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Le droit à la liberté religieuse dans la Tradition de l’Eglise. Bannie10

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Le droit à la liberté religieuse dans la Tradition de l’Eglise.

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Message par fabrice remy le Lun 2 Jan 2012 - 14:52


Fr. Basile, O.S.B.

La liberté religieuse chez les Pères de l’Eglise avant l’Edit de Milan (313)

Source : « Le droit à la liberté religieuse dans la Tradition de l’Eglise », Le Barroux, Editions Sainte-Madeleine, 2005, p. 83-86


Samedi 22 mai 2010, par Blaise

(...)
« Nous n’adorons que Dieu seul, mais pour le reste, nous vous obéissons volontiers [...] [1]. »
[Aux alentours de 150, saint Justin] prend à partie ces détenteurs du pouvoir, et leur fait remarquer ad hominem qu’ils laissent bien n’importe qui adorer n’importe quoi. Pourquoi ne pas laisser les Chrétiens adorer leur propre Dieu ? [2]

Vers l’an 180/190, saint Irénée (v. 130/5-v. 202) [3] s’occupe de façon plus directe de la liberté de l’acte de foi.

« Dieu nous exhorte à la soumission envers Lui et nous détourne de lui être infidèles, mais il ne nous fait pas violence pour autant. Même l’Évangile, en effet, il est loisible de ne pas le suivre, si l’on veut, encore que ce soit sans profit. » [4]

Et cette liberté est précisément ce qui rend l’homme image de Dieu, [5] lequel s’abstient même de contraindre à la foi, afin de sauvegarder « la liberté de l’homme et la maîtrise qu’il a de soi-même. » [6]

À cheval sur le IIe et le IIIe siècles, Tertullien (v. 160-222/3) pousse plus loin encore le raisonnement ébauché par saint Justin et Athénagoras.

« Que l’un soit libre d’adorer Dieu, et l’autre Jupiter ; que l’un puisse lever ses mains suppliantes vers le ciel, et l’autre vers l’autel de la Bonne Foi [...]. »[7]
« Prenez garde, en effet, que ce ne soit déjà un crime d’irréligion, que d’ôter aux hommes la liberté de religion (libertatem religionis) et de leur interdire le choix de la divinité, c’est-à-dire de ne pas me permettre d’honorer qui je veux honorer, pour me forcer d’honorer qui je ne veux pas honorer ! Il n’est personne qui veuille des hommages forcés, pas même un homme [...]. »[8]

Ce juriste professionnel ajoute donc la liberté de ne pas être empêché à celle de ne pas être contraint. Et, en 212, montaniste, il ira jusqu’à proclamer :

« II est de droit humain et de droit naturel que chacun puisse adorer qui il pense ; la religion d’un individu ne nuit, ni ne sert à autrui. Il n’est pas dans la nature de la religion de forcer la religion ; celle-ci doit être adoptée spontanément, non par la force, puisque les sacrifices ne sont demandés que de bon gré. C’est pourquoi, si vous nous forcez à sacrifier, vous ne donnerez rien en fait à vos dieux ; ceux-ci n’ont pas besoin de sacrifices offerts à contrecœur ; [à moins qu’ils ne soient chicaneurs, mais un chicaneur n’est pas un dieu]. »[9]

Au IIIe, deux autres Africains s’intéressent, eux, à la différence entre l’Ancien Testament et le Nouveau Testament en la matière. D’abord, en 248, Origène (v. 185-254), selon qui :

« S’il faut caractériser brièvement la différence entre le régime d’abord en vigueur chez les Juifs suivant les lois de Moïse, et le régime plus parfait que les chrétiens veulent suivre maintenant d’après l’enseignement de Jésus, voici ce que je dirais. D’une part, il ne convenait pas aux Gentils appelés à la foi de suivre à la lettre le régime de Moïse, puisqu’ils étaient soumis aux Romains. De l’autre, il n’était pas possible aux Juifs d’autrefois de conserver intacte leur constitution, puisque par hypothèse ils obéissaient au régime évangélique. Les chrétiens ne pouvaient se conformer à la loi de Moïse en massacrant leurs ennemis ou ceux que leurs transgressions de la loi condamnaient à périr brûlés ou lapidés, puisque même les Juifs, malgré leur désir, ne pouvaient leur infliger cette peine ordonnée par la loi. En revanche, aux Juifs d’alors, possédant en propre une constitution et un territoire, interdire d’attaquer leurs ennemis et de faire campagne pour la défense de leurs traditions, de mettre à mort ou châtier de quelque manière les adultères, les meurtriers, les criminels de cette espèce, c’eût été les réduire en masse à une destruction totale au moment d’une attaque ennemie contre la nation, car leur propre loi les aurait privés de force et empêchés de repousser les ennemis. »[10]

Puis, en 249, saint Cyprien de Carthage (200-258) remplace le glaive matériel de l’Ancien Testament par le glaive spirituel du Nouveau Testament (la simple expulsion) :

« En ce temps-là, à la vérité, on tuait avec le glaive, alors que la circoncision charnelle était encore en vigueur : maintenant que la circoncision spirituelle existe pour [chez] les serviteurs de Dieu, c’est avec le glaive spirituel que l’on tue les orgueilleux et les révoltés, en les rejetant hors de l’Église. Ils ne peuvent, en effet, vivre dehors, puisqu’il n’y a qu’une maison de Dieu, et que, hors de l’Église, il n’y a de salut pour personne. »[11]

De son côté, Lactance (250-305/323), avant de pouvoir contempler avec une juste satisfaction la mort des persécuteurs, se trouve obligé (vers 305/310) de reprendre l’argumentation de Tertullien sur la nature de la religion. Celle-ci n’est pas affaire de violence, mais de volonté. La violence la souille. L’auteur vient d’inviter (« rhétoriquement ») les prêtres païens à un colloque où ils se donneraient la peine de prouver leurs croyances idolâtriques par raison démonstrative comme le font les chrétiens pour leur propre croyance :

« Il n’est pas besoin de violence et d’injustice, parce que la religion ne peut pas naître de contraintes ; il faut utiliser plutôt le verbe que les verges, pour qu’il y ait acte volontaire. Qu’ils dégainent toute l’acuité de leur esprit ; si leur raisonnement est juste, qu’ils le présentent. Nous sommes prêts à les écouter s’ils apportent un enseignement : mais nous ne pouvons pas les croire s’ils se taisent, de même que nous ne pouvons céder, pas même à ceux qui nous font violence. [...] C’est pourquoi nul n’est jamais retenu par nous malgré lui — car il est inutile à Dieu celui qui n’a ni dévotion ni foi — et pourtant nul ne s’éloigne, car à elle seule la vérité retient dans nos rangs. »[12]

Muni d’arguments spéculatifs, non magiques, retenant l’esprit, non le corps, on doit défendre la religion « non pas en massacrant, mais en mourant »,

« [...] car si l’on veut défendre la religion par le sang, les tortures, le mal, on ne la défendra plus, on la souillera et on la violera. En effet, rien n’est si librement voulu que la religion : si l’esprit de celui qui offre un sacrifice y éprouve de la répugnance, la voilà détruite et inexistante. »[13]

Nuance nouvelle, l’acte religieux forcé n’est pas de la religion ; [14] c’est même un blasphème. [15] Et un dieu qui accepterait un tel sacrifice ne serait pas dieu. [16]

« Tandis que nous, bien au contraire, nous n’exigeons pas que quelqu’un soit contraint malgré lui d’adorer notre Dieu, qui est le Dieu de tous les hommes, qu’ils le veuillent ou non, et nous ne nous fâchons pas si on ne l’adore pas. Nous mettons notre confiance dans la majesté suprême de celui qui peut tout aussi bien venger les mépris qu’il subit que les souffrances et les injustices subies par ses serviteurs. » « Et par conséquent, bien que nous souffrions de telles horreurs, nous ne répondons même pas par la parole, mais nous laissons à Dieu la vengeance ; nous n’imitons pas ceux qui se présentent comme défenseurs de leurs dieux et sévissent sans pitié envers ceux qui ne les adorent pas. »[17]

II récapitulera vers 320/325 sa pensée, transmise le long du fil de la Tradition jusqu’à Léon XIII, Pie XII, Jean XXIII et Dignitatis Humanae :

« 1. Et pourtant la religion est le seul domaine dans lequel la liberté a établi son domicile.
2. De fait, plus que tout le reste, elle regarde la volonté, et la nécessité ne peut en être imposée à personne pour lui faire honorer ce qu’il ne veut pas.
»[18]

À une date incertaine comprise entre 295 et 314, peut-être en 313, se tint à Elvire un concile dont deux canons intéressent notre sujet. Le canon 49 avertit « les propriétaires qu’ils ne permettent pas que leurs fruits, lesquels ils reçoivent de Dieu, soient bénis par des Juifs ; de peur que ceux-ci ne rendent notre bénédiction nulle et infirme. Si quelqu’un après l’interdiction avait l’usage de le faire, qu’il soit exclu complètement de l’Église. » Remarquons-le bien, un propriétaire terrien a évidemment le droit, même selon Dignitatis Humanae, de demander que des personnes extérieures ne viennent pas pratiquer leur culte chez lui ; c’est du plus élémentaire droit naturel privé. De même si des ouvriers voulaient utiliser la récolte des propriétaires (fructus suos) pour leur culte : la récolte appartient par hypothèse aux propriétaires chrétiens, non aux Juifs. Et exclure de l’Église n’est pas proprement contraindre.

Selon le canon 60, dont LRTC avait déjà fourni la référence : « Si quelqu’un brise des idoles, et qu’il soit mis à mort sur place, vu que cela n’est pas écrit dans l’Évangile, et qu’on ne trouve pas que cela fût jamais fait du temps des apôtres, il nous a plu de ne pas le recevoir au nombre des martyrs. » Remarquons d’abord qu’il s’agit de détruire le paganisme. Ensuite, assurément, du temps des apôtres, on s’est fait massacrer pour la foi. Mais pas en détruisant les idoles, et en tout cas pas par provocation. Le canon contient au moins la condamnation générique du procédé, quoi qu’il en soit de la justice naturelle éventuellement en cause (et seule en cause dans le principe de Dignitatis Humana).

* * * * *


On peut donc le conclure, des écrivains affrontés à la persécution se dégage une belle unanimité, défavorable à la coercition en matière religieuse. A vouloir mettre bout à bout leurs divers messages, on obtiendrait un droit naturel à « ne pas être contraint ni empêché » en matière de religion, basé sur le respect par Dieu de la liberté de l’homme, reflet du Créateur, et sur la nature de l’acte de religion.

Néanmoins, il faut le reconnaître, l’unanimité règne non pas sur toute cette synthèse, mais sur une répugnance instinctive envers la coercition en fait de religion, exprimée selon des axes différents. De plus, on doit tenir compte du contexte de la persécution, « braquée » sur les seuls chrétiens. Plusieurs de ces Pères (cela deviendrait alors logiquement possible, dit-on) argumenteraient en s’appuyant, par une reductio ad absurdum, sur des idées fausses de leurs adversaires. En outre, nulle pratique de l’Eglise ne vient renforcer l’argument, car, bien entendu, l’Eglise d’alors ne disposait pas encore de la force d’un bras séculier. L’accord des premiers Pères semble donc parfait surtout sur la liberté d’accession à la foi chrétienne, sur le « droit à ne pas être contraint ».

Toutefois, on l’a vu, certains vont au-delà de la réponse ad hominem et pénètrent jusqu’au fond du problème, voire jusqu’au droit naturel à ne pas être empêché. Enfin, et ce n’est pas la moindre de nos constatations, en face de ce bloc aucun auteur ne restreint positivement le droit aux seuls chrétiens.


Notes :

[1]s. JUSTIN, Apologia, I, 17.

[2]s. JUSTIN, Apologia, I, 24. On retrouve cette argumentation ad hominem dans ATHENAGORAS, Legatio pro christianis, 1.

[3]s. IRÉNÉE DE LYON, Adversus Hœreses, IV, 37.

[4]s. IRÉNÉE DE LYON, Adversus Hœreses, IV, 37, 3-4.

[5]s. IRÉNÉE DE LYON, Adversus Hœreses, IV, 37, 5.

[6]ibid.

[7]Apologeticus[m], XXIV, 5-6.

[8]TERTULLIEN, ibid., 6.

[9]TERTULLIEN, Ad Scapulam, cap. 2.

[10]ORIGÈNE, Contre Celse, VII, 26.

[11]s. CYPRIEN, Epist. IV, 4, 2-3.

[12]LACTANCE, Divinœ Institutiones ou De Institutionibus divinis, V, 19-20-21.

[13]Ibid., V, 20.

[14]Ibid.

[15]Ibid., V, 20,7.

[16]lbid., V, 20, 8.

[17]Ibid., V, 21.

[18]LACTANCE, Epitome divinarum institutionum, LIV ou 49, 1.

Source : http://v.i.v.free.fr/spip/spip.php?article4368
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Le droit à la liberté religieuse dans la Tradition de l’Eglise. Empty Autour de l’édit de Milan (313)

Message par fabrice remy le Lun 2 Jan 2012 - 15:36


Préambule des constitutions adressées par l'empereur Constantin aux magistrats romains chargés d'appliquer l'édit de Milan (313)

(...) Depuis longtemps déjà nous avions reconnu que la liberté de religion ne doit pas être contrainte, mais qu’il faut permettre à chacun d’obéir, pour les choses divines, au mouvement de sa conscience. Aussi avions-nous permis à tous, y compris les chrétiens, de suivre la foi de leur religion et de leur culte. Mais parce que, dans le rescrit où leur fut concédée cette faculté, de nombreuses et diverses conditions avaient été énumérées, peut-être à cause de cela quelques-uns y renoncèrent après un certain temps.

C’est pourquoi, quand moi, Constantin Auguste, et moi, Licinius Auguste, nous nous sommes rencontrés heureusement à Milan, pour y traiter de tous les intérêts qui importent à la tranquillité publique, nous avons cru que l’affaire la plus considérable, et qui devait être réglée la première, était celle du respect du à la Divinité, et qu’il fallait donner aux chrétiens et à tous les hommes la liberté de suivre chacun la religion de leur choix : puisse cette pensée plaire à la Divinité qui réside dans le ciel, et la rendre propice à nous et à tous ceux qui nous sont soumis !

Nous avons donc jugé salutaire et raisonnable de ne refuser à personne la permission de donner sa préférence au culte des chrétiens, afin que la Divinité suprême, dont nous suivons par un choix libre la religion, nous accorde en toutes choses sa faveur accoutumée et sa bienveillance.

Sache donc Votre Excellence (Dicatio tua) qu’il nous a plu de supprimer toutes tes conditions qui, dans les rescrits que vous avez précédemment reçus, étaient imposées au sujet des chrétiens ; nous voulons simplement aujourd’hui que chacun de ceux qui ont la volonté de suivre la religion chrétienne le puisse faire sans crainte d’être aucunement molesté. Voilà, ce que nous avons cru devoir signifier à votre sollicitude, afin que vous compreniez que nous avons donné à ces chrétiens l’absolue liberté d’observer leur religion.

Ce que nous leur accordons, Votre Excellence doit comprendre que nous l’accordons aussi aux autres, qui auront la liberté de choisir et de suivre le culte qu’ils préfèrent, comme il convient à la tranquillité de notre temps, afin que nul ne soit lésé dans son honneur ou dans sa religion.


Source : Eusèbe, Hist. Ecclés., X, 5.
Disponible sur : http://www.mediterranee-antique.info/00Pdf/Allard/Persecutions/Histoire_persecutions_4.pdf
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Message par fabrice remy le Ven 31 Aoû 2012 - 13:04


LA POLITIQUE RELIGIEUSE DE CONSTANTIN
au lendemain de l’édit de Milan



Après la chute de Maximin, la paix religieuse parut fondée pour toujours. (…) Telle est, cependant, la vie de l’Église sur la terre, qu’elle ne peut longtemps et sans réserve s’abandonner aux joies du triomphe. Parmi les chrétiens heureusement délivrés il n’y avait pas que des vainqueurs à féliciter ; nombreux étaient les vaincus après dix ans de luttes, et plus d’un demandait maintenant à être réintégré dans les rangs qu’il avait quittés. Bien des fois déjà, c’est-à-dire au lendemain de chaque persécution, l’Église avait eu à se prononcer sur de. semblables demandes ; mais la longue durée de la crise qui venait de finir, la diversité des cas soumis au jugement des pasteurs, la multitude des pénitents, la perspective de paix assurée qui s’ouvrait maintenant à tous les regards, donnaient une importance plus grande aux décisions qui seraient prises : elles n’auraient vraisemblablement pas, comme à d’autres époques, un caractère provisoire, et ne courraient pas risque d’être rapportées ou modifiées à l’annonce de quelque persécution nouvelle. C’était un véritable corps de règles disciplinaires qu’il s’agissait de former. En Orient, ce travail fut entrepris dès 311 par un concile rassemblé à Ancyre, métropole de la Galatie, où se rencontrèrent des évêques des principales provinces de l'Asie romaine.
(…)
Malgré les longues dissensions dont avaient souffert les Églises de l'Orient, la restauration de la discipline ébranlée semble avoir été relativement facile dans cette partie de l’Empire. (…) Au contraire, l'Afrique romaine demeura longtemps agitée. La paix religieuse y était à peine rétablie, qu'elle fut troublée par les chrétiens eux-mêmes. Dans ce pays, où les esprits avaient tant de peine à se tenir en équilibre, et où les opinions extrêmes attiraient de nombreux partisans, les plus délicats problèmes se posaient habituellement au lendemain d'une persécution. Toujours ces crises terribles y surexcitèrent jusqu'à l'orgueil l'héroïsme de quelques-uns ; suivant le sens où ceux-ci inclinaient ensuite, les « tombés » repentants se voyaient soit repoussés par eux avec une excessive dureté, soit accueillis avec une abusive indulgence. Pour avoir suivi la voie moyenne, conformément à l'exemple du siège de Rome et aux traditions déjà anciennes de celui de Carthage, les sages représentants de l'autorité religieuse étaient souvent en butte à d'injurieux soupçons . (…) A l'instigation de Donat des Cases Noires, (…), un intrus fut opposé par les Numides à Cécilien [l’évêque de Carthage en titre]; bientôt la division s'étendit à toute l'Afrique romaine : comme après la persécution de Dèce, on vit, dans un grand nombre de cités, se dresser chaire contre chaire, et non seulement deux partis, mais deux évêques.

Une étude détaillée du schisme donatiste n'est pas de notre sujet ; mais nous devons indiquer les faits qui révèlent l'état dans lequel la persécution avait laissé les âmes, ou font comprendre la politique religieuse de Constantin. Celui-ci, dont la conscience était alors dirigée par l'illustre confesseur Osius de Cordoue, discerna sans peine le pasteur légitime. (…) Dans la lettre destinée à [Cécilien, évêque légitime de Carthage,], Constantin promit sa protection « contre les hommes d'humeur turbulente qui corrompent par d'injustes et adultères faussetés le peuple de la très sainte Église catholique. » Cependant les requêtes des donatistes devinrent pressantes. Oublieux de la liberté rendue à la conscience chrétienne, les schismatiques faisaient appel, en leur faveur, à ce pouvoir civil contre lequel l'Église venait de soutenir un si rude combat . Constantin, malgré sa répugnance à intervenir dans les affaires ecclésiastiques, ne crut pas pouvoir refuser plus longtemps de leur donner des juges. Il consentit à ce que les accusations qu'ils portaient contre Cécilien fussent examinées à Rome dans un concile où trois évêques des Gaules, pays épargné par la persécution, siégeraient avec les prélats italiens, et que présiderait le pape Miltiade. Le concile se tint en 313, au palais de Latran : l'innocence de Cécilien y fut proclamée. (…) Les schismatiques, cependant, ne cessaient de protester. Ils mettaient maintenant en question l'autorité du concile qui les avait jugés à Rome, comme trop peu nombreux et s'étant trop rapidement prononcé. Tant d'obstination troubla Constantin. « Ces hommes, disait-il, ne veulent considérer ni l'intérêt de leur propre salut ni le respect dû au Dieu tout-puissant. Non seulement ils se couvrent eux-mêmes d’infamie, mais encore ils donnent occasion aux médisances de ceux qui se sont éloignés de notre très saint culte. » (…) Il y avait deux manières de réunir tous les hommes dans un même culte : la contrainte civile et l'autorité morale. Rien ne laisse voir que Constantin ait éprouvé la tentation d'user de la première . Aux donatistes qui en appelaient de la sentence ecclésiastique au jugement de l'empereur, il eût pu faire sentir la pesanteur du bras impérial sans leur donner le droit de se plaindre. Mais l'auteur de l'édit de Milan ne pouvait si tôt oublier les promesses de liberté religieuse qui y étaient contenues, et traiter en ennemis des chrétiens égarés. Sans mettre en question l'autorité de la sentence rendue à Rome, l'empereur espéra calmer les passions et amener l'apaisement définitif des esprits en renvoyant une seconde fois à l'Église la décision que les schismatiques lui demandaient de prendre lui-même. « J'emploie tous mes soins, écrit-il, à ce que le différend qui eût dû être apaisé par une soumission volontaire après la sentence puisse être terminé maintenant par l'intervention d'un plus grand nombre de juges. » En conséquence, Arles fut désignée pour la réunion d'un grand concile, où l'empereur convoquait les évêques de l'Occident. (…) Les décisions du concile d'Arles furent conformes à celles du concile de Rome et donnèrent tort aux donatistes.
(…)
Il serait hors de propos de pousser plus loin l'histoire des donatistes, et de rappeler autrement que d'un mot leur obstination à repousser les décrets du concile, la colère de Constantin recevant une fois encore leur appel contre la sentence de l'Église, le parti qu'il prend cependant de rouvrir l'instance et de juger lui-même entre Cécilien et ses accusateurs, sa décision favorable au premier, le court exil des principaux donatistes, bientôt la tolérance accordée, de guerre lasse, aux sectaires, ceux-ci attirant peu à peu les pires illuminés et donnant naissance aux circumcellions, ces Camisards de l'antiquité, qui pendant deux siècles couvrirent de sang et de ruines le sol de l'Afrique. Des premières années de la secte (…), nous voulons retenir seulement ceci : c'est à regret, et en quelque sorte contraint par elle, que Constantin consentit à se mêler dans un débat d’ordre purement religieux; les rigueurs qu'il exerça contre les schismatiques, devenus les ennemis de l'état social et de la paix publique, ne furent point réclamées par les représentants de l'Église. Lui-même a rendu justice à l'esprit qui animait les pasteurs orthodoxes: « J'ai connu, leur dit-il, que vous étiez des prêtres et des serviteurs du Dieu vivant, en ne vous entendant réclamer aucun châtiment contre des impies, des scélérats, des sacrilèges, des profanes, des hommes irréligieux, des ingrats envers leur Dieu et ennemis de l'Église, mais plutôt en vous voyant implorer pour eux la miséricorde. C'est bien là véritablement connaître Dieu et obéir à son commandement ; c'est avoir la véritable science, car celui qui épargne les ennemis de l'Église dans le temps amasse pour l'éternité des châtiments sur leur tête. »
(…)
L'influence exercée par les évêques à la cour de Constantin se reconnaît (…) à beaucoup des lois qu'il promulgua pendant les dix années qui suivirent l'édit de Milan. (…) Dans le travail législatif qu'ils paraissent avoir inspiré, une catégorie de lois montre que le souvenir des persécutions n'était pas effacé : ce sont celles qui adoucissent le régime des prisons, prononcent l'abolition du supplice de la croix, consacré par la mort du Sauveur et d'innombrables martyrs, suppriment la marque, « cet outrage à la face humaine image de la beauté divine, » si souvent infligé aux chrétiens. Les païens n'ignoraient pas que ce progrès de la législation romaine vers la douceur et l'équité avait pour cause l'influence chrétienne ; aussi Julien, en qui se résumeront, dans leur forme la plus aiguë, toutes les rancunes des partisans de l'ancien culte, traitera-t-il Constantin de « novateur, perturbateur des anciennes lois et des vieilles coutumes. » Cependant les innovations dont ils se plaignaient ne se firent pas d'abord sentir dans la constitution religieuse de l'État. A part la liberté promise à tous les cultes, l'égalité assurée en droit et la faveur montrée en fait au culte chrétien, rien ne fut changé dans la situation extérieure de la croyance autrefois dominante. (…)Comme l'a dit Bossuet, répondant à un prince placé dans une situation qui n'était pas sans analogie avec celle du premier empereur chrétien, « il faut faire une grande différence entre la protection qu'on donnerait à une fausse religion par adhérence aux mauvais sentiments qu'elle professe, et celle qu'on lui donne pour conserver à l'extérieur la tranquillité. La première protection est mauvaise, parce qu'elle a pour principe l'adhérence à la fausseté, mais la seconde est très bonne, parce qu'elle a pour principe l'amour de la paix, et pour objet une chose bonne et nécessaire, qui est le repos public. » (Du roi d'Angleterre (1693). Œuvres de Bossuet, éd. Bar-le-Duc, t. XI, p. 129. ) Bossuet répondait à une consultation de Jacques II, demandant si, au cas où ses sujets le rappelleraient, il pourrait, quoique catholique, accepter le titre de « protecteur de l'Église anglicane » et prêter serment en cette qualité.

La volonté d'assurer le repos public fut sans doute le principal mobile de la politique suivie par Constantin à l'égard de la religion païenne; mais, si l'on examine ses actes, on reconnaîtra que la pensée de se servir de l'autorité conférée au souverain par le pontificat suprême contribua dans une large mesure à lui en faire accepter le titre et les fonctions. Investi du droit de surveiller le culte des dieux, Constantin pouvait plus facilement le resserrer dans d'étroites limites, le renfermer dans les temples, lui interdire toute expansion dangereuse au dehors, et le séparer de plus en plus de la vie sociale, destinée à se développer désormais sous une influence différente. (…) Tout ce qui, dans le paganisme, échapperait au regard des magistrats, nourrirait dans l'ombre des regrets ou des espérances contraires au 'nouveau régime, entretiendrait dans les esprits une secrète agitation, toute la partie occulte et d'autant plus puissante de l'ancienne religion, devra cesser d'être ou se montrer sans voiles. « Vous qui croyez cela bon, allez aux autels publics et aux temples et célébrez les solennités de votre religion; car nous n'interdisons pas de remplir à la clarté du jour les devoirs de l'ancienne observance. » Est-ce l'empereur ou le pontife qui parle ? L'un et l'autre, sans doute, car l'empereur seul, sans le pontife, n'eût pu vraisemblablement accomplir une réforme qui enlevait au paganisme ses plus puissantes armes en dissipant le mystère où les causes vaincues aiment à se cacher pour préparer la revanche. (…) Là se bornèrent les représailles des chrétiens victorieux contre leurs oppresseurs de la veille. (…) Cette tolérance n'empêcha pas la décadence rapide d'une religion aussi peu faite pour la liberté que pour la lumière, et incapable de se soutenir longtemps là où elle ne dominait plus.
(...)

Source : Histoire des persécutions, Paul Allard, 1898-1905
Disponible sur : http://www.mediterranee-antique.info/Rome/Allard/P4/P11.htm
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Message par fabrice remy le Ven 31 Aoû 2012 - 13:13


LES DERNIERS ÉDITS DE PAIX RELIGIEUSE
Un pressant devoir s’imposait à Constantin, devenu, par la chute de son rival, seul maître de l’Empire : réparer les maux causés en Orient par la dernière explosion du fanatisme païen, et rétablir l’unité morale du monde romain en étendant à toutes ses parties le bienfait de la paix religieuse. Dans ce but furent promulgués, dès la fin de 323, deux édits, destinés l’un à effacer les traces de la persécution, l’autre à faire connaître aux habitants des provinces orientales les sentiments personnels et les principes de l’empereur en matière de religion.
(…)
Pour terminer une agitation aussi malsaine, qui menaçait de survivre aux événements qui l’avaient fait naître, Constantin promulgua pour l’Orient une loi de circonstance, interdisant d’ériger aux dieux de nouvelles statues. En même temps il remit en vigueur les ordonnances déjà faites contre la divination. Mais il ne toucha point à la liberté de l’idolâtrie, et prit même soin de rassurer les païens effrayés. (…) [Ses paroles] montrent aussi, une fois de plus, la politique sage et tolérante que le juste sentiment des circonstances, l’amour égal pour tous ses sujets, et le respect de la parole donnée, ne cessèrent de lui dicter.

« Je veux que ton peuple vive en paix et en concorde, pour le commun avantage du genre humain. Que ceux qui sont encore impliqués dans l’erreur de la gentilité jouissent joyeusement de la même paix et du même repos que les fidèles. Cette reprise des bons rapports mutuels pourra beaucoup pour ramener les hommes dans la voie droite. Que personne, donc, ne fasse de mal à personne. Que chacun suive l'opinion qu'il préfère. Il faut que ceux qui pensent bien soient persuadés que ceux-là seuls vivront dans la justice et la pureté, que tu as toi-même appelés à l'observation de tes saintes lois. Quant à ceux qui s'y soustraient, qu'ils conservent, tant qu'ils voudront, les temples du mensonge. Nous, nous gardons la splendide demeure de la vérité, que tu nous as donnée lors de notre naissance. Et nous souhaitons aux autres de vivre heureux, par l'effet de l'union et de la concorde de tous. »

Ces idées paraissent à Constantin si importantes, il en fait tellement la base de sa politique affermie par une dernière et définitive victoire, qu'à la fin de l'édit il les reproduit presque dans les mêmes termes :

« Que personne ne cherche querelle à un autre à cause de ses opinions. Mais que chacun se serve de ce qu'il sait pour aider son prochain, et, si cela n'est pas possible, le laisse en paix. Car autre chose est d'accepter volontairement le combat pour une croyance immortelle, autre chose de l'imposer parla violence et les supplices. J'ai parlé plus longuement que le dessein de ma clémence ne l'exigeait, parce que je ne voulais rien dissimuler de ma foi, et aussi parce que plusieurs, me dit-on, assurent que les rites et les cérémonies de l'erreur, et toute la puissance des ténèbres, vont être entièrement abolis. C'est ce que j'aurais certainement conseillé à tous les hommes; mais, pour leur malheur, l'obstination de l'erreur est encore trop enracinée dans l'âme de quelques-uns. »

Ces déclarations rassurantes, confirmées par la modération personnelle de l'empereur, par la faveur même qu'il montrait à plusieurs des plus distingués parmi les païens, eurent un heureux effet : elles rapprochèrent les partisans des deux cultes, et rétablirent la concorde civile au milieu même d'inévitables dissidences religieuses. Échappés à la réaction qu'ils avaient redoutée, les païens ne songèrent probablement pas à se plaindre des fortes expressions par lesquelles l'empereur témoignait de son aversion personnelle pour leurs rites et leurs croyances : et Constantin n'eût pas compris qu'on lui demandât de taire ses préférences intimes pour parler le langage de l'indifférence, et traiter avec les mêmes égards ce qu'il estimait la vérité et l'erreur. Mais s'il éprouvait pour celle-ci « ces haines vigoureuses » que les caractères indécis et les volontés débiles ne connaissent plus, il n'avait point de fanatisme contre les personnes : en cela il se montrait supérieur à ses prédécesseurs païens, supérieur à ses propres passions, et vraiment digne de servir d'instrument à la victoire du christianisme.


Source : Histoire des persécutions, Paul Allard, 1898-1905
Disponible sur : http://www.mediterranee-antique.info/Rome/Allard/P4/P11.htm
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