu désires. Et l'oraison que l'on fait en pardonnant les injures est puissante non-seulement pour soi-même, mais aussi pour l'offenseur; parce que le coeur pieux de mon Très Saint Fils S'émeut en voyant que les créatures L'imitent en pardonnant et en priant pour celui qui les offense, car elles participent en cela de la très ardente Charité qu'Il manifesta sur la Croix. Écris cette Doctrine dans ton coeur, exécute-la pour m'imiter et me suivre dans la vertu dont je fis la plus grande estime. Regarde par cette blessure le Coeur de Jésus-Christ ton Époux et moi qui ai aimé en Lui si doucement et si efficacement les offenseurs et toutes les créatures.

6, 24, 1452. Considère aussi la Providence très ponctuelle et très attentive avec laquelle le Très-Haut accourt opportunément aux nécessités des créatures qui L'invoquent avec une confiance véritable, comme Sa Majesté le fit envers moi quand je me trouvai affligée et abandonnée pour donner la sépulture à mon Très Saint Fils, comme je devais le faire. Pour me secourir dans cette angoisse, le Seigneur disposa avec une pieuse charité et avec affection les coeurs de Joseph et de Nicodême et des autres fidèles qui accoururent pour L'ensevelir. Et la consolation que ces hommes justes me donnèrent dans cette tribulation fut telle qu'à cause de cette oeuvre et de mon oraison, le Très-Haut les remplit des influences admirables de Sa Divinité dont ils furent favorisés tout le temps que dura l'enterrement et la descente de la Croix.; et depuis cette heure ils demeurèrent renouvelés et éclairés sur les Mystères de la Rédemption. Tel est l'ordre admirable de la douce et forte Providence du Très-Haut; car pour S'obliger envers certaines créatures, Il en met d'autres dans l'affliction et il meut la piété de celui qui peut faire le bien au nécessiteux, afin que le bienfaiteur, par la bonne oeuvre qu'il fait, et par l'oraison du pauvre qui la reçoit, soit rémunéré par la grâce qu'il n'eût point méritée par une autre voie. Et le Père des Miséricordes qui inspire la bonne oeuvre et qui y porte par Ses secours, la paye ensuite comme de Justice, parce que nous correspondons à Ses inspirations par le peu que nous coopérons de notre côté, et ce peu étant bon, provient tout de Sa main (Jac. 1: 17).

6, 24, 1453. Considère aussi l'ordre très équitable de cette Providence dans la Justice qu'elle exerce, compensant les offenses qui sont reçues avec patience; puisque mon Très Saint Fils étant mort méprisé, déshonoré, blasphémé des hommes, le Très-Haut ordonna aussitôt qu'Il fût enseveli honorablement et Il en porta plusieurs à Le confesser pour le Rédempteur et vraie Dieu et à Le proclamer Saint, Innocent et Juste; dans l'occasion même où ils achevaient de Le crucifier honteusement Il fut adoré et vénéré avec le culte suprême comme Fils de Dieu; et qu'il y eut jusqu'à Ses ennemis qui sentirent au dedans d'eux-mêmes l'horreur et la confusion du péché qu'ils avaient commis en Le persécutant. Quoique tous ne profitassent point de ces Bienfaits, néanmoins ils furent des effets de l'innocence et de la Mort du Seigneur. Et je concourus moi aussi par mes prières à ce que Sa Majesté fût connu et vénéré de ceux qui Le connaissaient.

NOTES EXPLICATIVES
Extraites de celles de Don Creseto, à l'usage des prêtres.
6, 24, [a]. C'est un dogme de Foi Catholique que Jésus-Christ étant mort, la Personne divine demeura unie tant à l'Âme qu'au Corps mort du Sauveur; c'est pourquoi l'adoration de Latrie proprement dite était due à ce Corps divinisé. «Nous croyons et confessons avec constance que l'Âme de Jésus-Christ étant séparée de Son Corps, la Divinité fut toujours conjointe tant au Corps dans le sépulcre qu'à l'Âme dans les enfers.» [Cat. Rom. De 4 art. Symb. n. 6].
6, 24, [b]. Le soldat qui donna le coup de lance à Jésus est appelé Langin dans le Martyrologe Romain, 15 mars, et il est honoré comme Martyr avec messe et office propre dans la basilique du Vatican à Rome. Qu'il eut les yeux malades et qu'Il en guérit par quelques gouttes du Sang du Côté de Jésus-Christ qui tomba sur lui, nous le savons de saint Grégoire de Nazianze [Carm. de Chris. pat.] de saint Jean Chrysostôme [in Joan.] et de saint Augustin, [Manuale].
Le coup de lance dut être si violent que la pointe entrant au côté droit transperça ce Côté divin et alla sortir du côté gauche. C'est ce que nous rapporte la tradition. Voir Ventura, [Trésor Caché, tom. II, hom. 33]. Qu'ensuite le coup de lance ait été donné du côté droit, cela est confirmé par les stigmates de saint François D'Assise qui avait la blessure du côté à droite; et par saint Grégoire de Nazianze, Innocent III, saint Bernard, saint Bonaventure, et sainte Brigitte. Voir Sylveira, [lib. VIII, c. XX, Q. 4, n. 19]. La même chose est aussi confirmée par les révélations de sainte Gertrude au [Lv. 4, c. 4].
6, 24, [c]. Saint Anselme, [dial. de Pass.] dit lui avoir été révélé par la Très Sainte Vierge que Joseph d'Arimathie, entre autres raisons, représenta aussi à Pilate la grande douleur de la Mère qui était au pied de la Croix et près de mourir de douleur, à laquelle la sépulture de son Fils serait de quelque consolation. [A. Lapidus in Matt. 27: 58].
6, 24, [d]. On doit à la couronne et aux autres instruments de la Passion le même culte qu'à la sainte Croix, c'est-à-dire le culte de Latrie relative, comme saint François de Sales, Docteur de l'Église, le démontre magnifiquement dans son ouvrage L'Étendard de la Croix, [l. 4, c. 5 et 9]; et comme avaient enseigné avant lui pareillement les Docteurs de l'Église, saint Jean Damascène, saint Thomas d'Aquin, saint Bonaventure, etc.
6, 24, [e]. On dit que la couronne d'épines se trouve à Paris dans la Sainte Chapelle. Deux épines de cette couronne sont à Rome dans l'Église de Sainte Croix de Jérusalem. Une autre est à Venise et elle fut portée là de Rhodes où en l'année 1457 elle avait porté des fleurs le Vendredi-Saint, miracle dont furent témoins oculaires plusieurs personnages insignes et doctes.
6, 24, [f]. Le saint Suaire se trouve à Turin.
6, 24, [g]. Ce centurion s'appelait Caius Oppius et était Espagnol. Plus tard il devint prédicateur de l'Évangile et troisième évêque de Milan après saint Barnabé. [Voir Lucius Destro dans sa chronique à l'an 34 de Jésus-Christ.
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Marie d'Agreda "La Cité Mystique de Dieu" livre version numérisée - Page 7 Empty Re: Marie d'Agreda "La Cité Mystique de Dieu" livre version numérisée

Message par sga le Mer 20 Nov 2019 - 18:08

CHAPITRE 25


Comment la Reine du Ciel consola saint Pierre et les autres Apôtres; la prudence avec laquelle Elle procéda après l'enterrement de son Fils, comment Elle vit descendre Son Âme très Sainte au Limbe des saints Pères.


6, 25, 1454. La plénitude de la Sagesse qui illuminait l'entendement de notre Auguste Reine et Maîtresse la Très Sainte Marie n'admettait aucun défaut ni aucun vide par lequel Elle laissât d'apporter advertance et attention, au milieu de
ses douleurs, à toutes les actions que l'occasion et le temps demandaient. Et avec cette Divine prévoyance, Elle conduisait le tout et Elle opérait le plus saint et le plus parfait de toutes les vertus. Après l'enterrement de notre bien-aimé Sauveur Jésus, Elle se retira à la maison du Cénacle, comme je l'ai déjà dit. Et étant dans la pièce où les Cènes avaient été célébrées, accompagnée de saint Jean, des Marie et d'autres saintes femmes qui avaient suivi le Sauveur depuis la Galilée, Elle leur parla ainsi qu'à l'Apôtre; Elle les remercia avec larmes et une profonde humilité pour la persévérance avec laquelle ils l'avaient accompagnée dans le cours de la Passion de son très aimant Fils, au Nom de qui Elle leur promettait la récompense de la piété et de l'affection constante avec lesquelles ils L'avaient suivie; et Elle s'offrit aussi comme Servante et Amie de ces saintes femmes. Elles reconnurent toutes ensemble avec saint Jean cette grande faveur et elles lui baisèrent la main lui demandant sa bénédiction. Elles la supplièrent aussi de se reposer un peu et d'accepter quelque réfection corporelle. La Reine répondit: «Mon repos et mon soulagement doit être de voir mon Fils et mon Seigneur ressuscité. Vous autres, mes très chères, satisfaites à votre nécessité comme il convient, pendant que je me retirerai seule avec mon Fils.»

6, 25, 1455. Elle se retira ensuite accompagnée de saint Jean, et étant seule avec lui, Elle se mit à genoux et lui dit: «Il n'est pas raisonnable que j'oublie les Paroles que mon Très Saint Fils m'a dites sur la Croix. Sa bonté vous a nommé pour mon fils et moi pour votre Mère. Vous, seigneur, vous êtes prêtre du Très-Haut; il est raisonnable que je vous obéisse en tout ce que j'aurai à faire, à cause de cette grande dignité, et dès maintenant je veux que vous me commandiez et m'ordonniez, considérant que j'ai toujours été servante et toute ma joie est mise à obéir jusqu'à la mort.» La Reine dit cela avec beaucoup de larmes. Et l'Apôtre lui répondit en pleurant aussi. «Madame et Mère de mon Rédempteur et mon Seigneur, c'est moi qui dois être soumis à Votre obéissance (Luc 2: 51); parce que le nom de fils ne dit pas autorité, mais soumission et sujétion à sa Mère; et Celui qui m'a fait, moi, prêtre, Vous a fait Vous, Sa Mère, et Il a été assujetti à Votre volonté et à Votre obéissance, étant Créateur de tout l'Univers. Il sera raisonnable que je le sois, et que je travaille de toutes mes puissances à correspondre dignement à l'office qu'Il m'a donné de Vous servir comme Votre fils, en quoi je désirais être plutôt Ange qu'homme terrestre pour l'accomplir.» Cette réponse de l'Apôtre était très prudente, mais elle ne suffit pas pour vaincre l'humilité de la Mère des Vertus, car avec cette humilité Elle répliqua et dit: «Mon fils Jean, ma consolation sera de vous obéir comme chef, puisque vous l'êtes. Je dois toujours avoir un supérieur en cette vie, à qui je puisse soumettre ma volonté et mon sentiment, pour cela vous êtes ministre du Très-Haut et vous me devez cette consolation, comme fils, dans mon amère solitude.» «Ma Mère, que Votre volonté se fasse,» répondit saint Jean, «car en elle est ma sécurité.» Et sans répliquer davantage la divine Mère lui demanda permission de demeurer seule dans la méditation des Mystères de son Très Saint Fils; et Elle lui demanda aussi de bien vouloir sortir, afin de préparer quelque réfection pour les femmes qui l'accompagnaient, de les assister et de les consoler. Elle ne réserva que les Marie, parce qu'elles désiraient persévérer dans le jeûne jusqu'à ce qu'elles vissent le Seigneur ressuscité; et saint Jean dit à celles-ci qu'il leur permettait d'accomplir leur dévote affection.

6, 25, 1456. Saint Jean sortit pour consoler les Marie et il exécuta l'ordre que la Dame du Ciel lui avait donné. Après avoir satisfait à leur nécessité, ces pieuses femmes se retirèrent toutes et passèrent cette nuit en de douloureuses et amère méditations de la Passion et des Mystères du Sauveur. La Très Sainte Marie opérait avec cette Science si divine entre les vagues de ses angoisses et de ses douleurs, sans oublier pour cela l'accomplissement de l'obéissance, de l'humilité, de la Charité et de la prévoyance si ponctuelle pour tout ce qui était nécessaire. Elle ne s'oublia pas d'elle-même pour être attentive à la nécessité de ces pieuses disciples et pour celles-ci Elle ne laissa point d'être soigneuse en tout ce qui convenait à sa plus grande perfection. Elle accepta l'abstinence des Marie comme étant plus fortes et plus ferventes dans l'Amour; Elle fit attention à la nécessité des plus faibles. Elle disposa l'Apôtre en l'avertissant de ce qu'il devait faire à son égard et Elle opéra en tout comme grande Maîtresse de la Perfection et Souveraine de la Grâce. Elle fit tout cela quand les eaux de la tribulation avaient inondé jusqu'à son Âme (Ps. 68: 2). Parce qu'en demeurant seule dans sa retraite Elle lâcha le cours impétueux de ses affections douloureuses et Elle se laissa posséder toute entière intérieurement et extérieurement de l'amertume de son Âme, renouvelant les espèces de tous les Mystères et de la Mort ignominieuse de son Très Saint fils; des Mystères de Sa Vie, de Sa prédication et de Ses miracles; de la valeur infinie de la Rédemption des hommes; de la nouvelle Église qu'Il laissait fondée avec tant de beauté, de richesses de Sacrements et de Trésors de grâce; de la félicité incomparable de tout le genre humain, si abondamment et si glorieusement racheté; du sort inestimable des prédestinés qui l'obtiendraient
efficacement; de l'infortune formidable des réprouvés qui se seront rendus volontairement indignes de la gloire éternelle que son Très Saint Fils leur avait méritée.

6, 25, 1457. L'Auguste Dame du Ciel passa toute cette nuit dans la digne pondération de ces sacrements si sublimes et si cachés, pleurant, soupirant, louant, exaltant les Oeuvres de son Fils, Sa Passion, Ses Jugements très cachés et d'autres mystères très sublimes de la divine Sagesse et de la Providence cachée du Seigneur, et Elle faisait sur tous une très sublime méditation comme unique Mère de la véritable Sagesse, conférant parfois avec les saints Anges et d'autres fois avec le Seigneur Lui-même de ce que Sa Lumière divine lui donnait à éprouver dans son Coeur très chaste. Le samedi matin après quatre heures, saint Jean entra désireux de consoler la douloureuse Mère. Et Elle demanda à genoux de lui donner la bénédiction comme prêtre et son supérieur. Son nouveau fils la lui demanda aussi avec larmes et ils se la donnèrent l'un à l'autre. La divine Reine ordonna qu'il sortît aussitôt à la ville où il rencontrerait bientôt saint Pierre qui venait le chercher, et de le recevoir, de le consoler et de l'amener en sa présence, et de faire la même chose à l'égard des autres Apôtres qu'il rencontrerait, leur donnant l'espérance du pardon et leur promettant son amitié. Saint Jean sortit du Cénacle et à peu de pas il rencontra saint Pierre plein de confusion et de larmes, qui allait très craintif en la présence de la grande Dame. Il venait de la grotte où il avait pleuré son reniement, et l'Évangéliste le consola et lui donna quelque soulagement avec l'ambassade de la divine Mère. Ensuite, ils cherchèrent tous deux les autres Apôtres; ils en retrouvèrent quelques-uns et ils allèrent tous ensemble au Cénacle, où était leur Remède. Saint Pierre entra le premier et seul en présence de la Mère de la Grâce et prosterné à ses pieds, il dit avec une grande douleur: «J'ai péché, Madame, j'ai péché devant mon Dieu, j'ai offensé mon Maître et Vous....» Il ne lui fut pas possible d'en dire davantage, opprimé par les larmes, les soupirs et les sanglots qui s'échappaient de l'intime de son coeur affligé.

6, 25, 1458. La Très Prudente Vierge voyant saint Pierre prosterné en terre et le considérant d'un côté, pénitent de sa faute récente, et de l'autre, chef de l'Église, choisi par son Très Saint Fils pour Son Vicaire, il ne lui sembla pas convenable de se prosterner Elle-même aux pieds du Pasteur qui avait renié si peu auparavant son Maître, son humilité ne souffrait pas non plus de manquer de lui rendre la révérence qui lui était due à cause de son office. Afin de satisfaire à ces deux obligations, Elle jugea qu'il convenait de lui rendre révérence et de lui en cacher le motif. Elle se mit pour cela à genoux le révérant par cette action et pour dissimuler son intention Elle lui dit: «Demandons pardon de votre péché à mon Fils et votre Maître.» Elle fit oraison et Elle encouragea l'Apôtre le confortant dans l'espérance et lui rappelant les Oeuvres et les Miséricordes que le Seigneur avaient faites aux pécheurs pénitents et l'obligation qu'il avait comme Chef du Collège Apostolique de confirmer par son exemple tous les autres dans la constance et la confession de la Foi. Avec ces raisons et d'autres d'une grande force et d'une grande douceur, Elle confirma Pierre dans l'espérance du pardon. Les autres Apôtres entrèrent aussi en la présence de la Très Sainte Marie et prosternés aussi à ses pieds, ils lui demandèrent de leur pardonner leur lâcheté d'avoir abandonné son Très Saint Fils dans Sa Passion. Ils pleurèrent tous amèrement leur péché, la présence de la Mère les mouvant à une plus grande douleur, la voyant remplie d'une compassion si lamentable; mais son air si admirable leur causait des effets Divins de contrition de leurs péchés et d'amour de leur Maître. La grande Reine les releva et les ranima, leur promettant le pardon qu'ils désiraient et son intercession pour l'obtenir. Ensuite, ils commencèrent tous à leur tour à raconter ce qui leur était arrivé à chacun dans leur fuite, comme si la divine Dame du Ciel en eût ignoré quelque chose. Elle les écouta tous gracieusement, prenant occasion de ce qu'ils disaient pour leur parler au coeur, les confirmer dans la Foi de leur Rédempteur et leur Maître et de réveiller en eux Son divin Amour. La Très Sainte Marie obtint tout cela efficacement; parce qu'ils sortirent tous de sa présence et de sa conférence justifiés, remplis de ferveur et avec de nouvelles augmentations de grâce.

6, 25, 1459. Notre grande Reine s'occupa à ces oeuvres une partie du samedi. Et lorsqu'il se fit tard, Elle se retira de nouveau dans sa retraite, laissant les Apôtres renouvelés en esprit et remplis de consolation et de joie du Seigneur; mais toujours affligés de la Passion de leur Maître. Dans la retraite de cette nuit la grande Dame tourna tout son esprit vers les Oeuvres que l'Âme très Sainte de son Fils faisait depuis qu'Il était sorti de Son Corps sacré. Parce que dès lors la Bienheureuse Mère connut comment cette Âme de Jésus-Christ unie à la Divinité descendait au Limbe des saints Pères pour les tirer de cette prison souterraine où ils étaient détenus, depuis le premier juste qui mourut dans le monde, attendant la venue du Rédempteur Universel des hommes. Pour déclarer ce Mystère qui est un
des Articles de la sainte Humanité de Notre-Seigneur Jésus-Christ, il m'a paru à propos de donner connaissance de ce qui m'a été donnée à entendre sur ce lieu du Limbe et son site. Je dis donc que la terre et son globe a deux mille cinq cent deux lieues [a] de diamètre, passant par le centre d'une superficie à l'autre; et jusqu'à la moitié qui est le centre, il y en a mille deux cent cinquante et une; et d'après le diamètre on doit mesurer la circonférence de ce globe. L'enfer des damnés est dans le centre, comme dans le coeur de la terre; et cet enfer est une caverne ou un chaos qui contient plusieurs demeures ténébreuses, avec des diversités de peines, toutes formidables et épouvantables, et de toutes ces demeures il se forme un globe de la manière d'un chaudron d'une grandeur immense, avec une bouche ou entrée très large et très spacieuse. Les démons et tous les damnés étaient dans ce cachot horrible, et ils y seront pour toute l'éternité, tant que Dieu sera Dieu; parce que dans l'enfer il n'y a aucune rédemption (Matt. 25: 41).

6, 25, 1460. A l'un des côtés de l'enfer est le Purgatoire où les âmes des justes se purgent et se purifient, lorsqu'en cette vie ils n'achevèrent point de satisfaire pour leurs péchés et n'en sortirent point aussi purs de leurs défauts qu'ils pussent arriver immédiatement à la Vision Béatifique. Cette caverne est grande aussi, mais beaucoup moins que l'enfer; et quoiqu'il y ait de grandes peines dans le Purgatoire, elles n'ont point de communication avec l'enfer des damnés. Le Limbe est d'un autre côté avec deux demeures différentes. L'une pour les enfants qui meurent sans baptême, avec le seul péché originel, et sans oeuvre du propre arbitre, ni bonne ni mauvaise. L'autre servait pour déposer les âmes des justes déjà purifiées de leurs péchés; parce qu'elles ne pouvaient entrer dans le Ciel, ni jouir de Dieu jusqu'à ce que la Rédemption humaine fût accomplie et que Notre-Seigneur Jésus-Christ ouvrît les portes que le péché d'Adam avait fermées. Cette caverne du Limbe est moindre aussi que l'enfer et ne communique pas avec lui; elle n'a point non plus les peines du sens comme le Purgatoire; parce que les âmes y arrivaient du Purgatoire déjà purifiées et elles étaient seulement privées de la Vision Béatifique, qui est la peine du "dam"; et il y avait là tous ceux qui étaient morts en état de grâce jusqu'au moment où mourut le Sauveur. C'est dans ce lieu du Limbe que son Âme très Sainte descendit avec la Divinité et ce que nous exprimons quand nous disons qu'Il est descendu aux enfers; car ce nom enfers signifie toute partie de ces lieux inférieurs qui sont dans le plus profond de la terre; quoique selon la manière ordinaire de parler nous entendons ordinairement par le nom de Ciel l'empyrée où sont les saints et où ils demeureront pour toujours, comme les damnés dans l'enfer; toutefois le Limbe et le Purgatoire ont d'autres noms particuliers. Après le jugement final il n'y aura que le Ciel et l'enfer qui seront habités; parce que le Purgatoire ne sera plus nécessaire; et tous les enfants doivent sortir du Limbe pour une autre habitation différente.

6, 25, 1461. L'Âme très Sainte de Jésus-Christ arriva à cette caverne du Limbe accompagné d'une multitude innombrable d'Anges qui Le louaient et Lui donnaient Gloire, Force et Divinité (Apoc. 5: 13) comme à leur Roi victorieux et triomphateur. Et pour représenter Sa grandeur et Sa Majesté, ils commandaient que les portes (Ps. 23: 9) de cette antique prison s'ouvrissent, afin que le Roi de la Gloire, puissant dans les combats et le Seigneur des Vertus les trouvât franches et patentes à Son entrée. En vertu de ce commandement, quelques cailloux [b] du chemin se brisèrent et se rompirent, quoique ce n'eût pas été nécessaire pour que le Roi de la gloire et Sa milice y entrassent, car ils étaient tous des esprits très subtils. Par la présence de l'Âme très Sainte, cette caverne obscure fut changée en Ciel, parce qu'elle fut toute remplie d'une splendeur admirable, et les âmes des Justes qui y étaient furent béatifiés par la claire vision de la Divinité et elles passèrent en un instant de l'état d'une attente si longue à la possession éternelle de la Gloire, et des ténèbres à la Lumière inaccessible dont elles jouissent maintenant, elles reconnurent toutes leur Dieu et leur Rédempteur véritable, et Lui rendirent des actions de grâces et des louanges par des cantiques nouveaux disant (Apoc. 5: 12 et 9): L'Agneau qui fut mort est digne de recevoir la divinité, la vertu et la force. Tu nous a rachetés par ton sang, Seigneur, de toutes les tribus, de tous les peuples et de toutes les nations et tu as fait de nous un royaume pour notre Dieu et nous régnerons. A toi, Seigneur, appartiennent la puissance, le règne et la gloire de tes oeuvres.» Sa Majesté commanda aux Anges de tirer du Purgatoire toutes les âmes qui y étaient dans la souffrance et elles furent toutes amenées en Sa Présence [c] à l'instant. Et elles furent absoute des peines qu'il leur restait à souffrir comme en étrennes de la Rédemption des hommes, par le Rédempteur même, et elles furent glorifiées comme les autres âmes des Justes par la Vision Béatifique. De manière que les deux prisons du Limbe et du Purgatoire demeurèrent désertes en ce jour en la présence du Roi.

6, 25, 1462. Ce jour ne fut terrible que pour l'enfer des damnés; parce que ce fut une disposition du Très-Haut que tous connussent et sentissent la descente
du Rédempteur au Limbe, et que les saints Pères et les Justes connussent aussi la terreur que ce Mystère imposa aux démons et aux damnés. Les démons étaient atterrés et opprimés par la ruine qu'ils avaient soufferte sur le mont Calvaire, comme je l'ai déjà dit; et comme ils entendirent de la manière qu'ils parlent et entendent, les voix des Anges qui allaient au devant de leur Roi au Limbe, ils se troublaient et s'épouvantaient de nouveau; et comme des serpents quand ils sont persécutés, ils se cachaient et se collaient aux cavernes infernales les plus reculées. Il survint aux damnés confusion sur confusion, connaissant leurs erreurs avec un plus grand désespoir, et qu'ils avaient perdu la Rédemption dont les Justes avaient profité. Et comme Judas et le mauvais larron étaient beaucoup plus signalés dans cette infortune et qu'ils étaient tombés dans l'enfer plus récemment, leur tourment fut aussi plus grand et les démons s'indignèrent plus contre eux; et les malins esprits se proposèrent autant qu'il dépendait d'eux de poursuivre et de tourmenter davantage les Chrétiens qui avaient professé la Foi Catholique et ceux qui l'avaient niée ou abandonnée et de leur donner un plus grand tourment; parce qu'ils jugeaient que ceux-là méritaient de plus grandes peines que les infidèles à qui la Foi n'avait pas été prêchée.

6, 25, 1463. De sa retraite, la grande Dame de L'Univers eut une vision [d] et une connaissance singulière de tous ces Mystères et d'autres secrets que je ne peux déclarer. Et quoique cette connaissance lui causât une joie admirable dans la portion ou la partie supérieure de l'esprit où Elle la recevait, Elle n'y participa point dans son corps Virginal ni dans ses sens et la partie sensitive, comme cette joie eût pu naturellement redonder en elle. Bien au contraire, lorsqu'Elle sentit que cette jubilation s'étendait à la partie inférieure de son Âme, Elle demanda au Père Éternel de lui suspendre cette redondance, parce qu'Elle ne voulait point la recevoir dans son corps pendant que celui de son Fils était dans le sépulcre et qu'il n'était pas glorifié. Si fidèle et si attentif fut l'Amour de la prudente Mère envers son Fils et son Seigneur, comme Image vivante, adéquate et parfaite de cette Humanité unie à la Divinité. Et avec cette délicatesse attentive Elle demeura remplie de joie dans son Âme, et de douleurs et d'angoisses dans son corps, de la manière qu'il arriva en notre Sauveur Jésus-Christ. Dans cette vision, Elle fit des cantiques de louange, exaltant le mystère de ce triomphe et la Providence très sage et très aimante du Rédempteur, qui voulut, comme Père amoureux et Roi tout-puissant, descendre prendre possession par Lui-même de ce nouveau royaume que Son Père Lui avait livré de Ses propres mains; et Il voulut les racheter par Sa
Présence, afin qu'ils commençassent à jouir en Lui-même de la récompense qu'Il leur avait méritée. Pour toutes ces raisons et les autres qu'Elle connaissait de ce sacrement Elle se réjouissait et Elle glorifiait le Seigneur, comme Coadjutrice et Mère du Triomphateur.

DOCTRINE QUE ME DONNA LA REINE DU CIEL,
LA TRÈS SAINTE MARIE.

6, 25, 1464. Ma fille, sois attentive à l'enseignement de ce chapitre, comme étant plus légitime et plus nécessaire pour toi dans l'état où le Très-Haut t'a placée et pour ce que je veux de toi en correspondance de Son Amour. Ce doit être que tu ne perdes jamais l'attention et la vue du Seigneur dans l'intime et le suprême de ton âme, au milieu de tes oeuvres, de tes exercices et de la communication avec les créatures, que ce soit comme supérieure ou comme sujette, en gouvernant et en commandant ou en obéissant, pour aucune de ces occupations ou d'autres extérieures, et qu'elles ne te distraient point de la Lumière du Saint-Esprit qui t'assistera de Son incessante communication; car mon Très Saint Fils veut voir dans le secret de ton coeur ces sentiers qui demeurent cachés au démon et auxquels les passions n'arrivent point; parce qu'ils guident au sanctuaire où n'entre que le Grand Prêtre (Héb. 9: 7), et où l'âme jouit des embrassements cachés du Roi et de l'Époux, où entièrement désoccupée elle Lui prépare le lit nuptial de Son repos. Là tu trouveras ton Seigneur propice, le Très-Haut libéral, ton Créateur miséricordieux et ton doux Époux et ton Rédempteur amoureux: tu ne craindras pas la puissance des ténèbres, ni les effets du péché que l'on ignore dans cette région de Lumière et de Vérité. Mais l'amour désordonné du visible aussi bien que les négligences dans l'accomplissement de la Loi divine ferment ces voies; toute dépendance et tout désordre des passions les embarrassent, toute attention inutile les empêche, et beaucoup plus l'inquiétude de l'âme et de ne point garder la sérénité et la paix intérieure; car l'âme est requise tout entière, seule, pure et débarrassée de ce qui n'est pas vérité et lumière.

6, 25, 1465. Tu as bien compris et bien expérimenté cette Doctrine, et outre cela je te l'ai manifestée en pratique comme dans un Miroir très clair. La manière d'opérer que j'avais parmi les douleurs, les angoisses et les afflictions de la Passion de mon Très Saint Fils; et parmi des sollicitudes, l'attention, les occupations et le dévouement avec lequel je m'occupai de l'enterrement, des saintes femmes, des Apôtres; et tu as connu en tout le reste de ma vie la même exactitude à joindre ces opérations avec celles de mon esprit, sans qu'elles ne s'opposassent, ni ne s'empêchassent entre elles. Donc pour m'imiter dans cette manière d'opérer comme je le veux de toi, il faut que tu ne reçoives dans ton coeur aucune affection qui t'empêche, ni aucune attention qui te divertisse de ton intérieur, et cela ni pour l'entretien nécessaire avec les créatures, ni pour le travail de ton état, ni pour les peines de la vie de cet exil, ni pour les tentations et la malice du démon. Et je t'avertis, ma très chère, que si tu n'es pas très vigilante dans ce soin, tu perdras beaucoup de temps et des Bienfaits infinis et extraordinaires; tu frustreras les Fins très sublimes et très saintes du Seigneur; tu me contristeras, moi ainsi que les Anges, car nous voulons tous que ta conversation soit avec nous; tu perdras la quiétude de ton esprit, plusieurs degrés de grâce et les accroissements de l'Amour divin que tu désires, et enfin une récompense très copieuse dans le Ciel. Il t'importe autant que cela de m'écouter et de m'obéir en ce que je t'enseigne avec une bonté maternelle. Considère-le, ma fille, pèse-le, et sois attentive à mes paroles dans ton intérieur, afin que tu les mettes en oeuvre par mon intercession et la grâce Divine. Sache m'imiter de même dans la fidélité de l'Amour avec laquelle j'évitai la jouissance et la jubilation pour imiter mon Seigneur et mon Maître, et à Le louer pour cela et pour le Bienfait qu'Il fit aux Saints du Limbe, Son Âme très Sainte descendant les racheter et les remplir de joie par Sa vue, car toutes ces Oeuvres furent des effets de Son Amour infini.

NOTES EXPLICATIVES
Extraites de celles de Don Creseto, à l'usage des prêtres.
6, 25, [a]. La différence entre la mesure du rayon terrestre des astronomes et des géologues modernes d'après Cantin et celle de la Vénérable ne serait que de
vingt lieues, ce qui en matière si vaste et encore si incertaine selon les modernes eux-mêmes, ne serait rien du tout.
6, 25, [b]. Le brisement des rochers marque la présence de la Divinité, dit le P. Sylveira, [l. s, c. 19, q. 6]: «Scissio petrarum signus est Divinitatis.» Aussi à la Mort du Sauveur les pierres se sont rompues.
6, 25, ]c]. Que toutes les âmes du purgatoire aient été délivrées de leurs peines à la descente de Jésus-Christ dans l'enfer, c'est la sentence de plusieurs saints Pères et saint Docteurs. Saint Grégoire assure que Jésus-Christ en descendant dans les enfers délivra tous Ses élus, [lib. VIII, mor. 20]. Et saint Augustin dit qu'Il ne laissa aucun de Ses élus dans les enfers, [Serm. 137 de Temp.]. Et saint Anselme [in Elucid.]: «Le Roi de gloire les a tous absous et les a fait entrer dans la gloire.» Voir A. Lapide [in Oseam, XIII, 14 et in Ecclesiastic XXIV, 45].
6, 25, [d]. «La Bienheureuse Mère du Seigneur avait l'esprit tellement illuminé et fixé dans L'Entendement divin que lorsqu'Elle contemplait son Fils bien-aimé, Elle voyait toujours tous les actes que ce Fils précieux faisait Lui-même dans le Limbe, en dehors du Limbe et dans sa propre Résurrection.» Saint Bernardin, [t. III, Serm. XLVIII, in diae Paschae].
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Message par sga le Ven 29 Nov 2019 - 12:47

CHAPITRE 26


La Résurrection de Notre-Seigneur Jésus-Christ; l'apparition qu'Il fit à Sa Très Sainte Mère avec les saints Pères du Limbe.


6, 26, 1466. L'Âme très Sainte de notre Sauveur Jésus-Christ demeura dans le Limbe depuis trois heures et demie du vendredi soir jusqu'à trois heures du matin du dimanche suivant. A cette heure Il revint au sépulcre, accompagné comme Prince victorieux des mêmes Anges qu'Il avait amenés et des Saints qu'Il avait rachetés de ces prisons inférieures, comme dépouilles de Sa victoire et gages de Son glorieux triomphe, laissant Ses ennemis rebelles châtiés et consternés. Dans le sépulcre il y avait beaucoup d'Anges qui Le gardaient en vénérant le Corps sacré uni à la Divinité. Et par le commandement de leur Reine et de leur Maîtresse, quelques-uns d'entre eux avaient recueilli les reliques du Sang que son Très Saint Fils avaient répandu, les lambeaux de chair qui Lui avaient été déchirés de Ses plaies, les cheveux et la barbe qu'Ils Lui avaient arrachés de Sa Face et de Sa Tête, et tout le reste qui appartenait à l'ornement et à la parfaite intégrité [a] de Son Humanité très Sainte. La Mère de la Prudence prit soin de tout cela. Et les Anges gardaient ces reliques, chacun étant joyeux de la part qui lui était échu en sort de recueillir. Et avant de faire aucune autre chose, le Corps du Rédempteur fut manifesté aux saints Pères, et ils le virent blessé, frappé, défiguré, comme la cruauté des Juifs L'avait mis. Et Le reconnaissant ainsi mort, tous les Patriarches et les Prophètes L'adorèrent; et ils confessèrent de nouveau comment le Verbe fait homme avait véritablement pris sur Lui nos infirmités et nos douleurs (Is. 53: 4), et avait payé avec excès notre dette en satisfaisant à la Justice du Père Éternel pour ce que nous avions mérité, Sa Majesté étant très innocent et sans tache. Nos premiers parents Adam et Ève virent là le ravage qu'avait fait leur désobéissance, le remède coûteux qu'elle avait eu, et la Bonté immense du Rédempteur et Sa grande Miséricorde. Les Patriarches et les Prophètes reconnurent et virent accomplies leurs prophéties et les espérances des Promesses divines. Et comme ils sentaient dans la gloire de leurs âmes l'effet de la Rédemption abondante, ils louèrent de nouveau le Tout-Puissant et Le Saint des saints qui l'avait opérée avec un ordre si merveilleux de Sa Sagesse.

6, 26, 1467. Après cela, toutes les parties et les reliques qui avaient été recueillies par le ministère des Anges furent restituées au Corps sacré défunt, à la vue de tous les Saints, le laissant avec son intégrité et sa perfection naturelle. Au même instant l'Âme très Sainte du Seigneur se réunit à Son Corps et Il lui donna conjointement une Vie et une Gloire Immortelles. Et Il demeura vêtu des quatre dotes de gloire: la "clarté", "l'impassibilité", "l'agilité" et la "subtilité", au lieu du linceul et des onctions avec lesquels ils L'avaient enterré. Ces dotes redondaient dans le Corps déifié de la gloire immense de l'Âme du Christ, notre Bien-Aimé Sauveur. Et quoiqu'elles Lui eussent été dues comme par héritage et participation naturelle dès l'instant de Sa Conception, parce que Son Âme très Sainte fut dès
lors glorifiée et toute cette Humanité très innocente était unie à la Divinité; mais elles Lui furent alors suspendues, sans redonder dans Son Corps très pur, pour Le laisser passible, afin qu'Il méritât notre gloire, Se privant de celle de Son Corps, comme je l'ai dit en son lieu [b]. Et ces dotes Lui furent restituées en la Résurrection, dans le degré et la proportion qui correspondaient à la gloire de Son Âme et à l'union qu'Elle avait avec la Divinité. Et comme la gloire de l'Âme très Sainte de Jésus-Christ est ineffable et incompréhensible pour notre capacité, il est impossible aussi d'expliquer entièrement par des paroles et des exemples la gloire et les dotes de Son Corps divinisé; parce qu'à l'égard de Sa pureté le cristal est obscur. La lumière qu'Il contenait et émettait surpasse celles des autres corps glorieux, comme le jour surpasse la nuit et plus que mille soleils, une étoile; et si toute la beauté des créatures était jointe en une seule, elle paraîtrait une laideur en Sa comparaison, et il n'y a rien de semblable à Elle en tout l'Univers.

6, 26, 1468. La gloire de ces dotes excéda grandement dans la Résurrection la gloire qu'elles eurent dans la transfiguration et en d'autres circonstances où Notre-Seigneur Jésus-Christ Se transfigura comme il a été dit dans le cours de cette Histoire [c], parce qu'alors Il ne la recevait qu'en passant et comme il convenait à la fin pour laquelle Il Se transfigurait, tandis que maintenant Il l'avait avec plénitude pour en jouir éternellement. Par "l'impassibilité" Il demeura invincible à tout pouvoir créé; parce qu'aucune puissance ne pouvait ni Le changer, ni L'altérer. Par la "subtilité" la matière épaisse et terrestre demeura si purifié qu'elle pouvait sans résistance des autres corps, se pénétrer, avec eux, comme si elle eût été un esprit incorporel; et notre Sauveur pénétra ainsi la pierre du sépulcre, sans la mouvoir ni la diviser, de la même manière qu'Il était sorti du sein Virginal de Sa Très Pure Mère. "L'agilité" Le laissa si libre du poids et de la lenteur de la matière qu'il surpassait celle qu'ont les Anges immatériels et Il pouvait Se mouvoir par Lui-même d'un lieu à un autre avec plus de promptitude qu'eux, comme Il le fit dans les apparitions des Apôtres et en d'autres occasions. Les Plaies sacrées qui déformaient auparavant Son Corps très Saint demeurèrent dans les Pieds, les Mains et le Côté si belles, si resplendissantes et si brillantes qu'elles Le rendaient plus beau et plus gracieux, par un mode de variété admirable. Notre Seigneur Se leva du sépulcre avec toute cette gloire et cette beauté. Et Il promit à tout le genre humain en présence des Saints et des Patriarches, la Résurrection Universelle comme un effet de la Sienne, dans la même chair et le même corps de chacun des mortels, et qu'en elle les Justes seraient glorifiés. Et en gage de cette promesse et comme en arrhes de la Résurrection Universelle, Sa Majesté commanda aux âmes de plusieurs Saints qui étaient là de se réunir à leurs corps et de les ressusciter pour la Vie Immortelle. Ce commandement Divin fut exécuté à l'instant et les corps ressuscitèrent, ce que saint Matthieu rapporte (Matt. 27: 52) en anticipant le mystère [d]. De ce nombre furent sainte Anne, saint Joachim et saint Joseph, et d'autres anciens Pères et Patriarches qui furent plus distingués dans la foi et l'espérance de l'Incarnation et qui désirèrent et demandèrent le Seigneur avec de plus grandes anxiétés. Et la résurrection et la gloire de leurs corps fut avancée en retour de ces oeuvres.
6, 26, 1469. Oh! combien ce Lion de Juda, ce Fils de David Se manifestait puissant et admirable! victorieux et fort (Ps. 3: 6)! Personne ne se débarrassa plus promptement du sommeil que le Christ de la mort. Ensuite à Sa voix impérieuse les os secs et épars de ces défunts vieillis se joignirent, et leur chair qui était changée en poussière se renouvela et unie avec les os, fut restauré l'être antique, le tout s'améliorant par les dotes de la gloire que le corps participait de l'âme glorifiée qui lui donnait la Vie. Tous ces Saints furent ressuscités en un instant, et en compagnie de leur Réparateur ils étaient plus lumineux et plus resplendissants que le soleil même, purs, beaux, transparents et légers pour Le suivre partout: nous assurant par leur bonne fortune, dans l'espérance que nous verrons notre Rédempteur dans notre propre chair, avec nos yeux et non avec d'autres, comme Job le prophétisa (Job 19: 25-27) pour notre consolation. L'Auguste Reine du Ciel connaissait tous ces mystères, et Elle y participait par la vision qu'Elle en avait dans le Cénacle. Et au même instant que l'Âme très Sainte de Jésus-Christ était entrée dans Son Corps divinisé et lui avait donné la Vie, correspondit dans celui de la Très Pure Mère la communication de la joie que j'ai dite, dans le chapitre précédent, être retenue dans son Âme très Sainte et comme réprimée en Elle en attendant la Résurrection de son Fils. Et ce Bienfait fut si excellent qu'il la laissa toute transformée de la peine en joie, de la tristesse en allégresse et de la douleur en une jubilation et un repos ineffables. En cette occasion il arriva que l'Évangéliste saint Jean alla la visiter, comme il l'avait fait la veille, afin de la consoler dans son amère solitude, et il trouva inopinément remplie de splendeur et de signes de gloire Celle qui peu auparavant était à peine reconnaissable à cause de sa tristesse. Le saint Apôtre fut dans l'admiration et l'ayant regardée avec une grande révérence, il jugea que le Seigneur devait être déjà ressuscité, puisque Sa divine Mère était renouvelée dans l'allégresse.

6, 26, 1470. Avec cette jubilation nouvelle et les opérations si Divines que la Dame du Ciel faisait dans la vision de ces augustes Mystères, Elle commença à se disposer pour la visite qui était déjà très proche. Et au milieu des louanges, des cantiques et des prières que notre Reine faisait, Elle sentit aussitôt une autre nouveauté en Elle-même, outre la joie qu'Elle avait, et c'était un genre de jubilation et de soulagement célestes, correspondant d'une manière admirable aux douleurs et aux tribulations qu'elle avait ressenties dans la Passion; et ce Bienfait était différent et plus sublime que la redondance de la joie qui résultait comme naturellement de son Âme dans son corps. Après ces effets admirables Elle éprouva soudain un troisième Bienfait différent qui lui était donné par des faveurs nouvelles et Divines. Elle sentit pour cela qu'une nouvelle Lumière de la qualité de celle qui précède la Vision Béatifique lui était infuse; et je ne m'arrête point à expliquer cette Lumière, puisque je l'ai fait en parlant de cette matière dans la première partie [e]. J'ajoute seulement en cette seconde partie que la Reine reçut ces Bienfaits en cette circonstance avec plus d'abondance et d'excellence que dans les autres; parce que la Passion de son Très Saint Fils et les mérites qu'Elle y acquit avaient précédé: et la consolation que la divine Mère reçut de la main de son Fils tout-puissant correspondait à la multitude de ses douleurs.

6, 26, 1471. La Très Saint Marie étant ainsi préparée, notre Sauveur Jésus-Christ entra ressuscité et glorieux [f] accompagné de tous les Saints et les Patriarches. La Reine toujours humble se prosterna en terre et adora son Très Saint Fils: Sa Majesté la releva et l'approcha de Lui-même. Et par ce contact plus grand que celui que demandait la Magdeleine (Jean 20: 17) de l'Humanité et des Plaies très Saintes du Christ, la Mère-Vierge reçut une faveur extraordinaire qu'Elle seule méritait, comme exempte de la Loi du péché. Et quoique ce ne fût pas la plus grande des faveurs qu'elle reçut en cette circonstance, néanmoins il ne lui eut pas été possible de la recevoir si Elle n'eût été conforté par les Anges et le Seigneur Lui-même, afin que ses puissances ne défaillissent point. Ce Bienfait fut que le corps glorieux du Fils renferma en soi-même celui de Sa Très Pure Mère, Se pénétrant avec Elle ou la pénétrant avec Lui, comme si un globe de cristal eût eu au-dedans de soi, le soleil qui l'eût tout rempli de splendeur et de beauté par sa lumière. Ainsi le corps de la Très Sainte Marie demeura uni à Celui de son fils par le moyen de ce contact très Divin, qui fut comme une porte pour entrer à connaître la gloire de l'Âme et du Corps très Saints du même Seigneur. Par ces faveurs, comme par des degrés de Dons ineffables, l'esprit de la grande Dame du Ciel allait en montant à la connaissance de sacrements très occultes. Et étant dans ces degrés, Elle entendit une voix qui lui disait: «Mon Amie, monte plus haut (Luc 14: 10).» En vertu de cette voix, Elle demeura toute transformée et Elle vit la Divinité intuitivement et clairement [g] où Elle trouva le repos et la récompense, quoiqu'en passant, de toutes ses afflictions et de toutes ses douleurs. Ici le silence est forcé, où manquent tout à fait les paroles et le talent pour dire ce qui se passa pour la Très Sainte Marie dans cette Vision Béatifique qui fut la plus haute et la plus Divine qu'Elle avait eue jusqu'alors. Célébrons ce jour avec des louanges d'admiration, des félicitations, un amour et des actions de grâces très humbles, de ce qu'Elle fut si exaltée, de tout ce dont Elle a joui, et de ce qu'Elle a mérité pour nous.

6, 26, 1472. La divine Princesse jouit de l'Être de Dieu avec son Très Saint Fils pendant quelques heures, participant à Sa gloire comme Elle avait participé à Ses tourments. Ensuite Elle descendit de cette vision par les mêmes degrés qu'Elle y était montée; et à la fin de cette faveur Elle demeura de nouveau inclinée sur le bras droit de l'Humanité très Sainte et caressée d'une autre manière par la droite de Sa Divinité (Cant. 2: 6). Elle eut de très doux colloques avec son propre Fils sur les Mystères très sublimes de Sa Passion et de Sa gloire. Et dans ces conférences Elle demeura de nouveau enivrée du Vin de la Charité et de l'Amour qu'Elle but sans mesure dans leur propre source. Tout ce que peut recevoir une pure Créature fut donné abondamment à la Très Pure Marie dans cette circonstance; parce que, selon notre manière de concevoir, l'Équité divine voulut récompenser le préjudice pour ainsi dire, [je dis ainsi, ne pouvant m'expliquer mieux] qu'une Créature si pure et sans tache de péché avait reçu, en souffrant les douleurs et les tourments de la Passion qui étaient les mêmes que Notre-Seigneur Jésus-Christ souffrit comme je l'ai déjà dit plusieurs fois. Et la joie et la faveur dans ce Mystère correspondirent aux peines que la divine Mère avait souffertes.
6, 26, 1473. Après tout cela, l'Auguste Dame du Ciel, toujours dans un état très sublime, se tourna vers les saints Prophètes et les Justes qui étaient là, les reconnut tous et chacun individuellement, selon leur ordre, leur parla respectivement se réjouissant et louant le Tout-Puissant de ce que chacun avait opéré par Sa libérale Miséricorde. Elle eut une joie singulière et Elle parla en particulier avec sainte Anne, saint Joachim, son époux Joseph et le Baptiste; et ensuite avec les Patriarches et les Prophètes et nos premiers parents Adam et Ève. Et ils se prosternèrent tous ensemble devant la divine Dame, la reconnaissant la Mère du Rédempteur du monde, la cause de leur remède et la Coadjutrice de leur Rédemption; et comme telle ils voulurent l'adorer [h] avec un culte et une vénération digne d'Elle, la Sagesse divine le disposant ainsi. Mais la Reine des vertus et la Maîtresse de l'humilité se prosterna en terre et rendit aux Saints la révérence qui leur était due, et le Seigneur le permit, parce que les Saints quoiqu'inférieurs dans la grâce, étaient supérieurs dans l'état de Bienheureux, avec une gloire inamissible et éternelle; et la Mère de la grâce demeurait en vie mortelle et Voyageuse et Elle n'était pas arrivée à l'état de Compréhenseurs. La conférence se continua avec les saints Pères en présence de notre Sauveur Jésus-Christ. Et la Très Sainte Marie convia tous les Anges et les Saints qui y assistaient, à louer le Triomphateur de la mort, du péché et de l'enfer, et ils Lui chantèrent tous des cantiques nouveaux, des psaumes, des hymnes de gloire et de magnificence; et avec cela arriva l'heure où le Sauveur ressuscité fit d'autres apparitions comme je le dirai dans le chapitre suivant

DOCTRINE QUE ME DONNA L'AUGUSTE MAÎTRESSE,
LA TRÈS SAINTE MARIE.

6, 26, 1474. Ma fille, réjouis-toi dans le souci même que tu as de ce que tes paroles n'arrivent pas à expliquer ce que ton intérieur connaît de ces Mystères si hauts que tu as écrits. C'est la victoire de la créature et la gloire du Très-Haut, de se donner pour vaincue par la grandeur de sacrements aussi Augustes que ceux-ci; et l'on peut beaucoup moins les pénétrer dans la chair mortelle. Je sentis les douleurs de la Passion de mon Très Saint Fils; et quoique je ne perdisse point la vie, j'expérimentai mystérieusement les douleurs de la mort; et à ce genre de mort correspondit en moi une autre résurrection mystique et admirable à un état de grâces et d'opérations plus élevées. Et comme l'Être de Dieu est infini, quoique la créature en participe beaucoup, néanmoins il lui reste toujours plus à entendre, à aimer et à jouir. Et quoiqu'à l'aide du raisonnement, tu puisses maintenant découvrir quelque chose de la gloire de mon Seigneur Jésus-Christ, de la mienne et de celle des Saints en repassant les dotes du Corps glorieux, je veux te proposer la règle par laquelle tu peux de là passer à celles de l'âme. Tu sais déjà que les dotes de l'âme sont la "vision", la "compréhension" et la "jouissance". Celles du corps sont celles que tu as répétées: la "clarté", "l'impassibilité", la "subtilité" et "l'agilité".

6, 26, 1475. A toutes ces dotes correspond quelque accroissement pour toute bonne oeuvre méritoire que fait celui qui est en grâce, quand ce ne serait que de mouvoir une paille pour l'amour de Dieu ou de donner un verre d'eau (Matt. 10: 42). Par chacune de ces oeuvres minimes, la créatures acquiert pour quand elle sera bienheureuse une plus grande clarté que celle de plusieurs soleils. Et dans l'impassibilité, elle s'éloigne de la corruption humaine et terrestre, plus que toutes les diligences et les forces des créatures ne peuvent lui résister et plus qu'elles ne peuvent éloigner d'elles ce qui peut les altérer ou les offenser. Dans la subtilité elle s'avance jusqu'à être supérieure à tout ce qui peut lui résister et elle acquiert une nouvelle vertu sur tout ce qu'elle veut pénétrer. Dans la dote de l'agilité, à chaque oeuvre méritoire, il lui correspond plus de puissance pour se mouvoir que n'ont les oiseaux, les vents et toutes les créatures actives, comme le feu et les autres éléments pour se diriger vers leur centre naturel. Par l'accroissement que l'on mérite dans les dotes du corps, tu comprendras l'accroissement qu'on les dotes de l'âme auxquelles elles correspondent et desquelles elles se dérivent. Parce que tout mérite acquiert une plus grande clarté dans la Vision Béatifique et une plus grande connaissance des Attributs et des Perfections divines que n'en ont acquis en cette vie mortelle tous les Docteurs et les savants, qui ont brillé dans l'Église. La dote de la compréhension ou possession et de la fermeté avec laquelle on comprend ce Bien infini et souverain, il est concédé au Juste une nouvelle sécurité et un repos plus estimable que s'il possédait tout le plus précieux et le plus riche, tout le plus désirable et le plus appétible des créatures, lors même qu'il posséderait le tout sans crainte de le perdre. Dans la dote de la jouissance qui est la troisième de l'âme pour l'amour avec lequel elle fait cette petite oeuvre, il lui est accordé pour récompense dans le Ciel des degrés si excellents d'Amour jouissant que la plus grande affection pour les choses visibles que les hommes ont dans cette vie ne pourra jamais arriver à être comparée avec cet accroissement, et la joie qui en résulte n'a aucune comparaison avec tout ce qu'il y a dans cette vie mortelle.

6, 26, 1476. Maintenant, ma fille, élève cette considération; et de ces récompenses si admirables qui correspondent à une seule oeuvre faite pour Dieu, pèse bien quelle sera la récompense des Saints qui ont fait pour l'amour de Dieu tant d'oeuvres si héroïques et si magnifiques, et qui ont souffert des tourments et des martyres si cruels, comme la Sainte Église le connaît. Et si cela arrive dans les Saints, purs hommes et sujets à des péchés et à des imperfections qui retardent le mérite, considère avec toute la hauteur que tu pourras, quelle sera l'élévation de mon Très Saint Fils, et tu sentiras combien la capacité humaine est limitée, surtout dans la vie mortelle, pour comprendre dignement ce mystère, et pour se faire un concept proportionné à une grandeur si immense. L'Âme très Sainte de mon Seigneur était unie substantiellement à la Divinité dans Sa Personne divine par l'union hypostatique, néanmoins les Oeuvres qu'Il fit ensuite pendant trente-trois ans, naissant dans la pauvreté, vivant dans les travaux, aimant comme Voyageur, prêchant, enseignant, souffrant, méritant, rachetant tout le genre humain, fondant l'Église et tout ce que la Foi Catholique enseigne, ces Oeuvres méritèrent la gloire du Corps très pur de mon Fils, et celle-ci correspond à celle de l'Âme et tout est ineffable et d'une grandeur immense, réservé pour être manifesté dans la Vie Éternelle. Et en correspondance de mon Fils et mon Seigneur, le bras du Tout-Puissant fit envers moi des Oeuvres magnifiques dans l'être de pure Créature, avec lesquelles j'oubliai aussitôt les travaux et les douleurs de la Passion. Et la même chose arriva aux Pères du Limbe, et elle arrive aux autres Saints quand ils reçoivent leur récompense. J'oubliai l'amertume et le travail que j'avais soufferts, parce que la jouissance souveraine bannit la peine; mais je ne perdis jamais de vue ce que mon Fils avait enduré pour le genre humain.

NOTES EXPLICATIVES

Extraites de celles de Don Creseto, à l'usage des prêtres.

6, 26, [a]. Saint Thomas dit que Jésus-Christ ressuscitant reprit toutes les particules de Son Corps qui appartenaient à la vérité et à l'intégrité de la nature
humaine: et parmi ces parties il note la chair, les os, le sang, les cheveux, etc. [3 p., q. 54, a. 2].
6, 26, [b]. Livre 3, No. 147.
6, 26, [c]. Livre 4, No. 695; Livre 5, No. 851; Livre 6, No. 1099.
6, 26, [d]. A la Mort du Sauveur, les sépulcres de plusieurs s'ouvrirent; mais leurs corps ne ressuscitèrent que le troisième jour après que Jésus-Christ fut ressuscité, car ce divin Sauveur devait être le premier à entrer dans la Vie immortelle, et il est appelé pour cette raison les prémices de ceux qui dorment: Primitiae dormientium. [1 Cor. 15: 20].
6, 26, [e]. Livre 2, No. 623.
6, 26, [f]. Saint Marc dit que le Sauveur apparut d'abord à Marie Magdeleine; car il parlait des apparitions faites à ceux qui vacillaient dans la Foi. Or, la Magdeleine fut avant les Apôtres en cela. Baronius dit [ad ann. Chris. 34, no. 183]: «La tradition des anciens et des siècles subséquents nous a attesté que notre Seigneur apparut d'abord à Sa Très Sainte Mère avant tous les autres, ce que je pense, aucun coeur pieux ne pourra nier.»
6, 26, [g]. Saint Thomas de Villeneuve affirme qu'à l'apparition de Jésus-Christ à la Très Sainte Vierge lors de la résurrection la divine Mère vit la Divinité intuitivement. [Sermon I sur la Résurrection].
Quant à la compénétration du Corps de Jésus avec celui de Sa divine Mère on ne doit pas s'en étonner, car saint Thomas écrit, [supp. q. 83, a. 3]: «Il peut se faire miraculeusement que deux corps soient en même temps dans un même lieu.»
6, 26, [h]. L'adorer non point avec le culte de Latrie dû seulement à Dieu, mais avec le culte d'Hyperdulie, qui n'est dû qu'à Sa Très Sainte Mère.
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Message par sga le Ven 13 Déc 2019 - 13:12

CHAPITRE 27


Quelques apparitions que fit Notre-Seigneur Jésus-Christ à Marie et aux Apôtres; la connaissance que tous en donnaient à la Reine, et la prudence avec laquelle Elle les écoutait.


6, 27, 1477. Après que notre Sauveur Jésus ressuscité et glorieux eut visité Sa Très Sainte Mère et l'eut remplie de joie, Sa Majesté détermina comme Père et Pasteur amoureux de rassembler les brebis de Son bercail que le scandale de Sa Passion avait troublées et dispersées. Les saints Pères et tous ceux qu'Il avait tirés du Limbe et du Purgatoire L'accompagnaient toujours quoiqu'ils ne se manifestassent point dans les apparitions; parce qu'il n'y avait que la Dame du Ciel qui les voyait, les connaissait et leur parlait, le temps qui s'écoula jusqu'à l'Ascension de son Très Saint Fils. Et lorsqu'Il n'apparaissait point à d'autres, Il assistait toujours avec la Très Aimante Mère dans le Cénacle d'où la divine Dame ne sortit point pendant les quarante jours continus. Là Elle jouissait de la vue du Rédempteur du monde et du choeur des Prophètes et des Saints dont le Roi et la Reine étaient accompagnés. Et pour se manifester aux Apôtres, le Sauveur commença par les femmes, non comme plus faibles, mais comme plus fortes dans la foi et la confiance de Sa Résurrection; car elles méritèrent pour cela d'être les premières dans la ferveur de Le voir ressuscité.

6, 27, 1478. L'Évangéliste saint Marc a fait mémoire (Marc 15: 47) du soin avec lequel Marie Magdeleine et Marie de Joseph prirent garde où le Corps défunt de Jésus demeurait placé dans le sépulcre. Avec cette prévention elles sortirent le samedi soir avec d'autres saintes femmes de la maison du Cénacle pour se rendre à la ville et elles achetèrent de nouveaux onguents aromatiques, afin de se lever de bon matin le jour suivant pour revenir au sépulcre visiter et adorer le Corps sacré de leur Maître, avec l'occasion de L'oindre de nouveau. Elles se levèrent avant l'aube (Marc 16: 2) le dimanche matin pour exécuter leur pieuse affection, ignorant que le sépulcre était scellé et qu'il y avait des gardes par ordre de Pilate (Matt. 27: 65): et dans le chemin elles se demandaient seulement qui leur ôterait la grande pierre avec laquelle elles avaient remarqué que l'on avait fermé le monument; mais l'amour leur donnait du courage pour vaincre cette difficulté, sans savoir comment elles pourraient le faire. Il était nuit lorsqu'elles sortirent de la maison du Cénacle et il faisait déjà jour et le soleil était levé lorsqu'elles arrivèrent au sépulcre; car en ce jour le soleil anticipa les trois heures qu'il s'était obscurci à la Mort du Sauveur. Avec ce miracle les Évangélistes saint Marc et saint Jean concordent; car l'un dit que lorsque les Marie vinrent le soleil était levé (Marc 16: 2) et l'autre, qu'il faisait nuit (Jean 20: 1); parce que tout est vrai: elles sortirent de grand matin et avant l'aube; et le soleil avec sa vitesse et sa diligence les atteignit comme elles arrivaient, quoiqu'elles ne s'arrêtèrent point en chemin. Le monument était un petit souterrain encavé comme une grotte dont la porte était fermée par une grande pierre, et au dedans il y avait dans un côté le sépulcre qui était un peu élevé du sol et dans ce sépulcre reposait le Corps de notre Sauveur.

6, 27, 1479. Peu avant que les Marie arrivassent à reconnaître la difficulté dont elles conféraient, de mouvoir la pierre, il se fit un grand tremblement de terre (Matt. 28: 2) très épouvantable, et en même temps un Ange du Seigneur ouvrit le sépulcre et renversa la pierre qui le couvrait et qui en fermait la porte. A ce grand bruit et à ce mouvement de la pierre les gardes du monument tombèrent par terre et demeurèrent comme morts, évanouis de peur (Matt. 28: 4), quoiqu'ils n'eussent point vu le Seigneur et alors Son Corps n'était point là non plus, parce que lorsque l'Ange ôta la pierre il était déjà ressuscité et sorti du monument. Quoique les Marie eussent éprouvé quelque crainte, elles se ranimèrent, et Dieu même les confortant, elles s'approchèrent et entrèrent dans le monument (Marc 16: 5); et près de la porte elles virent celui qui avait renversé la pierre assis dessus; son visage était resplendissant (Matt. 28: 3) et ses vêtements étaient comme de la neige; il leur parla et leur dit (Marc 16: 6): «Ne craignez point, car je sais que vous cherchez Jésus de Nazareth. Il n'est pas ici, car Il est déjà ressuscité. Entrez et vous verrez le lieu où ils L'avaient mis.» Les Marie entrèrent et elles eurent une grande tristesse en voyant le sépulcre vide; parce qu'elles étaient plus attentives à leur désir de Le voir qu'à croire ce que l'Ange leur disait. Elles virent ensuite deux autres Anges assis aux deux côtés du sépulcre, qui leur dirent (Luc 24: 4-6): «Pourquoi cherchez-vous parmi les morts Celui qui est déjà vivant et ressuscité?
Souvenez-vous qu'Il vous a dit Lui-même en Galilée qu'Il devait ressusciter le troisième jour. Allez immédiatement et donnez avis aux disciples et à Pierre d'aller en Galilée où ils Le verront.»

6, 27, 1480. Avec cet avertissement des Anges, les Marie se souvinrent de ce que leur divin Maître leur avait dit. Et assurées de Sa Résurrection elles revinrent du sépulcre en grande hâte, et elles rendirent compte aux onze Apôtres et à d'autres de ceux qui suivaient le Seigneur, dont plusieurs prirent ce que les Marie leur disaient pour du délire (Luc 4: 11). Ils étaient tellement troublés dans la foi et tellement oublieux des Paroles de leur Rédempteur et leur Maître. Pendant que les Marie remplies de joie et de peur racontaient aux Apôtres ce qu'elles avaient vu, les gardes du sépulcre reprirent vie et revinrent à leurs sens. Et comme ils virent le monument ouvert et sans Corps morts (Matt. 28: 11), ils allèrent rendre compte de l'événement aux princes des prêtres. Ceux-ci se trouvèrent confus et ils assemblèrent un conseil pour déterminer ce qu'ils pourraient faire, afin de démentir la merveille si patente qui ne pouvait être cachée. Et ils tombèrent d'accord de donner beaucoup d'argent aux gardes (Matt. 28: 12-13), afin qu'étant subornés ils dissent que pendant qu'ils dormaient les disciples de Jésus étaient venus voler son Corps du sépulcre. Et les prêtres assurèrent les gardes qu'ils les tireraient en paix et saufs de ce mensonge, et ceux-ci le publièrent parmi les Juifs. Plusieurs d'entre eux furent si insensés que de leur donner crédit; et quelque-uns plus obstinés et plus aveugles le leur donnent jusqu'à présent, croyant le témoignage de ceux qui confessèrent qu'ils dormaient quand ils disent qu'ils virent le vol.

6, 27, 1481. Quoique les Apôtres et les disciples tinrent des divagations ce que les Marie disaient, néanmoins saint Pierre et saint Jean partirent en toute hâte vers le monument (Jean 20: 3), désirant se certifier par leurs yeux, et les Marie y retournèrent à leur suite. Saint Jean arriva le premier, et sans entrer (Jean 20: 4-5), il vit de la porte les suaires éloignés du sépulcre, et il attendit que saint Pierre arrivât, lequel entra le premier et saint Jean après lui, et ils virent la même chose et que le Corps sacré n'était pas dans le sépulcre. Et saint Jean dit qu'il crut (Jean 20: Cool alors, et il s'assura de ce qu'il avait commencé à croire lorsqu'il avait vu la Reine du Ciel changée comme je l'ai dit dans le chapitre précédent. Les deux Apôtres revinrent rendre compte aux autres de ce qu'ils avaient vu avec admiration dans le sépulcre. Les Marie y demeurèrent dans la partie extérieure, conférant avec
admiration tout ce qui arrivait. Et avec une plus grande ferveur et avec larmes la Magdeleine rentra dans le sépulcre pour la considérer; et quoique les Apôtres ne vissent point les Anges, Magdeleine les vit, et ces mêmes Anges lui demandèrent (Jean 20: 13): «Femme, pourquoi pleures-tu?» Marie répondit: «Parce qu'ils ont enlevé mon Seigneur et je ne sais où ils L'on mis.» Après cette réponse, elle sortit dehors dans le jardin où était le sépulcre, et elle rencontra aussitôt le Seigneur quoiqu'elle ne Le connût point. Elle Le prenait au contraire pour le jardinier. Et Sa Majesté lui demanda aussi (Jean 20: 15): «Femme, pourquoi pleures-tu? Qui cherches-tu?» Ne reconnaissant pas Notre-Seigneur Jésus-Christ la Magdeleine lui répondit comme s'Il eût été le jardinier de ce jardin, et vaincue par l'amour et sans plus de réflexion elle Lui dit: «Seigneur si vous L'avez pris, dites-moi où vous L'avez mis; parce que j'irai et je Le prendrai.» Alors le Très Aimant Maître lui répliqua et lui dit: «Marie.» En la nommant Il Se laissa reconnaître par la voix.

6, 27, 1482. Quand la Magdeleine connut que c'était Jésus, elle s'enflamma tout entière dans l'amour et la joie et elle Lui répondit et lui dit (Jean 20: 16): «Mon Maître.» Et se prosternant à Ses Pieds, elle allait les toucher et les baiser, ayant coutume d'avoir cette faveur. Mais le Seigneur la prévint et lui dit (Jean 20: 17): «Ne Me touche point, parce que Je ne suis pas monté à Mon Père, vers qui Je m'en vais; retourne et dis à Mes frères les Apôtres que Je M'en vais à Mon Père et à leur Père.» La Magdeleine partit aussitôt remplie de consolation et de joie, et elle rejoignit les autres Marie à peu de distance. Et comme elle achevait de leur raconter ce qui lui était arrivé, comment elle avait vu Jésus ressuscité, pendant qu'elles étaient toutes dans l'admiration, les larmes et les transports de joie, Il leur apparut à toutes ensemble et Il leur dit (Matt. 28: 9): «Je vous salue.» Elles Le reconnurent et l'Évangéliste saint Matthieu dit qu'elles adorèrent ses Pieds sacrés; et le Seigneur leur commanda de nouveau d'aller vers les Apôtres et de leur dire ce qu'elles avaient vu et qu'ils allassent en Galilée où ils Le verraient ressuscité. Le Seigneur disparut et les Marie hâtant le pas revinrent au Cénacle et racontèrent aux Apôtres tout ce qui leur était arrivé, mais ils étaient toujours lents à leur donner crédit (Luc 24: 11). Ensuite les Marie entrèrent pour donner connaissance de ce qui se passait à la Reine du Ciel. Elle les écouta avec une tendresse et une prudence admirable comme si Elle l'eût ignoré, quoiqu'Elle sût tout par la vision intellectuelle avec laquelle Elle le connaissait. Et comme si Elle l'eût appris, prenant occasion de ce que les Marie lui racontaient, Elle les confirma dans la foi des Mystères et des sacrements sublimes de l'Incarnation et de la Rédemption et des divines Écritures qui en traitent. Mais la Dame du Ciel ne leur dit pas ce qui lui était arrivé, quoiqu'Elle fût la Maîtresse de ces disciples fidèles et dévotes; comme le Seigneur était le Maître des Apôtres pour les restituer à la Foi.

6, 27, 1483. Les Évangélistes ne rapportent pas quand le Seigneur apparut à saint Pierre, quoique saint Luc le suppose (Luc 24: 34). Mais ce fut après les Marie, et plus secrètement seul comme chef de l'Église, avant Son apparition à tous ensemble et à aucun autre des Apôtres; et ce fut ce jour-là même, après que les Marie lui eurent donné connaissance de L'avoir vu. Arriva ensuite l'apparition (Luc 24: 13 et suiv.) que les Évangélistes rapportent et que saint Luc raconte longuement, des deux disciples qui allaient ce soir-là de Jérusalem au bourg d'Emmaüs, qui était à soixante stades de la ville, ce qui fait quatre milles Palestinien et presque deux lieues Espagnol. L'un de ces deux disciples s'appelait Cléophas et l'autre était saint Luc lui-même; et il en arriva de la sorte: Les deux disciples sortirent de Jérusalem après avoir entendu ce que les Marie avaient raconté, et ils continuèrent dans le chemin leur conversation sur les événements de la Passion, la sainteté de leur Maître et la cruauté des Juifs. Ils étaient dans l'étonnement de ce que le Tout-Puissant avait permis qu'un homme si Saint et si innocent souffrît de tels opprobres. L'un deux disait: «Quand avons-nous vu une suavité et une douceur pareilles?» L'autre répétait: «Qui a jamais entendu parler d'une telle patience; Il ne Se plaignait point ni ne changeait Son air si calme et si majestueux. Sa Doctrine était Sainte, Sa vie irréprochable, Ses Paroles traitaient du Salut Éternel, Ses Oeuvres étaient pour le bénéfice de tous; qu'est-ce que les prêtres ont donc vu en Lui pour concevoir tant de haine contre Lui?» L'autre répondait: «Il a été vraiment admirable en tout, et personne ne peut nier qu'Il était un grand Prophète: Il a fait beaucoup de miracles, Il a éclairé les aveugles, guéri les malades, ressuscité les morts et Il a fait à tous des Bienfaits admirables; mais Il a dit (Matt. 20: 19) qu'Il ressusciterait le troisième jour après Sa Mort, qui est aujourd'hui, et c'est ce que nous ne voyons point accompli.» L'autre répliquait: «Il a dit aussi qu'ils devaient Le crucifier et c'est ce qui a été accompli comme Il l'avait dit.»

6, 27, 1484. Au milieu de ces entretiens et d'autres, Jésus leur apparut en habit de pèlerin (Luc 24: 16), comme les rejoignant dans le chemin, et après les avoir salués Il leur dit: «De quoi parlez-vous qu'il Me parait que vous êtes
attristés?» Cléophas répondit: «Tu es le seul étranger à Jérusalem qui ne sait ce qui est arrivé ces jours-ci dans la cité.» Le Seigneur lui dit: «Qu'est-il donc arrivé?» Le disciple répliqua: «Ne sais-tu point ce qu'ont fait les princes des prêtres de Jésus de Nazareth, saint homme puissant, en Oeuvres et en Paroles; comment ils L'ont condamnée et crucifié? Nous avions espérance qu'Il rachèterait Israël en ressuscitant des morts, et le troisième jour de Sa Mort s'achève déjà et nous ne savons ce qu'Il a fait. Cependant, quelques femmes des nôtres nous ont effrayés, parce qu'elles sont allées de grand matin au sépulcre et elles n'ont point trouvé le Corps, et elles affirment qu'elles ont vu des Anges qui leur ont dit qu'Il était déjà ressuscité. Et d'autres de nos compagnons qui ont ensuite accouru au sépulcre ont vue que ce que les femmes avaient raconté était vrai. Mais nous allons à Emmaüs pour y attendre, afin de voir ce que veulent dire ces nouvelles.» Le Seigneur leur répondit: «Vous êtes vraiment stupides et lents de coeur; puisque vous ne comprenez point qu'il convenait ainsi que le Christ souffrît toutes ces peines et une Mort aussi affreuse pour entrer dans Sa gloire.»

6, 27, 1485. Et poursuivant, le divin Maître leur déclara les Mystères de Sa Vie et de Sa Mort pour la Rédemption des hommes, commençant par la figure de l'agneau que Moïse avait commandée de sacrifier et de manger (Ex. 12: 3), rougissant le haut des portes de son sang: et ce que figuraient la mort du grand prêtre Aaron (Nom. 20: 28-29); la mort de Samson (Juges 16: 30) pour les amours de son épouse Dalila, et plusieurs psaumes de David, où ce saint roi prophétisa (Ps. 21: 17-19) le conseil, la Mort de Jésus, le partage des Ses vêtements et que Son Corps ne verrait point la corruption (Ps. 15: 10) du tombeau; ce que la Sagesse dit (Sag. 2: 20), et plus clairement Isaïe et Jérémie (Is. 53 en entier; Jér. 11: 19), de Sa Passion, qu'il paraîtrait un lépreux défiguré, un homme de douleur, qu'Il serait mené comme une brebis à la boucherie sans ouvrir la bouche; et Zacharie qui Le vit transpercé de plusieurs plaies (Zach. 13: 6); et Il leur dit d'autres endroits des Prophètes qui disent clairement les Mystères de Sa Vie et de Sa Mort. Les disciples recevaient peu à peu par l'efficace de ce raisonnement, la chaleur de la Charité et la lumière de la Foi qu'ils avaient éclipsée. Et lorsqu'ils approchaient déjà du bourg d'Emmaüs, le divin Maître, leur donna à entendre qu'Il passait plus loin dans Son voyage; mais ils le prièrent avec instances de demeurer avec eux parce qu'il était déjà tard. Le Seigneur accepta, et invité par les disciples ils se couchèrent conformément à la coutume des Juifs pour manger ensemble. Le Seigneur prit le pain et comme Il avait coutume aussi Il le bénit et le partagea, leur
donnant avec le pain bénit la connaissance infaillible qu'Il était leur Maître et leur Rédempteur.

6, 27, 1486. Les disciples Le reconnurent parce qu'Il leur ouvrit les yeux de l'âme; et dès qu'Il les eut éclairés Il disparut à leurs yeux corporels et alors ils ne Le virent plus. Mais ils demeurèrent remplis de joie et d'admiration conférant entre eux du feu de la Charité qu'Ils avaient éprouvé dans le chemin, quand leur Maître leur parlait et leur déclarait les Écritures. Ils retournèrent sans délai à Jérusalem quand il était déjà nuit (Luc 24: 33). Ils entrèrent dans la maison où les autres Apôtres s'étaient retirés par crainte des Juifs. Et ils les trouvèrent à s'entretenir des notices qu'Ils avaient que le Sauveur était ressuscité et qu'Il était déjà apparu à saint Pierre. Les deux disciples ajoutèrent à cela tout ce qui leur était arrivé dans le chemin et comment ils L'avaient reconnu quand Il leur avait partagé le pain au bourg d'Emmaüs. Saint Thomas était alors présent et quoiqu'il entendît les deux disciples et que saint Pierre confirmait ce qu'Ils disaient assurant qu'il avait vu, lui aussi, son Maître ressuscité, Thomas demeura néanmoins lent et douteux, sans donner crédit au témoignage des trois disciples outre celui des femmes. Et avec quelque découragement, effet de son incrédulité il sortit de la compagnie des autres et s'en alla. Peu après que Thomas fut parti, le Seigneur entra les portes étant fermées et Il apparut aux autres. Étant au milieu d'eux, Il leur dit (Luc 24: 36): «La paix soit avec vous, c'est Moi, ne craignez point.»

6, 27, 1487. Les Apôtres se troublèrent à cette apparition soudaine, craignant que ce qu'ils voyaient fût un esprit ou un fantôme, et le Seigneur leur dit (Luc 24: 38-39): «De quoi vous troublez-vous et recevez-vous tant de pensées différentes? Regardez Mes pieds et Mes mains et sachez que Je suis votre Maître. Touchez de vos mains Mon vrai Corps, car les esprits n'ont pas de chair ni d'os comme vous voyez que J'en ai.» Les Apôtres étaient si troublés et si confus qu'encore qu'ils vissent et qu'ils touchassent les mains couvertes de plaies du Sauveur, ils n'arrivaient pas à croire que c'était Lui qui leur parlait et qu'ils touchaient. Le Maître très aimant leur dit pour les assurer davantage (Luc 24: 41): «Donnez-Moi quelque chose à manger si vous en avez.» Ils Lui présentèrent tout joyeux un morceau de poisson rôti (Luc 24: 42) et un rayon de miel; Il en mangea et Il leur partagea le reste, disant: «Ne savez-vous pas que tout ce qui est arrivé à Mon sujet est la même chose que ce qui était écrit de Moi dans Moïse, les Prophètes, les Psaumes et les Saintes Écritures, et que le tout devait s'accomplir comme il avait été prophétisé?» Et avec ces paroles, Il leur ouvrit les sens et ils Le connurent, et ils comprirent les Écritures qui parlent de Sa Passion, de Sa Mort et de Sa Résurrection le troisième jour. Les ayant ainsi éclairés, Il leur dit de nouveau (Jean 20: 21): «La paix soit avec vous. Comme Mon Père M'a envoyé ainsi Je vous envoie, afin que vous enseigniez au monde la Vérité et la connaissance de Dieu et de la Vie Éternelle, prêchant la pénitence des péchés et la rémission de ces péchés en Mon Nom.» Puis répandant sur eux Son Souffle divin ou son Haleine, Il ajouta et dit (Jean 20: 22): «Recevez l'Esprit-Saint, afin que les péchés que vous aurez pardonnés soient pardonnés, et que ceux que vous n'aurez point pardonnés ne le soient point. Prêchez (Luc 24: 47) à toutes les nations, commençant par Jérusalem.» Sur cela le Seigneur disparut, les laissant consolés et raffermis dans la foi, avec la puissance de pardonner les péchés, eux-mêmes et les autres prêtres.

6, 27, 1488. Tout cela arriva, saint Thomas n'étant point présent comme il a été dit; mais par la disposition du Seigneur, il revint ensuite à la congrégation d'où il s'était absenté et les Apôtres lui racontèrent tout ce qui était arrivé en son absence. Cependant, quoiqu'il les trouvât si changés par la joie nouvelle qu'ils avaient reçue, il demeura néanmoins incrédule et obstiné, affirmant qu'il ne croirait point ce que tous affirmaient s'il ne voyait (Jean 20: 25) d'abord de ses yeux les Plaies et s'il ne touchait la Plaie du côté et les autres de sa main et des ses doigts. L'incrédule Thomas persévéra dans cet endurcissement pendant huit jours, après quoi, le Seigneur revint de nouveau les portes étant fermées et Il apparut au milieu des même Apôtres et de l'incrédule. Il les salua comme de coutume disant: «La paix soit avec vous.» Et appelant ensuite Thomas, Il le reprit avec une suavité amoureuse et lui dit (Jean 20: 27): «Approchez vos mains, Thomas, et touchez les trous qui sont dans les miennes et celui de mon Côté et veuillez ne plus être incrédule, mais soumis et fidèle.» Thomas toucha les Plaies divines et fut éclairé intérieurement pour croire et reconnaître son ignorance. Et se prosternant en terre il dit (Jean 20: 28): «Mon Seigneur et mon Dieu.» Sa Majesté répliqua (Jean 20: 29): «Thomas, tu M'as cru parce que tu M'as vu; mais bienheureux seront ceux qui ne Me verront point et qui Me croiront.» Le Seigneur disparut, les Apôtres et Thomas demeurant remplis de Lumière et d'allégresse. Ils allèrent ensuite tous ensemble rendre compte à la Très Sainte Marie de ce qui était arrivé, comme ils l'avaient fait dès la première apparition.

6, 27, 1489. Les Apôtres alors n'étaient pas aptes à comprendre la grande sagesse de la Reine du Ciel et encore moins les connaissances qu'Elle avait de tout ce qui leur arrivait et des Oeuvres de son Très Saint Fils; ainsi ils lui rendaient compte de ce qui se passait: et Elle les écoutait avec une prudence souveraine et une mansuétude de Mère et de Reine. Après la première apparition, quelques-uns des Apôtres lui avaient raconté l'obstination de Thomas qui refusait de les croire tous, quoiqu'ils affirmassent avoir vu leur Maître ressuscité; et comme il avait persévéré dans son incrédulité pendant ces huit jours, l'indignation de quelques Apôtres contre lui s'était accrue davantage. Ils étaient allés en la présence de l'Auguste Dame du Ciel et l'avaient accusé comme coupable, obstiné, homme grossier, peu éclairé et attaché à son propre sentiment. La pieuse Princesse les écoutait avec un Coeur pacifique et voyant que l'aversion des Apôtres croissait contre lui, car ils étaient encore tous imparfaits, Elle parla à ceux qui étaient les plus indignés, et Elle les tranquillisa en leur disant que les jugements du Seigneur étaient très cachés et qu'Il tirerait de l'incrédulité de Thomas de grands biens pour les autres et de la gloire pour Lui-même; qu'ils devaient attendre et ne point se troubler si tôt. La divine Mère fit une très fervente oraison et des demandes pour Thomas et à cause d'Elle le Seigneur accéléra le remède de cet Apôtre incrédule en Se montrant à lui. Après qu'il se fut soumis ils en donnèrent connaissance à leur Souveraine et leur Maîtresse, Elle les confirma dans leur foi, les avertit et les corrigea; et Elle leur ordonna de rendre grâce au Très-Haut avec Elle pour ce Bienfait, et de demeurer constants dans les tentations puisqu'ils étaient tous sujets au danger de tomber. Elle leur dit plusieurs douces paroles de correction, d'enseignement, d'avertissement et de Doctrine, les prévenant de ce qu'ils auraient à souffrir dans la nouvelle Église.

6, 27, 1490. Notre Sauveur fit d'autres apparitions, comme l'Évangéliste saint Jean le suppose (Jean 20: 30-31) et celles qui suffisent pour la foi de la Résurrection furent seules écrites. Le même Évangéliste écrit aussi l'apparition de Sa Majesté sur la mer de Tibériade où étaient (Jean 21: 1) saint Pierre, saint Thomas, saint Nathanaël, les fils de Zébédée, et deux autres Disciples. Cette apparition est si mystérieuse qu'elle m'a semblé ne devoir pas être omise dans ce chapitre; elle arriva de cette manière. Les Apôtres s'en furent en Galilée après ce qui leur était arrivé à Jérusalem, parce que le Seigneur le leur avait commande,
leur promettant qu'ils Le verraient là. Les sept Apôtres et les disciples se trouvant près de cette mer, saint Pierre leur dit qu'il voulait aller pêcher pour avoir quelque chose pour passer le temps, car il savait pêcher par office. Ils l'y accompagnèrent tous et ils passèrent cette nuit à jeter les filets sans prendre un seul poisson. Le matin notre Sauveur Jésus leur apparut sur le rivage sans Se faire connaître d'abord. La petite barque dans laquelle ils pêchaient était proche et le Seigneur leur demanda: «Avez-vous quelque chose à manger? Nous n'avons rien pris,» répondirent-ils. Sa Majesté répliqua: «Jetez vos filets à droite de la nacelle et vous prendrez quelque chose.» Ils le firent et le filet se remplit de poissons, de manière qu'ils ne pouvaient le lever. Alors saint Jean reconnut Notre-Seigneur Jésus-Christ par ce miracle et s'approchant de saint Pierre, il lui dit: «C'est le Seigneur qui vous parle de la rive.» Sur cet avis, saint Pierre le reconnut aussi, et tout enflammé de ses ferveurs accoutumées, il se vêtit en toute hâte de la tunique dont il s'était dépouillé, et il se jeta à la mer, marchant sur les eaux vers le Maître de la Vie et les autres approchèrent la barque du lieu où ils étaient (Jean 21: 7-Cool.

6, 27, 1491. Ils sautèrent sur le rivage et ils trouvèrent que le Seigneur leur avait déjà préparé de la nourriture: car ils virent le feu, du pain et un poisson sur la braise; cependant Sa Majesté leur dit d'apporter des poissons qu'ils venaient de pêcher et ayant tiré le filet à terre, saint Pierre trouva qu'il y avait cent cinquante-trois poissons, et quoiqu'il y en eût tant le filet ne s'était pas rompu. Le Seigneur leur commanda de manger. Et bien qu'il fût si familier et si affable avec eux, nul ne s'hasarda à Lui demander qui Il était; parce que les miracles et la majesté du Seigneur leur causa une grande crainte et une grande révérence. Il leur partagea le pain et les poissons. Et après qu'ils eurent achevé de manger, Il se tourna vers saint Pierre et lui dit: «Simon, fils de Jona, M'aimes-tu plus que ceux-ci?» Saint Pierre répondit: «Oui, Seigneur, vous savez que je Vous aime.» Le Seigneur répliqua: «Pais Mes agneaux.» Ensuite Il lui demanda une autre fois: «Simon, fils de Jona, M'aimes-tu?» Saint Pierre répliqua la même chose: «Seigneur, Vous savez que je Vous aime.» Le Seigneur fit une troisième fois la même demande: «Simon, fils de Jona, M'aimes-tu?» A cette troisième fois, saint Pierre se contrista et répondit: «Seigneur, Vous savez toutes choses, Vous savez que je Vous aime.» Notre-Seigneur Jésus-Christ lui répondit une troisième fois: «Pais Mes brebis.» Par ces Paroles, Il le fit lui seul le Chef de Son Église, Unique et Universelle, lui donnant l'autorité suprême de Son Vicaire, sur tous les hommes. Et c'est pour cela qu'Il l'examina tant de fois touchant l'amour qu'il avait, comme s'il eût été capable
avec cela seul de la suprême dignité, et comme si cela seul lui eût suffi pour l'exercer dignement.

6, 27, 1492. Le Seigneur intima ensuite à saint Pierre la charge de l'Office qu'Il lui donnait et Il lui dit: «En vérité Je t'assure que lorsque tu seras déjà vieux, tu ne pourras point te ceindre comme quand tu étais jeune, et tu n'iras pas où tu voudras; parce qu'un autre te ceindra et te mènera où tu ne voudras pas.» Saint Pierre comprit que le Seigneur le prévenait de la mort de la croix en laquelle il L'imiterait et Le suivrait. Mais comme il aimait beaucoup saint Jean et qu'il désirait savoir ce qu'il en serait de lui, il demanda au Seigneur: «Qu'est-ce que Vous déterminez de faire de celui que Vous aimez.» Sa Majesté lui répondit: «Que t'importe-t-il à toi de le savoir? Si Je veux qu'il demeure ainsi jusqu'à ce que Je revienne au monde, cela me regarde. Toi, suis-Moi et ne te trouble point de ce que Je veux faire de lui.» A cause de ces paroles, il s'éleva une rumeur parmi les Apôtres que saint Jean ne devait pas mourir. Mais l'Évangéliste lui-même avertit, que Jésus-Christ ne dit point affirmativement qu'il ne mourrait point, comme on le voit par les paroles qui viennent d'être rapportées; il semble au contraire que Jésus cachât intentionnellement la Volonté qu'Il avait de la mort de l'Évangéliste, S'en réservant alors le secret. La Très Sainte Marie eut, par la révélation que j'ai dites plusieurs fois [a], une intelligence claire de tous ces mystères et de toutes ces apparitions. Et comme Archives et Dépositaires des Oeuvres du Seigneur et de Ses Mystères dans l'Église, ces Oeuvres et ces Mystères étaient gravés dans son Âme et Elle les gardait et les conférait dans son Coeur très chaste et très prudent. Et ensuite les Apôtres, et spécialement son nouveau fils saint Jean l'informaient de tous les événements qui se présentaient. L'Auguste Dame du Ciel persévéra dans son recueillement pendant les quarante jours continus après la Résurrection et Elle y jouissait de la vue de son Très Saint Fils, des Anges et des Saints; et ceux-ci chantaient au Seigneur, les hymnes et les louanges que Sa Très Aimante Mère Lui faisait; et les Anges les recueillaient pour ainsi dire de sa bouche pour célébrer les gloires du Seigneur des vertus et des victoires.

DOCTRINE QUE ME DONNA LA TRÈS SAINTE REINE MARIE.

6, 27, 1493. Ma fille, l'enseignement que je te donne dans ce chapitre servira aussi de réponse au désir que tu as de savoir pourquoi mon Très Saint Fils apparut une fois comme pèlerin et une autre fois comme jardinier; et pourquoi Il ne Se donna pas toujours à connaître à la première vue. Sache donc, ma très chère, que bien que les Marie et les Apôtres fussent déjà disciples du Seigneur et en comparaison des autres hommes du monde, ils étaient déjà les meilleurs et les plus parfaits; néanmoins ils étaient enfants dans le degré de la perfection et de la sainteté et ils n'étaient pas aussi avancés qu'ils devaient l'être à l'école d'un tel Maître. Ainsi ils étaient faibles dans la Foi, et moins constants dans les autres vertus et moins fervents que leur vocation et les Bienfaits reçus de la main du Seigneur le demandaient; et les moindres fautes des âmes favorisées et choisies pour l'amitié de Dieu pèsent plus aux yeux de Sa très juste Équité que certains péchés graves des autres âmes qui ne sont point appelées à cette grâce. Pour ces causes, quoique les Apôtres et les Marie fussent amis du Seigneur ils n'étaient pas disposés à ce que le divin Maître leur communiquât, aussitôt, les effets célestes de Sa connaissance et de Sa présence, vu leurs fautes, leurs faiblesses, leur tiédeur et leur lenteur dans l'amour. Mais avant de Se manifester Jésus leur disait des Paroles de Vie par lesquelles Il les disposait en les éclairant et leur donnant la ferveur. Et lorsque la Foi et l'Amour se renouvelaient dans leurs coeurs Il se faisait connaître, et Il leur communiquait l'abondance de Sa Divinité qu'ils sentaient, et d'autres Dons et d'autres grâces par lesquels ils étaient renouvelés et élevés au-dessus d'eux-mêmes. Et quand ils commençaient à jouir de ces faveurs, Il disparaissait, afin qu'ils Le désirassent de nouveau avec de plus ardents désirs de Sa communication et de Son très doux entretien. Tel fut le mystère de Ses apparitions dissimulées à la Magdeleine, aux Apôtres et aux disciples sur le chemin d'Emmaüs. Et Il fait la même chose respectivement à l'égard de plusieurs âmes qu'Il choisit pour Son entretien et Son intime communication.

6, 27, 1494. Par cet ordre admirable de la Providence divine, tu demeureras enseignée et reprise des doutes ou de l'incrédulité où tu es tombée tant de fois, touchant les faveurs et les Bienfaits que tu as reçus de la Clémence divine de mon Très Saint Fils. Il est temps désormais que tu modères en cela les craintes dont tu as toujours souffert; de peur que de l'humilité tu passes à l'ingratitude et que de douteuse tu deviennes entêtée et lente de coeur pour donner crédit aux faveurs Divines. Tu recevras aussi une Doctrine précieuse si tu considères dignement la promptitude de l'immense Charité du Très-Haut (Ps. 33: 19) à répondre aussitôt à ceux qui sont humbles et contrits de coeur (Sag. 6: 13) et à assister à l'instant ceux qui Le cherchent et Le désirent avec amour, qui méditent Sa Passion et Sa Mort et s'en entretiennent. Tu connaîtras tout cela en Pierre, la Magdeleine et les autres disciples. Puis imite, ma fille, la ferveur de la Magdeleine à chercher son Maître sans s'arrêter même avec les Anges, sans s'éloigner du sépulcre avec les autres, sans se reposer un instant jusqu'à ce qu'elle Le trouvât si amoureux et si doux. Elle avait aussi gagné tout cela pour m'avoir accompagnée pendant tout la Passion avec un coeur si ardent. Les autres Marie avaient fait la même chose et pour cela elles avaient mérité de goûter les premières aux joies de la Résurrection. Après elles, saint Pierre l'obtint par l'humilité et la douleur avec lesquelles il pleura son reniement; aussitôt le Seigneur fut incliné à le consoler et Il commanda aux Marie de lui donner à lui-même nommément des nouvelles de Sa Résurrection et ensuite Il le visita, le confirma dans la Foi et le remplit de joie et des Dons de Sa grâce. Il apparut aussi aux deux disciples avant les autres, quoiqu'ils doutassent; parce qu'ils s'entretenaient de Sa Mort et ils y compatissaient. Et je t'assure, ma fille, qu'aucune des bonnes oeuvres que les hommes font de tout leur coeur avec une intention droite ne demeure sans une grande récompense donnée comptant; parce que le feu dans son activité si grand n'enflamme pas si vite l'étoupe très disposée, la pierre ne se meut pas si rapidement vers son centre, tout empêchement lui étant ôté, ni la mer dans son cours ne va et ne coule pas avec autant de force, que la Bonté du Très-haut et Sa grâce se communiquent aux âmes qui se disposent et qui ôtent l'obstacle des péchés, lesquels retiennent l'Amour divin comme violenté. Cette vérité est une des choses qui causent le plus d'admiration dans les Bienheureux qui la connaissent dans le Ciel. Loue le Seigneur pour cette Bonté infinie, et aussi parce qu'Il tire du mal même, des biens grandioses, comme Il l'a fait de l'incrédulité des Apôtres, en laquelle le Seigneur manifesta cet Attribut de Sa Miséricorde envers eux, et Il rendit Sa Résurrection plus croyable pour tous, et Sa bénignité et le pardon des péchés plus manifestes, pardonnant aux Apôtres et oubliant pour ainsi dire leurs fautes pour les chercher et leur apparaître, Se montrant humain à leur égard comme un vrai Père, les éclairant et leur donnant la Doctrine selon leur peu de Foi et leur nécessité.

NOTES EXPLICATIVES
EXTRAITES DE CELLES DE DON CRESETO, À L'USAGE DES PRÊTRES.
6, 27, [a]. Livre 4, Nos. 481, 534; Livre 5, Nos. 990 et fréquemment.
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